Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Blog de Jean-Claude Grosse

histoire

Une vie française Jean-Paul Dubois

22 Août 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #Emmanuelle Arsan, #FINS DE PARTIES, #histoire, #notes de lecture, #écriture

livre paru en 2004 chez l'Olivier, prix Fémina, un téléfilm en a été tiré en 2011; Jean-Paul Dubois, lauréat du prix Goncourt 2019 pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (L'Olivier)
livre paru en 2004 chez l'Olivier, prix Fémina, un téléfilm en a été tiré en 2011; Jean-Paul Dubois, lauréat du prix Goncourt 2019 pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (L'Olivier)

livre paru en 2004 chez l'Olivier, prix Fémina, un téléfilm en a été tiré en 2011; Jean-Paul Dubois, lauréat du prix Goncourt 2019 pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (L'Olivier)

Une vie française

Jean-Paul Dubois

2004, prix Fémina

 

3 réactions en lisant ce roman

Les 30 premières pages m’énervent. La pré-puberté, la pénétration dans un rôti, l’initiation au sexe, ça ne me parle plus. Le narrateur s’y vautre. Je décide d’arrêter la lecture.

Je pars sur Belles lettres de Julian Rios. Initiation au sexe encore. Le narrateur s’y vautre.
Deux narrateurs adolescents, masculins, mâles.

Eros ne travaille-il que les mâles ?

La littérature est-elle devenue éjaculante ?

Rien à voir, ni avec la littérature érotique à la Emmanuelle Arsan ou à la Pauline Réage (deux femmes) ni avec la littérature pornographique (les lettres de James Joyce me semblent indépassables ou même le monologue de Molly Bloom).

Ce n’est plus la littérature qui excite. Ce sont des vidéos. Et des accessoires. En temps réel.

Le marché des vidéos porno est devenu un marché mondial. Et ça touche aujourd’hui les enfants dès 6 ans.

 

J’ai décidé de reprendre la lecture du roman. Et au fur et à mesure de ma lecture, j’ai été pris. Embarqué par un narrateur, d’abord répulsif, qui le reste longtemps, ne devient jamais sympathique mais devient attachant, touchant, tellement ce qui lui tombe sur la gueule est énorme et tellement il s’en branle.

« Les nouvelles, bonnes ou mauvaises, surviendraient quand elles le voudraient. J’avais pris l’habitude de laisser les événements se glisser dans les courants d’aire et le bruit des portes qui claquent. »

Dès la 3° page, le narrateur se présente, Paul Blich, 54 ans. Il commence son récit avec l’annonce de la mort de son frère aîné. Il a 8 ans, son frère Vincent 10. On est en 1958. La V° république vient de naître par référendum. La télévision est déjà un outil de propagande.

Paul Blich raconte donc sa vie, de ses 8 ans à ses 54 ans.

Singularité. Sa vie se déroule sous des chapeaux

  • Charles de Gaulle (18 janvier 1958-28 avril 1969)
  • Alain Poher (premier intérim, 28 avril 1969-19 juin 1969)
  • Georges Pompidou (20 juin 1969-2 avril 1974)
  • Alain Poher (deuxième intérim, 2 avril 1974-27 mai 1974)
  • Valéry Giscard d’Estaing (27 mai 1974-21 mai 1981)
  • François Mitterrand (1) (21 mai 1981-7 mai 1988)
  • François Miterrand (2) (8 mai 1988-17 mai 1995)
  • Jacques Chirac (1) (17 mai 1995-5 mai 2002)
  • Jacques Chirac (2) (5 mai 2002-?)

Sous les chapeaux des 5 premiers présidents de la V° République.

Paul Blick a 18 ans en 1968. Il obtient son bac dans les conditions que l’on sait. Entreprend des études de sociologie à la nouvelle université du Mirail à Toulouse, études se déroulant dans les conditions que l’on sait, le temps que les mandarins reprennent le pouvoir. 5 ans faisant de lui un gauchiste sans trop de convictions (il est contre le mariage mais finit par se marier sous la pression de sa belle-famille) mais suffisamment pour ne jamais voter.

Donc le regard de Paul Blick sur les chapeaux et les souliers des présidents, sur les événements survenant pendant leurs mandats n’est pas particulièrement complaisant. Regard désillusionné, lucide. Rien à attendre sinon le pire de « l’impolitique absolue, de l’adémocratie flamboyante ».

Le roman étant paru en 2004, on a échappé à Sarkozy, à Hollande, à Macron. S’il en écrit un allant de ses 54 ans à ses 80 ans, à quel roman aura-t-on droit ?

Mais ces 3 là valaient le détour. Le bon peuple de France a été servi. Et ça va continuer avec en embuscade, le RN.
La vie sous 5 présidents est racontée par un narrateur de 54 ans mais qui bien sûr n’a pas les mêmes souvenirs sous de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac.

De Gaulle ne l’a guère marqué. Il l’a détesté. Omniprésent à la radio et à la première télévision.

Pompidou était banquier. Pas de quoi rêver.

Giscard et son accordéon, ça sonnait faux.

Mitterrand est celui que sa mère admire, lui, non.

Mitterrand c’est pour son premier septennat 1700 discours en public, 154 déplacements à l’étranger, 60 visites officielles dans 55 pays, 70 voyages d’une journée, 18 conseils européens et 6 sommets.

Devenu célèbre et riche grâce à deux livres de photographies Arbres de France (dont il accepte de faire la promotion), Arbres du Monde (dont il laisse l’éditeur s’occuper sur la dynamique du premier), il se voit proposer par le président un projet de photos le président et ses arbres préférés, à Paris, dans le Morvan, à Latché dans des Landes.

Et Paul de refuser. - Pourquoi ? - Je ne photographie jamais les humains. Mitterrand raccroche au nez de Paul.

À 54 ans, Paul a connu une célébrité éphémère, une richesse inattendue éphémère.

La mort accidentelle de sa femme Anna dans un crash de Jodel sur les contreforts de la Montagne Noire, piloté par l’avocat de la pègre toulousaine alors qu’elle lui a dit aller en voiture à Barcelone pour négocier la délocalisation de son entreprise de piscines et jacuzis Atoll, employant plus de 100 personnes lui fait découvrir la duplicité, les mensonges de la mère de ses enfants qu’il a élevé petits comme homme au foyer, lui fait découvrir aussi qu’il doit laisser « toutes les questions curieuses mais inutiles se dissoudre une à une dans la poussière du temps. »

Riche, il rembourse les dettes de l’entreprise d’Anna, se retrouve ruiné, refuse toute  proposition de reconversion et devient jardinier.

Une des caractéristiques de l’écriture est que le Je du narrateur est souvent distancié par le on ou le nous. Parlant de sa belle-mère il écrit « celle qui donnait l’image d’une femme émancipée, épanouie, à l’humeur libérale, que l’on sentait capable de séduire, d’aimer et ne se cachant pas de goûter à tous les plaisirs de la vie. »

Cette pratique a l’intérêt de révéler ce qu’il y a de commun à la plupart des gens, formatés par leur milieu, l’époque, l’air du temps pour donc cesser de croire à l’unicité de notre destin.

Jean-Paul Dubois, s’ił vit encore, a 73 ans. Son personnage Paul Blick a 73 ans. Ce gauchiste de circonstance comme enfant de 68 a beaucoup de lucidité, un art d’accepter ce qui lui arrive, de laisser le temps dissoudre les bonnes et les mauvaises nouvelles, les politiques  du mal présentées comme axe du Bien (voir comment il résume la politique américaine à propos de la guerre du Golfe déclenchée le 17 janvier 1991 : « je regardais comment l’Amérique s’y prenait pour embobiner le monde. Altération de la réalité. Malversations sémantiques. Falsification de causes. Amplification des effets. Témoignages truqués. Contrefaçon des preuves. Détournement des buts. Déguisement de la souffrance. Dissimulation des morts.  Ces gens d’Outre-Atlantique incarnaient la forme civilisée de la barbarie. Manipulateurs de conscience, exterminateurs de pensée, inséminateurs d’idées prédatrices… »), les catastrophes (celle d’AZF à Toulouse, 10 jours après le 11 septembre 2001).

Salman Rushie qui a droit à un passage, dirait de Paul Blick que c’est un quiétiste, que ce quiétisme que Rushdie reproche à Orwell dans Patries imaginaires, est le signe d’un regard d’impuissance sur la réalité. Ne pouvant, ne voulant, croyant ne pas pouvoir modifier la réalité, on l’accepte et ce faisant, on est complice, collaborateur du système, producteur de cette réalité. On est dans le ventre de la baleine selon le titre d’Orwell.

Gauchiste quiétiste, petit-bourgeois par son mode de vie, Paul Blick vit au jour le jour, s’adaptant à ce qui lui arrive, à ce qui nous arrive.

Sa passion photographique pour les arbres sans les humains aurait pu lui ouvrir une autre voie.

Comme sa passion inaboutie pour les insectes.

A photographier les uns et les autres, il apprend et nous fait connaître des lexiques très précis, des univers vivants, autrement vivants, sans les humains.

L’autre voie serait-ce la disparition des prédateurs humains par les super-prédateurs malsains que nous portons aux commandes ?

Annoncée par une littérature des décombres ou des ruines comme celle que l’Allemagne d’après-guerre a vu émerger avec Günter Grass ou Wolfgang Borchert.

Une autre voie peut-être : comprendre que la réalité est d’abord en nous, que tous les contraires, monstres et autres chimères, anges et bêtes, mâles et femelles, sexe et mort, solitude et tropisme du troupeau existent d’abord comme pulsions, énergies avant de s’incarner. Donc travailler sur certaines de ces pulsions, réussir à les contenir.

Mon expérience récente est la transformation réussie d’un sentiment d’amour archaïque (voulant l’amour en retour) en un sentiment d’amitié, sans attente. Ce qui n’a pu être transformé, c’est le désir sexuel. Et je ne cherche pas à l’annihiler. Je suis vivant. Selon Bataille, « de l'érotisme, il est possible de dire qu'il est l'affirmation de la vie jusque dans la mort. »

Une vie française Jean-Paul Dubois
Une vie française Jean-Paul Dubois
Une vie française Jean-Paul Dubois
Une vie française Jean-Paul Dubois

tu parles avec des voisins de ta lecture de Rezvani traitant de la Bible dans Vers les confins

l'un d'eux te sort un titre : La Bible arrachée aux sables, Werner Keller, 1956, 604 pages, plus de 20 millions d'exemplaires et toi, tu n'en as jamais entendu parler; faut dire que la Bible, ce n'est pas ce que tu cherches spécialement à lire. Le catéchisme t'a suffi

un autre te sort un énorme journal, Zilbadone de Giacomo Leopardi, 2003, 2398 pages, l'auteur de L'éloge des oiseaux

pendant que tu  écoutes ces lecteurs, le grand âne de Jérôme passe et repasse, à pas lents, obligeant les voitures à ralentir ou s'arrêter, il vient humer le marc de café que tu as mis dans les deux oliviers en pot devant ta porte

après Rezvani, que lire ?

tu choisis Mémoire de mes putains tristes, 2005, Gabriel Garcia Marquez, 209 pages

réécriture de Belles Endormies de Yasunari Kawabata.

et sorti en prévision, deux Salman Rushdie : Patries imaginaires, Les enfants de minuit, L'ombre du vent de  Carlos Ruiz Zafón et deux romans de Julián Ríos : Belles Lettres et Album Babel

 

de Mémoire de mes putains tristes de Gabriel Garcia Marquez, je retiens ces citations :

Dès lors, je n’ai plus compté en années mais en décennies. Celle de la cinquantaine a été décisive, parce que j’avais pris cons­cience que presque tout le monde était plus jeune que moi. Celle de la soixantaine la plus intense, car j’avais cru ne plus pouvoir me permettre de faire des erreurs. Celle de soixante-dix à quatre-vingts a été terrible, car elle aurait pu être la dernière. Cepen­dant, quand je me suis réveillé en vie le matin de mes quatre-vingt-dix ans dans le lit heureux de Delgadina, il m’est apparu que la vie ne s’écoulait pas comme le fleuve tumultueux d’Héraclite mais qu’elle m’of­frait l’occasion unique de me retourner sur le gril et de continuer à rôtir de l’autre côté pendant encore quatre-vingt-dix années.

....................

Grâce à elle, j'ai affronté pour la première fois mon être véritable, tandis que s'écoulait ma quatre-vingt-dixième année. J'ai découvert que mon besoin obsessionnel de savoir que chaque chose est à sa place, chaque affaire traitée en son temps, chaque mot conforme à un style, n'était pas la juste récompense d'un esprit méthodique mais au contraire un système de simulation inventé pour cacher mon naturel désordonné. J'ai découvert que ma discipline nest pas une vertu mais une réaction contre ma négligence ; que ma générosité apparente cache ma mesquinerie, que je suis trop prudent parce que je suis mal-pensant, conciliateur pour ne pas succomber à mes colères rentrées, ponctuel pour qu'on ne sache pas à quel point le temps des autres m'est indifférent. Enfin, j'ai découvert que l'amour n'est pas une inclination de l'âme, mais un signe du zodiaque.

......................................

C'était enfin la vraie vie, mon coeur était sauf et j'étais condamné à mourir d'amour au terme d'une agonie de plaisir un jour quelconque après ma centième année

------------------------

JCG : en lisant ce Mémoire, j'ai regardé ma vie actuelle et je l'ai aimée encore plus, d'autres façons, amoureux de l'amour, du désir d'une chair; peut-on ainsi accoler ces deux mots : amour et désir ? cela dépend de chacun sans doute.

------------------------------------------------------

et ce propos

Je ne laisserai pas entrer le vieux !

C'est la réponse admirée et non génétique que Clint Eastwood a donné au chanteur country Toby Keith, quand on lui a demandé quel était son secret pour rester actif et brillant à son âge.

Quand je me lève tous les jours je ne laisse pas entrer le vieux. Mon secret est le même depuis 1959 : occupez-vous. Je ne laisse jamais le vieil homme entrer dans la maison. J'ai dû le traîner dehors parce que le gars était déjà confortablement installé, me donnant des coups de pied constamment, ne laissant aucune place à autre chose que la nostalgie. Tu dois rester actif, vivant, heureux, fort, capable.

C'est en nous, dans notre intelligence, attitude et mentalité. Nous sommes jeunes avec l'indépendance. Il faut apprendre à se battre pour ne pas laisser entrer le "vieux. "Ce vieux qui nous attend, debout fatigué au bord de la route pour nous décourager. Je ne laisse pas entrer le vieil esprit, le critique, l'hostile, les jaloux, l'être qui persécute notre passé nous lier avec des plaintes et des angoisses lointaines, des traumatismes revus ou des vagues de douleur. Il faut tourner le dos au vieux bavardage, plein de colère et de plaintes, sans courage, qui se renie que la vieillesse peut être créative, déterminée, pleine de lumière et de protection. Vieillir peut être agréable, et même amusant, si vous savez utiliser le temps, si vous êtes satisfait de ce que vous avez réalisé et si vous continuez à avoir l'illusion, ajoute Clint Eastwood, une légende qui a dix nominations aux Oscars, dont il a gagné quatre statues. Tous après avoir dépassé le seuil des soixante. Ça s'appelle "ne pas laisser le vieil homme entrer dans la maison. "Ces mots ont frappé le chanteur country Toby Keith si profondément qu'il l'a inspiré à écrire la chanson « Don't Let the Old Man in " (Ne laissez pas entrer le vieil homme), dédié au légendaire acteur.

-------------------------

https://youtu.be/yc5AWImplfE

---------------------------

après Mémoire de mes putains tristes, de G G Marquez

Patries imaginaires de Salman Rushdie, chroniques, essais, discours des années 1980-1990 soit il y a presque 40 ans, articles écrits avant la fatwa de Khomeini du 14 février (Saint-Valentin) 1989 le condamnant à mort, et ayant engendré l'attentat du 12 août 2022...

articles  qu'on peut lire dans le désordre;

un régal;

Rushdie est engagé, engagé comme écrivain, il se pense comme un écrivain de gauche, (laïque, pour la démocratie, le cosmopolitisme, les multitudes, contre le communalisme) créant, imaginant des univers dont thèmes, langues entrent en conflit avec les récits monolithiques politiques, religieux, historiques. Ses notes critiques sur pas mal d'écrivains sont passionnantes

------------------------------

dans la foulée, j'ai pillé dans Les enfants de minuit, 1980;

les enfants de minuit, c'est le roman échevelé des 1001 enfants nés à minuit, le 15 août 1947, nuit de l'indépendance de l'Inde;

33 bocaux de chutney = 33 chapitres

ça commence par le nez du grand-père dont Salman a hérité, truffe très vivante quand on le regarde lors d'un entretien;

avec ce 1° roman, récompensé, Rushdie a usé de la voie du réalisme magique et comme Marquez cite Machado de Assis (1839-1908)

------------------------------------

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alisme_magique

-----------------------------

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joaquim_Maria_Machado_de_Assis

-----------------------------

il a su prendre son pif d'éléphant comme objet littéraire (Cyrano aussi mais c'est moins drôle) avec un feu d'artifice langagier  qui ne se dément pas de tout le livre puisque c'est le pif qui guide aussi la fabrication des chutneys comme c'est le pif qui sert parfois à choisir

-------------------------

 

 

après Salman Rushdie sur lequel je reviendrai, je suis passé à

Une vie française, de Jean-Paul Dubois, 2004, prix Fémina

et à Belles Lettres, de Juan Rios, 1996

j'ai failli abandonner Une vie française

et en me rendant compte avec Belles lettres (26 lettres de A à Z, 26 rencontres de partenaires sexuelles, d'Albertine à Zazie) que ces deux romans évoquaient l'initiation sexuelle de deux adolescents devenant hommes, j'ai repris Une vie française, sachant que sans doute j'abandonnerai en cours de lecture, tellement l'inscription de ces frasques dans la fresque historique allant de De Gaulle à Mitterrand et Chirac est superficielle

n'étant plus depuis longtemps ado  boutonneux, turgescent, en proie aux pulsions vives, j'ai du mal avec les descriptions faites par ces deux écrivains

je n'ai pas une impression de littérature même si ça me semble plus subtil, plus élaboré chez Juan Rios

tout se passe à Londres ou dans la proximité et le monde est secoué de catastrophes, d'accidents mortels et de ruptures;

chez Dubois, tout se passe à Toulouse et dans les environs et là aussi il y a des catastrophes, des accidents mortels

bref, je n'ai pas trouvé à dialoguer pour le moment avec ces deux romans

à la différence de ce que j'ai vécu avec Garcia Marquez et avec Salman Rushie qui m'a fait découvrir le poète Raymond Carver

_______________________________________

 

 

 

résumé d'un lecteur sur babelio

Paul Blick a huit ans lorsque son frère meurt brutalement, le jour où la France entérine la Ve République. De Charles de Gaulle à Jacques Chirac, des premiers baisers aux premiers cheveux blancs, Blick hésite entre désir et révolte, confort bourgeois et recherche d’un absolu désillusionné. Cette vie française, à laquelle chacun peut s’identifier, est inscrite dans une Histoire en marche et subit le monde autant qu’elle le construit.

----------------------------------

résumé de l'éditeur

Petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, Paul Blick est d'abord un enfant de la Ve République. L'histoire de sa vie se confond avec celle d'une France qui crut à de Gaulle après 58 et à Pompidou après 68, s'offrit à Giscard avant de porter Mitterrand au pouvoir, pour se jeter finalement dans les bras de Chirac.

Et Paul, dans tout ça ? Après avoir découvert, comme il se doit, les joies de la différence dans le lit d'une petite Anglaise, il fait de vagues études, devient journaliste sportif et épouse Anna, la fille de son patron. Brillante chef d'entreprise, adepte d'Adam Smith et de la croissance à deux chiffres, celle-ci lui abandonne le terrain domestique. Devenu papa poule, Paul n'en mène pas moins une vie érotique aussi intense que secrète et se passionne pour les arbres, qu'il sait photographier comme personne.

Une vraie série noire – krach boursier, faillite, accident mortel, folie – se chargera d'apporter à cette comédie française un dénouement digne d'une tragédie antique. Jardinier mélancolique, Paul Blick prend discrètement congé, entre son petit-fils bien-aimé et sa fille schizophrène.

Si l'on retrouve ici la plupart des " fondamentaux " de Jean-Paul Dubois – dentistes sadiques, femmes dominatrices, mésalliances et trahisons conjugales, sans parler des indispensables tondeuses à gazon –, on y découvre une construction romanesque dont l'ampleur tranche avec le laconisme de ses autres livres. Cet admirateur de Philip Roth et de John Updike est de retour avec ce roman dont le souffle n'a rien à envier aux grandes sagas familiales, dans une traversée du siècle menée au pas de charge.

-----------------------------

ma lecture en cours (2/3)

finalement, hier, j'ai décidé de poursuivre la lecture de Une vie française

les descriptions érotiques, réelles ou fantasmées, pullulent, descriptions peu répétitives comme cela est souvent le cas dans ce genre de récits / Paul Blick sait raconter sa vie sexuelle, variée en partenaires souvent très actives, inventives, soucieuses de leur plaisir; le lexique est riche: on est presque dans un registre orgasmicosmique

et surprise, Paul Blick, personnage dont l'auteur ne souhaite pas qu'on l'apprécie (c'est un personnage répulsif, pour moi) finit par nous surprendre :

il devient homme au foyer, s'occupant de ses deux enfants, Vincent et Marie

puis photographe célèbre d'un livre fabuleux Arbres de France,

en préparation Arbres du Monde

ce roman étant paru en 2004, on comprend qu'il est écrit avec les préoccupations écologiques des années 2000 et pas seulement celles des années 1958-1995

les pages sur les arbres sont magnifiques : Paul Blick qui a toujours préféré photographier l'immobilité nous en révèle la profondeur, le mystère, loin des vaines agitations humaines

on comprend le refus de ce gauchiste de 1968 de ne jamais voter, de traiter de façon aussi superficielle des hommes politiques et des événements : aucun n'est grand, tous sont des caricatures

on se rend compte qu'en 2023, les travers ont empiré, que les problèmes sont les mêmes; sècheresse de 1974 avec rationnement de l'eau et dégâts considérables (les feux ne sont pas présents)

quand on a vécu cette période, on se souvient de l'exécution par guillotine de Christian Ranucci, le 28 juillet 1976 à Marseille (d'Estaing refusant toute intervention et grâce présidentielle), de celle de Mesrine, le 2 novembre 1979, Porte de Clignancourt, de l'affaire Greenpeace (L'affaire du Rainbow Warrior désigne le sabotage du navire amiral de l'organisation écologiste Greenpeace, le Rainbow Warrior, par les services secrets français le 10 juillet 1985)

bref, j'irai au bout de ce roman qui  m'a hérissé et excité

les registres lexicaux sont variés, riches , chantournés (dictionnaire à portée de main)

--------------------------------

"Durant ces longues attentes je me disais que ces arbres devaient avoir, quelque part, une mémoire, sans doute bien différente de la nôtre, mais capable d'enregistrer l'histoire de leur pré, les fréquences bavardes des villes lointaines. Il ne faisait pour moi aucun doute qu'ils possédaient aussi une intelligence du monde tout aussi subtile que celle dont nous nous prévalons. Comme nous, ils avaient pour mission de construire leur destinée à partir de rien, d'un hasard et d'une nécessité combinés, d'une simple graine transportée par le vent ou un oiseau, et ensuite de s'accommoder du sel de la terre et des eaux de la pluie.

[...] Réfléchir au pied des arbres ne me valait rien de bon. A les fréquenter avec assiduité, à presque parler leur langage, je songeais que, désormais, j'aurais les plus grandes difficultés à photographier des humains" (pp. 227-228).

lectures en cours
lectures en cours
lectures en cours
lectures en cours
lectures en cours
lectures en cours
lectures en cours

lectures en cours

ça y est; je sens la rentrée

- derniers jours et dernières soirées pour la fetite pille (15 ans)

- éléments pour la soirée du 29 septembre à 19 H 30 aux Comoni :

Jean-Claude Grosse et ses livres d’éternité ! Une traversée dans l’œuvre de JCG-Vita Nova

Conception et choix des textes : Dominique Lardenois Interprétation : Katia Ponomareva et Dominique Lardenois

- éléments concernant Jean-Loup Fontaine,

-- du 1 au 18 septembre à la maison du Grand Cerf à Ronchin

-- du 15 au 30 septembre à la médiathèque de Loos en Gohelle

-------------------------------------

après Une vie française, j'ai sorti de ma bibliothèque de corps ça vit

- les cent plus beaux poèmes du monde, choix d'Alain Bosquet (qui s'en souvient ?)

- Poèmes de tous les jours (100 haïkus), collection Unesco

je tenterai de répondre à une question posée sur la page d'Annie Bergou par Angélique Ionatos

y a-t-il de la place pour les poètes ?

----------------------------------

- au plus près, entretiens avec Philippe Djian

voilà un auteur qui se moque de son écho dans le milieu institutionnel littéraire et qui est sans doute un des écrivains majeurs des 40 dernières années

- Ana Désir de Jean-Yves Loude

- La jouissance et l'extase de Françoise Rey, consacré à la rencontre entre Henry Miller et Anaïs Nin entre 1933 et 1934

Une vie française Jean-Paul Dubois
Une vie française Jean-Paul Dubois

Salle Pétrarque, Maison des Comoni ,Le Revest-les-Eaux

Vendredi 29 septembre 2023

19 H 30 (Entrée libre)        

Les Cahiers de l’Égaré

Les 4 Saisons du Revest et d’ailleurs 

La Municipalité du Revest-les-Eaux                                                                     En partenariat et avec le soutien de TPM et du Pôle 

Présentent

 

Jean-Claude Grosse  et ses livres d’éternité !                                         Une traversée dans l’œuvre de JCG-Vita Nova                                                          Conception et choix des textes : Dominique Lardenois                                   Interprétation : Katia Ponomareva et  Dominique Lardenois

Jean- Claude Grosse, le Festival de théâtre du Revest, la Maison des Comoni, tiennent une place essentielle dans mon parcours théâtral.

Après la publication  en 2021 de Et ton livre d’éternité ?, j’ai proposé à Jean-Claude de puiser dans l’ensemble de ses œuvres (Théâtre, poésie, essais, critiques dramatiques et littéraires, prise de position…) pour une lecture publique à réaliser à la Maison des Comoni.

Son acceptation est une marque de confiance et je l’en remercie vivement.
D’autant qu’il ne souhaite pas intervenir dans mes choix. Comme il s’intéresse à tout, se passionne pour tout et que sa pensée est toujours en mouvement,  la tâche est ardue mais exaltante.

Nous aurons donc à cœur de faire entendre toutes les facettes de la pensée et des écritures de Jean-Claude Grosse.

Je tiens enfin à remercier la municipalité du Revest-les-Eaux partenaire de cette soirée.                                                                                                                                              
Bienvenue à toutes et tous.

Dominique Lardenois

 

Echanges avec le public à l’issue de la représentation ?

vente à prix réduit de Cahiers de l’Égaré

Verres de l’amitié

 

 

 

JEAN-CLAUDE GROSSE

1983-2023 : 40 ans d'activités artistiques au Revest- les-Eaux

1988-2023 : 35 ans d'activité éditoriale

 

Bibliographie :

Le Libre jeu – Théâtre- (1997)

La Vie en jeu – Théâtre-  (1997)

La parole éprouvée – Poèmes (2000)

Le corps qui parle (Trois femmes)- (2001)

Pour une école du gai savoir –Essais- (2004)

Le fils du Baïkal coécrit avec Daria Kosacheva (2010)

Les Enfants du Baïkal (2010)

L’Île aux mouettes (2012)

L’Eternité d’une seconde Bleu Giotto (2014)

Là où ça prend fin (2014)

Histoire de places-Théâtre (2016)

Et ton livre d’éternité ? (2022)

Texte écrit sous le nom de E. Say Salé

Moi, Avide 1er, l’Elu et EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises (2016)

Vols de voix Farce pestilentielle à l’occasion de la présidentielle (2017)

Aux éditions les Promeneurs Solitaires

Journal d’un Egaré – textes écrits à différentes époques  (2018)

Lire la suite

Vers les confins / Rezvani

14 Août 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #Emmanuelle Arsan, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #histoire, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #voyages, #écriture

Rezvani retour en Avignon, Serge Rezvani en Avignon avec France Culture, le 14 juillet dans les jardins du Musée Calvet
Rezvani retour en Avignon, Serge Rezvani en Avignon avec France Culture, le 14 juillet dans les jardins du Musée Calvet

Rezvani retour en Avignon, Serge Rezvani en Avignon avec France Culture, le 14 juillet dans les jardins du Musée Calvet

édition 1992, dédicacée suite à la visite à La Béate, le 2 août 2001, lue en 2012
édition 1992, dédicacée suite à la visite à La Béate, le 2 août 2001, lue en 2012

édition 1992, dédicacée suite à la visite à La Béate, le 2 août 2001, lue en 2012

La Traversée des Monts Noirs

supplément au Rêve de d'Alembert

de Serge Rezvani

(Belles Lettres 2012)

 

voilà un roman d'une densité telle qu'il faut une grande attention et concentration pour ne pas s'égarer, lu dans l’édition de 1992 chez Stock, disponible en 2012 aux Belles Lettres

un roman dialogué ou plutôt monologué par des personnages divers qui parfois se coupent, se contredisent, s'affrontent, se comprennent, partagent mais l'essentiel est ce qu'ils assènent à coups d'arguments affutés sur des sujets divers qui leur tiennent à coeur ou sur leurs sentiments, leurs relations ; rien de superficiel dans ces échanges et ces confidences ; on admet sans méfiance particulière malgré les mises en garde sur un tel ou un tel qu’il s’agit d’une mise à nu sincère des différents protagonistes d’une histoire d’amours sur fond d’une histoire de dominations et de migrations ; on est amené à les croire même si les versions sont multiples, les subjectivités étant en jeu

ces monologues-dialogues ont pour témoin un Français qui ne dit pas un mot de tout le roman mais nous décrit en didascalies les péripéties, déplacements, arrêts, les lieux, les moments ; lui se déplace assez peu, le train, le planétarium ; les confidents ne cessent d'être en différents points du globe (en monologues) mais principalement Pologne, Russie, Israël ; ces confidents l'ont adopté pour la raison qu'ils croient qu'il ne comprend pas le russe ; ils parlent devant lui, le prenant à témoin (donc nous, lecteurs), lui parlant parfois en français, parfois en anglais, ne lui demandant jamais son avis ; cette avalanche de discours en 3 langues est paradoxalement écrite dans une seule langue, la française ce qui rend d'autant plus savoureux les remarques de nature linguistique sur le russe mais aussi le français : noirs = rions ou autre palyndrome : roc cornu pour parler des Monts Noirs

les personnages sont essentiellement des scientifiques, la majorité d'origine juive ; il y a une femme, la dernière juive polonaise, fauvette, hantée par le cimetière de ses ancêtres de la « juiverie » impossible à retrouver sauf peut-être sous un roncier qu’elle fait brûler pour ramener les cendres en Israël, l'homme des fauvettes dit le professeur, Sterne, le dernier descendant polonais des comtes pendeurs qui ont parqué si longtemps en bas de leur château la « juiverie », un jeune mathématicien, Math, un vieil entomologiste, un neuro-ornithologue et un arpenteur sans arpents, sans doute palestinien ; n'apparaît jamais mais est évoqué, un enquêteur des lointains districts qui enquête sur des crimes très archaïques

ces scientifiques sont des virtuoses de la logique et quand on dit d'une logique qu'elle est diabolique, on en a l'illustration à longueur de pages avec une insistance à donner le tournis car chacun insiste, reprend, ressasse ; sont-ils pris au piège de la raison, du raisonnement ? sont-ils pris au piège de l'expérimentation aussi ? Car fauvette, le professeur, l'entomologiste, Math, Sterne, le neurologue dit le docteur sont des expérimentateurs et observateurs d'espèces de toutes sortes, oiseaux, insectes, mais aussi de leurs comportements pris dans l’engrenage de l’histoire perpétuelle de la domination (comment se comporte un dominant ? comment se comporte une dominée ? qu’en est-il du dominé quand il se transforme en dominant ?)

je suis incapable de dire si ce qui est raconté sur le plan scientifique (et qui est sidérant souvent) repose sur la réalité ou si l'auteur nous mène en bateau ; en tout cas, pour moi, cet univers de scientifiques est un univers de malades, ils ont la maladie des symposiums où tout est vide avec sérieux, ils ont la maladie de savoir et cela les rend extrêmement manipulateurs, tortionnaires justifiés aussi ; les scientifiques ne sortent pas grandis de ce roman (à part l’étonnement qu’on peut avoir devant leurs découvertes) d'autant que les échappées métaphysiques déduites de ces expérimentations se ramènent à peu de choses ; tout est dans l'inné, mécaniquement reproduit d'où l'immobilité sous l'apparence du mouvement, ça revient toujours, ça revient toujours au même, palingénésie

ce roman, sans doute bien documenté scientifiquement, date de 1992 ; 20 ans, cela suffit à le rendre en partie obsolète de ce point de vue ; les découvertes des dernières années en cosmologie mettent à mal la stabilité et même le chaos n'est plus le meilleur moyen de rendre compte de ce qui se passe et qui est dans ce que l'on pourrait appeler la créativité de la Nature pour un métaphysicien et les étonnants pouvoirs du vide quantique pour un cosmologiste ; les univers naissent du vide quantique, se déploient, vieillissent, meurent, redeviennent vide quantique pendant qu'ailleurs de nouveaux univers surgissent ; les considérations sur la matière noire ne sont plus aussi pertinents ; avec la métaphysique naturaliste de Marcel Conche, on aurait un roman moins noir ; la nature des Monts Noirs est chaotique, effrayante, elle est métaphorisée comme les autres lieux, la Pologne du dégel, de la boue, le désert israélien ; cette nature hostile, à traverser, où séjourner, est propice aux désirs d’envol, de départ des oiseaux migrateurs comme des éternels migrants, sans arpents, propice aussi aux nostalgies de retour des mêmes oiseaux, des mêmes migrants ; les scientifiques, fauvette en tête, agissent sur l’inné des oiseaux avec leur planétarium au ciel mobile faisant croire aux fauvettes qu’elles ont voyagé jusqu’en Israël et voici qu’une fauvette pond dans les Monts Noirs croyant être en Israël ; la duperie a fonctionné, la simulation du voyage immobile puisque seul le dôme a tourné ; que peut-on prouver ainsi ? que veut-on prouver ainsi ? à moins qu’il ne s’agisse d’humour avec de gros moyens financiers tout de même (noirs = rions); à moins qu'il ne s'agisse d'appliquer ces déductions d'observations aux hommes  aussi ?

là où ce roman apporte beaucoup c'est sur la relation dominant-dominé, sur la dangerosité ou non de la symétrie (rendre à l'autre ce qu'il nous donne, lui reprendre ce qu'il s'est indûment approprié) ; les pages sur le crime de Sterne, écrasant un enfant palestinien de l’intifada avec ses pierres et son cocktail molotov, crime transformé en accident par Israël, crime insupportable pour fauvette qui était dans la voiture au moment des faits … montrent la complexité de la situation en Palestine avec les jeunes en guerre (sous chaque pierre, un couteau), en Israël avec les anciens comme l’entomologiste, venus de nulle part, les sans arpents de toujours et les jeunes comme Math, nés là, faisant des palestiniens les nouveaux sans arpents

évidemment, fauvette, la dernière juive de Pologne, travaillant dans les Monts Noirs, traquée avec son consentement par le dernier comte pendeur est le nœud du roman ; quatre hommes comme pour les fauvettes, quatre mâles pour une femelle, quatre hommes donc tournent autour d'elle qui va de l'un à l'autre sauf le professeur, pour finalement préférer le frère déclaré de l'enfant tué ; le roman se termine sans doute sur la mort de Sterne, tué par l'arpenteur, qui avait annoncé à Sterne que ça finirait par son assassinat, symétrie !

tout ce qui concerne ce crime de l’enfant et d’autres crimes similaires (celui d’un enfant juif poignardé par un enfant palestinien lequel est immédiatement lynché par les israéliens), avec références à l’actualité (propos d’un premier ministre nommant « animaux bipèdes » les enragés palestiniens, propos d’un Nobel de la paix israélien, propos de Leibowitz), révèle l’implication de Rezvani qui à travers les points de vue de ses personnages et leurs attitudes (fauvette va jusqu’au village de l’enfant écrasé au prix de sa vie) semble ne pas croire à une solution de paix possible. 20 ans après, ce qu'écrit Rezvani n'est pas obsolète. On en est au même point, pire peut-être, effets ravageurs de la symétrie ! Ce pessimisme (cette lucidité) me semble en lien avec la métaphysique sous-jacente aux développements scientifiques comme à la fin, celui consacré aux affinités répulsives, qu’on retrouve dans Isola Piccola :

« Mais savez-vous que c'est par une infinie répulsion que se tient en place l'univers ? En mathématique comme en chimie ou en physique l'élément d'affinité répulsive sert en quelque sorte de liant. Les affinités répulsives fondent la chimie, la biochimie, la physique nucléaire... et aussi le sexe ! L'univers ne tient ensemble que par le jeu des affinités répulsives. Nous-mêmes ne sommes que des charges électriques dont les phases ne cessent de s'inverser. Cette électricité déphasée, ces pertes et ces retours de tension font de l'univers une curiosité. Sans la folie des flux électriques répulsifs, l'univers ne serait pas cette curiosité qui maintient nos propres flux électriques en éveil. Nous crèverions d'ennui si nous n'étions non seulement plongés dans le chaos mais nous-mêmes chaos. Aucun de nous n'éprouve envers l'Autre ce qu'on nomme naïvement du sentiment... ou si vous préférez une affinité stable. » Isola Piccola

Évidemment, cette dernière affirmation est contredite par les 50 ans d'amour de Rezvani pour Lula et réciproquement et par l'Ultime amour

 

Jean-Claude Grosse, le 16 avril 2012

édition 2014, lue en août 2023

édition 2014, lue en août 2023

Fin d'après-midi et soirée du 8 août, je décide de me plonger dans Vers les confins de Serge Rezvani, dont j'ai lu La traversée des Monts noirs. Énorme et agréable surprise.
Ce roman foisonnant correspond à ce sur quoi je travaille en rendant compte de mes lectures de revues. Humour ravageur, dommage que je sois seul, je ne peux partager mes rires. Roman dont j'ai déjà lu un tiers. les livres I et II sur 4 livres. Après reprise du dernier chapitre de La traversée des Monts noirs, et deux jours et une nuit dans le tunnel passant dans les Monts noirs, on prend un convoi de camions militaires en route pour les Confins, désert sans fin où vivent les Esséniens, les descendants de la Bible d'avant sa défiguration par le Nouveau Testament.
Si avec la revue Front populaire, ça déboulonne, avec ce roman, on atteint l'apothéose des déboulonnages, où Spartacus précède de 70 ans, le Christ, où la doctoresse et la mathématicienne sont les seules femmes du voyage d'élucidation des crimes commis dans les Confins, les autres personnages s'appelant l'ami français, l'enquêteur du district, le criminologue, le chercheur en philosophies oubliés, où la philosophe du deuxième sexe n'est pas nommée mais déconstruite... Bref, un régal.
--------------------------------
deux extraits par la doctoresse, Déborah
« – Oui, je veux dire que la Vie est sans pensée, elle ! Sans programme, elle ! Que la Vie va s’épanouir là où se trouvent dans la Nature des interstices qui lui sont favorables. Elle s’improvise Vie ! Sans savoir qu’elle est Vie ! Voyez l’Australie. À peine s’était-elle détachée des autres continents qu’en quelques millions d’années elle invente les marsupiaux. N’est-ce pas sublime d’imaginer, avec notre étrange cerveau spécifiquement humain, que l’Univers se peuple à l’infini d’une Vie aveugle, sans conscience et à la fois de la même violence inventive que le Feu, lui aussi aveugle et sans conscience, des Mondes en fusion ? Que la Vie et le Feu cohabitent à l’infini dans l’Univers comme cohabitent Vie et Mort ? N’a-t-on pas découvert dans les abysses des mers les plus profondes – là où les feux telluriques jaillis du magma terrestre luttent avec l’eau – non seulement des particules de vie mais d’étranges amalgames de cellules formant des corps composés, munis d’étranges griffes et de crochets, capables de supporter des chaleurs proches de l’ébullition ?

Quand nous eûmes roulé un moment en silence, elle avait ajouté :

– La Vie ne connaît aucun obstacle. Et même quand je mets en garde ces bergers dont nous parlions tout à l’heure, à propos de la radioactivité des métaux qu’ils arrachent aux carcasses des grandes épaves ensablées, je sais qu’à l’échelle des générations, l’espèce humaine, le jour où elle sera atomisée, comme ces espèces animales ou végétales qui survivent et prolifèrent en dépit de tout autour des centrales nucléaires dévastées, oui l’espèce humaine même si elle est défigurée, même si elle est méconnaissable, je dis bien l’espèce humaine revenue s’il le faut à son animalité la plus primitive qui n’est que Vie sans figure humaine, s’arrangera pour survivre coûte que coûte en se réinventant autre par tâtonnements successifs. » (pages 102-103)
-----------------------------------
évidemment, je constate la coïncidence d'inspiration avec un poème écrit en juillet et que j'ai mis en voix (5'45"), non partagé
-----------------------------------
Metamorphosis
Cosmogonie orgasmique

Somnolent dans le fauteuil Louis-Philippe,
une image te vient :
La Terre et ses milliers de bouches éruptives,
ses milliers de vulves-geysers,
la Terre ronde est ronde
de toutes les grossesses animales et humaines,
de toutes les germinations florales et végétales,
de toutes les minéralisations calcaires et granitiques.
La Terre est la porteuse, l’accoucheuse
de tout ce qui naît, de tout ce qui prend corps.
Le corps, les corps, encore et encore.
Incarnations en chairs et en os,
en racines et cimes,
en strates et sédiments.
Et tu te vis, foetus en position foetale, dans le ventre-terre.
Du ventre-mer, du ventre-mère
tu es passé au ventre-terre, au ventre-univers

........................
Tu as inspiré l’air du Large.
Tu es monté dans la pirogue du Fleuve.
Tu as été fécondé par les abeilles de l’Amour.
Tu accueilles, tu recueilles, tu donnes, tu offres.
Tu ne tries pas, tu ne juges pas, tu n’opposes pas.
Ce qui advient devait arriver,
ce qui adviendra arrive déjà,
ce qui est advenu arrive toujours
parce que le passé ne s’efface pas.
Tout est mémorisé, devient mémoire vivante.
Tu t’es laissé glisser dans l’Océan que tu es.
Tu n’es pas une vie minuscule gouvernée par un zizi ridicule.
Tu es une vie Majuscule reliée au Tout.
Tout copule et consent avec joie à copuler.
Poussières et semences d’étoiles,
germes et spermes de l’orgie de l’évolution,
de l’ontogenèse, de la phylogenèse,
à la vie à la mort.
La fabrique des corps. Et au coeur du corps, le coeur.
Tu es humble de ton humus,
humain de ton humanité,
universel de ton universalité,
divin de ta divinité.
En ouvrant tes bronches,
en activant ouïes, branchies,
tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.
Tu entres dans l’innocence.
Tu es miracle et mystère de ta naissance.
Tu seras mystère et miracle de ta mort.
Tu fais choix de l’ignorance.
Tu ne refuses pas les connaissances
mais surtout tu sais qu’on ne sait rien.
Rien du début, rien de la fin, rien du sens s’il y en a un.
Tu acceptes d’être dans l’incertitude,
tu ne cherches pas de certitudes.
Tu ne crois plus qu’il y a la Vérité à chercher.
Tu essaies d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.
Tu montes et descends l’échelle,
Du Tartare à l’Olympe,
du Ciel à l’Enfer
et tu bivouaques sur la Terre.
Du Tartare, tel Orphée, tu ramènes poèmes et mélodies.
Épitaphier de tous les morts aimés.
Dans l’Enfer, pas de damnés condamnés à jamais.
Du Ciel, tu ne fais pas le séjour de Dieu ni le paradis des ressuscités.
Dieu ayant créé se cache, tsimtsoum.
Le ciel est espace de légèreté pour la gente ailée.
Dieu est dans le silence d’un souffle subtil.
Dans l’Olympe, aucune guerre des dieux.
Ils ont eu le temps d’apprendre et de pratiquer l’anarchie.
La Terre est danses et cycles.
La grande roue du Grand Manège tourne
bien huilée
sans grincements de dents.
Dieu et les dieux sont présences ineffables.
Tu n’es plus un hamster.
Tu es à Parfaire. Tu es un Parfait. Tu es Parfait.

 

édition 2014, lue en août 2023

édition 2014, lue en août 2023

Circonstances de lecture
Après avoir écrit sur deux N° de Front populaire dont un article approfondi sur 3 philosophes face à la bombe : Camus, Jaspers et Anders.

(Possibilité d’usage d’armes nucléaires dans la proxy war russo-ukrainienne-otanienne)


Plutôt perturbé, à la fois joyeusement et douloureusement par les « accusations et preuves » de mensonges, manipulations des idéologies humanistes, universalistes comme des religions d’amour, j’ai sorti, sans doute pas par hasard, le roman de Rezvani, Vers les Confins, faisant suite, 12 ans après, à La Traversée des Mont Noirs, en supplément au Rêve de d’Alembert.
Je l’ai lu en 3 jours. 4 livres de courts chapitres, IX pour le I (pages 11 à 87), X pour le II (pages 89 à 174), X pour le III (pages 176 à 264), XV pour le IV (pages 266 à 387)
Impressions subjectives, sans tri ni analyse.
Jubilatoire, drôle, parodique, décapant, désespérant, répétitif, symétrique, réversible, asymétrique, lard cochon, hypnotique, profond, léger, paradoxal, contradictoire, iconoclaste, manipulateur, séducteur, raisonneur, rationaliste, matérialiste, scientiste, démolisseur, dynamiteur, palindromique, poétique, lyrique, fantaisiste, magique, encyclopédique, musical = bruit infernal (du train puis de la chenillette), bavard, suspendu, pictural, amoureux, amoureusement féminin, des seins féminins, horriblement masculin érecteur, éjaculateur, émasculateur, cornaqué par le petit cornac, profondément juif, profondément humoristique yiddish
chaque mot mériterait une illustration mais je laisse chaque lecteur faire son travail de lecteur
Voilà des contes tirés des mille et une dunes d’un désert sans fin, illimité
Comme dit la 4° de couverture : « depuis l’aube de l’intelligence humaine, ne faisons-nous pas que délirer…poétiquement, dites-vous, pourquoi pas ? », reprise d’une remarque de la mathématicienne Adema, page 168
Évidemment, l’écrivain de langue française, d’origine russe et perse, de nulle part, muet dans La Traversée, est amené à se dévoiler comme écrivain, donc à parler d’écriture donc de lecture; puisque est énoncé le lieu commun bien éculé (pratiqué par qui ?) du lecteur faisant la moitié du chemin.

Lecteur, je vais tenter de faire la moitié du chemin emprunté par l’auteur se parodiant dans le personnage de l’écrivain de langue française.

Les lieux :
- les Monts Noirs, gelés, glacés, un tunnel sous les Monts qu’il faut deux nuits, un jour pour les traverser avec arrêt dans une gare de triage, de réapprovisionnement, de contrôles… Chemins de fer = trains de la mort de masse, des déportations de masse. Monts Noirs = métaphore = réalité des territoires immenses sous la coupe de tyrans et dictateurs, se prétendant porteurs d’un monde nouveau, d’un homme nouveau.
- Les Confins, du sable encore du sable, des dunes encore des dunes ; et des surprises, des carcasses d’engins indescriptibles, innommables, innommés car rien ne doit être nommé de ce qui est vu. Un cratère géant dû à la chute d’un météorite. Des Esséniens de la lointaine époque de la langue araméenne, des Sages, tous fous merveilleux, le Sage des poules, le Sage des tombes et peut-être le Sage des sages qui a la Réponse. La Déesse des sables, descendante de Lilith, préférée à Ève. S’il est trop curieux, s’il veut aller plus loin que la Montagne Rouge, l’écrivain de langue française est prévenu, il n’en reviendra pas.

Les personnages :
- ceux de la mission sous la responsabilité de l’enquêteur du district, la doctoresse Déborah, la mathématicienne Adema, le criminologue, le chercheur en philosophies oubliés, l’écrivain de langue française
- les personnages rencontrés : l’Arpenteur sans arpents, le Sage des poules, Sarah, le Sage des tombes, le Christ errant éternellement ressuscité, la Déesse des sables
- Les personnages  évoqués : l’anthropologue, Math, Sterne, l’ornithologue des Fauvettes

Les styles :
- Très peu de descriptions, alors même que l’écrivain de langue française y est invité mais attention, seulement pour lui et eux, pas à diffuser, d’ailleurs, pas de prises de notes ou si, destruction des notes
- Très peu de narrations, sauf confidences de l’écrivain de langue française évoquant la maladie de son aimée de 50 ans ou certains de ses écrits antérieurs dont les paroles d’une neuve marseillaise
- Essentiellement des discussions entre les personnages avec insistance sur la nomination de l’émetteur de chaque réplique, et sa façon de dire, ironique, agacée, énervée, colérique, railleuse, câline, ce qui produit beaucoup de comique

Le sujet :
 
c’est quoi cette espèce tueuse douée d’intelligence et qui en est arrivée à rendre invivable son milieu de vie et à être au bord de la disparition collective ? Comment comprendre cette propension, cette pulsion archaïque à tuer, d’abord les siens, pères et frères assassinés, enfants égorgés, femmes lapidées, ensuite les autres, mis en esclavage et exterminés
est interrogée, questionnée la Bible; sont cités des épisodes et des recommandations à se demander comment ne pas se rendre compte de la monstruosité de ce qui est raconté et comment ne pas se détourner définitivement de ce genre de récit; comment expliquer la fascination exercée par ce Livre et par son symétrique, le Coran, tous deux engendrant des fous de Dieu, Yaveh, Allah depuis des millénaires
Comment est-on passé de la Bible, de son Dieu irascible, en colère au Nouveau Testament, au Fils du Père, mourant pour tous sur la croix, par amour de l’homme. Comment est-on passé de la colère divine à l’amour divin, sans pour autant renoncer aux meurtres de masse, aux inquisitions, aux bûchers pour sorcières, aux tortures les plus abominables, aux évangélisations forcées, aux missions colonisatrices … et comment s’est opéré le glissement vers les messianismes terrestres, eux-mêmes porteurs d’exterminations de masse

Ce livre n’épargne rien, aborde tous les aspects liés à trois questions : d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Qui sommes-nous ?

D’où venons-nous ?


de la première femme, d’un utérus originel, d’entre les cuisses de la Mère, et donc d’incestes à répétition ?
de l’homme insufflé par le souffle divin, la femme étant tirée de la cuisse de l’homme ?
Genèse utérine = ire es tu - égal en grand écart
(Ève rêve)

Où allons-nous ?

Fin du monde, fin de l’humanité sont des métaphores; le temps de l’extinction sera peut-être le temps de la métamorphose (rire de Kafka se lisant), le temps de l’adaptation aux pires conditions de survie, comme les monstres animaux engendrés par la vie sous terre dans les confins; nous nous acheminons vers une métamorphose de monstres humains en monstres insectes
(rions noirs)

Qui sommes-nous ?

Des monstres originels, des monstres de tout temps, d’avant, de maintenant, d’après, d’ici, d’ailleurs, de nulle part, des monstres éternels

En conclusion :
Rezvani en écrivant ce livre poursuivait-il un but ? En revendiquant d’être artiste de lui-même, d’être créatif, en faisant travailler ses deux hémisphères, celui du langage, celui des images, ayant été témoin de la dégénérescence du cerveau de l’aimée (l’âme neuronale de Lula), Rezvani me semble-t-il, ne poursuit d’autre but que celui de se faire plaisir, avec désinvolture, sans attachement à l’oeuvre, « son » oeuvre, tant que son cerveau peut délirer poétiquement.

En regardant sur internet, j’ai très peu vu de notes de lecture sur ces deux livres (un 3° me semble annoncé).
C’est le signe me semble-t-il d’une liberté radicale, peu soucieuse de l’écho rencontré, de faire oeuvre dans le cocon menacé par le Feu de La Béate dans les Maures.
Comme j’ai trouvée cette liberté radicale, chez Emmanuelle Arsan qui n’a jamais accordé d’interviews, est restée d’une discrétion absolue, vivant à Chantelouve, menacée par le Feu dans la forêt dracénoise.

Je pense donc que ces deux livres écrits par Rezvani pour se faire plaisir en se grattant là où ça lui  fait très mal (la tête) et où ça peut aussi nous faire très mal (le cul) ne sont lisibles que par les quelques-uns qui en auront le désir.

(l’arpenteur sans arpents n’est-il pas un chrétien palestinien, le symétrique des arpenteurs sans arpents que furent les juifs pendant des millénaires et se revendiquant aujourd’hui d’Israël colonisant à tout va des territoires palestiniens)


Après Onfray (va-t-il aussi profond et aussi drôlement?), on va avec Rezvani au coeur du magma pulsionnel, de l’énigme. Il n’y a pas de Réponse à la Question, il n’y a pas de Sage des Sages au-delà de la Montagne Rouge.
L’enquêteur du district chargé d’élucider les innombrables crimes commis dans les Confins, a compris qu’il n’y a rien à élucider. Ces crimes sont des crimes « naturels », perpétrés depuis la nuit des Temps.

Le crime précède la loi l’interdisant.
Le tribunal Russell ou le Tribunal pénal international doivent condamner avant l’exécution des crimes.

Pour raconter tout cela à nos amis-enne-amis extra-terrestres, une seule hellade suffira, soit un milliard de signes binaires.
Faut-il raconter ou faire silence ? Faut-il se souvenir ou oublier ? Faut-il parler, user des mots ou se penser en connexion avec le Tout ? Faut-il honorer le veau d’or ou pratiquer le don ?

J’inviterai certains amis à en être lecteurs.
Et pourquoi pas, organiser quelques lectures à voix haute de certains des très courts chapitres des 4 livres de ce Livre.

Longue vie encore à Rezvani, 95 ans en 2023, cent ans moins cinq comme il se présente, artiste pluri-indisciplinaire,

qu'il s'amuse, continue à s'amuser, qu'il en  amuse quelques-uns d'entre nous.

 

 

Lire la suite

journal d'été à corps ça vit

15 Juillet 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #JCG, #histoire, #jean-claude grosse, #pour toujours, #psychanalyse, #écriture, #épitaphier

le groupe Ho Sud au parc communal de corps ça vit
le groupe Ho Sud au parc communal de corps ça vit

le groupe Ho Sud au parc communal de corps ça vit

13 juillet

Balade du matin, aquagym, je me prépare à recevoir K., G., et R.

Fin d’après-midi et soirée, au parc communal,

- dès 18 H 30, scène ouverte

- avec Ho Sud, 4 musiciens, multi-instrumentistes dont le maire,  dont le chanteur (répertoire de qualité, par exemple un poème de Baudelaire, un autre de Charles Gros mais aussi sur les mineurs de Batère),

- une chanteuse polonaise interprétant des romances polonaises, russes, tziganes,

- un orgue de barbarie qui nous joue I can't get no, en nous racontant l'histoire du riff de Keith Richards (surgi dans son sommeil et enregistré tout de suite)

- 20 H 30, repas préparé par le comité des fêtes, très rajeuni, très actif, assiette de tapas ou sardinade ou maïs grillé,

- 22 H 30, feu d’artifice allumé par le maire au-dessus de la piscine  

- 23 H-2H du matin, bal, sur la placette du village, avec chaque année Christian Fontaine.

J’ai dansé avec K. la groupie du pianiste, en apprenant que c’était la chanson préférée de Cyril

—————————————————-

 

—————————————————-

14 juillet, marche vers 9 H 

10H-11H, mise en ligne laborieuse de la 2° note des lectures d’été

 

11 H 30, cérémonie au monument aux morts, discours du maire, toujours de qualité, avec tour d’horizon mondial, discours donc de citoyen du monde et même plus exactement discours tout simplement humain, lucide, avec du coeur, des valeurs,

il m’a donné l’exemplaire lu

puis apéritif offert par la municipalité au parc communal,

une quarantaine de personnes; c’est agréable de se retrouver; je suis revenu à la maison à 13 H

j'apprends par un ami, la présence de Rezvani en Avignon et fais le lien avec sa marseillaise amie, chantée par Cali et Léopoldine H

--------------------------------------

 

Allons enfants de toutes les patries L’intelligence doit triompher Contre nous de la tyrannie Nous nous sommes jadis délivrés Nous nous sommes jadis délivrés Entendez-vous par la planète Gémir tant de peuples opprimés Gronder tant de peuples entravés De leur Liberté faire la conquête Soyons les citoyens D’un idéal humain Chantons chantons Qu’un chant commun Dessine notre destin Mais que veulent les peuples de la terre Si ce n’est une juste équité Des lendemains où la misère Ne sera pas leur sort obligé Ne sera pas leur sort obligé Ces multitudes qui aujourd’hui errent Sans fin sous nos yeux détournés Ces multitudes mises de côté Qui elles aussi ont droit à cette Terre Soyons les citoyens D’un idéal humain Chantons chantons Qu’un chant commun Dessine notre destin Amour de toi planète amie Planète bleue planète de vie Contre nous de notre folie Arrêtons de nous entre-détruire Arrêtons de nous entre-détruire Que ne tombe une nuit éternelle Sur cette Terre que nous devons chérir A nos enfants ne léguons pas le pire D’un monde en train de se détruire Soyons les citoyens  D’un idéal humain Chantons chantons Et qu’un air impur N’abreuve plus nos poumons

 

————————————————————-

 

discours du 14 juillet 2023 du maire de corps ça vit
discours du 14 juillet 2023 du maire de corps ça vit

discours du 14 juillet 2023 du maire de corps ça vit

Rezvani en Avignon 2023
Rezvani en Avignon 2023

Rezvani en Avignon 2023

journal d'été à corps ça vit

Fin d’après-midi, je reviens sur le livre rouge, sur ce que j’ai lu

Je retiens cette parole de Méphistophélès à Faust page 132

Grise est, cher ami, toute théorie.

Et vert, l’arbre doré de la vie.

Page 144 : l’esprit des profondeurs s’adressa à moi et dit : comprendre une chose est un pont et une possibilité de revenir sur le chemin. Par contre, expliquer une chose est un acte arbitraire et parfois même un assassinat. As-tu compté les assassins parmi les érudits ?

Note 78, page 561: Jung a déclaré à Aniela Jaffé que ces débats avec les morts avaient été le prélude à toute son oeuvre ultérieure. « les morts me sont apparus comme porteurs des voix de ce qui est encore sans réponse, de ce qui est en qu^te de solution, de ce qui est en mal de délivrance. Les morts ne semblent pas avoir plus d’informations que celles qu’ils détenaient au jour de leur mort. On aurait pu supposer qu’ils aient acquis après la mort des connaissances supérieures. Mais non, les morts sont dans l’attente de réponses données par les vivants. »

En 1959, lors d’une interview par la BBC, à la question : et maintenant croyez-vous en Dieu, Jung répond : maintenant (silence), difficile de répondre. Je sais. Je n’ai pas besoin de croire, je sais.

L’expérience immédiate, en phase avec la tradition gnostique, étudiée par Jung, se suffit à elle-même.

Page 147 : mon chemin n’est pas votre chemin. Je ne peux donc pas vous instruire. Le chemin est en nous mais pas dans les dieux ni dans les doctrines ni dans les lois. C’est en nous qu’est le chemin, la vérité et la vie. (En contraste complet avec Jean 14.6 Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi).

le soir vers 20 H, petite virée côté lavoir de Montferrer; je tombe sur deux femmes, conversation; on n'arrête pas à corps ça vit de se parler;

je parle du rocher des sorcières au kilomètre 2 et des deux chiens sculptés naturellement dans le rocher, l'un de face, un chien de berger particulièrement bienveillant, l'autre de profil, plus archaïque

une des deux femmes me dit : ils ne sont pas là par hasard, ce sont des chiens protecteurs

et l'autre de rajouter, sans doute des simiots, la légende du Moyen-Âge qui a donné la fête de la Rodeille d'Arles-sur-Tech

pas de photo de ce rocher et des chiens; je vais tenter d'en prendre une ou deux

Lire la suite

Lectures d'été

11 Juillet 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #JCG, #SEL, #agoras, #amitié, #amour, #développement personnel, #engagement, #essais, #histoire, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #voyages, #vraie vie, #écriture, #épitaphier

livre fabuleux sur un mythe fabuleux

livre fabuleux sur un mythe fabuleux

La part du héros

Le mythe des argonautes

et le courage d’aimer

Andrea Marcolongo

Ls Belles Lettres, 2019

 

Le choix des livres qu’on se propose de lire à quoi tient-il ?

De J.-C. et moi de Martine Roffinella, je suis passé à Une question de vie et de mort de Irvin et Marilyn Yalom. Et à La part du héros.  Dans le carton de livres emportés m’attendent Les Juifs, une pièce russe, La traversée des confins de Serge Rezvani et d’autres sur les rayons des étagères dont Le livre rouge de Jung. Le prochain, ou Jung ou Rezvani, je sens bien en point contre-point de La part du héros.

Avec La part du héros, consacré au plus ancien mythe grec (avant L’Odyssée et L’Iliade), à la première expédition maritime, avec le premier navire mis à flots, je savais d’avance de quel pied marin et ailé, j’allais m’affubler, quel coup de jeune, j’allais me faire.

Ce sont donc 116 pages sur 259 que j’ai lues avec gourmandise, ce 8 juillet après-midi.

Andrea a une façon bien à elle de présenter le mythe. Il y a les adresses à ses lecteurs de La langue géniale, vous mes lecteurs, lui posant de multiples questions, auxquelles je vous répondrai. Comme les questions ont trait à la modernité des textes grecs, en quoi ces textes continuent à pouvoir nous dire des choses essentielles sur nous et le monde chaotique dans lequel nous vivons, Andrea alterne considérations sur notre temps et passages commentés du mythe. Je le dis tout net : les considérations sur le monde tel qu’il est, tel qu’il va ne peuvent intéresser que les branchés. Soit la majorité.

Quelqu’un qui s’est volontairement débranché ou qui fait un usage très sélectif des outils disponibles n’est pas réceptif à ces descriptions polémiques pas plus qu’il n’est pollué, empoisonné par ce monde qui ira là où il ira parce que c’est là qu’il doit aller. Ce qui a lieu c’est que c’était possible, tu mets des (   ) et tu dis ça va sans (    ); tu acceptes.   Donc à 82 ans passés, nul désir chez moi de partir ailleurs, de changer d’endroit, de vie. Par contre persévérer dans le travail sur moi pour accueillir tout ce qui s’offre, sans tri, sans jugement, pour ne pas ajouter par une vision binaire, dualiste, de la guerre à la guerre.

Venu de l’enseignement, m’étant conduit en éducateur, qui tire vers le meilleur de soi (la part du héros), en autorité (elle dit guide, préféré à maître),  c’est-à dire dans ma pratique celui qui autorise l’autre, le jeune, à s’autoriser, le contraire de l’imitation parce que s’autoriser à être soi-même, moi-m’aime, c’est user de la parole avec sincérité, sans mensonge, sans non-dits, passionnément, sans arrière-pensées, sans silences qui sont masques, c’est avoir confiance (la fidanza de Dante, ce mot si beau qui n’existe plus) et conscience qu’on sera entendu par l’éducateur d’abord,

donc venu de l’éducation, c’est quand Andrea se balade, nous balade dans l’étymologie des mots, des racines que je retrouve des pieds marins et ailés, que je prends un coup de jeune.

Je ne vais pas suivre le récit de cette expédition, passionnante, parce que les 50 argonautes montant sur Argô pour récupérer la Toison d’or et la ramener sont des jeunes gens qui ne savent rien de la vie, de la navigation, d’eux-mêmes, ils sont sans expériences et sans connaissances, inexpérimentés et innocents, vierges. Je ne le suis plus.

Jason, en prenant au pied de la lettre, le défi moqueur de son oncle Pélias qui a usurpé le trône de son père : Va, prends la Toison d’or, reviens, alors je libèrerai ton père, va larguer les amarres en fils de son père, non pour le venger, mais pour obtenir sa libération donc faire tenir sa promesse à Pélias.

En larguant les amarres, cette expédition aux multiples rebondissements va révéler  aux 50 argonautes, leurs faiblesses, leurs capacités, leurs peurs, leurs désirs de rebrousser chemin ou de s’arrêter à Lemnos, leur solidarité et leurs caractères (quand Jason pardonne à Télamon, les injures dont il a été abreuvé parce qu’ils ont oublié trois de leurs compagnons dont Heracles, après l’épisode de Kyzicos, il fait preuve d’une maturité, acquise déjà par les épreuves traversées). Les jeunes gens deviennent hommes, mûrs, matures et ces mots ne désignent pas des états définitifs mais des mouvements, ils sont en mouvement, en transformation, ils mûrissent, seuls, par leur parcours, pour donner des fruits, fructifier, être féconds. Héros, ils le deviennent parce qu’humains, humains d’abord et non parce qu’ils ont des qualités physiques et mentales exceptionnelles.

Trois balades en étymologies :

Métaphore mener à travers, en tenant par la main (à Athènes, les véhicules livrant des fleurs sont des métaphores).

Mémoire a pour racines men, me, mente = esprit (garder à l’esprit, le mental). Pour les Grecs, le siège de l’esprit était l’âme, du même mot (anémos) que vent, souffle. C’est l’âme-souffle qui éveille l’intellect, la mémoire, l’activité vitale de la psyché. La mémoire se conserve à l’aide de l’esprit mais c’est avec le coeur qu’on se rappelle. Se rappeler quelqu’un nous oblige à en prendre soin dans notre esprit puis, depuis l’âme, à faire tourner son souvenir dans le vent jusqu’à ce qu’il vienne toucher notre coeur. Se rappeler au sens premier c’est conserver en son esprit et en son coeur, l’image de son passé et de celui des autres.

C’est très différent de mémoriser, mémorisation, commémoration (tout ça de force, imposé, calendrier des commémorations, par peur d’oublier et parce que de fait, l’époque oublie, de l’écume des jours à l’écume des jours ou du bruit du monde au bruit du monde, journal après journal où la seule chose qui change, c’est le nom des assassins, des voleurs, des violeurs, des hommes politiques, des stars).

Meta, ce n’est pas le point d’arrivée, le but,

c’est le point d’irréversibilité,

c’est le point à partir duquel le parcours ne peut plus être modifié, où le rebrousse-chemin n’est plus possible, où il faut donc accepter le changement que le parcours porte en lui

c’est aussi le point intime de notre changement sans retour, notre devenir-autre

La meta, c’est le motif qui vaut la peine de faire la traversée,

C’est ta Toison d’or.

Pour Jason, outre la Toison d’or, ce sera l’amour dont il ne sait rien, qu’il n’a jamais éprouvé, dont il ignore les signes, les manifestations, les effets, les troubles, la durée, pour et avec Médée.

 

 

 

Lecture des 143 pages restantes, le dimanche 9 juillet, entre une balade de 4 kms sur la route de Montferrer (avec discussion de près d’une heure au kilomètre 2 avec Walter, ses deux chiens loups hollandais à poils longs, son passé de commando marine, sa pratique de l’aïkido) et ma première séance d’aquagym à la piscine (nous étions 7)

La part de critique de ce que nous sommes, de comment nous vivons, du monde que nous fabriquons et consommons est importante; elle est pour moi, excessive et idéologique, fonctionne comme ce qu’elle dénonce: il faut un bouc-émissaire pour expliquer nos démissions, lâchetés., pleutreries. Évidemment, dans ce genre de perception, le dénonciateur ne s’inclue pas dans ceux qu’ils dénoncent.

Lui, elle, ont le courage d’être ce qu’ils sont, ont l’audace de grandir, d’apprendre par et de la souffrance parce qu’ils savent, osent, le moment venu, au bon moment, le kaïros, larguer les amarres, partir sur une mer qui est un pont entre deux ports, le port de départ, familier, familial et le port inconnu, étranger vers lequel un désir inassouvi, indicible les porte, refusant toute tentation de rebrousser chemin, toute tentation de facilité offerte par l’expédition, en sachant que le point d’irréversibilité a été franchi, que le futur est derrière eux, qu’aller de l’avant ainsi, vivant au parfait (mode grec du temps, ce que le temps provoque en soi de changement, et non écoulement chronologique du temps), c’est trouver sa mesure, devenir à partir de son humanité, le héros de sa vie, en réalisant plus grand que soi, en dépassant ses limites, en découvrant que, oui, c’est possible, quitte à devoir brûler ses vaisseaux.

C’est toute l’expédition des argonautes et de Jason que je viens de raconter, porté par les mots anciens, grecs du récit d’Apollonios de Rhodes, mots éclairés par Andrea.

La part personnelle est également importante. Sans entrer dans le détail, Andréa révèle des événements et des lieux de son histoire personnelle, la perte en 3 mois d’un cancer foudroyant de sa mère, alors qu’elle a 16 ou 17 ans, l’anorexie qui s’en suit (une faute de frappe, un acte manqué, lui font taper aMorexie), les études de philologie, deux tatouages (sans paroles = sans voix et le labyrinthe de Cnossos), une ville de coeur choisie parce que blessée, Sarajevo, l’importance des lecteurs dans son écriture.

Elle écrit pour eux, pour ceux qui cherchent à s’éclairer à la lumière des mots premiers, des mots anciens, au temps où la beauté n’était pas seulement dans les. corps (des blonds aux yeux bleus, à l’iris arc-en-ciel capables de susciter des visions dans l’oeil de l’autre comme le fait la magicienne Médée en regardant le terrifiant serpent gardien de la Toison d’or) mais dans les mots et dans le soin apporté à les utiliser au moment opportun, le kaïros.

Prendre soin des mots pour ne pas sombrer dans la démesure, l’excentricité, l’hubris, toujours insignifiante, pour vivre dans la félicité qui est énergie d’agir, joie de faire, volonté de changer, d’être fertiles, être en harmonie, en mesure, dans les bonnes proportions, le nombre d’or de l’architecture, les proportions de l’arithmétique, science du nombre.

 

Balades en étymologie :

Discerner, séparer le grain de son enveloppe, tamiser la farine pour la rendre plus fine. Le discernement, l’aptitude à affiner pour exercer une critique raisonnée est aujourd’hui affaibli par toutes les attaques contre l’esprit critique, complotisme, fake-news, surabondance d’informations, vitesse de rotation des informations.

Empathie, être dans et non avec, être dans la même douleur, dans le même bonheur ; et comme celui ou celle qui accompagne par empathie celle ou celui qui souffre ou jouit n’est pas dans cet état émotionnel, l’imaginer par fantasia, fantaisie, imagination, extraordinaire capacité humaine d’être dans la douleur de l’autre sans l’avoir vécue soi-même, en souffrir pourtant comme si c’était nous, en fantasmant.

Une formule saisissante : Les Anciens savaient que l’amour demande de la force, du courage (le mot vient du mot coeur, le courage vient du coeur) pour être choisi mais de la tendresse pour être vécu.  Jason et Médée tombèrent amoureux instantanément et comblés de joie comme dit Platon. Ils se firent la promesse  de s’unir et surtout l’un et l’autre demandèrent, exigèrent de l’autre, surtout Médée, exigeant la fidélité, le respect, l’action. « Tu partageras notre lit dans la chambre d’un hymen légitime et rien ne nous séparera dans notre amour jusqu’à ce que la mort fixée par le destin nous couvre de son voile. » (os phatos, il dit.) Point. Fin du discours. Le poète n’a plus rien à dire.

Considération historique : l’expédition des argonautes semble avoir eu lieu 10 à 20 ans avant les récits homériques (l’Iliade et l’Odyssée) mais il ne reste nulle trace archaïque de cette aventure. C’est Apollonios de Rhode qui reprend le mythe, depuis la bibliothèque d’Alexandrie, dont il est le conservateur, plusieurs siècles après le cycle troyen homérique et qui eut le génie de distinguer le voyage aller du voyage retour. Le voyage aller est le voyage vers l’inconnue Colchide  où le jeune homme Jason devient homme, héros, découvre éros, l’amour (Platon relie héros et éros dans le Cratyle), où la jeune fille Médée devient femme en découvrant l’amour, éros.

Le voyage retour se fait sur les traces de l’Odyssée, donc en pays connus, tellement le récit homérique a été partagé, raconté, illustré.

Ma conclusion sous forme d’une question à Andrea :

pourquoi avez-vous eu besoin de noircir à outrance le tableau de notre époque et de ce que selon vous, nous sommes devenus, pour mieux nous faire goûter, savourer le monde grec. En fonctionnant selon ce schéma d’opposition, vous avez affaibli selon moi, votre démonstration.

Vous vous référez à Platon.

Dans le Cratyle, Platon écrivait : « quand on connaît les noms, on connaît aussi les choses. » Dit autrement et cela est dit dans votre texte, ce sont les mots qui créent la réalité, la font naître. « Si dire a le pouvoir de rendre réel, les mots servent à se choisir. » pages 33-34.

Wittgenstein dira la même chose : ce sont nos mots qui créent le monde, qui le rendent petit ou immense. page 63.

La réalité n’existe que par les mots que nous employons.

Platon écrit aussi que « penser est un discours que se tient l’âme tout au long à elle-même sur les objets qu’elle examine. » Théétète

 

Ce monde contemporain est noir, déprimant, insignifiant parce que vos mots sont noirs. Nous sommes lâches parce que vous nous dites lâches.

Personnellement, dans votre miroir, je ne vois ni noirceur ni lâcheté. Je vois de pauvres hommes, beaucoup d’hommes pauvres demandant compassion, empathie et tendresse, écoute pour qu’ils se disent, se choisissent.

Les Grecs appelaient Améchania, l’impuissance qui paralyse tout élan vers la vie, soeur et compagne de l’une des conditions humaines les plus pénibles, la pauvreté, Penia.

 

Améchania et Penia  représentaient pour les Grecs, le plus grand danger pour les hommes parce qu’elles les poussaient à se diminuer, à se faire petits au lieu de s‘élever vers le haut, pour essayer chacun dans sa vie d’être un héros selon son propre mètre, sa propre mesure. page 71.

J’imagine la rencontre nécessaire parce que désirée entre Andrea et Marcel. Andrea a 31 ans, Marcel, 97 ans. Quand La part du héros paraît, Marcel l’apprend, se le procure, le lit, est émerveillé et dubitatif. Il écrit à Andrea via l’éditeur. Il a écrit un essai essentiel sur Homère, l’éducateur du peuple grec. Il a écrit un essai inactuel Devenir Grec. De la Grèce antique, il a traduit et commenté Anaximandre, Héraclite, Parménide. La réputation de ses travaux lui ont valu d’être élu membre de l’académie d’Athènes.

« Voulez-vous bien que nous nous rencontrions à Treffort, dans mon bureau d’où je contemple par la fenêtre, le clos, la nature naturée et pense la Nature naturante, créatrice, le premier poète.

Il me semble chère Andrea dont je suis déjà amoureux (j’ai vu des photos de vous, je vous ai entendu parler dans La grande librairie) que vous mettez trop l’accent sur l’homme, sur le connais-toi toi-même de Delphes puis de Socrate.

« L’homme n’est qu’une éloise dans la nuit éternelle »  dit Montaigne.

Ce que vous nous invitez à devenir, des héros mus par éros, pour nous dépasser, créer, réaliser plus grand que nous, j’appelle cela sagesse tragique. Nous pourrions échanger sur cela et bien d’autres choses. J’ai entre autres relever votre désir de ne pas vous trahir. Qu’entendez-vous par se trahir soi-même ?

Nous sommes faits pour nous connaître. Je vous le demande du plus intime de mon coeur. »

 

À Corps ça vit, le 10 juillet, 17 H 17

un livre essentiel pour qui veut vivre en se sachant et se voulant mortel

un livre essentiel pour qui veut vivre en se sachant et se voulant mortel

Une question de mort et de vie

Irvin Yalom Marilyn Yalom

Albin Michel, octobre 2021

 

Marilyn Yalom va subir en quelques mois deux traitements violents en lien avec un cancer douloureux. Entre avril et novembre 2020. Les effets secondaires sont tels qu’elle en arrive à demander à mourir par suicide assisté.

Le suicide par dose létale diluée dans deux verres à boire par la patiente consciente en présence d’un médecin, d’une infirmière et de sa famille eut lieu le 20 novembre 2020. C’est l’objet du chapitre 21 du livre pages 201 à 205.

Les 20 chapitres qui précèdent sont écrits à deux mains, alternativement, par Irvin et Marilyn. C’est Marilyn qui a exigé l’écriture à deux de ce livre. Irvin dans son rôle d’aidant, d’accompagnant de fin de vie,  fait tout ce qui est en son pouvoir pour soulager Marilyn, pour être à ses côtés lors des séances de chimiothérapie comme des séance de perfusion d’immunoglobulines. Concernant la fin imminente de Marilyn, il est dans le déni. Elle est pour lui, inconcevable. Il ne pourra vivre sans Marilyn. Le suicide aura lieu sur décision et choix de Marilyn avant le Noël 2020.

Toute cette période, 8 mois, est source d’échanges entre eux, de réflexions de la part d’Irvin.

« La mort d’une femme de 87 ans qui ne regrette rien n’est pas une tragédie.’ » dit Marilyn, page 310. Plus pleinement vous avez vécu, moins la mort est une tragédie. L’angoisse de la mort touche plus fortement celles et ceux qui pensent à tout ce qu’ils n’auront pas fait s’ils meurent ou qui pensent avoir mal vécus. Ce sentiment peut provoquer au dernier moment des transformations majeures, une sorte de conversion, une expérience d’éveil (Ivan Illich chez Tolstoï, Scrooge chez Dickens).

L’angoisse de la mort a aussi beaucoup à voir avec le passé. Milan Kundera a dit : « ce qui me terrifie le plus dans la mort ce n’est pas la perte de l’avenir mais la perte du passé. En réalité, l’oubli est une forme de mort toujours présente à l’intérieur de la vie. » Irvin à 88 ans est sujet à des pertes de mémoire. Il apprend tardivement que la mémoire n’est pas une, qu’il y a des mémoires, la mémoire procédurale, implicite, inconsciente, la mémoire déclarative, explicite, consciente, que ces mémoires peuvent jouer l’une contre l’autre. page 252.

Sans Marilyn qui avait une excellente mémoire, ce sont donc des pans entiers de vie qui disparaissent pour toujours. Puisqu’il en est ainsi, autant retarder les décisions d’où la procrastination, ou reporter sur les enfants les choix à faire quant au devenir des bijoux, livres de Marilyn.

Prolongeant la réflexion, il comprend qu’il va lui aussi et son oeuvre sombrer dans l’oubli quand il n’y aura plus de témoins pour raconter.

Impermanence de toute chose vouée au néant.

Épicure offre aux incroyants, sceptiques, matérialistes, rationalistes de bons arguments pour calmer la peur  de la mort. En particulier celui-là : « Si la mort est là, c’est que je ne suis plus là. Pourquoi craindre quelque chose que nous ne pourrons jamais percevoir. » Irvin de compléter, le néant qui nous attend après la mort est identique au néant dans lequel nous étions avant la naissance. page 109. De souligner aussi que nos idées et nos actes atteignent les autres comme les ondes se propageant au jeter d’un caillou dans une mare. S’il y a disparition, il y a aussi transmission.

Du chapitre 22 au chapitre 35, Irvin fait le récit de son chemin de deuil, s’appuyant sur ses connaissances acquises, transmises  en soutien à des centaines de personnes en fin de vie. (Thérapies de groupes ou individuelles, en face à face ou en zoom).

Ce qui est assez fascinant c’est que ce psychothérapeute réputé qui « réussit » à soulager les autres, ne réussit pas pour lui-même, qu’il se livre à d’autres thérapeutes pour clarifier, tenter de comprendre car comprendre affirme-t-il page 251 finit par soulager, contribue à débloquer les pensées, émotions, images obsessionnelles comme par exemple au début du deuil, ces chars de la place Tienanmen écrasant les étudiants, rêve interprété comme la sensation d’écrasement ressenti par ce qu’il vient de vivre, la perte de l’être aimé. Partiellement vrai. L’image des chars s’estompe, se dissout en quelques jours. Il saisit vite qu’il y a la pensée rationnelle de l’homme enfin adulte, vivant seul, de façon indépendante (ils ont eu 73 ans de vie amoureuse, depuis l’âge de 15 ans en 3°, 65 ans de vie commune), qui sait la réalité de l’événement : que Marilyn est morte, n’est plus là, n’entend plus ses pleurs, regrets, désirs, espoirs; et qu’il y a la pensée magique, irrationnelle, l’envie de rejoindre Marilyn pour l’éternité, pourquoi pas, dans un cercueil à deux places; et de constater que l’idée magique apporte un réconfort et pas la réalité.

Autres points que je veux mettre en évidence : deuil et sexualité. Il constate mais c’est peu évoqué par les articles scientifiques que la sexualité soit se met en berne, soit est fortement réactivée, à l’issue d’un deuil surtout chez les hommes, pour peu que les veufs échappent à une mort rapide, leur taux de mortalité est important par rapport aux veuves, chapitre 25. Tout le monde comprendra ce que signifie cette remontée des appétits sexuels. Si le chagrin conduit à l’insensibilité, la sexualité conduit à ressentir à nouveau quelque chose. Souvent accompagnée de culpabilité, je trahis la femme aimée suivi de mais je dois continuer à vivre, je veux continuer à vivre sans la femme aimée, je veux pouvoir éprouver du plaisir sans me référer continuellement à la femme aimée qui n’est plus là, qui n’a plus de réalité, seulement une existence dans mon esprit, mes souvenirs. D’où son rapport à une superbe photo de Marilyn : il la retourne contre le mur pour ne pas la voir, ça le fait trop souffrir et il s’en veut de ce geste. De même, pas de visite au cimetière pendant les 125 jours d’après l’enterrement. Et sa fascination pour les gros seins d’une amie « ouh ouh, c’est là-haut que ça se passe » lui dit-elle.

Le rôle des rituels, au moins la première année, parfois deux, comprenant anniversaires de naissance, de mariage, de mort, les grandes fêtes : Noël, Nouvel-An, le déroulement des 4 saisons et le cycle des 12 mois, les vacances. Au bout d’un an, nous commençons à moins souffrir, au bout de deux ans, nous recommençons  à vivre. page 98. Et de constater aussi que les veufs ou veuves ayant vécu les mariages les plus heureux effectuent plus facilement le détachement d’avec leur conjoint décédé que ceux qui se sont moins épanouis dans leur vie de couple et regrettent les années gâchées.

La rencontre avec une patiente prénommée Irene est particulièrement savoureuse, chapitre 33 : « Nous autres endeuillés, nous avons appris à donner à vous autres chercheurs, les réponses que vous attendez.» « Votre vie n’est pas réelle. Vie douillette, confortable, entouré de votre famille. Que pouvez-vous savoir de la perte ? » « Irene, je suis convaincu que vous aviez raison. Arrogant et bien au chaud, disiez-vous de moi, et vous aviez raison. Maintenant que j’ai vécu la mort de Marilyn, j’entrerais en relation avec vous de façon plus authentique. »

Le livre s’achève par une lettre à Marilyn et sur une superbe photo. La lettre est écrite en plein confinement, 125 jours après le suicide assisté de Marilyn. Ce confinement mondial implique des restrictions sanitaires mais il ne s’inquiète pas outre mesure pour sa vulnérabilité. Il conclut, lui le rationaliste, pourfendeur dans La méthode Schopenhauer des croyances religieuses et spirituelles, sur son « respect renouvelé pour la puissance et la capacité de soulagement de la pensée magique. » page 309.

« Le berceau se balance au dessus d’un abîme, et le sens commun nous apprend que notre existence n’est que la brève lumière d’une fente entre deux éternités de ténèbres. » premières lignes de l’autobiographie de Nabokov. Page 310 et fin.

 

(JC : Montaigne  « pourquoi donnons-nous titre d’être à une éloise dans la nuit éternelle ? »

 

Pas de conclusion à cette note de lecture.

Autant de pertes, autant de personnes concernées directement, autant de deuils, autant de chemins.

 

Ce livre à deux voix pendant 200 pages et à une voix pendant 115 pages va être un élément dans la poursuite d’un travail d’écriture en cours depuis le 29 octobre 2010, depuis donc presque 13 ans en lien avec la question inaugurale que m’a posée l’épousée : je sais que je vais passer, où vais-je passer ? et qui a provoqué chez moi, une évolution du naturalisme et d’une métaphysique du hasard à un spiritualisme fondé sur la croyance en un principe créateur : l’Amour comme potentiel créateur de Vie et de Mort.

Je sens que je me dirige vers des formulations qui devraient être cristallines, limpides, immédiatement recevables, évidentes.

Au bout de ce cheminement, le retrait du co-créateur que nous sommes tous, se cacher, se retirer, tsimtsoum, pour laisser la création vivre sa vie, inventer son chemin de vie jusqu’à disparition avant d’autres apparitions.

Lectures d'été

J.-C. et moi de Martine Roffinella.

Sa lecture de pauvre - sans savoir et sans pouvoir, de docte ignorante, tirant sur ses bottes pour s’extirper de la boue dans laquelle elle s’enfonce par ses addictions, sa soumission narcissique aux pervers et aux prédateurs - du discours des Béatitudes et du 10° commandement, le dernier proposé mais qui commande aux 9 très anciens, proposé sous deux formes : Tu aimeras ton prochain comme toi-même / Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, ramenée à la Passion du Christ est savoureusement sanguinolente. C’est peut-être moi qui en rajoute.

Le corps du Christ sur la croix est l’échelle par laquelle tu t’élèveras si tu écoutes l’appel, celui qui attend d’être entendu dans ton coeur. Tu te hisseras à la force de tes mains et de tes bras en prenant appui sur les pieds ensanglantés du Christ. Puis tu te glisseras le long du corps déformé par les tortures en t’aidant du trou percé dans le flanc du crucifié et tu atteindras la bouche crachant des caillots de sang d’où sortira le dernier râle, le dernier souffle de Jésus, fils incarné du Père.

Cette escalade, cette ascension, tu l’imagines filmée par Alejandro Jodorowsky ou par Terri Gillian. Ce serait du sanguinolent, un peu grand-guignolesque, sans doute plus parlant, plus évocateur qu’un récit au 1° degré. Ça ne pourrait pas être au Christ-Roi à Lisboa. Trop majestueux, trop fréquenté. L’inspiratrice de cette image d’escalade n’est autre que Catherine de Sienne, appelant le corps crucifié du Christ, le Pont sublime. La traversée du Pont semble difficile, mais elle n’est rien comparée au calvaire du Christ, enduré une fois pour toutes pour tous les hommes, les lavant de tout péché, par Amour. Cette traversée, si on la tente, est en fait une élévation par purification (à préciser) des tentations sataniques fourmillant en toi et exploités par les satanistes, producteurs de dérivatifs à la quête spirituelle, d’artifices, d’addictions, de péchés contre le corps, maltraité, et contre l’esprit, pollué, empoisonné. S’élever en s’agrippant au corps ensanglanté du Christ, c’est se délivrer (à préciser) de nos démons, de nos tentations, de nos désirs vains, c’est libérer la part de ciel qui est en nous dès l’origine, la part d’amour divin. Cette escalade, cette ascension, cette traversée est délivrance de l’aspiration que nous bloquons par nos peurs et nos désirs, de ce à quoi nous aspirons dès l’origine, aimer avec excès, sans crainte de quelque jugement que ce soit, de quelque situation que ce soit (souffrance extrême, enfermement concentrationnaire et torturant), aimer sans modération, comme dit Christiane Singer.

 

C’est le récit d’une expérience mystique, vécue par une femme revenue des enfers addictifs, la cinquantaine passée et qui découvre tant la Bible que les Évangiles dont celui de Matthieu dans lequel le 10° commandement se formule de 3 façons : Aimez-vous les uns les autres, Aimez-vous comme je vous ai aimés, Aimez votre ennemi.

Ce qui me frappe dans cette quête - où la volonté de l’impétrante est secondaire, où le moteur de son chemin de croix est plutôt l’appel enfin entendu, appel venu du plus intime du coeur, indice de sa Présence depuis toujours - est son côté paradoxal.

L’accès à notre Essence divine, à notre Être divin, nous sommes à l’image de Dieu, ne peut se faire que lorsque nous cessons d’être dans le jugement. Or la narratrice n’arrête pas de juger, de stigmatiser l’ego et ses tentations, l’époque et ses satanistes, prédateurs et pervers, fabricants et fournisseurs d’addictions. Et dans la Bible comme dans les Évangiles, ça n’arrête pas non plus de juger. Jésus lui-même n’est pas exempt de jugement : Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.

De là où j’en suis aujourd’hui, je me dis qu’il faut tout accepter.

Ne pas rejeter l’ego, ses boursouflures…, repérer ses manifestations et faire le petit pas de côté : Tiens J.-C., tu es en train de tenter de te mettre en valeur pour te faire aimer ? Soit, j’accepte ton intention, ta tentation mais elle n’ira pas jusqu’à se réaliser, elle se dissout dès que repérée, nommée.

Ne pas rejeter quoi que ce soit se produisant dans le monde. N’applaudir à aucune bonne action individuelle ou collective, ne condamner aucune action abominable, individuelle et collective. Tout ce qui se produit doit se produire. Pas de tri entre bien et mal, bon et méchant, beau et laid. Certes, on voit bien les oppositions, on a été formaté par l’éducation à opposer, à fonctionner de façon binaire, dualiste et on a peut-être un premier réflexe de tri, qui se dissout dès que repéré, nommé. J.-C. tu es en train de trier, de séparer le bon grain de l’ivraie. STP, l’ivraie est aussi nécessaire que le bon grain.

Il t’apparaît que la création est continue, que toi-même est créateur, co-créateur, participant de la création y compris en étant prédateur, destructeur, exploiteur. Ce qui est détruit (peut-être l’humanité et son suicide collectif en vue) sera remplacé par autre chose. Comme Je Suis, principe créateur qui se retire de la création, qui se cache, laissant libre sa création de vivre son chemin de vie et de mort, tu comprends que toi-même dois te retirer, te cacher. Ta création c’est la vie que tu as menée, l’amour que tu as donné ou pas. Laisse ta vie finir de se vivre. Laisse l’amour finir se donner. Ne te soucie pas de l’oeuvre, de « ton » oeuvre.

Ton retirement, ton tsimtsoun, ton retrait, ta retraite, auront lieu le 29 septembre 2023 à 19 H 30 avec la balade dans tes mots dont tu ne seras ni le concepteur ni l’interprète.

Lire la suite

L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer

8 Décembre 2022 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #JCG, #SEL, #agoras, #engagement, #développement personnel, #essais, #histoire, #notes de lecture, #écriture, #vraie vie

J'ai profité des 29 jours de censure de FB et de sevrage de cet outil (5 novembre-5 décembre) pour me demander quoi faire avec FB : je ne relaierai plus aucune polémique même en proposant les points de vue opposés, par exemple sur le film Les amandiers, ou sur Annie Ernaux; je ne dirai rien sur les affrontements en cours, en Ukraine, en Iran et ailleurs non parce que je choisirais d'être aveugle, sourd et muet mais parce que je sais que nous baignons à nous y noyer dans un milieu de propagandes visant à manipuler, à fabriquer le consentement et à faire passer en force des politiques discutables non-discutées à tous les niveaux, du local au mondial
d'où l'importance de lire pour ne pas vivre avec son temps comme dit le bandeau de l'essai, majeur d'après moi, d'Emmanuelle Loyer qui m'amène à remettre en cause tous les paradigmes auxquels je croyais depuis 60 ans
Emmanuelle Loyer dans un autre essai se devra d'aller lire certains livres d'anticipation et de science-fiction et aussi le devenir Grec (le premier regard d'Homère, d'Anaximandre, de Parménide, d'Héraclite) du philosophe Marcel Conche qui pour moi a la même valeur que le regard éloigné (le dernier regard du dernier témoin des sociétés premières) de Claude Lévi-Strauss.
J'en ai profité pour réactiver un blog mis en sommeil en juillet 2021 s'intitulant Bric à bracs de broques en briques d'ailleurs et d'ici, pour que personne ne se reconnaisse
bonne lecture
prenez soin de vous et de tout en pansant en vous, autour de vous
L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer

L'impitoyable aujourd'hui 

Emmanuelle Loyer 

Flammarion, septembre 2022

 

Ce livre est sorti à point nommé, alors que, suite au livre-labyrinthe Et ton livre d'éternité ?, je remets en question, en perspective, la plupart de mes croyances, de mes paradigmes historiques, scientifiques, métaphysiques, politiques et idéologiques.
Cela me fait du bien de voir s'effondrer ou basculer « mes » croyances, convictions, certitudes d'une soixantaine d'années. À 82 ans, tabula rasa. On ne sait rien. Grande humilité pour accepter le miracle de la naissance, le mystère de la mort, pour vivre la vie avec gratitude, pour respecter la vie dans sa diversité et son unité.

De ce champ de ruines, je ne sors pas effondré mais animé du projet : quoi à la place ?

Ayant pris conscience 

que tout est croyance, les certitudes ou vérités dites scientifiques, les preuves ou faits historiques, les arguments philosophiques et métaphysiques, les convictions politiques et idéologiques

que tout est récit, que ce que je prends pour le réel est l'effet du récit que je tiens sur ce que je crois être le réel et qui l'engendre

que ce sont les mots que j'emploie qui crée le réel, que les mots ne sont pas les traducteurs d'un réel pré-existant, objectif, extérieur

alors la tache devient celle-ci : quel récit veux-tu tenir aujourd'hui puisque tu es l'auteur du récit qui va donner sens ou valeur à ta vie, présence à ton réel ? Quels mots veux-tu utiliser pour créer ton réel ?

 

L'essai d'Emmanuelle Loyer ne répond en aucune façon à cette invention, fabrication du réel que je désire par les mots que j'utiliserai. Il a par contre un pouvoir de remise à l'heure des pendules. Les grands récits, récit national par exemple, s'effondrent, grâce à des frondeurs, des chercheurs de l'autre face des Lumières, des points aveugles des éclairages enseignés, appris sans grand esprit critique. Car il faut du temps pour que les ombres, les fantômes mis sous le tapis se fassent entendre. La révolution française est-elle vraiment une révolution libératrice, émancipatrice ? Liberté, égalité, fraternité, à quels prix ? Avec quels effets dans le monde ? La révolution industrielle anglaise est-elle la continuation technique et économique de la révolution politique française ? D'où vient la croyance au progrès ? D'où viennent les deux guerres mondiales de la 1° moitié du XX° siècle ? Devant ce qui s'appelle 

l'accélération de l'histoire au travers de la modification agressive des frontières dans l'Europe commencée avec l'aventure napoléonienne, suscitant par effets-boomerang la naissance de nationalismes revanchards, 

l'accélération des inventions techno-scientifiques, bouleversant en permanence le quotidien des gens, y a t-il de la résistance, de la résilience, de la survivance ? 

Quelles formes ont pris les manières de ne pas vivre avec son temps ?

 

Emmanuelle Loyer, historienne, ethnologue, lectrice d'oeuvres littéraires nous emmène chez le dernier des Mohicans avec Fenimore Cooper, le dernier trappeur de la taïga, Derzou Ouzala avec Vladimir Arseniev, dans l'île de Sakhaline avec Anton Tchekhov, en Amazonie, chez les Nambikwara avec leur dernier témoin Lévi-Strauss, chez ceux qui sont arrivés trop tôt ou trop tard, les déçus de l'histoire ayant perdu leurs illusions, n'ayant que la peau de chagrin de l'Histoire, ambivalents par rapport à l'Histoire au présent (Chateaubriand, Stendhal, Hugo), dans certaines campagnes françaises, à Nohant dans le Berry chez George Sand devenue grand-mère et sorcière après avoir créé et animé La Cause du peuple (3 N° en 1848), à Minot dans le Doubs où disparaissent les vieilles façons de dire et de faire de la laveuse, la couturière, la cuisinière avec Yvonne Verdier, sur l'Èvre, un affluent méconnu de la Loire avec Julien Gracq, dans l'empire austro-hongrois de La marche de Radetzky avec Joseph Roth, à Donnafugata en Sicile à l'achèvement de l'aristocratisme avec Giusepe Tomasi Lampedusa, à Gagliano où le Christ n'est jamais arrivé avec Carlo Lévi et Ernesto De Martino, à Višegrad sur le pont Mehmed Pacha Sokolović franchissant la Drina avec Ivo Andrić, en Angleterre dans les châteaux gothiques et maisons hantées de Marie Shelley, pendant que le temps devient horloger avec la mécanisation des métiers à tisser, modifiant le temps du sommeil avec Edward Palmer Thompson et Jacques Rancière, en Russie à Borodino dans Guerre et Paix de Tolstoï où Napoléon est vu par l'oeil de son serviteur, par le petit bout de la lorgnette évoquant le petit homme de la boucherie (le mot est dans le roman) et non le grand stratège et où avec Koutouzov, on saisit les mille et unes micro-décisions décidant du sort d'une bataille et d'une armée en déroute, boucherie produite par l'exaltation patriotique des nationalismes en formation et produisant des fous se prenant pour Napoléon, des hallucinés ayant l'angoisse de perdre la tête, d'être décapités (la terreur fut un gouvernement des émotions par les émotions, un déchaînement paranoïaque de politique dite de salut public), en Russie soviétique à Stalingrad avec Vie et destin de Vassili Grossman, en Allemagne année zéro avec Winfried Georg Maximilian Sebald, à Berlin à l'arrivée des troupes soviétiques avec une femme anonyme, dans une ville, aujourd'hui ukrainienne, Lviv, d'où sont issus les inventeurs (Hersch Lauterpacht, Raphaël Lemkin) de deux concepts juridiques : crime contre l'humanité, génocide (18 ans après ce qui s'appellera génocide arménien, décrit par Frantz Werfel dans Les Quarante Jours du Musa Dagh paru en 1933), Lemkin mettant le doigt sur le propre de cette guerre totale « cette guerre n'est pas menée par les nazis seulement pour des frontières mais pour transformer l'humanité à l'intérieur de ces fontières. », sur deux siècles (XIX-XX°) pour terminer par la longue durée étudiée par certains historiens (Lucien Febvre, Fernand Braudel), par la spécificité du temps des isolés (Proust dans sa chambre, Barthes au sanatorium), par la vieillesse vécue comme vita nova pendant une vingtaine d'années par George Sand ou Colette (L'étoile Vesper, 1946) ou Vita Sackville-West (Toute passion abolie, 1933), et par le voyage Dans la nuit et le vent de Patrick Leigh Fermor, 19 ans en 1934, parcourant entre 1933 et 1935 à pied et en diagonale, du nord-ouest (Rotterdam) au sud-est (Istanbul), en suivant deux voies fluviales, le Rhin puis le Danube, la face européenne de la Terre dont Bruno Latour fait un être vivant avec l'hypothèse Gaïa. 

 

Cet essai est tellement riche (l'énumération qui précède en donne un aperçu) que je ne cherche pas à en rendre compte, renvoyant chacun à sa lecture éventuelle.

L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer

Par contre, oui, tenter de dire quels mots je souhaite utiliser pour créer le réel dans lequel je désire vivre.

Et ce seront d'abord les mots de Lévi-Strauss, le témoin triste disant dans Tristes tropiques « Le monde a commencé sans l'homme et s'achèvera sans lui. » Mais ce constat, né de l'opposition entre les sociétés froides, les sociétés premières, et les sociétés chaudes (la civilisation moderne née à la Renaissance), particulièrement entropiques, désagrégatrices ne doit pas nous empêcher de jouer notre partie et de la jouer le mieux possible. Là Rousseau est préférable à Descartes. Celui-ci exprime les certitudes du moi (je pense donc je suis), Rousseau exprime la sortie des évidences du moi, l'identification à autrui, la pitié, aujourd'hui, on dirait la compassion ou l'amour inconditionnel (je panse donc je suis, je prends soin). « La conscience de la vanité du sens n'est pas un extincteur de la quête de compréhension, la conscience de la finitude n'est pas un découragement à l'action. » p.125

En 1976, Lévi-Strauss propose à la commission des lois de l'Assemblée Nationale, une charte du vivant, une réforme de la morale et de la politique fondée sur la beauté du monde et sa caducité. La valeur de toute chose est dans son irremplaçabilité. Il faut célébrer les choses mêmes en dehors de l'usage ou de la perception du sujet, dans la réconciliation de la morale avec l'esthétique et de l'homme avec la nature, dans le respect de tout ce qui naît, vit, meurt, de la bactérie à la galaxie en expansion accélérée, du virus au trou noir glouton.

Ce respect intègre le respect de soi, l'estime de soi, l'acceptation, l'affirmation de mon caractère irremplaçable, l'acceptation de mon unicité, de ma singularité.

D'où l'interrogation : Au lieu de se demander « qu'est-ce que je veux de la vie ? », une question plus puissante est : « qu'est-ce que la vie veut de moi ? ». Eckhart Tolle

 

En ce qui me concerne, j'opte pour une curiosité à 360°, circulaire horizontale, sphérique toutes directions, de la bactérie aux galaxies, des virus à nous et nous, à moi et moi,  à je et je est un autre,  à toi et tu...

L'infinie variété du vivant me passionne, l'infinie diversité des humains aussi.

Tout accueillir, tout ce qui se manifeste, sans jugement, sans tri, du salaud au saint, du monstrueux au sublime (il y a du monstre, du sublime, du normal, du foldingue... dans tout humain) ; si ça se manifeste, c'est que c'est nécessaire (y en a qui appellent ça hasard) 

qui suis-je pour trier ? ça c'est bon, ça c'est mauvais ?

du miracle de la naissance au mystère de la mort, se vivre comme goutte dans l'océan-comme océan dans la goutte, comme agitation des vagues de surface-comme immobilité des profondeurs

la VIE comme vibration information énergie

 

 

Le temps du confinement fut un temps de révélation de l'essence-ciel pour certaines et certains.

Le temps du confinement fut un temps de confinement pour tout un chacun du monde

dans la ronde arrêtée du monde

un temps imposé d'isolement par les pouvoirs du monde mais pas sur la ronde du monde

une prison mondiale pour humains, mais pas pour animaux, végétaux, minéraux

chacun chez soi, chacun pour soi

(à chacun de se situer entre les extrêmes de ces deux expressions pouvant comprendre tout le monde, chacun dans sa singularité de situation, de confortable à insupportable, chacun dans sa spécificité d'être, d'altruiste à égoïste)

avec rares autorisations de sorties pour s'approvisionner, s'oxygéner

sans pénurie organisée sans chaos engendré

sans insurrections provoquées sans révoltes spontanées

un parmi huit milliards de prisonniers soumis volontaires

nourris, blanchis, chauffés, « protégés » du virus

né d'une soustraction CAC 40 - COP 21 = COVID 19

facteur d'évolution comme tout virus mutant de variant en variant

contre lequel big pharma était en « guerre » totale

contre lui COVID 19 qui nous avait mis en grève générale

un parmi huit milliards

faisant ce qu'ils voulaient de leur temps d'isolement diversement vécu

faisant ce qu'il voulait de son temps de solitude aimée, oh oui, bien aimée !

même la route passant en dessous de chez lui avait été fermée pour deux ans

pas de travail contraint, de télé-travail

pas de travaux forcés d'intérêt général

découvrant ainsi la liberté intérieure, la fluidité de l'impermanence gommant la rigidité de toutes ses identités, découverte par bien des prisonniers avant lui

prisonniers dans des prisons d'états, dans leur propre prison ou celle d'une maladie, asile d'aliénés, sanatorium de tuberculeux

et qui ont soigné un peu le monde en souffrance parce que s'étant remis synchrones avec leurs rytmes internes et externes (coeur, respir, cycles journaliers, saisonniers...)

découvrant sa liberté créatrice jusque-là potentielle, l'activant, en usant

faisant ainsi de lui non un homme parmi huit milliards d'humains

vivant au petit bonheur la chance au gré des circonstances, des influences

mais un homme singulier, nécessaire car seul à créer ce qu'il créait dans l'humilité et l'intimité, au secret

par un petit pas de côté, un petit glissando de travers, un petit rire sur lui - on n'en finit pas avec l'enflure du moi-je-moi-je -, une larme d'empathie pour le virus traqué dans les labos

ils furent quelques-uns à découvrir un autre usage du temps consistant à prendre le temps, à faire comme si le temps était éternel

plus de compétences à avoir, d'originalité à exhiber, de domination à exercer, plus de temps compté, émietté, mesuré


 

du temps prenant son temps

c'est ce que quelques-unes redécouvrirent

que le temps c'est le présent, que c'est un présent

car c'est depuis toujours, le temps des femmes, le temps de l'attention au présent, au présent de l'enfant en demande, au présent de la vieille en souffrance

découvrir que l'éternité est dans le moment présent

pas dans regrets et souvenirs du passé

dans projets et désirs de lendemains qui chantent et dansent

ce fut ce qui jaillit de la prison mondiale


 

il n'y a rien à ajouter, rien à retrancher au monde

il n'y a rien à juger, rien à séparer

le bon grain de l'ivraie, le bien du mal, le beau du laid, le doux du cruel

tout est déjà là, dans sa diversité, ses contrariétés, ses complémentarités

avec ses effets-miroirs

l'autre détesté c'est moi, l'autre aimé c'est moi

et si tu me détestes, c'est toi et si tu m'aimes, c'est toi

tout est à cueillir, accueillir, recueillir

tout est partageable, tout est à partager

depuis je chante sans forcer la voix, léger comme murmure de filet d'eau, danse avec l'absente dans mes bras ouverts, goûte à ma cuisine-maison, déguste mes breuvages et infusions, redécouvre pissenlits, roquettes, herbes sauvages, baies de myrte, olives, champignons de mon terrain non cultivé

ils et elles chantent ; quelques-uns, quelques-unes ; les autres continuent à s'affronter

ils et elles dansent ; quelques-uns, quelques-unes ; les autres continuent à s'entr'envier

les quelques-uns ne croient même pas utiles de garder traces écrites, dessinées, peintes de leurs bonheurs

ce sont des bonheurs minuscules de vies minuscules centrées sur l'essence-ciel

ils se regardent, s'enlacent, s'embrassent, se caressent

ils se sentent regardés, enlacés, embrassés, caressés par tout ce qui existe, vit, meurt de la bactérie à la galaxie en expansion, du virus au trou noir glouton

ils sont en lien, reliés

ils tissent la tapisserie mystique de la dame à la licorne

ils sont un point à l’endroit, un point à l’envers de la grande tapisserie cosmique

les fleurs séchées égrènent leurs graines

de nouvelles germinations engendreront de nouvelles floraisons

le temps du confinement en prison mondiale a été pour certaines et certains le temps de la libération de leur puissance créatrice, génitrice de leur liberté intérieure, inaliénable.


 

Jean-Claude Grosse, le 4 décembre 2022, Le Revest

 

 

La vision trinitaire de Jean-Yves Leloup, 83° graine de conscience, parcours gratuit sur inscription

De l’observation au silence 
On entre en sciences
en disant oui à l’être qui est ainsi. 
On entre en philosophie 
en disant oui à l’être qui est « Je suis ». 
On entre en Philocalie
en disant oui à l’être qui se donne en tout ce qui est et en tout ce que je suis.
On entre en sciences avec les sens et la raison.
On entre en philosophie avec les sens, la raison et l'intuition.
On entre en philocalie avec les sens, la raison, l'intuition et le cœur.
On entre en sciences
en faisant l'expérience de ne faire qu'un avec tout ce qui est (interdépendance).
Je suis cela !
On entre en philosophie
en faisant l'expérience de ne faire qu'un avec la conscience de tout ce qui est.
Je suis la conscience de cela.
On entre en philocalie
en faisant l'expérience de ne faire qu'un avec tout ce qui est, consciemment et amoureusement.
J'entre en sciences quand « je vois » que tout cela existe, 
et cela est Vrai.
J'entre en philosophie quand « je vois » la conscience qui voit que tout cela existe 
et cela est Bien.
J'entre en philocalie quand « je vois » que tout cela existe, quand je suis la conscience qui voit que tout cela existe et nous est donné 
et cela est Beau !
J'entre en sciences lorsque j'observe et m'étonne de tout ce qui est.J'entre en philosophie lorsque Je m’émerveille de ma conscience de tout ce qui est, et de la conscience que je suis.
J'entre en philocalie lorsque je suis dans la gratitude d'être, et de devenir la conscience et l'amour que je suis, lorsque je remercie tout ce qui est d'être et de devenir « ainsi ».
On entre en sciences en disant : « cela est ».
On entre en philosophie en disant : « Je suis ».
On entrant en philocalie en disant : « je t'aime ».
A un ami qui vient de mourir :
Lorsque j'entre en silence, maintenant ou à l’heure de ma mort,
le scientifique que je suis deviens tout ce qui est :
poussière parmi toutes les poussières, étoile parmi les autres étoiles.
Lorsque j'entre en silence maintenant et à l’heure de ma mort, 
le philosophe que je suis deviens ce qu'il est depuis toujours, conscience au cœur de la conscience, lumière au cœur de la lumière.
Le poète (le croyant ou le pratiquant de la philocalie) que je suis, deviens l’Agapé qui donne l’être à tout ce qui est et qui m'a donné l'être que j'étais, que je suis, que je serai.
Lorsque j'entre en silence maintenant et à l’heure de ma mort,
j'entre en parousie, plénitude de la présence, « aïn sof », « sans limites ».
Je découvre le silencieux amour partout et toujours, là, depuis toujours et pour toujours…
ah !
oui !
merci !
a o m …
 
l'accueilleuse-guérisseuse et le chasseur, en cours d'écriture, j'ai le chasseur, manque la guérisseuse

l'accueilleuse-guérisseuse et le chasseur, en cours d'écriture, j'ai le chasseur, manque la guérisseuse

l'éternité est épuisée / le livre d'éternité est à livrer
l'éternité est épuisée / le livre d'éternité est à livrer

l'éternité est épuisée / le livre d'éternité est à livrer

Lire la suite

l'amour et la vie

13 Octobre 2022 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #amitié, #amour, #développement personnel, #histoire, #notes de lecture, #psychanalyse, #écriture, #vraie vie

lectures en cours

lectures en cours

se réparer
se réparer

se réparer

lu mercredi matin 12 octobre 2022
L’amour et la vie, titre en rouge,
reçu mardi 11 octobre
voici ce que j'ai écrit à l'auteur
le récit en 52 pages de votre enfance, adolescence, vie d’adulte et maintenant de grand-mère m'a profondément touché
content pour vous que vous ayez réussi à parcourir pour le pacifier le territoire des lieux où vous avez été baladée, trimbalée, ceux de la lignée maternelle, ceux de la lignée paternelle, ceux d'amis de la famille, lieux où vous avez vécu des moments fort contrastés
quelques belles personnes, quelques belles rencontres mais aussi de très laides, persécutrices, maltraitantes dans l'enfance et l'adolescence, une famille en construction dès la sortie de l'adolescence, une psycho-thérapie, la musique et le chant, vous ont sauvé d’une répétition dramatique, d'un destin (mot à employer quand on n'a pas réussi, à partir de nos données initiales : milieu et lieu d'origine, époque..., à créer la vie qu'on veut vivre, qu'on ne mène que la vie qu'on peut vivre, dit-on, semblable à celle de nos semblables, démarche semble-t-il d'Annie Ernaux)
52 ans après et en 52 pages, vous trouvez l'énergie, le courage de mettre des mots sur une omerta familiale et une vie chaotique en zigs en zags engendrant pourtant une ligne droite, dans la fierté et ce dans le cadre d'un atelier d'écriture (dont les productions sont souvent de grande qualité, sans publicité ou écho mais font du bien à qui les produit, je pense à Points de mire : récits du confinement, à venir, à L'écrit-plume)
je vous souhaite le meilleur qui pour moi est dans l’accueil sans jugement de ce qui vient à nous si nous savons le voir, le ressentir et aussi dans le don, l’amour, l’attention, l’écoute que nous accordons aux gens, aux choses, aux esprits et aux âmes...
52 ans après, en 52 pages, vous réussissez autrement et efficacement ce que Annie Ernaux a, semble-t-il, tenté en 1100 pages
nous faire ressentir l’intime d’une vie déracinée, tourmentée, secouée puis s'apaisant, prenant son temps
(voir le texte ci-dessous attribué à Chaplin)
personne ne peut nous sauver à notre place
mais
les bons, les justes accompagnements, fournis parfois par le hasard mais surtout par les amis, un compliment, une judicieuse remarque sont les petites lumières, les pépites qui nous font repalpiter quand on est tétanisée, qu'on est quasi-anorexique, qu'on refuse le repas pendant des heures
et comme vous dites à la fin : les loups ne sont pas loin, ne sont jamais loin
non seulement dans la triste éducation nationale que vous avez connue
mais aussi dans le monde
à commencer par chez nous avec la double offensive soft de
l’en@tris//me&isl#amo€gôschiste§des<côlôn%ial&du-woke=isthme
contre notre langue
les loups cela fait penser à la chanson de Serge Reggiani,
les loups sont entrés dans Paris
aujourd'hui, j'en suis sûr, il n'emploierait pas la métaphore, fausse, des loups
on ne voit plus les animaux dits sauvages de la même façon;
il n'y a que les chasseurs, braconniers pour garder la vision d'avant-avant-avant-hier
du loup,
écouter sans fin la fabuleuse chanson de Vissotski La chasse aux loups
--------------------------------------------------
“Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris qu’en toutes circonstances, j’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd'hui je sais que cela s’appelle… l’Estime de soi.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle n’étaient rien d’autre qu’un signal lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd'hui je sais que cela s’appelle… l’Authenticité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de vouloir une vie différente et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue à ma croissance personnelle.
Aujourd'hui , je sais que cela s’appelle… la Maturité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation ou une personne, dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment…
Aujourd'hui , je sais que cela s’appelle… le Respect.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à me libérer de tout ce qui n’était pas salutaire, personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait cela de l’égoïsme.
Aujourd'hui, je sais que cela s’appelle… l’Amour propre.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé d’avoir peur du temps libre et j’ai arrêté de faire de grands plans, j’ai abandonné les méga-projets du futur.
Aujourd'hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime quand cela me plait et à mon rythme.
Aujourd'hui, je sais que cela s’appelle… la Simplicité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de chercher à avoir toujours raison, et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé. Aujourd'hui, j’ai découvert… l’Humilité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd'hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
Aujourd'hui, je vis une seule journée à la fois. Et cela s’appelle… la Plénitude.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir. Mais si je la mets au service de mon coeur, elle devient une alliée très précieuse !
Tout ceci, c’est… le Savoir vivre.
Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter. Du chaos naissent les étoiles.”
Kim McMillen, attribué à Charlie Chaplin (FB c'est aussi les fakes)
images trouvées sur la page psychanalyse jungienne
Lire la suite
<< < 1 2