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Blog de Jean-Claude Grosse

ecriture

une histoire de la vraie vie / Croix de Vie

17 Juillet 2021 , Rédigé par grossel Publié dans #poésie, #voyages, #écriture, #notes de lecture

la fontaine aux bretons, le dolmen de Prédaire, carrelets sur le sentier littoral de La Bernerie
la fontaine aux bretons, le dolmen de Prédaire, carrelets sur le sentier littoral de La Bernerie
la fontaine aux bretons, le dolmen de Prédaire, carrelets sur le sentier littoral de La Bernerie
la fontaine aux bretons, le dolmen de Prédaire, carrelets sur le sentier littoral de La Bernerie
la fontaine aux bretons, le dolmen de Prédaire, carrelets sur le sentier littoral de La Bernerie
la fontaine aux bretons, le dolmen de Prédaire, carrelets sur le sentier littoral de La Bernerie

la fontaine aux bretons, le dolmen de Prédaire, carrelets sur le sentier littoral de La Bernerie

tu pars en famille pour une semaine, pour un mariage en Vendée, en plein premier week-end de vacances juillettistes; 9 h d'autoroute avec 2 h 30 pour sortir de Paris contre 1 h 15 normalement; le retour des jours heureux a dit le résident de la Rance
tu ne vas pas au mariage, tu ne connais pas cette famille
mais à 5, on a 5 jours d'escapades à inventer; évidemment les propositions via internet sont on ne peut plus variées; le plus difficile est d'être à l'écoute des désirs de chacun et de concilier les sorties communes et les sorties à moins de 5
y a tant de choses à voir dit la chanson
en réalité, ce n'est pas vrai 
 
balade à 4 du dimanche 11 juillet 2021 du côté de La Bernerie; tu t'adresses à certaines des personnes que tu rencontres; et du charme, de la beauté, de la réflexion s'ensuivent, justement sur la beauté devant un des dolmens du site de Prédaire te dit une jeune mère de famille, tu es étonné, la beauté d'une tombe, d'un monument funéraire dont on ne connaît pas bien les fonctions, le symbolisme; beauté comme émotion subjective, goût personnel et ou formaté, Beauté éternelle, beauté sublime de la nature en paix, en colère, sublime dynamique, beauté de la laideur; revue cinq heures après à Pornic, près des glaces de La Fraiserie, une institution, la dame te dit qu'elle réfléchit encore à ce qui s'est échangé
 
lundi 12 juillet, parcours à 3; 28 kilomètres pour faire le Grand Chemin (mal balisé, on s’est perdu deux fois donc retards), partis à 17 h 15, arrivés à 23 H 45 et au gîte loué à 1 h 30 du matin; parcours sans attrait bucolique (pub des offices de tourisme), avec embûches glissantes sur les pistes de VTT (deux chutes dans la gadoue); c’est sur une partie de ce parcours qu’a été filmée le film Le grand chemin avec Anémone et Richard Bohringer en 1987 (Jean-Loup Hubert); sur ce parcours, tu vois ce qu'est l'élevage intensif, grosses fermes à viande (porcs, poulets en batterie, vaches et veaux en prairies, champs de maïs et autres céréales; Vendée et Bretagne sous cet angle ne sont guère enviables et ce n'est pas demain que cette agriculture se transformera)
les 2 qui ne sont pas venus auraient eu du mal à finir ce parcours
 
 
 
mardi 13 juillet, le lac de Grand-Lieu) à 4
 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lac_de_Grand-Lieu

 
 
au pavillon de chasse de Jean-Pierre Guerlain au lac de Grand-Lieu
j'ai consulté longuement un fabuleux livre numérique de 35 pages sur contes et légendes, appelé légendaire du lac de Grand-Lieu, commençant par la conférence des oiseaux d'Attar (1177), passant par l’eau et les rêves de Bachelard (1942), citant La quête de joie d’un poète que j’avais lu et perdu de vue, Patrice de la Tour du Pin, poème écrit en 1933, à 19 ans; ressurgit à cette occasion, un autre poète lu et perdu de vue Henri Pichette et Les épiphanies
ajoutez l’expérience olfactive des odeurs, l’expérience auditive des cris, chants, l’expérience visuelle à la jumelle des vols de milan et autres prédateurs, des envols des aigrettes, des glissades de canards, des poses de hérons, et ... soudain tu réalises: chez ces volatiles, les mâles paradent et la femelle choisit ou chez les mammifères les mâles se battent et le mâle dominant prend possession de la horde, de la harde, de la meute; il te semble que chez l'homme depuis l'origine quelque chose a dévié, engendrant le patriarcat et cette déviation est de loin, la plus nocive, la domination masculine est inscrite très loin dans le temps, striatum oblige; là encore malgré des avancées, des recherches (Sébastien Bohler, Ivan Jablonka), ce n'est pas demain que ça changera 
 
le 14 juillet, on a fait à 5, 3 H de bateau électrique sur une rivière à Port Saint-Père, expérience d’immersion dans un milieu préservé, travaillé, exploité autrement, jouxtant le lac de Grand-Lieu; on était pourtant près du Puy du Fou; on a refusé cette proposition
 
15 juillet
discussion à 5
que fait-on ?
V. émet l’idée de l’océan, aller à l’océan
K. cherche dans un rayon de 30 Kms ce qui se propose
j’avais souhaité pas plus de 30 Kms 
(ils m’appellent pépé Catherine = je me déplace sans rien comme la Deneuve, je me fais tout payer)
elle tombe sur Saint-Gilles Croix de Vie
tilt
j’associe immédiatement avec Marina Tsvetaeva qui y a séjourné en 1926
je sais qu’il y a une statue monumentale d’elle assise sur un banc, 
un bronze du sculpteur Zourab Tsereteli, inauguré le 16 juin 2012, don du peuple russe au peuple français signé Vladimir Poutine, 
poétesse honorée en 1993 par la venue d’Alexandre Soljenitsyne
 
journée très chargée émotionnellement
cette escapade rêvée il y a 3 ans, devenait réalité
j’ai dit un poème de Marina, un poème d’amour bien sûr 
un poème d’un homme adressé à l’aimée qu’il remercie de ce qu’elle lui apporte
 
Je ne scruterai pas tes voies,
Mon aimée : tout s'est accompli.
J'étais nu-pieds, tu me chaussas
De cheveux et de larmes -
De leur pluie.

Je ne demande pas combien
T'auront coûté ces huiles.
J'étais nu - alors tu m'as ceint
Des vagues de ton corps,
Comme une île.

Plus légers que l'herbe mes doigts
Vont effleurer ta nudité.
Tu m'appris - moi qui étais droit -
La tendre inclinaison, en tombant à mes pieds.

Dans tes cheveux laisse m'enfouir,
De lin ne m'enveloppe pas trop.
Myrrhophore ! à quoi bon la myrrhe ?
Tu m'as baigné toi-même,
Telle un flot.

26-31 août 1923         
 
cela fut fait le 15 juillet 2021, 45 jours avant la pendaison de Marina, le 31 août 1941, il y a 80 ans
 
elle avait écrit à Boris Pasternak
“Toi et moi, nous n’avons jamais cru à une rencontre ici-bas, pas plus qu’à une vie ici-bas, n’est-ce pas ?” 
 
lire la fabuleuse correspondance à 3 (Marina, Boris, Rainer Maria) et Ma soeur, la vie de Boris Pasternak
 
merci la Vie
 
un ami me demande si le panneau La Vie est barré; en entrée de ville, le nom n'est pas barré, en sortie de ville, le nom est barré; là, il s'agit d'une rivière, le nom n'est barré nulle part; sans doute parce qu'une rivière s'écoule, jamais deux fois la même, et parce que La Vie est éternelle
 
 
le magnifique livre numérique de 35 pages qui mériterait d'être accessible par internet pour s'y attarder
le magnifique livre numérique de 35 pages qui mériterait d'être accessible par internet pour s'y attarder
le magnifique livre numérique de 35 pages qui mériterait d'être accessible par internet pour s'y attarder

le magnifique livre numérique de 35 pages qui mériterait d'être accessible par internet pour s'y attarder

le pavillon de chasse du parfumeur Jean-Pierre Guerlain, aujourd'hui lieu de propositions artistiques surprenantes; rencontre avec la poétesse Marina Tsvetaeva à Saint-Gilles; natuno de l'artiste colombienne Lucy Pereyra
le pavillon de chasse du parfumeur Jean-Pierre Guerlain, aujourd'hui lieu de propositions artistiques surprenantes; rencontre avec la poétesse Marina Tsvetaeva à Saint-Gilles; natuno de l'artiste colombienne Lucy Pereyra
le pavillon de chasse du parfumeur Jean-Pierre Guerlain, aujourd'hui lieu de propositions artistiques surprenantes; rencontre avec la poétesse Marina Tsvetaeva à Saint-Gilles; natuno de l'artiste colombienne Lucy Pereyra
le pavillon de chasse du parfumeur Jean-Pierre Guerlain, aujourd'hui lieu de propositions artistiques surprenantes; rencontre avec la poétesse Marina Tsvetaeva à Saint-Gilles; natuno de l'artiste colombienne Lucy Pereyra
le pavillon de chasse du parfumeur Jean-Pierre Guerlain, aujourd'hui lieu de propositions artistiques surprenantes; rencontre avec la poétesse Marina Tsvetaeva à Saint-Gilles; natuno de l'artiste colombienne Lucy Pereyra
le pavillon de chasse du parfumeur Jean-Pierre Guerlain, aujourd'hui lieu de propositions artistiques surprenantes; rencontre avec la poétesse Marina Tsvetaeva à Saint-Gilles; natuno de l'artiste colombienne Lucy Pereyra
le pavillon de chasse du parfumeur Jean-Pierre Guerlain, aujourd'hui lieu de propositions artistiques surprenantes; rencontre avec la poétesse Marina Tsvetaeva à Saint-Gilles; natuno de l'artiste colombienne Lucy Pereyra
le pavillon de chasse du parfumeur Jean-Pierre Guerlain, aujourd'hui lieu de propositions artistiques surprenantes; rencontre avec la poétesse Marina Tsvetaeva à Saint-Gilles; natuno de l'artiste colombienne Lucy Pereyra

le pavillon de chasse du parfumeur Jean-Pierre Guerlain, aujourd'hui lieu de propositions artistiques surprenantes; rencontre avec la poétesse Marina Tsvetaeva à Saint-Gilles; natuno de l'artiste colombienne Lucy Pereyra

le 16 juillet, jour du retour, on fait le choix de la proximité, la forêt d'Aizenay, un massif de 450 hectares avec quelque part à l'intérieur  un étang et le sentier du souvenir, le crash d'un bombardier US, le 27 mars 1944; le cratère creusé par l'appareil déjà explosé, les inscriptions sur les ailes de l'avion = moment d'émotion et conscientisation d'une coïncidence :
Marcel Conche a 22 ans ce jour-là; il raconte dans plusieurs récits sa traversée d'une clairière où se bafrent des nazis, ce qui explique leur désintérêt pour ce jeune homme qui tente de passer le plus normalement possible;  il ne sait pas que ce sont ceux de la 2° division SS Das Reich qui a pendu 99 hommes sans rapport avec la résistance à Tulle le 9 juin 1944, en a envoyé 149 à Dachau avant le massacre d'Oradour-sur-Glane, 642 victimes en moins de 3 h, le 10 juin 1944
 
 
nous n'avons pas trouvé le parking du souvenir; garés dans une zone artisanale, nous tombons sur des pruniers chargés de petits fruits, rouges, jaunes, rosés; ils sont délicieux
le sentier du souvenir à Aizenay
le sentier du souvenir à Aizenay
le sentier du souvenir à Aizenay
le sentier du souvenir à Aizenay

le sentier du souvenir à Aizenay

tu as quand même réussi à lire, tu as choisi des lectures estivales

Sur le peu de révolution de Bernard Noël et Michel Surya, 71 pages

Liberté, Égalité, Fraternité avec Mona Ozouf, Michelle Perrot, Cynthia Fleury, 75 pages

êtes-vous par l'ardeur à comprendre emportés ?

une chose te frappe : ces écrits, ces entretiens s'appuyant sur l'histoire, la sociologie, intégrant la longue durée chère à Braudel, ne te paraissent pas suffisamment prendre en compte un universalisme plus englobant que celui des droits de l'homme (droits de la Terre, droits du Vivant, de tous les vivants), te paraissent aveugles à ce qui a nom la domination masculine et à ce qui se développe en réaction à cette domination, en particulier, les techniques de développement personnel, d'éveil spirituel (travail sur soi, très méticuleux, au millimètre, avec dans le collimateur la source de toutes les tensions: le jugement; prise de conscience aussi de la place majeure que doit jouer l'Amour inconditionnel, l'agapé; ce que tu ramènes au pharmacon: tu es aimé, tu es mon bien-aimé, objet du roman Alors, ton livre d'éternité, tu le rends quand ?)

un livre édité par La Nerthe, à Toulon, un livre édité par Les éditions de l'aube à la Tour d'Aigues
un livre édité par La Nerthe, à Toulon, un livre édité par Les éditions de l'aube à la Tour d'Aigues

un livre édité par La Nerthe, à Toulon, un livre édité par Les éditions de l'aube à la Tour d'Aigues

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La voix du Moloch / Sandrine-Malika Charlemagne

7 Juin 2021 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #engagement, #développement personnel, #récit vie Paris auteurs auditeurs, #écriture

Moloch Moloch
Moloch Moloch
Moloch Moloch
Moloch Moloch

Moloch Moloch


La voix du Moloch

Sandrine-Malika Charlemagne

préface René de Ceccatty

collection Souffles

Velvet

 

L'auteur de La voix du Moloch, lauréate du CNL pour ce livre, est présentée p. 9. Présentation classique de C.V.

 

Je préfère vous la présenter au travers de son témoignage audio et écrit paru le 14 février 2021 dans Front Populaire. Le jour de la Saint-Valentin, alors qu'elle constate combien difficile semble être de pouvoir vivre en harmonie. Et pourtant. N’est-ce pas vers cet idéal qu’il nous faudrait tendre tous ensemble ? Sans distinction de « race » ou de religion. Elle dit idéal et non rêve, utopie. L'harmonie comme idéal mais aussi comme réalité quand jouent l'orphéon du village, la fanfare du quartier, l'orchestre symphonique de la région, quand le choeur féminin-masculin du pays chante L'hymne à la joie de Beethoven. Chacun sa partition, son instrument et de ces identités, de ces différences sous la houlette du chef d'orchestre ou de choeur, une œuvre, à l'unisson, en harmonie.

 

Moi, Sandrine-Malika C., métisse, prolétaire, fille d’un père algérien (cuisinier) et d’une mère française (vendeuse au Printemps), je revendique ici mon altérité et mon refus de m’inscrire dans une case. J’ai passé mon enfance dans un petit deux-pièces du 10e arrondissement de Paris, sans douche et sans eau chaude. C’était dans les années 80. Je partageais ma chambre avec ma sœur cadette, Sabrina. Mes parents dormaient dans la salle à manger. La précarité fut notre lot. Les sorties culturelles inexistantes, les achats superflus bannis du budget, les habits achetés le plus souvent chez Tati, aucun vêtement de marque à la maison. Il fallait faire avec à l’école, malgré la honte d’être une gamine qui n’était pas fringuée à la mode. Rêver d’un jean Levis ou Lee Cooper et regarder les boutiques des magasins parisiens avec envie. Et se demander parfois ce qu’on faisait dans cette ville qui vous offrait tant alors que vous aviez si peu à dépenser. Par chance, vous n’étiez que quatre dans votre 33 mètres carrés. Pour ta mère, nourrir deux petites bouches, c’était déjà bien difficile. Tu n’oses imaginer ce qu’il en aurait été si vous aviez été plus nombreux … Ta mère disait souvent : « Vous me coûtez trop chers ! Je me crève au boulot, tout ça pour les marmots ! » La misère peut rendre fou. Fou de frustrations. Fou de désirs inassouvis. Et en conduire certains sur de mauvais chemins. Ce qui serait ton cas. Suivie par la PJJ (protection de la jeunesse judiciaire) pendant un an. Mais grâce à ton éducateur, qui saurait trouver les mots justes, tu fuirais les magouilles à la petite semaine et chercherais à te construire avec d’autres outils. Les moyens du bord. Non, je n’étais pas une jeune victime mais une jeune fille-femme à qui la chance faisait défaut et qui devait se battre plus que celles et ceux mieux lotis qu’elle. Je suis donc une française d’origine algérienne par son père, et picarde par sa mère. Alors qui suis-je ? … Pas 100% algérienne pour rentrer dans la case « racisée ». Pas 100% européenne pour rentrer dans celle de « la blanchité ». C’est pourquoi je préfère l’altérité, l’appartenance multiple. Les liens du sang ne sont-ils pas rouges pour tous ? Sans doute ce que nous oublions. La couleur du sang. La même pour tous. C’est pourquoi aussi je préfère la foi tranquille, sans prosélytisme, sans chercher à imposer à d’autres des valeurs qui ne sont pas les leurs. Et que je préfèrerais en rire si je voyais un petit Mahomet nu sur une trottinette ou en robe de chambre sur un âne, plutôt que d’en appeler à la vengeance, au lynchage … Je ne reconnais le sacré que dans la bonté et l’humilité des cœurs. Et combien je me sens révoltée quand la mort frappe. Attentats terroristes. Bavures policières. Les guerres. Oh combien difficile semble être de pouvoir vivre en harmonie. Et pourtant. N’est-ce pas vers cet idéal qu’il nous faudrait tendre tous ensemble ? Sans distinction de « race » ou de religion … Mais voilà. Le plus souvent, les humains ne sont pas ainsi. Au contraire, ils raffolent de distinctions, ça évite de perdre son temps à essayer de comprendre les gens, ça permet de les ranger dans une petite case, ou de leur coller une étiquette sur le front. Ce qui est fort dommageable, c’est qu’on en arrive à se haïr et à s’entretuer au nom de ces petites étiquettes. Et qu’au nom de telle ou telle cause, des hiérarchies s’établissent. A se demander si nous ne participerions pas collectivement à un concours, une sorte de marathon, dont le prix serait décerné à la plus « victimisée » des victimes. Quel est donc ce monde, où une telle course semble le seul moyen de retrouver la paix ? Je dédie ces mots à mon père, mort à 49 ans, enterré en Algérie, et à ma mère qui, à l’âge de 65 ans, s’est enfin offert un ballon d’eau chaude, pour son deux-pièces à Paris.

Lettre-témoignage publiée dans Front Populaire, 14 février 2021

https://frontpopulaire.fr/o/Content/co396358/lettre-d-une-neo-indigene-mi-racisee-issue-de-la-blanchite

 

Un roman titré La voix du Moloch demande qu'on s'interroge sur qui est le Moloch ?

 

1- Dans la démonologie chrétienne, Moloch est le Prince du pays des larmes, qui se repaît des pleurs des mères à qui l'on vole leurs enfants.

Dans le roman, la voix du Moloch envahit, possède Alice, la fille détestée par sa mère. Moloch est cette voix intérieure, ce démon dont l'emprise séductrice est irrésistible.

La mère, elle, n'entend que des voix, mauvaises conseillères, pour choisir ses dadas au tiercé. Arrivée à l'âge de la retraite, de plus en plus dépendante, elle ne rêve que de gagner gros par le jeu, le hasard heureux, la chance, elle qui n'a gagné que si peu par le travail. Evidemment, cela ne se produit pas.

Aparté d'un vieux tentant de devenir sage : L'abondance ne s'obtient pas ainsi. C'est de la mauvaise abondance, imitant l'abondance des riches, abondance souvent mal gagnée, non partagée et qui déhumanise ceux qui croit la posséder alors qu'elle les possède, les dépossède de leur être au profit de leurs avoirs. L'abondance ne vient que si on en pose l'intention, que si l'on fait attention aux coïncidences et synchronicités (pas au hasard), que si on livre-délivre l'intention au Tout, à la Source, au Souffle, que si l'on n'attend pas le résultat, que si on laisse faire, que si on lache prise.

La fille entend la voix du Moloch l'invitant, l'incitant à tuer sa mère, devenue quasi-clocharde, quasi-folle, internée, et dont la fille habitée par la haine, autre visage de l'impossible rupture du lien familial, a honte. Honte de sa mère, honte d'elle-même, hontes en miroir, hontes en cascades. Les préparatifs du meutre sont étalés dans le roman jusqu'au passage à l'acte dans le chapitre 13. Las, le coup de fusil tiré dans la nuque de la mère ne l'a pas tuée parce que la balle est restée à un endroit du canon. Coup de tonnerre. On comprend que ce projet pour lequel elle sollicite ou tente de solliciter des amis est un projet destiné à ne pas se réaliser. Alice ne sera pas une meutrière. Elle n'est pas dans le dilemme : tuer ou mourir puisqu'elle tente plusieurs fois de vaines tentatives de suicide tout en envisageant le meurtre. L'ambivalence d'Alice envers elle-même comme envers sa mère est sa prison mentale, faite d'envie d'amour, de tendresse et de haine, faite de hontes multiples et aussi de fierté, de dignité, de devoir.

Aparté d'un vieux tentant de devenir sage : la psychologie à l'oeuvre dans cette autofiction, nourrie d'auto-biographie (mais inutile de chercher à démêler) est ce qu'on appelle la psychologie victimaire. Victime, c'est toujours la faute à l'autre, aux autres. C'est une position confortable puisqu'on est dans son bon droit, puisqu'on réclame justice, reconnaissance. Si lutte, il y a, elle est légitime et généralement sont légitimés les moyens de la lutte, même illégaux. C'est le fameux distinguo entre droit naturel et droit positif. Mais Alice même si elle cite Daniel Bensaïd, même si elle semble tentée par la lutte révolutionnaire (on pose une utopie, un projet, un idéal, d'harmonie entre les gens pour elle) ou anti-capitaliste (on est contre, systématiquement contre ce système, on est dans la préservation des acquis, dans d'évenuelles extensions de droits, on s'accommode en fait du système en prétendant le combattre) est bien obligée de constater l'apathie de sa mère, son incapacité à envisager une sortie, une issue par le haut. De même pour les luttes collectives. Elle est surprise par le fait que la colère réelle, sourde de millions de gens ne produise pas des raz de marée de contestation, d'insurrection, de désobéissance, de prise et d'exercice de pouvoirs jusque-là refusés, inaccessibles.

Le roman d'Alice (pas celui de Sandrine) est le roman de toutes les sortes de vie qu'elle côtoie, pratique dans 3 arrondissements de Paris, le XVIII°, le XI° et le X°.

2 - Par analogie, Moloch désigne Individu, institution ou chose barbare, cruel(le), qui exige des sacrifices. État moloch, moloch économique. La Dette est le Moloch auquel sont sacrifiés les plus nombreux, les plus démunis, les plus précaires, les générations futures.

L'unité nationale est devenue une sorte de divinité terrible, un Moloch, auquel les Français sacrifient la diversité ethnique, linguistique et historique de leurs provinces, comme autrefois les Carthaginois leurs enfants. Le Monde, 9 sept. 1981.

Dans le roman, il est question de ces sujets particulièrement clivants : identité, diversité, migrants, assistés, marginaux. Alice a la chance d'avoir la peau blanche. Cette métisse aux longs cheveux épais ne passe pas pour une arabe. Elle est préservée en partie des insultes, humiliations des racistes comme elle est préservée de la soumission aux rituels religieux. Précaire mais cultivée, Alice a des outils pour apprécier la vie. Le paradoxe de ce roman, c'est qu'Alice la haine-la hyène nous fait vivre par petits tableaux et récits de très beaux moments de poésie. Impossible de détester la ville. Avec Alice, nous partageons des moments de vie intenses et authentiques, avec Nicole, avec Aminata. Alice aime la vie, nous la fait aimer, elle nous fait aimer ses amours, Juba, Michel et d'autres, elle nous fait aimer son quotidien, les terrasses de cafés où on se livre, les balades à toute heure, surtout le soir, au bord du canal de l'Ourcq ou les soirées où tout est possible, chez Marie, la femme d'un couple libre à la Beauvoir-Sartre.

3 - Metropolis est le film incontournable sur la ville-Moloch.
Le roman se passe dans certains quartiers de Paris, XVIII°, XI°, X°. Paris est-elle ville-Moloch ? Le quartier de La Chapelle, la Goutte d'or sont des lieux de la précarité à Paris. Les tentes sous le pont de la Chapelle montrent-cachent la marginalisation des migrants livrés à la débrouille. Les tentes sous les ponts du canal montrent-cachent la marginalisation des SDF livrés aussi à la débrouille. Aucun misérabilisme dans les récits d'Alice. Des descriptions en empathie, en compassion avec ces frères et sœurs de condition, avec la même couleur de sang : rouge. La débrouille, c'est aussi ce qui caractérise la bohême artiste que fréquente Alice. Il y a une porosité des milieux (bourgeoisie bobo et artistes) permettant le frottement si pas le mélange, l'assimilation en place de la ségrégation, de la discrimination.

La voix du Moloch n'a pas le côté terrifiant, glaçant annoncé par l'évocation de ce démon sanguinaire, cruel. Et cela par la grâce avec laquelle Alice vit sa vie de précaire, de bohême.

Au bout de la patience, il y a le ciel. Un des proverbes d'Aminata.

Aparté d'un vieux tentant de devenir sage : Sandrine-Malika Charlemagne est sur un chemin d'éveil qui lui fera découvir que l'important, l'essentiel est le travail sur soi, travail lent, exigeant, patient, humble pour se connecter-reconnecter en clairvoyance, en clairaudience avec le Tout, la Source, le Souffle.

It’s not the daily increase but daily decrease. Hack away at the unessential. — Bruce Lee

Ce n’est pas l’augmentation quotidienne, mais la diminution quotidienne. Supprimez ce qui n’est pas essentiel.

En Dyonisie, le 7 juin 2021, 10 H 00.

Moloch dans Salammbô / Moloch-Metropolis  ET
Moloch dans Salammbô / Moloch-Metropolis  ET

Moloch dans Salammbô / Moloch-Metropolis ET

ET Jésus Jésus
ET Jésus Jésus

ET Jésus Jésus

écritures nomades avec les sans-papiers de La Chapelle, atelier proposé par Marina Damestoy
écritures nomades avec les sans-papiers de La Chapelle, atelier proposé par Marina Damestoy

écritures nomades avec les sans-papiers de La Chapelle, atelier proposé par Marina Damestoy

Jean-Claude Grosse

 

Les marchands

 

il y a longtemps

un philosophe a inventé

sur papyrus grec

la cité idéale la cité communiste

les enfants étaient retirés aux parents éduqués par la cité

les femmes libérées occupaient les mêmes fonctions que les hommes

les citoyens délibéraient la cité était gouvernée par le philosophe-roi

les marchands n'avaient pas droit de cité restaient aux portes de la cité

les échanges se faisaient à l'extérieur de la cité par des citoyens incorruptibles

parce que les marchands sont des voleurs des corrupteurs

les marchands étaient sous contrôle dans la cité idéale de Platon

 

les marchands ont vendu le philosophe communiste comme esclave à un roi-philosophe

 

lui c'est une figure de légende

il a chassé les marchands du Temple

il a pris une longue corde avec un gros nœud au bout il l'a faite tournoyer

elle cinglait les visages et les jambes des marchands courant dans tous les sens

les étalages des étals s'étalaient par terre

les affamés de Judée se vautraient dans les restes de substantifique moelle

 

les marchands ont crucifié le justicier

 

le temps passe

l'eau coule sous les ponts de Paris

sous le pont de La Chapelle il n'y a pas d'eau

sous le pont de La Chapelle il y a des migrants

sous le pont de La Chapelle il y a des rêves

on veut rejoindre l'Europe

on veut l'asile politique

on veut la maison

on veut l'argent pour vivre

on veut la santé gratuite

on veut faire venir la famille

sous le pont de La Chapelle il y a des rêves

de là-bas

de pays quittés

d'Érythrée

d'Éthiopie

de Somalie

du Mali

du Soudan

du Niger

du Tchad

de Libye

de Mauritanie

d' Afghanistan

du Pakistan

du Maroc

de Tunisie

là-bas il y a les marchands de rêves

ici il y a les marchands de sommeil

partout il y a les marchands d'armes

marchands de canons

marchands de Rafale

marchands de mines anti-personnelles

marchands de kalachnikov

marchands de Mistral

partout il y a les marchands d'argent

les prêteurs aux taux d'usure

les traders à la nanoseconde

partout les marchands de corps

de femmes de filles et fillettes

de garçonnets à enculer

les marchands d'organes

les marchands de drogues

les marchands de cultes

de prédictions d'avenir de pronostics

de passé à ne pas oublier pour manipuler

shoah génocides crimes contre l'humanité

les marchands de graines de semences d'OGM

les marchands de terres de biens immobiliers

les marchands d'art d'oeuvres d'art et de faux

 

heureusement il passe tous les soirs

pour faire le noir

le marchand de sable

 

il n'est pas passé pour moi la nuit dernière

sous le pont de La Chapelle je suis allé

sous le pont de La Chapelle j'ai écouté

j'ai écouté Rachid 51 ans parti depuis 2002 du Maroc

sous le pont depuis le 28 février 2015

j'ai écouté Hassan 28 ans parti du Maroc depuis 2006

sous le pont depuis le 8 mai 2015

ils m'ont parlé

je leur ai donné de quoi téléphoner au pays

Rachid a laissé une femme et deux filles 12 et 17 ans

Hassan n'a pas de femme

sous le pont de La Chapelle une belle Africaine m'a accroché

je lui ai offert des makrouts

achetés pour donner au hasard sous le pont

j'aurais bien accepté une tentation

j'ai reçu le sourire de deux jeunes Érythréennes

assises sur des matelas

il m'a transpercé

sourire de l'innocence de la grâce

aucun sourire de cette beauté dans nos cités polluées

et là sous le pont de La Chapelle

l'annonciation

l'évidence

l'humanité peut être belle

 

le soir dans mon lit

je me suis branlé

 

le midi je m'étais lancé dans l'apologie de la maxime d'Épicure

le bonheur malgré tout

Épicure se promenant et voyant le campement sous le pont de La Chapelle

passe son chemin

ne répond pas aux bonjours

ne met pas un billet dans la gamelle sur le trottoir

ne jette pas un œil sur la musulmane voilée qui en voiture

apporte un grand plat de semoule et une cocotte de légumes

de quoi pour 10

20 se jettent dessus

s'arrachent les assiettes

des chameaux furieux dit Rachid

 

Yanna me dit c'est pareil au pays des castes

si ces migrants sont là c'est à cause de leur karma

il y a de l'expiation dans l'air

on ne doit pas intervenir

et au pays des castes on n'intervient pas

 

Rachid dit les Italiens sont égoïstes

les Français sont bons

les flics italiens sont cool

les flics français sont féroces

tous les migrants passent par la Libye

pas de visa

tu prends l'avion

tu débarques

tu paies un bateau pour traverser

tu peux ne pas débarquer

nous on a débarqué en Italie

le train la France

on ne rêve pas d'arriver à Calais pour passer la Manche

on n'a pas la gare du nord en point de mire ni l'eurostar

l'Angleterre ne nous tente pas

notre vie sous la tente c'est pas marrant

entre communautés c'est pas marrant

y a que 2 toilettes de chantier

on arrive à se doucher 2 fois par semaine

les gars de la corne d'Afrique veulent pas se laver

leur douche c'est la pluie

j'ai tenté d'assurer la propreté

de ramasser les pollutions

je vois un gars pisser dans une bouteille

lui demande la bouteille pour l'évacuer

il la jette dans la rue où elle explose

des sauvages ces Africains

ils ne méritent pas l'Europe

quand des Africains apportent de la nourriture

ce n'est que pour les leurs

ils sont musulmans

et ils font la charité à une vitesse

ils ne méritent pas le paradis

 

oui la vie sous la tente c'est pas tentant

2 petits dej offerts par Jaurès

des assos nous aident un peu à survivre

France Terre d'asile rue Doudeauville

 

oui je vois la queue plusieurs fois par semaine

quand je conduis Rosalie à l'école

 

ils sont forts à Terre d'asile

ça demande des mois

en tout cas crois pas

que la vie sous la tente sous le pont de La Chapelle c'est un choix

 

non je ne le crois pas

ce qui me paraît

le mot manque

c'est que la vie précaire

la vie errante

la vie sous tente

la vie de tente en tente

ça peut durer des années

incroyable

je suis là dans mon petit confort

qui suppose que l'enfer soit installé ailleurs

je suis là à rêver de sécurité

toutes les sécurités avec les clefs allant avec

ce qui suppose que l'insécurité règne ailleurs

et des hommes survivent aux conditions de vie que nous leur infligeons

 

le lendemain soir

seul dans mon lit

j'ai posé la question à voix haute

essaiera-t-on l'hypothèse communiste ?

 

 

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Journal d'un égaré/Les promeneurs solitaires

17 Octobre 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse, #essais, #écriture

Journal d'un égaré/Les promeneurs solitaires

Est paru le 17 octobre, Journal d'un égaré de Jean-Claude Grosse, 317 pages, 43 entrées.
 

Journal d'un égaré

Jean-Claude Grosse

Sommaire

 

1 – Que dire sur le commencement ?

2 – La vie des plantes (Emanuel Coccia) / La Réunion, le choc végétal /

3 – De la grotte de Lascaux à la grotte du Vallon Pont d'Arc

4 – Invitation à création : 1000 mots pour la grotte Chauvet et l'Ardèche méridionale

5 – Lettres familières de Pétrarque à son frère Gherardo, moine à la Chartreuse de Montrieux

6 – On donne quoi quand on ne donne pas son temps

7 – L'été du Léthé du 1° juillet 2017 : Marie Madeleine

8 – Colloque sentimental  (Paul Verlaine et Stefan Zweig)

9 – Propositions pour une pensée élaborée par frottements entre plusieurs corps et pensées

10 – La Liberté (Marcel Conche)

11 – Présentation de ma philosophie (Marcel Conche)

12 – Ultimes réflexions (Marcel Conche)

13 – Métaphysique (Marcel Conche)

14 – Penser encore (Marcel Conche)

15 – Épicure en Corrèze (Marcel Conche)

16 – Un peu de temps sur le Temps

17 – Un de mes voyages au Maroc

18 – Le dit des dunes de l'erg Chebbi à Merzouga

19 – Le dit de la petite pierre tirée de la mer à Port-Cros

20 – La vie / la poésie

21 – Exercices d'admiration

22 – La mort de la bien-aimée (Marc Bernard)

23 – Au-delà de l'absence (Marc Bernard)

24 – Tout est bien ainsi (Marc Bernard)

25 – Le corps quantique (Deppak Chopra)

26 – Le fabuleux pouvoir de vos gènes (Deepak Chopra)

27 – Albert Camus, l'engagement est-il absurde ?

28 – Marx, le retour (Yvon Quiniou)

29 – Marx (Yvon Quiniou)

30 – La dernière génération d'Octobre (Benjamin Stora)

31 – L'homme qui aimait les chiens (Leonardo Padura)

32 – Théologie de la provocation / Causes et enjeux du principe totalitaire (Gérard Conio)

33 – Le triomphe de l'artiste / La Révolution et les artistes / Russie 1917 – 1941 (Tzvetan Todorov)

34 – Le cauchemar de Don Quichotte (Matthieu Amiech et Julien Mattern)

35 – Internet, un séisme dans la culture ? (Marc Le Glatin)

36 – Nouveaux médias, nouveaux langages, nouvelles écritures

37 – Qui doit être au centre : l'élève ou l'enseignant ?

38 – Propositions sur l'éducation artistique, la culture et l'école

39 – Quel gay sçavoir pour le 3° millénaire ?

40 – Rêve d'une école de la vie

41 – Jeu de l'invitation à la vie

42 – Le cosmos et le lotus (Trinh Xuan Thuan) /

Opacité / Clarté, entretien entre une cosmologue et un philosophe

43 – Que dire sur la fin ?

1-2-3- Décroissez !

Changer la ville, changer la vie !

Tout commencement est arbitraire.
Il n'y a pas de point zéro

le point zéro de tout big bang est inaccessible.
Tu ne peux tout réinventer, tout recréer.
Pars de ce qui est donné
et que tu ne peux refuser.
Pars de cette violence qui t'est faite
et que tu peux organiser.

Dieu nous a donné la Terre.
Nous la lui rendrons retournée, cultivée.
Il a fait l'animal humain.
Nous lui rendrons l'Homme. (1966)


J'ai osé cela, il y a 50 ans. Osé mêler Dieu à notre aventure terrestre et cosmique. Osé évoquer par trois fois un "nous", espoir d'unité et d'élévation très affirmé. Deux ans après, c'était 1968. Beaucoup, aujourd'hui, critiquent les idées de 68. Je souhaite aux jeunes et moins jeunes de connaître ce que nous avons vécu: un temps de parole, de propositions, de décisions et d'actions. J'ai peut-être eu la chance d'être bien placé: professeur dans le nord et doctorant à Nanterre. Membre élu du comité de grève du lycée et membre du comité de grève de la ville, Le Quesnoy. Le nouveau pouvoir, pendant trois semaines, ce fut l'assemblée générale quotidienne rassemblant 700 personnes en moyenne et qui décidait des tâches du jour pendant qu'au lycée, on jetait les bases, on posait les principes d'autres relations professeurs-élèves  et aux savoirs dont on percevait avec acuité les contenus idéologiques. Et quand j'allais à Nanterre où j'étais doctorant sur une Sociologie des lieux communs, c'était pour retrouver un grand professeur, Henri Lefebvre (Critique de la vie quotidienne, Le droit à la ville, La somme et le reste) et quelques leaders du mouvement du 22 mars dont Daniel Cohn-Bendit que j'ai enregistré en interview pendant 2 H.

Qui oserait 50 ans après, croire au "nous" ? Je vois triompher le "moi". Du "nous" exacerbé au "moi" enflé, tel est notre trajet majoritaire. Je note cependant l'émergence des créatifs culturels. Ils produisent de l'innovation. Cela suffira-t-il ?

Dans l'état actuel des connaissances, il semble qu'aucun Dieu n'a de projet pour l'Homme, que la Terre et le Cosmos n'attendent rien de l'Homme. L'humanité est vouée à disparaître. Puis la Terre. Puis le Soleil. Règnent le hasard et le chaos, avec de ci de là, dans le désordre universel, quelques zones d'ordre éphémère. Cela, nous pouvons en être à peu près sûrs malgré tous les créationnistes.
Dans l'état actuel de la pensée, il semble que des preuves n'existent ni pour une philosophie (une métaphysique) ni pour une religion.
Pour une religion, on a affaire à des croyances intimes ou forcées par coutumes et traditions.
Pour une philosophie, on a affaire à des convictions argumentées mais qui ne peuvent convaincre que celui qui veut être convaincu.

Je préfère les convictions aux croyances, les arguments fondés en raison plutôt qu'une adhésion irrationnelle à des dogmes ou une adhésion intime, indicible.
Donc, ma recherche de la vérité, but de la pensée et expression de ma liberté, ne peut être qu'une recherche ininterrompue jusqu'à ma mort. Cela ne veut pas dire que je change de convictions (il y a des convictions vécues qui se renforcent avec le temps, d'autres qui perdent de leur vigueur) alors qu'il peut m'arriver de changer d'opinions, plus fluctuantes parce que sans doute assez anecdotiques et superficielles (il en est ainsi pour moi des opinions politiques, même si j'observe ma fidélité parfois contre vents et marées et désillusions amères aux choix politiques, aux valeurs dites de gauche ; la seule opinion dite de gauche ou républicaine que j'ai refusée par deux fois, faire barrage au FN, la manipulation était énorme, tant et tant sont tombés dans le piège). Aujourd'hui, je m'abstiens.

Il peut aussi y avoir des tournants dans notre manière de voir, de sentir, de penser le monde.....

Que dire sur la fin ?

La fin est connue :

Individuellement

ma mort, ta mort, sa mort, notre mort, votre mort, leur mort.
 

Cette destination ne décide pas du dessin

de ma vie, de ta vie, de sa vie, de notre vie, de votre vie, de leur vie.

Quand les dessins de vie sont devenus destins, je parle de FINS DE PARTIES.

Les FINS DE PARTIES des « miens »

je m'en fais l'épitaphier

pour mon père :

Sur la pointe du pied

je suis parti

Crainte de déranger

même en faisant si peu de bruit (7 février 1986)

 

pour ma mère :

 

Au secret

je pars à regret

Beau jeu de ma vie

par quelle sortie

pour quelle impasse (19 mai 2001)

 

Je ne publierai pas de livre ayant pour titre FINS DE PARTIES.

J'ai écrit des articles sur mon blog : Disparition du Père, Disparition de maman, L'Insolite traversée de Cyril Grosse, Pensée pour Antonio Machado et Michel Bories dit Pof, Ultime performance de la mouette à tête rouge et d'autres. D'autres sont à venir.

On les trouve dans la catégorie FINS DE PARTIES, POUR TOUJOURS sur mon blog.

Je trouve qu'internet est un outil à utiliser contre l'oubli, pour se souvenir, pour transmettre un peu de ce que furent nos aimés (ou pas), pour faire le point aussi sur nos relations, mettre des mots sur les maux, heurs, bonheurs, malheurs.


 

Collectivement

Imaginez la scène. L’espace vide envahi tout à coup par des balles de ping-pong, animées chacune de sa vitesse, qui se touchent, se heurtent, se frôlent. Rebondissent. Incohérentes. Incapables de trajectoires.
Toujours détournées, arrêtées, relancées. Un désordre perpétuel.

- Aujourd'hui nous sommes 7 366 305 303… il accélère  304 305 306… 7, 8 puis la gestuelle qui annonce les autres tout en poursuivant, balles de ping-pong, qui nous agitons dans le
bocal du loto pour faire de bons numéros.
Vous imaginez l’agitation ? Quelqu’un peut comprendre le présent et prédire
l’avenir avec une pagaille pareille ? Les expertises, c’est comme les médicaments. Ça a des effets secondaires prévisibles.

Nous sommes sur la pente :

je t'épuise, je m'épuise à t'épuiser,

tu l'épuises, tu t'épuises à l'épuiser, il l'épuise, nous l'épuisons, vous l'épuisez

quoi ?

La planète

Nous nous rendons très bien compte de la 6° extinction des espèces

et de notre disparition,

morts que nous sommes,

du bulbe, de la moelle, du cerveau, du cœur

depuis l'enfance.

Aucun sursaut.

Plus besoin de stimuli.


 

Achevés pour l'éternité ?

Ou ultime salto réflexe ?

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