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Vers les confins / Rezvani
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"Le testament amoureux" de Serge Rezvani : un podcast à écouter en ligne | France Culture
Le bruit du temps se fait entendre - la Révolution Russe, la Seconde Guerre mondiale, mai-68 -, tandis que Serge Rezvani s'emploie à sauver la beauté.
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passionnantes lectures
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Vers les confins - Serge Rezvani
Critiques, citations, extraits de Vers les confins de Serge Rezvani.
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Après reprise du dernier chapitre de La traversée des Monts noirs, et deux jours et une nuit dans le tunnel passant dans les Monts noirs, on prend un convoi de camions militaires en route pour le...
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Rezvani retour en Avignon, Serge Rezvani en Avignon avec France Culture, le 14 juillet dans les jardins du Musée Calvet
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"Serge Rezvani : joyeux retour en Avignon"
Une soirée musicale avec Serge Rezvani, où sera notamment interprétée sa nouvelle composition Pour une Marseillaise amie, qui complète notre hymne national avec les questionnements d'aujourd'hui.
La Traversée des Monts Noirs
supplément au Rêve de d'Alembert
de Serge Rezvani
(Belles Lettres 2012)
voilà un roman d'une densité telle qu'il faut une grande attention et concentration pour ne pas s'égarer, lu dans l’édition de 1992 chez Stock, disponible en 2012 aux Belles Lettres
un roman dialogué ou plutôt monologué par des personnages divers qui parfois se coupent, se contredisent, s'affrontent, se comprennent, partagent mais l'essentiel est ce qu'ils assènent à coups d'arguments affutés sur des sujets divers qui leur tiennent à coeur ou sur leurs sentiments, leurs relations ; rien de superficiel dans ces échanges et ces confidences ; on admet sans méfiance particulière malgré les mises en garde sur un tel ou un tel qu’il s’agit d’une mise à nu sincère des différents protagonistes d’une histoire d’amours sur fond d’une histoire de dominations et de migrations ; on est amené à les croire même si les versions sont multiples, les subjectivités étant en jeu
ces monologues-dialogues ont pour témoin un Français qui ne dit pas un mot de tout le roman mais nous décrit en didascalies les péripéties, déplacements, arrêts, les lieux, les moments ; lui se déplace assez peu, le train, le planétarium ; les confidents ne cessent d'être en différents points du globe (en monologues) mais principalement Pologne, Russie, Israël ; ces confidents l'ont adopté pour la raison qu'ils croient qu'il ne comprend pas le russe ; ils parlent devant lui, le prenant à témoin (donc nous, lecteurs), lui parlant parfois en français, parfois en anglais, ne lui demandant jamais son avis ; cette avalanche de discours en 3 langues est paradoxalement écrite dans une seule langue, la française ce qui rend d'autant plus savoureux les remarques de nature linguistique sur le russe mais aussi le français : noirs = rions ou autre palyndrome : roc cornu pour parler des Monts Noirs
les personnages sont essentiellement des scientifiques, la majorité d'origine juive ; il y a une femme, la dernière juive polonaise, fauvette, hantée par le cimetière de ses ancêtres de la « juiverie » impossible à retrouver sauf peut-être sous un roncier qu’elle fait brûler pour ramener les cendres en Israël, l'homme des fauvettes dit le professeur, Sterne, le dernier descendant polonais des comtes pendeurs qui ont parqué si longtemps en bas de leur château la « juiverie », un jeune mathématicien, Math, un vieil entomologiste, un neuro-ornithologue et un arpenteur sans arpents, sans doute palestinien ; n'apparaît jamais mais est évoqué, un enquêteur des lointains districts qui enquête sur des crimes très archaïques
ces scientifiques sont des virtuoses de la logique et quand on dit d'une logique qu'elle est diabolique, on en a l'illustration à longueur de pages avec une insistance à donner le tournis car chacun insiste, reprend, ressasse ; sont-ils pris au piège de la raison, du raisonnement ? sont-ils pris au piège de l'expérimentation aussi ? Car fauvette, le professeur, l'entomologiste, Math, Sterne, le neurologue dit le docteur sont des expérimentateurs et observateurs d'espèces de toutes sortes, oiseaux, insectes, mais aussi de leurs comportements pris dans l’engrenage de l’histoire perpétuelle de la domination (comment se comporte un dominant ? comment se comporte une dominée ? qu’en est-il du dominé quand il se transforme en dominant ?)
je suis incapable de dire si ce qui est raconté sur le plan scientifique (et qui est sidérant souvent) repose sur la réalité ou si l'auteur nous mène en bateau ; en tout cas, pour moi, cet univers de scientifiques est un univers de malades, ils ont la maladie des symposiums où tout est vide avec sérieux, ils ont la maladie de savoir et cela les rend extrêmement manipulateurs, tortionnaires justifiés aussi ; les scientifiques ne sortent pas grandis de ce roman (à part l’étonnement qu’on peut avoir devant leurs découvertes) d'autant que les échappées métaphysiques déduites de ces expérimentations se ramènent à peu de choses ; tout est dans l'inné, mécaniquement reproduit d'où l'immobilité sous l'apparence du mouvement, ça revient toujours, ça revient toujours au même, palingénésie
ce roman, sans doute bien documenté scientifiquement, date de 1992 ; 20 ans, cela suffit à le rendre en partie obsolète de ce point de vue ; les découvertes des dernières années en cosmologie mettent à mal la stabilité et même le chaos n'est plus le meilleur moyen de rendre compte de ce qui se passe et qui est dans ce que l'on pourrait appeler la créativité de la Nature pour un métaphysicien et les étonnants pouvoirs du vide quantique pour un cosmologiste ; les univers naissent du vide quantique, se déploient, vieillissent, meurent, redeviennent vide quantique pendant qu'ailleurs de nouveaux univers surgissent ; les considérations sur la matière noire ne sont plus aussi pertinents ; avec la métaphysique naturaliste de Marcel Conche, on aurait un roman moins noir ; la nature des Monts Noirs est chaotique, effrayante, elle est métaphorisée comme les autres lieux, la Pologne du dégel, de la boue, le désert israélien ; cette nature hostile, à traverser, où séjourner, est propice aux désirs d’envol, de départ des oiseaux migrateurs comme des éternels migrants, sans arpents, propice aussi aux nostalgies de retour des mêmes oiseaux, des mêmes migrants ; les scientifiques, fauvette en tête, agissent sur l’inné des oiseaux avec leur planétarium au ciel mobile faisant croire aux fauvettes qu’elles ont voyagé jusqu’en Israël et voici qu’une fauvette pond dans les Monts Noirs croyant être en Israël ; la duperie a fonctionné, la simulation du voyage immobile puisque seul le dôme a tourné ; que peut-on prouver ainsi ? que veut-on prouver ainsi ? à moins qu’il ne s’agisse d’humour avec de gros moyens financiers tout de même (noirs = rions); à moins qu'il ne s'agisse d'appliquer ces déductions d'observations aux hommes aussi ?
là où ce roman apporte beaucoup c'est sur la relation dominant-dominé, sur la dangerosité ou non de la symétrie (rendre à l'autre ce qu'il nous donne, lui reprendre ce qu'il s'est indûment approprié) ; les pages sur le crime de Sterne, écrasant un enfant palestinien de l’intifada avec ses pierres et son cocktail molotov, crime transformé en accident par Israël, crime insupportable pour fauvette qui était dans la voiture au moment des faits … montrent la complexité de la situation en Palestine avec les jeunes en guerre (sous chaque pierre, un couteau), en Israël avec les anciens comme l’entomologiste, venus de nulle part, les sans arpents de toujours et les jeunes comme Math, nés là, faisant des palestiniens les nouveaux sans arpents
évidemment, fauvette, la dernière juive de Pologne, travaillant dans les Monts Noirs, traquée avec son consentement par le dernier comte pendeur est le nœud du roman ; quatre hommes comme pour les fauvettes, quatre mâles pour une femelle, quatre hommes donc tournent autour d'elle qui va de l'un à l'autre sauf le professeur, pour finalement préférer le frère déclaré de l'enfant tué ; le roman se termine sans doute sur la mort de Sterne, tué par l'arpenteur, qui avait annoncé à Sterne que ça finirait par son assassinat, symétrie !
tout ce qui concerne ce crime de l’enfant et d’autres crimes similaires (celui d’un enfant juif poignardé par un enfant palestinien lequel est immédiatement lynché par les israéliens), avec références à l’actualité (propos d’un premier ministre nommant « animaux bipèdes » les enragés palestiniens, propos d’un Nobel de la paix israélien, propos de Leibowitz), révèle l’implication de Rezvani qui à travers les points de vue de ses personnages et leurs attitudes (fauvette va jusqu’au village de l’enfant écrasé au prix de sa vie) semble ne pas croire à une solution de paix possible. 20 ans après, ce qu'écrit Rezvani n'est pas obsolète. On en est au même point, pire peut-être, effets ravageurs de la symétrie ! Ce pessimisme (cette lucidité) me semble en lien avec la métaphysique sous-jacente aux développements scientifiques comme à la fin, celui consacré aux affinités répulsives, qu’on retrouve dans Isola Piccola :
« Mais savez-vous que c'est par une infinie répulsion que se tient en place l'univers ? En mathématique comme en chimie ou en physique l'élément d'affinité répulsive sert en quelque sorte de liant. Les affinités répulsives fondent la chimie, la biochimie, la physique nucléaire... et aussi le sexe ! L'univers ne tient ensemble que par le jeu des affinités répulsives. Nous-mêmes ne sommes que des charges électriques dont les phases ne cessent de s'inverser. Cette électricité déphasée, ces pertes et ces retours de tension font de l'univers une curiosité. Sans la folie des flux électriques répulsifs, l'univers ne serait pas cette curiosité qui maintient nos propres flux électriques en éveil. Nous crèverions d'ennui si nous n'étions non seulement plongés dans le chaos mais nous-mêmes chaos. Aucun de nous n'éprouve envers l'Autre ce qu'on nomme naïvement du sentiment... ou si vous préférez une affinité stable. » Isola Piccola
Évidemment, cette dernière affirmation est contredite par les 50 ans d'amour de Rezvani pour Lula et réciproquement et par l'Ultime amour
Jean-Claude Grosse, le 16 avril 2012
Fin d'après-midi et soirée du 8 août, je décide de me plonger dans Vers les confins de Serge Rezvani, dont j'ai lu La traversée des Monts noirs. Énorme et agréable surprise.
Ce roman foisonnant correspond à ce sur quoi je travaille en rendant compte de mes lectures de revues. Humour ravageur, dommage que je sois seul, je ne peux partager mes rires. Roman dont j'ai déjà lu un tiers. les livres I et II sur 4 livres. Après reprise du dernier chapitre de La traversée des Monts noirs, et deux jours et une nuit dans le tunnel passant dans les Monts noirs, on prend un convoi de camions militaires en route pour les Confins, désert sans fin où vivent les Esséniens, les descendants de la Bible d'avant sa défiguration par le Nouveau Testament.
Si avec la revue Front populaire, ça déboulonne, avec ce roman, on atteint l'apothéose des déboulonnages, où Spartacus précède de 70 ans, le Christ, où la doctoresse et la mathématicienne sont les seules femmes du voyage d'élucidation des crimes commis dans les Confins, les autres personnages s'appelant l'ami français, l'enquêteur du district, le criminologue, le chercheur en philosophies oubliés, où la philosophe du deuxième sexe n'est pas nommée mais déconstruite... Bref, un régal.
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deux extraits par la doctoresse, Déborah
« – Oui, je veux dire que la Vie est sans pensée, elle ! Sans programme, elle ! Que la Vie va s’épanouir là où se trouvent dans la Nature des interstices qui lui sont favorables. Elle s’improvise Vie ! Sans savoir qu’elle est Vie ! Voyez l’Australie. À peine s’était-elle détachée des autres continents qu’en quelques millions d’années elle invente les marsupiaux. N’est-ce pas sublime d’imaginer, avec notre étrange cerveau spécifiquement humain, que l’Univers se peuple à l’infini d’une Vie aveugle, sans conscience et à la fois de la même violence inventive que le Feu, lui aussi aveugle et sans conscience, des Mondes en fusion ? Que la Vie et le Feu cohabitent à l’infini dans l’Univers comme cohabitent Vie et Mort ? N’a-t-on pas découvert dans les abysses des mers les plus profondes – là où les feux telluriques jaillis du magma terrestre luttent avec l’eau – non seulement des particules de vie mais d’étranges amalgames de cellules formant des corps composés, munis d’étranges griffes et de crochets, capables de supporter des chaleurs proches de l’ébullition ?
Quand nous eûmes roulé un moment en silence, elle avait ajouté :
– La Vie ne connaît aucun obstacle. Et même quand je mets en garde ces bergers dont nous parlions tout à l’heure, à propos de la radioactivité des métaux qu’ils arrachent aux carcasses des grandes épaves ensablées, je sais qu’à l’échelle des générations, l’espèce humaine, le jour où elle sera atomisée, comme ces espèces animales ou végétales qui survivent et prolifèrent en dépit de tout autour des centrales nucléaires dévastées, oui l’espèce humaine même si elle est défigurée, même si elle est méconnaissable, je dis bien l’espèce humaine revenue s’il le faut à son animalité la plus primitive qui n’est que Vie sans figure humaine, s’arrangera pour survivre coûte que coûte en se réinventant autre par tâtonnements successifs. » (pages 102-103)
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évidemment, je constate la coïncidence d'inspiration avec un poème écrit en juillet et que j'ai mis en voix (5'45"), non partagé
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Metamorphosis
Cosmogonie orgasmique
Somnolent dans le fauteuil Louis-Philippe,
une image te vient :
La Terre et ses milliers de bouches éruptives,
ses milliers de vulves-geysers,
la Terre ronde est ronde
de toutes les grossesses animales et humaines,
de toutes les germinations florales et végétales,
de toutes les minéralisations calcaires et granitiques.
La Terre est la porteuse, l’accoucheuse
de tout ce qui naît, de tout ce qui prend corps.
Le corps, les corps, encore et encore.
Incarnations en chairs et en os,
en racines et cimes,
en strates et sédiments.
Et tu te vis, foetus en position foetale, dans le ventre-terre.
Du ventre-mer, du ventre-mère
tu es passé au ventre-terre, au ventre-univers
........................
Tu as inspiré l’air du Large.
Tu es monté dans la pirogue du Fleuve.
Tu as été fécondé par les abeilles de l’Amour.
Tu accueilles, tu recueilles, tu donnes, tu offres.
Tu ne tries pas, tu ne juges pas, tu n’opposes pas.
Ce qui advient devait arriver,
ce qui adviendra arrive déjà,
ce qui est advenu arrive toujours
parce que le passé ne s’efface pas.
Tout est mémorisé, devient mémoire vivante.
Tu t’es laissé glisser dans l’Océan que tu es.
Tu n’es pas une vie minuscule gouvernée par un zizi ridicule.
Tu es une vie Majuscule reliée au Tout.
Tout copule et consent avec joie à copuler.
Poussières et semences d’étoiles,
germes et spermes de l’orgie de l’évolution,
de l’ontogenèse, de la phylogenèse,
à la vie à la mort.
La fabrique des corps. Et au coeur du corps, le coeur.
Tu es humble de ton humus,
humain de ton humanité,
universel de ton universalité,
divin de ta divinité.
En ouvrant tes bronches,
en activant ouïes, branchies,
tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.
Tu entres dans l’innocence.
Tu es miracle et mystère de ta naissance.
Tu seras mystère et miracle de ta mort.
Tu fais choix de l’ignorance.
Tu ne refuses pas les connaissances
mais surtout tu sais qu’on ne sait rien.
Rien du début, rien de la fin, rien du sens s’il y en a un.
Tu acceptes d’être dans l’incertitude,
tu ne cherches pas de certitudes.
Tu ne crois plus qu’il y a la Vérité à chercher.
Tu essaies d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.
Tu montes et descends l’échelle,
Du Tartare à l’Olympe,
du Ciel à l’Enfer
et tu bivouaques sur la Terre.
Du Tartare, tel Orphée, tu ramènes poèmes et mélodies.
Épitaphier de tous les morts aimés.
Dans l’Enfer, pas de damnés condamnés à jamais.
Du Ciel, tu ne fais pas le séjour de Dieu ni le paradis des ressuscités.
Dieu ayant créé se cache, tsimtsoum.
Le ciel est espace de légèreté pour la gente ailée.
Dieu est dans le silence d’un souffle subtil.
Dans l’Olympe, aucune guerre des dieux.
Ils ont eu le temps d’apprendre et de pratiquer l’anarchie.
La Terre est danses et cycles.
La grande roue du Grand Manège tourne
bien huilée
sans grincements de dents.
Dieu et les dieux sont présences ineffables.
Tu n’es plus un hamster.
Tu es à Parfaire. Tu es un Parfait. Tu es Parfait.
Circonstances de lecture
Après avoir écrit sur deux N° de Front populaire dont un article approfondi sur 3 philosophes face à la bombe : Camus, Jaspers et Anders.
(Possibilité d’usage d’armes nucléaires dans la proxy war russo-ukrainienne-otanienne)
Plutôt perturbé, à la fois joyeusement et douloureusement par les « accusations et preuves » de mensonges, manipulations des idéologies humanistes, universalistes comme des religions d’amour, j’ai sorti, sans doute pas par hasard, le roman de Rezvani, Vers les Confins, faisant suite, 12 ans après, à La Traversée des Mont Noirs, en supplément au Rêve de d’Alembert.
Je l’ai lu en 3 jours. 4 livres de courts chapitres, IX pour le I (pages 11 à 87), X pour le II (pages 89 à 174), X pour le III (pages 176 à 264), XV pour le IV (pages 266 à 387)
Impressions subjectives, sans tri ni analyse.
Jubilatoire, drôle, parodique, décapant, désespérant, répétitif, symétrique, réversible, asymétrique, lard cochon, hypnotique, profond, léger, paradoxal, contradictoire, iconoclaste, manipulateur, séducteur, raisonneur, rationaliste, matérialiste, scientiste, démolisseur, dynamiteur, palindromique, poétique, lyrique, fantaisiste, magique, encyclopédique, musical = bruit infernal (du train puis de la chenillette), bavard, suspendu, pictural, amoureux, amoureusement féminin, des seins féminins, horriblement masculin érecteur, éjaculateur, émasculateur, cornaqué par le petit cornac, profondément juif, profondément humoristique yiddish
chaque mot mériterait une illustration mais je laisse chaque lecteur faire son travail de lecteur
Voilà des contes tirés des mille et une dunes d’un désert sans fin, illimité
Comme dit la 4° de couverture : « depuis l’aube de l’intelligence humaine, ne faisons-nous pas que délirer…poétiquement, dites-vous, pourquoi pas ? », reprise d’une remarque de la mathématicienne Adema, page 168
Évidemment, l’écrivain de langue française, d’origine russe et perse, de nulle part, muet dans La Traversée, est amené à se dévoiler comme écrivain, donc à parler d’écriture donc de lecture; puisque est énoncé le lieu commun bien éculé (pratiqué par qui ?) du lecteur faisant la moitié du chemin.
Lecteur, je vais tenter de faire la moitié du chemin emprunté par l’auteur se parodiant dans le personnage de l’écrivain de langue française.
Les lieux :
- les Monts Noirs, gelés, glacés, un tunnel sous les Monts qu’il faut deux nuits, un jour pour les traverser avec arrêt dans une gare de triage, de réapprovisionnement, de contrôles… Chemins de fer = trains de la mort de masse, des déportations de masse. Monts Noirs = métaphore = réalité des territoires immenses sous la coupe de tyrans et dictateurs, se prétendant porteurs d’un monde nouveau, d’un homme nouveau.
- Les Confins, du sable encore du sable, des dunes encore des dunes ; et des surprises, des carcasses d’engins indescriptibles, innommables, innommés car rien ne doit être nommé de ce qui est vu. Un cratère géant dû à la chute d’un météorite. Des Esséniens de la lointaine époque de la langue araméenne, des Sages, tous fous merveilleux, le Sage des poules, le Sage des tombes et peut-être le Sage des sages qui a la Réponse. La Déesse des sables, descendante de Lilith, préférée à Ève. S’il est trop curieux, s’il veut aller plus loin que la Montagne Rouge, l’écrivain de langue française est prévenu, il n’en reviendra pas.
Les personnages :
- ceux de la mission sous la responsabilité de l’enquêteur du district, la doctoresse Déborah, la mathématicienne Adema, le criminologue, le chercheur en philosophies oubliés, l’écrivain de langue française
- les personnages rencontrés : l’Arpenteur sans arpents, le Sage des poules, Sarah, le Sage des tombes, le Christ errant éternellement ressuscité, la Déesse des sables
- Les personnages évoqués : l’anthropologue, Math, Sterne, l’ornithologue des Fauvettes
Les styles :
- Très peu de descriptions, alors même que l’écrivain de langue française y est invité mais attention, seulement pour lui et eux, pas à diffuser, d’ailleurs, pas de prises de notes ou si, destruction des notes
- Très peu de narrations, sauf confidences de l’écrivain de langue française évoquant la maladie de son aimée de 50 ans ou certains de ses écrits antérieurs dont les paroles d’une neuve marseillaise
- Essentiellement des discussions entre les personnages avec insistance sur la nomination de l’émetteur de chaque réplique, et sa façon de dire, ironique, agacée, énervée, colérique, railleuse, câline, ce qui produit beaucoup de comique
Le sujet :
c’est quoi cette espèce tueuse douée d’intelligence et qui en est arrivée à rendre invivable son milieu de vie et à être au bord de la disparition collective ? Comment comprendre cette propension, cette pulsion archaïque à tuer, d’abord les siens, pères et frères assassinés, enfants égorgés, femmes lapidées, ensuite les autres, mis en esclavage et exterminés
est interrogée, questionnée la Bible; sont cités des épisodes et des recommandations à se demander comment ne pas se rendre compte de la monstruosité de ce qui est raconté et comment ne pas se détourner définitivement de ce genre de récit; comment expliquer la fascination exercée par ce Livre et par son symétrique, le Coran, tous deux engendrant des fous de Dieu, Yaveh, Allah depuis des millénaires
Comment est-on passé de la Bible, de son Dieu irascible, en colère au Nouveau Testament, au Fils du Père, mourant pour tous sur la croix, par amour de l’homme. Comment est-on passé de la colère divine à l’amour divin, sans pour autant renoncer aux meurtres de masse, aux inquisitions, aux bûchers pour sorcières, aux tortures les plus abominables, aux évangélisations forcées, aux missions colonisatrices … et comment s’est opéré le glissement vers les messianismes terrestres, eux-mêmes porteurs d’exterminations de masse
Ce livre n’épargne rien, aborde tous les aspects liés à trois questions : d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Qui sommes-nous ?
D’où venons-nous ?
de la première femme, d’un utérus originel, d’entre les cuisses de la Mère, et donc d’incestes à répétition ?
de l’homme insufflé par le souffle divin, la femme étant tirée de la cuisse de l’homme ?
Genèse utérine = ire es tu - égal en grand écart
(Ève rêve)
Où allons-nous ?
Fin du monde, fin de l’humanité sont des métaphores; le temps de l’extinction sera peut-être le temps de la métamorphose (rire de Kafka se lisant), le temps de l’adaptation aux pires conditions de survie, comme les monstres animaux engendrés par la vie sous terre dans les confins; nous nous acheminons vers une métamorphose de monstres humains en monstres insectes
(rions noirs)
Qui sommes-nous ?
Des monstres originels, des monstres de tout temps, d’avant, de maintenant, d’après, d’ici, d’ailleurs, de nulle part, des monstres éternels
En conclusion :
Rezvani en écrivant ce livre poursuivait-il un but ? En revendiquant d’être artiste de lui-même, d’être créatif, en faisant travailler ses deux hémisphères, celui du langage, celui des images, ayant été témoin de la dégénérescence du cerveau de l’aimée (l’âme neuronale de Lula), Rezvani me semble-t-il, ne poursuit d’autre but que celui de se faire plaisir, avec désinvolture, sans attachement à l’oeuvre, « son » oeuvre, tant que son cerveau peut délirer poétiquement.
En regardant sur internet, j’ai très peu vu de notes de lecture sur ces deux livres (un 3° me semble annoncé).
C’est le signe me semble-t-il d’une liberté radicale, peu soucieuse de l’écho rencontré, de faire oeuvre dans le cocon menacé par le Feu de La Béate dans les Maures.
Comme j’ai trouvée cette liberté radicale, chez Emmanuelle Arsan qui n’a jamais accordé d’interviews, est restée d’une discrétion absolue, vivant à Chantelouve, menacée par le Feu dans la forêt dracénoise.
Je pense donc que ces deux livres écrits par Rezvani pour se faire plaisir en se grattant là où ça lui fait très mal (la tête) et où ça peut aussi nous faire très mal (le cul) ne sont lisibles que par les quelques-uns qui en auront le désir.
(l’arpenteur sans arpents n’est-il pas un chrétien palestinien, le symétrique des arpenteurs sans arpents que furent les juifs pendant des millénaires et se revendiquant aujourd’hui d’Israël colonisant à tout va des territoires palestiniens)
Après Onfray (va-t-il aussi profond et aussi drôlement?), on va avec Rezvani au coeur du magma pulsionnel, de l’énigme. Il n’y a pas de Réponse à la Question, il n’y a pas de Sage des Sages au-delà de la Montagne Rouge.
L’enquêteur du district chargé d’élucider les innombrables crimes commis dans les Confins, a compris qu’il n’y a rien à élucider. Ces crimes sont des crimes « naturels », perpétrés depuis la nuit des Temps.
Le crime précède la loi l’interdisant.
Le tribunal Russell ou le Tribunal pénal international doivent condamner avant l’exécution des crimes.
Pour raconter tout cela à nos amis-enne-amis extra-terrestres, une seule hellade suffira, soit un milliard de signes binaires.
Faut-il raconter ou faire silence ? Faut-il se souvenir ou oublier ? Faut-il parler, user des mots ou se penser en connexion avec le Tout ? Faut-il honorer le veau d’or ou pratiquer le don ?
J’inviterai certains amis à en être lecteurs.
Et pourquoi pas, organiser quelques lectures à voix haute de certains des très courts chapitres des 4 livres de ce Livre.
Longue vie encore à Rezvani, 95 ans en 2023, cent ans moins cinq comme il se présente, artiste pluri-indisciplinaire,
qu'il s'amuse, continue à s'amuser, qu'il en amuse quelques-uns d'entre nous.
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Serge Rezvani - Interview (18/02/2014, Danse des mots, Yvan Amar, RFI)
Emission Danse des mots, sur RFI, par Yvan Amar Diffusion le mardi 18 février 2014 Vers les confins Depuis des " annes-lumière ", Rezvani délire poétiquement dans des romans qui coulent et nous...
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ROMANS ET RECITS | Serge Rezvani
Paris, C. Bourgois, 1970 (réimpr. 1972 (collection " 10-18 "), 2000 (Éd. de la Mauvaise graine)), 137 p. (ISBN 2-9514990-4-3, [%5B ...
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Compositeur de certains des plus grands refrains de la chanson française, il a imaginé une version pacifiée de "La Marseillaise". Rencontrez Serge...
https://www.facebook.com/franceculture/videos/1481287186041160/
3 philosophes face à la bombe
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Carte des 2053 explosions nucléaires 1945 - 1998
L'artiste japonais Isao Hashimoto a créé une time lapse indéniablement effrayante des 2053 explosions nucléaires qui ont eu lieu entre 1945 et 1998, commençant par le test "de Trinité" du Pro...
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Comparatif de la Puissance des Bombes Nucléaires (de Little Boy à la Tsar Bomba)
Bonjour à tous et bienvenue dans cette 2ème des 7 vidéos refaites sur la chaine ! Aujourd'hui nous allons voir ensemble un petit comparatif (en animation) de l'évolution de la puissance des arm...
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Les Japonais commémorent le bombardement d'Hiroshima sans nommer les USA
En commémorant l'anniversaire du bombardement nucléaire d'Hiroshima par les États-Unis en 1945, les politiques japonais ont passé sous silence son auteur, mais n'ont pas manqué de mentionner l...
ce 6 août 2023 au Japon
Du N° 13, de la revue Front Populaire, Guerre à la guerre, tu retiens pour t’interroger, l’article Trois philosophes face à la bombe (Albert Camus, Karl Jaspers, Günther Anders) pages 145-151. Tu ignores si le complexe militaro-intellectuel qui vend la guerre sur les plateaux TV, sans la faire, évoque la possibilité de l’usage de l’arme nucléaire dans la guerre russo-ukrainienne otanienne.
L’article de Combat du 8 mai 1945 dans lequel Camus développe sa position est écrit à chaud, deux jours après Hiroshima qui selon la lettre de Claude Heatherly, pilote ayant participé à l’opération, adressée au révérend N., le 8 août 1960, est une erreur accidentelle (la ville n’était pas la cible).
Camus dégage l’enjeu, avec cette arme c’est le suicide collectif de l’humanité qui est possible. La science censée apporter la connaissance et de meilleures conditions d’existence, contribuer au bonheur des gens dans leur vie quotidienne est utilisée pour des meurtres de masse avec une bombe de la grosseur d’un ballon de football.
On a fait de gros progrès depuis, la bombe la plus puissante ayant jamais explosé en essai aérien est la bombe russe Tsar Bomba (3300 fois celle de Hiroshima).
Jaspers fait une conférence 11 ans après Camus, en août 1956 « La bombe atomique et l’avenir de l’homme » qu’il développera ensuite dans un livre de 700 pages, épuisé, paru en 1963 chez Buchet-Chastel. Il met en avant le fait que la théorie de la dissuasion est une folie. Croire qu’on empêchera la guerre parce qu’on possède l’arme nucléaire, c’est ne pas comprendre que toute arme nouvelle finit toujours par être utilisée. Donc, une guerre nucléaire est possible. Ce qui confirme cette hypothèse,
ce sont les essais nucléaires (le chiffre des essais aériens, souterrains, sous-marins sur une trentaine d’années est ahurissant)
et l’impossibilité d’empêcher la dissémination de l’arme nucléaire (sauf à faire une injuste guerre juste).
Anders publie en 1956, la même année que Jaspers, le 1° tome de son magistral livre L’obsolescence de l’homme. Il pense comme Jaspers que la bombe est appelée à être utilisée, que c’est pour cela qu’on l’essaie, que ce ne sont pas des essais de dissuasion pour la vitrine. Au delà de Jaspers, il voit les effets désastreux pour de très longues durées (millénaires) sur les humains, la faune, la flore.
Tchernobyl entre autres est là pour nous raconter ce qui se passe au niveau des sols contaminés, des eaux radioactives, des peaux brûlées, des modifications génétiques…
Avec la guerre russo-ukrainienne otanienne, on est sorti (on est en voie de sortie) de la pax americana c’est-à-dire des guerres innombrables menées par l’impérialisme US depuis la fin de la 2° guerre mondiale (je devrais citer aussi les guerres menées par la France en tout un tas d’endroits en Europe, en Afrique, en Asie) sous couvert de démocratie et de droits de l’homme
pour entrer dans une recomposition géo-politique entre divers impérialismes, dans une ère de choc des civilisations où ce qui était annoncé se déroule tout à fait différemment en dépit des experts (une guerre russe rapide qui s’éternise, un effondrement de l’économie russe suite aux sanctions qui a fort bien résistée, une Europe et un OTAN dépassant toutes les lignes rouges en laissant les Ukrainiens payer le prix fort de la guerre, les États-Unis faisant ce qui s’appelle une proxy war (une guerre médiée par un adversaire-tampon, l’empire visé au-delà de la Russie étant la Chine), des BRICS de plus en plus nombreux et puissants, optant pour un monde multi-polaire.
Ce qui m’étonne, c’est apparemment, le peu de crédit accordé au risque de nucléarisation de ce conflit.
Je préfère penser le contraire, même si c'est désespérant. Oui, cette guerre peut devenir une guerre nucléaire et le conflit peut se mondialiser. Personne ne me semble maître du « jeu ». On est dans un conflit portant sur des valeurs et pas seulement sur des territoires, sur des ressources. Comme les guerres de religion, les conflits de valeurs, de visions du monde, sont des croisades et donc ce n’est pas la guerre pour faire la paix (la guerre c'est la continuation de la politique par d'autres moyens d'après Clausewitz), c’est la guerre pour s’imposer, imposer sa foi, sa vision. L’enfer est peut-être devant nous. Avec son prix, le meurtre, le suicide ? collectif d’une partie de l’humanité.
Pour Camus, le suicide dans un monde absurde est l’ultime liberté de l’individu.
Le suicide collectif, comment doit-il être considéré ? Il est clair qu’il ne s’agira en aucune manière d’une décision libre de chacun et de tous. Aucune concertation des peuples n’a eu lieu. Nous sommes en guerre par le fait de « nos » dirigeants. Aucun vote de l’Assemblée, aucun consultation du peuple par référendum. L'ONU est court-circuitée.
Donc, s’il y a suicide collectif, c’est plutôt d’un meurtre de masse qu’il faudra parler, meurtre imposé, subi. Les princes seront des criminels, devant quel tribunal ? Que les princes, dictateurs, présidents puissent en arriver à cette solution finale, cela s’expliquera-t-il par notre passivité, notre soumission volontaire, notre lâcheté, notre impuissance, notre insouciance, notre inconscience ? Quel activisme pourrait nous en garder ? Camus proposait de combattre pour la paix par la raison, aspirant à un gouvernement mondial (ce sera l’ONU en 1948). Jaspers propose la raison et la sensibilité. Vivre en paix, en harmonie avec les gens qu’on côtoie, qu’on aime, avec la nature, en contemplant la beauté de ce qui s’offre, tant que cela s’offre. J’ignore ce qu’Anders propose.
Vers qui se tourner ? Des 300 livres d’Épicure, il ne reste que quelques pensées de lui sur la politique, dans les maximes capitales. Épicure a été « détruit » par le christianisme. Raison : sa philosophie et sa politique sont immanentes et non transcendantes. Il était incompatible avec Dieu et les fables qui en sont issues, la naissance d’un enfant sans père, une femme qui donne naissance sans géniteur, un fils de Dieu qui meurt et ressuscite, l'eucharistie. Ces fables sont puissantes, durables. Elles sont peu en rapport avec des faits réels. Elles ont plutôt à voir avec nos désirs, celui d'éternité par exemple (Le désir d'éternité, Ferdinand Alquié).
« La justice n’est pas quelque chose en soi mais quand les hommes se rassemblent en des lieux, peu importe, chaque fois, lesquels et leur grandeur, un certain contrat sur le point de ne pas faire de tort ou de ne pas en subir. » M.C. XXXVIII.
Pour Épicure, la politique c’est l’art de produire les conditions de possibilités sociales d’une vie hédoniste pour tous. Il veut que le contrat vise l’établissement de lois justes pour tous, pas pour une minorité de privilégiés. Il sait que l’homme n’est pas naturellement bon et que c’est culturellement qu’il peut le devenir par la philosophie politique épicurienne en particulier. Il est le penseur de la puissance de la majorité, l’antidote à la tyrannie des minorités, des maîtres sur les esclaves. (N°12, Front Populaire pages 6-7).
On voit en quoi des initiatives comme Construisons notre bonheur sont éminemment épicuriennes et sans doute une des bonnes façons de passer contrat. C’est du local, de l’action décidée par RIC.
Ou le projet de Jean Delorme avec les Entrepreneurs du sens.
Si on prend en compte, toutes les initiatives, installées dans le temps, à périodicité stable, (mensuelle, bimensuelle), on se rend compte que certes, les dirigeants nous feront tuer en masse (et cela nous dépasse) mais que nous avons encore de la latitude pour nous rencontrer, discuter, décider de faire notre bonheur avec d'autres.
Maximes capitales - Wikisource
Ce qui est bienheureux et immortel ne s'embarrasse de rien, il ne fatigue point les autres ; la colère est indigne de sa grandeur, et les bienfaits ne sont point du caractère de sa majesté, parc...
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Dans une ACDC chacun dispose des moyens pour : Apporter son idée Soutenir une initiative Améliorer une situation Réaliser des projets d'intérêts collectifs Être à l'initiative de la loi et l...
Entretien avec Jean Delorme - Éloge d'une économie de précaution
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https://www.simply-crowd.com/entretien-avec-jean-delorme-eloge-dune-economie-de-precaution/
Après deux N° de la revue des deux mondes, deux N° de la revue Front populaire.
Avec Jean-François Kahn, dans la revue des deux mondes, tu te confirmes dans ce jugement que chiffres et sondages des « experts » de plateau TV et autres tribunes ne sont là que pour habiller, voiler, maquiller, bidouiller, manipuler, orienter, formater l’opinion, ne sont là que pour se substituer à l’opinion, à la voix citoyenne, ne pouvant s’exprimer par la voie référendaire (au sens du RICCARL) localement, régionalement, nationalement, européennement, onusiennement.
Chiffres et sondages, conseils des cabinets de conseils étrangers (américains, allemands) grassement payés contre la voix des gens ordinaires, contre la voie démocratique dégageant une majorité que Tocqueville a décrit comme « le despotisme de la majorité » dans De la démocratie en Amérique.
Voilà une "bible" dont il faut reconsidérer l'impact.
Soit aujourd’hui, « démocratie directe » pas du tout réalisée contre « démocratie représentative » où les représentants élus se servent, s’accordent privilèges et prébendes avec cynisme et mépris du peuple = des gens ordinaires = des périphériques, invisibilisés au profit de minorités agissantes de toutes sortes, les plus gueulardes ayant le plus pignon sur plateau, contribuant à la fragmentation de la société, à son éclatement, à sa décomposition, à la guerre civile, à bas bruits pour le moment, selon Michel Onfray, décrivant par exemple ce qui se passe régulièrement quartier Perseigne, à Alençon, Orne, son département aimé, quartier devenu « territoire perdu de la République » selon un euphémisme pudique, territoire devenu territoire d’une tribu marquant son territoire par « tirs de mortiers, incendies de poubelles et de voitures, barricades, dégradations de mobilier urbain, caillasses, guets-apens de policiers et de pompiers, une bande d’une cinquantaine de personnes masquées, cagoules, armées de barres de fer est allée au contact de la police forte de 35 membres pendant 3 heures. » N° 12, pages 5-6
Avec les N° de Front populaire, N° 12, La tyrannie des minorités, l’art de détruire la France et N° 13 Guerre à la guerre, contre les impérialismes, te voilà en présence d’analyses argumentées, de droite, de gauche, d’ailleurs et de nulle part comme se présente la revue.
Ça déboulonne, ça renverse les statues, ça jette à bas quantité de logiciels, de paradigmes, de discours admis sans distance, par méconnaissance (puisque tout est voilé, truqué) et ça fait un bien fou, tout en déstabilisant au point de ne pas en dormir, sans doute pour remettre un peu de cohérence dans tes convictions.
Tu es confirmé dans ta conviction récente (depuis 2020 environ) que tout un tas de récits sur des épisodes du roman national sont des faux,
- la révolution française (il vaut mieux lire Taine que Michelet ou Jean Tulard),
- l’universalisme des droits de l’homme,
- la colonisation civilisatrice (le célèbre discours de Victor Hugo du 21 août 1849 au Congrès de la Paix, souvent cité mais toujours caviardé, coupé de ce qui aujourd’hui gêne),
- la résistance sous Vichy,
- le gaullisme, le mitterrandisme, le chiraquisme;
qu’il en est de même de tout un tas de récits sur des épisodes internationaux :
- la révolution bolchevique, le stalinisme,
- la libération de la France par les américains,
- la guerre du Viet-nam,
- les guerres du Golfe (l’énorme mensonge de Colin Powell montrant une fiole d’ « arme bactériologique » du régime de Sadam Hussein aux TV),
- les guerres de l’axe du bien contre les axes du mal,
- les guerres justes qui fonctionnent selon un schéma hérité de Saint-Paul, Saint-Augustin, Saint-Thomas d’Aquin, médiatisé par deux Bernard, BK et BHL: je te fais la guerre préventivement à toi dictateur dangereux, au nom des droits de l’homme, de la démocratie, de l’universalisme, d’une façon active, pas réactive, pour t’empêcher de me faire la guerre liée à ta folie. Je tue des gens réels, je cause des souffrances réelles, des injustices réelles au nom d’injustices virtuelles, de souffrances virtuelles. (N°13, pages 2 à 9)
Tu es effaré de voir comment on est passé
- de la génération de 68, dite des Boomers, rimbaldienne, utopiste, qui rêvait d’une société différente, de courir le monde, d’inventer une contre-culture, de définir une liberté neuve
- à la génération des Millennials qui font choix d’un monde fait d’interdits, de censures de tous calibres, de frontières pathologiques entre les races, les cultures, les sexes, les âges.
Comme si on était passé, en quelques décennies, d’« il est interdit d’interdire » à « il faut faire taire celui qui m’offense ». Selon Brice Couturier (N° 12, page 157)
exit avec cette génération, la résilience: ce qui ne te tue pas, te rend plus fort
Tu penses à Marcel Conche, à ses fondements de la morale, au devoir de prendre la parole pour ceux qui ne l'ont pas
(à mettre en contraste avec ce qui est arrivé au Canada à Ariane Mnouchkine, voulant donner la parole dans un spectacle aux indiens autochtones, sans eux et se faisant tailler en pièces, parce que sans eux c'est contre eux = = activisme décolonial; voir aussi ce qui est arrivé à J.K. Rowling)
Woke veut dire éveillé, qui s'éveille, prend conscience. Comment l’éveil a t-il pu engendrer le Wokisme, source de régressions impensables il y a une dizaine d'années ?
Le wokisme est la rencontre selon Jean-François Braunstein d'un courant américain du protestantisme théorisant la notion de péché d'un point de vue collectif et pas seulement individuel (tous coupables, le méchant blanc) et de la french theory, les philosophes français dits de la déconstruction (Foucault, Derrida, Baudrillard).
Pour ma part, j'approuve que l'on révèle la réalité coloniale, dominatrice, exterminatrice, extractrice, prédatrice de l'Occident. Après vient le débat : réparation, repentance... Avec le wokisme, plus de débat possible : il faut passer par la revanche, la vengeance.
Autre point à évoquer : la question de l'identité. Là encore, l'idée de définir, de faire évoluer son identité, ses identités, n'est pas en soi une "mauvaise" idée. Personnellement, je suis favorable à ce que j'appelle la fluidification de l'identité puisque cela correspond à la variété de nos humeurs, sensations, émotions, sentiments, pensées. Mais de là à exiger la reconnaissance par autrui ou par la loi de mes choix personnels me semble correspondre à ce proverbe : les chemins de l'enfer sont pavés de bonnes intentions.
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(Une vague de folie et d’intolérance submerge le monde occidental. Venue des universités américaines, la religion woke, la religion des « éveillés », emporte tout sur son passage : universités, écoles et lycées, entreprises, médias et culture.
Au nom de la lutte contre les discriminations, elle enseigne des vérités pour le moins inédites. La « théorie du genre » professe que sexe et corps n’existent pas et que seule compte la conscience. La « théorie critique de la race » affirme que tous les Blancs sont racistes mais qu’aucun « racisé » ne l’est. L’« épistémologie du point de vue » soutient que tout savoir est « situé » et qu’il n’y a pas de science objective, même pas les sciences dures. Le but des wokes : « déconstruire » tout l’héritage culturel et scientifique d’un Occident accusé d’être « systémiquement » sexiste, raciste et colonialiste. Ces croyances sont redoutables pour nos sociétés dirigées par des élites issues des universités et vivant dans un monde virtuel.
L’enthousiasme qui anime les wokes évoque bien plus les « réveils » religieux protestants américains que la philosophie française des années 70. C’est la première fois dans l’histoire qu’une religion prend naissance dans les universités. Et bon nombre d’universitaires, séduits par l’absurdité de ces croyances, récusent raison et tolérance qui étaient au cœur de leur métier et des idéaux des Lumières. Tout est réuni pour que se mette en place une dictature au nom du "bien" et de la « justice sociale ». Il faudra du courage pour dire non à ce monde orwellien qui nous est promis.
Comme dans La philosophie devenue folle, Braunstein s’appuie sur des textes, des thèses, des conférences, des essais, qu’il cite et explicite abondamment, afin de dénoncer cette religion nouvelle et destructrice pour la liberté.
Un essai choc et salutaire.)
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Appliqué à l'école, ça donne : "l’école inclusive est la « révolution copernicienne » du système éducatif, la fin heureuse d’une école « ségrégationniste et élitiste » avec l'extension du domaine du handicap...La dyslexie a ouvert le bal à la fin du siècle dernier, destinée à camoufler l’échec de l’apprentissage de la lecture par la méthode globale, bientôt suivie de tous ses avatars poursuivant peu ou prou le même objectif : dissimuler l’échec des réformes pédagogiques engagées depuis quarante ans en l’attribuant aux supposés « dysfonctionnements » neurocérébraux d’élèves chaque année plus nombreux. Cette extension organisée du domaine des « dys » explique sans doute l’étrange statistique selon lequel un quart des élèves français relèverait aujourd’hui du handicap… La déconstruction de la norme – par rapport à laquelle se définit nécessairement le handicap – et l’idéologie victimaire qui sert de boussole aux instances supranationales ont pour effet de pathologiser la société. Pour preuve, la catégorie de « handicap ressenti », strictement déclarative et très sérieusement utilisée par l’INSEE dans l’établissement de ses statistiques sur le handicap en France... Tous handicapés, tous victimes, tel serait donc l’idéal de l’école inclusive." Anne-Sophie Nogaret, N°12, pages 126 à 131.
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Une monstruosité médiatique : LCI -- Djamel LABIDI
Dans la propagande occidentale sur la guerre en Ukraine, les medias lourds français, officiels et officieux, à part quelques exceptions, se font particulièrement remarquer dans un soutien sans ...
https://www.legrandsoir.info/une-monstruosite-mediatique-lci.html
à lire, relire, partager
8 août 2023
7 H 10 balade d’une heure sur la route de Montferrer, 4 kms AR.
Mon ombre portée devant moi avec le soleil rasant atteint 15 m. Je vois ma belle allure d’homme à la Giacometti.
8 H 10 je croise Clive, archi-pressé comme à son habitude et dont j’ai rencontré la fille Charlotte quelques jours avant. Magnifique jeune femme de 25 ans. Très émotive, elle avoue que d’avoir 25 ans l’angoisse car il lui faut décider de son projet de vie. Elle veut devenir maman. Fini le temps de l’insouciance, des virées sac à dos dans le monde entier.
On a envisagé une soirée barbecue à 4.
8 H 15, courses légumes-fruits chez les filles. Café.
Je peux me connecter et travailler sans que ça rame à publier l’article Face à la bombe. Jusqu’à 11 H 30.
Interruption d’une bonne demie heure suite au surgissement de Ninon, psychologue et de son père, éducateur spécialisé en retraite. Reprise d’une discussion sur Irvin Yalom, on parle de Camus. Le père est allé sur la tombe de Camus à Lourmarin. J’évoque la tombe de Gabriel Guez-Ricord, quasiment en face.
12 H 30, repas partagé avec Rosalie et Lula.
Sieste d’une heure, réglée comme papier à musique.
15 H 15, balade de 6 kms sur la route de Montefferrer AR.
17 H, discussion sur la place de la république avec papy gaga et un pompier professionnel de Lyon, en retraite. Papy gaga nous annonce la 3° guerre mondiale pour 2025.
Ne nous empêchons pas de construire notre bonheur. Avec nos proches, des gens rencontrés, des amis.
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Fin d'après-midi et soirée, je décide de me plonger dans Vers les confins de Serge Rezvani, dont j'ai lu La traversée des Monts noirs. Énorme et agréable surprise.
Ce roman foisonnant correspond à ce sur quoi je travaille en rendant compte de mes lectures de revues. Humour ravageur, dommage que je sois seul, je ne peux partager mes rires. Roman dont j'ai déjà lu un tiers. les livres I et II sur 6 livres. Après reprise du dernier chapitre de La traversée des Monts noirs, et deux jours et une nuit dans le tunnel passant dans les Monts noirs, on prend un convoi de camions militaires en route pour les Confins, désert sans fin où vivent les Esséniens, les descendants de la Bible d'avant sa défiguration par le Nouveau Testament.
Si avec la revue Front populaire, ça déboulonne, avec ce roman, on atteint l'apothéose des déboulonnages, où Spartacus précède de 70 ans, le Christ, où la doctoresse et la mathématicienne sont les seules femmes du voyage d'élucidation des crimes commis dans les Confins, les autres personnages s'appelant l'ami français, l'enquêteur du district, le criminologue, le chercheur en philosophies oubliés, où la philosophe du deuxième sexe n'est pas nommée mais déconsrtruite... Bref, un régal.
https://les4saisons.over-blog.com/article-la-traversee-des-monts-noirs-serge-rezvani-103527428.html
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deux extraits par la doctoresse, Déborah
« – Oui, je veux dire que la Vie est sans pensée, elle ! Sans programme, elle ! Que la Vie va s’épanouir là où se trouvent dans la Nature des interstices qui lui sont favorables. Elle s’improvise Vie ! Sans savoir qu’elle est Vie ! Voyez l’Australie. À peine s’était-elle détachée des autres continents qu’en quelques millions d’années elle invente les marsupiaux. N’est-ce pas sublime d’imaginer, avec notre étrange cerveau spécifiquement humain, que l’Univers se peuple à l’infini d’une Vie aveugle, sans conscience et à la fois de la même violence inventive que le Feu, lui aussi aveugle et sans conscience, des Mondes en fusion ? Que la Vie et le Feu cohabitent à l’infini dans l’Univers comme cohabitent Vie et Mort ? N’a-t-on pas découvert dans les abysses des mers les plus profondes – là où les feux telluriques jaillis du magma terrestre luttent avec l’eau – non seulement des particules de vie mais d’étranges amalgames de cellules formant des corps composés, munis d’étranges griffes et de crochets, capables de supporter des chaleurs proches de l’ébullition ?
Quand nous eûmes roulé un moment en silence, elle avait ajouté :
– La Vie ne connaît aucun obstacle. Et même quand je mets en garde ces bergers dont nous parlions tout à l’heure, à propos de la radioactivité des métaux qu’ils arrachent aux carcasses des grandes épaves ensablées, je sais qu’à l’échelle des générations, l’espèce humaine, le jour où elle sera atomisée, comme ces espèces animales ou végétales qui survivent et prolifèrent en dépit de tout autour des centrales nucléaires dévastées, oui l’espèce humaine même si elle est défigurée, même si elle est méconnaissable, je dis bien l’espèce humaine revenue s’il le faut à son animalité la plus primitive qui n’est que Vie sans figure humaine, s’arrangera pour survivre coûte que coûte en se réinventant autre par tâtonnements successifs. » (pages 102-103)
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évidemment, je constate la coïncidence d'inspiration avec un poème écrit en juillet et que j'ai mis en voix (5'45"), non partagé
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Metamorphosis
Cosmogonie orgasmique
Somnolent dans le fauteuil Louis-Philippe,
une image te vient :
La Terre et ses milliers de bouches éruptives,
ses milliers de vulves-geysers,
la Terre ronde est ronde
de toutes les grossesses animales et humaines,
de toutes les germinations florales et végétales,
de toutes les minéralisations calcaires et granitiques.
La Terre est la porteuse, l’accoucheuse
de tout ce qui naît, de tout ce qui prend corps.
Le corps, les corps, encore et encore.
Incarnations en chairs et en os,
en racines et cimes,
en strates et sédiments.
Et tu te vis, foetus en position foetale, dans le ventre-terre.
Du ventre-mer, du ventre-mère
tu es passé au ventre-terre, au ventre-univers........................
Tu as inspiré l’air du Large.
Tu es monté dans la pirogue du Fleuve.
Tu as été fécondé par les abeilles de l’Amour.
Tu accueilles, tu recueilles, tu donnes, tu offres.
Tu ne tries pas, tu ne juges pas, tu n’opposes pas.
Ce qui advient devait arriver,
ce qui adviendra arrive déjà,
ce qui est advenu arrive toujours
parce que le passé ne s’efface pas.
Tout est mémorisé, devient mémoire vivante.
Tu t’es laissé glisser dans l’Océan que tu es.
Tu n’es pas une vie minuscule gouvernée par un zizi ridicule.
Tu es une vie Majuscule reliée au Tout.
Tout copule et consent avec joie à copuler.
Poussières et semences d’étoiles,
germes et spermes de l’orgie de l’évolution,
de l’ontogenèse, de la phylogenèse,
à la vie à la mort.
La fabrique des corps. Et au coeur du corps, le coeur.
Tu es humble de ton humus,
humain de ton humanité,
universel de ton universalité,
divin de ta divinité.
En ouvrant tes bronches,
en activant ouïes, branchies,
tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.
Tu entres dans l’innocence.
Tu es miracle et mystère de ta naissance.
Tu seras mystère et miracle de ta mort.
Tu fais choix de l’ignorance.
Tu ne refuses pas les connaissances
mais surtout tu sais qu’on ne sait rien.
Rien du début, rien de la fin, rien du sens s’il y en a un.
Tu acceptes d’être dans l’incertitude,
tu ne cherches pas de certitudes.
Tu ne crois plus qu’il y a la Vérité à chercher.
Tu essaies d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.
Tu montes et descends l’échelle,
Du Tartare à l’Olympe,
du Ciel à l’Enfer
et tu bivouaques sur la Terre.
Du Tartare, tel Orphée, tu ramènes poèmes et mélodies.
Épitaphier de tous les morts aimés.
Dans l’Enfer, pas de damnés condamnés à jamais.
Du Ciel, tu ne fais pas le séjour de Dieu ni le paradis des ressuscités.
Dieu ayant créé se cache, tsimtsoum.
Le ciel est espace de légèreté pour la gente ailée.
Dieu est dans le silence d’un souffle subtil.
Dans l’Olympe, aucune guerre des dieux.
Ils ont eu le temps d’apprendre et de pratiquer l’anarchie.
La Terre est danses et cycles.
La grande roue du Grand Manège tourne
bien huilée
sans grincements de dents.
Dieu et les dieux sont présences ineffables.
Tu n’es plus un hamster.
Tu es à Parfaire. Tu es un Parfait. Tu es Parfait.
Danse des mots - Vers les confins (rediffusion)
Depuis des " annes-lumière ", Rezvani délire poétiquement dans des romans qui coulent et nous emportent; Vers les confins nous emmène aux limites de l'écriture romanesque et à la frontière d...
https://www.rfi.fr/fr/emission/20141229-vers-confins-rediffusion
Lectures d'été
La part du héros
Le mythe des argonautes
et le courage d’aimer
Andrea Marcolongo
Ls Belles Lettres, 2019
Le choix des livres qu’on se propose de lire à quoi tient-il ?
De J.-C. et moi de Martine Roffinella, je suis passé à Une question de vie et de mort de Irvin et Marilyn Yalom. Et à La part du héros. Dans le carton de livres emportés m’attendent Les Juifs, une pièce russe, La traversée des confins de Serge Rezvani et d’autres sur les rayons des étagères dont Le livre rouge de Jung. Le prochain, ou Jung ou Rezvani, je sens bien en point contre-point de La part du héros.
Avec La part du héros, consacré au plus ancien mythe grec (avant L’Odyssée et L’Iliade), à la première expédition maritime, avec le premier navire mis à flots, je savais d’avance de quel pied marin et ailé, j’allais m’affubler, quel coup de jeune, j’allais me faire.
Ce sont donc 116 pages sur 259 que j’ai lues avec gourmandise, ce 8 juillet après-midi.
Andrea a une façon bien à elle de présenter le mythe. Il y a les adresses à ses lecteurs de La langue géniale, vous mes lecteurs, lui posant de multiples questions, auxquelles je vous répondrai. Comme les questions ont trait à la modernité des textes grecs, en quoi ces textes continuent à pouvoir nous dire des choses essentielles sur nous et le monde chaotique dans lequel nous vivons, Andrea alterne considérations sur notre temps et passages commentés du mythe. Je le dis tout net : les considérations sur le monde tel qu’il est, tel qu’il va ne peuvent intéresser que les branchés. Soit la majorité.
Quelqu’un qui s’est volontairement débranché ou qui fait un usage très sélectif des outils disponibles n’est pas réceptif à ces descriptions polémiques pas plus qu’il n’est pollué, empoisonné par ce monde qui ira là où il ira parce que c’est là qu’il doit aller. Ce qui a lieu c’est que c’était possible, tu mets des ( ) et tu dis ça va sans ( ); tu acceptes. Donc à 82 ans passés, nul désir chez moi de partir ailleurs, de changer d’endroit, de vie. Par contre persévérer dans le travail sur moi pour accueillir tout ce qui s’offre, sans tri, sans jugement, pour ne pas ajouter par une vision binaire, dualiste, de la guerre à la guerre.
Venu de l’enseignement, m’étant conduit en éducateur, qui tire vers le meilleur de soi (la part du héros), en autorité (elle dit guide, préféré à maître), c’est-à dire dans ma pratique celui qui autorise l’autre, le jeune, à s’autoriser, le contraire de l’imitation parce que s’autoriser à être soi-même, moi-m’aime, c’est user de la parole avec sincérité, sans mensonge, sans non-dits, passionnément, sans arrière-pensées, sans silences qui sont masques, c’est avoir confiance (la fidanza de Dante, ce mot si beau qui n’existe plus) et conscience qu’on sera entendu par l’éducateur d’abord,
donc venu de l’éducation, c’est quand Andrea se balade, nous balade dans l’étymologie des mots, des racines que je retrouve des pieds marins et ailés, que je prends un coup de jeune.
Je ne vais pas suivre le récit de cette expédition, passionnante, parce que les 50 argonautes montant sur Argô pour récupérer la Toison d’or et la ramener sont des jeunes gens qui ne savent rien de la vie, de la navigation, d’eux-mêmes, ils sont sans expériences et sans connaissances, inexpérimentés et innocents, vierges. Je ne le suis plus.
Jason, en prenant au pied de la lettre, le défi moqueur de son oncle Pélias qui a usurpé le trône de son père : Va, prends la Toison d’or, reviens, alors je libèrerai ton père, va larguer les amarres en fils de son père, non pour le venger, mais pour obtenir sa libération donc faire tenir sa promesse à Pélias.
En larguant les amarres, cette expédition aux multiples rebondissements va révéler aux 50 argonautes, leurs faiblesses, leurs capacités, leurs peurs, leurs désirs de rebrousser chemin ou de s’arrêter à Lemnos, leur solidarité et leurs caractères (quand Jason pardonne à Télamon, les injures dont il a été abreuvé parce qu’ils ont oublié trois de leurs compagnons dont Heracles, après l’épisode de Kyzicos, il fait preuve d’une maturité, acquise déjà par les épreuves traversées). Les jeunes gens deviennent hommes, mûrs, matures et ces mots ne désignent pas des états définitifs mais des mouvements, ils sont en mouvement, en transformation, ils mûrissent, seuls, par leur parcours, pour donner des fruits, fructifier, être féconds. Héros, ils le deviennent parce qu’humains, humains d’abord et non parce qu’ils ont des qualités physiques et mentales exceptionnelles.
Trois balades en étymologies :
Métaphore mener à travers, en tenant par la main (à Athènes, les véhicules livrant des fleurs sont des métaphores).
Mémoire a pour racines men, me, mente = esprit (garder à l’esprit, le mental). Pour les Grecs, le siège de l’esprit était l’âme, du même mot (anémos) que vent, souffle. C’est l’âme-souffle qui éveille l’intellect, la mémoire, l’activité vitale de la psyché. La mémoire se conserve à l’aide de l’esprit mais c’est avec le coeur qu’on se rappelle. Se rappeler quelqu’un nous oblige à en prendre soin dans notre esprit puis, depuis l’âme, à faire tourner son souvenir dans le vent jusqu’à ce qu’il vienne toucher notre coeur. Se rappeler au sens premier c’est conserver en son esprit et en son coeur, l’image de son passé et de celui des autres.
C’est très différent de mémoriser, mémorisation, commémoration (tout ça de force, imposé, calendrier des commémorations, par peur d’oublier et parce que de fait, l’époque oublie, de l’écume des jours à l’écume des jours ou du bruit du monde au bruit du monde, journal après journal où la seule chose qui change, c’est le nom des assassins, des voleurs, des violeurs, des hommes politiques, des stars).
Meta, ce n’est pas le point d’arrivée, le but,
c’est le point d’irréversibilité,
c’est le point à partir duquel le parcours ne peut plus être modifié, où le rebrousse-chemin n’est plus possible, où il faut donc accepter le changement que le parcours porte en lui
c’est aussi le point intime de notre changement sans retour, notre devenir-autre
La meta, c’est le motif qui vaut la peine de faire la traversée,
C’est ta Toison d’or.
Pour Jason, outre la Toison d’or, ce sera l’amour dont il ne sait rien, qu’il n’a jamais éprouvé, dont il ignore les signes, les manifestations, les effets, les troubles, la durée, pour et avec Médée.
Lecture des 143 pages restantes, le dimanche 9 juillet, entre une balade de 4 kms sur la route de Montferrer (avec discussion de près d’une heure au kilomètre 2 avec Walter, ses deux chiens loups hollandais à poils longs, son passé de commando marine, sa pratique de l’aïkido) et ma première séance d’aquagym à la piscine (nous étions 7)
La part de critique de ce que nous sommes, de comment nous vivons, du monde que nous fabriquons et consommons est importante; elle est pour moi, excessive et idéologique, fonctionne comme ce qu’elle dénonce: il faut un bouc-émissaire pour expliquer nos démissions, lâchetés., pleutreries. Évidemment, dans ce genre de perception, le dénonciateur ne s’inclue pas dans ceux qu’ils dénoncent.
Lui, elle, ont le courage d’être ce qu’ils sont, ont l’audace de grandir, d’apprendre par et de la souffrance parce qu’ils savent, osent, le moment venu, au bon moment, le kaïros, larguer les amarres, partir sur une mer qui est un pont entre deux ports, le port de départ, familier, familial et le port inconnu, étranger vers lequel un désir inassouvi, indicible les porte, refusant toute tentation de rebrousser chemin, toute tentation de facilité offerte par l’expédition, en sachant que le point d’irréversibilité a été franchi, que le futur est derrière eux, qu’aller de l’avant ainsi, vivant au parfait (mode grec du temps, ce que le temps provoque en soi de changement, et non écoulement chronologique du temps), c’est trouver sa mesure, devenir à partir de son humanité, le héros de sa vie, en réalisant plus grand que soi, en dépassant ses limites, en découvrant que, oui, c’est possible, quitte à devoir brûler ses vaisseaux.
C’est toute l’expédition des argonautes et de Jason que je viens de raconter, porté par les mots anciens, grecs du récit d’Apollonios de Rhodes, mots éclairés par Andrea.
La part personnelle est également importante. Sans entrer dans le détail, Andréa révèle des événements et des lieux de son histoire personnelle, la perte en 3 mois d’un cancer foudroyant de sa mère, alors qu’elle a 16 ou 17 ans, l’anorexie qui s’en suit (une faute de frappe, un acte manqué, lui font taper aMorexie), les études de philologie, deux tatouages (sans paroles = sans voix et le labyrinthe de Cnossos), une ville de coeur choisie parce que blessée, Sarajevo, l’importance des lecteurs dans son écriture.
Elle écrit pour eux, pour ceux qui cherchent à s’éclairer à la lumière des mots premiers, des mots anciens, au temps où la beauté n’était pas seulement dans les. corps (des blonds aux yeux bleus, à l’iris arc-en-ciel capables de susciter des visions dans l’oeil de l’autre comme le fait la magicienne Médée en regardant le terrifiant serpent gardien de la Toison d’or) mais dans les mots et dans le soin apporté à les utiliser au moment opportun, le kaïros.
Prendre soin des mots pour ne pas sombrer dans la démesure, l’excentricité, l’hubris, toujours insignifiante, pour vivre dans la félicité qui est énergie d’agir, joie de faire, volonté de changer, d’être fertiles, être en harmonie, en mesure, dans les bonnes proportions, le nombre d’or de l’architecture, les proportions de l’arithmétique, science du nombre.
Balades en étymologie :
Discerner, séparer le grain de son enveloppe, tamiser la farine pour la rendre plus fine. Le discernement, l’aptitude à affiner pour exercer une critique raisonnée est aujourd’hui affaibli par toutes les attaques contre l’esprit critique, complotisme, fake-news, surabondance d’informations, vitesse de rotation des informations.
Empathie, être dans et non avec, être dans la même douleur, dans le même bonheur ; et comme celui ou celle qui accompagne par empathie celle ou celui qui souffre ou jouit n’est pas dans cet état émotionnel, l’imaginer par fantasia, fantaisie, imagination, extraordinaire capacité humaine d’être dans la douleur de l’autre sans l’avoir vécue soi-même, en souffrir pourtant comme si c’était nous, en fantasmant.
Une formule saisissante : Les Anciens savaient que l’amour demande de la force, du courage (le mot vient du mot coeur, le courage vient du coeur) pour être choisi mais de la tendresse pour être vécu. Jason et Médée tombèrent amoureux instantanément et comblés de joie comme dit Platon. Ils se firent la promesse de s’unir et surtout l’un et l’autre demandèrent, exigèrent de l’autre, surtout Médée, exigeant la fidélité, le respect, l’action. « Tu partageras notre lit dans la chambre d’un hymen légitime et rien ne nous séparera dans notre amour jusqu’à ce que la mort fixée par le destin nous couvre de son voile. » (os phatos, il dit.) Point. Fin du discours. Le poète n’a plus rien à dire.
Considération historique : l’expédition des argonautes semble avoir eu lieu 10 à 20 ans avant les récits homériques (l’Iliade et l’Odyssée) mais il ne reste nulle trace archaïque de cette aventure. C’est Apollonios de Rhode qui reprend le mythe, depuis la bibliothèque d’Alexandrie, dont il est le conservateur, plusieurs siècles après le cycle troyen homérique et qui eut le génie de distinguer le voyage aller du voyage retour. Le voyage aller est le voyage vers l’inconnue Colchide où le jeune homme Jason devient homme, héros, découvre éros, l’amour (Platon relie héros et éros dans le Cratyle), où la jeune fille Médée devient femme en découvrant l’amour, éros.
Le voyage retour se fait sur les traces de l’Odyssée, donc en pays connus, tellement le récit homérique a été partagé, raconté, illustré.
Ma conclusion sous forme d’une question à Andrea :
pourquoi avez-vous eu besoin de noircir à outrance le tableau de notre époque et de ce que selon vous, nous sommes devenus, pour mieux nous faire goûter, savourer le monde grec. En fonctionnant selon ce schéma d’opposition, vous avez affaibli selon moi, votre démonstration.
Vous vous référez à Platon.
Dans le Cratyle, Platon écrivait : « quand on connaît les noms, on connaît aussi les choses. » Dit autrement et cela est dit dans votre texte, ce sont les mots qui créent la réalité, la font naître. « Si dire a le pouvoir de rendre réel, les mots servent à se choisir. » pages 33-34.
Wittgenstein dira la même chose : ce sont nos mots qui créent le monde, qui le rendent petit ou immense. page 63.
La réalité n’existe que par les mots que nous employons.
Platon écrit aussi que « penser est un discours que se tient l’âme tout au long à elle-même sur les objets qu’elle examine. » Théétète
Ce monde contemporain est noir, déprimant, insignifiant parce que vos mots sont noirs. Nous sommes lâches parce que vous nous dites lâches.
Personnellement, dans votre miroir, je ne vois ni noirceur ni lâcheté. Je vois de pauvres hommes, beaucoup d’hommes pauvres demandant compassion, empathie et tendresse, écoute pour qu’ils se disent, se choisissent.
Les Grecs appelaient Améchania, l’impuissance qui paralyse tout élan vers la vie, soeur et compagne de l’une des conditions humaines les plus pénibles, la pauvreté, Penia.
Améchania et Penia représentaient pour les Grecs, le plus grand danger pour les hommes parce qu’elles les poussaient à se diminuer, à se faire petits au lieu de s‘élever vers le haut, pour essayer chacun dans sa vie d’être un héros selon son propre mètre, sa propre mesure. page 71.
J’imagine la rencontre nécessaire parce que désirée entre Andrea et Marcel. Andrea a 31 ans, Marcel, 97 ans. Quand La part du héros paraît, Marcel l’apprend, se le procure, le lit, est émerveillé et dubitatif. Il écrit à Andrea via l’éditeur. Il a écrit un essai essentiel sur Homère, l’éducateur du peuple grec. Il a écrit un essai inactuel Devenir Grec. De la Grèce antique, il a traduit et commenté Anaximandre, Héraclite, Parménide. La réputation de ses travaux lui ont valu d’être élu membre de l’académie d’Athènes.
« Voulez-vous bien que nous nous rencontrions à Treffort, dans mon bureau d’où je contemple par la fenêtre, le clos, la nature naturée et pense la Nature naturante, créatrice, le premier poète.
Il me semble chère Andrea dont je suis déjà amoureux (j’ai vu des photos de vous, je vous ai entendu parler dans La grande librairie) que vous mettez trop l’accent sur l’homme, sur le connais-toi toi-même de Delphes puis de Socrate.
« L’homme n’est qu’une éloise dans la nuit éternelle » dit Montaigne.
Ce que vous nous invitez à devenir, des héros mus par éros, pour nous dépasser, créer, réaliser plus grand que nous, j’appelle cela sagesse tragique. Nous pourrions échanger sur cela et bien d’autres choses. J’ai entre autres relever votre désir de ne pas vous trahir. Qu’entendez-vous par se trahir soi-même ?
Nous sommes faits pour nous connaître. Je vous le demande du plus intime de mon coeur. »
À Corps ça vit, le 10 juillet, 17 H 17
Une question de mort et de vie
Irvin Yalom Marilyn Yalom
Albin Michel, octobre 2021
Marilyn Yalom va subir en quelques mois deux traitements violents en lien avec un cancer douloureux. Entre avril et novembre 2020. Les effets secondaires sont tels qu’elle en arrive à demander à mourir par suicide assisté.
Le suicide par dose létale diluée dans deux verres à boire par la patiente consciente en présence d’un médecin, d’une infirmière et de sa famille eut lieu le 20 novembre 2020. C’est l’objet du chapitre 21 du livre pages 201 à 205.
Les 20 chapitres qui précèdent sont écrits à deux mains, alternativement, par Irvin et Marilyn. C’est Marilyn qui a exigé l’écriture à deux de ce livre. Irvin dans son rôle d’aidant, d’accompagnant de fin de vie, fait tout ce qui est en son pouvoir pour soulager Marilyn, pour être à ses côtés lors des séances de chimiothérapie comme des séance de perfusion d’immunoglobulines. Concernant la fin imminente de Marilyn, il est dans le déni. Elle est pour lui, inconcevable. Il ne pourra vivre sans Marilyn. Le suicide aura lieu sur décision et choix de Marilyn avant le Noël 2020.
Toute cette période, 8 mois, est source d’échanges entre eux, de réflexions de la part d’Irvin.
« La mort d’une femme de 87 ans qui ne regrette rien n’est pas une tragédie.’ » dit Marilyn, page 310. Plus pleinement vous avez vécu, moins la mort est une tragédie. L’angoisse de la mort touche plus fortement celles et ceux qui pensent à tout ce qu’ils n’auront pas fait s’ils meurent ou qui pensent avoir mal vécus. Ce sentiment peut provoquer au dernier moment des transformations majeures, une sorte de conversion, une expérience d’éveil (Ivan Illich chez Tolstoï, Scrooge chez Dickens).
L’angoisse de la mort a aussi beaucoup à voir avec le passé. Milan Kundera a dit : « ce qui me terrifie le plus dans la mort ce n’est pas la perte de l’avenir mais la perte du passé. En réalité, l’oubli est une forme de mort toujours présente à l’intérieur de la vie. » Irvin à 88 ans est sujet à des pertes de mémoire. Il apprend tardivement que la mémoire n’est pas une, qu’il y a des mémoires, la mémoire procédurale, implicite, inconsciente, la mémoire déclarative, explicite, consciente, que ces mémoires peuvent jouer l’une contre l’autre. page 252.
Sans Marilyn qui avait une excellente mémoire, ce sont donc des pans entiers de vie qui disparaissent pour toujours. Puisqu’il en est ainsi, autant retarder les décisions d’où la procrastination, ou reporter sur les enfants les choix à faire quant au devenir des bijoux, livres de Marilyn.
Prolongeant la réflexion, il comprend qu’il va lui aussi et son oeuvre sombrer dans l’oubli quand il n’y aura plus de témoins pour raconter.
Impermanence de toute chose vouée au néant.
Épicure offre aux incroyants, sceptiques, matérialistes, rationalistes de bons arguments pour calmer la peur de la mort. En particulier celui-là : « Si la mort est là, c’est que je ne suis plus là. Pourquoi craindre quelque chose que nous ne pourrons jamais percevoir. » Irvin de compléter, le néant qui nous attend après la mort est identique au néant dans lequel nous étions avant la naissance. page 109. De souligner aussi que nos idées et nos actes atteignent les autres comme les ondes se propageant au jeter d’un caillou dans une mare. S’il y a disparition, il y a aussi transmission.
Du chapitre 22 au chapitre 35, Irvin fait le récit de son chemin de deuil, s’appuyant sur ses connaissances acquises, transmises en soutien à des centaines de personnes en fin de vie. (Thérapies de groupes ou individuelles, en face à face ou en zoom).
Ce qui est assez fascinant c’est que ce psychothérapeute réputé qui « réussit » à soulager les autres, ne réussit pas pour lui-même, qu’il se livre à d’autres thérapeutes pour clarifier, tenter de comprendre car comprendre affirme-t-il page 251 finit par soulager, contribue à débloquer les pensées, émotions, images obsessionnelles comme par exemple au début du deuil, ces chars de la place Tienanmen écrasant les étudiants, rêve interprété comme la sensation d’écrasement ressenti par ce qu’il vient de vivre, la perte de l’être aimé. Partiellement vrai. L’image des chars s’estompe, se dissout en quelques jours. Il saisit vite qu’il y a la pensée rationnelle de l’homme enfin adulte, vivant seul, de façon indépendante (ils ont eu 73 ans de vie amoureuse, depuis l’âge de 15 ans en 3°, 65 ans de vie commune), qui sait la réalité de l’événement : que Marilyn est morte, n’est plus là, n’entend plus ses pleurs, regrets, désirs, espoirs; et qu’il y a la pensée magique, irrationnelle, l’envie de rejoindre Marilyn pour l’éternité, pourquoi pas, dans un cercueil à deux places; et de constater que l’idée magique apporte un réconfort et pas la réalité.
Autres points que je veux mettre en évidence : deuil et sexualité. Il constate mais c’est peu évoqué par les articles scientifiques que la sexualité soit se met en berne, soit est fortement réactivée, à l’issue d’un deuil surtout chez les hommes, pour peu que les veufs échappent à une mort rapide, leur taux de mortalité est important par rapport aux veuves, chapitre 25. Tout le monde comprendra ce que signifie cette remontée des appétits sexuels. Si le chagrin conduit à l’insensibilité, la sexualité conduit à ressentir à nouveau quelque chose. Souvent accompagnée de culpabilité, je trahis la femme aimée suivi de mais je dois continuer à vivre, je veux continuer à vivre sans la femme aimée, je veux pouvoir éprouver du plaisir sans me référer continuellement à la femme aimée qui n’est plus là, qui n’a plus de réalité, seulement une existence dans mon esprit, mes souvenirs. D’où son rapport à une superbe photo de Marilyn : il la retourne contre le mur pour ne pas la voir, ça le fait trop souffrir et il s’en veut de ce geste. De même, pas de visite au cimetière pendant les 125 jours d’après l’enterrement. Et sa fascination pour les gros seins d’une amie « ouh ouh, c’est là-haut que ça se passe » lui dit-elle.
Le rôle des rituels, au moins la première année, parfois deux, comprenant anniversaires de naissance, de mariage, de mort, les grandes fêtes : Noël, Nouvel-An, le déroulement des 4 saisons et le cycle des 12 mois, les vacances. Au bout d’un an, nous commençons à moins souffrir, au bout de deux ans, nous recommençons à vivre. page 98. Et de constater aussi que les veufs ou veuves ayant vécu les mariages les plus heureux effectuent plus facilement le détachement d’avec leur conjoint décédé que ceux qui se sont moins épanouis dans leur vie de couple et regrettent les années gâchées.
La rencontre avec une patiente prénommée Irene est particulièrement savoureuse, chapitre 33 : « Nous autres endeuillés, nous avons appris à donner à vous autres chercheurs, les réponses que vous attendez.» « Votre vie n’est pas réelle. Vie douillette, confortable, entouré de votre famille. Que pouvez-vous savoir de la perte ? » « Irene, je suis convaincu que vous aviez raison. Arrogant et bien au chaud, disiez-vous de moi, et vous aviez raison. Maintenant que j’ai vécu la mort de Marilyn, j’entrerais en relation avec vous de façon plus authentique. »
Le livre s’achève par une lettre à Marilyn et sur une superbe photo. La lettre est écrite en plein confinement, 125 jours après le suicide assisté de Marilyn. Ce confinement mondial implique des restrictions sanitaires mais il ne s’inquiète pas outre mesure pour sa vulnérabilité. Il conclut, lui le rationaliste, pourfendeur dans La méthode Schopenhauer des croyances religieuses et spirituelles, sur son « respect renouvelé pour la puissance et la capacité de soulagement de la pensée magique. » page 309.
« Le berceau se balance au dessus d’un abîme, et le sens commun nous apprend que notre existence n’est que la brève lumière d’une fente entre deux éternités de ténèbres. » premières lignes de l’autobiographie de Nabokov. Page 310 et fin.
(JC : Montaigne « pourquoi donnons-nous titre d’être à une éloise dans la nuit éternelle ? »
Pas de conclusion à cette note de lecture.
Autant de pertes, autant de personnes concernées directement, autant de deuils, autant de chemins.
Ce livre à deux voix pendant 200 pages et à une voix pendant 115 pages va être un élément dans la poursuite d’un travail d’écriture en cours depuis le 29 octobre 2010, depuis donc presque 13 ans en lien avec la question inaugurale que m’a posée l’épousée : je sais que je vais passer, où vais-je passer ? et qui a provoqué chez moi, une évolution du naturalisme et d’une métaphysique du hasard à un spiritualisme fondé sur la croyance en un principe créateur : l’Amour comme potentiel créateur de Vie et de Mort.
Je sens que je me dirige vers des formulations qui devraient être cristallines, limpides, immédiatement recevables, évidentes.
Au bout de ce cheminement, le retrait du co-créateur que nous sommes tous, se cacher, se retirer, tsimtsoum, pour laisser la création vivre sa vie, inventer son chemin de vie jusqu’à disparition avant d’autres apparitions.
J.-C. et moi de Martine Roffinella.
Sa lecture de pauvre - sans savoir et sans pouvoir, de docte ignorante, tirant sur ses bottes pour s’extirper de la boue dans laquelle elle s’enfonce par ses addictions, sa soumission narcissique aux pervers et aux prédateurs - du discours des Béatitudes et du 10° commandement, le dernier proposé mais qui commande aux 9 très anciens, proposé sous deux formes : Tu aimeras ton prochain comme toi-même / Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, ramenée à la Passion du Christ est savoureusement sanguinolente. C’est peut-être moi qui en rajoute.
Le corps du Christ sur la croix est l’échelle par laquelle tu t’élèveras si tu écoutes l’appel, celui qui attend d’être entendu dans ton coeur. Tu te hisseras à la force de tes mains et de tes bras en prenant appui sur les pieds ensanglantés du Christ. Puis tu te glisseras le long du corps déformé par les tortures en t’aidant du trou percé dans le flanc du crucifié et tu atteindras la bouche crachant des caillots de sang d’où sortira le dernier râle, le dernier souffle de Jésus, fils incarné du Père.
Cette escalade, cette ascension, tu l’imagines filmée par Alejandro Jodorowsky ou par Terri Gillian. Ce serait du sanguinolent, un peu grand-guignolesque, sans doute plus parlant, plus évocateur qu’un récit au 1° degré. Ça ne pourrait pas être au Christ-Roi à Lisboa. Trop majestueux, trop fréquenté. L’inspiratrice de cette image d’escalade n’est autre que Catherine de Sienne, appelant le corps crucifié du Christ, le Pont sublime. La traversée du Pont semble difficile, mais elle n’est rien comparée au calvaire du Christ, enduré une fois pour toutes pour tous les hommes, les lavant de tout péché, par Amour. Cette traversée, si on la tente, est en fait une élévation par purification (à préciser) des tentations sataniques fourmillant en toi et exploités par les satanistes, producteurs de dérivatifs à la quête spirituelle, d’artifices, d’addictions, de péchés contre le corps, maltraité, et contre l’esprit, pollué, empoisonné. S’élever en s’agrippant au corps ensanglanté du Christ, c’est se délivrer (à préciser) de nos démons, de nos tentations, de nos désirs vains, c’est libérer la part de ciel qui est en nous dès l’origine, la part d’amour divin. Cette escalade, cette ascension, cette traversée est délivrance de l’aspiration que nous bloquons par nos peurs et nos désirs, de ce à quoi nous aspirons dès l’origine, aimer avec excès, sans crainte de quelque jugement que ce soit, de quelque situation que ce soit (souffrance extrême, enfermement concentrationnaire et torturant), aimer sans modération, comme dit Christiane Singer.
C’est le récit d’une expérience mystique, vécue par une femme revenue des enfers addictifs, la cinquantaine passée et qui découvre tant la Bible que les Évangiles dont celui de Matthieu dans lequel le 10° commandement se formule de 3 façons : Aimez-vous les uns les autres, Aimez-vous comme je vous ai aimés, Aimez votre ennemi.
Ce qui me frappe dans cette quête - où la volonté de l’impétrante est secondaire, où le moteur de son chemin de croix est plutôt l’appel enfin entendu, appel venu du plus intime du coeur, indice de sa Présence depuis toujours - est son côté paradoxal.
L’accès à notre Essence divine, à notre Être divin, nous sommes à l’image de Dieu, ne peut se faire que lorsque nous cessons d’être dans le jugement. Or la narratrice n’arrête pas de juger, de stigmatiser l’ego et ses tentations, l’époque et ses satanistes, prédateurs et pervers, fabricants et fournisseurs d’addictions. Et dans la Bible comme dans les Évangiles, ça n’arrête pas non plus de juger. Jésus lui-même n’est pas exempt de jugement : Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.
De là où j’en suis aujourd’hui, je me dis qu’il faut tout accepter.
Ne pas rejeter l’ego, ses boursouflures…, repérer ses manifestations et faire le petit pas de côté : Tiens J.-C., tu es en train de tenter de te mettre en valeur pour te faire aimer ? Soit, j’accepte ton intention, ta tentation mais elle n’ira pas jusqu’à se réaliser, elle se dissout dès que repérée, nommée.
Ne pas rejeter quoi que ce soit se produisant dans le monde. N’applaudir à aucune bonne action individuelle ou collective, ne condamner aucune action abominable, individuelle et collective. Tout ce qui se produit doit se produire. Pas de tri entre bien et mal, bon et méchant, beau et laid. Certes, on voit bien les oppositions, on a été formaté par l’éducation à opposer, à fonctionner de façon binaire, dualiste et on a peut-être un premier réflexe de tri, qui se dissout dès que repéré, nommé. J.-C. tu es en train de trier, de séparer le bon grain de l’ivraie. STP, l’ivraie est aussi nécessaire que le bon grain.
Il t’apparaît que la création est continue, que toi-même est créateur, co-créateur, participant de la création y compris en étant prédateur, destructeur, exploiteur. Ce qui est détruit (peut-être l’humanité et son suicide collectif en vue) sera remplacé par autre chose. Comme Je Suis, principe créateur qui se retire de la création, qui se cache, laissant libre sa création de vivre son chemin de vie et de mort, tu comprends que toi-même dois te retirer, te cacher. Ta création c’est la vie que tu as menée, l’amour que tu as donné ou pas. Laisse ta vie finir de se vivre. Laisse l’amour finir se donner. Ne te soucie pas de l’oeuvre, de « ton » oeuvre.
Ton retirement, ton tsimtsoun, ton retrait, ta retraite, auront lieu le 29 septembre 2023 à 19 H 30 avec la balade dans tes mots dont tu ne seras ni le concepteur ni l’interprète.
L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer
L'impitoyable aujourd'hui
Emmanuelle Loyer
Flammarion, septembre 2022
Ce livre est sorti à point nommé, alors que, suite au livre-labyrinthe Et ton livre d'éternité ?, je remets en question, en perspective, la plupart de mes croyances, de mes paradigmes historiques, scientifiques, métaphysiques, politiques et idéologiques.
Cela me fait du bien de voir s'effondrer ou basculer « mes » croyances, convictions, certitudes d'une soixantaine d'années. À 82 ans, tabula rasa. On ne sait rien. Grande humilité pour accepter le miracle de la naissance, le mystère de la mort, pour vivre la vie avec gratitude, pour respecter la vie dans sa diversité et son unité.
De ce champ de ruines, je ne sors pas effondré mais animé du projet : quoi à la place ?
Ayant pris conscience
que tout est croyance, les certitudes ou vérités dites scientifiques, les preuves ou faits historiques, les arguments philosophiques et métaphysiques, les convictions politiques et idéologiques
que tout est récit, que ce que je prends pour le réel est l'effet du récit que je tiens sur ce que je crois être le réel et qui l'engendre
que ce sont les mots que j'emploie qui crée le réel, que les mots ne sont pas les traducteurs d'un réel pré-existant, objectif, extérieur
alors la tache devient celle-ci : quel récit veux-tu tenir aujourd'hui puisque tu es l'auteur du récit qui va donner sens ou valeur à ta vie, présence à ton réel ? Quels mots veux-tu utiliser pour créer ton réel ?
L'essai d'Emmanuelle Loyer ne répond en aucune façon à cette invention, fabrication du réel que je désire par les mots que j'utiliserai. Il a par contre un pouvoir de remise à l'heure des pendules. Les grands récits, récit national par exemple, s'effondrent, grâce à des frondeurs, des chercheurs de l'autre face des Lumières, des points aveugles des éclairages enseignés, appris sans grand esprit critique. Car il faut du temps pour que les ombres, les fantômes mis sous le tapis se fassent entendre. La révolution française est-elle vraiment une révolution libératrice, émancipatrice ? Liberté, égalité, fraternité, à quels prix ? Avec quels effets dans le monde ? La révolution industrielle anglaise est-elle la continuation technique et économique de la révolution politique française ? D'où vient la croyance au progrès ? D'où viennent les deux guerres mondiales de la 1° moitié du XX° siècle ? Devant ce qui s'appelle
l'accélération de l'histoire au travers de la modification agressive des frontières dans l'Europe commencée avec l'aventure napoléonienne, suscitant par effets-boomerang la naissance de nationalismes revanchards,
l'accélération des inventions techno-scientifiques, bouleversant en permanence le quotidien des gens, y a t-il de la résistance, de la résilience, de la survivance ?
Quelles formes ont pris les manières de ne pas vivre avec son temps ?
Emmanuelle Loyer, historienne, ethnologue, lectrice d'oeuvres littéraires nous emmène chez le dernier des Mohicans avec Fenimore Cooper, le dernier trappeur de la taïga, Derzou Ouzala avec Vladimir Arseniev, dans l'île de Sakhaline avec Anton Tchekhov, en Amazonie, chez les Nambikwara avec leur dernier témoin Lévi-Strauss, chez ceux qui sont arrivés trop tôt ou trop tard, les déçus de l'histoire ayant perdu leurs illusions, n'ayant que la peau de chagrin de l'Histoire, ambivalents par rapport à l'Histoire au présent (Chateaubriand, Stendhal, Hugo), dans certaines campagnes françaises, à Nohant dans le Berry chez George Sand devenue grand-mère et sorcière après avoir créé et animé La Cause du peuple (3 N° en 1848), à Minot dans le Doubs où disparaissent les vieilles façons de dire et de faire de la laveuse, la couturière, la cuisinière avec Yvonne Verdier, sur l'Èvre, un affluent méconnu de la Loire avec Julien Gracq, dans l'empire austro-hongrois de La marche de Radetzky avec Joseph Roth, à Donnafugata en Sicile à l'achèvement de l'aristocratisme avec Giusepe Tomasi Lampedusa, à Gagliano où le Christ n'est jamais arrivé avec Carlo Lévi et Ernesto De Martino, à Višegrad sur le pont Mehmed Pacha Sokolović franchissant la Drina avec Ivo Andrić, en Angleterre dans les châteaux gothiques et maisons hantées de Marie Shelley, pendant que le temps devient horloger avec la mécanisation des métiers à tisser, modifiant le temps du sommeil avec Edward Palmer Thompson et Jacques Rancière, en Russie à Borodino dans Guerre et Paix de Tolstoï où Napoléon est vu par l'oeil de son serviteur, par le petit bout de la lorgnette évoquant le petit homme de la boucherie (le mot est dans le roman) et non le grand stratège et où avec Koutouzov, on saisit les mille et unes micro-décisions décidant du sort d'une bataille et d'une armée en déroute, boucherie produite par l'exaltation patriotique des nationalismes en formation et produisant des fous se prenant pour Napoléon, des hallucinés ayant l'angoisse de perdre la tête, d'être décapités (la terreur fut un gouvernement des émotions par les émotions, un déchaînement paranoïaque de politique dite de salut public), en Russie soviétique à Stalingrad avec Vie et destin de Vassili Grossman, en Allemagne année zéro avec Winfried Georg Maximilian Sebald, à Berlin à l'arrivée des troupes soviétiques avec une femme anonyme, dans une ville, aujourd'hui ukrainienne, Lviv, d'où sont issus les inventeurs (Hersch Lauterpacht, Raphaël Lemkin) de deux concepts juridiques : crime contre l'humanité, génocide (18 ans après ce qui s'appellera génocide arménien, décrit par Frantz Werfel dans Les Quarante Jours du Musa Dagh paru en 1933), Lemkin mettant le doigt sur le propre de cette guerre totale « cette guerre n'est pas menée par les nazis seulement pour des frontières mais pour transformer l'humanité à l'intérieur de ces fontières. », sur deux siècles (XIX-XX°) pour terminer par la longue durée étudiée par certains historiens (Lucien Febvre, Fernand Braudel), par la spécificité du temps des isolés (Proust dans sa chambre, Barthes au sanatorium), par la vieillesse vécue comme vita nova pendant une vingtaine d'années par George Sand ou Colette (L'étoile Vesper, 1946) ou Vita Sackville-West (Toute passion abolie, 1933), et par le voyage Dans la nuit et le vent de Patrick Leigh Fermor, 19 ans en 1934, parcourant entre 1933 et 1935 à pied et en diagonale, du nord-ouest (Rotterdam) au sud-est (Istanbul), en suivant deux voies fluviales, le Rhin puis le Danube, la face européenne de la Terre dont Bruno Latour fait un être vivant avec l'hypothèse Gaïa.
Cet essai est tellement riche (l'énumération qui précède en donne un aperçu) que je ne cherche pas à en rendre compte, renvoyant chacun à sa lecture éventuelle.
Par contre, oui, tenter de dire quels mots je souhaite utiliser pour créer le réel dans lequel je désire vivre.
Et ce seront d'abord les mots de Lévi-Strauss, le témoin triste disant dans Tristes tropiques « Le monde a commencé sans l'homme et s'achèvera sans lui. » Mais ce constat, né de l'opposition entre les sociétés froides, les sociétés premières, et les sociétés chaudes (la civilisation moderne née à la Renaissance), particulièrement entropiques, désagrégatrices ne doit pas nous empêcher de jouer notre partie et de la jouer le mieux possible. Là Rousseau est préférable à Descartes. Celui-ci exprime les certitudes du moi (je pense donc je suis), Rousseau exprime la sortie des évidences du moi, l'identification à autrui, la pitié, aujourd'hui, on dirait la compassion ou l'amour inconditionnel (je panse donc je suis, je prends soin). « La conscience de la vanité du sens n'est pas un extincteur de la quête de compréhension, la conscience de la finitude n'est pas un découragement à l'action. » p.125
En 1976, Lévi-Strauss propose à la commission des lois de l'Assemblée Nationale, une charte du vivant, une réforme de la morale et de la politique fondée sur la beauté du monde et sa caducité. La valeur de toute chose est dans son irremplaçabilité. Il faut célébrer les choses mêmes en dehors de l'usage ou de la perception du sujet, dans la réconciliation de la morale avec l'esthétique et de l'homme avec la nature, dans le respect de tout ce qui naît, vit, meurt, de la bactérie à la galaxie en expansion accélérée, du virus au trou noir glouton.
Ce respect intègre le respect de soi, l'estime de soi, l'acceptation, l'affirmation de mon caractère irremplaçable, l'acceptation de mon unicité, de ma singularité.
D'où l'interrogation : Au lieu de se demander « qu'est-ce que je veux de la vie ? », une question plus puissante est : « qu'est-ce que la vie veut de moi ? ». Eckhart Tolle
En ce qui me concerne, j'opte pour une curiosité à 360°, circulaire horizontale, sphérique toutes directions, de la bactérie aux galaxies, des virus à nous et nous, à moi et moi, à je et je est un autre, à toi et tu...
L'infinie variété du vivant me passionne, l'infinie diversité des humains aussi.
Tout accueillir, tout ce qui se manifeste, sans jugement, sans tri, du salaud au saint, du monstrueux au sublime (il y a du monstre, du sublime, du normal, du foldingue... dans tout humain) ; si ça se manifeste, c'est que c'est nécessaire (y en a qui appellent ça hasard)
qui suis-je pour trier ? ça c'est bon, ça c'est mauvais ?
du miracle de la naissance au mystère de la mort, se vivre comme goutte dans l'océan-comme océan dans la goutte, comme agitation des vagues de surface-comme immobilité des profondeurs
la VIE comme vibration information énergie
adoptée à Rio en 2010
Le temps du confinement fut un temps de révélation de l'essence-ciel pour certaines et certains.
Le temps du confinement fut un temps de confinement pour tout un chacun du monde
dans la ronde arrêtée du monde
un temps imposé d'isolement par les pouvoirs du monde mais pas sur la ronde du monde
une prison mondiale pour humains, mais pas pour animaux, végétaux, minéraux
chacun chez soi, chacun pour soi
(à chacun de se situer entre les extrêmes de ces deux expressions pouvant comprendre tout le monde, chacun dans sa singularité de situation, de confortable à insupportable, chacun dans sa spécificité d'être, d'altruiste à égoïste)
avec rares autorisations de sorties pour s'approvisionner, s'oxygéner
sans pénurie organisée sans chaos engendré
sans insurrections provoquées sans révoltes spontanées
un parmi huit milliards de prisonniers soumis volontaires
nourris, blanchis, chauffés, « protégés » du virus
né d'une soustraction CAC 40 - COP 21 = COVID 19
facteur d'évolution comme tout virus mutant de variant en variant
contre lequel big pharma était en « guerre » totale
contre lui COVID 19 qui nous avait mis en grève générale
un parmi huit milliards
faisant ce qu'ils voulaient de leur temps d'isolement diversement vécu
faisant ce qu'il voulait de son temps de solitude aimée, oh oui, bien aimée !
même la route passant en dessous de chez lui avait été fermée pour deux ans
pas de travail contraint, de télé-travail
pas de travaux forcés d'intérêt général
découvrant ainsi la liberté intérieure, la fluidité de l'impermanence gommant la rigidité de toutes ses identités, découverte par bien des prisonniers avant lui
prisonniers dans des prisons d'états, dans leur propre prison ou celle d'une maladie, asile d'aliénés, sanatorium de tuberculeux
et qui ont soigné un peu le monde en souffrance parce que s'étant remis synchrones avec leurs rytmes internes et externes (coeur, respir, cycles journaliers, saisonniers...)
découvrant sa liberté créatrice jusque-là potentielle, l'activant, en usant
faisant ainsi de lui non un homme parmi huit milliards d'humains
vivant au petit bonheur la chance au gré des circonstances, des influences
mais un homme singulier, nécessaire car seul à créer ce qu'il créait dans l'humilité et l'intimité, au secret
par un petit pas de côté, un petit glissando de travers, un petit rire sur lui - on n'en finit pas avec l'enflure du moi-je-moi-je -, une larme d'empathie pour le virus traqué dans les labos
ils furent quelques-uns à découvrir un autre usage du temps consistant à prendre le temps, à faire comme si le temps était éternel
plus de compétences à avoir, d'originalité à exhiber, de domination à exercer, plus de temps compté, émietté, mesuré
du temps prenant son temps
c'est ce que quelques-unes redécouvrirent
que le temps c'est le présent, que c'est un présent
car c'est depuis toujours, le temps des femmes, le temps de l'attention au présent, au présent de l'enfant en demande, au présent de la vieille en souffrance
découvrir que l'éternité est dans le moment présent
pas dans regrets et souvenirs du passé
dans projets et désirs de lendemains qui chantent et dansent
ce fut ce qui jaillit de la prison mondiale
il n'y a rien à ajouter, rien à retrancher au monde
il n'y a rien à juger, rien à séparer
le bon grain de l'ivraie, le bien du mal, le beau du laid, le doux du cruel
tout est déjà là, dans sa diversité, ses contrariétés, ses complémentarités
avec ses effets-miroirs
l'autre détesté c'est moi, l'autre aimé c'est moi
et si tu me détestes, c'est toi et si tu m'aimes, c'est toi
tout est à cueillir, accueillir, recueillir
tout est partageable, tout est à partager
depuis je chante sans forcer la voix, léger comme murmure de filet d'eau, danse avec l'absente dans mes bras ouverts, goûte à ma cuisine-maison, déguste mes breuvages et infusions, redécouvre pissenlits, roquettes, herbes sauvages, baies de myrte, olives, champignons de mon terrain non cultivé
ils et elles chantent ; quelques-uns, quelques-unes ; les autres continuent à s'affronter
ils et elles dansent ; quelques-uns, quelques-unes ; les autres continuent à s'entr'envier
les quelques-uns ne croient même pas utiles de garder traces écrites, dessinées, peintes de leurs bonheurs
ce sont des bonheurs minuscules de vies minuscules centrées sur l'essence-ciel
ils se regardent, s'enlacent, s'embrassent, se caressent
ils se sentent regardés, enlacés, embrassés, caressés par tout ce qui existe, vit, meurt de la bactérie à la galaxie en expansion, du virus au trou noir glouton
ils sont en lien, reliés
ils tissent la tapisserie mystique de la dame à la licorne
ils sont un point à l’endroit, un point à l’envers de la grande tapisserie cosmique
les fleurs séchées égrènent leurs graines
de nouvelles germinations engendreront de nouvelles floraisons
le temps du confinement en prison mondiale a été pour certaines et certains le temps de la libération de leur puissance créatrice, génitrice de leur liberté intérieure, inaliénable.
Jean-Claude Grosse, le 4 décembre 2022, Le Revest
La vision trinitaire de Jean-Yves Leloup, 83° graine de conscience, parcours gratuit sur inscription
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Jean Yves Leloup explore depuis une cinquantaine d'années les voies de la transformation intérieure et de la "conscience exercée" ou méditation. Écrivain, philosophe et théologien, il est l'a...
le parcours des graines de conscience est gratuit, sur inscription
l'accueilleuse-guérisseuse et le chasseur, en cours d'écriture, j'ai le chasseur, manque la guérisseuse
La vie ? processus ? mystère ?
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# balance ton pygmalion Judith Godrèche
entrons dans le vif d'une polémique en lien sans doute avec un basculement lent, inexorable, nécessaire de modes, de mondes et de comportements tant individuels que collectifs ce qu'on appelle un...
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le jour d'après/nature et culture/JCG - Blog de Jean-Claude Grosse
Claude Lévi-Strauss, Françoise Héritier, Rousseau, Marshall Sahlins, Pierre Clastres, Sébastien Bohler, Marcel Conche, David Bohm déjà des contributions de poids pour un monde plus léger dè...
https://les4saisons.over-blog.com/2020/04/le-jour-d-apres/nature-et-culture/jcg.html
les 9 mois du paradis foetal : processus descriptible ? processus miraculeux ? sait-on ce qu'on interrompt dans une interruption volontaire de grossesse ? sait-on ce qu'est le ciel vécu par le foetus nautilus dans les profondeurs amniotiques ?
De la coquille au placenta, un coup de pouce viral de génie
Au cours du développement, chez les mammifères, le placenta est le premier organe à se former à partir des cellules du foetus. Il permet un ancrage du fœtus dans l'uterus maternel et des écha...
https://www.museum.toulouse.fr/-/de-la-coquille-au-placenta-un-coup-de-pouce-viral-de-genie
découverte fabuleuse, hasard, dessein ? qui peut trancher ?
Théâtralalère. Catherine Verlaguet. Mercredi 28 janvier 2015 dans le Club de la médiathèque Hermeland de Saint-Herblain. En partenariat avec le Théâtre Athénor.
sur Les Vilains Petits, et pour faire connaissance avec Catherine Verlaguet
J'ai vu « Le Processus » de Catherine Verlaguet, lauréate du Prix de la Pièce de théâtre contemporain pour le Jeune Public 2022, sélection 3ème/2nd, au Telegraphe ce mercredi 6 avril à 19h30 en partenariat avec le Planning Familial Varois.
— C’est ton corps, dit-il (Fabien, son petit ami). Je te suivrai quelle que soit ta décision.
Claire est au lycée. Elle tombe amoureuse et enceinte de Fabien, qui est aussi amoureux d’elle mais pas vraiment prêt à affronter ce qui leur arrive. Claire entame alors un processus d’avortement…
« C’est ce processus que je vous propose de suivre sans manichéisme : le positionnement des proches, l’efficacité des médecins, les doutes et les certitudes qui se mélangent, le tout entrecoupé de flash-back sur l’histoire d’amour, la naissance du désir et ce premier émoi entre Claire et Fabien.
« Je suis pour l’avortement. Je suis pour que les femmes disposent de leur corps. Je suis pour le fait que la décision d’avorter leur appartienne.
Je pense aussi qu’il est des cicatrices que l’on ne regrette pas, mais que l’on n’oublie pas pour autant." écrit C.V. comme Claire Valège, C.V., comme C.V., Curriculum Vitae.
Ce spectacle se vit en immersion sonore, casque sur la tête, sauf à la fin, 1° cachet abortif absorbé.
C'est très bien joué par Juliette Allain qui a, à son actif, au moins 80 représentations.
Dispositif simple, une table, une chaise.
Des techniques d'acteur également simples mais efficces pour les changements de personnages (il s'agit d'un solo d'actrice jouant tous les personnages).
Metteur en scène Johanny Bert, Théâtre de Romette (Auvergne).
Le débat avec le public et le planning familial, avec lecture de textes datant du manifeste des 343 (1971), du manifeste des 331 (1973) et de la loi Simone Veil (17 janvier 1975) a été centré sur les motivations de l'autrice-auteure, sur le personnage de Claire et son choix (c'est mon corps, c'est ma vie), sur la qualité de l'interprétation et sur le dispositif avec casque permettant d'être en direct et de façon intime avec Claire.
L'auteure-autrice a signalé l'importance pour elle d'éviter les clichés, de renverser la relation habituelle mettant l'intime sous la coupe du politique (on se sent et on se met sous le regard et le pouvoir de l'Autre, la pharmacienne, la mère, le médecin, le petit ami, les copines...), elle cherchant plutôt à montrer l'impact possible de l'intime sur le politique (je tiens à décider par moi-même, même si j'ai des doutes, des hésitations, des peurs, je tiens à les gérer moi-même ; les autres, l'Autre, les dispositifs légaux d'aide à l'avortement se mettant au service de mon choix).
Ce débat m'a fait remonter aux années 1974-1980 (retour à Toulon) parce qu'Annie Grosse-Bories a été longtemps secrétaire bénévole au Planning familial 83, avant de devenir assistante sociale, éducatrice spécialisée, puis psychologue clinicienne au CMPP de La Seyne, formatrice à l'école d'assistantes sociales de la Croix-Rouge et enfin psychanalyste (je cite ce parcours parce que révélant sa force d'engagement). C'était rue Peiresc sous la houlette de Jeanine Braendlin à l'époque.
C'est dire si j'ai suivi les luttes du planning familial. Et bien sûr, j'ai soutenu les interventions d'éducation sexuelle du Planning familial au Lycée Rouvière, avec humour déstabilisateur parfois quand par exemple j'ai fait croire que le sida, très destructeur, était renforcé par une autre maladie, le stob, attrapé quand on fait l'amour sans amour.
Dois-je dire que je perçois aujourd'hui le poids terrible de l'initiation sexuelle sur les jeunes, et ce de plus en plus jeune, dès 7 ans, garçons mais aussi filles (on se provoque, alors tu t'es branlée cette nuit...), parce que l'industrie pornographique (particulièrement florissante, entre les mains de mafias) est à l'oeuvre au travers des réseaux sociaux, parce que les réseaux pédophiles, pédo-criminels sont particulièrement puissants et opaques, parce que le tourisme sexuel et la prostitution sont pratiques courantes, ouvertes ou cachées, parce que tellement de possibilités sont proposées, y compris de changements de sexe (homo, lesbienne, drag-queen, bi, trans, woke, cancel-culture), parce que tout semble devenir possible (PMA, GPA grâce aux ventres ukrainiennes, clones, chimères...). Avec l'homme augmenté, l'intelligence artificielle, on va être pucé, prothésé, bionisé, remisé à l'éternité.
La vie comme la mort sont devenues de vastes champs d'expérimentations, de manipulations (suicide assisté, éternité par cryogénisation... ; film Soleil vert)
En écoutant ce qui se disait, j'ai soudain pris conscience que cette soirée était sous le signe d'une idéologie scientiste, d'un matérialisme dogmatique, d'un athéisme réducteur.
Pris de je ne sais quelle émotion devant l'ampleur de ce que je ressens comme un désastre, j'ai failli ne pas intervenir.
Je l'ai fait tout de même en tentant de socratiser le débat : qu'est-ce qui permet à Claire de dire avec cette certitude, cette assurance qu'à un jour près le cœur du foetus ne bat pas, donc pas de vie, donc pouvant se dédouaner, je ne tue pas.
L'affirmation c'est mon corps et j'en dispose comme je veux, aujourd'hui, me paraît d'une démesure, d'un orgueil décalés par rapport à ce qui m'apparaît comme mystère et miracle.
Ton corps est mystère parce qu'il est une incarnation de la Vie qui te le reprendra puisque naître c'est être voué à la mort, elle-même mystère.
Bienheureux ceux qui savent ce qu'est la mort, néantisation par exemple.
Ta liberté sera le suicide ou l'euthanasie.
Ton corps à naître, ta naissance est miracle même avec le soutien du corps médical, d'une science médicale devenue domination sanitaire d'experts sur les patients (voir avec la Covid).
Il y a un processus en cours bien plus mystérieux que le simple récit qu'en fait un cours de SVT, une rencontre entre spermatozoïde et ovule, division cellulaire, spécialisation cellulaire... Aujourd'hui, on sait que le fameux ADN, (1%), la soi-disant identité infalsifiable, génétiquement immuable (avec maladies génétiques prévisibles) de chacun est un dogme scientiste battu en brèche par les découvertes de l'épigénétique et par les travaux sur les 99% d'ADN dits poubelle, méprisés par les chercheurs américains et étudiés avec succès par les chercheurs russes.
Pour complexifier le tableau, je rajouterai que nous sommes mémoires, que ce sont toutes les mémoires de ce qu'on appelle évolution qui nous constituent, par exemple, l'extraordinaire parcours de l'atome de fer depuis l'explosion d'une super-novae jusqu'à ce qui caractérise notre sang, l'hémoglobine, en passant, oui, oui par le magma terrestre (une molécule d'hémoglobine qui se trouve à l'intérieur d'un globule rouge, ce sont 10000 atomes dont 4 de fer pour capter 4 atomes d'oxygène, transporté par circulation sanguine à chaque cellule du corps).
ou autre fantaisie, les 50000 milliards de bactéries, vieilles de 3,5 à 4,5 milliards d'années et qui colonisent notre ventre, le 2° cerveau, et sans lesquelles il n'y aurait aucune transformation de ce que nous mangeons.
Donc, il y a de quoi même avec la science s'émerveiller et se dire, on ne sait rien car savoir c'est savoir que ce qui reste à trouver est de plus en plus difficile à percer.
Allant ailleurs vers des traditions spirituelles fort anciennes et quasi-universelles (présentes dans toutes les aires et sociétés), ne peut-on supposer, poser qu'une âme vient s'incarner dans un corps, le temps d'une vie, d'une réincarnation, d'une résurrection et que la mort c'est rendre l'âme, l'âme hors pour une nouvelle réincarnation.
Prolongeant cette intervention, je pense qu'il y a deux approches que je ne souhaite pas opposer, n'invitant personne à faire un choix plutôt qu'un autre
- une approche scientiste qui se sert de la science pour séparer : ça c'est la vie, ça c'est la mort; ça c'est vivant, ça non; distinguer le plaisir et la procréation, ça c'est le propre de l'homme, ce n'est pas le propre des animaux qui rutent par nécessité de reproduction (moins le propre de la femme, dans une société patriarcale mais aujourd'hui elles revendiquent et pratiquent de plus en plus le droit de jouir sans entraves, de vivre leur plaisir clitoridien en solitaire ou pas avec godes ou pas), baiser ou faire l'amour pour le plaisir et par plaisir à 99,9999 % pour deux enfants dans une vie (on peut en devenir addict sans doute), abstinence, beurk, sublimation, késako, satisfaction immédiate, oui, oui, ça urge (d'où viols, forçages de toutes sortes, chantages, méprises sur le consentement non-consenti-consenti-consentant, la fameuse zone grise) ; on le devine : l'éducation sexuelle pour gérer toute cette complexité seulement physique, épidermique (qui ne prend pas en compte, émois, émotions, sentiments, désirs, fantasmes, résistances, réticences, rythmes...) n'est pas une éducation sentimentale, encore moins une éducation à l'amour.
- une approche spirituelle où je considère ma vie comme un cadeau, un don, gratuit fait par la Vie (le contraire du je n'ai pas demandé à naître), cadeau fait par la Vie, sans jugement, par amour inconditionnel, m'aimant aussi bien salaud que saint, héros que bourreau, avorteuse de « mon » fœtus que jeune mère accueillante du fœtus dont une légende raconte que quand un bébé vient au monde, il connaît les mystères de la création. Mais juste avant sa naissance, un ange pose le doigt sur sa bouche : « chut ! » et l’enfant oublie tout, il vient ainsi au monde innocent…
C’est pourquoi nous avons tous un petit creux au-dessus de la lèvre supérieure, signe de L’Empreinte de l’ange.
« Avant sa naissance, dit le Talmud, l'homme est un pur esprit et possède encore le savoir ultime de ses vies antérieures. C'est alors qu'un ange apparaît et lui enjoint de tenir ce savoir secret. L'ange pose son doigt sur la lèvre de l'enfant et à cet instant précis, le bébé oublie tout pour entrer dans la vie. Du geste de l'ange, il reste une trace: le petit creux qui dessine un fossé entre notre lèvre supérieure et la base de notre nez... Alors seulement, il peut pousser son premier cri. »
La tradition dit, en effet, qu'avant la naissance, l'âme "descendue" dans l'embryon connait "toute la Torah", qu'elle voit la vie qu'elle va mener lors de l'incarnation, les choix qu'elle devra faire et leurs conséquences....
Lors de la naissance, l'ange, en effet, lui pose le doigt sur la bouche afin qu'il oublie ce qu'il sait et ait le plaisir de le redécouvrir, de faire ses choix librement et la trace de ce doigt angélique est le sillon naso labial.
Cette tradition est parfaitement bien exploitée dans "Les bienveillantes" de Jonathan Little lorsque le "héros" rencontre ce vieux juif à qui il manque justement ce sillon naso labial, qui se "souvient" donc de tout y compris du moment de sa mort, et dont la rencontre donne lieu à un dialogue entre la "pensée occidentale" et la tradition juive.
Dit autrement et ça se dit aujourd'hui, ce ne sont pas les parents qui font les enfants mais les enfants (leur âme) qui choisissent leurs parents.
Avec le temps, à 80 ans passés, je suis passé d'une approche à l'autre.
Car la vie nous fait vivre, revivre des expériences. Par exemple Annie qui, entrée à l'hôpital en octobre 2010, revient sur la naissance de Sylvain-Katia et qui me dit un morceau de Sylvain se balade quelque part.
Elle croyait attendre un garçon, arriva une fille. Pas d'échographie à l'époque, en 1968. Et en 2022, je découvre que peut-être, elle attendait des jumeaux homo ou hétérozygotes et qu'un n'est pas apparu.
Voici de récentes découvertes sur ce qui se passe, le microchimérisme foetal-maternel
Pendant la grossesse, les cellules du bébé migrent dans la circulation sanguine de la mère et retournent ensuite dans le bébé, c'est ce qu'on appelle le « microchimérisme fœtal-maternel ».
Pendant 41 semaines, les cellules circulent et fusionnent et après la naissance du bébé, beaucoup de ces cellules restent dans le corps de la mère, laissant une empreinte permanente dans les tissus, les os, le cerveau et la peau de la mère, et y restent souvent pendant des décennies.
Chaque enfant laissera une empreinte similaire.
Des études ont également montré des cellules d'un fœtus dans le cerveau d'une mère 18 ans après son accouchement.
Des recherches ont montré que si le cœur d'une mère est blessé, les cellules fœtales se précipitent vers le site de la blessure et se transforment en différents types de cellules spécialisées dans la réparation du cœur.
Le bébé aide à réparer la mère, tandis que la mère construit le bébé.
C'est souvent pourquoi certaines maladies disparaissent pendant la grossesse.
C'est incroyable de voir comment le corps de la mère protège le bébé à tout prix, et comment le bébé protège et reconstruit sa mère - afin qu’il puisse se développer en toute sécurité et survivre.
Si vous êtes une maman, vous savez que vous pouvez ressentir intuitivement votre enfant même quand il n'est pas là ...
Eh bien, maintenant il y a une preuve scientifique que les mamans portent leurs enfants pendant des années et des années, même après qu'elles les aient mis au monde.
Pour conclure, à partir de là où j'en suis, je crois que tout est croyance, qu'il n'y a de preuve de rien, des arguments peut-être, que donc ce sont les mots que l'on emploie qui crée ce que l'on prend pour la réalité. Change de mots et tu changes la réalité. Change de mots et tes maux changent.
Dans cet état d'esprit, je trouve particulièrement beau, le récit d'Alain Cadéo, Le ciel au ventre, qui date d'avril 1993 et qui est le dialogue d'un père avec le foetus nautilus attendu par sa femme, foetus qui n'a rien d'inerte, de passif, riche déjà de toutes les convulsions galactiques, de toutes les incandescenses.
C'est aussi ce que j'ai tenté avec le texte Trois femmes (Le corps qui parle)
À Le Revest, le 8 avril 2022
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Microchimérisme fœtal : un bien ou un mal pour le fœtus et sa mère ?
Durant la grossesse, des cellules fœtales migrent chez la mère. Ces cellules peuvent persister plusieurs décennies dans des niches maternelles. Ce microchimérisme fœtal a quelques effets néga...
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1297958911000476
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Quel rôle jouent les cellules foetales sur le corps de la mère ?
Grâce au placenta, mère et enfant communiquent en continu pendant la grossesse. Et il peut arriver que le fœtus transmette à sa mère certaines de ses cellules, via le sang. Quelles conséquenc...
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Trois Femmes/J.C. Grosse - Les Cahiers de l'Égaré
Bonbon de et avec Katia Ponomareva Je mets en ligne ce texte commandé par la compagnie de Cyril Grosse (1971-2001) et qui aurait dû être mis en scène par lui les 19 et 20 octobre 2001. Le 19 ...
en attendant deux spectacles de Katia Ponomareva En attendant, je pleure Et puis après, j'ai souri
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Le fabuleux pouvoir de vos gènes/Deepak Chopra - Blog de Jean-Claude Grosse
deux livres stimulants, accessibles, sans concessions Le fabuleux pouvoir de vos gènes Deepak Chopra, 2016 Livre de 384 pages, le fabuleux pouvoir de vos gènes demande de l'attention et de la ...
https://les4saisons.over-blog.com/2017/01/le-fabuleux-pouvoir-de-vos-genes/deepak-chopra.html
deux livres qui changent vraiment la manière de voir et de vivre
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le pouvoir de l'univers est en vous/Deepak Chopra - Blog de Jean-Claude Grosse
Le pouvoir de l'univers est en vous Deepak Chopra et Menas Kafatos Deepak Chopra a écrit des livres importants, toujours en collaboration avec d'autres scientifiques, avec Rudolf Tanzi, sur le ...
https://les4saisons.over-blog.com/2018/08/le-pouvoir-de-l-univers-est-en-vous/deepak-chopra.html
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