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Blog de Jean-Claude Grosse

ecriture

Christian et sa tribu

5 Juillet 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture, #voyages, #épitaphier, #éveil

ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge
ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge
ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge
ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge

ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge

Christian et sa tribu


Tout le monde est occupé
1999
C'est l'histoire d'une jeune femme, Ariane qui tombe enceinte dés qu'elle est amoureuse. Un baiser sur la bouche lui donne le ventre rond. L'amour la rend légère comme une plume. Elle s’élève, sourit, s’endort, ronfle, met au monde. Elle se plante ou est plaquée, c’est pas pareil et c’est pareil. De ses amours (deux éphémères, un éternel) naîtront trois enfants au prénom digne d’un Raymond (D., Q., R.,) ou d’un Henri (M.) :  Manège, Tambour et Crevette.
Quand j’ai lu Crevette, j’ai pensé à un court-métrage de Samir Bouallegue, se passant dans une grande surface.
Comment je lis Christian.
Titre, 1° fois, page 44. Puis répété.
4° de couverture : page 31.
Et stylo-bille. Plus personne ne voudra de mon exemplaire.
X + Y quand on est né sous X (mère) + Y (père) = personne
(c’est la tristesse au fond des yeux de monsieur Gomez). Manège, née d’un père pêcheur à la ligne ne ferme jamais les yeux. Et dans ses premiers mots voit l’avenir « Gomez maman venir » et X (la mère de Gomez né sous X) retrouve 32 ans après, son fils.
Tambour est un bricoleur de génie, né d’un père plombier, Léopold de Gramure, bègue et bel cantor. Faisant une expérience de chimie, ratée, il met le feu à la maison de la tribu. Crevette, née d’Armand, instituteur viré par l’éducation nationale…
« Et Crevette. Ils s’en aperçoivent tous en même temps, un seul cri sort de leur gosier, même Marie bleu nuit (la vierge Marie) hurle avec eux : Crevette dort dans la maison en feu. »
Crevette a brûlé les étapes, dit le drôle monsieur Lucien, lecteur de philosophes. « Dessous la théorie, cherchez la déception. »
Depuis l’incendie, Crevette n’a plus remis les pieds sur terre, dit Tambour.
Crevette vole et danse deux à trois centimètres au-dessus du sol. Ariane décide de se marier avec Armand. Belle fête de mariage, toute la nuit, de toute la tribu,
« une tribu, c’est de la chaleur, du rire et du temps merveilleusement perdu »
Au petit matin, Ariane et Armand montent dans la nacelle de la montgolfière, fabriquée par Tambour, s’élèvent et finissent per disparaître, nobody.

Heureusement qu’il y a des folles non enfermées comme Ariane, Heureusement qu’il y a des fous comme Christian, qui savent qu’au bout de leurs souliers, il y a autant de merveilles qu’au bout du monde,
ou qui font dialoguer un chat Rembrandt et un canari Van Gogh, sur la situation révolutionnaire dans la ville à feu et à sang,  en rouge et or « la suite est prévisible, tout va se calmer, beaucoup de colère aura amené un tout petit peu plus de justice, les commentaires de toutes sortes recouvriront peu à peu le bruit de source de l’événement, c’est ainsi : les choses qui arrivent dans la vie basculent tôt ou tard dans les livres, elles y trouvent leur mort et un dernier éclat », avant que R. ne croque V.G.
Heureusement qu’il y a quelques lecteurs un peu fous pour entendre le rire hénaurme de Christian quand il écrit page 96 « Dieu et monsieur Gomez ont un point commun : aucun des deux ne répond à l’amour de mademoiselle Rosée - mais avec Dieu, il reste une petite chance. »

 

glaneries à coprs ça vit
glaneries à coprs ça vit
glaneries à coprs ça vit
glaneries à coprs ça vit

glaneries à coprs ça vit

Prisonnier au berceau
2005
Titre tiré d’une phrase page 96
« À ma naissance, on m’a couché à l’intérieur d’un berceau de fonte, un demi-obus. Allongé sur le dos, prisonnier au berceau, je contemplais le ciel bleu, ses forges angéliques et ses nuages qui en se délitant, me déchiraient le coeur »
4° de couverture, citation de la page 15.
Livre illustré avec des photos du Creusot
ville du temps de sa prospérité sidérurgique, fournisseuse de locomotives, de canons, broyeuse d’hommes dont certains tombaient dans une cuve d’acier en fusion et dont on ne retrouvait plus rien, disparition parfaite,  page 42
et ville du temps de son déclin, du temps du chômage et de la misère;
un siècle suffit; tout passe
et pour qui aime les télescopages fulgurants, des photos de l’univers d’Emily Dickinson, sa robe, son berceau, des dessins, son testament, sa chambre, sa montre et enfin la porte par où a été sorti son cercueil en 1886
(fin du livre)


Du choix ou pas du lieu de vie, du lieu de passage.
Christian n’a pas choisi de naître au Creusot mais il y est né, y a grandi, n’a plus voulu en bouger, a découvert l’émerveillement dans la proximité, l’éternel (il n’emploie pas le mot éternité) dans la présence fugace, la beauté (le mot n’est pas écrit me semble-t-il) dans l’éphémère (des nuages, des fleurs, des vols d’oiseaux, des sourires et visages, que de mots magnifiques sur son père). Christian a pourtant l’âme gitane. Épousant Lydie Dattas, quelques jours avant sa mort, c’est à Marciac, un haut-lieu du jazz, que Christian est enterré, dans une tombe blanche.
L’ami Marcel Conche a été l’homme de la Maisonneuve à Altillac et l’homme de la maison de sa femme à Treffort. Il n’a quasiment pas voyagé (une fois en Grèce, pour être reçu à l’académie d’Athènes). Il a exercé dans différents établissements secondaires (Evreux, Versailles) puis universitaires (Lille, la Sorbonne). Il est inhumé au cimetière d’Altillac.
Jeune (21 ans), j’ai choisi le village du Revest, acheté un terrain de 2500 m2. C’est là que s’est construit mon ermitage, la villa-joie, que se trouvent mes livres, mes souvenirs. C’est au Revest que se voient les traces de ce que j’ai souhaité pour ce village, un théâtre, la Maison des Comoni.
J’ai voyagé. Sans doute, en ai-je rapporté certains usages du monde, le sens de l’affût, le choix du OUI à ce qui advient. Jeune (24 ans), je fus choisi par A. Et j’ai découvert Corsavy où depuis 60 ans, je passe mes étés, dans une maison de poupée de 36 m2, habillée par A., au coeur du village de 160 habitants. C’est là que se trouvent le caveau familial, mes morts. C.’est là dans ce village d’adoption que je séjournerai, tête dirigée vers le Canigou, montagne sacrée, pieds vers la Méditerranée; mer de noyés.

"A quelques semaines d'une rencontre entre ma classe et monsieur Bobin, je flâne parmi ses oeuvres, à la recherche d'extraits susceptibles de parler à des adolescents. C'est ma bibliothécaire qui m'a mis Prisonnier au berceau entre les mains en disant : « ces jeunes creusotins ne peuvent qu'être sensibles à la façon dont Bobin parle de leur ville. » J'ai vécu à deux pas de la maison d'enfance de Bobin. Ses descriptions du quartier Saint-Charles se confondent avec mes souvenirs. « Personne ne rêve de venir vivre au Creusot », annonce-t-il dès la première page. En effet, c'était une ville ouvrière assez grise, peu propice à la poésie. Cela importe peu à Christian Bobin, qui sait trouver dans les petits riens une source inépuisable de contemplation, mêlée de réminiscences enfantines. L'enfant regardait déjà à travers les carreaux les lilas printaniers, l'envol des oiseaux, avec ce regard avide d'élévation, de rêveries, d'enchantements purs. « C'est dans la mesure où il n'y a rien à voir que les yeux commencent à s’ouvrir. » Quel plaisir que de retrouver dans ses descriptions ces lieux qui ont été ceux de mon enfance, plaisir d'autant plus vif que Bobin les pare d'une beauté que je n'avais pas perçue (pauvre de moi, j'avais les yeux fermés). J'en éprouve une certaine fierté, je me réconcilie avec les murs sombres des usines Schneider, avec la chaudronnerie qui a usé mon père durant des années. Je me sens à nouveau une enfant du Creusot, une enfant de la poésie des herbes folles et des chênes centenaires de la Verrerie. Merci Monsieur Bobin, et à très bientôt l'émotion de vous rencontrer."

 

glaneries à corps ça vit
glaneries à corps ça vit
glaneries à corps ça vit
glaneries à corps ça vit

glaneries à corps ça vit

Un assassin blanc comme neige
2011
Titre émasculé page 41
Dieu est un assassin blanc comme neige.
Demandez-vous sur quoi vous vous arrêtez : Dieu est un assassin / un assassin blanc comme neige / blanc comme neige 4° de couverture, page 53
Page 76 « Lire c’est ajouter au livre, c’est découvrir en s’y penchant, son propre visage dans la fontaine de papier blanc »
Page 90, une citation chère à Thierry Zalic : « un jour, nous comprendrons que la poésie n’était pas un genre littéraire mal vieilli mais une affaire vitale, la dernière chance de retirer dans le bloc du réel »
« La vie éternelle est la vie ordinaire délivrée de nos ensommeillements »
« Comme en rêve, est la formule de l’éveil »
« Le sens de la vie c’est la célébration de la vie »
Page 93 : Hokusai pense à la fin de sa vie que la vie n’est que commencements. « À 90 ans, je pénètrerai le mystère des choses ; à 100 ans, je serai décidément parvenu à un degré de merveille et quand j’aurai 110 ans, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant »
Sa dernière oeuvre: vieux tigre sautant dans la neige. Notre tache : chevaucher le tigre.

Christian m’a fait vivre une chose simple,
que je savais dans la tête mais pas par la fenêtre de l’attention, dans le bureau du regard, dans la salle de l’attente,
qu’à ma façon, je pratiquais mais à la louche, pas à la petite cuiller, que la vie simple, la vie ordinaire (j’ai opté pour vie quotidienne en mémoire de Henri Lefebvre) est la vie éternelle, la vraie vie.
Avec Marina Tsvétaïéva, désolé pour Emily Dickinson (mes deux à rencontrer après mon pas-sage), j’ai échappé, grâce à une phrase d’elle, au tourniquet du nombre univers Pi, à celui de la physique quantique, qui m’avaient permis par la pensée d’accéder à l’éternité et à la fluidité mais pas par-dans le corps.
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Plus de généalogie, de lignée, de séquences infinies de J.-C. dans Pi.
Une origine ?, des commencements sans fin avec des fins, sans nom, sans identité. Jeuh suis précédé de tous ceuh qui sont apparus avant mouah, jeuh suis le précédent de tous ceuh qui meuh succèderont, tous les humains et tous les existants.

Tout à coup, ça semble une évidence, non pas une chaîne, mais des maillons, du tissage, du tressage, de l’intrication, de l’inextricable, des noeuds, des chats dont le bâillement suffit à les défaire, des répétitions, des boucles, des bonds, des salto alto et des tigres pour accomplir notre travail : « sans doute est-ce là le travail que chacun doit accomplir par sa vie : frotter la pièce d’or mise dans notre main à notre naissance, afin qu’elle brille dix mille fois plus quand la mort nous la volera » page 92
Au travail Vita Nova !

 

pour Christian les bébés, c'est divin et les enfants avant l'école, c'est l'émerveillement
pour Christian les bébés, c'est divin et les enfants avant l'école, c'est l'émerveillement
pour Christian les bébés, c'est divin et les enfants avant l'école, c'est l'émerveillement

pour Christian les bébés, c'est divin et les enfants avant l'école, c'est l'émerveillement

L’homme-joie
2012
Titre, page 16 : l’homme-joie, c’est ce roi-soleil, ce roi que nous avons dans le coeur qui quelquefois descend de son trône, descend dans la rue et fait quelques pas, nous faisant sentir, éprouver que nous sommes éternels, selon une pensée de Spinoza.

Christian remarque qu’on lui reproche d’être mièvre. Il n’a pas besoin de romans noirs, de séries noires pour décrire et connaître le monde. En cinq lignes, il assassine les assassins que nous sommes.
« Vous voyez le monde comme moi. Ce n’est qu’un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante. La guerre n’a rien d’énigmatique, c’est d’un banal. Mais l’oiseau là qui s’envole dans le sous-bois. La vie ne cesse pas de combler de bienfaits les assassins que nous sommes. Je veux ici parler simplement de ce qu’on appelle une belle journée, un ciel bleu. Ces expressions désignent un mystère. Parfois, nous nous en apercevons, juste quelques secondes. C’est ce que nous appelons du beau temps. »

Soulage, « expliquer n’éclaire jamais. La vraie lumière ne vient que par illuminations, explosions intérieures, non décidables » comme pour Pascal et la nuit mystique, l’illumination du lundi 23 novembre 1654

Ça m’a fait tomber sur une lettre apostolique du pape François pour le 400° anniversaire de la naissance de Blaise Pascal.

Glenn Gould, pages sublimes, 39 à 48, ça s’appelle l’irrésistible
« Ne jamais contrarier le cours des choses. Ne surtout pas résister au désastre. Quand l’incapacité est là, d’écrire, d’entendre, d’aimer, l’empêchement de toute respiration, vous lui donnez la place, toute la place, son temps, tout son temps »

Dans l’homme-joie, Christian parle de beauté et aussi d’éternité. Dans aucun de ces 4 livres, je n’ai lu le mot agapé, l’amour inconditionnel, sans jugement, sans tri, agapé qui me semble être la force motrice, créatrice de ce don permanent qu’est la Vie.

 

au Beausset-Vieux

au Beausset-Vieux

Christian et sa tribu
Christian et sa tribu
Christian et sa tribu

glanerie à la tour de Batère, Le pont de Louis de Batère, de la dualité à l'unité, 83 pages, gratuit

Avons-nous oublié la joie des effondrements ?

L’effondrement du mur de Berlin par exemple, la révélation, la découverte de ce que tout le monde savait : derrière chaque côté du mur il n’y a pas des ennemis mais des frères…

Pourquoi construisons nous sans cesse de nouveaux murs, entre Russes et Ukrainiens, Palestiniens et Israéliens, Américains et Mexicains, Africains et Africains, fronts populaires de droite et fronts populaires de gauche…?

Des murs, encore des murs de mots, de haine et de plus en plus nucléaires.

Malgré toutes les peurs, les énergies, la violence, le ressentiment que nous mettons à les construire, nous le savons de science certaine : tous ces murs sont destinés à l’effondrement et à la révélation de l’évidence que nous sommes tous Un, interreliés, interdépendants.

Ce n’est pas moral ou politique, c’est physique. Tout le monde le sait et fait semblant de ne pas le savoir.

La conscience de cette physique, de cette « matière » intriquée, c’est ce qu’on appelle l’amour ou la spiritualité. Ignorer ces évidences, c’est ce qu’on appelle la guerre, la guerre des sexes, des peuples, des civilisations, la guerre mondiale…

D’où nous vient ce goût du sang ? Était-il dès l’origine mêlé à notre lait maternel ?

Le poison de la volonté de puissance est-il le sel ou l’épice qui « relevait » nos premières viandes ?

Après l’édification guerrière de tous ces murs, combien de temps nous faudra-t-il attendre, dans la souffrance, l’incompréhension, l’illusion… avant que de nouveau, tout s’effondre et que nous respirions ensemble le grand air commun ?

Maintenant, n'est jamais ni trop tôt, ni trop tard. 

- Jean-Yves Leloup, juillet 2024

Carte des églises brûlées ou détruites seulement sur les 4 dernières années

Carte des églises brûlées ou détruites seulement sur les 4 dernières années

Cette carte est établie à partir d'une base de méta-données utilisant plusieurs sources :
- médias nationaux ou régionaux (beaucoup trop d'articles pour les lister)
Ces données mélangent, dégradations volontaires et attentats ainsi que les destructions pour délabrement et non entretien.
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De vie à vie Marina Tsvétaïéva

24 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #amitié, #amour, #engagement, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée
De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée
De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée
De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée

De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée

De vie à vie
Marina Tsvétaïéva (traduction André Markowicz)

Éditions Mesures

De vie à vie (littéralement en russe, Du vivant sur du vivant) est un récit écrit à Clamart, en 1932, paru en 1933, consacré à la visite que lui fit à Moscou, Maximilian Volochine alors qu’elle venait de publier son premier livre L’Album du soir, âgée de 18 ans, lui, poète et critique littéraire lui ayant consacré un article paru le 11 décembre 1910 dans Outro Rossii, et qu’il tenait à lui présenter, étant persuadé qu’elle n’en avait pas eu connaissance.
De cette visite, s’en suivirent six années d’échanges, de visites de Marina (seule ou avec sa soeur et Sérioja) à Koktébel en Crimée, maison construite par Volochine, où il vivait avec sa mère, Éléna Ottobaldovna Volochina qui l’avait élevé seule, c’est-à-dire sans les autres et contre les autres car une femme seule avec un enfant c’est -.

« Ils formaient un couple inséparable et pas un couple d’amis. Toute la réserve de virilité fut donnée à la mère, toute celle de féminité, au fils. »


Puis quelques lettres après 1917, jusqu’à la nouvelle de la mort de Volochine, le 11 août 1932, à midi, heure française, apprise en lisant La Pravda, le 16 août.


J’ai tellement été époustouflé, transporté, lévité, ascensionné par ce récit, il me semble tellement correspondre à ce qui devrait être, qui est déjà ce qui est depuis toujours, si on voit avec les yeux du coeur, de l’amour, que je ne vais pas en faire une note de lecture mais une écriture, nourrie des « anecdotes et commentaires » de Marina.


Il était une fois, un homme né d’une femme, élevé par elle, sa mère, seule. Elle portait à bout de bras les charges de la maison immense de Koktébel, au bord de la mer. Et lui, le fils, un poète, mythe juste au-dessous du mythe qu’est un moine, un ermite en sa grotte avait été ensemencé par tout le féminin possible.
Rien en lui de guerrier, de virilité dominatrice.
Un homme de paix, d’apaisement.
Un homme refusant de servir pendant la guerre de 14, se déclarant officiellement auprès du ministère de la guerre, objecteur de conscience.
Un homme de curiosité, grand voyageur, amateur de littérature française, traducteur d’oeuvres littéraires françaises, ayant vite compris que la Révolution russe ne serait qu’une répétition amplifiée de la Révolution française (terreur, contre-terreur, sang, sang, sang, faim, faim, faim).
Un homme refusant de prendre parti, qui dans sa maison de Koktébel accueillit le rouge poursuivi par la meute blanche comme le blanc poursuivi par la meute rouge.
Un contre-révolutionnaire absolu selon les bolcheviks qui se vit attribuer par eux, sans la demander, une pension mensuelle de 240 roubles.
Un rassembleur au-delà des haines.
Un falicitateur de rencontres pouvant durer des années car le temps est nécessaire pour connaître l’autre dans son être vrai, dans sa vérité, qui n’est pas ce qu’il croit être, qui lui est méconnaissable et surtout temps nécessaire pour que cet autre rencontré aille avec ce compagnon-poète vers sa vérité, son destin.

D’où cet homme tenait-il ce pouvoir de parler aux chiens, au feu et par sa parole, par son index pointé, comment réussissait-il à faire que ces chiens sauvages, dépeçant les cadavres deviennent gentils toutous, que le feu ayant pris dans les fondations de sa maison s’éteigne.
Était-il un initié ? Peut-être.
Mais plus simplement, il accueillait.
« Il a raison à sa façon, autant que toi, à la tienne. Et c’est cette raison à sa façon qui formait le principe de sa vie avec les autres. À l’instant de cet entre-deux, il se trouvait en même temps chez vous et chez votre ennemi et encore chez lui. »        
Si tu admets cela, alors, tu ne cherches pas à avoir raison contre l’autre. Tu peux arriver à saisir, à vivre que toi, ton ennemi et le poète vous êtes un être global, faisant partie du Tout. Chacun dans cette atmosphère se sent en confiance. Et du compagnonnage devient possible, harmonisant les différences par leur acceptation.

 

Comment s’y prenait-il ? Ce goûteur de France, était dans son fond le plus profond, un vieil Allemand, amateur de contes et légendes, ceux des frères Grimm.
Et pour chacun rencontré, il l’inscrivait dans un conte, une légende, voire un mythe qui permettait au rencontré de se révéler, de se réveiller, de se vivre en vérité.

De vie à vie Marina Tsvétaïéva

L’histoire de Chérubina de Gabriac est de ce point de vue là, ce que certains appellent une mystification, ce que d’autres appellent une transfiguration.
L’institutrice russe boîteuse, Élizavéta Ivanovna Dimitriéva, devenue Chérubina de Gabriac, que tout le comité de rédaction de la revue Apollon veut rencontrer a vu sa vie transformée par cette « invention » qui est bien autre chose qu’écrire sous pseudonyme ou par hétéronyme.

Oh ! Fallait-il que je reconnaisse
L’amour et la mort à treize ans ?
(Élizavéta, envoyé par Max sous le nom de Chérubina à la revue Apollon)

Tu m’as donné une enfance de conte,
Oh ! Donne-moi la mort à dix-sept ans !
(Marina, L’album du soir)

Et cette remarque essentielle de Marina :
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »

Hier soir, 22 juin 2024, avant l’illumination des tours de Batère, de Corsavy, de Cabrenç, trois tours de l’époque des razzias barbaresques, je disais à une inconnue, invitée à notre table parce qu’elle se retrouvait seule, que la séquence chiffrée selon la place de chaque lettre dans l’alphabet de son prénom Martine se retrouvait un nombre infini de fois dans le nombre univers Pi, que toutes les Martine ayant existé, existantes, et devant exister étaient emplacées, autrement dit, toutes les Martine ayant existé avaient vécu  une vie préparant la vie qu’elle vivait, elle-même, par sa vie, offrant la vérité de sa vie à des Martine à venir.
Ça vous semble tiré par les cheveux. C’est exactement ça !


L’invisible agissant derrière le visible, proposant à notre perception subtile, à notre intuition, un cheveu à tirer, si fin - sans fin

"L'univers est un seul être. Tout et tout le monde est interconnecté à travers un réseau invisible d'histoires. Que nous en soyons conscients ou non, nous sommes tous dans une conversation silencieuse. Ne fais pas de mal. Pratique la compassion. Et ne bavarde pas derrière le dos de quelqu'un - pas même une remarque apparemment innocente! Les mots qui sortent de nos bouches ne disparaissent pas mais sont perpétuellement stockés dans l'espace infini et ils nous reviendront en temps voulu. La douleur d'un homme nous fera du mal à tous. La joie d'un homme fera sourire tout le monde."
Shams-e Tabrîzî (1185-1247)


Le croirez-vous ? La tour de Batère, à 1500 m d’altitude, d’où on a une vue extraordinaire, en particulier sur les châteaux cathares, en cours de restauration sous la présidence de l’héritière des Cafés La Tour, est le siège secret du site internet de Louis de Batère, auteur d’un livre gratuit : Le Pont, de la dualité à l’Unité.
Évidemment, il n’y a aucune connexion internet à la tour de Batère.

Max, le poète, avait proposé à Marina d’écrire  comme Marina mais aussi pour ses poèmes russes par un homme inventé, nommé Pétoukhov, qu’elle finirait par haïr et, pour ses poèmes romantiques par des jumeaux inventés, une femme et un homme, les Krioukov.
Marina, par orgueil, voulant signer Tsvétaïéva, tout ce qu’elle écrivait, refusa cette proposition.
Aveu de 1932 :
« C’est vrai que Pétoukhov aurait été un bon poète. Quant aux jumeaux, je les pleure jusqu’à ce jour. »

 

Maksimilian-Voloshin-i-Mariya-Zabolockaya

Maksimilian-Voloshin-i-Mariya-Zabolockaya

Volochine, plus de 100 kilos, bouclé, tanné, rond, puissant physiquement, était un marcheur infatigable, un grimpeur doué.
Les poèmes qui sont traduits dans le livre et par lesquels j’ai commencé pour prendre un peu la mesure de ce génie sont très masculins, nets, tranchants, sans concession. L’horreur y est à sa place, énorme car l’histoire n’est que massacres, répétitions de massacres, de tortures (poèmes Massacre, La famine, Le protocope Avvakoum).

Sa mission lui fut dite dans le poème
L’apprenti

Et là quand tu auras compris
Que tu n’es pas un enfant de la terre
Tu es un hôte du cosmos

Qu’autour de toi dans l’être et dans les choses
Souffle le Verbe
Qui les appelle à être
Et que tu viens pour libérer les noms
Tu viens pour reconnaître les souffles dans la matière …

Koktébel, 14 juin 1917


Navigation

Je te placerai là, en témoin des folies
Je te ferai passer sur le fil de la lame
À travers les brasiers d’une guerre
Fratricide, inutile, sans issue
Pour que tu sois porteur du grand silence
De la mer miroitante au crépuscule.

Koktébel, 12 juin 1919

Le Nord-Est

Crimes bolcheviks, crimes des tsars
Rien ne change, rien que les bannières
C’est à chaque fois le même vent
Tyrannie des révolutionnaires
Et révolutions par des tyrans…

Le protocope Avvakoum

Sans âme, notre corps n’est que poussière et merde.

Le récit De vie à vie est précédé par un poème
à la mémoire de Maximilian Volochine,
Ici-haut

Donc, il voulut élever
Mort, lui - ceux qui le portèrent
Donc à la seule place rêvée.
Sienne - la seule sur terre.

Place au-dessus de laquelle est le
Pleur - mien - dans la basse fosse.
Place au-dessus de laquelle a lieu
Dieu - et nulle autre chose.

Lui au milieu des sommets, le Tout-
Homme, sous chaque régime.
Lui, comme il sied au poète - sous
Le ciel, sur la terre mutine…

Max ! Il sera si tendre
De dormir sur ton roc !

28 octobre 1932

(Max est enterré au sommet du mont Koutchouk-Iénychar)

À Corps Ça Vit, dimanche 23 juin 2024
Focs de Sant Joan organisé par le comité des fêtes
(entre 19 H et minuit, confection des ramallets jetés au feu, grillade et cargolade offerte, arrivée de la flamme…)

 

 

tombe de Volochine

tombe de Volochine

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Christiane Christian Alain Jacques

20 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #amitié, #amour, #engagement, #essais, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !
photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !

photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !

Rêvélévation

Cela passa peut-être un dimanche. Peut-être sur une route de montagne sans circulation (où ? où ? demandent les hiboux). Ciel bleu. Nuages, nuages, merveilleux nuages où passez-vous si ce n’est pas ici ? Le chemineau ne peut  encercler un nuage passant entre son pouce et son index, en faisant un oeil, clin d’oeil à son oeil en éveil. Sur le terre-plein du kilomètre 300, il enserre le tronc du petit chêne qu’il honore chaque fois qu’il passe puis appliquant son dos douloureux contre le tronc, il lui confie le soin d’en prendre soin, de lui apporter soulagement, demande-prière adressée dans sa tête au  petit chêne et livrée à l’abondance de l’univers. Tu peux dire aussi livrée à la Grâce, traverse son esprit.
Et soudain, une correction s’offre à lui. Tu ne peux pas ne demander que le soulagement. Tu dois demander aussi la souffrance. Tu dois vouloir vivre la souffrance et le soulagement. Dorénavant, cher chemineau tentant de vivre en conscience, veuille vivre les antonymes, l’un et l’autre, sans les séparer, pas l’un sans l’autre, pas l’un ou l’autre, pas l’un contre l’autre. Des écailles sont tombées dans l’herbe au pied du chêne.
Rentré, le chemineau sans bâton et sans besace se demande d’où cette tombée d’écailles lui vient. D’un choc de lecture. Il a fini, à une date indéfinie, stylo en main, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? de Christiane Singer.
Il l’aime cette Christiane, cette passionnée, cette mystique sans église, sans dogme, guidée, nourrie, se métamorphosant  par des expériences sensibles, des rencontres imprévisibles, dans des endroits inconvenants, hôpitaux psychiatriques, prisons, couvents, monastères, cours d’écoles, rues mal famées, pays lointains, vieux manuscrits, musées…
Rien de ce qui est humain ne lui est étranger.
Elle se coltine au pire, au meilleur. Enrage, s’enthousiasme, s’émerveille, se désespère. Elle s’émerveille du corps, des âges de la vie, de la naissance et de la mort. La diversité des cultures lui permet de résister à la mondialisation uniformisante, à l’économisme mortifère en lui montrant que la plupart d’entre elles, les plus anciennes, savent prendre soin, honorer, célébrer, relier, reconnaître l’invisible derrière le visible, le Réel derrière la réalité, la fluidité derrière la solidité, les sens étant guides, se méfiant de la raison qui veut avoir raison mais tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas.
Le logion 77 de saint Thomas est essentiel : « Je suis partout. Quand tu vas pour couper du bois, je suis dans le bois. Quand tu soulèves la pierre, je suis sous la pierre. »
Non pas, je suis le bois, je suis la pierre mais chaque fois que tu es LÀ, vraiment LÀ, dans la rencontre du monde créé, alors je suis là. Et là où tu es, si tu es dans la présence aiguë, je suis aussi.
Être LÀ ! C’est le secret. L’accès au sacré.
Pour accueillir, ce qui traverse, ce qui passe.
Tout lieu, tout moment doit te devenir makon, terme hébraïque désignant lieu, moment de rencontre entre l’homme et Dieu.
« Je regarde le plus souvent possible couler l’eau. Je  m’imprègne de voir ce qui se passe en moi à voir couler l’eau. »
« Dans la réalité, je me fais un bleu lorsque je me heurte à la table. Dans le Réel, j’attrape un bleu parce que quelqu’un au bout du monde s’est heurté à un meuble ou à un coeur endurci. »
Dans la réalité, je suis ficelé par mes représentations. Dans le Réel, rien ne me sépare de rien ni de personne.
Sachant qu’étymologiquement personne = personare = ce qui souffle au travers.
À travers toute personne en vie vraiment, c’est-à-dire LÀ, le vent de la Présence souffle.
S’incliner. Être dans la gratitude.
À son âge certain, le chemineau sans bâton ni besace aimerait approcher du Rabbi Löw de Prague. Un jour, il fut pris sur un pont de la ville sous les jets de pierres d’une bande d’enfants. À peine, les pierres le touchaient-elles qu’elles se changeaient en boutons de roses.
Ce miracle peut-il s’expliquer ?
Rabbi Löw aimait tellement les enfants qu’il ne pouvait pas leur permettre de devenir les assassins d’un vieillard.

Le 17 juin 2024

ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac

ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac

Dialogue avec Christian Bobin
Le bruit d’une balançoire
Lumière du monde

J’aime beaucoup ce qui se laisse écrire sur la page blanche qui peut tout recevoir mais surtout qui donne tout parce qu’elle est vide et qu’ainsi parfois se livre à la main-oiseau, à la main-papillon de Christian Bobin, en attente, en attention extrême, la vérité, non de la phrase aussi travaillée soit-elle (à éviter autant que possible, pas d’esthétisme avec la vérité, pas de poème mais la poésie offerte à qui sait voir, à qui sait attendre, parfois des années) mais la vérité d’un visage, celui d’un bébé qui, miracle, attire tous les regards et innocente ceux qui le contemplent (surtout éviter de lui glouglousser des mièvreries onomatopoétiques), celui d’un vieillard, buriné par larmes et rires, livre disant si sa vie se termine dans la joie ou par le néant, la vérité-beauté de tourterelles blanches sur la branche du cerisier en fleurs, la venue de l’invisible dans le visible, du ciel sur la terre.
Bobin et c’est tant mieux s’est beaucoup égaré. Aisé alors d’accepter nos égarements. Qui sont nos chemins de vie.
Moi, jusqu’à 80 et ça continuera jusqu’à ce que ça finisse. Mort, Vie. Dans Lumière du monde, nombre d’écrivains sont nommés, démolis, renvoyés à leur nihilisme, leur choix du mal, leur cynisme, après avoir été admirés. Je ne vais pas les nommer car piégé par le monde des écrivains et de leurs lecteurs, ce qu’il appelle « la sainte culture », j’ai encore les mêmes admirations. Ce qui m’a sauvé de l’égarement, de l’attraction de la littérature qui pousse vers le bas, c’est que ces romanciers géniaux de la phrase, du paragraphe, du chapitre, déclarés admirables et admirés, je ne les ai quasiment pas lus. Quelque chose m’en a détourné, une recherche de Vérité ?, pour d’autres lectures de  philosophes, psychanalystes, sociologues, ethnologues, dont j’ai fini par admettre qu’elles étaient aussi des égarements.
J’ai eu plus de bonheur ou de justesse dans mes choix avec la poésie. Je me retrouve, dans les noms qu’il cite :  au placard Baudelaire, Lautréamont, au pinacle, Rimbaud, Dickinson, Grosjean, Follain, Robin, Alexandre Romanès et autres gitans.
Plus de bonheur aussi parce que les 116 poèmes (16 de trop), écrits en 44 ans me semblent être aujourd’hui encore, mes boussoles sans nord magnétique. Je pense à Désapprentissage de la bêtise, de la maîtrise.
Depuis hier, je ne porte plus tout à fait le même regard sur le papillon blanc posé comme un livre fermé, immobile sur une fleur jaune d’or et qui s’ouvre dès l’approche, sur le massif d’aubépine fleuri d’où sort un vrombissement bourdonnant invisible, sur une fleur au bleu délicat (un bleuet peut-être), ouverte comme une minuscule main à 15 ou 16 doigts très fins finissant par des ongles filaments, courbus, pas crochus (ça ferait sorcière).
Là où je m’écarte de Christian Bobin comme de Christiane Singer, c’est dans leur dénonciation du monde tel qu’il est devenu et qu’ils combattent à leur façon, par la solitude, la patience, l’amour, le coeur, la résurrection pour Christian, par des conférences, actions, engagements divers, par l’inclination, l’amour, le coeur pour Christiane. Ils disent que la guerre spirituelle en cours dans laquelle ils sont engagés décidera du sort de chacun et de tous, humain ou machine.
Ce monde détesté, détestable me semble n’être que la projection d’une part de nous-même. Je dois accepter d’en être co-responsable comme je peux d’ailleurs être co-créateur d’un autre monde en me métamorphosant, en travaillent en conscience sur ce qui m’anime, sur ce par quoi je veux être animé, l’amour de la Vie, la fascination du néant.
Donc ce monde, je ne le combats plus, je ne suis plus en guerre. Il ira là où il ira et autant éviter tout pronostic, tout commentaire, tout jugement.  
Je n’écoute plus les bruits du monde (radio, télé depuis le 11 septembre 2001), je ne regarde pas les émissions littéraires, je ne m’intéresse à aucun palmarès.
J’aime ma solitude, ce qu’il me reste de famille, les amis, la vraie vie en face à face, côte à côte.
J’aime les trois rythmes de vie qui sont les miens : 6 à 7 semaines en solitaire (21 H-5 H), 15 jours de vacances scolaires avec les enfants (1 H du matin-8 H), et les 3 mois d’été.
J’aime rencontrer quel que soit l’endroit (je vais vers, j’adresse la parole, déjà bonjour), parler, écouter, contempler,  me promener. J’ai mon lot de souffrances et de douleurs, mon lot de joies et de bonheurs.
J’accepte, je suis dans l’accueil de ce qui advient comme ça advient, sans jugement, sans tri (parfois je me surprends à le faire, alors petit pas de côté).
Merci à Christian et Christiane. Évidemment et c’est un jugement, je me méfie beaucoup de tout un tas de pratiques de développement personnel et ou d’éveil spirituel. J’ai eu de la chance, je n’ai pas l’impression de m’être égaré.
Mais comme me dit l’ami F., c’est bien d’avoir papillonné, maintenant faut que tu fasses le job, j’entends Job sur son tas de fumier, incendier Dieu.
Le 20 juin 2024.

 

Christian Bobin, né le 24 avril 1951 au Creusot en Saône-et-Loire et mort le 23 novembre 2022 à Chalon-sur-Saône
 
de Gérard Vincent en date du 3 décembre 2022 et réédité le 24 avril 2024
" je livre ici une évocation de la cérémonie des adieux à Christian Bobin.
Il y avait une Présence extraordinaire dans l'église Saint Charles lundi après midi au Creusot.
La présence pure.
L'homme Joie.
L'enchantement simple.
Et des dizaines de femmes qui pleuraient dans cette église archi-comble.
De ma vie, jamais je n'avais vu autant de larmes.
J'ai pensé à un moment au grand film de Truffaut, L'homme qui aimait les femmes, avec Charles Denner.
Ce n'était pas des amantes du Plus que vivant mais des lectrices qui avaient reçu beaucoup, un autre amour, de ce grand cœur, ce grand arbre de paroles.
Au Creusot, ce jour là, on disait A Dieu à
L'homme que les femmes aimaient.
Il y a beaucoup de personnalités dans l'assemblée.
La famille Gallimard, Antoine en tête, est là, sur le banc derrière Lydie Dattas-Bobin et Hélène, la fille de Ghislaine, La plus que vive.
Mais il y a surtout beaucoup d'anonymes, ces gens simples, ces petits...C'est pour eux surtout que Christian écrivait. Qui n'a pas eu la sensation en ouvrant un nouveau livre de lui, de recevoir une lettre personnellement adressée ?
Christian qui recevait un courrier considérable, il n'avait pas internet, répondait à toutes et tous.
Christian n'était pas riche car il a donné aux autres toute sa vie. C'était une façon pour lui de garder sa légèreté.
Ce n'était pas une messe. Il y avait quatre prêtres dont le Père Jean Michel Duband, un ami de Christian. Un visage rayonnant de bonté et de lumière. Il nous dit qu'il faut surmonter le chagrin et les larmes car Christian est toujours l'homme Joie. Il y eut une lecture de l'évangile, la parabole où les disciples sont effrayés par la tempête qui se lève et Jésus surgit sur les eaux et leur dit :
N'ayez pas peur.
Il y eut des prières, des chants, du violon et guitare, la voix d'une soprano.
Un écran derrière l'autel montrait des photos de Christian, sa voix, son rire extraordinaire
Une très belle femme prend la parole.
Une courte intervention, un accent.
A la sortie de l'église, sur le parvis où une centaine de personnes discutent encore dans le froid une heure après la cérémonie, j'adresse la parole à cette femme. C'est Noella, la traductrice italienne de Christian, venue en train de Milan.
Au milieu de nous, le fourgon funéraire avec le cercueil blanc et les fleurs
Sur les deux heures trente de la cérémonie, plusieurs témoignages dont celui, bouleversant, de son ami, le poète André Velter.
Lundi prochain, le 6 Décembre, Christian sera inhumé au cimetière de Marciac, dans le Gers.
Repose en paix, Christian. "
------------------------------
grand sachem pépé : A Marciac c’était plus intime … mais très fort tout de même ! Il y avait un grand oiseau qui planait au dessus de nous …
bientôt il y aura à Marciac une Maison Christian Bobin
 
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.

L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ? "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.

«Je suis un enfant de curé», disait Lacan. Éduqué par les Frères maristes, il fut un garçon pieux et acquit une connaissance sensible, intime, des tourments et des ruses de la spiritualité chrétienne. Il savait aussi merveilleusement parler aux catholiques et les apprivoiser à la psychanalyse. La Société de Jésus misa sur son École.

Freud, vieil optimiste des Lumières, croyait que la religion n'était qu'une illusion, que dissiperaient dans l'avenir les progrès de l'esprit scientifique. Lacan, pas du tout : il pensait au contraire que la vraie religion, la romaine, à la fin des temps embobinerait tout le monde, en déversant du sens à pleins tuyaux sur le réel de plus en plus insistant et insupportable que nous devons à la science.

Jacques-Alain Miller

- Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?
 
"Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore. On ne peut même pas imaginer comme c'est puissant, la religion. J'ai parlé à l'instant du réel. Le réel, pour peu que la science y mette du sien, va s'étendre, et la religion aura là beaucoup plus de raisons encore d'apaiser les cœurs. La science, c'est du nouveau, et elle introduira des tas de choses bouleversantes dans la vie de chacun. Or, la religion, surtout la vraie, a des ressources que l'on ne peut même pas soupçonner. Il y ont mis le temps, mais ils ont tout d'un coup compris quelle était leur chance avec la science. Il va falloir qu'à tous les bouleversements que la science va introduire, ils donnent un sens. Et ça, pour le sens, ils en connaissent un bout. Ils sont capables de donner un sens vraiment à n’importe quoi. Un sens à la vie humaine, par exemple. Ils sont formés à ça. Depuis le commencement, tout ce qui est religion consiste à donner un sens aux choses qui étaient autrefois les choses naturelles.Ce n'est pas parce que les choses vont devenir moins naturelles, grâce au réel, que l'on va cesser pour autant de sécréter le sens. Et la religion va donner un sens aux épreuves les plus curieuses, celles dont les savants eux-mêmes commencent justement à avoir un petit bout d'angoisse. La religion va trouver à ça des sens truculents."
 
Jacques Lacan "Le triomphe de la religion" Seuil. 2005
 
Christiane, Christian,  Alain rient = prient / Lacan ne rit pas
 
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Alain Cadéo (1951-2024)

16 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil, #cahiers de l'égaré

Alain Cadéo (1951-2024)

Le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et LE PÔLE - Arts en circulation

partir debout, en se levant / Où vas-tu Alain Cadéo ? - Eh ben vers tout là haut, au-bout de mes 40 ans d’écriture, au- bout de mes 22 romans, récits, pièces de théâtre, au-bout de mes billets de contrebande, là où un soleil sans fin verse sa Lumière, dans un potlatch d’éternité, sous la branche argentée d’un olivier sacré.
partir debout, en se levant / Où vas-tu Alain Cadéo ? - Eh ben vers tout là haut, au-bout de mes 40 ans d’écriture, au- bout de mes 22 romans, récits, pièces de théâtre, au-bout de mes billets de contrebande, là où un soleil sans fin verse sa Lumière, dans un potlatch d’éternité, sous la branche argentée d’un olivier sacré.

partir debout, en se levant / Où vas-tu Alain Cadéo ? - Eh ben vers tout là haut, au-bout de mes 40 ans d’écriture, au- bout de mes 22 romans, récits, pièces de théâtre, au-bout de mes billets de contrebande, là où un soleil sans fin verse sa Lumière, dans un potlatch d’éternité, sous la branche argentée d’un olivier sacré.

après Vitya, le 4 février, 50 ans
après Georges Perpès, le 18 mai, 71 ans
Alain Cadéo, le 12 juin, 73 ans
j'ai vu Alain pour la dernière fois, mercredi 5 juin après-midi; nous étions 4 avec lui; ce fut intense, chaleureux, passionné
le BAT papier de la nouvelle édition du Ciel au ventre était arrivé la veille; belle maquette qui je l'espère, sera placée dans son cercueil; le livre paraîtra début juillet avec achevé d'imprimer, 25 juillet, date de naissance de leur fils Ludovic
j'ai voulu le voir dimanche 9 juin, Martine me l'a déconseillé
je suis donc parti pour 3 mois et demi; trop, c'est trop
car même, en étant dans l'acceptation de ce qui arrive comme ça arrive, et dans la gratitude pour ce qui arrive même si ça fait mal, ça travaille corps et esprit, le temps que le temps fasse son effet apaisant accompagné par un travail sur soi pour fluidifier ce qui pourrait se solidifier en inconsolation
changeant de paysage, je change de vie, d'habitudes
j'ai écrit une lettre à l'âmi Alain pour qu'elle soit mise dans son cercueil, ce lundi 17 juin
Je recevais de temps en temps des billets d'Alain Cadéo
personnels, personnalisés
j'en ai recensé 26
voici celui du 21 octobre 2023, à 8 H 18
le dernier, je l'ai reçu le 21 mai 2024, à 7 H 03
Car enfin il s’agit d’habiter chaque mot, de le vivre, pour que l’écho qui nous revient soit le plus proche de sa source.
Je suis souvent frappé par le langage et le vocabulaire guerrier qu’adoptent les malades atteints d’un cancer. «Se battre, lutter pied à pied, gagner, tenir, résister, l’emporter, lui faire la peau, massacrer, écrabouiller, expulser… » et tant d’autres…
Je souhaiterais qu’avec la même ardeur et "en pleine santé" nous utilisions les mêmes mots contre l’ennemi larvé qui sommeille en nous-mêmes et dont nous tolérons tous les assauts contre ceux qui nous entourent sous l’infâme prétexte qu’il est le gardien enragé de notre pauvre et ridicule territoire.
La vraie bonté (ou la béatitude), n’est-elle pas l’absolu renoncement à toute idée préconçue, comme un oubli de ce que nous croyons être, afin d’atteindre le délicieux vertige d’un permanent partage et d’un amour illimité ? Mais quel chemin ! Il n’est pas simple d’effacer sa lourdeur, ses réactions, le nœud coulant de nos hérédités.
Disparaître en étant là, est un exercice quotidien de sublime acrobate glissant sur ce fil invisible entre la Terre et les Cieux.
Laveur de mots comme souhaitait Francis Ponge, passeur de mots, venus d'ailleurs, venus du Réel qui lie monde visible (la réalité) et monde invisible

Laveur de mots comme souhaitait Francis Ponge, passeur de mots, venus d'ailleurs, venus du Réel qui lie monde visible (la réalité) et monde invisible

Journal d'un accompagnement

Lundi de Pentecôte, le 20 mai, je monte chez les Cadéo, invité. Alain, en HAD, est dans son fauteuil à bascule, ne mange pas. Nous sommes quatre autour de la table à parler, en particulier du Ciel au ventre dont j’ai envoyé les fichiers chez l’imprimeur pour un tirage express du BAT papier. Je passe 2 H à contempler la date sur un buffet espagnol, 1788. Quand Alain monte se reposer, je m’en vais.
Dans la semaine, Martine m’apprend qu’il a demandé à rentrer aux soins palliatifs à La Seyne. Il y rentre le vendredi. Je n’ai pas le réflexe de le visiter dans le week-end. Je me souviens que quand il faisait avec son frère, leur travail d’accompagnement hebdomadaire et ce pendant 6 ans, il m’avait dit, c’est une expérience forte à faire. En entrant aux soins palliatifs, il m’a fait vivre cette expérience, moins creusée que la leur et qui a donné le livre Lettres en vie.
Kdo offert, hier, mardi 28 mai, vers 15 H, pendant ma visite en soins palliatifs à l’hôpital de La Seyne.
Quand je raconte en présence de deux aides-soignantes, les obsèques (28 mai à 11 H, au crématorium de Cuers) de l’âmi Georges, l’émotion me submerge et l’une d’elles me fait spontanément un massage aux épaules. Elles savent ce que le corps exprime, elles savent comment soigner, prendre soin du corps souffrant, du corps mourant.
Le patient m’évoque les ponctions d’ascite visant à le soulager.

Et de me dire, j’aimerais bien écrire une pièce pour ta fille. Elle est merveilleuse. De lui répondre que c’est une belle proposition, que je n’ai pas encore d’idée, que je vais lui en parler aussi. On a évoqué Tchekhov, Ostrovski.
Et cette après-midi, en faisant ma 1/2 H d’AR sur la restanque, j’ai pensé à son clown, Bonbon, à un antagoniste possible. Le titre pourrait être La clown et le pyromane, La clown et l’incendiaire, La clown et l’ours, La clown et le dresseur.

Je suis retourné voir Alain, hier après-midi, samedi 1° juin de 14 H 30 à 16 H 30 jusqu’au moment où une infirmière allait lui faire sa ponction. D’abord, il a écrit, sain d’esprit, de sa main, son testament littéraire, faisant de Martine la propriétaire de son oeuvre jusqu’à sa mort puis de ses enfants. Et j’ai signé comme témoin, étranger à la famille.
Quand Martine est partie, nous avons échangé par bribes car, fatigué, sous morphine, il somnolait parfois. Il me dit « on me demande : as-tu peur ? Je n’ai pas peur de la mort, la sédation est lente, un endormissement progressif. J’ai peur pour ceux qui restent. C’est étrange. Quand j’ai fait la connaissance de Frédérique (la médecin responsable du service), lors de nos visites aux fins de vie de cette unité (je suis dans la chambre de Karim, la 217), un trouble m’a saisi, entre amour et mort, l’intuition que ce serait elle qui me donnerait la mort. Le milieu des soins palliatifs est effaré, effrayé par les propositions de lois sur l’euthanasie. Plus de concertations. Ça peut devenir l’abattoir. »
Il me demande « quand tu seras de l’autre côté, qui aimerais-tu voir en premier ? Annie puis je rajoute Marcel Conche. Mais tu pourras aussi voir ceux que tu as lu avec application, admiration, philosophes, éveilleurs… »
« alors, je rencontrerai Montaigne, Héraclite, Lao-Tseu, Lévi-Strauss, Marilyn, les grands formulateurs Rilke, Rimbaud, Dickinson, Tsvetaéva, Sappho. »
Il me demande quels sont les poètes que j’aime. Je fais un voyage à travers les siècles, de Villon à Lorand Gaspar.
Quand son petit-fils Loïc vient le voir, un passionné de mythologie, je lui conseille Robert Graves. Alain cite Elie Faure.
Avec Alain, ça vole haut. Il n’aura sûrement pas le temps d’écrire la pièce pour Katia. La clown et l’incendiaire, ça ne lui paraît pas bon car la clown, c’est déjà une incendiaire. Pense au bouffon, Triboulet.
J’espère que le BAT du Ciel au ventre arrivera à temps, mardi. J’irai le voir mercredi.
Le BAT est arrivé mardi 4 juin comme prévu. Je suis allé le voir mercredi 5 après-midi, nous avons passé 3 H 30 à 4 avec lui, Martine, sa meilleure amie, une soeur en liberté, Eve, un collectionneur, Guy. Il a peu parlé mais écouté.

Ce fut riche, intense, avec comme leitmotiv qu’il reprenait : ne pas être dans le jugement, tout accepter sans tri, comme nécessaire,
polémique aussi dès que la politique est venue polluer nos échanges, en particulier la guerre d’Algérie. D’un commun accord, parce que le ton montait (passions en jeu, s’agit-il de passions tristes ?), on a décidé de stopper, dans la seconde où la remarque a été faite. On était là pour Alain, se mettre en paix, faire la paix, passer un moment harmonieux. On a dit au revoir. Baiser sur le front, sur la main avec longue caresse.
Jeudi, vendredi furent deux journées kilométriques mangeuses d’heures. Samedi, il me fallut récupérer. Dimanche 9 juin, quand j’ai appelé pour dire que je venais, Martine m’a dit de ne pas le faire. Alain avait demandé à voir un prêtre pour se confesser et recevoir l’extrême-onction. Je suis donc parti à 20 H 40 pour Corsavy où je suis arrivé à 2 H 30 du matin, dans l’attente de la nouvelle de son départ. Il est passé ce mercredi 12 juin à 6 H 30. Dans son sommeil.
J’avais entamé la lecture du Couteau de Salman Rushdie, lundi 10 en soirée (80 pages), poursuivie hier mardi (81 à 210), terminée ce matin mercredi (210-269) vers 10 H. Martine m’a appris la nouvelle quand j’ai appelé à 11 H 45. Je ne pourrai lire le message annonçant la nouvelle que demain car l’épicerie est fermée le mercredi.

 

le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation
le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation
le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation
le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation

le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation

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N'oublie pas les chevaux écumants du passé / Christiane Singer

15 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #amour, #développement personnel, #engagement, #essais, #pour toujours, #vide quantique, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

Si la pêche est bonne, le mental s'occupera de la prise et des poissons, les triera par taille, les ouvrira d'un coup de canif et les videra soigneusement. Mais de ce qui n'a ni poids ni consistance, il ne s'occupera pas ; je veux parler du ruissellement de l'eau qui retombe dans la mer à la levée des filets et continue longuement de s'égoutter, clip… clop… clip.     Or ce ruissellement c'est le bonheur, c'est la nature même du bonheur ! Il est aussi réel que les kilos de poisson sortis de l'eau mais ne figure sur aucun bilan, aucun inventaire. L'intellect ne sachant pas dans quelle rubrique le comptabiliser, finira par lui dénier toute existence.

Si la pêche est bonne, le mental s'occupera de la prise et des poissons, les triera par taille, les ouvrira d'un coup de canif et les videra soigneusement. Mais de ce qui n'a ni poids ni consistance, il ne s'occupera pas ; je veux parler du ruissellement de l'eau qui retombe dans la mer à la levée des filets et continue longuement de s'égoutter, clip… clop… clip. Or ce ruissellement c'est le bonheur, c'est la nature même du bonheur ! Il est aussi réel que les kilos de poisson sortis de l'eau mais ne figure sur aucun bilan, aucun inventaire. L'intellect ne sachant pas dans quelle rubrique le comptabiliser, finira par lui dénier toute existence.

note dédiée à Alain Cadéo pour son nigoun ניגון

N’oublie pas les chevaux écumants du passé
Christiane Singer
Albin Michel, 2005

Pour me débarrasser du couteau, de la guerre des récits, du récit réflexif sur une tentative d’assassinat d’une durée de 27 secondes sur une scène, devant mille personnes par le A., presque-assassin d’un presque-assassiné, le A. se déclarant non-coupable au nom d’une fatwa déclarée le 14 février 1989, jour des Valentins et valentines, le presque-assassiné se désintéressant totalement du sort de A., soucieux de son bonheur avec Eliza et sa famille, soucieux de son combat pour la liberté d’expression sans conditions, sans censures, j’ai choisi Christiane Singer et ses chevaux écumants du passé, titre provenant d’un adage japonais.
Un même lecteur pour deux livres.


- Le Couteau a été lu sans que le lecteur souligne quoi que ce soit. Il a noté dans sa tête, un livre sans fautes et salue traducteur et correctrices. Mais pour lui, rien à souligner. Livre qui l’a incité à un développement sur l’absence de compassion et d’empathie du presque-assassiné pour son presque-assassin, le A.
« New York en fin d’après-midi, brillant au soleil. Cela fait m’a fait chaud au coeur de la revoir, ses rues jolies-laides à la fois généreuses et avares, tant de talents dans l’air et tant de rats sous les pieds… » page 110


- Les chevaux écumants du passé ont été soulignés abondamment.
« Dès que je manie la critique, je sens s’aggraver l’irritation, et en même temps, j’ai conscience que c’est cette irritation  même qui crée l’adversaire ! Les deux vont ensemble. Cette indignation que je laisse monter en moi donne une énergie colossale au Léviathan que j’ai devant moi. Ainsi me place-t-il où il veut m’avoir : dans la réaction - c’est-à-dire dans la guerre. » page 100
Cette citation a suffi au lecteur du Couteau pour se débarrasser de celui-ci, d’autant plus que le presque-assassiné parle d’ennemi, même pas d’adversaire. Et dans la guerre des récits, les récits de libre expression, même en n’utilisant que mots et rires, humour et ironie, imagination de mondes possibles, visent via médias, réseaux sociaux à créer un rapport de forces finissant par leur être favorable, assurant leur victoire sur les récits totalitaires.
Qui ne comprend que la guerre des récits, c’est la poursuite de la guerre par d’autres moyens, que s’il y a victoire, elle sera provisoire, éphémère.
Cette citation me semble essentielle à saisir avant de s’engager dans tout combat. J’ai mené beaucoup de combats qui m’ont semblé justes (politiques, syndicaux, culturels). J’ai défendu la liberté de création artistique en prenant des risques. Quand j’ai été viré des Comoni en 2004, très peu de soutiens.
Aujourd’hui, non parce que je vieillis (c’est une merveilleuse expérience d’ouverture, de fluidification, d’acceptance selon le mot magique de Christiane que je fais résonner avec appétence) mais parce que j’ai enfin admis que prétendre combattre la violence surtout au nom de la justice, de la paix, c’est d’abord et avant tout se placer dans le bon camp, c’est ensuite ajouter de la violence à la violence (la violence verbale, l’insulte, le dénigrement tuent comme les couteaux, les bombes, les uns en s’en prenant à la personne, les autres au corps), je fais choix du non-agir, du non-jugement.
Évidemment, nous avons tellement été formatés, habitués à juger que je me surprends à le faire. J’ai un outil pour en sortir.
Vigilant, de plus en plus vigilant, tentant de vivre le plus en conscience possible, je fais un petit pas de côté : oh J.-C. t’es en train de juger, à voix haute avec un accent du midi, rire, et je me retrouve dans l’acceptance de ce qui me dérangeait et que je laisse se dérouler comme il va se dérouler en regardant yeux grands ouverts et bouche bée.
Je vous garantis que se corriger ainsi au lieu de corriger le monde, c’est d’une joyeuseté presque-permanente.
Il se trouve que c’est là-dessus que nos échanges de fin de vie avec Alain Cadéo ont surtout porté. Que ce soit chez lui, le lundi de Pentecôte ou en soins palliatifs, il n’arrêtait pas de dire que l’acceptance ne peut être qu’acceptance de tout ce qui se manifeste comme ça se manifeste, non par impuissance à corriger, à rectifier le tir mais par respect pour la Puissance à l’oeuvre, que j’appelle Amour inconditionnel, Puissance créatrice, pourvoyeuse de l’abondance qui au galop des chevaux écumants  fait

- qu’une cellule de mon foie accomplit au même instant 20000 opérations.

- qu'en 2000 mètres de promenade sur la route sans circulation, je vois des fleurs innombrables, aux couleurs variées que je ne sais pas nommer mais je les vois pousser parfois de façon improbable, bien ouvertes vers 11H, se fermant vers 17 H, je les sens.

- que sur le terre-plein du kilomètre cinq cent, ouvrant la vallée jusqu’à la mer, je me centre sur le respir, inspir, expir en tentant le vide dans la tête, juste la présence à ce souffle qui fait que je vis.


« Le peintre Turner se faisait enfermer des jours entiers dans l’obscurité complète de sa cave, afin de vivre au moment de sa délivrance, le choc éblouissant du jour et des couleurs. Peut-on dire pour autant qu’il avait mérité ses yeux ? » page 14
Quand Alexandre, vainqueur de Darius, s’incline, dégrafe son manteau de pourpre, l’étend sur le corps de Darius pour qu’il lui serve de linceul, au lieu de repousser du pied, son ennemi, par ce geste, il suspend le redoutable face-à-face des opposés, due la victoire et de la défaite, de la vie et de la mort, le face-à-face de deux falaises de roc, de deux meules entre lesquelles le monde est broyé. Il suspend la dualité sanglante. Dans le hiatus de la piété, de l’hommage rendu, il y a place pour un mystère et une transmutation alchimique. M’incliner, cette loi semble jouer dans toute vie. Pages 18-20.

Les références à l’hébreu (le tsimtsoun צמצום si cher à Alain, le nigoun, le chant singulier inhérent à chaque existence, le nigoun ניגון d’Alain Cadéo continuera à se transmettre avec les chevaux écumants du présent), le renvoi aux étymologies (educere, conduire hors de, transmission, passage de main en main) ouvrent les yeux.
Le mundus imaginalis des mystiques. La charte de Mandé de 1222 de Soundyata Keita, créateur de l’empire du Mali. Les arrêts de quinze jours imposés par Heisenberg lors d’échanges  où il flairait qu’une découverte importante allait peut-être se faire, « laissons cela en suspens ». Les Japonais qui ont le même mot pour désigner la célébrité et la mauvaise réputation. Le jeu enfantin « Tu brûles ou C’est froid » comme exercice d’attention, permettant de gagner en porosité à la Présence. Visiter un abbaye en s’asseyant, yeux fermés, sans écouter le blabla du guide mais en tentant de voir celui, celle, ceux qui l’ont eu d’abord dans la tête. Visiter New York en entendant les chants des Iroquois qui en ont été chassés (quelle différence avec le New York du presque-assassiné !). Ne pas visiter Jérusalem parce que la Jérusalem céleste n’est pas à Jérusalem. Bref, un livre essentiel portant sur l’essentiel.

Petit soupçon débouchant sur une question monstrueuse car j’adore Christiane comme j’adore Christian.

Christiane Singer est morte d’un cancer très douloureux à 63 ans. C’était une passionnée de la Vie, de l’Amour, du Féminin, très irritée contre la société marchande, consumériste des mercenaires, brockers, chicaneurs, blasés, méprisant, détruisant la Vie qui réclame des danseurs, des voltigeurs, des adorateurs, des porteurs de flambeaux. Cette irritation  qu’elle vivait tout en tentant d’être dans l’acceptance, dans la Présence n’a-t-elle pas fini par engendrer ce cancer ?
Je me pose cette question aussi à propos de Christian, mort lui aussi d’un cancer, à 71 ans, lui aussi dans une forme de colère contre le monde « moderne », freinant l’accès de la plupart des gens au divin, l’abîme sous nos pieds.
D’où ma vigilance à ça quand serre, les conseils de lâcher prise qu’éventuellement je donne et surtout me donne.

Rassurez-vous : je ne suis pas à l'abri, mon "éveil" remonte à 80 ans, j'ai donc eu le temps de m'empoisonner, d'être empoisonné et j’ai déjà connu, queue du pancréas, réglé et prostate, je passerai avec. Et malgré la vigilance, qui sait. Acceptance aussi.


Les dernières paroles de Christiane Singer sont sublimes.

JCG, le 14 juin 2024

Christiane Singer
Choisis la vie et tu vivras
Il s'agit pour chacun de faire dans nos existences : des lieux de résistance ! Résistance à l'hypnose socialement programmée ! A la boîte à chaussures ! Pour percer au-delà... Pour percer jusqu'à cette immensité du réel.
Et vous savez ce qui est tragique ? C'est qu'au XXème siècle, il y a eu cette extraordinaire évolution scientifique de la physique quantique. Et j'ai le bonheur d'avoir, parmi mes amis les plus intimes, un grand physicien de l'atome. Et lui me disait que ce qui l'attristait le plus, c'est que la science a reflété les intuitions métaphysiques de l'humanité ! Tout est relié à tout. Tout est relié à tout.
Il y a une tribu amérindienne - les sioux Lakota - où pour se dire bonjour on dit : « Nous sommes reliés » c'est le salut !
Toutes ces intuitions profondes de toutes les religions de l'humanité, c’est « être un » avec l'univers créé. Je suis une cellule, un atome de cet univers créé. Je suis part de cet univers, je respire avec lui. Je respire avec tout ce qui respire sous le soleil. Cette conscience de l'unité, cette relation de chacun avec chacun, et bien c'est la physique quantique qui en a décrit scientifiquement la réalité (principe N°4 de la physique quantique : intrication).
Et cet ami me dit qu'on a utilisé tout ce savoir pour le progrès technologique... Mais nous n’avons pas pris le message philosophique ! Nous crachons dessus !
Et nous vivons dans l'univers de la physique du 19ème siècle : Chacun séparé, Cause - Effet. Tchak tchak. Tchak tchak.
Je suis là devant vous.
Dans le dos : tout un peuple bruissant, de ceux qui m'ont précédée. Grands parents, arrière grands-parents... Si vous remontez jusqu'à 30 générations, vous savez combien cela fait ?
C'est comme dans cette progression géométrique, dans ce conte oriental où ce sultan demande à sa bien-aimée : « Alors qu'est-ce que je pourrais t'offrir... Avec quoi je pourrais te faire plaisir... ? ». Et elle répond : « Oh ! Peu de choses : sur un jeu d'échec... Un grain de riz sur la première case, deux sur la seconde, quatre sur la troisième... ». Et à la fin, le royaume ne suffit pas.
C'est-à-dire que si vous multipliez deux par deux, par deux... trente fois : ça fait plus d'un milliard d'êtres ! Vous imaginez, derrière chacun de nous, dans cette salle, un milliard d'êtres ! Ça commence à faire du monde !... Donc... dans mon dos, j'ai toute l'humanité !
Devant moi, j'ai toute l'humanité à venir... Là, partout dans l'horizontalité, tous les êtres qui respirent en même temps que moi sur cette terre... Et je suis une maille du filet ! Vous sentez cette image ? Non mais... Laissez-vous... Laissez-vous un instant pénétrer de cette image. Passé... Devant... Et puis wouahh...
Ça c'est le réel !
Et nous, nous sommes là à penser : « ah-mais-lui-il-m'a-dit. », « Mais comment-il-m ‘a-regardé. », et « J'aurai-du-lui-dire », et « Comme-elle-est-bizarre. », « Elle m ‘a pas répondu. » et puis « Elle m’a rien dit, mais si je la revois je vais lui dire que... »
Nous avons oublié qui nous étions !
Et ça... C'est une percée vers : « Il ne peut rien t'arriver. Tu es au bout des temps. Et tu es au commencement. Et tu es au bout de l'univers ».
Nous vivons dans cette représentation maladive que chaque geste que je fais ne concerne que moi... C'est d'ailleurs de là que naît la dépression de notre monde contemporain. Et lorsque l'on entend : « Quoi que je fasse ça n'intéresse personne, même pas ma voisine de palier ». Je suis dans mon enfermement, c'est ça la tragédie.
Or, dans une société qui est reliée à la transcendance, chaque geste que je pose va jusqu'au bout des temps : La manière dont je me lève le matin, dont je vais vers l'autre... Le geste avec lequel je caresse mon chat, la manière dont j'arrose mon pot d'azalée sur le balcon…
Le bonheur, le vrai, est volatil, il ne dresse nulle part ses tentes. Il surgit et s'esquive : attendu à l'arrêt de l'autobus, il ne descend pas. À l'aéroport, il n'atterrit pas. Et dès que d'aventure on le reconnaît et lui demande un autographe, il a déjà sauté dans un taxi. Il y a des jours qui lui sont consacrés, des jours fériés, des jours de vacances, d'excursion, de banquet, des jours de distribution des prix, des jours de noce où il n'apparaît pas ; les bougies brûlent et s'éteignent sans qu'il soit venu.

Le bonheur, le vrai, est volatil, il ne dresse nulle part ses tentes. Il surgit et s'esquive : attendu à l'arrêt de l'autobus, il ne descend pas. À l'aéroport, il n'atterrit pas. Et dès que d'aventure on le reconnaît et lui demande un autographe, il a déjà sauté dans un taxi. Il y a des jours qui lui sont consacrés, des jours fériés, des jours de vacances, d'excursion, de banquet, des jours de distribution des prix, des jours de noce où il n'apparaît pas ; les bougies brûlent et s'éteignent sans qu'il soit venu.

« C’est du fond de mon lit que je vous parle – et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c’est à chacun de vous – à chacun de vous, que je parle au creux de l’oreille.

Quelle émotion ! Quelle idée extraordinaire a eue Alain d’utiliser un moyen aussi simple, un téléphone, pour me permettre d’être parmi vous. Merci à lui. Merci à vous, Alain et Evelyne, pour cette longue et profonde amitié – et pour toutes ces années de persévérance.

Des grandes initiatives, comme c’est facile d’en avoir ! Mais être capable de les faire durer – durer – ah, ça c’est une autre aventure ! Maintenant ces quelques mots que je vous adresse. J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon œuvre, toute mon écriture était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c’est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage.

Alors ce dont je veux vous parler c’est tout simplement de ce que je viens de vivre. Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable.

Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure.

Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour.

Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous.

On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore – et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.

Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige.

Au fond, je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte. Et puis, il y a autre chose encore.

Avec cette capacité d’aimer – qui s’est agrandie vertigineusement – a grandi la capacité d’accueillir l’amour, cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne et qui m’accompagnent – parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui vous portent !

Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille.

Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer, sont entrés dans cette audace d’amour. En somme, il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans le courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.

Alors, ami-es, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément. Tout est mystère. Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous. La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous. »

Christiane SINGER

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Le couteau / Salman Rushdie

14 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #engagement, #essais, #notes de lecture, #écriture

avant après le couteau
avant après le couteau
avant après le couteau
avant après le couteau

avant après le couteau

J’ai entamé la lecture du Couteau de Salman Rushdie, lundi 10 juin en soirée (80 pages), poursuivie hier mardi 11 juin (81 à 210), terminée ce matin mercredi 12 juin (210-269) vers 10 H.

Martine m’a appris la nouvelle du passage de l'âmi Alain Cadéo quand j’ai appelé à 11 H 45. Je ne pourrai lire le message annonçant la nouvelle que demain, jeudi 13 juin car l’épicerie est fermée le mercredi.
Ma note de lecture sur ce récit de Rushdie ne sera pas lue par Alain. Je l’enverrai à Martine pour qu’elle soit placée dans le cercueil, avec le BAT du Ciel au ventre.


Deux chapitres de la 1° partie, L’Ange de la Mort, Hamot et Rééducation, sont des chapitres à lire par chacun, qu’il soit en bonne santé ou survivant, mutilé. Les 15 coups de couteau portés, le 12 août 2022, avec violence, fureur par le A. à Rushdie n’ont pas tué le condamné à mort par la fatwa de 1989 mais l’ont sérieusement mutilé, à l’oeil gauche, à la main droite, au cou, au torse, au foie, à la lèvre inférieure. Le survivant s’en est tiré, miraculeusement. Instinct de survie (vivre-vivre). Capacité extraordinaire des organes à se régénérer (le foie). Compétence des chirurgiens recousant, agrafant, calmant avec des antalgiques engendrant des hallucinations et des effets secondaires non maîtrisés. Compétence des rééducatrices, en particulier pour la main dont les tendons avaient été sectionnés. Salman raconte dans le moindre détail ce qu’inflige comme souffrance, une impossibilité d’uriner, le cathéter dans le pénis, l’infection urinaire, le PSA qui s’envole.

À force de visiter des amis malades, à force de vivre aussi certains de ces traitements, je me suis reconnu en pays familier, bien qu’inhospitalier avant de devenir hospitalier, le traitement fonctionnant souvent en quelques jours.

Pour qui a un cancer de la prostate, les pages qu’il consacre au palper du médecin, à la biopsie lui paraîtront réalistes.

Idem pour les pages consacrées aux soins de son oeil gauche.
J’ai pensé à l’ami Marcel Conche qui avait peur de devenir aveugle suite à son glaucome de l’oeil droit et se plaignait de tension insupportable. Lui ayant demandé le nom du produit qu’on lui mettait dans l’oeil, je suis allé sur internet et j’ai relevé que parmi les effets secondaires indésirables, il pouvait y avoir cette tension. Son ophtalmo  a changé son traitement.
J’ai pensé aussi à l’ami Roger Lombardot avec qui j’ai longuement parlé au téléphone lundi après-midi à propos de ses yeux. Depuis le début de l’année, il est allé 14 fois en VSL à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon pour des interventions, des contrôles, drain dans l’oeil, soit 6 H de transport depuis l’Ardèche. Il m’a évoqué ce qu’avec un thérapeute, ils ont débusqué sur sa maladie oculaire héréditaire (son frère aîné est mort aveugle, leur père avait aussi cette maladie mais non déclarée) à savoir que le rétrécissement du champ de vision était une manière de fuir les prédateurs (indéfinissables) pouvant y pénétrer et que la focalisation centrale allait ainsi à l’essentiel. À quoi, je lui ai dit qu’il me semblait que toute son aventure théâtrale était bien une quête de l’essentiel, exclusivement centré sur l’essentiel. Il m’a remercié d’avoir verbalisé cela. Je lui ai dit qu’il y avait sans doute à écrire là-dessus.

Et voilà que la lecture de la deuxième partie, L’Ange de la Vie, du Couteau apporte de l’eau au moulin de cette nécessaire réflexion sur ce que peut voir, ce que voit un oeil de borgne, un oeil de presque-aveugle. Salman s’écarte assez peu du réel, il s’en écarte par quelques marqueurs littéraires lui permettant de ne pas utiliser le Je, la première personne car sa reconstruction est le lot de tous les mutilés. Le A. est le presque-assassin, lui est le presque-assassiné. Il est le borgne ayant acquis toute une gymnastique pour ne pas verser l’eau à côté du verre, pour arriver à voir ce qu’il tape sur son ordinateur…

J’en arrive à ce qui me pose problème avec Le Couteau. Je précise que je ne peux écrire ce que je vais écrire qu’à partir de là où j’en suis aujourd’hui.
À savoir, que je pense que Vie et Mort sont Mystère et Miracle. Que la Vie est Kdo, créée par la Force qui déplace les montagnes, l’Amour inconditionnel, qui crée sans jugement sur ce qu’elle crée, sans tri. D’où les deux pharmacons qui me sont tombés dessus en décembre 2020 : Tu es aimé / Tu es mon bien-aimé.
Le dialogue de fiction qu’a Salman avec le A. est un dialogue de type socratique guidé par le pharmacon Connais-toi toi-même. Une vie sans examen ne mérite pas d’être vécue. A. refuse dans ce dialogue tout examen. Salman le conclut en disant je te connais maintenant mon assassin raté, hypocrite assassin, mon semblable, mon frère, en italiques, donc ironique. Pour Salman, A. est un imbécile qui l’a considéré comme un ennemi comme sont considérés comme ennemis par deux milliards de musulmans fanatisés, les six milliards d’humains ne pensant pas comme eux.
Salman ne pardonne pas à A. dont le sort désormais l’indiffère. Leur rencontre violente, intime, a duré 27 secondes. A. fait partie, dans ce que Rushdie appelle la guerre des récits, donc avec des ennemis, donc Rushdie a des ennemis, A. fait partie du camp des récits intolérants, extrémistes, dogmatiques, idéologiques, totalitaires. Salman fait partie du camp des récits imaginés, des récits inventés qui font bouger les lignes, ébranlent les certitudes, ouvrent des possibles, d’où son combat pour la liberté d’expression sans réserves, sans censure, pour l’art comme arme contre les clichés, les lieux communs, la bêtise. Il en arrive à épingler le pharmacon de Nietzsche Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort comme un cliché, un énoncé à dénoncer.
Donc aucune compassion chez Salman. Bien sûr, aucune empathie malgré le dialogue de fiction  qui n’a pas la valeur d’une rencontre réelle dans un parloir de la prison où A. attend d’être jugé, deux fois, au niveau de l’état où le crime a été commis, au niveau fédéral.
S’en rend-il compte ? Rushdie  est un écrivain activiste ayant obtenu des réalisations concrètes (les villes-refuges pour écrivains persécutés). Il est sûr de la justesse de son combat pour la liberté d’expression comme A. est sûr d’avoir agi pour le service de Dieu, donc plaidant non coupable. Mais ça peut changer.
La différence de taille entre ces deux combats est que l’un utilise un couteau, l’autre des mots et le rire.
Voilà 35 ans maintenant (fatwa du 14 février 1989-livre sorti en mars 2024) que les tribulations de la vie de Salman Rushdie sont devenues plus médiatiques que ses livres, que cette vie a connu trois phases : le Salman Rushdie caché, protégé par la Grande-Bretagne que les uns parmi ses pairs soutenaient, que d’autres parmi ses pairs envoyaient en enfer (lire Joseph Anton) ; le Salman libre, s’étant libéré par lui-même en choisissant la vie aux États-Unis mais où il est perçu comme un fêtard mondain, quasi-un people ; le Salman d’après le 12 août 2022, où  au moins dans les pays occidentaux, le soutien et la reconnaissance se sont manifestés avec ampleur.
Paradoxe pour un écrivain : cela va affecter la façon dont mon écriture est lue. Ou pas lue. Ou les deux à la fois.
Salman emploie le mot gratitude, deux fois, pas plus mais il me semble qu’il ne sait pas à quels destinataires adresser ses mercis. L’athée qu’il est et qu’il revendique n’a pas encore fait l’expérience sensible du divin en lui comme en chacun et en toute chose; si divin lui fait peur, allons-y pour sacré. Tout est sacré.
Parole inouïe de Jésus dans Matthieu, Aimez-vos ennemis comme vous-même. Rushdie cite Saint-Paul, 1° épitre aux Corinthiens  page 238 « Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu un homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. »
Il poursuit : « Nous n’avons plus besoin de figure(s) de l’autorité parentale, d’un Créateur ou de plusieurs Créateurs pour expliquer l’univers ou notre propre évolution… »

La messe est dite par l’athée Salman Rushdie. Il n’y a plus rien à dire.

Ton oeil, Salman !
Je n’ai pas évoqué Eliza, leur rencontre, leur amour. Cela relève de leur vie privée. Et Rushdie a bien raison de défendre ce qu’il en reste.
Livre que je conseille même si ce finale semble très critique.

 

sentez-vous la même chose ? on va en prendre plein la vue on va en prendre plein l'oeil on en prend toujours plein la vue mais faut avoir l'oeil on en prend toujours plein l'oeil même borgne, même aveugle

sentez-vous la même chose ? on va en prendre plein la vue on va en prendre plein l'oeil on en prend toujours plein la vue mais faut avoir l'oeil on en prend toujours plein l'oeil même borgne, même aveugle

Lire Joseph Anton de Salman Rushdie puis Le couteau
Rushdie a imaginé un dialogue de 34 pages entre lui et son assassin
Cela m'a fait penser à la tentative d'assassinat contre Jean-Paul II, le 13 mai 1981, par Mehmet Ali Ağca
Le 27 décembre 1983, Jean Paul II rend visite à Ağca dans la prison de Rebibbia et lui réitère son pardon. Après une conversation privée, le pape déclare : « Ce dont nous avons parlé restera un secret entre lui et moi. Je lui ai parlé comme à un frère à qui j'ai pardonné et qui a mon entière confiance. »
Dans Le mardi était son jour préféré - Éditions des Béatitudes, le pape confie la déception de sa rencontre avec Ali Ağca : « Ni repentir, ni regret, il n'a pas prononcé le mot pardon. »
 
Autre fait : En 2004 Mohammed, un jeune Marocain, affirme avoir reçu d’Allah la mission de détruire la chapelle Sixtine et de purifier Rome de tous les « idolâtres ».
Alerté par la sœur du terroriste, Jean-Yves Leloup, entre en relation avec lui pour le convaincre de renoncer à son projet. Il est alors pris en otage par le jeune homme, ceint d’explosifs, décidé à aller jusqu’au bout…
Jean-Yves Leloup écrira le livre Le philosophe et le djihadiste.
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Emmanuelle Arsan / Camille Moreau

20 Mai 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Emmanuelle Arsan, #amitié, #amour, #engagement, #essais, #notes de lecture, #pour toujours, #écriture, #épitaphier, #FINS DE PARTIES

5 pages dans Première sur le livre de Camille Moreau à l'occasion de la sortie le 25 septembre 2024 du film Emmanuelle d'Audrey Diwan
5 pages dans Première sur le livre de Camille Moreau à l'occasion de la sortie le 25 septembre 2024 du film Emmanuelle d'Audrey Diwan

5 pages dans Première sur le livre de Camille Moreau à l'occasion de la sortie le 25 septembre 2024 du film Emmanuelle d'Audrey Diwan

 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur
 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur
 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur
 Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur

Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur

Emmanuelle Arsan
biographie d'un pseudonyme
Camille Moreau
352 pages, La Musardine, 21 €
 
3 jours de lecture, 3 jours de découvertes en 37 chapitres
avec remontée de souvenirs
Emmanuelle Arsan est rentrée tardivement dans ma vie, en 1988, le 19 mars, par une lettre dans laquelle je la sollicitais pour le N° 10 d'Aporie consacré à La mise à mort.
La biographie d'un pseudonyme est écrite par une jeune femme d'aujourd'hui, docteur en philosophie de l'art, donc sensible, réactive à la philosophie de l'érotisme comme art de vivre très élaboré tant en théorie qu'en pratique par le couple Louis-Jacques et Marayat vivant à Bangkok au royaume du Siam dans les années 50-60, entourés d'amis, d'amants, d'amies, d'amantes. Il y a Théo, Suzanne, Philippe, Alessandro (Dado), Nitya, Molinier et bien d'autres.
Les échanges de toutes sortes nourrissent une vie-oeuvre qui va enfanter d'un livre écrit en collaboration, envoyé anonymement depuis Bangkok à Eric Losfeld qui le publie clandestinement en 1959 (couverture bleu ciel, Emmanuelle en bas de couverture, lettres alternant noir et rouge, pas de nom d'auteur, pas de nom d'éditeur).
La vie-oeuvre va engendrer d'autres enfants de papier, une oeuvre-vie avec ses flous, ses échecs, ses ambivalences et ambiguïtés (? Emmanuelle Arsan ?, la trahison des mots et pensées par les images de cinéma (le film Emmanuelle avec Sylvia Kristel, le film Laure pourtant tourné par Louis-Jacques).
Je laisse la suite à la sagacité et à la gourmandise des lecteurs.
La recherche de Camille Moreau est rigoureuse. Quand c'est un fait, elle source. Quand elle émet une hypothèse, à défaut de preuves, elle le dit. Quand elle fictionne, c'est également précisé, l'écriture change, elle fabrique une histoire plausible.
Elle nous fait basculer régulièrement entre passé et présent, en particulier avec ses réactions de lectrice, crayon en main, d'une oeuvre abondante, inégale. Ses jugements sont lapidaires. Elle peut se le permettre parce qu'un diamant illumine vie et oeuvre, les deux tomes d'Emmanuelle.
On pourrait utiliser la notion d'effet de vie élaborée par Marc-Mathieu Münch : la lecture d'Emmanuelle a mis en mouvement de nombreuses lectrices dont Camille Moreau, sans doute aussi des lecteurs. Pour ces lectrices, Emmanuelle est une ouvreuse de voies et de voix vers un monde où femmes et hommes tentent de dépasser le patriarcat, de se libérer des tabous religieux, préjugés et stéréotypes de races, de classes, de genres, d'inventer par cercles d'amis et d'amants, d'amies et d'amantes s'élargissant (amour et amitié, c'est pareil dit-elle), un monde de beauté créée par des êtres audacieux, volontaires, exigeants.
Le chapitre sur le plan et la construction de Chantelouve d'Emmanuelle dans la forêt de Callas est particulièrement évocateur.
On peut être étonné par l'actualité-modernité-urgence de propositions-déclarations faites il y a 65 ans.
On constate qu'on est encore loin du compte. Les combats actuels, violents verbalement et parfois physiquement entre masculinistes et féministes, entre wokistes et traditionalistes laissent peu de place me semble-t-il à l'optimisme.
Je me demande si Etienne Souriau n'a pas été influencé par le roman quand il écrit La Couronne d'herbes, en 1975 ou même Michel Onfray avec La sculpture de soi, en 1993.
En conclusion, si je me place de là où j'en suis de mon chemin de vie, je dirai que malgré l'influence des mathématiques, de la physique quantique, de la cosmologie, de l'archéologie sur Marayat et sur Louis-Jacques, ils ont fait trop confiance à la science, athées convaincus, donc récusant ce qui relève de la spiritualité. Je sens chez eux, une forme d'hubris, quelque chose de prométhéen dans leur projet.
Dans Bonheur et Bonheur 2 que j'ai édités, on s'en rend compte.
Cela n'enlève rien à l'amitié sans doute amoureuse que j'ai entretenue avec Emmanuelle Arsan, sans jamais la rencontrer soit 17 ans de correspondance heureuse.
En tout cas, merci à Camille Moreau qui par sa biographie m'a appris plein de choses et a contribué à épaissir le mystère et le miracle Emmanuelle Arsan.
Ce qu'elle écrit sur le prénom puis plus loin sur le nom est magnifique.
À vos commandes SVP en librairies indépendantes !
 
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat

les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat

livre de tête édité à 30 exemplaires par Pierre Pascual, éditions Le Sélénite

livre de tête édité à 30 exemplaires par Pierre Pascual, éditions Le Sélénite

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ÉCRIRE À LA CORDE

7 Avril 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #amitié, #essais, #vraie vie, #écriture

l'ami commun, Marcel Conche / ÉCRIRE À LA CORDE / Je veux parler librement parce que j’ai l’amour du vivant / Esther Ferrer, 1979 “Pistolet avec drapeaux" série jeux éducatifs dans la morbide économie kapitalbalkannibalistique
l'ami commun, Marcel Conche / ÉCRIRE À LA CORDE / Je veux parler librement parce que j’ai l’amour du vivant / Esther Ferrer, 1979 “Pistolet avec drapeaux" série jeux éducatifs dans la morbide économie kapitalbalkannibalistique
l'ami commun, Marcel Conche / ÉCRIRE À LA CORDE / Je veux parler librement parce que j’ai l’amour du vivant / Esther Ferrer, 1979 “Pistolet avec drapeaux" série jeux éducatifs dans la morbide économie kapitalbalkannibalistique
l'ami commun, Marcel Conche / ÉCRIRE À LA CORDE / Je veux parler librement parce que j’ai l’amour du vivant / Esther Ferrer, 1979 “Pistolet avec drapeaux" série jeux éducatifs dans la morbide économie kapitalbalkannibalistique

l'ami commun, Marcel Conche / ÉCRIRE À LA CORDE / Je veux parler librement parce que j’ai l’amour du vivant / Esther Ferrer, 1979 “Pistolet avec drapeaux" série jeux éducatifs dans la morbide économie kapitalbalkannibalistique

Contexte :
tu connais Voragine Fosproy par Marcel Conche, il t'a parlé d'elle comme philosophe dont il suit le travail, elle t'a envoyé des textes; tu lui as confié un créneau lors des soirées au Bateau-Lavoir en 2018 pour le passage du temps, elle y a chanté accompagnée d'une multi-instrumentiste; un jour d'opportunité en juillet 2022, tu te retrouves chez elle avec Rosalie où tu retrouves le comte Salvatore de Spada auquel aussi tu avais confié une performance jubilatoire et une avocate de partie civile lors du procès de presque 9 mois du Bataclan
 
évidemment, le pseudo, à la fois masque et miroir, tu peux le faire parler, ça parlera de toi donc
Fosproy, fausse proie, fosse à proie,
Voragine phonétiquement proche de Moravagine féminisation de mort à vagin, le roman le plus terrible de Blaise Cendrars, les voraces de vagins, les voraces à vagins

avec un tel pseudo, avec une dizaine de messages par jour, avec parfois des photos ou des musiques allant dans les sens des désécritures, il te paraît clair que cette page FB est sa page d'écriture brute, un lâcher de ballons ou de bombes, selon ; c'est une écriture à deux faces, une écriture s'inventant en s'invitant par nécessité intime donc libre :

- la face Voragine où sont bien pinées les pines à morpions de la morbide économie comme dirait Tristan Laouen citant Harmut Rosabourg, Crawl Marx ou Mickaël Occult :

« La manière dont le principe prométhéen de la rencontre du monde, dont le but est la conquête, se forme et s’affûte avec la modernité capitaliste, réprimant d’autres possibilités de l’être-dans-le-monde, en particulier ce qu’on pourrait décrire comme le rapport orphique ou érotique au monde. » Harmut Rosa, Rendre le monde indisponible, La découverte, Janvier 2020, p.14
 
« Il y a à opposer au consensus de la culture, le courage de l’art dans sa vérité barbare. L’art moderne, c’est le cynisme dans la culture, c’est le cynisme de la culture retournée contre elle même. Et si ce n’est pas simplement dans l’art, c’est dans l’art surtout que se concentrent, dans le monde moderne, dans notre monde à nous, les formes les plus intenses d’un dire vrai qui a le courage de prendre le risque de blesser. » Michel Foucault, Le courage de la vérité, Le gouvernement de soi et des autres II, Cours au collège de France, 1984, Seuil, Hautes Études, Janvier 2009, p.174
 
- la face Élodie pensant-dansant avec ses pieds sur les rochers de Sicile, tentant une voix orphique, une voie dionysiaque
 
donc quand tu lis sur FB des messages de cette amie, plusieurs fois par jour, que certains messages te parlent immédiatement, que d'autres te résistent, se refusant à ta compréhension, tout en sentant confusément que c'est le vif d'un corps écorché qui cherche à ne pas subir sa mise à mort par les tueurs mous, formatés au vitriol du vol et du viol invisibilisés, tu te dis, quelques mois après, que tu vas faire un montage de ses messages, repérer les réitérations, les boucles en spirales, les émetteurs et destinataires car Je n'est pas les autres
ça te demande quelques heures de travail, tu choisis un autre ordre que l'ordre chronologique et tu renvoies le miroir brisé à l'amie
ça va devenir son manifeste, pas un scum manifesto à la Valérie Solanas, non, son manifeste personnel, à usage intime
et merdre aux ubus qui croyaient te faire kokul /
JCG
 
tu lis par exemple les messages de ce dimanche 7 avril 2024, jour des abeilles dans ton village :
 
Comment vous allez, est-ce que le meurtre paye ?
En toute objectivité sociologique, sans citations capitalistiques ?
Venez faire du saut à l’élastique, allez, sautez, traversez le grand vortex de la charcuterie désossante de l’idéologie de rentes ….
Courage
 
ou
Une société paranoïaque ne produit que des micro systèmes d’arnaques, et la lumière unique peu à peu agit en creux, diffracte dans une surexposition et le son d’os qui craquent, les ors du hasard. jusqu’à ce que le faisceau en tunique force les corps reflector qui compriment les torses et impriment le tatouage d’asymbolique langage au visage. Un grammairage de nettoyage.
La lettre ou les créances du vide
(ne me trempez pas dans l’acide)
 
ou
En fait tout se Voix. Mais il faut travailler son chant.
Les voix fausses scenarisent des conflits, projettent, regardez la télé, l’imaginaire bête déployer le grossier Monopoly avec des mythologies Fisher Price, des gros monstres en plastique, du fantastique magique de dessin animé de petit garçon, du pan pan de gros nenfant qui veut tout.
Regarder la délinquance tout simplement. La délinquance des instances, et le terrorisme intellectuel d’attaque. Ils n’entendent même plus ce que tu dis. Ils projettent leur désir d’empire de squelettes, de ruines, les petits enculés de la banalité du mal avec les joujoux du vivant, qui tuent femmes hommes et enfants dans l’hyperproductin du cinéma d’action.
Regardez comme le monde est con.
Et comme on y croit.
Et comme beaucoup imitent ces hors lois.
Regardez. La rétroaction des moralines en trous de pines. Regardez l’excitation au naufrage, le désir de guerre sans âge et la superficialité des descriptions identitaires.
Regardez comment l’Espèce se perd.
L’absurde glandulaire des pulsions de praire.
 
ou
Le poème c’est le Réel
Aristote et bout de ficelles
Je m’ennuie beaucoup aux entraves des insignifiances, qui tranchent ma danse depuis que les mâchoires d’étalonnement miroirs ont dissocié les voix, le geste, le corps texte des fragments flottants aux intervalles souples, aux articulations motrices des choix qui augmentent la poussée des plantes et des voi. La négativité, le chaînon manquant, doit être employé au mouvement d’un chant du monde où vague abonde.
Je crois bien que la route de leurs yeux s’est perdue dans les creux qu’ils forment au corps de l’autre pour regarder l’âme hors, et la corruption des corps. Je crois bien qu’ils ont confondu l’image de voix et la vocalisation créatrice des spontanéités motrices. Ils ont imité et le manque a scellé en eux des fixités ineptes, à tel point que l’aveu du merveilleux lien, des dialectiques sensuelles, des caresses du temps, le vent dans les cheveux, la lumière dans les yeux, les volumes naturels d’un lange qui battit entre le jour et la nuit, ils l’ont perdue. Leur langue paralytique, leur connaissance meta syntaxique les coupent de l’ordre cognitif des matières et de l’ouvert, de l’univers.
Je pense avec mes pieds.
Ouhais, mes pieds cornés de page qui éternue le langage …
Car aucun ne finit de dire la peau
 
ou
Nous on savait continuer d’apprendre et de construire, on savait continuer le bien simple et la métaphysique, la beauté.
On savait continuer.
J’ai eu mal au mouvement dans les amputations du temps, comme des douleurs d’atomes, de membres fantômes.
Quand ils tranchaient les liens dans leurs mâchoires de chiens.
Parce que la Parole simple, ce qui crée entre nous l’harmonisation, l’action, l’habitation des spatialités vivantes, l’effectivité de la pensée, de la relation, ce mouvement qui va chercher le bois pour chauffer plus que soi dans une maison, et que nous prolongeons dans la poïesis existentielle, fut détruit à chaque fois . Ce bois, ce geste, ce petit feu que nous savions continuer en pensée, la note belle et utile du Réel, était violée à chaque fois dans le corps, les livres des morts, dans les maisons, dans les films que nous écrivions, dans l’avenir que nous dessinions.
Nous, nous savions continuer.
Ils blanchissaient toutes les spatialités ceux du clivage, qui rêvaient de naufrage, ils violaient sans savoir les spatialités d’Espoir.
Je suis né d’un temps où les arts meurent dans l’objet. J’ai été amputée. Plusieurs fois dévorée.
Je ne suis pas une victime, je suis commune et mon os voit l’Espèce, en sa honte, en son silence,
dans les volumes et les écumes du sens.
La Parole est un arbre avec des jambes.
 
et l'amie te répond
merci l’ami, l’article d’une humaine chercheuse, ne se défendant pas des affres désastreuses, ne se confondant pas à la victime intime des journaux d’un féminisme de pouvoir, mais une chercheuse d’humanité au corps éprouvé par lave hérité, explorant sa propre honte (il n’y a pas d’art sans honte) et ouvrant son métalangage pour que les descriptions ne forment pas de cages d’accusations, les faits sont les faits, des Eloïses d’affects, des effets, nous mourons d’idées fausses, nous marchons sur nos os, je cherche des équations qui soignent sans boucles d’empoigne, mon corps se dégage des pièges qui nous assiègent, les aphorismes sont mon laboratoire sans capitale d’oubli, sans fixité de mémoire vendue au pouvoir, des écrits à l’eau de vie. 
Voragine Fosproy / Élodie Després
 
abeille pollinisée / noeuds / L’avant garde c’est le réel,  mais pour le toucher faut mouiller sa truelle mes gazelles / défaire orphiquement les noeuds / s'envoler à l'ivresse dionysiaque / faire le bond sourd de la bête féroce
abeille pollinisée / noeuds / L’avant garde c’est le réel,  mais pour le toucher faut mouiller sa truelle mes gazelles / défaire orphiquement les noeuds / s'envoler à l'ivresse dionysiaque / faire le bond sourd de la bête féroce
abeille pollinisée / noeuds / L’avant garde c’est le réel,  mais pour le toucher faut mouiller sa truelle mes gazelles / défaire orphiquement les noeuds / s'envoler à l'ivresse dionysiaque / faire le bond sourd de la bête féroce
abeille pollinisée / noeuds / L’avant garde c’est le réel,  mais pour le toucher faut mouiller sa truelle mes gazelles / défaire orphiquement les noeuds / s'envoler à l'ivresse dionysiaque / faire le bond sourd de la bête féroce

abeille pollinisée / noeuds / L’avant garde c’est le réel, mais pour le toucher faut mouiller sa truelle mes gazelles / défaire orphiquement les noeuds / s'envoler à l'ivresse dionysiaque / faire le bond sourd de la bête féroce

ÉCRIRE À LA CORDE

 

Je suis ton asperge, ton hypoténuse, ta sœur de Syracuse
Mais certainement pas ta muse
Une muse c’est une morte d’économie par l’anomie
Moi je suis chercheuse de geste au présent infini


Plus tu es rationnelle plus tu es soumise socialement à la Question par les plus cochons d’Indes qui s’accrochent à tes tétons pour finir par t’arracher un jarret, un jambon, ta panse de brebis farcie, et vivre à crédit avec les morceaux abstraits ou charnus de ta  vie.
Tu deviens une verrue peau de chien dans la répéttiion de leur excrémentation partielle de pucelles du transférentiel.

On n’en est qu’au jambon mi cuit de la théorie
tant que vous dégagez les visions que par le prisme du zizi post industrie.
C’est moi qui vous le dit !
Va falloir élargir le soupirail d’yeux de paille
et de fœtus de la jouissance d’anus !
De catalogue démagogue d’identification,
Va falloir soulever le voile de l’idée sans s’exonérer dans les représentations des ennemis désignés, sans tuer dans la lumière des poursuites de chasses à l’autre où tout se vautre.
Va falloir mettre de l’ordre, se tordre un peu, s’emmêler les cheveux et bouffer ses noeuds !

Ce que le discours reprend il le tue tout le temps.
Il faut que les signifiants traversent le corps comme un fiât d’amore.
Hors, l’Ensemble a dissocié non par adaptation mais par lâcheté, l’intuition, le touché, la sensation et les géométries de la nécessité.
La psychose blanche discourt et tue, sépare le gain et le salut d’un départ de vérité, pose des peaux de bananes sous les pas des Voix qui dépassent le cercle nerveux des réflexes maniaques, elle rate le manque de la chaîne signifiante, le lien physique d’un Imaginaire technique.


Je ne suis pas pure, ma langue suppure sous la torture sociale où la structure obsessionnelle détruit le bleu du ciel.
Je suis dominée.

En tant  que femme autrice soulevant les lièvres encore vivants je n’ai jamais été aussi isolée que depuis que le féminisme s’est financiarisé.
D’un certain point de vue c’est une validation des processions excluantes du capitalisme d’épouvante qui dévore les grandes plantes, et de l’autre c’est une tristesse collective qui vient prolonger mon livre et démontrer qu’au delà d’un phénomène de tri androgène, d’une domination bestiale remontant la mémoire de l’espèce quand la perte menace, la reproduction du système de domination n’épargne pas les réflexes des guenons lorsqu’elles n’ont pas fait le travail de porter leur condition.
L’élimination ne relève pas tant d’un déterminisme naturel que d’une réplication des comportements sociaux, de classes et d’angoisses réflectrices qui ferment le couvercle du cercueil sur l’œil, quand appelle la jouissance d’écueil et les vengeances libidinales d’une ordonnance sociale.
Le libéralisme ressemble à une contagion de maladie mentale d’exonération libidinale. À l’autorisation silencieuse du meurtre au plan intersubjectif, comme si l’émanation politique de l’idée de Monde devenait le La immonde de l’intime, comme si nous perdions le hasard et que les cellules miroirs étalonnaient leur gloire sur les quantités et les mouroirs.


Que deviennent les signifiants ?

La fameuse distance, une flatulence chimique de répliques dénégatives, une stratégie d’évitement, une démission, une violation des lois de vie, un narcissisme libéral bête, taré, le maquillage permanent sur le Réel, de la merde industrielle d’idéologie sacrificielle, avec ses petits ordres de sourires, son contrôle sur les expressions, l’interdît de vérité, l’interdît de spontanéité, le tri permanent dans les émotions des gens, l’immonde marché du bien être, l’humiliation de la condition, la contagion du fascisme, le tourisme intellectuel, le non regard au rang d’art, l’anti lien, la conglomération Silencieuse, l’ordre natif de l’érectilité inconsciente à la rente, l’histoire des morts,la voix des morts comme capital, l’immonde soustraction paradoxale, les morcèlements pédants par clans invisibles, les mafias affectives, à La Défense de son cul, de son nombril, de son esthétisme superficiel de société culturelle désossée de toute profondeur effective, la beauté sans eaux vives, les cerveaux pétés des enfants sur la barge du temps, nos retards brouillards, nos héros rock’n roll totalement obsolètes, le charme pourri de nos embourgeoisements, la décrépitude immobilière, la poudrière atmosphérique qui fait de nous des rats d’Amérique, les sceptiques ou croyants artificiels absurdes ineptes abjects des sports exotiques et des jobs du fric, les bambouseraies, les relations décoratives, les récupérations de luttes pour pomper du fric comme des putes, la honte, la honte qui s’étale, le silenc sociale, l’hypocrisie historicienne, la mort d’une bourgeoisie de savoir, qui savonne l’Espoir, les inductions médiatiques fabriquant leur politique délirante de Monopoly orgiaque ridicule et funeste , l’inaptitude professionnelle des sélections, la gloire aux plus cons, les arguments à la plume miroir, une perversion d’urine, d’habitude, de maigre amplitude, la perfidie, la lâcheté, la médiocrité, le mensonge, le carnaval caricatural bouffant les intervalles vertébraux, l’animal rival des sélections mécaniques de la réduction organique, la misère d’une non dialectique des instances et l’outrecuidance, l’intériorisation de pragmation, l’histrionisme de stérilisation, la profusion d’incantations , le viol des intuitions.
La violence

 

La mémoire vive n’est plus dans les livres
Il faut la vivre

 

Théorie générale des réductions spatiales
Sur l’antériorité négative
des défenses oppressives
Thèse de l’école des folles
Au cerveau corps arboricole
Outils de bois et démonstration sans nom
Os trace de l’intérieur

Un pied dans la merde un pied ailleurs
Concept majeur sans doigt : spéculum autonome et aporie d’octrois
Fœtale d’emplissement et flash d’éblouissement
Enfance civilisationnelle et violence culturelle

 

Peux-tu dessiner les courbes de ma fluidité
entravée par les raptus de projections d’anus
et la pulsion de mort de l’économie psychique
des dealers d’objets taxidermiers ?
Mediator

 

La mysoginie n’a pas de sexe, elle a une structure et un nombre, derrière, son crâne est sombre. Et c’est de l’aplomb propre au non dialectal, au fermoir occipital que l’on tombe. D’un seul coup. Après rafle des traces tu deviens l’égout. C’est tellement évident quand on circonscrit dans le temps la forclusion du mouvement, l’insipidité des significations sans révolution ergonomique, sans création vitale, sans imaginaire enraciné dans la nécessité qu’on souffre sans souffrir.
Il n’y a pas de dépression, mais une tristesse objective devant la cratérisation du livre.


Joie sait pleurer

 

Chez moi les clartés s’assombrissent, comme disait Marcel, parce que je ne suis pas pucelle du Réel et des entraves sacrificielles d’économie de cervelle.
Ne lisez pas Bataille comme un placement de Voix au pays de l’homoengendration et de la satisfaction.
Prenez en dans la gueule du corps, plein le son.

 

Le signifiant argent peut tuer un visage en un éclair


La bouche se serre et l’œil humidifie son envie, les paysages de l’intersubjectivité, l’existence déployée s’effacent, la pronation  excite une tension, et l’humain devient jouissant en réduction, tout son corps oublie la mort, les volumes et les forces opérant dans la Nature du manque. Comme dans la sexualité.


L’anti-création des combustions libidinales commence à faire mal, même à ceux qui ne  sont pas folles. On va manquer de camisoles.
 

Silence Euclidien hante bien.

 

Les narrations de manipulation gagnent avec la peur de la perte, tout le temps, elles recouvrent tout, et induisent un scénario fantasmatique de crise de « civilisation » ou « de religions » totalement théâtralisé, provoqué, faux.
C’est une interprétation de pure excitation pour masquer la primitivité libidinale. Le sadisme anal auquel sont rendus les détenteurs de capitaux pour maintenir leur rente de situation, leur dopamine d’animaux d’impasse, pour qu’ils puissent continuer de croire en leur Pouvoir. Dessous ruisselle le fiel de ce terrorisme intellectuel qui désignera le corps d’éclat et de mort. Celui que le groupe avide suicide pour rendre plus fluide, invisible, sa part excrémentielle .
Primitivisme sacrificiel. Avec crème historique à la sauce utilitariste et une odeur profondément débile de jouissance d’essence sur pensée tiède, avec Catharsis moraliste en intermède.
Ils ne veulent pas péter le garde corps de leur barrage d’animaux morts au langage et à la connaissance.
De l’intime au politique
De l’enfant à l’adulte
Les spatialités s’amenuisent
Les réflexes maniaques justifient leur niaque par l’inspiration paranoïdale qui les soulage du doute, et du travail de la paix, et de l’altérité.
Ce que la Voix féminine annonçait n’est rien d’autre, que cet autre annulé qui facilite l’investissement dans l’ordre déviant d’un idéal.
L’idéalisme est toujours le fascisme de contention d’une perversion sociale générale.
Le droit de tuer est revenu par la liberté d’un impensé qui ne supporte pas le bâti des voix.


« Tais-toi »

 

L’oppression, quand elle est sortie des récitations professionnelles, des missels antifascistes des fétichistes de l’esthétique, la plupart des gens l’ont adoptée immédiatement.
Comme si c’était tout blanc et plat dedans les gens, finalement.
Il se sont révélés sans intuitions, sans corps méta-fondant.
C’est hyper bizarre maintenant.

C’est la boucherie du jugement superficiel qui décharge son angoisse dans les corps habités de traces. C’est la chasse des rétroactions, des sevrages d’espèce, quand la condition régresse et que le manque menace .
Dans le corps habité de traces, l’obsession peut enfoncer sa merde d’indigestion, c’est profond. Ils échappent à la réflexion miroir, y trouvent des os compensatoires et des suspensions délicates.
C’est le corps économique de son exonération, il vit dans la crème culturelle qui recouvre la transaction de mort qui assure ses injections dopaminiques et ses pertes électriques.
Junky tantrique
Le fascisme est la propagation des dilutions du psychisme d’adaptation.

 

J'ai la morula bleue quand j'écris dans les creux

 

 

J’ai un désintérêt profond pour l’objet quand il devient le stimulant dément des régressions de l’autre. Un démêlant d’exténuation, quand rien ne forme plus de passage et que les visages crispent une projection qui annonce et menace. Les conflits sont des surfaces. Vous vivez hors volumes désormais, l’éditeur me hait. C’est un enfant des livres du capital. Moi je suis une besace occipitale. Je suis une menace de tremblement.
L’ami a rapté le film, dans sa boucle intime de connections d’images. L’autre a signé la transaction des stérilisations, les haines libidinales les ont conduits aux vengeances animales. Ma langue est un Népal Beauceron d’enfant tôt initiée à la lumière des os dans le Vert du rayon d’un sureau. Par hasard. Je suis né quand meurt l’art dans l’objet. Je suis né quand le confort sépare la culture de la nécessité des métaphores. J’ai visité la maison de marbre et bu le lait de l’arbre.
Les réalisateurs ont volé par deux fois en couple, par photocopies et mise en concurrence de croupes. Il fallait bien ça pour qu’ils boivent la coupe d’une jouissance, avec cet étrange habitus erectus. Et les actrices prolongatrices. Il y a des cicatrices d’anus sur les existences où des jouissances finissent de hisser leur terrorisme en entravant les corps en mouvements.

 

Vous savez, il est fort possible que l’Ensemble défensif de l’étalonnement oppressif , l’économie psychique la plus prégnante et la vantardise libérale du sujet, son droit autoritaire à baiser ou à obtenir du droit par des particularismes dont la texture ressemble à une pauvre confiture, plus qu’à la structure ordinale d’un délire hospitalier, expansif et harmonieux, soit la preuve même que le verbe doit souffler dans le vent, les ligaments, et selon les dimensions très simples.
Car tout nous sépare physiquement depuis que les cerveaux trempent dans ce tempo démagogique de leur développement métabolique et adoptent la facilité professionnelle de l’assouvissement surréel.
Le sacré c’est le rationnel.
Beaucoup d’amis sont venus non des nuages mais du clivage ontophage qui tranche à l’usage dans l’ange : le surcroît étrange des espaces si tu crées.
Non de l’objet, mais du lien .
Il y a eu la remontée d’un réflexe ancien.

J’ai un rêve de justice en métaphore quand les corps sont dans la honte défensive et tiennent à la brume ma plume. Je voudrais un banquet de voix sur une table de bois où, Nous l’humain, ouvririons une soupière de lave en ébullition pour y Voir l’équation de lumière qui assèche le nerf des instincts, des physiologies, et que logos et os retrouvent les spatialités que vous n’avez pu que tuer.


Il n’y a pas d’art sans honte.
La Parole est un arbre avec des jambes.

 

Ce sont des rapports de vitesses, et de stratégies de contrôles, de morts économiques qui frôlent. L’obsessionnel dit ce qu’il est. Il suffit de remonter son langage. La rétroaction étrange à qui étaye sa langue entre sensation, géométrie et action.
La prévoyance du Silence rend la note de son langage. Un maquillage sans liens fins. Un trait non ancré et un droit de tuer qui opère. Car le dire ne change rien.
Il y a une scission de moins en moins graduelle, un droit archaïque qui apparaît, en réalité, sous les livres de Lois qui ont brûlés déjà.
Car les grammaires blanchissent la violence dans les chairs. C’est la jouissance qui espère et confond, la nuance et la négation.
La pudeur et la responsabilité interdisent l’exemple concret tant la laideur agit et défait le lit des rivières, des amours et de la connaissance.
Tu veux une danse pour oublier.
Mais c’est pas mon métier.

 

Voragine Fosproy face Élodie Després pile 

(10 mars 2024 - 31 mars 2024 avec réminiscences sur 2023 et 2022)

Venez faire du saut à l’élastique, allez, sautez, traversez le grand vortex de la charcuterie désossante de l’idéologie de rentes / Courage
Venez faire du saut à l’élastique, allez, sautez, traversez le grand vortex de la charcuterie désossante de l’idéologie de rentes / Courage

Venez faire du saut à l’élastique, allez, sautez, traversez le grand vortex de la charcuterie désossante de l’idéologie de rentes / Courage

Gestion dopaminique et élimination économique chez les grands singes.

 

Tu possèdes tu n'es plus peau cédée

 

Ils attendent les subventions pour retrouver la Raison. Et dire l’abomination. La lettre du pouvoir est toujours en retard. Un revolving à bouches miroirs quand il est trop tard. Les morts c’est bien, ça rapporte, et ça n’engage à rien.
Remplissez vos dossiers d’occurrences prévisionnelles, d’enfants morts et pas chers, dans la déférence temporelle qui assure le retour sur investissement de l’ensilenciation.
Prolongez vos fictions d’exonérations de classes, raflez en masse par la disjonction dégueulasse de vos pensées de surfaces.

 

J’veux un tailleur, une raideur honnête
Une robe squelette
Besoin de symboliser ma racine carrée

Parce qu’ils me butent dans leur morale de putes snobes de littérature de libidinouze de fin de partouze.

 

Quand tu perçois les conséquences de Voix tu dois.

 

L’arbre c’est l’écorché aux terminaisons nerveuses ajourées
Clarté

Les fictionnaires d’état
C’est cet embourbé de l’art secondaire
Moi je suis postière

 

Faites-vous animaux du vrai
 

Vos fictions sur les fictions

Sont un champ de coton

Quand le jeu de domino aura tombé tous les os, nous n’aurons plus l’achoppement partiel des défenses qui suivent la vague immense des violences. La femme sera le même homme car la domination n’a pas de sexe, en réalité, mais un réflexe animalier de bouche sèche et serrée.


Réel répond
Il exprime l’ordre des intentions
Ce rebours où nous ne faisons plus l’amour
Les chansons meurent à la kommandanture

Il suffit d’une toute petite contrariété
au junky social de l’image érotophage,
pour qu’il tue et rembobine les heures d’usine.
Leur légèreté est une rapine, une superficialité d’inconséquence, une connerie d’aisance ignorante.
Avec le terme économique d’une projectivité dynamique dont il ne mesure absolument pas les conséquences, il y a même dans la crispation des solutions lyopholisées de mémoires industrielles qui gonflent au besoin, quand il faut annuler le soin, la voisine, l’enfant, des sexualités de vengeances, du symbolique exotique, un pauvre à baiser quelque part pour le soumettre à l’Espoir migratoire.


Il n’y a plus d’objets d’arts.

Ce qu’on est on ne le possède pas


Vous ne pouvez que tuer
Et décorer vos Voix de rafles séquentielles
validées par le fascisme déjà trop installé
du surréel, c’est à dire d’un rapport dupe
à la fiction
Moi je ne sais pas du tout
Je ne sais pas du tout comment
nous pouvons ne pas voir les sélections
du retard sous les ossements d’enfants .
L’obsessionnalité constitue dans ses complicités silencieuses l’émanation politique de la Perversion.
Le Grand Con des psychoses blanches
Et les raideurs faciales des directeurs de la morale
Le fric des putes qui détruisent les luttes en raflant la chance par la laideur d’adaptation de la solution finale et la négation virale.
La tumeur sociale.

Vous naviguez au cul des idées
Vous n’y êtes pas

Ce qui broie à l’achoppement des voix c’est la ligature instinctive et la morale pré abortive du discours, de la Kulture, du réflexe, cette rollflexe invisible des physiologies d’une démocratie de sujets malades.
Ma Voix était la maison et le cadre de l’image mouvement, l’usine de transcription et de création,
Mon corps caméra, chambre noire des bords et des triangulations de projets, la grange mon palais.
Qu’avez-vous fait dans cette étrange fiction du Monde ? Alors que je mesurais les ondes entre l’hôpital en ruine et le Silence de Pute qui nous ampute, qui nous sépare, ce brouillard.
J’ai travaillé et vous avez répété la destruction d’une programmation sociale très pâle. Quand l’homme m’a éliminée, la femelle a fui, j’ai vu les femmes nazies tuer la poésie. J’ai vu la libidinalité épouvantable des imaginaires insolvables trahir le vivant, dans des prises et reprises. Le cinéma c’est le pare-brise.
Vous m’avez appris à ne plus aimer. Ces dernières années. Et la structure rétroactive des sujets dérivés d’une bourgeoisie de l’idée, qui ne connaît pas son corps. Qui n’a pas bâti sa voix. Vous m’avez appris que vous voliez ce que vous ne comprenez pas . Et que l’argent dont vous ne manquez pas, représente l’étalon profond de vos physiologies de confort et d’ignorance. Vous m’avez appris la récurrence structurelle de la violence.

Peut-être battre un fléau de Temps
Sévèrement
Me privant
Pour vivre spontanément la vérité d'un Poème
Ce mouvement d'amour légal de chair transcendantale

Ajusté


Je voudrais tant retirer
Le gilet pare-balles
Qui me fait mal

 

Un féminisme sans Marxisme
ne constituera pas un progrès
pour l’humanité, il ne sera qu’un
phallicisme imitant le vide d’un
pouvoir archaïque qui, en plus
de ne rien changer, encouragera
tout à fait la disparition
de la féminité du monde.
Le Pouvoir est immonde
d’où qu’il vienne, mécanique
ancienne….

 

De toute façon  ça sent la crème d’anus autoritaire y’a une pulsométrique sonore qui catapulte des animaux morts, expédie par les yeux blancs collés sa temporalité arrière, l’intentionnalité forme des sauts négatifs dans une langue abortive avec diminution de propositions, et pédale tampon, et tuberculose de libidoze étalonnée à la sauce mortier, rapidité d’économie pure de kapo de la figure.
 

Réductiomètre

C’est-à-dire toi du jouir nerveux,
Tu crois au jeu de proie et au meurtre dodécaphonique  des images chronologiques
d’identification culturelle.
C’est-à-dire que vous tuez pas exprès quand vous détruisez les œuvres, l’enfant, la santé.
C’est-à-dire que l’image fascinante (fascinum) est un couteau démago, une bobinette de bête meurtrie, un turbo injection de négation implicitement autorisée par l’introjection d’une valeur sociale du sujet.
C’est une bascule de transaction nulle.
Un jet privé qui encule un nuage, ou bien percute des oies sauvages parce qu’il ne contrôle plus rien, en vrai. C’est ce qui est Exprimé.
Le meurtre est une soustraction réflexe d’espace.

Alors, dans les cartes de voix fragmentées par ensilenciations filées je remarque un relief depuis l’aéronef, une accélération de division sous le mode clivé de l’action, qui peine à ré-articuler sans tuer, comme si la dite structure ne parvenait pas à faire de choix harmonieux et devait dans sa croyance et sa physiologie trouver les conditions d’injections motrices qui passent par l’agressivité et la menace, l’exclusion coupable et défendue qui renvoie de fait au paradoxe de sa projectivité.
Comme s’il fallait que quelqu’un meure dans une rétroaction intentionnelle, sorte d’apriori sacrificiel.
Un conditionnement archaïque qui remonte et reprend un silence de honte quand le climat démonte l’ondulatoire  naturelle et qu’il faudrait trianguler dans de nouveaux herbiers.
L’arnaque du réflexe maniaque envahit l’estomac.

C’est-à-dire que j'aurais jamais pu réduire quelqu’un que j’aime à la spermaculture des figures, aux amours hors sol, fétichiser les sexes pistol, confondre le vivant avec le monde de connardoll de nos egos rock-n-roll.
J’ai jamais confondu une personne avec les modes sans fêlures de nos caricatures transitoires. J’ai jamais tué pour la gloire. J’aime les trajectoires qui niquent pas le sens. J’aime l’essence. La puissance des moteurs de voix. Ça m’a fait honte tous ces plans serrés. Ça m’a fait honte d’aimer sous des mâchoires rétractées. Ça ravage la liberté. Ensilence la beauté. C’est-à-dire ... que ... ça vous fait pas vomir les anus de cuir, les capitons de sac congélation de la création...?
Le cadavérisme de voix tout ça ... les doigts de fils à papa, le capitalisme de l’art, ça vous donne pas envie de déplacer les pierres, de foutre en l’air justement, ce doigt misérable de la révolution rentable, de pas reprendre nos morts à peine morts, tout ça, ça va pas, nan, ça va pas. À force on dirait des nécrologies nos vies. Nos vies de désordre établi.

Je trouve les gens brouillons dans la vie et raidissant leurs expressions pour faire croire qu’ils maîtrisent alors qu’ils détruisent comme des casses-noisettes les crânes entre leurs fesses.

Vous êtes où ?
T’es où ?
Dans la passoire à trous ?

Les souffrances sont étoufées ou réinterprétées parce qu’elles montrent.
Parce qu’elles obligent.
Parce qu’elles obligent la conscience,
et l’acte.
Parce qu’elles obligent à autre chose que l’acte économique.
Les souffrances sont les nouveaux sexes cachés d’un panorama spectaculaire, qui ne supporte pas de voir, sauf si ce voir rapporte le bénéfice d’une théâtralisation , d’une mémoire d’automatisation du geste,  d’une secondarisation, d’une mise à distance profitable,  d’une petite messe exonérant de l’action concrète. L’art est devenu l’exosquelette du politique. Sa charte graphique .
L’objet n’est plus d’actualité.

Vous avez cru ne pas croire et le monde s’est transformé en passoire.

Vous n’avez pas rendu vrai ce qui était possiblement vrai et élargissant.
Vous n’avez rien désiré.
Rien.

Quand dire ne change rien, voire pire,
il faut aller dans le bois des os, brûler les oripeaux d’objets qui figent l’œil, les objets de Voix, les voiles, les linceuls, faire Voix de seuil pour voir où ta sœur a fermé le cercueil d’ivoire, faire voix de seuil, mouvement, gond d’engendrement et saisir une nouvelle objectivité par-delà la projectivité générale qui recale, rétropédale, fait régresser les formes des potentiels d’informations Actuelles.
Cette entrave structurelle que peu à peu ils rejoignent quand tu soignes, quelque chose imite et éloigne.

 

Elle est dure comment ta vie, toi ?
Elle est dure dans l’air et la facture, dans le lien, elle est dure comme un camp de concentration invisible dans les données du sensible, elle est dure comme une frustration de confiture ou bien comme une révélation d’économie pure, elle est dure à quelle place ta vie , dans la honte jouie ou dans lave hérité, elle est dure dans le réel ou dans une culotte en dentelle, elle est dure dans ton corps présent ou dans l’identification au monde, est-ce que tu as un geste en toi, un mode d’acte qui soulage sans dents, est-ce que tu as un chant existentiel sans contrôle partiel ?

La sédation aux instincts, des fictions, les rafles réflexes, les placements, les meurtres du mouvement, les reprises, les satisfactions qui sadisent, le mode cathartique presque trop répété, le retour du débridage, et la texture de l’impossible, l’entrave des spatialités suaves où le donné rencontre le sujet sensible, la prolifération des irréversibles, la notion de choix qui apparaît bien basse, bien freluquette, un peu sans squelette, avec ses réservations, sa projectivité un peu démodée, sa petite honte à ensilencer, sa culpabilité qui ne résiste pas à la pronation d’un Objet partiel, orificiel.
Le rapide insipide, l’étalonnement morbide de l’inassenti.

Vous n’avez jamais essayé de rembobiner vos organes de prises instinctives pour lessiver les meurtres et voir l’économie sans brouillard ?
Avez-vous partagé le langage sans marquage d’obtention, de gain, avez-vous poussé en vous autre chose que des compositions culturelles de validation d’œil poudreux ?
Avez-vous cessé de tuer quand vous aimiez ?
Avez-vous dépassé les moires d’aprioris invasifs de sélections, avez -ous percé votre corps pour ne pas ressembler ?

Dans la chute du langage j’ai aimé le bois de chauffage et l’instant, dans le temps, du decrescendo, j’ai vu de Lacan l’enfant salaud,
la mère porteuse et l’homme clou, les structures toutes dures et les violes  psychiques des identifications magiques, les meurtres classiques.


L’Espèce
Je suis dans l’écologie du langage où vos mâchoires voyagent en rétropédalage, j’ai rendu les objets, mais la courbe de l’enfer a mordu l’angle de terre, c’est zombiland pour moi, j’ai pas les os aveugles, je ne vis pas dans les images de voix et la poudre à narines des distributeurs d’urine. L’homoengendrement ratisse et mange les formes, l’impossible physicalise son retour. Il n’y a presque plus de contre-jour . Je ne peux pas dire l’amour car cela n’est plus un sujet. C’est une vantardise en surjet, une surface bleue de chasse. Je n’ai pas le corps au jeu. Il est trop spongieux. Et tout a eu lieu.
Les cartes de voix ne me laissent  pas placide et combustible devant un génocide, je n’arrive pas à éjecter le réel hors cervelle, mon désir n’est pas structuré comme un empire. J’ai appris à mourir.
Et j’ai une immense capacité de retrait depuis que j’ai mesuré le rapport à l’Objet. Et je vois. Et je voix.
Le foutre voix des ondes, le tri, les culpabilités débordées qui achèvent les chevaux de la pensée.
Et les bambouseraies artificielles. Et les économies sacrificielles vendre la viande dans des culbutes de remboursement impossible de récits intangibles.
La vulgarité vibre.

Je trouve que la singularité n’est plus du tout du côté de la transgression.
Que le Politique est devenu transgression.
Et que la transgression ne frotte plus rien, ne déplace plus rien.
Une soupe de latences qui bout, de grumeaux d’images, d’arnaques, de vulgarités.

De toute façon la dictature financière
c’est un truc à structure prépubère …
C’est la valve du sphincter

A ce rythme de l’amore au rat, de l’indistinction,
que veux-tu qu’il reste des conditions de l’espèce et de l’éducation.

Alors mes puputes, on cahute entre la commandenture invisible de la main du futon convertible de l’idéologie transgressive et le collier de métaphores qui vend pas la Voix des morts ?
On chambre sa quille, on se maquille, on hésite entre l’anguille spéculaire des sanctuaires et la langue native téléportative ?


Vous voulez un petit coup de pied au cul, un tourbillon d’inconnu ?

 

Voilà je suis comme ça maintenant. A cause du monde liquide qui vide les corps. Sèche, verticale, anti-diversion, sans dispersion, grise, efficace, tutrice, pas baisante, pas fantaisiste, anti-flou, utile et militaire, tellement la chimère financiaro cathodique, libero-effractante, elle est doucement violente.

Voilà, faut tenir raide comme ça. Toute raide comme ça.

 

Voragine Fosproy face Élodie Després pile 

(10 mars 2024 - 31 mars 2024 avec réminiscences sur 2023 et 2022)

à l'aide d'une langue extrêmement sensible et sensuelle, poétique, le philosophe Jean-Philippe Pierron poursuit son exploration écobiographique (voir son précédent livre dans la collection Mondes Sauvages : "Je est un nous") pour révéler l'importance primordiale de gestes en apparence triviaux et anodins, ceux du jardinier, du paysan, de l'artisan, du cuisinier, mais aussi ceux du musicien, du danseur et de l'écrivain, dans l'élaboration concrète et quotidienne, profonde et le plus souvent tue, d'une manière d'être au monde révélatrice d'un souci, d'une attention portée au monde et aux vivants qui cohabitent avec nous.

à l'aide d'une langue extrêmement sensible et sensuelle, poétique, le philosophe Jean-Philippe Pierron poursuit son exploration écobiographique (voir son précédent livre dans la collection Mondes Sauvages : "Je est un nous") pour révéler l'importance primordiale de gestes en apparence triviaux et anodins, ceux du jardinier, du paysan, de l'artisan, du cuisinier, mais aussi ceux du musicien, du danseur et de l'écrivain, dans l'élaboration concrète et quotidienne, profonde et le plus souvent tue, d'une manière d'être au monde révélatrice d'un souci, d'une attention portée au monde et aux vivants qui cohabitent avec nous.

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Billets de contrebande / Alain Cadéo

8 Mars 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #JCG, #notes de lecture, #écriture, #éveil, #voyages, #vraie vie

2024 et 2018
2024 et 2018
2024 et 2018

2024 et 2018

Billets de contrebande (inédits)
Alain Cadéo
Editions La Trace, 2024

Plus de 300 pages de billets. Je n’ai pas compté le nombre de billets. Billets quotidiens ou presque. Comme l’ami Marcel Conche, Alain Cadéo ne fait qu’écrire. Irrépressible pulsion donnant Mots de contrebande, Billets de contrebande, récits, romans, pièces de théâtre. Il envoie ses billets à quelques amis qui font parfois retour. Ça s’appelle pisser dans un violon ou prêcher dans le désert. Comme s’il disait  : C’est gratuit, mon ami. Mon écriture, nécessaire, vitale pour moi, énergisante, électrifiante ne vise aucune utilité, surtout pas sociale, au mieux, amicale si toi, l’ami, tu veux bien recevoir ces billets que je te passe en contrebande.
Le mot contrebande fait écho à ce qu’a dit Le Clézio à Augustin, le 25 janvier 2024, sur son chemin niçois des contrebandiers. Être contrebandier demandait courage et résistance physique. Être contrebandier en littérature, dit-il, demande de recevoir ce qu’apporte la mer, images, personnages pour en faire nouvel usage, nouvelles histoires. Le contrebandier fait passer en douce, dans l’obscurité souvent, des produits illicites mais fort demandés, appréciés.
Alain Cadéo se dit passeur de mots, contrebandier de mots. Ces mots viennent d’ailleurs, vont vers ailleurs. L’ailleurs d’origine n’a pas de nom. L’ailleurs de destination n’a pas de nom. Du VERBE, titre du 1° billet, inentendable par les vivants, jaillissent des profusions-vibrations à foison, devenant à réception, paroles gelées, mots empaillés, livrés au papier d’imprimerie. Ces mots « humblement s’agenouillent et se taisent. »
Pour parler de ses cueillettes, fenaisons, moissons, vendanges, de ses grappillages, glanages, de ses traques, de ses affûts, de ses rapts, Alain Cadéo use de métaphores filées de grandes richesses. Métaphores visuelles, auditives, gustatives, olfactives, tactiles, cénesthésiques. On voit la scène, on entend bruissements et chants. On savoure les nectars. On hume les odeurs. Une véritable renaissance des sens. Que je préfère à L'insurrection des sens du philosophe Jean-Philippe Pierron (Actes-Sud).
Il est nomade, bohémien, trappeur, clown de cirque ambulant. Il est de toutes les latitudes et longitudes, des pôles à des îles luxuriantes, paradis introuvables, non-géolocalisables car naissant des mots sur la blanche page, sur sa table, auprès du poêle.
Cette présentation m’amène à soulever plusieurs paradoxes.
- L’auteur Alain Cadéo est de toute évidence, homme de grande culture. Quand il est traversé par des mots jaillis du VERBE, qu’il les reçoit en glaneur, en bohémien, est-il un passeur fidèle de la transmission ? Ce qui est frappant, c’est la richesse du vocabulaire. Je ne doute pas de l’inventivité, de la créativité du Verbe, du scripteur. Je ne doute pas non plus de la qualité d’oreille du récepteur, de sa capacité à être au bon endroit, au bon moment pour des saisies vertigineuses et des partages savoureux où les poches trouées du bohémien se remplissent et se vident des cailloux du guet-apens. Mais paradoxe, l’auteur a sa part dans ce jeu de passage et de partage. Elle est sans doute plus importante qu’une simple capture et restitution.
- Le second paradoxe a trait au scripteur, à la puissance du VERBE. Infini potentiel s’actualisant et se dégradant en infini actuel par la parole indéfinie (incommensurable mais non infinie) des hommes. Le VERBE comme source, jaillissement, potentiel est inentendable. Il est SILENCE parce que PUISSANCE. Les hommes par la parole, leurs mots enfilés comme perles, tentent d’entendre, veulent capter la Source, la reconnaître, la con-naître, la comprendre alors que l’attitude humble (d’humus) consisterait à se taire. Or, paradoxe, Alain Cadéo qui sait, sent cela du plus profond de son âme, la nécessité de SE TAIRE car capter le Silence est vol et pas envol mais chute d’Icare, écrit chaque jour son billet de contrebande.
- La capture quotidienne, dis-je est vol, non envol, chute d’Icare. Cela veut-il signaler l’hubris, l’orgueil de l’écrivain ? Que nenni ! La pulsion d’écrire, de dire n’est pas que le propre de l’écrivain Alain Cadéo. Quiconque avec ses moyens, son histoire, son héritage, ses limites  se pose quelques questions inessentielles : D’où venons-nous? Où allons-nous ? La vie a -t-elle un sens ? Est-elle absurde ? Qui suis-je ? Inessentielles parce que sans réponses ! Mais aiguillons de nos vies, de nos corps et culs plombés, de nos cerveaux et esprits disponibles, de nos âmes et coeurs secs. Alain n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser nos petitesses d’adultes rabat-joie. Comme il n’a pas assez d’images aériennes pour nous relever, d’images terriennes pour nous ramener au ras du sol et ainsi nous faire retrouver le goût de l’enfance, la magie de nos jeux d‘enfant solitaire ou en bande où l’imagination avait tout pouvoir de faire danser les comptines de mots et chanter les graviers d’écorchures.

 

à l'aide d'une langue extrêmement sensible et sensuelle, poétique, le philosophe Jean-Philippe Pierron poursuit son exploration écobiographique (voir son précédent livre dans la collection Mondes Sauvages : "Je est un nous") pour révéler l'importance primordiale de gestes en apparence triviaux et anodins, ceux du jardinier, du paysan, de l'artisan, du cuisinier, mais aussi ceux du musicien, du danseur et de l'écrivain, dans l'élaboration concrète et quotidienne, profonde et le plus souvent tue, d'une manière d'être au monde révélatrice d'un souci, d'une attention portée au monde et aux vivants qui cohabitent avec nous.

à l'aide d'une langue extrêmement sensible et sensuelle, poétique, le philosophe Jean-Philippe Pierron poursuit son exploration écobiographique (voir son précédent livre dans la collection Mondes Sauvages : "Je est un nous") pour révéler l'importance primordiale de gestes en apparence triviaux et anodins, ceux du jardinier, du paysan, de l'artisan, du cuisinier, mais aussi ceux du musicien, du danseur et de l'écrivain, dans l'élaboration concrète et quotidienne, profonde et le plus souvent tue, d'une manière d'être au monde révélatrice d'un souci, d'une attention portée au monde et aux vivants qui cohabitent avec nous.

un billet

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note passée en douce à l'auteur des billets de contrebande
Les billets d'Alain Cadéo
paradoxal peut-être d'adresser sa note de lecture
non à d'autres possibles lecteurs pour leur donner envie, partager notre bonheur
mais à l'auteur
non pour lui dire nos ressentis, réflexions à la suite de sa lecture
mais pour lui tendre un miroir rond, son miroir à alouettes
toi l'auteur d'une oeuvre au noir, toi si peu au parfum de ce qui te pousse ou t'aspire quand tu écris ton billet, poussé, siphonné  par tu ne sais quelle pulsion
(enfin si)
elle est née, a surgi, à 7 ans quand posant simplement, bêtement, un miroir rond sur la table du jardin, tu as vu le ciel à l'envers, le reflet du ciel, d'un morceau de ciel dans ce miroir rond
et là, VERTIGE
tout reflet nous oblige à casser la pensée écris-tu, page 84 dans Si j'ai gaspillé mon énergie ...
le fils de paysan Marcel Conche est devenu philosophe quand, âgé de 7 ans, voyant le tournant sur la route de Beaulieu, il s'est demandé qu'y a-t-il après le tournant ?
cela l'a animé pendant 100 ans
toi, tu as été saisi de vertige
je ne peux pas ne pas penser un peu à la caverne de Platon : ce que les hommes enchaînés prennent pour des réalités et qui ne sont qu'ombres, reflets
mais c'est appauvrir ce qui s'est offert à toi, gamin : dehors, dans un jardin qu'on entretient, un ciel que tu vois quand tu lèves la tête, bleu ou nuageux, un soleil brillant ou pâle, des oiseaux qui volent, se posent, chantent sur les branches, des insectes bourdonnant, les parfums des magnolias et autres fleurs sans pourquoi comme dit Silésius de la rose, la terre qui colle aux sabots, un dehors à la fois limité par le clos et ouvert dans toutes les directions, appréhendable par tous tes sens
et le reflet du ciel, le reflet changeant d'un morceau de ciel en mouvement lent, reflet silencieux
puissant, dynamisant rappel du Silence dont tes billets sont des fragments, des débris, fort bien écrits mais si peu par rapport à la plénitude du Silence, du Verbe-mère, du Savoir, de l'Absolu, du Parfait
Souffle sacré dont toi l'intuitif, l'enfant dont on disait, il a la science infuse, tu as accepté qu'il soit ton moteur de grand désir, pour une quête de possible Béatitude sur fond d'inquiétude, d'incertitude
.
Chaque lecteur fera l'usage qu'il pourra de tes billets.
La citation du bandeau se trouve page 69.
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les inédits billets de contrebande seront présents sur le stand des Cahiers de l'Égaré à la 10° Fête du Livre d'Hyères, les 4 et 5 mai 2024, avec Arsenic et Eczéma (théâtre), M. (récit), avant parution en septembre d'une réédition du récit Le ciel au ventre, publié il y a plus de 30 ans et épuisé depuis longtemps

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Dolly / Edgar et Diane Gunzig

2 Janvier 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #amitié, #amour, #engagement, #histoire, #les entretiens d'Altillac, #notes de lecture, #pour toujours, #vide quantique, #voyages, #écriture, #épitaphier, #vraie vie, #éveil

Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude
Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude
Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude

Dolly / le photographe de Mauthausen / Relations d'incertitude

Dolly (sorti chez Lamiroy en Belgique en septembre 2023) a été placé sous le sapin par mère Noëlle qui est allée le chercher à la fabuleuse librairie Tropismes à Bruxelles, pendant le week-end du 24 au 26 novembre car impossible de trouver en librairie française un livre édité par un éditeur belge
alors finir l'année 2023 par la lecture en deux jours de Dolly d'Edgar Gunzig et Diane Gunzig avec une postface de Thomas Gunzig , le petit-fils de Dolly
c'est un moment fort en lien
avec la lecture que j'avais faite du manuscrit que m'avait envoyé Edgar
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Edgar Gunzig reçoit le vendredi 13 juin 2015, la photo sauvée par Francisco Boix de son père, assassiné le 28 février 1942 à 8 H 30 à Mauthausen (il a 37 ans) et se lance dans la reconstruction très documentée de l'histoire de son père intimement liée à l'histoire des Juifs de l'est de l'Europe, ici la Tchécoslovaquie
la photo n'est pas reproduite dans le récit, beau geste puisque le livre ramène à la vie celui dont le nom était inscrit dans le Totenbuch de Mauthausen et qu'avait découvert en octobre 1945, le soldat américain Jo Stripounsky, neveu de Dolly, matricule 11552; ils s'étaient séparés le 10 mai 1940, à la frontière française; Jo et sa famille, belges, avaient pu entrer en France puis partir pour les Etats-Unis. Dolly, tchèque, avait été refoulé avec Rachel.
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Dolly,
c'est une plongée
- dans une histoire de tresse entre Histoire avec grande H et histoires de personnes militantes, principalement juives, motivées par des idéaux de justice, de solidarité (Jacques, Rachel, la mère d'Edgar, et tant d'autres)
- se tressent
les conditions de l'arrivée au pouvoir d'Hitler et du nazisme, de la solution finale (Shoah), de la 2° guerre mondiale, de la confrontation à mort avec le stalinisme (le bolchevisme juif, dixit Hitler) après l'épisode du pacte germano-soviétique
et les intrications avec le parcours militant de Jacques Gunzig, père d'Edgar Gunzig, se retrouvant par choix idéologique de sioniste laïque dans un kibboutz en Palestine en 1931 et comprenant sur place que le sionisme n'est pas la solution à la question juive, d'où son choix du communisme
- c'est un retour sur mes douze années de militantisme trotskiste
Jacques Gunzig fut faussement accusé par deux commissaires politiques staliniens de déviationnisme trotskiste (cela se traduisait le plus souvent par une balle dans le dos, beaucoup de militants du POUM et d'anarchistes furent assassinés par les staliniens) pendant sa participation de 1937 à 1939 avec sa femme Rachel (Edgar naîtra en Espagne, à Mataro, le 21 juin 1938) aux Brigades Internationales en soutien aux républicains espagnols contre le putsch des nationalistes franquistes;
il n'eut pas le temps ni la possibilité de revenir sur son choix idéologique du communisme stalinien; il n'a rien su des procès, des purges, des famines provoquées, du goulag
je suis convaincu que la solution n'est pas du côté du trotskisme, pas du côté de la révolution ou de la grève générale,
et, c'est une conviction récente, pas du côté de la démocratie soi-disant représentative;
j'avoue ne plus savoir si le monde saura en finir avec le capitalisme ou si le capitalisme débouchera sur le suicide de l'humanité
- c'est en résonance très forte avec ce qui s'est déclenché depuis le 7 octobre 2023 tant à Gaza (Hamas fasciste) + (réaction disproportionnée au service d'une politique de colonisation du gouvernement d'extrême-droite d'Israël) qu'en Cisjordanie (agressions des colons et militaires israéliens) et dont les conséquences désastreuses sont devant nous
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un livre qui devrait être lu par le plus grand nombre car le panoramique historique, géographique et idéologique balayé est vertigineux (sur plus d'un siècle avec le rôle du père de Jacques-Dolly, Ie rabbin Israël Gunzig, installé dans la synagogue de Lostice en Tchécoslovaquie)
et surtout peu connu
(avoir été militant révolutionnaire est de ce point de vue une chance car on a eu accès à une autre histoire de l'Histoire que les histoires officielles, sachant cependant que toutes les histoires sont toutes des histoires qu'on se raconte, des légendes, ni fausses, ni vraies, mais nécessaires et éphémères)
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merci au hasard (?) qui a permis à Edgar Gunzig d'accomplir avec Diane ce formidable travail d'épitaphier qui n'épuise pas son questionnement sur ce père perdu à l'adolescence (en particulier son rôle dans l'Orchestre rouge; pourquoi ne fuit-il pas lors du démantèlement de l'antenne bruxelloise ?)
mais livre aux lecteurs de quoi être ému, bouleversé, questionné, interpellé
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si vous voulez en savoir plus sur Edgard Gunzig, lisez Relations d'incertitude, co-écrit avec Elisa Brune ((1966-2018)
Edgard, physicien reconnu, propose à une jeune journaliste d'écrire un ouvrage de vulgarisation. Rapidement, la discussion scientifique se mue en une longue confidence à bâtons rompus. Du Big Bang aux cachots de la douane indienne, de la guerre d'Espagne à la Pologne communiste des années cinquante, de l'enfance cachée pendant la guerre au vide quantique générateur d'univers, Edgard livre les épisodes d'un destin plus que mouvementé.
Disponible en poche chez Espace Nord
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j'ai lu ce roman à sa sortie en 2004, rencontré Edgard Gunzig au salon du livre à Paris en 2005 et c'est ainsi qu'il m'invita à Peyresq Physics 12, les 19 et 20 juin 2007 puis que j'ai organisé sa rencontre avec Marcel Conche à Altillac, le 11 novembre 2009
le siècle de Marcel Conche avec le texte d'Edgar Gunzig rencontre de deux ignorants

le siècle de Marcel Conche avec le texte d'Edgar Gunzig rencontre de deux ignorants

Edgar Gunzig

rencontre de deux ignorants

Mon cher Marcel Conche,

Voilà plus de dix ans, le 11 novembre 2009 à Altillac, qu’eut lieu, à l’initiative de Jean-Claude Grosse, la rencontre de deux « ignorances », celle du philosophe annonçant d’entrée de jeu, sa méconnaissance de la physique et celle du physicien peu éclairé en philoso- phie.

Malgré le peu de compatibilité entre les deux discours, le scientifique et le métaphysique, l’échange fut vif, fructueux, très cordial et non dépourvu d’humour. Il me laisse un souvenir durable et joyeux.

Vous nous parliez de l’infini de la Nature, moi de l’infini de l’Univers.

Cet Univers qui existe depuis 13,7 milliards d’années mais aussi depuis toujours... Cette affirmation appa- remment contradictoire prend néanmoins tout son sens dans un contexte cosmologique novateur (1,2,3,4) : l’Univers n’a d’autre origine que...lui-même !

Il est sa propre cause et s’auto-engendre dans une dé- marche circulaire que les anglo-saxons désignent par l’expression « free lunch », créer quelque chose à par- tir de rien, sans faire appel à un point d’appui et sans apport d’énergie extérieure, par la seule mise en oeuvre adéquate de ressources, d’actions et d’énergies internes. L’expression « bootstrap », littéralement « se hisser en tirant sur ses bottes », se réfère à ce type de situation.

Le bootstrap se retrouve ainsi au coeur de toute dynamique autonome, toute activité qui s’auto- engendre, auto-consistante, fonctionnant en boucle fermée, indépendante de tout ce qui lui est extérieur. Il est à l’oeuvre dans tous processus scientifiques, phi- losophiques, artistiques...qui se créent, se façonnent réciproquement et s’enrichissent par le biais d’un jeu interactif entre l’oeuvre créée et son créateur. Ce dernier pourrait alors dire à l’instar de Montaigne à propos de ses « Essais »: « J’ai autant fait mon oeuvre qu’elle m’a faite »... et Marcel Conche ?

Que l’Univers lui-même puisse s’autocréer sans le recours à un quelconque « extérieur », d’ailleurs inexis- tant, traduit l’ouverture conceptuelle majeure qui bouleverse la physique d’aujourd’hui : la création d’une connivence indissociable entre le temps, l’espace, la matière et l’acteur essentiel, le « Vide Quantique ». C’est autour de ce dernier que s’articule un dialogue inattendu entre le contenant spatio-temporel et le contenu matériel de l’Univers : l’expansion de l’espace et son contenu matériel s’engendrent l’un l’autre dans un « bootstrap cosmologique » énergétiquement gratuit, une rétro-action géométrico-matérielle à l’échelle cosmologique : l’énergie gagnée par le contenu matériel créé étant intégralement puisée dans la géométrie dynamique de l’espace-temps. C’est elle qui, en retour trace les trajectoires des corps matériels et du rayonnement.

Les équations d’Einstein de la relativité générale représentent les contraintes mathématiques précises qui expriment les liens indissociables entre l’espace, le temps, la matière et ...le vide. Elles gèrent les rapports intimes qu’ils entretiennent au coeur des deux grands courants de la physique contemporaine, la relativité générale et la théorie quantique des champs. Elles décrivent une dynamique d’un genre nouveau, la rétroaction perma- nente entre le contenu de matière-énergie de l’univers et sa géométrie, situation sans précédent en physique.

Les questionnements essentiels, qui se posent au sein de ce cadre conceptuel, s’articulent autour de la manière dont l’expansion de l’espace-temps et son contenu matériel se conditionnent l’un l’autre. Autrement dit, comment ce contenu matériel quantique ressent-il cette expansion et, point capital, comment se comporte son état fondamental, par définition son état d’énergie minimale non nulle, le vide quantique ? Cette dynamique entrelacée se déroule sous la contrainte des équations d’Einstein semi-classiques : la géométrie de l’espace-temps y est décrite classiquement alors que son contenu matériel l’est quantiquement. L’expansion de l’espace produit sa propre énergie analogue à celle que produirait une source d’énergie extérieure, et crée ainsi son contenu matériel.

C’est comme si l’Univers possédait son extérieur énergétique en lui- même.

C’est pourquoi cette création, qui ne résulte que de transferts internes d’énergie, est ainsi globalement gratuite. C’est la stratégie la plus subtile jamais mise en oeuvre par l’univers, celle de son autocréation ! La mise au point de cette cosmologie autoconsistante, fut le fruit des travaux déployés par quelques physiciens (1,2,3,4) désireux de cerner le moment zéro de l’émer- gence physique de l’univers issu d’un vide quantique « primordial ». Celui-ci devient l’acteur central d’une histoire cosmologique semi-classique de l’univers. Ce vide quantique est par essence dépourvu de parti- cules réelles mais est le siège d’une mouvance irréduc- tible par principe, les fluctuations quantiques du vide, porteuses de l’énergie de ce niveau fondamental.

La création de particules au sein de ce vide, requiert un apport suffisant d’énergie à ces fluctuations pour qu’elles puissent se « matérialiser » et transporter alors l’équivalent énergétique de la masse de ces particules réelles ainsi créées. Dans ce contexte cosmologique, il n’y a pas d’« ailleurs » de l’univers d’où cette énergie pourrait être importée, semblant ainsi interdire a priori de telles créations.

Et pourtant, il nous est apparu (1,2,3,4) que l’univers en expansion est le seul système physique qui fasse exception : il contient en lui-même un réservoir énergé- tique dans lequel le champ peut puiser l’énergie qui lui convient. C’est dans un dialogue entre les fluctua- tions quantiques du champ matériel et la géométrie courbée de l’espace-temps qu’apparaît une forme inattendue d’énergie, celle qui est associée à l’expan- sion géométrique de l’univers, donc à la géométrie de l’espace-temps dynamique. Cette source géométrique d’énergie donne au vide quantique la possibilité de s’ex- primer cosmologiquement : l’expansion cosmologique de l’espace induit l’excitation du champ quantique, donc la création associée de particules matérielles. Cette matière ainsi créée rétroagit alors en conditionnant, à son tour, l’expansion qui lui a donné naissance... Extraordinaire serpent cosmologique qui se mord la queue ! Bel exemple de mécanisme de rétroaction régi par les équations d’Einstein. C’est une réponse surprenante et essentielle au questionnement relatif au pouvoir créateur du vide : ce processus de feedback géométrico-matériel peut en effet s’enclencher quel que soit l’état quantique initial du champ... même si c’est précisément son état de Vide.

L’existence préalable de matière n’est donc pas requise pour amorcer sa propre création. La totalité du contenu matériel de l’univers pourrait-il donc résulter de ce scénario autocréateur ? Si ce dernier est concep- tuellement attrayant, satisfait-il pour autant à toutes les contraintes de la théorie ? Autrement dit, est-il décrit par une solution des équations semi-classiques d’Einstein qui gèrent ce problème ?

Question conceptuellement excitante s’il en est.

Notre travail collectif (1,2,3,4) aboutit à une conclu- sion plus que satisfaisante : il existe bien une solution mathématique exacte qui décrit ce mécanisme cosmo- logique autoconsistant par lequel la matière, qui est entièrement produite par l’expansion, est précisément celle qui soutient cette expansion au sein d’un bootstrap géométrico-matériel. C’est un phénomène coopératif à l’échelle cosmologique, responsable de la produc- tion coordonnée du contenu matériel de l’univers et de son expansion : la matière créée par l’expansion en est également le moteur. Ce mécanisme coopératif de création souligne un rôle inattendu de l’espace-temps dynamique : le milieu matériel cosmologique s’engendre lui-même par espace-temps interposé́.

Cette prouesse cosmologique est donc énergétique- ment gratuite car elle ne résulte que de transferts internes d’énergie entre la géométrie et la matière, c’est donc un free lunch cosmologique.

Voilà comment le dialogue entre la relativité générale et la théorie quantique des champs pourrait ouvrir la voie à une histoire cosmologique d’un genre nouveau... l’émergence de l’univers à partir du vide quantique pri- mordial.

En dépit de la beauté formelle de ce mécanisme cosmologique autoconsistant exact, le physicien se doit de poser ici la question cruciale : cette solution mathé- matique a-t-elle des raisons physiques de se matériali- ser au coeur de ce vide quantique ?

La réponse positive à ce questionnement résulte d’une propriété ésotérique de ce milieu particulier : son éner- gie étant la plus basse des énergies compatibles avec les règles du jeu quantique, elle ne peut descendre sous ce seuil et ne peut ainsi que rester constante au cours de l’expansion, propriété étrange qui implique- rait que la pression du vide quantique serait négative et engendrerait par cela même un effet gravitationnel répulsif, une antigravitation. C’est elle qui induirait l’expansion et lancerait la création autoconsistante de matière. Un hypothétique vide quantique primordial soumis aux effets de son autogravitation répulsive ne pourrait dès lors que se transformer en un univers matériel en expansion...le nôtre?

L’histoire cosmologique de l’Univers ne résulterait pas de l’explosion mathématique, cataclysmique, infinie de Tout dans Rien, le Big Bang, mais émergerait physi- quement, sans fracas énergétique, d’une instabilité d’un vide quantique primordial soumis aux effets de son au- togravitation répulsive.

Cette propriété déterminante ouvre la voie à des his- toires cosmologiques inconcevables dans le cadre de la cosmologie einsteinienne classique : l’expansion de l’univers naissant est exponentiellement accélérée, sans commune mesure avec l’expansion décélérée du modèle cosmologique standard, c’est une inflation cosmologique. Cerise sur le gâteau : c’est elle qui éradiquerait un grand nombre de ses pathologies et énigmes.

Voilà mon cher Marcel Conche comment l’univers en expansion pourrait se faire naître lui-même. Il s’inspirerait ainsi du Dieu du « Livre des morts de l’Egypte ancienne » clamant : « Je me suis engendré moi-même à partir de la substance originelle que j’ai faite. »

1. R. Brout, F. Englert, E. Gunzig, « The Creation of the Universe as a Quantum Phenomenon, Ann. phys., 115, 78, 1978.

2. E. Gunzig, P. Nardone, « Self-Consistent Cosmology, The Inflationary Universe and all that... », Fund. Cosmic. Phys., 11, 311-443, 1987.

3. E. Gunzig, « Du vide à l’Univers », dans « Le Vide, Univers du Tout et du Rien », 467-486, Ed. Complexe ( Bruxelles, Paris), 1998.

4. E. Gunzig, « Variations sur un même ciel », Ed. la ville brûle (Paris), « Cyrano, le bootstrap et l’histoire cosmologique du vide », 249-266, 2012.

Ce petit travail n’aurait pas vu le jour sous cette forme sans le soutien de ma femme.

Merci Diane, Edgar.

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

JEAN-CLAUDE GROSSE

OPACITÉ/TRANSPARENCE

ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE

10 août 2013. Soirée (g)astronomie au gîte de Batère, 1 500 mètres d’altitude, à Corsavy. Ciel constellé. Pour observation après le repas.

Ont été invités Ada Lovelace, descendante de Lord Byron, 36 ans, cosmologue, génie du calcul intensif et Marceau Farge, fils de paysans corréziens, 91 ans, philosophe naturaliste d’une grande liberté d’esprit.

MARCEAU – Je me suis souvent demandé, Madame, ce que nous apportait la science: des certitudes valables un temps seulement, souvent contestées du temps même de leur prééminence, sur lesquelles s’appuient des volontés intéressées de maîtriser la nature et l’homme. N’est-ce pas ainsi qu’il faut voir la recherche acharnée des constantes universelles ?

ADA – Les quinze constantes physiques actuelles sont d’une précision et d’un équilibre qui nous ont rendu possible: matière, vie, conscience. Votre méditation métaphysique, cher Marceau, n’est qu’une spéculation solitaire sans vérifications. Les chercheurs avec leurs télescopes comme Hubble captent des lumières (la gamma, la X, l’ultraviolette, la visible, l’infrarouge, la radio) de plus en plus faibles provenant de l’univers (sans lumières, ils sont dans le noir). Voir faible c’est voir loin dans l’espace indéfini et tôt dans le temps immense. Nos tâtonnements lents, rigoureux, collectifs, débouchent sur un modèle d’univers cohérent et beau, en symbiose avec nous.

MARCEAU – La disproportion entre l’opacité et la clarté ne plaide-t-elle pas pour la méditation impatiente et quasi- aveugle sur l’opacité? Elle ne dérange pas l’ordre des choses étant sans volonté de puissance, sous-jacente au désir de savoir.

ADA – Vous provoquez là ! Votre métaphore n’a rien d’aveuglant. Nous, chercheurs, mettons en place des notions nous permettant d’éclairer l’opacité : hasard, chaos, inflation, singularité, fluctuation quantique. Nous voyons se multiplier les paradoxes qui mettent en difficulté nos modèles à contraintes et constantes

MARCEAU – la métaphysique a inventé des modèles depuis longtemps. Anaximandre, son infini, son germe universel, Héraclite, le feu comme principe de création, destruction, bien avant votre big bang, Démocrite, ses atomes, Épicure, le clinamen (une déviation, une mutation). La contemplation ouvre sur des visions développées en métaphores

ADA – vos métaphores métaphysiques, Marceau, sont figées. Nos paradoxes scientifiques sont dynamiques. Pensez aux effets du paradoxe EPR (1935) qui révèle qu’ici est identique à là (1998). Observer en 1998 que l’expansion de l’univers, décelée en 1929, est en accélération oblige à poser l’existence d’une énergie répulsive responsable de cette accélération: l’énergie noire. Les calculs intensifs, pétaflopiques, bientôt exaflopiques, que j’entreprends avec les calculateurs Ada et Turing sont réalisés pour tenter de la caractériser avant de la déceler.

MARCEAU – On a donné votre prénom à un calculateur pétaflopique ? (Elle rit.) Rien n’interdit ma méditation de se nourrir de vos calculs. Échange chiffres contre images. Pour évoquer la recherche de la vérité, j’imagine un archer tirant dans le noir. Où est la cible ?

ADA – Les constantes sont d’une telle précision qu’il faut que votre archer vise une cible d’un centimètre carré, placée aux confins de l’univers. Enlevez un 0 à 1035 et vous avez un univers vide, stérile.

MARCEAU – Savoir que nous sommes des poussières d’étoiles dans un univers anthropique, connaissances scientifiques du jour, enrichit ma pensée de la Nature, m’évite de m’égarer dans une théologie créationniste ou dans une métaphysique matérialiste, déterministe et réductionniste comme celle du Rêve de d’Alembert de Diderot

ADA – d’autant que nous distinguons deux sortes de matières, la matière lumineuse, visible, connue et la matière noire, jamais observée, inconnue, comme l’énergie noire

MARCEAU – si vous permettez que je vous appelle Ada, le noir, Ada, semble dominer en astrophysique

ADA – 73 % d’énergie noire, 23 % de matière noire, 4 % de matière ordinaire dont 0,5 % de matière lumineuse, telles sont les proportions proposées aujourd’hui pour l’Univers

MARCEAU – soit 0,5 % de clarté pour 99,5 % d’opacité. Le raccourci de la méditation sur le Tout de la Réalité me convient mieux que le long chemin sinueux de la connaissance parcellaire qui bute sur le mur de Planck.

ADA – Cela nous mène où, Marceau ?

MARCEAU – vous Ada à savoir presque tout sur presque rien, moi à voir la Nature comme infinie, éternelle, un ensemble ouvert, aléatoire, en perpétuelle création de mondes inédits, ordonnés, périssables, inconnaissables. Notre conversation par exemple n’était pas programmée bien qu’annoncée. Elle est inédite et restera unique. Parce que c’est vous, parce que c’est moi. L’infini ne s’épuise pas et ne se répète donc pas. Dans de telles conditions de créativité au hasard et d’inconnaissance de cette créativité, la seule attitude me semble être le respect de ce que je ne peux connaître complètement selon le théorème de Gödel de 1931.

ADA – Connaisseur à ce que j’entends. Le chemin de la connaissance scientifique est à l’opposé de votre raccourci méditatif sur le Tout. Il ne vise à expliquer que du détail, même aux dimensions de l’Univers. Il rend compte de ce qui existe par des lois et du chaos, facteur de créativité.

MARCEAU – Pourquoi ce détail, Ada, l’origine de l’Univers, plutôt que tel autre ? parce que la métaphysique vous attend aux confins. Expliquer par du nécessaire et du contingent n’empêche pas les trous noirs entre les différents domaines expliqués incomplètement.

ADA – Ce sont les visages troués de votre Nature.

MARCEAU – Je médite sur ces visages mais j’en vois les limites, Ada. L’Univers n’est pas la Nature. Vous vouliez un tableau fidèle. La Réalité vous impose le flou quantique.

ADA – Votre raccourci vous a demandé une vie pour déboucher sur une métaphore de dix lignes

MARCEAU – sur l’étonnement et l’émerveillement, chère Ada. Ce qui nous a construits par asymétries et découplages, des atomes primordiaux aux éléments chimiques, puis par code depuis LUCA, des gènes aux hémisphères cérébraux, si dissemblables, le droit (celui des images), le gauche (celui des calculs). Ce qui nous a conduits par les chemins sinueux de la causalité probabiliste, par les raccourcis de la liberté, à Corsavy, aujourd’hui, pour contempler la Beauté.

(Il plonge ses yeux rieurs dans les siens. Elle rit.)

Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.

Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.

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