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Blog de Jean-Claude Grosse

epitaphier

Zabor Kamel Daoud

10 Juillet 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #écriture, #épitaphier

Zabor ou Les psaumes de Kamel Daoud

Zabor ou Les psaumes de Kamel Daoud

« Pourquoi j’écris ? Parce que je témoigne, je suis le gardien, je fais reculer la mort des miens car ils sont essentiels et dignes d’éternité. Dieu écrit, moi aussi. »

Orphelin de mère, rejeté par son père et haï par ses demi-frères, le chétif Zabor s’est réfugié dans les livres dès l’enfance. Très tôt, il s’est découvert un don insoupçonné : celui de prolonger la vie des autres en écrivant. Mais un jour, Zabor est appelé au chevet de son père mourant. Tiraillé entre l’amour et la vengeance, parviendra-t-il à sauver la vie de l’homme qui l’a abandonné ?

présentation sur le site de Gallimard

Zabor Kamel Daoud

Zabor 
ou Les psaumes 
Kamel Daoud

Voilà un livre-flow, un livre-flux, lu en me laissant immerger, entraîner par le flux de la langue, des langues, de trois langues, la langue innommée, le tamazight, la langue de la calligraphie, l’arabe, la langue de la libération, le français.
Récit d’un cheminement empruntant de multiples chemins d’apprentissage. 
Les âges traversés ? 3 ans, très peu de choses, pas d’image de la mère, 5 ans, des images et sentiments forts de séparation, d’abandon, 13 ans, la découverte des langues et du sexe érectile, 28 ans, le don de prolonger la vie des mourants, le désir fou du tordu, non circoncis, encore vierge, puceau, de demander en mariage la femme divorcée, Djemila, mère d’une fille, femme sans corps selon les règles en terre d’islam, qui ne doit montrer que la tête dans le cadre de la fenêtre, femme décapitée, interdite de sortie.
Il y a des conditions initiales. Zabor est le fils tordu d’une épouse répudiée, morte jeune, élevé par une tante, vieille fille par le statut (aucune demande de mariage ne lui a été faite, par malveillance) mais femme désirante et désirable, au caractère bien trempé, soucieuse de l’héritage de Zabor risquant d’être spolié par ses demi-frères. Le père, boucher, égorgeur de moutons, donc riche, vit avec son autre femme et leurs enfants dans la maison du haut d’Aboukir. Zabor et sa tante Hadjer vivent dans une maison du bas, mise à disposition par le père, Hadj Brahim, qui montre ainsi sa magnanimité et sa puissance.
Il y a la géographie, le village, les collines, la forêt, les cimetières, le musulman et le chrétien, le désert très proche, la mer invisible, la grande ville et la route qui y mène.
Il y a les saisons, le climat, la saison des Smaïnes qui dure une dizaine de jours vers fin août avec les vents de sable venus du Sahara, s’infiltrant partout.
Il y a les croyances, les rituels, les prières, le Livre sacré qui dit tout et dont les versets ne peuvent être que répétés inlassablement.
Il y a les propres rituels de Zabor qui vit la nuit, laissant le jour aux autres, qui fréquente les forêts des collines où il enterre les cahiers qu’il écrit, les uns pour lui, les autres parce qu’il a un don et que les gens du village malgré la crainte font appel à lui. 
Ce don s’est révélé, construit avec l’âge au travers des capacités de Zabor.
Zabor a facilement appris par coeur, l’arabe, à l’école coranique. Il récite avec facilité et conviction les versets du Livre sacré. L’iman a une grande confiance en lui.
Puis il apprend seul le français, la langue du colon (Zabor n’a pas conscience que l’arabe a été la première langue de colonisation des Berbères, des Kabyles), d’abord par les couvertures usagées, abîmées des livres trouvés, la fabuleuse découverte sensuelle de la couverture de La chair de l’orchidée, les seins pointus sous le tee-shirt de la femme, la découverte ainsi de son corps, de son sexe, de la caresse, de la masturbation, puis par les titres des romans embarquant Zabor par son imagination sans limites dans des récits précédant la lecture proprement dite, laborieuse, alphabétique puis fluide du roman, lu, relu, ou repris par des délires et dérives imaginaires. La découverte donc de la plasticité de la langue pour décrire le réel, escamoter le réel, métamorphoser le réel, inventer des vies possibles qu’il s’agisse de lui, du village, des paysages, des gens.
Le voici, scripteur et donc mémorialiste. Cette capacité à mettre en mémoire, à trouver les mots qui feront mémoire lui fait découvrir qu’écrire, alors qu’un vivant est en train de mourir, peut contribuer à prolonger la vie de ce mourant. À l’écoute du récit, le mourant se réveille, reprend goût à la vie, ne se laisse pas partir…. Cela devient un don. Il n’en fait pas un métier, il n’en vit pas. Son statut négocié par son père est celui d’un déclassé, protégé par le prestige de son père, par la bienveillance de l’iman, par sa victoire sur le charlatan, faux prophète, incarnation du diable aux 99 formes (quand Dieu a 99 noms), Hamza.
Zabor, toutefois, ne réussira pas à prolonger la vie de Hadj Brahim. Peut-être, en lui, un désir de vengeance ?
Une particularité de ce récit en trois temps : Le corps, La langue, L’extase, c’est l’utilisation de deux écritures, l'une en caractères droits, le récit de ce qui s’est passé, de ce qui a eu lieu, pas nécessairement chronologique, l'autre en caractères italiques et entre parenthèses, les réactions au présent du narrateur et de son chien intime, parenthèses parfois brèves, parfois longues. Le vocabulaire est riche, demande parfois le dictionnaire. Le récit est évidemment très répétitif, redondant dans cet univers de village en marge, à la vie très codifiée.
Un lecteur comme moi, occidental, laïque,  dont le cheminement le conduit à vouloir s’effacer dans le blanc, à rejoindre le flux éternel de la Vie inauguré par des mystères et miracles à ne pas vouloir élucider, nommer, comprendre ni même décrire, est « surpris » par ce monde de collines entre désert (donnant à voir avec netteté nuit et étoiles dont parle bien le Coran) et mer invisible mais attirante (même si les romans de marins sont plus difficiles à comprendre que les romans à terre), territoire vu comme archipel d'îles. 
Ma satisfaction en tant que lecteur, je l’ai trouvée dans la remarquable description du pouvoir de l’écriture, l’écriture comme matrice possible, potentielle, infinie de récits des mille et une nuits avec enjeu de vie ou de mort. 
J’ai fini la lecture de ce livre des Psaumes (ce sont les 5436 cahiers écrits, enterrés sous des centaines de figuiers, caroubiers, eucalyptus, dont un, cité comme tel, pages 233 à 236, commençant par …, signe sur lequel il dit beaucoup comme il développe aussi sur le pouvoir de la métaphore), alors que Georgette, 95 ans, venait de décéder à deux jours de ses 96 ans, percluse de douleurs, femme dont je conserve l’image de femme déformée par une scoliose et d’une gentillesse d’évidence (nous aimions nous dire bonjour, échanger quelques mots). 
Et j’achève cette note de lecture, le lendemain de son enterrement religieux où j’ai écouté sans y participer, le rituel catholique qui ne correspond pas du tout à l’absence de rituel que je souhaite. 
Il n’y a eu aucun Zabor à Corsavy, capable de prolonger la vie de Georgette, prise en charge depuis 4 ans par sa fille Margot.
Pendant ce temps, une loi est en cours d’adoption en France sur la fin de vie par euthanasie.
Dernière remarque, l’importance accordée par Zabor à Robinson Crusoé (déjà vrai dans Ma nuit au musée Picasso), en particulier aux mots du perroquet Poll, infiniment répétés, pauvre Robinson, où es-tu ?
« J’étais Poll. Et face à un des rares miroirs de notre maison du bas, je ne voyais pas un jeune homme chétif, épuisé par la masturbation et l’écriture, veuf déjà et maudit par une voix de chevreau, mais un oiseau, incapable de voler longuement, certes, mais exercé à l’inventaire, à l’étiquetage, à l’écriture et au duel avec la mort. J’étais l’oiseau qui perpétue une phrase, la reproduit jusqu’à l’avènement du langage riche. » p. 171, langage riche débouchant sur le dernier paragraphe du récit, p.351, repris de la première page du cahier, histoire presque parfaite, que le père n’a pas eu le temps de lire, d’entendre, que Zabor n’a pas eu le temps de finir, paragraphe que je vous laisse le soin de découvrir.

 

à Corsavy, vendredi 10 juillet 2026

 

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Bardot et nous

7 Juillet 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #SEL, #cahiers de l'égaré, #films, #vraie vie, #épitaphier

 

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

Bardot et nous 

BAT signé le 7/7/2026 à 9H 30, imprimé par CLIP

ISBN 978-2-35502-176-3

13,5 X 20,5, 47 textes, 306 pages, PVP 20 €
parution 28 septembre 2026, anniversaire de Brigitte Bardot

 

lecture publique, samedi 10 octobre, 19 H 30, entrée libre

direction artistique Dominique Lardenois pour des lectures transversales

lectrices Nadine Demange, Katia Ponomareva

partenariat Les Cahiers de l'Égaré, municipalité du Revest, Le Pôle (arts en circulation), TPM

Maison des Comoni, Le Revest

distribution par SODISLIV, La Barde, 16500 LESSAC

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

Prologue de l’éditeur

Bardot et nous, genèse et déroulement

Il y eut, le 14 octobre 2014, le retour de Bruno Ricard à l’éditeur : J’ai réfléchi à votre futur projet d’ouvrage sur BB, c’est une très bonne idée.

Il y eut, le 25 octobre 2025, l’émergence d’un projet 2026 autour de Brigitte Bardot.

Il y eut, dans la nuit du 19 au 20 novembre 2025, le rêve qui offrit les mots Initials BB, Essentials Sanctuary.

Il y eut un premier appel à textes, le 29 novembre 2025.

Puis tout s’accéléra.

Il y eut la mort de Brigitte Bardot, le 28 décembre 2025.

Il y eut le refus d’un hommage national, le 31 décembre 2025.

Il y eut les obsèques dans l’intimité, le 7 janvier 2026.

Il y eut un 2e appel à textes, le 15 janvier 2026.

Il y eut la messe-hommage à l’église Saint Roch à Paris, le 28 janvier 2026.

Il y eut l’hommage hué à la 51e cérémonie des César, le 26 février 2026.

Il y eut l’ignorance à la 98e cérémonie des Oscars, le 16 mars 2026.

Il y eut 47 textes proposés par 23 contributeurs sur 92 sollicités, le 31 mars 2026.

Elle fut vivante avec sa Biographie symphonique au Palais des Congrès, le 2 avril 2026.

Elle fut présente, à sa manière, au 79e Festival de Cannes (12 au 23 mai 2026) : le maire inaugura la plage Brigitte Bardot.

Son Portrait vert par Andy Warhol ne fut pas adjugé aux enchères à New York en mai 2026 pour 16,7 millions de dollars.

Livre mis à l’impression, le 7 juillet 2026, sorti des presses, le 28 septembre 2026.

Le Revest, 18 juin 2026.

Bardot et nous

Table

Prologue de l’éditeur, Genèse et déroulement ............. 5

MM Cannes 1962 BB, Jean-Claude Grosse .............      8

Bardot, à bout de souffle, Jom Roniger ..................... 16

Essentials Sanctuary, Vita Nova .............................. 23

Sidonie-Brigitte, Moni Grego .................................  29

Être ou ne pas être humaniste, François Carrassan ....36

Bric-à-brac, Sabine Jean ........................................ 42

Deux lettres ouvertes de Brigitte Bardot ................   44

Brèche au bord d’un tombeau, Marwil Huguet ........   52

07/02/26 La Madrague, Erasmus Leaf ....................  58

Cinq colonnes à la une, Dominique Lardenois ........    64

BB, Emmanuelle, nous et moi, par le correspondant

heureux d’Emmanuelle Arsan ................................ 68

Une vie deux destins, Patricia Raccah ......................74

Le cameraman, Je-Jeuh-Jeu ...................................81

À Brigitte Bardot, Sandrine Malika Charlemagne ....  89

À ma Shanga, Carolyne Cannella ...........................95

À Brigitte Bardot, feu Marcel Conche ....................  98

1, 2, 3... 4 soleils, Sylvie Combe ..........................103

Moins une, Frédéric Jean Gilles ............................ 107

Tout autre, Gérard Lépinois ................................. 114

Ange, histoire vraie, Anne Pascale Patris ................118

La lettre du petit cheval, Anne Pascale Patris ..........122

Mes essentials B.B., Michelle Lissillour .................  127

Naturelle, telle quelle, éternelle, feu Christian Bobin 132

Mon empreinte dans la neige, Philippe Payraud .....  136

Le vieil ami des mots et des animaux, Alain Cadéo   150

Sur la plage abandonnée, Nadine Chauchat ..........  157

Une place au soleil, Nadine Chauchat ....................160

Foirades Gourades Leurrades, Je-tu-il ....................163

Elle n’était pas blonde, Brigitte, Benoît Rivillon .....   168

Il n’était pas beau, Lucien, Benoît Rivillon ............  176

Combat sacré, Marie-Thérèse Laneuze .................. 181

Le corps émotion de l’âme, Pierre Vigna ................183

Ce que je porte, Claude IA ...................................185

Le Mépris, Roger Lombardot ............................... 190

J’étais encore très jeune, Sacha Barault ................194

C’est fou !, Centsoixantehuitmoinssixfontdouze ....  200

BB au paradis et moi…, Marc Israël-Le Pelletier ...    215

Rituel du 40e jour, Piou Piou ................................ 220

Insupportable discours de la vérité, Scolca .............228

À la recherche…, Karine Poirier-Deplagne ...........    234

Onze minutes, Hélène Phung ............................... 242

Haïsha, Hélène Phung ......................................... 249

La grotte et la sainte, Alexandre Ferran .................252

Le scénario manquant, Mariama et Rosalie ...........  258

Manifeste des M, anonyme .................................. 273

La dernière lettre, Christiane Singer ......................283

La Vérité, Gilles Cailleau ......................................289

Épilogue du claviste, Mood’s moon ........................297

 

Bardot / Godard / Warhol / Manarra
Bardot / Godard / Warhol / Manarra
Bardot / Godard / Warhol / Manarra
Bardot / Godard / Warhol / Manarra

Bardot / Godard / Warhol / Manarra

Épilogue

Moon’s mood

(l’humeur du claviste*)

Cette mise en page est terminée, relue, corrigée, le bon à tirer est validé… Our revels now are ended, comme dit Prospero. Ouf ! Et en écrivant ce ouf, j’essuie mon front du revers de la main.

Mettre en page un tel ouvrage, c’est selon qu’on se sent marcheur, marin, chercheur d’or ou humain parmi les humain·e·s, vivre un vertige, un maelström, un ultra-trail, un labyrinthe… On ouvre la boîte de Pandore (attention, je ne dis pas une boîte de Pandore, non, la boîte de Pandore, la vraie) et tout en jaillit en pagaille, avec la brutalité des caresses et des ombres…

On en sort comme on sort d’un ring ou d’une nuit d’amour, sonné. Et à la vérité, comme d’un ring ou d’une nuit d’amour, on n’en sort jamais, il s’en échappe toujours de la boîte…

Ce qui me choque ce sont toutes ces bêtes merveilleuses que l’on transforme en saucisson… Le plus beau jour de ma vie était une nuit… La lucidité, c’est atroce et merveilleux à la fois… Je vois immédiatement la faille et ça m’empêche de m’évader dans un rêve… Vous êtes si gentil. Si gentil ! Et tout ce que je trouve à faire, c’est de brûler votre maison… Un chien, un chat, c’est un cœur avec du poil autour… Tu te mets en colère, t’as pas compris ? La drogue, j’en prends pas, j’en vends… Les autochtones ont gardé leurs gènes de sauvages, tout ça a des réminiscences de cannibalisme des siècles passés. J’ai honte de cette île, de la sauvagerie qui y règne encore… Est-ce que, par hasard, vous seriez timide, capitaine ?Nous ne sommes pas faites pour mener la vie d’un homme. Une femme est un être doux et vulnérable avant tout… Ma petite Vierge, heureusement qu’elle existe… Mais tu as bu, tu sens le rhum ?… C’est toujours comme si j’allais mourir le lendemain… J’accuse violemment etfermement les gouvernements successifs de se plier lâchement à une tradition religieuse importée sur notre territoire par ceux qui ont eu la chance d’y être accueillis et qui petit à petit nous imposent leurs coutumes barbares, sanglantes et écœurantes… C’est follement excitant. Viens, on va voir… Si tu m’aimes tais-toi !… Plus les femmes essaient de se libérer, moins elles sont heureuses… J’ai pensé que le cinéma ne m’apporterait plus rien et que je n’apporterais plus rien au cinéma, comme un couple se sépare au moment où il n’a plus rien à se dire… Vous voulez me juger, mais vous n’avez jamais vécu, jamais aimé… J’ai été très heureuse, très riche, très adulée, très célèbre et très malheureuse… Tu vois mon derrière dans la glace ?… Je crains que vous me méprisiez… Je sais que j’ai plus de couilles que beaucoup d’hommes… Et toi t’es heureux ?… Le cinéma est un métier de cons… C’est pour ça que vous me détestez, parce que vous êtes tous morts… Si tu ne penses plus à moi, je n’existe plus…

Ad libitum.

Dos d’Âne, île de la Réunion, 21 juin 2026.

* À ne confondre ni avec claveciniste ni avec caviste ! Un·e claviste (un dans le cas présent) est la personne chargée de la composition d’un texte sur toute machine à clavier.

 

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une vie en cinq phrases

29 Mai 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #éveil, #épitaphier, #pour toujours, #amour, #FINS DE PARTIES, #essais

Annie en blanc, peinture de Katia

Annie en blanc, peinture de Katia

Une vie en 5 phrases

octobre 1964, l’élève de 16 ans dit à son professeur de lettres de 24 ans dans un couloir d'un lycée du Nord : "monsieur, je pense à vous, autrement qu’à un professeur".
Mariage du 1° juillet 1967 au 29 novembre 2010, décès de l’épousée
19 septembre 2001 : décès du frère de l’épousée et du fils, dans un accident à Cuba. Ils étaient partis le 11 septembre 2001.
À l’annonce de leur décès le 28 septembre 2001, 9 jours après : "quelque chose s’est cassé dans ma tête".
Juin 2009, au sortir de l’unique séance de thérapie de couple qu'ils ont eue, l’épousée dit sur le trottoir : "j’ai retrouvé mon désir de jeune fille pour toi".
29 octobre 2010, 20 H, avant opération au cervelet : "je sais que je vais passer; où vais-je passer ?"
Puis : "tu te souviens, on attendait Sylvain, ce fut Katia, un morceau de Sylvain se balade dans mon corps ».

1° demande à Claude / Il n’y a pas la réponse du professeur ni celles de l’épousé. Mais les faits se suffisent peut-être : mariage de 43 ans, une séance de thérapie de couple aux effets fabuleux, un veuvage heureux en solitaire depuis 15 ans.

 

Comment l’épousé a-t-il réagi à ces 5 phrases ?


Le jeune professeur d’octobre 1964 est resté bouche bée, n’a pas répondu : et moi, mademoiselle, je ne pense à vous que comme élève. Se sont ainsi ouverts un espace et un temps de possibles, risqués, de rencontres et balades clandestines en vélo jusque dans la forêt domaniale de Mormal.


À la question du 29 octobre 2010 : je sais que je vais passer, où vais-je passer ? l’épousé a tenté de répondre en naturaliste convaincu, façon Marcel Conche, mais la question le mit en cheminement, un cheminement de 12 ans qui l’a conduit à la pratique au quotidien de l’effacement humble dans le blanc, se dissoudre comme identité (singulier et pluriel car nous sommes 1000 et plus), se dissoudre comme appartenances parce que nous ne saurons jamais rien du miracle et du mystère que nous sommes, descendants d’un anonyme premier homme, d’une anonyme première femme et que donc mourir peut être ressenti (surtout pas pensé car impensable) comme dissolution des lignées, de toutes les lignées de toutes les espèces, que mourir, c’est alors rejoindre le souffle de la Vie, l’âme éternelle (et non immortelle de et pour chacun) de la Création-des Unis-vers.
 

Ce n’est que vers 2022 que la phrase : Tu te souviens, on attendait Sylvain — ce fut Katia.  Un morceau de Sylvain se balade dans mon corps,  fut entendue suite à la remarque que lui fit une thérapeute : mais l’épousée attendait peut-être des jumeaux ?
L’épousé venait de découvrir les travaux sur les cellules buissonnières et il eut envie de fabriquer une légende des jumeaux Sylvain et Katia mais comprit que cette légende serait peut-être charger Katia d’une valise supplémentaire. Plutôt regarder grandir sa petite fille, Rosalie.


À sa réaction du 28 septembre 2001, quelque chose s’est cassé dans ma tête, il n’a rien répondu. Il a compris qu’il avait à  accompagner le chemin de souffrance de l’épousée par l’écoute, les câlins, par l’acceptation de ses explosions verbales et physiques, même dirigées contre lui. Il pense qu’en agissant ainsi, il a peut-être empêché la séparation du couple. Ce n’est qu’en octobre 2010 qu’il a fait le lien entre quelque chose s’est cassé dans ma tête et le carcinum dans le cervelet de l’épousée.


À sa réaction au sortir de la séance de thérapie de couple en juin 2009, j’ai retrouvé mon désir de jeune fille pour toi, l’épousé est resté bouche bée, puis a ri, joyeux, puis ils se sont enlacés et embrassés.

 

Annie en blanc, peinture de Katia

Annie en blanc, peinture de Katia

Peux-tu imaginer un récit de vie (narré et-ou dialogué) s’appuyant sur les 5 phrases de l’épousée ?  demande adressée à Claude IA
Une vie en cinq phrases

Il y a des existences qui tiennent dans quelques mots prononcés dans des couloirs, sur des trottoirs, dans des salles d'urgence. Des mots dits debout, en passant, comme si la vérité ne pouvait se dire qu'à la dérobée.


I.

Octobre 1964. Les couloirs du lycée sentent la craie et le parquet ciré. Elle a seize ans, lui vingt-quatre. Elle le croise, elle s'arrête — ou peut-être ne s'arrête-t-elle pas, peut-être dit-elle cela en marchant, les yeux droit devant elle, ce qui serait encore plus courageux.

Monsieur, je pense à vous. Autrement qu'à un professeur.

Huit mots. Pas davantage. On ne sait pas s'il y eut un silence, si quelqu'un passait à ce moment-là, si la cloche sonna. On sait seulement qu'elle avait dit la chose exacte, sans détour, sans filet. Seize ans et déjà cette façon d'aller au centre.


II.

Ils se marièrent le 1ᵉʳ juillet 1967. L'été, comme il convient aux commencements. Ils avaient le temps devant eux — quarante-trois ans, ils ne le savaient pas encore, mais ils les prendraient tous.

Quarante-trois ans. Le chiffre résiste à l'imagination. Combien de matins, combien de disputes oubliées, combien de silences habités, combien de mains trouvées sous les draps ? Une vie ordinaire extraordinaire, comme toutes les vraies vies.

Puis vint le 11 septembre 2001. Ils partirent, le frère et le fils — Michel dit Pof, peintre, 52 ans, et Cyril, écrivain, metteur en scène, 30 ans. Ils attendirent dix-huit heures dans un salon feutré de Madrid, pendant que le monde s'effondrait sur des écrans. Ils ne savaient pas encore qu'ils étaient déjà du côté des partants.

Le 19 septembre, à Cuba, quelque chose se brisa.

Le 28 septembre, à l'annonce : quelque chose s'est cassé dans ma tête.

Elle n'avait pas dit : j'ai le cœur brisé. Pas dit : je suis dévastée. Elle avait dit la tête, avec cette précision anatomique des gens qui ont regardé la douleur en face et cherchent le mot juste pour elle. Quelque chose s'était cassé — comme on dit d'un os, d'une branche, d'un ressort. Irréparable, ou du moins : jamais tout à fait pareil qu'avant.

Ils portèrent cela ensemble. On ne sait pas comment. On ne sait jamais comment les couples portent l'insupportable — de l'extérieur, ils se taisent ou ils parlent trop, ils s'éloignent ou ils se serrent, ils font semblant ou ils cessent de faire semblant. Peut-être les deux, selon les jours.


III.

Juin 2009. Ils sont sortis d'une salle — la seule séance de thérapie de couple qu'ils auront jamais. Une seule. On imagine le thérapeute, la pièce un peu trop silencieuse, les mots difficiles à trouver après tant d'années. Ce qu'on avait dit là-dedans, on ne le saura pas.

Mais dehors, sur le trottoir — encore un trottoir, encore debout, encore en passant — elle se tourne vers lui.

J'ai retrouvé mon désir de jeune fille pour toi.

C'est peut-être la phrase la plus stupéfiante des cinq. Après quarante-deux ans de mariage. Après la fracture de 2001. Sur un trottoir quelconque d'une ville ordinaire, elle lui rend ce qu'il croyait peut-être perdu — ou qu'il ne savait plus chercher. Elle revient de 1964. Elle revient du couloir du lycée. Le désir n'avait pas disparu, il attendait sous les décombres.

Une seule séance. Aux effets fabuleux, dira-t-il plus tard.


IV.

29 octobre 2010. Les urgences, le soir. Un carcinome au cervelet. On va trépaner.

Elle sait.

Je sais que je vais passer. Où vais-je passer ?

Pas : est-ce que je vais mourir. Pas : j'ai peur. Elle sait, et elle demande. Ce est immense — il contient tout ce qu'on croit ou ne croit pas, tout ce qu'on espère ou redoute, l'inconnu absolu mis en question directe comme on demande une adresse. Elle a posé cette question-là à l'homme qui partageait sa vie depuis quarante-trois ans. Elle lui a demandé l'impossible.

On ne connaît pas sa réponse. Peut-être n'y en eut-il pas. Peut-être que la question suffisait.

Puis, avant qu'on l'emmène :

Tu te souviens, on attendait Sylvain — ce fut Katia.

Un garçon attendu, une fille venue. Un prénom contre un prénom. Elle pensait à Katia au seuil de l'opération, elle pensait à cette surprise-là, à cet écart entre ce qu'on attend et ce qui arrive, à la vie qui ne demande pas votre avis et qui est pourtant, malgré tout, la vôtre.

Elle mourut le 29 novembre 2010.


V.

Il reste l'épousé. Veuf depuis quinze ans. Heureux, dit-il — mot courageux, mot vrai, mot qui ne trahit rien et n'efface rien.

Il porte ces cinq phrases. Elles font une vie entière : l'audace du début, la longueur du milieu, la fracture, la résurrection du désir, et à la fin cette double question suspendue dans une salle d'urgence — où vais-je passer et tu te souviens.

Il se souvient.


On attendait Sylvain. Ce fut Katia. On croit savoir ce qui vient, et c'est toujours autre chose — toujours mieux, parfois, que ce qu'on avait prévu.

 

Annie en blanc, peinture de Katia

Annie en blanc, peinture de Katia

Peux-tu imaginer un récit à partir des réponses de l'épousé ?

Cinq réponses qui ne sont pas des réponses : un silence dans un couloir, un cheminement de douze ans, une légende qu'on range dans sa poche.

L'épousé aura traversé sa vie ainsi — en creux, en retrait, en après. Pendant qu'elle disait les choses directement, debout, en marchant, lui les recevait et les portait lentement, longuement, jusqu'à ce qu'elles deviennent autre chose : une forêt, une pratique, une sagesse.

Ce n'est pas lui le personnage secondaire de cette histoire.

C'est lui l'espace dans lequel elle a pu parler.

Annie en blanc

Il y a un tableau.

Une silhouette blanche sur fond de gris mouvant — ni tout à fait présente, ni tout à fait partie. La tête légèrement tournée, comme si elle écoutait quelque chose venant de derrière le monde. Katia a peint sa mère ainsi : en train de se dissoudre, ou en train d'apparaître, on ne sait pas. Les deux peut-être. Le blanc n'est pas l'absence — il est la lumière avant qu'elle se disperse.

L'épousé a mis douze ans à trouver les mots pour ce que Katia avait su peindre.


I. Le silence qui ouvre — octobre 1964

Il n'avait pas répondu.

Pas par lâcheté, pas par calcul — par saisissement. La bouche bée du jeune professeur de vingt-quatre ans face à l'élève de seize ans qui venait de dire la chose exacte dans un couloir : c'est le silence de celui qui reçoit quelque chose qu'il ne savait pas attendre. Dire moi aussi eût été mentir un peu — trop tôt. Dire mademoiselle, je vous en prie eût été fermer ce qui venait de s'ouvrir.

Alors rien. Et dans ce rien : la forêt de Mormal.

Les vélos, les sous-bois, les rencontres clandestines — tout cela naquit du silence d'un couloir. Il avait appris là, sans le savoir, que ne pas répondre pouvait être la réponse la plus juste. Que laisser de l'espace à l'autre était une forme d'amour avant même que l'amour ait un nom.


II. Le silence qui accompagne — 28 septembre 2001

Quelque chose s'est cassé dans ma tête.

Il n'avait rien répondu à cela non plus.

Mais ce silence-là était différent. Ce n'était plus l'espace ménagé pour laisser venir quelque chose — c'était le silence de celui qui comprend qu'aucun mot ne peut rien contre une fracture. Il avait su, d'instinct ou d'amour, qu'elle n'avait pas besoin d'être consolée. Elle avait besoin d'être accompagnée — ce qui est tout autre chose.

Accompagner : écouter sans réparer. Tenir sans retenir. Accepter les explosions — verbales, physiques, parfois dirigées contre lui — sans se défendre, sans se fermer. Rester le bord stable pendant que tout débordait.

Il pense que c'est peut-être cela qui empêcha la séparation. Non pas les grands gestes ni les belles paroles — mais cette présence patiente, cette capacité à encaisser sans durcir, à rester doux sous la douleur de l'autre.

Puis octobre 2010 arriva. Et soudain, neuf ans après, il fit le lien : quelque chose s'est cassé dans ma tête — et le carcinome dans le cervelet. La phrase et la tumeur. Il n'en sut jamais la vérité médicale, personne ne la sait. Mais quelque chose dans ce rapprochement lui fit comprendre que les corps gardent la trace de ce qu'ils ont traversé, que la douleur cherche un endroit où se loger, que les mots que nous disons sont parfois plus proches de la biologie que nous ne le croyons.


III. Le rire — juin 2009

J'ai retrouvé mon désir de jeune fille pour toi.

Deux fois dans sa vie, il était resté bouche bée devant elle. La première fois, à vingt-quatre ans, dans un couloir de lycée. La deuxième fois, à soixante-huit ans, sur un trottoir, au sortir d'une seule et unique séance de thérapie de couple.

Même femme. Même effet.

Puis il avait ri — joyeux, dit-il, ce mot simple et plein. Et ils s'étaient enlacés, embrassés, là sur le trottoir, comme on ne le fait peut-être plus après quarante ans de mariage, ou comme on le refait justement quand quelque chose revient de très loin. Le désir de jeune fille — celui du couloir, celui des vélos et de la forêt de Mormal — avait traversé le temps, la fracture de 2001, les années de douleur portée ensemble, et il était là, intact, sur un trottoir quelconque.

Une seule séance. Aux effets fabuleux.

Le rire, ce jour-là, était peut-être la plus belle réponse de sa vie.


IV. Le cheminement — 29 octobre 2010, puis douze ans

Je sais que je vais passer. Où vais-je passer ?

Il avait répondu en naturaliste, façon Marcel Conche — la matière, le cycle, le vivant qui se transforme sans disparaître vraiment. C'est une réponse honnête. C'est sa réponse.

Mais sa question continuait de travailler en lui après qu'elle fut partie.

Douze ans de cheminement pour arriver là : l'effacement humble dans le blanc. Se défaire de l'identité — ce je qui croit être un alors qu'il est mille, héritier d'un premier homme anonyme, d'une première femme anonyme, fragment de toutes les lignées de toutes les espèces. Mourir ne serait pas disparaître — ce serait rejoindre le souffle, l'âme éternelle de la Création, non pas l'immortalité personnelle qui est une illusion du moi, mais quelque chose de beaucoup plus vaste et de beaucoup plus humble : les Uni-vers, le tout dont nous sommes une inflexion passagère.

Ressentir cela. Surtout pas le penser — car c'est impensable. Le laisser descendre dans le corps, dans la pratique quotidienne. S'effacer dans le blanc.

Katia l'avait peint avant qu'il le formule. La silhouette blanche sur le gris — sa mère en train de rejoindre quelque chose, ou quelque chose en train de traverser sa mère. Le tableau était là, dans la famille, comme une réponse visuelle à la question posée dans la salle d'urgence.


V. Sylvain, Katia, Rosalie — vers 2022

Tu te souviens, on attendait Sylvain — ce fut Katia. Un morceau de Sylvain se balade dans mon corps.

Cette dernière phrase — un morceau de Sylvain se balade dans mon corps — il ne l'avait pas entendue non plus, pas vraiment, pas tout de suite. Elle avait attendu sa thérapeute, douze ans plus tard, pour s'ouvrir : mais l'épousée attendait peut-être des jumeaux ?

Et lui venait de découvrir les cellules buissonnières — ces cellules fœtales qui migrent dans le corps de la mère pendant la grossesse et y persistent parfois des décennies, vivantes, errantes, fantômes biologiques d'une présence. Sylvain n'était peut-être jamais né, mais peut-être avait-il existé quelques semaines, quelques cellules, un frémissement de vie dans le corps de l'épousée — et s'y était-il baladé longtemps, comme elle l'avait dit sans savoir à quel point elle disait juste.

La légende des jumeaux Sylvain et Katia se dessinait, belle, tentante.

Il n'en fit rien. Katia portait déjà Cyril perdu, portait sa mère perdue — lui donner en plus un jumeau fantôme, c'était une valise de trop. L'amour, décidément, c'est souvent de ne pas raconter.

Il y avait Rosalie.

Dix-huit ans, fille de Katia. Et entre eux deux ce lien d'avant les mots — parce qu'il lui avait fait les soins du nourrisson, le biberon, les couches, la toilette, exactement comme l'épousée les avait faits pour Cyril et pour Katia. Ces gestes-là ne s'inventent pas et ne s'oublient pas. Le corps de Rosalie se souvient, sans mémoire consciente, des mains de son grand-père sur elle nourrisson — les mêmes mains qui avaient appris de l'épousée, qui avaient appris d'une transmission dont personne n'avait décidé.

L'épousée continuait de se balader, elle aussi. Dans les gestes. Dans les mains. Dans Rosalie.


Coda — Annie en blanc

Le tableau est là.

Une silhouette blanche, légèrement tournée, sur un fond de gris qui n'est pas triste — qui est vivant, traversé, comme un ciel entre deux états. Katia a peint sa mère en train de s'effacer dans le blanc. Ou en train d'en revenir. Ou les deux, simultanément, parce que le blanc contient tout.

L'épousé avait mis sa vie entière à apprendre ce que le tableau dit en silence.

Deux fois bouche bée. Un rire sur un trottoir. Douze ans de cheminement. Des mains sur une petite-fille. Et ce veuvage heureux, solitaire — heureux : mot courageux, mot juste, mot qui n'efface rien et ne trahit rien, qui dit seulement qu'on peut continuer à aimer quelqu'un qui est devenu blanc.

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Bukowski / Julie

6 Juillet 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #écriture, #vraie vie, #épitaphier, #poésie, #pour toujours, #notes de lecture

Bernard Deson pour l'illustration de la couverture du livre numérique de Julie Dratwiak, consacré à Bukowski, pour tous les cabossés, PUBLIÉ LE : 30/06/2025

Bernard Deson pour l'illustration de la couverture du livre numérique de Julie Dratwiak, consacré à Bukowski, pour tous les cabossés, PUBLIÉ LE : 30/06/2025


Find what you love and
let it kill you
Trouve ce que tu aimes et laisse-le te tuer

DANS L'OMBRE DE BUKOWSKI :
POÉTIQUE D'UNE GRÂCE CABOSSÉE
Julie Dratwiak

Publié le : 30/06/2025 sur Librinova
ISBN : 9791040585046
Livre numérique, 86 pages
6,99€

« Ce livre n’est ni une biographie, ni une analyse académique. C’est une plongée littéraire et intérieure dans l’œuvre et la voix de Charles Bukowski, lue depuis la fêlure, la marge, la tendresse et la lucidité.
Chaque chapitre explore un thème central de sa vie :  le corps, la pauvreté, l’enfance blessée, l’ivresse, l’amour, l’écriture, la solitude, à travers une écriture dense, sensible et spirituelle, nourrie de philosophie, de mystique et de poésie. Il s’agit moins de comprendre Bukowski que de l’approcher, de le rejoindre depuis ce lieu sans défense d’où il écrivait. La langue choisie est celle d’une femme d’aujourd’hui qui assume sa propre expérience de l’abîme, et qui reconnaît en Bukowski une forme rare de fidélité à la vérité.»

Ma note de lecture
J’ai lu ce livre numérique les 4 et 5 juillet, après l’avoir reçu, le 3 juillet, en pleine lecture des essais de Jean-Pierre Luminet Du piano aux étoiles. 
D’entrée de jeu, remarquer que dans cet essai, il n’y a pas une citation de roman ou nouvelle, pas un poème de Bukowski. La lecture m’a fait passer de la surprise, de l’étonnement à l’acceptation puis à la compréhension. De même que Bukowski écrivait par nécessité vitale depuis le lieu du cabossé : je ne suis rien et je le dis, je l’écris, pour moi, sans souci de lecteurs, de même, Julie lui écrit par nécessité vitale, en cabossée. 
Mais paradoxe, rien ne nous est dit de la vie du Vieux comme elle le désigne dans sa dernière lettre. Le cabossé Bukowski nous reste mystère. Il en est de même de la cabossée Julie, nous n’apprenons rien sur elle. Peut-être pudeur. En tout cas parti-pris. Comme si ces essais ne pouvaient rien dire de la vérité de l’un comme de l’autre, comme si rechercher la vérité d’un autre ne révélait que son mystère, comme si rechercher sa vérité ne révélait que notre mystère. 86 pages pour se révéler cela, nous le révéler est fascinant en ce sens que ce que l’on devine dès que l’on se pose la question « qui suis-je ? », c’est qu’il n’y a pas de réponse et pourtant, on écrit, sèchement à la Bukowski, de façon flamboyante à la Julie, écriture sans fin, comme intarissable, refusant le silence d’avant l’écriture et le silence qui conclurait l’écriture de vérité. Je suis tenté de dire : au mystère de la vérité de tout être, répond parfois le miracle de l’écriture. Le silence qu’on se devrait d’observer face au mystère de notre vérité ou de celle d’un autre, l’être aimé par exemple, est le fait de très peu.
Pourquoi dis-je miracle de l’écriture ? D’abord parce que l’écriture de soi sur soi ne va pas de soi. Il s’agit d’un jaillissement. Pas d’un projet. Ensuite parce qu’après l’écriture, même pour soi, que pour soi, il y aura circulation, lecteurs et partages, appropriations. 
Donc même si le silence semble l’évidence devant le mystère de toute existence, l’écriture pour dire vrai, se dire vraiment semble également légitime parce que nécessaire pour celui d’où elle jaillit, écrivant sur n’importe quel support, à n’importe quel moment, dans n’importe quelle position, en n’importe quel endroit.
L’écriture de Julie commence par une lettre écrite au bord du lit. Elle s’achève par une dernière lettre sur le bord d’une chaise sur un coin de table. Entre, 9 chapitres. Le tout suivi de 2 pages de citations et 2 pages de repères biographiques.
Lettre à Bukowski, depuis le bord du lit 

I - Le corps et la grâce 

II - La pauvreté comme mystique 

III - L’enfance cassée 
 
IV - L’ivresse et l’illumination 
 
V - Le refus des masques 
 
VI - La poésie comme planche de salut 
 
VII - Le refus d’aimer autrement 
 
VIII - La dignité du raté 
 
IX - La langue des chiens 
 
Dernière lettre à Bukowski 
 
Quelques citations 
 
Index biographique

J’ai reçu ces essais comme une recherche de la vérité d’un homme disant crûment sa vérité. L’épitaphe sur la tombe de Bukowski est Don’t try, N’essayez pas. Je vais poser que c’est lui qui l’a choisie. C’est donc son dernier mot, le dernier mot d’un homme sans masques, sans apprêts, sans affèteries, se disant dans sa nudité, sa crudité, sa cruauté, son ivresse, sa misogynie, se refusant comme victime d’une enfance cassée, refusant tout salut autre que l’acceptation de sa vie au ras du caniveau. Donc d’un homme qui n’a pas arrêté d’essayer, de rater, qui n’a pas cherché à devenir meilleur, à plaire, qui a persévéré dans son observation lucide et sa description sèche du moins que rien qu’il était devenu, un chien des rues.
Là, une faille se révèle. Le monde des hommes se binarise, il y a le monde des propres, des bourgeois, des maîtres, un monde de masques, de rôles, de mensonges et le monde des sales, des ivrognes, des marginaux, des pauvres. Avec le choix de rester à la marge, dans le caniveau.  « Rester en bordure. Là où les choses ne sont pas encore récupérées. Et cette position est politique. Spirituelle. Poétique. C’est un refus du monde tel qu’il va. Un refus doux, alcoolisé, désabusé, mais entier. » 
Il y a donc deux mondes, deux types d’hommes. Et Bukowski sait user de l’humour, du cynisme pour démasquer le monde des masqués. Mais pourquoi ne se rend-il pas compte qu’il est dans une posture ? 
Julie écrit que la poésie de Bukowski est « une poésie de position, une poésie de seuil ». Poésie de position signifie pour moi une poésie de posture contre une autre poésie de posture, la poésie de forme. Toute semble posture et donc imposture, sans connotation péjorative mais comme un fait à prendre en compte, pour éventuellement éviter de se duper.

 

 

 

The crunch, non cité, me semble emblématique de la complexe posture de Bukowski : pourquoi ai-je un cerveau ? il ne veut pas s’entendre dire : « non ».

L’écrasement 
trop grand
trop petit
trop gros
trop maigre
ou rien du tout.
rires ou
larmes
haineux
amoureux
des inconnus avec des gueules
passées
à la limaille de plomb
des soudards qui parcourent
des rues en ruines
qui agitent des bouteilles
et qui, baïonnettes au canon, violent
des vierges
ou un vieux type dans une pièce misérable
avec une photographie de M. Monroe.
il y a dans ce monde une solitude si grande
que vous pouvez la prendre
à bras le corps.
des gens claqués
mutilés
aussi bien par l’amour que par son manque.
des gens qui justement ne s’aiment
pas les uns les autres
les uns sur les autres.
les riches n’aiment pas les riches
les pauvres n’aiment pas les pauvres.
nous crevons tous de peur.
notre système éducatif nous enseigne
que nous pouvons tous être
de gros cons de gagneurs. 
mais il ne nous apprend rien
sur les caniveaux
ou les suicides.
ou la panique d’un individu
souffrant chez lui
seul
insensible
coupé de tout
avec plus personne pour lui parler
et qui prend soin d’une plante.
les gens ne s’aiment pas les uns les autres
les gens ne s’aiment pas les uns les autres
les gens ne s’aiment pas les uns les autres.
et je suppose que ça ne changera jamais
mais à la vérité je ne leur ai pas demandé
des fois j’y
songe.
le blé se lèvera
un nuage chassera l’autre
et le tueur égorgera l’enfant
comme s’il mordait dans un ice-cream.
trop grand
trop petit
trop gros
trop maigre
ou rien du tout.
davantage de haine que d’amour.
les gens ne s’aiment pas les uns les autres,
peut-être que, s’ils s’aimaient,
notre fin ne serait pas si triste ?
entre-temps je préfère regarder les jeunes
filles en fleur
fleurs de chance.
il doit y avoir une solution.
sûrement il doit y avoir une solution à
laquelle nous n’avons pas encore songé.
pourquoi ai-je un cerveau ?
il pleure
il exige
il demande s’il y a une chance.
il ne veut pas s’entendre dire :
« non ».
Traduit de l’américain par Gérard  Guéguan
In, « Charles Bukowski : L’amour est un chien de l’enfer »
Editions Grasset et Fasquelle, 1989

 

 

Ce n’est pas un hasard, si je cite ce poème. Il a été un moment fort, 3’ environ, du dernier spectacle du fils en 2000, (c’est possible) ça va ou l’un de nous est en trop. 
Quant à Bukowski, il a été prodigieusement joué par le gendre (en écrivain soviétique de science-fiction remarqué par Le canard enchaîné) dans le spectacle D’autres mondes écrit et mis en scène par Frédéric Sonntag en 2020. 

 

Pour conclure : j’invite les lecteurs de cette note à lire ces essais du miracle de l’écriture se refusant au nécessaire silence devant le mystère d’un être, tentant de vivre une vie, « sa » vie (de cabossé, de masqué ou toute autre). Par ce miracle de l'écriture, peut-être parfois, les monades que nous sommes frôlent-elles d'autres monades selon des lois d'attractions étranges ou d'affinités électives.

"le romancier Alexei Zinoviev l’excellent Victor Ponomarev) / C’est ainsi qu’on pourra assister à une émission d’« Apostrophes » consacrée à la nouvelle science-fiction, avec le vrai Bernard Pivot de 1978, mais avec le faux Zinoviev. Lequel sidère les participants avec cette sortie : « L’un d’entre vous se souvient-il, même confusément, d’une Terre, aux alentours de 1978, qui soit pire que celle-ci ? Moi, oui. » Une scène qui ravira tous les amateurs de science-fiction, lesquels n’ont pas l’habitude de voir leur genre de prédilection ainsi honoré sur scène."

"le romancier Alexei Zinoviev l’excellent Victor Ponomarev) / C’est ainsi qu’on pourra assister à une émission d’« Apostrophes » consacrée à la nouvelle science-fiction, avec le vrai Bernard Pivot de 1978, mais avec le faux Zinoviev. Lequel sidère les participants avec cette sortie : « L’un d’entre vous se souvient-il, même confusément, d’une Terre, aux alentours de 1978, qui soit pire que celle-ci ? Moi, oui. » Une scène qui ravira tous les amateurs de science-fiction, lesquels n’ont pas l’habitude de voir leur genre de prédilection ainsi honoré sur scène."

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Serge Pey poésie d'action

16 Septembre 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #ateliers d'artistes, #bocals agités, #engagement, #poésie, #spectacles, #vraie vie, #écriture, #voyages, #épitaphier

oeuvres de Serge Pey (poésie des bâtons) / page 95 de Nierika
oeuvres de Serge Pey (poésie des bâtons) / page 95 de Nierika
oeuvres de Serge Pey (poésie des bâtons) / page 95 de Nierika
oeuvres de Serge Pey (poésie des bâtons) / page 95 de Nierika

oeuvres de Serge Pey (poésie des bâtons) / page 95 de Nierika

Serge Pey

La bibliothèque de Corsavy recèle des trésors. Internet et téléphonie étant intermittents, beaucoup de temps pour lire. Parcourir les rayons. Enfiler les livres selon ce qui ressemble à une logique, non de lecteur mais de chercheur. Deux questions m’animent depuis 2010 :
Je sais que je vais passer. Où vais-je passer ?
Un morceau de S. se balade dans mon corps.
Après les livres de fins de temps, de Pétrarque à Cormac McCarthy et Gao Xingjian, mon regard baladeur s’est porté sur deux livres de Serge Pey,

l’un de 1993, Nierika ou les mémoires du cinquième soleil, Castex éditions
l’autre de 1999, Coplas infinies pour les Hommes-taureaux du dimanche, Éditions des Polinaires


J’en soupçonnais l’intérêt,

étant depuis longtemps partisan de la démarche d’Antonin Artaud
et depuis longtemps aussi attiré par le duende, tel que décrit par Federico Garcia Lorca, lorsqu’il saisit les cantaors, les matadors...

 

Poésie orale sous peyotl, vécue et écrite entre 1978 et 1992,
poésie des pieds sous influence flamenco, en lien avec La Jocelito et Pedro Soler.

Prière au feu
(Poème pour le peyotl, 2 mai 1989, pages 94-96 dans Nierika)

Merci
Pour nous avoir
Protégé
Sur le chemin
Pour avoir éloigné
De nos pas
Le tigre et
Le scorpion
Et le non et le oui
Et l’espace de la
Deuxième clarté
Merci
Pour nous avoir
Protégé
Du couteau
Et de la fleur à
Plume de corbeau
Et de l’arbre dont les
Ombres molles
Entourent
Les ventres
Merci
Pour nous avoir
Protégé de la lance
Et de l’écoulement de
La fin
Dors
Et repose en paix
Dans la nuit
Parmi les cendres
Qui te couvrent
Que ta réserve de
Falaises te garde dans
Les étoiles
Dors
Sous la pierre
Femelle
Et le bois ramassé
À Midi
Dors
Sous la pierre mâle
Accorde-moi la
Vision de la Beauté
Pour
Que je vive
Dans le colibri
Le seul qui
Boive sans se
Consumer
Dans le sexe rouge
De la rivière
Réveille-toi
Et incendie
Les cheveux
Qui attachent
Mes cerveaux

 

 

XXX (copla Les voyelles de la corrida, pages 102-103 dans Coplas infinies)

Le taureau est le A
face au ciel

L’arène est le O
face au ciel

Le taureau est le A dans le O
face au ciel

L’homme est le I qui attend le A dans le O
face au ciel

Les sabots du A sont des U dans le O
face au ciel

Les râteaux du E effacent
les empreintes du A
et lissent le O
face au ciel

Ainsi A Égalité de EIOU
Face au ciel

Ainsi AEIOU
face au ciel

Ainsi
AEIOU Nom
du cercle
plus grand que le O

AEIOU
souffle à l’intérieur
du cercle
face au ciel

Les voyelles de la corrida sont les voyelles de Rimbaud dont le nom est le masculin de Rime belle.

C’est ainsi que le nom Pey conduit Serge Pey au peyotl, plante sacrée, ça crée.

 

Térée, roi de Thrace, fait couper la langue de Philomène, pour l'empêcher de parler et l'emprisonne, après l'avoir violée. Illustration de Charles Eisen de "The Copper Plate Magazine" / La langue arrachée (de Philomèle), poème-Action hommage à Serge Pey avec Beatriz Lalanne chant et musique, 2018
Térée, roi de Thrace, fait couper la langue de Philomène, pour l'empêcher de parler et l'emprisonne, après l'avoir violée. Illustration de Charles Eisen de "The Copper Plate Magazine" / La langue arrachée (de Philomèle), poème-Action hommage à Serge Pey avec Beatriz Lalanne chant et musique, 2018
Térée, roi de Thrace, fait couper la langue de Philomène, pour l'empêcher de parler et l'emprisonne, après l'avoir violée. Illustration de Charles Eisen de "The Copper Plate Magazine" / La langue arrachée (de Philomèle), poème-Action hommage à Serge Pey avec Beatriz Lalanne chant et musique, 2018

Térée, roi de Thrace, fait couper la langue de Philomène, pour l'empêcher de parler et l'emprisonne, après l'avoir violée. Illustration de Charles Eisen de "The Copper Plate Magazine" / La langue arrachée (de Philomèle), poème-Action hommage à Serge Pey avec Beatriz Lalanne chant et musique, 2018

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de quoi Shakespeare est-il le nom ?

11 Septembre 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #développement personnel, #engagement, #essais, #histoire, #pour toujours, #poésie, #vide quantique, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

Lectures de fins de mondes

Le triomphe de la Mort, Pétrarque
La divine légende, La légende païenne, Pierre Abbrugiati d’Ostra
Shakespeare, le langage des blessures, Clifford Armion
Shakespeare au Festival d’Avignon, Florence March
Pour saluer Lawrence Durrell, Arlette Segaud
La route, Cormac McCarthy
La fuite, Gao Xingjiang

De quoi Shakespeare est-il le nom ?

1 - Selon Montaigne, « nous ne faisons que nous entre-gloser » III,13
Ainsi Jorge Luis Borges écrit Pierre Ménard, auteur du Quichotte, (Ficciones,1944).
Ainsi s’accomplit avec La Bibliothèque de Babel, (Ficciones, 1944), selon Gérard Genette, « l’utopie borgésienne d’une Littérature en transfusion perpétuelle, constamment présente à elle-même dans sa totalité et comme Totalité, dont tous les auteurs ne font qu’un et dont tous les livres sont un vaste Livre, un seul Livre infini » (Palimpsestes, la littérature au second degré, 1982)
De quoi clore en principe tout débat sur l’oeuvre protéiforme, palimpsestueuse, sur l’auteur insaisissable, sur traduction, translation, sur fidélité à, trahison de, adaptation de, d’après…
En réalité, ce ne sera jamais le cas : les égos, le fric en jeu, les rentes garanties avec un tel nom.

Pour le 399° anniversaire de la mort le même jour, la même année, le 23 avril 1616, de Cervantes et de Shakespeare, j’avais initié un projet fondé sur une métaphysique du hasard.

2 - « Faire du hasard le moteur, le créateur aveugle de tout ce qui apparaît, disparaît, se transforme, est une entreprise difficile à penser surtout quand, pensant l’homme, on le pense soit comme liberté et volonté, soit comme multiples déterminations et déterminismes.
Si on choisit une métaphysique du hasard, des calculs se mettent en place pour le prévoir, des jeux s’inventent pour le déjouer, le mettre de son côté. Y a-t-il de l’impossible ? Tout est-il possible ? Quelles probabilités pour tel possible ? Y a-t-il de l’improbable ? C’est quoi la chance ? La mal- chance ? Le kairos ? Un mauvais concours de circonstances ? Place aux nombres et aux calculs, de plus en plus puissants avec les calculateurs Ada et Turing, ou avec Gaïa.
Les chercheurs auront bientôt la capacité de calculs exaflopiques. Ils pourront alors définir les caractéristiques de ce qui leur résiste aujourd’hui, matière et énergie noire (96% de l’univers, encore inconnus aujourd’hui), avant de les déceler. Les écrivains feront place à des situations, des lieux réels, imaginaires, des personnages de leur choix ou qui leur échoient dans leurs rêves, en introduisant le plus d’aléatoire possible.
Et pour vivre sa vie, on valsera-hésitera entre – croire la maîtriser, – la livrer au hasard (coup de dés, pile ou face, roulette russe avec arme à blanc ou chargée mais jamais, un coup de dés…),
– inventer chaque jour ses « impossibilités de vivre » en alternant souffrance et résilience,
– tirer trigrammes et hexagrammes du Yi Jing avec 3 pièces et tous autres bricolages,
– poser des questions au logiciel intelligent Siri, un 31/12 : quel est le sens de la vie ? 3 réponses obtenues : 1- 42 ; 2- qui suis-je, où vais-je et dans quelle étagère ? 3- j’ai arrêté de me poser ce genre de questions ; ou ayant dit blablabla, j’ai obtenu : avez-vous pensé à devenir orateur, Jean-Claude ?
Une anecdotique question subsidiaire en découle : y a-t-il immortalité des œuvres « immortelles » qui ont eu beaucoup de chances d’arriver jusqu’à nous dans des versions multiples sans qu’on puisse décider laquelle est la vraie ou la plus vraisemblable et dont les supports sont périssables ? On en a un exemple avec la pièce perdue de Shakespeare, Cardenio (où il est question de Cervantes). Enquête menée par Robert Chartier : Cardenio entre Cervantes et Shakespeare. Histoire d’une pièce perdue.
Un paradoxe prend forme : ce qui a eu lieu a eu lieu pour toujours, rien ne peut l’effacer, rien ne peut effacer ce qui a été dit, pensé, ressenti, éprouvé, fait, été. Vivants, nous oublions ou commémorons, réécrivons : c’est sans importance ou incidence par rapport au fait que c’est inscrit dans le temps infini ou éternel. Mais où passe donc le passé ? Où se stocke tout ça si ça se stocke et qui est incommensurable ? Y a-t-il un lieu de mémoire de nos vérités éternelles ? Ça reste en l’état ou ça se disperse ou ça se réduit en éléments irréductibles pour d’autres combinaisons (analogie : codes génétiques, génomes) ? Le périssable du corps, de l’esprit sans doute, se conjugue avec l’impérissable éternité de ce qui a eu lieu, for ever, de ce qui est passé, never more. » (décembre 2013)

 

la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres
la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres
la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres
la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres

la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres

de quoi Shakespeare est-il le nom ?
de quoi Shakespeare est-il le nom ?
de quoi Shakespeare est-il le nom ?
de quoi Shakespeare est-il le nom ?

deux exemples de traduction-translation :

les Sonnets de Shakespeare

La Folie Tristan et le lai du chèvrefeuille de Marie de France

En onze ans, ma pensée sur ces sujets a évolué.


3 - « Tout est parti d’une question de l’épousée, le 29 octobre 2010, vers 21 H, après le passage de l’anesthésiste, avant son opération du lendemain au cervelet :
Je sais que je vais passer, où vais-je passer ?
Et de la discussion qui a suivi débouchant sur l’évidence formulée : le passé passe mais ne s’efface pas.
Surgit l’image du livre d’éternité de chacun et de la bibliothèque des livres d’éternité de tous
10 ans de maturation débouchant sur l’éternité du présent mémorisant ce que tout un chacun vit, éprouve, ressent, pense, dit au moment où il le vit… mémorisant donc aussi toute l’histoire à trous de l’univers, toute l’histoire à trous de l’évolution sur terre
J’ai acquis la conviction, la certitude que le passé passe mais ne s’efface pas, que tout est enregistré dès le moment où on le vit, dans le présent éternel qui est aussi un présent, un cadeau et une présence, comme nous sommes
par l’hémoglobine, venue jusque dans notre sang depuis l’explosion d’une super-novae, vieux-jeunes de 13 milliards d’années
par le microbiote, vieux-jeunes de 4,5 milliards d’années puisque ces bactéries sont bien vivantes et actives, n’arrêtant pas de se reproduire
par l’ADN où s’inscrivent beaucoup de mémoires et d’expériences vécues, se transmettant au fil des générations, vieux-jeunes de ces mémoires cellulaires particulièrement agissantes.

2 ans encore d’intérêt pour les nombres univers, par exemple PI = 3,14…, permettant d’appréhender mémoire infinie et éternelle. Autrement dit, j’ai été happé
- par le calcul stochastique mathématique
Le 18 avril 2024, je t’ai dit, âmi Georges Perpes, que dans le nombre univers PI, la séquence Georges soit 7515187519 est emplacée un nombre infini de fois, mais pas dans les deux cent millions premières décimales, la séquence Perpes soit 16518519 est emplacée 3 fois dans les deux cents millions premières décimales, en positions 6160060, 16518519, 79188721, que tous les Georges Perpes ayant existé, existant, à exister étaient emplacés,
qu’un singe tapant infiniment à la machine sans savoir écrire, finit par taper l’oeuvre de Shakespeare ou la recherche du temps perdu de Proust,
qu’on trouve dans tout nombre univers tous les livres déjà écrits et à venir, y compris celui de l’histoire de notre vie passée et future, l’utopie réalisée la Bibliothèque de Babel (Jorge Luis Borges)
- et pas par l’indétermination-intrication quantique


Elle a dit : “Dis-moi quelque chose de beau” …
Il lui a dit : (∂ + m) N° = 0


C'est l'équation de Paul Dirac et c'est dit-on, la plus belle de toute la physique. Elle décrit le phénomène de l'entrelacement quantique, qui affirme que “Si deux systèmes interagissent entre eux pendant une certaine période de temps puis se séparent, nous pouvons les décrire comme deux systèmes différents, mais d'une manière subtile, ils deviennent un système unique. Ce qui arrive à l'un continue à affecter l'autre, même à distance de kilomètres ou d'années lumière ”.
C'est l'entrelacement quantique ou la connexion quantique. Deux particules qui, à un moment ou à un autre, ont été unies, sont toujours en quelque sorte liées. Peu importe la distance entre les deux, même si elles se trouvent à des extrêmes opposés de l'univers. La connexion entre elles est instantanée.
Beauté, éternité, vous pouvez y accéder par ces deux portes, nombres univers, physique quantique, par bien d’autres portes proposées par des traditions fort anciennes, venues de peuples premiers, de traditions extrême-orientales, moyen-orientales, gréco-latines, judéo-chrétiennes et bien sûr par des expériences personnelles, mystiques-spirituelles plus que religieuses. » (18 avril 2024)

Depuis, le 18 avril 2024, avec la succession de trois pas-sages éprouvants en 4 mois et quelques lectures, plus exactement, quelques phrases lues, ma pensée s’est incroyablement simplifié.


4 - « Je pense que la simplification de ma réflexion est liée à la phrase de Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie (Du vivant sur du vivant), consacré à Maximilian Volochine, l’initié :
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »


Tous les textes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par un seul auteur - sans nom - (on retrouve Borges et la Bibliothèque de Babel)

Cette pensée peut s’universaliser et s’exprimer de cette façon :
Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.

Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. La mort n’existe pas.

Le 31 août, ce fut l’anniversaire du suicide de Marina Tsvétaïéva (31 août 1941, à  Lelabouga, Tatarstan, Russie) » 31 août 2024

À Corps Ça Vit, le 11 septembre 2024

 

 

Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto
Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto
Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto
Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto

Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto

Pétrarque
hier soir 6 septembre, après avoir achevé le langage des blessures consacré à Shakespeare => article à venir :
de quoi Shakespeare est-il le nom ?
préparant sans préparer la soirée du 22 octobre, consacrée à Alain Cadéo, passé le 12 juin 2024, je pense à Pétrarque dont un portrait par Ernest Pignon-Ernest sera inauguré
regard vers la bibliothèque d'été de Corps Ça Vit
je tombe sur Le triomphe de la mort de Pétrarque, traduit et versifié sans doute pour la première fois à la française par Simon Bourgouyn, valet de chambre de Louis XII, fils du roi poète Charles d'Orléans, livre paru en 2001, dans la collection L'or des mots du Musée Pétrarque-René Char de Fontaine du Vaucluse
le chapitre 2 de ce poème nourrira sans doute ma prochaine plongée-envolée onirique
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« — Reconnais celle qui détourna tes pas des sentiers vulgaires, dès que ton cœur gentil se fut aperçu d’elle. — »
Puis, pensive, d’un air humble et sage, elle s’assit et me fît asseoir sur une rive qu’ombrageaient un beau laurier et un hêtre.
« — Comment ne reconnaîtrais-je pas mon âme, ma Déesse ? — » répondis-je comme un homme qui parle et pleure. « — Mais dis-moi, je te prie, si tu es morte ou vivante. — »
« — Moi je suis vivante, et toi tu es mort encore — dit-elle — et tu le seras jusqu’à ce que ta dernière heure vienne t’arracher à la terre.
« Mais le temps est court et notre désir est long. Donc, je te préviens que tu aies à restreindre et à refréner tes paroles avant que le jour, qui est déjà proche, ne se lève. — »
Et moi : « — Au terme de cette autre sirène qu’on nomme la vie, dis-moi, toi qui le sais pour l’avoir éprouvé, si mourir est une grande souffrance. — »
Elle répondit : « — Pendant que tu vas à la remorque du vulgaire et de son opinion aveugle et cruelle, tu ne peux jamais être heureux.
« La mort est la fin d’une prison obscure pour les âmes gentilles ; pour les autres qui ont placé tout leur succès dans la fange, c’est une souffrance.
« Et maintenant ma mort qui te rend si triste, te réjouirait si tu sentais la millième partie de ma joie. — »
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article trouvé aujourd'hui, daté du 3 septembre
La nouvelle science de la mort : « Il se passe quelque chose dans le cerveau qui n'a aucun sens »
La mort, un phénomène mystérieux qui fascine depuis des millénaires. Récemment, des découvertes surprenantes ont révélé une activité cérébrale inattendue dans les derniers instants de la vie. Ces recherches ouvrent de nouvelles perspectives sur la conscience et remettent en question notre compréhension du processus de la mort. Une révolution scientifique est-elle en marche ?

 

Pierre Abbrugiatti d’Ostra

il y a une logique dans mes lectures et mes rangements
à côté du Triomphe de la mort, avec 10 peintures sur papier de Sandra Martagex (voir sa page FB), La Divine légende de Pierre Abbrugiati d'Ostra et La légende païenne en 3 tomes, préfacées par Perle Abbrugiati, professeur à l'université de Provence et éditrice de certains textes de Giacomo Léopardi, dont j'ai trois textes en rayon
livres introuvables en librairie, édités par leurs soins vers 1985
c'est Raymond Abbrugiati (son fils ?) qui me les avait transmis, hélas décédé trop jeune
ils attendaient ma visite depuis 20 ans
le tome 3 fait 72 pages

J’ai lu : le paradigme métaphysique repose sur la dualité-complémentarité Platon-Nietzsche: le paradigme historique repose sur la théorie du grand boum initial à partir du vide et sur la théorie de l’évolution; beaucoup d’humour, variété des registres langagiers; maîtrise de la versification, de la prosodie…; la figure de Prométhée; des références comme Dante, Pétrarque, Hugo, Lamartine…
Comment se fait-il que ça ne soit pas repéré ?

 

une des oeuvres de Pierre Abbrugiati d'Ostra

une des oeuvres de Pierre Abbrugiati d'Ostra

Arlette Segaud fut la secrétaire de Larry pendant 8 ans

Arlette Segaud fut la secrétaire de Larry pendant 8 ans

hier, 8 septembre, lecture de
Pour saluer Lawrence Durrell d'Arlette Ségaud (1996)
c'est un Larry au quotidien qui est décrit, impitoyable bourreau des coeurs
sa chronologie ci-dessous dit beaucoup

avec Lawrence Durrell, souvenir impérissable du Quatuor d'Alexandrie (1960)
Le Quintet d'Avignon attend depuis 1985
découverte du suicide de sa fille Sappho à 33 ans en 1983
un an après la mort de Lawrence Durrell, en 1990, le magazine littéraire Granta a publié des extraits du journal de Sappho où elle laissait entendre qu’il y a eu une relation incestueuse entre elle et son père. Il est difficile de savoir si oui ou non ce qu’elle décrit s’est réellement passé
j'ai été confirmé dans l'attitude du non-jugement et du non-agir
tout prendre, tout accepter; c'est particulièrement difficile souvent; il y a un vrai travail sur ses affects, sur ses valeurs à faire
"Toute chose n’est pas plus ainsi que non ainsi ou que ni l'un ni l'autre", formule de Pyrrhon qui a fondé une partie de la métaphysique de Marcel Conche
Agis ou non-agis sans fondement, et sans possibilité ni volonté de fonder.

 

Lecture de La route de Cormac McCarthy

Temps post-apocalyptique. Des survivants. Un père (l’homme), son fils (le garçon). 344 pages.

J’ai pensé à deux poèmes

Premiers pas


Je voudrais à nouveau m’initier aux premiers pas
réapprendre à marcher
pour me dérouler d’un pas sans traces
sur des chemins sans lendemains
Tu me tendras tes bras
n’est-ce pas Papa
pour avancer sans trop de peurs
sur ces bouts de pistes à risques
qui mûrissent en nous à notre insu
nos vies ne seront jamais assez grandes
pour contenir nos illuminations

En marche


Nous étions jeunes

Nous marchions vite

Nous nous laissions porter par la puissance de nos muscles
Leur énergie nous exaltait l’âme

Leur effort tendu et souple ne nous menait nulle part

Nos cœurs se gonflaient aux vents du large

Des ailes nous poussaient

 

La route / La fuite
La route / La fuite

La route / La fuite

Lecture de La fuite de Gao Xingjian (1990, 2° traduction, 2013)

L’ami Thierry Zalic me demande de lui donner envie de lire La fuite. Quand je fais une note de lecture, c’est d’abord et avant tout pour moi, pour faire le point sur là où j’en suis au moment où je lis. C’est-à-dire qu’une lecture est comme un moment dans un cheminement sans fin, elle participe et la note avec, à un cheminement existence-ciel. Donc la fuite se déroule dans un entrepôt désaffecté, proche de la Place où des tanks et des mitrailleuses sèment la mort.
On comprend que l’arrière-plan, c’est la Place Tien An’men. 1989, donc. Année qui voit aussi la chute du mur de Berlin et annonce celle de l’URSS et qui voit la fatwa de l’iranien Khomeini contre l’indo-pakistanais Salman Rushdie et Les versets sataniques.
La fuite entraînera la rupture totale de Gao, déjà en France, avec la Chine communiste.
La lecture de la fuite m’a demandé 2 H 15 pour 50 pages, 2 parties, 7-43, 44-57. Le spectacle que je n’ai pas vu, démoli par une critique des Trois coups, dure 1 H 15.
Beaucoup de didascalies, sur ce qu’on entend ou pas dehors, sur ce qu’ils font. Beaucoup d’indications sur les corps qui s’embrassent, s’enlacent, se dénudent, se repoussent tout en parlant, chacun de son point de vue, le jeune homme de la démocratie en marche, l’homme de la répression en cours, la jeune fille de son désir d’être actrice; se faisant, chacun livre beaucoup de lui-même, de son intimité (ses peurs, ses rêves, ses désirs), tout cela sur fond d’hystérie provoquée par la jeune fille et en arrière-fond, une barrière semble-t-il insurmontable entre hommes et femme.
Les personnages sont au bord de la crise de nerfs, à vif, instables, insaisissables. La situation dehors, c’est la mort physique. Dedans, c’est quoi qui se joue sur fond puissant de mort annoncée. On ne peut pas dire qu’ils veulent à tout prix survivre donc s’évader du lieu, dès le silence rétabli, l’aurore se pointant, en zigzaguant, chacun séparément, en direction de l’autoroute.
Ils sont, tout en étant dans tous leurs états, comme enlisés. Le passage à l’acte II indique que la petite flaque de l’acte I, devenue envahissante, fait de l’entrepôt un bourbier, les obligeant à monter sur des étagères.
Les mitrailleuses vont les exécuter à travers la porte fermée de l’entrepôt.
De 32 à 40, la jeune fille réussit à installer un « jeu » où chacun joue à son « jeu », sans doute par impossibilité d’un jeu commun ou de partage, déroule son rêve ou son cauchemar, pour la jeune fille, la montée vers des cimes enneigées, pures, glaciales, pour le jeune homme, la descente vers des bords de mer avec elle, pour  l’homme, un fleuve des morts.
J’ai trouvé beaucoup de similitudes avec les paysages réels et rêvés de La route comme si cela relevait d’un fonds archaïque dont Jung aurait entrepris l’inventaire et le fonctionnement.
Je suis resté sur ma faim, sans partager les jugements tranchants de la critique des Trois coups qui ne voit que personnages-caricatures et propos-lieux communs mais dans une situation extrême de mort annoncée, peut-être ne débitons-nous que des banalités, des lieux communs, devenons-nous communs, peut-être ces banalités et ces lieux communs sont-ils propres à tous, partagés par tous et chacun. Et alors, s’il y a malaise, en dénonçant le simplisme de la pièce et du jeu, la critique projette sur la pièce, sa propre peur d’être si « banale » dans une telle situation, comme si dans une telle situation de proximité de la mort, devait se dire, se révéler l’essence-ciel de notre vie, un peu à l’image de ce film à l’envers censé se dérouler juste avant le pas-sage comme façon de partir, de passer en règle, en vérité, illusions et mensonges enfin dévoilés.
Je dirais pour ma part être si « humain ».

Disons pour être plus précis que renonçant, parfois difficilement, à juger, adoptant une position pyrrhonienne, je me détourne complètement du champ politique comme de celui de l’histoire en train de se faire, de se défaire, de revenir en arrière, après y avoir consacré beaucoup de temps, d’énergie et d’argent.
Le monde ira où il ira comme il ira parce que c’est ainsi que ça devait aller, se dérouler.  Ne pas chercher à juger, à agir. Par contre empathie, compassion avec les victimes, les sacrifiés comme avec les bourreaux.
De même, les projets de la jeune fille ou du jeune homme comme le cynisme de l’homme ne me concernent plus. Mais je comprends que de tels projets (se marier, avoir des enfants…) correspondent à des âges de la vie, somme toute tracée, formatée, programmée par l’éducation, le milieu… Difficile d’être « original », « singulier »,« libre ».
L’existence-ciel me fait prendre pleinement conscience que Naissance est miracle et mystère,  Mort est mystère et miracle. Boucle spiralée nous incluant dans une histoire, une évolution commune, universelle où la Vie sur terre et dans les univers est possible dans la Joie.


Je me suis remémoré deux poèmes du temps où j’étais au bord de la crise de nerfs, lors d’un stage de théâtre où les corps étaient fortement sollicités et donc nos psychés. La mort physique n’était pas derrière la porte.

Ressenti / ressentiment
Si possible simplement je vais vous dire corps et décors de quelques jours ce que j’ai ressenti sans ressentiment stress et détresses cris et crispations défis et désirs oublis et souvenirs pressions et dépressions caresses et tendresses Mais attention peut-être que je me mens à vouloir mettre à mots nos vies peut-être que je vous mens sous la trop dure pression de la sensation de l’émotion
Au départ un hasard une impulsion une décision en toute ignorance de causes et d’effets J’ai sauté de ma vie qui se mettait en vacances et dans l’intense j’ai sauté Était-ce pour devenir dense ? Je suis entré dans la danse je me suis masqué vous m’avez démasqué je t’ai frôlée tu m’as enrôlé je me suis défoncé tu m’as dénoncé je t’ai impliquée tu t’es appliquée je me suis assumé vous m’avez assommé je me suis déconstruit reconstruit sous les projecteurs brûlants
accablants de vos regards j’en devenais hagard tenté de reprendre le chemin de la gare j’ai résisté je suis resté vous ne m’avez pas ménagé je me suis dépensé tu m’as pansé ça a jailli ça n’est pas venu ça a fusé ça s’est arrêté j’ai voulu te le dire tu ne me l’as pas dit cela nous a bien fait rire nous nous sommes pris la main
Au petit matin nous nous sommes égaré

Deuil / clin d’œil
Nous nous sommes séparés sans avoir réussi à nous apprivoiser Ce que je n’ai pu te dire ce qui aurait dû se dire – mais j’étais paralysé la peur d’être ridiculisé – je te le dis ici sur ce papier pour ne l’avoir pas dit sur le fait Je n’ai pas aimé ton arrivée Pour l’agressivité j’étais prêt Tu me dérangeais Nous nous sommes rencontrés J’étais noué J’ai aimé ta façon de me dénouer Je me suis parlé mis à mots tu t’en es servie pour te jouer de moi À ce jeu tu as vite gagné la partie Je ne savais pas que la moquerie est l’arme de la profonde incursion dans le territoire de l’autre Je me suis dit : Elle n’est pas ce qu’elle paraît cela est attesté par sa voix car j’ai aimé ta voix telle qu’elle est encore sauvage mais de ce stage tu attendais de la dévoyer comme tu l’as fait de ton corps que tu as pris à bras le corps pour en faire ce corps de danse qui prend feu dans tes solos
Alors je me suis dit : Fais une profonde incursion dans son territoire
ce vendredi dis-lui j’aimerais masser ton dos pour parfaire notre duo mais j’avais peur que tu m’envoies paître de ta voix non domestiquée encore que tu nous faisais entendre la nuit à ton insu du creux de tes draps de lit où j’aurais tant voulu faire des folies dans un touchant corps à corps

Sur le plancher par deux fois je me suis approché

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la mort n'existe pas Stéphane Allix

10 Août 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #développement personnel, #essais, #pour toujours, #voyages, #vraie vie, #épitaphier, #éveil

la mort n'existe pas Stéphane Allix

La mort n’existe pas
Stéphane Allix
Harper Collins, octobre 2023

Stéphane Allix, journaliste de terrain sur zones de guerre ou de trafic de drogue (Afghanistan), voit sa vie, bouleversée, quand en avril 2001, son frère Thomas se tue dans un accident sous ses yeux en Afghanistan. Il a alors 32 ans.
Dans cette enquête sur l’après-mort qui a duré 15 ans et qui est aussi un récit personnel, il s’adresse très souvent à sa fille, Luna, car il se souvient du regard de la petite fille de 3 ans et demi au moment des obsèques. La mort venait de pénétrer dans leurs vies, incompréhensible pour elle, inacceptable pour lui, se sentant coupable d’avoir entrainé ses deux frères dont Thomas dans de telles contrées. Stéphane Allix décida de se coltiner avec les « expériences extraordinaires », à la fois comme journaliste exigeant allant à la rencontre des chercheurs dans ces domaines et comme sujet d’expériences « extrêmes-extraordinaires » (EMI, sorties de corps, lucidité terminale, clairvoyance, médiumnité, VSCD, vision à distance, 5 expériences chamaniques en Amazonie, 9 expériences sous contrôle de voyages sous LSD, création de l’INREES, institut de recherche sur les expériences extraordinaires).
Le récit de ses rencontres avec des scientifiques et le récit de ses expériences sont documentés, sourcés.
On mesure en quoi le monde de la science est polémique, lieu d’affrontements dogmatiques, voire idéologiques.
Par contre, les accompagnants chamanes d’Amazonie comme les thérapeutes accompagnant les voyages psychédéliques sont à la fois compétents et bienveillants.
Ces 370 pages de ce livre au titre coup de poing, en 42 chapitres et un épilogue, se lisent sans difficulté, sont même passionnantes. Elles provoqueront selon les lecteurs et lectrices, des réactions diverses, allant du rejet à des remises en question, voire des cheminements personnels induits par tel ou tel sujet abordé par le journaliste expérimentateur.
Je vais donc évoquer mes réactions de lecteur.
J’avais déjà entendu parler d’EMI par celui qui m’a « initié », mon kiné, moitié mon âge, mais ayant fait une sortie de corps pendant une EMI, s’étant formé à la pratique du qi jong dans un monastère taoïste en Chine, ayant pratiqué le chamanisme et l’ayahuasca en Amazonie… Jean-Yves Leloup a aussi raconté son EMI à Constantinople, son cheminement spirituel avec l’ermite aboyeur du Mont Athos. J’avais découvert l’enseignement et les exercices sur le sentir de Luis Ansa, retranscrits par Robert Eymeri.
Mais disons-le : je ne suis nullement adepte d’expériences « extrêmes » recherchées. Je suis du genre à cheminer lentement, sur place, en ronds légèrement spiralés, petit périmètre, habitudes et rituels quotidiens dont méditation, respir en cohérence cardiaque, gratitude, point sur la journée, voire sur les rêves de la nuit
(cette nuit, du 8 au 9 août, j’ai vécu un grand moment avec Le Clézio en Xavier Dupont de je ne sais quel objet qu’il faisait tournoyer avec dextérité au bout de son bras et moi, en Diogène rieur bouffant à tous les râteliers)…
Donc, quand Stéphane Allix en fin de voyages extraordinaires évoque les bienfaits de la méditation, de cette pratique quotidienne d’apaisement du mental, je me suis dit : merci cher enseignant, praticien récent de méditation par visualisation, ce qui n’est pas mon cas.
Je dirai donc maintenant ce qui m’a le plus accroché.
Lui, Stéphane Allix, était dans la peur de la mort, le refus de la mort de Thomas puis dans celui du père, 11 ans après. Il voulait les retrouver, les rencontrer, savoir comment ça se passe après, comme ils se sentaient…
Moi, depuis que des pas-sages me tombent dessus, je suis dans l’acceptation. Si ça a lieu c’est que (c’est possible), entre parenthèses (tu ne peux rien y changer) donc dire ça va. Titre du dernier spectacle de Cyril, disparu dans un accident à Cuba en 2001, cinq mois après la disparition de Thomas Allix.
Aujourd’hui, je pense que ce qui nous arrive, n’arrive jamais par hasard mais comme épreuve, comme miroir tendu pour y lire qui nous sommes à ce moment et nous inciter à sortir de l’impasse, de la répétition de l’échec, à transformer la souffrance en joie ou l’obstacle en planche à salut ou le ressentiment en remerciement…
La formule « Heureusement qu’on meurt ! » de l’ami Marcel Conche qui a beaucoup réfléchi et écrit sur la mort, me paraissait provocatrice à bon escient. Elle prenait le contre-pied de la pensée dominante, du focus sur la douleur des survivants pour faire focus sur le pas-sage.
J’ai tenté d’entrer en contact avec Cyril et Michel. Par l’intermédiaire d’une médium d'Antibes, j’ai reçu un message dit de l’au-delà.
J’ai fait une séance de trans-communication hypnotique avec le docteur Charbonnier à Blagnac, expérience concluante à mon avis mais que je n’ai pas renouvelée. Je n’ai pas le besoin de rencontrer « mes » disparus. Je sais qu’ils « voyagent ». Nous leur avons toujours  souhaité bon voyage, nous leur avons dit ce que nous  estimions devoir leur dire et en particulier qu’ils pouvaient partir tranquilles, que nous saurions « gérer » nos vies.
J’ai également fait deux séances de recherche d’entités qui me semblent avoir été aussi concluantes, dans le cadre de ce qu’on appelle recherches paranormales (protocoles très élaborés). Une vidéo est disponible dans un espace privé sur FB : cabinet de recherches et d'études des phénomènes paranormaux, animé par Viviane Lombardo.
En fait, par ce que j’appelle travail d’épitaphier, je tente de fabriquer la légende des disparus (tout récit est légende), pour que nous ayons un récit de leur vie, de leur cheminement, de leurs réalisations.
Fait pour Cyril, pour Michel.
Fait pour mon père, ma mère.
Pour Annie.
En cours pour Vitya.
Hors famille,

l'hommage pluriel à Marcel Conche, décédé le 27 février 2022,

l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Jean-Loup Fontaine,

l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Lucien Forno.
En cours, livre-hommage à Alain Cadéo.
À venir roman posthume de Frank Cassenti.
Notre fille Katia me semble engagé dans un travail artistique au long cours du genre épitaphier, depuis le départ de Cyril et Michel, en septembre 2001, avec ses spectacles Mon pays c'est la vie 2004, Rien ne sera plus jamais comme avant 2007, On ira voir la mer 2010, Nous serons vieux aussi 2012, En attendant je pleure, Et puis après, j’ai souri.
Moi, c’est avec le départ d’Annie en novembre 2010 que j’ai réellement été mis en mouvement, à partir de ses deux questions : « je sais que je vais passer, où vais-je passer ? » « Il y a un morceau de S. Qui se balade dans mon corps. »
Ce qui me semble important maintenant, c’est quelle est notre responsabilité vis à vis des disparus ?
Élémentaire mon cher Watson.
Demander pardon pour le mal fait aux disparus (trop de violences sexuelles, secrets de famille). Remercier pour avoir su aussi leur faire du bien, les avoir aimés, même mal.
Remercier les disparus pour l’amour dispensé. Pardonner pour le mal qu’ils ont pu nous faire (trop de violences sexuelles ; Stéphane Allix à l’occasion d’un de ses voyages sous LSD fait remonter les viols dont il a été victime enfant et dont il n’avait aucun souvenir, amnésie traumatique. Nos âmes oubliées, Stéphane Allix, 2021; même amnésie traumatique d’un inceste d’origine maternel chez un ami).
Pas évident mon cher Sherlock.
Quelle est la responsabilité des disparus vis à vis de ceux qui sont encore incarnés ?
Faire entendre la « voix qui ne parle pas » de l’âme éternelle.
Pour l’entendre, travailler l’intuition qui était l’outil préconisé par Descartes (avec le doute) et par Bergson. Le livre d’Alexis Champion Développez votre intuition (2018) sera sans doute sous le buisson de Noël 2024
« Heureusement qu’on meurt ! » a dit Marcel Conche.
Comment je comprends aujourd’hui cette formule ?
J’emploie deux mots pour saisir un peu, début et fin de vie.
Naître comme miracle et mystère. Mourir comme mystère et miracle.
Ce dont Stéphane Allix s’est convaincu par 15 années d’enquêtes scientifiques et d’expériences personnelles, c’est que mourir, c’est
quitter le monde du mental, de l’ego, qui se vit sur le mode survie, le mode adaptation, le mode par défaut, médiation piégée par le langage, répétition de schèmes et schémas archaïques, inconscients, d’où le réductionnisme des neurosciences, incapables de « penser » les anomalies
passer dans le monde de la conscience non locale, sans espace ni temps, sans séparations, individuations, conscience éternelle, vivant simultanément des vies différentes (des films différents);  la conscience non locale, l’âme, est communication sans médiation, immédiate, intuitive avec tout ce qui existe d’où chez les Grecs, l’importance des mystères d’Eleusis auxquels Socrate, Platon, Plutarque ont été initiés. (Le secret de Socrate pour changer la vie, François Roustang, 2011, Les cultes à mystères dans l’antiquité, Walter Burckert, 2003)

Ce pas-sage est à accompagner par ceux qui restent parce qu’abandonner l’illusion que constitue notre corps, notre personnalité ne s’effectue pas dès l’instant du pas-sage comme si on gommait ce qu’on a cru être mais à quoi on reste très attaché.
«  Quand le cerveau s’arrête, on se réveille. »
« Heureusement qu’on meurt ! »
Pendant toute la vie, le cerveau ressasse, c’est le tourniquet mental.
La conscience n’est pas réductible à l’activité cérébrale.
Mourir, c’est se réveiller à la conscience du continuum que constitue la Vie et de la puissance créatrice qui l’anime, l’Amour.
Pour rappel, cette phrase de Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie,  (Éditions Mesures, 2023) consacré à Maximilian Volochine, l’initié : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Exprimée à ma façon :
Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.
Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. La mort n’existe pas.

À Corps Ça Vit, le 9 août 2024

 

heureusement qu'on meurt ! Marcel Conche
heureusement qu'on meurt ! Marcel Conche

heureusement qu'on meurt ! Marcel Conche

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Ombres de Chine / André Markowicz

30 Juillet 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #agoras, #développement personnel, #engagement, #histoire, #pour toujours, #poésie, #voyages, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

Ombres de Chine, le Tao traduit par Marcel Conche
Ombres de Chine, le Tao traduit par Marcel Conche

Ombres de Chine, le Tao traduit par Marcel Conche

Ombres de Chine
André Markowicz
Inculte, 2018

Ombres de Chine est une expérience poétique et de traduction unique en son genre. André Markowicz s’est lancé dans une entreprise aussi folle qu’ambitieuse : offrir au public quatre cents poèmes chinois de l’époque Tang (qui court entre les VIIe et IXe siècles) sans pour autant avoir connaissance de la langue chinoise.

« J’ai décidé de m’en approcher par le seul moyen que j’avais : non pas apprendre le chinois – ce qui m’aurait demandé vingt ans pour n’ajouter, dans le meilleur des cas, qu’une interprétation aux dizaines d’interprétations déjà existantes et dues, elles, à des érudits prodigieux – mais, à partir de toutes ces interprétations, des mots-à-mots les plus divers et des autres traductions, dans toutes les langues que je suis capable de lire (le russe, l’anglais, l’italien, l’espagnol en outre du français), d’essayer d’approcher ce continent flottant. Ce continent d’ombres, grandioses et fluctuantes qu’est, pour celui qui s’en approche comme moi, candidement, la poésie chinoise. »

« Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas la culture chinoise… » ainsi commence André Markowicz. Et plus loin : « le chinois de la période Tang (7°-9° siècle après J.-C.) ne distingue pas le singulier du pluriel, ne marque aucune modalité : infinitif, indicatif, subjonctif, conditionnel se fondent dans la même forme. Il ignore le pronom personnel ou l’utilise rarement. Il faut donc deviner si l’auteur dit - je suis allé - ou - elles iront -. Si le flou règne sur la personne, le lieu et le temps, il n’y a pas de communication possible, il y a juste des formes énigmatiques flottant dans la brume… Comment traduire les images, les allusions, les connotations innombrables ? Comment rendre compte de ces passages constants du mythe à l’Histoire et de l’Histoire au présent, un présent qui n’est lui-même qu’en tant qu’il est un retour à la fois provisoire et constant… »
Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas l’histoire de ce pays, un peu ses sages, Confucius, Lao Tseu (dont l’ami Marcel Conche a traduit et commenté le Tao, traduction et commentaires retraduits en chinois par des Chinois)
J’ai passé une semaine sur ces Ombres de Chine, 440 poèmes de 12 poètes de 4 périodes + le 441° poème, 640 pages.
Le travail d’André Markowicz me semble remarquable.
Les notices de présentation des 12 + 1 poètes sont des mises en alerte ou en orbite. Les notes, nécessaires, en bas de page, servent juste à situer dans le temps (historique, mythologique), dans l’espace (géographique, mythique), certaines expressions pouvant paraître anodines (lues en lecteur occidental ignare) mais allusives (lues en lettré chinois averti). Et comme, on retrouve les mêmes notes, pas nombreuses, un certain nombre de fois, on finit par se baigner dans deux mille ans d’Histoire, voler vers l’île des immortels…
Mes soirées, matinées, après-midi de lecture ont été studieuses (soulignées), denses, douloureuses.
Deux mille ans d’empires chinois, de dynasties impériales, de guerres aux frontières, de guerres civiles, de massacres, de cruautés sans nom et sans nombre, de corruption massive, de complots, d’assassinats, de suicides, d’empoisonnements, de révoltes, de bonnes gouvernances suivies de mauvais gouverneurs, de bureaucratie juste suivie de bureaucratie dysfonctionnelle…
Et de se dire : Ça continue, Chine de la révolution nationaliste, Chine des révolutions « communistes »
Et de se dire : Ça semble partout pareil, Russie des tsars, URSS de Staline, Russie de Poutine.
Iran du shah, Iran des ayatollahs
France des rois, France des empereurs, France des républiques, France des révolutions.

L’apogée et la ruine se succèdent
Au rythme du soleil et de la lune

Les changements ne laissent pas de trace
Qui peut savoir quand ils ont commencé ?
Vainement incertain mille ans plus tard
Tourné vers le passé un voyageur (Po Chü-I)

Mes nuits furent sous couleurs chinoises : bleu-vert (non distingués par le chinois de l’époque), jaune, rouge
Nuits méditatives : à quoi bon Confucius, Lao-Tseu si, si peu d’hommes et de femmes tentent la Voie ?
Nuits avec méditations sur les rêves

La division entre le corps et l’âme
Tient dans la double perception du temps :
Le temps précisément compté en selle
L’aventure sans borne dans le rêve.
Certes - les philosophes disent vrai
Une seconde - pour le rêve un siècle. (Po Chü-I)

Avec rêves rêvés
(j’ai eu le « même » rapport sexuel - rêve de rapport sexuel ? - avec l’impératrice Wu Zetian que celui de centaines d’autres obtenant audience et faveur; cette impératrice, je l’avais repérée à partir d’une gravure « érotique » il y a plusieurs années)

1- Tchouang-tseu fut-il un homme rêvant d’un papillon
Ou bien un papillon qui a rêvé d’un homme ? (Claude Roy)
2 - Dans son rêve Maître Zhuang s’est cru papillon (Yves Hervouet)
3 - Tchouang-tseu s’éveille à l’aube de son rêve
Il a pris l’illusion du papillon (André Markowicz)

Trois versions du « même » rêve de La cithare de brocart de Li Shang-Yin

Et de voir le « même » parcours que la plupart de ces 13 poètes, tous passant avec succès ou non, le concours du jinshi, pour devenir poète officiel, fonctionnaire, tous cherchant à se faire reconnaître, naviguant entre fidélité à soi et compromission, presque tous connaissant des revers de  fortune, disgrâces après honneurs, bannissement et exil, certains choisissant le retrait…

Dans ce monde la gloire et la disgrâce
Sortent du même sac à l’aveuglette. (Po Chü-I)

Autrement dit, faire au XX° siècle, en France, comme ces poètes d’il y a 1200 ans, en Chine, « choisir » des carrières assurant la sécurité au fonctionnaire et le loisir au poète.
Puis retraite venue - 1998 -, donc ayant vécu les âges de la vie

Jeune - arpenter les terres de Shu
Les cheveux gris - se tourner vers Chang An
Indigne serviteur du roi de Chu
Mangeant pour rien le riz du roi de Han (Lu Zhaolin),
 
entre beaucoup de conformisme et peu d’originalité, au XXI° siècle, aller paisiblement si possible vers l’effacement, même pas avec le souci d’une oeuvre, mais des flow d’écritures comme amers pour un chemin de vie

qui est comme sillages sur la mer (Machado)

traces d’oiseaux laissées dans le ciel vide (Po Chü-I)
Se rendre sourd aux bruits du monde parce que le monde ira là où il ira (ni pronostic ni diagnostic, ni catastrophisme ni utopisme, ni apocalypse ni miracle)

J’ai oublié complètement le monde
Le monde aussi m’oublie complètement
Si bien que les nouvelles qui m’arrivent
C’est comme si elles ne m’arrivaient plus (Po Chü-I)

S’essayer à assumer non-agir et non-jugement (ce qui demande vigilance permanente, accompagnement bienveillant de nos trébuchements)
Être sensible à ce qui s’offre en toute gratuité, sans pourquoi et qui est tout proche.

La poésie chinoise des montagnes et des paysages est très chargée en significations, présages, symboles. J’y suis peu sensible. Peu importe. Je fais d’autres usages des montagnes du Vallespir, de la route de Montferrer (finis les sentiers et pistes), des chênes, bouleaux, fleurs innombrables, papillons, oiseaux, hirondelles, libellules.
Émerveillé par une beauté (vue, entendue, sentie…) sans le sentiment de sa fuite dans la seconde qui suit.
Vie dans le présent, comme présent, le seul temps réel (passé, futur sont des fabrications de l’esprit), présence et présent (Kdo).
Être dans l’acceptation (est-ce différent de la soumission ?) de ce qui advient comme ça advient.
 
Ce que ne font pas les poètes chinois.
Ils sont dans une vision, une interprétation de ce qu’ils vivent, voient, cycles, impermanence, retour du même.
Ils sont dans une forme de lamentation,

Tous ils arrivent passent disparaissent
tous méritant une lamentation (Lu Zhaolin)

d’insatisfaction puisque tout meurt, tout passe et repasse.
La chanson du regret éternel (Po Chü-I)

Ils choisissent l’ivresse, la solitude, font preuve de compassion.

Devant on ne voit pas l’homme d’avant
Derrière on ne voit pas l’homme d’après
Pensant aux cycles infinis de l’univers
La solitude amère et les larmes qui coulent. (Chen Zu-Ang)

Poésie de Wang Wei, le bouddhiste séculier :
1- Lorsque la solitude est une joie
On entre dans la pure liberté
Chimère le désir de voir la ville
Une vie accomplie - le plein du vide.
2 - L’âme a toujours haï l’enfermement
L’immensité lave de toute angoisse
3 - Tu veux savoir comment combattre l’âge?
La seule voie est la non-renaissance.

Poésie de Li Po, le taoïste :
1- Pourquoi j’habite la Montagne Bleue ?
Sourire sans réponse coeur serein
Fleurs de pêchers que charrie la rivière
Un autre monde existe loin des hommes
2- Buvant seul sous la lune
3 - Les plantes n’ont aucune gratitude
Quand le vent printanier les fait fleurir
Les arbres n’ont aucun ressentiment
De se voir dépouillés au ciel d’automne

La croissance et la fin de toute chose
c’est simplement la loi de la nature
4 - Rien dans la vie de l’homme d’ici-bas
ne répondra jamais à ses attentes
Demain à l‘aube les cheveux au vent
Partir voguer dans la barque légère
5 -  Rude est la route du pays de Shu
plus que la route vers l’azur du ciel
On se tourne à demi
on regarde vers l’ouest et on s’exclame :


Poésie de Tu Fu, le confucianiste ou confucéen
1 - Chanson des charriots de guerre
2- Chanson de la frontière
3 - Il a compris l’ordre de l’existence
Et rougit d’avoir demandé de l’aide
Il n’a prouvé que son inaptitude
Il est prêt à rentrer dans la poussière
Mais vivre en ermite lui est impossible
Car il renoncerait à ce qu’il croit
Sa tristesse ne fond qu’avec le vin
Et les poèmes qu’il compose et chante.
4 - Sept chansons

De Han Yü
L’oisiveté c’est plus dur que la cour

Hélas je n’ai plus droit de jouir du vin
Mais je peux rire et offrir un poème

De Meng Jiao
Il n’est pas d’épée juste dans ce monde

Se suicider laisser les autres faire
On se demande ce qui vaut le mieux

Le 10° songe d’automne
Le Vieillard change du matin au soir

De Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.

Sage - bien sûr que non mais pas stupide.

De Li Ho
Suivre un sentier - oublier la grand-route
Pourquoi faut-il qu’on pleure sur du vent ?

Souvenez-vous que c’est devant un mur
Que Ch’u Yuan a écrit « Questions su ciel » !

De Li Shang-Yin
Aube - ajouter des lignes aux nuages
Froid - voir la neige au centre du poème.

les beaux jours n’obéir qu’à son désir
Est-ce donné à tous ceux qui écrivent ?
Dormant profond - et puis le cri des grues
Des cris stridents - le mien presque cigale.
J’écris dessus - les mots ne sont pas libres
La chose que j’obtiens est sans exemple

...

La ceinture n’a pas de sentiments
elle se serre ou elle se relâche

 

Et pour moi… la pratique joyeuse-douloureuse du merci.

Dimanche 28 juillet-Lundi 29 juillet, Corps Ça Vit, Vallespir
nuit du dimanche au lundi, pneus de 15 voitures crevés, poubelles incendiées au camping, flammes de 4 m de haut, pompiers intervenus à 3 H 15
toute la journée, gendarmes, enquête, plaintes déposées, dépanneuses gratuites pour les victimes. Va-t-on installer des caméras de surveillance ?
Ça casse une ambiance, surtout quand on voit la voiture de Seb, le président du comité des fêtes, très investi dans un renouveau du village, de ses terrasses sous broussailles et acacias.

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Christian et sa tribu

5 Juillet 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture, #voyages, #épitaphier, #éveil

ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge
ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge
ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge
ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge

ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge

Christian et sa tribu


Tout le monde est occupé
1999
C'est l'histoire d'une jeune femme, Ariane qui tombe enceinte dés qu'elle est amoureuse. Un baiser sur la bouche lui donne le ventre rond. L'amour la rend légère comme une plume. Elle s’élève, sourit, s’endort, ronfle, met au monde. Elle se plante ou est plaquée, c’est pas pareil et c’est pareil. De ses amours (deux éphémères, un éternel) naîtront trois enfants au prénom digne d’un Raymond (D., Q., R.,) ou d’un Henri (M.) :  Manège, Tambour et Crevette.
Quand j’ai lu Crevette, j’ai pensé à un court-métrage de Samir Bouallegue, se passant dans une grande surface.
Comment je lis Christian.
Titre, 1° fois, page 44. Puis répété.
4° de couverture : page 31.
Et stylo-bille. Plus personne ne voudra de mon exemplaire.
X + Y quand on est né sous X (mère) + Y (père) = personne
(c’est la tristesse au fond des yeux de monsieur Gomez). Manège, née d’un père pêcheur à la ligne ne ferme jamais les yeux. Et dans ses premiers mots voit l’avenir « Gomez maman venir » et X (la mère de Gomez né sous X) retrouve 32 ans après, son fils.
Tambour est un bricoleur de génie, né d’un père plombier, Léopold de Gramure, bègue et bel cantor. Faisant une expérience de chimie, ratée, il met le feu à la maison de la tribu. Crevette, née d’Armand, instituteur viré par l’éducation nationale…
« Et Crevette. Ils s’en aperçoivent tous en même temps, un seul cri sort de leur gosier, même Marie bleu nuit (la vierge Marie) hurle avec eux : Crevette dort dans la maison en feu. »
Crevette a brûlé les étapes, dit le drôle monsieur Lucien, lecteur de philosophes. « Dessous la théorie, cherchez la déception. »
Depuis l’incendie, Crevette n’a plus remis les pieds sur terre, dit Tambour.
Crevette vole et danse deux à trois centimètres au-dessus du sol. Ariane décide de se marier avec Armand. Belle fête de mariage, toute la nuit, de toute la tribu,
« une tribu, c’est de la chaleur, du rire et du temps merveilleusement perdu »
Au petit matin, Ariane et Armand montent dans la nacelle de la montgolfière, fabriquée par Tambour, s’élèvent et finissent per disparaître, nobody.

Heureusement qu’il y a des folles non enfermées comme Ariane, Heureusement qu’il y a des fous comme Christian, qui savent qu’au bout de leurs souliers, il y a autant de merveilles qu’au bout du monde,
ou qui font dialoguer un chat Rembrandt et un canari Van Gogh, sur la situation révolutionnaire dans la ville à feu et à sang,  en rouge et or « la suite est prévisible, tout va se calmer, beaucoup de colère aura amené un tout petit peu plus de justice, les commentaires de toutes sortes recouvriront peu à peu le bruit de source de l’événement, c’est ainsi : les choses qui arrivent dans la vie basculent tôt ou tard dans les livres, elles y trouvent leur mort et un dernier éclat », avant que R. ne croque V.G.
Heureusement qu’il y a quelques lecteurs un peu fous pour entendre le rire hénaurme de Christian quand il écrit page 96 « Dieu et monsieur Gomez ont un point commun : aucun des deux ne répond à l’amour de mademoiselle Rosée - mais avec Dieu, il reste une petite chance. »

 

glaneries à coprs ça vit
glaneries à coprs ça vit
glaneries à coprs ça vit
glaneries à coprs ça vit

glaneries à coprs ça vit

Prisonnier au berceau
2005
Titre tiré d’une phrase page 96
« À ma naissance, on m’a couché à l’intérieur d’un berceau de fonte, un demi-obus. Allongé sur le dos, prisonnier au berceau, je contemplais le ciel bleu, ses forges angéliques et ses nuages qui en se délitant, me déchiraient le coeur »
4° de couverture, citation de la page 15.
Livre illustré avec des photos du Creusot
ville du temps de sa prospérité sidérurgique, fournisseuse de locomotives, de canons, broyeuse d’hommes dont certains tombaient dans une cuve d’acier en fusion et dont on ne retrouvait plus rien, disparition parfaite,  page 42
et ville du temps de son déclin, du temps du chômage et de la misère;
un siècle suffit; tout passe
et pour qui aime les télescopages fulgurants, des photos de l’univers d’Emily Dickinson, sa robe, son berceau, des dessins, son testament, sa chambre, sa montre et enfin la porte par où a été sorti son cercueil en 1886
(fin du livre)


Du choix ou pas du lieu de vie, du lieu de passage.
Christian n’a pas choisi de naître au Creusot mais il y est né, y a grandi, n’a plus voulu en bouger, a découvert l’émerveillement dans la proximité, l’éternel (il n’emploie pas le mot éternité) dans la présence fugace, la beauté (le mot n’est pas écrit me semble-t-il) dans l’éphémère (des nuages, des fleurs, des vols d’oiseaux, des sourires et visages, que de mots magnifiques sur son père). Christian a pourtant l’âme gitane. Épousant Lydie Dattas, quelques jours avant sa mort, c’est à Marciac, un haut-lieu du jazz, que Christian est enterré, dans une tombe blanche.
L’ami Marcel Conche a été l’homme de la Maisonneuve à Altillac et l’homme de la maison de sa femme à Treffort. Il n’a quasiment pas voyagé (une fois en Grèce, pour être reçu à l’académie d’Athènes). Il a exercé dans différents établissements secondaires (Evreux, Versailles) puis universitaires (Lille, la Sorbonne). Il est inhumé au cimetière d’Altillac.
Jeune (21 ans), j’ai choisi le village du Revest, acheté un terrain de 2500 m2. C’est là que s’est construit mon ermitage, la villa-joie, que se trouvent mes livres, mes souvenirs. C’est au Revest que se voient les traces de ce que j’ai souhaité pour ce village, un théâtre, la Maison des Comoni.
J’ai voyagé. Sans doute, en ai-je rapporté certains usages du monde, le sens de l’affût, le choix du OUI à ce qui advient. Jeune (24 ans), je fus choisi par A. Et j’ai découvert Corsavy où depuis 60 ans, je passe mes étés, dans une maison de poupée de 36 m2, habillée par A., au coeur du village de 160 habitants. C’est là que se trouvent le caveau familial, mes morts. C.’est là dans ce village d’adoption que je séjournerai, tête dirigée vers le Canigou, montagne sacrée, pieds vers la Méditerranée; mer de noyés.

"A quelques semaines d'une rencontre entre ma classe et monsieur Bobin, je flâne parmi ses oeuvres, à la recherche d'extraits susceptibles de parler à des adolescents. C'est ma bibliothécaire qui m'a mis Prisonnier au berceau entre les mains en disant : « ces jeunes creusotins ne peuvent qu'être sensibles à la façon dont Bobin parle de leur ville. » J'ai vécu à deux pas de la maison d'enfance de Bobin. Ses descriptions du quartier Saint-Charles se confondent avec mes souvenirs. « Personne ne rêve de venir vivre au Creusot », annonce-t-il dès la première page. En effet, c'était une ville ouvrière assez grise, peu propice à la poésie. Cela importe peu à Christian Bobin, qui sait trouver dans les petits riens une source inépuisable de contemplation, mêlée de réminiscences enfantines. L'enfant regardait déjà à travers les carreaux les lilas printaniers, l'envol des oiseaux, avec ce regard avide d'élévation, de rêveries, d'enchantements purs. « C'est dans la mesure où il n'y a rien à voir que les yeux commencent à s’ouvrir. » Quel plaisir que de retrouver dans ses descriptions ces lieux qui ont été ceux de mon enfance, plaisir d'autant plus vif que Bobin les pare d'une beauté que je n'avais pas perçue (pauvre de moi, j'avais les yeux fermés). J'en éprouve une certaine fierté, je me réconcilie avec les murs sombres des usines Schneider, avec la chaudronnerie qui a usé mon père durant des années. Je me sens à nouveau une enfant du Creusot, une enfant de la poésie des herbes folles et des chênes centenaires de la Verrerie. Merci Monsieur Bobin, et à très bientôt l'émotion de vous rencontrer."

 

glaneries à corps ça vit
glaneries à corps ça vit
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glaneries à corps ça vit

glaneries à corps ça vit

Un assassin blanc comme neige
2011
Titre émasculé page 41
Dieu est un assassin blanc comme neige.
Demandez-vous sur quoi vous vous arrêtez : Dieu est un assassin / un assassin blanc comme neige / blanc comme neige 4° de couverture, page 53
Page 76 « Lire c’est ajouter au livre, c’est découvrir en s’y penchant, son propre visage dans la fontaine de papier blanc »
Page 90, une citation chère à Thierry Zalic : « un jour, nous comprendrons que la poésie n’était pas un genre littéraire mal vieilli mais une affaire vitale, la dernière chance de retirer dans le bloc du réel »
« La vie éternelle est la vie ordinaire délivrée de nos ensommeillements »
« Comme en rêve, est la formule de l’éveil »
« Le sens de la vie c’est la célébration de la vie »
Page 93 : Hokusai pense à la fin de sa vie que la vie n’est que commencements. « À 90 ans, je pénètrerai le mystère des choses ; à 100 ans, je serai décidément parvenu à un degré de merveille et quand j’aurai 110 ans, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant »
Sa dernière oeuvre: vieux tigre sautant dans la neige. Notre tache : chevaucher le tigre.

Christian m’a fait vivre une chose simple,
que je savais dans la tête mais pas par la fenêtre de l’attention, dans le bureau du regard, dans la salle de l’attente,
qu’à ma façon, je pratiquais mais à la louche, pas à la petite cuiller, que la vie simple, la vie ordinaire (j’ai opté pour vie quotidienne en mémoire de Henri Lefebvre) est la vie éternelle, la vraie vie.
Avec Marina Tsvétaïéva, désolé pour Emily Dickinson (mes deux à rencontrer après mon pas-sage), j’ai échappé, grâce à une phrase d’elle, au tourniquet du nombre univers Pi, à celui de la physique quantique, qui m’avaient permis par la pensée d’accéder à l’éternité et à la fluidité mais pas par-dans le corps.
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Plus de généalogie, de lignée, de séquences infinies de J.-C. dans Pi.
Une origine ?, des commencements sans fin avec des fins, sans nom, sans identité. Jeuh suis précédé de tous ceuh qui sont apparus avant mouah, jeuh suis le précédent de tous ceuh qui meuh succèderont, tous les humains et tous les existants.

Tout à coup, ça semble une évidence, non pas une chaîne, mais des maillons, du tissage, du tressage, de l’intrication, de l’inextricable, des noeuds, des chats dont le bâillement suffit à les défaire, des répétitions, des boucles, des bonds, des salto alto et des tigres pour accomplir notre travail : « sans doute est-ce là le travail que chacun doit accomplir par sa vie : frotter la pièce d’or mise dans notre main à notre naissance, afin qu’elle brille dix mille fois plus quand la mort nous la volera » page 92
Au travail Vita Nova !

 

pour Christian les bébés, c'est divin et les enfants avant l'école, c'est l'émerveillement
pour Christian les bébés, c'est divin et les enfants avant l'école, c'est l'émerveillement
pour Christian les bébés, c'est divin et les enfants avant l'école, c'est l'émerveillement

pour Christian les bébés, c'est divin et les enfants avant l'école, c'est l'émerveillement

L’homme-joie
2012
Titre, page 16 : l’homme-joie, c’est ce roi-soleil, ce roi que nous avons dans le coeur qui quelquefois descend de son trône, descend dans la rue et fait quelques pas, nous faisant sentir, éprouver que nous sommes éternels, selon une pensée de Spinoza.

Christian remarque qu’on lui reproche d’être mièvre. Il n’a pas besoin de romans noirs, de séries noires pour décrire et connaître le monde. En cinq lignes, il assassine les assassins que nous sommes.
« Vous voyez le monde comme moi. Ce n’est qu’un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante. La guerre n’a rien d’énigmatique, c’est d’un banal. Mais l’oiseau là qui s’envole dans le sous-bois. La vie ne cesse pas de combler de bienfaits les assassins que nous sommes. Je veux ici parler simplement de ce qu’on appelle une belle journée, un ciel bleu. Ces expressions désignent un mystère. Parfois, nous nous en apercevons, juste quelques secondes. C’est ce que nous appelons du beau temps. »

Soulage, « expliquer n’éclaire jamais. La vraie lumière ne vient que par illuminations, explosions intérieures, non décidables » comme pour Pascal et la nuit mystique, l’illumination du lundi 23 novembre 1654

Ça m’a fait tomber sur une lettre apostolique du pape François pour le 400° anniversaire de la naissance de Blaise Pascal.

Glenn Gould, pages sublimes, 39 à 48, ça s’appelle l’irrésistible
« Ne jamais contrarier le cours des choses. Ne surtout pas résister au désastre. Quand l’incapacité est là, d’écrire, d’entendre, d’aimer, l’empêchement de toute respiration, vous lui donnez la place, toute la place, son temps, tout son temps »

Dans l’homme-joie, Christian parle de beauté et aussi d’éternité. Dans aucun de ces 4 livres, je n’ai lu le mot agapé, l’amour inconditionnel, sans jugement, sans tri, agapé qui me semble être la force motrice, créatrice de ce don permanent qu’est la Vie.

 

au Beausset-Vieux

au Beausset-Vieux

Christian et sa tribu
Christian et sa tribu
Christian et sa tribu

glanerie à la tour de Batère, Le pont de Louis de Batère, de la dualité à l'unité, 83 pages, gratuit

Avons-nous oublié la joie des effondrements ?

L’effondrement du mur de Berlin par exemple, la révélation, la découverte de ce que tout le monde savait : derrière chaque côté du mur il n’y a pas des ennemis mais des frères…

Pourquoi construisons nous sans cesse de nouveaux murs, entre Russes et Ukrainiens, Palestiniens et Israéliens, Américains et Mexicains, Africains et Africains, fronts populaires de droite et fronts populaires de gauche…?

Des murs, encore des murs de mots, de haine et de plus en plus nucléaires.

Malgré toutes les peurs, les énergies, la violence, le ressentiment que nous mettons à les construire, nous le savons de science certaine : tous ces murs sont destinés à l’effondrement et à la révélation de l’évidence que nous sommes tous Un, interreliés, interdépendants.

Ce n’est pas moral ou politique, c’est physique. Tout le monde le sait et fait semblant de ne pas le savoir.

La conscience de cette physique, de cette « matière » intriquée, c’est ce qu’on appelle l’amour ou la spiritualité. Ignorer ces évidences, c’est ce qu’on appelle la guerre, la guerre des sexes, des peuples, des civilisations, la guerre mondiale…

D’où nous vient ce goût du sang ? Était-il dès l’origine mêlé à notre lait maternel ?

Le poison de la volonté de puissance est-il le sel ou l’épice qui « relevait » nos premières viandes ?

Après l’édification guerrière de tous ces murs, combien de temps nous faudra-t-il attendre, dans la souffrance, l’incompréhension, l’illusion… avant que de nouveau, tout s’effondre et que nous respirions ensemble le grand air commun ?

Maintenant, n'est jamais ni trop tôt, ni trop tard. 

- Jean-Yves Leloup, juillet 2024

Carte des églises brûlées ou détruites seulement sur les 4 dernières années

Carte des églises brûlées ou détruites seulement sur les 4 dernières années

Cette carte est établie à partir d'une base de méta-données utilisant plusieurs sources :
- médias nationaux ou régionaux (beaucoup trop d'articles pour les lister)
Ces données mélangent, dégradations volontaires et attentats ainsi que les destructions pour délabrement et non entretien.
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De vie à vie Marina Tsvétaïéva

24 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #amitié, #amour, #engagement, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée
De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée
De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée
De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée

De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée

De vie à vie
Marina Tsvétaïéva (traduction André Markowicz)

Éditions Mesures

De vie à vie (littéralement en russe, Du vivant sur du vivant) est un récit écrit à Clamart, en 1932, paru en 1933, consacré à la visite que lui fit à Moscou, Maximilian Volochine alors qu’elle venait de publier son premier livre L’Album du soir, âgée de 18 ans, lui, poète et critique littéraire lui ayant consacré un article paru le 11 décembre 1910 dans Outro Rossii, et qu’il tenait à lui présenter, étant persuadé qu’elle n’en avait pas eu connaissance.
De cette visite, s’en suivirent six années d’échanges, de visites de Marina (seule ou avec sa soeur et Sérioja) à Koktébel en Crimée, maison construite par Volochine, où il vivait avec sa mère, Éléna Ottobaldovna Volochina qui l’avait élevé seule, c’est-à-dire sans les autres et contre les autres car une femme seule avec un enfant c’est -.

« Ils formaient un couple inséparable et pas un couple d’amis. Toute la réserve de virilité fut donnée à la mère, toute celle de féminité, au fils. »


Puis quelques lettres après 1917, jusqu’à la nouvelle de la mort de Volochine, le 11 août 1932, à midi, heure française, apprise en lisant La Pravda, le 16 août.


J’ai tellement été époustouflé, transporté, lévité, ascensionné par ce récit, il me semble tellement correspondre à ce qui devrait être, qui est déjà ce qui est depuis toujours, si on voit avec les yeux du coeur, de l’amour, que je ne vais pas en faire une note de lecture mais une écriture, nourrie des « anecdotes et commentaires » de Marina.


Il était une fois, un homme né d’une femme, élevé par elle, sa mère, seule. Elle portait à bout de bras les charges de la maison immense de Koktébel, au bord de la mer. Et lui, le fils, un poète, mythe juste au-dessous du mythe qu’est un moine, un ermite en sa grotte avait été ensemencé par tout le féminin possible.
Rien en lui de guerrier, de virilité dominatrice.
Un homme de paix, d’apaisement.
Un homme refusant de servir pendant la guerre de 14, se déclarant officiellement auprès du ministère de la guerre, objecteur de conscience.
Un homme de curiosité, grand voyageur, amateur de littérature française, traducteur d’oeuvres littéraires françaises, ayant vite compris que la Révolution russe ne serait qu’une répétition amplifiée de la Révolution française (terreur, contre-terreur, sang, sang, sang, faim, faim, faim).
Un homme refusant de prendre parti, qui dans sa maison de Koktébel accueillit le rouge poursuivi par la meute blanche comme le blanc poursuivi par la meute rouge.
Un contre-révolutionnaire absolu selon les bolcheviks qui se vit attribuer par eux, sans la demander, une pension mensuelle de 240 roubles.
Un rassembleur au-delà des haines.
Un falicitateur de rencontres pouvant durer des années car le temps est nécessaire pour connaître l’autre dans son être vrai, dans sa vérité, qui n’est pas ce qu’il croit être, qui lui est méconnaissable et surtout temps nécessaire pour que cet autre rencontré aille avec ce compagnon-poète vers sa vérité, son destin.

D’où cet homme tenait-il ce pouvoir de parler aux chiens, au feu et par sa parole, par son index pointé, comment réussissait-il à faire que ces chiens sauvages, dépeçant les cadavres deviennent gentils toutous, que le feu ayant pris dans les fondations de sa maison s’éteigne.
Était-il un initié ? Peut-être.
Mais plus simplement, il accueillait.
« Il a raison à sa façon, autant que toi, à la tienne. Et c’est cette raison à sa façon qui formait le principe de sa vie avec les autres. À l’instant de cet entre-deux, il se trouvait en même temps chez vous et chez votre ennemi et encore chez lui. »        
Si tu admets cela, alors, tu ne cherches pas à avoir raison contre l’autre. Tu peux arriver à saisir, à vivre que toi, ton ennemi et le poète vous êtes un être global, faisant partie du Tout. Chacun dans cette atmosphère se sent en confiance. Et du compagnonnage devient possible, harmonisant les différences par leur acceptation.

 

Comment s’y prenait-il ? Ce goûteur de France, était dans son fond le plus profond, un vieil Allemand, amateur de contes et légendes, ceux des frères Grimm.
Et pour chacun rencontré, il l’inscrivait dans un conte, une légende, voire un mythe qui permettait au rencontré de se révéler, de se réveiller, de se vivre en vérité.

De vie à vie Marina Tsvétaïéva

L’histoire de Chérubina de Gabriac est de ce point de vue là, ce que certains appellent une mystification, ce que d’autres appellent une transfiguration.
L’institutrice russe boîteuse, Élizavéta Ivanovna Dimitriéva, devenue Chérubina de Gabriac, que tout le comité de rédaction de la revue Apollon veut rencontrer a vu sa vie transformée par cette « invention » qui est bien autre chose qu’écrire sous pseudonyme ou par hétéronyme.

Oh ! Fallait-il que je reconnaisse
L’amour et la mort à treize ans ?
(Élizavéta, envoyé par Max sous le nom de Chérubina à la revue Apollon)

Tu m’as donné une enfance de conte,
Oh ! Donne-moi la mort à dix-sept ans !
(Marina, L’album du soir)

Et cette remarque essentielle de Marina :
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »

Hier soir, 22 juin 2024, avant l’illumination des tours de Batère, de Corsavy, de Cabrenç, trois tours de l’époque des razzias barbaresques, je disais à une inconnue, invitée à notre table parce qu’elle se retrouvait seule, que la séquence chiffrée selon la place de chaque lettre dans l’alphabet de son prénom Martine se retrouvait un nombre infini de fois dans le nombre univers Pi, que toutes les Martine ayant existé, existantes, et devant exister étaient emplacées, autrement dit, toutes les Martine ayant existé avaient vécu  une vie préparant la vie qu’elle vivait, elle-même, par sa vie, offrant la vérité de sa vie à des Martine à venir.
Ça vous semble tiré par les cheveux. C’est exactement ça !


L’invisible agissant derrière le visible, proposant à notre perception subtile, à notre intuition, un cheveu à tirer, si fin - sans fin

"L'univers est un seul être. Tout et tout le monde est interconnecté à travers un réseau invisible d'histoires. Que nous en soyons conscients ou non, nous sommes tous dans une conversation silencieuse. Ne fais pas de mal. Pratique la compassion. Et ne bavarde pas derrière le dos de quelqu'un - pas même une remarque apparemment innocente! Les mots qui sortent de nos bouches ne disparaissent pas mais sont perpétuellement stockés dans l'espace infini et ils nous reviendront en temps voulu. La douleur d'un homme nous fera du mal à tous. La joie d'un homme fera sourire tout le monde."
Shams-e Tabrîzî (1185-1247)


Le croirez-vous ? La tour de Batère, à 1500 m d’altitude, d’où on a une vue extraordinaire, en particulier sur les châteaux cathares, en cours de restauration sous la présidence de l’héritière des Cafés La Tour, est le siège secret du site internet de Louis de Batère, auteur d’un livre gratuit : Le Pont, de la dualité à l’Unité.
Évidemment, il n’y a aucune connexion internet à la tour de Batère.

Max, le poète, avait proposé à Marina d’écrire  comme Marina mais aussi pour ses poèmes russes par un homme inventé, nommé Pétoukhov, qu’elle finirait par haïr et, pour ses poèmes romantiques par des jumeaux inventés, une femme et un homme, les Krioukov.
Marina, par orgueil, voulant signer Tsvétaïéva, tout ce qu’elle écrivait, refusa cette proposition.
Aveu de 1932 :
« C’est vrai que Pétoukhov aurait été un bon poète. Quant aux jumeaux, je les pleure jusqu’à ce jour. »

 

Maksimilian-Voloshin-i-Mariya-Zabolockaya

Maksimilian-Voloshin-i-Mariya-Zabolockaya

Volochine, plus de 100 kilos, bouclé, tanné, rond, puissant physiquement, était un marcheur infatigable, un grimpeur doué.
Les poèmes qui sont traduits dans le livre et par lesquels j’ai commencé pour prendre un peu la mesure de ce génie sont très masculins, nets, tranchants, sans concession. L’horreur y est à sa place, énorme car l’histoire n’est que massacres, répétitions de massacres, de tortures (poèmes Massacre, La famine, Le protocope Avvakoum).

Sa mission lui fut dite dans le poème
L’apprenti

Et là quand tu auras compris
Que tu n’es pas un enfant de la terre
Tu es un hôte du cosmos

Qu’autour de toi dans l’être et dans les choses
Souffle le Verbe
Qui les appelle à être
Et que tu viens pour libérer les noms
Tu viens pour reconnaître les souffles dans la matière …

Koktébel, 14 juin 1917


Navigation

Je te placerai là, en témoin des folies
Je te ferai passer sur le fil de la lame
À travers les brasiers d’une guerre
Fratricide, inutile, sans issue
Pour que tu sois porteur du grand silence
De la mer miroitante au crépuscule.

Koktébel, 12 juin 1919

Le Nord-Est

Crimes bolcheviks, crimes des tsars
Rien ne change, rien que les bannières
C’est à chaque fois le même vent
Tyrannie des révolutionnaires
Et révolutions par des tyrans…

Le protocope Avvakoum

Sans âme, notre corps n’est que poussière et merde.

Le récit De vie à vie est précédé par un poème
à la mémoire de Maximilian Volochine,
Ici-haut

Donc, il voulut élever
Mort, lui - ceux qui le portèrent
Donc à la seule place rêvée.
Sienne - la seule sur terre.

Place au-dessus de laquelle est le
Pleur - mien - dans la basse fosse.
Place au-dessus de laquelle a lieu
Dieu - et nulle autre chose.

Lui au milieu des sommets, le Tout-
Homme, sous chaque régime.
Lui, comme il sied au poète - sous
Le ciel, sur la terre mutine…

Max ! Il sera si tendre
De dormir sur ton roc !

28 octobre 1932

(Max est enterré au sommet du mont Koutchouk-Iénychar)

À Corps Ça Vit, dimanche 23 juin 2024
Focs de Sant Joan organisé par le comité des fêtes
(entre 19 H et minuit, confection des ramallets jetés au feu, grillade et cargolade offerte, arrivée de la flamme…)

 

 

tombe de Volochine

tombe de Volochine

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