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Blog de Jean-Claude Grosse

7 pierres pour la femme adultère/Vénus Khoury-Ghata

2 Septembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Note de lecture sur
7 pierres pour la femme adultère
de Vénus Khoury-Ghata


    Le roman de Vénus Khoury-Ghata paru en 2007 au Mercure de France et réédité par France Loisirs en février 2008 nous introduit dès son titre dans une problématique contemporaine, sujet d’un débat sur les tenants de l’universalisme des droits de l’homme et de ceux pour qui le respect des coutumes passe avant tout, dénonçant l’ ethnocentrisme européen : il y a aujourd’hui encore des femmes qui meurent par lapidation pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage. C’est le cas de Noor, mère de trois garçons et mariée à un homme qui la délaisse. Dans le village de Khouf aux portes du désert, par une nuit de vent violent, le khamsin,  Noor, partie à la recherche de son chat, rencontre un étranger venu de l’autre côté de la montagne en jeep (probablement l’ingénieur responsable de la construction d’un barrage) qui la viole tout en lui donnant, comme elle le dira, du plaisir. Sous le coup d’une fatwa, elle attend sans révolte sa lapidation prochaine.
    Une étrangère au village, la narratrice, Française venue apporter de l’aide humanitaire à la suite d’une déception amoureuse, va vouloir intervenir dans l’ordre immuable du village et se met en tête de sauver Noor, enceinte, aidée par Amina, une célibataire (« une marmite qui n’a pas trouvé de couvercle » !).
    Vénus Khoury-Ghata donne à cette histoire une dimension  qui, sans en nier le tragique, ne le laisse pas envahir tout l’espace. Sa langue précise, poétique, violente parfois nous fait partager le quotidien de ces femmes, la vie au village, elle nous fait voir toute la complexité d’un univers extrêmement codifié et dont l’arriération frappe nos yeux occidentaux. Vénus Khoury-Ghata est clairement du côté des femmes, les opprimées, les victimes, mais sans complaisance et sans caricature. Elle aborde également d’autres aspects dont en particulier la critique fine du système des humanitaires.
    C’est finalement une histoire lumineuse et violente qui se passe dans un lieu non défini (ce pourrait être en Iran ou en Afghanistan, le lieu évoqué mêle les caractéristiques géopolitiques de ces pays) avec des personnages extrêmement attachants. Et le livre nous tient en haleine jusqu’au bout…
Albertine Benedetto
à Corsavy
vendredi 8 août 2008

Chère Albertine,

Merci pour cette note de lecture sur ce roman dont l’écriture comme l’histoire tiennent en haleine. Histoire violente, cruelle. Ecritures plurielles pour un récit qui peut amener certains à ne pas poursuivre la lecture tant on appréhende la lapidation de Noor. A tel point que l’exécution d’Amina intervient paradoxalement comme un soulagement, sans rien enlever à la barbarie de ces mâles s’acharnant à coups de bâtons et de pieds sur cette marmite qui n’a pas trouvé son couvercle.
Je relèverai dans les particularités d’écriture, ce tutoiement de la narratrice, se tutoyant elle-même, comme pour mettre à distance cette histoire qu’elle revit en l’écrivant. Je relèverai aussi la crudité des expressions concernant la sexualité, leur expressivité nourrie d’une vie réduite au minimum, survie presque dans ce désert hostile, étouffant et rendu encore plus étouffant par le corset de règles archaïques.
Je ne trouve rien de sympathique à un tel monde, machiste, refoulant le féminin, l’humiliant, le massacrant si nécessaire. Il va de soi pour moi que les droits de l’homme, universalistes, appliqués à une telle société constitueraient une avancée considérable et rendraienr leur dignité aux femmes.
Jean-Claude Grosse
Corsavy, le 9 août 2008


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