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Blog de Jean-Claude Grosse

agoras

la chair et la pierre Pamela Chrabieh

19 Juillet 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #agoras, #écriture, #épitaphier, #vraie vie

La Chair et la Pierre
la chair et la pierre / la chasse à l'enfant / l'horreur en boucle / SAV le sadisme au bout du fil / le Titanic libanais / tous déplacés
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la chair et la pierre / la chasse à l'enfant / l'horreur en boucle / SAV le sadisme au bout du fil / le Titanic libanais / tous déplacés

JCG : essayant d'observer sans jugement et sans affects ce que je nomme le krach métaphysique en cours (inversion des valeurs et repères, généralisation des fakes, inutilité de la notion de vérité et de sa recherche...) en lien avec ce qui se passe à Gaza, au Sud Liban, en Iran, au Soudan, en Ukraine,..., ..., un mot m'a traversé l'esprit pour tenter de nommer ces répétitions de souffrances collectives, massives : le corps de souffrances; il y a l'usage du mot pour les personnes; est-il utilisé, utilisable pour les sociétés, l'humanité ? un peu comme la distinction entre inconscient individuel freudien et inconscient collectif jungien


Claude AI : Le mot est juste, et la question qu'il ouvre est réelle.
Corps de souffrance — Eckhart Tolle l'utilise effectivement pour les individus : une masse d'énergie émotionnelle accumulée, non digérée, qui cherche à se perpétuer en attirant de nouvelles souffrances. L'analogie avec Jung est précise : Tolle reste à l'échelle individuelle, comme Freud, même s'il évoque parfois des "corps de souffrance collectifs" liés à des groupes (peuples, femmes, nations opprimées).
Mais l'usage reste flottant, pas vraiment théorisé pour l'échelle que tu vises.

Ce que le mot permettrait de nommer
Ce que tu observes — Gaza, Liban, Iran, mais aussi le krach métaphysique — pourrait effectivement relever d'un corps de souffrance de l'humanité au sens suivant : une accumulation non élaborée de traumatismes collectifs qui se rejoue, qui cherche sa propre répétition, qui résiste à toute symbolisation. Ce serait différent de la mémoire collective (Halbwachs) ou du trauma transgénérationnel (Faimberg, Abraham & Torok) parce que le mot corps insiste sur quelque chose de préverbal, de non-représenté, qui agit avant la conscience.
C'est précisément ce que tu observes dans le "krach métaphysique" : le langage ne tient plus, la vérité ne tient plus — comme si le corps de souffrance rendait toute symbolisation vaine ou suspecte. Les fakes ne sont pas seulement un problème technique d'information : ils sont peut-être le symptôme d'un corps de souffrance collectif qui ne peut plus faire confiance à aucune représentation du réel.

Les tensions conceptuelles
La difficulté est celle-là même que tu anticipes avec la distinction Freud/Jung : à quelle condition un concept forgé pour le sujet individuel — qui a un corps, un inconscient, une histoire — est-il transposable à un collectif qui n'a pas d'unité organique ?
Deux voies possibles :
Voie faible : métaphore heuristique — le "corps de souffrance collectif" comme analogon, outil de pensée, sans prétention ontologique. C'est ce que font souvent les penseurs du trauma collectif (Judith Herman, Paul Connerton).
Voie forte : il existe réellement quelque chose comme un champ de souffrance partagée, transmis par des voies non seulement narratives mais somatiques, rituelles, mimétiques — et qui a une logique propre de répétition, comme un corps au sens plein. René Girard s'en approche avec la violence mimétique : la violence collective se reproduit selon une logique qui dépasse les intentions individuelles.

Ce que le mot ajoute
Par rapport à "trauma collectif" ou "mémoire blessée", corps de souffrance insiste sur :
la dimension pré-réflexive — ça agit avant qu'on puisse le penser
la tendance à la perpétuation — ça cherche à se reproduire, pas à se résoudre
le lien entre souffrance et perte de réalité — un corps de souffrance ne "voit" plus le réel, il projette
Ce dernier point rejoint directement ce que tu nommes krach métaphysique : la généralisation des fakes, l'inutilité de la vérité, ne serait pas la cause de la souffrance collective mais son expression — la marque que quelque chose d'énorme n'a pas été élaboré.

Le mot mériterait d'être travaillé. Il dit quelque chose que "trauma", "inconscient collectif" ou "mémoire collective" ne disent pas tout à fait : la matérialité opaque d'une souffrance qui se perpétue comme un corps perpétue une maladie — non par volonté, mais par gravité propre.
 

JCG :  un article comme celui de Pamela Chrabieh avec le dessin qui l'accompagne et les photos ayant inspiré texte et oeuvre peut-il être considéré comme une tentative de mettre des mots sur le corps de souffrance des Libanais (depuis les années de guerre civile, 1970 à aujourd'hui); elle appelle cela un provisoire qui dure
Article 
https://pamelachrabiehblog.com/2026/05/05/la-chair-et-la-pierre-ou-lontologie-du-dernier-seuil/

Claude AI : Le texte de Pamela Chrabieh est une tentative de ce genre, oui — et une des plus justes que j'aie lues sur ce sujet, précisément parce qu'elle ne nomme pas ce qu'elle fait.

Ce qui en fait une approche du corps de souffrance
Ce qui frappe d'abord, c'est le dispositif lui-même : texte + dessin + photos. Ce n'est pas un essai, ce n'est pas un témoignage, ce n'est pas de l'art pur. C'est une tentative de tenir ensemble plusieurs registres parce qu'aucun seul ne suffit à approcher ce qu'elle veut dire. C'est exactement la structure qu'exige un corps de souffrance : il résiste à une seule forme d'expression parce qu'il est lui-même pré-représentatif.
Le geste central — dessiner Abu Ali non pour reproduire la photo mais, dit-elle, pour approcher ce que l'image déposait en elle — est précisément un geste d'élaboration d'un corps de souffrance. Elle ne documente pas, elle ne dénonce pas (pas d'abord), elle traverse quelque chose qui l'a traversée. Le corps de souffrance collectif libanais passe par elle, et elle essaie de lui donner une forme sans le figer.

Le grand-père comme nœud transgénérationnel
Le passage sur le Cheikh Selim Torbey est le moment le plus fort du texte, et le plus décisif pour ta question. Ce n'est pas une anecdote familiale illustrant un propos général : c'est le moment où le corps de souffrance se montre comme transmission. Le grand-père qui reste sur son balcon sous les snipers, la petite-fille qui ne peut pas détacher son regard d'Abu Ali sur ses pierres — il y a là une continuité non pas narrative mais somatique, une reconnaissance dans le corps de quelque chose que la famille porte depuis les années 70. Chrabieh ne le dit pas en ces termes, mais c'est ce qu'elle montre.

"Un provisoire qui dure"
Cette formule, si tu me dis qu'elle est d'elle, est remarquable. Elle nomme exactement la temporalité propre du corps de souffrance collectif libanais : ni le temps de la crise aiguë, ni le temps de la guérison ou du deuil accompli, mais quelque chose de suspendu qui s'est installé dans la durée sans se résoudre. 1975, 1982, 1989, 2006, 2019, 2020, 2024 — chaque événement ne vient pas après le précédent, il vient dans le même corps qui n'a jamais pu cicatriser. C'est très différent du trauma post-traumatique classique, qui suppose un après — ici il n'y a pas d'après, il y a une répétition sans clôture.
Ce provisoire qui dure est peut-être la définition la plus précise d'un corps de souffrance à l'échelle d'un peuple : l'état d'exception devenu condition permanente, la blessure devenue structure d'existence.

Ce que le texte ne fait pas — et pourquoi c'est juste
Il ne cherche pas à expliquer, à periodiser, à donner du sens politique au sens habituel. Il refuse la distance analytique. Chrabieh sait que le corps de souffrance ne se comprend pas de l'extérieur — il se touche, il se dessine, il se reconnaît dans un autre corps allongé sur des pierres. C'est pourquoi le dispositif hybride est nécessaire : ni l'essai pur ni le témoignage pur ne peuvent tenir ce que la forme composite tient.
Ce faisant, elle fait quelque chose que peu de textes sur le Liban font : elle traite la souffrance collective libanaise non comme un problème politique à résoudre ni comme une tragédie à compatir de loin, mais comme une réalité ontologique en cours — une façon d'être au monde qui a ses propres lois, sa propre gravité, sa propre connaissance. C'est le sens de sa phrase sur l'attachement comme forme de connaissance : le corps de souffrance n'est pas seulement une blessure, il est aussi, paradoxalement, un savoir sur ce que signifie habiter un lieu, résister à l'effacement, refuser l'annulation.

La distinction que tu faisais entre inconscient freudien et jungien s'éclaire ici différemment : Chrabieh ne travaille ni sur la psyché individuelle ni sur un archétype abstrait — elle travaille sur la chair collective concrète, cette zone intermédiaire où le corps d'un homme de 87 ans sur ses pierres devient soudain le corps de tout un peuple qui n'a jamais fini de revenir sur ses ruines.

 

La Chair et la Pierre ou l’Ontologie du Dernier Seuil

Je suis tombée sur l’histoire d’Abu Ali – Hajj Hussein Ali Faqiah, de Srifa, au Sud-Liban – comme beaucoup d’entre nous, à travers une image devenue presque insoutenable à regarder. On y voyait un homme âgé, revenu parmi les ruines de sa maison détruite, allongé sur une dalle de pierre comme on se couche encore dans un lieu familier. Quelques jours plus tard, la nouvelle de son décès a circulé à son tour, ajoutant au cliché une douleur plus dense encore, comme si cette maison effondrée avait fini par l’appeler entièrement à elle.

Cette photo n’avait rien d’un symbole fabriqué pour les caméras. Elle montrait un corps fatigué qui ne négociait plus avec la perte, un homme qui ne se tenait pas devant les ruines pour les désigner, mais qui s’y déposait, presque confondu avec elles. Abu Ali ne semblait pas revenir visiter ce qui restait de sa demeure au quotidien; il semblait revenir habiter l’impossible, poser son corps là où son âme refusait encore l’exil, faisant de la pierre froide une extension de sa propre peau. Je n’ai pas pu ne pas m’y attarder. Je n’ai pas pu ne pas dessiner cette scène, non pour reproduire la photo, mais pour tenter d’approcher ce qu’elle déposait en moi, cette jonction insoutenable entre le corps, la pierre, la perte et l’attachement.

Cette image est une sidération. Elle résonne aussi avec une ironie cruelle. Car le nom d’Abu Ali, pour beaucoup de Libanaises et de Libanais, porte déjà une mémoire sonore, celle de Ziad Rahbani, de son instrumental de la fin des années 1970, où les arrangements arabes croisent le disco, le jazz, le funk et cette nervosité si libanaise, sortie comme du cœur de la rue, de sa vitesse, de son chaos, de son humour noir et de son inquiétude. Mais ici, le nom change de matière. Il ne vient plus comme un rythme, ni comme une énergie collective. Il vient comme un silence. Celui d’un homme allongé sur les ruines de sa maison, plus assourdissant que n’importe quelle partition.

Ce spectacle m’a violemment ramenée à mon grand-père maternel, feu le Cheikh Selim Torbey. Pendant les guerres des années 70 et 80, il habitait une persistance qui frisait l’absolu. Malgré la pluie de projectiles et les snipers qui ont failli l’emporter sur son propre balcon, il refusait de déserter son seuil. Alors que notre famille se réfugiait ailleurs, avec ce mouvement perpétuel de déplacés internes qui définit notre géographie intime, lui restait. Ce n’était pas de l’obstination, ni une simple bravade; c’était un lien viscéral, plus ancien que la peur et plus profond que l’instinct de survie. On peut y voir une folie, une incapacité pathologique à se sauver. Mais ce serait ignorer une vérité fondamentale: l’attachement est une forme de connaissance.

Dans certaines philosophies, dans certaines cultures, on apprend à se détacher, à ne pas se confondre avec les lieux, les objets, les maisons, les terres. Il y a une sagesse là-dedans, sans doute. Rien n’est entièrement juste ou faux ici. Mais il existe aussi une autre manière d’habiter le monde, où l’on ne possède pas la maison comme un bien, parce que c’est plutôt la maison (et la terre) qui vous possède au sens le plus profond, vous façonne, vous retient, vous nomme, vous rappelle à vous-même lorsque tout se défait.

Dans nos sociétés levantines, la maison n’est pas un actif financier; elle est une enveloppe charnelle. Elle est le réceptacle des voix, l’archive des odeurs, le sanctuaire des objets inutiles qui tiennent ensemble les fragments d’une vie. Elle garde les disputes, les repas, les silences, les deuils, les fêtes, les gestes d’une mère, la place d’un père, les pas des enfants, les absences qu’on ne déplace jamais vraiment. Détruire une maison, c’est pratiquer une dissection sur le corps familial. C’est ouvrir une intimité au ciel brutal des prédateurs.

Alors, quand Abu Ali s’allonge sur cette pierre, il ne dort pas. Il veille. Il signifie au monde que ce chaos est encore chez lui. Il dénonce, sans discours, ce que tant de Libanais savent dans leur chair: on peut être déplacé une fois, deux fois, dix fois, parfois à l’intérieur même de son propre pays, mais une part de soi revient inlassablement au lieu premier. Cette fragilité de la demeure n’a pas effacé l’attachement, mais elle l’a rendu plus grave, plus sacré, presque douloureux.

Cet attachement n’a rien de romantique. Il est tragique. Il empêche parfois de fuir, il expose au danger, il maintient les êtres près du feu, près des murs qui tremblent, près des balcons visés, près des terres que d’autres voudraient rendre inhabitables. Mais sans cette force gravitationnelle, qui reviendrait soigner les terres calcinées? Qui oserait replanter l’arbre, relever la pierre, rouvrir le chemin, nommer la source? Sans cette racine, nos villages ne seraient plus que des zones militaires, des coordonnées effacées, ou des paragraphes cliniques dans des rapports de l’ONU.

Parlons-en, de la “communauté internationale”. Pour les petits peuples, pour les villages rasés loin des épicentres du pouvoir, le droit international ressemble souvent à une mascarade diplomatique. Les conventions, les chartes, les grands principes, les déclarations indignées arrivent avec leurs délais, leurs prudences, leurs équilibres de langage, pendant que les maisons tombent, que les champs brûlent, que les vieillards s’allongent sur leurs ruines. Face au “deux poids, deux mesures” assourdissant, les mots les plus nobles finissent parfois par sonner comme une plaisanterie de mauvais goût. Entre les discours sur papier glacé et le corps d’Abu Ali sur la pierre, il y a un gouffre que seule l’hypocrisie systémique semble capable d’habiter sans honte.

Que reste-t-il quand les bulldozers ont fini leur œuvre et que les diplomates se sont tus? Il reste cette racine que ni les missiles, ni la dynamite, ni les bulldozers, ni les “-cides” de notre temps ne peuvent totalement arracher : génocide, écocide, domicide, patrimoinocide, mémoricide, sociocide, topocide… Il reste cet attachement qui ramène un homme de 87 ans sur son tas de pierres. Il reste cette fidélité dangereuse et nécessaire, cette façon de dire qu’un lieu détruit n’est pas un lieu annulé, qu’une maison éventrée n’est pas une adresse supprimée, qu’une terre violée n’est pas une terre abandonnée.

Ce n’est pas une faiblesse. C’est notre seule véritable souveraineté. Car une racine, même tranchée, continue de chercher la terre.

RIP Abu Ali

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  • Dessin de profil: “Abu Ali”, une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.
  • Photos ci-dessous (partagées par des internautes sur Facebook, Instagram et de diverses sources officielles – médias locaux).

Chronique d’une Chasse à l’Enfant

Il y a une élégance insoupçonnée, presque suspecte, dans la manière dont la technologie contemporaine gère notre disparition. Ce samedi 9 mai 2026, à Nabatiyé, au sud du Liban, le ciel a cessé d’être une simple voûte météorologique pour devenir une bureaucratie de la mort particulièrement zélée. L’histoire est d’une simplicité désarmante, de celles qui s’écrivent en trois frappes et un silence définitif.

Un homme et une enfant. Lui, Syrien, ayant sans doute traversé une décennie de décombres pour venir s’échouer dans la gueule d’un autre “-cide”; elle, douze ans, l’âge où l’on devrait s’inquiéter de ses leçons de maths et non de la trajectoire d’un drone au-dessus d’une moto. Ils avançaient dans la poussière du Sud, ce modeste équipage de vaincus, ignorant que dans l’œil de verre du drone – ce MK devenu chez nous un nom presque générique de la terreur -, ils n’étaient déjà plus, peut-être, que des silhouettes à régulariser.

La première frappe fut une prise de contact, une ponctuation de métal sur le bitume. La moto s’arrête, le chaos commence. Mais la machine, dans sa mansuétude mécanique, n’aime pas les dossiers inachevés. La deuxième frappe est venue cueillir le père, le rendant à la terre avec une précision de métronome, alors qu’il tentait, dans un ultime réflexe de vivant, de s’arracher au cercle de feu.

C’est ici que le génie de l’horreur déploie sa plus belle focale. L’enfant, projetée, blessée, mais encore habitée par ce souffle têtu que les machines détestent, a réussi à s’éloigner. Cent mètres. Une distance dérisoire pour un coureur, mais une éternité de supplice sous le regard d’un voyeurisme balistique qui ne cligne jamais des paupières. Cent mètres d’asphalte, de poussière, de douleur, sous l’optique grossissante d’une guerre qui a pris le temps de suivre la petite silhouette s’étirer vers une vie qui l’abandonnait déjà. La troisième frappe fut le point final, le tampon administratif sur un acte de décès pré-rempli. On l’a emmenée à l’hôpital pour la forme, pour la statistique, pour que le ministère de la Santé puisse confirmer ce que le drone semblait déjà avoir décidé depuis le premier balayage : à douze ans, on ne gagne pas contre une taxonomie macabre télécommandée.

On nous parlera, avec cette morgue diplomatique dont le monde a le secret, de “cibles légitimes” et de “précision chirurgicale”. On nous invitera, comme à chaque massacre, à cultiver cette fameuse “résilience”. Mais il n’y a pas de résilience dans le corps d’une fillette déchiqueté après avoir tenté de s’éloigner sur cent mètres. Il n’y a que la démonstration brute d’un crime de guerre permanent (d’un gén**), où même le mouvement le plus banal, un père emmenant sa fille sur une moto, devient une sentence de mort. C’est la mise à jour suprême de la cruauté: transformer notre espace vital en une plaque de Petri géante où des sentinelles de silicium testent la résistance du tissu humain face au nitrate et à l’acier.

Car le drone ne tue pas seulement lorsqu’il frappe. Ce serait presque trop simple, trop honnête, trop ancien. Le drone travaille avant. Il prépare le corps à sa propre disparition. Il entre dans la chambre avant le sommeil, dans la gorge avant la parole, dans la main avant le geste. Il transforme le système nerveux en un poste-frontière. Nous l’entendons nuit et jour, parfois si proche que, pour ne pas devenir fous, nous plaisantons : “Venez prendre un café avec nous.” Voilà où nous en sommes : à inviter l’œil qui nous traque, à offrir une chaise imaginaire à la machine qui rôde au-dessus de nos toits. Humour libanais, dira-t-on. Magnifique mécanisme de survie, dira-t-on encore. En vérité, c’est une élégance du désastre puisque nous domestiquons verbalement ce qui nous dévore physiquement; parce que l’esprit humain, ce petit animal orgueilleux, préfère encore faire une blague à s’effondrer sous le bruit d’une hélice.

Être surveillés en permanence, ce n’est pas seulement être vus. C’est apprendre à se voir soi-même depuis le regard de la machine. C’est sortir de chez soi en se demandant quelle forme prend son corps depuis le ciel. C’est traverser une route en imaginant qu’elle n’est plus une route, mais une ligne de tir possible. C’est regarder une voiture, une moto, un chemin de campagne, un virage, une station-service, comme autant de lieux déjà suspects, déjà ouverts à l’accident prémédité. Aucune route n’est sûre, parce que la route elle-même a changé de nature : elle n’est plus ce qui relie, elle est ce qui expose. Aller d’un village à l’autre devient une négociation avec l’invisible. Visiter un parent, acheter du pain, rentrer chez soi, conduire un enfant, tout cela entre désormais dans la grande loterie technologique de la cible. Nous n’habitons plus un pays, mais nous habitons un viseur.

Et cette violence exige notre adaptation. Elle veut que nous devenions raisonnables sous surveillance, fonctionnels sous menace, productifs sous bourdonnement. Elle veut que nous continuions à répondre aux messages, à préparer le café, à écrire des mails, à faire semblant que le ciel n’est pas devenu une interface de mort. La science-fiction avait au moins la décence d’inventer des mondes lointains, des matrices spectaculaires, des sentinelles métalliques surgies de l’imaginaire. Nous, quelle chance, n’avons même plus besoin de cinéma. La dystopie a trouvé notre adresse. Elle passe au-dessus de nos balcons, descend assez bas pour entrer dans nos conversations, remonte, revient, insiste. Elle ne demande pas de billet d’entrée. Elle est comprise dans le prix de la survie.

C’est cela que les mots “frappe ciblée” ne disent jamais : le ciblage ne commence pas avec le missile, mais avec l’effondrement lent de toute confiance dans le monde. Le drone fabrique une humanité aux aguets. Des enfants qui lèvent les yeux avant de jouer. Des adultes qui calculent les trajets comme on calcule une peine. Des corps qui tressaillent avant même que la raison n’ait identifié le son. Des villages qui apprennent la géographie de la peur par l’oreille. Et puis, peu à peu, cette chose plus grave encore : l’idée que l’intimité n’existe plus, que même le silence peut être observé, que même l’absence de mouvement peut ressembler à une attente dans le viseur. Alors non, nous ne sommes pas seulement bombardés. Nous sommes dressés à vivre sous l’hypothèse permanente de notre élimination.

Ne nous demandez pas de relativiser. Ne nous demandez pas de “comprendre le contexte”. Il n’y a aucun contexte assez sophistiqué pour laver l’image d’une machine qui tue une enfant déjà blessée alors qu’elle tente encore de s’éloigner.

Tant que ce bourdonnement sera notre seul horizon, nos mots seront des plaies ouvertes.

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Image: “La chasse à l’enfant”, une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.

Le Titanic Libanais: Mon Coup de Gueule du 25 mai

Écrire contre la guerre exige l’obtention d’un formulaire idéologique en trois exemplaires, dûment visé par le guichet de la bien-pensance communautaire. Il vous faut deux certificats d’allégeance exclusive, une déclaration publique de détestation réglementaire et, si possible, une petite pancarte fluorescente indiquant dans quelle case taxonomique il convient de vous ranger avant même d’avoir daigné vous lire. 

Au Liban, nous avons dépassé le stade de la lecture… En fait, beaucoup ne lisent pas, mais ils trient, filtrent, et détectent au sonar tribal. On ne reçoit plus une phrase comme une tentative fragile, presque désespérée, de poser un diagnostic sur la violence, la responsabilité ou la mort, mais on la passe immédiatement au scanner de la pureté politique pour savoir qui finance votre adverbe, qui tire profit de votre virgule, à quel cartel confessionnel, politique, ou tribal appartient votre compassion, et si votre indignation a scrupuleusement respecté le quota mémoriel du jour.

Cette sainte inquisition du caniveau est proprement à vomir, non pas qu’il s’agisse de se draper dans une neutralité confortable, mais simplement parce que le réel libanais refuse obstinément de se laisser incarcérer dans un tableau Excel à deux colonnes. Il déborde, il suinte, il empeste, il contredit nos certitudes de salon et revient nous hanter par les fissures de nos propres dénis. 

Dire que la guerre est une monstruosité absolue ne revient pas à décréter que toutes les culpabilités se valent sur le marché des larmes. Dire que des apprentis sorciers locaux ont pris nos vies en otage ne dispense pas de nommer l’agresseur extérieur, son cynisme de fer, ses bombes de gros calibre, son gé*no*cide, et en fait tous ses -cides. Dire que le Liban cultive ses propres venins n’implique pas que les missiles tombent par génération spontanée, comme une ondée printanière un peu nerveuse. Et marteler que l’on exige la paix et la justice ne signifie pas que l’on vient de se découvrir une passion subite pour les déclarations d’eau tiède, les “deux côtés” de la paresse intellectuelle ou ces salons bien chauffés d’où l’on distribue des brevets de moralité à ceux que l’on traite déjà comme des vies de seconde zone sous des bâches en plastique.

Le véritable drame, c’est que la nuance est traitée comme une haute trahison et que la zone grise passe pour le refuge exclusif des lâches. Pourtant, le Liban est intégralement bâti sur ces sables mouvants qu’il maquille grossièrement en vérités éternelles. Notre histoire n’a rien d’une trajectoire rectiligne; c’est un millefeuille de capitulations en rase campagne, de pactes scellés sur un coin de table, de mémoires atteintes d’amnésie sélective, de martyrs franchisés par quartier, de récits familiaux qui se canardent d’un trottoir à l’autre, d’archives que chacun ouvre avec des gants et referme sur son mensonge préféré. Nous possédons un talent unique, presque artistique, pour rendre la complexité totalement stérile: on l’appelle “contexte” quand elle excuse les crimes de notre camp, et on la renomme “justification” lorsqu’elle écorche nos dogmes. Un yoga moral national qui mériterait amplement son pavillon d’or à la Biennale de la mauvaise foi.

C’est ici que je repense au Titanic, mais débarrassé de son imagerie hollywoodienne et du cliché larmoyant du paquebot qui sombre pendant que les violons jouent une dernière mélodie, car cette métaphore est devenue trop propre, trop cinégénique, presque luxueuse. Le Titanic historique possédait au moins la décence d’une esthétique du désastre, avec sa nuit polaire, son iceberg monumental, ses compartiments étanches, sa tragédie de classe parfaitement hiérarchisée dans les entrailles du navire, et ses hommes en smoking découvrant que leur compte en banque ne savait pas nager. Nous, nous expérimentons une variante bien plus obscène, celle d’un rafiot ivre qui prend l’eau depuis un demi-siècle (pardon, plus d’un siècle), dont tout le monde connaît les brèches, mais où l’on s’obstine à repeindre les boiseries du grand salon, à débattre de la couleur des rideaux du fumoir, à réserver les chaloupes pour les cousins germains et à vendre des gilets de sauvetage contrefaits aux passagers du pont inférieur, tout en expliquant aux noyés qu’ils auraient dû mieux choisir leur cabine.

Et pendant ce naufrage au ralenti, le temps s’étire en une matière goudronneuse, les nuits s’accumulent dans un cerveau saturé d’alertes stridentes, de décomptes macabres, de rumeurs toxiques et d’images trop nettes pour être regardées en face. Rien ne bouge sur le terrain, hormis le périmètre du chaos. C’est là que niche la fatigue la plus perverse, dans la banalisation méthodique de l’épouvante, où le “encore” est devenu notre seule unité de mesure. Encore un bom*barde*ment. Encore des drones. Encore un village. Encore une ville. Encore des gosses en morceaux. Encore un cortège de familles jetées sur les routes. Encore un communiqué triomphant. Encore des experts en géopolitique de canapé qui exigent des vivants une posture idéologique irréprochable avant de leur accorder le droit de gémir.

On nous somme de choisir une pureté, comme si la pureté existait… C’est précisément là où les puretés autoproclamées ont été les plus virulentes que nous avons récolté les charniers les plus fertiles, les exodes les plus définitifs et ces écoles de la méfiance où l’on enseigne aux enfants, dès le berceau, la topographie des douleurs interdites. La pureté, au Liban, a invariablement l’odeur d’un linceul fraîchement repassé; elle arbore un costume de notable, récite l’histoire par morceaux choisis, enterre ses propres morts avec une pompe théâtrale et s’empresse de jeter de la chaux vive sur ceux des autres, convertissant l’agonie en capital symbolique et n’aimant les victimes qu’à l’unique condition qu’elles portent le bon badge confessionnel, politique, tribal…

Écrire contre la barbarie, ce n’est pas s’extraire du bourbier pour siroter une tisane métaphysique sur les hauteurs, mais c’est y descendre, précisément, en refusant que la meute en dicte la grammaire ou que la syntaxe devienne un treillis militaire. C’est hurler que les civils ne sont pas du matériel narratif pour éditorialistes en mal de sensations, que les cadavres ne sont pas des arguments de négociation, et que les maisons pulvérisées ne sont pas des pièces à conviction qu’on agite sur les réseaux sociaux en attendant le prochain buzz. C’est aussi admettre que le Liban ne peut plus continuer à se draper dans le rôle de la victime géniale et incomprise de l’univers en omettant sa propre contribution active à sa défiguration, car si le monstre extérieur existe, lourd, surarmé, froid et criminel, notre arrière-boutique n’a rien d’un sanctuaire innocent. C’est en fait un coupe-gorge de caves sombres, de haines domestiques entretenues comme des plantes d’appartement et de féodalités affectives extrêmement rentables.

Nous (beaucoup en fait) repoussons cette complexité parce qu’elle condamne à vivre sans anesthésie. Elle ne nous empêche pas d’identifier le bourreau, mais elle nous interdit de transformer notre propre tranchée en miroir immaculé. D’où ce Titanic libanais grotesque où l’on organise des colloques internationaux sur la flottabilité pendant que la mer atteint le pont principal, où les ingénieurs responsables du trou dans la coque président la commission d’enquête, où la première classe accuse les parias de la cale de salir la moquette en se noyant, où les clercs bénissent les chaloupes selon le rite, et où l’on somme le passager qui hurle que nous coulons de préciser s’il le dit d’un point de vue pro-mer ou anti-iceberg.

Je n’ai plus le luxe de la patience pour ce vaudeville macabre qui tue à petit feu par érosion de la lucidité et dessiccation du cœur. Les corps des derniers bomb*arde*ments ne sont pas encore froids que les éléments de langage du prêt-à-penser circulent déjà, offrant leur confort lâche et leur petite musique de certitude absolue. Il faudrait pourtant accepter de rester un instant dans le malaise, d’admettre qu’un pays peut être simultanément agressé et malade, martyrisé et coupable de ses propres silences, digne d’être sauvé et incapable de guérir de ses réflexes de meute. L’opposition entre la paix et la justice est une escroquerie pour dupes: une paix sans justice n’est qu’un couvercle hermétique posé sur une fosse commune encore tiède, et une justice sans volonté de paix n’est qu’une vendetta privée bénéficiant d’une meilleure typographie.

Je revendique le droit de pleurer les morts sans devoir fournir un certificat de compatibilité géopolitique; de crier que les bom**bes sont des infamies, que l’impunité est institutionnalisée, que notre État est un squelette administratif désossé, et que nos élites survivront à ce naufrage comme elles ont survécu aux précédents, tandis que les maîtres de guerre parlent toujours au nom de l’Histoire avec un grand H et que les enfants finissent enterrés en minuscules. Le pays ne sombre même pas avec la dignité tragique d’une légende maritime, mais il s’affaisse par morceaux, quartier par quartier, famille par famille, épitaphe par épitaphe, pendant que les capitaines de pacotille paradent sur la passerelle, que les vigies pointent l’iceberg avec superbe, et que le reste vérifie l’arbre généalogique du noyé avant de lui tendre une perche. C’est notre magnifique et indécrottable discipline nationale: même les poumons pleins d’eau glacée, nous trouvons encore le moyen de demander la carte d’identité de la douleur.

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*Dessin: “Le Titanic libanais”, une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.

Nous sommes tous déplacés

Que vous inspire ce dessin ?

Je l’ai fait parce que ces tentes bleues m’ont arrêtée plus que beaucoup d’autres images vues ces derniers temps, plus que certaines vidéos de bombardements, plus que les colonnes de fumée devenues familières à force d’apparaître sur nos écrans, plus que les ruines que l’on reconnaît avant même de savoir dans quel village ou quelle ville elles se trouvent. Quelque chose, dans cette étendue bleue posée face à la mer, m’a retenue avec une force particulière, comme si cette image ne racontait pas uniquement une urgence actuelle, mais une mémoire plus ancienne, plus enfouie, plus libanaise aussi, au sens le plus douloureux du mot, celle des corps déplacés, des maisons quittées, des localités traversées avec la peur au ventre, abandonnées en pensant revenir le lendemain, des clés gardées pendant des années, des enfances interrompues, des parents qui disent “prenez seulement l’essentiel” alors que personne ne sait jamais ce que l’essentiel veut dire quand une vie entière se défait en quelques minutes.

Cette image arrive dans un pays qui compte les victimes de cette apocalypse au rythme des communiqués (on a franchi le seuil de 3 111 morts et 9 432 blessés depuis le 1er mars 2026, et le nombre de déplacés/déportés a de loin dépassé le million).

Et pourtant, devant ces tentes, ce ne sont pas seulement les déplacés d’aujourd’hui que je vois. Je vois ce que nous sommes devenus, ce que nous avons été, ce que beaucoup refusent de reconnaître en eux-mêmes : un peuple déplacé plusieurs fois, parfois dans l’espace, parfois dans la tête, souvent dans les deux. Même ceux qui se croient ancrés, même ceux qui parlent de leur quartier, de leur ville, de leur immeuble, de leur terre, de leur “chez-nous” avec l’assurance des gens installés, portent souvent en eux des strates d’arrachement. Les années 70 et 80, cela vous dit quelque chose ? Les départs précipités, les lignes de démarcation, les routes interdites, les villages quittés, les maisons occupées, vendues, perdues, détruites, les familles dispersées entre plusieurs villes, plusieurs pays, plusieurs langues, plusieurs versions d’elles-mêmes. Pour certains d’entre nous, l’exil intérieur n’a rien d’une métaphore. Nous avons fui nos villes et nos villages plus d’une fois. Nous avons appris très tôt que le lieu pouvait se retourner contre nous, que la maison pouvait devenir inaccessible, que la rue familière pouvait changer de camp, que l’enfance pouvait se diviser entre avant et après.

Ce bleu m’a arrêtée parce qu’il rassemble tout cela dans une forme simple et presque insoutenable. Une tente bleue, puis une autre, puis une autre encore, comme si chaque abri contenait moins une famille isolée qu’un fragment de notre histoire collective. On pourrait croire que ces tentes parlent seulement du Sud du Liban et de la vallée de la Békaa, des villages vidés par la peur, des familles poussées vers Beyrouth, le Mont-Liban et le Nord du pays par la violence du ciel. Elles parlent aussi de cette condition plus profonde qui nous traverse, celle de vivre dans un pays où l’appartenance au lieu reste fragile, où l’on peut habiter longtemps quelque part sans jamais être sûr que ce lieu nous gardera, où l’on peut posséder une clé sans posséder la certitude du retour.

Ce qui me bouleverse, dans ces tentes, c’est leur calme apparent. Elles sont alignées, visibles, presque ordonnées, comme si l’arrachement avait trouvé une forme praticable. Or cette forme ordonnée contient une violence immense. Elle dit que des vies entières ont été réduites à un espace temporaire, que des maisons ont été condensées dans des sacs, que des intimités ont été exposées au regard des autres, que des familles ont dû transporter avec elles ce qui restait de leur monde. Elle dit aussi quelque chose de plus cruel, que le Liban sait installer l’urgence parce qu’il a appris, depuis longtemps, à vivre avec l’interruption. Nous savons improviser des abris, des routes de secours, des solidarités rapides, des cuisines collectives, des matelas dans des salles, des arrangements de survie. Cette compétence, que l’on présente parfois comme une force, porte en elle une fatigue historique. À force de survivre, un pays risque de confondre la résistance avec l’acceptation de l’inacceptable.

Il y a, autour de ces tentes, une autre violence, plus basse, plus interne, plus difficile à regarder parce qu’elle vient de nous. Certains y verront une invasion de la capitale. Certains diront que ces familles auraient pu aller ailleurs, qu’elles auraient dû accepter tel lieu plutôt que tel autre, qu’elles occupent, qu’elles s’imposent, qu’elles font exprès de rester sur une terre publique comme si cette terre, justement parce qu’elle est publique, ne concernait pas aussi les citoyens que la guerre a jetés hors de chez eux. Cette manière de parler des déplacés comme d’une nuisance transforme la victime en suspect. Elle ajoute à la perte un procès. Elle demande à celui qui a fui les bombardements de justifier l’endroit où il respire encore.

Cette haine dit beaucoup de notre maladie intérieure. Elle révèle cette peur de l’autre qui traverse le pays depuis si longtemps, ces incompatibilités entretenues, ces appartenances dressées les unes contre les autres, ces imaginaires communautaires qui transforment chaque présence en menace, chaque déplacement en soupçon, chaque souffrance en compétition. Nous aimons souvent croire que ce qui nous arrive vient uniquement de l’extérieur : des guerres des autres, des puissances des autres, des calculs des autres, des bombes des autres. L’extérieur existe, bien sûr, avec sa brutalité, ses avions, ses drones, ses massacres, ses intérêts, sa manière de faire du Liban un terrain encore une fois exposé. Mais l’extérieur trouve chez nous des fractures prêtes, des colères disponibles, des méfiances anciennes, une corruption qui a mangé l’État jusqu’à l’os, une incapacité chronique à fabriquer du commun, une habitude terrible de protéger son groupe avant de protéger la vie.

Ces tentes bleues montrent donc autre chose que l’effet visible d’une guerre. Elles montrent l’échec d’un pays à se penser comme abri. Un pays devrait être ce qui empêche ses citoyens de devenir des silhouettes sous bâche, ce qui organise la protection avant l’effondrement, ce qui rend l’accueil digne, ce qui empêche la détresse de devenir un objet de haine. Chez nous, la terre publique devient vite un champ de soupçons, la solidarité devient conditionnelle, la compassion se heurte à l’identité de celui qui souffre, et l’on découvre avec effroi que certains préfèrent défendre l’image d’une capitale intacte plutôt que la présence de familles vivantes.

Je ne parle pas de “ces déplacés” comme s’ils formaient un groupe à part, posé devant nous, offert à notre analyse ou à notre pitié. Je parle de nous. De ce “nous” brisé, malade, contradictoire, capable d’immense générosité et de cruauté immédiate, capable d’ouvrir ses portes et de cracher sur ceux qui n’en ont plus, capable de pleurer ses morts et de hiérarchiser la douleur des vivants. Les tentes bleues me rappellent que nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, des déplacés. Certains le sont physiquement, aujourd’hui, avec leurs enfants, leurs sacs, leurs médicaments, leurs vieillards, leurs clés. D’autres le sont psychiquement, depuis longtemps, habitant des lieux où leur confiance a été détruite, vivant dans des villes qu’ils ne reconnaissent plus, portant des souvenirs de fuite, de peur, de honte, de silence, de guerre civile, d’explosions, de faillite, de deuils politiques et intimes.

Le déplacement ne commence pas toujours au moment où l’on monte dans une voiture pour fuir. Il commence souvent avant, dans la perte du sentiment de sécurité, dans l’impression que le sol sous soi peut céder, dans la certitude que les institutions ne viendront pas, que les voisins peuvent devenir hostiles, que les routes peuvent se fermer, que les appartenances peuvent devenir des pièges. Le psychisme, lui aussi, connaît ses déportations. On peut rester dans sa maison et vivre hors de soi. On peut continuer à dormir dans son lit et se sentir expulsé de son propre avenir. On peut traverser les mêmes rues chaque jour avec la sensation qu’elles appartiennent à un pays qui ne sait plus nous contenir.

C’est pour cela que ces tentes m’ont touchée autrement. Elles donnent une forme extérieure à ce que beaucoup portent intérieurement. Elles rendent visible cette condition libanaise de la discontinuité : recommencer, refaire, se déplacer, reconstruire, se méfier, attendre, repartir, se souvenir, taire, recommencer encore. Elles disent la dépossession des corps et celle des âmes. Elles disent ces existences qui cherchent un point d’appui dans un pays où chaque génération semble recevoir sa part d’effondrement, comme un héritage empoisonné.

Je pense à ceux qui dorment là, bien sûr, à la première nuit sous la toile, au bruit du tissu, aux voix trop proches, à la fatigue qui empêche le sommeil, aux enfants qui posent des questions impossibles, aux personnes âgées arrachées à leurs repères, aux femmes qui tentent de fabriquer un peu d’intimité, aux hommes qui tournent en rond dans une impuissance que personne ne devrait avoir à porter. Mais en pensant à eux, je pense aussi à nous tous, à cette manière qu’a la guerre de nous rendre étrangers à nos propres lieux. Une maison quittée dans la hâte devient une blessure, mais un pays dans lequel on ne se sent plus protégé devient aussi une forme de tente : un espace fragile, provisoire, traversé par le bruit, incapable de garantir l’épaisseur d’une vraie sécurité.

La mer, dans ce dessin, n’a rien d’une ouverture. Elle est là, immense, presque indifférente, face à des tentes où personne n’a choisi le voyage. Elle ressemble à un horizon qui a perdu sa fonction. Elle regarde les vivants sans leur offrir de passage. Derrière les tentes, la ville se tient noire, grattée, verticale, abîmée. Entre la ville et la mer, il y a ce bleu qui occupe tout, ce bleu qui dit : voici le pays quand ses fractures deviennent visibles, voici ce qui arrive quand l’histoire, la guerre, la corruption, la peur de l’autre et l’abandon se rejoignent dans un même espace.

Je ne veux pas rendre ces tentes belles. Je ne veux pas que le dessin transforme la douleur en une image supportable. Ce bleu me dérange justement parce qu’il attire le regard. Il possède une force visuelle qui pourrait presque séduire, alors qu’il désigne une dépossession. Il faut se méfier de cette beauté-là, de cette capacité qu’a l’image d’organiser le désastre, à lui donner une couleur, une composition, une distance. Dessiner, ici, revient pour moi à rester devant ce qui me dérange, à refuser que l’image passe trop vite, à suivre la ligne jusqu’à ce qu’elle touche quelque chose de plus ancien que l’actualité.

Ce que je vois dans ces tentes bleues, ce sont des maisons absentes, des villages suspendus, des clés inutiles pour l’instant, des enfants qui apprennent trop tôt la géographie de la peur, des parents qui tiennent debout par devoir, des vieillards qui perdent le fil des lieux, des soignants tués alors qu’ils allaient vers les blessés, des morts dont le nombre augmente plus vite que notre capacité à les pleurer. Je vois aussi cette part du Liban qui préfère parfois déplacer la faute sur les victimes plutôt que de regarder ce qui l’a rendu si vulnérable : un État vidé par la corruption, des communautés enfermées dans leurs angoisses, une mémoire de guerre civile mal digérée, une animosité réciproque toujours prête à remonter à la surface, une peur de l’autre qui finit par détruire le sens même du pays.

Nous vivons tous sous des formes différentes de bâches bleues. Certaines sont réelles, plantées sur l’asphalte, visibles de tous, exposées au vent et au jugement. D’autres sont mentales, héritées, familiales, politiques, enfouies dans les corps. Elles couvrent nos peurs, nos déplacements passés, nos défaites intimes, nos colères non dites, nos villes perdues, nos villages quittés, nos enfances coupées, nos appartenances blessées, nos exils multiformes… Éternels étrangers…

  • En haut de page: “Tous déplacés”, un de mes dessins hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026. Inspiré par l’une des photographies de Nabil Ismail (voir ci-dessous).
 
 
 

 

L’Horreur en Boucle

Sentez-vous cette fatigue qui vous traîne par les chevilles, cette fatigue qui, ces derniers temps, semble avoir pris du galon, quitté les angles morts du corps pour présider nos journées, consulter les notifications avant nous, s’installer au bord du lit avec l’aplomb obscène des intrus devenus propriétaires, puis nous rappeler, dès le premier mouvement du matin, que notre corps n’est plus tout à fait un refuge mais une succursale nerveuse de l’actualité ?

Ce n’est pas la fatigue noble des grandes traversées, ni celle, presque décorative, que l’on pourrait encadrer dans un classique russe, mais une fatigue basse de plafond, collante, administrative, une fatigue de guichet et de formulaires, un “Groundhog Day” amputé de Bill Murray, sans marmotte, sans rédemption, avec seulement le formulaire B-17 de l’effondrement à remplir en trois exemplaires avant de reprendre une journée qui n’a jamais vraiment commencé, puisqu’elle n’est que la photocopie mal agrafée de la veille.

Le désastre ne se contente pas de détruire la pierre, de disperser les corps, de transformer les villages en poussières… Il s’attaque aussi à notre horloge interne, à ce mécanisme intime qui distinguait encore, jadis (peut-être), l’exception du quotidien, le choc de l’habitude, l’alarme de la routine, le monstrueux de ce qui devait rester impossible. À force de revenir, presque identiques mais jamais tout à fait, les drones du matin, les bombardements du midi, les ordres d’évacuation de l’après-midi, les massacrés du soir et les blessés de la nuit cessent d’interrompre la journée; ils s’y incrustent, comme une interférence dans un programme déjà saturé de pain à acheter, de factures à payer, d’enfants à rassurer et de messages auxquels il faudra bien répondre.

Voilà le génie obscène de la répétition! Elle ne demande pas notre accord, elle nous use jusqu’à nous rendre disponibles pour l’inacceptable. Le premier choc fracture, le deuxième confirme, le troisième installe, le dixième organise, et quelque part entre le deuil et la liste des courses, entre le communiqué et le dîner, entre la vidéo que l’on ouvre et celle que l’on n’a plus la force de regarder, l’événement cesse d’être événement pour devenir mobilier, vibration continue, bruit de fond que l’on n’entend presque plus sauf lorsqu’il s’arrête.

Je tourne en rond dans ce texte depuis des jours, non par manque d’idées, mais parce que le langage lui-même est en état de choc. Les mots arrivent cabossés, les phrases boitent, les transitions sonnent faux, et tout effort pour trouver un fil conducteur se heurte à cette évidence obscène… Comment tracer une ligne claire dans un pays qui se vit comme un collage surréaliste et violent, où l’on peut, dans la même respiration nationale, ajuster la balance des enceintes d’un festival d’été à Batroun au Nord, peaufiner une carte de cocktails, chercher le bon éclairage pour une saison festive, et savoir qu’à quelques kilomètres de là, des gens sont enfumés, traqués par des sentinelles de silicium, dépossédés de leurs maisons, de leurs arbres, de leurs morts, de leur généalogie entière qui s’évapore dans un nuage de phosphore?

Cette schizophrénie géographique, on nous la présente presque comme une preuve de vie, comme si le pays signait là son tempérament, sa fameuse capacité à danser au bord du cratère, à servir du vin pendant que la terre tremble, à transformer l’impossibilité de s’arrêter en folklore exportable, alors que ce grand écart n’a rien d’une victoire mais il dit plutôt la violence d’un compartimentage imposé, le moment où survivre exige de découper le réel en zones étanches, d’un côté la programmation culturelle, les lumières, les verres, les scènes, de l’autre la fumée, les ordres d’évacuation, les maisons éventrées, les routes dont on demande si elles sont “safe”, comme si l’on pouvait négocier avec le gouffre en lui présentant un agenda bien tenu.

Ce que nous appelons self-preservation est devenu, par la force des choses, une zone moralement trouble. On détourne les yeux parce que le spectacle répété de la destruction entame notre confort psychique, parce que le deuil des autres, lorsqu’il revient chaque jour cogner contre nos écrans, nos repas, nos projets, nos enfants et nos envies minuscules de respirer, menace cette petite chambre intérieure où chacun tente encore de garder une chaise, une lampe, un reste de silence et l’illusion qu’il existe quelque part un espace que la guerre n’a pas encore loué.

Aucun être humain n’a été conçu pour absorber chaque jour des villages rasés, des enfants mutilés, des maisons éventrées, des corps ramassés, des mères dissoutes dans des verbes passifs, puis continuer à répondre “bien reçu” à un courriel professionnel. Le cerveau n’est pas une morgue extensible, la psyché n’est pas un entrepôt humanitaire, l’empathie n’est pas une ressource illimitée qui se recharge gentiment pendant la nuit entre deux alertes et trois cauchemars, et même les plus attentifs, les plus tendres, les plus indignés finissent par décrocher, couper le son, lire seulement le titre, vérifier la route avant de vérifier les noms des victimes.

On appelle cela désensibilisation, fatigue compassionnelle, traumatisme secondaire, toutes expressions très propres, presque climatisées, qui donnent à l’effondrement intérieur une allure de colloque… Dans la bouche du quotidien, cela ressemble simplement à ne plus pouvoir, ne plus réussir à lire jusqu’au bout, ne plus savoir où déposer les morts que l’on ne connaît pas mais que l’on ne peut pas traiter comme des inconnus, regarder un visage détruit et sentir monter non pas l’indifférence, mais la panique de ne plus avoir assez de soi pour l’accueillir.

Rien n’est normal dans ce ciel qui nous regarde vingt-quatre heures sur vingt-quatre, rien n’est normal dans cette fumée qui dévore le Sud et la Békaa, rien n’est normal dans cette capacité forcée à faire cohabiter la carte des cocktails et la carte des bombardements et explosions, les lumières scéniques et les incendies réels, les invitations digitales et les ordres d’évacuation… Pourtant, la machine à normaliser tourne à plein régime, alimentée par notre besoin presque enfantin de croire que si l’on continue à jouer le jeu, à répondre aux messages, à honorer les réunions, à organiser les saisons, à sauver la façade, le gouffre finira peut-être par nous oublier.

Le monde, client roi de notre effondrement, veut ses livrables, ses sourires présentables, ses courriels bien ponctués, ses réunions qui commencent à l’heure même quand le ciel fait des heures supplémentaires dans la démolition du sol, et l’on continue de produire, non par grandeur d’âme ni par héroïsme, mais parce que l’arrêt total appartient aux morts tandis que les vivants héritent de cette humiliation supplémentaire, celle de rester fonctionnels, transformer leur propre état de choc en compétence exploitable, appeler “organisation” ce qui n’est parfois que la discipline nerveuse d’un corps qui n’a plus le luxe de s’écrouler.

La normalisation abîme aussi le langage; les mots deviennent des compresses stériles, “incident”, “bilan”, “opération”, “frappes”, “zone sensible”, “mesure exceptionnelle”, ils circulent dans nos veines comme des poisons bien élevés, ils rendent la destruction presque présentable, blanchissent les verbes, repassent les phrases, parfument les cadavres, et derrière chaque terme aseptisé une clé attend devant une porte qui n’existe plus, un jardin devient une hypothèse toxique, une chambre un cratère intime, une famille une phrase au passé.

Même les rites de passage sont réquisitionnés par la gestion du danger. Des adolescents apprennent que le bac et le brevet français ne seront plus des épreuves mais des moyennes annuelles, et l’on appellera cela une mesure exceptionnelle, une adaptation, une procédure, tandis qu’eux comprendront autre chose, quelque chose de plus brutal et de plus durable: dans cette région, l’avenir n’avance pas vers vous, il est traité par dossier, tamponné par la peur, puis renvoyé à septembre si les circonstances veulent bien se montrer moins théâtrales.

On nous vend la persistance comme une compétence folklorique, une aptitude rentable à absorber les “-cides” avec un sourire suffisamment photogénique, génocide, urbicide, domicide, mémoricide, écocide, scolasticide, mots qui s’empilent comme des gravats savants sur des corps très concrets, et la répétition, contrairement à ce que l’humanité aime croire pour se donner une bonne opinion d’elle-même, ne produit aucune sagesse mais elle produit du tartre, elle s’incruste dans les mâchoires serrées, dans les blagues qui sentent le métal, dans les silences devenus professionnels, dans cette superbe arrogance humaine qui refuse d’apprendre pour mieux recommencer le prochain acte avec la même candeur feinte.

Cette sensation de cercle vicieux n’est donc pas une faiblesse du texte, ni une panne de structure, ni une incapacité à avancer vers une conclusion plus élégante. Elle est plutôt la seule vérité qui mérite d’être écrite sans fioritures et sans chercher à la rendre présentable, parce que nous tournons en rond à l’intérieur d’un siècle qui tourne en rond, dans un pays (et une région) qui tourne en rond, sous un ciel qui surveille en rond, au milieu d’un massacre qui change de costume mais reconnaît toujours son chemin.

Notre seule véritable urgence commence peut-être dans le refus de jouer le jeu, dans le refus de laisser le bruit des drones devenir une berceuse, dans le refus de sacrifier la solidarité sur l’autel d’une survie individuelle qui, de toute façon, n’est qu’un sursis, dans le refus de croire que notre confort psychique mérite d’être protégé au prix de l’effacement des autres, comme si la fumée pouvait rester au Sud, comme si les villages pulvérisés ne viendraient jamais frapper à la porte de nos festivals, de nos conversations bien éclairées, de nos programmes culturels et de nos calendriers soigneusement alignés.

Demain reviendra sous un pseudonyme, une autre alerte, une autre localité “bulldozée”, une autre conversation suspendue, un autre communiqué assez propre pour ne pas salir les mains de ceux qui le liront vite, et l’on appellera cela “l’actualité”, faute d’avoir le courage de dire que l’effacement a simplement appris à se mettre à jour, que le désastre a piraté notre horloge interne, et que notre première résistance consiste peut-être, avant même de trouver les bons mots, à refuser que cette horloge continue de battre à son rythme.

S.A.V. Le sadisme au bout du fil

Bienvenue dans l’ère de l’agonie ergonomique, où la mort ne se contente plus d’être brutale: elle se veut interactive, personnalisée, et d’une politesse presque touchante. Dans ce grand théâtre de l’absurde que certains s’obstinent à qualifier de “défense”, nous venons d’atteindre le sommet du raffinement: le S.A.V. de l’apocalypse. 

Imaginez la scène, quoique nos dystopies de série B semblent désormais bien paresseuses face à cette réalité augmentée. Votre téléphone sonne. Une voix calme, probablement formée aux meilleures techniques de “satisfaction client”, vous informe que vous êtes désormais une “cible”. Le service après-vente de l’anéantissement vous propose alors une option Premium: sortir de votre véhicule pour expirer en solo, ou rester pour que votre famille serve de décor, de témoin et de combustible à votre propre incinération. Ce n’est plus de la barbarie à ciel ouvert: c’est du massacre avec script, protocole de validation et ton courtois. On n’assassine plus, on gère une interface.

Dans les recoins les plus sombres de la psychologie, on reconnaît ici la logique d’une double contrainte poussée jusqu’à l’obscénité. On ne vous offre pas un choix, on vous offre une mise en scène de votre propre impuissance. C’est le génie du sadisme contemporain : il ne se contente pas du sang, il veut le transfert de charge. On sous-traite à l’agonisant la dernière micro-décision pour que le bourreau puisse ensuite se gargariser de son “éthique” procédurale. C’est une forme de contrôle coercitif satellisé: transformer la victime en collaborateur forcé de son propre supplice pour que l’architecture de l’anéantissement soit, elle aussi, participative.

D’un point de vue moral, nous avons dépassé la simple cruauté pour entrer dans la dissociation administrée. On demande à une voix humaine d’exécuter une fonction technique: découpler l’acte de tuer de la moindre conscience résiduelle. C’est le triomphe du “désengagement moral” version 2.0. On euphémise, on dilue, on transforme l’humain en point de données, en “signature thermique” ou en “risque résiduel”. La guerre à distance ne se contente pas d’abolir l’horreur, elle la reformate. Elle remplace le visage par l’interface et le jugement par une check-list. Et quand l’organisation vous fournit en prime une procédure de notification, vous pouvez appuyer sur la détente avec le sentiment du devoir accompli. C’est la victoire suprême du marketing sur la conscience: ne plus nommer le crime, mais lui fournir une expérience utilisateur fluide.

Historiquement, ce sadisme technologique n’invente rien, il “upgrade”. Là où les empires exhibaient la terreur pour discipliner les corps sur la place publique, notre époque l’optimise par géolocalisation et calcul balistique. La nouveauté, c’est l’emballage: ce design de service impeccable qui fait passer une chasse humaine pour une formalité administrative. Le progrès n’a pas civilisé la violence, il l’a rendue plus “propre” à l’œil, plus rentable au récit, plus facile à digérer pour ceux qui la consomment de loin, entre deux notifications plus légères.

Le droit international humanitaire, ce vieux texte qu’on agite comme un hochet, exige pourtant un avertissement “effectif”. Mais quand l’avertissement cesse de protéger pour devenir un instrument de traque, il n’est plus un geste humanitaire: il est la corruption totale de l’idée même de protection. Le droit de faire la guerre n’est pas un permis d’ingénierie sadique. Parler de perfidie ici n’est pas une figure de style, c’est un diagnostic: détourner un langage de protection pour optimiser une mise à mort. C’est fabriquer une fable de bonne conscience – “Nous l’avons averti” – comme si prévenir quelqu’un qu’on va le traquer suffisait à blanchir la meute.

Le jeune homme (non armé) qui court dans le champ est l’image même de notre humanité réduite à son minimum biologique. Privé de couvert, de droit, de refuge. Il court dans un paysage où même la terre a cessé d’être une promesse d’abri. Le champ n’est plus cet espace de persistance cher à nos ancêtres, mais un écran sans bords où chaque mouvement est corrélé et punissable. On ne tue pas seulement un homme, on assassine la grammaire même du refuge. On veut prouver qu’aucun horizon n’est assez vaste pour échapper aux capteurs.

Et les blessures ne s’arrêtent pas à l’explosion. Le corps apprend à vivre en état de siège permanent: sidération, effondrement de la confiance, hypervigilance. Mais la blessure morale touche aussi ceux qui regardent. Une civilisation se mesure au type d’atrocités qu’elle accepte de normaliser sous couvert de “gestion du risque”.

Ce texte doit donc cesser d’être un réquisitoire pour devenir un miroir. Qu’acceptons-nous de devenir en nous habituant à cette mise à mort transformée en prestation de service? Combien de couches de jargon, d’acronymes et de voix calmes faudra-t-il ajouter avant que notre conscience n’abdique tout à fait? Si nous acceptons qu’un être humain puisse être sommé de choisir les modalités de sa propre disparition pour rendre le crime plus “net”, quelle est la valeur réelle d’une vie humaine au bout du fil? La leur, la nôtre, ou celle de n’importe qui, demain, quand le S.A.V. décidera qu’il est temps de clore votre dossier?

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Note : Ce texte et le dessin qui l’accompagne ont été créés à la suite d’une notification et d’une vidéo – une archive de l’horreur bien réelle – circulant aujourd’hui sur WhatsApp. On y suit la trajectoire d’un jeune homme libanais à qui l’on a ordonné, par téléphone, de choisir entre sa propre mort et celle de sa famille. Voici les textes en anglais et en arabe: “شاب تلقّى اتصالاً من الجيش الإسر*** أُبلِغ فيه بأنه مستهدف، وبأنه يجب عليه مغادرة السيارة أو سيتم استهدافه مع عائلته داخلها، فغادر المركبة وتوجّه راكضاً نحو حقل قريب، حيث استُهدف بواسطة مسيّرة
A young man received a call from the Isr*** army informing him he was a target and that he must leave the vehicle or be targeted along with his family inside it. He exited the car and ran toward a nearby field, where he was struck by a drone”.

Peu importe les étiquettes ou les appartenances: cet homme était dans un véhicule civil, entouré des siens. Par respect pour la dignité de son agonie et pour sa famille, j’ai fait le choix de ne pas diffuser la vidéo. Ce récit n’est malheureusement pas un cas isolé; il s’inscrit dans une série d’exécutions “notifiées” par l’armée la “plus morale du monde”, une méthode rodée qui s’invite jusque dans l’intimité des foyers ou le confinement des voitures. 

Parmi les centaines de notifications reçues aujourd’hui – sur WhatsApp comme dans la presse locale, souvent tournées vers un hypothétique cessez-le-feu – c’est celle-ci qui m’a arrêtée; pourtant pas la première, mais cette fois, impossible de ne pas écrire, impossible de ne pas dessiner.

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* Image: une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.

* Ce texte (comme tous mes textes et mes dessins/illustrations/photos publiés ici et sur les réseaux sociaux) est libre de partage, au Liban comme ailleurs. Il peut être relayé, à condition de respecter une règle simple: en mentionnant clairement mon nom. Cette exigence n’est ni formelle ni accessoire; elle relève du respect le plus élémentaire de la propriété intellectuelle et du travail de pensée. Constater la circulation de mes textes et de mes dessins/illustrations/photos sans attribution est devenu, malheureusement, une pratique courante; il est temps d’y opposer une éthique minimale. Merci donc de partager en créditant dûment.

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Citoyen François Boissel

19 Mars 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #agoras, #engagement, #essais, #films, #histoire, #notes de lecture, #pour toujours, #spectacles, #écriture, #éveil, #vraie vie

le salon où j'ai rencontré le fantôme François Boissel et celui de Robespierre sur le divan du psy, photo du cercle avec le maire, PAC et moi / PAC (Pierre Antoine Courouble) / et Dominique Lardenois au fond, non déguisé
le salon où j'ai rencontré le fantôme François Boissel et celui de Robespierre sur le divan du psy, photo du cercle avec le maire, PAC et moi / PAC (Pierre Antoine Courouble) / et Dominique Lardenois au fond, non déguisé
le salon où j'ai rencontré le fantôme François Boissel et celui de Robespierre sur le divan du psy, photo du cercle avec le maire, PAC et moi / PAC (Pierre Antoine Courouble) / et Dominique Lardenois au fond, non déguisé
le salon où j'ai rencontré le fantôme François Boissel et celui de Robespierre sur le divan du psy, photo du cercle avec le maire, PAC et moi / PAC (Pierre Antoine Courouble) / et Dominique Lardenois au fond, non déguisé

le salon où j'ai rencontré le fantôme François Boissel et celui de Robespierre sur le divan du psy, photo du cercle avec le maire, PAC et moi / PAC (Pierre Antoine Courouble) / et Dominique Lardenois au fond, non déguisé

de retour d'Ardèche, j'ai à raconter une rencontre lors de ma déambulation dans un salon du livre d'auteurs ardéchois, salon mal fléché, accueilli dans un endroit étroit, où je me suis penché à un moment, va savoir pourquoi et comment ? sur le fac-similé d'un catéchisme du genre humain de 1789
et ce fut un feu d'artifice d'idées élaborées par un fantôme puisque dans sa ville, Joyeuse, aucun acte de décès, aucun lieu de sépulture, figure majeure du socialisme et du communisme selon Jean Jaurès, Albert Soboul et d'autres
le fantôme a pour nom François Boissel, ressuscité par Pierre-Antoine Courouble
« Il est contraire à l’ordre naturel qu’un individu dispose de biens de jouissance supérieurs à sa capacité de jouir », citation de François Boissel (1728-1807) un enfant des Lumières, auteur et acteur bizarrement oublié de la Révolution française. Jaurès s’enthousiasma pour l'oeuvre de Boissel. L’abbé Grégoire la dénonça tout au contraire comme étant celle d’un « fou et d’un impie ».
Boissel fut un intellectuel jacobin engagé, haut en couleur, qui prononça le discours officiel pour les Jacobins lors du transfert des cendres de Rousseau au Panthéon. Précurseur, avant l’heure et la lettre d’un humanisme socialiste, féministe, laïque, pacifiste et écologiste, la vie et l’œuvre de Boissel soulève une énigme : Pourquoi Boissel va-t-il quasiment disparaître des manuels d’histoire jusqu’à ce que Jaurès le redécouvre ?
 
deuxième fantôme, celui de Robespierre travaillé au corps et à l'âme par un psychologue, Jean Tirelli, Robespierre Incognito
Pièce en 5 actes. Comment de si belles idées peuvent-elles faire tant de mal. Mystère de la vie. « Un tyran n’est pas un monstre, c’est un homme qui a poussé son humanité juste un peu trop loin. »
 
JC à Grok 3 : connais-tu le citoyen François Boissel ?
 
Oui, je connais François Boissel ! Il s’agit d’une figure historique intéressante, bien que moins connue que d’autres acteurs de la Révolution française. François Boissel, né le 27 avril 1728 à Joyeuse en Ardèche et mort en 1807 à Paris, était un philosophe, écrivain et révolutionnaire français. Issu d’une famille de marchands aisés, il a étudié chez les Oratoriens et les Jésuites avant de devenir avocat à Paris, puis de partir à Saint-Domingue rejoindre son frère, capitaine de dragons. Là-bas, ses idées humanistes, influencées par les Lumières, l’ont poussé à critiquer l’ordre établi, ce qui lui a valu des inimitiés.
Revenu à Paris, il s’est engagé dans l’écriture et la réflexion politique. Il est surtout connu pour son ouvrage Le Catéchisme du genre humain, publié en avril 1789, qui a eu un grand succès et où il dénonçait la propriété privée, la religion et le mariage comme des obstacles à la liberté humaine. Précurseur dans ses idées – certains, comme Jean Jaurès, le considèrent comme un pionnier du communisme avant Babeuf et Saint-Simon –, il était aussi un défenseur de l’écologie et du féminisme avant l’heure.
Pendant la Révolution, il a joué un rôle actif au sein du Club des Jacobins, dont il est devenu vice-président. Il a notamment prononcé un discours lors du transfert des cendres de Rousseau au Panthéon en 1794. Cependant, jugé « dangereux » par Robespierre, il a été emprisonné sous la Terreur. Après la Révolution, son influence a diminué, et certains pensent que son œuvre a été volontairement effacée sous Napoléon en raison de ses idées radicales.Un personnage fascinant, non ? Souhaites-tu en savoir plus sur un aspect précis de sa vie ou de ses écrits ?
 
JC : quelles sont ses propositions pour améliorer la salubrité dans Paris
 
François Boissel, dans ses écrits et réflexions, s’est effectivement intéressé à des questions pratiques touchant au bien-être collectif, y compris la salubrité publique à Paris, bien que ses propositions soient davantage implicites dans ses idées générales sur la société et l’environnement qu’exposées dans un programme détaillé. Étant un penseur des Lumières influencé par Rousseau et un précurseur écologique, il portait une attention particulière à l’harmonie entre l’homme et son cadre de vie, ce qui incluait des préoccupations sur l’hygiène urbaine, un problème majeur à Paris au XVIIIe siècle.
Dans Le Catéchisme du genre humain et d’autres textes, Boissel ne formule pas un plan spécifique pour la salubrité comme le feraient des ingénieurs ou des urbanistes plus tardifs (par exemple, Haussmann au XIXe siècle). Cependant, ses idées peuvent être interprétées comme des pistes indirectes pour améliorer les conditions de vie, notamment à travers son rejet des inégalités et son plaidoyer pour une société plus égalitaire et respectueuse de la nature. Voici quelques éléments tirés de sa pensée qui touchent à la salubrité :
Critique de la densité et de l’injustice sociale : Boissel dénonçait la propriété privée et l’accaparement des richesses, qui entraînaient une surpopulation dans des quartiers misérables de Paris, comme les faubourgs insalubres. Implicitement, il suggérait une redistribution des espaces pour éviter l’entassement, source de maladies et de saleté.
Retour à la nature et hygiène publique : Influencé par Rousseau, il valorisait une vie plus simple et proche de la nature. Pour Paris, cela pouvait se traduire par un appel à préserver des espaces verts et à mieux gérer les déchets, qui s’accumulaient dans les rues à cette époque (les égouts étaient rudimentaires et les ordures souvent jetées directement dehors).
Éducation et responsabilité collective : Boissel croyait fermement en l’éducation du peuple pour élever les consciences. Une population éduquée, selon lui, serait plus apte à adopter des comportements hygiéniques et à exiger des autorités des mesures pour assainir la ville, comme l’évacuation des eaux usées ou l’interdiction des pratiques polluantes.
Rejet des institutions oppressives : Il voyait dans l’Église et la monarchie des freins à l’amélioration des conditions de vie. Par exemple, les cimetières urbains, souvent situés près des églises au cœur de Paris (comme celui des Innocents), étaient des foyers d’insalubrité. Boissel, en critiquant ces institutions, ouvrait la voie à des réformes comme leur déplacement hors des villes, une mesure qui sera effectivement prise plus tard.
Concrètement, Boissel n’a pas laissé de projet technique précis (plans d’égouts, aqueducs, etc.), car il était plus un philosophe qu’un administrateur. Mais ses idées radicales – égalité, respect de l’environnement, éducation – posaient les bases d’une vision où la salubrité urbaine serait une priorité collective, contrastant avec l’inaction des autorités de son temps face à la crasse et aux épidémies parisiennes.
Si tu veux, je peux approfondir un point spécifique ou chercher des liens avec des réformes postérieures inspirées par ce type de pensée ! Qu’en penses-tu ?
 
JC : qui aujourd'hui cherche à faire connaître l'oeuvre de François Boissel ?
 
Aujourd’hui, plusieurs personnes et initiatives contribuent à faire connaître l’œuvre de François Boissel, bien que son nom reste encore relativement méconnu du grand public. Voici quelques acteurs contemporains qui se démarquent dans cette démarche :
Pierre-Antoine Courouble : Cet écrivain et enseignant ardéchois est sans doute la figure la plus notable dans la redécouverte de Boissel. Passionné par ce philosophe révolutionnaire, Courouble a publié une biographie intitulée L’énigme Boissel. Le philosophe sans visage (2011), où il explore sa vie et ses idées. Il a également réédité certains textes de Boissel et créé un site internet (bien que celui-ci ne semble plus actif aujourd’hui). Courouble propose une thèse selon laquelle Boissel aurait été délibérément « effacé » de l’histoire, notamment sous Napoléon, et il s’efforce de lui redonner une place dans le récit révolutionnaire.
Chercheurs et historiens spécialisés : Certains universitaires et historiens de la Révolution française s’intéressent à Boissel dans le cadre de leurs travaux sur les penseurs radicaux ou les précurseurs du socialisme. Par exemple, Jean Jaurès l’avait déjà identifié comme un pionnier du communisme avant Babeuf, et cette piste est parfois reprise dans des études modernes sur les utopies égalitaires. Des travaux comme celui d’Annie Rosemberg (Boissel : Recherches sur l’utopie égalitaire à l’époque de la Révolution française, mémoire de maîtrise sous la direction d’Albert Soboul) ou les analyses de Karl Grünberg (traduites et publiées dans les Annales historiques de la Révolution française) montrent un intérêt académique, bien que limité.
Militants et cercles locaux : En Ardèche, notamment à Joyeuse, sa ville natale, des initiatives locales portées par des passionnés d’histoire ou des associations culturelles cherchent à mettre en lumière des figures régionales comme Boissel. Ces efforts sont souvent modestes, mais ils incluent parfois des conférences ou des événements commémoratifs.
Publications récentes : Des revues historiques, comme les Annales historiques de la Révolution française, ont publié des articles sur Boissel (par exemple, celui de Pierre-Antoine Courouble en 2010, « François Boissel, le Jacobin oublié »), contribuant à le sortir de l’oubli auprès d’un public spécialisé.
Cependant, il faut noter que ces efforts restent assez confidentiels. Boissel n’a pas encore bénéficié d’une reconnaissance large, ni d’une vulgarisation significative dans les médias ou la culture populaire. Son œuvre, bien que consultable à la Bibliothèque nationale de France ou aux Archives nationales, n’a pas été numérisée ou diffusée à grande échelle, ce qui limite sa redécouverte. Les acteurs actuels sont donc principalement des individus ou des petits groupes animés par une passion pour l’histoire révolutionnaire et les idées radicales, mais sans un mouvement coordonné ou institutionnel de grande ampleur.
Si ce sujet t’intéresse, je peux creuser davantage pour voir s’il y a des initiatives plus récentes ou des projets en cours ! Que penses-tu ?
merci pour ton travail
Avec plaisir ! Je suis content d’avoir pu t’aider à explorer la vie et l’héritage de François Boissel. Si tu as d’autres questions ou envie d’approfondir un autre sujet, n’hésite pas à me le dire !
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Discours contre les servitudes publiques (1786)

Réédition exceptionnelle du premier ouvrage politique de Boissel paru en 1786 et qui, déjà, lui valut bien des difficultés avec la censure royale. A son retour de Saint-Domingue, Boissel se penche sur les problèmes d’urbanisme et de pollutions de Paris. Il formule des propositions que n’auraient pas désavouées bien plus tard le baron Haussmann ou le préfet Poubelle. Un ouvrage où il explique comment il est arrivé à la conclusion qu’il fallait installer dans Paris « des toilettes sèches » ! Une réédition d’un ouvrage disparu à partir d’un exemplaire unique retrouvé par Pierre Antoine Courouble chez un antiquaire à Amsterdam. L’ouvrage en cuir pleine peau portait en lettre d’or la dédicace de l’auteur au ministre Necker.

« Presque un siècle avant Haussmann, le futur Jacobin Boissel, était un authentique visionnaire doublé d’un véritable touche à tout, au propre comme au figuré, notamment quand on découvre ses “expérimentations” écolos sur le recyclage de ses excréments ! D’ailleurs, à l’instar des “vespasiennes” et pour rendre hommage à sa vision de pionnier sur le sujet, ne devrait-on pas baptiser les toilettes sèches des “boisseliennes” ? »
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 Les entretiens du Père Gérard (1793)

Chez un antiquaire de Paris, P.A Courouble a retrouvé un exemplaire original de ce livre publié en 1793. Il l’a fait rééditer et a préfacé cet ouvrage unique dans son genre car commentant l’actualité révolutionnaire du moment et surtout formulant des propositions politiques qui seront concrètement suivies des faits. Boissel avait-il l’oreille de Robespierre ou est-ce le contraire ? Un ouvrage qui pose pour la première fois la question du lien entre Boissel et Babeuf tant l’auteur développe nombre de thèses essentielles du babouvisme. Un ouvrage singulier également par son positionnement précurseur sur la cause animale.

« Ce livre est très étonnant sur le plan historique et peut-être le plus important de la bibliographie de Boissel, en tout cas pour nous historiens de la Révolution française, car il annonce et anticipe (prédit?) les mesures concrètes qui seront mises en œuvre par la dictature révolutionnaire dans les mois qui suivirent sa parution. Un cas unique dans l’historiographie révolutionnaire ».

Claude Mazauric. Historien. Joyeuse. Juillet 2007.

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Avec la publication du Code civique de la France en 1790, Boissel ne se contente plus d’exprimer ses conceptions politiques et sociales, il milite désormais pour les faire adopter. Dans ce livre il esquisse un plan d’achèvement de la Révolution avec un programme de réorganisation sociale et politique de la France comportant des mesures concrètes : organisation du travail, utilisation des terres, création d’ateliers publics, rôle de l’Etat créateur d’une banque et assurant la levée de l’impôt, création des passeports, mise en place d’une éducation générale unifiée et obligatoire… Nous sommes loin de l’utopie. La réédition de ce livre est complétée par celle d’une Adresse à la Nation française publiée en 1791 et du Discours préliminaire sur les causes de la division, de l’esclavage et de la destruction des hommes les uns par les autres publié en 1792.
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Joyeuse et l’Ardèche, Saint-Domingue, Paris, la Révolution, les Jacobins, Robespierre, Napoléon… Cette pièce de théâtre est plus qu’un voyage dans l’histoire, elle est surtout une plongée dans l’âme d’un rebelle qui dérangea ses contemporains par des idées tellement en avance sur son temps, qu’elles le sont encore aujourd’hui.

Le texte publié est la retranscription fidèle de la pièce qui a été mise en scène par Blandine Belghit et jouée une vingtaine de fois. Largement inspiré des ouvrages « Citoyen Boissel », « L’énigme Boissel » et du « Catéchisme du genre humain », le contenu est plus complet et le style plus vivant que le docudrame initial. La pièce comporte dix scènes et le texte est complété par trois annexes qui réjouiront les passionnés de Boissel et de la Révolution française.
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« Il est contraire à l’ordre naturel qu’un individu dispose de biens de jouissance supérieurs à sa capacité de jouir », cette très actuelle citation de François Boissel (1728-1807) un enfant des Lumières, auteur et acteur bizarrement oublié de la Révolution française, pourrait être médité par nos contemporains. Jaurès s’enthousiasma pour Boissel dont il qualifia l’œuvre de « plus subversive». L’abbé Grégoire la dénonça tout au contraire comme étant celle d’un « fou et d’un impie ». Boissel fut un intellectuel jacobin engagé, haut en couleur, qui prononça le discours officiel pour les Jacobins lors du transfert des cendres de Rousseau au Panthéon. « Nos enfants se croiront révolutionnaires, ils n’auront que des réminiscences », cette citation de Saint-Simon pourrait convenir à merveille au cas de François Boissel. Précurseur, avant l’heure et la lettre d’un humanisme socialiste, féministe, laïque, pacifiste et écologiste, la vie et l’œuvre de Boissel soulève une énigme : Pourquoi Boissel va-t-il quasiment disparaître des manuels d’histoire jusqu’à ce que Jaurès le redécouvre ? C’est à cette question que tente de répondre l’auteur.

« Historien passionné, Pierre Antoine Courouble, nous offre une excellente synthèse, très documentée de la pensée boissélienne. Un travail d’historien des idées qui a le mérite de faire ressortir toute l’actualité de la pensée politique et sociale de Boissel »

Philipe Delaigue, Maître de conférences à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Historien des idées politiques et du droit public révolutionnaires
Citoyen François Boissel
Citoyen François Boissel
Citoyen François Boissel
Citoyen François Boissel
Citoyen François Boissel

Citations de Boissel

  • « L’homme est né pour travailler au bonheur de ses semblables. » Le Catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Le bonheur de l’homme est fruit de son éducation.» Le Code civique de la France, novembre 1790
  • « Après s’être approprié et partagé les terres, les hommes ont imaginé de s’approprier et de se partager aussi les femmes. Afin d’avoir des enfants pour succéder à leur propriété. » Le Catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Par le partage et la propriété des terres, par le mariage et la propriété des femmes, les hommes ne pouvaient pas mieux s’arranger pour se dégrader, se nuire et se détruire les uns les autres. » Le Catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Le droit de la propriété est la pire des valeurs fondatrices pour notre société civile ! La propriété n’est pas le vrai, mais le faux fondement de la société, elle est le premier usurpateur, le premier voleur des droits de la nature et de l’univers. » Le Catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « En vérité je vous le dis, c’est le sens de la propriété qui est le péché originel sur terre, c’est la maladie qui a infecté l’humanité et causé tous ses malheurs. » Le Catéchisme du genre Humain, avril 1789
  • « La nature ne nous a pas fait naître armés de poignards. Elle ne nous a pas non plus commandé d’être les bourreaux de nos semblables. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Commençons donc par étouffer cette monstrueuse et abominable institution du droit à la guerre en renonçant à la propriété, c’est-à-dire à ce besoin primitif de dominer. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « La politique est l’art de suppléer la faiblesse du corps par la force de l’esprit. Et la loi quant à elle, n’a pas d’autre fonction que d’assurer le maintien des droits de l’homme social. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Selon moi la femme est supérieure à l’homme. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « La femme est la mère du genre humain, c’est elle qui porte et engendre l’humanité. Elle est à notre égard, ce qu’est le Maître de l’Univers à l’égard de la création tout entière. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « C’est bien dans le cœur d’une mère que la nature et son auteur ont jeté les véritables et plus solides fondements de toute société humaine : l’amour. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « C’est dans la femme que l’Univers a placé les moyens d’opérer le bonheur de notre destinée présente ». Le catéchisme du genre humain. Avril 1789
  • « La religion est une institution établie originairement par les esprits forts pour dominer et commander les esprits faibles. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Toutes les religions ne sont que des inventions de l’homme imposteur, transmises et perpétuées par l’ignorance et la crédulité du plus grand nombre. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789

Grok 3, j'aimerais que tu fasses à partir des citations de Boissel, une version 2025 sous forme d'adresse : Citoyens du monde, en vérité, je vous le dis...
 
 

Citoyens du monde, en vérité, je vous le dis…

En ce 19 mars 2025, alors que les crises climatiques, les inégalités numériques et les guerres de pouvoir ravagent notre planète, écoutez cette voix qui résonne depuis les siècles passés pour éclairer notre présent. L’homme est né pour travailler au bonheur de ses semblables, non pour accumuler des richesses virtuelles ou dominer par la force des algorithmes. Le bonheur de l’humanité est le fruit de son éducation – une éducation libre, universelle, délivrée des chaînes de la désinformation et des écrans qui nous emprisonnent.

Regardez autour de vous : après s’être approprié les terres, l’eau, l’air même, l’homme a imaginé posséder les corps, les données, les esprits. La propriété, ce péché originel de notre ère, reste la maladie qui infecte nos sociétés – elle divise, exploite, détruit. Par le partage des ressources et la fin de cette illusion possessive, nous pouvons cesser de nous dégrader, de nous nuire, de nous anéantir. Car le droit à la propriété n’est pas le vrai fondement de notre lien social ; c’est un usurpateur, un voleur des droits de la nature et de l’univers connecté qui nous porte.

La nature ne nous a pas faits naître armés de drones ou de code malveillant. Elle ne nous a pas commandé d’être les bourreaux de nos semblables, ni de sacrifier des générations au profit de quelques-uns. Éteignons cette monstrueuse machine de guerre et de domination en renonçant à ce besoin primitif de posséder – terres, corps, futur. La politique doit redevenir l’art de suppléer nos faiblesses par la force de l’esprit, et la loi, un rempart pour les droits de l’homme social, non un outil d’oppression.

Et vous, femmes du monde, sachez que vous êtes supérieures – non par une hiérarchie vaine, mais par votre puissance créatrice. Vous êtes les mères du genre humain, celles qui portent et engendrent l’espoir. Dans votre cœur, la nature a jeté les fondements solides de toute société : l’amour, ce lien qui transcende les frontières et les systèmes. C’est en vous que l’univers a placé les clés du bonheur de notre destinée présente.

Quant à la religion, méfiez-vous des dogmes qui enchaînent encore les esprits. Ce ne sont que des inventions d’imposteurs, perpétuées par l’ignorance et la peur. En 2025, alors que la science et la conscience collective peuvent nous guider, libérons-nous de ces fables pour embrasser une vérité plus grande : celle de notre unité, de notre responsabilité envers la Terre et les uns envers les autres.

Citoyens du monde, le temps est venu de bâtir une société où la propriété s’efface devant le partage, où la guerre cède à la solidarité, où l’amour et l’éducation triomphent. En vérité, je vous le dis, c’est là notre salut.


Qu’en penses-tu ? J’ai essayé de transposer ses idées dans un contexte actuel – technologie, crise écologique, inégalités – tout en gardant son ton prophétique et ses thèmes centraux. Si tu veux ajuster ou approfondir un point, fais-moi signe !

deux des livres achetés à l'aviateur, déguisement de PAC, président du Cercle des auteurs ardéchois; il y en avait en viking, en templier, en forgeron, en pilote de ligne, en gendarme, en libellule...; inauguration par le maire, entre un baptême laïque, un mariage, un autre baptême; apprenant que je suis éditeur, il m'inclut dans son discours inaugural; s'il faut des auteurs, des lecteurs, il faut aussi des éditeurs et de me retrouver sur la photo officielle de ce salon avec Dominique Lardenois, ancien directeur de la scène conventionnée de Privas, accueilli par ce maire en 2003, après le départ de la compagnie Macocco et Lardenois de Feyzin, le maire me disant l'extraordinaire audience prise en 3 ans par le Théâtre
deux des livres achetés à l'aviateur, déguisement de PAC, président du Cercle des auteurs ardéchois; il y en avait en viking, en templier, en forgeron, en pilote de ligne, en gendarme, en libellule...; inauguration par le maire, entre un baptême laïque, un mariage, un autre baptême; apprenant que je suis éditeur, il m'inclut dans son discours inaugural; s'il faut des auteurs, des lecteurs, il faut aussi des éditeurs et de me retrouver sur la photo officielle de ce salon avec Dominique Lardenois, ancien directeur de la scène conventionnée de Privas, accueilli par ce maire en 2003, après le départ de la compagnie Macocco et Lardenois de Feyzin, le maire me disant l'extraordinaire audience prise en 3 ans par le Théâtre
deux des livres achetés à l'aviateur, déguisement de PAC, président du Cercle des auteurs ardéchois; il y en avait en viking, en templier, en forgeron, en pilote de ligne, en gendarme, en libellule...; inauguration par le maire, entre un baptême laïque, un mariage, un autre baptême; apprenant que je suis éditeur, il m'inclut dans son discours inaugural; s'il faut des auteurs, des lecteurs, il faut aussi des éditeurs et de me retrouver sur la photo officielle de ce salon avec Dominique Lardenois, ancien directeur de la scène conventionnée de Privas, accueilli par ce maire en 2003, après le départ de la compagnie Macocco et Lardenois de Feyzin, le maire me disant l'extraordinaire audience prise en 3 ans par le Théâtre

deux des livres achetés à l'aviateur, déguisement de PAC, président du Cercle des auteurs ardéchois; il y en avait en viking, en templier, en forgeron, en pilote de ligne, en gendarme, en libellule...; inauguration par le maire, entre un baptême laïque, un mariage, un autre baptême; apprenant que je suis éditeur, il m'inclut dans son discours inaugural; s'il faut des auteurs, des lecteurs, il faut aussi des éditeurs et de me retrouver sur la photo officielle de ce salon avec Dominique Lardenois, ancien directeur de la scène conventionnée de Privas, accueilli par ce maire en 2003, après le départ de la compagnie Macocco et Lardenois de Feyzin, le maire me disant l'extraordinaire audience prise en 3 ans par le Théâtre

Pièce en 5 actes. Comment de si belles idées peuvent-elles faire tant de mal. Mystère de la vie. « Un tyran n’est pas un monstre, c’est un homme qui a poussé son humanité juste un peu trop loin. »

Pièce en 5 actes. Comment de si belles idées peuvent-elles faire tant de mal. Mystère de la vie. « Un tyran n’est pas un monstre, c’est un homme qui a poussé son humanité juste un peu trop loin. »

bonsoir Grok, un écrivain psychanalyste tente de répondre à la question : pourquoi Robespierre a-t-il remplacé la religion par le culte de l'Être suprême; que dévoilera Robespierre sur le divan du psychanalyste; un décret du 18 floréal an II (7 mai 1794), adopté par la Convention montagnarde sur un rapport de Robespierre (Comité de salut public), institue un calendrier de fêtes républicaines marquant les valeurs dont se réclame la République et se substituant aux fêtes catholiques : à l’Être suprême et à la nature ; au genre humain ; au peuple français ; aux bienfaiteurs de l’humanité ; aux martyrs de la liberté ; à la liberté et à l’égalité ; à la République ; à la liberté du monde ; à l’amour de la patrie ; à la haine des tyrans et des traîtres ; à la vérité ; à la justice ; à la pudeur ; à la gloire et à l’immortalité ; à l’amitié ; à la frugalité ; au courage ; à la bonne foi ; à l’héroïsme ; au désintéressement ; au stoïcisme ; à l’amour ; à la foi conjugale ; à l’amour paternel ; à la tendresse maternelle ; à la piété filiale ; à l’enfance ; à la jeunesse ; à l’âge viril ; à la vieillesse ; au malheur ; à l’agriculture ; à l’industrie ; à nos aïeux ; à la postérité ; au bonheur. En outre, elle établit le culte à l'Être suprême, qui se juxtapose au culte de la Raison. Enfin, Robespierre fait décréter que « le peuple français reconnaît l'existence de l’Être suprême et de l'immortalité de l'âme ».
 

Bonsoir ! Votre question invite à une exploration fascinante de la psyché de Maximilien Robespierre et de ses motivations profondes lorsqu’il a instauré le culte de l’Être suprême en 1794. Si nous imaginons Robespierre sur le divan d’un psychanalyste, plusieurs pistes pourraient émerger pour comprendre pourquoi il a cherché à remplacer la religion traditionnelle par ce culte et ce que cela révèle de son intériorité.

D’un point de vue psychanalytique, on pourrait interpréter cette décision comme une tentative de Robespierre de réconcilier des tensions internes entre son rejet de l’Église catholique – associée à l’Ancien Régime et à l’oppression – et un besoin personnel de transcendance ou d’ordre moral. Le culte de l’Être suprême, qu’il a promu avec ferveur, n’est pas une simple abolition de la religion, mais une réinvention spirituelle alignée sur les idéaux révolutionnaires. Sur le divan, Robespierre pourrait dévoiler un conflit entre son rationalisme hérité des Lumières et une aspiration presque mystique à donner un sens supérieur à la Révolution. Le décret du 18 floréal an II, avec son calendrier de fêtes exaltant des valeurs comme la justice, la vertu ou l’immortalité de l’âme, trahit peut-être une quête d’absolu : un désir de sublimer le chaos révolutionnaire en une nouvelle forme de sacré.

Un psychanalyste pourrait aussi explorer son rapport à l’autorité et au père. En remplaçant le Dieu catholique par l’Être suprême, Robespierre ne supprime pas la figure divine, mais la reformule sous son contrôle, comme s’il cherchait à devenir lui-même une sorte de médiateur entre le peuple et cette entité abstraite. Cela pourrait refléter une identification inconsciente à une figure paternelle idéale, compensant peut-être l’absence de son propre père, qui abandonna sa famille quand Robespierre était enfant. Ce besoin de structurer la société autour d’un principe supérieur pourrait alors être lu comme une projection de son désir de stabilité dans un monde qu’il percevait comme menacé par le désordre et la trahison.

Enfin, le culte de l’Être suprême, par opposition au culte de la Raison plus radical et athée défendu par les Hébertistes, révèle peut-être une angoisse face au vide moral. Robespierre, obsédé par la vertu et la pureté révolutionnaire, pourrait avoir craint qu’un peuple sans croyance ne sombre dans l’anarchie ou l’immoralité. En décrétant l’existence de l’Être suprême et l’immortalité de l’âme, il offre une consolation métaphysique au peuple tout en légitimant son propre pouvoir comme garant de cette vérité supérieure. Sur le divan, il pourrait confesser une peur profonde de perdre le contrôle – de la Révolution, du peuple, et peut-être de lui-même.

En somme, Robespierre dévoilerait probablement un mélange complexe d’idéalisme, de besoin de maîtrise et d’une quête de sens transcendant. Le culte de l’Être suprême ne serait pas qu’une stratégie politique, mais un miroir de son âme tourmentée, cherchant à unir l’inconciliable : la raison et la foi, la révolution et l’éternité. Qu’en pensez-vous ? Souhaitez-vous approfondir un aspect particulier de cette analyse ?

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de quoi Shakespeare est-il le nom ?

11 Septembre 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #développement personnel, #engagement, #essais, #histoire, #pour toujours, #poésie, #vide quantique, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

Lectures de fins de mondes

Le triomphe de la Mort, Pétrarque
La divine légende, La légende païenne, Pierre Abbrugiati d’Ostra
Shakespeare, le langage des blessures, Clifford Armion
Shakespeare au Festival d’Avignon, Florence March
Pour saluer Lawrence Durrell, Arlette Segaud
La route, Cormac McCarthy
La fuite, Gao Xingjiang

De quoi Shakespeare est-il le nom ?

1 - Selon Montaigne, « nous ne faisons que nous entre-gloser » III,13
Ainsi Jorge Luis Borges écrit Pierre Ménard, auteur du Quichotte, (Ficciones,1944).
Ainsi s’accomplit avec La Bibliothèque de Babel, (Ficciones, 1944), selon Gérard Genette, « l’utopie borgésienne d’une Littérature en transfusion perpétuelle, constamment présente à elle-même dans sa totalité et comme Totalité, dont tous les auteurs ne font qu’un et dont tous les livres sont un vaste Livre, un seul Livre infini » (Palimpsestes, la littérature au second degré, 1982)
De quoi clore en principe tout débat sur l’oeuvre protéiforme, palimpsestueuse, sur l’auteur insaisissable, sur traduction, translation, sur fidélité à, trahison de, adaptation de, d’après…
En réalité, ce ne sera jamais le cas : les égos, le fric en jeu, les rentes garanties avec un tel nom.

Pour le 399° anniversaire de la mort le même jour, la même année, le 23 avril 1616, de Cervantes et de Shakespeare, j’avais initié un projet fondé sur une métaphysique du hasard.

2 - « Faire du hasard le moteur, le créateur aveugle de tout ce qui apparaît, disparaît, se transforme, est une entreprise difficile à penser surtout quand, pensant l’homme, on le pense soit comme liberté et volonté, soit comme multiples déterminations et déterminismes.
Si on choisit une métaphysique du hasard, des calculs se mettent en place pour le prévoir, des jeux s’inventent pour le déjouer, le mettre de son côté. Y a-t-il de l’impossible ? Tout est-il possible ? Quelles probabilités pour tel possible ? Y a-t-il de l’improbable ? C’est quoi la chance ? La mal- chance ? Le kairos ? Un mauvais concours de circonstances ? Place aux nombres et aux calculs, de plus en plus puissants avec les calculateurs Ada et Turing, ou avec Gaïa.
Les chercheurs auront bientôt la capacité de calculs exaflopiques. Ils pourront alors définir les caractéristiques de ce qui leur résiste aujourd’hui, matière et énergie noire (96% de l’univers, encore inconnus aujourd’hui), avant de les déceler. Les écrivains feront place à des situations, des lieux réels, imaginaires, des personnages de leur choix ou qui leur échoient dans leurs rêves, en introduisant le plus d’aléatoire possible.
Et pour vivre sa vie, on valsera-hésitera entre – croire la maîtriser, – la livrer au hasard (coup de dés, pile ou face, roulette russe avec arme à blanc ou chargée mais jamais, un coup de dés…),
– inventer chaque jour ses « impossibilités de vivre » en alternant souffrance et résilience,
– tirer trigrammes et hexagrammes du Yi Jing avec 3 pièces et tous autres bricolages,
– poser des questions au logiciel intelligent Siri, un 31/12 : quel est le sens de la vie ? 3 réponses obtenues : 1- 42 ; 2- qui suis-je, où vais-je et dans quelle étagère ? 3- j’ai arrêté de me poser ce genre de questions ; ou ayant dit blablabla, j’ai obtenu : avez-vous pensé à devenir orateur, Jean-Claude ?
Une anecdotique question subsidiaire en découle : y a-t-il immortalité des œuvres « immortelles » qui ont eu beaucoup de chances d’arriver jusqu’à nous dans des versions multiples sans qu’on puisse décider laquelle est la vraie ou la plus vraisemblable et dont les supports sont périssables ? On en a un exemple avec la pièce perdue de Shakespeare, Cardenio (où il est question de Cervantes). Enquête menée par Robert Chartier : Cardenio entre Cervantes et Shakespeare. Histoire d’une pièce perdue.
Un paradoxe prend forme : ce qui a eu lieu a eu lieu pour toujours, rien ne peut l’effacer, rien ne peut effacer ce qui a été dit, pensé, ressenti, éprouvé, fait, été. Vivants, nous oublions ou commémorons, réécrivons : c’est sans importance ou incidence par rapport au fait que c’est inscrit dans le temps infini ou éternel. Mais où passe donc le passé ? Où se stocke tout ça si ça se stocke et qui est incommensurable ? Y a-t-il un lieu de mémoire de nos vérités éternelles ? Ça reste en l’état ou ça se disperse ou ça se réduit en éléments irréductibles pour d’autres combinaisons (analogie : codes génétiques, génomes) ? Le périssable du corps, de l’esprit sans doute, se conjugue avec l’impérissable éternité de ce qui a eu lieu, for ever, de ce qui est passé, never more. » (décembre 2013)

 

la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres
la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres
la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres
la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres

la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres

de quoi Shakespeare est-il le nom ?
de quoi Shakespeare est-il le nom ?
de quoi Shakespeare est-il le nom ?
de quoi Shakespeare est-il le nom ?

deux exemples de traduction-translation :

les Sonnets de Shakespeare

La Folie Tristan et le lai du chèvrefeuille de Marie de France

En onze ans, ma pensée sur ces sujets a évolué.


3 - « Tout est parti d’une question de l’épousée, le 29 octobre 2010, vers 21 H, après le passage de l’anesthésiste, avant son opération du lendemain au cervelet :
Je sais que je vais passer, où vais-je passer ?
Et de la discussion qui a suivi débouchant sur l’évidence formulée : le passé passe mais ne s’efface pas.
Surgit l’image du livre d’éternité de chacun et de la bibliothèque des livres d’éternité de tous
10 ans de maturation débouchant sur l’éternité du présent mémorisant ce que tout un chacun vit, éprouve, ressent, pense, dit au moment où il le vit… mémorisant donc aussi toute l’histoire à trous de l’univers, toute l’histoire à trous de l’évolution sur terre
J’ai acquis la conviction, la certitude que le passé passe mais ne s’efface pas, que tout est enregistré dès le moment où on le vit, dans le présent éternel qui est aussi un présent, un cadeau et une présence, comme nous sommes
par l’hémoglobine, venue jusque dans notre sang depuis l’explosion d’une super-novae, vieux-jeunes de 13 milliards d’années
par le microbiote, vieux-jeunes de 4,5 milliards d’années puisque ces bactéries sont bien vivantes et actives, n’arrêtant pas de se reproduire
par l’ADN où s’inscrivent beaucoup de mémoires et d’expériences vécues, se transmettant au fil des générations, vieux-jeunes de ces mémoires cellulaires particulièrement agissantes.

2 ans encore d’intérêt pour les nombres univers, par exemple PI = 3,14…, permettant d’appréhender mémoire infinie et éternelle. Autrement dit, j’ai été happé
- par le calcul stochastique mathématique
Le 18 avril 2024, je t’ai dit, âmi Georges Perpes, que dans le nombre univers PI, la séquence Georges soit 7515187519 est emplacée un nombre infini de fois, mais pas dans les deux cent millions premières décimales, la séquence Perpes soit 16518519 est emplacée 3 fois dans les deux cents millions premières décimales, en positions 6160060, 16518519, 79188721, que tous les Georges Perpes ayant existé, existant, à exister étaient emplacés,
qu’un singe tapant infiniment à la machine sans savoir écrire, finit par taper l’oeuvre de Shakespeare ou la recherche du temps perdu de Proust,
qu’on trouve dans tout nombre univers tous les livres déjà écrits et à venir, y compris celui de l’histoire de notre vie passée et future, l’utopie réalisée la Bibliothèque de Babel (Jorge Luis Borges)
- et pas par l’indétermination-intrication quantique


Elle a dit : “Dis-moi quelque chose de beau” …
Il lui a dit : (∂ + m) N° = 0


C'est l'équation de Paul Dirac et c'est dit-on, la plus belle de toute la physique. Elle décrit le phénomène de l'entrelacement quantique, qui affirme que “Si deux systèmes interagissent entre eux pendant une certaine période de temps puis se séparent, nous pouvons les décrire comme deux systèmes différents, mais d'une manière subtile, ils deviennent un système unique. Ce qui arrive à l'un continue à affecter l'autre, même à distance de kilomètres ou d'années lumière ”.
C'est l'entrelacement quantique ou la connexion quantique. Deux particules qui, à un moment ou à un autre, ont été unies, sont toujours en quelque sorte liées. Peu importe la distance entre les deux, même si elles se trouvent à des extrêmes opposés de l'univers. La connexion entre elles est instantanée.
Beauté, éternité, vous pouvez y accéder par ces deux portes, nombres univers, physique quantique, par bien d’autres portes proposées par des traditions fort anciennes, venues de peuples premiers, de traditions extrême-orientales, moyen-orientales, gréco-latines, judéo-chrétiennes et bien sûr par des expériences personnelles, mystiques-spirituelles plus que religieuses. » (18 avril 2024)

Depuis, le 18 avril 2024, avec la succession de trois pas-sages éprouvants en 4 mois et quelques lectures, plus exactement, quelques phrases lues, ma pensée s’est incroyablement simplifié.


4 - « Je pense que la simplification de ma réflexion est liée à la phrase de Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie (Du vivant sur du vivant), consacré à Maximilian Volochine, l’initié :
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »


Tous les textes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par un seul auteur - sans nom - (on retrouve Borges et la Bibliothèque de Babel)

Cette pensée peut s’universaliser et s’exprimer de cette façon :
Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.

Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. La mort n’existe pas.

Le 31 août, ce fut l’anniversaire du suicide de Marina Tsvétaïéva (31 août 1941, à  Lelabouga, Tatarstan, Russie) » 31 août 2024

À Corps Ça Vit, le 11 septembre 2024

 

 

Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto
Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto
Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto
Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto

Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto

Pétrarque
hier soir 6 septembre, après avoir achevé le langage des blessures consacré à Shakespeare => article à venir :
de quoi Shakespeare est-il le nom ?
préparant sans préparer la soirée du 22 octobre, consacrée à Alain Cadéo, passé le 12 juin 2024, je pense à Pétrarque dont un portrait par Ernest Pignon-Ernest sera inauguré
regard vers la bibliothèque d'été de Corps Ça Vit
je tombe sur Le triomphe de la mort de Pétrarque, traduit et versifié sans doute pour la première fois à la française par Simon Bourgouyn, valet de chambre de Louis XII, fils du roi poète Charles d'Orléans, livre paru en 2001, dans la collection L'or des mots du Musée Pétrarque-René Char de Fontaine du Vaucluse
le chapitre 2 de ce poème nourrira sans doute ma prochaine plongée-envolée onirique
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« — Reconnais celle qui détourna tes pas des sentiers vulgaires, dès que ton cœur gentil se fut aperçu d’elle. — »
Puis, pensive, d’un air humble et sage, elle s’assit et me fît asseoir sur une rive qu’ombrageaient un beau laurier et un hêtre.
« — Comment ne reconnaîtrais-je pas mon âme, ma Déesse ? — » répondis-je comme un homme qui parle et pleure. « — Mais dis-moi, je te prie, si tu es morte ou vivante. — »
« — Moi je suis vivante, et toi tu es mort encore — dit-elle — et tu le seras jusqu’à ce que ta dernière heure vienne t’arracher à la terre.
« Mais le temps est court et notre désir est long. Donc, je te préviens que tu aies à restreindre et à refréner tes paroles avant que le jour, qui est déjà proche, ne se lève. — »
Et moi : « — Au terme de cette autre sirène qu’on nomme la vie, dis-moi, toi qui le sais pour l’avoir éprouvé, si mourir est une grande souffrance. — »
Elle répondit : « — Pendant que tu vas à la remorque du vulgaire et de son opinion aveugle et cruelle, tu ne peux jamais être heureux.
« La mort est la fin d’une prison obscure pour les âmes gentilles ; pour les autres qui ont placé tout leur succès dans la fange, c’est une souffrance.
« Et maintenant ma mort qui te rend si triste, te réjouirait si tu sentais la millième partie de ma joie. — »
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article trouvé aujourd'hui, daté du 3 septembre
La nouvelle science de la mort : « Il se passe quelque chose dans le cerveau qui n'a aucun sens »
La mort, un phénomène mystérieux qui fascine depuis des millénaires. Récemment, des découvertes surprenantes ont révélé une activité cérébrale inattendue dans les derniers instants de la vie. Ces recherches ouvrent de nouvelles perspectives sur la conscience et remettent en question notre compréhension du processus de la mort. Une révolution scientifique est-elle en marche ?

 

Pierre Abbrugiatti d’Ostra

il y a une logique dans mes lectures et mes rangements
à côté du Triomphe de la mort, avec 10 peintures sur papier de Sandra Martagex (voir sa page FB), La Divine légende de Pierre Abbrugiati d'Ostra et La légende païenne en 3 tomes, préfacées par Perle Abbrugiati, professeur à l'université de Provence et éditrice de certains textes de Giacomo Léopardi, dont j'ai trois textes en rayon
livres introuvables en librairie, édités par leurs soins vers 1985
c'est Raymond Abbrugiati (son fils ?) qui me les avait transmis, hélas décédé trop jeune
ils attendaient ma visite depuis 20 ans
le tome 3 fait 72 pages

J’ai lu : le paradigme métaphysique repose sur la dualité-complémentarité Platon-Nietzsche: le paradigme historique repose sur la théorie du grand boum initial à partir du vide et sur la théorie de l’évolution; beaucoup d’humour, variété des registres langagiers; maîtrise de la versification, de la prosodie…; la figure de Prométhée; des références comme Dante, Pétrarque, Hugo, Lamartine…
Comment se fait-il que ça ne soit pas repéré ?

 

une des oeuvres de Pierre Abbrugiati d'Ostra

une des oeuvres de Pierre Abbrugiati d'Ostra

Arlette Segaud fut la secrétaire de Larry pendant 8 ans

Arlette Segaud fut la secrétaire de Larry pendant 8 ans

hier, 8 septembre, lecture de
Pour saluer Lawrence Durrell d'Arlette Ségaud (1996)
c'est un Larry au quotidien qui est décrit, impitoyable bourreau des coeurs
sa chronologie ci-dessous dit beaucoup

avec Lawrence Durrell, souvenir impérissable du Quatuor d'Alexandrie (1960)
Le Quintet d'Avignon attend depuis 1985
découverte du suicide de sa fille Sappho à 33 ans en 1983
un an après la mort de Lawrence Durrell, en 1990, le magazine littéraire Granta a publié des extraits du journal de Sappho où elle laissait entendre qu’il y a eu une relation incestueuse entre elle et son père. Il est difficile de savoir si oui ou non ce qu’elle décrit s’est réellement passé
j'ai été confirmé dans l'attitude du non-jugement et du non-agir
tout prendre, tout accepter; c'est particulièrement difficile souvent; il y a un vrai travail sur ses affects, sur ses valeurs à faire
"Toute chose n’est pas plus ainsi que non ainsi ou que ni l'un ni l'autre", formule de Pyrrhon qui a fondé une partie de la métaphysique de Marcel Conche
Agis ou non-agis sans fondement, et sans possibilité ni volonté de fonder.

 

Lecture de La route de Cormac McCarthy

Temps post-apocalyptique. Des survivants. Un père (l’homme), son fils (le garçon). 344 pages.

J’ai pensé à deux poèmes

Premiers pas


Je voudrais à nouveau m’initier aux premiers pas
réapprendre à marcher
pour me dérouler d’un pas sans traces
sur des chemins sans lendemains
Tu me tendras tes bras
n’est-ce pas Papa
pour avancer sans trop de peurs
sur ces bouts de pistes à risques
qui mûrissent en nous à notre insu
nos vies ne seront jamais assez grandes
pour contenir nos illuminations

En marche


Nous étions jeunes

Nous marchions vite

Nous nous laissions porter par la puissance de nos muscles
Leur énergie nous exaltait l’âme

Leur effort tendu et souple ne nous menait nulle part

Nos cœurs se gonflaient aux vents du large

Des ailes nous poussaient

 

La route / La fuite
La route / La fuite

La route / La fuite

Lecture de La fuite de Gao Xingjian (1990, 2° traduction, 2013)

L’ami Thierry Zalic me demande de lui donner envie de lire La fuite. Quand je fais une note de lecture, c’est d’abord et avant tout pour moi, pour faire le point sur là où j’en suis au moment où je lis. C’est-à-dire qu’une lecture est comme un moment dans un cheminement sans fin, elle participe et la note avec, à un cheminement existence-ciel. Donc la fuite se déroule dans un entrepôt désaffecté, proche de la Place où des tanks et des mitrailleuses sèment la mort.
On comprend que l’arrière-plan, c’est la Place Tien An’men. 1989, donc. Année qui voit aussi la chute du mur de Berlin et annonce celle de l’URSS et qui voit la fatwa de l’iranien Khomeini contre l’indo-pakistanais Salman Rushdie et Les versets sataniques.
La fuite entraînera la rupture totale de Gao, déjà en France, avec la Chine communiste.
La lecture de la fuite m’a demandé 2 H 15 pour 50 pages, 2 parties, 7-43, 44-57. Le spectacle que je n’ai pas vu, démoli par une critique des Trois coups, dure 1 H 15.
Beaucoup de didascalies, sur ce qu’on entend ou pas dehors, sur ce qu’ils font. Beaucoup d’indications sur les corps qui s’embrassent, s’enlacent, se dénudent, se repoussent tout en parlant, chacun de son point de vue, le jeune homme de la démocratie en marche, l’homme de la répression en cours, la jeune fille de son désir d’être actrice; se faisant, chacun livre beaucoup de lui-même, de son intimité (ses peurs, ses rêves, ses désirs), tout cela sur fond d’hystérie provoquée par la jeune fille et en arrière-fond, une barrière semble-t-il insurmontable entre hommes et femme.
Les personnages sont au bord de la crise de nerfs, à vif, instables, insaisissables. La situation dehors, c’est la mort physique. Dedans, c’est quoi qui se joue sur fond puissant de mort annoncée. On ne peut pas dire qu’ils veulent à tout prix survivre donc s’évader du lieu, dès le silence rétabli, l’aurore se pointant, en zigzaguant, chacun séparément, en direction de l’autoroute.
Ils sont, tout en étant dans tous leurs états, comme enlisés. Le passage à l’acte II indique que la petite flaque de l’acte I, devenue envahissante, fait de l’entrepôt un bourbier, les obligeant à monter sur des étagères.
Les mitrailleuses vont les exécuter à travers la porte fermée de l’entrepôt.
De 32 à 40, la jeune fille réussit à installer un « jeu » où chacun joue à son « jeu », sans doute par impossibilité d’un jeu commun ou de partage, déroule son rêve ou son cauchemar, pour la jeune fille, la montée vers des cimes enneigées, pures, glaciales, pour le jeune homme, la descente vers des bords de mer avec elle, pour  l’homme, un fleuve des morts.
J’ai trouvé beaucoup de similitudes avec les paysages réels et rêvés de La route comme si cela relevait d’un fonds archaïque dont Jung aurait entrepris l’inventaire et le fonctionnement.
Je suis resté sur ma faim, sans partager les jugements tranchants de la critique des Trois coups qui ne voit que personnages-caricatures et propos-lieux communs mais dans une situation extrême de mort annoncée, peut-être ne débitons-nous que des banalités, des lieux communs, devenons-nous communs, peut-être ces banalités et ces lieux communs sont-ils propres à tous, partagés par tous et chacun. Et alors, s’il y a malaise, en dénonçant le simplisme de la pièce et du jeu, la critique projette sur la pièce, sa propre peur d’être si « banale » dans une telle situation, comme si dans une telle situation de proximité de la mort, devait se dire, se révéler l’essence-ciel de notre vie, un peu à l’image de ce film à l’envers censé se dérouler juste avant le pas-sage comme façon de partir, de passer en règle, en vérité, illusions et mensonges enfin dévoilés.
Je dirais pour ma part être si « humain ».

Disons pour être plus précis que renonçant, parfois difficilement, à juger, adoptant une position pyrrhonienne, je me détourne complètement du champ politique comme de celui de l’histoire en train de se faire, de se défaire, de revenir en arrière, après y avoir consacré beaucoup de temps, d’énergie et d’argent.
Le monde ira où il ira comme il ira parce que c’est ainsi que ça devait aller, se dérouler.  Ne pas chercher à juger, à agir. Par contre empathie, compassion avec les victimes, les sacrifiés comme avec les bourreaux.
De même, les projets de la jeune fille ou du jeune homme comme le cynisme de l’homme ne me concernent plus. Mais je comprends que de tels projets (se marier, avoir des enfants…) correspondent à des âges de la vie, somme toute tracée, formatée, programmée par l’éducation, le milieu… Difficile d’être « original », « singulier »,« libre ».
L’existence-ciel me fait prendre pleinement conscience que Naissance est miracle et mystère,  Mort est mystère et miracle. Boucle spiralée nous incluant dans une histoire, une évolution commune, universelle où la Vie sur terre et dans les univers est possible dans la Joie.


Je me suis remémoré deux poèmes du temps où j’étais au bord de la crise de nerfs, lors d’un stage de théâtre où les corps étaient fortement sollicités et donc nos psychés. La mort physique n’était pas derrière la porte.

Ressenti / ressentiment
Si possible simplement je vais vous dire corps et décors de quelques jours ce que j’ai ressenti sans ressentiment stress et détresses cris et crispations défis et désirs oublis et souvenirs pressions et dépressions caresses et tendresses Mais attention peut-être que je me mens à vouloir mettre à mots nos vies peut-être que je vous mens sous la trop dure pression de la sensation de l’émotion
Au départ un hasard une impulsion une décision en toute ignorance de causes et d’effets J’ai sauté de ma vie qui se mettait en vacances et dans l’intense j’ai sauté Était-ce pour devenir dense ? Je suis entré dans la danse je me suis masqué vous m’avez démasqué je t’ai frôlée tu m’as enrôlé je me suis défoncé tu m’as dénoncé je t’ai impliquée tu t’es appliquée je me suis assumé vous m’avez assommé je me suis déconstruit reconstruit sous les projecteurs brûlants
accablants de vos regards j’en devenais hagard tenté de reprendre le chemin de la gare j’ai résisté je suis resté vous ne m’avez pas ménagé je me suis dépensé tu m’as pansé ça a jailli ça n’est pas venu ça a fusé ça s’est arrêté j’ai voulu te le dire tu ne me l’as pas dit cela nous a bien fait rire nous nous sommes pris la main
Au petit matin nous nous sommes égaré

Deuil / clin d’œil
Nous nous sommes séparés sans avoir réussi à nous apprivoiser Ce que je n’ai pu te dire ce qui aurait dû se dire – mais j’étais paralysé la peur d’être ridiculisé – je te le dis ici sur ce papier pour ne l’avoir pas dit sur le fait Je n’ai pas aimé ton arrivée Pour l’agressivité j’étais prêt Tu me dérangeais Nous nous sommes rencontrés J’étais noué J’ai aimé ta façon de me dénouer Je me suis parlé mis à mots tu t’en es servie pour te jouer de moi À ce jeu tu as vite gagné la partie Je ne savais pas que la moquerie est l’arme de la profonde incursion dans le territoire de l’autre Je me suis dit : Elle n’est pas ce qu’elle paraît cela est attesté par sa voix car j’ai aimé ta voix telle qu’elle est encore sauvage mais de ce stage tu attendais de la dévoyer comme tu l’as fait de ton corps que tu as pris à bras le corps pour en faire ce corps de danse qui prend feu dans tes solos
Alors je me suis dit : Fais une profonde incursion dans son territoire
ce vendredi dis-lui j’aimerais masser ton dos pour parfaire notre duo mais j’avais peur que tu m’envoies paître de ta voix non domestiquée encore que tu nous faisais entendre la nuit à ton insu du creux de tes draps de lit où j’aurais tant voulu faire des folies dans un touchant corps à corps

Sur le plancher par deux fois je me suis approché

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la mort n'existe pas Stéphane Allix

10 Août 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #développement personnel, #essais, #pour toujours, #voyages, #vraie vie, #épitaphier, #éveil

la mort n'existe pas Stéphane Allix

La mort n’existe pas
Stéphane Allix
Harper Collins, octobre 2023

Stéphane Allix, journaliste de terrain sur zones de guerre ou de trafic de drogue (Afghanistan), voit sa vie, bouleversée, quand en avril 2001, son frère Thomas se tue dans un accident sous ses yeux en Afghanistan. Il a alors 32 ans.
Dans cette enquête sur l’après-mort qui a duré 15 ans et qui est aussi un récit personnel, il s’adresse très souvent à sa fille, Luna, car il se souvient du regard de la petite fille de 3 ans et demi au moment des obsèques. La mort venait de pénétrer dans leurs vies, incompréhensible pour elle, inacceptable pour lui, se sentant coupable d’avoir entrainé ses deux frères dont Thomas dans de telles contrées. Stéphane Allix décida de se coltiner avec les « expériences extraordinaires », à la fois comme journaliste exigeant allant à la rencontre des chercheurs dans ces domaines et comme sujet d’expériences « extrêmes-extraordinaires » (EMI, sorties de corps, lucidité terminale, clairvoyance, médiumnité, VSCD, vision à distance, 5 expériences chamaniques en Amazonie, 9 expériences sous contrôle de voyages sous LSD, création de l’INREES, institut de recherche sur les expériences extraordinaires).
Le récit de ses rencontres avec des scientifiques et le récit de ses expériences sont documentés, sourcés.
On mesure en quoi le monde de la science est polémique, lieu d’affrontements dogmatiques, voire idéologiques.
Par contre, les accompagnants chamanes d’Amazonie comme les thérapeutes accompagnant les voyages psychédéliques sont à la fois compétents et bienveillants.
Ces 370 pages de ce livre au titre coup de poing, en 42 chapitres et un épilogue, se lisent sans difficulté, sont même passionnantes. Elles provoqueront selon les lecteurs et lectrices, des réactions diverses, allant du rejet à des remises en question, voire des cheminements personnels induits par tel ou tel sujet abordé par le journaliste expérimentateur.
Je vais donc évoquer mes réactions de lecteur.
J’avais déjà entendu parler d’EMI par celui qui m’a « initié », mon kiné, moitié mon âge, mais ayant fait une sortie de corps pendant une EMI, s’étant formé à la pratique du qi jong dans un monastère taoïste en Chine, ayant pratiqué le chamanisme et l’ayahuasca en Amazonie… Jean-Yves Leloup a aussi raconté son EMI à Constantinople, son cheminement spirituel avec l’ermite aboyeur du Mont Athos. J’avais découvert l’enseignement et les exercices sur le sentir de Luis Ansa, retranscrits par Robert Eymeri.
Mais disons-le : je ne suis nullement adepte d’expériences « extrêmes » recherchées. Je suis du genre à cheminer lentement, sur place, en ronds légèrement spiralés, petit périmètre, habitudes et rituels quotidiens dont méditation, respir en cohérence cardiaque, gratitude, point sur la journée, voire sur les rêves de la nuit
(cette nuit, du 8 au 9 août, j’ai vécu un grand moment avec Le Clézio en Xavier Dupont de je ne sais quel objet qu’il faisait tournoyer avec dextérité au bout de son bras et moi, en Diogène rieur bouffant à tous les râteliers)…
Donc, quand Stéphane Allix en fin de voyages extraordinaires évoque les bienfaits de la méditation, de cette pratique quotidienne d’apaisement du mental, je me suis dit : merci cher enseignant, praticien récent de méditation par visualisation, ce qui n’est pas mon cas.
Je dirai donc maintenant ce qui m’a le plus accroché.
Lui, Stéphane Allix, était dans la peur de la mort, le refus de la mort de Thomas puis dans celui du père, 11 ans après. Il voulait les retrouver, les rencontrer, savoir comment ça se passe après, comme ils se sentaient…
Moi, depuis que des pas-sages me tombent dessus, je suis dans l’acceptation. Si ça a lieu c’est que (c’est possible), entre parenthèses (tu ne peux rien y changer) donc dire ça va. Titre du dernier spectacle de Cyril, disparu dans un accident à Cuba en 2001, cinq mois après la disparition de Thomas Allix.
Aujourd’hui, je pense que ce qui nous arrive, n’arrive jamais par hasard mais comme épreuve, comme miroir tendu pour y lire qui nous sommes à ce moment et nous inciter à sortir de l’impasse, de la répétition de l’échec, à transformer la souffrance en joie ou l’obstacle en planche à salut ou le ressentiment en remerciement…
La formule « Heureusement qu’on meurt ! » de l’ami Marcel Conche qui a beaucoup réfléchi et écrit sur la mort, me paraissait provocatrice à bon escient. Elle prenait le contre-pied de la pensée dominante, du focus sur la douleur des survivants pour faire focus sur le pas-sage.
J’ai tenté d’entrer en contact avec Cyril et Michel. Par l’intermédiaire d’une médium d'Antibes, j’ai reçu un message dit de l’au-delà.
J’ai fait une séance de trans-communication hypnotique avec le docteur Charbonnier à Blagnac, expérience concluante à mon avis mais que je n’ai pas renouvelée. Je n’ai pas le besoin de rencontrer « mes » disparus. Je sais qu’ils « voyagent ». Nous leur avons toujours  souhaité bon voyage, nous leur avons dit ce que nous  estimions devoir leur dire et en particulier qu’ils pouvaient partir tranquilles, que nous saurions « gérer » nos vies.
J’ai également fait deux séances de recherche d’entités qui me semblent avoir été aussi concluantes, dans le cadre de ce qu’on appelle recherches paranormales (protocoles très élaborés). Une vidéo est disponible dans un espace privé sur FB : cabinet de recherches et d'études des phénomènes paranormaux, animé par Viviane Lombardo.
En fait, par ce que j’appelle travail d’épitaphier, je tente de fabriquer la légende des disparus (tout récit est légende), pour que nous ayons un récit de leur vie, de leur cheminement, de leurs réalisations.
Fait pour Cyril, pour Michel.
Fait pour mon père, ma mère.
Pour Annie.
En cours pour Vitya.
Hors famille,

l'hommage pluriel à Marcel Conche, décédé le 27 février 2022,

l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Jean-Loup Fontaine,

l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Lucien Forno.
En cours, livre-hommage à Alain Cadéo.
À venir roman posthume de Frank Cassenti.
Notre fille Katia me semble engagé dans un travail artistique au long cours du genre épitaphier, depuis le départ de Cyril et Michel, en septembre 2001, avec ses spectacles Mon pays c'est la vie 2004, Rien ne sera plus jamais comme avant 2007, On ira voir la mer 2010, Nous serons vieux aussi 2012, En attendant je pleure, Et puis après, j’ai souri.
Moi, c’est avec le départ d’Annie en novembre 2010 que j’ai réellement été mis en mouvement, à partir de ses deux questions : « je sais que je vais passer, où vais-je passer ? » « Il y a un morceau de S. Qui se balade dans mon corps. »
Ce qui me semble important maintenant, c’est quelle est notre responsabilité vis à vis des disparus ?
Élémentaire mon cher Watson.
Demander pardon pour le mal fait aux disparus (trop de violences sexuelles, secrets de famille). Remercier pour avoir su aussi leur faire du bien, les avoir aimés, même mal.
Remercier les disparus pour l’amour dispensé. Pardonner pour le mal qu’ils ont pu nous faire (trop de violences sexuelles ; Stéphane Allix à l’occasion d’un de ses voyages sous LSD fait remonter les viols dont il a été victime enfant et dont il n’avait aucun souvenir, amnésie traumatique. Nos âmes oubliées, Stéphane Allix, 2021; même amnésie traumatique d’un inceste d’origine maternel chez un ami).
Pas évident mon cher Sherlock.
Quelle est la responsabilité des disparus vis à vis de ceux qui sont encore incarnés ?
Faire entendre la « voix qui ne parle pas » de l’âme éternelle.
Pour l’entendre, travailler l’intuition qui était l’outil préconisé par Descartes (avec le doute) et par Bergson. Le livre d’Alexis Champion Développez votre intuition (2018) sera sans doute sous le buisson de Noël 2024
« Heureusement qu’on meurt ! » a dit Marcel Conche.
Comment je comprends aujourd’hui cette formule ?
J’emploie deux mots pour saisir un peu, début et fin de vie.
Naître comme miracle et mystère. Mourir comme mystère et miracle.
Ce dont Stéphane Allix s’est convaincu par 15 années d’enquêtes scientifiques et d’expériences personnelles, c’est que mourir, c’est
quitter le monde du mental, de l’ego, qui se vit sur le mode survie, le mode adaptation, le mode par défaut, médiation piégée par le langage, répétition de schèmes et schémas archaïques, inconscients, d’où le réductionnisme des neurosciences, incapables de « penser » les anomalies
passer dans le monde de la conscience non locale, sans espace ni temps, sans séparations, individuations, conscience éternelle, vivant simultanément des vies différentes (des films différents);  la conscience non locale, l’âme, est communication sans médiation, immédiate, intuitive avec tout ce qui existe d’où chez les Grecs, l’importance des mystères d’Eleusis auxquels Socrate, Platon, Plutarque ont été initiés. (Le secret de Socrate pour changer la vie, François Roustang, 2011, Les cultes à mystères dans l’antiquité, Walter Burckert, 2003)

Ce pas-sage est à accompagner par ceux qui restent parce qu’abandonner l’illusion que constitue notre corps, notre personnalité ne s’effectue pas dès l’instant du pas-sage comme si on gommait ce qu’on a cru être mais à quoi on reste très attaché.
«  Quand le cerveau s’arrête, on se réveille. »
« Heureusement qu’on meurt ! »
Pendant toute la vie, le cerveau ressasse, c’est le tourniquet mental.
La conscience n’est pas réductible à l’activité cérébrale.
Mourir, c’est se réveiller à la conscience du continuum que constitue la Vie et de la puissance créatrice qui l’anime, l’Amour.
Pour rappel, cette phrase de Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie,  (Éditions Mesures, 2023) consacré à Maximilian Volochine, l’initié : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Exprimée à ma façon :
Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.
Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. La mort n’existe pas.

À Corps Ça Vit, le 9 août 2024

 

heureusement qu'on meurt ! Marcel Conche
heureusement qu'on meurt ! Marcel Conche

heureusement qu'on meurt ! Marcel Conche

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Les cellules buissonnières Lise Barnéoud

5 Août 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #agoras, #développement personnel, #essais, #vraie vie, #vide quantique, #éveil

de livre en livre, de phrases en phrases même, bonds et rebonds pour fabriquer, affiner son discours personnel créant son réel
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Les cellules buissonnières
Lise Barnéoud
PP, juillet 2023

J’avais découvert le microchimérisme foetal-maternel, un peu par hasard, m’interrogeant sur une remarque faite par l’épousée lors de son entrée à l’hôpital, le 29 octobre 2010, vers 21 H, pendant ce qui s’est révélé être son testament oral. « il faut que je te dise : il y a un morceau de Sylvain qui se balade quelque part dans mon corps. »
Il y avait d’abord eu : « je sais que je vais passer. Où vais-je passer ? »
Cette question m’a mise en mouvement et m’agit encore 14 ans après puisqu’on tombe sur cette évidence que le passé passe mais ne s’efface pas. Où passe donc le passé qui ne s’efface pas ? Ce que j’ai désigné par notre livre d’éternité et la bibliothèque de nos livres d’éternité.
Ce n’est que vers 2021 que je me suis coltiné progressivement au morceau de Sylvain. J’avais répondu en lacanien faisant son lacon : si tu entends, « Sylvain », il ne devait pas venir.
Et ce fut K. Jusqu’à ce que M. me dise : mais ils étaient peut-être deux, votre femme portait peut-être des jumeaux.
De voir surgir autre chose que son désir d’avoir un garçon, de voir surgir un jumeau possible, ce fut bouleversant.
Questions : qu’est devenu ce jumeau ? Évanescent ? Évacué par fausse couche sans s’en rendre compte ? Fusionné avec K. ? Bouffé, étranglé par K. ?
J’ai été tenté d’écrire une légende des jumeaux puis j’ai compris que c’était charger la valise déjà très chargée de K. J’y ai donc renoncé mais le sujet m’avait happé.
Sous le sapin de Noël 2023, R. piocha un livre dont une amie I. m’avait signalé la sortie : Les cellules buissonnières via un article de Libération (intégralement reproduit plus bas). J’avais déjà écouté la série scientifique en une dizaine d’épisodes in utero peut-être sur France-Inter et trouvé un article documenté sur le microchimérisme.
Je m’étais servi de ce nouveau domaine de recherche pour contester un spectacle  vu à Toulon, texte de Catherine Verlaguet, Le processus, sur une adolescente qui finit par décider d’avorter, d’interrompre le processus, un jour avant que l’embryon ne soit vivant, viable, 10 semaines je crois.
La lecture du livre très bien documenté de Lise Barnéoud m’a passionné et interpellé.

 

Passionné


parce qu’on fait le tour d’un domaine de recherche vraiment très récent, ne dégageant des fonds de recherche qu’après de dures batailles contre des dogmes « scientifiques », l’ADN comme signature spécifique à chacun, le placenta comme barrière-frontière infranchissable, le système immunitaire comme défense d’un « moi » contre tout ce qui lui est étranger…
parce qu’une fois levés les bâtons mis dans les roues par les pontes masculins de la génétique, les chercheurs de ce nouveau domaine se divisent en intuitifs de génie comme le précurseur, Georg Schmor (1893), ou comme Thomas Starlz (1972) et en contre-intuitifs travaillant d’abord sur ce qui serait négatif, hostile dans les phénomènes observés comme Diana Bianchi ou Lee Nelson, avant qu’elles n’acceptent de revoir leur préjugé.
Je vous laisse découvrir les perspectives ouvertes par ce qui porte le nom de chimére. Le mot chimère renvoie à 4 significations. Dans sa signification médicale, le mot chimère a été employé pour la 1° fois dans un article A human blood-Group Chimera du docteur Robert Race, publié par The British Médical en juillet 1953. Parce qu’avec ce mot, « ça faisait un bon titre a t-il raconté et parce que ça reflétait bien ce qu’il y avait d’incongru dans la juxtaposition chimérique », en l’occurrence pour Mme Mc K., jeune femme de 28 ans, pourvue d’ « un quota suffisant de courbes et de bosses pour attirer et épouser un conjoint » d’avoir un sang du groupe O et du groupe A en même temps. (P.65)

 

Interpellé

parce que Lisa Barnéoud est amené à dire « nous avons tendance à rechercher dans la science des justifications de nos visions du monde « p.162, « les discours de la science servent souvent à renforcer les stéréotypes sociaux et culturels dominants, les faisant apparaître naturels » p.164. Voilà qui conforte une conviction que j’ai acquise, il y a quelque temps quand j’ai posé que le réel, ce que j’appelle le réel est fabriqué par le discours que je tiens.
Discours noir, réel noir. Discours rose, réel rose.
Tu veux changer le réel, change tes mots.
Mais comme ça semble vraiment gonflé de poser cette puissance créatrice des mots de notre discours, on va chercher dans la science des justifications, des « preuves ». La physique quantique et la cosmologie sont particulièrement sollicitées par tous les éveillés, les woke.
Ayant constaté cela, sachant d’autre part que la recherche scientifique, surtout concernant le vivant, c’est dans l’objectif d’agir, plus que de connaître, d’agir, y compris en méconnaissance des effets primaires, secondaires et pervers des greffes, des vaccins (à ARN messager, les deux Nobel de cette technique me semblent des apprentis-sorciers), des transfusions sanguines (affaire du sang contaminé), des fausses couches, des avortements, des césariennes, des fécondations in vitro, des tests prénataux (marché estimé à 3-4 milliards de dollars en 2020), des médicaments (thalidomide, médiator), des amniocentèses… d’où les dépôts de brevets de ces chercheurs micro-chimériques (on voit les labos derrière et devant, devant parce que les chercheurs visent à les intéresser, derrière dès que c’est intéressant financièrement),

j’ai fini par poser que la science est idéologique comme toute construction humaine, que je n’ai pas à en attendre des « preuves », que j’ai à m’en méfier, voire à la combattre (l’I.A sans doute, la vaccination Covid 19), que je dois faire choix du discours que je veux tenir, discours ultra-minoritaire  puisque singulier.


C’est ainsi que j’ai renoncé à des constructions-conceptions encore très dominantes aujourd’hui : la mort comme anéantissement, le déterminisme, le darwinisme, le matérialisme, le marxisme, l’athéisme, la lutte des classes, la démocratie représentative comme modèle, la culture comme facteur d'émancipation, l’art comme création-fabrication du nouveau…
J’ai trouvé dans le livre de Lise Barnéoud, des pistes allant dans le sens de ce que je pose aujourd’hui comme réel.
Mais le microchimérisme accède à l’éternité par le biais des cellules  d’origine foetale, des cellules d’origine maternelle, dont certaines sont des cellules-souches, cellules buissonnières, nomades, trans-frontalières, engendrant des générations de nouvelles cellules,

brouillant la notion d’hérédité parents-enfants, puisqu’une hérédité à l’envers s’observe, les femmes pouvant hériter des gènes de leur progéniture, que même une hérédité horizontale existe avec les 10 à 30% de grossesses uniques démarrant pourtant avec deux embryons, dont un évanescent, fantôme ou deux fusionnant,

brouillant la distinction entre le soi et le non-soi puisque

avec le microbiote, notre 2° cerveau, nous savons maintenant que nous sommes colonisés par des milliards de bactéries, mille fois plus vieilles que nous,

avec l’épigénétique, nous savons que l’environnement (lieu de vie, climat, cadre, conditions d’existence), l’hygiène de vie (habitudes, activités physiques et créatrices), la méditation sont décisifs pour le ralentissement du vieillissement et que le microchimérisme révèle que nous sommes des assemblages hétéroclites, des holobiontes…

Aujourd’hui je n’ai pas besoin de ces « preuves » pour choisir « mon » discours.
Mais ce livre se révèle être un moment d’un cheminement comme si de livre en livre, de bonds en rebonds, s’affinait mon discours.
Le maillon Maximilian Volochine est important : Max, le poète, avait proposé entre 1911 et 1917, à Marina Tsvétaïéva d’écrire  comme Marina mais aussi pour ses poèmes russes par un homme inventé, nommé Pétoukhov, qu’elle finirait par haïr et, pour ses poèmes romantiques par des jumeaux inventés, une femme et un homme, les Krioukov.
Proposition inouïe qui va bien au-delà de l’utilisation d’hétéronymes. S’inventer des jumeaux…
Marina, par orgueil, voulant signer Tsvétaïéva, tout ce qu’elle écrivait, refusa cette proposition.
Aveu de 1932 :
« C’est vrai que Pétoukhov aurait été un bon poète. Quant aux jumeaux, je les pleure jusqu’à ce jour. »

Je pense que la phrase de Marina Tsvétaïéva dans son récit De vie à vie, consacré à Maximilian Volochine, « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. » est particulièrement éblouissante, ouvre le champ des possibles.

Exprimée à ma façon : Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.


Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. Même plus besoin de passer par les nombres univers comme j’y ai été amené à un certain moment pour éviter l’usage de la physique quantique et des poussières d’étoiles de Carl Sagan et Hubert Reeves.

Ma métamorphose remonte à 2020. Du naturalisme métaphysique de Marcel Conche à un cheminement d’attention au miracle mystère de la naissance et au mystère miracle de la mort.
Exit, le recours aux explications scientifiques, aux constructions et déconstructions idéologiques. C’est la guerre sans fin des récits.
Je n’ai plus aucun intérêt pour le cirque politique, le cirque médiatique, le cirque sportif, le cirque olympique, j’en ai assez des bruits du monde. Je ne réclamerai jamais la censure de qui que ce soit, de quelque débat que ce soit. Mais je n’ai plus envie de dépenser de l’énergie à tenter de construire une vérité même complexe sur ce qui se produit dans le monde et n’ai nulle envie d’user de mon imagination pour, par des romans, tenter de cerner des personnages publics, célèbres, riches, menteurs, voyous, cyniques…
J’en suis à me demander avec plein de doutes, d‘hésitations quels mots, quels verbes plutôt, vais-je employer pour vivre la Vie dans l’émerveillement, l’enthousiasme, la joie, la gratitude, l’empathie, la compassion. Selon l’inouïe proposition de Jésus « aimez vos ennemis comme vous-mêmes »
En tentant les verbes, ça pourrait donner s’émerveiller des détails de la vie, s’enthousiasmer des imprévus et surprises offerts par la vie, joier-jouir de jour comme de nuit, en veilleur ou-et dormeur, de tous les incidents, accidents, instants, moments, éclats visuels, auditifs, gustatifs, olfactifs, tactiles, de tous les échanges par inspir-expir…


Il est des livres qui bouleversent notre vision du monde.

par Olivier Monod

publié le 11 octobre 2023 à 16h23 dans Libération


Dans les Cellules buissonnières (Premier Parallèle, 2023), la journaliste scientifique Lise Barnéoud relate des cas scientifiques extrêmes qui nous permettent de mieux comprendre la composition de nos propres corps. Comme celui de l’Américaine Karen Keegan, mère de trois enfants, qui s’est vu dire par les médecins : «Deux de vos fils ne correspondent pas à votre ADN.» Une découverte fortuite alors que ceux-ci passaient des examens de compatibilité avec leur mère en vue de lui donner un rein. Idem pour Lydia Fairchild, dont les tests de maternité nécessaires à l’obtention d’une aide sociale aux Etats-Unis révèlent que, d’un point de vue génétique, elle n’est pas la mère de ses deux enfants.
Le livre de Lise Barnéoud est une plongée dans ces résultats scientifiques des plus troublants connus sous le nom de «microchimérisme». Comme la créature mythologique mi-chèvre mi-lion à queue de serpent, beaucoup d’entre nous (tous ?) sont constitués de plusieurs populations de cellules ne contenant pas le même génome. «L’équation maintes fois apprise "1 individu = 1 génome" ne couvre pas toutes les réalités», déconstruit la journaliste scientifique. Mais d’où proviennent ces cellules autres ? Une première piste nécessite de décortiquer les mécanismes de la grossesse et de se pencher sur la notion de «jumeau évanescent».


LA «REINE DES PREUVES»
Tous les embryons ne vont pas au bout de leur développement. Quand une grossesse commence avec deux fœtus mais qu’un seul arrive à son terme, on appelle l’autre un «jumeau évanescent». Ce cas toucherait 10 % à 30 % des naissances uniques. Une trace de ce frère ou de cette sœur jamais né(e) peut perdurer dans le corps de son jumeau avec lequel il a partagé quelques jours le même utérus. Ses cellules ont pu s’insérer dans l’être en formation à côté de lui, allant jusqu’à devenir des constituantes à part entière de certains de ses organes. Dans le cas de Karen Keegan, les médecins pensent même que les deux fœtus ont fusionné. Concrètement, certains de ses ovules contiennent les informations génétiques de Karen et d’autres celles de sa sœur qui n’est jamais née. Cette affaire donne son sous-titre au livre de Lise Barnéoud : L’enfant dont la mère n’était pas née et autres folles histoires du microchimérisme. Le cas de Karen Keegan, décrit dans un article scientifique, a sauvé Lydia Fairchild face à l’administration américaine. En découvrant cette folle histoire, l’avocat de cette dernière lui propose de faire un frottis du col de l’utérus. Bingo, certaines cellules récoltées sont compatibles avec l’ADN de ses enfants. Lydia a bien porté ses enfants, même si elle est génétiquement leur tante. De quoi se faire des nœuds à l’arbre généalogique.
Le microchimérisme n’a pas que des conséquences sur la parentalité. Dans les affaires criminelles, il peut également remettre en cause la «reine des preuves», à savoir l’ADN. Lise Barnéoud raconte ainsi comment, en 2004, la police scientifique de l’Alaska identifie le sperme présent sur une scène de crime comme étant celui d’un individu déjà en prison. L’homme avait des cellules séminales identiques à celles de son frère. Pas de jumeau évanescent dans ce cas précis : le mécanisme de transmission est une greffe de moelle osseuse entre les frangins. La littérature scientifique fleurit de cas similaires où les cellules du donneur sortent de l’organe greffé pour se balader dans le corps du receveur et parfois s’insérer dans d’autres organes sans en altérer le fonctionnement. «Je est un autre», écrivait Rimbaud.
Le microchimérisme bouleverse également les croyances scientifiques. Le dogme dominant pour expliquer le fonctionnement du système immunitaire repose sur la capacité des défenses du corps à distinguer le soi - les cellules du corps qu’il ne faut pas tuer - du non-soi - les cellules étrangères à dézinguer. Cette théorie avait, certes, déjà été fragilisée par la découverte du microbiote, cette flopée de bactéries qui vivent sur la peau ou dans les intestins, essentielles au bon fonctionnement du corps humain. Mais voilà qu’on découvre aussi que certaines parties de notre corps peuvent être constituées de deux populations cellulaires génétiquement distinctes. L’immunité de l’organisme est donc une relation de coopération entre nos cellules, celles dites microchimériques et les micro-organismes.


À TRAVERS LE PLACENTA
La principale source de microchimérisme reste la grossesse. En témoigne la première référence au microchimérisme trouvée par Lise Barnéoud, qui remonte à 1893, quand un médecin allemand trouve des cellules du placenta dans les poumons de femmes mortes en couches. Mais la grossesse est encore insuffisamment explorée par la science moderne. «Quand je voyais écrit, il y a quelques années, dans les manuels de biologie de ma fille, que le placenta ne laissait pas passer les cellules, je n’en revenais pas»,se désole Nathalie Lambert, chercheuse à l’Inserm et spécialiste du microchimérisme, invitée à la présentation du livre à Paris le 21 septembre. Car les échanges entre un fœtus et sa mère vont bien au-delà de quelques nutriments, de l’oxygène et des défenses immunitaires. Le placenta laisse aussi passer des cellules. Ce transit à travers le placenta est même probablement l’une des conditions de réussite de la grossesse. En effet, les cellules de l’embryon se rendent en priorité dans le thymus de la femme enceinte pour inciter le système immunitaire à accepter la présence du fœtus dans son organisme. «Elles s’assurent que l’embryon reçoive le gîte et le couvert», résume Lise Barnéoud.
Si les cellules passent dans un sens, elles peuvent donc passer dans l’autre. Ainsi, la mère donne à son fœtus ses propres cellules et, potentiellement, celles des embryons qu’elle a déjà portés, voire celles de sa propre mère qui peuvent encore être présentes dans son organisme. Dans une étude publiée en 2021 dans la revue The Lancet, Nathalie Lambert a découvert des cellules microchimériques de leur grand-mère dans le sang de cordon de cinq bébés sur 28.


LES CINQ GOMMETTES
Quand elle présente son livre à la presse, Lise Barnéoud propose à chacun de coller une gommette sur son épaule pour chaque voie de transmission prouvée de cellules microchimériques qui nous concerne. Une gommette pour sa mère, une pour sa grand-mère. Une gommette pour chaque grossesse de sa propre mère avant sa naissance. Une gommette si on a subi une transplantation solide ou une greffe de moëlle osseuse. Enfin, pour les femmes, une gommette pour chaque grossesse menée à terme ou non. On a fini avec cinq gommettes sur l’épaule. De quoi sérieusement revisiter le concept de sa propre identité.
Malgré l’importance conceptuelle de ce phénomène, il reste peu étudié avant les années 90. «Nous manquons encore beaucoup d’informations de base sur ces sujets. Comme nous avions du mal à démontrer une application possible, nous n’avions pas suffisamment de financement»,regrette J. Lee Nelson, chercheuse américaine retraitée de l’institut Fred-Hutchinson de Seattle, également là à la présentation du livre à Paris et grande spécialiste du sujet.
Néanmoins, les résultats récents étayent le rôle de ces cellules dans nos corps et relancent l’intérêt des financeurs. Alors, que font-elles, ces cellules porteuses d’un ADN différent mais qui nous constituent ? Est-il dangereux d’être «multi-génétique» ? C’est que ces cellules peuvent se retrouver dans n’importe quel organe.
Dans un article publié dans la revue PlosOneen 2012, J. Lee Nelson trouvait des neurones masculins (contenant des chromosomes XY) dans le cerveau de 37 femmes sur 59 autopsiées. Certains chercheurs pensent même qu’elles peuvent se transmettre par le sperme. «La chanson Can’t Get You Out of My Head [«je ne peux pas te sortir de ma tête», ndlr] n’a jamais semblé aussi juste», se marre aujourd’hui J. Lee Nelson. Les cellules microchimériques peuvent avoir un impact positif ou négatif en fonction des cas, comme souvent en biologie. Lise Barnéoud raconte ces femmes greffées d’un rein qui déclenchent un cancer des années après leur opération. Surprise, leurs cellules cancéreuses sont toutes mâles, donc issues de l’organe greffé. Le microchimérisme pourrait aussi jouer un rôle dans le développement de certaines maladies auto-immunes, dont les trois quarts des victimes sont des femmes, souvent de plus de 45 ans. Enfin, dans les cas de jumeaux évanescents de sexes différents, si des cellules mâles et femelles se côtoient dans le même appareil génital, cela peut donner lieu à des malformations. Comme cette petite Américaine opérée en 1962 et qui présentait du tissu ovarien d’un côté et du tissu testiculaire de l’autre…


LE CÔTÉ OBSCUR
Au début de ses recherches, dans les années 90, J. Lee Nelson a par ailleurs démontré qu’on avait plus de chances de trouver des cellules mâles dans le sang des femmes atteintes de sclérodermie, une maladie auto-immune, que dans le sang de femmes en bonne santé. Voilà pour le côté obscur. Car «ce n’est pas parce qu’on voit des pompiers à chaque fois qu’il y a un incendie, qu’il faut en conclure qu’ils causent l’incendie», temporise Lise Barnéoud.
J. Lee Nelson a d’ailleurs «toujours cru que les bons côtés l’emportaient sur les moins bons». Des études épidémiologiques laissent ainsi penser que les femmes qui ont des cellules mâles dans le sang ont moins de risques de développer certains cancers (sein, ovaires et cerveau). Elles auraient un effet protecteur, donc. De quoi pousser des scientifiques à plancher sur leur effet curatif éventuel. Selim Aractingi, chercheur à l’hôpital Cochin à Paris, obtient des résultats positifs en utilisant ces cellules pour guérir des plaies cutanées et même réparer les tissus après des accidents cérébraux chez la souris. Il espère pouvoir utiliser chez l’humain le potentiel thérapeutique de ces cellules attirées par les zones blessées et capables de s’insérer dans un organe tout en garantissant son fonctionnement. D’autres résultats tendent à prouver que les cellules microchimériques de la mère «éduquent» le système immunitaire de l’enfant. Dernier espoir évident : la possibilité d’augmenter la tolérance des greffes. Mais ce n’est pas pour toute de suite.
Lise Barnéoud Les cellules buissonnières Premier Parallèle, 208 pp., 19 €
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Pour résumer ma position aujourd’hui
Naissance = miracle et mystère
Mort = mystère et miracle
(miracle = heureusement qu'on meurt, dixit Marcel Conche)
Ces deux mots, selon moi, n'ont pas à être élucidés, conceptualisés (tentation humaine)
mais doivent induire des attitudes
Le savoir sert à confirmer l’impossibilité de savoir
mais sert aux pouvoirs


 

 

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Ombres de Chine / André Markowicz

30 Juillet 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #agoras, #développement personnel, #engagement, #histoire, #pour toujours, #poésie, #voyages, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

Ombres de Chine, le Tao traduit par Marcel Conche
Ombres de Chine, le Tao traduit par Marcel Conche

Ombres de Chine, le Tao traduit par Marcel Conche

Ombres de Chine
André Markowicz
Inculte, 2018

Ombres de Chine est une expérience poétique et de traduction unique en son genre. André Markowicz s’est lancé dans une entreprise aussi folle qu’ambitieuse : offrir au public quatre cents poèmes chinois de l’époque Tang (qui court entre les VIIe et IXe siècles) sans pour autant avoir connaissance de la langue chinoise.

« J’ai décidé de m’en approcher par le seul moyen que j’avais : non pas apprendre le chinois – ce qui m’aurait demandé vingt ans pour n’ajouter, dans le meilleur des cas, qu’une interprétation aux dizaines d’interprétations déjà existantes et dues, elles, à des érudits prodigieux – mais, à partir de toutes ces interprétations, des mots-à-mots les plus divers et des autres traductions, dans toutes les langues que je suis capable de lire (le russe, l’anglais, l’italien, l’espagnol en outre du français), d’essayer d’approcher ce continent flottant. Ce continent d’ombres, grandioses et fluctuantes qu’est, pour celui qui s’en approche comme moi, candidement, la poésie chinoise. »

« Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas la culture chinoise… » ainsi commence André Markowicz. Et plus loin : « le chinois de la période Tang (7°-9° siècle après J.-C.) ne distingue pas le singulier du pluriel, ne marque aucune modalité : infinitif, indicatif, subjonctif, conditionnel se fondent dans la même forme. Il ignore le pronom personnel ou l’utilise rarement. Il faut donc deviner si l’auteur dit - je suis allé - ou - elles iront -. Si le flou règne sur la personne, le lieu et le temps, il n’y a pas de communication possible, il y a juste des formes énigmatiques flottant dans la brume… Comment traduire les images, les allusions, les connotations innombrables ? Comment rendre compte de ces passages constants du mythe à l’Histoire et de l’Histoire au présent, un présent qui n’est lui-même qu’en tant qu’il est un retour à la fois provisoire et constant… »
Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas l’histoire de ce pays, un peu ses sages, Confucius, Lao Tseu (dont l’ami Marcel Conche a traduit et commenté le Tao, traduction et commentaires retraduits en chinois par des Chinois)
J’ai passé une semaine sur ces Ombres de Chine, 440 poèmes de 12 poètes de 4 périodes + le 441° poème, 640 pages.
Le travail d’André Markowicz me semble remarquable.
Les notices de présentation des 12 + 1 poètes sont des mises en alerte ou en orbite. Les notes, nécessaires, en bas de page, servent juste à situer dans le temps (historique, mythologique), dans l’espace (géographique, mythique), certaines expressions pouvant paraître anodines (lues en lecteur occidental ignare) mais allusives (lues en lettré chinois averti). Et comme, on retrouve les mêmes notes, pas nombreuses, un certain nombre de fois, on finit par se baigner dans deux mille ans d’Histoire, voler vers l’île des immortels…
Mes soirées, matinées, après-midi de lecture ont été studieuses (soulignées), denses, douloureuses.
Deux mille ans d’empires chinois, de dynasties impériales, de guerres aux frontières, de guerres civiles, de massacres, de cruautés sans nom et sans nombre, de corruption massive, de complots, d’assassinats, de suicides, d’empoisonnements, de révoltes, de bonnes gouvernances suivies de mauvais gouverneurs, de bureaucratie juste suivie de bureaucratie dysfonctionnelle…
Et de se dire : Ça continue, Chine de la révolution nationaliste, Chine des révolutions « communistes »
Et de se dire : Ça semble partout pareil, Russie des tsars, URSS de Staline, Russie de Poutine.
Iran du shah, Iran des ayatollahs
France des rois, France des empereurs, France des républiques, France des révolutions.

L’apogée et la ruine se succèdent
Au rythme du soleil et de la lune

Les changements ne laissent pas de trace
Qui peut savoir quand ils ont commencé ?
Vainement incertain mille ans plus tard
Tourné vers le passé un voyageur (Po Chü-I)

Mes nuits furent sous couleurs chinoises : bleu-vert (non distingués par le chinois de l’époque), jaune, rouge
Nuits méditatives : à quoi bon Confucius, Lao-Tseu si, si peu d’hommes et de femmes tentent la Voie ?
Nuits avec méditations sur les rêves

La division entre le corps et l’âme
Tient dans la double perception du temps :
Le temps précisément compté en selle
L’aventure sans borne dans le rêve.
Certes - les philosophes disent vrai
Une seconde - pour le rêve un siècle. (Po Chü-I)

Avec rêves rêvés
(j’ai eu le « même » rapport sexuel - rêve de rapport sexuel ? - avec l’impératrice Wu Zetian que celui de centaines d’autres obtenant audience et faveur; cette impératrice, je l’avais repérée à partir d’une gravure « érotique » il y a plusieurs années)

1- Tchouang-tseu fut-il un homme rêvant d’un papillon
Ou bien un papillon qui a rêvé d’un homme ? (Claude Roy)
2 - Dans son rêve Maître Zhuang s’est cru papillon (Yves Hervouet)
3 - Tchouang-tseu s’éveille à l’aube de son rêve
Il a pris l’illusion du papillon (André Markowicz)

Trois versions du « même » rêve de La cithare de brocart de Li Shang-Yin

Et de voir le « même » parcours que la plupart de ces 13 poètes, tous passant avec succès ou non, le concours du jinshi, pour devenir poète officiel, fonctionnaire, tous cherchant à se faire reconnaître, naviguant entre fidélité à soi et compromission, presque tous connaissant des revers de  fortune, disgrâces après honneurs, bannissement et exil, certains choisissant le retrait…

Dans ce monde la gloire et la disgrâce
Sortent du même sac à l’aveuglette. (Po Chü-I)

Autrement dit, faire au XX° siècle, en France, comme ces poètes d’il y a 1200 ans, en Chine, « choisir » des carrières assurant la sécurité au fonctionnaire et le loisir au poète.
Puis retraite venue - 1998 -, donc ayant vécu les âges de la vie

Jeune - arpenter les terres de Shu
Les cheveux gris - se tourner vers Chang An
Indigne serviteur du roi de Chu
Mangeant pour rien le riz du roi de Han (Lu Zhaolin),
 
entre beaucoup de conformisme et peu d’originalité, au XXI° siècle, aller paisiblement si possible vers l’effacement, même pas avec le souci d’une oeuvre, mais des flow d’écritures comme amers pour un chemin de vie

qui est comme sillages sur la mer (Machado)

traces d’oiseaux laissées dans le ciel vide (Po Chü-I)
Se rendre sourd aux bruits du monde parce que le monde ira là où il ira (ni pronostic ni diagnostic, ni catastrophisme ni utopisme, ni apocalypse ni miracle)

J’ai oublié complètement le monde
Le monde aussi m’oublie complètement
Si bien que les nouvelles qui m’arrivent
C’est comme si elles ne m’arrivaient plus (Po Chü-I)

S’essayer à assumer non-agir et non-jugement (ce qui demande vigilance permanente, accompagnement bienveillant de nos trébuchements)
Être sensible à ce qui s’offre en toute gratuité, sans pourquoi et qui est tout proche.

La poésie chinoise des montagnes et des paysages est très chargée en significations, présages, symboles. J’y suis peu sensible. Peu importe. Je fais d’autres usages des montagnes du Vallespir, de la route de Montferrer (finis les sentiers et pistes), des chênes, bouleaux, fleurs innombrables, papillons, oiseaux, hirondelles, libellules.
Émerveillé par une beauté (vue, entendue, sentie…) sans le sentiment de sa fuite dans la seconde qui suit.
Vie dans le présent, comme présent, le seul temps réel (passé, futur sont des fabrications de l’esprit), présence et présent (Kdo).
Être dans l’acceptation (est-ce différent de la soumission ?) de ce qui advient comme ça advient.
 
Ce que ne font pas les poètes chinois.
Ils sont dans une vision, une interprétation de ce qu’ils vivent, voient, cycles, impermanence, retour du même.
Ils sont dans une forme de lamentation,

Tous ils arrivent passent disparaissent
tous méritant une lamentation (Lu Zhaolin)

d’insatisfaction puisque tout meurt, tout passe et repasse.
La chanson du regret éternel (Po Chü-I)

Ils choisissent l’ivresse, la solitude, font preuve de compassion.

Devant on ne voit pas l’homme d’avant
Derrière on ne voit pas l’homme d’après
Pensant aux cycles infinis de l’univers
La solitude amère et les larmes qui coulent. (Chen Zu-Ang)

Poésie de Wang Wei, le bouddhiste séculier :
1- Lorsque la solitude est une joie
On entre dans la pure liberté
Chimère le désir de voir la ville
Une vie accomplie - le plein du vide.
2 - L’âme a toujours haï l’enfermement
L’immensité lave de toute angoisse
3 - Tu veux savoir comment combattre l’âge?
La seule voie est la non-renaissance.

Poésie de Li Po, le taoïste :
1- Pourquoi j’habite la Montagne Bleue ?
Sourire sans réponse coeur serein
Fleurs de pêchers que charrie la rivière
Un autre monde existe loin des hommes
2- Buvant seul sous la lune
3 - Les plantes n’ont aucune gratitude
Quand le vent printanier les fait fleurir
Les arbres n’ont aucun ressentiment
De se voir dépouillés au ciel d’automne

La croissance et la fin de toute chose
c’est simplement la loi de la nature
4 - Rien dans la vie de l’homme d’ici-bas
ne répondra jamais à ses attentes
Demain à l‘aube les cheveux au vent
Partir voguer dans la barque légère
5 -  Rude est la route du pays de Shu
plus que la route vers l’azur du ciel
On se tourne à demi
on regarde vers l’ouest et on s’exclame :


Poésie de Tu Fu, le confucianiste ou confucéen
1 - Chanson des charriots de guerre
2- Chanson de la frontière
3 - Il a compris l’ordre de l’existence
Et rougit d’avoir demandé de l’aide
Il n’a prouvé que son inaptitude
Il est prêt à rentrer dans la poussière
Mais vivre en ermite lui est impossible
Car il renoncerait à ce qu’il croit
Sa tristesse ne fond qu’avec le vin
Et les poèmes qu’il compose et chante.
4 - Sept chansons

De Han Yü
L’oisiveté c’est plus dur que la cour

Hélas je n’ai plus droit de jouir du vin
Mais je peux rire et offrir un poème

De Meng Jiao
Il n’est pas d’épée juste dans ce monde

Se suicider laisser les autres faire
On se demande ce qui vaut le mieux

Le 10° songe d’automne
Le Vieillard change du matin au soir

De Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.

Sage - bien sûr que non mais pas stupide.

De Li Ho
Suivre un sentier - oublier la grand-route
Pourquoi faut-il qu’on pleure sur du vent ?

Souvenez-vous que c’est devant un mur
Que Ch’u Yuan a écrit « Questions su ciel » !

De Li Shang-Yin
Aube - ajouter des lignes aux nuages
Froid - voir la neige au centre du poème.

les beaux jours n’obéir qu’à son désir
Est-ce donné à tous ceux qui écrivent ?
Dormant profond - et puis le cri des grues
Des cris stridents - le mien presque cigale.
J’écris dessus - les mots ne sont pas libres
La chose que j’obtiens est sans exemple

...

La ceinture n’a pas de sentiments
elle se serre ou elle se relâche

 

Et pour moi… la pratique joyeuse-douloureuse du merci.

Dimanche 28 juillet-Lundi 29 juillet, Corps Ça Vit, Vallespir
nuit du dimanche au lundi, pneus de 15 voitures crevés, poubelles incendiées au camping, flammes de 4 m de haut, pompiers intervenus à 3 H 15
toute la journée, gendarmes, enquête, plaintes déposées, dépanneuses gratuites pour les victimes. Va-t-on installer des caméras de surveillance ?
Ça casse une ambiance, surtout quand on voit la voiture de Seb, le président du comité des fêtes, très investi dans un renouveau du village, de ses terrasses sous broussailles et acacias.

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Essais Salman Rushdie

14 Juillet 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #engagement, #essais, #histoire, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture

l'idéologue / le romancier /
l'idéologue / le romancier /
l'idéologue / le romancier /
l'idéologue / le romancier /

l'idéologue / le romancier /

 … poursuivre

après …

… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,

Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde;
tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28  états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,
India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des millions de dieux, de déesses, avec des milliers de bras… Rushdie a évalué à la louche 330 millions de dieux et déesses hindous
Ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
La terre sous ses pieds, titre d’un roman de Rushdie.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate,  souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et tu le voyais aussi ou plutôt, tu te le fabriquais en le désignant tel (on a tous été formatés à juger, à désigner ce qui est bon, ce qui est mauvais) et cela ne t’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant aujourd’hui, sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui  voient le mauvais et réagissent. Et longtemps, tu as réagi à ce qui te paraissait mauvais. Tu as été un militant.
Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indien-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).
Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde. Prenant le contre-pied de l’hindouisme, la ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre Akhand Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort obligent à l’exil, nombre d’entre eux.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 :
Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
et Rushdie, essayiste est excellent,
     quand il s’en prend, caustique et hilarant, à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
     quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
     quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre ? qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre  « l’axe du mal », axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare;
mais  
simultanément aux récits sociaux et sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
1 - « La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ? »

2 - « Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper. »

Deux récits dont l’un, soi-disant scientifique, qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.

3 - « Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air. »

La boucle est bouclée. Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.
Et dans Trois femmes.

Mercredi 3 juillet, je suis invité à prendre l'apéro chez des enseignants d'université américaine qui viennent chaque été; discussion sur les USA aujourd’hui; elle, combat Trump, pour sa fille, le droit à l’avortement;
l’attentat n’a pas encore eu lieu
la lecture d'un article de Rushdie de 1985-1990 In God we trust ! me semble d'une justesse remarquable, un véritable tour du monde et dans l'histoire des relations entre politique et religions

13 juillet, fête à Corps Ça Vit, animation musicale assurée par un groupe du village dont le maire, violon, banjo, guitare acoustique, un adjoint au chant et guitare électrique, deux autres dont batteur; apéro-tapas; repas (sardinade ou grillade); dessert; feu d'artifice, bal; une centaine de personnes, très bonne ambiance, fluidité entre les différents moments;
je passe une bonne partie de la soirée à discuter avec un couple d'inconnus que j'ai branchés; lui et moi, aujourd'hui à des milliers de kilomètres, hier, possiblement proches;
lui de me dire : vous racontez ça parce que ça vous arrange;
bien sûr = phrase à interroger sous l'angle quel récit je veux pour vivre
à minuit, attentat contre Trump aux USA

14 juillet : fête nationale au monument aux morts puis apéro municipal; discussion avec le maire : le travail sur soi ne doit pas empêcher le combat politique et sociétal; il me donne son discours
 

Nuit du 14 juillet : nuit de rêves en nageant dans l’océan des histoires, métaphore de Rushdie; une métaphore genre les nuages à histoires me parleraient mieux; dans l’océan, je dois me jeter à l’eau; avec les nuages, je n’ai qu’à lever les yeux
je fais des rêves de plus en plus précis, où je suis présent, actif, sans être conducteur du rêve, rêves que je ne cherche pas à retenir même pour de futures histoires; je ne me vis pas comme un raconter d ‘histoires, un fabricant d’histoires, influencé par l’océan des histoires comme Rushdie racontant l’influence des lettres latines (Suétone) et italiennes (Italo Calvino) et du cinéma italien sur deux de ses romans : La honte, Les enfants de minuit

ceci dit la métaphore de l’océan des histoires ou celle des nuages à histoires (sachant que les nuages transportant pollens et poussières sont des ensemenceurs) me parlent aujourd’hui beaucoup plus que celle de la bibliothèque universelle des livres d’éternité de chacun dont internet est ce qui s’en approche de plus en plus;
 
avec cet océan, tu es tel un bouchon, qui flotte, est submergé par une vague, réapparaît avec une algue marine, un sac plastique, un fil de pèche, un bois mort, un os de seiche, une bouteille à la mer, un cadavre de migrant;
des scènes se déroulent : une femme te fait rire en début de nuit, apparue dès la plongée, d’une drôlerie par ses grimaces si expressives, satire des grimaces des grands masculins-émasculateurs de ce monde; grands refuseurs, chimériques furieux,   étroiteurs d’esprits, sectateurs paranoïaques, baladeurs de virus vérolés
tu te retrouves à filmer une façade  de décor, montrée comme telle, remplie de fenêtres donnant à voir des morceaux de paysages et de personnages en tous sens;
long travelling, plan-séquence style la soif du mal;
ici le musée des assassins des aspirations, ceux qui ont contribué à  désenchanter le monde, à faire tomber les voiles de maya-bayadère, à faire dépecer Orphée.

3 jours consacrés aux Essais de Rushdie, 15-16-17 juillet;

l’an dernier, tu avais lu les essais rassemblés sous le titre Patries imaginaires, parus en 10/18. Tu n’es pas revenu dessus. Par contre, tu as lu tout ce qui est rassemblé sous le titre Franchissez la ligne !, soit pages 575 à 1088.
D’abord, signaler l’incroyable : tu n’as pas trouvé une coquille. Rushdie doit être exigeant avec ses correcteurs et traducteurs. Merci. Tu avais déjà observé cela avec Le couteau. Pas une coquille.
Tu penses que nous avons affaire à un essayiste brillant, drôle, pertinent, lucide. Et lire des Essais allant de 1981 à 2002, ça nous fait faire de drôles de voyages avec de drôles de rappels.
Dans ces panoramiques, la France est assez peu présente mais quand il en parle (la corruption sous Mitterrand, le foot et Zidane, Pasqua et Talisma Nasreen, la France et Rushdie), c’est jubilatoire parce que le romancier use d’interjections Zut alors ! réaction présumée de Roland Dumas, surpris qu’on le poursuive, LUI. Évidemment, ces drôles de rappels, entrant en écho avec ce qui se passe aujourd’hui, plutôt pire (évaluation personnelle en contradiction avec mon désir de non-jugement), t’ont mis mal à l’aise.
Car on se rend compte que le problème palestinien dont on pensait avec les accords de Camp David que… eh bien…
Il met ce problème au centre même s’il ne développe pas, parce que cette question cristallise les relations entre l’Islam (pas du tout homogène) et l’Occident (pas du tout homogène), développe l’anti-américanisme et que les USA feraient bien de chercher à se faire des amis plutôt que des ennemis en intervenant partout.
Il en reste au succès de l’intervention américaine en Afghanistan (2002) comparé à l’échec de l’intervention soviétique (Les cercueils de zinc). Depuis, sous Trump, les USA se sont retirés, les talibans se sont installés au pouvoir.
Deux passages t’ont particulièrement intéressé parce que Rushdie use de ses talents de romancier pour tenter de construire une vérité au plus proche de la réalité qu’il tente de cerner, de décrypter, toujours complexe, plus incroyable que ce que l’imagination peut imaginer. Parce que l’homme lui-même est mariage du ciel et de l’enfer.  

« Nous avons fini par nous percevoir nous-mêmes comme des personnages composites, souvent contradictoires, voire intérieurement incompatibles. Nous comprenons que chacun de nous est une multitude de gens différents. Les moi de notre jeunesse sont autres que ceux de notre maturité : nous pouvons être hardis en compagnie de nos amants et timorés devant nos employeurs, plein de principes quand nous instruisons nos enfants et corrompus devant quelque tentation secrète…Le moi intégré cher au XIX° siècle a été remplacé par cette foule de moi qui se bousculent… Mais nous avons en même temps un sentiment relativement clair de qui nous sommes. »
Quand il écrit son article Gandhi, aujourd’hui, 1998, il met en oeuvre cette approche très plurielle, montrant les ambiguïtés, contradictions, limites de Gandhi dont l’influence en Inde est aujourd’hui, nulle, Gandhi devenu à son insu, une pub pour Mac et inspirateur avec d’autres des philosophies de la non-violence ou de la désobéissance civile, somme toute peu pratiquées en Occident.

« Les écrivains sont citoyens de nombreux pays : la région finie et délimitée de la réalité observable et de la réalité quotidienne, le royaume infini de l’imagination, la patrie à demi perdue du souvenir, les fédérations du coeur qui sont à la fois chaudes et froides, les États Unis de l’esprit (calmes et turbulents, larges et étroits, ordonnés et dérangés), les nations célestes et infernales du désir et peut-être la plus importante de toutes nos demeures - la république libre du langage. »

Dans N’y a t’il rien de sacré ? il dit
« Par transcendance, j’entends cet envol de l’esprit humain au-delà des limites matérielles et physiques de son existence que tous, laïques ou religieux, nous connaissons, au moins dans quelques occasions. La naissance est un moment de transcendance que nous mettons toute notre vie à comprendre. L’exaltation de l’acte d’amour, l’expérience de la joie et très probablement l’instant de la mort sont d’autres moments semblables. Le sentiment d’élévation de la transcendance, d’être plus que soi-même, de rejoindre d’une certaine façon la totalité de la vie est par nature de courte durée… L’âme a besoin de toutes ces explications, pas simplement d’explications rationnelles mais d’explications venues du coeur. »

Avec Alain Cadéo, nos échanges dans les dernières semaines avaient porté essentiellement sur ce que nous considérions comme l’essentiel.
correction du 14 juillet : remplacer l’essence par l’existence
nos échanges avaient porté existence-ciel-tellement sur ce que nous considérions comme l’existence-ciel.
À nos âges, c’est quoi la vie, la mort, la naissance, le passage, l’éternité, le mystère, le miracle.
correction du 13 juillet : remplacer les noms qui figent, essentialisent par des verbes qui font action, mouvement, énergie
à nos âges, c'est quoi vivre, mourir, naître, passer, éterniser, s'éterniser, mystérer, miraculer
Entre Rushdie et moi, il y a 7 ans d’écart, en plus pour moi. Ma métamorphose remonte à 2020. Du naturalisme métaphysique de Marcel Conche à un cheminement d’attention au miracle mystère de la naissance et au mystère miracle de la mort.
Exit, le recours aux explications scientifiques, aux constructions et déconstructions idéologiques. C’est la guerre sans fin des récits.
Rushdie pense que « dans les société libres, les idées doivent s’affronter librement. La discussion est nécessaire et il faut que celle-ci soit passionnée et sans entraves. Les sociétés libres sont dynamiques, bruyantes, turbulentes, pleines de désaccords radicaux. Le scepticisme et la liberté sont indissolublement liés. »
Je n’ai plus aucun intérêt pour le cirque politique, le cirque médiatique, le cirque sportif, le cirque olympique, j’en ai assez des bruits du monde. Je ne réclamerai jamais la censure de qui que ce soit, de quelque débat que ce soit. Mais je n’ai plus envie de dépenser de l’énergie à tenter de construire une vérité même complexe sur ce qui se produit dans le monde et n’ai nulle envie d’user de mon imagination pour, par des romans, tenter de cerner des personnages publics, célèbres, riches, menteurs, voyous, cyniques…
J’en suis à me demander avec plein de doutes, d‘hésitations quels mots, quels verbes plutôt, vais-je employer pour vivre la Vie dans l’émerveillement, l’enthousiasme, la joie, la gratitude, l’empathie, la compassion. Selon l’inouïe proposition de Jésus « aimez vos ennemis comme vous-mêmes »
En tentant les verbes, ça pourrait donner s’émerveiller des détails de la vie, s’enthousiasmer des imprévus et surprises offerts par la vie, joier-jouir de jour comme de nuit, en veilleur ou-et dormeur, de tous les incidents, accidents, instants, moments, éclats visuels, auditifs, gustatifs, olfactifs, tactiles, de tous les échanges par inspir-expir…
J’ai signalé dans ma note sur Le couteau de Rushdie, son absence de compassion. Cela correspond à sa conception de la morale : « les individus sont responsables de leurs actions ». Donc son assassin est responsable de son acte même s’il se déclare innocent pour avoir exécuté la fatwa pourtant annulée depuis 1999. Le temps de la compassion viendra peut-être après le procès.
D’autre part les terroristes fous de Dieu sont « contre la liberté d’expression, un système politique pluripartite, le suffrage universel des adultes, la responsabilité politique du gouvernement, les juifs, les homosexuels, les droits des femmes, le pluralisme, la laïcité, les jupes courtes, les danses, les fêtes, les baskets, les jeans, le rock, le rasage, la théorie de l’évolution, le sexe ».
Il nous faut donc vivre comme nous le faisons, sans peur, en acceptant sans excès étatiques des règles de sécurité supplémentaires et en cessant avec ces régimes qui se bouffent le foie entre eux, commerce d’armes, de drogues, de pétrole, d’oeuvres d’art…
On voit bien que cette conception semble naïve, optimiste. Qu’on pense au massacre de plus de 1000 femmes, enfants, vieillards et jeunes le 7 octobre 2024 par le Hamas, en Israël. Sans oublier les attentats antérieurs, un peu partout dans le monde.
Les états y compris dits démocratiques me semblent de plus en plus autoritaires et sécuritaires, contre leurs populations, soumise à de plus en plus de contrôles. Les états ont des intérêts à l’opposé de ceux de leur peuple (pas du tout homogène, uni par un « récit national » ou une certaine « idée » de la « nation ») qu’ils préfèrent diviser jusqu’au bord de la guerre civile (en France, on y aura sans doute droit), au service d’oligarchies, de puissances d’argent, de sociétés secrètes, de réseaux d’influence, débouchant sur la paranoïa légitime des théories du complot, retournés en complotisme par les médias main-stream aux mains d’ultra-riches, manipulateurs, fabricant de fakes-news.
Devant cet état du monde plein de bruit et de fureur, É Say Salé, auteur burkinabé, s’est amusé à écrire des farces
Moi, Avide I°, l’Élu
EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises
Vols de voix, farce pestilentielle sur la présidentielle de 2017, fabriquée avec des répliques copiées-collées de Facebook.
Cette farce me semble de ce point de vue là, une bonne riposte d’un traqueur du réel mais elle ne connaîtra pas le succès d’un roman de Rushdie..

 

13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie
13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie
13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie

13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie

 … poursuivre

après …

… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,

Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde; tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28  états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,

India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des milliers de dieux, de déesses, avec des milliers de bras…, ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate,  souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et je le voyais et cela ne m’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui  voient le mauvais et réagissent.

Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indo-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).

Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde, prenant le contre-pied de l’hindouisme. La ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre-Akhand-Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort l'obligent à l’exil.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 : Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
(- et Rushdie, essayiste est excellent, caustique et hilarant quand il s’en prend à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
- quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
- quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre  l’axe du mal, axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare)


mais  précédant ou simultanément aux récits sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ?
Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper.

Deux récits dont l’un soi-disant scientifique qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.
Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air.
La boucle est bouclée.

Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.

À Corps Ça Vit, le 14 juillet 2024, 9 H 30

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Le couteau / Salman Rushdie

14 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #engagement, #essais, #notes de lecture, #écriture

avant après le couteau
avant après le couteau
avant après le couteau
avant après le couteau

avant après le couteau

J’ai entamé la lecture du Couteau de Salman Rushdie, lundi 10 juin en soirée (80 pages), poursuivie hier mardi 11 juin (81 à 210), terminée ce matin mercredi 12 juin (210-269) vers 10 H.

Martine m’a appris la nouvelle du passage de l'âmi Alain Cadéo quand j’ai appelé à 11 H 45. Je ne pourrai lire le message annonçant la nouvelle que demain, jeudi 13 juin car l’épicerie est fermée le mercredi.
Ma note de lecture sur ce récit de Rushdie ne sera pas lue par Alain. Je l’enverrai à Martine pour qu’elle soit placée dans le cercueil, avec le BAT du Ciel au ventre.


Deux chapitres de la 1° partie, L’Ange de la Mort, Hamot et Rééducation, sont des chapitres à lire par chacun, qu’il soit en bonne santé ou survivant, mutilé. Les 15 coups de couteau portés, le 12 août 2022, avec violence, fureur par le A. à Rushdie n’ont pas tué le condamné à mort par la fatwa de 1989 mais l’ont sérieusement mutilé, à l’oeil gauche, à la main droite, au cou, au torse, au foie, à la lèvre inférieure. Le survivant s’en est tiré, miraculeusement. Instinct de survie (vivre-vivre). Capacité extraordinaire des organes à se régénérer (le foie). Compétence des chirurgiens recousant, agrafant, calmant avec des antalgiques engendrant des hallucinations et des effets secondaires non maîtrisés. Compétence des rééducatrices, en particulier pour la main dont les tendons avaient été sectionnés. Salman raconte dans le moindre détail ce qu’inflige comme souffrance, une impossibilité d’uriner, le cathéter dans le pénis, l’infection urinaire, le PSA qui s’envole.

À force de visiter des amis malades, à force de vivre aussi certains de ces traitements, je me suis reconnu en pays familier, bien qu’inhospitalier avant de devenir hospitalier, le traitement fonctionnant souvent en quelques jours.

Pour qui a un cancer de la prostate, les pages qu’il consacre au palper du médecin, à la biopsie lui paraîtront réalistes.

Idem pour les pages consacrées aux soins de son oeil gauche.
J’ai pensé à l’ami Marcel Conche qui avait peur de devenir aveugle suite à son glaucome de l’oeil droit et se plaignait de tension insupportable. Lui ayant demandé le nom du produit qu’on lui mettait dans l’oeil, je suis allé sur internet et j’ai relevé que parmi les effets secondaires indésirables, il pouvait y avoir cette tension. Son ophtalmo  a changé son traitement.
J’ai pensé aussi à l’ami Roger Lombardot avec qui j’ai longuement parlé au téléphone lundi après-midi à propos de ses yeux. Depuis le début de l’année, il est allé 14 fois en VSL à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon pour des interventions, des contrôles, drain dans l’oeil, soit 6 H de transport depuis l’Ardèche. Il m’a évoqué ce qu’avec un thérapeute, ils ont débusqué sur sa maladie oculaire héréditaire (son frère aîné est mort aveugle, leur père avait aussi cette maladie mais non déclarée) à savoir que le rétrécissement du champ de vision était une manière de fuir les prédateurs (indéfinissables) pouvant y pénétrer et que la focalisation centrale allait ainsi à l’essentiel. À quoi, je lui ai dit qu’il me semblait que toute son aventure théâtrale était bien une quête de l’essentiel, exclusivement centré sur l’essentiel. Il m’a remercié d’avoir verbalisé cela. Je lui ai dit qu’il y avait sans doute à écrire là-dessus.

Et voilà que la lecture de la deuxième partie, L’Ange de la Vie, du Couteau apporte de l’eau au moulin de cette nécessaire réflexion sur ce que peut voir, ce que voit un oeil de borgne, un oeil de presque-aveugle. Salman s’écarte assez peu du réel, il s’en écarte par quelques marqueurs littéraires lui permettant de ne pas utiliser le Je, la première personne car sa reconstruction est le lot de tous les mutilés. Le A. est le presque-assassin, lui est le presque-assassiné. Il est le borgne ayant acquis toute une gymnastique pour ne pas verser l’eau à côté du verre, pour arriver à voir ce qu’il tape sur son ordinateur…

J’en arrive à ce qui me pose problème avec Le Couteau. Je précise que je ne peux écrire ce que je vais écrire qu’à partir de là où j’en suis aujourd’hui.
À savoir, que je pense que Vie et Mort sont Mystère et Miracle. Que la Vie est Kdo, créée par la Force qui déplace les montagnes, l’Amour inconditionnel, qui crée sans jugement sur ce qu’elle crée, sans tri. D’où les deux pharmacons qui me sont tombés dessus en décembre 2020 : Tu es aimé / Tu es mon bien-aimé.
Le dialogue de fiction qu’a Salman avec le A. est un dialogue de type socratique guidé par le pharmacon Connais-toi toi-même. Une vie sans examen ne mérite pas d’être vécue. A. refuse dans ce dialogue tout examen. Salman le conclut en disant je te connais maintenant mon assassin raté, hypocrite assassin, mon semblable, mon frère, en italiques, donc ironique. Pour Salman, A. est un imbécile qui l’a considéré comme un ennemi comme sont considérés comme ennemis par deux milliards de musulmans fanatisés, les six milliards d’humains ne pensant pas comme eux.
Salman ne pardonne pas à A. dont le sort désormais l’indiffère. Leur rencontre violente, intime, a duré 27 secondes. A. fait partie, dans ce que Rushdie appelle la guerre des récits, donc avec des ennemis, donc Rushdie a des ennemis, A. fait partie du camp des récits intolérants, extrémistes, dogmatiques, idéologiques, totalitaires. Salman fait partie du camp des récits imaginés, des récits inventés qui font bouger les lignes, ébranlent les certitudes, ouvrent des possibles, d’où son combat pour la liberté d’expression sans réserves, sans censure, pour l’art comme arme contre les clichés, les lieux communs, la bêtise. Il en arrive à épingler le pharmacon de Nietzsche Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort comme un cliché, un énoncé à dénoncer.
Donc aucune compassion chez Salman. Bien sûr, aucune empathie malgré le dialogue de fiction  qui n’a pas la valeur d’une rencontre réelle dans un parloir de la prison où A. attend d’être jugé, deux fois, au niveau de l’état où le crime a été commis, au niveau fédéral.
S’en rend-il compte ? Rushdie  est un écrivain activiste ayant obtenu des réalisations concrètes (les villes-refuges pour écrivains persécutés). Il est sûr de la justesse de son combat pour la liberté d’expression comme A. est sûr d’avoir agi pour le service de Dieu, donc plaidant non coupable. Mais ça peut changer.
La différence de taille entre ces deux combats est que l’un utilise un couteau, l’autre des mots et le rire.
Voilà 35 ans maintenant (fatwa du 14 février 1989-livre sorti en mars 2024) que les tribulations de la vie de Salman Rushdie sont devenues plus médiatiques que ses livres, que cette vie a connu trois phases : le Salman Rushdie caché, protégé par la Grande-Bretagne que les uns parmi ses pairs soutenaient, que d’autres parmi ses pairs envoyaient en enfer (lire Joseph Anton) ; le Salman libre, s’étant libéré par lui-même en choisissant la vie aux États-Unis mais où il est perçu comme un fêtard mondain, quasi-un people ; le Salman d’après le 12 août 2022, où  au moins dans les pays occidentaux, le soutien et la reconnaissance se sont manifestés avec ampleur.
Paradoxe pour un écrivain : cela va affecter la façon dont mon écriture est lue. Ou pas lue. Ou les deux à la fois.
Salman emploie le mot gratitude, deux fois, pas plus mais il me semble qu’il ne sait pas à quels destinataires adresser ses mercis. L’athée qu’il est et qu’il revendique n’a pas encore fait l’expérience sensible du divin en lui comme en chacun et en toute chose; si divin lui fait peur, allons-y pour sacré. Tout est sacré.
Parole inouïe de Jésus dans Matthieu, Aimez-vos ennemis comme vous-même. Rushdie cite Saint-Paul, 1° épitre aux Corinthiens  page 238 « Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu un homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. »
Il poursuit : « Nous n’avons plus besoin de figure(s) de l’autorité parentale, d’un Créateur ou de plusieurs Créateurs pour expliquer l’univers ou notre propre évolution… »

La messe est dite par l’athée Salman Rushdie. Il n’y a plus rien à dire.

Ton oeil, Salman !
Je n’ai pas évoqué Eliza, leur rencontre, leur amour. Cela relève de leur vie privée. Et Rushdie a bien raison de défendre ce qu’il en reste.
Livre que je conseille même si ce finale semble très critique.

 

sentez-vous la même chose ? on va en prendre plein la vue on va en prendre plein l'oeil on en prend toujours plein la vue mais faut avoir l'oeil on en prend toujours plein l'oeil même borgne, même aveugle

sentez-vous la même chose ? on va en prendre plein la vue on va en prendre plein l'oeil on en prend toujours plein la vue mais faut avoir l'oeil on en prend toujours plein l'oeil même borgne, même aveugle

Lire Joseph Anton de Salman Rushdie puis Le couteau
Rushdie a imaginé un dialogue de 34 pages entre lui et son assassin
Cela m'a fait penser à la tentative d'assassinat contre Jean-Paul II, le 13 mai 1981, par Mehmet Ali Ağca
Le 27 décembre 1983, Jean Paul II rend visite à Ağca dans la prison de Rebibbia et lui réitère son pardon. Après une conversation privée, le pape déclare : « Ce dont nous avons parlé restera un secret entre lui et moi. Je lui ai parlé comme à un frère à qui j'ai pardonné et qui a mon entière confiance. »
Dans Le mardi était son jour préféré - Éditions des Béatitudes, le pape confie la déception de sa rencontre avec Ali Ağca : « Ni repentir, ni regret, il n'a pas prononcé le mot pardon. »
 
Autre fait : En 2004 Mohammed, un jeune Marocain, affirme avoir reçu d’Allah la mission de détruire la chapelle Sixtine et de purifier Rome de tous les « idolâtres ».
Alerté par la sœur du terroriste, Jean-Yves Leloup, entre en relation avec lui pour le convaincre de renoncer à son projet. Il est alors pris en otage par le jeune homme, ceint d’explosifs, décidé à aller jusqu’au bout…
Jean-Yves Leloup écrira le livre Le philosophe et le djihadiste.
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Dolly / Edgar et Diane Gunzig

2 Janvier 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #amitié, #amour, #engagement, #histoire, #les entretiens d'Altillac, #notes de lecture, #pour toujours, #vide quantique, #voyages, #écriture, #épitaphier, #vraie vie, #éveil

Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude
Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude
Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude

Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude

Dolly (sorti chez Lamiroy en Belgique en septembre 2023) a été placé sous le sapin par mère Noëlle qui est allée le chercher à la fabuleuse librairie Tropismes à Bruxelles, pendant le week-end du 24 au 26 novembre car impossible de trouver en librairie française un livre édité par un éditeur belge
alors finir l'année 2023 par la lecture en deux jours de Dolly d'Edgar Gunzig et Diane Gunzig avec une postface de Thomas Gunzig , le petit-fils de Dolly
c'est un moment fort en lien
avec la lecture que j'avais faite du manuscrit que m'avait envoyé Edgar
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Edgar Gunzig reçoit le vendredi 13 juin 2015, la photo sauvée par Francisco Boix de son père, assassiné le 28 février 1942 à 8 H 30 à Mauthausen (il a 37 ans) et se lance dans la reconstruction très documentée de l'histoire de son père intimement liée à l'histoire des Juifs de l'est de l'Europe, ici la Tchécoslovaquie
la photo n'est pas reproduite dans le récit, beau geste puisque le livre ramène à la vie celui dont le nom était inscrit dans le Totenbuch de Mauthausen et qu'avait découvert en octobre 1945, le soldat américain Jo Stripounsky, neveu de Dolly, matricule 11552; ils s'étaient séparés le 10 mai 1940, à la frontière française; Jo et sa famille, belges, avaient pu entrer en France puis partir pour les Etats-Unis. Dolly, tchèque, avait été refoulé avec Rachel.
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Dolly,
c'est une plongée
- dans une histoire de tresse entre Histoire avec grande H et histoires de personnes militantes, principalement juives, motivées par des idéaux de justice, de solidarité (Jacques, Rachel, la mère d'Edgar, et tant d'autres)
- se tressent
les conditions de l'arrivée au pouvoir d'Hitler et du nazisme, de la solution finale (Shoah), de la 2° guerre mondiale, de la confrontation à mort avec le stalinisme (le bolchevisme juif, dixit Hitler) après l'épisode du pacte germano-soviétique
et les intrications avec le parcours militant de Jacques Gunzig, père d'Edgar Gunzig, se retrouvant par choix idéologique de sioniste laïque dans un kibboutz en Palestine en 1931 et comprenant sur place que le sionisme n'est pas la solution à la question juive, d'où son choix du communisme
- c'est un retour sur mes douze années de militantisme trotskiste
Jacques Gunzig fut faussement accusé par deux commissaires politiques staliniens de déviationnisme trotskiste (cela se traduisait le plus souvent par une balle dans le dos, beaucoup de militants du POUM et d'anarchistes furent assassinés par les staliniens) pendant sa participation de 1937 à 1939 avec sa femme Rachel (Edgar naîtra en Espagne, à Mataro, le 21 juin 1938) aux Brigades Internationales en soutien aux républicains espagnols contre le putsch des nationalistes franquistes;
il n'eut pas le temps ni la possibilité de revenir sur son choix idéologique du communisme stalinien; il n'a rien su des procès, des purges, des famines provoquées, du goulag
je suis convaincu que la solution n'est pas du côté du trotskisme, pas du côté de la révolution ou de la grève générale,
et, c'est une conviction récente, pas du côté de la démocratie soi-disant représentative;
j'avoue ne plus savoir si le monde saura en finir avec le capitalisme ou si le capitalisme débouchera sur le suicide de l'humanité
- c'est en résonance très forte avec ce qui s'est déclenché depuis le 7 octobre 2023 tant à Gaza (Hamas fasciste) + (réaction disproportionnée au service d'une politique de colonisation du gouvernement d'extrême-droite d'Israël) qu'en Cisjordanie (agressions des colons et militaires israéliens) et dont les conséquences désastreuses sont devant nous
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un livre qui devrait être lu par le plus grand nombre car le panoramique historique, géographique et idéologique balayé est vertigineux (sur plus d'un siècle avec le rôle du père de Jacques-Dolly, Ie rabbin Israël Gunzig, installé dans la synagogue de Lostice en Tchécoslovaquie)
et surtout peu connu
(avoir été militant révolutionnaire est de ce point de vue une chance car on a eu accès à une autre histoire de l'Histoire que les histoires officielles, sachant cependant que toutes les histoires sont toutes des histoires qu'on se raconte, des légendes, ni fausses, ni vraies, mais nécessaires et éphémères)
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merci au hasard (?) qui a permis à Edgar Gunzig d'accomplir avec Diane ce formidable travail d'épitaphier qui n'épuise pas son questionnement sur ce père perdu à l'adolescence (en particulier son rôle dans l'Orchestre rouge; pourquoi ne fuit-il pas lors du démantèlement de l'antenne bruxelloise ?)
mais livre aux lecteurs de quoi être ému, bouleversé, questionné, interpellé
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si vous voulez en savoir plus sur Edgard Gunzig, lisez Relations d'incertitude, co-écrit avec Elisa Brune ((1966-2018)
Edgard, physicien reconnu, propose à une jeune journaliste d'écrire un ouvrage de vulgarisation. Rapidement, la discussion scientifique se mue en une longue confidence à bâtons rompus. Du Big Bang aux cachots de la douane indienne, de la guerre d'Espagne à la Pologne communiste des années cinquante, de l'enfance cachée pendant la guerre au vide quantique générateur d'univers, Edgard livre les épisodes d'un destin plus que mouvementé.
Disponible en poche chez Espace Nord
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j'ai lu ce roman à sa sortie en 2004, rencontré Edgard Gunzig au salon du livre à Paris en 2005 et c'est ainsi qu'il m'invita à Peyresq Physics 12, les 19 et 20 juin 2007 puis que j'ai organisé sa rencontre avec Marcel Conche à Altillac, le 11 novembre 2009
le siècle de Marcel Conche avec le texte d'Edgar Gunzig rencontre de deux ignorants

le siècle de Marcel Conche avec le texte d'Edgar Gunzig rencontre de deux ignorants

Edgar Gunzig

rencontre de deux ignorants

Mon cher Marcel Conche,

Voilà plus de dix ans, le 11 novembre 2009 à Altillac, qu’eut lieu, à l’initiative de Jean-Claude Grosse, la rencontre de deux « ignorances », celle du philosophe annonçant d’entrée de jeu, sa méconnaissance de la physique et celle du physicien peu éclairé en philoso- phie.

Malgré le peu de compatibilité entre les deux discours, le scientifique et le métaphysique, l’échange fut vif, fructueux, très cordial et non dépourvu d’humour. Il me laisse un souvenir durable et joyeux.

Vous nous parliez de l’infini de la Nature, moi de l’infini de l’Univers.

Cet Univers qui existe depuis 13,7 milliards d’années mais aussi depuis toujours... Cette affirmation appa- remment contradictoire prend néanmoins tout son sens dans un contexte cosmologique novateur (1,2,3,4) : l’Univers n’a d’autre origine que...lui-même !

Il est sa propre cause et s’auto-engendre dans une dé- marche circulaire que les anglo-saxons désignent par l’expression « free lunch », créer quelque chose à par- tir de rien, sans faire appel à un point d’appui et sans apport d’énergie extérieure, par la seule mise en oeuvre adéquate de ressources, d’actions et d’énergies internes. L’expression « bootstrap », littéralement « se hisser en tirant sur ses bottes », se réfère à ce type de situation.

Le bootstrap se retrouve ainsi au coeur de toute dynamique autonome, toute activité qui s’auto- engendre, auto-consistante, fonctionnant en boucle fermée, indépendante de tout ce qui lui est extérieur. Il est à l’oeuvre dans tous processus scientifiques, phi- losophiques, artistiques...qui se créent, se façonnent réciproquement et s’enrichissent par le biais d’un jeu interactif entre l’oeuvre créée et son créateur. Ce dernier pourrait alors dire à l’instar de Montaigne à propos de ses « Essais »: « J’ai autant fait mon oeuvre qu’elle m’a faite »... et Marcel Conche ?

Que l’Univers lui-même puisse s’autocréer sans le recours à un quelconque « extérieur », d’ailleurs inexis- tant, traduit l’ouverture conceptuelle majeure qui bouleverse la physique d’aujourd’hui : la création d’une connivence indissociable entre le temps, l’espace, la matière et l’acteur essentiel, le « Vide Quantique ». C’est autour de ce dernier que s’articule un dialogue inattendu entre le contenant spatio-temporel et le contenu matériel de l’Univers : l’expansion de l’espace et son contenu matériel s’engendrent l’un l’autre dans un « bootstrap cosmologique » énergétiquement gratuit, une rétro-action géométrico-matérielle à l’échelle cosmologique : l’énergie gagnée par le contenu matériel créé étant intégralement puisée dans la géométrie dynamique de l’espace-temps. C’est elle qui, en retour trace les trajectoires des corps matériels et du rayonnement.

Les équations d’Einstein de la relativité générale représentent les contraintes mathématiques précises qui expriment les liens indissociables entre l’espace, le temps, la matière et ...le vide. Elles gèrent les rapports intimes qu’ils entretiennent au coeur des deux grands courants de la physique contemporaine, la relativité générale et la théorie quantique des champs. Elles décrivent une dynamique d’un genre nouveau, la rétroaction perma- nente entre le contenu de matière-énergie de l’univers et sa géométrie, situation sans précédent en physique.

Les questionnements essentiels, qui se posent au sein de ce cadre conceptuel, s’articulent autour de la manière dont l’expansion de l’espace-temps et son contenu matériel se conditionnent l’un l’autre. Autrement dit, comment ce contenu matériel quantique ressent-il cette expansion et, point capital, comment se comporte son état fondamental, par définition son état d’énergie minimale non nulle, le vide quantique ? Cette dynamique entrelacée se déroule sous la contrainte des équations d’Einstein semi-classiques : la géométrie de l’espace-temps y est décrite classiquement alors que son contenu matériel l’est quantiquement. L’expansion de l’espace produit sa propre énergie analogue à celle que produirait une source d’énergie extérieure, et crée ainsi son contenu matériel.

C’est comme si l’Univers possédait son extérieur énergétique en lui- même.

C’est pourquoi cette création, qui ne résulte que de transferts internes d’énergie, est ainsi globalement gratuite. C’est la stratégie la plus subtile jamais mise en oeuvre par l’univers, celle de son autocréation ! La mise au point de cette cosmologie autoconsistante, fut le fruit des travaux déployés par quelques physiciens (1,2,3,4) désireux de cerner le moment zéro de l’émer- gence physique de l’univers issu d’un vide quantique « primordial ». Celui-ci devient l’acteur central d’une histoire cosmologique semi-classique de l’univers. Ce vide quantique est par essence dépourvu de parti- cules réelles mais est le siège d’une mouvance irréduc- tible par principe, les fluctuations quantiques du vide, porteuses de l’énergie de ce niveau fondamental.

La création de particules au sein de ce vide, requiert un apport suffisant d’énergie à ces fluctuations pour qu’elles puissent se « matérialiser » et transporter alors l’équivalent énergétique de la masse de ces particules réelles ainsi créées. Dans ce contexte cosmologique, il n’y a pas d’« ailleurs » de l’univers d’où cette énergie pourrait être importée, semblant ainsi interdire a priori de telles créations.

Et pourtant, il nous est apparu (1,2,3,4) que l’univers en expansion est le seul système physique qui fasse exception : il contient en lui-même un réservoir énergé- tique dans lequel le champ peut puiser l’énergie qui lui convient. C’est dans un dialogue entre les fluctua- tions quantiques du champ matériel et la géométrie courbée de l’espace-temps qu’apparaît une forme inattendue d’énergie, celle qui est associée à l’expan- sion géométrique de l’univers, donc à la géométrie de l’espace-temps dynamique. Cette source géométrique d’énergie donne au vide quantique la possibilité de s’ex- primer cosmologiquement : l’expansion cosmologique de l’espace induit l’excitation du champ quantique, donc la création associée de particules matérielles. Cette matière ainsi créée rétroagit alors en conditionnant, à son tour, l’expansion qui lui a donné naissance... Extraordinaire serpent cosmologique qui se mord la queue ! Bel exemple de mécanisme de rétroaction régi par les équations d’Einstein. C’est une réponse surprenante et essentielle au questionnement relatif au pouvoir créateur du vide : ce processus de feedback géométrico-matériel peut en effet s’enclencher quel que soit l’état quantique initial du champ... même si c’est précisément son état de Vide.

L’existence préalable de matière n’est donc pas requise pour amorcer sa propre création. La totalité du contenu matériel de l’univers pourrait-il donc résulter de ce scénario autocréateur ? Si ce dernier est concep- tuellement attrayant, satisfait-il pour autant à toutes les contraintes de la théorie ? Autrement dit, est-il décrit par une solution des équations semi-classiques d’Einstein qui gèrent ce problème ?

Question conceptuellement excitante s’il en est.

Notre travail collectif (1,2,3,4) aboutit à une conclu- sion plus que satisfaisante : il existe bien une solution mathématique exacte qui décrit ce mécanisme cosmo- logique autoconsistant par lequel la matière, qui est entièrement produite par l’expansion, est précisément celle qui soutient cette expansion au sein d’un bootstrap géométrico-matériel. C’est un phénomène coopératif à l’échelle cosmologique, responsable de la produc- tion coordonnée du contenu matériel de l’univers et de son expansion : la matière créée par l’expansion en est également le moteur. Ce mécanisme coopératif de création souligne un rôle inattendu de l’espace-temps dynamique : le milieu matériel cosmologique s’engendre lui-même par espace-temps interposé́.

Cette prouesse cosmologique est donc énergétique- ment gratuite car elle ne résulte que de transferts internes d’énergie entre la géométrie et la matière, c’est donc un free lunch cosmologique.

Voilà comment le dialogue entre la relativité générale et la théorie quantique des champs pourrait ouvrir la voie à une histoire cosmologique d’un genre nouveau... l’émergence de l’univers à partir du vide quantique pri- mordial.

En dépit de la beauté formelle de ce mécanisme cosmologique autoconsistant exact, le physicien se doit de poser ici la question cruciale : cette solution mathé- matique a-t-elle des raisons physiques de se matériali- ser au coeur de ce vide quantique ?

La réponse positive à ce questionnement résulte d’une propriété ésotérique de ce milieu particulier : son éner- gie étant la plus basse des énergies compatibles avec les règles du jeu quantique, elle ne peut descendre sous ce seuil et ne peut ainsi que rester constante au cours de l’expansion, propriété étrange qui implique- rait que la pression du vide quantique serait négative et engendrerait par cela même un effet gravitationnel répulsif, une antigravitation. C’est elle qui induirait l’expansion et lancerait la création autoconsistante de matière. Un hypothétique vide quantique primordial soumis aux effets de son autogravitation répulsive ne pourrait dès lors que se transformer en un univers matériel en expansion...le nôtre?

L’histoire cosmologique de l’Univers ne résulterait pas de l’explosion mathématique, cataclysmique, infinie de Tout dans Rien, le Big Bang, mais émergerait physi- quement, sans fracas énergétique, d’une instabilité d’un vide quantique primordial soumis aux effets de son au- togravitation répulsive.

Cette propriété déterminante ouvre la voie à des his- toires cosmologiques inconcevables dans le cadre de la cosmologie einsteinienne classique : l’expansion de l’univers naissant est exponentiellement accélérée, sans commune mesure avec l’expansion décélérée du modèle cosmologique standard, c’est une inflation cosmologique. Cerise sur le gâteau : c’est elle qui éradiquerait un grand nombre de ses pathologies et énigmes.

Voilà mon cher Marcel Conche comment l’univers en expansion pourrait se faire naître lui-même. Il s’inspirerait ainsi du Dieu du « Livre des morts de l’Egypte ancienne » clamant : « Je me suis engendré moi-même à partir de la substance originelle que j’ai faite. »

1. R. Brout, F. Englert, E. Gunzig, « The Creation of the Universe as a Quantum Phenomenon, Ann. phys., 115, 78, 1978.

2. E. Gunzig, P. Nardone, « Self-Consistent Cosmology, The Inflationary Universe and all that... », Fund. Cosmic. Phys., 11, 311-443, 1987.

3. E. Gunzig, « Du vide à l’Univers », dans « Le Vide, Univers du Tout et du Rien », 467-486, Ed. Complexe ( Bruxelles, Paris), 1998.

4. E. Gunzig, « Variations sur un même ciel », Ed. la ville brûle (Paris), « Cyrano, le bootstrap et l’histoire cosmologique du vide », 249-266, 2012.

Ce petit travail n’aurait pas vu le jour sous cette forme sans le soutien de ma femme.

Merci Diane, Edgar.

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

JEAN-CLAUDE GROSSE

OPACITÉ/TRANSPARENCE

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

10 août 2013. Soirée (g)astronomie au gîte de Batère, 1 500 mètres d’altitude, à Corsavy. Ciel constellé. Pour observation après le repas.

Ont été invités Ada Lovelace, descendante de Lord Byron, 36 ans, cosmologue, génie du calcul intensif et Marceau Farge, fils de paysans corréziens, 91 ans, philosophe naturaliste d’une grande liberté d’esprit.

MARCEAU – Je me suis souvent demandé, Madame, ce que nous apportait la science: des certitudes valables un temps seulement, souvent contestées du temps même de leur prééminence, sur lesquelles s’appuient des volontés intéressées de maîtriser la nature et l’homme. N’est-ce pas ainsi qu’il faut voir la recherche acharnée des constantes universelles ?

ADA – Les quinze constantes physiques actuelles sont d’une précision et d’un équilibre qui nous ont rendu possible: matière, vie, conscience. Votre méditation métaphysique, cher Marceau, n’est qu’une spéculation solitaire sans vérifications. Les chercheurs avec leurs télescopes comme Hubble captent des lumières (la gamma, la X, l’ultraviolette, la visible, l’infrarouge, la radio) de plus en plus faibles provenant de l’univers (sans lumières, ils sont dans le noir). Voir faible c’est voir loin dans l’espace indéfini et tôt dans le temps immense. Nos tâtonnements lents, rigoureux, collectifs, débouchent sur un modèle d’univers cohérent et beau, en symbiose avec nous.

MARCEAU – La disproportion entre l’opacité et la clarté ne plaide-t-elle pas pour la méditation impatiente et quasi- aveugle sur l’opacité? Elle ne dérange pas l’ordre des choses étant sans volonté de puissance, sous-jacente au désir de savoir.

ADA – Vous provoquez là ! Votre métaphore n’a rien d’aveuglant. Nous, chercheurs, mettons en place des notions nous permettant d’éclairer l’opacité : hasard, chaos, inflation, singularité, fluctuation quantique. Nous voyons se multiplier les paradoxes qui mettent en difficulté nos modèles à contraintes et constantes

MARCEAU – la métaphysique a inventé des modèles depuis longtemps. Anaximandre, son infini, son germe universel, Héraclite, le feu comme principe de création, destruction, bien avant votre big bang, Démocrite, ses atomes, Épicure, le clinamen (une déviation, une mutation). La contemplation ouvre sur des visions développées en métaphores

ADA – vos métaphores métaphysiques, Marceau, sont figées. Nos paradoxes scientifiques sont dynamiques. Pensez aux effets du paradoxe EPR (1935) qui révèle qu’ici est identique à là (1998). Observer en 1998 que l’expansion de l’univers, décelée en 1929, est en accélération oblige à poser l’existence d’une énergie répulsive responsable de cette accélération: l’énergie noire. Les calculs intensifs, pétaflopiques, bientôt exaflopiques, que j’entreprends avec les calculateurs Ada et Turing sont réalisés pour tenter de la caractériser avant de la déceler.

MARCEAU – On a donné votre prénom à un calculateur pétaflopique ? (Elle rit.) Rien n’interdit ma méditation de se nourrir de vos calculs. Échange chiffres contre images. Pour évoquer la recherche de la vérité, j’imagine un archer tirant dans le noir. Où est la cible ?

ADA – Les constantes sont d’une telle précision qu’il faut que votre archer vise une cible d’un centimètre carré, placée aux confins de l’univers. Enlevez un 0 à 1035 et vous avez un univers vide, stérile.

MARCEAU – Savoir que nous sommes des poussières d’étoiles dans un univers anthropique, connaissances scientifiques du jour, enrichit ma pensée de la Nature, m’évite de m’égarer dans une théologie créationniste ou dans une métaphysique matérialiste, déterministe et réductionniste comme celle du Rêve de d’Alembert de Diderot

ADA – d’autant que nous distinguons deux sortes de matières, la matière lumineuse, visible, connue et la matière noire, jamais observée, inconnue, comme l’énergie noire

MARCEAU – si vous permettez que je vous appelle Ada, le noir, Ada, semble dominer en astrophysique

ADA – 73 % d’énergie noire, 23 % de matière noire, 4 % de matière ordinaire dont 0,5 % de matière lumineuse, telles sont les proportions proposées aujourd’hui pour l’Univers

MARCEAU – soit 0,5 % de clarté pour 99,5 % d’opacité. Le raccourci de la méditation sur le Tout de la Réalité me convient mieux que le long chemin sinueux de la connaissance parcellaire qui bute sur le mur de Planck.

ADA – Cela nous mène où, Marceau ?

MARCEAU – vous Ada à savoir presque tout sur presque rien, moi à voir la Nature comme infinie, éternelle, un ensemble ouvert, aléatoire, en perpétuelle création de mondes inédits, ordonnés, périssables, inconnaissables. Notre conversation par exemple n’était pas programmée bien qu’annoncée. Elle est inédite et restera unique. Parce que c’est vous, parce que c’est moi. L’infini ne s’épuise pas et ne se répète donc pas. Dans de telles conditions de créativité au hasard et d’inconnaissance de cette créativité, la seule attitude me semble être le respect de ce que je ne peux connaître complètement selon le théorème de Gödel de 1931.

ADA – Connaisseur à ce que j’entends. Le chemin de la connaissance scientifique est à l’opposé de votre raccourci méditatif sur le Tout. Il ne vise à expliquer que du détail, même aux dimensions de l’Univers. Il rend compte de ce qui existe par des lois et du chaos, facteur de créativité.

MARCEAU – Pourquoi ce détail, Ada, l’origine de l’Univers, plutôt que tel autre ? parce que la métaphysique vous attend aux confins. Expliquer par du nécessaire et du contingent n’empêche pas les trous noirs entre les différents domaines expliqués incomplètement.

ADA – Ce sont les visages troués de votre Nature.

MARCEAU – Je médite sur ces visages mais j’en vois les limites, Ada. L’Univers n’est pas la Nature. Vous vouliez un tableau fidèle. La Réalité vous impose le flou quantique.

ADA – Votre raccourci vous a demandé une vie pour déboucher sur une métaphore de dix lignes

MARCEAU – sur l’étonnement et l’émerveillement, chère Ada. Ce qui nous a construits par asymétries et découplages, des atomes primordiaux aux éléments chimiques, puis par code depuis LUCA, des gènes aux hémisphères cérébraux, si dissemblables, le droit (celui des images), le gauche (celui des calculs). Ce qui nous a conduits par les chemins sinueux de la causalité probabiliste, par les raccourcis de la liberté, à Corsavy, aujourd’hui, pour contempler la Beauté.

(Il plonge ses yeux rieurs dans les siens. Elle rit.)

Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.

Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.

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Molière Matériau(x) / Pierre Louis-Calixte

16 Décembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #amitié, #essais, #histoire, #pour toujours, #spectacles, #vide quantique, #vraie vie, #écriture, #épitaphier

le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle
le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle
le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle

le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle

Jeudi 14 décembre 2023, 19 H 30, à L'Atelier, fabrique d'imaginaires, 50 places, à Privas, Ardèche, département sans gare, 1° de 4 représentations de Molière Matériau(x) de et par Pierre Louis-Calixte, 524° sociétaire de la Comédie Française.

Parti avec un ami à 10 h du matin, nous arrivons à 14 h chez les organisateurs. Le sociétaire est là. Nous sommes invités à partager une omelette aux herbes. Les échanges sont vifs entre nous. On parle chiffres, nombres, mots, métaphores, outils nous aidant à raconter le monde et l'univers avec une question métaphysique indécidable : les lois de l'univers sont-elles fabrication de l'esprit humain ou sont-elles des lois objectives de l'univers ? Ça vole haut. Pierre est content. Ça lui vide la tête. Vers 16 h, il part se mettre en place, se concentrer.
Avant le spectacle, vin rouge chaud.

19 H 30, la salle est pleine. Courte présentation par l'organisateur, Dominique Lardenois.

Pour ce spectacle négocié avec la Comédie Française, pas de costumes, pas d'accessoires. Une table ronde trouvée au secours populaire, une chaise achetée à Emmaüs, des bouquins de et sur Molière, une canne, une caisse de rangement de matériel. Pierre nous demande d'imaginer 7 costumes qu'il décrit, de bien repérer ce qui se passera pour le dernier costume, celui de Cléante, quand il fera pivoter de 180°, le portant à vêtements imaginaire.

Un théâtre pauvre cher à Jerzy Grotowski et à Eugénio Barba.

L'ambiance est créée. C'est Pierre, l'homme et l'acteur, qui sera le seul maître d'oeuvre. Au su et au vu de tous, attentifs au moindre trou, lapsus, maladresse comme à toutes les réussites-performances, offertes en abondance.

- l'homme pour la partie récits de vie, confidences en quelque sorte sur les signes, métaphores filées qui l'ont amené à se retrouver à écrire en état de flow et en neuf mois (hasards ?), ce monologue (il apprend un an pile après la disparition de son père que ça intéresse Actes-Sud Papiers - hasard ?) dans lequel s'égrènent les coïncidences, hasards ténus l'ayant conduit à être un des interprètes de Molière.

Ce sont des signes ténus : des prénoms similaires, Louis, son grand-père paternel, Louis, le grand-père de Molière, l'ouverture que fut sa première montée sur une estrade à Yaoundé, à 10 ans, pour être Harpagon, la canne ayant induit les mouvements du corps voûté, la même émotion chez Jean-Baptiste, à 10 ans aussi...

- l'acteur quand il devient  tel ou tel, Alfred de Musset sur Molière, Jean-Luc Lagarce  quand il est le Louis de Juste la fin du monde, Cléante et là, des éclats, les éclats de l'acteur jouant de son corps, de ses vibrations, de ses énergies venues des pieds, du ventre, modifiant le faciès, la forme mouvante du corps. C'est incandescent.

C'est du théâtre-action comme m'en a parlé Anatoli Baskakov racontant Stanislavski et sa disciple dont il fut l'élève, Maria Knebel.

C'est le flow tel que décrit par Dean Porter, escaladeur de l'extrême :

Le flow est un état totalement centré sur la motivation. C’est une immersion totale, qui représente peut-être l’expérience suprême, employant les émotions au service de la performance et de l’apprentissage. Dans le flow, les émotions ne sont pas seulement contenues et canalisées, mais en pleine coordination avec la tâche s’accomplissant. Le trait distinctif du flow est un sentiment de joie spontané, voire d’extase pendant une activité.

Ces métamorphoses que nous voyons, vivons, ressentons, nous finissons par en comprendre l'origine et le cheminement quand Pierre se demande à la toute fin c'est quoi le chemin des mots d'un personnage au-dedans de soi ? Nous en avons savouré l'expression présente, au présent et présent fait à tous, dans un partage de joie. Et c'est bien autre chose que le plaisir.

J'avais trouvé le livre chez Dominique Lardenois, l'avais lu, emporté, relu et va savoir pourquoi, ce monologue fort bien écrit, cette légende de Pierre et Jean-Baptiste se rencontrant à 4 siècles d'intervalle m'a mis en branle vers une autre légende, écrite plusieurs jours avant le spectacle et que j'ai lue (après le spectacle, après le pot offert, après les signatures et dédicaces) quand nous nous sommes retrouvés à 6 autour d'une choucroute chez Dominique et Nadine, de 22 h 30 à 1 h du matin, le 15.

Don, contre-don m'a dit Pierre

potlatch des Kwatiutl (des kwakwaka'wakw qui vivent sur la côte centrale de la province de Colombie-Britannique au Canada), ai-je répondu, pensant à mes cours d'ethnologie en Sorbonne et au Musée de l'Homme, vers 1965-1970.

J'aurais pu dire loi de l'échange-don énoncée par Sganarelle (qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre) dans ce qu'on appelle l'éloge du tabac dans Dom Juan, éloge du tabac comme clef de lecture de l'incroyable punition céleste-infernale du grand méchant homme.

Merci à tous. Ci-dessous, ma légende en écho à celle de Pierre Louis-Calixte.


En  projet : faire venir Molière Matériau(x) aux Comoni au Revest et au Théâtre Denis à Hyères (2024-2025) avec travail en amont auprès des élèves du Conservatoire et ateliers théâtre de l'agglomération.

la couverture du monologue, le dos d'un acrobate contorsionniste, d'un athlète du corps

la couverture du monologue, le dos d'un acrobate contorsionniste, d'un athlète du corps

Ma légende de la rencontre de Pierre avec le corps et l'âme de Jean-Baptiste, inspirée par le monologue de Pierre, écrite bien avant le spectacle et offerte à Pierre, après le spectacle.

Molière-Matériau(x)
Pierre Louis-Calixte
Actes-Sud Papiers, mai 2023
En la mémoire de Michel Louis-Calixte

Voilà une commande, écrire un monologue sur Molière, donc un texte destiné à être joué, qui plus est, à vous demandé, comédien de la Comédie Française, la Maison de Molière, vous étant retrouvé sociétaire de ce lieu de mémoire vive, au pied levé, en remplacement d’un sociétaire brutalement décédé d’un arrêt cardiaque au sortir d’une soirée où trois sociétaires s’étaient amusés à en mourir de rire, à faire semblant de mourir, oeil révulsé, filet de bave aux lèvres, à contrefaire le mort comme peuvent le faire les comédiens et les enfants.

Le titre Molière-Matériau(x) m’évoque le Médée-Matériau d’Heiner Muller dans lequel je relève :

Des comédiens voilà ce que vous êtes
Des enfants de la trahison
Plantez vos dents dans mon cœur et partez
Avec votre père qui a fait de même avant vous …
Eh bien pars pour tes nouvelles noces Jason
Je ferai de la jeune mariée une torche nuptiale
Regardez maintenant votre mère vous offrir un spectacle
Voulez-vous la voir brûler la jeune mariée
Sur son corps à présent j'écris mon spectacle
Je veux vous entendre rire quand elle criera
Avant minuit elle sera en flammes


Le spectacle tragique du pire, vengeance et infanticide, qui laisse le spectateur médusé, tétanisé comme ce fut le cas pour ceux qui virent la Médée incarnée par Valérie Dréville. (voir 4 liens)


Pour Jean-Baptiste, le spectacle sera celui du rire.
Qui rit de qui ? Les courtisans médisants, se riant de Molière, montant une cabale contre lui ? Molière se riant de lui et de la cour ? (Voir 4 liens)


Écrivant ce monologue, Pierre, vous vous rendez vite compte que vous en tenir aux faits, réduits à des actes administratifs, c’est rater la vérité d’une existence.

Vous en arrivez à penser que tout récit portant sur une existence est inévitablement romanesque, pris dans un flow, un flux, un flou romanesque.

"Vous avez été happé par cette aventure d’écriture, en somnambule, en funambule, sans plan, sans personnages, sans péripéties, littéralement possédé, porté par un flux vous traversant, un flow créatif par lequel vous vous êtes laissé entraîner, sans censure, sans jugement de surplomb, laissant converger sans tri, comme ça venait, souvenirs, projets, réel, imaginaire, humour, pulsions intenses et moments présents." (Et ton livre d'éternité ? page 620)

Le mot légende est employé. Je vais l’employer aussi.
Pierre, avec ce monologue, vous avez fabriqué une légende de Jean-Baptiste, votre légende, tant celle de Jean-Baptiste que la vôtre.
Légende nourrie de ce que vous appelez coïncidences et hasards. Mots non définis dont le flou sémantique ajoute au flou romanesque.
De la canne de votre grand-père au bâton de Bernard Bloch dans Le Malade imaginaire mis en scène par Jean-Luc Lagarce.
De la canne au canapé récupéré dans la maison de campagne de Molière à Auteuil et qui fut donc peut-être un canapé de Molière.
Du costume de Daniel Znyck au vôtre, à savoir celui de Daniel, retaillé avec collants dégoulinants, ça fera rock vous dit le maître-couturier de l’illustre théâtre.
Des trous de mémoire de votre père, victime d’Alzheimer, aux trous de mémoire du comédien sur scène.
De la nourrice de Jean-Baptiste, Marie de La Roche au lieu-dit La Roche de vos parents.
De votre grand-père Louis vous prêtant sa canne pour dire à 10 ans, Harpagon, sur une petite estrade de salle de classe à Yaoundé au grand-père à la canne de Jean-Baptiste, Louis Cressé, l’amenant au théâtre dès l’âge de 10 ans.
De la fluxion dont s’amuse Jean-Baptiste sur scène et dont il meurt à la 4° représentation du Malade imaginaire le 17 février 1673 à votre maladie, une leucémie qui vous immobilise longuement.
Il suffit d’aligner ces coïncidences, ces hasards pour s’en émerveiller et en douter.
S’en émerveiller oui car ça donne un monologue débouchant sur l’enchaînement des questions posées à la fin :
c’est quoi le cheminement des mots d’un personnage au-dedans de soi. Ces mots dans lesquels on a une foi totale. D’autant qu’on se rend compte qu’il n’y a presque rien d’autre à faire que de les dire, ces mots, parce que le seul fait de les dire, ces mots-là, agencés de cette manière-là, suffit à nous modifier, à nous agiter l’âme et le corps.
En douter parce que votre rencontre, Pierre et Jean-Baptiste, n’était peut-être pas due aux hasards et coïncidences mais était nécessaire.
Là s’ouvre un mystère. Ce serait quoi cette nécessité qui vous amènerait Pierre à donner corps à plusieurs siècles d’intervalle à quelques personnages de Molière, joués par Molière, hier, par vous, aujourd’hui.
Un mot important de votre monologue peut nous guider, nous éclairer, le mot présence :
à travers, l’expérience physique que cela a été d’incarner Louis (dans Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce), j’ai eu le sentiment qu’il me faisait un cadeau en retour : celui de me révéler ce lien étrange entre disparition et surcroît de présence, entre présence et effacement … Louis m’avait soufflé que vivre sans la perception de sa mort prochaine, c’est comme vivre à demi.
Vivre sous l’horizon de la mort, projet de Michel de Montaigne, projet de Marcel Conche. Vivre vraiment, c’est vivre en se sachant et en se voulant mortel. Heureusement qu’on meurt ! s’est exclamé Marcel Conche, un jour de discussion sur un trottoir d'Altillac.
Présence peut s’entendre comme le présent du moment présent et comme un présent, un cadeau, un don.
Au sens de présent, il n‘y a de temps que le présent. Passé, futur sont des fabrications de l’esprit humain. S’il n’y a que le présent, on a affaire à l’éternité. De toute éternité, Jean-Baptiste devait exister, Pierre devenir un de ses interprètes. Cela vaut, même si on croit au passé et au futur.
Soit le moment présent, il passe mais il sera toujours vrai qu’il a eu lieu. Le présent devenant passé passe mais ne s’efface pas. Tout est mémorisé au moment où cela se vit, s’effectue, indépendamment des souvenirs qu’on en garde ou qu’on oublie ou qui reviennent avec un goût de madeleine. Pas besoin de partir à la recherche du temps perdu. Tout est mémorisé dans l’instant, peut-être dans les nombres-univers.
Jeuh suis vieux de toute l’histoire, impossible à raconter, de la Vie dans l’univers. Mon microbiote, ce sont des bactéries colonisatrices vieilles de plusieurs milliards d’années. Mon ADN me survivra un million d’années après moi, rendant possible mon clonage. (rire)
Soit le futur. Je m’installe dans le canapé et je décide que je vais bien alors que je suis mal. Je respire amplement, abdominalement, avec des lunettes roses et ce futur agit sur mon état présent. En 15’, je me sens mieux. La méthode d’Émile Coué.
Le corps occupe l’essentiel de votre monologue, jusqu’à ce corps d’hypocondriaque, dévorant tous les autres corps, qu’il use en les mettant à son service.
Surgit alors, à la fin, quand se disent les mots qui agitent, le mot âme, précédant le mot corps.
Cela me permet d’achever la légende à laquelle je crois. Il n’y a pas d’âme individuelle que les religions décrètent immortelle, pas d’âme immortelle de Molière, pas d’âme immortelle de Pierre,

il n’y a qu’une âme, éternelle, une source, infiniment créatrice, un souffle, éternellement créateur, une âme-Vie à voir peut-être comme un Océan de copulation kosmorgasmik mais peut-être aussi comme un Vide créateur

(le vide qui fait le bol du potier, synecdoque du contenant dans lequel je mets le contenu que jeuh veux)

s’incarnant à tel moment du présent en Jean-Baptiste, à tel autre en Pierre, comme une transmission de relai, ici le relai du jeu théâtral

le jeu théâtral comme métaphore-métonymie-synecdoque peut-être du jeu cosmique,

selon la formule énigmatique d’Héraclite

« Le temps (aiôn et pas chronos) est un enfant qui joue. La royauté de l’enfant »

l'éternité du jeu théâtral comme il y a éternité du jeu de l'aiôn

Le relais du jeu théâtral, de ses masques de comédie, avec Jean-Baptiste et Pierre.

Avec Médée, le relais du jeu théâtral, avec ses masques de tragédie.


Quand l’âme éternelle s’incarne en vous, Pierre, que vous en ayez conscience ou pas, Pierre, vous êtes agi et vous agissez sous le pharmacon implicite de la Vie créatrice : Tu es mon bien-aimé dans ta singularité, ton unicité. Je t’ai donné forme, alors éclate-toi, que je sois le témoin de ton engagement joyeux, corps et âme, pour Molière. Mets-toi en état de flow.

"Si je grimpe en solo intégral, ce n’est pas tant pour atteindre le sommet que pour atteindre cet état de flow. Peu importe ce que je fais, tant que je suis dans cet état, je suis heureux. Notre inconscient veut qu’on le libère." Dean Potter

Pour mettre un mot sur ce travail de longue durée et mystérieux d’un personnage en vous, vous employez le mot métamorphose.
Ne dit-il pas que le Jeuh que nous croyons être se métamorphose, se dissout en flou certes romanesque, en légende mais plus subtilement en flou quantique.
Le mot Matériau(x) dans le titre ne renvoie en aucune manière à des objets matériels, physiques, corporels. Il renvoie dans votre monologue à de subtiles métaphores filées, à des signes ténus.
Il renvoie sur le plateau, en répétition, la nuit, dans votre quotidien, à des Vibrations, des Informations, des Energies,  subtiles, infimes mais à fortes résonances, comme le suggèrent les 3 lettres du mot VIE.

 

Jeanne-Claude Grosse, le 8 décembre 2023.

ma légende de Molière et Pierre

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