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Blog de Jean-Claude Grosse

histoire

Thérèse Rousseau Pauline Tanon

26 Juillet 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #EAT (Écrivains Associés du Théâtre), #amour, #histoire, #écriture, #épitaphier

Thérèse Rousseau Pauline Tanon

Thérèse Rousseau
La lingère et le philosophe
Pauline Tanon
Collection Résister
Éditions Ampelos, 2022

Lire Pauline Tanon n’est pas un hasard. 
Nous avons partagé des expériences d’écriture et de lecture au temps des EAT MED, des écritures nomades à Anduze, Toulon…, sur des livres pluriels (Envies de Méditerranée, Diderot pour tout savoir…). Je l’ai aussi vue comme comédienne de sa compagnie Mistral gagnant, au Jardin remarquable de Baudouvin à La Valette du Var. 

Livre lu précédemment : Armand Gatti, Dans le maquis des mots, coécrit avec Jean-Jacques Hocquard, éd. Actes Sud, 2014 (biographie, prix du Meilleur livre sur le théâtre du Syndicat de la critique).

L’avertissement p.1 est essentiel. 
Je le reproduis intégralement :  
« Jeanjaque ne voulait pas que je change mon écriture car il disait qu’elle était naturelle. « Sachez ce que vous voulez dire puis dites-le sans vous embarrasser d’autre chose », me conseillait-il. En voici un exemple : 
Persona ace deula pasianceu delire mongrifonage… mai il etan deuraconte ceuquice veritableuman pacedanmavie. Ilia uace deumansonge… Maim gangaqueu danse quon fesion meupace souci lance.
Pour aider le lecteur, John Henry Bally, mon homme de confiance, a transcrit mon récit dans la grammaire et l’orthographe communes. Je lui en suis très reconnaissante, ainsi que de tout le soutien qu’il m’apporte depuis la mort de Jeanjaque, il y a seize ans.
(Note de John Henry Bally, secrétaire : Thérèse Rousseau a craint, à juste titre, que l’éditeur n’ait pas la patience de déchiffrer, s’il avait été de sa main, le récit de sa vie avec J.J. Rousseau – dont elle souhaite que le prénom soit écrit en un seul mot, car c’est ainsi qu’elle l’a toujours entendu. Le temps n’est plus au silence. Ma contribution est le tribut patriotique zélé d’un frère de l’indéfectible loge St Jean d’Ecosse du Contrat Social. Salut et fraternité !)

On a donc une narratrice à l’écriture naturelle, déchiffrable mais c’est laborieux, et un transcripteur en langue commune qui se permet parfois d’apporter entre parenthèses et en italiques, des précisions. 

La narratrice, c’est Thérèse, âgée de 72 ans au moment du récit. Elle a vécu, heureuse, avec Jeanjaque, 33 ans durant, en union naturelle puis mariée civiquement selon un rituel inventé par Jeanjaque le jour de leur mariage le 30 août 1768 devant le maire de Bourgoin, Luc-Antoine de Champagneux à l’auberge de la Fontaine d’Or.
Thérèse, lingère, était fille d’un officier de la Monnaie. Rousseau, fils d’un artisan.
Ils se sont rencontrés en 1745, elle avait 23 ans. Rousseau n’avait encore rien écrit, était inconnu, il avait 33 ans. 
Ils eurent 4 enfants, confiés à l’Hospice des Enfants-Trouvés et un 5°, mort-né.

Le transcripteur, c’est un domestique du prince de Conti, puis du marquis de Girardin, John Henry Bailly, écossais, amateur de jardins à l’anglaise bien différents des jardins à la française, devenu homme de confiance de Thérèse, que des mauvaises langues présentent comme le nouvel amant de Thérèse, de 23 ans plus jeune qu’elle.

 

Récit en 4 parties : Une union naturelle p.3 à 50. Montmorency p.51 à 100. Voyages en terres étrangères p.101 à 144. Une vie nouvelle p.145 à 200 plus un addenda d’une page. 

Grâce à son « ami » Diderot qu’il visite à la prison de Vincennes où il est enfermé après parution de sa Lettre sur les aveugles, Rousseau participe au concours de l’académie de Dijon posant cette question : « Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs » et obtient le prix avec son Discours sur les sciences et les arts en 1750. Il a 38 ans. Il devient immédiatement célèbre, son portrait multiplié le rend reconnaissable. Admiré par certains mais aussi très critiqué par d’autres, il se voit rapidement obligé d’errer de résidences protégées en ermitages secrets. 
Thérèse le rejoint chaque fois, quand Jeanjaque lui donne sa nouvelle adresse. Voyages discrets où il lui faut se protéger de la grossièreté des messieurs. 
Le froid, la solitude sont leur lot. Ils y résistent par des activités manuelles (herbiers, fabrication d’instruments de musique pour Jeanjaque, broderie, vêtements et autres pratiques pour Thérèse). 

Le reste est à découvrir par le lecteur. 
Ainsi la longue lettre que lui écrit Jeanjaque qu’elle mit trois jours à lire et à apprendre par coeur, p.135 à 142, alors que Thérèse menace de le quitter. Elle en retiendra les leçons : « mieux vaut jouir du bonheur de vivre libre sans argent que souffrir enchaînés par les mille obligations que créent certains soutiens financiers. La vie commune nous avait sortis peu à peu l’un et l’autre des contraintes ordinaires de la vie en société. Nous n’étions pas indigents parce que nos désirs n’excédaient pas nos besoins ; nous vivions au jour la journée, ne dépendant que de nous-mêmes. Les petites privations s’endurent sans peine quand le cœur est mieux traité que le corps. Il a écrit ceci mieux que je ne le dis. Nous nous répétions souvent, en trinquant à notre bonne amitié, que, libres de chaînes, nous pouvions respirer, marcher, aimer, bavarder, boire et manger de bon cœur et d’un bel appétit ! » p. 183 

Quatre souvenirs me sont venus à cette lecture :
1 - évoquant Louise de Warrens, la Maman qui a adopté Jeanjaque, elle raconte leur voyage jusqu’en Savoie, à Chambéry, un émerveillement pour elle qui n’avait connu qu’Orléans et Paris, et la visite impossible des Charmettes, 1° refuge de Rousseau à 16 ans après sa fugue de Genève, devenue dans son esprit, le paradis perdu p.36. 

Eh bien, Les Charmettes ont donné leur nom à un prix littéraire. Le prix des Charmettes – Jean-Jacques Rousseau est un prix littéraire franco-suisse créé en 1989, attribué en alternance une année sur deux « à un écrivain français ou lié à la France et à un écrivain suisse ou lié à la Suisse ». Il va à des auteurs dont l’œuvre « récente et imprimée, se trouve, volontairement ou non, correspondre à la ligne Confessions et/ou Rêveries de Rousseau. 
Ce prix a été décerné en 2011, à Marcel Conche pour Le silence d’Émilie, Journal étrange VI, Les Cahiers de l’Égaré, 2010. 

2 - - château d'Ermenonville. En 1778, Jean-Jacques Rousseau passe six semaines chez les Girardin et meurt à Ermenonville le 2 juillet, après une promenade. René de Girardin le fait enterrer dans l’île des Peupliers. 
Pauline Tanon raconte p.165 à 170 le désappointement de Thérèse lors de la représentation en 1790 d'une pièce de Jean-Nicolas Bouilly, Jean Jacques Rousseau à ses derniers moments
Thérèse nous donne la vraie version de la fin de Jeanjaque (à la fin d’une promenade, d’une rêverie) et raconte comment le marquis de Girardin la spolia des manuscrits et de l'argent de Jeanjaque. 

Eh bien c'est au château d'Ermenonville que Roger Lombardot (Les premiers humains, trilogie sur les peintures de la grotte Chauvet, Les Cahiers de l’Égaré, juin 2026) y créa un spectacle pour une seule spectatrice. Mille roses offertes par un mécène fleuriste l’attendaient sur la terrasse après un parcours de 60 kms. Ce spectacle, Le voyage (1992) n’eut qu'une représentation, durée 7 H. « Un spectacle magique, féerique, unique en son genre. Du jamais vu, jamais ressenti. Une fête pour les sens et pour l’esprit. Une révolution! Au bout des sept heures qu’il dure, on en redemande. On voudrait ne jamais en sortir.» A. Magheru

Quant à moi, j’ai écrit Les parcours d’un promeneur solitaire/solidaire dans De l’impasse à la traverse (Les Cahiers de l’Égaré, 2003.) « Des villes, je ne retiens que les théâtres essentiellement, quand leur programmation relève d’une autre logique que celle du divertissement. Je déteste les spectacles avec vedettes, les textes à effets, je ne suis pas réceptif aux visions du monde et de l’homme formatées par le goût dominant: fascination pour le sexe, la violence, la mort. J’aspire à rencontrer des œuvres, des univers personnels où il y a de l’amour, de la beauté, de la sincérité. Rare en ces temps d’abondance sans avenir. »

3 - Transfert du corps de Rousseau d'Ermenonville au Panthéon, p.187 à 199. Le récit qu'en fait Thérèse insiste sur quelques incidents, en particulier lorsque le citoyen François Boissel monte sur le char, fait un discours, puis plus tard tombe, entraînant dans sa chute la grande sculpture La Gloire qui se brise en mille morceaux. Seule résiste, la petite sculpture La Nature. 
À signaler que Thérèse se présente à la barre de la Convention nationale le 11 avril 1794 pour réclamer la translation de la dépouille de Jean-Jacques au Panthéon, ce qui se fait en grande pompe le 11 octobre 1794, après un voyage de 3 jours, 9-11 octobre.

Eh bien, c'est lors d'un festival des auteurs ardéchois accueilli à Privas en mars 2025 que j'ai découvert François Boissel, grâce à Pierre Antoine Courouble qui a fac-similé les oeuvres introuvables de cet ardéchois de Joyeuse devenu avocat au parlement de Paris et juge de paix, archiviste puis vice-président du Club des jacobins, auteur entre autres du Catéchisme du genre humain paru en avril 1789. Précurseur du communisme selon Jaurès, précédant Babeuf et Saint-Simon, pionnier du féminisme, écologiste.

 

les oeuvres en fac-similé du citoyen fantôme François Boissel
les oeuvres en fac-similé du citoyen fantôme François Boissel
les oeuvres en fac-similé du citoyen fantôme François Boissel
les oeuvres en fac-similé du citoyen fantôme François Boissel

les oeuvres en fac-similé du citoyen fantôme François Boissel

Ce roman biographique de Pauline Tanon est sorti sans relais médiatique. Le silence autour de ce texte est également problématique. 
Aucune trace dans la page Wikipédia consacrée à Marie-Thérèse Levasseur où apparaissent d’autres titres. 
Charly Guyot, Plaidoyer pour Thérèse Levasseur, Ides et Calendes (Neuchâtel), 1962.
Jean-Didier Vincent, Les mémoires apocryphes de Thérèse Rousseau, Paris, Odile Jacob, 2006.
Aucune critique dans la presse nationale. 
Aucune chronique substantielle sur un blog littéraire. 

Or la voix de Thérèse Rousseau par la « magie » de la transcription de John Henry Bally et le talent de Pauline Tanon s’entend comme une voix personnelle et naturelle, différente et égale de celle de Jeanjaque : « nous étions tous deux plus proches des tourterelles et des chats, entretenant leurs plaisirs par d’interminables coups de becs et de griffes, dispensés à égalité… » p.28

« Conseils donnés par la Belette dans ses Conversations d’Emilie, si j’en crois la lecture que Jeanjaque m’en donna (madame d’Epinay répondait ainsi, en 1775, à L’Emile de Rousseau). Cette lecture me fit faire un retour sur moi-même : je n’avais pas acquis la faculté de m’instruire par moi-même dans les livres mais, par la conversation quotidienne de Rousseau, la fréquentation de ses amis et ses lectures à haute voix, j’avais développé mes capacités, réprimées pendant des années par ma famille. J’y avais trouvé plaisir et avais gagné la liberté que la Belette promettait à sa petite-fille comme bénéfice de ses efforts. Mon expérience, qui m’avait éloignée des tâches strictement ménagères pour lesquelles j’avais été formée, rejoignait le projet d’indépendance formulé par Louise d’Epinay et dont elle avait, elle aussi, pris la leçon chez Rousseau. » p.75 

« J’appartiens à la grande masse du peuple qui ne sait ni compter ni lire ; c’est sans doute pour cette raison que je comprends mieux que les gens instruits les discours de Jeanjaque. Ils s’adressent à l’imagination de personnes comme
moi, auxquelles ils souhaitent un avenir meilleur. Ce n’est pas tant le luxe des riches que leur arrogance qui était devenu insupportable. Les puissants pensaient pouvoir tout acheter, même les pensées d’un philosophe. Rousseau, plus libre qu’aucun autre philosophe, leur rendait coup pour coup et ses écrits ont indiqué le chemin aux députés de la première Assemblée. »
p.50

À savourer :

- Te souviens-tu de la servante que j’étais ? lui dis-je. Je ne comprenais rien, j’avais la tête vide, je parlais peu.
- Mais ton désintéressement et ta beauté m’étaient bien sensibles et m’attachèrent tout de suite à toi. Ma Thérèse, je n’ai tout au plus été, lors de notre rencontre, que le vent qui soufflait à ta porte.
- Une porte close dont la clef était perdue.
- L’amour l’aura donc retrouvée. »
M’ayant pris dans ses bras, Jeanjaque s’endormit enfin d’un bon sommeil, après avoir murmuré après un soupir : 
« Tu as été, dès le premier jour, ma pierre et mon lierre. »
p.3-4

À rechercher :

L’addenda p.201 évoque Plainte et défense de Thérèse Levasseur, pamphlet écrit par Isabelle de Charrière en réponse aux Lettres sur les ouvrages et le caractère de J.-J. Rousseau (1788), dans lesquelles Germaine de Staël qualifie Thérèse de « mère dénaturée » et l'accuse d'avoir poussé Rousseau au suicide en le trompant avec un homme du peuple, John Henri Bally. Cela a contribué à noircir définitivement l’image de Thérèse Rousseau mais aussi celle de son transcripteur, son homme de confiance, présenté comme un profiteur. 

Pauline Tanon réussit une double gageure : réhabiliter et Thérèse et John Henri Bally. Les parenthèses de celui-ci sont marquées au sceau de l’honnêteté. «  Ma contribution est le tribut patriotique zélé d’un frère de l’indéfectible loge St Jean d’Ecosse du Contrat Social. Salut et fraternité ! » p.1, conforme à la devise de Rousseau : « vitam impendere vero »

En conclusion : ce roman réhabilitant Thérèse Rousseau et John Henri Bally a été mis sous le boisseau par la chaîne du livre, au sens propre.  C’est le sort de beaucoup de livres, de beaucoup de petits éditeurs. C’est un sort inévitable quand on sait à qui appartiennent les journaux, les diffuseurs et distributeurs, les librairies et plateformes, les médias.

J’espère que ma note de lecture, complétée par des liens, en particulier vers le film lui aussi mis sous le boisseau Le nez dans le ruisseau (2012) avec Sami Frey incitera quelques lecteurs à lire ce roman. 
La description thérésienne-rousseauiste, au fil des pages, de leurs rapports aux animaux domestiques et sauvages, aux plantes, aux arbres, aux paysages, aux saisons, au temps non mesuré,  aux marionnettes préférées aux automates, aux plaisirs et souffrances du corps, aux vraies et fausses amitiés est fortement évocatrice, « habitée ». 
Elle a fortement, intimement résonné pour le lecteur que je suis devenu, pratiquant l’effacement dans le blanc. 
Elle résonnera avec les préoccupations très actuelles de beaucoup de gens qui, comme Thérèse, ne savent pas s’ « adresser aux méchants ni même les voir, le plus souvent. Salut et fraternité ! », dernière phrase du livre. 
Son salut et fraternité final reprend celui, inaugural, de John Henri Bally de la page 1. 
Belle complicité. Belle confiance.

À Corsavy, le 26 juillet 2026 
Jean-Claude Grosse

Thérèse Rousseau Pauline Tanon
SMS adressé le 3 août 2025 par Jom Roniger à Pauline Tanon, presqu'un an avant ma note de lecture sur son roman le 26 juillet 2026
 
THÉRÈSE ROUSSEAU, la lingère et le philosophe dans NÉGAT|F ce dimanche 😃
À PAULINE TANON, par SMS, dimanche 3/08/2025. — Comme tu ne réponds pas au téléphone, je t'écris Pauline ce que je tenais à te dire déjà ce matin. Ton livre est magnifique. Tu manies la narration de façon spectaculaire et subtile, c'est vigoureux et tendre à la fois. L'un des détails remarquable techniquement dans THÉRÈSE ROUSSEAU, LA LINGÈRE ET LE PHILOSOPHE, c'est d'abord dans le premier tiers de ton roman la grande séduction de JJR à travers les yeux de Thérèse, on se sent nous aussi tomber amoureux de lui, puis en arrivant à la moitié du parcours vers la page 100, on distingue mieux les failles de ce personnage historique auquel tu sais donner une hauteur plus humaine et surtout plus féminin via Thérèse. Et les faille de JJR sont assez terribles, tu les poses là comme on met les pieds dans le plat, si je puis dire, en disant assez haut ce que nous devinions confusément mais sans jamais oser le dire. J'aime comment tu ressuscites les événements dans ce récit qui semble sorti d'un nuage, dont on ne voit rien au départ puis où l'on devine tout, comme si on vivait à cette époque, ou dans ce nuage, on ne saurait le dire, ou les deux ! La magie de l'écriture opère. Tu emploies toutes sortes de détails qui s'animent d'une page à l'autre en donnant cette profondeur à ton récit, cette perspective historique et vraie, point lointain dans le décor qui soudain surgit en gros plan et nous frappe — la mort de cette femme page 93 qui meurt trois jours plus tard sortant des geôles du prince de Conti, c'est puissant à la fin d'un chapitre, époustouflant, très fort et beau. Tu avances par touches, comme une peintre qui recrée toute la matière et cette matière irrésistible que tu as recréée, c'est TOI plus que l'histoire, temps suspendu entre tes pages comme par la grâce entre tes mains, bravo ! Que te dire encore que je voulais t'exprimer oralement ce matin ? J'aime l'amitié entre Diderot et Rousseau, moderne et très "people" (rires), passionnante avec ces femmes en spectatrices, Nanette et Thérèse pas dupes du tout, auxquelles nous nous identifions. Quel charme avec elle que ton amour d'écrire opère comme pour nous soigner ! Cette lecture nous remplit, tu dis à la fois l'injuste et l'amour, l'attachement des uns aux autres au quotidien, pour le meilleur et le pire comme avec la maman de Thérèse comparée avec Mme de Warens, la chère "maman" de Rousseau à Chambéry, mais surtout la beauté que tu attrapes à chaque phrase, dirait-on, avec suavité. Ton vocabulaire et de ta grammaire semblent calquée sur celle du XVIIIe siècle, mais ils sont à toi. Je tenais à te le dire Pauline avant de finir ton livre, car c'est une grande joie de le lire et de te savoir vivante, en contact, concernée… J'ai eu beaucoup de chance cet été quand, par fantaisie ou je ne sais trop quoi, tu m'as proposé de m'envoyer ce livre aux Jasses. MERCI PAULINE
JCG et Pauline Tanon Ginko et Ginka

JCG et Pauline Tanon Ginko et Ginka

dialogue entre Ginko et Ginka

dialogue entre Ginko et Ginka

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Krach métaphysique

23 Mai 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #JCG, #SEL, #ateliers d'artistes, #bocals agités, #engagement, #histoire, #poésie, #vraie vie, #écriture, #éveil

voir un arbre de William Butler Yeats à François Cheng / capture d'écran du documentaire Val Vilmer

voir un arbre de William Butler Yeats à François Cheng / capture d'écran du documentaire Val Vilmer

il y a toujours deux faces, l'une à l'endroit, l'autre à l'envers
alors chercher la vérité ?
pile ou face
pile et face
face à face
dos à dos
côte à côte
...
soit cette phrase, lue ce 21 mai 2025 sur FB sous la souris de Laurent Boyer à propos du procès du gynécologue prédateur sexuel de plus de 300 femmes et filles
dans la société bling bling et complotiste dans laquelle nous vivons aujourd'hui, notre échelle de valeurs est complétement faussée. C'est de notre faute à tous.
Le procès de Joël Le Scouarnec va se terminer comme il a commencé : dans le silence. Et c'est inacceptable.
 
JC à Laurent : Vous dites notre échelle de valeurs est complétement faussée. Nous marcherions sur la tête mais pince-sans-rire si marcher sur la tête était la bonne posture ? On voit bien un renversement des valeurs, de toutes les valeurs, humanistes en particulier, ce qui ravirait un certain Friedrich qui voyait en elles le symptôme de la décadence de l'âme aristocratique. Il me semble observer un cheminement autre aussi, celui de l'identification des contraires, difficile à penser selon la dialectique d'Héraclite de l'unité des contraires : : la démocratie n'hésite plus à génocider, la liberté n'hésite plus à illibérer, à libertarienniser. Et je me dis voyant ce que je crois être des évolutions que ce qui se produit et semblait improbable, imprévisible, se réalise sous nos yeux. Allant plus loin, j'en déduis qu'aucun diagnostic, aucun pronostic ne sont fiables, que ce qui doit arriver, arrive, que ce qui arrive, devait arriver et que donc, fermer sa gueule, ne pas se prononcer, n'émettre aucun jugement, et ne pas agir correspondent à des attitudes conformes à la Nature. L'ami Marcel Conche, croyant à la morale universelle des droits de l'homme me demanderait d'argumenter davantage, sans doute. Je lui mettrais Gaza et Israël en travers de cette morale incapable de pacifier. Il me répondrait que la question du fondement d'une morale universelle est spéculative. Et qu'à la question que peut-on faire ? il faut répondre RIEN.
 
suivi de cet échange :
Gaelle Berny - Impuissance oui et sidération je pense : ces phénomènes sont énormes, partout. L’admettre, pour beaucoup de gens c’est conscientiser la toxicité systémique. Un deuil à faire. Le déni permet de mettre à distance. Minimiser, pareil. Détourner le regard, pareil. Retourner la charge (!) : pareil.
Catherine Le Sage - Gaelle alors, nous en serions à laisser faire ??
Gaelle Berny - Catherine Le Sage la réponse est : oui. Par inertie sociale (trop de sujets en même temps et ces sujets énormes qui structurent tout par dessous nous font vaciller.. les gens n’ont pas assez de temps libre pour processer ça !) et individuelle (écho avec nos traumas non traités, admis). La Nature m’a expliqué il y a déjà 5 ans que ce à quoi je serai le plus confrontée en regardant la société dans les années à venir ce serait… le déni. On y est, je crois. Si tu regardes bien, tous les sujets importants se referment actuellement (cf l’écologie qui est raillée, reléguée au wokisme voire pire…). C’est triste mais c’est la réalité. (Et on peut être serein intérieurement en admettant ce réel. C’est possible. J’ai fait ce changement peu à peu. Plus de lutte inutile, juste admettre le gros marasme ambiant.) Bien à toi.
Jean-Claude Grosse - Gaelle Berny votre oui me semble pertinent mais puisque vous évoquez la Nature comme inspiratrice, il me semble que la Nature, la phusis, la Nature naturante crée sans jugement tout ce qui apparaît pour finalement disparaître soit la nature naturée dans sa diversité dont les humains et donc, une attitude humaine possible est d'accueillir sans jugement tout ce qui se produit, donc même les prédateurs, le déni généralisé, le silence, la muétude...; évidemment comme on a été formaté, comme on nous a appris à juger, pas facile d'aller vers le non-jugement et le non-agir; on juge, on réagit puis on fait un pas de côté, et on se désinfecte, on se désaffecte et on se retourne vers ses gouffres intérieurs
 
« nous vivons l’époque du dépérissement des principes. Notre temps est marqué en effet par la remise en cause radicale de tous les principes de la théorie et de la pratique, que ce soit dans le champ de la science comme dans celui de la vie politique. Tout ce qui avait valeur de norme absolue est contestée, tout ce qui se donnait pour nécessaire et universel subit ce que Musil a nommé un « krach métaphysique » Reiner Schürmann
 
l'un dit de sa pente-côte
- "L'homme moyen est fier d'être ce qu'il est et voudrait que tout le monde soit comme lui. Il rend tout médiocre : il ne croît ni à la passion, ni à la sincérité. Il ne croît pas à ceux qui se dévoilent et à ceux qui se confessent, car l'homme moyen n'est pas sensé agir ainsi. Mais son autre caractéristique, semblable mais d'un sens contraire, est que cette conscience n'est pas une conscience de classe, mais une conscience moralisante, qui n'a donc rien de politique." P.P. Pasolini
 
l'un dit de sa côte-pente
- Montaigne avait une toute autre vision de ceux qu'il appelait les gens de moyenne région et je préfère de loin sa vision mise à l'oeuvre pendant ses deux mandats de maire de Bordeaux et pendant les guerres de religion, lui, le catholique en pays protestant
 
l'un dit de sa pente-côte
- C’était quatre siècles plus tôt… Je ne suis pas convaincu que Montaigne aurait été follement enthousiaste face au moralisme conformiste de la société du spectacle que dénonce ici Pasolini et qui n’a rien perdu de sa vigueur.
 
l'un dit de sa côte-pente
- Montaigne a été plus présent dans les combats de son temps qu'on ne l'imagine que ce soit entre les deux camps, catholiques et protestants ou à Bordeaux comme maire par deux fois. Et l'étude des choix faits par Montaigne montre comment il navigue, méfiant vis à vis des puissants, éloignés des vraies valeurs par la cupidité, l'appétit de pouvoir, la flatterie courtisane, méfiant vis à vis des réactions spontanées des gens humbles ou pauvres, plus réceptif envers les réactions des gens de moyenne région. Montaigne accorde son intérêt à la médiocrité, entendant par là le bon sens, l'honnêteté des gens confrontés aux problèmes du quotidien. Nulle aristocratie dans son comportement, nul élitisme. Montaigne se sent bien dans la solitude mais bien aussi au contact de ses semblables. Il est soucieux de l'élévation de ses semblables par une éducation du jugement.
deux autres grands penseurs politiques issus du Bordelais :
Montesquieu et Jacques Ellul
article d'août 2019
2 - Andreï TARKOVSKI, in LE TEMPS SCELLÉ :
" L'art agit avant tout sur l'âme et donne forme à la structure spirituelle de l'homme. Le poète est un homme qui a la psychologie et l'imagination d'un enfant. Sa perception du monde est immédiate, quelles que soient les idées qu'il peut en avoir. Autrement dit, il ne « décrit » pas le monde, il le découvre.
La fonction de l'art n'est pas, comme le croient même certains artistes, d'imposer des idées ou de servir d'exemple. Elle est de préparer l'homme à sa mort, de labourer et d'irriguer son âme, et de la rendre capable de se retourner vers le bien.
Un art dépourvu de toute spiritualité porte en lui sa propre tragédie. Le simple constat sur l'absence de spiritualité de son temps exige déjà de l'artiste une évidente qualité spirituelle.
L'artiste qui n'aspire pas à la vérité absolue, qui se détourne de son dessein universel au profit du particulier, se condamne à une gloire rien qu'éphémère." via Carolyne Cannella
3 - L'ART BRUT CONTRE L'ART POLI by François Carrassan sur FB, le 1° mai 2025 à 20 H 58 sur l'exposition Dubuffet et les magiciens au Musée du Niel , presqu'île de Giens, du 3 mai au 2 novembre 2025
En réaction à la guerre de 14-18, produit de la civilisation, il y eut le Dadaïsme et le Surréalisme. Il y eut aussi après la guerre de 39-45, produit de la civilisation, l'Art Brut.
Toujours ce conflit latent dans l'histoire entre l'art civilisé accompagnant le malheur et, soudain, le geste sauvage pour le refuser.
Et le geste de Jean Dubuffet s'opposa alors si radicalement aux formes bien élevées de la culture officielle que la proposition du Musée du Niel mérite d'être saluée comme son invitation à découvrir qui s'inscrivit dans son sillage.
 
2010

2010

4 - L’art vivant aujourd’hui ? by Urszula Mikos, le 14 mai à 11 H 55
C’est une grande mise en scène de la transgression bien élevée, une révolte subventionnée, une autofiction engagée mais sous contrôle. On y pleure sur scène, on s’indigne en festival, on dénonce les inégalités depuis une résidence d’artiste avec vue sur la mer, en partenariat avec la Fondation pour l’Inclusion Climatique.
L’artiste contemporain ne se mouille jamais sans bouée :
Il est "radical", mais invité par France Culture.
Il est "inconfortable", mais confortablement programmé au TNB ou à Avignon.
Il parle de "marginalité", mais ne fréquente que des camarades d'école d'art ou d'écriture, tous passés par les mêmes séminaires de "déconstruction positive et inclusive".
Engagé ? Bien sûr ! Mais à condition de dénoncer ce que tout le monde dénonce déjà : le patriarcat, les riches en général (sauf mécènes), les méchants conservateurs, et les flics — sauf ceux qui sécurisent les vernissages.
Autofiction ? Absolument.
Tout projet commence par :
« Mon corps, mon trauma, mon ex, mon père, ma transition, ma perception, ma cicatrice émotionnelle dans un monde post-capitaliste. »
Et finit par :
« Merci à la DRAC, à la Fondation Cartier, et à la Villa Médicis pour leur soutien. »
Résultat ?
Des performances où on vomit sur scène avec des lumières bleues pour "questionner le lien entre genre, mémoire coloniale et métabolisme", applaudies par un public en turtleneck qui s’auto-congratule en mangeant vegan.
Tout le monde est d'accord.
L’artiste, le critique, l'institution, le politique, l’université.
La boucle est bouclée.
Le "désordre" est administré.
La "subversion" est validée.
Et l’"engagement" est totalement… docile.
L’art contemporain aujourd’hui ?
C’est une grande cérémonie de l’audace domestiquée. On y célèbre le "courage artistique" à condition qu’il soit bien cadré, bien financé, et qu’il ne dérange personne... sauf les cibles autorisées.
Engagé ? Oui, mais pas trop.
On peut toujours dire que "la Pologne n’aime pas les étrangers" — ça fait rire tout le monde, surtout dans une pièce "trois sœurs" au Rond-Point, écrite par une Allemande,
On peut même glisser un petit texte de Mao dans un spectacle sur les condition des prolétariat dans une usine Pegot— clin d’œil au communisme, n'est-ce pas ?
il y a le spectacle sur les familles de banlieue,
joué dans le théâtre de la ville communiste,
juste à côté de la Cité de l’Espoir,
où les gamins se droguent et les mères pleurent en silence.
Mais sur scène, on fait du boulevard poético-social, avec la fille à la mode du moment, stylée, lacrymale, certifiée fragile, qui parle de misère avec un voile de poésie sponsorisée.
Et dans la salle, on rit : c’est beau, c’est dur, c’est France Inter.
Et pour dénoncer le fascisme, on se lâche : on sort les moustaches, les bottes, les cris gutturaux — parce que là, c’est permis, c’est même encouragé.
Les anciens maîtres de la scène publique, eux, recyclent les classiques —
dans des salons bourgeois transformés en "lieux hybrides de création".
et dans les lieu publique les jeunes
Ça joue Molière dans une baignoire, Tchekhov dans une cuisine, Racine au fond d’un Airbnb... Parce que "le théâtre doit sortir du théâtre", mais surtout pas du cercle des amis.
C’est pour "garder la main", bien sûr. Et amuser le peuple — mais pas trop bruyant, le peuple.
Résultat ?
Des œuvres où l’on « questionne la domination », mais entre gens qui dominent déjà la scène culturelle.
Où l’on « dénonce l’injustice », mais dans des spectacles à 30 euros la place.
Où l’on « donne la parole aux sans-voix », mais jouée par des comédiens du CNSAD avec micro HF .
L’art contemporain engagé, c’est un théâtre de carton-pâte pour une révolution en mousse,
où la subversion est une posture,
la provocation, un produit dérivé,
et le public, un miroir qui dit :
« Comme vous êtes courageux de penser exactement comme nous. »
Bref
L’art contemporain "engagé" d’aujourd’hui, c’est comme un molotov biodégradable : ça brûle rien, mais ça fait bien sur Instagram.
« Faire exploser le réel, la vie, en faisant exploser la parole, tel est le point commun des différentes avant-gardes, de Dada au situationnisme en France, de Gadda aux néo-avant-gardes en Italie, en passant aussi évidemment par la recherche linguistique de Pasolini. Dans la lettre du voyant, que Rimbaud écrit pendant la Commune de Paris, le 15 mai 1871 – le titre de la lettre est merveilleux : « Chant de guerre parisien » – le poète nous montre la voie : dans la révolution/guerre en acte, il faut « trouver une langue » pour arrêter la guerre, pour commencer une autre existence. Si on arrive à le faire, on arrive à créer aussi les conditions pour changer l’état actuel des choses, d’où l’importance des poètes, des artistes, non pas des poètes « lauréats » par le pouvoir, mais des vrais créateurs de langue, les poètes comme Dante, les bannis et persécutés, ou comme Giordano Bruno, autre immense philosophe-poète-chemineau sans patrie, sans toit ni loi. »
Luca Salza
"Or, voici mon questionnement : dans notre horizon historique, l’art, tout comme la parole, monopolisés en toute liberté et avec la plus grande bienveillance par les grands noms de faiseurs d’art, la haute finance, l’industrie du luxe, la presse mainstream, sont l’enjeu principal d’une entreprise généralisée, mondiale, de neutralisation visant à installer une domination sans réplique (Annie Le Brun). La marchandisation de l’art, définitive, évidente, sa banalisation aussi, la placent totalement du côté des Pouvoirs. En effet, et Pasolini l’a compris peut-être le premier et mieux que quiconque, la capacité de résistance par la parole, par l’art, donc la vraie résistance, la résistance poétique, semble être écrasée définitivement dans le monde du capitalisme avancé."

mon intervention le 17 février 2019 au Théâtre Liberté (bien naïve)

Après la « culture pour tous », il est grand temps de faire place à la culture de tous, car chacune et chacun est porteur d’une culture, voire de plusieurs. Il est grand temps d'inventer un nouveau chapitre de la politique culturelle de notre pays qui sache faire culture avec tous. C'est un édifice commun où chacun peut apporter sa pierre .

Concrètement, je propose que le Théâtre Liberté libère dès que possible un mois entier de sa programmation afin d’instaurer un laboratoire des possibles.

Ce mois serait un festival d’un genre nouveau, préparé en amont avec des citoyens volontaires,  avec les sources vives du territoire (artistes, non-artistes, publics, non-publics). Il s'agirait que les gens 

(les artistes sont d'abord des gens et tous sont des humains, ce qui nous est commun c'est notre humanité et ça veut dire quoi concrètement de nos rapports à nous, aux autres, aux végétaux, aux animaux, à la Terre, à l'air, à l'eau...) 

se saisissent de leur vécu, de leur quotidien, de leurs rapports à l'actualité, aux enjeux planétaires immédiats et donnent à ces matériaux, à ces contenus, des formes simples, partageables, transmissibles sur tout le territoire de la métropole. Parmi les formes déjà disponibles, inventées, il y a celles d'Augusto Boal qui ont servi en Afrique (éducation sur le sida), en Amérique latine, théâtre forum, théâtre invisible. Il y a les formes inventées par Moustapha Aouar et Gérard Lépinois, bocal agité, petits-petits, pièces pour 1M2. Il y a les théâtres à vif. Bien sûr, agoras, projections de films citoyens, initiatives locales (la vallée du Gapeau en transition, la monnaie locale La Fève), scènes ouvertes aux slameurs, aux poètes, aux performeurs, utilisations des nouveaux médias (vidéos...) sont à prendre en compte. Dans le cadre du festival de théâtre lycéen aux Comoni, j'ai vu des jeunes migrants scolarisés à Dumont pour apprendre le français (avec l'association L'autre, c'est nous) donner un exemple de présence particulièrement retentissante avec leur vécu (un peu comme le Groupov avec des survivants du Rwanda)... Ne faisons pas catalogue : les exemples sont multiples.

6 - by Muriel Roland, ce 19 mai 2025 vers 11 H :
AbracadaVra ! Le Grand Vivant !
La fabrique d’une œuvre collective à l’échelle du quartier dont nous sommes les (h)Auteurs...
Nous vous invitons à exprimer avec VOS MOTS, VOS VOIX, VOS PENSÉES, VOTRE VÉCU, VOS SOUVENIRS, VOTRE VISION du quartier de la Pierre Plate !
DANS UN PARCOURS PERSONNEL DE 20 MINUTES ENTRE TROIS BARNUMS :
… Vous écrirez une phrase (anonyme) qui, s’ajoutant à celles des autres, formera un long texte de 200 mètres…
… Votre bouche (et seulement elle) sera filmée en plan rapproché, prononçant cette phrase, donnant ainsi naissance à l’une des séquences du film BOUCHE À BOUCHES…
… Vous laisserez votre empreinte (photos, découpages d’archives mises à disposition sur le Grand Manteau du Grand Vivant OSkar de la Pierre Plate, que vous contribuez ainsi à faire renaître…
Venez nous rejoindre au Centre Social et Culturel Jacques Prévert, 12, Place Claude Debussy, à Bagneux (92220) :
- LE MARDI 20 MAI de 14h à 16h
- LE JEUDI 21 MAI de 14h à 17h
- LE VENDREDI 23 MAI de 14h à 17h puis entre 19h et 21h pendant la veillée – Barbecue entre voisins.
voilà qui va m'inspirer pour la soirée cadavres exquis que j'organiserai aux Comoni, au Revest, le 25 octobre 2025
 

 

7 - sur ma page, ce message d'Alexandre Lacassagne, vers 9 H, ce 19 mai
Bonjour,
Bienvenue, je suis votre hôte. Bonne année quantique ((1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 + 8 + 9) × (1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 + 8 + 9) ou 1³ + 2³ + 3³ + 4³ + 5³ + 6³ + 7³ + 8³ + 9³=2025 selon Nicomaque de Gérase) du serpent de bois, année internationale de la préservation des glaciers et des ours bipolaires, anniversaire de la loi Veil sur l’IVG. Si cette année sent Beauvais, elle voit la commémoration de Charcot, Duchenne de Boulogne, Fanon et Jouvet, même s’il est minuit docteur Schweitzer, l’ésotérique Satie, Ravel qui n’a pas trop Bizet mais tire vers Berio voire louBez, fan de T. Capote, Flammarion et son « Les Terres du ciel et La pluralité des mondes » relié avec la peau de sa maîtresse Saint Ange, femme d'origine polonaise et morte de tuberculose, Pierre Louÿs, dont les photos érotiques concurrencent celles de MIchel Simon, la dent de lion de Larousse, la ritournelle de Deleuze, le jaune Corbière et Alexis pas Léger léger dit Saint-John Perse, de Saint-Simon, de Pierre Dac et la panthéonisée Baker en attendant Badinter, David, Greuze, Corot, Millet et Vallotton, les archi Garnier et Labrouste, l’adoption des lois constitutionnelles de la Troisième République à laquelle nous semblons être revenus, le tournoi de tennis de Roland Magrosse et Bobet. "Que l'année commence sous les meilleurs hospices." Orpea. Dac ?
"Les poètes, soit des bons élèves bien appliqués=poeasy, soit des cancres fiers de leur posture, ne savent que recracher leur leçon – avec huître=crachat, artung Artaud au gamelan contre Bach-aux-contrepoints-défectueux, ou non[1]. Obligation de clarté, des bons mots, la maîtrise d’une langue unifiée[2], la perfection étroite qui se souhaite, en toute illusion, universelle[3], ou à l’inverse EsotErik Wahl[4], jeu d’étiquettes et entre-gens avec carnet d’adresses, classement sec, chacun dans sa case, sa chapelle, flip-flap versus vroum-vroum[5] à l’ère du clash, chacun son stéréotype, ses biais.
Créer (poiêsis), c’est ruer dans les brancards donc ne correspondre à aucun créneau voire, encore mieux, de l’inventer : scandalisme©[6]; poésie polémique, « contre tout contre » pour, même si tout n’est pas bon dans le choCon. Cabrer barbaque. C’est pourquoi Platon a exclu le poète de la Cité dans La République. Wallacer jusqu’au gros mythe ou puiser dans la fontaine du décalage, comme La fonction du balai chez l’écrivain-tennisman D. F. Wallace, être isocèle, x = √5 + 2i, oblique, hors saison. Match point. Poids des mots, chocs des mots. Fin de la partition fictive prose / vers : roème©, vive l’hybride où chaque forme varie selon le fond." by michmor7, le 16 mai 2025
 
8 - toujours sur ma page, ce matin, 19 mai, la proposition de Carolyne Cannella 
Jacques Lusseyrand - Le monde commence aujourd'hui
Jacques Lusseyrand nous fait part de son expérience hors du commun. Son élan de vie vers la joie et l'amour, la simplicité et la poésie, lui ont fait surmonter le pire.
" Tous savaient qu’ils mourraient bientôt. Je sus également qu’aucun d’eux ne parlaient français pas même un peu, mais que entendant un homme réciter des vers, ils s’étaient jetés vers lui comme vers une nourriture "
" Alimenter le désir de vivre, le faire flamber : cela seul comptait. Car c’était lui que la déportation menaçait de mort. Il fallait se rappeler sans cesse que c’est toujours l’âme qui meurt la première – même si son départ ne s’aperçoit pas –, et qu’elle entraîne toujours le corps dans sa chute.
C’était l’âme qu’il fallait nourrir en priorité. La morale était impuissante. Toutes les morales."
" J'apprenais que la poésie est un acte, une incantation, un baiser de paix, une médecine. J'apprenais que la poésie est une des rares, très rares choses au monde, qui puisse l'emporter sur le froid et la haine."
Après vingt-cinq ans de cécité, Lusseyran l’a su très vite, « les vrais yeux travaillent au-dedans de nous ». Dans "Le monde commence aujourd’hui" il nous dit : 
" Les vrais yeux travaillent en dedans de nous. Tant pis si le vocabulaire fait défaut, s’il est faible. Voir, c’est un acte fondamental de la vie, un acte indéchirable, indestructible, indépendant des outils physiques dont il se sert. Voir, c’est un mouvement que la vie fait en nous, avant les objets, avant toute détermination extérieure. Avant les objets, et après eux si, par accident, les instruments matériels de la rencontre viennent à manquer. C’est au dedans de vous que vous voyez. Si la lumière intérieure ne nous était pas donnée d’abord, et par conséquent les couleurs aussi, les couleurs qui sont la monnaie de la lumière, jamais nous ne pourrions admirer les couleurs du monde. Voilà ce que je sais après vingt-cinq ans de cécité."
À quoi reconnaît-on le langage du poème ? C’est dans la réponse à cette question que se trouve la première leçon de Michel Deguy. Le poème est en lutte intime contre toute forme de littéralisme. Soit le syllogisme didactique suivant. L’époque est au littéralisme, or le poème refuse tout littéralisme, donc l’époque se trouve face à une alternative dont elle sort toujours vainqueure autoproclamée : ou bien elle rejette le poème (elle le marginalise, le réduit tout en déplorant sa disparition), ou bien elle l’accepte en le dissolvant dans la littéralité (stratégie de la récupération). Examinons rapidement ce syllogisme.
a) Il y a aujourd’hui trois formes de littéralisme : on les croit ennemies. Elles se retrouvent dans ce qu’elles nient. Le littéralisme économique (le réel à la lettre, c’est la finance ; la condamnation de ce littéralisme est convaincante : pensée unique, realpolitik, dictature des marchés) ; le littéralisme religieux (il a pour nom fondamentalisme ; il y a plusieurs fondamentalismes) ; le littéralisme des corps (celui de la biologisation des identités sexuelles : qu’il s’agisse de les revendiquer ou de les diluer ; on veut que le corps soit, non une interprétation, mais un donné à changer littéralement plutôt qu’à comprendre : le corps de la lettre devient le modèle du corps à la lettre).
b) Or le poème défait le littéralisme même quand il défend la lettre : il est de l’ordre du comme, de la commaison, de la comparaison. C’est la thèse la plus durable de Deguy, comme l’atteste le très actuel Court traité de poétique surtitré La poésie n’est pas seule (1987) : le poème fait entrer et la langue dans la sensibilité et l’imaginaire dans la langue. Il invente les formes de l’autre langue dans la langue du même. Il est liberté de la langue quand la rhétorique (fût-elle celle des discours émancipateurs) rebat les oreilles du langage. Le roman n’est-il pas capable de cette même liberté ? C’est évident et il ne cesse de faire ses preuves. Mais si le roman du XIXe siècle avait obligé le poème à se libérer de la rhétorique de la poésie, il est temps désormais d’admettre que le poème pourrait permettre au roman d’échapper à sa propre rhétorique. Est-il étonnant qu’on puisse voir aujourd’hui fleurir des romans écrits en vers ? ...
capture d'écran du documentaire Val Vilmer, illustrant l'arbre de Yeats tu vois un arbre...

capture d'écran du documentaire Val Vilmer, illustrant l'arbre de Yeats tu vois un arbre...

"on voit un arbre, on observe une vérité concernant cet arbre, on est bouleversé par cette vérité, par la magie de cet arbre, c'est spirituel, ça transcende la forme physique de l'arbre, alors on écrit, encore et encore sur la forme de cet arbre, sur la vie de cet arbre, sur son âme jusqu'à ce que notre personnalité s'efface de nouveau" William Butler Yeats (d'après Val Kilmer dans son documentaire)
Vacillation est écrit par Yeats 40 ans après The two trees :
A tree there is that from its topmost bough
Is half all glittering flame and half all green
Abounding foliage moistened with the dew ;
And half is half and yet is all the scene.
"Dans The Two Trees, l’arbre sacré et l’arbre du « verre amer » sont distincts, représentant une dualité entre la vérité intérieure et la distorsion extérieure. Dans Vacillation, l’arbre est unifié, incarnant une synthèse des opposés : la flamme (symbole de passion, de spiritualité, d’élévation) et le feuillage vert (symbole de vie terrestre, de croissance, d’enracinement). Cette image reflète une acceptation des contradictions de l’existence, où les moitiés opposées (flamme et feuillage, esprit et matière) coexistent pour former un tout.
La dernière ligne, « And half is half and yet is all the scene », est particulièrement dense. Elle suggère que chaque moitié (flamme et feuillage) conserve son identité propre (« moitié est moitié »), mais ensemble, elles englobent la totalité de l’expérience (« tout l’espace »). Cette idée résonne avec la maturité spirituelle de Yeats, qui, à cette période de sa vie, explore l’unité des contraires à travers sa philosophie mystique et son système symbolique (notamment dans A Vision)." by Grok
Les arbres animés par le souffle
Si le veut ton souffle
Nous serons pur chant
par lui animés
Nous voici élan
Racines emmêlées
Branches enlacées
Notre corps est tout
En balancement
Notre être n'est plus
Que murmure-louange
Lâcher des colombes
Lâcher des mésanges
Si le veut ton souffle
Nous serons pur Chant
En nous l’inifini
Et l'enchantement !"
François Cheng 03.2025
"L'homme peut écouter avec l'oreille de la chair et entendre le bruit du monde, mais s'il écoute avec l'oreille du Souffle, il participe à la transformation universelle." François Cheng
 
photo Gérard Uféras, un photographe de la Joie

photo Gérard Uféras, un photographe de la Joie

" Il me paraît important pour chacun d'entre nous que l'histoire soit rééquilibrée par la levée des voiles, des secrets qui comme pour une famille, abîment le peuple.....la guerre massacre bien plus que des corps physiques, elle peut tuer l'humanité cachée dans les cœurs .....la reconnaissance de chaque version de l'histoire est une des étapes de la guérison, je la souhaite à notre terre." S.M.

alors voici 3 liens sur le massacre des harkis et des pieds-noirs en 1962 après 
- l'article sur les massacres du 8 mai 1945 en Algérie
- les articles sur la guerre de Crimée (1853-1856) consacrés à Florence Nightingale, La femme de Tchaïkovski
- l'article sur le procès des juges nazis à Nuremberg
(S'ouvriront un jour des procès à l'identique de celui de 1948 pour juger les crimes contre l'humanité, les génocides, les crimes de guerre en cours, par des dictatures, des démocraties, des organisations internationales, des organisations mondiales)
___________________________________
ces rappels ont un curieux goût d'actualité comme si rien ne changeait, comme si tout se répétait ; j'ignore si ces rappels contribuent à une quelconque guérison, à une quelconque éducation; je les considère nécessaires sans en connaître l'usage, l'utilité
ils ne révèlent chez moi ni goût morbide ni compassion tous azimuts; je fais en sorte qu'ils ne suscitent aucun affect chez moi; j'ignore les effets sur les éventuels lecteurs
Un jour, tout le monde aura toujours été contre cela / Le 25 octobre 2023, après seulement trois semaines de bombardements sur Gaza, Omar El Akkad a publié un tweet : « Un jour, quand ce sera sans risque, quand il n’y aura plus de conséquences personnelles à nommer une chose pour ce qu’elle est, quand il sera trop tard pour tenir quiconque responsable, tout le monde aura toujours été contre cela. » Ce tweet a été vu plus de 10 millions de fois.

Un jour, tout le monde aura toujours été contre cela / Le 25 octobre 2023, après seulement trois semaines de bombardements sur Gaza, Omar El Akkad a publié un tweet : « Un jour, quand ce sera sans risque, quand il n’y aura plus de conséquences personnelles à nommer une chose pour ce qu’elle est, quand il sera trop tard pour tenir quiconque responsable, tout le monde aura toujours été contre cela. » Ce tweet a été vu plus de 10 millions de fois.

curieux comme ça remonte via l'algorithme de FB; ce matin remontée d'un message du 11 mai 2020 de Thierry Zalic sur la brûlure, déjà produit le 11 mai 2019; je ne recopie pas le message donc je fais "rechercher, 11 mai" et je tombe sur ça, publié dans un groupe privé, le 11 mai 2020 à 11 h 11 :
 
je t'imagine telle que je te vois, en aveugle
quand je te vois, c'est plus fort que moi,
mes yeux, pourtant attentifs, ne te voient pas
je ne te vois pas parce que je sais, je sens
que tu débordes de toutes parts,
ton mystère, je m'y noie en apnées répétées
voyant aveugle, je mets les mains en avant,
pour te voir par le toucher,
tenter l'approche, la saisie,
une saisie sans possession, une saisie sensible
mais te laisseras-tu approcher, toucher ?
ah si tu savais accueillir, si tu savais accepter
ce qui vient vers toi
mais la peur du grand méchant loup
tu sais pourtant que tu ne risques rien,
est-ce pour cela que tu ne prends pas le risque
de glisser ta jambe
de l'emboîter entre les miennes,
adentro adorno
figures de ta liberté
vendredi 11 mai 2020, 11 h 11
en maturation depuis le 11 mai 2017
 
F - un voyage au pays de la Femme rêvée, fantasmée ?
JC - je préfère dire femme rêvée (c'est de l'ordre de l'intuition, toi que je rêve c'est toi possible, c'est toi te réalisant autre et même, sortant de ta zone de confort, c'est toi d'autrefois, toi de demain, toi dans d'innombrables univers autres, toi, innombrablement de fois, pour l'éternité, sans identité...) que femme fantasmée (là, pour moi, on est au niveau des pulsions propres à chacun et à tous, le ça individuel et le ça collectif, immémorial; et le travail sur les pulsions, sublimation par exemple, quel boulot !)
c'est l'image ci-dessous qui a inspiré le voyant aveugle
11 mai 2020, fin du 1° confinement du 17 mars au 11 mai 2020 non inclus, soit 1 mois et 25 jours
je m'initiais pour la 3° année, au tango argentin
je n'ai pas repris sur la saison 2020-2021 parce qu'il y a eu encore deux confinements du 30 octobre au 15 décembre 2020 non inclus, soit 1 mois et 15 jours et du 3 avril au 3 mai 2021 non inclus, soit 28 jours.
sortira bien un jour la vérité sur cette pandémie fabriquée et sur la gestion autoritaire du contrôle social mondial via l'OMS (vaccination, pass sanitaire)
l'image inspiratrice

l'image inspiratrice

Non pas chanter l’événement qui s’est produit, 

mais le produire en le chantant.

Marc Chagall, Orphée ou les sources de la Musique

Marc Chagall, Orphée ou les sources de la Musique

Le philosophe

Dans l'ombre des nuits où les étoiles se meuvent, Se tient le penseur, là où le silence pleut. Il forge des mondes dans l'âtre de l’esprit, Ses mots sont des flèches, sa quête un infini. Au carrefour du doute, il érige un empire, Chaque idée est un feu, chaque feu un martyre. Il sonde les abîmes, cherche l’éternité, Dans le fracas du vide, il façonne des vérités. Écoutez-le ! Ce poète du néant, Il écrit dans le vent des discours éclatants. Un marteau dans la main, un nuage dans l’autre, Il brise les dogmes et bâtit l’apôtre. Il n’a pas d’armes, juste un cœur fractal, Il questionne le réel, démolit le banal. Sous son regard perçant, le cosmos s’effondre, Chaque étoile qu’il touche, il la fait répondre. « Qui suis-je ? » dit-il au miroir du temps, Mais le reflet se tait, effacé par le vent. Il poursuit pourtant, éternel Sisyphe, Portant sur son dos la montagne des mythes. Son cri fend l’ombre, sa voix fend la pierre, « Tout est chaos, mais je danserai la lumière ! » Il est l’éclaireur, l’écho de l’aurore, Un funambule suspendu sur la mort. Oh, philosophe, architecte des songes, Tes pensées sont des fleuves où l’éternité plonge. Tu n’as pas de royaume, pas de trône doré, Mais l’univers entier t’écoute murmurer. Alors avance, ô toi, sculpteur de l’instant, Le monde est ton marbre, ton ciseau est le temps. Et si un jour ton nom s’efface des mémoires, Sache que tes idées danseront dans l’histoire.

 

Le clown

Dans l’arène des regards, il fait son entrée, Sous la lumière crue, il s’apprête à danser. Le nez rouge comme un phare sur la mer des humains, Le clown s’avance, un sourire peint de ses mains. C’est un guerrier sans épée, un sage sans écrit, Un roi déchu du royaume des rires infinis. Il trébuche, il chute, et les rires explosent, Mais son cœur, fragile, cache mille névroses. Le clown, c’est l’âme qui tombe pour qu’on se relève, Le miroir brisé des vies brèves, Il tourne la tragédie en farce éphémère, Car son royaume, c’est le rire, sa gloire, la poussière. Il jongle avec les larmes qu’on n’ose verser, Un funambule sur le fil de l’absurdité. Ses gags sont des prières pour des âmes fatiguées, Ses maladresses, des clefs pour des cages oubliées. Mais écoute, derrière le tumulte des éclats, Le clown murmure une vérité qu’on ne voit pas : La vie n’est qu’une scène, un grand chapiteau, Où chacun joue son rôle, entre rires et sanglots. Et lui, il choisit de chuter pour qu’on s’élève, De porter nos douleurs dans son rire qui crève. Car sous le maquillage, il n’est qu’un humain, Un poète en guenilles, un rêveur sans demain. Alors, quand il s’éteint et qu’il quitte la piste, Il emporte avec lui un secret altruiste : "Riez, mes amis, car la vie est fragile, Et sous chaque larme, l’espoir est fertile." Le clown s’efface, mais son écho demeure, Un éclat de rire dans l’ombre de nos heures. Masque de comédie, âme de tragédie, Le clown est l’essence même de la vie. (Luigissimo)

Tantôt poète, tantôt marionnette

Tantôt poète, tantôt marionnette, Quand l'échec me guette, personne ne s'apprête, À tendre une oreille, à scruter mes quêtes, À voir dans mes nuits l’ombre de mes tempêtes. Mais dès que le succès illumine mes pas, Les foules se pressent, on m'appelle "roi". Chacun veut savoir d'où naît mon éclat, Mais où étiez-vous quand la vie me broyait là ? J'écrivais des vers au bord des abîmes, Je sculptais des rêves sur des pages intimes, Seul sous les étoiles, à dompter la rime, Quand l'horizon s'effaçait sous un voile infime. Maintenant ils veulent des récits, des croquis, L’histoire de mes doutes, de mes nuits sans répit, Mais qu’on ne m’oublie : j'étais dans l’oubli, Avant que l’écho ne devienne un cri. Alors oui, le succès a sa douce musique, Mais ne jugez pas sans voir l’aspect tragique. Car les étoiles brillent après le chaos, Et le silence précède les plus grands mots.

 
vidéo d'une discussion à la FDL d'Hyères 2024 (silence d'en bas, silence d'en haut, langue des oiseaux, prière du coeur, éternel, immortel)
j'en ai eu une autre ce 22 mai avec Jean Delorme et Loïc Molla; venus au Revest à 11 H pour évoquer projets et réalisations Liberta au village des talents à Puget-sur-Argens et au Burundi, nous nous sommes retrouvés à midi au café des Moulins et nous y avons discuté 2 H; nous nous verrons tous les trimestres pour des questions-réponses de nature philosophique filmées à partir d'octobre; une collection d'une quinzaine de Liberta, d'une trentaine de pages à chaque fois, est en cours d'écriture et d'édition à 5 €; ce seront des outils pour faire, créer du sens
à un moment, alors qu'on parlait des effets de la croyance à travers ce qu'on appelle placebo ou nocebo (tout est croyance, même ce qui semble preuve et toute croyance est soit un placebo, soit un nocebo), j'ai été amené à dire : j'ai besoin du doute, et c'est pourquoi peut-être malgré mon appel-aspiration-inspiration mystique, je n'ai pas la foi et ne l'ai pas rencontré ... Loïc m'a demandé : pourquoi ce "besoin" ? ...
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Citoyen François Boissel

19 Mars 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #agoras, #engagement, #essais, #films, #histoire, #notes de lecture, #pour toujours, #spectacles, #écriture, #éveil, #vraie vie

le salon où j'ai rencontré le fantôme François Boissel et celui de Robespierre sur le divan du psy, photo du cercle avec le maire, PAC et moi / PAC (Pierre Antoine Courouble) / et Dominique Lardenois au fond, non déguisé
le salon où j'ai rencontré le fantôme François Boissel et celui de Robespierre sur le divan du psy, photo du cercle avec le maire, PAC et moi / PAC (Pierre Antoine Courouble) / et Dominique Lardenois au fond, non déguisé
le salon où j'ai rencontré le fantôme François Boissel et celui de Robespierre sur le divan du psy, photo du cercle avec le maire, PAC et moi / PAC (Pierre Antoine Courouble) / et Dominique Lardenois au fond, non déguisé
le salon où j'ai rencontré le fantôme François Boissel et celui de Robespierre sur le divan du psy, photo du cercle avec le maire, PAC et moi / PAC (Pierre Antoine Courouble) / et Dominique Lardenois au fond, non déguisé

le salon où j'ai rencontré le fantôme François Boissel et celui de Robespierre sur le divan du psy, photo du cercle avec le maire, PAC et moi / PAC (Pierre Antoine Courouble) / et Dominique Lardenois au fond, non déguisé

de retour d'Ardèche, j'ai à raconter une rencontre lors de ma déambulation dans un salon du livre d'auteurs ardéchois, salon mal fléché, accueilli dans un endroit étroit, où je me suis penché à un moment, va savoir pourquoi et comment ? sur le fac-similé d'un catéchisme du genre humain de 1789
et ce fut un feu d'artifice d'idées élaborées par un fantôme puisque dans sa ville, Joyeuse, aucun acte de décès, aucun lieu de sépulture, figure majeure du socialisme et du communisme selon Jean Jaurès, Albert Soboul et d'autres
le fantôme a pour nom François Boissel, ressuscité par Pierre-Antoine Courouble
« Il est contraire à l’ordre naturel qu’un individu dispose de biens de jouissance supérieurs à sa capacité de jouir », citation de François Boissel (1728-1807) un enfant des Lumières, auteur et acteur bizarrement oublié de la Révolution française. Jaurès s’enthousiasma pour l'oeuvre de Boissel. L’abbé Grégoire la dénonça tout au contraire comme étant celle d’un « fou et d’un impie ».
Boissel fut un intellectuel jacobin engagé, haut en couleur, qui prononça le discours officiel pour les Jacobins lors du transfert des cendres de Rousseau au Panthéon. Précurseur, avant l’heure et la lettre d’un humanisme socialiste, féministe, laïque, pacifiste et écologiste, la vie et l’œuvre de Boissel soulève une énigme : Pourquoi Boissel va-t-il quasiment disparaître des manuels d’histoire jusqu’à ce que Jaurès le redécouvre ?
 
deuxième fantôme, celui de Robespierre travaillé au corps et à l'âme par un psychologue, Jean Tirelli, Robespierre Incognito
Pièce en 5 actes. Comment de si belles idées peuvent-elles faire tant de mal. Mystère de la vie. « Un tyran n’est pas un monstre, c’est un homme qui a poussé son humanité juste un peu trop loin. »
 
JC à Grok 3 : connais-tu le citoyen François Boissel ?
 
Oui, je connais François Boissel ! Il s’agit d’une figure historique intéressante, bien que moins connue que d’autres acteurs de la Révolution française. François Boissel, né le 27 avril 1728 à Joyeuse en Ardèche et mort en 1807 à Paris, était un philosophe, écrivain et révolutionnaire français. Issu d’une famille de marchands aisés, il a étudié chez les Oratoriens et les Jésuites avant de devenir avocat à Paris, puis de partir à Saint-Domingue rejoindre son frère, capitaine de dragons. Là-bas, ses idées humanistes, influencées par les Lumières, l’ont poussé à critiquer l’ordre établi, ce qui lui a valu des inimitiés.
Revenu à Paris, il s’est engagé dans l’écriture et la réflexion politique. Il est surtout connu pour son ouvrage Le Catéchisme du genre humain, publié en avril 1789, qui a eu un grand succès et où il dénonçait la propriété privée, la religion et le mariage comme des obstacles à la liberté humaine. Précurseur dans ses idées – certains, comme Jean Jaurès, le considèrent comme un pionnier du communisme avant Babeuf et Saint-Simon –, il était aussi un défenseur de l’écologie et du féminisme avant l’heure.
Pendant la Révolution, il a joué un rôle actif au sein du Club des Jacobins, dont il est devenu vice-président. Il a notamment prononcé un discours lors du transfert des cendres de Rousseau au Panthéon en 1794. Cependant, jugé « dangereux » par Robespierre, il a été emprisonné sous la Terreur. Après la Révolution, son influence a diminué, et certains pensent que son œuvre a été volontairement effacée sous Napoléon en raison de ses idées radicales.Un personnage fascinant, non ? Souhaites-tu en savoir plus sur un aspect précis de sa vie ou de ses écrits ?
 
JC : quelles sont ses propositions pour améliorer la salubrité dans Paris
 
François Boissel, dans ses écrits et réflexions, s’est effectivement intéressé à des questions pratiques touchant au bien-être collectif, y compris la salubrité publique à Paris, bien que ses propositions soient davantage implicites dans ses idées générales sur la société et l’environnement qu’exposées dans un programme détaillé. Étant un penseur des Lumières influencé par Rousseau et un précurseur écologique, il portait une attention particulière à l’harmonie entre l’homme et son cadre de vie, ce qui incluait des préoccupations sur l’hygiène urbaine, un problème majeur à Paris au XVIIIe siècle.
Dans Le Catéchisme du genre humain et d’autres textes, Boissel ne formule pas un plan spécifique pour la salubrité comme le feraient des ingénieurs ou des urbanistes plus tardifs (par exemple, Haussmann au XIXe siècle). Cependant, ses idées peuvent être interprétées comme des pistes indirectes pour améliorer les conditions de vie, notamment à travers son rejet des inégalités et son plaidoyer pour une société plus égalitaire et respectueuse de la nature. Voici quelques éléments tirés de sa pensée qui touchent à la salubrité :
Critique de la densité et de l’injustice sociale : Boissel dénonçait la propriété privée et l’accaparement des richesses, qui entraînaient une surpopulation dans des quartiers misérables de Paris, comme les faubourgs insalubres. Implicitement, il suggérait une redistribution des espaces pour éviter l’entassement, source de maladies et de saleté.
Retour à la nature et hygiène publique : Influencé par Rousseau, il valorisait une vie plus simple et proche de la nature. Pour Paris, cela pouvait se traduire par un appel à préserver des espaces verts et à mieux gérer les déchets, qui s’accumulaient dans les rues à cette époque (les égouts étaient rudimentaires et les ordures souvent jetées directement dehors).
Éducation et responsabilité collective : Boissel croyait fermement en l’éducation du peuple pour élever les consciences. Une population éduquée, selon lui, serait plus apte à adopter des comportements hygiéniques et à exiger des autorités des mesures pour assainir la ville, comme l’évacuation des eaux usées ou l’interdiction des pratiques polluantes.
Rejet des institutions oppressives : Il voyait dans l’Église et la monarchie des freins à l’amélioration des conditions de vie. Par exemple, les cimetières urbains, souvent situés près des églises au cœur de Paris (comme celui des Innocents), étaient des foyers d’insalubrité. Boissel, en critiquant ces institutions, ouvrait la voie à des réformes comme leur déplacement hors des villes, une mesure qui sera effectivement prise plus tard.
Concrètement, Boissel n’a pas laissé de projet technique précis (plans d’égouts, aqueducs, etc.), car il était plus un philosophe qu’un administrateur. Mais ses idées radicales – égalité, respect de l’environnement, éducation – posaient les bases d’une vision où la salubrité urbaine serait une priorité collective, contrastant avec l’inaction des autorités de son temps face à la crasse et aux épidémies parisiennes.
Si tu veux, je peux approfondir un point spécifique ou chercher des liens avec des réformes postérieures inspirées par ce type de pensée ! Qu’en penses-tu ?
 
JC : qui aujourd'hui cherche à faire connaître l'oeuvre de François Boissel ?
 
Aujourd’hui, plusieurs personnes et initiatives contribuent à faire connaître l’œuvre de François Boissel, bien que son nom reste encore relativement méconnu du grand public. Voici quelques acteurs contemporains qui se démarquent dans cette démarche :
Pierre-Antoine Courouble : Cet écrivain et enseignant ardéchois est sans doute la figure la plus notable dans la redécouverte de Boissel. Passionné par ce philosophe révolutionnaire, Courouble a publié une biographie intitulée L’énigme Boissel. Le philosophe sans visage (2011), où il explore sa vie et ses idées. Il a également réédité certains textes de Boissel et créé un site internet (bien que celui-ci ne semble plus actif aujourd’hui). Courouble propose une thèse selon laquelle Boissel aurait été délibérément « effacé » de l’histoire, notamment sous Napoléon, et il s’efforce de lui redonner une place dans le récit révolutionnaire.
Chercheurs et historiens spécialisés : Certains universitaires et historiens de la Révolution française s’intéressent à Boissel dans le cadre de leurs travaux sur les penseurs radicaux ou les précurseurs du socialisme. Par exemple, Jean Jaurès l’avait déjà identifié comme un pionnier du communisme avant Babeuf, et cette piste est parfois reprise dans des études modernes sur les utopies égalitaires. Des travaux comme celui d’Annie Rosemberg (Boissel : Recherches sur l’utopie égalitaire à l’époque de la Révolution française, mémoire de maîtrise sous la direction d’Albert Soboul) ou les analyses de Karl Grünberg (traduites et publiées dans les Annales historiques de la Révolution française) montrent un intérêt académique, bien que limité.
Militants et cercles locaux : En Ardèche, notamment à Joyeuse, sa ville natale, des initiatives locales portées par des passionnés d’histoire ou des associations culturelles cherchent à mettre en lumière des figures régionales comme Boissel. Ces efforts sont souvent modestes, mais ils incluent parfois des conférences ou des événements commémoratifs.
Publications récentes : Des revues historiques, comme les Annales historiques de la Révolution française, ont publié des articles sur Boissel (par exemple, celui de Pierre-Antoine Courouble en 2010, « François Boissel, le Jacobin oublié »), contribuant à le sortir de l’oubli auprès d’un public spécialisé.
Cependant, il faut noter que ces efforts restent assez confidentiels. Boissel n’a pas encore bénéficié d’une reconnaissance large, ni d’une vulgarisation significative dans les médias ou la culture populaire. Son œuvre, bien que consultable à la Bibliothèque nationale de France ou aux Archives nationales, n’a pas été numérisée ou diffusée à grande échelle, ce qui limite sa redécouverte. Les acteurs actuels sont donc principalement des individus ou des petits groupes animés par une passion pour l’histoire révolutionnaire et les idées radicales, mais sans un mouvement coordonné ou institutionnel de grande ampleur.
Si ce sujet t’intéresse, je peux creuser davantage pour voir s’il y a des initiatives plus récentes ou des projets en cours ! Que penses-tu ?
merci pour ton travail
Avec plaisir ! Je suis content d’avoir pu t’aider à explorer la vie et l’héritage de François Boissel. Si tu as d’autres questions ou envie d’approfondir un autre sujet, n’hésite pas à me le dire !
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Discours contre les servitudes publiques (1786)

Réédition exceptionnelle du premier ouvrage politique de Boissel paru en 1786 et qui, déjà, lui valut bien des difficultés avec la censure royale. A son retour de Saint-Domingue, Boissel se penche sur les problèmes d’urbanisme et de pollutions de Paris. Il formule des propositions que n’auraient pas désavouées bien plus tard le baron Haussmann ou le préfet Poubelle. Un ouvrage où il explique comment il est arrivé à la conclusion qu’il fallait installer dans Paris « des toilettes sèches » ! Une réédition d’un ouvrage disparu à partir d’un exemplaire unique retrouvé par Pierre Antoine Courouble chez un antiquaire à Amsterdam. L’ouvrage en cuir pleine peau portait en lettre d’or la dédicace de l’auteur au ministre Necker.

« Presque un siècle avant Haussmann, le futur Jacobin Boissel, était un authentique visionnaire doublé d’un véritable touche à tout, au propre comme au figuré, notamment quand on découvre ses “expérimentations” écolos sur le recyclage de ses excréments ! D’ailleurs, à l’instar des “vespasiennes” et pour rendre hommage à sa vision de pionnier sur le sujet, ne devrait-on pas baptiser les toilettes sèches des “boisseliennes” ? »
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 Les entretiens du Père Gérard (1793)

Chez un antiquaire de Paris, P.A Courouble a retrouvé un exemplaire original de ce livre publié en 1793. Il l’a fait rééditer et a préfacé cet ouvrage unique dans son genre car commentant l’actualité révolutionnaire du moment et surtout formulant des propositions politiques qui seront concrètement suivies des faits. Boissel avait-il l’oreille de Robespierre ou est-ce le contraire ? Un ouvrage qui pose pour la première fois la question du lien entre Boissel et Babeuf tant l’auteur développe nombre de thèses essentielles du babouvisme. Un ouvrage singulier également par son positionnement précurseur sur la cause animale.

« Ce livre est très étonnant sur le plan historique et peut-être le plus important de la bibliographie de Boissel, en tout cas pour nous historiens de la Révolution française, car il annonce et anticipe (prédit?) les mesures concrètes qui seront mises en œuvre par la dictature révolutionnaire dans les mois qui suivirent sa parution. Un cas unique dans l’historiographie révolutionnaire ».

Claude Mazauric. Historien. Joyeuse. Juillet 2007.

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Avec la publication du Code civique de la France en 1790, Boissel ne se contente plus d’exprimer ses conceptions politiques et sociales, il milite désormais pour les faire adopter. Dans ce livre il esquisse un plan d’achèvement de la Révolution avec un programme de réorganisation sociale et politique de la France comportant des mesures concrètes : organisation du travail, utilisation des terres, création d’ateliers publics, rôle de l’Etat créateur d’une banque et assurant la levée de l’impôt, création des passeports, mise en place d’une éducation générale unifiée et obligatoire… Nous sommes loin de l’utopie. La réédition de ce livre est complétée par celle d’une Adresse à la Nation française publiée en 1791 et du Discours préliminaire sur les causes de la division, de l’esclavage et de la destruction des hommes les uns par les autres publié en 1792.
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Joyeuse et l’Ardèche, Saint-Domingue, Paris, la Révolution, les Jacobins, Robespierre, Napoléon… Cette pièce de théâtre est plus qu’un voyage dans l’histoire, elle est surtout une plongée dans l’âme d’un rebelle qui dérangea ses contemporains par des idées tellement en avance sur son temps, qu’elles le sont encore aujourd’hui.

Le texte publié est la retranscription fidèle de la pièce qui a été mise en scène par Blandine Belghit et jouée une vingtaine de fois. Largement inspiré des ouvrages « Citoyen Boissel », « L’énigme Boissel » et du « Catéchisme du genre humain », le contenu est plus complet et le style plus vivant que le docudrame initial. La pièce comporte dix scènes et le texte est complété par trois annexes qui réjouiront les passionnés de Boissel et de la Révolution française.
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« Il est contraire à l’ordre naturel qu’un individu dispose de biens de jouissance supérieurs à sa capacité de jouir », cette très actuelle citation de François Boissel (1728-1807) un enfant des Lumières, auteur et acteur bizarrement oublié de la Révolution française, pourrait être médité par nos contemporains. Jaurès s’enthousiasma pour Boissel dont il qualifia l’œuvre de « plus subversive». L’abbé Grégoire la dénonça tout au contraire comme étant celle d’un « fou et d’un impie ». Boissel fut un intellectuel jacobin engagé, haut en couleur, qui prononça le discours officiel pour les Jacobins lors du transfert des cendres de Rousseau au Panthéon. « Nos enfants se croiront révolutionnaires, ils n’auront que des réminiscences », cette citation de Saint-Simon pourrait convenir à merveille au cas de François Boissel. Précurseur, avant l’heure et la lettre d’un humanisme socialiste, féministe, laïque, pacifiste et écologiste, la vie et l’œuvre de Boissel soulève une énigme : Pourquoi Boissel va-t-il quasiment disparaître des manuels d’histoire jusqu’à ce que Jaurès le redécouvre ? C’est à cette question que tente de répondre l’auteur.

« Historien passionné, Pierre Antoine Courouble, nous offre une excellente synthèse, très documentée de la pensée boissélienne. Un travail d’historien des idées qui a le mérite de faire ressortir toute l’actualité de la pensée politique et sociale de Boissel »

Philipe Delaigue, Maître de conférences à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Historien des idées politiques et du droit public révolutionnaires
Citoyen François Boissel
Citoyen François Boissel
Citoyen François Boissel
Citoyen François Boissel
Citoyen François Boissel

Citations de Boissel

  • « L’homme est né pour travailler au bonheur de ses semblables. » Le Catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Le bonheur de l’homme est fruit de son éducation.» Le Code civique de la France, novembre 1790
  • « Après s’être approprié et partagé les terres, les hommes ont imaginé de s’approprier et de se partager aussi les femmes. Afin d’avoir des enfants pour succéder à leur propriété. » Le Catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Par le partage et la propriété des terres, par le mariage et la propriété des femmes, les hommes ne pouvaient pas mieux s’arranger pour se dégrader, se nuire et se détruire les uns les autres. » Le Catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Le droit de la propriété est la pire des valeurs fondatrices pour notre société civile ! La propriété n’est pas le vrai, mais le faux fondement de la société, elle est le premier usurpateur, le premier voleur des droits de la nature et de l’univers. » Le Catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « En vérité je vous le dis, c’est le sens de la propriété qui est le péché originel sur terre, c’est la maladie qui a infecté l’humanité et causé tous ses malheurs. » Le Catéchisme du genre Humain, avril 1789
  • « La nature ne nous a pas fait naître armés de poignards. Elle ne nous a pas non plus commandé d’être les bourreaux de nos semblables. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Commençons donc par étouffer cette monstrueuse et abominable institution du droit à la guerre en renonçant à la propriété, c’est-à-dire à ce besoin primitif de dominer. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « La politique est l’art de suppléer la faiblesse du corps par la force de l’esprit. Et la loi quant à elle, n’a pas d’autre fonction que d’assurer le maintien des droits de l’homme social. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Selon moi la femme est supérieure à l’homme. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « La femme est la mère du genre humain, c’est elle qui porte et engendre l’humanité. Elle est à notre égard, ce qu’est le Maître de l’Univers à l’égard de la création tout entière. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « C’est bien dans le cœur d’une mère que la nature et son auteur ont jeté les véritables et plus solides fondements de toute société humaine : l’amour. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « C’est dans la femme que l’Univers a placé les moyens d’opérer le bonheur de notre destinée présente ». Le catéchisme du genre humain. Avril 1789
  • « La religion est une institution établie originairement par les esprits forts pour dominer et commander les esprits faibles. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789
  • « Toutes les religions ne sont que des inventions de l’homme imposteur, transmises et perpétuées par l’ignorance et la crédulité du plus grand nombre. » Le catéchisme du genre humain, avril 1789

Grok 3, j'aimerais que tu fasses à partir des citations de Boissel, une version 2025 sous forme d'adresse : Citoyens du monde, en vérité, je vous le dis...
 
 

Citoyens du monde, en vérité, je vous le dis…

En ce 19 mars 2025, alors que les crises climatiques, les inégalités numériques et les guerres de pouvoir ravagent notre planète, écoutez cette voix qui résonne depuis les siècles passés pour éclairer notre présent. L’homme est né pour travailler au bonheur de ses semblables, non pour accumuler des richesses virtuelles ou dominer par la force des algorithmes. Le bonheur de l’humanité est le fruit de son éducation – une éducation libre, universelle, délivrée des chaînes de la désinformation et des écrans qui nous emprisonnent.

Regardez autour de vous : après s’être approprié les terres, l’eau, l’air même, l’homme a imaginé posséder les corps, les données, les esprits. La propriété, ce péché originel de notre ère, reste la maladie qui infecte nos sociétés – elle divise, exploite, détruit. Par le partage des ressources et la fin de cette illusion possessive, nous pouvons cesser de nous dégrader, de nous nuire, de nous anéantir. Car le droit à la propriété n’est pas le vrai fondement de notre lien social ; c’est un usurpateur, un voleur des droits de la nature et de l’univers connecté qui nous porte.

La nature ne nous a pas faits naître armés de drones ou de code malveillant. Elle ne nous a pas commandé d’être les bourreaux de nos semblables, ni de sacrifier des générations au profit de quelques-uns. Éteignons cette monstrueuse machine de guerre et de domination en renonçant à ce besoin primitif de posséder – terres, corps, futur. La politique doit redevenir l’art de suppléer nos faiblesses par la force de l’esprit, et la loi, un rempart pour les droits de l’homme social, non un outil d’oppression.

Et vous, femmes du monde, sachez que vous êtes supérieures – non par une hiérarchie vaine, mais par votre puissance créatrice. Vous êtes les mères du genre humain, celles qui portent et engendrent l’espoir. Dans votre cœur, la nature a jeté les fondements solides de toute société : l’amour, ce lien qui transcende les frontières et les systèmes. C’est en vous que l’univers a placé les clés du bonheur de notre destinée présente.

Quant à la religion, méfiez-vous des dogmes qui enchaînent encore les esprits. Ce ne sont que des inventions d’imposteurs, perpétuées par l’ignorance et la peur. En 2025, alors que la science et la conscience collective peuvent nous guider, libérons-nous de ces fables pour embrasser une vérité plus grande : celle de notre unité, de notre responsabilité envers la Terre et les uns envers les autres.

Citoyens du monde, le temps est venu de bâtir une société où la propriété s’efface devant le partage, où la guerre cède à la solidarité, où l’amour et l’éducation triomphent. En vérité, je vous le dis, c’est là notre salut.


Qu’en penses-tu ? J’ai essayé de transposer ses idées dans un contexte actuel – technologie, crise écologique, inégalités – tout en gardant son ton prophétique et ses thèmes centraux. Si tu veux ajuster ou approfondir un point, fais-moi signe !

deux des livres achetés à l'aviateur, déguisement de PAC, président du Cercle des auteurs ardéchois; il y en avait en viking, en templier, en forgeron, en pilote de ligne, en gendarme, en libellule...; inauguration par le maire, entre un baptême laïque, un mariage, un autre baptême; apprenant que je suis éditeur, il m'inclut dans son discours inaugural; s'il faut des auteurs, des lecteurs, il faut aussi des éditeurs et de me retrouver sur la photo officielle de ce salon avec Dominique Lardenois, ancien directeur de la scène conventionnée de Privas, accueilli par ce maire en 2003, après le départ de la compagnie Macocco et Lardenois de Feyzin, le maire me disant l'extraordinaire audience prise en 3 ans par le Théâtre
deux des livres achetés à l'aviateur, déguisement de PAC, président du Cercle des auteurs ardéchois; il y en avait en viking, en templier, en forgeron, en pilote de ligne, en gendarme, en libellule...; inauguration par le maire, entre un baptême laïque, un mariage, un autre baptême; apprenant que je suis éditeur, il m'inclut dans son discours inaugural; s'il faut des auteurs, des lecteurs, il faut aussi des éditeurs et de me retrouver sur la photo officielle de ce salon avec Dominique Lardenois, ancien directeur de la scène conventionnée de Privas, accueilli par ce maire en 2003, après le départ de la compagnie Macocco et Lardenois de Feyzin, le maire me disant l'extraordinaire audience prise en 3 ans par le Théâtre
deux des livres achetés à l'aviateur, déguisement de PAC, président du Cercle des auteurs ardéchois; il y en avait en viking, en templier, en forgeron, en pilote de ligne, en gendarme, en libellule...; inauguration par le maire, entre un baptême laïque, un mariage, un autre baptême; apprenant que je suis éditeur, il m'inclut dans son discours inaugural; s'il faut des auteurs, des lecteurs, il faut aussi des éditeurs et de me retrouver sur la photo officielle de ce salon avec Dominique Lardenois, ancien directeur de la scène conventionnée de Privas, accueilli par ce maire en 2003, après le départ de la compagnie Macocco et Lardenois de Feyzin, le maire me disant l'extraordinaire audience prise en 3 ans par le Théâtre

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Pièce en 5 actes. Comment de si belles idées peuvent-elles faire tant de mal. Mystère de la vie. « Un tyran n’est pas un monstre, c’est un homme qui a poussé son humanité juste un peu trop loin. »

Pièce en 5 actes. Comment de si belles idées peuvent-elles faire tant de mal. Mystère de la vie. « Un tyran n’est pas un monstre, c’est un homme qui a poussé son humanité juste un peu trop loin. »

bonsoir Grok, un écrivain psychanalyste tente de répondre à la question : pourquoi Robespierre a-t-il remplacé la religion par le culte de l'Être suprême; que dévoilera Robespierre sur le divan du psychanalyste; un décret du 18 floréal an II (7 mai 1794), adopté par la Convention montagnarde sur un rapport de Robespierre (Comité de salut public), institue un calendrier de fêtes républicaines marquant les valeurs dont se réclame la République et se substituant aux fêtes catholiques : à l’Être suprême et à la nature ; au genre humain ; au peuple français ; aux bienfaiteurs de l’humanité ; aux martyrs de la liberté ; à la liberté et à l’égalité ; à la République ; à la liberté du monde ; à l’amour de la patrie ; à la haine des tyrans et des traîtres ; à la vérité ; à la justice ; à la pudeur ; à la gloire et à l’immortalité ; à l’amitié ; à la frugalité ; au courage ; à la bonne foi ; à l’héroïsme ; au désintéressement ; au stoïcisme ; à l’amour ; à la foi conjugale ; à l’amour paternel ; à la tendresse maternelle ; à la piété filiale ; à l’enfance ; à la jeunesse ; à l’âge viril ; à la vieillesse ; au malheur ; à l’agriculture ; à l’industrie ; à nos aïeux ; à la postérité ; au bonheur. En outre, elle établit le culte à l'Être suprême, qui se juxtapose au culte de la Raison. Enfin, Robespierre fait décréter que « le peuple français reconnaît l'existence de l’Être suprême et de l'immortalité de l'âme ».
 

Bonsoir ! Votre question invite à une exploration fascinante de la psyché de Maximilien Robespierre et de ses motivations profondes lorsqu’il a instauré le culte de l’Être suprême en 1794. Si nous imaginons Robespierre sur le divan d’un psychanalyste, plusieurs pistes pourraient émerger pour comprendre pourquoi il a cherché à remplacer la religion traditionnelle par ce culte et ce que cela révèle de son intériorité.

D’un point de vue psychanalytique, on pourrait interpréter cette décision comme une tentative de Robespierre de réconcilier des tensions internes entre son rejet de l’Église catholique – associée à l’Ancien Régime et à l’oppression – et un besoin personnel de transcendance ou d’ordre moral. Le culte de l’Être suprême, qu’il a promu avec ferveur, n’est pas une simple abolition de la religion, mais une réinvention spirituelle alignée sur les idéaux révolutionnaires. Sur le divan, Robespierre pourrait dévoiler un conflit entre son rationalisme hérité des Lumières et une aspiration presque mystique à donner un sens supérieur à la Révolution. Le décret du 18 floréal an II, avec son calendrier de fêtes exaltant des valeurs comme la justice, la vertu ou l’immortalité de l’âme, trahit peut-être une quête d’absolu : un désir de sublimer le chaos révolutionnaire en une nouvelle forme de sacré.

Un psychanalyste pourrait aussi explorer son rapport à l’autorité et au père. En remplaçant le Dieu catholique par l’Être suprême, Robespierre ne supprime pas la figure divine, mais la reformule sous son contrôle, comme s’il cherchait à devenir lui-même une sorte de médiateur entre le peuple et cette entité abstraite. Cela pourrait refléter une identification inconsciente à une figure paternelle idéale, compensant peut-être l’absence de son propre père, qui abandonna sa famille quand Robespierre était enfant. Ce besoin de structurer la société autour d’un principe supérieur pourrait alors être lu comme une projection de son désir de stabilité dans un monde qu’il percevait comme menacé par le désordre et la trahison.

Enfin, le culte de l’Être suprême, par opposition au culte de la Raison plus radical et athée défendu par les Hébertistes, révèle peut-être une angoisse face au vide moral. Robespierre, obsédé par la vertu et la pureté révolutionnaire, pourrait avoir craint qu’un peuple sans croyance ne sombre dans l’anarchie ou l’immoralité. En décrétant l’existence de l’Être suprême et l’immortalité de l’âme, il offre une consolation métaphysique au peuple tout en légitimant son propre pouvoir comme garant de cette vérité supérieure. Sur le divan, il pourrait confesser une peur profonde de perdre le contrôle – de la Révolution, du peuple, et peut-être de lui-même.

En somme, Robespierre dévoilerait probablement un mélange complexe d’idéalisme, de besoin de maîtrise et d’une quête de sens transcendant. Le culte de l’Être suprême ne serait pas qu’une stratégie politique, mais un miroir de son âme tourmentée, cherchant à unir l’inconciliable : la raison et la foi, la révolution et l’éternité. Qu’en pensez-vous ? Souhaitez-vous approfondir un aspect particulier de cette analyse ?

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de quoi Shakespeare est-il le nom ?

11 Septembre 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #développement personnel, #engagement, #essais, #histoire, #pour toujours, #poésie, #vide quantique, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

Lectures de fins de mondes

Le triomphe de la Mort, Pétrarque
La divine légende, La légende païenne, Pierre Abbrugiati d’Ostra
Shakespeare, le langage des blessures, Clifford Armion
Shakespeare au Festival d’Avignon, Florence March
Pour saluer Lawrence Durrell, Arlette Segaud
La route, Cormac McCarthy
La fuite, Gao Xingjiang

De quoi Shakespeare est-il le nom ?

1 - Selon Montaigne, « nous ne faisons que nous entre-gloser » III,13
Ainsi Jorge Luis Borges écrit Pierre Ménard, auteur du Quichotte, (Ficciones,1944).
Ainsi s’accomplit avec La Bibliothèque de Babel, (Ficciones, 1944), selon Gérard Genette, « l’utopie borgésienne d’une Littérature en transfusion perpétuelle, constamment présente à elle-même dans sa totalité et comme Totalité, dont tous les auteurs ne font qu’un et dont tous les livres sont un vaste Livre, un seul Livre infini » (Palimpsestes, la littérature au second degré, 1982)
De quoi clore en principe tout débat sur l’oeuvre protéiforme, palimpsestueuse, sur l’auteur insaisissable, sur traduction, translation, sur fidélité à, trahison de, adaptation de, d’après…
En réalité, ce ne sera jamais le cas : les égos, le fric en jeu, les rentes garanties avec un tel nom.

Pour le 399° anniversaire de la mort le même jour, la même année, le 23 avril 1616, de Cervantes et de Shakespeare, j’avais initié un projet fondé sur une métaphysique du hasard.

2 - « Faire du hasard le moteur, le créateur aveugle de tout ce qui apparaît, disparaît, se transforme, est une entreprise difficile à penser surtout quand, pensant l’homme, on le pense soit comme liberté et volonté, soit comme multiples déterminations et déterminismes.
Si on choisit une métaphysique du hasard, des calculs se mettent en place pour le prévoir, des jeux s’inventent pour le déjouer, le mettre de son côté. Y a-t-il de l’impossible ? Tout est-il possible ? Quelles probabilités pour tel possible ? Y a-t-il de l’improbable ? C’est quoi la chance ? La mal- chance ? Le kairos ? Un mauvais concours de circonstances ? Place aux nombres et aux calculs, de plus en plus puissants avec les calculateurs Ada et Turing, ou avec Gaïa.
Les chercheurs auront bientôt la capacité de calculs exaflopiques. Ils pourront alors définir les caractéristiques de ce qui leur résiste aujourd’hui, matière et énergie noire (96% de l’univers, encore inconnus aujourd’hui), avant de les déceler. Les écrivains feront place à des situations, des lieux réels, imaginaires, des personnages de leur choix ou qui leur échoient dans leurs rêves, en introduisant le plus d’aléatoire possible.
Et pour vivre sa vie, on valsera-hésitera entre – croire la maîtriser, – la livrer au hasard (coup de dés, pile ou face, roulette russe avec arme à blanc ou chargée mais jamais, un coup de dés…),
– inventer chaque jour ses « impossibilités de vivre » en alternant souffrance et résilience,
– tirer trigrammes et hexagrammes du Yi Jing avec 3 pièces et tous autres bricolages,
– poser des questions au logiciel intelligent Siri, un 31/12 : quel est le sens de la vie ? 3 réponses obtenues : 1- 42 ; 2- qui suis-je, où vais-je et dans quelle étagère ? 3- j’ai arrêté de me poser ce genre de questions ; ou ayant dit blablabla, j’ai obtenu : avez-vous pensé à devenir orateur, Jean-Claude ?
Une anecdotique question subsidiaire en découle : y a-t-il immortalité des œuvres « immortelles » qui ont eu beaucoup de chances d’arriver jusqu’à nous dans des versions multiples sans qu’on puisse décider laquelle est la vraie ou la plus vraisemblable et dont les supports sont périssables ? On en a un exemple avec la pièce perdue de Shakespeare, Cardenio (où il est question de Cervantes). Enquête menée par Robert Chartier : Cardenio entre Cervantes et Shakespeare. Histoire d’une pièce perdue.
Un paradoxe prend forme : ce qui a eu lieu a eu lieu pour toujours, rien ne peut l’effacer, rien ne peut effacer ce qui a été dit, pensé, ressenti, éprouvé, fait, été. Vivants, nous oublions ou commémorons, réécrivons : c’est sans importance ou incidence par rapport au fait que c’est inscrit dans le temps infini ou éternel. Mais où passe donc le passé ? Où se stocke tout ça si ça se stocke et qui est incommensurable ? Y a-t-il un lieu de mémoire de nos vérités éternelles ? Ça reste en l’état ou ça se disperse ou ça se réduit en éléments irréductibles pour d’autres combinaisons (analogie : codes génétiques, génomes) ? Le périssable du corps, de l’esprit sans doute, se conjugue avec l’impérissable éternité de ce qui a eu lieu, for ever, de ce qui est passé, never more. » (décembre 2013)

 

la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres
la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres
la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres
la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres

la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres

de quoi Shakespeare est-il le nom ?
de quoi Shakespeare est-il le nom ?
de quoi Shakespeare est-il le nom ?
de quoi Shakespeare est-il le nom ?

deux exemples de traduction-translation :

les Sonnets de Shakespeare

La Folie Tristan et le lai du chèvrefeuille de Marie de France

En onze ans, ma pensée sur ces sujets a évolué.


3 - « Tout est parti d’une question de l’épousée, le 29 octobre 2010, vers 21 H, après le passage de l’anesthésiste, avant son opération du lendemain au cervelet :
Je sais que je vais passer, où vais-je passer ?
Et de la discussion qui a suivi débouchant sur l’évidence formulée : le passé passe mais ne s’efface pas.
Surgit l’image du livre d’éternité de chacun et de la bibliothèque des livres d’éternité de tous
10 ans de maturation débouchant sur l’éternité du présent mémorisant ce que tout un chacun vit, éprouve, ressent, pense, dit au moment où il le vit… mémorisant donc aussi toute l’histoire à trous de l’univers, toute l’histoire à trous de l’évolution sur terre
J’ai acquis la conviction, la certitude que le passé passe mais ne s’efface pas, que tout est enregistré dès le moment où on le vit, dans le présent éternel qui est aussi un présent, un cadeau et une présence, comme nous sommes
par l’hémoglobine, venue jusque dans notre sang depuis l’explosion d’une super-novae, vieux-jeunes de 13 milliards d’années
par le microbiote, vieux-jeunes de 4,5 milliards d’années puisque ces bactéries sont bien vivantes et actives, n’arrêtant pas de se reproduire
par l’ADN où s’inscrivent beaucoup de mémoires et d’expériences vécues, se transmettant au fil des générations, vieux-jeunes de ces mémoires cellulaires particulièrement agissantes.

2 ans encore d’intérêt pour les nombres univers, par exemple PI = 3,14…, permettant d’appréhender mémoire infinie et éternelle. Autrement dit, j’ai été happé
- par le calcul stochastique mathématique
Le 18 avril 2024, je t’ai dit, âmi Georges Perpes, que dans le nombre univers PI, la séquence Georges soit 7515187519 est emplacée un nombre infini de fois, mais pas dans les deux cent millions premières décimales, la séquence Perpes soit 16518519 est emplacée 3 fois dans les deux cents millions premières décimales, en positions 6160060, 16518519, 79188721, que tous les Georges Perpes ayant existé, existant, à exister étaient emplacés,
qu’un singe tapant infiniment à la machine sans savoir écrire, finit par taper l’oeuvre de Shakespeare ou la recherche du temps perdu de Proust,
qu’on trouve dans tout nombre univers tous les livres déjà écrits et à venir, y compris celui de l’histoire de notre vie passée et future, l’utopie réalisée la Bibliothèque de Babel (Jorge Luis Borges)
- et pas par l’indétermination-intrication quantique


Elle a dit : “Dis-moi quelque chose de beau” …
Il lui a dit : (∂ + m) N° = 0


C'est l'équation de Paul Dirac et c'est dit-on, la plus belle de toute la physique. Elle décrit le phénomène de l'entrelacement quantique, qui affirme que “Si deux systèmes interagissent entre eux pendant une certaine période de temps puis se séparent, nous pouvons les décrire comme deux systèmes différents, mais d'une manière subtile, ils deviennent un système unique. Ce qui arrive à l'un continue à affecter l'autre, même à distance de kilomètres ou d'années lumière ”.
C'est l'entrelacement quantique ou la connexion quantique. Deux particules qui, à un moment ou à un autre, ont été unies, sont toujours en quelque sorte liées. Peu importe la distance entre les deux, même si elles se trouvent à des extrêmes opposés de l'univers. La connexion entre elles est instantanée.
Beauté, éternité, vous pouvez y accéder par ces deux portes, nombres univers, physique quantique, par bien d’autres portes proposées par des traditions fort anciennes, venues de peuples premiers, de traditions extrême-orientales, moyen-orientales, gréco-latines, judéo-chrétiennes et bien sûr par des expériences personnelles, mystiques-spirituelles plus que religieuses. » (18 avril 2024)

Depuis, le 18 avril 2024, avec la succession de trois pas-sages éprouvants en 4 mois et quelques lectures, plus exactement, quelques phrases lues, ma pensée s’est incroyablement simplifié.


4 - « Je pense que la simplification de ma réflexion est liée à la phrase de Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie (Du vivant sur du vivant), consacré à Maximilian Volochine, l’initié :
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »


Tous les textes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par un seul auteur - sans nom - (on retrouve Borges et la Bibliothèque de Babel)

Cette pensée peut s’universaliser et s’exprimer de cette façon :
Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.

Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. La mort n’existe pas.

Le 31 août, ce fut l’anniversaire du suicide de Marina Tsvétaïéva (31 août 1941, à  Lelabouga, Tatarstan, Russie) » 31 août 2024

À Corps Ça Vit, le 11 septembre 2024

 

 

Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto
Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto
Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto
Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto

Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto

Pétrarque
hier soir 6 septembre, après avoir achevé le langage des blessures consacré à Shakespeare => article à venir :
de quoi Shakespeare est-il le nom ?
préparant sans préparer la soirée du 22 octobre, consacrée à Alain Cadéo, passé le 12 juin 2024, je pense à Pétrarque dont un portrait par Ernest Pignon-Ernest sera inauguré
regard vers la bibliothèque d'été de Corps Ça Vit
je tombe sur Le triomphe de la mort de Pétrarque, traduit et versifié sans doute pour la première fois à la française par Simon Bourgouyn, valet de chambre de Louis XII, fils du roi poète Charles d'Orléans, livre paru en 2001, dans la collection L'or des mots du Musée Pétrarque-René Char de Fontaine du Vaucluse
le chapitre 2 de ce poème nourrira sans doute ma prochaine plongée-envolée onirique
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« — Reconnais celle qui détourna tes pas des sentiers vulgaires, dès que ton cœur gentil se fut aperçu d’elle. — »
Puis, pensive, d’un air humble et sage, elle s’assit et me fît asseoir sur une rive qu’ombrageaient un beau laurier et un hêtre.
« — Comment ne reconnaîtrais-je pas mon âme, ma Déesse ? — » répondis-je comme un homme qui parle et pleure. « — Mais dis-moi, je te prie, si tu es morte ou vivante. — »
« — Moi je suis vivante, et toi tu es mort encore — dit-elle — et tu le seras jusqu’à ce que ta dernière heure vienne t’arracher à la terre.
« Mais le temps est court et notre désir est long. Donc, je te préviens que tu aies à restreindre et à refréner tes paroles avant que le jour, qui est déjà proche, ne se lève. — »
Et moi : « — Au terme de cette autre sirène qu’on nomme la vie, dis-moi, toi qui le sais pour l’avoir éprouvé, si mourir est une grande souffrance. — »
Elle répondit : « — Pendant que tu vas à la remorque du vulgaire et de son opinion aveugle et cruelle, tu ne peux jamais être heureux.
« La mort est la fin d’une prison obscure pour les âmes gentilles ; pour les autres qui ont placé tout leur succès dans la fange, c’est une souffrance.
« Et maintenant ma mort qui te rend si triste, te réjouirait si tu sentais la millième partie de ma joie. — »
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article trouvé aujourd'hui, daté du 3 septembre
La nouvelle science de la mort : « Il se passe quelque chose dans le cerveau qui n'a aucun sens »
La mort, un phénomène mystérieux qui fascine depuis des millénaires. Récemment, des découvertes surprenantes ont révélé une activité cérébrale inattendue dans les derniers instants de la vie. Ces recherches ouvrent de nouvelles perspectives sur la conscience et remettent en question notre compréhension du processus de la mort. Une révolution scientifique est-elle en marche ?

 

Pierre Abbrugiatti d’Ostra

il y a une logique dans mes lectures et mes rangements
à côté du Triomphe de la mort, avec 10 peintures sur papier de Sandra Martagex (voir sa page FB), La Divine légende de Pierre Abbrugiati d'Ostra et La légende païenne en 3 tomes, préfacées par Perle Abbrugiati, professeur à l'université de Provence et éditrice de certains textes de Giacomo Léopardi, dont j'ai trois textes en rayon
livres introuvables en librairie, édités par leurs soins vers 1985
c'est Raymond Abbrugiati (son fils ?) qui me les avait transmis, hélas décédé trop jeune
ils attendaient ma visite depuis 20 ans
le tome 3 fait 72 pages

J’ai lu : le paradigme métaphysique repose sur la dualité-complémentarité Platon-Nietzsche: le paradigme historique repose sur la théorie du grand boum initial à partir du vide et sur la théorie de l’évolution; beaucoup d’humour, variété des registres langagiers; maîtrise de la versification, de la prosodie…; la figure de Prométhée; des références comme Dante, Pétrarque, Hugo, Lamartine…
Comment se fait-il que ça ne soit pas repéré ?

 

une des oeuvres de Pierre Abbrugiati d'Ostra

une des oeuvres de Pierre Abbrugiati d'Ostra

Arlette Segaud fut la secrétaire de Larry pendant 8 ans

Arlette Segaud fut la secrétaire de Larry pendant 8 ans

hier, 8 septembre, lecture de
Pour saluer Lawrence Durrell d'Arlette Ségaud (1996)
c'est un Larry au quotidien qui est décrit, impitoyable bourreau des coeurs
sa chronologie ci-dessous dit beaucoup

avec Lawrence Durrell, souvenir impérissable du Quatuor d'Alexandrie (1960)
Le Quintet d'Avignon attend depuis 1985
découverte du suicide de sa fille Sappho à 33 ans en 1983
un an après la mort de Lawrence Durrell, en 1990, le magazine littéraire Granta a publié des extraits du journal de Sappho où elle laissait entendre qu’il y a eu une relation incestueuse entre elle et son père. Il est difficile de savoir si oui ou non ce qu’elle décrit s’est réellement passé
j'ai été confirmé dans l'attitude du non-jugement et du non-agir
tout prendre, tout accepter; c'est particulièrement difficile souvent; il y a un vrai travail sur ses affects, sur ses valeurs à faire
"Toute chose n’est pas plus ainsi que non ainsi ou que ni l'un ni l'autre", formule de Pyrrhon qui a fondé une partie de la métaphysique de Marcel Conche
Agis ou non-agis sans fondement, et sans possibilité ni volonté de fonder.

 

Lecture de La route de Cormac McCarthy

Temps post-apocalyptique. Des survivants. Un père (l’homme), son fils (le garçon). 344 pages.

J’ai pensé à deux poèmes

Premiers pas


Je voudrais à nouveau m’initier aux premiers pas
réapprendre à marcher
pour me dérouler d’un pas sans traces
sur des chemins sans lendemains
Tu me tendras tes bras
n’est-ce pas Papa
pour avancer sans trop de peurs
sur ces bouts de pistes à risques
qui mûrissent en nous à notre insu
nos vies ne seront jamais assez grandes
pour contenir nos illuminations

En marche


Nous étions jeunes

Nous marchions vite

Nous nous laissions porter par la puissance de nos muscles
Leur énergie nous exaltait l’âme

Leur effort tendu et souple ne nous menait nulle part

Nos cœurs se gonflaient aux vents du large

Des ailes nous poussaient

 

La route / La fuite
La route / La fuite

La route / La fuite

Lecture de La fuite de Gao Xingjian (1990, 2° traduction, 2013)

L’ami Thierry Zalic me demande de lui donner envie de lire La fuite. Quand je fais une note de lecture, c’est d’abord et avant tout pour moi, pour faire le point sur là où j’en suis au moment où je lis. C’est-à-dire qu’une lecture est comme un moment dans un cheminement sans fin, elle participe et la note avec, à un cheminement existence-ciel. Donc la fuite se déroule dans un entrepôt désaffecté, proche de la Place où des tanks et des mitrailleuses sèment la mort.
On comprend que l’arrière-plan, c’est la Place Tien An’men. 1989, donc. Année qui voit aussi la chute du mur de Berlin et annonce celle de l’URSS et qui voit la fatwa de l’iranien Khomeini contre l’indo-pakistanais Salman Rushdie et Les versets sataniques.
La fuite entraînera la rupture totale de Gao, déjà en France, avec la Chine communiste.
La lecture de la fuite m’a demandé 2 H 15 pour 50 pages, 2 parties, 7-43, 44-57. Le spectacle que je n’ai pas vu, démoli par une critique des Trois coups, dure 1 H 15.
Beaucoup de didascalies, sur ce qu’on entend ou pas dehors, sur ce qu’ils font. Beaucoup d’indications sur les corps qui s’embrassent, s’enlacent, se dénudent, se repoussent tout en parlant, chacun de son point de vue, le jeune homme de la démocratie en marche, l’homme de la répression en cours, la jeune fille de son désir d’être actrice; se faisant, chacun livre beaucoup de lui-même, de son intimité (ses peurs, ses rêves, ses désirs), tout cela sur fond d’hystérie provoquée par la jeune fille et en arrière-fond, une barrière semble-t-il insurmontable entre hommes et femme.
Les personnages sont au bord de la crise de nerfs, à vif, instables, insaisissables. La situation dehors, c’est la mort physique. Dedans, c’est quoi qui se joue sur fond puissant de mort annoncée. On ne peut pas dire qu’ils veulent à tout prix survivre donc s’évader du lieu, dès le silence rétabli, l’aurore se pointant, en zigzaguant, chacun séparément, en direction de l’autoroute.
Ils sont, tout en étant dans tous leurs états, comme enlisés. Le passage à l’acte II indique que la petite flaque de l’acte I, devenue envahissante, fait de l’entrepôt un bourbier, les obligeant à monter sur des étagères.
Les mitrailleuses vont les exécuter à travers la porte fermée de l’entrepôt.
De 32 à 40, la jeune fille réussit à installer un « jeu » où chacun joue à son « jeu », sans doute par impossibilité d’un jeu commun ou de partage, déroule son rêve ou son cauchemar, pour la jeune fille, la montée vers des cimes enneigées, pures, glaciales, pour le jeune homme, la descente vers des bords de mer avec elle, pour  l’homme, un fleuve des morts.
J’ai trouvé beaucoup de similitudes avec les paysages réels et rêvés de La route comme si cela relevait d’un fonds archaïque dont Jung aurait entrepris l’inventaire et le fonctionnement.
Je suis resté sur ma faim, sans partager les jugements tranchants de la critique des Trois coups qui ne voit que personnages-caricatures et propos-lieux communs mais dans une situation extrême de mort annoncée, peut-être ne débitons-nous que des banalités, des lieux communs, devenons-nous communs, peut-être ces banalités et ces lieux communs sont-ils propres à tous, partagés par tous et chacun. Et alors, s’il y a malaise, en dénonçant le simplisme de la pièce et du jeu, la critique projette sur la pièce, sa propre peur d’être si « banale » dans une telle situation, comme si dans une telle situation de proximité de la mort, devait se dire, se révéler l’essence-ciel de notre vie, un peu à l’image de ce film à l’envers censé se dérouler juste avant le pas-sage comme façon de partir, de passer en règle, en vérité, illusions et mensonges enfin dévoilés.
Je dirais pour ma part être si « humain ».

Disons pour être plus précis que renonçant, parfois difficilement, à juger, adoptant une position pyrrhonienne, je me détourne complètement du champ politique comme de celui de l’histoire en train de se faire, de se défaire, de revenir en arrière, après y avoir consacré beaucoup de temps, d’énergie et d’argent.
Le monde ira où il ira comme il ira parce que c’est ainsi que ça devait aller, se dérouler.  Ne pas chercher à juger, à agir. Par contre empathie, compassion avec les victimes, les sacrifiés comme avec les bourreaux.
De même, les projets de la jeune fille ou du jeune homme comme le cynisme de l’homme ne me concernent plus. Mais je comprends que de tels projets (se marier, avoir des enfants…) correspondent à des âges de la vie, somme toute tracée, formatée, programmée par l’éducation, le milieu… Difficile d’être « original », « singulier »,« libre ».
L’existence-ciel me fait prendre pleinement conscience que Naissance est miracle et mystère,  Mort est mystère et miracle. Boucle spiralée nous incluant dans une histoire, une évolution commune, universelle où la Vie sur terre et dans les univers est possible dans la Joie.


Je me suis remémoré deux poèmes du temps où j’étais au bord de la crise de nerfs, lors d’un stage de théâtre où les corps étaient fortement sollicités et donc nos psychés. La mort physique n’était pas derrière la porte.

Ressenti / ressentiment
Si possible simplement je vais vous dire corps et décors de quelques jours ce que j’ai ressenti sans ressentiment stress et détresses cris et crispations défis et désirs oublis et souvenirs pressions et dépressions caresses et tendresses Mais attention peut-être que je me mens à vouloir mettre à mots nos vies peut-être que je vous mens sous la trop dure pression de la sensation de l’émotion
Au départ un hasard une impulsion une décision en toute ignorance de causes et d’effets J’ai sauté de ma vie qui se mettait en vacances et dans l’intense j’ai sauté Était-ce pour devenir dense ? Je suis entré dans la danse je me suis masqué vous m’avez démasqué je t’ai frôlée tu m’as enrôlé je me suis défoncé tu m’as dénoncé je t’ai impliquée tu t’es appliquée je me suis assumé vous m’avez assommé je me suis déconstruit reconstruit sous les projecteurs brûlants
accablants de vos regards j’en devenais hagard tenté de reprendre le chemin de la gare j’ai résisté je suis resté vous ne m’avez pas ménagé je me suis dépensé tu m’as pansé ça a jailli ça n’est pas venu ça a fusé ça s’est arrêté j’ai voulu te le dire tu ne me l’as pas dit cela nous a bien fait rire nous nous sommes pris la main
Au petit matin nous nous sommes égaré

Deuil / clin d’œil
Nous nous sommes séparés sans avoir réussi à nous apprivoiser Ce que je n’ai pu te dire ce qui aurait dû se dire – mais j’étais paralysé la peur d’être ridiculisé – je te le dis ici sur ce papier pour ne l’avoir pas dit sur le fait Je n’ai pas aimé ton arrivée Pour l’agressivité j’étais prêt Tu me dérangeais Nous nous sommes rencontrés J’étais noué J’ai aimé ta façon de me dénouer Je me suis parlé mis à mots tu t’en es servie pour te jouer de moi À ce jeu tu as vite gagné la partie Je ne savais pas que la moquerie est l’arme de la profonde incursion dans le territoire de l’autre Je me suis dit : Elle n’est pas ce qu’elle paraît cela est attesté par sa voix car j’ai aimé ta voix telle qu’elle est encore sauvage mais de ce stage tu attendais de la dévoyer comme tu l’as fait de ton corps que tu as pris à bras le corps pour en faire ce corps de danse qui prend feu dans tes solos
Alors je me suis dit : Fais une profonde incursion dans son territoire
ce vendredi dis-lui j’aimerais masser ton dos pour parfaire notre duo mais j’avais peur que tu m’envoies paître de ta voix non domestiquée encore que tu nous faisais entendre la nuit à ton insu du creux de tes draps de lit où j’aurais tant voulu faire des folies dans un touchant corps à corps

Sur le plancher par deux fois je me suis approché

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Ombres de Chine / André Markowicz

30 Juillet 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #agoras, #développement personnel, #engagement, #histoire, #pour toujours, #poésie, #voyages, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

Ombres de Chine, le Tao traduit par Marcel Conche
Ombres de Chine, le Tao traduit par Marcel Conche

Ombres de Chine, le Tao traduit par Marcel Conche

Ombres de Chine
André Markowicz
Inculte, 2018

Ombres de Chine est une expérience poétique et de traduction unique en son genre. André Markowicz s’est lancé dans une entreprise aussi folle qu’ambitieuse : offrir au public quatre cents poèmes chinois de l’époque Tang (qui court entre les VIIe et IXe siècles) sans pour autant avoir connaissance de la langue chinoise.

« J’ai décidé de m’en approcher par le seul moyen que j’avais : non pas apprendre le chinois – ce qui m’aurait demandé vingt ans pour n’ajouter, dans le meilleur des cas, qu’une interprétation aux dizaines d’interprétations déjà existantes et dues, elles, à des érudits prodigieux – mais, à partir de toutes ces interprétations, des mots-à-mots les plus divers et des autres traductions, dans toutes les langues que je suis capable de lire (le russe, l’anglais, l’italien, l’espagnol en outre du français), d’essayer d’approcher ce continent flottant. Ce continent d’ombres, grandioses et fluctuantes qu’est, pour celui qui s’en approche comme moi, candidement, la poésie chinoise. »

« Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas la culture chinoise… » ainsi commence André Markowicz. Et plus loin : « le chinois de la période Tang (7°-9° siècle après J.-C.) ne distingue pas le singulier du pluriel, ne marque aucune modalité : infinitif, indicatif, subjonctif, conditionnel se fondent dans la même forme. Il ignore le pronom personnel ou l’utilise rarement. Il faut donc deviner si l’auteur dit - je suis allé - ou - elles iront -. Si le flou règne sur la personne, le lieu et le temps, il n’y a pas de communication possible, il y a juste des formes énigmatiques flottant dans la brume… Comment traduire les images, les allusions, les connotations innombrables ? Comment rendre compte de ces passages constants du mythe à l’Histoire et de l’Histoire au présent, un présent qui n’est lui-même qu’en tant qu’il est un retour à la fois provisoire et constant… »
Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas l’histoire de ce pays, un peu ses sages, Confucius, Lao Tseu (dont l’ami Marcel Conche a traduit et commenté le Tao, traduction et commentaires retraduits en chinois par des Chinois)
J’ai passé une semaine sur ces Ombres de Chine, 440 poèmes de 12 poètes de 4 périodes + le 441° poème, 640 pages.
Le travail d’André Markowicz me semble remarquable.
Les notices de présentation des 12 + 1 poètes sont des mises en alerte ou en orbite. Les notes, nécessaires, en bas de page, servent juste à situer dans le temps (historique, mythologique), dans l’espace (géographique, mythique), certaines expressions pouvant paraître anodines (lues en lecteur occidental ignare) mais allusives (lues en lettré chinois averti). Et comme, on retrouve les mêmes notes, pas nombreuses, un certain nombre de fois, on finit par se baigner dans deux mille ans d’Histoire, voler vers l’île des immortels…
Mes soirées, matinées, après-midi de lecture ont été studieuses (soulignées), denses, douloureuses.
Deux mille ans d’empires chinois, de dynasties impériales, de guerres aux frontières, de guerres civiles, de massacres, de cruautés sans nom et sans nombre, de corruption massive, de complots, d’assassinats, de suicides, d’empoisonnements, de révoltes, de bonnes gouvernances suivies de mauvais gouverneurs, de bureaucratie juste suivie de bureaucratie dysfonctionnelle…
Et de se dire : Ça continue, Chine de la révolution nationaliste, Chine des révolutions « communistes »
Et de se dire : Ça semble partout pareil, Russie des tsars, URSS de Staline, Russie de Poutine.
Iran du shah, Iran des ayatollahs
France des rois, France des empereurs, France des républiques, France des révolutions.

L’apogée et la ruine se succèdent
Au rythme du soleil et de la lune

Les changements ne laissent pas de trace
Qui peut savoir quand ils ont commencé ?
Vainement incertain mille ans plus tard
Tourné vers le passé un voyageur (Po Chü-I)

Mes nuits furent sous couleurs chinoises : bleu-vert (non distingués par le chinois de l’époque), jaune, rouge
Nuits méditatives : à quoi bon Confucius, Lao-Tseu si, si peu d’hommes et de femmes tentent la Voie ?
Nuits avec méditations sur les rêves

La division entre le corps et l’âme
Tient dans la double perception du temps :
Le temps précisément compté en selle
L’aventure sans borne dans le rêve.
Certes - les philosophes disent vrai
Une seconde - pour le rêve un siècle. (Po Chü-I)

Avec rêves rêvés
(j’ai eu le « même » rapport sexuel - rêve de rapport sexuel ? - avec l’impératrice Wu Zetian que celui de centaines d’autres obtenant audience et faveur; cette impératrice, je l’avais repérée à partir d’une gravure « érotique » il y a plusieurs années)

1- Tchouang-tseu fut-il un homme rêvant d’un papillon
Ou bien un papillon qui a rêvé d’un homme ? (Claude Roy)
2 - Dans son rêve Maître Zhuang s’est cru papillon (Yves Hervouet)
3 - Tchouang-tseu s’éveille à l’aube de son rêve
Il a pris l’illusion du papillon (André Markowicz)

Trois versions du « même » rêve de La cithare de brocart de Li Shang-Yin

Et de voir le « même » parcours que la plupart de ces 13 poètes, tous passant avec succès ou non, le concours du jinshi, pour devenir poète officiel, fonctionnaire, tous cherchant à se faire reconnaître, naviguant entre fidélité à soi et compromission, presque tous connaissant des revers de  fortune, disgrâces après honneurs, bannissement et exil, certains choisissant le retrait…

Dans ce monde la gloire et la disgrâce
Sortent du même sac à l’aveuglette. (Po Chü-I)

Autrement dit, faire au XX° siècle, en France, comme ces poètes d’il y a 1200 ans, en Chine, « choisir » des carrières assurant la sécurité au fonctionnaire et le loisir au poète.
Puis retraite venue - 1998 -, donc ayant vécu les âges de la vie

Jeune - arpenter les terres de Shu
Les cheveux gris - se tourner vers Chang An
Indigne serviteur du roi de Chu
Mangeant pour rien le riz du roi de Han (Lu Zhaolin),
 
entre beaucoup de conformisme et peu d’originalité, au XXI° siècle, aller paisiblement si possible vers l’effacement, même pas avec le souci d’une oeuvre, mais des flow d’écritures comme amers pour un chemin de vie

qui est comme sillages sur la mer (Machado)

traces d’oiseaux laissées dans le ciel vide (Po Chü-I)
Se rendre sourd aux bruits du monde parce que le monde ira là où il ira (ni pronostic ni diagnostic, ni catastrophisme ni utopisme, ni apocalypse ni miracle)

J’ai oublié complètement le monde
Le monde aussi m’oublie complètement
Si bien que les nouvelles qui m’arrivent
C’est comme si elles ne m’arrivaient plus (Po Chü-I)

S’essayer à assumer non-agir et non-jugement (ce qui demande vigilance permanente, accompagnement bienveillant de nos trébuchements)
Être sensible à ce qui s’offre en toute gratuité, sans pourquoi et qui est tout proche.

La poésie chinoise des montagnes et des paysages est très chargée en significations, présages, symboles. J’y suis peu sensible. Peu importe. Je fais d’autres usages des montagnes du Vallespir, de la route de Montferrer (finis les sentiers et pistes), des chênes, bouleaux, fleurs innombrables, papillons, oiseaux, hirondelles, libellules.
Émerveillé par une beauté (vue, entendue, sentie…) sans le sentiment de sa fuite dans la seconde qui suit.
Vie dans le présent, comme présent, le seul temps réel (passé, futur sont des fabrications de l’esprit), présence et présent (Kdo).
Être dans l’acceptation (est-ce différent de la soumission ?) de ce qui advient comme ça advient.
 
Ce que ne font pas les poètes chinois.
Ils sont dans une vision, une interprétation de ce qu’ils vivent, voient, cycles, impermanence, retour du même.
Ils sont dans une forme de lamentation,

Tous ils arrivent passent disparaissent
tous méritant une lamentation (Lu Zhaolin)

d’insatisfaction puisque tout meurt, tout passe et repasse.
La chanson du regret éternel (Po Chü-I)

Ils choisissent l’ivresse, la solitude, font preuve de compassion.

Devant on ne voit pas l’homme d’avant
Derrière on ne voit pas l’homme d’après
Pensant aux cycles infinis de l’univers
La solitude amère et les larmes qui coulent. (Chen Zu-Ang)

Poésie de Wang Wei, le bouddhiste séculier :
1- Lorsque la solitude est une joie
On entre dans la pure liberté
Chimère le désir de voir la ville
Une vie accomplie - le plein du vide.
2 - L’âme a toujours haï l’enfermement
L’immensité lave de toute angoisse
3 - Tu veux savoir comment combattre l’âge?
La seule voie est la non-renaissance.

Poésie de Li Po, le taoïste :
1- Pourquoi j’habite la Montagne Bleue ?
Sourire sans réponse coeur serein
Fleurs de pêchers que charrie la rivière
Un autre monde existe loin des hommes
2- Buvant seul sous la lune
3 - Les plantes n’ont aucune gratitude
Quand le vent printanier les fait fleurir
Les arbres n’ont aucun ressentiment
De se voir dépouillés au ciel d’automne

La croissance et la fin de toute chose
c’est simplement la loi de la nature
4 - Rien dans la vie de l’homme d’ici-bas
ne répondra jamais à ses attentes
Demain à l‘aube les cheveux au vent
Partir voguer dans la barque légère
5 -  Rude est la route du pays de Shu
plus que la route vers l’azur du ciel
On se tourne à demi
on regarde vers l’ouest et on s’exclame :


Poésie de Tu Fu, le confucianiste ou confucéen
1 - Chanson des charriots de guerre
2- Chanson de la frontière
3 - Il a compris l’ordre de l’existence
Et rougit d’avoir demandé de l’aide
Il n’a prouvé que son inaptitude
Il est prêt à rentrer dans la poussière
Mais vivre en ermite lui est impossible
Car il renoncerait à ce qu’il croit
Sa tristesse ne fond qu’avec le vin
Et les poèmes qu’il compose et chante.
4 - Sept chansons

De Han Yü
L’oisiveté c’est plus dur que la cour

Hélas je n’ai plus droit de jouir du vin
Mais je peux rire et offrir un poème

De Meng Jiao
Il n’est pas d’épée juste dans ce monde

Se suicider laisser les autres faire
On se demande ce qui vaut le mieux

Le 10° songe d’automne
Le Vieillard change du matin au soir

De Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.

Sage - bien sûr que non mais pas stupide.

De Li Ho
Suivre un sentier - oublier la grand-route
Pourquoi faut-il qu’on pleure sur du vent ?

Souvenez-vous que c’est devant un mur
Que Ch’u Yuan a écrit « Questions su ciel » !

De Li Shang-Yin
Aube - ajouter des lignes aux nuages
Froid - voir la neige au centre du poème.

les beaux jours n’obéir qu’à son désir
Est-ce donné à tous ceux qui écrivent ?
Dormant profond - et puis le cri des grues
Des cris stridents - le mien presque cigale.
J’écris dessus - les mots ne sont pas libres
La chose que j’obtiens est sans exemple

...

La ceinture n’a pas de sentiments
elle se serre ou elle se relâche

 

Et pour moi… la pratique joyeuse-douloureuse du merci.

Dimanche 28 juillet-Lundi 29 juillet, Corps Ça Vit, Vallespir
nuit du dimanche au lundi, pneus de 15 voitures crevés, poubelles incendiées au camping, flammes de 4 m de haut, pompiers intervenus à 3 H 15
toute la journée, gendarmes, enquête, plaintes déposées, dépanneuses gratuites pour les victimes. Va-t-on installer des caméras de surveillance ?
Ça casse une ambiance, surtout quand on voit la voiture de Seb, le président du comité des fêtes, très investi dans un renouveau du village, de ses terrasses sous broussailles et acacias.

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Essais Salman Rushdie

14 Juillet 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #engagement, #essais, #histoire, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture

l'idéologue / le romancier /
l'idéologue / le romancier /
l'idéologue / le romancier /
l'idéologue / le romancier /

l'idéologue / le romancier /

 … poursuivre

après …

… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,

Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde;
tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28  états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,
India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des millions de dieux, de déesses, avec des milliers de bras… Rushdie a évalué à la louche 330 millions de dieux et déesses hindous
Ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
La terre sous ses pieds, titre d’un roman de Rushdie.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate,  souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et tu le voyais aussi ou plutôt, tu te le fabriquais en le désignant tel (on a tous été formatés à juger, à désigner ce qui est bon, ce qui est mauvais) et cela ne t’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant aujourd’hui, sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui  voient le mauvais et réagissent. Et longtemps, tu as réagi à ce qui te paraissait mauvais. Tu as été un militant.
Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indien-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).
Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde. Prenant le contre-pied de l’hindouisme, la ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre Akhand Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort obligent à l’exil, nombre d’entre eux.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 :
Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
et Rushdie, essayiste est excellent,
     quand il s’en prend, caustique et hilarant, à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
     quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
     quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre ? qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre  « l’axe du mal », axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare;
mais  
simultanément aux récits sociaux et sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
1 - « La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ? »

2 - « Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper. »

Deux récits dont l’un, soi-disant scientifique, qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.

3 - « Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air. »

La boucle est bouclée. Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.
Et dans Trois femmes.

Mercredi 3 juillet, je suis invité à prendre l'apéro chez des enseignants d'université américaine qui viennent chaque été; discussion sur les USA aujourd’hui; elle, combat Trump, pour sa fille, le droit à l’avortement;
l’attentat n’a pas encore eu lieu
la lecture d'un article de Rushdie de 1985-1990 In God we trust ! me semble d'une justesse remarquable, un véritable tour du monde et dans l'histoire des relations entre politique et religions

13 juillet, fête à Corps Ça Vit, animation musicale assurée par un groupe du village dont le maire, violon, banjo, guitare acoustique, un adjoint au chant et guitare électrique, deux autres dont batteur; apéro-tapas; repas (sardinade ou grillade); dessert; feu d'artifice, bal; une centaine de personnes, très bonne ambiance, fluidité entre les différents moments;
je passe une bonne partie de la soirée à discuter avec un couple d'inconnus que j'ai branchés; lui et moi, aujourd'hui à des milliers de kilomètres, hier, possiblement proches;
lui de me dire : vous racontez ça parce que ça vous arrange;
bien sûr = phrase à interroger sous l'angle quel récit je veux pour vivre
à minuit, attentat contre Trump aux USA

14 juillet : fête nationale au monument aux morts puis apéro municipal; discussion avec le maire : le travail sur soi ne doit pas empêcher le combat politique et sociétal; il me donne son discours
 

Nuit du 14 juillet : nuit de rêves en nageant dans l’océan des histoires, métaphore de Rushdie; une métaphore genre les nuages à histoires me parleraient mieux; dans l’océan, je dois me jeter à l’eau; avec les nuages, je n’ai qu’à lever les yeux
je fais des rêves de plus en plus précis, où je suis présent, actif, sans être conducteur du rêve, rêves que je ne cherche pas à retenir même pour de futures histoires; je ne me vis pas comme un raconter d ‘histoires, un fabricant d’histoires, influencé par l’océan des histoires comme Rushdie racontant l’influence des lettres latines (Suétone) et italiennes (Italo Calvino) et du cinéma italien sur deux de ses romans : La honte, Les enfants de minuit

ceci dit la métaphore de l’océan des histoires ou celle des nuages à histoires (sachant que les nuages transportant pollens et poussières sont des ensemenceurs) me parlent aujourd’hui beaucoup plus que celle de la bibliothèque universelle des livres d’éternité de chacun dont internet est ce qui s’en approche de plus en plus;
 
avec cet océan, tu es tel un bouchon, qui flotte, est submergé par une vague, réapparaît avec une algue marine, un sac plastique, un fil de pèche, un bois mort, un os de seiche, une bouteille à la mer, un cadavre de migrant;
des scènes se déroulent : une femme te fait rire en début de nuit, apparue dès la plongée, d’une drôlerie par ses grimaces si expressives, satire des grimaces des grands masculins-émasculateurs de ce monde; grands refuseurs, chimériques furieux,   étroiteurs d’esprits, sectateurs paranoïaques, baladeurs de virus vérolés
tu te retrouves à filmer une façade  de décor, montrée comme telle, remplie de fenêtres donnant à voir des morceaux de paysages et de personnages en tous sens;
long travelling, plan-séquence style la soif du mal;
ici le musée des assassins des aspirations, ceux qui ont contribué à  désenchanter le monde, à faire tomber les voiles de maya-bayadère, à faire dépecer Orphée.

3 jours consacrés aux Essais de Rushdie, 15-16-17 juillet;

l’an dernier, tu avais lu les essais rassemblés sous le titre Patries imaginaires, parus en 10/18. Tu n’es pas revenu dessus. Par contre, tu as lu tout ce qui est rassemblé sous le titre Franchissez la ligne !, soit pages 575 à 1088.
D’abord, signaler l’incroyable : tu n’as pas trouvé une coquille. Rushdie doit être exigeant avec ses correcteurs et traducteurs. Merci. Tu avais déjà observé cela avec Le couteau. Pas une coquille.
Tu penses que nous avons affaire à un essayiste brillant, drôle, pertinent, lucide. Et lire des Essais allant de 1981 à 2002, ça nous fait faire de drôles de voyages avec de drôles de rappels.
Dans ces panoramiques, la France est assez peu présente mais quand il en parle (la corruption sous Mitterrand, le foot et Zidane, Pasqua et Talisma Nasreen, la France et Rushdie), c’est jubilatoire parce que le romancier use d’interjections Zut alors ! réaction présumée de Roland Dumas, surpris qu’on le poursuive, LUI. Évidemment, ces drôles de rappels, entrant en écho avec ce qui se passe aujourd’hui, plutôt pire (évaluation personnelle en contradiction avec mon désir de non-jugement), t’ont mis mal à l’aise.
Car on se rend compte que le problème palestinien dont on pensait avec les accords de Camp David que… eh bien…
Il met ce problème au centre même s’il ne développe pas, parce que cette question cristallise les relations entre l’Islam (pas du tout homogène) et l’Occident (pas du tout homogène), développe l’anti-américanisme et que les USA feraient bien de chercher à se faire des amis plutôt que des ennemis en intervenant partout.
Il en reste au succès de l’intervention américaine en Afghanistan (2002) comparé à l’échec de l’intervention soviétique (Les cercueils de zinc). Depuis, sous Trump, les USA se sont retirés, les talibans se sont installés au pouvoir.
Deux passages t’ont particulièrement intéressé parce que Rushdie use de ses talents de romancier pour tenter de construire une vérité au plus proche de la réalité qu’il tente de cerner, de décrypter, toujours complexe, plus incroyable que ce que l’imagination peut imaginer. Parce que l’homme lui-même est mariage du ciel et de l’enfer.  

« Nous avons fini par nous percevoir nous-mêmes comme des personnages composites, souvent contradictoires, voire intérieurement incompatibles. Nous comprenons que chacun de nous est une multitude de gens différents. Les moi de notre jeunesse sont autres que ceux de notre maturité : nous pouvons être hardis en compagnie de nos amants et timorés devant nos employeurs, plein de principes quand nous instruisons nos enfants et corrompus devant quelque tentation secrète…Le moi intégré cher au XIX° siècle a été remplacé par cette foule de moi qui se bousculent… Mais nous avons en même temps un sentiment relativement clair de qui nous sommes. »
Quand il écrit son article Gandhi, aujourd’hui, 1998, il met en oeuvre cette approche très plurielle, montrant les ambiguïtés, contradictions, limites de Gandhi dont l’influence en Inde est aujourd’hui, nulle, Gandhi devenu à son insu, une pub pour Mac et inspirateur avec d’autres des philosophies de la non-violence ou de la désobéissance civile, somme toute peu pratiquées en Occident.

« Les écrivains sont citoyens de nombreux pays : la région finie et délimitée de la réalité observable et de la réalité quotidienne, le royaume infini de l’imagination, la patrie à demi perdue du souvenir, les fédérations du coeur qui sont à la fois chaudes et froides, les États Unis de l’esprit (calmes et turbulents, larges et étroits, ordonnés et dérangés), les nations célestes et infernales du désir et peut-être la plus importante de toutes nos demeures - la république libre du langage. »

Dans N’y a t’il rien de sacré ? il dit
« Par transcendance, j’entends cet envol de l’esprit humain au-delà des limites matérielles et physiques de son existence que tous, laïques ou religieux, nous connaissons, au moins dans quelques occasions. La naissance est un moment de transcendance que nous mettons toute notre vie à comprendre. L’exaltation de l’acte d’amour, l’expérience de la joie et très probablement l’instant de la mort sont d’autres moments semblables. Le sentiment d’élévation de la transcendance, d’être plus que soi-même, de rejoindre d’une certaine façon la totalité de la vie est par nature de courte durée… L’âme a besoin de toutes ces explications, pas simplement d’explications rationnelles mais d’explications venues du coeur. »

Avec Alain Cadéo, nos échanges dans les dernières semaines avaient porté essentiellement sur ce que nous considérions comme l’essentiel.
correction du 14 juillet : remplacer l’essence par l’existence
nos échanges avaient porté existence-ciel-tellement sur ce que nous considérions comme l’existence-ciel.
À nos âges, c’est quoi la vie, la mort, la naissance, le passage, l’éternité, le mystère, le miracle.
correction du 13 juillet : remplacer les noms qui figent, essentialisent par des verbes qui font action, mouvement, énergie
à nos âges, c'est quoi vivre, mourir, naître, passer, éterniser, s'éterniser, mystérer, miraculer
Entre Rushdie et moi, il y a 7 ans d’écart, en plus pour moi. Ma métamorphose remonte à 2020. Du naturalisme métaphysique de Marcel Conche à un cheminement d’attention au miracle mystère de la naissance et au mystère miracle de la mort.
Exit, le recours aux explications scientifiques, aux constructions et déconstructions idéologiques. C’est la guerre sans fin des récits.
Rushdie pense que « dans les société libres, les idées doivent s’affronter librement. La discussion est nécessaire et il faut que celle-ci soit passionnée et sans entraves. Les sociétés libres sont dynamiques, bruyantes, turbulentes, pleines de désaccords radicaux. Le scepticisme et la liberté sont indissolublement liés. »
Je n’ai plus aucun intérêt pour le cirque politique, le cirque médiatique, le cirque sportif, le cirque olympique, j’en ai assez des bruits du monde. Je ne réclamerai jamais la censure de qui que ce soit, de quelque débat que ce soit. Mais je n’ai plus envie de dépenser de l’énergie à tenter de construire une vérité même complexe sur ce qui se produit dans le monde et n’ai nulle envie d’user de mon imagination pour, par des romans, tenter de cerner des personnages publics, célèbres, riches, menteurs, voyous, cyniques…
J’en suis à me demander avec plein de doutes, d‘hésitations quels mots, quels verbes plutôt, vais-je employer pour vivre la Vie dans l’émerveillement, l’enthousiasme, la joie, la gratitude, l’empathie, la compassion. Selon l’inouïe proposition de Jésus « aimez vos ennemis comme vous-mêmes »
En tentant les verbes, ça pourrait donner s’émerveiller des détails de la vie, s’enthousiasmer des imprévus et surprises offerts par la vie, joier-jouir de jour comme de nuit, en veilleur ou-et dormeur, de tous les incidents, accidents, instants, moments, éclats visuels, auditifs, gustatifs, olfactifs, tactiles, de tous les échanges par inspir-expir…
J’ai signalé dans ma note sur Le couteau de Rushdie, son absence de compassion. Cela correspond à sa conception de la morale : « les individus sont responsables de leurs actions ». Donc son assassin est responsable de son acte même s’il se déclare innocent pour avoir exécuté la fatwa pourtant annulée depuis 1999. Le temps de la compassion viendra peut-être après le procès.
D’autre part les terroristes fous de Dieu sont « contre la liberté d’expression, un système politique pluripartite, le suffrage universel des adultes, la responsabilité politique du gouvernement, les juifs, les homosexuels, les droits des femmes, le pluralisme, la laïcité, les jupes courtes, les danses, les fêtes, les baskets, les jeans, le rock, le rasage, la théorie de l’évolution, le sexe ».
Il nous faut donc vivre comme nous le faisons, sans peur, en acceptant sans excès étatiques des règles de sécurité supplémentaires et en cessant avec ces régimes qui se bouffent le foie entre eux, commerce d’armes, de drogues, de pétrole, d’oeuvres d’art…
On voit bien que cette conception semble naïve, optimiste. Qu’on pense au massacre de plus de 1000 femmes, enfants, vieillards et jeunes le 7 octobre 2024 par le Hamas, en Israël. Sans oublier les attentats antérieurs, un peu partout dans le monde.
Les états y compris dits démocratiques me semblent de plus en plus autoritaires et sécuritaires, contre leurs populations, soumise à de plus en plus de contrôles. Les états ont des intérêts à l’opposé de ceux de leur peuple (pas du tout homogène, uni par un « récit national » ou une certaine « idée » de la « nation ») qu’ils préfèrent diviser jusqu’au bord de la guerre civile (en France, on y aura sans doute droit), au service d’oligarchies, de puissances d’argent, de sociétés secrètes, de réseaux d’influence, débouchant sur la paranoïa légitime des théories du complot, retournés en complotisme par les médias main-stream aux mains d’ultra-riches, manipulateurs, fabricant de fakes-news.
Devant cet état du monde plein de bruit et de fureur, É Say Salé, auteur burkinabé, s’est amusé à écrire des farces
Moi, Avide I°, l’Élu
EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises
Vols de voix, farce pestilentielle sur la présidentielle de 2017, fabriquée avec des répliques copiées-collées de Facebook.
Cette farce me semble de ce point de vue là, une bonne riposte d’un traqueur du réel mais elle ne connaîtra pas le succès d’un roman de Rushdie..

 

13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie
13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie
13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie

13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie

 … poursuivre

après …

… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,

Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde; tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28  états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,

India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des milliers de dieux, de déesses, avec des milliers de bras…, ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate,  souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et je le voyais et cela ne m’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui  voient le mauvais et réagissent.

Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indo-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).

Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde, prenant le contre-pied de l’hindouisme. La ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre-Akhand-Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort l'obligent à l’exil.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 : Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
(- et Rushdie, essayiste est excellent, caustique et hilarant quand il s’en prend à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
- quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
- quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre  l’axe du mal, axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare)


mais  précédant ou simultanément aux récits sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ?
Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper.

Deux récits dont l’un soi-disant scientifique qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.
Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air.
La boucle est bouclée.

Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.

À Corps Ça Vit, le 14 juillet 2024, 9 H 30

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Dolly / Edgar et Diane Gunzig

2 Janvier 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #amitié, #amour, #engagement, #histoire, #les entretiens d'Altillac, #notes de lecture, #pour toujours, #vide quantique, #voyages, #écriture, #épitaphier, #vraie vie, #éveil

Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude
Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude
Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude

Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude

Dolly (sorti chez Lamiroy en Belgique en septembre 2023) a été placé sous le sapin par mère Noëlle qui est allée le chercher à la fabuleuse librairie Tropismes à Bruxelles, pendant le week-end du 24 au 26 novembre car impossible de trouver en librairie française un livre édité par un éditeur belge
alors finir l'année 2023 par la lecture en deux jours de Dolly d'Edgar Gunzig et Diane Gunzig avec une postface de Thomas Gunzig , le petit-fils de Dolly
c'est un moment fort en lien
avec la lecture que j'avais faite du manuscrit que m'avait envoyé Edgar
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Edgar Gunzig reçoit le vendredi 13 juin 2015, la photo sauvée par Francisco Boix de son père, assassiné le 28 février 1942 à 8 H 30 à Mauthausen (il a 37 ans) et se lance dans la reconstruction très documentée de l'histoire de son père intimement liée à l'histoire des Juifs de l'est de l'Europe, ici la Tchécoslovaquie
la photo n'est pas reproduite dans le récit, beau geste puisque le livre ramène à la vie celui dont le nom était inscrit dans le Totenbuch de Mauthausen et qu'avait découvert en octobre 1945, le soldat américain Jo Stripounsky, neveu de Dolly, matricule 11552; ils s'étaient séparés le 10 mai 1940, à la frontière française; Jo et sa famille, belges, avaient pu entrer en France puis partir pour les Etats-Unis. Dolly, tchèque, avait été refoulé avec Rachel.
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Dolly,
c'est une plongée
- dans une histoire de tresse entre Histoire avec grande H et histoires de personnes militantes, principalement juives, motivées par des idéaux de justice, de solidarité (Jacques, Rachel, la mère d'Edgar, et tant d'autres)
- se tressent
les conditions de l'arrivée au pouvoir d'Hitler et du nazisme, de la solution finale (Shoah), de la 2° guerre mondiale, de la confrontation à mort avec le stalinisme (le bolchevisme juif, dixit Hitler) après l'épisode du pacte germano-soviétique
et les intrications avec le parcours militant de Jacques Gunzig, père d'Edgar Gunzig, se retrouvant par choix idéologique de sioniste laïque dans un kibboutz en Palestine en 1931 et comprenant sur place que le sionisme n'est pas la solution à la question juive, d'où son choix du communisme
- c'est un retour sur mes douze années de militantisme trotskiste
Jacques Gunzig fut faussement accusé par deux commissaires politiques staliniens de déviationnisme trotskiste (cela se traduisait le plus souvent par une balle dans le dos, beaucoup de militants du POUM et d'anarchistes furent assassinés par les staliniens) pendant sa participation de 1937 à 1939 avec sa femme Rachel (Edgar naîtra en Espagne, à Mataro, le 21 juin 1938) aux Brigades Internationales en soutien aux républicains espagnols contre le putsch des nationalistes franquistes;
il n'eut pas le temps ni la possibilité de revenir sur son choix idéologique du communisme stalinien; il n'a rien su des procès, des purges, des famines provoquées, du goulag
je suis convaincu que la solution n'est pas du côté du trotskisme, pas du côté de la révolution ou de la grève générale,
et, c'est une conviction récente, pas du côté de la démocratie soi-disant représentative;
j'avoue ne plus savoir si le monde saura en finir avec le capitalisme ou si le capitalisme débouchera sur le suicide de l'humanité
- c'est en résonance très forte avec ce qui s'est déclenché depuis le 7 octobre 2023 tant à Gaza (Hamas fasciste) + (réaction disproportionnée au service d'une politique de colonisation du gouvernement d'extrême-droite d'Israël) qu'en Cisjordanie (agressions des colons et militaires israéliens) et dont les conséquences désastreuses sont devant nous
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un livre qui devrait être lu par le plus grand nombre car le panoramique historique, géographique et idéologique balayé est vertigineux (sur plus d'un siècle avec le rôle du père de Jacques-Dolly, Ie rabbin Israël Gunzig, installé dans la synagogue de Lostice en Tchécoslovaquie)
et surtout peu connu
(avoir été militant révolutionnaire est de ce point de vue une chance car on a eu accès à une autre histoire de l'Histoire que les histoires officielles, sachant cependant que toutes les histoires sont toutes des histoires qu'on se raconte, des légendes, ni fausses, ni vraies, mais nécessaires et éphémères)
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merci au hasard (?) qui a permis à Edgar Gunzig d'accomplir avec Diane ce formidable travail d'épitaphier qui n'épuise pas son questionnement sur ce père perdu à l'adolescence (en particulier son rôle dans l'Orchestre rouge; pourquoi ne fuit-il pas lors du démantèlement de l'antenne bruxelloise ?)
mais livre aux lecteurs de quoi être ému, bouleversé, questionné, interpellé
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si vous voulez en savoir plus sur Edgard Gunzig, lisez Relations d'incertitude, co-écrit avec Elisa Brune ((1966-2018)
Edgard, physicien reconnu, propose à une jeune journaliste d'écrire un ouvrage de vulgarisation. Rapidement, la discussion scientifique se mue en une longue confidence à bâtons rompus. Du Big Bang aux cachots de la douane indienne, de la guerre d'Espagne à la Pologne communiste des années cinquante, de l'enfance cachée pendant la guerre au vide quantique générateur d'univers, Edgard livre les épisodes d'un destin plus que mouvementé.
Disponible en poche chez Espace Nord
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j'ai lu ce roman à sa sortie en 2004, rencontré Edgard Gunzig au salon du livre à Paris en 2005 et c'est ainsi qu'il m'invita à Peyresq Physics 12, les 19 et 20 juin 2007 puis que j'ai organisé sa rencontre avec Marcel Conche à Altillac, le 11 novembre 2009
le siècle de Marcel Conche avec le texte d'Edgar Gunzig rencontre de deux ignorants

le siècle de Marcel Conche avec le texte d'Edgar Gunzig rencontre de deux ignorants

Edgar Gunzig

rencontre de deux ignorants

Mon cher Marcel Conche,

Voilà plus de dix ans, le 11 novembre 2009 à Altillac, qu’eut lieu, à l’initiative de Jean-Claude Grosse, la rencontre de deux « ignorances », celle du philosophe annonçant d’entrée de jeu, sa méconnaissance de la physique et celle du physicien peu éclairé en philoso- phie.

Malgré le peu de compatibilité entre les deux discours, le scientifique et le métaphysique, l’échange fut vif, fructueux, très cordial et non dépourvu d’humour. Il me laisse un souvenir durable et joyeux.

Vous nous parliez de l’infini de la Nature, moi de l’infini de l’Univers.

Cet Univers qui existe depuis 13,7 milliards d’années mais aussi depuis toujours... Cette affirmation appa- remment contradictoire prend néanmoins tout son sens dans un contexte cosmologique novateur (1,2,3,4) : l’Univers n’a d’autre origine que...lui-même !

Il est sa propre cause et s’auto-engendre dans une dé- marche circulaire que les anglo-saxons désignent par l’expression « free lunch », créer quelque chose à par- tir de rien, sans faire appel à un point d’appui et sans apport d’énergie extérieure, par la seule mise en oeuvre adéquate de ressources, d’actions et d’énergies internes. L’expression « bootstrap », littéralement « se hisser en tirant sur ses bottes », se réfère à ce type de situation.

Le bootstrap se retrouve ainsi au coeur de toute dynamique autonome, toute activité qui s’auto- engendre, auto-consistante, fonctionnant en boucle fermée, indépendante de tout ce qui lui est extérieur. Il est à l’oeuvre dans tous processus scientifiques, phi- losophiques, artistiques...qui se créent, se façonnent réciproquement et s’enrichissent par le biais d’un jeu interactif entre l’oeuvre créée et son créateur. Ce dernier pourrait alors dire à l’instar de Montaigne à propos de ses « Essais »: « J’ai autant fait mon oeuvre qu’elle m’a faite »... et Marcel Conche ?

Que l’Univers lui-même puisse s’autocréer sans le recours à un quelconque « extérieur », d’ailleurs inexis- tant, traduit l’ouverture conceptuelle majeure qui bouleverse la physique d’aujourd’hui : la création d’une connivence indissociable entre le temps, l’espace, la matière et l’acteur essentiel, le « Vide Quantique ». C’est autour de ce dernier que s’articule un dialogue inattendu entre le contenant spatio-temporel et le contenu matériel de l’Univers : l’expansion de l’espace et son contenu matériel s’engendrent l’un l’autre dans un « bootstrap cosmologique » énergétiquement gratuit, une rétro-action géométrico-matérielle à l’échelle cosmologique : l’énergie gagnée par le contenu matériel créé étant intégralement puisée dans la géométrie dynamique de l’espace-temps. C’est elle qui, en retour trace les trajectoires des corps matériels et du rayonnement.

Les équations d’Einstein de la relativité générale représentent les contraintes mathématiques précises qui expriment les liens indissociables entre l’espace, le temps, la matière et ...le vide. Elles gèrent les rapports intimes qu’ils entretiennent au coeur des deux grands courants de la physique contemporaine, la relativité générale et la théorie quantique des champs. Elles décrivent une dynamique d’un genre nouveau, la rétroaction perma- nente entre le contenu de matière-énergie de l’univers et sa géométrie, situation sans précédent en physique.

Les questionnements essentiels, qui se posent au sein de ce cadre conceptuel, s’articulent autour de la manière dont l’expansion de l’espace-temps et son contenu matériel se conditionnent l’un l’autre. Autrement dit, comment ce contenu matériel quantique ressent-il cette expansion et, point capital, comment se comporte son état fondamental, par définition son état d’énergie minimale non nulle, le vide quantique ? Cette dynamique entrelacée se déroule sous la contrainte des équations d’Einstein semi-classiques : la géométrie de l’espace-temps y est décrite classiquement alors que son contenu matériel l’est quantiquement. L’expansion de l’espace produit sa propre énergie analogue à celle que produirait une source d’énergie extérieure, et crée ainsi son contenu matériel.

C’est comme si l’Univers possédait son extérieur énergétique en lui- même.

C’est pourquoi cette création, qui ne résulte que de transferts internes d’énergie, est ainsi globalement gratuite. C’est la stratégie la plus subtile jamais mise en oeuvre par l’univers, celle de son autocréation ! La mise au point de cette cosmologie autoconsistante, fut le fruit des travaux déployés par quelques physiciens (1,2,3,4) désireux de cerner le moment zéro de l’émer- gence physique de l’univers issu d’un vide quantique « primordial ». Celui-ci devient l’acteur central d’une histoire cosmologique semi-classique de l’univers. Ce vide quantique est par essence dépourvu de parti- cules réelles mais est le siège d’une mouvance irréduc- tible par principe, les fluctuations quantiques du vide, porteuses de l’énergie de ce niveau fondamental.

La création de particules au sein de ce vide, requiert un apport suffisant d’énergie à ces fluctuations pour qu’elles puissent se « matérialiser » et transporter alors l’équivalent énergétique de la masse de ces particules réelles ainsi créées. Dans ce contexte cosmologique, il n’y a pas d’« ailleurs » de l’univers d’où cette énergie pourrait être importée, semblant ainsi interdire a priori de telles créations.

Et pourtant, il nous est apparu (1,2,3,4) que l’univers en expansion est le seul système physique qui fasse exception : il contient en lui-même un réservoir énergé- tique dans lequel le champ peut puiser l’énergie qui lui convient. C’est dans un dialogue entre les fluctua- tions quantiques du champ matériel et la géométrie courbée de l’espace-temps qu’apparaît une forme inattendue d’énergie, celle qui est associée à l’expan- sion géométrique de l’univers, donc à la géométrie de l’espace-temps dynamique. Cette source géométrique d’énergie donne au vide quantique la possibilité de s’ex- primer cosmologiquement : l’expansion cosmologique de l’espace induit l’excitation du champ quantique, donc la création associée de particules matérielles. Cette matière ainsi créée rétroagit alors en conditionnant, à son tour, l’expansion qui lui a donné naissance... Extraordinaire serpent cosmologique qui se mord la queue ! Bel exemple de mécanisme de rétroaction régi par les équations d’Einstein. C’est une réponse surprenante et essentielle au questionnement relatif au pouvoir créateur du vide : ce processus de feedback géométrico-matériel peut en effet s’enclencher quel que soit l’état quantique initial du champ... même si c’est précisément son état de Vide.

L’existence préalable de matière n’est donc pas requise pour amorcer sa propre création. La totalité du contenu matériel de l’univers pourrait-il donc résulter de ce scénario autocréateur ? Si ce dernier est concep- tuellement attrayant, satisfait-il pour autant à toutes les contraintes de la théorie ? Autrement dit, est-il décrit par une solution des équations semi-classiques d’Einstein qui gèrent ce problème ?

Question conceptuellement excitante s’il en est.

Notre travail collectif (1,2,3,4) aboutit à une conclu- sion plus que satisfaisante : il existe bien une solution mathématique exacte qui décrit ce mécanisme cosmo- logique autoconsistant par lequel la matière, qui est entièrement produite par l’expansion, est précisément celle qui soutient cette expansion au sein d’un bootstrap géométrico-matériel. C’est un phénomène coopératif à l’échelle cosmologique, responsable de la produc- tion coordonnée du contenu matériel de l’univers et de son expansion : la matière créée par l’expansion en est également le moteur. Ce mécanisme coopératif de création souligne un rôle inattendu de l’espace-temps dynamique : le milieu matériel cosmologique s’engendre lui-même par espace-temps interposé́.

Cette prouesse cosmologique est donc énergétique- ment gratuite car elle ne résulte que de transferts internes d’énergie entre la géométrie et la matière, c’est donc un free lunch cosmologique.

Voilà comment le dialogue entre la relativité générale et la théorie quantique des champs pourrait ouvrir la voie à une histoire cosmologique d’un genre nouveau... l’émergence de l’univers à partir du vide quantique pri- mordial.

En dépit de la beauté formelle de ce mécanisme cosmologique autoconsistant exact, le physicien se doit de poser ici la question cruciale : cette solution mathé- matique a-t-elle des raisons physiques de se matériali- ser au coeur de ce vide quantique ?

La réponse positive à ce questionnement résulte d’une propriété ésotérique de ce milieu particulier : son éner- gie étant la plus basse des énergies compatibles avec les règles du jeu quantique, elle ne peut descendre sous ce seuil et ne peut ainsi que rester constante au cours de l’expansion, propriété étrange qui implique- rait que la pression du vide quantique serait négative et engendrerait par cela même un effet gravitationnel répulsif, une antigravitation. C’est elle qui induirait l’expansion et lancerait la création autoconsistante de matière. Un hypothétique vide quantique primordial soumis aux effets de son autogravitation répulsive ne pourrait dès lors que se transformer en un univers matériel en expansion...le nôtre?

L’histoire cosmologique de l’Univers ne résulterait pas de l’explosion mathématique, cataclysmique, infinie de Tout dans Rien, le Big Bang, mais émergerait physi- quement, sans fracas énergétique, d’une instabilité d’un vide quantique primordial soumis aux effets de son au- togravitation répulsive.

Cette propriété déterminante ouvre la voie à des his- toires cosmologiques inconcevables dans le cadre de la cosmologie einsteinienne classique : l’expansion de l’univers naissant est exponentiellement accélérée, sans commune mesure avec l’expansion décélérée du modèle cosmologique standard, c’est une inflation cosmologique. Cerise sur le gâteau : c’est elle qui éradiquerait un grand nombre de ses pathologies et énigmes.

Voilà mon cher Marcel Conche comment l’univers en expansion pourrait se faire naître lui-même. Il s’inspirerait ainsi du Dieu du « Livre des morts de l’Egypte ancienne » clamant : « Je me suis engendré moi-même à partir de la substance originelle que j’ai faite. »

1. R. Brout, F. Englert, E. Gunzig, « The Creation of the Universe as a Quantum Phenomenon, Ann. phys., 115, 78, 1978.

2. E. Gunzig, P. Nardone, « Self-Consistent Cosmology, The Inflationary Universe and all that... », Fund. Cosmic. Phys., 11, 311-443, 1987.

3. E. Gunzig, « Du vide à l’Univers », dans « Le Vide, Univers du Tout et du Rien », 467-486, Ed. Complexe ( Bruxelles, Paris), 1998.

4. E. Gunzig, « Variations sur un même ciel », Ed. la ville brûle (Paris), « Cyrano, le bootstrap et l’histoire cosmologique du vide », 249-266, 2012.

Ce petit travail n’aurait pas vu le jour sous cette forme sans le soutien de ma femme.

Merci Diane, Edgar.

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

JEAN-CLAUDE GROSSE

OPACITÉ/TRANSPARENCE

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

10 août 2013. Soirée (g)astronomie au gîte de Batère, 1 500 mètres d’altitude, à Corsavy. Ciel constellé. Pour observation après le repas.

Ont été invités Ada Lovelace, descendante de Lord Byron, 36 ans, cosmologue, génie du calcul intensif et Marceau Farge, fils de paysans corréziens, 91 ans, philosophe naturaliste d’une grande liberté d’esprit.

MARCEAU – Je me suis souvent demandé, Madame, ce que nous apportait la science: des certitudes valables un temps seulement, souvent contestées du temps même de leur prééminence, sur lesquelles s’appuient des volontés intéressées de maîtriser la nature et l’homme. N’est-ce pas ainsi qu’il faut voir la recherche acharnée des constantes universelles ?

ADA – Les quinze constantes physiques actuelles sont d’une précision et d’un équilibre qui nous ont rendu possible: matière, vie, conscience. Votre méditation métaphysique, cher Marceau, n’est qu’une spéculation solitaire sans vérifications. Les chercheurs avec leurs télescopes comme Hubble captent des lumières (la gamma, la X, l’ultraviolette, la visible, l’infrarouge, la radio) de plus en plus faibles provenant de l’univers (sans lumières, ils sont dans le noir). Voir faible c’est voir loin dans l’espace indéfini et tôt dans le temps immense. Nos tâtonnements lents, rigoureux, collectifs, débouchent sur un modèle d’univers cohérent et beau, en symbiose avec nous.

MARCEAU – La disproportion entre l’opacité et la clarté ne plaide-t-elle pas pour la méditation impatiente et quasi- aveugle sur l’opacité? Elle ne dérange pas l’ordre des choses étant sans volonté de puissance, sous-jacente au désir de savoir.

ADA – Vous provoquez là ! Votre métaphore n’a rien d’aveuglant. Nous, chercheurs, mettons en place des notions nous permettant d’éclairer l’opacité : hasard, chaos, inflation, singularité, fluctuation quantique. Nous voyons se multiplier les paradoxes qui mettent en difficulté nos modèles à contraintes et constantes

MARCEAU – la métaphysique a inventé des modèles depuis longtemps. Anaximandre, son infini, son germe universel, Héraclite, le feu comme principe de création, destruction, bien avant votre big bang, Démocrite, ses atomes, Épicure, le clinamen (une déviation, une mutation). La contemplation ouvre sur des visions développées en métaphores

ADA – vos métaphores métaphysiques, Marceau, sont figées. Nos paradoxes scientifiques sont dynamiques. Pensez aux effets du paradoxe EPR (1935) qui révèle qu’ici est identique à là (1998). Observer en 1998 que l’expansion de l’univers, décelée en 1929, est en accélération oblige à poser l’existence d’une énergie répulsive responsable de cette accélération: l’énergie noire. Les calculs intensifs, pétaflopiques, bientôt exaflopiques, que j’entreprends avec les calculateurs Ada et Turing sont réalisés pour tenter de la caractériser avant de la déceler.

MARCEAU – On a donné votre prénom à un calculateur pétaflopique ? (Elle rit.) Rien n’interdit ma méditation de se nourrir de vos calculs. Échange chiffres contre images. Pour évoquer la recherche de la vérité, j’imagine un archer tirant dans le noir. Où est la cible ?

ADA – Les constantes sont d’une telle précision qu’il faut que votre archer vise une cible d’un centimètre carré, placée aux confins de l’univers. Enlevez un 0 à 1035 et vous avez un univers vide, stérile.

MARCEAU – Savoir que nous sommes des poussières d’étoiles dans un univers anthropique, connaissances scientifiques du jour, enrichit ma pensée de la Nature, m’évite de m’égarer dans une théologie créationniste ou dans une métaphysique matérialiste, déterministe et réductionniste comme celle du Rêve de d’Alembert de Diderot

ADA – d’autant que nous distinguons deux sortes de matières, la matière lumineuse, visible, connue et la matière noire, jamais observée, inconnue, comme l’énergie noire

MARCEAU – si vous permettez que je vous appelle Ada, le noir, Ada, semble dominer en astrophysique

ADA – 73 % d’énergie noire, 23 % de matière noire, 4 % de matière ordinaire dont 0,5 % de matière lumineuse, telles sont les proportions proposées aujourd’hui pour l’Univers

MARCEAU – soit 0,5 % de clarté pour 99,5 % d’opacité. Le raccourci de la méditation sur le Tout de la Réalité me convient mieux que le long chemin sinueux de la connaissance parcellaire qui bute sur le mur de Planck.

ADA – Cela nous mène où, Marceau ?

MARCEAU – vous Ada à savoir presque tout sur presque rien, moi à voir la Nature comme infinie, éternelle, un ensemble ouvert, aléatoire, en perpétuelle création de mondes inédits, ordonnés, périssables, inconnaissables. Notre conversation par exemple n’était pas programmée bien qu’annoncée. Elle est inédite et restera unique. Parce que c’est vous, parce que c’est moi. L’infini ne s’épuise pas et ne se répète donc pas. Dans de telles conditions de créativité au hasard et d’inconnaissance de cette créativité, la seule attitude me semble être le respect de ce que je ne peux connaître complètement selon le théorème de Gödel de 1931.

ADA – Connaisseur à ce que j’entends. Le chemin de la connaissance scientifique est à l’opposé de votre raccourci méditatif sur le Tout. Il ne vise à expliquer que du détail, même aux dimensions de l’Univers. Il rend compte de ce qui existe par des lois et du chaos, facteur de créativité.

MARCEAU – Pourquoi ce détail, Ada, l’origine de l’Univers, plutôt que tel autre ? parce que la métaphysique vous attend aux confins. Expliquer par du nécessaire et du contingent n’empêche pas les trous noirs entre les différents domaines expliqués incomplètement.

ADA – Ce sont les visages troués de votre Nature.

MARCEAU – Je médite sur ces visages mais j’en vois les limites, Ada. L’Univers n’est pas la Nature. Vous vouliez un tableau fidèle. La Réalité vous impose le flou quantique.

ADA – Votre raccourci vous a demandé une vie pour déboucher sur une métaphore de dix lignes

MARCEAU – sur l’étonnement et l’émerveillement, chère Ada. Ce qui nous a construits par asymétries et découplages, des atomes primordiaux aux éléments chimiques, puis par code depuis LUCA, des gènes aux hémisphères cérébraux, si dissemblables, le droit (celui des images), le gauche (celui des calculs). Ce qui nous a conduits par les chemins sinueux de la causalité probabiliste, par les raccourcis de la liberté, à Corsavy, aujourd’hui, pour contempler la Beauté.

(Il plonge ses yeux rieurs dans les siens. Elle rit.)

Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.

Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.

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Molière Matériau(x) / Pierre Louis-Calixte

16 Décembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #amitié, #essais, #histoire, #pour toujours, #spectacles, #vide quantique, #vraie vie, #écriture, #épitaphier

le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle
le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle
le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle

le monologue avec un corps d'acrobate contorsionniste, les deux affiches du spectacle

Jeudi 14 décembre 2023, 19 H 30, à L'Atelier, fabrique d'imaginaires, 50 places, à Privas, Ardèche, département sans gare, 1° de 4 représentations de Molière Matériau(x) de et par Pierre Louis-Calixte, 524° sociétaire de la Comédie Française.

Parti avec un ami à 10 h du matin, nous arrivons à 14 h chez les organisateurs. Le sociétaire est là. Nous sommes invités à partager une omelette aux herbes. Les échanges sont vifs entre nous. On parle chiffres, nombres, mots, métaphores, outils nous aidant à raconter le monde et l'univers avec une question métaphysique indécidable : les lois de l'univers sont-elles fabrication de l'esprit humain ou sont-elles des lois objectives de l'univers ? Ça vole haut. Pierre est content. Ça lui vide la tête. Vers 16 h, il part se mettre en place, se concentrer.
Avant le spectacle, vin rouge chaud.

19 H 30, la salle est pleine. Courte présentation par l'organisateur, Dominique Lardenois.

Pour ce spectacle négocié avec la Comédie Française, pas de costumes, pas d'accessoires. Une table ronde trouvée au secours populaire, une chaise achetée à Emmaüs, des bouquins de et sur Molière, une canne, une caisse de rangement de matériel. Pierre nous demande d'imaginer 7 costumes qu'il décrit, de bien repérer ce qui se passera pour le dernier costume, celui de Cléante, quand il fera pivoter de 180°, le portant à vêtements imaginaire.

Un théâtre pauvre cher à Jerzy Grotowski et à Eugénio Barba.

L'ambiance est créée. C'est Pierre, l'homme et l'acteur, qui sera le seul maître d'oeuvre. Au su et au vu de tous, attentifs au moindre trou, lapsus, maladresse comme à toutes les réussites-performances, offertes en abondance.

- l'homme pour la partie récits de vie, confidences en quelque sorte sur les signes, métaphores filées qui l'ont amené à se retrouver à écrire en état de flow et en neuf mois (hasards ?), ce monologue (il apprend un an pile après la disparition de son père que ça intéresse Actes-Sud Papiers - hasard ?) dans lequel s'égrènent les coïncidences, hasards ténus l'ayant conduit à être un des interprètes de Molière.

Ce sont des signes ténus : des prénoms similaires, Louis, son grand-père paternel, Louis, le grand-père de Molière, l'ouverture que fut sa première montée sur une estrade à Yaoundé, à 10 ans, pour être Harpagon, la canne ayant induit les mouvements du corps voûté, la même émotion chez Jean-Baptiste, à 10 ans aussi...

- l'acteur quand il devient  tel ou tel, Alfred de Musset sur Molière, Jean-Luc Lagarce  quand il est le Louis de Juste la fin du monde, Cléante et là, des éclats, les éclats de l'acteur jouant de son corps, de ses vibrations, de ses énergies venues des pieds, du ventre, modifiant le faciès, la forme mouvante du corps. C'est incandescent.

C'est du théâtre-action comme m'en a parlé Anatoli Baskakov racontant Stanislavski et sa disciple dont il fut l'élève, Maria Knebel.

C'est le flow tel que décrit par Dean Porter, escaladeur de l'extrême :

Le flow est un état totalement centré sur la motivation. C’est une immersion totale, qui représente peut-être l’expérience suprême, employant les émotions au service de la performance et de l’apprentissage. Dans le flow, les émotions ne sont pas seulement contenues et canalisées, mais en pleine coordination avec la tâche s’accomplissant. Le trait distinctif du flow est un sentiment de joie spontané, voire d’extase pendant une activité.

Ces métamorphoses que nous voyons, vivons, ressentons, nous finissons par en comprendre l'origine et le cheminement quand Pierre se demande à la toute fin c'est quoi le chemin des mots d'un personnage au-dedans de soi ? Nous en avons savouré l'expression présente, au présent et présent fait à tous, dans un partage de joie. Et c'est bien autre chose que le plaisir.

J'avais trouvé le livre chez Dominique Lardenois, l'avais lu, emporté, relu et va savoir pourquoi, ce monologue fort bien écrit, cette légende de Pierre et Jean-Baptiste se rencontrant à 4 siècles d'intervalle m'a mis en branle vers une autre légende, écrite plusieurs jours avant le spectacle et que j'ai lue (après le spectacle, après le pot offert, après les signatures et dédicaces) quand nous nous sommes retrouvés à 6 autour d'une choucroute chez Dominique et Nadine, de 22 h 30 à 1 h du matin, le 15.

Don, contre-don m'a dit Pierre

potlatch des Kwatiutl (des kwakwaka'wakw qui vivent sur la côte centrale de la province de Colombie-Britannique au Canada), ai-je répondu, pensant à mes cours d'ethnologie en Sorbonne et au Musée de l'Homme, vers 1965-1970.

J'aurais pu dire loi de l'échange-don énoncée par Sganarelle (qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre) dans ce qu'on appelle l'éloge du tabac dans Dom Juan, éloge du tabac comme clef de lecture de l'incroyable punition céleste-infernale du grand méchant homme.

Merci à tous. Ci-dessous, ma légende en écho à celle de Pierre Louis-Calixte.


En  projet : faire venir Molière Matériau(x) aux Comoni au Revest et au Théâtre Denis à Hyères (2024-2025) avec travail en amont auprès des élèves du Conservatoire et ateliers théâtre de l'agglomération.

la couverture du monologue, le dos d'un acrobate contorsionniste, d'un athlète du corps

la couverture du monologue, le dos d'un acrobate contorsionniste, d'un athlète du corps

Ma légende de la rencontre de Pierre avec le corps et l'âme de Jean-Baptiste, inspirée par le monologue de Pierre, écrite bien avant le spectacle et offerte à Pierre, après le spectacle.

Molière-Matériau(x)
Pierre Louis-Calixte
Actes-Sud Papiers, mai 2023
En la mémoire de Michel Louis-Calixte

Voilà une commande, écrire un monologue sur Molière, donc un texte destiné à être joué, qui plus est, à vous demandé, comédien de la Comédie Française, la Maison de Molière, vous étant retrouvé sociétaire de ce lieu de mémoire vive, au pied levé, en remplacement d’un sociétaire brutalement décédé d’un arrêt cardiaque au sortir d’une soirée où trois sociétaires s’étaient amusés à en mourir de rire, à faire semblant de mourir, oeil révulsé, filet de bave aux lèvres, à contrefaire le mort comme peuvent le faire les comédiens et les enfants.

Le titre Molière-Matériau(x) m’évoque le Médée-Matériau d’Heiner Muller dans lequel je relève :

Des comédiens voilà ce que vous êtes
Des enfants de la trahison
Plantez vos dents dans mon cœur et partez
Avec votre père qui a fait de même avant vous …
Eh bien pars pour tes nouvelles noces Jason
Je ferai de la jeune mariée une torche nuptiale
Regardez maintenant votre mère vous offrir un spectacle
Voulez-vous la voir brûler la jeune mariée
Sur son corps à présent j'écris mon spectacle
Je veux vous entendre rire quand elle criera
Avant minuit elle sera en flammes


Le spectacle tragique du pire, vengeance et infanticide, qui laisse le spectateur médusé, tétanisé comme ce fut le cas pour ceux qui virent la Médée incarnée par Valérie Dréville. (voir 4 liens)


Pour Jean-Baptiste, le spectacle sera celui du rire.
Qui rit de qui ? Les courtisans médisants, se riant de Molière, montant une cabale contre lui ? Molière se riant de lui et de la cour ? (Voir 4 liens)


Écrivant ce monologue, Pierre, vous vous rendez vite compte que vous en tenir aux faits, réduits à des actes administratifs, c’est rater la vérité d’une existence.

Vous en arrivez à penser que tout récit portant sur une existence est inévitablement romanesque, pris dans un flow, un flux, un flou romanesque.

"Vous avez été happé par cette aventure d’écriture, en somnambule, en funambule, sans plan, sans personnages, sans péripéties, littéralement possédé, porté par un flux vous traversant, un flow créatif par lequel vous vous êtes laissé entraîner, sans censure, sans jugement de surplomb, laissant converger sans tri, comme ça venait, souvenirs, projets, réel, imaginaire, humour, pulsions intenses et moments présents." (Et ton livre d'éternité ? page 620)

Le mot légende est employé. Je vais l’employer aussi.
Pierre, avec ce monologue, vous avez fabriqué une légende de Jean-Baptiste, votre légende, tant celle de Jean-Baptiste que la vôtre.
Légende nourrie de ce que vous appelez coïncidences et hasards. Mots non définis dont le flou sémantique ajoute au flou romanesque.
De la canne de votre grand-père au bâton de Bernard Bloch dans Le Malade imaginaire mis en scène par Jean-Luc Lagarce.
De la canne au canapé récupéré dans la maison de campagne de Molière à Auteuil et qui fut donc peut-être un canapé de Molière.
Du costume de Daniel Znyck au vôtre, à savoir celui de Daniel, retaillé avec collants dégoulinants, ça fera rock vous dit le maître-couturier de l’illustre théâtre.
Des trous de mémoire de votre père, victime d’Alzheimer, aux trous de mémoire du comédien sur scène.
De la nourrice de Jean-Baptiste, Marie de La Roche au lieu-dit La Roche de vos parents.
De votre grand-père Louis vous prêtant sa canne pour dire à 10 ans, Harpagon, sur une petite estrade de salle de classe à Yaoundé au grand-père à la canne de Jean-Baptiste, Louis Cressé, l’amenant au théâtre dès l’âge de 10 ans.
De la fluxion dont s’amuse Jean-Baptiste sur scène et dont il meurt à la 4° représentation du Malade imaginaire le 17 février 1673 à votre maladie, une leucémie qui vous immobilise longuement.
Il suffit d’aligner ces coïncidences, ces hasards pour s’en émerveiller et en douter.
S’en émerveiller oui car ça donne un monologue débouchant sur l’enchaînement des questions posées à la fin :
c’est quoi le cheminement des mots d’un personnage au-dedans de soi. Ces mots dans lesquels on a une foi totale. D’autant qu’on se rend compte qu’il n’y a presque rien d’autre à faire que de les dire, ces mots, parce que le seul fait de les dire, ces mots-là, agencés de cette manière-là, suffit à nous modifier, à nous agiter l’âme et le corps.
En douter parce que votre rencontre, Pierre et Jean-Baptiste, n’était peut-être pas due aux hasards et coïncidences mais était nécessaire.
Là s’ouvre un mystère. Ce serait quoi cette nécessité qui vous amènerait Pierre à donner corps à plusieurs siècles d’intervalle à quelques personnages de Molière, joués par Molière, hier, par vous, aujourd’hui.
Un mot important de votre monologue peut nous guider, nous éclairer, le mot présence :
à travers, l’expérience physique que cela a été d’incarner Louis (dans Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce), j’ai eu le sentiment qu’il me faisait un cadeau en retour : celui de me révéler ce lien étrange entre disparition et surcroît de présence, entre présence et effacement … Louis m’avait soufflé que vivre sans la perception de sa mort prochaine, c’est comme vivre à demi.
Vivre sous l’horizon de la mort, projet de Michel de Montaigne, projet de Marcel Conche. Vivre vraiment, c’est vivre en se sachant et en se voulant mortel. Heureusement qu’on meurt ! s’est exclamé Marcel Conche, un jour de discussion sur un trottoir d'Altillac.
Présence peut s’entendre comme le présent du moment présent et comme un présent, un cadeau, un don.
Au sens de présent, il n‘y a de temps que le présent. Passé, futur sont des fabrications de l’esprit humain. S’il n’y a que le présent, on a affaire à l’éternité. De toute éternité, Jean-Baptiste devait exister, Pierre devenir un de ses interprètes. Cela vaut, même si on croit au passé et au futur.
Soit le moment présent, il passe mais il sera toujours vrai qu’il a eu lieu. Le présent devenant passé passe mais ne s’efface pas. Tout est mémorisé au moment où cela se vit, s’effectue, indépendamment des souvenirs qu’on en garde ou qu’on oublie ou qui reviennent avec un goût de madeleine. Pas besoin de partir à la recherche du temps perdu. Tout est mémorisé dans l’instant, peut-être dans les nombres-univers.
Jeuh suis vieux de toute l’histoire, impossible à raconter, de la Vie dans l’univers. Mon microbiote, ce sont des bactéries colonisatrices vieilles de plusieurs milliards d’années. Mon ADN me survivra un million d’années après moi, rendant possible mon clonage. (rire)
Soit le futur. Je m’installe dans le canapé et je décide que je vais bien alors que je suis mal. Je respire amplement, abdominalement, avec des lunettes roses et ce futur agit sur mon état présent. En 15’, je me sens mieux. La méthode d’Émile Coué.
Le corps occupe l’essentiel de votre monologue, jusqu’à ce corps d’hypocondriaque, dévorant tous les autres corps, qu’il use en les mettant à son service.
Surgit alors, à la fin, quand se disent les mots qui agitent, le mot âme, précédant le mot corps.
Cela me permet d’achever la légende à laquelle je crois. Il n’y a pas d’âme individuelle que les religions décrètent immortelle, pas d’âme immortelle de Molière, pas d’âme immortelle de Pierre,

il n’y a qu’une âme, éternelle, une source, infiniment créatrice, un souffle, éternellement créateur, une âme-Vie à voir peut-être comme un Océan de copulation kosmorgasmik mais peut-être aussi comme un Vide créateur

(le vide qui fait le bol du potier, synecdoque du contenant dans lequel je mets le contenu que jeuh veux)

s’incarnant à tel moment du présent en Jean-Baptiste, à tel autre en Pierre, comme une transmission de relai, ici le relai du jeu théâtral

le jeu théâtral comme métaphore-métonymie-synecdoque peut-être du jeu cosmique,

selon la formule énigmatique d’Héraclite

« Le temps (aiôn et pas chronos) est un enfant qui joue. La royauté de l’enfant »

l'éternité du jeu théâtral comme il y a éternité du jeu de l'aiôn

Le relais du jeu théâtral, de ses masques de comédie, avec Jean-Baptiste et Pierre.

Avec Médée, le relais du jeu théâtral, avec ses masques de tragédie.


Quand l’âme éternelle s’incarne en vous, Pierre, que vous en ayez conscience ou pas, Pierre, vous êtes agi et vous agissez sous le pharmacon implicite de la Vie créatrice : Tu es mon bien-aimé dans ta singularité, ton unicité. Je t’ai donné forme, alors éclate-toi, que je sois le témoin de ton engagement joyeux, corps et âme, pour Molière. Mets-toi en état de flow.

"Si je grimpe en solo intégral, ce n’est pas tant pour atteindre le sommet que pour atteindre cet état de flow. Peu importe ce que je fais, tant que je suis dans cet état, je suis heureux. Notre inconscient veut qu’on le libère." Dean Potter

Pour mettre un mot sur ce travail de longue durée et mystérieux d’un personnage en vous, vous employez le mot métamorphose.
Ne dit-il pas que le Jeuh que nous croyons être se métamorphose, se dissout en flou certes romanesque, en légende mais plus subtilement en flou quantique.
Le mot Matériau(x) dans le titre ne renvoie en aucune manière à des objets matériels, physiques, corporels. Il renvoie dans votre monologue à de subtiles métaphores filées, à des signes ténus.
Il renvoie sur le plateau, en répétition, la nuit, dans votre quotidien, à des Vibrations, des Informations, des Energies,  subtiles, infimes mais à fortes résonances, comme le suggèrent les 3 lettres du mot VIE.

 

Jeanne-Claude Grosse, le 8 décembre 2023.

ma légende de Molière et Pierre

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Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov

16 Septembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #essais, #histoire, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #écriture, #épitaphier

Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
 
que lire après de tels livres, Suite française, Le passage des anges ?
un livre à la célèbre couverture jaune des éditions Verdier m'a attiré tout de suite : espaces et labyrinthes
son auteur Vassili Golovanov m'avait enthousiasmé avec son Éloge des voyages insensés, il y a quelques années 
déjà deux récits lus: 
- La source, consacré à la source de la Volga avec une évocation magnifique de fête traditionnelle avec accordéoniste et artistes, fête dédiée à la Vierge Marie en date du 21 septembre dans un village perdu proche de la source (femmes et hommes ont besoin de ces fêtes, boire, oublier, s'oublier, chanter, danser, se souvenir, le malheur de chacun étant connu de tous et chacun le faisant sien)
- et Khlebnikov et les oiseaux, l'inventeur de la langue Zaoum, 
là, je pense à D. K. qui m'a fait connaître ce génie
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D.K. qui m'a fait découvrir Khebnikov, lisant Zanguezi au parc du Mugel à La Ciotat Poésie dans l'arbre, une initiative portée par Jacqueline Dussol, cela se passa en août 2011

D.K. qui m'a fait découvrir Khebnikov, lisant Zanguezi au parc du Mugel à La Ciotat Poésie dans l'arbre, une initiative portée par Jacqueline Dussol, cela se passa en août 2011

Sur les 6 récits lus dans Espaces et labyrinthes de Vassili Golovanov, décédé à 60 ans, en avril 2021, un écrivain rare et puissant, édité par Verdier à Lagrasse, l’éditeur d’Armand Gatti, de Pierre Michon et la ville du Banquet du livre, où je me suis rendu plusieurs fois, il y a bien des années, au tout début.
Récits fouillés, documentés, d’actualité et de toujours parce que Vassili Golovanov ne peut pas vivre dans ce monde globalisé, de consommation et de soumission volontaire, de destruction de la terre, des gens, des langues, des cultures et part donc en géographe métaphysique vers des lieux à la fois réels et mythiques, mystérieux et pouvant ouvrir des possibles liés à des territoires oubliés mais encore vivants, où vivent encore quelques rares témoins de traditions et de langues en train de mourir mais chargées de significations et d’énergies. 
- Ainsi le récit sur le retour à la source de la Volga, avec sa fille, source gardée par un gardien tentant de conserver ce qui peut l’être, révélant sur quoi ouvre cette source, le plus grand fleuve de Russie débouchant par de multiples bras, souvent impraticables dans la mer Caspienne, face à la Perse, face aux steppes de l’est. 
- Suit le récit sur Khlebnikov, sur les relations entre le père, ornithologue dans la réserve caspienne et le fils, sur l’attrait de la Caspienne, terre et mer où peuvent se voir des lotus venus d’Asie, des ibis venus d’Égypte… Le génie verbal de Khlebnikov, « inventeur de langues », semble être le résultat d’une initiation d’âme à âme par un maître soufi persan, mort plusieurs siècles avant Vélimir, Attâr, l’auteur entre autres de La conférence des oiseaux. 
Évidemment, une telle thèse est incompréhensible, irrecevable pour et par des esprits cartésiens, rationalistes.
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- Le récit du retour au mont Bogdo avec son amour est le récit d’une ascension de 140 mètres seulement sur un mont réel et très chargé énergétiquement, ouvrant sur les steppes.
- Le 4° récit est consacré au parc de Priamoukhino, agencé par le père de Bakounine, dans l’esprit de la philosophie des jardins du XVIII° siècle, visant à rendre sensible l’harmonie entre une famille et la nature qui l’entoure (maison de 24 pièces pouvant accueillir 6 invités en même temps, avec des chênes plantés pour la naissance des 11 enfants…). 
Aujourd’hui, cette maison, ce parc en ruines, est gardé par un gardien et restauré l’été par des anarchistes russes. 
Long essai sur Bakounine, très documenté, partisan de la destruction des structures de tout état, bâtiments, documents, archives. Et sur les liens inattendus, ambigus entre Bakounine et Dostoïevski qui se serait servi de lui comme modèle (sans la flamboyance) pour le personnage de Nicolas Stavroguine dans Les démons.
- Le 5° récit, Vision de l’Asie, journal de Touva, est centré sur les steppes, au-delà de la taïga, de là où sont venues les invasions des Barbares, selon l’appellation des Grecs. Et de découvrir le Grand Interdit de Gengis Khan, l’histoire secrète des Mongols, écrite en 1240, transmise de bouche à oreilles pendant 8 siècles, grand interdit interdisant toute construction de ville, tout travail agricole et même chasses et battues dans la région où il se retira après sa blessure, autour de la montagne sacrée Khamar-Daban, en Bouriatie. 
Ce grand interdit pour assurer un monde de paix et d’harmonie a duré 7 siècles. 
Quel barbare !
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- Le 6° récit est consacré à la recherche des ruines de Tchevengour, d’après le titre du roman d’Andreï Platonov, achevé en 1928, paru sous une forme tronquée en France en 1972, et en 1988 en Russie. Auteur russe majeur déclare Brodsky avant de disparaître. 
N’ayant jamais entendu parler de Platonov, ce récit m’a intéressé en montrant comment un ingénieur de l’époque révolutionnaire, chargé de grands travaux d’irrigation comprend assez vite que le monde nouveau, l’homme nouveau, l’avenir radieux est porteur de tout ce qu’a engendré le totalitarisme bolchevique (Staline avait commenté en marge d'un manuscrit de Platonov : c’est un salaud) et de créer l’anti-Pétersbourg, l’anti-Moscou, Tchevengour, le paradis des gueux, ces paysans jugés inutiles par les bolcheviks. 
Platonov comprend que la Terre est un organisme vivant, que tout y est en lien et à respecter. Il est sur la même longueur d’onde que Vernadski. 
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Tchevengour (en russe : Чевенгур) est un roman écrit par Andreï Platonov entre 1926 et 1929, et publié intégralement pour la première fois en URSS en 1988. Refusé par la censure, le livre connut cependant plusieurs publications très fragmentaires, la première fois en avril 1928. Le héros parcourt l’URSS vers 1925 pour découvrir "le Socialisme réalisé ", et découvre le village de Tchevengour, où le Socialisme a été établi : les "bourgeois " locaux ont été massacrés, le commerce et le travail sont strictement interdits. Le soleil doit pourvoir à tous les besoins. Et les villageois meurent de faim... 
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« Vous êtes un homme de talent, c'est sans conteste, et vous avez une langue tout à fait originale. Mais avec toutes ces qualités indiscutables, je ne pense néanmoins pas que vous serez édité. L'obstacle, c'est votre mentalité anarchiste, qui est visiblement une partie consubstantielle de votre esprit. Que vous le vouliez ou non, vous avez donné à votre description de la réalité un caractère lyrico-satirique. Malgré toute votre tendresse pour les hommes, vos personnages sont voilés d'ironie, le lecteur voit moins en eux des révolutionnaires que des toqués, des cinglés. Je n'affirme pas que cela soit fait consciemment, mais c'est ainsi que pense le lecteur, du moins moi, Peut-être me trompé-je. J'ajoute ceci : parmi les responsables de revue actuels, je n'en vois aucun qui serait capable d'apprécier votre roman, à l'exception de Voronski, mais comme vous le savez, il n'est plus aux commandes. »
— Maxime Gorki, Lettre du 18 septembre 1929
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Ces récits parus en 2008, écrits avant (le dernier en 2001) sont des récits d’un homme soucieux par ses expériences géographiques (aller voir sur place et pas en touriste) de mieux comprendre ce qui se joue là où il vit (Moscou et le monde occidental ou le triomphe de la rationalité et de l’exploitation no limits) et comment le déjouer, comment renouer avec la sensibilité, l'intuition, comment retrouver le lien avec des spiritualités nettoyées de dogmatisme. 
En 2023, ce ne serait pas des anarchistes qui investiraient le parc de Priamoukhino mais des colibris ou une association usant pour son fonctionnement du RIC. 
En 2023, Tchevengour, ce serait des tiers-lieux pluri-indisciplinaires, des centres de méditation, de non-agir. 
Il me semble qu’en une quinzaine d’années, la demande non de sens, mais de valeur, de virtu est en augmentation. 
Le confinement pendant la covid a fait prendre conscience à pas mal de gens de l’absurdité de la vie qu’on mène et du monde dans lequel on vit. D’où d’innombrables essais, expérimentations, terreau propice à peut-être un changement de paradigme, s’il n’est pas trop tard. 
Ces récits tournés vers les steppes m'ont rappelé mes deux voyages en Bouriatie et au Baïkal, ma rencontre avec trois traditions, orthodoxe, bouddhiste, chamanisme. Et le mensonge dans lequel j'ai cru pendant 60 ans : la nécessité de la révolution.
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Vélimir Khlebnikov
Vélimir Khlebnikov (1885-1922), « président du globe terrestre », le plus grand des poètes russes, si grand qu’il « ne passe pas par n’importe quelle porte », a participé à la fondation du mouvement futuriste, puis s’en est écarté pour suivre un chemin de solitude. Novateur, il va au-delà du langage transmental des futuristes (zaoum, élégamment traduit par l’outrâme), dynamitant le langage pour recréer un monde nouveau. Les mathématiques, l’ornithologie (la profession de son père), l’astronomie, la philosophie façonnent cette langue nouvelle – langue des oiseaux, poésie stellaire – qui dit les bruissements du monde, en cherche la structure profonde. Salué par Roman Jakobson, il est aussi admiré par les poètes de sa génération, aussi différents de lui que Mandelstam, Pasternak, Tsvetaeva, et fascine des peintres comme Larionov ou Malevitch.
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La révolution a eu lieu. Elle a entamé radicalement le siècle.
En mai 1919, Khlebnikov quitte Moscou, une petite valise à la main : « Je vais dans le Midi, c’est le printemps. »
Il part vers l’un des points les plus brûlants de la guerre civile, l’Ukraine. L’errance va durer plus de trois ans et le mènera autour de la Caspienne, en Azerbaïdjan, au Daghestan, en Perse, puis de nouveau en Russie. Il sera emporté par la misère et la gangrène à Santalovo, un village du Nord, près de Novgorod.
La valise a fait place à une légendaire taie d’oreiller dans laquelle il entasse ses manuscrits, poèmes, proses, lettres, feuilles parfois volées ou envolées, qui accueille aussi son sommeil.
Il écrit aussi dans l’urgence, dans l’obscurité, dans la maison des fous, au profond de la faim, des abris de fortune, devant des feux de camp où s’échangent pain et poème, pain et immortalité.
Langue des oiseaux, poésie stellaire, écriture des nombres…
Je pense écrire une chose dans laquelle toute l’humanité, 3 milliards, participerait et où elle serait obligée de jouer. Mais la langue habituelle ne convient pas pour la chose, il va falloir pas à pas en créer une nouvelle.
(Lettre à Maïakovski, 18 février 1921.)
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Oeuvres
1 150 pages, 47,00 €, 978-2-86432-920-6, septembre 2017
aux éditions Verdier

In the Deathcar est la chanson du générique d'introduction du film d'Emir Kusturica Arizona Dream. Écrite par Iggy Pop, elle est interprétée d'une voix lugubre par le chanteur punk sur une musique plagiée.

Le générique de fin reprend sous le titre This Is a Film la même musique avec un chœur et des paroles, non chantées, d'Emir Kusturica.

 

In the Deathcar

 

Le poème, écrit par Iggy Pop, évoque, sur le thème du post coïtum animal triste, différentes scènes métaphoriques du film récurrentes dans l'œuvre de Kusturica : l'aboiement du chien fidèle, la vie conçue comme un accident, l'amour à plus d'âge, la vie plus vraie vécue par les personnages de cinéma, la civilisation de la voiture comme un emportement illusoire... Son refrain « Dans la voiture de mort, nous sommes en vie » exprime la philosophie calderonienne, développée dans le film, d'une vie qui n'est faite que d'illusions mais d'un désir qui se perpétue au-delà de la mort.

 

This Is a Film

 

Les paroles, écrites par Emir Kusturica, reprennent les mots d'Andrei Platonov dans son roman Tchevengour« Il voudrait montrer à Zakhar Pavlovitch les yeux d'un poisson mort et lui dire, Regarde, là est la sagesse! Le poisson se tient entre la vie et la mort, et c'est pour cela qu'il reste muet et impassible. Je veux dire, que même un veau pense, mais un poisson, non. Il sait déjà tout. ».

Le titre initialement envisagé pour « ce film » était en effet La Valse du turbot

 

 
 
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Lectures d'été 3

16 Septembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #engagement, #histoire, #notes de lecture, #écriture, #épitaphier

Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
deux romans qui laissent des traces
j'en donne juste le résumé
à chacun de les lire : expériences passionnantes
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Sur L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
A Barcelone, en 1945, un petit garçon, Daniel Sempere, est conduit par son père au cimetière des livres oubliés. A la suite d'un rituel, Daniel est lié à un livre :«L'ombre du vent» écrit par Julian Carax. Ce livre change la vie du garçon qui s'aperçoit qu'un homme brûle tous les livres de Carax.
Prix Planeta.
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Sur le roman de Javier Cercas : Les soldats de Salamine
À la fin de la guerre civile espagnole, l'écrivain Rafael Sânchez Mazas, un des fondateurs de la Phalange, réchappe du peloton d'exécution des troupes républicaines défaites qui fuient vers la frontière française. Un soldat le découvre terré derrière des buissons et pointe son fusil sur lui. Il le regarde longuement dans les yeux et crie à ses supérieurs : "Par ici, il n'y a personne !"
La valeur qu'il entrevoit au-delà de l'apparente anecdote historique pousse un journaliste, soixante ans plus tard, à s'attacher au destin des deux adversaires qui ont joué leur vie dans ce seul regard.
Il trace le portrait du gentilhomme suranné rêvant d'instaurer un régime de poètes et de condottieres renaissants, quand surgit la figure providentielle d'un vieux soldat républicain. L'apprenti tourneur catalan, vétéran de toutes les guerres, raconte : les camps d'Argelès, la légion étrangère, huit années de combats sans relâche contre la barbarie fasciste. Serait-il le soldat héroïque ? L'homme laisse entendre que les véritables héros sont tous morts, tombés au champ d'honneur, tombés surtout dans l'oubli ; que les guerres ne seraient romanesques que pour ceux qui ne les ont pas vécues.
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Je passe à Suite française d’Irène Némirovsky
Ecrit dans le feu de l'Histoire, Suite française dépeint presque en direct l'exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique de nombreuses familles françaises. De son village de Saône-et-Loire où elle est réfugiée, Irène Némirovsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d'une population en déroute. Au fil de l'écriture et de l'avancée allemande, son roman se fait le miroir inquiétant du quotidien d'un pays sous le joug, jusqu'à ce que la réalité dépasse tragiquement la fiction lors de son arrestation en juillet 1942. Ainsi la grande Histoire précipite-t-elle le destin de la romancière et, avec lui, celui de Suite française. Son manuscrit inachevé, ses notes et nombreux écrits sont confiés à ses enfants dans une précieuse valise. Des années plus tard, sa fille, Denise Epstein, en exhume le roman Suite française. Il existait cependant deux versions de la fameuse suite romanesque : une version brute, originelle, la toute première (Denoël, 2004), et puis une seconde remaniée, plus ramassée, plus aboutie, celle que l'auteure envisageait de publier.
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Avant un détour par Le passage des anges d’Odilon-Jean Périer, édité en 1926 par Gallimard (roman dadaïste)
Et si un jour, dans une de nos grandes villes, trois beaux jeunes hommes, trois anges, apparaissaient pour apporter un peu de fantaisie dans la grisaille du temps…
La tâche s’annonce difficile. Leur candeur, leur amour suffiront-ils face à la médiocrité des hommes ? Pas si sûr…
Le passage des anges, hymne à la liberté, à la jeunesse, à l’insouciance, a été publié pour la première fois en 1926 par un jeune poète de vingt-cinq ans qui devait mourir deux ans plus tard.

Suite française est écrit par Irène Némirovsky entre juin 1940 et juillet 1942 jusqu’à son arrestation par les gendarmes français, le 13 juillet 1942 suivie de son assassinat à Birkenau, le 17 août 1942 (elle a 39 ans, laissant deux filles, sauvées in extremis avec la valise contenant le manuscrit), prix Renaudot à titre posthume en 2004. 

 

De Suite française, je dirai juste 
Lisez le chapitre 20 de Tempête en juin, consacré au chat Albert 
ou le chapitre 12 de Dolce où l'aptitude au bonheur surmonte pour une heure seulement tout ce qui lui fait obstacle
et cette aptitude n'est pas une disposition d'esprit mais du corps, juste au-dessus ou à côté de l'instinct de survie.
J'ignore si le lien a été fait avec Colette mais pour moi, il semble évident.
 
fin de lecture hier soir avec relecture de la préface et dans les annexes des notes d'Irène Némirovsky, pendant l'écriture de son oeuvre devant comporter 5 parties
ce qui m'a semblé important, c'est le non-recouvrement des temps
le temps des événements politiques, historiques est toujours plus court que notre temps de vie, sauf pour ceux qui meurent pendant ces périodes de crises
l'exode passe, la guerre passe, la covid passe, Macron passera, la guerre en Ukraine passera et nous, nous nous révélons parfois au travers de ces événements, soumis à l'esprit de la ruche (métaphore importante dans le roman) ou libres, libres d'une liberté intérieure à défaut de la liberté extérieure
ce qui semble ne pas passer dans Suite française c'est la nature, pourtant contrastée dans ses manifestations météorologiques (orages, tempêtes, calme, soleil, lune, neige, chaleur, froid, sècheresse, bonnes ou mauvaises récoltes...)
mais aujourd'hui, il semble qu'il y ait un temps autre pour la nature que celui des cycles, des contrastes, 
celui de l'extinction des espèces, celui de l'effondrement ou de la transition, celui de l'épuisement, de l'empoisonnement de la planète; 
le papillon qui s'envole sous le nez d'une femme couchée sur la route mitraillée n'existera plus peut-être dans 20 ou 30 ans
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les citations suivantes donnent un aperçu de ce qui se raconte
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"Après tout, ces grandes migrations humaines semblaient commandées par des lois naturelles, songeait-il. Sans doute des déplacements périodiques considérables de masse étaient nécessaires aux peuples comme la transhumance l'est aux troupeaux. Il y trouvait un curieux réconfort. Ces gens autour de lui croyaient que le sort s'acharnait particulièrement sur eux, sur leur misérable génération; mais lui, il se souvenait que les exodes avaient eu lieu de tout temps. "
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"Qu'ils aillent où ils veulent; moi, je ferai ce que je voudrai. Je veux être libre. Je demande moins la liberté extérieure, celle de voyager, de quitter cette maison (quoique ce serait un bonheur inimaginable !), que d'être libre intérieurement, choisir ma direction à moi, m'y tenir, ne pas suivre l'essaim. Je hais cet esprit communautaire dont on nous rabat les oreilles. Les Allemands, les Français, les gaullistes s'entendent tous sur un point: il faut vivre, penser, aimer avec les autres, en fonction d'un État, d'un pays, d'un parti. Oh, mon Dieu ! je ne veux pas ! Je suis une pauvre femme inutile; je ne ne sais rien mais je veux être libre ! Des esclaves nous devenons, pensa-t-elle encore; la guerre nous envoie ici ou là, nous prive de bien-être, nous enlève le pain de la bouche; qu'on me laisse au moins le droit de juger mon destin, de me moquer de lui, de le braver, de lui échapper si je peux. Un esclave ? Cela vaut mieux qu'un chien qui se croit libre quand il trotte derrière son maître. Ils ne sont même pas conscients de leur esclavage, (...) et moi je leur ressemblerais si la pitié, la solidarité, "l'esprit de la ruche" me forçaient à repousser le bonheur."
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"Le soleil traversait certaines d'entre elles [les fleurs] et révélait alors un entrelacs de petites veines délicates, visibles dans la blancheur des pétales et qui à la fragilité, à l'immatérialité de la fleur ajoutaient quelque chose de vivant, de presque humain dans le sens où ce mot humain signifie à la fois faiblesse et résistance; on comprenait comment le vent pouvait secouer ces ravissantes créatures sans les détruire, sans même les fripper."
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"Dans le coeur de chaque homme et de chaque femme subsiste une espèce d'Éden où il n'y a ni mort ni guerres, où les fauves et les biches vivent en paix. Il ne s'agit que de retrouver ce Paradis, que de fermer les yeux à ce qui n'est pas à lui. Nous sommes un homme et une femme. Nous nous aimons."
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"Elle variait ses hallucinations à son gré. Elle ne se contentait pas du passé; elle escomptait l'avenir ! Elle changeait le présent selon sa volonté; elle mentait et se trompait elle-même, mais comme ses mensonges étaient ses propres oeuvres, elle les chérissait. Pour de brefs instants, elle était heureuse. Il n'y avait plus à son bonheur ces limites imposées par le réel. Tout était possible, tout était à sa portée."
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"Il y a des lois qui régissent le monde et qui ne sont faites ni pour ni contre nous. Quand l'orage éclate, tu n'en veux à personne, tu sais que la foudre est le produit de deux électricités contraires, les nuages ne te connaissent pas. Tu ne peux leur faire aucun reproche. [...] À une période de calme succède l'orage qui a son commencement, son point culminant, sa fin et qui est saisi d'autres périodes de tranquillité plus ou moins longues ! Pour notre malheur nous sommes nés dans un siècle d'orages, voilà tout. Ils s'apaiseront."
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“On sait que l’être humain est complexe, multiple, divisé, à surprises, mais il faut un temps de guerre ou de grands bouleversements pour le voir. C’est le plus passionnant et le plus terrible spectacle [...]; le plus terrible parce que le plus vrai; on ne peut se flatter de connaître la mer sans l’avoir vue dans la tempête comme dans le calme. Celui-là seul connaît les hommes et les femmes qui les a observés en un temps comme celui-ci.” 
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"Les évènements graves, heureux ou malheureux, ne changent pas l'âme d'un homme, mais ils la précisent, comme un coup de vent, en balayant d'un coup les feuilles mortes révèle la forme d'un arbre; ils mettent en lumière ce qui était laissé dans l'ombre: ils inclinent l'esprit dans la direction où il croîtra désormais. "
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"Nous oublions tout très vite, c'est à la fois notre faiblesse et notre force ! Nous avons oublié après 1918 que nous étions vainqueurs, c'est ce qui nous a perdu ; nous oublierons après 1940 que nous avons été battus, ce qui peut-être nous sauvera."
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"Qu'un mode vie, n'importe lequel, s'établisse ; tout cela, cette guerre, ces révolutions, ces grands bouleversements de l'histoire, pouvait exciter les hommes, mais les femmes... Ah ! les femmes ne ressentaient que de l'ennui. Elle était bien sûre que toutes pensaient là-dessus comme elle-même, ennuyeux à pleurer, ennuyeux à bâiller tous les grands mots et les grands sentiments ! Les hommes... on ne savait pas, on ne pouvait pas dire... par certains côtés ces êtres simples étaient incompréhensibles, mais les femmes étaient guéries pour cinquante ans au moins de tout ce qui n'était pas le quotidien, le terre-à-terre... "
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Suite française » : le « Guerre et paix » d’Irène Némirovsky
Sauvé par sa fille Denise, le dernier manuscrit de la romancière, déportée et assassinée à Auschwitz, a attendu plus d’un demi-siècle pour être enfin publié.
Par René de Ceccatty
Publié le 30 septembre 2004 à 11h37, modifié le 19 octobre 2021 à 11h18
« Suite française », d’Irène Némirovsky. Edition établie par Denise Epstein, préface de Myriam Anissimov, Denoël, 448 p., 22 €.
Elisabeth Gille dédiait en 1992, quatre ans avant sa mort, Le Mirador, la biographie de sa mère, Irène Némirovsky, à sa sœur, Denise Epstein, « la mémoire douloureuse ». Or, voilà que douze ans plus tard, soixante-deux ans après la mort d’Irène Némirovsky, déportée le 13 juillet 1942 et assassinée le 17 août à Auschwitz, cette « mémoire douloureuse » arrache à l’oubli un chef-d’œuvre : les deux premiers tomes d’une Suite française, prévue pour en comporter cinq et ici parue en un seul volume. Le manuscrit avait été emporté par la toute jeune Denise dans sa fuite vers Bordeaux.
Le cas tragique d’Irène Némirovsky occupera longtemps la mauvaise conscience française. Romancière russe et juive, émigrée dans son enfance avec ses parents en France, via la Finlande, juste après la guerre de 1914, elle s’intègre très rapidement dans le monde littéraire parisien. David Golder (Grasset, « Cahiers rouges »), qu’elle commence à écrire à 22 ans, paraît quand elle en a 26, en 1929. Dès lors, elle publie coup sur coup douze autres livres, chez Grasset, Gallimard et Albin Michel. Le patron de cette dernière maison, Robert Esménard, aura, au moment des lois raciales, une conduite exemplaire, pour assurer la survie de cet auteur, qui jouissait d’un véritable consensus littéraire.
La lecture de Suite française révèle un pessimisme cynique, orienté moins vers l’abomination nazie et antisémite (à laquelle il n’est, c’est un comble, fait presque aucune allusion) que vers la bassesse humaine. Au cœur de la tourmente, elle-même contrainte à l’exode avec ses filles (elles s’installent à Issy-l’Evêque, en Saône-et-Loire), Irène Némirovsky entreprend de décrire ce qui l’entoure. Elle a en tête son Guerre et paix. Son expérience littéraire, la dureté de son regard sur l’humanité, son absence radicale de sentimentalisme, d’autocomplaisance, d’humanisme bon ton donnent à son tableau une vigueur dérangeante. Elle détestait toute conduite commandée par l’appartenance à une classe, à une collectivité. Elle était issue d’une bourgeoisie dont elle avait haï et vilipendé les défauts à travers sa propre mère, comme le montrent Le Bal (Grasset, « Cahiers rouges ») ou Jézabel. Cette même bourgeoisie, elle la contemple dans le désastre. Elle la confronte à des classes populaires, petits commerçants ou paysans, dont elle sait également traquer la veulerie. Et parfois, soudain, un personnage bénéficie d’une sorte de grâce, d’un crédit d’ingénuité, d’une noblesse réelle.
Le centre du livre est occupé par l’amitié d’une jeune femme mal mariée, balzacienne, restée seule avec sa belle-mère, pour un officier allemand raffiné. Le Silence de la mer préfiguré ? Mais cet épisode n’aurait probablement pas pris la même importance si la « pentalogie » avait été achevée.
La première partie, littérairement la plus frappante, par sa structure et la sûreté tranchante des remarques psychologiques, met en scène plusieurs groupes de réfugiés de tous milieux. Les fils devaient se réunir dans le troisième tome, Captivité. On voudrait citer d’innombrables scènes où se lisent la subtilité et l’intransigeance des analyses de la romancière. Le lynchage d’un jeune prêtre par les enfants qu’il a en charge et qui en éprouvent « un effroyable bonheur », le vol de l’essence par un lâche qui abuse de la naïveté d’un jeune couple ou encore les compromissions d’un homme de lettres médiocre.
L’art romanesque d’Irène Némirovsky atteignait ici une précision que la fébrilité aurait pu menacer. Comment est-elle parvenue à ce détachement cérébral sans détruire l’émotion ? La « méthode indirecte » qu’elle utilise pour entrer dans la pensée des personnages les plus négatifs et en révéler la bêtise flaubertienne ne nuit jamais à la palette des nuances. Le trouble que suscite l’apparition des soldats allemands, jamais rejetés dans le mal, la ténuité des convictions face à l’ouragan des situations, l’égarement des individus projetés dans un « esprit communautaire » qu’exige l’urgence politique : une femme seule, avec son intelligence et sa science littéraire, traite admirablement ces thèmes que l’horreur nazie va soudain balayer dans le néant.
Extrait
« Notre existence ici est morne. Seules, sans doute, Denise et Babet l’apprécient. La première parce qu’elle nous a tout à elle et ne peut plus nous reprocher, comme autrefois à Paris, nos sorties trop fréquentes à son goût. La seconde parce qu’elle adore sa vie de petite paysanne, ses équipées dans les champs et ses sabots. Moi, je tente de me persuader, sans grand succès, que tout cela finira un jour. Je me dis, en écrivant Suite française, que je dois faire quelque chose de grand et cesser de me demander : à quoi bon ? Il m’arrive trop souvent d’avoir peur pour mes livres encore plus que pour moi-même, de les imaginer détruits, à jamais effacés de la mémoire humaine. » 
Elisabeth Gille, « Le Mirador », Presses de la Renaissance, 1992, rééd. Stock, 2000 (p. 396)
René de Ceccatty
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
après Suite française, d'Irène Némirovsky (1903-1942)
Le passage des anges de Odilon-Jean Périer (1901-1928)
Et si un jour, dans une de nos grandes villes, trois beaux jeunes hommes, trois anges, apparaissaient pour apporter un peu de fantaisie dans la grisaille du temps... La tâche s'annonce difficile. Leur candeur, leur amour suffiront-ils face à la médiocrité des hommes? Pas si sûr...
Le passage des anges, hymne à la liberté, à la jeunesse, à l’insouciance, a été publié pour la première fois en 1926 par un jeune poète de vingt-cinq ans qui devait mourir deux ans plus tard.
Odilon-Jean Périer (1901-1928) était poète. Son œuvre, une poignée de recueils, est fulgurante, malicieuse, pleine de vie. Né à Bruxelles, il fut remarqué par Jacques Rivière qui le fit entrer dès 1923 à la NRF où il se lie d’amitié avec Jean Paulhan. Mais il n’aura pas le temps de connaître la gloire, lui, le poète de la jeunesse, meurt alors qu’il n’a pas encore vingt-sept ans.
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"Mort à 27 ans, Odilon-Jean Périer _ en plus de sa prose et de ses tentatives théâtrales tout aussi séduisantes mais dont il ne peut être question ici _ n’a laissé que 200 pages de poèmes. Il possède deux vertus exceptionnelles: avec Norge et Michaux, il est le seul de sa génération à avoir construit une oeuvre cohérente, sans jamais se laisser aller au tout-venant de l’inspiration au jour le jour; de surcroît, il est le symbole même de la pureté, telle qu’on ne l’avait plus rencontrée depuis Max Elskamp. Aussi, les contemporains ne se sont-ils pas trompés: il fut célèbre à Paris dès l’âge de 25 ans. Artiste parfait et d’une langue limpide, il ressemble à Rimbaud par son émerveillement, à Verlaine par sa douceur, à Valéry par son souci de dire le mystère avec clarté. En fait, il est unique car si, dès le premier vers, chacun de ses poèmes exerce une étrange et très calme fascination, ce qu’il dit, ce sont la fuite des choses, le frémissement secret, la révolte intérieure mais sans fracas, le besoin de communion alors même que tout, à la moindre approche, fuit dans la ravissement et la fragilité. Sa musique est exemplaire, avec ce rien d’ironie qui cache les blessures profondes. On s’est un peu détourné de lui, depuis une trentaine d’années, peut-être parce qu’il n’avait pas de message précis: un peu d’éternité frémissante et parfairte dans ses harmonies."
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Au temps de l’alphabet
des pieds des mains pour rire
mais les yeux pour pleurer
un bel oiseau se mire
des pieds ces mains pour rire
le nuit vient à tomber
le pied boitera
la main sèchera
le monde mourra
mais moi moi moi…
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Le roman raconte, non la transformation de la réalité sauf l'étonnement initial, mais la transformation de deux des trois anges (Michel et Misère). 
La réalité urbaine, le quotidien sont bien plus forts que les désirs des anges. 
Et l'auteur de dire Adieu avec une ironie féroce à de tels anges (sauf Alpha).
Je me suis dit que Wim Wenders avait peut-être été inspiré par ce roman pour Les ailes du désir
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