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Blog de Jean-Claude Grosse

epitaphier

Christiane Christian Alain Jacques

20 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #amitié, #amour, #engagement, #essais, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !
photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !

photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !

Rêvélévation

Cela passa peut-être un dimanche. Peut-être sur une route de montagne sans circulation (où ? où ? demandent les hiboux). Ciel bleu. Nuages, nuages, merveilleux nuages où passez-vous si ce n’est pas ici ? Le chemineau ne peut  encercler un nuage passant entre son pouce et son index, en faisant un oeil, clin d’oeil à son oeil en éveil. Sur le terre-plein du kilomètre 300, il enserre le tronc du petit chêne qu’il honore chaque fois qu’il passe puis appliquant son dos douloureux contre le tronc, il lui confie le soin d’en prendre soin, de lui apporter soulagement, demande-prière adressée dans sa tête au  petit chêne et livrée à l’abondance de l’univers. Tu peux dire aussi livrée à la Grâce, traverse son esprit.
Et soudain, une correction s’offre à lui. Tu ne peux pas ne demander que le soulagement. Tu dois demander aussi la souffrance. Tu dois vouloir vivre la souffrance et le soulagement. Dorénavant, cher chemineau tentant de vivre en conscience, veuille vivre les antonymes, l’un et l’autre, sans les séparer, pas l’un sans l’autre, pas l’un ou l’autre, pas l’un contre l’autre. Des écailles sont tombées dans l’herbe au pied du chêne.
Rentré, le chemineau sans bâton et sans besace se demande d’où cette tombée d’écailles lui vient. D’un choc de lecture. Il a fini, à une date indéfinie, stylo en main, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? de Christiane Singer.
Il l’aime cette Christiane, cette passionnée, cette mystique sans église, sans dogme, guidée, nourrie, se métamorphosant  par des expériences sensibles, des rencontres imprévisibles, dans des endroits inconvenants, hôpitaux psychiatriques, prisons, couvents, monastères, cours d’écoles, rues mal famées, pays lointains, vieux manuscrits, musées…
Rien de ce qui est humain ne lui est étranger.
Elle se coltine au pire, au meilleur. Enrage, s’enthousiasme, s’émerveille, se désespère. Elle s’émerveille du corps, des âges de la vie, de la naissance et de la mort. La diversité des cultures lui permet de résister à la mondialisation uniformisante, à l’économisme mortifère en lui montrant que la plupart d’entre elles, les plus anciennes, savent prendre soin, honorer, célébrer, relier, reconnaître l’invisible derrière le visible, le Réel derrière la réalité, la fluidité derrière la solidité, les sens étant guides, se méfiant de la raison qui veut avoir raison mais tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas.
Le logion 77 de saint Thomas est essentiel : « Je suis partout. Quand tu vas pour couper du bois, je suis dans le bois. Quand tu soulèves la pierre, je suis sous la pierre. »
Non pas, je suis le bois, je suis la pierre mais chaque fois que tu es LÀ, vraiment LÀ, dans la rencontre du monde créé, alors je suis là. Et là où tu es, si tu es dans la présence aiguë, je suis aussi.
Être LÀ ! C’est le secret. L’accès au sacré.
Pour accueillir, ce qui traverse, ce qui passe.
Tout lieu, tout moment doit te devenir makon, terme hébraïque désignant lieu, moment de rencontre entre l’homme et Dieu.
« Je regarde le plus souvent possible couler l’eau. Je  m’imprègne de voir ce qui se passe en moi à voir couler l’eau. »
« Dans la réalité, je me fais un bleu lorsque je me heurte à la table. Dans le Réel, j’attrape un bleu parce que quelqu’un au bout du monde s’est heurté à un meuble ou à un coeur endurci. »
Dans la réalité, je suis ficelé par mes représentations. Dans le Réel, rien ne me sépare de rien ni de personne.
Sachant qu’étymologiquement personne = personare = ce qui souffle au travers.
À travers toute personne en vie vraiment, c’est-à-dire LÀ, le vent de la Présence souffle.
S’incliner. Être dans la gratitude.
À son âge certain, le chemineau sans bâton ni besace aimerait approcher du Rabbi Löw de Prague. Un jour, il fut pris sur un pont de la ville sous les jets de pierres d’une bande d’enfants. À peine, les pierres le touchaient-elles qu’elles se changeaient en boutons de roses.
Ce miracle peut-il s’expliquer ?
Rabbi Löw aimait tellement les enfants qu’il ne pouvait pas leur permettre de devenir les assassins d’un vieillard.

Le 17 juin 2024

ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac

ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac

Dialogue avec Christian Bobin
Le bruit d’une balançoire
Lumière du monde

J’aime beaucoup ce qui se laisse écrire sur la page blanche qui peut tout recevoir mais surtout qui donne tout parce qu’elle est vide et qu’ainsi parfois se livre à la main-oiseau, à la main-papillon de Christian Bobin, en attente, en attention extrême, la vérité, non de la phrase aussi travaillée soit-elle (à éviter autant que possible, pas d’esthétisme avec la vérité, pas de poème mais la poésie offerte à qui sait voir, à qui sait attendre, parfois des années) mais la vérité d’un visage, celui d’un bébé qui, miracle, attire tous les regards et innocente ceux qui le contemplent (surtout éviter de lui glouglousser des mièvreries onomatopoétiques), celui d’un vieillard, buriné par larmes et rires, livre disant si sa vie se termine dans la joie ou par le néant, la vérité-beauté de tourterelles blanches sur la branche du cerisier en fleurs, la venue de l’invisible dans le visible, du ciel sur la terre.
Bobin et c’est tant mieux s’est beaucoup égaré. Aisé alors d’accepter nos égarements. Qui sont nos chemins de vie.
Moi, jusqu’à 80 et ça continuera jusqu’à ce que ça finisse. Mort, Vie. Dans Lumière du monde, nombre d’écrivains sont nommés, démolis, renvoyés à leur nihilisme, leur choix du mal, leur cynisme, après avoir été admirés. Je ne vais pas les nommer car piégé par le monde des écrivains et de leurs lecteurs, ce qu’il appelle « la sainte culture », j’ai encore les mêmes admirations. Ce qui m’a sauvé de l’égarement, de l’attraction de la littérature qui pousse vers le bas, c’est que ces romanciers géniaux de la phrase, du paragraphe, du chapitre, déclarés admirables et admirés, je ne les ai quasiment pas lus. Quelque chose m’en a détourné, une recherche de Vérité ?, pour d’autres lectures de  philosophes, psychanalystes, sociologues, ethnologues, dont j’ai fini par admettre qu’elles étaient aussi des égarements.
J’ai eu plus de bonheur ou de justesse dans mes choix avec la poésie. Je me retrouve, dans les noms qu’il cite :  au placard Baudelaire, Lautréamont, au pinacle, Rimbaud, Dickinson, Grosjean, Follain, Robin, Alexandre Romanès et autres gitans.
Plus de bonheur aussi parce que les 116 poèmes (16 de trop), écrits en 44 ans me semblent être aujourd’hui encore, mes boussoles sans nord magnétique. Je pense à Désapprentissage de la bêtise, de la maîtrise.
Depuis hier, je ne porte plus tout à fait le même regard sur le papillon blanc posé comme un livre fermé, immobile sur une fleur jaune d’or et qui s’ouvre dès l’approche, sur le massif d’aubépine fleuri d’où sort un vrombissement bourdonnant invisible, sur une fleur au bleu délicat (un bleuet peut-être), ouverte comme une minuscule main à 15 ou 16 doigts très fins finissant par des ongles filaments, courbus, pas crochus (ça ferait sorcière).
Là où je m’écarte de Christian Bobin comme de Christiane Singer, c’est dans leur dénonciation du monde tel qu’il est devenu et qu’ils combattent à leur façon, par la solitude, la patience, l’amour, le coeur, la résurrection pour Christian, par des conférences, actions, engagements divers, par l’inclination, l’amour, le coeur pour Christiane. Ils disent que la guerre spirituelle en cours dans laquelle ils sont engagés décidera du sort de chacun et de tous, humain ou machine.
Ce monde détesté, détestable me semble n’être que la projection d’une part de nous-même. Je dois accepter d’en être co-responsable comme je peux d’ailleurs être co-créateur d’un autre monde en me métamorphosant, en travaillent en conscience sur ce qui m’anime, sur ce par quoi je veux être animé, l’amour de la Vie, la fascination du néant.
Donc ce monde, je ne le combats plus, je ne suis plus en guerre. Il ira là où il ira et autant éviter tout pronostic, tout commentaire, tout jugement.  
Je n’écoute plus les bruits du monde (radio, télé depuis le 11 septembre 2001), je ne regarde pas les émissions littéraires, je ne m’intéresse à aucun palmarès.
J’aime ma solitude, ce qu’il me reste de famille, les amis, la vraie vie en face à face, côte à côte.
J’aime les trois rythmes de vie qui sont les miens : 6 à 7 semaines en solitaire (21 H-5 H), 15 jours de vacances scolaires avec les enfants (1 H du matin-8 H), et les 3 mois d’été.
J’aime rencontrer quel que soit l’endroit (je vais vers, j’adresse la parole, déjà bonjour), parler, écouter, contempler,  me promener. J’ai mon lot de souffrances et de douleurs, mon lot de joies et de bonheurs.
J’accepte, je suis dans l’accueil de ce qui advient comme ça advient, sans jugement, sans tri (parfois je me surprends à le faire, alors petit pas de côté).
Merci à Christian et Christiane. Évidemment et c’est un jugement, je me méfie beaucoup de tout un tas de pratiques de développement personnel et ou d’éveil spirituel. J’ai eu de la chance, je n’ai pas l’impression de m’être égaré.
Mais comme me dit l’ami F., c’est bien d’avoir papillonné, maintenant faut que tu fasses le job, j’entends Job sur son tas de fumier, incendier Dieu.
Le 20 juin 2024.

 

Christian Bobin, né le 24 avril 1951 au Creusot en Saône-et-Loire et mort le 23 novembre 2022 à Chalon-sur-Saône
 
de Gérard Vincent en date du 3 décembre 2022 et réédité le 24 avril 2024
" je livre ici une évocation de la cérémonie des adieux à Christian Bobin.
Il y avait une Présence extraordinaire dans l'église Saint Charles lundi après midi au Creusot.
La présence pure.
L'homme Joie.
L'enchantement simple.
Et des dizaines de femmes qui pleuraient dans cette église archi-comble.
De ma vie, jamais je n'avais vu autant de larmes.
J'ai pensé à un moment au grand film de Truffaut, L'homme qui aimait les femmes, avec Charles Denner.
Ce n'était pas des amantes du Plus que vivant mais des lectrices qui avaient reçu beaucoup, un autre amour, de ce grand cœur, ce grand arbre de paroles.
Au Creusot, ce jour là, on disait A Dieu à
L'homme que les femmes aimaient.
Il y a beaucoup de personnalités dans l'assemblée.
La famille Gallimard, Antoine en tête, est là, sur le banc derrière Lydie Dattas-Bobin et Hélène, la fille de Ghislaine, La plus que vive.
Mais il y a surtout beaucoup d'anonymes, ces gens simples, ces petits...C'est pour eux surtout que Christian écrivait. Qui n'a pas eu la sensation en ouvrant un nouveau livre de lui, de recevoir une lettre personnellement adressée ?
Christian qui recevait un courrier considérable, il n'avait pas internet, répondait à toutes et tous.
Christian n'était pas riche car il a donné aux autres toute sa vie. C'était une façon pour lui de garder sa légèreté.
Ce n'était pas une messe. Il y avait quatre prêtres dont le Père Jean Michel Duband, un ami de Christian. Un visage rayonnant de bonté et de lumière. Il nous dit qu'il faut surmonter le chagrin et les larmes car Christian est toujours l'homme Joie. Il y eut une lecture de l'évangile, la parabole où les disciples sont effrayés par la tempête qui se lève et Jésus surgit sur les eaux et leur dit :
N'ayez pas peur.
Il y eut des prières, des chants, du violon et guitare, la voix d'une soprano.
Un écran derrière l'autel montrait des photos de Christian, sa voix, son rire extraordinaire
Une très belle femme prend la parole.
Une courte intervention, un accent.
A la sortie de l'église, sur le parvis où une centaine de personnes discutent encore dans le froid une heure après la cérémonie, j'adresse la parole à cette femme. C'est Noella, la traductrice italienne de Christian, venue en train de Milan.
Au milieu de nous, le fourgon funéraire avec le cercueil blanc et les fleurs
Sur les deux heures trente de la cérémonie, plusieurs témoignages dont celui, bouleversant, de son ami, le poète André Velter.
Lundi prochain, le 6 Décembre, Christian sera inhumé au cimetière de Marciac, dans le Gers.
Repose en paix, Christian. "
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grand sachem pépé : A Marciac c’était plus intime … mais très fort tout de même ! Il y avait un grand oiseau qui planait au dessus de nous …
bientôt il y aura à Marciac une Maison Christian Bobin
 
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.

L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ? "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.

«Je suis un enfant de curé», disait Lacan. Éduqué par les Frères maristes, il fut un garçon pieux et acquit une connaissance sensible, intime, des tourments et des ruses de la spiritualité chrétienne. Il savait aussi merveilleusement parler aux catholiques et les apprivoiser à la psychanalyse. La Société de Jésus misa sur son École.

Freud, vieil optimiste des Lumières, croyait que la religion n'était qu'une illusion, que dissiperaient dans l'avenir les progrès de l'esprit scientifique. Lacan, pas du tout : il pensait au contraire que la vraie religion, la romaine, à la fin des temps embobinerait tout le monde, en déversant du sens à pleins tuyaux sur le réel de plus en plus insistant et insupportable que nous devons à la science.

Jacques-Alain Miller

- Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?
 
"Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore. On ne peut même pas imaginer comme c'est puissant, la religion. J'ai parlé à l'instant du réel. Le réel, pour peu que la science y mette du sien, va s'étendre, et la religion aura là beaucoup plus de raisons encore d'apaiser les cœurs. La science, c'est du nouveau, et elle introduira des tas de choses bouleversantes dans la vie de chacun. Or, la religion, surtout la vraie, a des ressources que l'on ne peut même pas soupçonner. Il y ont mis le temps, mais ils ont tout d'un coup compris quelle était leur chance avec la science. Il va falloir qu'à tous les bouleversements que la science va introduire, ils donnent un sens. Et ça, pour le sens, ils en connaissent un bout. Ils sont capables de donner un sens vraiment à n’importe quoi. Un sens à la vie humaine, par exemple. Ils sont formés à ça. Depuis le commencement, tout ce qui est religion consiste à donner un sens aux choses qui étaient autrefois les choses naturelles.Ce n'est pas parce que les choses vont devenir moins naturelles, grâce au réel, que l'on va cesser pour autant de sécréter le sens. Et la religion va donner un sens aux épreuves les plus curieuses, celles dont les savants eux-mêmes commencent justement à avoir un petit bout d'angoisse. La religion va trouver à ça des sens truculents."
 
Jacques Lacan "Le triomphe de la religion" Seuil. 2005
 
Christiane, Christian,  Alain rient = prient / Lacan ne rit pas
 
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Alain Cadéo (1951-2024)

16 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil, #cahiers de l'égaré

Alain Cadéo (1951-2024)

Le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et LE PÔLE - Arts en circulation

partir debout, en se levant / Où vas-tu Alain Cadéo ? - Eh ben vers tout là haut, au-bout de mes 40 ans d’écriture, au- bout de mes 22 romans, récits, pièces de théâtre, au-bout de mes billets de contrebande, là où un soleil sans fin verse sa Lumière, dans un potlatch d’éternité, sous la branche argentée d’un olivier sacré.
partir debout, en se levant / Où vas-tu Alain Cadéo ? - Eh ben vers tout là haut, au-bout de mes 40 ans d’écriture, au- bout de mes 22 romans, récits, pièces de théâtre, au-bout de mes billets de contrebande, là où un soleil sans fin verse sa Lumière, dans un potlatch d’éternité, sous la branche argentée d’un olivier sacré.

partir debout, en se levant / Où vas-tu Alain Cadéo ? - Eh ben vers tout là haut, au-bout de mes 40 ans d’écriture, au- bout de mes 22 romans, récits, pièces de théâtre, au-bout de mes billets de contrebande, là où un soleil sans fin verse sa Lumière, dans un potlatch d’éternité, sous la branche argentée d’un olivier sacré.

après Vitya, le 4 février, 50 ans
après Georges Perpès, le 18 mai, 71 ans
Alain Cadéo, le 12 juin, 73 ans
j'ai vu Alain pour la dernière fois, mercredi 5 juin après-midi; nous étions 4 avec lui; ce fut intense, chaleureux, passionné
le BAT papier de la nouvelle édition du Ciel au ventre était arrivé la veille; belle maquette qui je l'espère, sera placée dans son cercueil; le livre paraîtra début juillet avec achevé d'imprimer, 25 juillet, date de naissance de leur fils Ludovic
j'ai voulu le voir dimanche 9 juin, Martine me l'a déconseillé
je suis donc parti pour 3 mois et demi; trop, c'est trop
car même, en étant dans l'acceptation de ce qui arrive comme ça arrive, et dans la gratitude pour ce qui arrive même si ça fait mal, ça travaille corps et esprit, le temps que le temps fasse son effet apaisant accompagné par un travail sur soi pour fluidifier ce qui pourrait se solidifier en inconsolation
changeant de paysage, je change de vie, d'habitudes
j'ai écrit une lettre à l'âmi Alain pour qu'elle soit mise dans son cercueil, ce lundi 17 juin
Je recevais de temps en temps des billets d'Alain Cadéo
personnels, personnalisés
j'en ai recensé 26
voici celui du 21 octobre 2023, à 8 H 18
le dernier, je l'ai reçu le 21 mai 2024, à 7 H 03
Car enfin il s’agit d’habiter chaque mot, de le vivre, pour que l’écho qui nous revient soit le plus proche de sa source.
Je suis souvent frappé par le langage et le vocabulaire guerrier qu’adoptent les malades atteints d’un cancer. «Se battre, lutter pied à pied, gagner, tenir, résister, l’emporter, lui faire la peau, massacrer, écrabouiller, expulser… » et tant d’autres…
Je souhaiterais qu’avec la même ardeur et "en pleine santé" nous utilisions les mêmes mots contre l’ennemi larvé qui sommeille en nous-mêmes et dont nous tolérons tous les assauts contre ceux qui nous entourent sous l’infâme prétexte qu’il est le gardien enragé de notre pauvre et ridicule territoire.
La vraie bonté (ou la béatitude), n’est-elle pas l’absolu renoncement à toute idée préconçue, comme un oubli de ce que nous croyons être, afin d’atteindre le délicieux vertige d’un permanent partage et d’un amour illimité ? Mais quel chemin ! Il n’est pas simple d’effacer sa lourdeur, ses réactions, le nœud coulant de nos hérédités.
Disparaître en étant là, est un exercice quotidien de sublime acrobate glissant sur ce fil invisible entre la Terre et les Cieux.
Laveur de mots comme souhaitait Francis Ponge, passeur de mots, venus d'ailleurs, venus du Réel qui lie monde visible (la réalité) et monde invisible

Laveur de mots comme souhaitait Francis Ponge, passeur de mots, venus d'ailleurs, venus du Réel qui lie monde visible (la réalité) et monde invisible

Journal d'un accompagnement

Lundi de Pentecôte, le 20 mai, je monte chez les Cadéo, invité. Alain, en HAD, est dans son fauteuil à bascule, ne mange pas. Nous sommes quatre autour de la table à parler, en particulier du Ciel au ventre dont j’ai envoyé les fichiers chez l’imprimeur pour un tirage express du BAT papier. Je passe 2 H à contempler la date sur un buffet espagnol, 1788. Quand Alain monte se reposer, je m’en vais.
Dans la semaine, Martine m’apprend qu’il a demandé à rentrer aux soins palliatifs à La Seyne. Il y rentre le vendredi. Je n’ai pas le réflexe de le visiter dans le week-end. Je me souviens que quand il faisait avec son frère, leur travail d’accompagnement hebdomadaire et ce pendant 6 ans, il m’avait dit, c’est une expérience forte à faire. En entrant aux soins palliatifs, il m’a fait vivre cette expérience, moins creusée que la leur et qui a donné le livre Lettres en vie.
Kdo offert, hier, mardi 28 mai, vers 15 H, pendant ma visite en soins palliatifs à l’hôpital de La Seyne.
Quand je raconte en présence de deux aides-soignantes, les obsèques (28 mai à 11 H, au crématorium de Cuers) de l’âmi Georges, l’émotion me submerge et l’une d’elles me fait spontanément un massage aux épaules. Elles savent ce que le corps exprime, elles savent comment soigner, prendre soin du corps souffrant, du corps mourant.
Le patient m’évoque les ponctions d’ascite visant à le soulager.

Et de me dire, j’aimerais bien écrire une pièce pour ta fille. Elle est merveilleuse. De lui répondre que c’est une belle proposition, que je n’ai pas encore d’idée, que je vais lui en parler aussi. On a évoqué Tchekhov, Ostrovski.
Et cette après-midi, en faisant ma 1/2 H d’AR sur la restanque, j’ai pensé à son clown, Bonbon, à un antagoniste possible. Le titre pourrait être La clown et le pyromane, La clown et l’incendiaire, La clown et l’ours, La clown et le dresseur.

Je suis retourné voir Alain, hier après-midi, samedi 1° juin de 14 H 30 à 16 H 30 jusqu’au moment où une infirmière allait lui faire sa ponction. D’abord, il a écrit, sain d’esprit, de sa main, son testament littéraire, faisant de Martine la propriétaire de son oeuvre jusqu’à sa mort puis de ses enfants. Et j’ai signé comme témoin, étranger à la famille.
Quand Martine est partie, nous avons échangé par bribes car, fatigué, sous morphine, il somnolait parfois. Il me dit « on me demande : as-tu peur ? Je n’ai pas peur de la mort, la sédation est lente, un endormissement progressif. J’ai peur pour ceux qui restent. C’est étrange. Quand j’ai fait la connaissance de Frédérique (la médecin responsable du service), lors de nos visites aux fins de vie de cette unité (je suis dans la chambre de Karim, la 217), un trouble m’a saisi, entre amour et mort, l’intuition que ce serait elle qui me donnerait la mort. Le milieu des soins palliatifs est effaré, effrayé par les propositions de lois sur l’euthanasie. Plus de concertations. Ça peut devenir l’abattoir. »
Il me demande « quand tu seras de l’autre côté, qui aimerais-tu voir en premier ? Annie puis je rajoute Marcel Conche. Mais tu pourras aussi voir ceux que tu as lu avec application, admiration, philosophes, éveilleurs… »
« alors, je rencontrerai Montaigne, Héraclite, Lao-Tseu, Lévi-Strauss, Marilyn, les grands formulateurs Rilke, Rimbaud, Dickinson, Tsvetaéva, Sappho. »
Il me demande quels sont les poètes que j’aime. Je fais un voyage à travers les siècles, de Villon à Lorand Gaspar.
Quand son petit-fils Loïc vient le voir, un passionné de mythologie, je lui conseille Robert Graves. Alain cite Elie Faure.
Avec Alain, ça vole haut. Il n’aura sûrement pas le temps d’écrire la pièce pour Katia. La clown et l’incendiaire, ça ne lui paraît pas bon car la clown, c’est déjà une incendiaire. Pense au bouffon, Triboulet.
J’espère que le BAT du Ciel au ventre arrivera à temps, mardi. J’irai le voir mercredi.
Le BAT est arrivé mardi 4 juin comme prévu. Je suis allé le voir mercredi 5 après-midi, nous avons passé 3 H 30 à 4 avec lui, Martine, sa meilleure amie, une soeur en liberté, Eve, un collectionneur, Guy. Il a peu parlé mais écouté.

Ce fut riche, intense, avec comme leitmotiv qu’il reprenait : ne pas être dans le jugement, tout accepter sans tri, comme nécessaire,
polémique aussi dès que la politique est venue polluer nos échanges, en particulier la guerre d’Algérie. D’un commun accord, parce que le ton montait (passions en jeu, s’agit-il de passions tristes ?), on a décidé de stopper, dans la seconde où la remarque a été faite. On était là pour Alain, se mettre en paix, faire la paix, passer un moment harmonieux. On a dit au revoir. Baiser sur le front, sur la main avec longue caresse.
Jeudi, vendredi furent deux journées kilométriques mangeuses d’heures. Samedi, il me fallut récupérer. Dimanche 9 juin, quand j’ai appelé pour dire que je venais, Martine m’a dit de ne pas le faire. Alain avait demandé à voir un prêtre pour se confesser et recevoir l’extrême-onction. Je suis donc parti à 20 H 40 pour Corsavy où je suis arrivé à 2 H 30 du matin, dans l’attente de la nouvelle de son départ. Il est passé ce mercredi 12 juin à 6 H 30. Dans son sommeil.
J’avais entamé la lecture du Couteau de Salman Rushdie, lundi 10 en soirée (80 pages), poursuivie hier mardi (81 à 210), terminée ce matin mercredi (210-269) vers 10 H. Martine m’a appris la nouvelle quand j’ai appelé à 11 H 45. Je ne pourrai lire le message annonçant la nouvelle que demain car l’épicerie est fermée le mercredi.

 

le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation
le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation
le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation
le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation

le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation

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N'oublie pas les chevaux écumants du passé / Christiane Singer

15 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #amour, #développement personnel, #engagement, #essais, #pour toujours, #vide quantique, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

Si la pêche est bonne, le mental s'occupera de la prise et des poissons, les triera par taille, les ouvrira d'un coup de canif et les videra soigneusement. Mais de ce qui n'a ni poids ni consistance, il ne s'occupera pas ; je veux parler du ruissellement de l'eau qui retombe dans la mer à la levée des filets et continue longuement de s'égoutter, clip… clop… clip.     Or ce ruissellement c'est le bonheur, c'est la nature même du bonheur ! Il est aussi réel que les kilos de poisson sortis de l'eau mais ne figure sur aucun bilan, aucun inventaire. L'intellect ne sachant pas dans quelle rubrique le comptabiliser, finira par lui dénier toute existence.

Si la pêche est bonne, le mental s'occupera de la prise et des poissons, les triera par taille, les ouvrira d'un coup de canif et les videra soigneusement. Mais de ce qui n'a ni poids ni consistance, il ne s'occupera pas ; je veux parler du ruissellement de l'eau qui retombe dans la mer à la levée des filets et continue longuement de s'égoutter, clip… clop… clip. Or ce ruissellement c'est le bonheur, c'est la nature même du bonheur ! Il est aussi réel que les kilos de poisson sortis de l'eau mais ne figure sur aucun bilan, aucun inventaire. L'intellect ne sachant pas dans quelle rubrique le comptabiliser, finira par lui dénier toute existence.

note dédiée à Alain Cadéo pour son nigoun ניגון

N’oublie pas les chevaux écumants du passé
Christiane Singer
Albin Michel, 2005

Pour me débarrasser du couteau, de la guerre des récits, du récit réflexif sur une tentative d’assassinat d’une durée de 27 secondes sur une scène, devant mille personnes par le A., presque-assassin d’un presque-assassiné, le A. se déclarant non-coupable au nom d’une fatwa déclarée le 14 février 1989, jour des Valentins et valentines, le presque-assassiné se désintéressant totalement du sort de A., soucieux de son bonheur avec Eliza et sa famille, soucieux de son combat pour la liberté d’expression sans conditions, sans censures, j’ai choisi Christiane Singer et ses chevaux écumants du passé, titre provenant d’un adage japonais.
Un même lecteur pour deux livres.


- Le Couteau a été lu sans que le lecteur souligne quoi que ce soit. Il a noté dans sa tête, un livre sans fautes et salue traducteur et correctrices. Mais pour lui, rien à souligner. Livre qui l’a incité à un développement sur l’absence de compassion et d’empathie du presque-assassiné pour son presque-assassin, le A.
« New York en fin d’après-midi, brillant au soleil. Cela fait m’a fait chaud au coeur de la revoir, ses rues jolies-laides à la fois généreuses et avares, tant de talents dans l’air et tant de rats sous les pieds… » page 110


- Les chevaux écumants du passé ont été soulignés abondamment.
« Dès que je manie la critique, je sens s’aggraver l’irritation, et en même temps, j’ai conscience que c’est cette irritation  même qui crée l’adversaire ! Les deux vont ensemble. Cette indignation que je laisse monter en moi donne une énergie colossale au Léviathan que j’ai devant moi. Ainsi me place-t-il où il veut m’avoir : dans la réaction - c’est-à-dire dans la guerre. » page 100
Cette citation a suffi au lecteur du Couteau pour se débarrasser de celui-ci, d’autant plus que le presque-assassiné parle d’ennemi, même pas d’adversaire. Et dans la guerre des récits, les récits de libre expression, même en n’utilisant que mots et rires, humour et ironie, imagination de mondes possibles, visent via médias, réseaux sociaux à créer un rapport de forces finissant par leur être favorable, assurant leur victoire sur les récits totalitaires.
Qui ne comprend que la guerre des récits, c’est la poursuite de la guerre par d’autres moyens, que s’il y a victoire, elle sera provisoire, éphémère.
Cette citation me semble essentielle à saisir avant de s’engager dans tout combat. J’ai mené beaucoup de combats qui m’ont semblé justes (politiques, syndicaux, culturels). J’ai défendu la liberté de création artistique en prenant des risques. Quand j’ai été viré des Comoni en 2004, très peu de soutiens.
Aujourd’hui, non parce que je vieillis (c’est une merveilleuse expérience d’ouverture, de fluidification, d’acceptance selon le mot magique de Christiane que je fais résonner avec appétence) mais parce que j’ai enfin admis que prétendre combattre la violence surtout au nom de la justice, de la paix, c’est d’abord et avant tout se placer dans le bon camp, c’est ensuite ajouter de la violence à la violence (la violence verbale, l’insulte, le dénigrement tuent comme les couteaux, les bombes, les uns en s’en prenant à la personne, les autres au corps), je fais choix du non-agir, du non-jugement.
Évidemment, nous avons tellement été formatés, habitués à juger que je me surprends à le faire. J’ai un outil pour en sortir.
Vigilant, de plus en plus vigilant, tentant de vivre le plus en conscience possible, je fais un petit pas de côté : oh J.-C. t’es en train de juger, à voix haute avec un accent du midi, rire, et je me retrouve dans l’acceptance de ce qui me dérangeait et que je laisse se dérouler comme il va se dérouler en regardant yeux grands ouverts et bouche bée.
Je vous garantis que se corriger ainsi au lieu de corriger le monde, c’est d’une joyeuseté presque-permanente.
Il se trouve que c’est là-dessus que nos échanges de fin de vie avec Alain Cadéo ont surtout porté. Que ce soit chez lui, le lundi de Pentecôte ou en soins palliatifs, il n’arrêtait pas de dire que l’acceptance ne peut être qu’acceptance de tout ce qui se manifeste comme ça se manifeste, non par impuissance à corriger, à rectifier le tir mais par respect pour la Puissance à l’oeuvre, que j’appelle Amour inconditionnel, Puissance créatrice, pourvoyeuse de l’abondance qui au galop des chevaux écumants  fait

- qu’une cellule de mon foie accomplit au même instant 20000 opérations.

- qu'en 2000 mètres de promenade sur la route sans circulation, je vois des fleurs innombrables, aux couleurs variées que je ne sais pas nommer mais je les vois pousser parfois de façon improbable, bien ouvertes vers 11H, se fermant vers 17 H, je les sens.

- que sur le terre-plein du kilomètre cinq cent, ouvrant la vallée jusqu’à la mer, je me centre sur le respir, inspir, expir en tentant le vide dans la tête, juste la présence à ce souffle qui fait que je vis.


« Le peintre Turner se faisait enfermer des jours entiers dans l’obscurité complète de sa cave, afin de vivre au moment de sa délivrance, le choc éblouissant du jour et des couleurs. Peut-on dire pour autant qu’il avait mérité ses yeux ? » page 14
Quand Alexandre, vainqueur de Darius, s’incline, dégrafe son manteau de pourpre, l’étend sur le corps de Darius pour qu’il lui serve de linceul, au lieu de repousser du pied, son ennemi, par ce geste, il suspend le redoutable face-à-face des opposés, due la victoire et de la défaite, de la vie et de la mort, le face-à-face de deux falaises de roc, de deux meules entre lesquelles le monde est broyé. Il suspend la dualité sanglante. Dans le hiatus de la piété, de l’hommage rendu, il y a place pour un mystère et une transmutation alchimique. M’incliner, cette loi semble jouer dans toute vie. Pages 18-20.

Les références à l’hébreu (le tsimtsoun צמצום si cher à Alain, le nigoun, le chant singulier inhérent à chaque existence, le nigoun ניגון d’Alain Cadéo continuera à se transmettre avec les chevaux écumants du présent), le renvoi aux étymologies (educere, conduire hors de, transmission, passage de main en main) ouvrent les yeux.
Le mundus imaginalis des mystiques. La charte de Mandé de 1222 de Soundyata Keita, créateur de l’empire du Mali. Les arrêts de quinze jours imposés par Heisenberg lors d’échanges  où il flairait qu’une découverte importante allait peut-être se faire, « laissons cela en suspens ». Les Japonais qui ont le même mot pour désigner la célébrité et la mauvaise réputation. Le jeu enfantin « Tu brûles ou C’est froid » comme exercice d’attention, permettant de gagner en porosité à la Présence. Visiter un abbaye en s’asseyant, yeux fermés, sans écouter le blabla du guide mais en tentant de voir celui, celle, ceux qui l’ont eu d’abord dans la tête. Visiter New York en entendant les chants des Iroquois qui en ont été chassés (quelle différence avec le New York du presque-assassiné !). Ne pas visiter Jérusalem parce que la Jérusalem céleste n’est pas à Jérusalem. Bref, un livre essentiel portant sur l’essentiel.

Petit soupçon débouchant sur une question monstrueuse car j’adore Christiane comme j’adore Christian.

Christiane Singer est morte d’un cancer très douloureux à 63 ans. C’était une passionnée de la Vie, de l’Amour, du Féminin, très irritée contre la société marchande, consumériste des mercenaires, brockers, chicaneurs, blasés, méprisant, détruisant la Vie qui réclame des danseurs, des voltigeurs, des adorateurs, des porteurs de flambeaux. Cette irritation  qu’elle vivait tout en tentant d’être dans l’acceptance, dans la Présence n’a-t-elle pas fini par engendrer ce cancer ?
Je me pose cette question aussi à propos de Christian, mort lui aussi d’un cancer, à 71 ans, lui aussi dans une forme de colère contre le monde « moderne », freinant l’accès de la plupart des gens au divin, l’abîme sous nos pieds.
D’où ma vigilance à ça quand serre, les conseils de lâcher prise qu’éventuellement je donne et surtout me donne.

Rassurez-vous : je ne suis pas à l'abri, mon "éveil" remonte à 80 ans, j'ai donc eu le temps de m'empoisonner, d'être empoisonné et j’ai déjà connu, queue du pancréas, réglé et prostate, je passerai avec. Et malgré la vigilance, qui sait. Acceptance aussi.


Les dernières paroles de Christiane Singer sont sublimes.

JCG, le 14 juin 2024

Christiane Singer
Choisis la vie et tu vivras
Il s'agit pour chacun de faire dans nos existences : des lieux de résistance ! Résistance à l'hypnose socialement programmée ! A la boîte à chaussures ! Pour percer au-delà... Pour percer jusqu'à cette immensité du réel.
Et vous savez ce qui est tragique ? C'est qu'au XXème siècle, il y a eu cette extraordinaire évolution scientifique de la physique quantique. Et j'ai le bonheur d'avoir, parmi mes amis les plus intimes, un grand physicien de l'atome. Et lui me disait que ce qui l'attristait le plus, c'est que la science a reflété les intuitions métaphysiques de l'humanité ! Tout est relié à tout. Tout est relié à tout.
Il y a une tribu amérindienne - les sioux Lakota - où pour se dire bonjour on dit : « Nous sommes reliés » c'est le salut !
Toutes ces intuitions profondes de toutes les religions de l'humanité, c’est « être un » avec l'univers créé. Je suis une cellule, un atome de cet univers créé. Je suis part de cet univers, je respire avec lui. Je respire avec tout ce qui respire sous le soleil. Cette conscience de l'unité, cette relation de chacun avec chacun, et bien c'est la physique quantique qui en a décrit scientifiquement la réalité (principe N°4 de la physique quantique : intrication).
Et cet ami me dit qu'on a utilisé tout ce savoir pour le progrès technologique... Mais nous n’avons pas pris le message philosophique ! Nous crachons dessus !
Et nous vivons dans l'univers de la physique du 19ème siècle : Chacun séparé, Cause - Effet. Tchak tchak. Tchak tchak.
Je suis là devant vous.
Dans le dos : tout un peuple bruissant, de ceux qui m'ont précédée. Grands parents, arrière grands-parents... Si vous remontez jusqu'à 30 générations, vous savez combien cela fait ?
C'est comme dans cette progression géométrique, dans ce conte oriental où ce sultan demande à sa bien-aimée : « Alors qu'est-ce que je pourrais t'offrir... Avec quoi je pourrais te faire plaisir... ? ». Et elle répond : « Oh ! Peu de choses : sur un jeu d'échec... Un grain de riz sur la première case, deux sur la seconde, quatre sur la troisième... ». Et à la fin, le royaume ne suffit pas.
C'est-à-dire que si vous multipliez deux par deux, par deux... trente fois : ça fait plus d'un milliard d'êtres ! Vous imaginez, derrière chacun de nous, dans cette salle, un milliard d'êtres ! Ça commence à faire du monde !... Donc... dans mon dos, j'ai toute l'humanité !
Devant moi, j'ai toute l'humanité à venir... Là, partout dans l'horizontalité, tous les êtres qui respirent en même temps que moi sur cette terre... Et je suis une maille du filet ! Vous sentez cette image ? Non mais... Laissez-vous... Laissez-vous un instant pénétrer de cette image. Passé... Devant... Et puis wouahh...
Ça c'est le réel !
Et nous, nous sommes là à penser : « ah-mais-lui-il-m'a-dit. », « Mais comment-il-m ‘a-regardé. », et « J'aurai-du-lui-dire », et « Comme-elle-est-bizarre. », « Elle m ‘a pas répondu. » et puis « Elle m’a rien dit, mais si je la revois je vais lui dire que... »
Nous avons oublié qui nous étions !
Et ça... C'est une percée vers : « Il ne peut rien t'arriver. Tu es au bout des temps. Et tu es au commencement. Et tu es au bout de l'univers ».
Nous vivons dans cette représentation maladive que chaque geste que je fais ne concerne que moi... C'est d'ailleurs de là que naît la dépression de notre monde contemporain. Et lorsque l'on entend : « Quoi que je fasse ça n'intéresse personne, même pas ma voisine de palier ». Je suis dans mon enfermement, c'est ça la tragédie.
Or, dans une société qui est reliée à la transcendance, chaque geste que je pose va jusqu'au bout des temps : La manière dont je me lève le matin, dont je vais vers l'autre... Le geste avec lequel je caresse mon chat, la manière dont j'arrose mon pot d'azalée sur le balcon…
Le bonheur, le vrai, est volatil, il ne dresse nulle part ses tentes. Il surgit et s'esquive : attendu à l'arrêt de l'autobus, il ne descend pas. À l'aéroport, il n'atterrit pas. Et dès que d'aventure on le reconnaît et lui demande un autographe, il a déjà sauté dans un taxi. Il y a des jours qui lui sont consacrés, des jours fériés, des jours de vacances, d'excursion, de banquet, des jours de distribution des prix, des jours de noce où il n'apparaît pas ; les bougies brûlent et s'éteignent sans qu'il soit venu.

Le bonheur, le vrai, est volatil, il ne dresse nulle part ses tentes. Il surgit et s'esquive : attendu à l'arrêt de l'autobus, il ne descend pas. À l'aéroport, il n'atterrit pas. Et dès que d'aventure on le reconnaît et lui demande un autographe, il a déjà sauté dans un taxi. Il y a des jours qui lui sont consacrés, des jours fériés, des jours de vacances, d'excursion, de banquet, des jours de distribution des prix, des jours de noce où il n'apparaît pas ; les bougies brûlent et s'éteignent sans qu'il soit venu.

« C’est du fond de mon lit que je vous parle – et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c’est à chacun de vous – à chacun de vous, que je parle au creux de l’oreille.

Quelle émotion ! Quelle idée extraordinaire a eue Alain d’utiliser un moyen aussi simple, un téléphone, pour me permettre d’être parmi vous. Merci à lui. Merci à vous, Alain et Evelyne, pour cette longue et profonde amitié – et pour toutes ces années de persévérance.

Des grandes initiatives, comme c’est facile d’en avoir ! Mais être capable de les faire durer – durer – ah, ça c’est une autre aventure ! Maintenant ces quelques mots que je vous adresse. J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon œuvre, toute mon écriture était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c’est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage.

Alors ce dont je veux vous parler c’est tout simplement de ce que je viens de vivre. Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable.

Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure.

Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour.

Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous.

On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore – et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.

Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige.

Au fond, je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte. Et puis, il y a autre chose encore.

Avec cette capacité d’aimer – qui s’est agrandie vertigineusement – a grandi la capacité d’accueillir l’amour, cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne et qui m’accompagnent – parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui vous portent !

Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille.

Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer, sont entrés dans cette audace d’amour. En somme, il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans le courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.

Alors, ami-es, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément. Tout est mystère. Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous. La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous. »

Christiane SINGER

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Emmanuelle Arsan / Camille Moreau

20 Mai 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Emmanuelle Arsan, #amitié, #amour, #engagement, #essais, #notes de lecture, #pour toujours, #écriture, #épitaphier, #FINS DE PARTIES

5 pages dans Première sur le livre de Camille Moreau à l'occasion de la sortie le 25 septembre 2024 du film Emmanuelle d'Audrey Diwan
5 pages dans Première sur le livre de Camille Moreau à l'occasion de la sortie le 25 septembre 2024 du film Emmanuelle d'Audrey Diwan

5 pages dans Première sur le livre de Camille Moreau à l'occasion de la sortie le 25 septembre 2024 du film Emmanuelle d'Audrey Diwan

 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur
 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur
 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur
 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur

Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur

Emmanuelle Arsan
biographie d'un pseudonyme
Camille Moreau
352 pages, La Musardine, 21 €
 
3 jours de lecture, 3 jours de découvertes en 37 chapitres
avec remontée de souvenirs
Emmanuelle Arsan est rentrée tardivement dans ma vie, en 1988, le 19 mars, par une lettre dans laquelle je la sollicitais pour le N° 10 d'Aporie consacré à La mise à mort.
La biographie d'un pseudonyme est écrite par une jeune femme d'aujourd'hui, docteur en philosophie de l'art, donc sensible, réactive à la philosophie de l'érotisme comme art de vivre très élaboré tant en théorie qu'en pratique par le couple Louis-Jacques et Marayat vivant à Bangkok au royaume du Siam dans les années 50-60, entourés d'amis, d'amants, d'amies, d'amantes. Il y a Théo, Suzanne, Philippe, Alessandro (Dado), Nitya, Molinier et bien d'autres.
Les échanges de toutes sortes nourrissent une vie-oeuvre qui va enfanter d'un livre écrit en collaboration, envoyé anonymement depuis Bangkok à Eric Losfeld qui le publie clandestinement en 1959 (couverture bleu ciel, Emmanuelle en bas de couverture, lettres alternant noir et rouge, pas de nom d'auteur, pas de nom d'éditeur).
La vie-oeuvre va engendrer d'autres enfants de papier, une oeuvre-vie avec ses flous, ses échecs, ses ambivalences et ambiguïtés (? Emmanuelle Arsan ?, la trahison des mots et pensées par les images de cinéma (le film Emmanuelle avec Sylvia Kristel, le film Laure pourtant tourné par Louis-Jacques).
Je laisse la suite à la sagacité et à la gourmandise des lecteurs.
La recherche de Camille Moreau est rigoureuse. Quand c'est un fait, elle source. Quand elle émet une hypothèse, à défaut de preuves, elle le dit. Quand elle fictionne, c'est également précisé, l'écriture change, elle fabrique une histoire plausible.
Elle nous fait basculer régulièrement entre passé et présent, en particulier avec ses réactions de lectrice, crayon en main, d'une oeuvre abondante, inégale. Ses jugements sont lapidaires. Elle peut se le permettre parce qu'un diamant illumine vie et oeuvre, les deux tomes d'Emmanuelle.
On pourrait utiliser la notion d'effet de vie élaborée par Marc-Mathieu Münch : la lecture d'Emmanuelle a mis en mouvement de nombreuses lectrices dont Camille Moreau, sans doute aussi des lecteurs. Pour ces lectrices, Emmanuelle est une ouvreuse de voies et de voix vers un monde où femmes et hommes tentent de dépasser le patriarcat, de se libérer des tabous religieux, préjugés et stéréotypes de races, de classes, de genres, d'inventer par cercles d'amis et d'amants, d'amies et d'amantes s'élargissant (amour et amitié, c'est pareil dit-elle), un monde de beauté créée par des êtres audacieux, volontaires, exigeants.
Le chapitre sur le plan et la construction de Chantelouve d'Emmanuelle dans la forêt de Callas est particulièrement évocateur.
On peut être étonné par l'actualité-modernité-urgence de propositions-déclarations faites il y a 65 ans.
On constate qu'on est encore loin du compte. Les combats actuels, violents verbalement et parfois physiquement entre masculinistes et féministes, entre wokistes et traditionalistes laissent peu de place me semble-t-il à l'optimisme.
Je me demande si Etienne Souriau n'a pas été influencé par le roman quand il écrit La Couronne d'herbes, en 1975 ou même Michel Onfray avec La sculpture de soi, en 1993.
En conclusion, si je me place de là où j'en suis de mon chemin de vie, je dirai que malgré l'influence des mathématiques, de la physique quantique, de la cosmologie, de l'archéologie sur Marayat et sur Louis-Jacques, ils ont fait trop confiance à la science, athées convaincus, donc récusant ce qui relève de la spiritualité. Je sens chez eux, une forme d'hubris, quelque chose de prométhéen dans leur projet.
Dans Bonheur et Bonheur 2 que j'ai édités, on s'en rend compte.
Cela n'enlève rien à l'amitié sans doute amoureuse que j'ai entretenue avec Emmanuelle Arsan, sans jamais la rencontrer soit 17 ans de correspondance heureuse.
En tout cas, merci à Camille Moreau qui par sa biographie m'a appris plein de choses et a contribué à épaissir le mystère et le miracle Emmanuelle Arsan.
Ce qu'elle écrit sur le prénom puis plus loin sur le nom est magnifique.
À vos commandes SVP en librairies indépendantes !
 
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat

les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat

livre de tête édité à 30 exemplaires par Pierre Pascual, éditions Le Sélénite

livre de tête édité à 30 exemplaires par Pierre Pascual, éditions Le Sélénite

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Dolly / Edgar et Diane Gunzig

2 Janvier 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #amitié, #amour, #engagement, #histoire, #les entretiens d'Altillac, #notes de lecture, #pour toujours, #vide quantique, #voyages, #écriture, #épitaphier, #vraie vie, #éveil

Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude
Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude
Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude

Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude

Dolly (sorti chez Lamiroy en Belgique en septembre 2023) a été placé sous le sapin par mère Noëlle qui est allée le chercher à la fabuleuse librairie Tropismes à Bruxelles, pendant le week-end du 24 au 26 novembre car impossible de trouver en librairie française un livre édité par un éditeur belge
alors finir l'année 2023 par la lecture en deux jours de Dolly d'Edgar Gunzig et Diane Gunzig avec une postface de Thomas Gunzig , le petit-fils de Dolly
c'est un moment fort en lien
avec la lecture que j'avais faite du manuscrit que m'avait envoyé Edgar
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Edgar Gunzig reçoit le vendredi 13 juin 2015, la photo sauvée par Francisco Boix de son père, assassiné le 28 février 1942 à 8 H 30 à Mauthausen (il a 37 ans) et se lance dans la reconstruction très documentée de l'histoire de son père intimement liée à l'histoire des Juifs de l'est de l'Europe, ici la Tchécoslovaquie
la photo n'est pas reproduite dans le récit, beau geste puisque le livre ramène à la vie celui dont le nom était inscrit dans le Totenbuch de Mauthausen et qu'avait découvert en octobre 1945, le soldat américain Jo Stripounsky, neveu de Dolly, matricule 11552; ils s'étaient séparés le 10 mai 1940, à la frontière française; Jo et sa famille, belges, avaient pu entrer en France puis partir pour les Etats-Unis. Dolly, tchèque, avait été refoulé avec Rachel.
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Dolly,
c'est une plongée
- dans une histoire de tresse entre Histoire avec grande H et histoires de personnes militantes, principalement juives, motivées par des idéaux de justice, de solidarité (Jacques, Rachel, la mère d'Edgar, et tant d'autres)
- se tressent
les conditions de l'arrivée au pouvoir d'Hitler et du nazisme, de la solution finale (Shoah), de la 2° guerre mondiale, de la confrontation à mort avec le stalinisme (le bolchevisme juif, dixit Hitler) après l'épisode du pacte germano-soviétique
et les intrications avec le parcours militant de Jacques Gunzig, père d'Edgar Gunzig, se retrouvant par choix idéologique de sioniste laïque dans un kibboutz en Palestine en 1931 et comprenant sur place que le sionisme n'est pas la solution à la question juive, d'où son choix du communisme
- c'est un retour sur mes douze années de militantisme trotskiste
Jacques Gunzig fut faussement accusé par deux commissaires politiques staliniens de déviationnisme trotskiste (cela se traduisait le plus souvent par une balle dans le dos, beaucoup de militants du POUM et d'anarchistes furent assassinés par les staliniens) pendant sa participation de 1937 à 1939 avec sa femme Rachel (Edgar naîtra en Espagne, à Mataro, le 21 juin 1938) aux Brigades Internationales en soutien aux républicains espagnols contre le putsch des nationalistes franquistes;
il n'eut pas le temps ni la possibilité de revenir sur son choix idéologique du communisme stalinien; il n'a rien su des procès, des purges, des famines provoquées, du goulag
je suis convaincu que la solution n'est pas du côté du trotskisme, pas du côté de la révolution ou de la grève générale,
et, c'est une conviction récente, pas du côté de la démocratie soi-disant représentative;
j'avoue ne plus savoir si le monde saura en finir avec le capitalisme ou si le capitalisme débouchera sur le suicide de l'humanité
- c'est en résonance très forte avec ce qui s'est déclenché depuis le 7 octobre 2023 tant à Gaza (Hamas fasciste) + (réaction disproportionnée au service d'une politique de colonisation du gouvernement d'extrême-droite d'Israël) qu'en Cisjordanie (agressions des colons et militaires israéliens) et dont les conséquences désastreuses sont devant nous
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un livre qui devrait être lu par le plus grand nombre car le panoramique historique, géographique et idéologique balayé est vertigineux (sur plus d'un siècle avec le rôle du père de Jacques-Dolly, Ie rabbin Israël Gunzig, installé dans la synagogue de Lostice en Tchécoslovaquie)
et surtout peu connu
(avoir été militant révolutionnaire est de ce point de vue une chance car on a eu accès à une autre histoire de l'Histoire que les histoires officielles, sachant cependant que toutes les histoires sont toutes des histoires qu'on se raconte, des légendes, ni fausses, ni vraies, mais nécessaires et éphémères)
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merci au hasard (?) qui a permis à Edgar Gunzig d'accomplir avec Diane ce formidable travail d'épitaphier qui n'épuise pas son questionnement sur ce père perdu à l'adolescence (en particulier son rôle dans l'Orchestre rouge; pourquoi ne fuit-il pas lors du démantèlement de l'antenne bruxelloise ?)
mais livre aux lecteurs de quoi être ému, bouleversé, questionné, interpellé
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si vous voulez en savoir plus sur Edgard Gunzig, lisez Relations d'incertitude, co-écrit avec Elisa Brune ((1966-2018)
Edgard, physicien reconnu, propose à une jeune journaliste d'écrire un ouvrage de vulgarisation. Rapidement, la discussion scientifique se mue en une longue confidence à bâtons rompus. Du Big Bang aux cachots de la douane indienne, de la guerre d'Espagne à la Pologne communiste des années cinquante, de l'enfance cachée pendant la guerre au vide quantique générateur d'univers, Edgard livre les épisodes d'un destin plus que mouvementé.
Disponible en poche chez Espace Nord
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j'ai lu ce roman à sa sortie en 2004, rencontré Edgard Gunzig au salon du livre à Paris en 2005 et c'est ainsi qu'il m'invita à Peyresq Physics 12, les 19 et 20 juin 2007 puis que j'ai organisé sa rencontre avec Marcel Conche à Altillac, le 11 novembre 2009
le siècle de Marcel Conche avec le texte d'Edgar Gunzig rencontre de deux ignorants

le siècle de Marcel Conche avec le texte d'Edgar Gunzig rencontre de deux ignorants

Edgar Gunzig

rencontre de deux ignorants

Mon cher Marcel Conche,

Voilà plus de dix ans, le 11 novembre 2009 à Altillac, qu’eut lieu, à l’initiative de Jean-Claude Grosse, la rencontre de deux « ignorances », celle du philosophe annonçant d’entrée de jeu, sa méconnaissance de la physique et celle du physicien peu éclairé en philoso- phie.

Malgré le peu de compatibilité entre les deux discours, le scientifique et le métaphysique, l’échange fut vif, fructueux, très cordial et non dépourvu d’humour. Il me laisse un souvenir durable et joyeux.

Vous nous parliez de l’infini de la Nature, moi de l’infini de l’Univers.

Cet Univers qui existe depuis 13,7 milliards d’années mais aussi depuis toujours... Cette affirmation appa- remment contradictoire prend néanmoins tout son sens dans un contexte cosmologique novateur (1,2,3,4) : l’Univers n’a d’autre origine que...lui-même !

Il est sa propre cause et s’auto-engendre dans une dé- marche circulaire que les anglo-saxons désignent par l’expression « free lunch », créer quelque chose à par- tir de rien, sans faire appel à un point d’appui et sans apport d’énergie extérieure, par la seule mise en oeuvre adéquate de ressources, d’actions et d’énergies internes. L’expression « bootstrap », littéralement « se hisser en tirant sur ses bottes », se réfère à ce type de situation.

Le bootstrap se retrouve ainsi au coeur de toute dynamique autonome, toute activité qui s’auto- engendre, auto-consistante, fonctionnant en boucle fermée, indépendante de tout ce qui lui est extérieur. Il est à l’oeuvre dans tous processus scientifiques, phi- losophiques, artistiques...qui se créent, se façonnent réciproquement et s’enrichissent par le biais d’un jeu interactif entre l’oeuvre créée et son créateur. Ce dernier pourrait alors dire à l’instar de Montaigne à propos de ses « Essais »: « J’ai autant fait mon oeuvre qu’elle m’a faite »... et Marcel Conche ?

Que l’Univers lui-même puisse s’autocréer sans le recours à un quelconque « extérieur », d’ailleurs inexis- tant, traduit l’ouverture conceptuelle majeure qui bouleverse la physique d’aujourd’hui : la création d’une connivence indissociable entre le temps, l’espace, la matière et l’acteur essentiel, le « Vide Quantique ». C’est autour de ce dernier que s’articule un dialogue inattendu entre le contenant spatio-temporel et le contenu matériel de l’Univers : l’expansion de l’espace et son contenu matériel s’engendrent l’un l’autre dans un « bootstrap cosmologique » énergétiquement gratuit, une rétro-action géométrico-matérielle à l’échelle cosmologique : l’énergie gagnée par le contenu matériel créé étant intégralement puisée dans la géométrie dynamique de l’espace-temps. C’est elle qui, en retour trace les trajectoires des corps matériels et du rayonnement.

Les équations d’Einstein de la relativité générale représentent les contraintes mathématiques précises qui expriment les liens indissociables entre l’espace, le temps, la matière et ...le vide. Elles gèrent les rapports intimes qu’ils entretiennent au coeur des deux grands courants de la physique contemporaine, la relativité générale et la théorie quantique des champs. Elles décrivent une dynamique d’un genre nouveau, la rétroaction perma- nente entre le contenu de matière-énergie de l’univers et sa géométrie, situation sans précédent en physique.

Les questionnements essentiels, qui se posent au sein de ce cadre conceptuel, s’articulent autour de la manière dont l’expansion de l’espace-temps et son contenu matériel se conditionnent l’un l’autre. Autrement dit, comment ce contenu matériel quantique ressent-il cette expansion et, point capital, comment se comporte son état fondamental, par définition son état d’énergie minimale non nulle, le vide quantique ? Cette dynamique entrelacée se déroule sous la contrainte des équations d’Einstein semi-classiques : la géométrie de l’espace-temps y est décrite classiquement alors que son contenu matériel l’est quantiquement. L’expansion de l’espace produit sa propre énergie analogue à celle que produirait une source d’énergie extérieure, et crée ainsi son contenu matériel.

C’est comme si l’Univers possédait son extérieur énergétique en lui- même.

C’est pourquoi cette création, qui ne résulte que de transferts internes d’énergie, est ainsi globalement gratuite. C’est la stratégie la plus subtile jamais mise en oeuvre par l’univers, celle de son autocréation ! La mise au point de cette cosmologie autoconsistante, fut le fruit des travaux déployés par quelques physiciens (1,2,3,4) désireux de cerner le moment zéro de l’émer- gence physique de l’univers issu d’un vide quantique « primordial ». Celui-ci devient l’acteur central d’une histoire cosmologique semi-classique de l’univers. Ce vide quantique est par essence dépourvu de parti- cules réelles mais est le siège d’une mouvance irréduc- tible par principe, les fluctuations quantiques du vide, porteuses de l’énergie de ce niveau fondamental.

La création de particules au sein de ce vide, requiert un apport suffisant d’énergie à ces fluctuations pour qu’elles puissent se « matérialiser » et transporter alors l’équivalent énergétique de la masse de ces particules réelles ainsi créées. Dans ce contexte cosmologique, il n’y a pas d’« ailleurs » de l’univers d’où cette énergie pourrait être importée, semblant ainsi interdire a priori de telles créations.

Et pourtant, il nous est apparu (1,2,3,4) que l’univers en expansion est le seul système physique qui fasse exception : il contient en lui-même un réservoir énergé- tique dans lequel le champ peut puiser l’énergie qui lui convient. C’est dans un dialogue entre les fluctua- tions quantiques du champ matériel et la géométrie courbée de l’espace-temps qu’apparaît une forme inattendue d’énergie, celle qui est associée à l’expan- sion géométrique de l’univers, donc à la géométrie de l’espace-temps dynamique. Cette source géométrique d’énergie donne au vide quantique la possibilité de s’ex- primer cosmologiquement : l’expansion cosmologique de l’espace induit l’excitation du champ quantique, donc la création associée de particules matérielles. Cette matière ainsi créée rétroagit alors en conditionnant, à son tour, l’expansion qui lui a donné naissance... Extraordinaire serpent cosmologique qui se mord la queue ! Bel exemple de mécanisme de rétroaction régi par les équations d’Einstein. C’est une réponse surprenante et essentielle au questionnement relatif au pouvoir créateur du vide : ce processus de feedback géométrico-matériel peut en effet s’enclencher quel que soit l’état quantique initial du champ... même si c’est précisément son état de Vide.

L’existence préalable de matière n’est donc pas requise pour amorcer sa propre création. La totalité du contenu matériel de l’univers pourrait-il donc résulter de ce scénario autocréateur ? Si ce dernier est concep- tuellement attrayant, satisfait-il pour autant à toutes les contraintes de la théorie ? Autrement dit, est-il décrit par une solution des équations semi-classiques d’Einstein qui gèrent ce problème ?

Question conceptuellement excitante s’il en est.

Notre travail collectif (1,2,3,4) aboutit à une conclu- sion plus que satisfaisante : il existe bien une solution mathématique exacte qui décrit ce mécanisme cosmo- logique autoconsistant par lequel la matière, qui est entièrement produite par l’expansion, est précisément celle qui soutient cette expansion au sein d’un bootstrap géométrico-matériel. C’est un phénomène coopératif à l’échelle cosmologique, responsable de la produc- tion coordonnée du contenu matériel de l’univers et de son expansion : la matière créée par l’expansion en est également le moteur. Ce mécanisme coopératif de création souligne un rôle inattendu de l’espace-temps dynamique : le milieu matériel cosmologique s’engendre lui-même par espace-temps interposé́.

Cette prouesse cosmologique est donc énergétique- ment gratuite car elle ne résulte que de transferts internes d’énergie entre la géométrie et la matière, c’est donc un free lunch cosmologique.

Voilà comment le dialogue entre la relativité générale et la théorie quantique des champs pourrait ouvrir la voie à une histoire cosmologique d’un genre nouveau... l’émergence de l’univers à partir du vide quantique pri- mordial.

En dépit de la beauté formelle de ce mécanisme cosmologique autoconsistant exact, le physicien se doit de poser ici la question cruciale : cette solution mathé- matique a-t-elle des raisons physiques de se matériali- ser au coeur de ce vide quantique ?

La réponse positive à ce questionnement résulte d’une propriété ésotérique de ce milieu particulier : son éner- gie étant la plus basse des énergies compatibles avec les règles du jeu quantique, elle ne peut descendre sous ce seuil et ne peut ainsi que rester constante au cours de l’expansion, propriété étrange qui implique- rait que la pression du vide quantique serait négative et engendrerait par cela même un effet gravitationnel répulsif, une antigravitation. C’est elle qui induirait l’expansion et lancerait la création autoconsistante de matière. Un hypothétique vide quantique primordial soumis aux effets de son autogravitation répulsive ne pourrait dès lors que se transformer en un univers matériel en expansion...le nôtre?

L’histoire cosmologique de l’Univers ne résulterait pas de l’explosion mathématique, cataclysmique, infinie de Tout dans Rien, le Big Bang, mais émergerait physi- quement, sans fracas énergétique, d’une instabilité d’un vide quantique primordial soumis aux effets de son au- togravitation répulsive.

Cette propriété déterminante ouvre la voie à des his- toires cosmologiques inconcevables dans le cadre de la cosmologie einsteinienne classique : l’expansion de l’univers naissant est exponentiellement accélérée, sans commune mesure avec l’expansion décélérée du modèle cosmologique standard, c’est une inflation cosmologique. Cerise sur le gâteau : c’est elle qui éradiquerait un grand nombre de ses pathologies et énigmes.

Voilà mon cher Marcel Conche comment l’univers en expansion pourrait se faire naître lui-même. Il s’inspirerait ainsi du Dieu du « Livre des morts de l’Egypte ancienne » clamant : « Je me suis engendré moi-même à partir de la substance originelle que j’ai faite. »

1. R. Brout, F. Englert, E. Gunzig, « The Creation of the Universe as a Quantum Phenomenon, Ann. phys., 115, 78, 1978.

2. E. Gunzig, P. Nardone, « Self-Consistent Cosmology, The Inflationary Universe and all that... », Fund. Cosmic. Phys., 11, 311-443, 1987.

3. E. Gunzig, « Du vide à l’Univers », dans « Le Vide, Univers du Tout et du Rien », 467-486, Ed. Complexe ( Bruxelles, Paris), 1998.

4. E. Gunzig, « Variations sur un même ciel », Ed. la ville brûle (Paris), « Cyrano, le bootstrap et l’histoire cosmologique du vide », 249-266, 2012.

Ce petit travail n’aurait pas vu le jour sous cette forme sans le soutien de ma femme.

Merci Diane, Edgar.

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

JEAN-CLAUDE GROSSE

OPACITÉ/TRANSPARENCE

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

10 août 2013. Soirée (g)astronomie au gîte de Batère, 1 500 mètres d’altitude, à Corsavy. Ciel constellé. Pour observation après le repas.

Ont été invités Ada Lovelace, descendante de Lord Byron, 36 ans, cosmologue, génie du calcul intensif et Marceau Farge, fils de paysans corréziens, 91 ans, philosophe naturaliste d’une grande liberté d’esprit.

MARCEAU – Je me suis souvent demandé, Madame, ce que nous apportait la science: des certitudes valables un temps seulement, souvent contestées du temps même de leur prééminence, sur lesquelles s’appuient des volontés intéressées de maîtriser la nature et l’homme. N’est-ce pas ainsi qu’il faut voir la recherche acharnée des constantes universelles ?

ADA – Les quinze constantes physiques actuelles sont d’une précision et d’un équilibre qui nous ont rendu possible: matière, vie, conscience. Votre méditation métaphysique, cher Marceau, n’est qu’une spéculation solitaire sans vérifications. Les chercheurs avec leurs télescopes comme Hubble captent des lumières (la gamma, la X, l’ultraviolette, la visible, l’infrarouge, la radio) de plus en plus faibles provenant de l’univers (sans lumières, ils sont dans le noir). Voir faible c’est voir loin dans l’espace indéfini et tôt dans le temps immense. Nos tâtonnements lents, rigoureux, collectifs, débouchent sur un modèle d’univers cohérent et beau, en symbiose avec nous.

MARCEAU – La disproportion entre l’opacité et la clarté ne plaide-t-elle pas pour la méditation impatiente et quasi- aveugle sur l’opacité? Elle ne dérange pas l’ordre des choses étant sans volonté de puissance, sous-jacente au désir de savoir.

ADA – Vous provoquez là ! Votre métaphore n’a rien d’aveuglant. Nous, chercheurs, mettons en place des notions nous permettant d’éclairer l’opacité : hasard, chaos, inflation, singularité, fluctuation quantique. Nous voyons se multiplier les paradoxes qui mettent en difficulté nos modèles à contraintes et constantes

MARCEAU – la métaphysique a inventé des modèles depuis longtemps. Anaximandre, son infini, son germe universel, Héraclite, le feu comme principe de création, destruction, bien avant votre big bang, Démocrite, ses atomes, Épicure, le clinamen (une déviation, une mutation). La contemplation ouvre sur des visions développées en métaphores

ADA – vos métaphores métaphysiques, Marceau, sont figées. Nos paradoxes scientifiques sont dynamiques. Pensez aux effets du paradoxe EPR (1935) qui révèle qu’ici est identique à là (1998). Observer en 1998 que l’expansion de l’univers, décelée en 1929, est en accélération oblige à poser l’existence d’une énergie répulsive responsable de cette accélération: l’énergie noire. Les calculs intensifs, pétaflopiques, bientôt exaflopiques, que j’entreprends avec les calculateurs Ada et Turing sont réalisés pour tenter de la caractériser avant de la déceler.

MARCEAU – On a donné votre prénom à un calculateur pétaflopique ? (Elle rit.) Rien n’interdit ma méditation de se nourrir de vos calculs. Échange chiffres contre images. Pour évoquer la recherche de la vérité, j’imagine un archer tirant dans le noir. Où est la cible ?

ADA – Les constantes sont d’une telle précision qu’il faut que votre archer vise une cible d’un centimètre carré, placée aux confins de l’univers. Enlevez un 0 à 1035 et vous avez un univers vide, stérile.

MARCEAU – Savoir que nous sommes des poussières d’étoiles dans un univers anthropique, connaissances scientifiques du jour, enrichit ma pensée de la Nature, m’évite de m’égarer dans une théologie créationniste ou dans une métaphysique matérialiste, déterministe et réductionniste comme celle du Rêve de d’Alembert de Diderot

ADA – d’autant que nous distinguons deux sortes de matières, la matière lumineuse, visible, connue et la matière noire, jamais observée, inconnue, comme l’énergie noire

MARCEAU – si vous permettez que je vous appelle Ada, le noir, Ada, semble dominer en astrophysique

ADA – 73 % d’énergie noire, 23 % de matière noire, 4 % de matière ordinaire dont 0,5 % de matière lumineuse, telles sont les proportions proposées aujourd’hui pour l’Univers

MARCEAU – soit 0,5 % de clarté pour 99,5 % d’opacité. Le raccourci de la méditation sur le Tout de la Réalité me convient mieux que le long chemin sinueux de la connaissance parcellaire qui bute sur le mur de Planck.

ADA – Cela nous mène où, Marceau ?

MARCEAU – vous Ada à savoir presque tout sur presque rien, moi à voir la Nature comme infinie, éternelle, un ensemble ouvert, aléatoire, en perpétuelle création de mondes inédits, ordonnés, périssables, inconnaissables. Notre conversation par exemple n’était pas programmée bien qu’annoncée. Elle est inédite et restera unique. Parce que c’est vous, parce que c’est moi. L’infini ne s’épuise pas et ne se répète donc pas. Dans de telles conditions de créativité au hasard et d’inconnaissance de cette créativité, la seule attitude me semble être le respect de ce que je ne peux connaître complètement selon le théorème de Gödel de 1931.

ADA – Connaisseur à ce que j’entends. Le chemin de la connaissance scientifique est à l’opposé de votre raccourci méditatif sur le Tout. Il ne vise à expliquer que du détail, même aux dimensions de l’Univers. Il rend compte de ce qui existe par des lois et du chaos, facteur de créativité.

MARCEAU – Pourquoi ce détail, Ada, l’origine de l’Univers, plutôt que tel autre ? parce que la métaphysique vous attend aux confins. Expliquer par du nécessaire et du contingent n’empêche pas les trous noirs entre les différents domaines expliqués incomplètement.

ADA – Ce sont les visages troués de votre Nature.

MARCEAU – Je médite sur ces visages mais j’en vois les limites, Ada. L’Univers n’est pas la Nature. Vous vouliez un tableau fidèle. La Réalité vous impose le flou quantique.

ADA – Votre raccourci vous a demandé une vie pour déboucher sur une métaphore de dix lignes

MARCEAU – sur l’étonnement et l’émerveillement, chère Ada. Ce qui nous a construits par asymétries et découplages, des atomes primordiaux aux éléments chimiques, puis par code depuis LUCA, des gènes aux hémisphères cérébraux, si dissemblables, le droit (celui des images), le gauche (celui des calculs). Ce qui nous a conduits par les chemins sinueux de la causalité probabiliste, par les raccourcis de la liberté, à Corsavy, aujourd’hui, pour contempler la Beauté.

(Il plonge ses yeux rieurs dans les siens. Elle rit.)

Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.

Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.

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Frank Cassenti

24 Décembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #album, #cahiers de l'égaré, #engagement, #films, #pour toujours, #épitaphier

PORQUEROLLES / FORT SAINTE-AGATHE / 8 VII 2024 /
"Sous le figuier qui porte désormais son prénom, nous avons célébré la mémoire de Frank Cassenti en cette 23ème édition de Jazz à Porquerolles, le festival qu’il créa en 2002 et où la musique ne serait pas traitée comme une gourmandise à la mode. Où il inviterait au Jazz comme à une expérience de vie. Où la musique ouvrirait à un monde enfin désirable.
Avec Tiphaine Samson et Samuel Thiebaut nous avons dit quelques mots dans ce sens, « des mots justes et sans pathos », en soulignant l’esprit de résistance qui animait Frank : résistance à la bêtise, à la médiocrité et à l’époque qui se prend toujours pour la fin de l’histoire. La résistance au cœur même de la culture vécue comme un combat.
Et c’est ainsi, en souvenir des esclaves dans les champs de coton, les mines ou les prisons, qu’il voulut offrir à des gens heureux, sur une île heureuse, cette musique née du malheur et capable de les réjouir. Et faire vivre ainsi le paradoxe libérateur du blues.
C'était plus que jamais vrai ce soir. Depuis Il Camino d’Aldo Romano jusqu’à Mama Rose, la grand-mère d’Archie Shepp au temps de l’esclavage, alors que ses amis musiciens faisaient entendre joyeusement des airs qu’il aima. Sur le chemin de sa vie. Body and soul. Corps et âme." François Carrassan
"Au premier soir de la 22ème édition de Jazz à Porquerolles, Frank Cassenti et moi étions sur la scène du Fort Ste Agathe, sous le figuier du commencement. Pour donner le ton comme chaque fois. Lumière sonore de fanfares traversant le soir. Jazz comme des images jaillies de ses films. Dans le tempo sans âge d’un blues sans fin. Juste pour lancer « l’un des sept meilleurs festivals de jazz de l’été en France ». Un festival, comme le dira Frank, capable de nous offrir dans une cour aux ombres fantastiques « des moments d’éternité ».
Et ce fut un plaisir d'applaudir encore une fois celui que j'avais le bonheur d'accompagner depuis 2002 : Frank Cassenti, « le génial inventeur de Jazz à Porquerolles ». Celui qui nous faisait rêver en dehors du prêt à porter et nous comprendre en dehors du prêt à penser. Qui avait mis la culture - le cinéma, le théâtre, la musique - au coeur de sa vie, sans rien trouver d'autre hors d'elle pour donner un sens à l'existence, aller à l'essentiel et "changer le monde". Ce serait la dernière fois.
Je pose ces mots en son absence pour cette 23ème édition. Que pouvions-nous faire de mieux, Tiphaine Samson, Samuel Thiebaut, tous ses amis et moi ? Avec le souvenir inoubliable de sa voix, une voix teintée d’une indéfinissable mélancolie, juste détachée de la mêlée mais sans contredire l’idéal d’un monde désirable.
Et dans nos cœurs son éternelle mémoire." François Carrassan
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et peut-être pour le 24° festival, un Cahier de l'Égaré comprenant un roman inédit et le scénario de ce roman de Frank Cassenti : Un homme qui crie n'est pas un ours qui danse
Les Cahiers de l'Égaré avaient édité en 2016 Jazz à Porquerolles, livre-mémoire sur ce festival
Réalisateur, scénariste et musicien, Frank Cassenti est le co-fondateur du festival de jazz de Porquerolles. Il préside l'association depuis 2001. Le livre Jazz à Porquerolles est paru aux Cahiers de l'Égaré en 2016 pour les 15 ans du Festival. Nous étions côte à côte à la fête du livre d'Hyères en 2016. / Le manuscrit de son roman attend son éditeur à titre posthume, travail d'épitaphier.
Réalisateur, scénariste et musicien, Frank Cassenti est le co-fondateur du festival de jazz de Porquerolles. Il préside l'association depuis 2001. Le livre Jazz à Porquerolles est paru aux Cahiers de l'Égaré en 2016 pour les 15 ans du Festival. Nous étions côte à côte à la fête du livre d'Hyères en 2016. / Le manuscrit de son roman attend son éditeur à titre posthume, travail d'épitaphier.
Réalisateur, scénariste et musicien, Frank Cassenti est le co-fondateur du festival de jazz de Porquerolles. Il préside l'association depuis 2001. Le livre Jazz à Porquerolles est paru aux Cahiers de l'Égaré en 2016 pour les 15 ans du Festival. Nous étions côte à côte à la fête du livre d'Hyères en 2016. / Le manuscrit de son roman attend son éditeur à titre posthume, travail d'épitaphier.
Réalisateur, scénariste et musicien, Frank Cassenti est le co-fondateur du festival de jazz de Porquerolles. Il préside l'association depuis 2001. Le livre Jazz à Porquerolles est paru aux Cahiers de l'Égaré en 2016 pour les 15 ans du Festival. Nous étions côte à côte à la fête du livre d'Hyères en 2016. / Le manuscrit de son roman attend son éditeur à titre posthume, travail d'épitaphier.

Réalisateur, scénariste et musicien, Frank Cassenti est le co-fondateur du festival de jazz de Porquerolles. Il préside l'association depuis 2001. Le livre Jazz à Porquerolles est paru aux Cahiers de l'Égaré en 2016 pour les 15 ans du Festival. Nous étions côte à côte à la fête du livre d'Hyères en 2016. / Le manuscrit de son roman attend son éditeur à titre posthume, travail d'épitaphier.

Frank Cassenti à Tournez La Plage : Festival D'Écritures Contemporaines [1ère ÉDITION], à La Ciotat en août 2017

Frank Cassenti à Tournez La Plage : Festival D'Écritures Contemporaines [1ère ÉDITION], à La Ciotat en août 2017

Jazz à Porquerolles / Juillet 2023 / 22ème édition / un des sept meilleurs festivals de l'été en France (dixit Le Monde) / Et ce fut  un plaisir d'applaudir celui que j'avais le bonheur d'accompagner depuis 2002 et qui aimait nous offrir dans la cour aux ombres fantastiques du Fort Sainte Agathe "des moments d'éternité" : Frank Cassenti, le génial inventeur de Jazz à Porquerolles. Qui nous faisait rêver en dehors du prêt à porter et nous comprendre en dehors du prêt à penser. Qui avait mis la culture, le cinéma, le théâtre, la musique, au coeur de sa vie, sans  rien trouver d'autre hors d'elle pour donner un sens à l'existence, aller à l'essentiel et "changer le monde". Sur ce chemin, il fut exemplaire. Aux premières heures de cet hiver, Frank Cassenti est parti tranquillement. F.Carrassan
Jazz à Porquerolles / Juillet 2023 / 22ème édition / un des sept meilleurs festivals de l'été en France (dixit Le Monde) / Et ce fut  un plaisir d'applaudir celui que j'avais le bonheur d'accompagner depuis 2002 et qui aimait nous offrir dans la cour aux ombres fantastiques du Fort Sainte Agathe "des moments d'éternité" : Frank Cassenti, le génial inventeur de Jazz à Porquerolles. Qui nous faisait rêver en dehors du prêt à porter et nous comprendre en dehors du prêt à penser. Qui avait mis la culture, le cinéma, le théâtre, la musique, au coeur de sa vie, sans  rien trouver d'autre hors d'elle pour donner un sens à l'existence, aller à l'essentiel et "changer le monde". Sur ce chemin, il fut exemplaire. Aux premières heures de cet hiver, Frank Cassenti est parti tranquillement. F.Carrassan

Jazz à Porquerolles / Juillet 2023 / 22ème édition / un des sept meilleurs festivals de l'été en France (dixit Le Monde) / Et ce fut un plaisir d'applaudir celui que j'avais le bonheur d'accompagner depuis 2002 et qui aimait nous offrir dans la cour aux ombres fantastiques du Fort Sainte Agathe "des moments d'éternité" : Frank Cassenti, le génial inventeur de Jazz à Porquerolles. Qui nous faisait rêver en dehors du prêt à porter et nous comprendre en dehors du prêt à penser. Qui avait mis la culture, le cinéma, le théâtre, la musique, au coeur de sa vie, sans rien trouver d'autre hors d'elle pour donner un sens à l'existence, aller à l'essentiel et "changer le monde". Sur ce chemin, il fut exemplaire. Aux premières heures de cet hiver, Frank Cassenti est parti tranquillement. F.Carrassan

Frank Cassenti, réalisateur engagé et passionné de jazz, est mort,

par Francis Marmande, Le Monde, 23 décembre, 18 H 00

Surtout connu pour son film « L’Affiche rouge », consacré, en 1976, aux résistants du groupe Manouchian, le cinéaste a aussi tourné plusieurs documentaires musicaux. Il s’est éteint

à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), vendredi 22 décembre, entouré des siens, des suites d’un cancer fulgurant. Né le 6 août 1945 à Rabat (Maroc), dans un milieu, comme on dit, modeste, il avait 78 ans. C’est à Alger, en 1962, qu’il devient contrebassiste.

A 17 ans, étudiant à Lille, il fréquente la mouvance anarcho-communiste. Il codirige le ciné-club de l’Union nationale des étudiants de France avec Michèle-Annie Mercier. Ensemble, ils réalisent, en 1968, leur premier court-métrage, Flash Parc, indirectement produit par Jean-Luc Godard et sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes. A cette époque, avec Chris Marker et quelques camarades, il élabore un projet simple : le cinéma comme outil de lutte et d’expérimentation.

En 1973, Frank Cassenti réalise son premier long-métrage, toujours avec Michèle-Annie Mercier, Salut, voleurs ! (avec Jacques Higelin, Jean-Luc Bideau, Claude Melki et Laszlo Szabo). L’Agression (1973), court-métrage de fiction inspiré du très réel meurtre d’un travailleur immigré, est interdit par la censure. Interdiction levée après une campagne de presse. Le film devient un manifeste pour les réseaux associatifs qui luttent contre le racisme et les violences fascistes.

Prix Jean Vigo en 1976

Avec le producteur Pascal Aubier (Les Films de la Commune), Frank Cassenti réalise L’Affiche rouge (avec des comédiens et des rescapés du groupe Manouchian), tourné à La Cartoucherie de Vincennes, Prix Jean Vigo, en 1976. Expédié par Antenne 2 à Cuba en 1978 avec Régis Debray, Cassenti propose un reportage vite déprogrammé par les « esthètes » à la direction de la chaîne, Jean-Pierre Elkabbach, Louis Bériot et Patrick Poivre d’Arvor. La protestation du cinéaste est publiée par Le Monde.

En 1978, il signe un film épique, La Chanson de Roland, avec Alain Cuny, Pierre Clémenti et Laszlo Szabo. Cassenti rencontre Pierre Goldman, dont il veut adapter l’autobiographie, Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France (Seuil, 1975). Après l’assassinat de Goldman par un commando d’extrême droite, en septembre 1979, Cassenti réalise Aïnama, salsa pour Goldman, avec ses amis musiciens antillais et sud-américains.

En 1981, Cassenti réalise Deuil en vingt-quatre heures, série pour Antenne 2 avec Richard Bohringer, adaptation du roman de Vladimir Pozner qui évoque la débâcle de 1940. Prix de la critique, succès public.

Mémoire de ses origines

Avec Lettre à Michel Petrucciani (1983) et Archie Shepp. Je suis jazz… c’est ma vie (1984), celle de Cassenti devient aussi le jazz. Retour en Afrique (1993), filmé au Sénégal et sur l’île de Gorée, d’où partaient les esclaves, précède la comédie musicale Black Ballad (1990), avec les chanteuses Dee Dee Bridgewater ou La Velle. Arte produit ses nombreux documentaires sur les figures-clés du jazz, de Dizzy Gillespie à Nina Simone, en passant par Miles Davis et Abbey Lincoln.

Au théâtre, il met en scène Mademoiselle Else, d’Arthur Schnitzler, en 1990, et Novecento, d’après Alessandro Baricco (avec Jean-François Balmer), en 2001. Il tourne Le Testament d’un poète juif assassiné, d’après le roman d’Elie Wiesel (1987, Michel Jonasz et Philippe Léotard à l’affiche).

Avec Samuel Thiebaut, il fonde la société de production Oléo Films, en 2004. Pluie de documentaires sur les chants zoulou, la musique gnawa avec Gnawa Music. Corps et âme (2010) et La Nuit de la possession (tourné à Essaouira, en 2012), toute son œuvre toujours tournée vers « la rencontre de l’autre » et la mémoire de ses origines (le Maroc).

Déterminé et festif

Œuvre immense, généreuse, qui se condense dans le « festival des musiciens » Jazz à Porquerolles (à Hyères, dans le Var), qu’il crée, en 2002, avec Aldo Romano et Archie Shepp. Programmation insensée, dessinateur maison (Jacek Wozniak), festival aussi déterminé que festif, tout à son image. Cassenti y promenait sa silhouette élégante, sa classe de bassiste infatigablement actif, cet air de ne jamais s’en faire, et ce léger sourire de vraie modestie.

La chaîne TV5 Monde annonce la rediffusion de L’Affiche rouge en février 2024, à l’occasion du transfert au Panthéon de Missak Manouchian. Frank Cassenti était content que son film existe encore. Tout n’est pas perdu. C’est si drôle, un révolutionnaire rassurant.

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Frank Cassenti en quelques dates /

6 août 1945 Naissance à Rabat (Maroc)

1976 « L’Affiche rouge », prix Jean Vigo

1984 « Archie Shepp. Je suis jazz… c’est ma vie »

2002 Création du festival Jazz à Porquerolles (Hyères, dans le Var)

22 décembre 2023 Mort à La Ciotat (Bouches-du-Rhône)

Var-Matin du 24 décembre 2023

Var-Matin du 24 décembre 2023

“ AINAMA ”, salsa pour Goldman de Frank Cassenti

Par FRANCIS MARMANDE.

Publié le 23 septembre 1980 à 00h00, modifié le 23 septembre 1980 à 00h00

Quand Pierre Goldman est mort, le 20 septembre 1979, tué par un étrange commando qui se fait appeler Honneur de la police, Frank Cassenti se mit à filmer Pour tromper son chagrin, ou pour le rendre exact. Il a filmé des lieux de Paris brièvement, des lieux qu'aimait Goldman, et la place où il est mort. Et il a filmé de la musique aussi : parce que Frank Cassenti (l'Affiche rouge, la Chanson de Roland), musicien à ses heures – il est bassiste du Fusion Jazz Quartet, - sait filmer la musique sans bizarreries, mais selon son tempo propre, ses oppositions et il sait nous la faire aimer.

Il ne s’agit pas dans Ainama de n'importe quelle musique, mais de la salsa, cette musique que Goldman aimait à la passion, cette musique qu'il s'employait à faire connaître. Pour lui, la salsa, avec ses pulsations et les mots de ses tambours et le côté clinquant des cuivres, ne pouvait être dissociée des mouvements de libération d'Amérique latine qu'il avait connus ; et elle appartenait de plein droit à sa vie à lui, plus comme un rythme cardiaque que comme une musique de fond : " Mort et plaisir enfin réunis l'apaisent. "

Autour de ce cri de ralliement des musiciens afro-cubains, Ainama, la rage du plaisir et de la danse, on retrouve Azuquita (invité à Paris par Goldman), Henri Guédon (un de ses amis), le groupe Bidon K, l'étonnant Éric Cosaque et Voltage 8, bref tous ceux qui ont participé au concert Salsa pour Goldman. Et le film glissa imperceptiblement de l'événement qui l'a provoqué à des images de musiques et de danses simplement habitées par le souvenir de Goldman. Car la salsa a tout à fait cette gravité étourdie qui la fait aller de la mort ou de la misère au plaisir de l'oubli, sans jamais s'y perdre.

Inutile donc de reprocher au film cette tension maintenue entre deux pôles par quoi il semble esquiver tout en s'y prêtant, le portrait, l'analyse politique et l'analyse musicale. Il est plus que cela : le témoignage d'une sensibilité collective en prise directe sur un accident historique. On en jugera par l'émotion qu'il sait évoquer ou reconstruire autour de l'enterrement de Goldman (images fugitives de Sartre, pleurs et rage des tambours...) comme autour du concert ou des propos des musiciens. Ainama, par quoi on peut découvrir la salsa, est aussi un exemple rare d'impressionnisme – salsa, biographie et récit de Cassenti mêlés – mais d'impressionnisme objectif.

FRANCIS MARMANDE.

affiche de Ainama, salsa pour Goldmman, film de 1980

affiche de Ainama, salsa pour Goldmman, film de 1980

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Molière Matériau(x) / Pierre Louis-Calixte

16 Décembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #amitié, #essais, #histoire, #pour toujours, #spectacles, #vide quantique, #vraie vie, #écriture, #épitaphier

le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle
le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle
le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle

le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle

Jeudi 14 décembre 2023, 19 H 30, à L'Atelier, fabrique d'imaginaires, 50 places, à Privas, Ardèche, département sans gare, 1° de 4 représentations de Molière Matériau(x) de et par Pierre Louis-Calixte, 524° sociétaire de la Comédie Française.

Parti avec un ami à 10 h du matin, nous arrivons à 14 h chez les organisateurs. Le sociétaire est là. Nous sommes invités à partager une omelette aux herbes. Les échanges sont vifs entre nous. On parle chiffres, nombres, mots, métaphores, outils nous aidant à raconter le monde et l'univers avec une question métaphysique indécidable : les lois de l'univers sont-elles fabrication de l'esprit humain ou sont-elles des lois objectives de l'univers ? Ça vole haut. Pierre est content. Ça lui vide la tête. Vers 16 h, il part se mettre en place, se concentrer.
Avant le spectacle, vin rouge chaud.

19 H 30, la salle est pleine. Courte présentation par l'organisateur, Dominique Lardenois.

Pour ce spectacle négocié avec la Comédie Française, pas de costumes, pas d'accessoires. Une table ronde trouvée au secours populaire, une chaise achetée à Emmaüs, des bouquins de et sur Molière, une canne, une caisse de rangement de matériel. Pierre nous demande d'imaginer 7 costumes qu'il décrit, de bien repérer ce qui se passera pour le dernier costume, celui de Cléante, quand il fera pivoter de 180°, le portant à vêtements imaginaire.

Un théâtre pauvre cher à Jerzy Grotowski et à Eugénio Barba.

L'ambiance est créée. C'est Pierre, l'homme et l'acteur, qui sera le seul maître d'oeuvre. Au su et au vu de tous, attentifs au moindre trou, lapsus, maladresse comme à toutes les réussites-performances, offertes en abondance.

- l'homme pour la partie récits de vie, confidences en quelque sorte sur les signes, métaphores filées qui l'ont amené à se retrouver à écrire en état de flow et en neuf mois (hasards ?), ce monologue (il apprend un an pile après la disparition de son père que ça intéresse Actes-Sud Papiers - hasard ?) dans lequel s'égrènent les coïncidences, hasards ténus l'ayant conduit à être un des interprètes de Molière.

Ce sont des signes ténus : des prénoms similaires, Louis, son grand-père paternel, Louis, le grand-père de Molière, l'ouverture que fut sa première montée sur une estrade à Yaoundé, à 10 ans, pour être Harpagon, la canne ayant induit les mouvements du corps voûté, la même émotion chez Jean-Baptiste, à 10 ans aussi...

- l'acteur quand il devient  tel ou tel, Alfred de Musset sur Molière, Jean-Luc Lagarce  quand il est le Louis de Juste la fin du monde, Cléante et là, des éclats, les éclats de l'acteur jouant de son corps, de ses vibrations, de ses énergies venues des pieds, du ventre, modifiant le faciès, la forme mouvante du corps. C'est incandescent.

C'est du théâtre-action comme m'en a parlé Anatoli Baskakov racontant Stanislavski et sa disciple dont il fut l'élève, Maria Knebel.

C'est le flow tel que décrit par Dean Porter, escaladeur de l'extrême :

Le flow est un état totalement centré sur la motivation. C’est une immersion totale, qui représente peut-être l’expérience suprême, employant les émotions au service de la performance et de l’apprentissage. Dans le flow, les émotions ne sont pas seulement contenues et canalisées, mais en pleine coordination avec la tâche s’accomplissant. Le trait distinctif du flow est un sentiment de joie spontané, voire d’extase pendant une activité.

Ces métamorphoses que nous voyons, vivons, ressentons, nous finissons par en comprendre l'origine et le cheminement quand Pierre se demande à la toute fin c'est quoi le chemin des mots d'un personnage au-dedans de soi ? Nous en avons savouré l'expression présente, au présent et présent fait à tous, dans un partage de joie. Et c'est bien autre chose que le plaisir.

J'avais trouvé le livre chez Dominique Lardenois, l'avais lu, emporté, relu et va savoir pourquoi, ce monologue fort bien écrit, cette légende de Pierre et Jean-Baptiste se rencontrant à 4 siècles d'intervalle m'a mis en branle vers une autre légende, écrite plusieurs jours avant le spectacle et que j'ai lue (après le spectacle, après le pot offert, après les signatures et dédicaces) quand nous nous sommes retrouvés à 6 autour d'une choucroute chez Dominique et Nadine, de 22 h 30 à 1 h du matin, le 15.

Don, contre-don m'a dit Pierre

potlatch des Kwatiutl (des kwakwaka'wakw qui vivent sur la côte centrale de la province de Colombie-Britannique au Canada), ai-je répondu, pensant à mes cours d'ethnologie en Sorbonne et au Musée de l'Homme, vers 1965-1970.

J'aurais pu dire loi de l'échange-don énoncée par Sganarelle (qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre) dans ce qu'on appelle l'éloge du tabac dans Dom Juan, éloge du tabac comme clef de lecture de l'incroyable punition céleste-infernale du grand méchant homme.

Merci à tous. Ci-dessous, ma légende en écho à celle de Pierre Louis-Calixte.


En  projet : faire venir Molière Matériau(x) aux Comoni au Revest et au Théâtre Denis à Hyères (2024-2025) avec travail en amont auprès des élèves du Conservatoire et ateliers théâtre de l'agglomération.

la couverture du monologue, le dos d'un acrobate contorsionniste, d'un athlète du corps

la couverture du monologue, le dos d'un acrobate contorsionniste, d'un athlète du corps

Ma légende de la rencontre de Pierre avec le corps et l'âme de Jean-Baptiste, inspirée par le monologue de Pierre, écrite bien avant le spectacle et offerte à Pierre, après le spectacle.

Molière-Matériau(x)
Pierre Louis-Calixte
Actes-Sud Papiers, mai 2023
En la mémoire de Michel Louis-Calixte

Voilà une commande, écrire un monologue sur Molière, donc un texte destiné à être joué, qui plus est, à vous demandé, comédien de la Comédie Française, la Maison de Molière, vous étant retrouvé sociétaire de ce lieu de mémoire vive, au pied levé, en remplacement d’un sociétaire brutalement décédé d’un arrêt cardiaque au sortir d’une soirée où trois sociétaires s’étaient amusés à en mourir de rire, à faire semblant de mourir, oeil révulsé, filet de bave aux lèvres, à contrefaire le mort comme peuvent le faire les comédiens et les enfants.

Le titre Molière-Matériau(x) m’évoque le Médée-Matériau d’Heiner Muller dans lequel je relève :

Des comédiens voilà ce que vous êtes
Des enfants de la trahison
Plantez vos dents dans mon cœur et partez
Avec votre père qui a fait de même avant vous …
Eh bien pars pour tes nouvelles noces Jason
Je ferai de la jeune mariée une torche nuptiale
Regardez maintenant votre mère vous offrir un spectacle
Voulez-vous la voir brûler la jeune mariée
Sur son corps à présent j'écris mon spectacle
Je veux vous entendre rire quand elle criera
Avant minuit elle sera en flammes


Le spectacle tragique du pire, vengeance et infanticide, qui laisse le spectateur médusé, tétanisé comme ce fut le cas pour ceux qui virent la Médée incarnée par Valérie Dréville. (voir 4 liens)


Pour Jean-Baptiste, le spectacle sera celui du rire.
Qui rit de qui ? Les courtisans médisants, se riant de Molière, montant une cabale contre lui ? Molière se riant de lui et de la cour ? (Voir 4 liens)


Écrivant ce monologue, Pierre, vous vous rendez vite compte que vous en tenir aux faits, réduits à des actes administratifs, c’est rater la vérité d’une existence.

Vous en arrivez à penser que tout récit portant sur une existence est inévitablement romanesque, pris dans un flow, un flux, un flou romanesque.

"Vous avez été happé par cette aventure d’écriture, en somnambule, en funambule, sans plan, sans personnages, sans péripéties, littéralement possédé, porté par un flux vous traversant, un flow créatif par lequel vous vous êtes laissé entraîner, sans censure, sans jugement de surplomb, laissant converger sans tri, comme ça venait, souvenirs, projets, réel, imaginaire, humour, pulsions intenses et moments présents." (Et ton livre d'éternité ? page 620)

Le mot légende est employé. Je vais l’employer aussi.
Pierre, avec ce monologue, vous avez fabriqué une légende de Jean-Baptiste, votre légende, tant celle de Jean-Baptiste que la vôtre.
Légende nourrie de ce que vous appelez coïncidences et hasards. Mots non définis dont le flou sémantique ajoute au flou romanesque.
De la canne de votre grand-père au bâton de Bernard Bloch dans Le Malade imaginaire mis en scène par Jean-Luc Lagarce.
De la canne au canapé récupéré dans la maison de campagne de Molière à Auteuil et qui fut donc peut-être un canapé de Molière.
Du costume de Daniel Znyck au vôtre, à savoir celui de Daniel, retaillé avec collants dégoulinants, ça fera rock vous dit le maître-couturier de l’illustre théâtre.
Des trous de mémoire de votre père, victime d’Alzheimer, aux trous de mémoire du comédien sur scène.
De la nourrice de Jean-Baptiste, Marie de La Roche au lieu-dit La Roche de vos parents.
De votre grand-père Louis vous prêtant sa canne pour dire à 10 ans, Harpagon, sur une petite estrade de salle de classe à Yaoundé au grand-père à la canne de Jean-Baptiste, Louis Cressé, l’amenant au théâtre dès l’âge de 10 ans.
De la fluxion dont s’amuse Jean-Baptiste sur scène et dont il meurt à la 4° représentation du Malade imaginaire le 17 février 1673 à votre maladie, une leucémie qui vous immobilise longuement.
Il suffit d’aligner ces coïncidences, ces hasards pour s’en émerveiller et en douter.
S’en émerveiller oui car ça donne un monologue débouchant sur l’enchaînement des questions posées à la fin :
c’est quoi le cheminement des mots d’un personnage au-dedans de soi. Ces mots dans lesquels on a une foi totale. D’autant qu’on se rend compte qu’il n’y a presque rien d’autre à faire que de les dire, ces mots, parce que le seul fait de les dire, ces mots-là, agencés de cette manière-là, suffit à nous modifier, à nous agiter l’âme et le corps.
En douter parce que votre rencontre, Pierre et Jean-Baptiste, n’était peut-être pas due aux hasards et coïncidences mais était nécessaire.
Là s’ouvre un mystère. Ce serait quoi cette nécessité qui vous amènerait Pierre à donner corps à plusieurs siècles d’intervalle à quelques personnages de Molière, joués par Molière, hier, par vous, aujourd’hui.
Un mot important de votre monologue peut nous guider, nous éclairer, le mot présence :
à travers, l’expérience physique que cela a été d’incarner Louis (dans Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce), j’ai eu le sentiment qu’il me faisait un cadeau en retour : celui de me révéler ce lien étrange entre disparition et surcroît de présence, entre présence et effacement … Louis m’avait soufflé que vivre sans la perception de sa mort prochaine, c’est comme vivre à demi.
Vivre sous l’horizon de la mort, projet de Michel de Montaigne, projet de Marcel Conche. Vivre vraiment, c’est vivre en se sachant et en se voulant mortel. Heureusement qu’on meurt ! s’est exclamé Marcel Conche, un jour de discussion sur un trottoir d'Altillac.
Présence peut s’entendre comme le présent du moment présent et comme un présent, un cadeau, un don.
Au sens de présent, il n‘y a de temps que le présent. Passé, futur sont des fabrications de l’esprit humain. S’il n’y a que le présent, on a affaire à l’éternité. De toute éternité, Jean-Baptiste devait exister, Pierre devenir un de ses interprètes. Cela vaut, même si on croit au passé et au futur.
Soit le moment présent, il passe mais il sera toujours vrai qu’il a eu lieu. Le présent devenant passé passe mais ne s’efface pas. Tout est mémorisé au moment où cela se vit, s’effectue, indépendamment des souvenirs qu’on en garde ou qu’on oublie ou qui reviennent avec un goût de madeleine. Pas besoin de partir à la recherche du temps perdu. Tout est mémorisé dans l’instant, peut-être dans les nombres-univers.
Jeuh suis vieux de toute l’histoire, impossible à raconter, de la Vie dans l’univers. Mon microbiote, ce sont des bactéries colonisatrices vieilles de plusieurs milliards d’années. Mon ADN me survivra un million d’années après moi, rendant possible mon clonage. (rire)
Soit le futur. Je m’installe dans le canapé et je décide que je vais bien alors que je suis mal. Je respire amplement, abdominalement, avec des lunettes roses et ce futur agit sur mon état présent. En 15’, je me sens mieux. La méthode d’Émile Coué.
Le corps occupe l’essentiel de votre monologue, jusqu’à ce corps d’hypocondriaque, dévorant tous les autres corps, qu’il use en les mettant à son service.
Surgit alors, à la fin, quand se disent les mots qui agitent, le mot âme, précédant le mot corps.
Cela me permet d’achever la légende à laquelle je crois. Il n’y a pas d’âme individuelle que les religions décrètent immortelle, pas d’âme immortelle de Molière, pas d’âme immortelle de Pierre,

il n’y a qu’une âme, éternelle, une source, infiniment créatrice, un souffle, éternellement créateur, une âme-Vie à voir peut-être comme un Océan de copulation kosmorgasmik mais peut-être aussi comme un Vide créateur

(le vide qui fait le bol du potier, synecdoque du contenant dans lequel je mets le contenu que jeuh veux)

s’incarnant à tel moment du présent en Jean-Baptiste, à tel autre en Pierre, comme une transmission de relai, ici le relai du jeu théâtral

le jeu théâtral comme métaphore-métonymie-synecdoque peut-être du jeu cosmique,

selon la formule énigmatique d’Héraclite

« Le temps (aiôn et pas chronos) est un enfant qui joue. La royauté de l’enfant »

l'éternité du jeu théâtral comme il y a éternité du jeu de l'aiôn

Le relais du jeu théâtral, de ses masques de comédie, avec Jean-Baptiste et Pierre.

Avec Médée, le relais du jeu théâtral, avec ses masques de tragédie.


Quand l’âme éternelle s’incarne en vous, Pierre, que vous en ayez conscience ou pas, Pierre, vous êtes agi et vous agissez sous le pharmacon implicite de la Vie créatrice : Tu es mon bien-aimé dans ta singularité, ton unicité. Je t’ai donné forme, alors éclate-toi, que je sois le témoin de ton engagement joyeux, corps et âme, pour Molière. Mets-toi en état de flow.

"Si je grimpe en solo intégral, ce n’est pas tant pour atteindre le sommet que pour atteindre cet état de flow. Peu importe ce que je fais, tant que je suis dans cet état, je suis heureux. Notre inconscient veut qu’on le libère." Dean Potter

Pour mettre un mot sur ce travail de longue durée et mystérieux d’un personnage en vous, vous employez le mot métamorphose.
Ne dit-il pas que le Jeuh que nous croyons être se métamorphose, se dissout en flou certes romanesque, en légende mais plus subtilement en flou quantique.
Le mot Matériau(x) dans le titre ne renvoie en aucune manière à des objets matériels, physiques, corporels. Il renvoie dans votre monologue à de subtiles métaphores filées, à des signes ténus.
Il renvoie sur le plateau, en répétition, la nuit, dans votre quotidien, à des Vibrations, des Informations, des Energies,  subtiles, infimes mais à fortes résonances, comme le suggèrent les 3 lettres du mot VIE.

 

Jeanne-Claude Grosse, le 8 décembre 2023.

ma légende de Molière et Pierre

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Armand Gatti

17 Septembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #Le Revest-les-Eaux, #SEL, #agoras, #ateliers d'artistes, #engagement, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #spectacles, #voyages, #écriture, #épitaphier

Gatti, 100 ans le 26 janvier 2024, portrait Ernest Pignon-Ernest
Gatti, 100 ans le 26 janvier 2024, portrait Ernest Pignon-Ernest
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Gatti, 100 ans le 26 janvier 2024, portrait Ernest Pignon-Ernest

Gatti, 100 ans le 26 janvier 2024, portrait Ernest Pignon-Ernest

Un poète et un photographe se retrouvent dans ce livre : Armand Gatti et Paolo Gasparini. De leur rencontre à Cuba en 1962 au moment du Débarquement de la Baie des Cochons, naitra plus qu’une complicité, un dialogue. Je me suis demandé comment ce lien avait pu durer jusqu’à la mort de Gatti. Rien n’est simple...

26 janvier 2024, les 100 ans de Gatti, Maison de la Poésie à Paris et à la BAG à La Seyne-sur-mer
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26 janvier 2024, les 100 ans de Gatti, Maison de la Poésie à Paris et à la BAG à La Seyne-sur-mer
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26 janvier 2024, les 100 ans de Gatti, Maison de la Poésie à Paris et à la BAG à La Seyne-sur-mer

La poésie de l’étoile
Paroles, textes et parcours
Armand Gatti et Claude Faber, 
postface de Bertrand Cantat
entretiens entre octobre et novembre 1997
Collection Les passeurs de frontières
Descartes et Cie, 1998
Après Golovanov, traduit par Hélène Châtelain, compagne d’Armand Gatti, il me fallait lire en cohérence avec ce que j’avais lu. 
Deux livres d’Armand Gatti me faisaient signe : 
- La poésie de l’étoile, entretiens, 
- La parole errante, 1760 pages, chez Verdier 
(les 3 tomes des oeuvres théâtrales, Verdier, sont au Revest). 
Plusieurs raisons à ce choix : Gatti vu et écouté au banquet du Livre à Lagrasse, deux ans de suite, Gatti et Jean-Jacques Hocquard vus à La parole errante (les anciens studios Méliès) à Montreuil, Gatti vu en Avignon avec les loulous, Gatti vu à la Bibliothèque Armand Gatti à La Seyne-sur-Mer. 
Je n’ai pas échangé avec lui mais j’ai écouté, j’ai lu, j’ai suivi.
Les entretiens sont passionnants. Ce n’est pas une biographie au sens classique, ni des entretiens édifiants sur une stature. Gatti et le journaliste essaient de mettre au jour, ce qui a mis en mouvements 
- l’enfant vivant dans un bidonville de Monaco avec un père d’origine italienne, éboueur, anarchiste, soucieux de verticalité et dont la langue est la Baleine et une mère également italienne et franciscaine, insistant pour qu’il soit le premier en français (sinon, tu lècheras toujours le cul des riches), 
- l’adolescent de 16 ans qui rejoint le maquis de Berbeyrolle en Corrèze avec des livres de poèmes et comme arme, une poire à lavement, 
- le camp de concentration (la cloche sous-marine à - 200 m, les jouets des enfants juifs entassés dehors, les 3 rabbins et leur théâtre, leur humour dans le camp, la question trouvée dans une boîte hermétique : le mot chien aboie-t-il ?, 
- l’évasion et les 3 mois pour rejoindre Bordeaux, le chemin inverse de celui d’Hölderlin, 
- le journalisme, le prix Albert Londres, 
- les grands voyages de reporter en Sibérie, en Chine, au Guatémala, Nicaragua…, 
- le cinéma : L’enclos, primé à Cannes, 
- le théâtre institutionnel avec Jean Vilar, 
- la bifurcation vers un théâtre pour et avec les loulous (chômeurs, prisonniers, délinquants) 
- et en fin d’entretien, le projet L’été indien. 
Gatti a 73 ans en 1997, né en 1924. Il meurt en 2017.
S’il y a une ligne dans cette vie, c’est le choix de la prise de conscience contre toute prise de pouvoir, c’est le choix de la connaissance comme ouvrant les possibles contre tout dogmatisme, religieux, idéologique, c’est la conviction qu’il faut placer la barre haut quand il s’agit d’écriture, de poésie. 
D’où son amitié avec Michaux, 
d’où sa passion pour le hassidisme et la kabbale, pour les idéogrammes chinois, 
d’où sa passion pour la physique quantique dont il parle très bien et dont il montre bien quelle nous permet de voir autrement qu’à travers le déterminisme de la physique newtonienne.
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Depuis ces entretiens de 1988, le boson de Higgs dont il parle a été fabriqué mais aussi a été découverte l’expansion accélérée de l’univers et nous ne sommes peut-être donc pas l'agonie d'une étoile… 
Et le sous-commandant Marcos n'est plus le porte-parole anonyme des Indiens du Chiapas. 
Lire Jérôme Baschet, la rébellion zapatiste.
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De là où j’en suis aujourd’hui, je trouve sa cherche très intéressante avec deux bémols, les mots combat, résistance. 
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Si tu crois que tu es fait pour l’aventure de l’écriture comme renversement du constat de Felipe :
« vos mots racontent mais ils ne disent rien » 
alors pratique tes injonctions : « au commencement était le verbe et le Verbe était Dieu. Voulez-vous être Dieu avec moi… Nous ne dirons plus ici l’Histoire, nous dirons l’Univers. »
et n'en fais pas une croisade, un combat, une résistance; 
t'as pas besoin d'ennemis à désigner; 
crée, invente des langues
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Gatti, l’homme qui faisait parler les arbres, les chiens, les loups, la baleine, qui rendait la parole des morts comme L’inconnu N°5, comme les dix Irlandais en grève de la faim au temps de Bobby Sands, comme Rosa collective ou les Indiens du Chiapas.
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Armand Gatti ne cache pas son intention : « nous préparons la guerre civile des mots »
Claude Faber
Pour moi, une certitude est une capitulation. La qualité principale de l’homme, c’est d’être imprévisible. Il faut aller à l’encontre de toute modélisation. Les normes ne conduisent qu’aux déformations de l’humain.
Armand Gatti
La page du livre
Claude Faber : Mais avec le métier de journaliste, tu vas multiplier les voyages, donc les trajectoires et les rencontres. Peut-on dire que cette période va te servir à collecter la matière que tu utiliseras plus tard pour tes pièces ?
Armand Gatti : Oui, puisque je n’ai rien oublié de ces voyages. Ils m’ont permis de mieux connaître le monde et surtout le destin des hommes. Quand j’ai découvert la Sibérie en 56–57, j’ai pris conscience de tout un continent, d’une véritable aventure humaine, faite de visages, d’immensité et de froid. Sans ce métier, je n’aurais peut-être jamais aussi bien découvert l’Amérique latine et toute cette vie qui prend souvent des airs baroques et exubérants. Prenons l’exemple du Nicaragua, j’ai une anecdote qui mériterait de figurer dans les œuvres de Garcia Lorca. Quand je suis arrivé à Managua, mes valises ont immédiatement disparu. Je suis allée au commissariat pour me plaindre et j’ai gueulé si fort qu’ils m’ont mis en prison. Les policiers m’ont dit que dans la cellule d’à côté, il y avait une petite Française. Alors moi, j’ai essayé de communiquer avec elle, mais elle ne répondait pas. Quand l’ambassadeur français est venu me chercher, j’ai appris qui était la Française. C’était une 4 CV de Renault. Il faut savoir que Somoza, le dictateur du pays, était représentant en automobiles. Là-bas, il n’y avait que des grosses voitures américaines. Or, ces monstres n’étaient pas faits pour les petites routes du Nicaragua. Il fallait voir ces scènes odieuses quand, à certains passages trop étroits ou trop mauvais, les Indiens portaient chaque voiture avec son propriétaire resté au volant. C’était d’un lugubre. Le proprio poussait la compassion parfois à descendre et marcher derrière. Pour « être aimable » avec Somoza, le gouvernement français n’avait rien trouvé de mieux que de lui offrir une petite 4 CV. Comme tout bon dictateur, il n’a pas pu s’empêcher de défiler dans les rues, vantant les mérites de son nouveau véhicule. L’ambassadeur des USA a très mal pris la chose et il est intervenu. Du coup, Somoza à la solde des Américains, s’est excusé, a traité publiquement la voiture de salope et la mise en prison. L’histoire peut sembler incroyable mais c’est vrai.
Ne jamais chercher le prophète
Chercher le combattant,
Seul le combat de chaque jour invente
Seul le combat de chaque jour crée
Ne cherchez pas le prophète
Seul le combat possède le don de la prophétie.
Rosa Collective, Armand Gatti
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Pauline Tanon a avec Jean-Jacques Hocquard consacré une belle étude à Gatti et aux arbres. Dans le maquis des mots. Actes-Sud, 2014.
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Merci à Georges Perpès et à Françoise Trompette d’avoir pensé à lui pour la Bibliothèque de théâtre Armand Gatti qui a démarré à L'abattoir à Cuers et se retrouve depuis 2012, à La Seyne, place Martel Esprit, devenue aussi lieu d’écritures théâtrales et du projet Un auteur dans ma classe qui en est à sa 8° année : Théâtre de la Jeunesse # 8, sous la houlette depuis 4 ans, depuis 2019 de Cyrille Elslander et Hélène Mégy.
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préambule très précis donnant à voir la démarche d'écriture de Gatti par Michel Séonnet
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en lecture, après Gatti, parce que jamais lues et pourtant je les avais depuis 1988, Mémoires d'Hélène de Sophie Chauveau dont j'ai fait la connaissance à à la FDL d'Hyères en mai, éditions Robert Laffont/JJ Pauvert, avec en titres sur le rabat de 4° de couverture : Jean-Claude Carrière (les années sauvages), sans nom d'auteur Le prix d'un Goncourt, Emmanuelle Arsan (Emmanuelle) et deux autres titres
les 3 tomes des 45 oeuvres de Gatti, parution 1° juin 1991; apparemment indisponible chez verdier

les 3 tomes des 45 oeuvres de Gatti, parution 1° juin 1991; apparemment indisponible chez verdier

Résumé

Quatre mille pages, quarante-cinq pièces : l’oeuvre d’Armand Gatti, homme de théâtre et écrivain, est hantée par l’expérience des camps et des maquis (d’abord celui de 40-45 bien sûr, mais aussi ceux du Guatemala, de l’Irlande du Nord et des banlieues d’ici). Hantée par le Verbe aussi, arme de résistance et de révolution. Ses mises en scène ? Jamais dans un théâtre classique, toujours dans des lieux dérangeants, habités, urbains (cités, prisons, usines). Ses spectacles ? Jamais payants, toujours avec banquets d’anarchistes. Jamais répétés, encore moins ressassés, toujours créations uniques. Ils s’étirent sur trois jours et se dispersent parfois même partout, parmi les figures de pierres. Armand Gatti n’est pas seul, bien sûr. Jean-Jacques Hocquart, Gilles Durupt, Hélène Chatelain, Stéphane Gatti, l’accompagnent depuis fort longtemps dans sa guérilla urbaine. Depuis quinze ans, de Toulouse à Marseille, de Fleury-Mérogis à Avignon, ils opèrent dans les villes ensemble. C’est ainsi, qu’à partir d’un lieu dont ils font leur base, ils vont chercher et tirent à eux tous les laissés pour compte avec lesquels ils vont fomenter leurs spectacles.

Gatti dans son bureau à Montreuil le 26/1/2004 et le bureau le 24/8/2023; la maison de Gatti à Montreuil deviendra-t-elle en 2024 pour le centenaire maison des Illustres ?
Gatti dans son bureau à Montreuil le 26/1/2004 et le bureau le 24/8/2023; la maison de Gatti à Montreuil deviendra-t-elle en 2024 pour le centenaire maison des Illustres ?

Gatti dans son bureau à Montreuil le 26/1/2004 et le bureau le 24/8/2023; la maison de Gatti à Montreuil deviendra-t-elle en 2024 pour le centenaire maison des Illustres ?

La rébellion zapatiste

 

Jérôme Baschet

La rébellion zapatiste
Insurrection indienne et résistance planétaire
Édition mise à jour et augmentée d'une nouvelle postface
1er janvier 1994. Dans le Sud du Mexique surgit un mouvement politique absolument neuf. Autour de son porte-parole, le sous-commandant Marcos, émerge une ample dynamique sociale, forte de décennies de luttes menées par les paysans indiens du Chiapas.
La rébellion zapatiste, prenant ses distances à l ’égard des doctrines de Lénine ou de Che Guevara, ouvre la voie à une autre pensée révolutionnaire. Son but n’est pas de prendre le pouvoir, mais de construire un monde où il y ait place pour de nombreux mondes ; son combat pour la justice sociale et la dignité partagée, qui se déploie dans l’expérience de l’autonomie, s’adresse à tous ceux qui résistent à l’ordre néolibéral.
Étude approfondie des idées et des valeurs du zapatisme, ce livre met aussi en perspective les apports et les stratégies d’un mouvement qui continue d’être une source d’inspiration bien au-delà du Mexique, rencontrant un vif écho auprès d’intellectuels et d’activistes du monde entier. Parution 2 janvier 2019
poème aztèque néolithique, entendu hier matin dans un entretien d'Ivan Illich en 1972
et qui me semble convenir au Songe d'une nuit d'été vu hier soir
et à la vie de chacun d'entre nous, 
la vie nous est prêtée pour un petit temps seulement mais elle est couleur, chant, odeur, saveur avant effacement, 
idem pour toute rencontre
"C'est un poème néolithique aztèque écrit par un Espagnol en lettres espagnoles, mais dans le Nahuatl. Ce poème [adressé à un dieu] dit :
Pour un tout petit temps seulement, nous sommes prêtés l'un à l'autre.
Nous vivons parce que tu nous dessines.
Nous avons de la couleur parce que tu nous peins.
Et nous respirons parce que tu nous chantes.
Mais seulement pour un tout petit temps, nous sommes prêtés l'un à l'autre.
Parce que nous nous effaçons comme dans le dessin même quand il est fait dans l'obsidienne.
Nous perdons notre couleur comme même le quetzal, le bel oiseau vert perd sa couleur.
Et nous perdons notre son et notre respir comme même le chant de l'eau.
Pour un tout petit temps, nous sommes prêtés l'un à l'autre."
Ivan Illich, extrait d'un entretien télévisé avec Jean-Marie Domenach en 1972. Illich dit le poème à 49'50"
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Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov

16 Septembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #essais, #histoire, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #écriture, #épitaphier

Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
 
que lire après de tels livres, Suite française, Le passage des anges ?
un livre à la célèbre couverture jaune des éditions Verdier m'a attiré tout de suite : espaces et labyrinthes
son auteur Vassili Golovanov m'avait enthousiasmé avec son Éloge des voyages insensés, il y a quelques années 
déjà deux récits lus: 
- La source, consacré à la source de la Volga avec une évocation magnifique de fête traditionnelle avec accordéoniste et artistes, fête dédiée à la Vierge Marie en date du 21 septembre dans un village perdu proche de la source (femmes et hommes ont besoin de ces fêtes, boire, oublier, s'oublier, chanter, danser, se souvenir, le malheur de chacun étant connu de tous et chacun le faisant sien)
- et Khlebnikov et les oiseaux, l'inventeur de la langue Zaoum, 
là, je pense à D. K. qui m'a fait connaître ce génie
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D.K. qui m'a fait découvrir Khebnikov, lisant Zanguezi au parc du Mugel à La Ciotat Poésie dans l'arbre, une initiative portée par Jacqueline Dussol, cela se passa en août 2011

D.K. qui m'a fait découvrir Khebnikov, lisant Zanguezi au parc du Mugel à La Ciotat Poésie dans l'arbre, une initiative portée par Jacqueline Dussol, cela se passa en août 2011

Sur les 6 récits lus dans Espaces et labyrinthes de Vassili Golovanov, décédé à 60 ans, en avril 2021, un écrivain rare et puissant, édité par Verdier à Lagrasse, l’éditeur d’Armand Gatti, de Pierre Michon et la ville du Banquet du livre, où je me suis rendu plusieurs fois, il y a bien des années, au tout début.
Récits fouillés, documentés, d’actualité et de toujours parce que Vassili Golovanov ne peut pas vivre dans ce monde globalisé, de consommation et de soumission volontaire, de destruction de la terre, des gens, des langues, des cultures et part donc en géographe métaphysique vers des lieux à la fois réels et mythiques, mystérieux et pouvant ouvrir des possibles liés à des territoires oubliés mais encore vivants, où vivent encore quelques rares témoins de traditions et de langues en train de mourir mais chargées de significations et d’énergies. 
- Ainsi le récit sur le retour à la source de la Volga, avec sa fille, source gardée par un gardien tentant de conserver ce qui peut l’être, révélant sur quoi ouvre cette source, le plus grand fleuve de Russie débouchant par de multiples bras, souvent impraticables dans la mer Caspienne, face à la Perse, face aux steppes de l’est. 
- Suit le récit sur Khlebnikov, sur les relations entre le père, ornithologue dans la réserve caspienne et le fils, sur l’attrait de la Caspienne, terre et mer où peuvent se voir des lotus venus d’Asie, des ibis venus d’Égypte… Le génie verbal de Khlebnikov, « inventeur de langues », semble être le résultat d’une initiation d’âme à âme par un maître soufi persan, mort plusieurs siècles avant Vélimir, Attâr, l’auteur entre autres de La conférence des oiseaux. 
Évidemment, une telle thèse est incompréhensible, irrecevable pour et par des esprits cartésiens, rationalistes.
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- Le récit du retour au mont Bogdo avec son amour est le récit d’une ascension de 140 mètres seulement sur un mont réel et très chargé énergétiquement, ouvrant sur les steppes.
- Le 4° récit est consacré au parc de Priamoukhino, agencé par le père de Bakounine, dans l’esprit de la philosophie des jardins du XVIII° siècle, visant à rendre sensible l’harmonie entre une famille et la nature qui l’entoure (maison de 24 pièces pouvant accueillir 6 invités en même temps, avec des chênes plantés pour la naissance des 11 enfants…). 
Aujourd’hui, cette maison, ce parc en ruines, est gardé par un gardien et restauré l’été par des anarchistes russes. 
Long essai sur Bakounine, très documenté, partisan de la destruction des structures de tout état, bâtiments, documents, archives. Et sur les liens inattendus, ambigus entre Bakounine et Dostoïevski qui se serait servi de lui comme modèle (sans la flamboyance) pour le personnage de Nicolas Stavroguine dans Les démons.
- Le 5° récit, Vision de l’Asie, journal de Touva, est centré sur les steppes, au-delà de la taïga, de là où sont venues les invasions des Barbares, selon l’appellation des Grecs. Et de découvrir le Grand Interdit de Gengis Khan, l’histoire secrète des Mongols, écrite en 1240, transmise de bouche à oreilles pendant 8 siècles, grand interdit interdisant toute construction de ville, tout travail agricole et même chasses et battues dans la région où il se retira après sa blessure, autour de la montagne sacrée Khamar-Daban, en Bouriatie. 
Ce grand interdit pour assurer un monde de paix et d’harmonie a duré 7 siècles. 
Quel barbare !
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- Le 6° récit est consacré à la recherche des ruines de Tchevengour, d’après le titre du roman d’Andreï Platonov, achevé en 1928, paru sous une forme tronquée en France en 1972, et en 1988 en Russie. Auteur russe majeur déclare Brodsky avant de disparaître. 
N’ayant jamais entendu parler de Platonov, ce récit m’a intéressé en montrant comment un ingénieur de l’époque révolutionnaire, chargé de grands travaux d’irrigation comprend assez vite que le monde nouveau, l’homme nouveau, l’avenir radieux est porteur de tout ce qu’a engendré le totalitarisme bolchevique (Staline avait commenté en marge d'un manuscrit de Platonov : c’est un salaud) et de créer l’anti-Pétersbourg, l’anti-Moscou, Tchevengour, le paradis des gueux, ces paysans jugés inutiles par les bolcheviks. 
Platonov comprend que la Terre est un organisme vivant, que tout y est en lien et à respecter. Il est sur la même longueur d’onde que Vernadski. 
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Tchevengour (en russe : Чевенгур) est un roman écrit par Andreï Platonov entre 1926 et 1929, et publié intégralement pour la première fois en URSS en 1988. Refusé par la censure, le livre connut cependant plusieurs publications très fragmentaires, la première fois en avril 1928. Le héros parcourt l’URSS vers 1925 pour découvrir "le Socialisme réalisé ", et découvre le village de Tchevengour, où le Socialisme a été établi : les "bourgeois " locaux ont été massacrés, le commerce et le travail sont strictement interdits. Le soleil doit pourvoir à tous les besoins. Et les villageois meurent de faim... 
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« Vous êtes un homme de talent, c'est sans conteste, et vous avez une langue tout à fait originale. Mais avec toutes ces qualités indiscutables, je ne pense néanmoins pas que vous serez édité. L'obstacle, c'est votre mentalité anarchiste, qui est visiblement une partie consubstantielle de votre esprit. Que vous le vouliez ou non, vous avez donné à votre description de la réalité un caractère lyrico-satirique. Malgré toute votre tendresse pour les hommes, vos personnages sont voilés d'ironie, le lecteur voit moins en eux des révolutionnaires que des toqués, des cinglés. Je n'affirme pas que cela soit fait consciemment, mais c'est ainsi que pense le lecteur, du moins moi, Peut-être me trompé-je. J'ajoute ceci : parmi les responsables de revue actuels, je n'en vois aucun qui serait capable d'apprécier votre roman, à l'exception de Voronski, mais comme vous le savez, il n'est plus aux commandes. »
— Maxime Gorki, Lettre du 18 septembre 1929
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Ces récits parus en 2008, écrits avant (le dernier en 2001) sont des récits d’un homme soucieux par ses expériences géographiques (aller voir sur place et pas en touriste) de mieux comprendre ce qui se joue là où il vit (Moscou et le monde occidental ou le triomphe de la rationalité et de l’exploitation no limits) et comment le déjouer, comment renouer avec la sensibilité, l'intuition, comment retrouver le lien avec des spiritualités nettoyées de dogmatisme. 
En 2023, ce ne serait pas des anarchistes qui investiraient le parc de Priamoukhino mais des colibris ou une association usant pour son fonctionnement du RIC. 
En 2023, Tchevengour, ce serait des tiers-lieux pluri-indisciplinaires, des centres de méditation, de non-agir. 
Il me semble qu’en une quinzaine d’années, la demande non de sens, mais de valeur, de virtu est en augmentation. 
Le confinement pendant la covid a fait prendre conscience à pas mal de gens de l’absurdité de la vie qu’on mène et du monde dans lequel on vit. D’où d’innombrables essais, expérimentations, terreau propice à peut-être un changement de paradigme, s’il n’est pas trop tard. 
Ces récits tournés vers les steppes m'ont rappelé mes deux voyages en Bouriatie et au Baïkal, ma rencontre avec trois traditions, orthodoxe, bouddhiste, chamanisme. Et le mensonge dans lequel j'ai cru pendant 60 ans : la nécessité de la révolution.
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Vélimir Khlebnikov
Vélimir Khlebnikov (1885-1922), « président du globe terrestre », le plus grand des poètes russes, si grand qu’il « ne passe pas par n’importe quelle porte », a participé à la fondation du mouvement futuriste, puis s’en est écarté pour suivre un chemin de solitude. Novateur, il va au-delà du langage transmental des futuristes (zaoum, élégamment traduit par l’outrâme), dynamitant le langage pour recréer un monde nouveau. Les mathématiques, l’ornithologie (la profession de son père), l’astronomie, la philosophie façonnent cette langue nouvelle – langue des oiseaux, poésie stellaire – qui dit les bruissements du monde, en cherche la structure profonde. Salué par Roman Jakobson, il est aussi admiré par les poètes de sa génération, aussi différents de lui que Mandelstam, Pasternak, Tsvetaeva, et fascine des peintres comme Larionov ou Malevitch.
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La révolution a eu lieu. Elle a entamé radicalement le siècle.
En mai 1919, Khlebnikov quitte Moscou, une petite valise à la main : « Je vais dans le Midi, c’est le printemps. »
Il part vers l’un des points les plus brûlants de la guerre civile, l’Ukraine. L’errance va durer plus de trois ans et le mènera autour de la Caspienne, en Azerbaïdjan, au Daghestan, en Perse, puis de nouveau en Russie. Il sera emporté par la misère et la gangrène à Santalovo, un village du Nord, près de Novgorod.
La valise a fait place à une légendaire taie d’oreiller dans laquelle il entasse ses manuscrits, poèmes, proses, lettres, feuilles parfois volées ou envolées, qui accueille aussi son sommeil.
Il écrit aussi dans l’urgence, dans l’obscurité, dans la maison des fous, au profond de la faim, des abris de fortune, devant des feux de camp où s’échangent pain et poème, pain et immortalité.
Langue des oiseaux, poésie stellaire, écriture des nombres…
Je pense écrire une chose dans laquelle toute l’humanité, 3 milliards, participerait et où elle serait obligée de jouer. Mais la langue habituelle ne convient pas pour la chose, il va falloir pas à pas en créer une nouvelle.
(Lettre à Maïakovski, 18 février 1921.)
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Oeuvres
1 150 pages, 47,00 €, 978-2-86432-920-6, septembre 2017
aux éditions Verdier

In the Deathcar est la chanson du générique d'introduction du film d'Emir Kusturica Arizona Dream. Écrite par Iggy Pop, elle est interprétée d'une voix lugubre par le chanteur punk sur une musique plagiée.

Le générique de fin reprend sous le titre This Is a Film la même musique avec un chœur et des paroles, non chantées, d'Emir Kusturica.

 

In the Deathcar

 

Le poème, écrit par Iggy Pop, évoque, sur le thème du post coïtum animal triste, différentes scènes métaphoriques du film récurrentes dans l'œuvre de Kusturica : l'aboiement du chien fidèle, la vie conçue comme un accident, l'amour à plus d'âge, la vie plus vraie vécue par les personnages de cinéma, la civilisation de la voiture comme un emportement illusoire... Son refrain « Dans la voiture de mort, nous sommes en vie » exprime la philosophie calderonienne, développée dans le film, d'une vie qui n'est faite que d'illusions mais d'un désir qui se perpétue au-delà de la mort.

 

This Is a Film

 

Les paroles, écrites par Emir Kusturica, reprennent les mots d'Andrei Platonov dans son roman Tchevengour« Il voudrait montrer à Zakhar Pavlovitch les yeux d'un poisson mort et lui dire, Regarde, là est la sagesse! Le poisson se tient entre la vie et la mort, et c'est pour cela qu'il reste muet et impassible. Je veux dire, que même un veau pense, mais un poisson, non. Il sait déjà tout. ».

Le titre initialement envisagé pour « ce film » était en effet La Valse du turbot

 

 
 
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Lectures d'été 3

16 Septembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #engagement, #histoire, #notes de lecture, #écriture, #épitaphier

Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
deux romans qui laissent des traces
j'en donne juste le résumé
à chacun de les lire : expériences passionnantes
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Sur L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
A Barcelone, en 1945, un petit garçon, Daniel Sempere, est conduit par son père au cimetière des livres oubliés. A la suite d'un rituel, Daniel est lié à un livre :«L'ombre du vent» écrit par Julian Carax. Ce livre change la vie du garçon qui s'aperçoit qu'un homme brûle tous les livres de Carax.
Prix Planeta.
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Sur le roman de Javier Cercas : Les soldats de Salamine
À la fin de la guerre civile espagnole, l'écrivain Rafael Sânchez Mazas, un des fondateurs de la Phalange, réchappe du peloton d'exécution des troupes républicaines défaites qui fuient vers la frontière française. Un soldat le découvre terré derrière des buissons et pointe son fusil sur lui. Il le regarde longuement dans les yeux et crie à ses supérieurs : "Par ici, il n'y a personne !"
La valeur qu'il entrevoit au-delà de l'apparente anecdote historique pousse un journaliste, soixante ans plus tard, à s'attacher au destin des deux adversaires qui ont joué leur vie dans ce seul regard.
Il trace le portrait du gentilhomme suranné rêvant d'instaurer un régime de poètes et de condottieres renaissants, quand surgit la figure providentielle d'un vieux soldat républicain. L'apprenti tourneur catalan, vétéran de toutes les guerres, raconte : les camps d'Argelès, la légion étrangère, huit années de combats sans relâche contre la barbarie fasciste. Serait-il le soldat héroïque ? L'homme laisse entendre que les véritables héros sont tous morts, tombés au champ d'honneur, tombés surtout dans l'oubli ; que les guerres ne seraient romanesques que pour ceux qui ne les ont pas vécues.
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Je passe à Suite française d’Irène Némirovsky
Ecrit dans le feu de l'Histoire, Suite française dépeint presque en direct l'exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique de nombreuses familles françaises. De son village de Saône-et-Loire où elle est réfugiée, Irène Némirovsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d'une population en déroute. Au fil de l'écriture et de l'avancée allemande, son roman se fait le miroir inquiétant du quotidien d'un pays sous le joug, jusqu'à ce que la réalité dépasse tragiquement la fiction lors de son arrestation en juillet 1942. Ainsi la grande Histoire précipite-t-elle le destin de la romancière et, avec lui, celui de Suite française. Son manuscrit inachevé, ses notes et nombreux écrits sont confiés à ses enfants dans une précieuse valise. Des années plus tard, sa fille, Denise Epstein, en exhume le roman Suite française. Il existait cependant deux versions de la fameuse suite romanesque : une version brute, originelle, la toute première (Denoël, 2004), et puis une seconde remaniée, plus ramassée, plus aboutie, celle que l'auteure envisageait de publier.
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Avant un détour par Le passage des anges d’Odilon-Jean Périer, édité en 1926 par Gallimard (roman dadaïste)
Et si un jour, dans une de nos grandes villes, trois beaux jeunes hommes, trois anges, apparaissaient pour apporter un peu de fantaisie dans la grisaille du temps…
La tâche s’annonce difficile. Leur candeur, leur amour suffiront-ils face à la médiocrité des hommes ? Pas si sûr…
Le passage des anges, hymne à la liberté, à la jeunesse, à l’insouciance, a été publié pour la première fois en 1926 par un jeune poète de vingt-cinq ans qui devait mourir deux ans plus tard.

Suite française est écrit par Irène Némirovsky entre juin 1940 et juillet 1942 jusqu’à son arrestation par les gendarmes français, le 13 juillet 1942 suivie de son assassinat à Birkenau, le 17 août 1942 (elle a 39 ans, laissant deux filles, sauvées in extremis avec la valise contenant le manuscrit), prix Renaudot à titre posthume en 2004. 

 

De Suite française, je dirai juste 
Lisez le chapitre 20 de Tempête en juin, consacré au chat Albert 
ou le chapitre 12 de Dolce où l'aptitude au bonheur surmonte pour une heure seulement tout ce qui lui fait obstacle
et cette aptitude n'est pas une disposition d'esprit mais du corps, juste au-dessus ou à côté de l'instinct de survie.
J'ignore si le lien a été fait avec Colette mais pour moi, il semble évident.
 
fin de lecture hier soir avec relecture de la préface et dans les annexes des notes d'Irène Némirovsky, pendant l'écriture de son oeuvre devant comporter 5 parties
ce qui m'a semblé important, c'est le non-recouvrement des temps
le temps des événements politiques, historiques est toujours plus court que notre temps de vie, sauf pour ceux qui meurent pendant ces périodes de crises
l'exode passe, la guerre passe, la covid passe, Macron passera, la guerre en Ukraine passera et nous, nous nous révélons parfois au travers de ces événements, soumis à l'esprit de la ruche (métaphore importante dans le roman) ou libres, libres d'une liberté intérieure à défaut de la liberté extérieure
ce qui semble ne pas passer dans Suite française c'est la nature, pourtant contrastée dans ses manifestations météorologiques (orages, tempêtes, calme, soleil, lune, neige, chaleur, froid, sècheresse, bonnes ou mauvaises récoltes...)
mais aujourd'hui, il semble qu'il y ait un temps autre pour la nature que celui des cycles, des contrastes, 
celui de l'extinction des espèces, celui de l'effondrement ou de la transition, celui de l'épuisement, de l'empoisonnement de la planète; 
le papillon qui s'envole sous le nez d'une femme couchée sur la route mitraillée n'existera plus peut-être dans 20 ou 30 ans
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les citations suivantes donnent un aperçu de ce qui se raconte
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"Après tout, ces grandes migrations humaines semblaient commandées par des lois naturelles, songeait-il. Sans doute des déplacements périodiques considérables de masse étaient nécessaires aux peuples comme la transhumance l'est aux troupeaux. Il y trouvait un curieux réconfort. Ces gens autour de lui croyaient que le sort s'acharnait particulièrement sur eux, sur leur misérable génération; mais lui, il se souvenait que les exodes avaient eu lieu de tout temps. "
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"Qu'ils aillent où ils veulent; moi, je ferai ce que je voudrai. Je veux être libre. Je demande moins la liberté extérieure, celle de voyager, de quitter cette maison (quoique ce serait un bonheur inimaginable !), que d'être libre intérieurement, choisir ma direction à moi, m'y tenir, ne pas suivre l'essaim. Je hais cet esprit communautaire dont on nous rabat les oreilles. Les Allemands, les Français, les gaullistes s'entendent tous sur un point: il faut vivre, penser, aimer avec les autres, en fonction d'un État, d'un pays, d'un parti. Oh, mon Dieu ! je ne veux pas ! Je suis une pauvre femme inutile; je ne ne sais rien mais je veux être libre ! Des esclaves nous devenons, pensa-t-elle encore; la guerre nous envoie ici ou là, nous prive de bien-être, nous enlève le pain de la bouche; qu'on me laisse au moins le droit de juger mon destin, de me moquer de lui, de le braver, de lui échapper si je peux. Un esclave ? Cela vaut mieux qu'un chien qui se croit libre quand il trotte derrière son maître. Ils ne sont même pas conscients de leur esclavage, (...) et moi je leur ressemblerais si la pitié, la solidarité, "l'esprit de la ruche" me forçaient à repousser le bonheur."
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"Le soleil traversait certaines d'entre elles [les fleurs] et révélait alors un entrelacs de petites veines délicates, visibles dans la blancheur des pétales et qui à la fragilité, à l'immatérialité de la fleur ajoutaient quelque chose de vivant, de presque humain dans le sens où ce mot humain signifie à la fois faiblesse et résistance; on comprenait comment le vent pouvait secouer ces ravissantes créatures sans les détruire, sans même les fripper."
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"Dans le coeur de chaque homme et de chaque femme subsiste une espèce d'Éden où il n'y a ni mort ni guerres, où les fauves et les biches vivent en paix. Il ne s'agit que de retrouver ce Paradis, que de fermer les yeux à ce qui n'est pas à lui. Nous sommes un homme et une femme. Nous nous aimons."
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"Elle variait ses hallucinations à son gré. Elle ne se contentait pas du passé; elle escomptait l'avenir ! Elle changeait le présent selon sa volonté; elle mentait et se trompait elle-même, mais comme ses mensonges étaient ses propres oeuvres, elle les chérissait. Pour de brefs instants, elle était heureuse. Il n'y avait plus à son bonheur ces limites imposées par le réel. Tout était possible, tout était à sa portée."
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"Il y a des lois qui régissent le monde et qui ne sont faites ni pour ni contre nous. Quand l'orage éclate, tu n'en veux à personne, tu sais que la foudre est le produit de deux électricités contraires, les nuages ne te connaissent pas. Tu ne peux leur faire aucun reproche. [...] À une période de calme succède l'orage qui a son commencement, son point culminant, sa fin et qui est saisi d'autres périodes de tranquillité plus ou moins longues ! Pour notre malheur nous sommes nés dans un siècle d'orages, voilà tout. Ils s'apaiseront."
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“On sait que l’être humain est complexe, multiple, divisé, à surprises, mais il faut un temps de guerre ou de grands bouleversements pour le voir. C’est le plus passionnant et le plus terrible spectacle [...]; le plus terrible parce que le plus vrai; on ne peut se flatter de connaître la mer sans l’avoir vue dans la tempête comme dans le calme. Celui-là seul connaît les hommes et les femmes qui les a observés en un temps comme celui-ci.” 
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"Les évènements graves, heureux ou malheureux, ne changent pas l'âme d'un homme, mais ils la précisent, comme un coup de vent, en balayant d'un coup les feuilles mortes révèle la forme d'un arbre; ils mettent en lumière ce qui était laissé dans l'ombre: ils inclinent l'esprit dans la direction où il croîtra désormais. "
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"Nous oublions tout très vite, c'est à la fois notre faiblesse et notre force ! Nous avons oublié après 1918 que nous étions vainqueurs, c'est ce qui nous a perdu ; nous oublierons après 1940 que nous avons été battus, ce qui peut-être nous sauvera."
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"Qu'un mode vie, n'importe lequel, s'établisse ; tout cela, cette guerre, ces révolutions, ces grands bouleversements de l'histoire, pouvait exciter les hommes, mais les femmes... Ah ! les femmes ne ressentaient que de l'ennui. Elle était bien sûre que toutes pensaient là-dessus comme elle-même, ennuyeux à pleurer, ennuyeux à bâiller tous les grands mots et les grands sentiments ! Les hommes... on ne savait pas, on ne pouvait pas dire... par certains côtés ces êtres simples étaient incompréhensibles, mais les femmes étaient guéries pour cinquante ans au moins de tout ce qui n'était pas le quotidien, le terre-à-terre... "
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Suite française » : le « Guerre et paix » d’Irène Némirovsky
Sauvé par sa fille Denise, le dernier manuscrit de la romancière, déportée et assassinée à Auschwitz, a attendu plus d’un demi-siècle pour être enfin publié.
Par René de Ceccatty
Publié le 30 septembre 2004 à 11h37, modifié le 19 octobre 2021 à 11h18
« Suite française », d’Irène Némirovsky. Edition établie par Denise Epstein, préface de Myriam Anissimov, Denoël, 448 p., 22 €.
Elisabeth Gille dédiait en 1992, quatre ans avant sa mort, Le Mirador, la biographie de sa mère, Irène Némirovsky, à sa sœur, Denise Epstein, « la mémoire douloureuse ». Or, voilà que douze ans plus tard, soixante-deux ans après la mort d’Irène Némirovsky, déportée le 13 juillet 1942 et assassinée le 17 août à Auschwitz, cette « mémoire douloureuse » arrache à l’oubli un chef-d’œuvre : les deux premiers tomes d’une Suite française, prévue pour en comporter cinq et ici parue en un seul volume. Le manuscrit avait été emporté par la toute jeune Denise dans sa fuite vers Bordeaux.
Le cas tragique d’Irène Némirovsky occupera longtemps la mauvaise conscience française. Romancière russe et juive, émigrée dans son enfance avec ses parents en France, via la Finlande, juste après la guerre de 1914, elle s’intègre très rapidement dans le monde littéraire parisien. David Golder (Grasset, « Cahiers rouges »), qu’elle commence à écrire à 22 ans, paraît quand elle en a 26, en 1929. Dès lors, elle publie coup sur coup douze autres livres, chez Grasset, Gallimard et Albin Michel. Le patron de cette dernière maison, Robert Esménard, aura, au moment des lois raciales, une conduite exemplaire, pour assurer la survie de cet auteur, qui jouissait d’un véritable consensus littéraire.
La lecture de Suite française révèle un pessimisme cynique, orienté moins vers l’abomination nazie et antisémite (à laquelle il n’est, c’est un comble, fait presque aucune allusion) que vers la bassesse humaine. Au cœur de la tourmente, elle-même contrainte à l’exode avec ses filles (elles s’installent à Issy-l’Evêque, en Saône-et-Loire), Irène Némirovsky entreprend de décrire ce qui l’entoure. Elle a en tête son Guerre et paix. Son expérience littéraire, la dureté de son regard sur l’humanité, son absence radicale de sentimentalisme, d’autocomplaisance, d’humanisme bon ton donnent à son tableau une vigueur dérangeante. Elle détestait toute conduite commandée par l’appartenance à une classe, à une collectivité. Elle était issue d’une bourgeoisie dont elle avait haï et vilipendé les défauts à travers sa propre mère, comme le montrent Le Bal (Grasset, « Cahiers rouges ») ou Jézabel. Cette même bourgeoisie, elle la contemple dans le désastre. Elle la confronte à des classes populaires, petits commerçants ou paysans, dont elle sait également traquer la veulerie. Et parfois, soudain, un personnage bénéficie d’une sorte de grâce, d’un crédit d’ingénuité, d’une noblesse réelle.
Le centre du livre est occupé par l’amitié d’une jeune femme mal mariée, balzacienne, restée seule avec sa belle-mère, pour un officier allemand raffiné. Le Silence de la mer préfiguré ? Mais cet épisode n’aurait probablement pas pris la même importance si la « pentalogie » avait été achevée.
La première partie, littérairement la plus frappante, par sa structure et la sûreté tranchante des remarques psychologiques, met en scène plusieurs groupes de réfugiés de tous milieux. Les fils devaient se réunir dans le troisième tome, Captivité. On voudrait citer d’innombrables scènes où se lisent la subtilité et l’intransigeance des analyses de la romancière. Le lynchage d’un jeune prêtre par les enfants qu’il a en charge et qui en éprouvent « un effroyable bonheur », le vol de l’essence par un lâche qui abuse de la naïveté d’un jeune couple ou encore les compromissions d’un homme de lettres médiocre.
L’art romanesque d’Irène Némirovsky atteignait ici une précision que la fébrilité aurait pu menacer. Comment est-elle parvenue à ce détachement cérébral sans détruire l’émotion ? La « méthode indirecte » qu’elle utilise pour entrer dans la pensée des personnages les plus négatifs et en révéler la bêtise flaubertienne ne nuit jamais à la palette des nuances. Le trouble que suscite l’apparition des soldats allemands, jamais rejetés dans le mal, la ténuité des convictions face à l’ouragan des situations, l’égarement des individus projetés dans un « esprit communautaire » qu’exige l’urgence politique : une femme seule, avec son intelligence et sa science littéraire, traite admirablement ces thèmes que l’horreur nazie va soudain balayer dans le néant.
Extrait
« Notre existence ici est morne. Seules, sans doute, Denise et Babet l’apprécient. La première parce qu’elle nous a tout à elle et ne peut plus nous reprocher, comme autrefois à Paris, nos sorties trop fréquentes à son goût. La seconde parce qu’elle adore sa vie de petite paysanne, ses équipées dans les champs et ses sabots. Moi, je tente de me persuader, sans grand succès, que tout cela finira un jour. Je me dis, en écrivant Suite française, que je dois faire quelque chose de grand et cesser de me demander : à quoi bon ? Il m’arrive trop souvent d’avoir peur pour mes livres encore plus que pour moi-même, de les imaginer détruits, à jamais effacés de la mémoire humaine. » 
Elisabeth Gille, « Le Mirador », Presses de la Renaissance, 1992, rééd. Stock, 2000 (p. 396)
René de Ceccatty
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
après Suite française, d'Irène Némirovsky (1903-1942)
Le passage des anges de Odilon-Jean Périer (1901-1928)
Et si un jour, dans une de nos grandes villes, trois beaux jeunes hommes, trois anges, apparaissaient pour apporter un peu de fantaisie dans la grisaille du temps... La tâche s'annonce difficile. Leur candeur, leur amour suffiront-ils face à la médiocrité des hommes? Pas si sûr...
Le passage des anges, hymne à la liberté, à la jeunesse, à l’insouciance, a été publié pour la première fois en 1926 par un jeune poète de vingt-cinq ans qui devait mourir deux ans plus tard.
Odilon-Jean Périer (1901-1928) était poète. Son œuvre, une poignée de recueils, est fulgurante, malicieuse, pleine de vie. Né à Bruxelles, il fut remarqué par Jacques Rivière qui le fit entrer dès 1923 à la NRF où il se lie d’amitié avec Jean Paulhan. Mais il n’aura pas le temps de connaître la gloire, lui, le poète de la jeunesse, meurt alors qu’il n’a pas encore vingt-sept ans.
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"Mort à 27 ans, Odilon-Jean Périer _ en plus de sa prose et de ses tentatives théâtrales tout aussi séduisantes mais dont il ne peut être question ici _ n’a laissé que 200 pages de poèmes. Il possède deux vertus exceptionnelles: avec Norge et Michaux, il est le seul de sa génération à avoir construit une oeuvre cohérente, sans jamais se laisser aller au tout-venant de l’inspiration au jour le jour; de surcroît, il est le symbole même de la pureté, telle qu’on ne l’avait plus rencontrée depuis Max Elskamp. Aussi, les contemporains ne se sont-ils pas trompés: il fut célèbre à Paris dès l’âge de 25 ans. Artiste parfait et d’une langue limpide, il ressemble à Rimbaud par son émerveillement, à Verlaine par sa douceur, à Valéry par son souci de dire le mystère avec clarté. En fait, il est unique car si, dès le premier vers, chacun de ses poèmes exerce une étrange et très calme fascination, ce qu’il dit, ce sont la fuite des choses, le frémissement secret, la révolte intérieure mais sans fracas, le besoin de communion alors même que tout, à la moindre approche, fuit dans la ravissement et la fragilité. Sa musique est exemplaire, avec ce rien d’ironie qui cache les blessures profondes. On s’est un peu détourné de lui, depuis une trentaine d’années, peut-être parce qu’il n’avait pas de message précis: un peu d’éternité frémissante et parfairte dans ses harmonies."
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Au temps de l’alphabet
des pieds des mains pour rire
mais les yeux pour pleurer
un bel oiseau se mire
des pieds ces mains pour rire
le nuit vient à tomber
le pied boitera
la main sèchera
le monde mourra
mais moi moi moi…
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Le roman raconte, non la transformation de la réalité sauf l'étonnement initial, mais la transformation de deux des trois anges (Michel et Misère). 
La réalité urbaine, le quotidien sont bien plus forts que les désirs des anges. 
Et l'auteur de dire Adieu avec une ironie féroce à de tels anges (sauf Alpha).
Je me suis dit que Wim Wenders avait peut-être été inspiré par ce roman pour Les ailes du désir
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