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Blog de Jean-Claude Grosse

amour

la nuit de Kamel Daoud au musée Picasso

18 Juin 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #JCG, #SEL, #amour, #ateliers d'artistes, #psychanalyse, #écriture

le livre, le rêve,  nu couché à la mèche blonde, la sieste
le livre, le rêve,  nu couché à la mèche blonde, la sieste
le livre, le rêve,  nu couché à la mèche blonde, la sieste
le livre, le rêve,  nu couché à la mèche blonde, la sieste

le livre, le rêve, nu couché à la mèche blonde, la sieste

Le peintre dévorant la femme
Kamel Daoud
Babel

Lu en trois jours, dix jours après avoir commencé la lecture puis l’avoir interrompu.
Passionné par le récit-essai de Kamel Daoud et très perplexe sur la note de lecture que je vais en faire.
Perplexe car comment parler du récit d’une nuit en solitaire dans le musée Picasso alors que je ne fréquente pas les musées (quelques exceptions), les galeries (exceptions). Par contre, j’aime visiter, dialoguer avec des artistes dans leur atelier.
Alors que je fuis toute commémoration, toute rétrospective. Que je n’ai jamais vu un tableau ou un dessin de Picasso (exception, quelques pièces au musée de Céret). J’ai vu de passionnants documentaires. J’ai lu du Picasso (mais peu, du théâtre). Bref, je devrais peut-être laisser la suite en suspens.

Picasso 1932, année érotique, titre de l’exposition. Titre induisant déjà des lectures orientées. La femme « peinte », Marie-Thérèse Walter, plus de 30 ans d’écart, 18 ans-50 ans.
Elle dira : « Il viole d’abord la femme et puis après on travaille. » p. 27. Ça a suffi pour que j’interrompe ma lecture, une dizaine de jours.

Ce qui est passionnant dans le récit de cette nuit érotique, car cette visite renvoie le visiteur Kamel Daoud à son propre érotisme piégé par le pays d’où il vient, la culture-religion qui y gère tout de la vie quotidienne et « spirituelle », piège dont il s’est sorti en choisissant l’Occident, en s’exilant, c’est qu’il le construit par opposition à un personnage qu’il s’invente à partir de la page 33, Abdellah, un djihadiste, qui ne peut en aucun cas, apprécier ces représentations, cette nudité offerte, cette dévoration cannibale de la femme débouchant non sur sa disparition mais paradoxe sur sa reconstruction après destruction-assimilation de l’homme. En s'inventant Abdellah, Kamel Daoud peut ainsi passer de l'univers érotique de Picasso aux rapports de deux cultures  à la sexualité (la coranique et l'occidentale) et dans la culture coranique, Abdellah ne peut que détruire, lacérer, brûler ces « oeuvres », prolongeant la destruction des Bouddhas géants, de sites comme  Palmyre, Tombouctou, la défiguration à l’acide du visage de femmes impures, la décapitation d’hommes condamnés par des fatwas, l'exécution massive de mécréants, le jihad. (Hier, 17 juin 2026, à la télévision d'État, Hassan Khomeini, haut digitaire chitte, a déclaré : "La guerre contre Israël et les États-Unis constituait le petit jihad, le grand jihad commence aujourd'hui".) 

En créant ce personnage antagoniste (mais moins qu’il n’y paraît), Kamel Daoud peut décrire avec précision ce qui l’a amené à son choix de l’Occident. Au coeur de ce choix, le corps, le rêve, sa place, sur terre, ici et maintenant, vivant, avec ses faims, ses désirs, son inscription dans le temps long de l’histoire humaine, son rêve de bonheur, la sieste et non après la mort, au Paradis avec les houris, vierges renouvelées, l'ici-bas devant être lieu du vide, du désert.

J’ai été amené à souligner nombre de formules me semblant d’une grande justesse, permettant d’appréhender l’Islam et son opposition radicale, mortelle et mortifère au christianisme, au judaïsme, à l’Occident (ouvrant sur une question de vie ou de mort : la paix est-elle possible avec une religion voulant la destruction des deux autres monothéismes et du mode de vie occidental ?).

Ce récit, miroir pour l’auteur, devient aussi miroir pour le lecteur. Je ne me suis pas senti interrogé par ces géographies du sud, du nord, ces cartes qui ne sont pas des territoires, ces territoires brouillés de récits irréconciliables et donc illisibles,  cette opposition entre temps et éternité, cette dialectique violente entre vie et mort, cette proximité entre sexualité cannibale et crucifixion érotique, entre souffrance et extase… Mais les développements de Kamel Daoud, relisant par exemple la rencontre entre Robinson et Vendredi en l'inversant, sont très éclairant pour "comprendre" des comportements et des croyances qui nous paraissent peu compréhensibles.

Une phrase permet peut-être d’échapper à ces cadres, ces structures : « c’est une vieille histoire que de raconter que chaque femme est un portrait accidentel de la femme éternelle poursuivie et qui vous obsède. » p.32, que je réécris à ma façon : « chaque femme poursuivie participe de l’histoire infinie née des origines miraculeuses et mystérieuses de la première femme et du premier homme. »

Phrase qui pour moi rejoint celle de Marina Tsvetaïeva : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. » Soit par universalisation affirmée, non prouvable, non vérifiable mais évidente : « Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom. »

Remontant toute généalogie, nécessairement à trous et très limitée, ne débouche-t-on pas sur un premier homme sans nom, une première femme sans nom, inaugurant le flux infini (peut-on aussi dire éternel ?) de l’humanité avec ses bifurcations, ses extinctions ou disparitions, dont « je-jeuh » suis un maillon éphémère, miracle et mystère d’une naissance, mystère et miracle d’une mort, vie miracle et mystère à vivre moins comme identité (moi-je) que comme participant anonyme, s'anonymant du flux universel de la Vie, incitant à ce que j’appelle la pratique humble du s’effacer dans le blanc.
 

Quant aux rapports à la femme, avec la femme, avec des femmes, je me sens fort éloigné de Picasso, fort éloigné de Kamel Daoud. J'ai été étonné de l'absence de toute référence à la psychanalyse freudienne, jungienne, lacanienne qui aurait pu faire émerger fantasmes (fantasmes originaires),  peurs (castration mort), blessures (rejet, abandon, humiliation, trahison, injustice).

Kosmorgasmik est ma contribution aux récits des corps à corps, encore et encore.

Étonnante aussi, l'absence de l'invention par l'Occident de l'amour courtois (Denis de Rougement) et les perspectives ouvertes par Lacan, proposant de relancer ce projet en réponse au malentendu universel que constitue l'amour : donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. L'amour courtois, soit le renoncement pour sublimer pulsion, passion. L'amour courtois pouvant ainsi déboucher sur la vasectomie par l'homme pour ne pas posséder.

Étonnnante encore, mais le livre date de 2018, l'absence de la préoccupation devenue centrale depuis metoo : celle du consentement (avec l'interrogation sans fin sur ce que l'on appelle la zone grise).

Dernier point en lien avec la souffrance : cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence, calcinée jusqu’à la dernière cellule, c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création." dernière lettre téléphonée à des amis de Christiane Singer. Ça ouvre des perspectives vertigineuses.

 

mains du 18 juin 2026 à 16 H 16
mains du 18 juin 2026 à 16 H 16

mains du 18 juin 2026 à 16 H 16

Pratique pour s'effacer dans le blanc

Moi-Lui-Je, Celui qu’on appelle communément J.C., a donné naissance un changement de jour à 00h00 (imaginez !) à Vita Nova, un esprit totalement woke, inidentifiable, sans sexe, sans âge, sans genre, sans race, sans espèce, sans Histoire, sans mémoires, localisé comme corps, non localisable comme esprit, intemporel et acausal, un trou noir obscur à soi, absorbant toute tentative de mise en lumière.
Programme que Je-Moi-Lui pratique quotidiennement, avec des verbes d'action à forme pronominale
(il n'a pas réfléchi s'ils sont réfléchis, réciproques, irréfléchis, passifs)

se désidentifier, se dégenrer, se dévisager, se démiroiter, se désidéologiser, se délester, se dévaster, se dénationaliser, se dépayser, se dédiaboliser, se désaligner, se débrancher, se déranger, se déminer, se dédéterminismer, se déraciner, se dédésespérer, se déloger, se déménager, se désaxer, se désarmer, se démarquer, se démarginaliser, se fortifier, se mortifier, s'embourber, s'envaser, s'enliser, s'emmêler, se liquider, se dissoudre, se fluidifier, s'aérosoleiller, s'inspirer, s'expirer, s'aveugler, s'oreiller, s'effondrer, se réanimer, se dématérialismer, se déspiritualismer, se démystifier
(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique »)

faire silence en prononçant du plus possible ralenti
FAIRE SILENCE
(dessine-moi un silence lui a demandé un jour la fetite pille)

se dévoiturer, se décovoiturer, se désubériser, de déflixbuser, se détgvéiser, se décroisiériser, se désintégrer, se désavionner, se défuséiser, se déstartupper, se détélétravailler, se désabonner, se démoder, se désaduler, se désaimer, se déshaïr, s'indifférencier, se déshumaniser, s'emplumer, s'automutiner, s'immuler, se sclarifier, se catatomiser, se voluptuer, se décontaminer, se dévitaminer, se dénourrir, se bonifier, se débonheuriser, se délacer, s'enlasser, se clowner, se décloner, s'emberlificoter, s'applaudir, se huer, se déchihuahuaver, se métamorphoser, se matamortir, se désintoxiquer, s'étourdir, s'apprivoiser
(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique »
)

SE TAIRE
(dessine-moi une rose lui a demandé un jour la petite fille)

 

Kosmorgasmik

Somnolent dans le fauteuil Louis-Philippe
une image te vient :
La Terre et ses milliers de bouches éruptives
ses milliers de vulves-geysers
la Terre ronde est ronde
de toutes les grossesses animales et humaines
de toutes les germinations florales et végétales
de toutes les minéralisations calcaires et granitiques.
La Terre est la porteuse, l’accoucheuse
de tout ce qui prend corps
encore et encore.
Incarnations en chairs et en os
en racines et cimes
en strates et sédiments.
Et tu te vois, foetus en position foetale, dans le ventre-terre.
Du ventre-mer, du ventre-mère,
tu es passé au ventre-terre, au ventre-univers.
En déviant ton désir sexuel de l’autre
en mettant à mort, façon matador 
ton sentiment d’amour pour l’autre
tu découvres, trois mois après
que tu ne sors nullement mutilé de cette castration
nullement effondré par cette relation sans réciprocité.
Cette mise à mort, façon matador
t’a fait passer en douceur
d’une sexualité exclusive à une sexualité inclusive
de l’amour possessif à l’amour oblatif.
Cette mise à mort, façon matador
a été guérison, résurrection.
Tu sors apaisé, agrandi
de cette mise à mort, façon matador.
Tu as changé ton sexe raide en sexe flexe
ton coeur rancoeur en coeur bonheur.
Tu as inspiré l’air du Large.
Tu es monté dans la pirogue du Fleuve.
Fécondé par les abeilles de l’Amour
tu apprends à accueillir, recueillir, donner, offrir
À ne pas trier, pas juger, pas opposer
Parfois tu retombes dans le bourbier des raccourcis
Relève-toi soulevé par l’enthousiasme
Tu es une vie minuscule reliée au Kosmos
Tout copule et consent avec joie à copuler.
Poussières et semences d’étoiles,
germes et spermes de l’orgie de l’évolution,
de l’ontogenèse, de la phylogenèse,
à la vie à la mort.
La fabrique des corps. Et au coeur du corps, le coeur.
Tu es humble de ton humus,
humain de ton humanité,
universel de ton universalité,
divin de ta divinité.
En ouvrant tes bronches,
en activant ouïes, branchies,
tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.
Tu entres dans l’innocence.
Tu es miracle et mystère de ta naissance.
Tu seras mystère et miracle de ta mort.
Tu fais choix de l’ignorance.
Tu ne refuses pas les connaissances
mais tu sais qu’on ne saura jamais rien.
Rien du début, de la fin, du sens s’il y en a un.
Patauge dans les doutes et incertitudes. 
Prends soin des nuances.
Essaie d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.
Monte et descends l’échelle
Du Tartare à l’Olympe
Du Ciel à l’Enfer
Du Tartare, tu ramèneras poèmes et mélodies, tel Orphée.
Tel Dante, tu tenteras une issue pour les damnés de l’Enfer.
Du Ciel, tu ne feras pas le séjour de Dieu ni le paradis des
ressuscités.
Le Ciel n’est-il pas l’espace de légèreté. de la gente ailée.
Plus aucune guerre des dieux dans l’Olympe,.
N’ont-ils pas eu le temps d’apprendre et de pratiquer l’anarchie, voie vers l’harmonie.
Bivouaque sur la Terre.
Elle est danses et cycles.
La grande roue du Grand Manège tourne
sans grincements de dents.
Tu n’es plus un hamster.
Tu es à Parfaire sur cette Terre.

Vita Nova, 6 janvier 2026

dans le parc du moulin de Villeneuve ou maison Aragon-Triolet

dans le parc du moulin de Villeneuve ou maison Aragon-Triolet

Pourquoi j'écris ?
« Pour ne pas que le lecteur entre dans la nausée molle de celui qui rate une marche dans un escalier obscur », pour reprendre des mots de Georges Steiner.
Comme lui, je délaisse l'individualisme de l'homme, qui m'a occupé longtemps à la suite de Freud, pour le céleste à l'intérieur de l'homme dans une approche autant quantique que nietzschéenne.
Je délaisse la résignation stoïque et désabusée de l'humain en tant qu'anomalie maligne, pour la gaieté nietzschéenne à la barbe de l'inhumain.
S'installe la sensation ironique que nous sommes des clients de passage dans un monde indifférent, souvent meurtrier, mais toujours captivant.
De passage et éternel.
Quatre vers d'Ezra Pound définissent cet homme qui abandonne l'ego pour la reliance dans cette connexion de soi avec l'univers :
Une cosse dans le vent, morte,
mais la lumière chante éternelle.
Une pâle flamme au-dessus des marécages
où le foin salé murmure au changement de marée.
Thierry Zalic, sur sa page FB, le 17 juin 2026 à 00 H 26
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La vie n'est pas conforme à mes souhaits, mais je cesse de me battre contre ce qu'elle est.
La vie n'est pas devenue plus douce, c'est moi qui me débats moins avec elle.
Je n'aime pas toujours ce qui arrive, mais je reconnais que cela arrive.
Il n'est pas nécessaire que tout aille bien pour être en paix.
Il suffit parfois d'accepter que tout soit exactement comme c'est.
L'apaisement sans renoncement.
Il semble que je sois devenu un peu plus habitable pour moi-même.
Sacha 🌿 Barault sur sa page FB, le 16 juin à 20 H 15
par Olivier Steiner,
le 18 juin 2026 à 11 H sur sa page FB
 
Et leurs yeux se rencontrèrent
La littérature adore les premières rencontres, et moi aussi forcément. Roméo et Juliette. Harold et Maude. Frédéric Moreau et Madame Arnoux. Aurélien et Bérénice. D'Artagnan et Constance. Sans oublier les rencontres amicales, l’amitié étant selon moi la plus haute forme d’amour.
Une rencontre c’est beaucoup de temps, des années, de préparation inconsciente, puis parfois, tout se condense en quelques secondes, dans lesquelles c’est toute la vie qui y semble contenue, tout le destin en cet instant précipité.
On me demande souvent comment j'ai rencontré Isabelle Adjani. Surtout en ce moment certains journalistes pour la promo Vertigo. Je ne sais répondre, je ne peux répondre, pas assez de signes. Alors je réponds généralement par des pirouettes. Aussi parce que la question me paraît indiscrète. Mais surtout parce qu’elle est impossible. Les vraies rencontres ne se racontent pas. Ou alors très mal.
Je l'avais déjà croisée auparavant. Quelques apparitions. Des bribes de conversations. Un numéro de téléphone. Une adresse qui finalement avait changé. Rien qui ressemble encore à une histoire. Puis le temps a passé. Et un matin, dans ma petite cuisine de banlieue, alors que je traversais une dépression dont je ne voyais plus la fin, un ami venait de se suicider, six suicides dans ma vie autour de moi, ça fait beaucoup de morts radioactives, j'entends à la radio qu'elle répète une nouvelle pièce. Nous n'avons plus de contact depuis longtemps. Je lui écris pourtant. Un message simple, comme un passage à l’acte. Presque un appel de détresse déguisé.
« Bonjour vous. Ça ne va pas fort. Je crois que cela me ferait du bien de venir au théâtre. Vous jouez jeudi dans telle ville de province ? Il se trouve que je connais pas cette ville. Je ferais bien un petit aller-retour. Il reste des places pour la première ? Je vous embrasse, Olivier. »
La réponse arrive quelques minutes plus tard. Oui, il reste des places. Mieux encore : trois jours d’invitations. Puis une autre invitation. Venez aux répétitions, tant que vous y êtes ?
Nous sommes un lundi matin, le mercredi suivant, me voilà assis seul dans la pénombre d’une salle vide. Je voudrais être invisible. Une petite souris. Tout voir sans être vu. Je suis terrorisé.
Le plateau soudain se vide. Elle reste seule dans une lumière de pleine lune. Elle lit. Assise en tailleur sur le plateau. Puis se lève. Marche. Essaie une phrase. Se parfume. Parfume l'air autour d’elle. Comme si elle cherchait à habiter l'espace ou le Monde avant même d'habiter le personnage, les mots, ou je ne sais. Impression d'assister à un rituel alchimique. Puis elle regarde vers la salle. Cherche vaguement. Me trouve, j’ai l’impression.
Elle dit :
— Bonjour Olivier.
Tout commence là.
Le reste — une tournée entière, deux paquets de clopes par jour de mon côté, ce qui l'agace au plus haut point, un ou deux Ricard le soir parce que c'est mon alcool préféré, et ça l'agace encore plus, des dizaines de représentations, des milliers de kilomètres, les jours, les nuits, les petits matins du monde jusqu’à VERTIGO aujourd'hui— tout n'est finalement que la conséquence de ces deux mots. Quatre mots.
« Bonjour Olivier. »
« Bonjour Isabelle. »
Les rencontres ressemblent rarement à ce que nous imaginons, elles ne sont pas spectaculaires. Ou bien elles le sont mais pas comme on croit. Elles déplacent quelque chose en nous. Qui ne demandait qu’à être déplacé. Et n'a lieu que lorsqu'il y a réciprocité. Quand un manque rencontre un autre manque complémentaire. Quand le besoin rencontre le besoin. Et ça crée des sourires, et un déplacement qui finit par changer la vie.

de Pamela Chrabieh auteur des lettres de Beyrouth sur sa page FB, le 16 juin 2026 à 21 H 56 :
Je ne témoigne pas seulement pour dire : regardez ce qui nous arrive. Je témoigne aussi parce qu’une question me poursuit : qu’est-ce qui arrive à ce témoignage quand il quitte le corps qui l’a porté ?
Quand il devient un texte.
Un dessin.
Une couleur.
Une voix.
Une chanson peut-être.
Que reçoit vraiment quelqu’un qui ne vit pas cette guerre ?
Une information ?
Une émotion ?
Une image de plus ?
Un malaise passager ?
Ou quelque chose qui reste, qui déplace, qui dérange autrement ?
Je ne pose pas cette question depuis une supériorité morale.
Je la pose parce que moi-même, face à la douleur des autres, je sais que je peux mal recevoir.
Recevoir trop vite.
Croire avoir compris.
Me protéger.
Mettre à distance.
Continuer.
La guerre produit cela aussi : des écarts entre les corps.
Celui qui entend le drone et celui qui en voit seulement l’image.
Celui qui attend un message et celui qui lit un bilan.
Celui qui habite le danger et celui qui l’approche par fragments.
Au Liban, ces écarts se déposent sur une histoire déjà fissurée.
Des guerres mal revisitées.
Des morts sans récit commun.
Des responsabilités évitées.
Une impunité installée.
Une mémoire nationale trouée, parfois remplacée par des silences familiaux, politiques, communautaires.
Alors écrire, dessiner, chanter, ce n’est pas expliquer la guerre.
C’est travailler une matière instable.
Chercher une forme qui ne trahisse pas trop.
Une forme qui ne transforme pas la douleur en objet consommable.
Une forme qui laisse assez d’espace pour que l’autre entre, mais pas assez pour qu’il s’y sente innocent trop vite.
Je ne sais pas ce que l’autre reçoit.
Je sais seulement que le témoignage n’est pas un transfert pur.
Quelque chose se perd.
Quelque chose résiste.
Quelque chose arrive quand même.
Et c’est là que je continue.
Dans cette zone fragile entre ce qui ne peut pas être entièrement transmis, et ce qu’il serait indécent de laisser disparaître.

 

la nuit de Kamel Daoud au musée Picasso

je t'imagine telle que je te vois, en aveugle
quand je te vois, c'est plus fort que moi, 
mes yeux, pourtant attentifs, ne te voient pas 
je ne te vois pas parce que je sais, je sens 
que tu débordes de toutes parts, 
ton mystère, je m'y noie en apnées répétées 
voyant aveugle, je mets les mains en avant, 
pour te voir par le toucher, 
tenter l'approche, la saisie, 
une saisie sans possession, une saisie sensible 
mais te laisseras-tu approcher, toucher ? 
ah si tu savais accueillir, si tu savais accepter 
ce qui vient vers toi 
mais la peur du grand méchant loup
tu sais pourtant que tu ne risques rien, 
est-ce pour cela que tu ne prends pas le risque 
de glisser ta jambe 
de l'emboîter entre les miennes,
adentro adorno 
figures de ta liberté
vendredi 11 mai 2020, 11 h 11, 
en maturation depuis le 11 mai 2017
- un voyage au pays de la Femme rêvée, fantasmée ?
- je préfère dire femme rêvée (c'est de l'ordre de l'intuition, toi que je rêve c'est toi possible, c'est toi te réalisant autre et même, sortant de ta zone de confort ...) que femme fantasmée (là, pour moi, on est au niveau des pulsions et le travail sur les pulsions, sublimation par exemple, quel boulot)

 

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nos années super 8 / l'épitaphier

1 Juillet 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #Le Revest-les-Eaux, #album, #amour, #engagement, #jean-claude grosse, #pour toujours, #poésie, #écriture, #vraie vie

Kdo du 1° juillet 2025, ce PDF de 32 pages ou comment des lectures, des phrases se révèlent motrices d'une évolution, d'une métamorphose

pour ce 1° juillet 2025, anniversaire de 58 ans de mariage avec l'épousée, selon cette promesse : s'épouser jour après jour, jusqu'à ce que ça fasse toujours, non revenir sur notre passé, mais continuer à travailler les métamorphoses de nos évolutions, convictions, croyances;

c'est ainsi que je suis passé du pas-sage du corps de l'aimée épousée à l'âme éternelle qui l'avait habitée, en a habité bien d'autres et en habitera encore et encore; je suis passé de notre responsabilité vis à vis des corps et des âmes de nos tré-passés (travail d'épitaphier) à la dissolution de toute identité, au désir d'effacement dans le blanc (mince plaque de plâtre blanc, creusé dans le plâtre quelque part, merci, sans dates, sans nom, lieu non encore décidé Corps Ça Vit, Le Revest)

 

Élévation

Un jour enfin nous marcherons
le long des rivages tant désirés
héritiers insatisfaits d’un passé loin des côtes
étonnés de nous retrouver face au grand Océan
Avec la montée sur les falaises
nous abandonnerons de vieilles peurs de vieux espoirs
Tu auras renoncé à remonter aux grandes houles de tes origines

à affronter les fables délicieuses de ta généalogie
J’aurai renoncé aux nostalgies de paradis et d’âges d’or
éloigné de toute maîtrise comme de toute servitude
vivant la vie sans hurler à la mort ni aboyer à la lune
Ce sera si simple de prendre
nus un bain d’écumes le matin
Nos corps se dilateront
Notre âme s’enchantera
Quand nous reviendrons au bord
des sourires ensoleillés s’échangeront
Étourdis nous nous découvrirons aimants
En raison nous nous voudrons parfaits amants
donneurs de voix à des enfants de papier
ouvreurs de voies à nos enfants de chair
jusqu’à épuisement de nos jours et de nos nuits

01/07/1967 Le Quesnoy

 

La levée

Je t’ai connue lumineusement étonnée
et nous avons été emportés par les tourbillons

qui soulèvent jusqu’à la légèreté de l’être
Je t’ai connue farouchement préservée
et nous avons été emportés par les tourbillons

qui creusent jusqu’au malaise de l’âme
Toi que j’accompagne et qui m’accompagnes
franchissons le cap de nos 33 ans tous voiles levés
sur nos corps abîmés sur nos cœurs apaisés

Cultivons l’apprivoisement lent
de nos tourments de vieillissants destinés au mourir
Nos enfants sont grands maintenant
Sur les routes pavées de mépris
de profit et de haine
comme nous ils ne marchent pas
Comme nous ils ont choisi les sentiers
où l’on ne passe qu’un à la fois
que l’on ne trace qu’une fois
Il y faut pour cheminer
l’insolente patience
l’inépuisable confiance
l’amour de sa vie
C’est ce que nous leur avons transmis
C’est de nous ce qu’ils ont appris
La levée peut avoir lieu

 

01/07/1999 Le Revest

(dans mon esprit, il s'agissait de la levée du corps de JC, dans la réalité, ce fut d'abord celle des corps du fils et du beau-frère le 19 septembre 2001, puis celle du corps de l'épousée, le 29 novembre 2010, puis celle du corps du gendre, le 4 février 2024)

Dialogues avec Grok et Chat GPT, le 21 juin 2025, jour du solstice : Hawking et Oppenheimer auraient-ils pu échanger si leurs dates de vie et mort avaient été plus proches sur des sujets ou objets théoriques à l'époque comme les trous noirs ?

notre dernière photo ensemble, à l'IF à Elne (P.O.), le 3 septembre 2010, en rentrant de Corsavy où nous avions passé une dizaine de jours, vernissage de l'exposition de bois et vitraux de Michel Gloaguen; j'ai acheté Ivresse, une sculpture en châtaignier, brûlée pour la patiner, installée au Revest, Annie étant déjà partie  / Annie à Rome avec les étudiantes assistantes sociales auxquelles elle donnait des cours à Malartic, lors d'un voyage à Rome
notre dernière photo ensemble, à l'IF à Elne (P.O.), le 3 septembre 2010, en rentrant de Corsavy où nous avions passé une dizaine de jours, vernissage de l'exposition de bois et vitraux de Michel Gloaguen; j'ai acheté Ivresse, une sculpture en châtaignier, brûlée pour la patiner, installée au Revest, Annie étant déjà partie  / Annie à Rome avec les étudiantes assistantes sociales auxquelles elle donnait des cours à Malartic, lors d'un voyage à Rome
notre dernière photo ensemble, à l'IF à Elne (P.O.), le 3 septembre 2010, en rentrant de Corsavy où nous avions passé une dizaine de jours, vernissage de l'exposition de bois et vitraux de Michel Gloaguen; j'ai acheté Ivresse, une sculpture en châtaignier, brûlée pour la patiner, installée au Revest, Annie étant déjà partie  / Annie à Rome avec les étudiantes assistantes sociales auxquelles elle donnait des cours à Malartic, lors d'un voyage à Rome
notre dernière photo ensemble, à l'IF à Elne (P.O.), le 3 septembre 2010, en rentrant de Corsavy où nous avions passé une dizaine de jours, vernissage de l'exposition de bois et vitraux de Michel Gloaguen; j'ai acheté Ivresse, une sculpture en châtaignier, brûlée pour la patiner, installée au Revest, Annie étant déjà partie  / Annie à Rome avec les étudiantes assistantes sociales auxquelles elle donnait des cours à Malartic, lors d'un voyage à Rome

notre dernière photo ensemble, à l'IF à Elne (P.O.), le 3 septembre 2010, en rentrant de Corsavy où nous avions passé une dizaine de jours, vernissage de l'exposition de bois et vitraux de Michel Gloaguen; j'ai acheté Ivresse, une sculpture en châtaignier, brûlée pour la patiner, installée au Revest, Annie étant déjà partie / Annie à Rome avec les étudiantes assistantes sociales auxquelles elle donnait des cours à Malartic, lors d'un voyage à Rome

jeux sur la plage de Bray-Dunes (capture d'écran film super 8) / à Saint-Petersbourg en 2004 /
jeux sur la plage de Bray-Dunes (capture d'écran film super 8) / à Saint-Petersbourg en 2004 /
jeux sur la plage de Bray-Dunes (capture d'écran film super 8) / à Saint-Petersbourg en 2004 /
jeux sur la plage de Bray-Dunes (capture d'écran film super 8) / à Saint-Petersbourg en 2004 /

jeux sur la plage de Bray-Dunes (capture d'écran film super 8) / à Saint-Petersbourg en 2004 /

pour cette Saint-Valentin, pour les 75 ans de la Valentine, je voulais rassembler des amis

las, trop d'indisponibilités

je choisis la formule d'une célébration en solitaire et en souvenirs

ayant vu le démoniaque film Le talentueux Monsieur Ripley (1999) qu'on pourrait appeler Monsieur Replay, j'ai passé la nuit du 13 au 14 février avec son incessant double jeu, en lien avec les circonstances : rien ne semble prémédité mais tout s'enchaîne et se déchaîne

et au petit matin, vers 4 H s'offre à moi le cadeau :

je vais jouer l'épitaphier

je vais aller farfouiller dans les placards et dossiers,

exhumer lettres et photos non numérisées, cahiers...

à 18 H 30, le peintre Djé  m'apporte l'oeuvre que je lui ai commandée

je mettrai en ligne le montage de 5'32"

j'improviserai 

nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
allez pour l'anniversaire de la valentine, 75 ans le 14 février 2023 - 12 ans depuis sa disparition le 29 novembre 2010 + l'éternité
(pour Je-Lui-Moi-L'autre, le passé passe mais ne s'efface pas ni la tonalité heureuse, joyeuse de 46 ans de vies - heurs, heures, heurts - et d'amours partagées + 12 ans depuis sa disparition => 58 ans, au contraire des croyances de Marcel Proust ou de ‘’Cause we’ve ended as lovers’’),
j'ai passé la journée avec l'ami Gaby, à monter un petit film de 5'32" avec 8 photos et des séquences de films super 8
d'abord choisir la musique, libre de droits; on a choisi deux morceaux d'inspiration blues
ensuite placer photos, séquences, faire que ça coïncide avec le rythme, faire des transitions ou n'utiliser qu'un cut, petits effets
volontairement, j'ai choisi les séquences sans vouloir une chronologie mais plutôt pour des ambiances de bonheurs liés aux événements marquant une vie de famille commençant par un mariage, suivie des naissances, accompagnée par des activités diverses dans des paysages divers...
je ne rendrai visible cette réalisation Nos années super 8 (1967-1974) que le 14 février
allez pour l'anniversaire de la valentine, 75 ans le 14 février 2023 - 12 ans depuis sa disparition le 29 novembre 2010 + l'éternité
(pour Je-Lui-Moi-L'autre, le passé passe mais ne s'efface pas ni la tonalité heureuse, joyeuse de 46 ans de vies - heurs, heures, heurts - et d'amours partagées, au contraire des croyances de Marcel Proust), 
je lui offrirai une peinture réalisée par Djé SaintJames Physalia, à partir de photos
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
18 H 45, réception de l'oeuvre commandée à Djé Saint James
ils sont trois à scotcher légèrement la toile
je suis dans l'entrée pour ne rien voir
puis je me dirige à reculons vers l'oeuvre
me retourne, la découvre, applaudis
nous prenons un apéro à 5
les deux jeunes du Gambetta
les adultes, du côtes du Roussillon villages Le Poutou de la mort
j'ai choisi spécialement la cuvée
nous regardons la vidéo nos années super 8
au revoir
ils vont fêter la Saint-Valentin quelque part
merci à Djé pour cette oeuvre qui évoque la mouette et s'en démarque légèrement et pour le clin d'oeil au couple, mariés civilement et religieusement le 1/7/1967, bien qu'athées ou nous disant tels 
(aujourd'hui rires)
j'étais très petit-bourgeois, ne me suis jamais senti transfuge de classe, ni traître à ma classe, toujours bien senti dans ma peau mais trouvant insupportables inégalités et injustices d'où un militantisme forcené
(aujourd'hui, fou rire)
en tout cas, ça mûrissait; j'attendais ce jour pour décider de pas mal de choses, subrepticement, sans éclats ni déclaration
l'effacement va être discret, réel
le retrait de certains projets d'une part, et moins d'écriture d'autre part 
(je deviens de plus en plus inaudible et illisible)
exemple : ma réponse ce matin à une amie russe, vue pour la dernière fois en 2015 à Paris, installée à Saint-Petersbourg
"Oui, on se cherche mais on trouve ce qu’on attire par notre nature profonde, notre « mission » de vie (qu’est-ce que la Vie qui m’a donné « ma » vie attend de moi ?)
Aujourd’hui, je suis convaincu que nous sommes les attracteurs de ce qui nous arrive
Et donc si on veut attirer l’amour, la joie, le-les bonheurs, c’est en adoptant une attitude de tout l’être corps-esprit-coeur-âme qui parce qu’il donne, reçoit
Quant au monde, il est la projection de nos inconscients personnels et collectifs; nettoyons-nous d’abord, optons pour la beauté (beauté de notre regard, rendant beau le monde et les gens, souris et l’autre te sourit, parfois)
Il ne s’agit pas de purification mais d’acceptation lucide de ce qu’on est et qui est fluctuant, impermanent = variabilité des humeurs, émotions, opinions, pensées… mais droiture-rectitude de ma ligne de vie, de mon chemin de vie, comme déjà tracé, sinueux pour beaucoup, plus droit pour d'autres"
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4 films vus sur Arte, 1 par soir, montrant assez bien cela
les sentiers de la perdition (2002) ou la rédemption d'un tueur professionnel, sauvant son fils d'un destin de tueur au prix de son propre assassinat
La Habanera, film allemand de 1937, où le destin tourmenté d'une suédoise qui s'est laissé séduire par un seigneur portoricain 
le talentueux monsieur Ripley (1999) alias monsieur Replay, où le démoniaque monsieur Ripley va jusqu'aux meurtres pour que ses double-jeux et volte-faces ne soient pas démasqués (personnage fascinant parce que les autres sont également complexes, ambigus)
le sel des larmes (2020) ou la lâcheté d'un inconstant ; pour moi, un vrai repoussoir
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée

mon travail d'épitaphier depuis la disparition de l'épousée

nos années super 8, 1967-1974, jeux sur la plage de Bray-dunes, septembre 1974, arrivée à Toulon, lycée technique Rouvière à Sainte-Musse après 10 ans au Lycée de Le Quesnoy
/ je ne me suis jamais reconnu dans des paroles comme celles de Stevie Wonder dont Jeff Beck a fait une pépite / ‘’Cause we’ve ended as lovers’’ paroles 1974, pépite 1975 / ... Maintenant vous dites que l'amour a disparu
Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas être amis
Parce qu'on en a fini en tant qu' amoureux
Est-ce que notre amour les uns pour les autres doit prendre fin ? ... / 
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je me reconnais davantage dans les deux citations suivantes : 
"Je ne sais pas si tu es en moi ou si je suis en toi,
ou si tu m'appartiens. Une chose est sûre,
je ne veux pas te posséder.
Je pense que nous sommes tous les deux à l'intérieur d'un autre être que nous avons créé et qui s'appelle nous."
Robert James Waller -Sur la Route de Madison-
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aujourd'hui, je dirais nous sommes un point à l'endroit, un point à l'envers de la tapisserie cosmique / comprenne qui pourra 
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2° citation : "Mais dans les bras de Laura, il n'y avait pas d'illusion possible. Jamais je n'avais aimé avec un don si total de moi-même. Je ne me souvenais même plus de mes autres amours, peut-être parce que le bonheur est toujours un crime passionnel : il supprime tous les précédents. Chaque fois que nous étions unis ensemble dans le silence des grandes profondeurs qui laisse les mots à leurs travaux de surface et que, très loin, là haut, les milles hameçons du quotidien flottent en vain avec leurs appâts de menus plaisirs, de devoirs et responsabilités, il se produisait une naissance du monde bien connue de tous ceux qui savent encore cette vérité que le plaisir réussit parfois si bien à nous faire oublier : vivre est une prière que seul l'amour d'une femme peut exaucer."
- Romain Gary, Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable / 
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je pourrais aussi dire des poèmes de La Parole éprouvée /
Désir 1 
avec toi je me sens (inspirer fort)
(expirer fort) sans toi
avec toi je deviens
prolifération d’analogies
succession d’annexions
chiens et chats s’insinuent dans mes cris d’amour je suis miaulements avant
grognements pendant
mes ongles et mes doigts deviennent griffes et pattes
aux anges je prends leur légèreté
au taureau sa virilité
dans les plis de mes rêves je reconstruis
sans les déformer villes d’orgies clairières de sorcières sur les draps je me crucifie râlant et bavant
je deviens théâtre de la cruauté
sur ta peau s’ébauchent formes et volumes nouveaux mes mains autour de tes seins sur ton ventre
font une procession
je construis de longs itinéraires qui me révèlent t’édifient
dont les clefs sont l’origine du tracé
nos désirs sans objet
ton vagin sanctifié sacrifié 
tremble sous la pression de ma précipitation 
irrépressibles tentations la peur du sacrilège me tenaille et me déchaîne
pour toi je galope étalon d’alpages
sans bouger du matelas
toi tu passes vite comme les hirondelles faisant siffler l’air à nos oreilles à l’approche de l’orage
assis dans la mousse de ton pubis
je joue avec mon pénis cadeau et défi 
tes yeux m’envahissent
des rires venus de toi me croisent aèrent mon corps crispé sous le tien tes étonnements font naître les miens dans ma main droite 
ils se débattent tes yeux parfois se voilent
et j’apprends à lire
du merveilleux glisse sur ma peau océane
l’angoisse te fait craquer comme le bois
écorce j’éclate cuirasse je cède à tes mains je me livre pour un feu de joie
pour tes yeux je me délivre de mes grincements de scie
(devant L’origine du Monde de Courbet et le Nu couché, bras ouverts de Modigliani)
 
 
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
inspir du baiser d'expir d'Annie vers 1971, capture d'écran de Nos années super 8
Vita Nova
le désir du baiser
des baisers, il y a eu
des baisers, tu as connaissances, souvenirs, ressentis, émotions, sentiments
il reste un petit reste, un titilletent matent, une insislance tancinante
le désir du baiser
qu’aucun baiser ne boumclera
un rêve de baiser, une attente patiente-impatiente, permanente-impermanente
en sourdine / explosive
le désir du baiser tu l’imagines devenant réalité, baiser réel
lente approche des lèvres
inspir abdominal, ventre se remplissant d’air par le nez, vers l’avant
alvéoles se déployant, se dépliant
tu te remplis de vie, du souffle de Vie, du Souffle qui donne vie, fait vivre
lèvres se rencontrent, bouches s’ouvrent
expir dans l’autre bouche, la bouche désirée de l’aimée
et réciproquement
ton air vicié rencontre l’air vicié de l’aimée
échange de poisons
long suspens, apnée prolongée
deux ivresses-deux envolées-deux bolées / 
deux vertiges-deux emboliesabolibibelot
fin de la rencontre ivre / délivre des lèvres
essoufflé t’es soufflé
fermeture des bouches
inspir de récupération, de retour sur terre
purification par inspir d’air pollué
puisque vous vivez dans les villes barbares
ce premier baiser d’effleurement des peaux
ce premier baiser inspiré d’expirs enivrants fait le bonheur de deux aimants
attraction
demain, la langue entrera dans la bouche ouverte de l’aimée
l’autre langue entrera dans la bouche de l’aimé
caresses de langues, douceurs de papilles, nectars de salives
le baiser rêvé, sensuel, ravivant les émois, évanoui reste le petit reste
le désir du baiser d’un Épicure corrézien âgé de 100 ans 
le désir d’un baiser chez un philosophe du pur Amour
(Le siècle de Marcel Conche, 2021, Les Cahiers de l'Égaré, pages 151-153)
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le 29 novembre 2010, nous avons échangé nos respirs, Annie dans le coma et moi, tentant d'insuffler de la conscience puisque souffle, il y avait encore
L'épousée sombre dans le coma le 29 novembre 2010. Entre 16 h et 21 h, l’épousée fait 14 apnées.
 
Au moment de la 14e apnée.
L’épousé – va au profond de toi, mon p’tit chat, plonge dans le tourbillon pulsionnel,
la musique de la vie se joue avec du souffle,
la musique des mots avec du souffle d’expir,
la musique des baisers avec du souffle d’inspir,
il n’y a pas de musique de la mort
ne rends pas le souffle, échangeons nos expirs
Pour ta 14e apnée, je ne peux pas le dire autrement : fais la morte le plus longtemps possible, retiens ton souffle tant que tu peux, pour baiser les cellules malignes qui cessent de proliférer quand on meurt. Fais la morte. Allez (bredouillant) vas-vas-vas-y mon p’tit chat. Retiens ta vie, ton souffle. Tu me l’as dit à Cuba, le coma ce n’est pas la mort.
L’épousé fait du bouche à bouche avec l’épousée, trois fois. Le monitoring indique que l’épousée est entrée dans sa 14e apnée, chiffre de sa naissance.
(Temps très long)
L’épousée, soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une extrême violence, elle crache du sang noir, l’utérus saigne noir, le poète l’a dit Et l’Homme a saigné noir à ton flanc souverain. Elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’épousé.
L’épousé – mon p’tit chat, reviens ici-haut.
Tu m’as dit à Cuba : Mourir... dormir, rien de plus... peut-être rêver.
Je te dis : Vivre... Dormir... Rêver, c’est bien séparé...
Ta chaise t’attend pour traverser notre seize mille huit cent trente-sixième nuit d’amour
L’épousée –... mon p’tit chat, pour sortir, mets-moi mes tennis blanches et dans le sac à dos, pour les mauvais jours, mes tennis noires.
(Noir ou pleins feux)
L’hôpitaL – La vie n’a pas de prix. Sauver ou pas une vie, a un coût. Votre Dette, madame, pour la période du 29 octobre au 29 novembre 2010 dans notre établissement s’élève à trente-deux mille neuf cent quatre-vingt-neuf euros et quatre-vingt-dix- neuf centimes d’euros, prise en charge par la Sécurité sociale.
(L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, Les Cahiers de l'Égaré, 2014)
les baisers
les baisers
les baisers
les baisers

les baisers

la machine de l'écrivain

la machine de l'écrivain

pour le moment, je considère cette page FB comme ma page d'écriture quotidienne, je ne suis pas dans une démarche d'écriture créative, poétique, théâtrale ou philosophique, je suis dans une démarche de mise au jour de mes rares éclairs de lucidité comme si je tirais des leçons ou enseignements éphémères de ce que je crois avoir vécu ou crois vivre 
ainsi donc, j'écris en évoquant le petit film nos années super 8 :
(pour Je-Lui-Moi-L'autre, le passé passe mais ne s'efface pas ni la tonalité heureuse, joyeuse de 46 ans de vies - heurs, heures, heurts - et d'amours partagées + 12 ans depuis sa disparition => 58 ans, au contraire des croyances de Marcel Proust ou de ‘’Cause we’ve ended as lovers’’)
me relisant, je dois préciser les choses telles que je les crois aujourd'hui, donc des croyances sans preuves mais agissantes : seul existe le présent, tout ce qui est vécu, éprouvé passe dans l'éternité de ce présent éternel, ne s'efface pas, ce sont des vibrations, de l'information, de l'énergie (VIE) déjà éprouvées par X-Y, ré-éprouvées par A-B, étonnantes les répétitions de génération en génération), qu'éprouveront Z-C...(rien de nouveau sous le soleil, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme et ça se répété, se répète, ça s'étire...) /
passé, futur sont des constructions de l'esprit humain qui a donc aussi la capacité de faire remonter des souvenirs, d'anticiper des projets avec tous les sentiments qui vont avec (nostalgie, enthousiasme, angoisse, espoir, peur, regret, compassion, pardon...) /
revivre les années super 8, c'est les vivre au présent, pas les retrouver tels que dans le passé, ce sont des émotions à cet instant (quand on a visionné le montage, il y a eu des larmes aux yeux chez nous deux, Gaby et moi)
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et pourquoi nos années super 8 ont engendré déjà 58 ans de fidélité (incluant les infidélités, coups de canif dans le contrat, le serment de mariage) à notre histoire (2 puis 3 puis 4 moins 1 moins 2 plus 1...) parce que j'ai eu la chance (à dire aussi comme j'ai été l'attracteur de ce qui m'est, nous est arrivé) d'être choisi par l'épousée /
il me semble que quand ça débute dans le sens femme-jeune fille rêvant du grand amour comme pas mal de jeunes filles sentimentales vers homme, toujours d'abord sexuel, lui, devant prouver aux autres, se prouver à lui-même, l'histoire peut se dérouler un peu autrement, soumise aux modèles de comportement du temps et de la société avec quelques broderies personnelles et de couple puis de famille
en tout cas, je remercie Annie d'avoir osé en octobre 1964, me laissant bouche bée...
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vu Ghost Dog, et ce n'est pas un hasard, c'était le film qu'il me fallait, après cette journée, un film illustrant à sa façon, ce que je tente de dire (ce sera de moins en moins) et surtout de vivre (pas en pleine conscience = toute puissance, mais un peu en conscience à la surface de l'inconscient)
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Ghost Dog de Jim Jarmush sur la voie du samouraï, le tueur fantôme médite les aphorismes du Hagakure, bible des samouraïs du Japon ancien. 
Comme par hasard mais ce n'en est pas un, il se laisse tuer par son maître, lui-même sous la coupe de la fille du caïd, assassiné par Ghost Dog, fille qu'il a épargné par deux fois, elle n'était pas dans le contrat
Le film débute par cette citation
« La voie du Samouraï se trouve dans la mort. Il faut méditer chaque jour sur la mort inévitable. Chaque jour, le corps et l’esprit en paix, on doit méditer sur la mort : déchiré par les flèches, les balles, les lances et les épées, emporté par les vagues déferlantes, précipité par le cœur d’un grand incendie, frappé par la foudre, broyé par un grand tremblement de terre, tombant du haut d’une falaise, emporté par la maladie, faisant « seppuku » à la mort de son maître. Chaque jour sans exception, on doit se considérer comme mort. Telle est en substance la Voie du samouraï ».
« Dans les arts et dans la vie, saisir le rythme est le plus important ».
« Il est mauvais qu’une chose devienne deux. On ne doit rien chercher d’autre dans la Voie du Samouraï. Il en va de même pour tout ce qu’on appelle Voie. Celui qui a cette compréhension sera ouvert à toutes les Voies et sera toujours plus en accord avec la sienne ».
« Voir le monde comme un rêve est un bon point de vue. Quand on fait un cauchemar, on se réveille et on se dit que ce n’était qu’un rêve. Il est dit que le monde où nous vivons n’en diffère en rien ».
« Parmi les maximes au mur du seigneur Naoshige se trouvait celle-ci : « les questions importantes doivent être traitées légèrement ». Maître Ittei commenta : « Celles sans importance doivent être traitées sérieusement ».
« Même si la tête d’un samouraï est subitement tranchée, il doit pouvoir accomplir une dernière action avec assurance. S’il devient pareil à un fantôme vengeur et montre une grande détermination, même la tête coupée, il ne devrait pas mourir ».
« On dit que ce qu’on appelle l’esprit d’une époque est une chose à laquelle on ne peut revenir. Si cet esprit se dissipe, c’est que le monde approche de sa fin. Même si l’on veut revenir à l’esprit d’il y a 100 ans, cela ne se peut. Aussi, il faut tirer le meilleur parti de chaque génération ».
 
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
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s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois

s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois

PORTRAIT DE LA FEMME AIMÉE DEPUIS 40 ANS

Apparemment, c’est une femme de l’absence. Toujours ailleurs. Perdue dans ses pensées. Fille d’air et de rêve. Mais à la pratiquer, avec amour, depuis quarante ans, j’ai compris que c’est une femme de la présence, une présence légère, dans le présent. Elle ne pèse pas. Elle ne pose pas. Avec elle, tout est danse. Le présent n’est pas que l’instant. C’est le moment de maintenant, avec une pointe de souvenir. Une fleur, chaque jour, pour notre chat parti sans retour. Son nom parfois et alors, une bouffée de nostalgie. Elle est attachée à tout ce à quoi elle a donné de l’amour. Des photos et des mots pour les disparus, la mère, d’une embolie qu’elle embellit, le fils et le frère, dans le même accident. Des cartes aux anniversaires. Des cadeaux sans destinataire pour les recevoir. Quelle aptitude à ne rien laisser mourir malgré la souffrance, évidente, inconsolable. Chaque objet est à la fois d’hier et de maintenant, pas figé, souvent déplacé. L’œil toujours sollicité par quelque nouveauté, une disposition rare, un rapprochement inattendu, un éloignement surprenant. Tout ce qu’elle aime est sans cesse repris, reconsidéré. Petits riens qui changent tout. Combat de chaque instant contre la dégradation, l’usure, l’habitude, l’oubli. La maison vit, est habitée. Pas d’ennui possible avec une femme qui fait de sa maison, de notre vie, un récit, un poème. Avec elle, les simples jours deviennent les simples beaux jours, embellis par le regard, le sourire radieux qu’elle pose sur les choses et les gens. Les tristes jours deviennent les inoubliables tristes jours, adoucis par son sourire mélancolique. Elle rayonne d’amour. Solaire, elle donne le meilleur d’elle, une écoute qui apaise angoisses et peines, aide à mettre en mots, petits maux et grandes douleurs. Mais de ses angoisses et souffrances, vous ne saurez rien, les mots ne sont pas pour elle. Elle ne s’en sert pas pour elle. Tout se passe dans le regard, souvent mouillé, toujours caché. Ah ! la légère, l’aérienne ! Depuis quarante ans, elle me fait la vie légère. Je l’aime sans comprendre pleinement la force du don qui l’habite. Mais en le vivant pleinement, passant des heures à contempler son visage sur lequel je ne vois pas passer l’âge. Elle a l’âge de son cœur, celui de l’adolescente qui m’a choisi une fois pour toutes. Mon désir d’elle et mon amour pour elle sont restés intacts à son contact.

(2017)

nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
l'un part, le cadet, 30 ans (19 septembre 2001, par accident à Cuba), ayant vécu, flambé dix vies flamboyantes en une, Cyril G. 
l'autre reste, l'aînée, Katia P., qui sait ce qu'il lui reste à faire, la légende du cadet 
(tout récit n'est-il pas une légende ?)
pour Katia P., deux installations : 
En attendant, je pleure (6 représentations de 20' dans l'église du Revest, pour le 1° salon des écrivains et des artistes, le 17 septembre 2022); 
Et puis après, j'ai souri (45' présentées au théâtre de l'université de Nanterre en juin 2016)
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel
il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
j'ai réussi dans Les fiancés de la marée silencieuse à transformer un mariage de luxe ostentatoire en une révélation-métamorphose
j'ai réussi dans Les fiancés de la marée silencieuse à transformer un mariage de luxe ostentatoire en une révélation-métamorphose

j'ai réussi dans Les fiancés de la marée silencieuse à transformer un mariage de luxe ostentatoire en une révélation-métamorphose

les mariés de Venise Jeff Bezos et Lauren Sanchez, le dimanche 29 juin 2025; cette photo est un mentage (montage et mensonge), la dame a tout faux (à la KK, les seins, les hanches), le monsieur aussi (là, c'est plus compliqué ; n’est-ce qu’un jugement de ma part ou en quoi, objectivement, a-t-il faux ? je me suis mis à rire, parce que j'imaginais les mains du monsieur palper les faux seins de la dame, oui mais vraie peau et effets réels sur sa libido; imaginer un monologue intérieur de ce monsieur se demandant ce qu'il éprouve, pris de vertige parce qu'impossible de démêler le vrai du faux, que le faux est aussi du vrai

Rubin au Chili foc de Sant Joan du 23 juin 2025 à Corps Ça Vit
Rubin au Chili foc de Sant Joan du 23 juin 2025 à Corps Ça Vit

Rubin au Chili foc de Sant Joan du 23 juin 2025 à Corps Ça Vit

Les 5 chercheurs du conte d'Alain Cadéo, Joanne et les étoiles, pages 77-83, vieillissant mais toujours enthousiastes, aidés par leur « porteuse de vie », Joanne Krimsky, vont pouvoir se nourrir à « la soupe primordiale », grâce à l'observatoire Rubin au Chili qui a rendu public ses premières photos du cosmos, le 23 juin 2025. Alain Cadéo ne les nomme pas mais je sais de source insûre qu'il a réuni Einstein, Oppenheimer, Hawking, Kami Rita Sherpa, Elytis.

« Dans l'avancée de la maturité et l'approche de la vieillesse, il est un... phénomène qui frappe: le rajeunissement progressif du coeur et de l'âme. Depuis toujours, je pressentais que la nature ne pouvait pas vouloir la déchéance de l'homme. Aujourd'hui, je le sais. Si la deuxième moitié de l'existence ne recelait pas un projet, nous serions éliminés - comme le sont certains animaux - après le cycle de la fécondité. Ce projet qui nous est confié est invisible à l'oeil. (…) Dans la jeunesse, l'âme n'est pas jeune. Elle est percluse du rhumatisme des modes, plie sous les idéologies, les normes en vigueur. L'Alzheimer juvénile la ronge: l'oubli de tout ce que l'enfant savait encore sur le sens profond des choses. La jeunesse transbahute tous les préjugés qu'on lui a inculqués, les jugements féroces, les catégories assassines. Elle est souvent dure comme le monde qui l'accueille. Sa lumière est sous le boisseau (…) Quand l'obligation de faire un avec sa génération n'est plus une question de survie, on peut enfin écarter les oeillères, laisser venir la clarté. Comme dans les grandes forêts où l'automne, en dépouillant les branches, donne le ciel à voir.»
Christiane SINGER -
N'oublie pas les chevaux écumants du passé
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De vie à vie Marina Tsvétaïéva

24 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #amitié, #amour, #engagement, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée
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De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée

De vie à vie
Marina Tsvétaïéva (traduction André Markowicz)

Éditions Mesures

De vie à vie (littéralement en russe, Du vivant sur du vivant) est un récit écrit à Clamart, en 1932, paru en 1933, consacré à la visite que lui fit à Moscou, Maximilian Volochine alors qu’elle venait de publier son premier livre L’Album du soir, âgée de 18 ans, lui, poète et critique littéraire lui ayant consacré un article paru le 11 décembre 1910 dans Outro Rossii, et qu’il tenait à lui présenter, étant persuadé qu’elle n’en avait pas eu connaissance.
De cette visite, s’en suivirent six années d’échanges, de visites de Marina (seule ou avec sa soeur et Sérioja) à Koktébel en Crimée, maison construite par Volochine, où il vivait avec sa mère, Éléna Ottobaldovna Volochina qui l’avait élevé seule, c’est-à-dire sans les autres et contre les autres car une femme seule avec un enfant c’est -.

« Ils formaient un couple inséparable et pas un couple d’amis. Toute la réserve de virilité fut donnée à la mère, toute celle de féminité, au fils. »


Puis quelques lettres après 1917, jusqu’à la nouvelle de la mort de Volochine, le 11 août 1932, à midi, heure française, apprise en lisant La Pravda, le 16 août.


J’ai tellement été époustouflé, transporté, lévité, ascensionné par ce récit, il me semble tellement correspondre à ce qui devrait être, qui est déjà ce qui est depuis toujours, si on voit avec les yeux du coeur, de l’amour, que je ne vais pas en faire une note de lecture mais une écriture, nourrie des « anecdotes et commentaires » de Marina.


Il était une fois, un homme né d’une femme, élevé par elle, sa mère, seule. Elle portait à bout de bras les charges de la maison immense de Koktébel, au bord de la mer. Et lui, le fils, un poète, mythe juste au-dessous du mythe qu’est un moine, un ermite en sa grotte avait été ensemencé par tout le féminin possible.
Rien en lui de guerrier, de virilité dominatrice.
Un homme de paix, d’apaisement.
Un homme refusant de servir pendant la guerre de 14, se déclarant officiellement auprès du ministère de la guerre, objecteur de conscience.
Un homme de curiosité, grand voyageur, amateur de littérature française, traducteur d’oeuvres littéraires françaises, ayant vite compris que la Révolution russe ne serait qu’une répétition amplifiée de la Révolution française (terreur, contre-terreur, sang, sang, sang, faim, faim, faim).
Un homme refusant de prendre parti, qui dans sa maison de Koktébel accueillit le rouge poursuivi par la meute blanche comme le blanc poursuivi par la meute rouge.
Un contre-révolutionnaire absolu selon les bolcheviks qui se vit attribuer par eux, sans la demander, une pension mensuelle de 240 roubles.
Un rassembleur au-delà des haines.
Un falicitateur de rencontres pouvant durer des années car le temps est nécessaire pour connaître l’autre dans son être vrai, dans sa vérité, qui n’est pas ce qu’il croit être, qui lui est méconnaissable et surtout temps nécessaire pour que cet autre rencontré aille avec ce compagnon-poète vers sa vérité, son destin.

D’où cet homme tenait-il ce pouvoir de parler aux chiens, au feu et par sa parole, par son index pointé, comment réussissait-il à faire que ces chiens sauvages, dépeçant les cadavres deviennent gentils toutous, que le feu ayant pris dans les fondations de sa maison s’éteigne.
Était-il un initié ? Peut-être.
Mais plus simplement, il accueillait.
« Il a raison à sa façon, autant que toi, à la tienne. Et c’est cette raison à sa façon qui formait le principe de sa vie avec les autres. À l’instant de cet entre-deux, il se trouvait en même temps chez vous et chez votre ennemi et encore chez lui. »        
Si tu admets cela, alors, tu ne cherches pas à avoir raison contre l’autre. Tu peux arriver à saisir, à vivre que toi, ton ennemi et le poète vous êtes un être global, faisant partie du Tout. Chacun dans cette atmosphère se sent en confiance. Et du compagnonnage devient possible, harmonisant les différences par leur acceptation.

 

Comment s’y prenait-il ? Ce goûteur de France, était dans son fond le plus profond, un vieil Allemand, amateur de contes et légendes, ceux des frères Grimm.
Et pour chacun rencontré, il l’inscrivait dans un conte, une légende, voire un mythe qui permettait au rencontré de se révéler, de se réveiller, de se vivre en vérité.

De vie à vie Marina Tsvétaïéva

L’histoire de Chérubina de Gabriac est de ce point de vue là, ce que certains appellent une mystification, ce que d’autres appellent une transfiguration.
L’institutrice russe boîteuse, Élizavéta Ivanovna Dimitriéva, devenue Chérubina de Gabriac, que tout le comité de rédaction de la revue Apollon veut rencontrer a vu sa vie transformée par cette « invention » qui est bien autre chose qu’écrire sous pseudonyme ou par hétéronyme.

Oh ! Fallait-il que je reconnaisse
L’amour et la mort à treize ans ?
(Élizavéta, envoyé par Max sous le nom de Chérubina à la revue Apollon)

Tu m’as donné une enfance de conte,
Oh ! Donne-moi la mort à dix-sept ans !
(Marina, L’album du soir)

Et cette remarque essentielle de Marina :
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »

Hier soir, 22 juin 2024, avant l’illumination des tours de Batère, de Corsavy, de Cabrenç, trois tours de l’époque des razzias barbaresques, je disais à une inconnue, invitée à notre table parce qu’elle se retrouvait seule, que la séquence chiffrée selon la place de chaque lettre dans l’alphabet de son prénom Martine se retrouvait un nombre infini de fois dans le nombre univers Pi, que toutes les Martine ayant existé, existantes, et devant exister étaient emplacées, autrement dit, toutes les Martine ayant existé avaient vécu  une vie préparant la vie qu’elle vivait, elle-même, par sa vie, offrant la vérité de sa vie à des Martine à venir.
Ça vous semble tiré par les cheveux. C’est exactement ça !


L’invisible agissant derrière le visible, proposant à notre perception subtile, à notre intuition, un cheveu à tirer, si fin - sans fin

"L'univers est un seul être. Tout et tout le monde est interconnecté à travers un réseau invisible d'histoires. Que nous en soyons conscients ou non, nous sommes tous dans une conversation silencieuse. Ne fais pas de mal. Pratique la compassion. Et ne bavarde pas derrière le dos de quelqu'un - pas même une remarque apparemment innocente! Les mots qui sortent de nos bouches ne disparaissent pas mais sont perpétuellement stockés dans l'espace infini et ils nous reviendront en temps voulu. La douleur d'un homme nous fera du mal à tous. La joie d'un homme fera sourire tout le monde."
Shams-e Tabrîzî (1185-1247)


Le croirez-vous ? La tour de Batère, à 1500 m d’altitude, d’où on a une vue extraordinaire, en particulier sur les châteaux cathares, en cours de restauration sous la présidence de l’héritière des Cafés La Tour, est le siège secret du site internet de Louis de Batère, auteur d’un livre gratuit : Le Pont, de la dualité à l’Unité.
Évidemment, il n’y a aucune connexion internet à la tour de Batère.

Max, le poète, avait proposé à Marina d’écrire  comme Marina mais aussi pour ses poèmes russes par un homme inventé, nommé Pétoukhov, qu’elle finirait par haïr et, pour ses poèmes romantiques par des jumeaux inventés, une femme et un homme, les Krioukov.
Marina, par orgueil, voulant signer Tsvétaïéva, tout ce qu’elle écrivait, refusa cette proposition.
Aveu de 1932 :
« C’est vrai que Pétoukhov aurait été un bon poète. Quant aux jumeaux, je les pleure jusqu’à ce jour. »

 

Maksimilian-Voloshin-i-Mariya-Zabolockaya

Maksimilian-Voloshin-i-Mariya-Zabolockaya

Volochine, plus de 100 kilos, bouclé, tanné, rond, puissant physiquement, était un marcheur infatigable, un grimpeur doué.
Les poèmes qui sont traduits dans le livre et par lesquels j’ai commencé pour prendre un peu la mesure de ce génie sont très masculins, nets, tranchants, sans concession. L’horreur y est à sa place, énorme car l’histoire n’est que massacres, répétitions de massacres, de tortures (poèmes Massacre, La famine, Le protocope Avvakoum).

Sa mission lui fut dite dans le poème
L’apprenti

Et là quand tu auras compris
Que tu n’es pas un enfant de la terre
Tu es un hôte du cosmos

Qu’autour de toi dans l’être et dans les choses
Souffle le Verbe
Qui les appelle à être
Et que tu viens pour libérer les noms
Tu viens pour reconnaître les souffles dans la matière …

Koktébel, 14 juin 1917


Navigation

Je te placerai là, en témoin des folies
Je te ferai passer sur le fil de la lame
À travers les brasiers d’une guerre
Fratricide, inutile, sans issue
Pour que tu sois porteur du grand silence
De la mer miroitante au crépuscule.

Koktébel, 12 juin 1919

Le Nord-Est

Crimes bolcheviks, crimes des tsars
Rien ne change, rien que les bannières
C’est à chaque fois le même vent
Tyrannie des révolutionnaires
Et révolutions par des tyrans…

Le protocope Avvakoum

Sans âme, notre corps n’est que poussière et merde.

Le récit De vie à vie est précédé par un poème
à la mémoire de Maximilian Volochine,
Ici-haut

Donc, il voulut élever
Mort, lui - ceux qui le portèrent
Donc à la seule place rêvée.
Sienne - la seule sur terre.

Place au-dessus de laquelle est le
Pleur - mien - dans la basse fosse.
Place au-dessus de laquelle a lieu
Dieu - et nulle autre chose.

Lui au milieu des sommets, le Tout-
Homme, sous chaque régime.
Lui, comme il sied au poète - sous
Le ciel, sur la terre mutine…

Max ! Il sera si tendre
De dormir sur ton roc !

28 octobre 1932

(Max est enterré au sommet du mont Koutchouk-Iénychar)

À Corps Ça Vit, dimanche 23 juin 2024
Focs de Sant Joan organisé par le comité des fêtes
(entre 19 H et minuit, confection des ramallets jetés au feu, grillade et cargolade offerte, arrivée de la flamme…)

 

 

tombe de Volochine

tombe de Volochine

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Christiane Christian Alain Jacques

20 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #amitié, #amour, #engagement, #essais, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !
photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !

photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !

Rêvélévation

Cela passa peut-être un dimanche. Peut-être sur une route de montagne sans circulation (où ? où ? demandent les hiboux). Ciel bleu. Nuages, nuages, merveilleux nuages où passez-vous si ce n’est pas ici ? Le chemineau ne peut  encercler un nuage passant entre son pouce et son index, en faisant un oeil, clin d’oeil à son oeil en éveil. Sur le terre-plein du kilomètre 300, il enserre le tronc du petit chêne qu’il honore chaque fois qu’il passe puis appliquant son dos douloureux contre le tronc, il lui confie le soin d’en prendre soin, de lui apporter soulagement, demande-prière adressée dans sa tête au  petit chêne et livrée à l’abondance de l’univers. Tu peux dire aussi livrée à la Grâce, traverse son esprit.
Et soudain, une correction s’offre à lui. Tu ne peux pas ne demander que le soulagement. Tu dois demander aussi la souffrance. Tu dois vouloir vivre la souffrance et le soulagement. Dorénavant, cher chemineau tentant de vivre en conscience, veuille vivre les antonymes, l’un et l’autre, sans les séparer, pas l’un sans l’autre, pas l’un ou l’autre, pas l’un contre l’autre. Des écailles sont tombées dans l’herbe au pied du chêne.
Rentré, le chemineau sans bâton et sans besace se demande d’où cette tombée d’écailles lui vient. D’un choc de lecture. Il a fini, à une date indéfinie, stylo en main, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? de Christiane Singer.
Il l’aime cette Christiane, cette passionnée, cette mystique sans église, sans dogme, guidée, nourrie, se métamorphosant  par des expériences sensibles, des rencontres imprévisibles, dans des endroits inconvenants, hôpitaux psychiatriques, prisons, couvents, monastères, cours d’écoles, rues mal famées, pays lointains, vieux manuscrits, musées…
Rien de ce qui est humain ne lui est étranger.
Elle se coltine au pire, au meilleur. Enrage, s’enthousiasme, s’émerveille, se désespère. Elle s’émerveille du corps, des âges de la vie, de la naissance et de la mort. La diversité des cultures lui permet de résister à la mondialisation uniformisante, à l’économisme mortifère en lui montrant que la plupart d’entre elles, les plus anciennes, savent prendre soin, honorer, célébrer, relier, reconnaître l’invisible derrière le visible, le Réel derrière la réalité, la fluidité derrière la solidité, les sens étant guides, se méfiant de la raison qui veut avoir raison mais tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas.
Le logion 77 de saint Thomas est essentiel : « Je suis partout. Quand tu vas pour couper du bois, je suis dans le bois. Quand tu soulèves la pierre, je suis sous la pierre. »
Non pas, je suis le bois, je suis la pierre mais chaque fois que tu es LÀ, vraiment LÀ, dans la rencontre du monde créé, alors je suis là. Et là où tu es, si tu es dans la présence aiguë, je suis aussi.
Être LÀ ! C’est le secret. L’accès au sacré.
Pour accueillir, ce qui traverse, ce qui passe.
Tout lieu, tout moment doit te devenir makon, terme hébraïque désignant lieu, moment de rencontre entre l’homme et Dieu.
« Je regarde le plus souvent possible couler l’eau. Je  m’imprègne de voir ce qui se passe en moi à voir couler l’eau. »
« Dans la réalité, je me fais un bleu lorsque je me heurte à la table. Dans le Réel, j’attrape un bleu parce que quelqu’un au bout du monde s’est heurté à un meuble ou à un coeur endurci. »
Dans la réalité, je suis ficelé par mes représentations. Dans le Réel, rien ne me sépare de rien ni de personne.
Sachant qu’étymologiquement personne = personare = ce qui souffle au travers.
À travers toute personne en vie vraiment, c’est-à-dire LÀ, le vent de la Présence souffle.
S’incliner. Être dans la gratitude.
À son âge certain, le chemineau sans bâton ni besace aimerait approcher du Rabbi Löw de Prague. Un jour, il fut pris sur un pont de la ville sous les jets de pierres d’une bande d’enfants. À peine, les pierres le touchaient-elles qu’elles se changeaient en boutons de roses.
Ce miracle peut-il s’expliquer ?
Rabbi Löw aimait tellement les enfants qu’il ne pouvait pas leur permettre de devenir les assassins d’un vieillard.

Le 17 juin 2024

ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac

ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac

Dialogue avec Christian Bobin
Le bruit d’une balançoire
Lumière du monde

J’aime beaucoup ce qui se laisse écrire sur la page blanche qui peut tout recevoir mais surtout qui donne tout parce qu’elle est vide et qu’ainsi parfois se livre à la main-oiseau, à la main-papillon de Christian Bobin, en attente, en attention extrême, la vérité, non de la phrase aussi travaillée soit-elle (à éviter autant que possible, pas d’esthétisme avec la vérité, pas de poème mais la poésie offerte à qui sait voir, à qui sait attendre, parfois des années) mais la vérité d’un visage, celui d’un bébé qui, miracle, attire tous les regards et innocente ceux qui le contemplent (surtout éviter de lui glouglousser des mièvreries onomatopoétiques), celui d’un vieillard, buriné par larmes et rires, livre disant si sa vie se termine dans la joie ou par le néant, la vérité-beauté de tourterelles blanches sur la branche du cerisier en fleurs, la venue de l’invisible dans le visible, du ciel sur la terre.
Bobin et c’est tant mieux s’est beaucoup égaré. Aisé alors d’accepter nos égarements. Qui sont nos chemins de vie.
Moi, jusqu’à 80 et ça continuera jusqu’à ce que ça finisse. Mort, Vie. Dans Lumière du monde, nombre d’écrivains sont nommés, démolis, renvoyés à leur nihilisme, leur choix du mal, leur cynisme, après avoir été admirés. Je ne vais pas les nommer car piégé par le monde des écrivains et de leurs lecteurs, ce qu’il appelle « la sainte culture », j’ai encore les mêmes admirations. Ce qui m’a sauvé de l’égarement, de l’attraction de la littérature qui pousse vers le bas, c’est que ces romanciers géniaux de la phrase, du paragraphe, du chapitre, déclarés admirables et admirés, je ne les ai quasiment pas lus. Quelque chose m’en a détourné, une recherche de Vérité ?, pour d’autres lectures de  philosophes, psychanalystes, sociologues, ethnologues, dont j’ai fini par admettre qu’elles étaient aussi des égarements.
J’ai eu plus de bonheur ou de justesse dans mes choix avec la poésie. Je me retrouve, dans les noms qu’il cite :  au placard Baudelaire, Lautréamont, au pinacle, Rimbaud, Dickinson, Grosjean, Follain, Robin, Alexandre Romanès et autres gitans.
Plus de bonheur aussi parce que les 116 poèmes (16 de trop), écrits en 44 ans me semblent être aujourd’hui encore, mes boussoles sans nord magnétique. Je pense à Désapprentissage de la bêtise, de la maîtrise.
Depuis hier, je ne porte plus tout à fait le même regard sur le papillon blanc posé comme un livre fermé, immobile sur une fleur jaune d’or et qui s’ouvre dès l’approche, sur le massif d’aubépine fleuri d’où sort un vrombissement bourdonnant invisible, sur une fleur au bleu délicat (un bleuet peut-être), ouverte comme une minuscule main à 15 ou 16 doigts très fins finissant par des ongles filaments, courbus, pas crochus (ça ferait sorcière).
Là où je m’écarte de Christian Bobin comme de Christiane Singer, c’est dans leur dénonciation du monde tel qu’il est devenu et qu’ils combattent à leur façon, par la solitude, la patience, l’amour, le coeur, la résurrection pour Christian, par des conférences, actions, engagements divers, par l’inclination, l’amour, le coeur pour Christiane. Ils disent que la guerre spirituelle en cours dans laquelle ils sont engagés décidera du sort de chacun et de tous, humain ou machine.
Ce monde détesté, détestable me semble n’être que la projection d’une part de nous-même. Je dois accepter d’en être co-responsable comme je peux d’ailleurs être co-créateur d’un autre monde en me métamorphosant, en travaillent en conscience sur ce qui m’anime, sur ce par quoi je veux être animé, l’amour de la Vie, la fascination du néant.
Donc ce monde, je ne le combats plus, je ne suis plus en guerre. Il ira là où il ira et autant éviter tout pronostic, tout commentaire, tout jugement.  
Je n’écoute plus les bruits du monde (radio, télé depuis le 11 septembre 2001), je ne regarde pas les émissions littéraires, je ne m’intéresse à aucun palmarès.
J’aime ma solitude, ce qu’il me reste de famille, les amis, la vraie vie en face à face, côte à côte.
J’aime les trois rythmes de vie qui sont les miens : 6 à 7 semaines en solitaire (21 H-5 H), 15 jours de vacances scolaires avec les enfants (1 H du matin-8 H), et les 3 mois d’été.
J’aime rencontrer quel que soit l’endroit (je vais vers, j’adresse la parole, déjà bonjour), parler, écouter, contempler,  me promener. J’ai mon lot de souffrances et de douleurs, mon lot de joies et de bonheurs.
J’accepte, je suis dans l’accueil de ce qui advient comme ça advient, sans jugement, sans tri (parfois je me surprends à le faire, alors petit pas de côté).
Merci à Christian et Christiane. Évidemment et c’est un jugement, je me méfie beaucoup de tout un tas de pratiques de développement personnel et ou d’éveil spirituel. J’ai eu de la chance, je n’ai pas l’impression de m’être égaré.
Mais comme me dit l’ami F., c’est bien d’avoir papillonné, maintenant faut que tu fasses le job, j’entends Job sur son tas de fumier, incendier Dieu.
Le 20 juin 2024.

 

Christian Bobin, né le 24 avril 1951 au Creusot en Saône-et-Loire et mort le 23 novembre 2022 à Chalon-sur-Saône
 
de Gérard Vincent en date du 3 décembre 2022 et réédité le 24 avril 2024
" je livre ici une évocation de la cérémonie des adieux à Christian Bobin.
Il y avait une Présence extraordinaire dans l'église Saint Charles lundi après midi au Creusot.
La présence pure.
L'homme Joie.
L'enchantement simple.
Et des dizaines de femmes qui pleuraient dans cette église archi-comble.
De ma vie, jamais je n'avais vu autant de larmes.
J'ai pensé à un moment au grand film de Truffaut, L'homme qui aimait les femmes, avec Charles Denner.
Ce n'était pas des amantes du Plus que vivant mais des lectrices qui avaient reçu beaucoup, un autre amour, de ce grand cœur, ce grand arbre de paroles.
Au Creusot, ce jour là, on disait A Dieu à
L'homme que les femmes aimaient.
Il y a beaucoup de personnalités dans l'assemblée.
La famille Gallimard, Antoine en tête, est là, sur le banc derrière Lydie Dattas-Bobin et Hélène, la fille de Ghislaine, La plus que vive.
Mais il y a surtout beaucoup d'anonymes, ces gens simples, ces petits...C'est pour eux surtout que Christian écrivait. Qui n'a pas eu la sensation en ouvrant un nouveau livre de lui, de recevoir une lettre personnellement adressée ?
Christian qui recevait un courrier considérable, il n'avait pas internet, répondait à toutes et tous.
Christian n'était pas riche car il a donné aux autres toute sa vie. C'était une façon pour lui de garder sa légèreté.
Ce n'était pas une messe. Il y avait quatre prêtres dont le Père Jean Michel Duband, un ami de Christian. Un visage rayonnant de bonté et de lumière. Il nous dit qu'il faut surmonter le chagrin et les larmes car Christian est toujours l'homme Joie. Il y eut une lecture de l'évangile, la parabole où les disciples sont effrayés par la tempête qui se lève et Jésus surgit sur les eaux et leur dit :
N'ayez pas peur.
Il y eut des prières, des chants, du violon et guitare, la voix d'une soprano.
Un écran derrière l'autel montrait des photos de Christian, sa voix, son rire extraordinaire
Une très belle femme prend la parole.
Une courte intervention, un accent.
A la sortie de l'église, sur le parvis où une centaine de personnes discutent encore dans le froid une heure après la cérémonie, j'adresse la parole à cette femme. C'est Noella, la traductrice italienne de Christian, venue en train de Milan.
Au milieu de nous, le fourgon funéraire avec le cercueil blanc et les fleurs
Sur les deux heures trente de la cérémonie, plusieurs témoignages dont celui, bouleversant, de son ami, le poète André Velter.
Lundi prochain, le 6 Décembre, Christian sera inhumé au cimetière de Marciac, dans le Gers.
Repose en paix, Christian. "
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grand sachem pépé : A Marciac c’était plus intime … mais très fort tout de même ! Il y avait un grand oiseau qui planait au dessus de nous …
bientôt il y aura à Marciac une Maison Christian Bobin
 
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.

L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ? "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.

«Je suis un enfant de curé», disait Lacan. Éduqué par les Frères maristes, il fut un garçon pieux et acquit une connaissance sensible, intime, des tourments et des ruses de la spiritualité chrétienne. Il savait aussi merveilleusement parler aux catholiques et les apprivoiser à la psychanalyse. La Société de Jésus misa sur son École.

Freud, vieil optimiste des Lumières, croyait que la religion n'était qu'une illusion, que dissiperaient dans l'avenir les progrès de l'esprit scientifique. Lacan, pas du tout : il pensait au contraire que la vraie religion, la romaine, à la fin des temps embobinerait tout le monde, en déversant du sens à pleins tuyaux sur le réel de plus en plus insistant et insupportable que nous devons à la science.

Jacques-Alain Miller

- Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?
 
"Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore. On ne peut même pas imaginer comme c'est puissant, la religion. J'ai parlé à l'instant du réel. Le réel, pour peu que la science y mette du sien, va s'étendre, et la religion aura là beaucoup plus de raisons encore d'apaiser les cœurs. La science, c'est du nouveau, et elle introduira des tas de choses bouleversantes dans la vie de chacun. Or, la religion, surtout la vraie, a des ressources que l'on ne peut même pas soupçonner. Il y ont mis le temps, mais ils ont tout d'un coup compris quelle était leur chance avec la science. Il va falloir qu'à tous les bouleversements que la science va introduire, ils donnent un sens. Et ça, pour le sens, ils en connaissent un bout. Ils sont capables de donner un sens vraiment à n’importe quoi. Un sens à la vie humaine, par exemple. Ils sont formés à ça. Depuis le commencement, tout ce qui est religion consiste à donner un sens aux choses qui étaient autrefois les choses naturelles.Ce n'est pas parce que les choses vont devenir moins naturelles, grâce au réel, que l'on va cesser pour autant de sécréter le sens. Et la religion va donner un sens aux épreuves les plus curieuses, celles dont les savants eux-mêmes commencent justement à avoir un petit bout d'angoisse. La religion va trouver à ça des sens truculents."
 
Jacques Lacan "Le triomphe de la religion" Seuil. 2005
 
Christiane, Christian,  Alain rient = prient / Lacan ne rit pas
 
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N'oublie pas les chevaux écumants du passé / Christiane Singer

15 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #amour, #développement personnel, #engagement, #essais, #pour toujours, #vide quantique, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

Si la pêche est bonne, le mental s'occupera de la prise et des poissons, les triera par taille, les ouvrira d'un coup de canif et les videra soigneusement. Mais de ce qui n'a ni poids ni consistance, il ne s'occupera pas ; je veux parler du ruissellement de l'eau qui retombe dans la mer à la levée des filets et continue longuement de s'égoutter, clip… clop… clip.     Or ce ruissellement c'est le bonheur, c'est la nature même du bonheur ! Il est aussi réel que les kilos de poisson sortis de l'eau mais ne figure sur aucun bilan, aucun inventaire. L'intellect ne sachant pas dans quelle rubrique le comptabiliser, finira par lui dénier toute existence.

Si la pêche est bonne, le mental s'occupera de la prise et des poissons, les triera par taille, les ouvrira d'un coup de canif et les videra soigneusement. Mais de ce qui n'a ni poids ni consistance, il ne s'occupera pas ; je veux parler du ruissellement de l'eau qui retombe dans la mer à la levée des filets et continue longuement de s'égoutter, clip… clop… clip. Or ce ruissellement c'est le bonheur, c'est la nature même du bonheur ! Il est aussi réel que les kilos de poisson sortis de l'eau mais ne figure sur aucun bilan, aucun inventaire. L'intellect ne sachant pas dans quelle rubrique le comptabiliser, finira par lui dénier toute existence.

note dédiée à Alain Cadéo pour son nigoun ניגון

N’oublie pas les chevaux écumants du passé
Christiane Singer
Albin Michel, 2005

Pour me débarrasser du couteau, de la guerre des récits, du récit réflexif sur une tentative d’assassinat d’une durée de 27 secondes sur une scène, devant mille personnes par le A., presque-assassin d’un presque-assassiné, le A. se déclarant non-coupable au nom d’une fatwa déclarée le 14 février 1989, jour des Valentins et valentines, le presque-assassiné se désintéressant totalement du sort de A., soucieux de son bonheur avec Eliza et sa famille, soucieux de son combat pour la liberté d’expression sans conditions, sans censures, j’ai choisi Christiane Singer et ses chevaux écumants du passé, titre provenant d’un adage japonais.
Un même lecteur pour deux livres.


- Le Couteau a été lu sans que le lecteur souligne quoi que ce soit. Il a noté dans sa tête, un livre sans fautes et salue traducteur et correctrices. Mais pour lui, rien à souligner. Livre qui l’a incité à un développement sur l’absence de compassion et d’empathie du presque-assassiné pour son presque-assassin, le A.
« New York en fin d’après-midi, brillant au soleil. Cela fait m’a fait chaud au coeur de la revoir, ses rues jolies-laides à la fois généreuses et avares, tant de talents dans l’air et tant de rats sous les pieds… » page 110


- Les chevaux écumants du passé ont été soulignés abondamment.
« Dès que je manie la critique, je sens s’aggraver l’irritation, et en même temps, j’ai conscience que c’est cette irritation  même qui crée l’adversaire ! Les deux vont ensemble. Cette indignation que je laisse monter en moi donne une énergie colossale au Léviathan que j’ai devant moi. Ainsi me place-t-il où il veut m’avoir : dans la réaction - c’est-à-dire dans la guerre. » page 100
Cette citation a suffi au lecteur du Couteau pour se débarrasser de celui-ci, d’autant plus que le presque-assassiné parle d’ennemi, même pas d’adversaire. Et dans la guerre des récits, les récits de libre expression, même en n’utilisant que mots et rires, humour et ironie, imagination de mondes possibles, visent via médias, réseaux sociaux à créer un rapport de forces finissant par leur être favorable, assurant leur victoire sur les récits totalitaires.
Qui ne comprend que la guerre des récits, c’est la poursuite de la guerre par d’autres moyens, que s’il y a victoire, elle sera provisoire, éphémère.
Cette citation me semble essentielle à saisir avant de s’engager dans tout combat. J’ai mené beaucoup de combats qui m’ont semblé justes (politiques, syndicaux, culturels). J’ai défendu la liberté de création artistique en prenant des risques. Quand j’ai été viré des Comoni en 2004, très peu de soutiens.
Aujourd’hui, non parce que je vieillis (c’est une merveilleuse expérience d’ouverture, de fluidification, d’acceptance selon le mot magique de Christiane que je fais résonner avec appétence) mais parce que j’ai enfin admis que prétendre combattre la violence surtout au nom de la justice, de la paix, c’est d’abord et avant tout se placer dans le bon camp, c’est ensuite ajouter de la violence à la violence (la violence verbale, l’insulte, le dénigrement tuent comme les couteaux, les bombes, les uns en s’en prenant à la personne, les autres au corps), je fais choix du non-agir, du non-jugement.
Évidemment, nous avons tellement été formatés, habitués à juger que je me surprends à le faire. J’ai un outil pour en sortir.
Vigilant, de plus en plus vigilant, tentant de vivre le plus en conscience possible, je fais un petit pas de côté : oh J.-C. t’es en train de juger, à voix haute avec un accent du midi, rire, et je me retrouve dans l’acceptance de ce qui me dérangeait et que je laisse se dérouler comme il va se dérouler en regardant yeux grands ouverts et bouche bée.
Je vous garantis que se corriger ainsi au lieu de corriger le monde, c’est d’une joyeuseté presque-permanente.
Il se trouve que c’est là-dessus que nos échanges de fin de vie avec Alain Cadéo ont surtout porté. Que ce soit chez lui, le lundi de Pentecôte ou en soins palliatifs, il n’arrêtait pas de dire que l’acceptance ne peut être qu’acceptance de tout ce qui se manifeste comme ça se manifeste, non par impuissance à corriger, à rectifier le tir mais par respect pour la Puissance à l’oeuvre, que j’appelle Amour inconditionnel, Puissance créatrice, pourvoyeuse de l’abondance qui au galop des chevaux écumants  fait

- qu’une cellule de mon foie accomplit au même instant 20000 opérations.

- qu'en 2000 mètres de promenade sur la route sans circulation, je vois des fleurs innombrables, aux couleurs variées que je ne sais pas nommer mais je les vois pousser parfois de façon improbable, bien ouvertes vers 11H, se fermant vers 17 H, je les sens.

- que sur le terre-plein du kilomètre cinq cent, ouvrant la vallée jusqu’à la mer, je me centre sur le respir, inspir, expir en tentant le vide dans la tête, juste la présence à ce souffle qui fait que je vis.


« Le peintre Turner se faisait enfermer des jours entiers dans l’obscurité complète de sa cave, afin de vivre au moment de sa délivrance, le choc éblouissant du jour et des couleurs. Peut-on dire pour autant qu’il avait mérité ses yeux ? » page 14
Quand Alexandre, vainqueur de Darius, s’incline, dégrafe son manteau de pourpre, l’étend sur le corps de Darius pour qu’il lui serve de linceul, au lieu de repousser du pied, son ennemi, par ce geste, il suspend le redoutable face-à-face des opposés, due la victoire et de la défaite, de la vie et de la mort, le face-à-face de deux falaises de roc, de deux meules entre lesquelles le monde est broyé. Il suspend la dualité sanglante. Dans le hiatus de la piété, de l’hommage rendu, il y a place pour un mystère et une transmutation alchimique. M’incliner, cette loi semble jouer dans toute vie. Pages 18-20.

Les références à l’hébreu (le tsimtsoun צמצום si cher à Alain, le nigoun, le chant singulier inhérent à chaque existence, le nigoun ניגון d’Alain Cadéo continuera à se transmettre avec les chevaux écumants du présent), le renvoi aux étymologies (educere, conduire hors de, transmission, passage de main en main) ouvrent les yeux.
Le mundus imaginalis des mystiques. La charte de Mandé de 1222 de Soundyata Keita, créateur de l’empire du Mali. Les arrêts de quinze jours imposés par Heisenberg lors d’échanges  où il flairait qu’une découverte importante allait peut-être se faire, « laissons cela en suspens ». Les Japonais qui ont le même mot pour désigner la célébrité et la mauvaise réputation. Le jeu enfantin « Tu brûles ou C’est froid » comme exercice d’attention, permettant de gagner en porosité à la Présence. Visiter un abbaye en s’asseyant, yeux fermés, sans écouter le blabla du guide mais en tentant de voir celui, celle, ceux qui l’ont eu d’abord dans la tête. Visiter New York en entendant les chants des Iroquois qui en ont été chassés (quelle différence avec le New York du presque-assassiné !). Ne pas visiter Jérusalem parce que la Jérusalem céleste n’est pas à Jérusalem. Bref, un livre essentiel portant sur l’essentiel.

Petit soupçon débouchant sur une question monstrueuse car j’adore Christiane comme j’adore Christian.

Christiane Singer est morte d’un cancer très douloureux à 63 ans. C’était une passionnée de la Vie, de l’Amour, du Féminin, très irritée contre la société marchande, consumériste des mercenaires, brockers, chicaneurs, blasés, méprisant, détruisant la Vie qui réclame des danseurs, des voltigeurs, des adorateurs, des porteurs de flambeaux. Cette irritation  qu’elle vivait tout en tentant d’être dans l’acceptance, dans la Présence n’a-t-elle pas fini par engendrer ce cancer ?
Je me pose cette question aussi à propos de Christian, mort lui aussi d’un cancer, à 71 ans, lui aussi dans une forme de colère contre le monde « moderne », freinant l’accès de la plupart des gens au divin, l’abîme sous nos pieds.
D’où ma vigilance à ça quand serre, les conseils de lâcher prise qu’éventuellement je donne et surtout me donne.

Rassurez-vous : je ne suis pas à l'abri, mon "éveil" remonte à 80 ans, j'ai donc eu le temps de m'empoisonner, d'être empoisonné et j’ai déjà connu, queue du pancréas, réglé et prostate, je passerai avec. Et malgré la vigilance, qui sait. Acceptance aussi.


Les dernières paroles de Christiane Singer sont sublimes.

JCG, le 14 juin 2024

Christiane Singer
Choisis la vie et tu vivras
Il s'agit pour chacun de faire dans nos existences : des lieux de résistance ! Résistance à l'hypnose socialement programmée ! A la boîte à chaussures ! Pour percer au-delà... Pour percer jusqu'à cette immensité du réel.
Et vous savez ce qui est tragique ? C'est qu'au XXème siècle, il y a eu cette extraordinaire évolution scientifique de la physique quantique. Et j'ai le bonheur d'avoir, parmi mes amis les plus intimes, un grand physicien de l'atome. Et lui me disait que ce qui l'attristait le plus, c'est que la science a reflété les intuitions métaphysiques de l'humanité ! Tout est relié à tout. Tout est relié à tout.
Il y a une tribu amérindienne - les sioux Lakota - où pour se dire bonjour on dit : « Nous sommes reliés » c'est le salut !
Toutes ces intuitions profondes de toutes les religions de l'humanité, c’est « être un » avec l'univers créé. Je suis une cellule, un atome de cet univers créé. Je suis part de cet univers, je respire avec lui. Je respire avec tout ce qui respire sous le soleil. Cette conscience de l'unité, cette relation de chacun avec chacun, et bien c'est la physique quantique qui en a décrit scientifiquement la réalité (principe N°4 de la physique quantique : intrication).
Et cet ami me dit qu'on a utilisé tout ce savoir pour le progrès technologique... Mais nous n’avons pas pris le message philosophique ! Nous crachons dessus !
Et nous vivons dans l'univers de la physique du 19ème siècle : Chacun séparé, Cause - Effet. Tchak tchak. Tchak tchak.
Je suis là devant vous.
Dans le dos : tout un peuple bruissant, de ceux qui m'ont précédée. Grands parents, arrière grands-parents... Si vous remontez jusqu'à 30 générations, vous savez combien cela fait ?
C'est comme dans cette progression géométrique, dans ce conte oriental où ce sultan demande à sa bien-aimée : « Alors qu'est-ce que je pourrais t'offrir... Avec quoi je pourrais te faire plaisir... ? ». Et elle répond : « Oh ! Peu de choses : sur un jeu d'échec... Un grain de riz sur la première case, deux sur la seconde, quatre sur la troisième... ». Et à la fin, le royaume ne suffit pas.
C'est-à-dire que si vous multipliez deux par deux, par deux... trente fois : ça fait plus d'un milliard d'êtres ! Vous imaginez, derrière chacun de nous, dans cette salle, un milliard d'êtres ! Ça commence à faire du monde !... Donc... dans mon dos, j'ai toute l'humanité !
Devant moi, j'ai toute l'humanité à venir... Là, partout dans l'horizontalité, tous les êtres qui respirent en même temps que moi sur cette terre... Et je suis une maille du filet ! Vous sentez cette image ? Non mais... Laissez-vous... Laissez-vous un instant pénétrer de cette image. Passé... Devant... Et puis wouahh...
Ça c'est le réel !
Et nous, nous sommes là à penser : « ah-mais-lui-il-m'a-dit. », « Mais comment-il-m ‘a-regardé. », et « J'aurai-du-lui-dire », et « Comme-elle-est-bizarre. », « Elle m ‘a pas répondu. » et puis « Elle m’a rien dit, mais si je la revois je vais lui dire que... »
Nous avons oublié qui nous étions !
Et ça... C'est une percée vers : « Il ne peut rien t'arriver. Tu es au bout des temps. Et tu es au commencement. Et tu es au bout de l'univers ».
Nous vivons dans cette représentation maladive que chaque geste que je fais ne concerne que moi... C'est d'ailleurs de là que naît la dépression de notre monde contemporain. Et lorsque l'on entend : « Quoi que je fasse ça n'intéresse personne, même pas ma voisine de palier ». Je suis dans mon enfermement, c'est ça la tragédie.
Or, dans une société qui est reliée à la transcendance, chaque geste que je pose va jusqu'au bout des temps : La manière dont je me lève le matin, dont je vais vers l'autre... Le geste avec lequel je caresse mon chat, la manière dont j'arrose mon pot d'azalée sur le balcon…
Le bonheur, le vrai, est volatil, il ne dresse nulle part ses tentes. Il surgit et s'esquive : attendu à l'arrêt de l'autobus, il ne descend pas. À l'aéroport, il n'atterrit pas. Et dès que d'aventure on le reconnaît et lui demande un autographe, il a déjà sauté dans un taxi. Il y a des jours qui lui sont consacrés, des jours fériés, des jours de vacances, d'excursion, de banquet, des jours de distribution des prix, des jours de noce où il n'apparaît pas ; les bougies brûlent et s'éteignent sans qu'il soit venu.

Le bonheur, le vrai, est volatil, il ne dresse nulle part ses tentes. Il surgit et s'esquive : attendu à l'arrêt de l'autobus, il ne descend pas. À l'aéroport, il n'atterrit pas. Et dès que d'aventure on le reconnaît et lui demande un autographe, il a déjà sauté dans un taxi. Il y a des jours qui lui sont consacrés, des jours fériés, des jours de vacances, d'excursion, de banquet, des jours de distribution des prix, des jours de noce où il n'apparaît pas ; les bougies brûlent et s'éteignent sans qu'il soit venu.

« C’est du fond de mon lit que je vous parle – et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c’est à chacun de vous – à chacun de vous, que je parle au creux de l’oreille.

Quelle émotion ! Quelle idée extraordinaire a eue Alain d’utiliser un moyen aussi simple, un téléphone, pour me permettre d’être parmi vous. Merci à lui. Merci à vous, Alain et Evelyne, pour cette longue et profonde amitié – et pour toutes ces années de persévérance.

Des grandes initiatives, comme c’est facile d’en avoir ! Mais être capable de les faire durer – durer – ah, ça c’est une autre aventure ! Maintenant ces quelques mots que je vous adresse. J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon œuvre, toute mon écriture était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c’est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage.

Alors ce dont je veux vous parler c’est tout simplement de ce que je viens de vivre. Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable.

Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure.

Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour.

Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous.

On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore – et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.

Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige.

Au fond, je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte. Et puis, il y a autre chose encore.

Avec cette capacité d’aimer – qui s’est agrandie vertigineusement – a grandi la capacité d’accueillir l’amour, cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne et qui m’accompagnent – parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui vous portent !

Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille.

Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer, sont entrés dans cette audace d’amour. En somme, il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans le courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.

Alors, ami-es, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément. Tout est mystère. Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous. La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous. »

Christiane SINGER

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Emmanuelle Arsan / Camille Moreau

20 Mai 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Emmanuelle Arsan, #amitié, #amour, #engagement, #essais, #notes de lecture, #pour toujours, #écriture, #épitaphier, #FINS DE PARTIES

5 pages dans Première sur le livre de Camille Moreau à l'occasion de la sortie le 25 septembre 2024 du film Emmanuelle d'Audrey Diwan
5 pages dans Première sur le livre de Camille Moreau à l'occasion de la sortie le 25 septembre 2024 du film Emmanuelle d'Audrey Diwan

5 pages dans Première sur le livre de Camille Moreau à l'occasion de la sortie le 25 septembre 2024 du film Emmanuelle d'Audrey Diwan

 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur
 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur
 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur
 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur

Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur

Emmanuelle Arsan
biographie d'un pseudonyme
Camille Moreau
352 pages, La Musardine, 21 €
 
3 jours de lecture, 3 jours de découvertes en 37 chapitres
avec remontée de souvenirs
Emmanuelle Arsan est rentrée tardivement dans ma vie, en 1988, le 19 mars, par une lettre dans laquelle je la sollicitais pour le N° 10 d'Aporie consacré à La mise à mort.
La biographie d'un pseudonyme est écrite par une jeune femme d'aujourd'hui, docteur en philosophie de l'art, donc sensible, réactive à la philosophie de l'érotisme comme art de vivre très élaboré tant en théorie qu'en pratique par le couple Louis-Jacques et Marayat vivant à Bangkok au royaume du Siam dans les années 50-60, entourés d'amis, d'amants, d'amies, d'amantes. Il y a Théo, Suzanne, Philippe, Alessandro (Dado), Nitya, Molinier et bien d'autres.
Les échanges de toutes sortes nourrissent une vie-oeuvre qui va enfanter d'un livre écrit en collaboration, envoyé anonymement depuis Bangkok à Eric Losfeld qui le publie clandestinement en 1959 (couverture bleu ciel, Emmanuelle en bas de couverture, lettres alternant noir et rouge, pas de nom d'auteur, pas de nom d'éditeur).
La vie-oeuvre va engendrer d'autres enfants de papier, une oeuvre-vie avec ses flous, ses échecs, ses ambivalences et ambiguïtés (? Emmanuelle Arsan ?, la trahison des mots et pensées par les images de cinéma (le film Emmanuelle avec Sylvia Kristel, le film Laure pourtant tourné par Louis-Jacques).
Je laisse la suite à la sagacité et à la gourmandise des lecteurs.
La recherche de Camille Moreau est rigoureuse. Quand c'est un fait, elle source. Quand elle émet une hypothèse, à défaut de preuves, elle le dit. Quand elle fictionne, c'est également précisé, l'écriture change, elle fabrique une histoire plausible.
Elle nous fait basculer régulièrement entre passé et présent, en particulier avec ses réactions de lectrice, crayon en main, d'une oeuvre abondante, inégale. Ses jugements sont lapidaires. Elle peut se le permettre parce qu'un diamant illumine vie et oeuvre, les deux tomes d'Emmanuelle.
On pourrait utiliser la notion d'effet de vie élaborée par Marc-Mathieu Münch : la lecture d'Emmanuelle a mis en mouvement de nombreuses lectrices dont Camille Moreau, sans doute aussi des lecteurs. Pour ces lectrices, Emmanuelle est une ouvreuse de voies et de voix vers un monde où femmes et hommes tentent de dépasser le patriarcat, de se libérer des tabous religieux, préjugés et stéréotypes de races, de classes, de genres, d'inventer par cercles d'amis et d'amants, d'amies et d'amantes s'élargissant (amour et amitié, c'est pareil dit-elle), un monde de beauté créée par des êtres audacieux, volontaires, exigeants.
Le chapitre sur le plan et la construction de Chantelouve d'Emmanuelle dans la forêt de Callas est particulièrement évocateur.
On peut être étonné par l'actualité-modernité-urgence de propositions-déclarations faites il y a 65 ans.
On constate qu'on est encore loin du compte. Les combats actuels, violents verbalement et parfois physiquement entre masculinistes et féministes, entre wokistes et traditionalistes laissent peu de place me semble-t-il à l'optimisme.
Je me demande si Etienne Souriau n'a pas été influencé par le roman quand il écrit La Couronne d'herbes, en 1975 ou même Michel Onfray avec La sculpture de soi, en 1993.
En conclusion, si je me place de là où j'en suis de mon chemin de vie, je dirai que malgré l'influence des mathématiques, de la physique quantique, de la cosmologie, de l'archéologie sur Marayat et sur Louis-Jacques, ils ont fait trop confiance à la science, athées convaincus, donc récusant ce qui relève de la spiritualité. Je sens chez eux, une forme d'hubris, quelque chose de prométhéen dans leur projet.
Dans Bonheur et Bonheur 2 que j'ai édités, on s'en rend compte.
Cela n'enlève rien à l'amitié sans doute amoureuse que j'ai entretenue avec Emmanuelle Arsan, sans jamais la rencontrer soit 17 ans de correspondance heureuse.
En tout cas, merci à Camille Moreau qui par sa biographie m'a appris plein de choses et a contribué à épaissir le mystère et le miracle Emmanuelle Arsan.
Ce qu'elle écrit sur le prénom puis plus loin sur le nom est magnifique.
À vos commandes SVP en librairies indépendantes !
 
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat

les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat

livre de tête édité à 30 exemplaires par Pierre Pascual, éditions Le Sélénite

livre de tête édité à 30 exemplaires par Pierre Pascual, éditions Le Sélénite

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Dolly / Edgar et Diane Gunzig

2 Janvier 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #amitié, #amour, #engagement, #histoire, #les entretiens d'Altillac, #notes de lecture, #pour toujours, #vide quantique, #voyages, #écriture, #épitaphier, #vraie vie, #éveil

Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude
Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude
Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude

Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude

Dolly (sorti chez Lamiroy en Belgique en septembre 2023) a été placé sous le sapin par mère Noëlle qui est allée le chercher à la fabuleuse librairie Tropismes à Bruxelles, pendant le week-end du 24 au 26 novembre car impossible de trouver en librairie française un livre édité par un éditeur belge
alors finir l'année 2023 par la lecture en deux jours de Dolly d'Edgar Gunzig et Diane Gunzig avec une postface de Thomas Gunzig , le petit-fils de Dolly
c'est un moment fort en lien
avec la lecture que j'avais faite du manuscrit que m'avait envoyé Edgar
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Edgar Gunzig reçoit le vendredi 13 juin 2015, la photo sauvée par Francisco Boix de son père, assassiné le 28 février 1942 à 8 H 30 à Mauthausen (il a 37 ans) et se lance dans la reconstruction très documentée de l'histoire de son père intimement liée à l'histoire des Juifs de l'est de l'Europe, ici la Tchécoslovaquie
la photo n'est pas reproduite dans le récit, beau geste puisque le livre ramène à la vie celui dont le nom était inscrit dans le Totenbuch de Mauthausen et qu'avait découvert en octobre 1945, le soldat américain Jo Stripounsky, neveu de Dolly, matricule 11552; ils s'étaient séparés le 10 mai 1940, à la frontière française; Jo et sa famille, belges, avaient pu entrer en France puis partir pour les Etats-Unis. Dolly, tchèque, avait été refoulé avec Rachel.
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Dolly,
c'est une plongée
- dans une histoire de tresse entre Histoire avec grande H et histoires de personnes militantes, principalement juives, motivées par des idéaux de justice, de solidarité (Jacques, Rachel, la mère d'Edgar, et tant d'autres)
- se tressent
les conditions de l'arrivée au pouvoir d'Hitler et du nazisme, de la solution finale (Shoah), de la 2° guerre mondiale, de la confrontation à mort avec le stalinisme (le bolchevisme juif, dixit Hitler) après l'épisode du pacte germano-soviétique
et les intrications avec le parcours militant de Jacques Gunzig, père d'Edgar Gunzig, se retrouvant par choix idéologique de sioniste laïque dans un kibboutz en Palestine en 1931 et comprenant sur place que le sionisme n'est pas la solution à la question juive, d'où son choix du communisme
- c'est un retour sur mes douze années de militantisme trotskiste
Jacques Gunzig fut faussement accusé par deux commissaires politiques staliniens de déviationnisme trotskiste (cela se traduisait le plus souvent par une balle dans le dos, beaucoup de militants du POUM et d'anarchistes furent assassinés par les staliniens) pendant sa participation de 1937 à 1939 avec sa femme Rachel (Edgar naîtra en Espagne, à Mataro, le 21 juin 1938) aux Brigades Internationales en soutien aux républicains espagnols contre le putsch des nationalistes franquistes;
il n'eut pas le temps ni la possibilité de revenir sur son choix idéologique du communisme stalinien; il n'a rien su des procès, des purges, des famines provoquées, du goulag
je suis convaincu que la solution n'est pas du côté du trotskisme, pas du côté de la révolution ou de la grève générale,
et, c'est une conviction récente, pas du côté de la démocratie soi-disant représentative;
j'avoue ne plus savoir si le monde saura en finir avec le capitalisme ou si le capitalisme débouchera sur le suicide de l'humanité
- c'est en résonance très forte avec ce qui s'est déclenché depuis le 7 octobre 2023 tant à Gaza (Hamas fasciste) + (réaction disproportionnée au service d'une politique de colonisation du gouvernement d'extrême-droite d'Israël) qu'en Cisjordanie (agressions des colons et militaires israéliens) et dont les conséquences désastreuses sont devant nous
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un livre qui devrait être lu par le plus grand nombre car le panoramique historique, géographique et idéologique balayé est vertigineux (sur plus d'un siècle avec le rôle du père de Jacques-Dolly, Ie rabbin Israël Gunzig, installé dans la synagogue de Lostice en Tchécoslovaquie)
et surtout peu connu
(avoir été militant révolutionnaire est de ce point de vue une chance car on a eu accès à une autre histoire de l'Histoire que les histoires officielles, sachant cependant que toutes les histoires sont toutes des histoires qu'on se raconte, des légendes, ni fausses, ni vraies, mais nécessaires et éphémères)
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merci au hasard (?) qui a permis à Edgar Gunzig d'accomplir avec Diane ce formidable travail d'épitaphier qui n'épuise pas son questionnement sur ce père perdu à l'adolescence (en particulier son rôle dans l'Orchestre rouge; pourquoi ne fuit-il pas lors du démantèlement de l'antenne bruxelloise ?)
mais livre aux lecteurs de quoi être ému, bouleversé, questionné, interpellé
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si vous voulez en savoir plus sur Edgard Gunzig, lisez Relations d'incertitude, co-écrit avec Elisa Brune ((1966-2018)
Edgard, physicien reconnu, propose à une jeune journaliste d'écrire un ouvrage de vulgarisation. Rapidement, la discussion scientifique se mue en une longue confidence à bâtons rompus. Du Big Bang aux cachots de la douane indienne, de la guerre d'Espagne à la Pologne communiste des années cinquante, de l'enfance cachée pendant la guerre au vide quantique générateur d'univers, Edgard livre les épisodes d'un destin plus que mouvementé.
Disponible en poche chez Espace Nord
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j'ai lu ce roman à sa sortie en 2004, rencontré Edgard Gunzig au salon du livre à Paris en 2005 et c'est ainsi qu'il m'invita à Peyresq Physics 12, les 19 et 20 juin 2007 puis que j'ai organisé sa rencontre avec Marcel Conche à Altillac, le 11 novembre 2009
le siècle de Marcel Conche avec le texte d'Edgar Gunzig rencontre de deux ignorants

le siècle de Marcel Conche avec le texte d'Edgar Gunzig rencontre de deux ignorants

Edgar Gunzig

rencontre de deux ignorants

Mon cher Marcel Conche,

Voilà plus de dix ans, le 11 novembre 2009 à Altillac, qu’eut lieu, à l’initiative de Jean-Claude Grosse, la rencontre de deux « ignorances », celle du philosophe annonçant d’entrée de jeu, sa méconnaissance de la physique et celle du physicien peu éclairé en philoso- phie.

Malgré le peu de compatibilité entre les deux discours, le scientifique et le métaphysique, l’échange fut vif, fructueux, très cordial et non dépourvu d’humour. Il me laisse un souvenir durable et joyeux.

Vous nous parliez de l’infini de la Nature, moi de l’infini de l’Univers.

Cet Univers qui existe depuis 13,7 milliards d’années mais aussi depuis toujours... Cette affirmation appa- remment contradictoire prend néanmoins tout son sens dans un contexte cosmologique novateur (1,2,3,4) : l’Univers n’a d’autre origine que...lui-même !

Il est sa propre cause et s’auto-engendre dans une dé- marche circulaire que les anglo-saxons désignent par l’expression « free lunch », créer quelque chose à par- tir de rien, sans faire appel à un point d’appui et sans apport d’énergie extérieure, par la seule mise en oeuvre adéquate de ressources, d’actions et d’énergies internes. L’expression « bootstrap », littéralement « se hisser en tirant sur ses bottes », se réfère à ce type de situation.

Le bootstrap se retrouve ainsi au coeur de toute dynamique autonome, toute activité qui s’auto- engendre, auto-consistante, fonctionnant en boucle fermée, indépendante de tout ce qui lui est extérieur. Il est à l’oeuvre dans tous processus scientifiques, phi- losophiques, artistiques...qui se créent, se façonnent réciproquement et s’enrichissent par le biais d’un jeu interactif entre l’oeuvre créée et son créateur. Ce dernier pourrait alors dire à l’instar de Montaigne à propos de ses « Essais »: « J’ai autant fait mon oeuvre qu’elle m’a faite »... et Marcel Conche ?

Que l’Univers lui-même puisse s’autocréer sans le recours à un quelconque « extérieur », d’ailleurs inexis- tant, traduit l’ouverture conceptuelle majeure qui bouleverse la physique d’aujourd’hui : la création d’une connivence indissociable entre le temps, l’espace, la matière et l’acteur essentiel, le « Vide Quantique ». C’est autour de ce dernier que s’articule un dialogue inattendu entre le contenant spatio-temporel et le contenu matériel de l’Univers : l’expansion de l’espace et son contenu matériel s’engendrent l’un l’autre dans un « bootstrap cosmologique » énergétiquement gratuit, une rétro-action géométrico-matérielle à l’échelle cosmologique : l’énergie gagnée par le contenu matériel créé étant intégralement puisée dans la géométrie dynamique de l’espace-temps. C’est elle qui, en retour trace les trajectoires des corps matériels et du rayonnement.

Les équations d’Einstein de la relativité générale représentent les contraintes mathématiques précises qui expriment les liens indissociables entre l’espace, le temps, la matière et ...le vide. Elles gèrent les rapports intimes qu’ils entretiennent au coeur des deux grands courants de la physique contemporaine, la relativité générale et la théorie quantique des champs. Elles décrivent une dynamique d’un genre nouveau, la rétroaction perma- nente entre le contenu de matière-énergie de l’univers et sa géométrie, situation sans précédent en physique.

Les questionnements essentiels, qui se posent au sein de ce cadre conceptuel, s’articulent autour de la manière dont l’expansion de l’espace-temps et son contenu matériel se conditionnent l’un l’autre. Autrement dit, comment ce contenu matériel quantique ressent-il cette expansion et, point capital, comment se comporte son état fondamental, par définition son état d’énergie minimale non nulle, le vide quantique ? Cette dynamique entrelacée se déroule sous la contrainte des équations d’Einstein semi-classiques : la géométrie de l’espace-temps y est décrite classiquement alors que son contenu matériel l’est quantiquement. L’expansion de l’espace produit sa propre énergie analogue à celle que produirait une source d’énergie extérieure, et crée ainsi son contenu matériel.

C’est comme si l’Univers possédait son extérieur énergétique en lui- même.

C’est pourquoi cette création, qui ne résulte que de transferts internes d’énergie, est ainsi globalement gratuite. C’est la stratégie la plus subtile jamais mise en oeuvre par l’univers, celle de son autocréation ! La mise au point de cette cosmologie autoconsistante, fut le fruit des travaux déployés par quelques physiciens (1,2,3,4) désireux de cerner le moment zéro de l’émer- gence physique de l’univers issu d’un vide quantique « primordial ». Celui-ci devient l’acteur central d’une histoire cosmologique semi-classique de l’univers. Ce vide quantique est par essence dépourvu de parti- cules réelles mais est le siège d’une mouvance irréduc- tible par principe, les fluctuations quantiques du vide, porteuses de l’énergie de ce niveau fondamental.

La création de particules au sein de ce vide, requiert un apport suffisant d’énergie à ces fluctuations pour qu’elles puissent se « matérialiser » et transporter alors l’équivalent énergétique de la masse de ces particules réelles ainsi créées. Dans ce contexte cosmologique, il n’y a pas d’« ailleurs » de l’univers d’où cette énergie pourrait être importée, semblant ainsi interdire a priori de telles créations.

Et pourtant, il nous est apparu (1,2,3,4) que l’univers en expansion est le seul système physique qui fasse exception : il contient en lui-même un réservoir énergé- tique dans lequel le champ peut puiser l’énergie qui lui convient. C’est dans un dialogue entre les fluctua- tions quantiques du champ matériel et la géométrie courbée de l’espace-temps qu’apparaît une forme inattendue d’énergie, celle qui est associée à l’expan- sion géométrique de l’univers, donc à la géométrie de l’espace-temps dynamique. Cette source géométrique d’énergie donne au vide quantique la possibilité de s’ex- primer cosmologiquement : l’expansion cosmologique de l’espace induit l’excitation du champ quantique, donc la création associée de particules matérielles. Cette matière ainsi créée rétroagit alors en conditionnant, à son tour, l’expansion qui lui a donné naissance... Extraordinaire serpent cosmologique qui se mord la queue ! Bel exemple de mécanisme de rétroaction régi par les équations d’Einstein. C’est une réponse surprenante et essentielle au questionnement relatif au pouvoir créateur du vide : ce processus de feedback géométrico-matériel peut en effet s’enclencher quel que soit l’état quantique initial du champ... même si c’est précisément son état de Vide.

L’existence préalable de matière n’est donc pas requise pour amorcer sa propre création. La totalité du contenu matériel de l’univers pourrait-il donc résulter de ce scénario autocréateur ? Si ce dernier est concep- tuellement attrayant, satisfait-il pour autant à toutes les contraintes de la théorie ? Autrement dit, est-il décrit par une solution des équations semi-classiques d’Einstein qui gèrent ce problème ?

Question conceptuellement excitante s’il en est.

Notre travail collectif (1,2,3,4) aboutit à une conclu- sion plus que satisfaisante : il existe bien une solution mathématique exacte qui décrit ce mécanisme cosmo- logique autoconsistant par lequel la matière, qui est entièrement produite par l’expansion, est précisément celle qui soutient cette expansion au sein d’un bootstrap géométrico-matériel. C’est un phénomène coopératif à l’échelle cosmologique, responsable de la produc- tion coordonnée du contenu matériel de l’univers et de son expansion : la matière créée par l’expansion en est également le moteur. Ce mécanisme coopératif de création souligne un rôle inattendu de l’espace-temps dynamique : le milieu matériel cosmologique s’engendre lui-même par espace-temps interposé́.

Cette prouesse cosmologique est donc énergétique- ment gratuite car elle ne résulte que de transferts internes d’énergie entre la géométrie et la matière, c’est donc un free lunch cosmologique.

Voilà comment le dialogue entre la relativité générale et la théorie quantique des champs pourrait ouvrir la voie à une histoire cosmologique d’un genre nouveau... l’émergence de l’univers à partir du vide quantique pri- mordial.

En dépit de la beauté formelle de ce mécanisme cosmologique autoconsistant exact, le physicien se doit de poser ici la question cruciale : cette solution mathé- matique a-t-elle des raisons physiques de se matériali- ser au coeur de ce vide quantique ?

La réponse positive à ce questionnement résulte d’une propriété ésotérique de ce milieu particulier : son éner- gie étant la plus basse des énergies compatibles avec les règles du jeu quantique, elle ne peut descendre sous ce seuil et ne peut ainsi que rester constante au cours de l’expansion, propriété étrange qui implique- rait que la pression du vide quantique serait négative et engendrerait par cela même un effet gravitationnel répulsif, une antigravitation. C’est elle qui induirait l’expansion et lancerait la création autoconsistante de matière. Un hypothétique vide quantique primordial soumis aux effets de son autogravitation répulsive ne pourrait dès lors que se transformer en un univers matériel en expansion...le nôtre?

L’histoire cosmologique de l’Univers ne résulterait pas de l’explosion mathématique, cataclysmique, infinie de Tout dans Rien, le Big Bang, mais émergerait physi- quement, sans fracas énergétique, d’une instabilité d’un vide quantique primordial soumis aux effets de son au- togravitation répulsive.

Cette propriété déterminante ouvre la voie à des his- toires cosmologiques inconcevables dans le cadre de la cosmologie einsteinienne classique : l’expansion de l’univers naissant est exponentiellement accélérée, sans commune mesure avec l’expansion décélérée du modèle cosmologique standard, c’est une inflation cosmologique. Cerise sur le gâteau : c’est elle qui éradiquerait un grand nombre de ses pathologies et énigmes.

Voilà mon cher Marcel Conche comment l’univers en expansion pourrait se faire naître lui-même. Il s’inspirerait ainsi du Dieu du « Livre des morts de l’Egypte ancienne » clamant : « Je me suis engendré moi-même à partir de la substance originelle que j’ai faite. »

1. R. Brout, F. Englert, E. Gunzig, « The Creation of the Universe as a Quantum Phenomenon, Ann. phys., 115, 78, 1978.

2. E. Gunzig, P. Nardone, « Self-Consistent Cosmology, The Inflationary Universe and all that... », Fund. Cosmic. Phys., 11, 311-443, 1987.

3. E. Gunzig, « Du vide à l’Univers », dans « Le Vide, Univers du Tout et du Rien », 467-486, Ed. Complexe ( Bruxelles, Paris), 1998.

4. E. Gunzig, « Variations sur un même ciel », Ed. la ville brûle (Paris), « Cyrano, le bootstrap et l’histoire cosmologique du vide », 249-266, 2012.

Ce petit travail n’aurait pas vu le jour sous cette forme sans le soutien de ma femme.

Merci Diane, Edgar.

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

JEAN-CLAUDE GROSSE

OPACITÉ/TRANSPARENCE

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

10 août 2013. Soirée (g)astronomie au gîte de Batère, 1 500 mètres d’altitude, à Corsavy. Ciel constellé. Pour observation après le repas.

Ont été invités Ada Lovelace, descendante de Lord Byron, 36 ans, cosmologue, génie du calcul intensif et Marceau Farge, fils de paysans corréziens, 91 ans, philosophe naturaliste d’une grande liberté d’esprit.

MARCEAU – Je me suis souvent demandé, Madame, ce que nous apportait la science: des certitudes valables un temps seulement, souvent contestées du temps même de leur prééminence, sur lesquelles s’appuient des volontés intéressées de maîtriser la nature et l’homme. N’est-ce pas ainsi qu’il faut voir la recherche acharnée des constantes universelles ?

ADA – Les quinze constantes physiques actuelles sont d’une précision et d’un équilibre qui nous ont rendu possible: matière, vie, conscience. Votre méditation métaphysique, cher Marceau, n’est qu’une spéculation solitaire sans vérifications. Les chercheurs avec leurs télescopes comme Hubble captent des lumières (la gamma, la X, l’ultraviolette, la visible, l’infrarouge, la radio) de plus en plus faibles provenant de l’univers (sans lumières, ils sont dans le noir). Voir faible c’est voir loin dans l’espace indéfini et tôt dans le temps immense. Nos tâtonnements lents, rigoureux, collectifs, débouchent sur un modèle d’univers cohérent et beau, en symbiose avec nous.

MARCEAU – La disproportion entre l’opacité et la clarté ne plaide-t-elle pas pour la méditation impatiente et quasi- aveugle sur l’opacité? Elle ne dérange pas l’ordre des choses étant sans volonté de puissance, sous-jacente au désir de savoir.

ADA – Vous provoquez là ! Votre métaphore n’a rien d’aveuglant. Nous, chercheurs, mettons en place des notions nous permettant d’éclairer l’opacité : hasard, chaos, inflation, singularité, fluctuation quantique. Nous voyons se multiplier les paradoxes qui mettent en difficulté nos modèles à contraintes et constantes

MARCEAU – la métaphysique a inventé des modèles depuis longtemps. Anaximandre, son infini, son germe universel, Héraclite, le feu comme principe de création, destruction, bien avant votre big bang, Démocrite, ses atomes, Épicure, le clinamen (une déviation, une mutation). La contemplation ouvre sur des visions développées en métaphores

ADA – vos métaphores métaphysiques, Marceau, sont figées. Nos paradoxes scientifiques sont dynamiques. Pensez aux effets du paradoxe EPR (1935) qui révèle qu’ici est identique à là (1998). Observer en 1998 que l’expansion de l’univers, décelée en 1929, est en accélération oblige à poser l’existence d’une énergie répulsive responsable de cette accélération: l’énergie noire. Les calculs intensifs, pétaflopiques, bientôt exaflopiques, que j’entreprends avec les calculateurs Ada et Turing sont réalisés pour tenter de la caractériser avant de la déceler.

MARCEAU – On a donné votre prénom à un calculateur pétaflopique ? (Elle rit.) Rien n’interdit ma méditation de se nourrir de vos calculs. Échange chiffres contre images. Pour évoquer la recherche de la vérité, j’imagine un archer tirant dans le noir. Où est la cible ?

ADA – Les constantes sont d’une telle précision qu’il faut que votre archer vise une cible d’un centimètre carré, placée aux confins de l’univers. Enlevez un 0 à 1035 et vous avez un univers vide, stérile.

MARCEAU – Savoir que nous sommes des poussières d’étoiles dans un univers anthropique, connaissances scientifiques du jour, enrichit ma pensée de la Nature, m’évite de m’égarer dans une théologie créationniste ou dans une métaphysique matérialiste, déterministe et réductionniste comme celle du Rêve de d’Alembert de Diderot

ADA – d’autant que nous distinguons deux sortes de matières, la matière lumineuse, visible, connue et la matière noire, jamais observée, inconnue, comme l’énergie noire

MARCEAU – si vous permettez que je vous appelle Ada, le noir, Ada, semble dominer en astrophysique

ADA – 73 % d’énergie noire, 23 % de matière noire, 4 % de matière ordinaire dont 0,5 % de matière lumineuse, telles sont les proportions proposées aujourd’hui pour l’Univers

MARCEAU – soit 0,5 % de clarté pour 99,5 % d’opacité. Le raccourci de la méditation sur le Tout de la Réalité me convient mieux que le long chemin sinueux de la connaissance parcellaire qui bute sur le mur de Planck.

ADA – Cela nous mène où, Marceau ?

MARCEAU – vous Ada à savoir presque tout sur presque rien, moi à voir la Nature comme infinie, éternelle, un ensemble ouvert, aléatoire, en perpétuelle création de mondes inédits, ordonnés, périssables, inconnaissables. Notre conversation par exemple n’était pas programmée bien qu’annoncée. Elle est inédite et restera unique. Parce que c’est vous, parce que c’est moi. L’infini ne s’épuise pas et ne se répète donc pas. Dans de telles conditions de créativité au hasard et d’inconnaissance de cette créativité, la seule attitude me semble être le respect de ce que je ne peux connaître complètement selon le théorème de Gödel de 1931.

ADA – Connaisseur à ce que j’entends. Le chemin de la connaissance scientifique est à l’opposé de votre raccourci méditatif sur le Tout. Il ne vise à expliquer que du détail, même aux dimensions de l’Univers. Il rend compte de ce qui existe par des lois et du chaos, facteur de créativité.

MARCEAU – Pourquoi ce détail, Ada, l’origine de l’Univers, plutôt que tel autre ? parce que la métaphysique vous attend aux confins. Expliquer par du nécessaire et du contingent n’empêche pas les trous noirs entre les différents domaines expliqués incomplètement.

ADA – Ce sont les visages troués de votre Nature.

MARCEAU – Je médite sur ces visages mais j’en vois les limites, Ada. L’Univers n’est pas la Nature. Vous vouliez un tableau fidèle. La Réalité vous impose le flou quantique.

ADA – Votre raccourci vous a demandé une vie pour déboucher sur une métaphore de dix lignes

MARCEAU – sur l’étonnement et l’émerveillement, chère Ada. Ce qui nous a construits par asymétries et découplages, des atomes primordiaux aux éléments chimiques, puis par code depuis LUCA, des gènes aux hémisphères cérébraux, si dissemblables, le droit (celui des images), le gauche (celui des calculs). Ce qui nous a conduits par les chemins sinueux de la causalité probabiliste, par les raccourcis de la liberté, à Corsavy, aujourd’hui, pour contempler la Beauté.

(Il plonge ses yeux rieurs dans les siens. Elle rit.)

Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.

Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.

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Ana Désir / Cargo Vie

30 Août 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #JCG, #SEL, #agoras, #amitié, #amour, #notes de lecture, #voyages, #écriture

Ana Désir / Cargo Vie
Ana Désir / Cargo Vie

Ana Désir de Jean-Yves Loude, La passe du vent, 1999

Roman de 122 pages, inspiré par une île du Cap Vert, Fogo, par le volcan de cette île, O Pico, par des habitants de cette île, nommés au tout début, onze dont celui qui a inspiré le personnage du Cigano;

ne manquent que les chants et les musiques accessibles ailleurs tout comme les photographies de Viviane Lièvre

Nous connaissons tous la grande chanteuse du Cap Vert : Cesaria Evora mais Ana Désir, conteuse, chanteuse, danseuse, magicienne, astrologue est d’une autre réalité. C’est une femme de mots, sur papier, née de l’imagination de l’auteur et renaissant dans nos imaginations à nous, chacun en ayant une image en lien avec ses histoires et fantasmes.

Ana Désir est créole, métisse, hybride, sans âge, suscitant désir et respect chez tous (ça c’est fort, des femmes fortes savent faire). Elle est mémoire de l’île, mémoire des habitants. Rien ne peut s’oublier, surtout pas ce qu’on veut cacher. Nous avons droit à un certain nombre d’histoires sous un chapiteau dressé face à l’éruption du Pico, car dans une telle circonstance (les vieux se souviennent de onze éruptions dont celles de 1937, 1951), il faut trouver le courage de faire face.

Les histoires racontées, chantées, dansées par Ana Désir sont donc mémoire mais aussi initiation. Elles éduquent toutes et tous, jeunes et vieux, sèment des graines.

Les habitants ont commis une faute en chassant le Cigano, en le rejetant parce que différent;

s’étant exilé une dizaine d’années, il est revenu, instruit, instituteur mais n’a pas été accepté pour autant.

Amoureux d’Ana Désir, aimé de Céleste, jalousé par Zito, le Cigano décide d’opposer à l’éruption, au fleuve de lave qui descend vers sa maison, un travail d’artiste : il sculpte des personnages dans les blocs de lave ancienne dont une Ana Désir debout.

Dans ce récit, on rencontre des personnages truculents

Jhon-Tchota-de-coco,

le « souvenir » des exploits du mystérieux comte Armand de Montrand qui a osé faire cultiver le nord de Fogo, inaccessible, sur un sol volcanique éminemment fertile même si menacé épisodiquement, partie de l’île qu’il désenclave en faisant construire la volta-volta, une route audacieuse dont le tracé ressemble au M du comte,

Felisberto, le chauffeur du camion ravitailleur, un Bedford de légende,

Principe de Ximeno, un docker devenu maître de la canisade, le carnaval de l’île

et Céleste que le Cigano ne veut pas aimer puisqu’elle est destinée à Zito (ils ne s’affronteront pas) et parce qu’il aime Ana Désir.


L’écriture est superbe sous le signe du Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa, plusieurs fois cité.

Le Cigano est un artiste (son oeuvre sculptée dans la lave ancienne face au fleuve de lave incandescente qui va l’ensevelir est un défi auquel j’ai adhéré)

et un utopiste : il lui arrive alors de rêver d’un monde meilleur, de meilleurs rapports entre les hommes et la terre-mère, de rapports vraiment humains avec tout ce qui vit, de belles amours. Dans ces moments-là, j’ai connu un petit effondrement de l’intérêt. Je n’y croyais pas.

Merci au groupe Horizon qui fut mon 1° imprimeur, aujourd’hui disparu et chez lequel je trouvais plein de livres imprimés, mis à disposition des clients curieux, rares. Je me suis fait pas mal de rayons ainsi.

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Cargo Vie de Pascal de Duve, 1994, Livre de poche

Journal d’un voyage aller-retour Le Havre-Martinique-Guadeloupe à bord d’un bananier, entre le 28 mai et le 22 juin 1992 par Pascal de Duve qui vient d’apprendre qu’il a le sida, qui vient d’être plaqué par le partenaire qui lui a refilé le virus, qui sait qu’il lui reste peu de temps à vivre, bouffé du cerveau par le VIH.

117 pages de journal, non relues, livrées telles qu’écrites, sans remords, au jour le jour, sous des formes très brèves, chaque page abordant très peu de thèmes :

- les assauts physiques et mentaux de la maladie,

- E. le partenaire, un salaud au sens sartrien dit Pascal, décédé un an après son voyage, à 29 ans,

- le Temps-le Mouvement, l’Éternité, la vie immortelle, la VIE, la Beauté du ciel de nuit, l’océan Atlantique dont il sait que s’il le voit lisse aujourd’hui, il sera tempétueux quelques jours après,

- quelques données biographiques (il a 28 ans, il a enseigné la philosophie à Paris, il a voulu devenir prêtre, a travaillé avec soeur Emmanuelle au Caire, s’est converti à l’Islam, est devenu agnostique grâce à Emmanuel Kant, ses parents, sa soeur Sophie),

- quelques moments avec les membres de l’équipage dont le jeune télégraphiste,

- avec les passagers dont Nicole à laquelle il écrit une lettre à ne lire que quand elle quittera par avion Port-au-Prince pour le Vénézuela

Je ne connais pas du tout la littérature dite du sida, Hervé Guibert, Cyril Collard, d’autres, je ne connais pas du tout la littérature homosexuelle.

J’ai lu ce journal avec intérêt parce qu’écrit par une « pointure » de 28 ans (voir l'article de wikipedia ci-dessous), se posant les questions « essentielles existentielles » et émettant des propos particulièrement affirmés avec un bagage philosophique et scientifique conséquent, datant des années 1970, il m’a fait réagir fortement devant le caractère obsolète des dits propos.

30 ans après, il n’est plus possible de parler

- du Temps et du Mouvement comme il le fait. La physique quantique, l’astrophysique, la cosmologie, Etienne Klein, Marcel Conche, Philippe Guillemant sont des points de passage obligés aujourd’hui.

- ni de l’éternité, de la vie immortelle; si on a lu le pouvoir du moment présent d’Eckart Tolle, si on a pratiqué ou tenter de pratiquer, de vivre ne serait-ce que quelques secondes le moment présent, on sent, bien plus qu’on ne sait, que ça se joue dans l’inspir et l’expir.

Et pourtant, page 81, vendredi 12 juin, il écrit :

"La Vie : inspirer, expirer, inspirer, expirer, inspirer (…) EXPIRER"

Il est sensible à la succession des inspir-expir, une suite finie, en mouvement, dans le temps linéaire, du premier inspir au dernier souffle comme il est sensible au constat que naître et mourir c’est toujours la première et la dernière fois.

C'est comme si on était déposé dans un train en marche à une station et débarqué de ce train à une autre station. Métaphore personnelle.

Il est passé tout près d’une autre expérience sensible de la VIE, vibration, information, énergie. Par exemple en enlaçant un chêne, en respirant en cohérence cardiaque, en faisant le vide de pensées quelques secondes (très difficile)

De ce journal dans lequel les mots merci et gratitude ne sont pas employés, je retiens l’attitude d’acceptation de la maladie, « sa » maladie car chaque sidéen sidéré (ce sont ses mots) développe « son » sida ou plutôt le VIH s’installe et se développe de manière unique dans chaque corps de sidéen sidéré. Il accepte cet intrus qui lui fait vivre sa vie de condamné à mourir précocement, de façon plus intense, plus consciente,

le fait être attentif à tout un tas de choses  et de gens auxquels il ne prêtait pas attention avant. Il en arrive à s’exclamer « sida, mon amour ». Rien de victimaire dans ce journal si ce n’est la haine de E. le salaud qui n’a voulu avec lui que le meilleur, indifférent ensuite par la fuite et le silence lâches à son sort de condamné à mort, vivant le plus pleinement possible ce qu’il vit, sans étalage, avec beaucoup de délicatesse, de réserve pour ne pas provoquer de panique à bord, ne pas se faire rejeter.

Lui, 28, sidéen, joueur de mots, de sonorités, amoureux de « sa » maladie, de sa fin de vie, accède à sa façon au pouvoir du moment présent.
Moi, 82 ans, normal sous contrôle médical, plein d'insuffisances (cardiaque, rénale...), je ne me pose plus les questions essentielles existentielles ni ne cherche de réponses, ni n’affirme telle ou telle croyance. Je pense que la naissance est un miracle et un mystère. Je pense que la mort est un mystère et un miracle.

Se taire sur ce dont on dit, dont on sait, dont on sent que c’est indicible.  Passer de la pensée à la sensibilité. Passer du tourniquet mental à 80000 pensées par jour (toujours les mêmes) au vide dans la tête pensante, à la conscience du corps, à la présence au moment présent, à soi (et au monde, accessoirement).

« Quand je danse, je danse, quand je dors, je dors. »

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Lectures d'été

11 Juillet 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #JCG, #SEL, #agoras, #amitié, #amour, #développement personnel, #engagement, #essais, #histoire, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #voyages, #vraie vie, #écriture, #épitaphier

livre fabuleux sur un mythe fabuleux

livre fabuleux sur un mythe fabuleux

La part du héros

Le mythe des argonautes

et le courage d’aimer

Andrea Marcolongo

Ls Belles Lettres, 2019

 

Le choix des livres qu’on se propose de lire à quoi tient-il ?

De J.-C. et moi de Martine Roffinella, je suis passé à Une question de vie et de mort de Irvin et Marilyn Yalom. Et à La part du héros.  Dans le carton de livres emportés m’attendent Les Juifs, une pièce russe, La traversée des confins de Serge Rezvani et d’autres sur les rayons des étagères dont Le livre rouge de Jung. Le prochain, ou Jung ou Rezvani, je sens bien en point contre-point de La part du héros.

Avec La part du héros, consacré au plus ancien mythe grec (avant L’Odyssée et L’Iliade), à la première expédition maritime, avec le premier navire mis à flots, je savais d’avance de quel pied marin et ailé, j’allais m’affubler, quel coup de jeune, j’allais me faire.

Ce sont donc 116 pages sur 259 que j’ai lues avec gourmandise, ce 8 juillet après-midi.

Andrea a une façon bien à elle de présenter le mythe. Il y a les adresses à ses lecteurs de La langue géniale, vous mes lecteurs, lui posant de multiples questions, auxquelles je vous répondrai. Comme les questions ont trait à la modernité des textes grecs, en quoi ces textes continuent à pouvoir nous dire des choses essentielles sur nous et le monde chaotique dans lequel nous vivons, Andrea alterne considérations sur notre temps et passages commentés du mythe. Je le dis tout net : les considérations sur le monde tel qu’il est, tel qu’il va ne peuvent intéresser que les branchés. Soit la majorité.

Quelqu’un qui s’est volontairement débranché ou qui fait un usage très sélectif des outils disponibles n’est pas réceptif à ces descriptions polémiques pas plus qu’il n’est pollué, empoisonné par ce monde qui ira là où il ira parce que c’est là qu’il doit aller. Ce qui a lieu c’est que c’était possible, tu mets des (   ) et tu dis ça va sans (    ); tu acceptes.   Donc à 82 ans passés, nul désir chez moi de partir ailleurs, de changer d’endroit, de vie. Par contre persévérer dans le travail sur moi pour accueillir tout ce qui s’offre, sans tri, sans jugement, pour ne pas ajouter par une vision binaire, dualiste, de la guerre à la guerre.

Venu de l’enseignement, m’étant conduit en éducateur, qui tire vers le meilleur de soi (la part du héros), en autorité (elle dit guide, préféré à maître),  c’est-à dire dans ma pratique celui qui autorise l’autre, le jeune, à s’autoriser, le contraire de l’imitation parce que s’autoriser à être soi-même, moi-m’aime, c’est user de la parole avec sincérité, sans mensonge, sans non-dits, passionnément, sans arrière-pensées, sans silences qui sont masques, c’est avoir confiance (la fidanza de Dante, ce mot si beau qui n’existe plus) et conscience qu’on sera entendu par l’éducateur d’abord,

donc venu de l’éducation, c’est quand Andrea se balade, nous balade dans l’étymologie des mots, des racines que je retrouve des pieds marins et ailés, que je prends un coup de jeune.

Je ne vais pas suivre le récit de cette expédition, passionnante, parce que les 50 argonautes montant sur Argô pour récupérer la Toison d’or et la ramener sont des jeunes gens qui ne savent rien de la vie, de la navigation, d’eux-mêmes, ils sont sans expériences et sans connaissances, inexpérimentés et innocents, vierges. Je ne le suis plus.

Jason, en prenant au pied de la lettre, le défi moqueur de son oncle Pélias qui a usurpé le trône de son père : Va, prends la Toison d’or, reviens, alors je libèrerai ton père, va larguer les amarres en fils de son père, non pour le venger, mais pour obtenir sa libération donc faire tenir sa promesse à Pélias.

En larguant les amarres, cette expédition aux multiples rebondissements va révéler  aux 50 argonautes, leurs faiblesses, leurs capacités, leurs peurs, leurs désirs de rebrousser chemin ou de s’arrêter à Lemnos, leur solidarité et leurs caractères (quand Jason pardonne à Télamon, les injures dont il a été abreuvé parce qu’ils ont oublié trois de leurs compagnons dont Heracles, après l’épisode de Kyzicos, il fait preuve d’une maturité, acquise déjà par les épreuves traversées). Les jeunes gens deviennent hommes, mûrs, matures et ces mots ne désignent pas des états définitifs mais des mouvements, ils sont en mouvement, en transformation, ils mûrissent, seuls, par leur parcours, pour donner des fruits, fructifier, être féconds. Héros, ils le deviennent parce qu’humains, humains d’abord et non parce qu’ils ont des qualités physiques et mentales exceptionnelles.

Trois balades en étymologies :

Métaphore mener à travers, en tenant par la main (à Athènes, les véhicules livrant des fleurs sont des métaphores).

Mémoire a pour racines men, me, mente = esprit (garder à l’esprit, le mental). Pour les Grecs, le siège de l’esprit était l’âme, du même mot (anémos) que vent, souffle. C’est l’âme-souffle qui éveille l’intellect, la mémoire, l’activité vitale de la psyché. La mémoire se conserve à l’aide de l’esprit mais c’est avec le coeur qu’on se rappelle. Se rappeler quelqu’un nous oblige à en prendre soin dans notre esprit puis, depuis l’âme, à faire tourner son souvenir dans le vent jusqu’à ce qu’il vienne toucher notre coeur. Se rappeler au sens premier c’est conserver en son esprit et en son coeur, l’image de son passé et de celui des autres.

C’est très différent de mémoriser, mémorisation, commémoration (tout ça de force, imposé, calendrier des commémorations, par peur d’oublier et parce que de fait, l’époque oublie, de l’écume des jours à l’écume des jours ou du bruit du monde au bruit du monde, journal après journal où la seule chose qui change, c’est le nom des assassins, des voleurs, des violeurs, des hommes politiques, des stars).

Meta, ce n’est pas le point d’arrivée, le but,

c’est le point d’irréversibilité,

c’est le point à partir duquel le parcours ne peut plus être modifié, où le rebrousse-chemin n’est plus possible, où il faut donc accepter le changement que le parcours porte en lui

c’est aussi le point intime de notre changement sans retour, notre devenir-autre

La meta, c’est le motif qui vaut la peine de faire la traversée,

C’est ta Toison d’or.

Pour Jason, outre la Toison d’or, ce sera l’amour dont il ne sait rien, qu’il n’a jamais éprouvé, dont il ignore les signes, les manifestations, les effets, les troubles, la durée, pour et avec Médée.

 

 

 

Lecture des 143 pages restantes, le dimanche 9 juillet, entre une balade de 4 kms sur la route de Montferrer (avec discussion de près d’une heure au kilomètre 2 avec Walter, ses deux chiens loups hollandais à poils longs, son passé de commando marine, sa pratique de l’aïkido) et ma première séance d’aquagym à la piscine (nous étions 7)

La part de critique de ce que nous sommes, de comment nous vivons, du monde que nous fabriquons et consommons est importante; elle est pour moi, excessive et idéologique, fonctionne comme ce qu’elle dénonce: il faut un bouc-émissaire pour expliquer nos démissions, lâchetés., pleutreries. Évidemment, dans ce genre de perception, le dénonciateur ne s’inclue pas dans ceux qu’ils dénoncent.

Lui, elle, ont le courage d’être ce qu’ils sont, ont l’audace de grandir, d’apprendre par et de la souffrance parce qu’ils savent, osent, le moment venu, au bon moment, le kaïros, larguer les amarres, partir sur une mer qui est un pont entre deux ports, le port de départ, familier, familial et le port inconnu, étranger vers lequel un désir inassouvi, indicible les porte, refusant toute tentation de rebrousser chemin, toute tentation de facilité offerte par l’expédition, en sachant que le point d’irréversibilité a été franchi, que le futur est derrière eux, qu’aller de l’avant ainsi, vivant au parfait (mode grec du temps, ce que le temps provoque en soi de changement, et non écoulement chronologique du temps), c’est trouver sa mesure, devenir à partir de son humanité, le héros de sa vie, en réalisant plus grand que soi, en dépassant ses limites, en découvrant que, oui, c’est possible, quitte à devoir brûler ses vaisseaux.

C’est toute l’expédition des argonautes et de Jason que je viens de raconter, porté par les mots anciens, grecs du récit d’Apollonios de Rhodes, mots éclairés par Andrea.

La part personnelle est également importante. Sans entrer dans le détail, Andréa révèle des événements et des lieux de son histoire personnelle, la perte en 3 mois d’un cancer foudroyant de sa mère, alors qu’elle a 16 ou 17 ans, l’anorexie qui s’en suit (une faute de frappe, un acte manqué, lui font taper aMorexie), les études de philologie, deux tatouages (sans paroles = sans voix et le labyrinthe de Cnossos), une ville de coeur choisie parce que blessée, Sarajevo, l’importance des lecteurs dans son écriture.

Elle écrit pour eux, pour ceux qui cherchent à s’éclairer à la lumière des mots premiers, des mots anciens, au temps où la beauté n’était pas seulement dans les. corps (des blonds aux yeux bleus, à l’iris arc-en-ciel capables de susciter des visions dans l’oeil de l’autre comme le fait la magicienne Médée en regardant le terrifiant serpent gardien de la Toison d’or) mais dans les mots et dans le soin apporté à les utiliser au moment opportun, le kaïros.

Prendre soin des mots pour ne pas sombrer dans la démesure, l’excentricité, l’hubris, toujours insignifiante, pour vivre dans la félicité qui est énergie d’agir, joie de faire, volonté de changer, d’être fertiles, être en harmonie, en mesure, dans les bonnes proportions, le nombre d’or de l’architecture, les proportions de l’arithmétique, science du nombre.

 

Balades en étymologie :

Discerner, séparer le grain de son enveloppe, tamiser la farine pour la rendre plus fine. Le discernement, l’aptitude à affiner pour exercer une critique raisonnée est aujourd’hui affaibli par toutes les attaques contre l’esprit critique, complotisme, fake-news, surabondance d’informations, vitesse de rotation des informations.

Empathie, être dans et non avec, être dans la même douleur, dans le même bonheur ; et comme celui ou celle qui accompagne par empathie celle ou celui qui souffre ou jouit n’est pas dans cet état émotionnel, l’imaginer par fantasia, fantaisie, imagination, extraordinaire capacité humaine d’être dans la douleur de l’autre sans l’avoir vécue soi-même, en souffrir pourtant comme si c’était nous, en fantasmant.

Une formule saisissante : Les Anciens savaient que l’amour demande de la force, du courage (le mot vient du mot coeur, le courage vient du coeur) pour être choisi mais de la tendresse pour être vécu.  Jason et Médée tombèrent amoureux instantanément et comblés de joie comme dit Platon. Ils se firent la promesse  de s’unir et surtout l’un et l’autre demandèrent, exigèrent de l’autre, surtout Médée, exigeant la fidélité, le respect, l’action. « Tu partageras notre lit dans la chambre d’un hymen légitime et rien ne nous séparera dans notre amour jusqu’à ce que la mort fixée par le destin nous couvre de son voile. » (os phatos, il dit.) Point. Fin du discours. Le poète n’a plus rien à dire.

Considération historique : l’expédition des argonautes semble avoir eu lieu 10 à 20 ans avant les récits homériques (l’Iliade et l’Odyssée) mais il ne reste nulle trace archaïque de cette aventure. C’est Apollonios de Rhode qui reprend le mythe, depuis la bibliothèque d’Alexandrie, dont il est le conservateur, plusieurs siècles après le cycle troyen homérique et qui eut le génie de distinguer le voyage aller du voyage retour. Le voyage aller est le voyage vers l’inconnue Colchide  où le jeune homme Jason devient homme, héros, découvre éros, l’amour (Platon relie héros et éros dans le Cratyle), où la jeune fille Médée devient femme en découvrant l’amour, éros.

Le voyage retour se fait sur les traces de l’Odyssée, donc en pays connus, tellement le récit homérique a été partagé, raconté, illustré.

Ma conclusion sous forme d’une question à Andrea :

pourquoi avez-vous eu besoin de noircir à outrance le tableau de notre époque et de ce que selon vous, nous sommes devenus, pour mieux nous faire goûter, savourer le monde grec. En fonctionnant selon ce schéma d’opposition, vous avez affaibli selon moi, votre démonstration.

Vous vous référez à Platon.

Dans le Cratyle, Platon écrivait : « quand on connaît les noms, on connaît aussi les choses. » Dit autrement et cela est dit dans votre texte, ce sont les mots qui créent la réalité, la font naître. « Si dire a le pouvoir de rendre réel, les mots servent à se choisir. » pages 33-34.

Wittgenstein dira la même chose : ce sont nos mots qui créent le monde, qui le rendent petit ou immense. page 63.

La réalité n’existe que par les mots que nous employons.

Platon écrit aussi que « penser est un discours que se tient l’âme tout au long à elle-même sur les objets qu’elle examine. » Théétète

 

Ce monde contemporain est noir, déprimant, insignifiant parce que vos mots sont noirs. Nous sommes lâches parce que vous nous dites lâches.

Personnellement, dans votre miroir, je ne vois ni noirceur ni lâcheté. Je vois de pauvres hommes, beaucoup d’hommes pauvres demandant compassion, empathie et tendresse, écoute pour qu’ils se disent, se choisissent.

Les Grecs appelaient Améchania, l’impuissance qui paralyse tout élan vers la vie, soeur et compagne de l’une des conditions humaines les plus pénibles, la pauvreté, Penia.

 

Améchania et Penia  représentaient pour les Grecs, le plus grand danger pour les hommes parce qu’elles les poussaient à se diminuer, à se faire petits au lieu de s‘élever vers le haut, pour essayer chacun dans sa vie d’être un héros selon son propre mètre, sa propre mesure. page 71.

J’imagine la rencontre nécessaire parce que désirée entre Andrea et Marcel. Andrea a 31 ans, Marcel, 97 ans. Quand La part du héros paraît, Marcel l’apprend, se le procure, le lit, est émerveillé et dubitatif. Il écrit à Andrea via l’éditeur. Il a écrit un essai essentiel sur Homère, l’éducateur du peuple grec. Il a écrit un essai inactuel Devenir Grec. De la Grèce antique, il a traduit et commenté Anaximandre, Héraclite, Parménide. La réputation de ses travaux lui ont valu d’être élu membre de l’académie d’Athènes.

« Voulez-vous bien que nous nous rencontrions à Treffort, dans mon bureau d’où je contemple par la fenêtre, le clos, la nature naturée et pense la Nature naturante, créatrice, le premier poète.

Il me semble chère Andrea dont je suis déjà amoureux (j’ai vu des photos de vous, je vous ai entendu parler dans La grande librairie) que vous mettez trop l’accent sur l’homme, sur le connais-toi toi-même de Delphes puis de Socrate.

« L’homme n’est qu’une éloise dans la nuit éternelle »  dit Montaigne.

Ce que vous nous invitez à devenir, des héros mus par éros, pour nous dépasser, créer, réaliser plus grand que nous, j’appelle cela sagesse tragique. Nous pourrions échanger sur cela et bien d’autres choses. J’ai entre autres relever votre désir de ne pas vous trahir. Qu’entendez-vous par se trahir soi-même ?

Nous sommes faits pour nous connaître. Je vous le demande du plus intime de mon coeur. »

 

À Corps ça vit, le 10 juillet, 17 H 17

un livre essentiel pour qui veut vivre en se sachant et se voulant mortel

un livre essentiel pour qui veut vivre en se sachant et se voulant mortel

Une question de mort et de vie

Irvin Yalom Marilyn Yalom

Albin Michel, octobre 2021

 

Marilyn Yalom va subir en quelques mois deux traitements violents en lien avec un cancer douloureux. Entre avril et novembre 2020. Les effets secondaires sont tels qu’elle en arrive à demander à mourir par suicide assisté.

Le suicide par dose létale diluée dans deux verres à boire par la patiente consciente en présence d’un médecin, d’une infirmière et de sa famille eut lieu le 20 novembre 2020. C’est l’objet du chapitre 21 du livre pages 201 à 205.

Les 20 chapitres qui précèdent sont écrits à deux mains, alternativement, par Irvin et Marilyn. C’est Marilyn qui a exigé l’écriture à deux de ce livre. Irvin dans son rôle d’aidant, d’accompagnant de fin de vie,  fait tout ce qui est en son pouvoir pour soulager Marilyn, pour être à ses côtés lors des séances de chimiothérapie comme des séance de perfusion d’immunoglobulines. Concernant la fin imminente de Marilyn, il est dans le déni. Elle est pour lui, inconcevable. Il ne pourra vivre sans Marilyn. Le suicide aura lieu sur décision et choix de Marilyn avant le Noël 2020.

Toute cette période, 8 mois, est source d’échanges entre eux, de réflexions de la part d’Irvin.

« La mort d’une femme de 87 ans qui ne regrette rien n’est pas une tragédie.’ » dit Marilyn, page 310. Plus pleinement vous avez vécu, moins la mort est une tragédie. L’angoisse de la mort touche plus fortement celles et ceux qui pensent à tout ce qu’ils n’auront pas fait s’ils meurent ou qui pensent avoir mal vécus. Ce sentiment peut provoquer au dernier moment des transformations majeures, une sorte de conversion, une expérience d’éveil (Ivan Illich chez Tolstoï, Scrooge chez Dickens).

L’angoisse de la mort a aussi beaucoup à voir avec le passé. Milan Kundera a dit : « ce qui me terrifie le plus dans la mort ce n’est pas la perte de l’avenir mais la perte du passé. En réalité, l’oubli est une forme de mort toujours présente à l’intérieur de la vie. » Irvin à 88 ans est sujet à des pertes de mémoire. Il apprend tardivement que la mémoire n’est pas une, qu’il y a des mémoires, la mémoire procédurale, implicite, inconsciente, la mémoire déclarative, explicite, consciente, que ces mémoires peuvent jouer l’une contre l’autre. page 252.

Sans Marilyn qui avait une excellente mémoire, ce sont donc des pans entiers de vie qui disparaissent pour toujours. Puisqu’il en est ainsi, autant retarder les décisions d’où la procrastination, ou reporter sur les enfants les choix à faire quant au devenir des bijoux, livres de Marilyn.

Prolongeant la réflexion, il comprend qu’il va lui aussi et son oeuvre sombrer dans l’oubli quand il n’y aura plus de témoins pour raconter.

Impermanence de toute chose vouée au néant.

Épicure offre aux incroyants, sceptiques, matérialistes, rationalistes de bons arguments pour calmer la peur  de la mort. En particulier celui-là : « Si la mort est là, c’est que je ne suis plus là. Pourquoi craindre quelque chose que nous ne pourrons jamais percevoir. » Irvin de compléter, le néant qui nous attend après la mort est identique au néant dans lequel nous étions avant la naissance. page 109. De souligner aussi que nos idées et nos actes atteignent les autres comme les ondes se propageant au jeter d’un caillou dans une mare. S’il y a disparition, il y a aussi transmission.

Du chapitre 22 au chapitre 35, Irvin fait le récit de son chemin de deuil, s’appuyant sur ses connaissances acquises, transmises  en soutien à des centaines de personnes en fin de vie. (Thérapies de groupes ou individuelles, en face à face ou en zoom).

Ce qui est assez fascinant c’est que ce psychothérapeute réputé qui « réussit » à soulager les autres, ne réussit pas pour lui-même, qu’il se livre à d’autres thérapeutes pour clarifier, tenter de comprendre car comprendre affirme-t-il page 251 finit par soulager, contribue à débloquer les pensées, émotions, images obsessionnelles comme par exemple au début du deuil, ces chars de la place Tienanmen écrasant les étudiants, rêve interprété comme la sensation d’écrasement ressenti par ce qu’il vient de vivre, la perte de l’être aimé. Partiellement vrai. L’image des chars s’estompe, se dissout en quelques jours. Il saisit vite qu’il y a la pensée rationnelle de l’homme enfin adulte, vivant seul, de façon indépendante (ils ont eu 73 ans de vie amoureuse, depuis l’âge de 15 ans en 3°, 65 ans de vie commune), qui sait la réalité de l’événement : que Marilyn est morte, n’est plus là, n’entend plus ses pleurs, regrets, désirs, espoirs; et qu’il y a la pensée magique, irrationnelle, l’envie de rejoindre Marilyn pour l’éternité, pourquoi pas, dans un cercueil à deux places; et de constater que l’idée magique apporte un réconfort et pas la réalité.

Autres points que je veux mettre en évidence : deuil et sexualité. Il constate mais c’est peu évoqué par les articles scientifiques que la sexualité soit se met en berne, soit est fortement réactivée, à l’issue d’un deuil surtout chez les hommes, pour peu que les veufs échappent à une mort rapide, leur taux de mortalité est important par rapport aux veuves, chapitre 25. Tout le monde comprendra ce que signifie cette remontée des appétits sexuels. Si le chagrin conduit à l’insensibilité, la sexualité conduit à ressentir à nouveau quelque chose. Souvent accompagnée de culpabilité, je trahis la femme aimée suivi de mais je dois continuer à vivre, je veux continuer à vivre sans la femme aimée, je veux pouvoir éprouver du plaisir sans me référer continuellement à la femme aimée qui n’est plus là, qui n’a plus de réalité, seulement une existence dans mon esprit, mes souvenirs. D’où son rapport à une superbe photo de Marilyn : il la retourne contre le mur pour ne pas la voir, ça le fait trop souffrir et il s’en veut de ce geste. De même, pas de visite au cimetière pendant les 125 jours d’après l’enterrement. Et sa fascination pour les gros seins d’une amie « ouh ouh, c’est là-haut que ça se passe » lui dit-elle.

Le rôle des rituels, au moins la première année, parfois deux, comprenant anniversaires de naissance, de mariage, de mort, les grandes fêtes : Noël, Nouvel-An, le déroulement des 4 saisons et le cycle des 12 mois, les vacances. Au bout d’un an, nous commençons à moins souffrir, au bout de deux ans, nous recommençons  à vivre. page 98. Et de constater aussi que les veufs ou veuves ayant vécu les mariages les plus heureux effectuent plus facilement le détachement d’avec leur conjoint décédé que ceux qui se sont moins épanouis dans leur vie de couple et regrettent les années gâchées.

La rencontre avec une patiente prénommée Irene est particulièrement savoureuse, chapitre 33 : « Nous autres endeuillés, nous avons appris à donner à vous autres chercheurs, les réponses que vous attendez.» « Votre vie n’est pas réelle. Vie douillette, confortable, entouré de votre famille. Que pouvez-vous savoir de la perte ? » « Irene, je suis convaincu que vous aviez raison. Arrogant et bien au chaud, disiez-vous de moi, et vous aviez raison. Maintenant que j’ai vécu la mort de Marilyn, j’entrerais en relation avec vous de façon plus authentique. »

Le livre s’achève par une lettre à Marilyn et sur une superbe photo. La lettre est écrite en plein confinement, 125 jours après le suicide assisté de Marilyn. Ce confinement mondial implique des restrictions sanitaires mais il ne s’inquiète pas outre mesure pour sa vulnérabilité. Il conclut, lui le rationaliste, pourfendeur dans La méthode Schopenhauer des croyances religieuses et spirituelles, sur son « respect renouvelé pour la puissance et la capacité de soulagement de la pensée magique. » page 309.

« Le berceau se balance au dessus d’un abîme, et le sens commun nous apprend que notre existence n’est que la brève lumière d’une fente entre deux éternités de ténèbres. » premières lignes de l’autobiographie de Nabokov. Page 310 et fin.

 

(JC : Montaigne  « pourquoi donnons-nous titre d’être à une éloise dans la nuit éternelle ? »

 

Pas de conclusion à cette note de lecture.

Autant de pertes, autant de personnes concernées directement, autant de deuils, autant de chemins.

 

Ce livre à deux voix pendant 200 pages et à une voix pendant 115 pages va être un élément dans la poursuite d’un travail d’écriture en cours depuis le 29 octobre 2010, depuis donc presque 13 ans en lien avec la question inaugurale que m’a posée l’épousée : je sais que je vais passer, où vais-je passer ? et qui a provoqué chez moi, une évolution du naturalisme et d’une métaphysique du hasard à un spiritualisme fondé sur la croyance en un principe créateur : l’Amour comme potentiel créateur de Vie et de Mort.

Je sens que je me dirige vers des formulations qui devraient être cristallines, limpides, immédiatement recevables, évidentes.

Au bout de ce cheminement, le retrait du co-créateur que nous sommes tous, se cacher, se retirer, tsimtsoum, pour laisser la création vivre sa vie, inventer son chemin de vie jusqu’à disparition avant d’autres apparitions.

Lectures d'été

J.-C. et moi de Martine Roffinella.

Sa lecture de pauvre - sans savoir et sans pouvoir, de docte ignorante, tirant sur ses bottes pour s’extirper de la boue dans laquelle elle s’enfonce par ses addictions, sa soumission narcissique aux pervers et aux prédateurs - du discours des Béatitudes et du 10° commandement, le dernier proposé mais qui commande aux 9 très anciens, proposé sous deux formes : Tu aimeras ton prochain comme toi-même / Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, ramenée à la Passion du Christ est savoureusement sanguinolente. C’est peut-être moi qui en rajoute.

Le corps du Christ sur la croix est l’échelle par laquelle tu t’élèveras si tu écoutes l’appel, celui qui attend d’être entendu dans ton coeur. Tu te hisseras à la force de tes mains et de tes bras en prenant appui sur les pieds ensanglantés du Christ. Puis tu te glisseras le long du corps déformé par les tortures en t’aidant du trou percé dans le flanc du crucifié et tu atteindras la bouche crachant des caillots de sang d’où sortira le dernier râle, le dernier souffle de Jésus, fils incarné du Père.

Cette escalade, cette ascension, tu l’imagines filmée par Alejandro Jodorowsky ou par Terri Gillian. Ce serait du sanguinolent, un peu grand-guignolesque, sans doute plus parlant, plus évocateur qu’un récit au 1° degré. Ça ne pourrait pas être au Christ-Roi à Lisboa. Trop majestueux, trop fréquenté. L’inspiratrice de cette image d’escalade n’est autre que Catherine de Sienne, appelant le corps crucifié du Christ, le Pont sublime. La traversée du Pont semble difficile, mais elle n’est rien comparée au calvaire du Christ, enduré une fois pour toutes pour tous les hommes, les lavant de tout péché, par Amour. Cette traversée, si on la tente, est en fait une élévation par purification (à préciser) des tentations sataniques fourmillant en toi et exploités par les satanistes, producteurs de dérivatifs à la quête spirituelle, d’artifices, d’addictions, de péchés contre le corps, maltraité, et contre l’esprit, pollué, empoisonné. S’élever en s’agrippant au corps ensanglanté du Christ, c’est se délivrer (à préciser) de nos démons, de nos tentations, de nos désirs vains, c’est libérer la part de ciel qui est en nous dès l’origine, la part d’amour divin. Cette escalade, cette ascension, cette traversée est délivrance de l’aspiration que nous bloquons par nos peurs et nos désirs, de ce à quoi nous aspirons dès l’origine, aimer avec excès, sans crainte de quelque jugement que ce soit, de quelque situation que ce soit (souffrance extrême, enfermement concentrationnaire et torturant), aimer sans modération, comme dit Christiane Singer.

 

C’est le récit d’une expérience mystique, vécue par une femme revenue des enfers addictifs, la cinquantaine passée et qui découvre tant la Bible que les Évangiles dont celui de Matthieu dans lequel le 10° commandement se formule de 3 façons : Aimez-vous les uns les autres, Aimez-vous comme je vous ai aimés, Aimez votre ennemi.

Ce qui me frappe dans cette quête - où la volonté de l’impétrante est secondaire, où le moteur de son chemin de croix est plutôt l’appel enfin entendu, appel venu du plus intime du coeur, indice de sa Présence depuis toujours - est son côté paradoxal.

L’accès à notre Essence divine, à notre Être divin, nous sommes à l’image de Dieu, ne peut se faire que lorsque nous cessons d’être dans le jugement. Or la narratrice n’arrête pas de juger, de stigmatiser l’ego et ses tentations, l’époque et ses satanistes, prédateurs et pervers, fabricants et fournisseurs d’addictions. Et dans la Bible comme dans les Évangiles, ça n’arrête pas non plus de juger. Jésus lui-même n’est pas exempt de jugement : Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.

De là où j’en suis aujourd’hui, je me dis qu’il faut tout accepter.

Ne pas rejeter l’ego, ses boursouflures…, repérer ses manifestations et faire le petit pas de côté : Tiens J.-C., tu es en train de tenter de te mettre en valeur pour te faire aimer ? Soit, j’accepte ton intention, ta tentation mais elle n’ira pas jusqu’à se réaliser, elle se dissout dès que repérée, nommée.

Ne pas rejeter quoi que ce soit se produisant dans le monde. N’applaudir à aucune bonne action individuelle ou collective, ne condamner aucune action abominable, individuelle et collective. Tout ce qui se produit doit se produire. Pas de tri entre bien et mal, bon et méchant, beau et laid. Certes, on voit bien les oppositions, on a été formaté par l’éducation à opposer, à fonctionner de façon binaire, dualiste et on a peut-être un premier réflexe de tri, qui se dissout dès que repéré, nommé. J.-C. tu es en train de trier, de séparer le bon grain de l’ivraie. STP, l’ivraie est aussi nécessaire que le bon grain.

Il t’apparaît que la création est continue, que toi-même est créateur, co-créateur, participant de la création y compris en étant prédateur, destructeur, exploiteur. Ce qui est détruit (peut-être l’humanité et son suicide collectif en vue) sera remplacé par autre chose. Comme Je Suis, principe créateur qui se retire de la création, qui se cache, laissant libre sa création de vivre son chemin de vie et de mort, tu comprends que toi-même dois te retirer, te cacher. Ta création c’est la vie que tu as menée, l’amour que tu as donné ou pas. Laisse ta vie finir de se vivre. Laisse l’amour finir se donner. Ne te soucie pas de l’oeuvre, de « ton » oeuvre.

Ton retirement, ton tsimtsoun, ton retrait, ta retraite, auront lieu le 29 septembre 2023 à 19 H 30 avec la balade dans tes mots dont tu ne seras ni le concepteur ni l’interprète.

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l'amour et la vie

13 Octobre 2022 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #amitié, #amour, #développement personnel, #histoire, #notes de lecture, #psychanalyse, #écriture, #vraie vie

lectures en cours

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se réparer
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lu mercredi matin 12 octobre 2022
L’amour et la vie, titre en rouge,
reçu mardi 11 octobre
voici ce que j'ai écrit à l'auteur
le récit en 52 pages de votre enfance, adolescence, vie d’adulte et maintenant de grand-mère m'a profondément touché
content pour vous que vous ayez réussi à parcourir pour le pacifier le territoire des lieux où vous avez été baladée, trimbalée, ceux de la lignée maternelle, ceux de la lignée paternelle, ceux d'amis de la famille, lieux où vous avez vécu des moments fort contrastés
quelques belles personnes, quelques belles rencontres mais aussi de très laides, persécutrices, maltraitantes dans l'enfance et l'adolescence, une famille en construction dès la sortie de l'adolescence, une psycho-thérapie, la musique et le chant, vous ont sauvé d’une répétition dramatique, d'un destin (mot à employer quand on n'a pas réussi, à partir de nos données initiales : milieu et lieu d'origine, époque..., à créer la vie qu'on veut vivre, qu'on ne mène que la vie qu'on peut vivre, dit-on, semblable à celle de nos semblables, démarche semble-t-il d'Annie Ernaux)
52 ans après et en 52 pages, vous trouvez l'énergie, le courage de mettre des mots sur une omerta familiale et une vie chaotique en zigs en zags engendrant pourtant une ligne droite, dans la fierté et ce dans le cadre d'un atelier d'écriture (dont les productions sont souvent de grande qualité, sans publicité ou écho mais font du bien à qui les produit, je pense à Points de mire : récits du confinement, à venir, à L'écrit-plume)
je vous souhaite le meilleur qui pour moi est dans l’accueil sans jugement de ce qui vient à nous si nous savons le voir, le ressentir et aussi dans le don, l’amour, l’attention, l’écoute que nous accordons aux gens, aux choses, aux esprits et aux âmes...
52 ans après, en 52 pages, vous réussissez autrement et efficacement ce que Annie Ernaux a, semble-t-il, tenté en 1100 pages
nous faire ressentir l’intime d’une vie déracinée, tourmentée, secouée puis s'apaisant, prenant son temps
(voir le texte ci-dessous attribué à Chaplin)
personne ne peut nous sauver à notre place
mais
les bons, les justes accompagnements, fournis parfois par le hasard mais surtout par les amis, un compliment, une judicieuse remarque sont les petites lumières, les pépites qui nous font repalpiter quand on est tétanisée, qu'on est quasi-anorexique, qu'on refuse le repas pendant des heures
et comme vous dites à la fin : les loups ne sont pas loin, ne sont jamais loin
non seulement dans la triste éducation nationale que vous avez connue
mais aussi dans le monde
à commencer par chez nous avec la double offensive soft de
l’en@tris//me&isl#amo€gôschiste§des<côlôn%ial&du-woke=isthme
contre notre langue
les loups cela fait penser à la chanson de Serge Reggiani,
les loups sont entrés dans Paris
aujourd'hui, j'en suis sûr, il n'emploierait pas la métaphore, fausse, des loups
on ne voit plus les animaux dits sauvages de la même façon;
il n'y a que les chasseurs, braconniers pour garder la vision d'avant-avant-avant-hier
du loup,
écouter sans fin la fabuleuse chanson de Vissotski La chasse aux loups
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“Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris qu’en toutes circonstances, j’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd'hui je sais que cela s’appelle… l’Estime de soi.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle n’étaient rien d’autre qu’un signal lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd'hui je sais que cela s’appelle… l’Authenticité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de vouloir une vie différente et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue à ma croissance personnelle.
Aujourd'hui , je sais que cela s’appelle… la Maturité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation ou une personne, dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment…
Aujourd'hui , je sais que cela s’appelle… le Respect.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à me libérer de tout ce qui n’était pas salutaire, personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait cela de l’égoïsme.
Aujourd'hui, je sais que cela s’appelle… l’Amour propre.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé d’avoir peur du temps libre et j’ai arrêté de faire de grands plans, j’ai abandonné les méga-projets du futur.
Aujourd'hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime quand cela me plait et à mon rythme.
Aujourd'hui, je sais que cela s’appelle… la Simplicité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de chercher à avoir toujours raison, et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé. Aujourd'hui, j’ai découvert… l’Humilité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd'hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
Aujourd'hui, je vis une seule journée à la fois. Et cela s’appelle… la Plénitude.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir. Mais si je la mets au service de mon coeur, elle devient une alliée très précieuse !
Tout ceci, c’est… le Savoir vivre.
Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter. Du chaos naissent les étoiles.”
Kim McMillen, attribué à Charlie Chaplin (FB c'est aussi les fakes)
images trouvées sur la page psychanalyse jungienne
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