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Blog de Jean-Claude Grosse

Théologie de la provocation / Gérard Conio

11 Août 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Théologie de la provocation
Causes et enjeux du principe totalitaire
Gérard Conio
Éditions des Syrtes
préface de Michel Onfray

Professeur émérite de l’Université Nancy-2 et directeur de collections aux éditions de l’Âge d’homme, traducteur d’auteurs russes et polonais, Gérard Conio a écrit de nombreux ouvrages de réflexion sur l’art en général et le cinéma en particulier, la métaphysique, l’histoire et les courants de pensées en Russie plus particulièrement.
On trouvera sur mon blog, un essai signé de lui : la vision russe du cosmos,
http://les4saisons.over-blog.com/page-2065720.html
et son texte : vivre à l'est, ma révolution.
http://les4saisons.over-blog.com/page-3736316.html
Comme le dit si bien Michel Onfray dans sa préface : « Gérard Conio est à l’Est. Il pense à l’Est, il pense vers l’Est. Sa réflexion est libre de la glu de l’Ouest ». C'est chose rare. Marcel Conche me semble avoir des attachements forts avec l'Est. Je pense que parmi les hommes politiques actuels, Jacques Cheminade est un des rares à penser à l'Est. Gérard Depardieu pense aussi et vit à l'Est quand tant se couchent à l'Ouest ou sont carrément à l'Ouest.
On pourra lire mon court essai, à réactualiser : États-Unis / Eurasie
http://les4saisons.over-blog.com/page-3736328.html

Voici ce qu'il m'écrit dans un mail du 5 août :

Cher Jean-Claude

Nous sommes à Moscou avec Ira jusqu'au 21 août. Nous avons des difficultés de communication avec Orange et je viens seulement de recevoir ton message...Je n'ai pas pu ouvrir ton blog, j'attends mon retour à Paris pour lire "Penser encore..." sur Marcel Conche qui m'intéresse d'autant plus qu'il porter sur Spinoza. Je suis impatient de lire ce que tu penses de ma "théologie de la provocation"...Ici on a une toute autre perception des réalités russes que celles qui meublent les neurones de la plupart de nos concitoyens...C'est un régime hybride qui possède tous les défauts de l'ultralibéralisme mais peu à peu la situation s'améliore...Malgré les sanctions, les menaces de l'Otan et la guerre en Ukraine on vit dans un sentiment de sécurité étonnant...et c'est un bonheur de voir passer dans la rue les moscovites qui n'ont jamais été aussi formidablement belles...une floraison qui augure bien de l'avenir de la Russie...Amitiés. Gérard

J'ai connu Gérard Conio par le biais du théâtre, sa femme et sa fille étant comédiennes et metteurs en scène. Ils ont été de l'aventure de Vlad Znorko à la Gare Franche à Marseille.
J'ai pu lire pas mal de ses livres, Eisenstein, le cinéma comme art total, par exemple, L'art contre les masses, Les avants-gardes ou de ses traductions, Le suprématisme (le monde sans-objet ou le repos éternel) de Kazimir Malévitch, Mon siècle d'Aleksander Wat.
Dommage qu'il n'y ait pas une bibliographie complète de son œuvre ou une page Gérard Conio sur wikipédia.
Sa Théologie de la provocation est saluée ainsi par un journaliste, François Bousquet :
« Voici un grand livre, qui repose sur une connaissance orwellienne des rouages totalitaires, une érudition chaleureuse, une sainte colère et, last but not least, une intuition fondamentale. « Créer un poncif, c’est le génie. Je dois créer un poncif », se récriait Baudelaire. Ainsi de Gérard Conio. Il a trouvé une clef, l’une de ces clefs qui donne accès à l’intelligence du monde. Il n’y en a pas beaucoup ».
Quelle est cette clef ? Elle est fournie par Aleksander Wat justement dans Mon Siècle, où il définit le communisme comme « la socialisation de la désocialisation » :
« C’est l’introduction du tiers, ce qui veut dire que lorsque vous serez deux à vous rassembler je serai là entre vous. Cette éducation soviétique apparaît déjà en prison. Cela signifie: mon ami codétenu est mon ami par le NKVD, mon frère est mon frère par le NKVD, c’est-à-dire par la police, par le parti, par l’intermédiaire de Staline. Evangélique: lorsque vous serez deux rassemblés, je serai là parmi vous. »
Celui qui a dit : « Je serai toujours avec vous », en posant la première pierre d’une communauté soudée par la présence consubstantielle d’un tiers inclus, d’un espion divin, introduisait dans la condition humaine une altération fondamentale qui ne devait se résoudre que dans la parousie. Étrangement, la parole même du Christ était porteuse de cette révolte des Fils contre les Pères qui a « provoqué » les cataclysmes de l’ère moderne. Qui n’a pas revécu pour son propre compte l’effroyable étonnement du Fils blessé par le Père, du Fils déçu par le Père, du Fils sacrifié vainement par le Père pour redonner un sens à l’histoire, à toutes les histoires, la petite et la grande, l’individuelle et la collective ? Cette déception fondamentale devant la trahison de notre prochain attend chacun de nous à un moment donné de notre vie. Chestov et Rozanov, ces penseurs de l’Apocalypse, l’ont bien compris: le message d’amour du christianisme « blanc » recouvre un autre message de terreur et de ténèbres, celui du christianisme « noir ». Le mot de Tertullien « credo quia absurdum » (j'y crois parce que c'est absurde) doit être mis en exergue de toute l’histoire moderne qui se confond avec l’essor du capitalisme et l’expansion universelle de la « société de marché ». (extrait du chapitre 1)
En définissant le principe du tiers inclus, « à savoir l'espionnage des âmes exercé par un pouvoir inquisiteur qui s'installe à l'intérieur même des consciences » (p. 11), Gérard Conio essaye de « reconstituer l'arbre généalogique des modes d'un système de domination qui, au fond, est toujours le même, sous la pluralité de ses incarnations successives » (p. 12). Il s'agit de montrer, selon l'auteur, qu'à travers « les ruptures idéologiques, les crises financières, les chutes des dictatures et les avancées de la démocratie, on voit se dessiner la continuité d'un déclin de l'humanité qui est à la mesure des progrès technologiques, des performances boursières et des discours biaisés » (pp. 14-15), au travers de la notion de la théologie de la provocation empruntée à Vassili Rozanov. Selon l'auteur de L'Apocalypse de notre temps, le christianisme est en quelque sorte coupable d'avoir intimé à l'humanité de se rapprocher d'un idéal non seulement impossible à atteindre, le Christ bien sûr, mais qui a déserté le monde. En somme, le christianisme « fond sous l'amour du Christ, comme la cire au soleil », car il « ne peut pas vivre à une si haute température ».
Gérard Conio écrit : « Dostoïevski est certainement l'auteur qui a présagé le plus exactement les grandes catastrophes de notre siècle. La formule qu'il prête à Chigalev dans Les Démons : « Je suis parti de la liberté illimitée et je suis arrivé au despotisme absolu » s'applique moins au communisme, comme on l'a cru, qu'au capitalisme libéral, à la société de marché. Et sa Légende du Grand Inquisiteur est une parabole annonçant la théologie de la provocation qui devait triompher dans notre siècle. Le Grand Inquisiteur est l'allégorie de tous les systèmes qui trament l'esclavage des hommes sous prétexte de faire leur bonheur. Mais seul le dernier avatar du monstre totalitaire, l'ordre capitaliste mondial, a su faire de la liberté elle-même l'instrument de la servitude et de la déchéance. Il y est parvenu par le principe du tiers inclus qui assume cette fondamentale duplicité, en reliant chaque monade individuelle à un ordre universel abstrait cautionnant une réalité qui le nie » (p. 51).

Nazisme, communisme, mondialisme ou occidentisme sont les diverses figures d'une même tentative d'esclavagisation avec leur consentement des individus par le principe du tiers-inclus. Espion, espionné, victime, bourreau, fonctionnaire, révolutionnaire, libertaire, libéral, infiltré, infiltrant c'est un même visage, c'est l'Un sous la figure des doubles, c'est la politique de l'oxymore, de l'indissociabilité des contraires. Fins et moyens se confondent. On peut cyniquement être d'un bord puis de l'autre (Bernie Sanders se ralliant à Hillary Clinton avec fierté), d'un bord et de l'autre car les valeurs ne valent rien, s'inversent, tout est masque, travestissement, au-delà de la trahison, tout est provocation, duplicité.
Le paradoxe que met bien en valeur ce livre c'est qu'on en arrive avec le mondialisme, l'occidentisme à la provocation globale, à savoir, sous le masque de la démocratie, des droits humains, des bons sentiments à la mise en esclavage des hommes médiocres, à la mise en coupe réglée de la planète. S'agit-il d'un complot mondial, d'une conspiration mondiale ? Le système est indifférent à qui le sert, se moque de qui le sert. Les pions, espions, provocateurs sont interchangeables (Yevno Azev en est le prototype, chapitre 3), pouvant devenir virgules se jetant dans le vide depuis les twin towers et qu'on filme, les livrant à l'avidité médiatique de la société du spectacle et du marché. De multiples exemples montrent comment des faux servent de prétextes à fabriquer des boucs émissaires (le juif avec le protocole des sages de Sion, le rouge, le terroriste, le trotskyste, le djihadiste, on lira le livre d'un frère de Mohammed Merah manipulé par diverses sources dont la DGSE), comment de fausses preuves servent au déclenchement de guerres, au gré d'intérêts inavoués, occultes mais réels. Combien de conflits attribués à tort (on ne le découvre qu'après coup quand le sale coup a produit ses effets) à de faux coupables ou responsables.
Un tel livre peut donner des outils de compréhension d'un certain nombre d'événements : la création des talibans par les USA pour combattre l'URSS en Afghanistan
(voir la vidéo d'Hillary Clinton alors secrétaire d'état aux affaires étrangères),
https://youtu.be/X2CE0fyz4ys
les révolutions orange qui ont fait venir dans les pays baltes des régimes quasi-fascistes, la Géorgie, l'Ukraine, idem, les deux guerres d'Irak, les printemps arabes et ce qui s'en est suivi en Lybie, en Syrie, au Yémen, la création de Daesch dans les prisons américaines du Moyen-Orient, ce qui se trame autour de l'enclave de Kaliningrad... On peut remonter plus loin, par exemple Sabra et Chatila en septembre 1982, c'est qui réellement ? et le sida, invention génocidaire et ou virus découvert en 1983... et qui a décidé d'utiliser la bombe atomique à Hiroshima et Nagasaki. Je ne parle pas du 11 septembre 2001, 28 pages viennent d'être déclassifiées qui montrent l'implication de l'Arabie saoudite
http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/attentats-du-11-septembre-2001-le.html
Un tel livre est aussi désespérant, montrant l'opacité du système, sa noirceur, sans qu'on puisse répondre à la question : un sursaut, un salut est-il possible ?
Je finirai en disant que ce livre passionnant étant nourri pour l'essentiel de culture russe, il demande un réel effort. Les références ne nous sont pas habituelles. L'histoire ne nous est pas bien connue. On peut donc avoir le sentiment que manquent des preuves, des articulations entre les époques évoquées. La figure du provocateur, unificatrice d'un récit historique s'étalant sur plus d'un siècle et de plusieurs systèmes idéologiques est peut-être simplificatrice. À trop embrasser, peut-être étreint-il de façon molle.

Quant à Poutine, abordé par Gérard Conio, on pourra aussi lire le livre de Jean-Jacques Marie, La Russie sous Poutine : Au pays des faux-semblants.

Ou lire les chroniques d'André Markowicz sur FB comme celle-ci du 3 août :

Des questions turques

La répression en Turquie, avec, combien ? 40.000 personnes et plus, arrêtées, est quelque chose qui, me semble-t-il, n'a d'équivalent que ce qui s'est passé au Chili après le coup d'Etat de Pinochet. — Et je n’ai pas l’impression que le mouvement d’opinion en Occident soit tellement fort — malgré quelques protestations, sans doute plus de façade que d’autre chose, des dirigeants de l’Union Européenne. En fait, ce qui me frappe aussi, ce sont, en Russie, les éditoriaux à répétition d’Alexandre Douguine, l’une des voix les plus marquantes, et glaçantes, de l’extrême-droite russe, laquelle est, aujourd’hui la voix de Vladimir Poutine.

Qu’est-ce que c’est que Douguine ? C’est un homme qui, au début, faisait figure d’illuminé, et dont on ne prenait guère au sérieux la doctrine, l’Eurasisme : Douguine, héritier d’une longue tradition « slavophile » et anti-occidentaliste en Russie, considère que le mal absolu, c’est la démocratie occidentale, pour la raison, d’abord, qu’elle n’est pas nationale, mais, justement, internationale et donc cosmpolite — c’est-à-dire que ce régime ne correspond à aucune des « racines » historiques et ethniques des pays où il s’applique, et donc, par conséquent, c’est un régime de mélange. Le mal, pour Douguine, ce sont les Etats-Unis (je ne dirais pas qu’ils représentent le bien pour moi non plus, mais nos raisons ne sont pas les mêmes…). Et donc, la Russie doit se tourner non vers l’Europe, mais vers l’Asie, pour élaborer un système politique puissant, c’est-à-dire construit sur l’autocratie, l’orthodoxie et le principe national — le fameux principe d’Ouvarov, qui est la base idéologique du régime de Poutine, après avoir été celle de Nicolas Ier.

D'année en année, j'ai vu, dans les médias russes, grandir l'influence de Douguine. Celui qui était qualifié d'extrémiste il y a encore dix ans, ou juste pas qualifié du tout parce qu'on le prenait pour un hurluberlu, est devenu aujourd'hui une personnalité inévitable de la vie politique et médiatique du pays. Il est, de fait, aujourd'hui, très proche de la ligne officielle du pouvoir russe.

Le jour du coup d’Etat en Turquie, sur mon mur FB, j’ai vu arriver une interview de Douguine, qui disait s’être entretenu, le jour même, mais avant le déclenchement du coup d’Etat, avec le premier ministre turc, et le premier ministre lui avait confié que la Turquie devait faire face à "beaucoup d'ennemis intérieurs"... La visite, disait Douguine, était amicale, il la lui avait rendue à « titre privé ». — C’est dire sa situation réelle. L’impression qui se dégage de ses remarques et de ses actions est qu’il joue en fait un rôle d’émissaire privé et personnel du pouvoir russe. Et bon, Douguine se retrouvait bloqué, je crois bien, à l’aéroport, parce qu’il n’y avait plus aucun avion qui volait, et se disait confiant dans la victoire d’Erdogan.
En fait, d’après ce que je peux comprendre de ce coup d’Etat incompréhensible tellement il a été mal préparé et mal mené, ce sont les services de renseignement russes qui avaient prévenu Erdogan qu’il se préparait quelque chose, — telle est, du moins, la version que j’ai vu passer sur le FB russe officiel, — qui est tout à fait sujet à caution. Y a-t-il eu coup d’Etat réellement, ou Erdogan a-t-il laissé faire quelque chose, ou quoi ou qu’est-ce, je n’en sais rien. Ce qui me paraît clair est que nous assistons à un renversement d’alliance sans p
récédent.

La violence verbale des commentaires d’Erdogan contre les Américains ou les Européens (« ils n’ont qu’à se mêler de leurs affaires ») rejoint ici les analyses de la droite nationaliste russe : il s’agit bien pour Erdogan de quitter l’OTAN, et de s’allier à la Russie. Ce qu’Erdogan fait disparaître en ce moment, c’est tout ce qui, de près ou de loin, personnes privées ou institutions, est, ou peut être, ou pourrait avoir été, proche non pas des islamistes (contre lesquels il prétend se battre) mais des Occidentaux — toute trace de laïcité, et de démocratisme.
Une question que je ne comprends pas est celle des bases militaires américaines sur le territoire de la Turquie. — C’est sur une de ces bases que s’était réfugié un des dirigeants, supposé ou réel, du coup d’Etat — général remis par les USA au gouvernement turc, à un moment où Erdogan parle de réinstaurer la peine de mort. L’impression est que les Etats-Unis sont en train de perdre ces bases, — et qu’ils ont, en tout cas, complètement perdu leur influence, au profit de Poutine (je ne parle pas de l’Union européenne, qui, en tant que puissance politique, est juste inex
istante).

Ce que dit Douguine, c’est que la brouille entre Erdogan et la Russie a été, en fait, provoquée par la CIA, et que ce sont des éléments liés à la CIA dans l’armée turque qui ont abattu l’avion russe — acte de guerre qui a été à l’origine de ce qui aurait pu déboucher sur une guerre globale entre la Russie et la Turquie. — Douguine prend soin d'oublier de signaler que Poutine avait alors montré au monde comment Erdogan organisait le financement de Daesh par le territoire de la Turquie, — et nous savons que le premier à tirer des milliards de la contrebande du pétrole, c’est le fils d’Erdogan. Tout cela, aujourd’hui, est oublié : la Russie et la Turquie se sont réconciliés, et Erdogan est en train d’éradiquer chez lui ce que Douguine appelle « la sixième colonne » — pas seulement les agents américains, mais, réellement, tous les éléments « étrangers », « occidentaux », c’est-à-dire, même si Douguine ne prononce pas le mot dans les éditoriaux que j’ai vus de lui, cosmopolites. La Turquie, selon Douguine, revient à ses racines nationales, et, continue-t-il, la Russie, avec Poutine, fait la même chose… Douguine appellant les autorités russes à faire disparaître définitivement cette « sixième colonne »…

Le rôle catastrophique des USA dans le monde, et dans le Moyen-Orient, il n’y a pas besoin de faire dessus de longs discours : ce sont les USA qui ont précipité le monde dans l’horreur que nous vivons, et on a suffisamment parlé des liens étonnants qui existaient entre la famille Ben Laden et Bush et son entourage. Et les crimes de Bush, et de Blair, en Irak sont écrasants. Le rôle des USA dans la création d’Al-Qaida (contre les Soviétiques en Afghanistan), puis dans celle de Daesh (contre Assad) est, là encore, trop clair. Et les Occidentaux, qui combattent Assad, — un des pires dictateurs vivants —, s’allient avec le front Al Nosra, c’est-à-dire avec Al Qaida… —

Mais, de fait, nous assistons à une destruction graduelle de la puissance américaine, que Douguine appelle « le dragon blessé ». Je l’ai déjà dit ailleurs : les USA ont perdu toutes les guerres militaires dans lesquelles ils se sont engagés, — toutes, sans exception, depuis le Vietnam. Ils sont en train de perdre la guerre économique dans un monde qui, un jour ou l’autre — quand ? dans vingt ans, trente ans ? avant ? — va basculer dans la pénurie de pétrole alors qu'aucune solution de rechange ne semble préparée.

Alexandre Douguine le constate, et prie pour que Donald Trump soit élu président, — pas « Hillary », comme il l’appelle…

Poutine-Erdogan d’un côté…. les USA de l’autre… Et Daesh entre les deux. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

Je me suis demandé qui à l'Ouest pourrait nous éclairer de cette manière. Il me semble que Chomsky est le plus représentatif. « Partis du constat qu'en démocratie les élites ne peuvent pas se contenter d'user de la force pour asseoir leur domination et du principe que les intérêts de la majorité de la population diffèrent de ceux de l'élite, Chomsky et Herman ont cherché à démontrer empiriquement, dans leur livre La Fabrication du consentement (1988), comment, dans le contexte américain, les principaux médias participent au maintien de l'ordre établi. Dans leur optique, les médias tendent à maintenir le débat public et la présentation des enjeux dans un cadre idéologique construit sur des présupposés et intérêts jamais questionnés, afin de garantir aux gouvernants l'assentiment ou l'adhésion des gouvernés. » (wikipédia) On voit que le point de vue est plus restrictif, moins universalisant.
Le cinéma, les séries, US en particulier, peuvent être un bon indice de ce qui se passe dans l'ombre. Je pense que The Blacklist est la série la plus proche de ce que Gérard Conio décrit. Raymond Reddington est double, trouble comme Yevno Azef.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Reddington
(Avant le démarrage de la série) Raymond Reddington est entré à l'United States Naval Academy, d'où il en ressort diplômé et premier de sa classe à vingt-quatre ans. Destiné à devenir amiral, il disparaît soudainement en 1990, alors qu'il devait passer les fêtes de Noël avec sa famille. Il réapparait quatre ans plus tard après avoir vendu des documents classés secret défense à l'ennemi. Au cours de ses vingt années, il a créé un syndicat de contacts auprès d'espions, de voleurs, de contrebandiers, de trafiquants de drogue, de passeurs, trafiquants d'êtres humains, marchands d'armes, faussaires, pirates, mercenaires et assassins. Pendant ce temps, les intérêts américains basés à Moscou, Islamabad, Pékin ont été compromis.
Reddington a infiltré le secteur privé et il n'y a pas d'industries qui soit hors de sa portée, y compris la technologie, le transport maritime, les communications, la sécurité - contrats militaires et les produits pharmaceutiques. Finalement, il s'oriente vers la simple vente de secrets pour aussi démarrer des guerres, renverser des gouvernements et influencer la géopolitique en fonction de ses besoins. Surnommé le « concierge du crime » en raison de son habileté à organiser des transactions entre les différentes factions du marché noir, il est classé quatrième des dix fugitifs les plus recherchés par le FBI. Il est listé comme fugitif à être « arrêté à vue »

Retour de Gérard Conio sur cette note, en date du 15 août :

Cher Jean-Claude,

Je te remercie vivement pour cette scrupuleuse et riche recension de mon livre sur " La théologie de la provocation", remarquablement documentée et commentée avec une lumineuse pertinence. Tu en as exactement défini le propos et pointé aussi le point faible dont je suis très conscient car c'était une gageure de traiter un pareil sujet dans un essai qui embrassait une matière aussi vaste. Mais tu es l'un des meilleurs lecteurs que je connaisse et tu as généreusement gommé les tours et les détours d'une démonstration qui tient beaucoup à mon parcours personnel et à ma vision " slavophile" du monde.

J'aime la Russie dans tous ses états. Les meilleurs livres qu'on écrit sur la Russie d'aujourd'hui relèvent toujours peu ou prou de la propagande, dans un sens ou dans l'autre. Comme tu l'as rappelé j'ai vécu vingt ans sous le communisme et je comprends les Russes qui dans leur grande majorité regrettent aujourd'hui ce passé qui ne reviendra plus. J'ai connu les affreuses années quatre-vingt-dix où la Russie a failli disparaître, mais les collègues qui dénoncent aujourd'hui " les agents du Kremlin" ont l'indignation sélective. Je crois que l'histoire des changements effectués en Russie sous la gouvernance de Vladimir Poutine reste à faire. Nous manquons de recul, mais comme l'a écrit Alexandre Latsa il y a véritablement "un printemps russe" et il faut venir à Moscou pour connaître la vraie vie.

J'ai apprécié tes citations de Markowicz qui est un vieil ami dont j'ai été le premier à publier les traductions de la prose russe ( Tchekhov, Tolstoï) bien avant qu'il connaisse son étourdissante notoriété. Tout ce qu'écrit Markowicz sur Douguine, sur Erdogan est parfaitement juste. Mais il est un aspect du régime de Poutine qui reste ignoré de tous ceux qui font de l'eurasisme la clé de sa politique, c'est la contradiction persistante entre sa politique étrangère et sa politique intérieure. Et il faut compter avec le poids de son entourage composé essentiellement de " démocrates" repentis et ralliés par pure opportunité. Tous ces gens ont trop d'intérêts à l'étranger pour accepter une rupture complète avec l'Occident. C'est politiquement et économiquement impossible. Il faudrait reconstituer l'Union soviétique, le rideau de fer et il n'y a aucun signe d'une évolution dans ce sens, bien au contraire. Le renversement d'alliance de la Turquie n'est qu'une gesticulation qui ne correspond à aucune réalité, tant que la Turquie restera dans l'Otan et gardera les bases américaines sur son sol. Les Etats Unis ont fait des " révolutions orange" un instrument très efficace de leur hégémonisme. Ils cherchent partout à susciter de nouveaux Maïdan. Mais leurs dirigeants quels qu'ils soient sont incompétents et bornés. La Russie a la chance d'avoir un président qui a su lui redonner son statut de grande puissance. Ce ne sont jamais les hommes qui font entièrement l'histoire mais il semble qu'il y ait une adéquation entre les qualités des dirigeants et le moment des changements inéluctables. Je viens de lire le récit de " la chute du mur de Berlin" qui a été, dans un sens, la réponse à " la chute de Berlin" et il est certain que la réunification de l'Allemagne n'aurait jamais eu lieu si les intérêts de l'Union soviétique et de la RDA n'avaient pas été défendus par Gorbatchev et ceux de l'Allemagne de l'Ouest par Helmuth Kohl. Gorbatchev qui est encensé en Occident pour avoir enterré le communisme a été objectivement le politicien le plus nul que la terre ait porté, tandis que l'habileté tacticienne d'Helmuth Kohl, son intuition, son audace,son sang-froid ( des qualités qui sont aussi tout aussi objectivement celles de Vladimir Poutine ) forcent l'admiration si on se place bien entendu d'un point de vue purement esthétique.
Tout dépend du point de vue auquel on se place.

J'espère te revoir bientôt, je te salue et t'adresse mes remerciements les plus chaleureux. C'est une chance pour un auteur d'être commenté et compris par un aussi " bon lecteur" que toi ( au sens de Nabokov...)

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