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Blog de Jean-Claude Grosse

corsavy

Disparaître Alain Cadéo Marina Tsvétaïéva

16 Août 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #voyages, #vraie vie, #écriture

Les anges disparaissent Alain Cadéo Autres Temps, 1998
Les anges disparaissent Alain Cadéo Autres Temps, 1998
Les anges disparaissent Alain Cadéo Autres Temps, 1998
Les anges disparaissent Alain Cadéo Autres Temps, 1998
Les anges disparaissent Alain Cadéo Autres Temps, 1998

Les anges disparaissent Alain Cadéo Autres Temps, 1998

Les anges disparaissent
Alain Cadéo
Autres Temps, 1998

Imprimé à Gémenos, imprimerie Robert
devenue imprimerie  Horizon jusqu’à la liquidation


Je donne ces indications d’imprimeurs parce que Robert (à La   Pomme, Marseille puis à Gémenos) et Horizon furent les imprimeurs des Cahiers de l’Égaré de 1988 à 2018 et parce qu’Horizon à Gémenos accueillit Autres Temps dont je rencontrais parfois le directeur, Gérard Blua, quand je me rendais à l’imprimerie pour travailler les maquettes avec Adrienne
(la dernière maquette fut Au bord des falaises ou comment se relever de ses morts, livre pluriel).

Comment parler d’un roman qui a 26 ans, épuisé, qu’on peut se procurer d’occasion, un roman, relu par l’auteur, relevant toutes les coquilles (35 signalées), un roman (ainsi qu’un autre Stanislas) confiés par l’auteur, en fin de vie mais on n’avait aucune idée de l’échéance ?

Je sors groggy de cette lecture.
J’ai lu beaucoup de textes d’Alain Cadéo (romans, théâtre, billets) rencontré vers 2013 grâce à Christian Besson, acteur, metteur en scène.
J’ai fait des notes de lecture. Mais lecteur, j’oublie vite.
J’ai l’impression cependant que ce roman est le plus abrupt, le plus dense, le plus chargé de tous ceux que j’ai lus et en même temps, le plus aérien, le plus aquatile, le plus gymnastique.
Il vient après Le ciel au ventre, 1993. Et j’ai relevé, une fois, p. 198, l’expression J’ai la terre au ventre.
À la suite d’Ugo, d’Ismaïl, de Samuel et de tout un tas d’autres au hasard nécessaire de leurs rencontres, on se retrouve en Ethiopie, au Caire, dans le désert tunisien, au Brésil, en Grèce, en Ardèche. Le centre de ces voyages, c’est Venise. Les voyageurs sont des aristocrates vénitiens déchus, ruinés mais combatifs, redressant leur destin, partant aux quatre coins du monde, brocanteurs, collectionneurs, lecteurs, tous à leur façon, parcourant le monde pour se nettoyer corps, coeur et âme, pour enfin se connaître et disparaître en paix, apaisé, apaisant, harmonieux, harmonisé avec l’harmonie universelle.
La formule socratique de Delphes est Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et des dieux !
Je suis tenté d’écrire disparaître dans le blanc, parce qu’on voit trop la disparition comme disparition dans le noir.
Noir, en-bas, les enfers. Blanc, en-haut, la lumière.
Samuel, le fils d’Ugo, a disparu sur un plateau d’Ardèche où il a acheté une bergerie-forteresse qu’il a retapé et où il menait une vie d’ascète, d’anachorète, après avoir été l’enfant, l’adolescent, le jeune homme rieur, joueur, improvisateur, provocateur avec son jeune frère, Lorenzo et sa demi-soeur, Mariam, fille d’ismaïl, le caravanier, l’ami d’Ugo qu’Ugo a adoptée après la mort de sa mère Jeanne.
Imaginez Samuel se déplaçant des nuits entières avec assurance sur les toits de Venise avec Mariam, surfant avec elle quand les calle, les campi  et les plazzas sont inondées par les marées hautes, allant la marier par jeu à Burano, perdant les touristes saccageurs…
Je pense n’avoir jamais lu une description aussi riche, sensible, juste, de cette ville-monde qui se noie irrémédiablement.
Samuel, Ugo, Mariam, Claudio, Andrea et d’autres nous la font découvrir de façon intime, gourmande. Et nous invitent à ne pas y mettre les pieds.
Samuel a laissé des milliers de pages, de livres, de fétiches, d’objets divers et Mariam veut savoir, comprendre cette disparition.
 
Elle se rend donc dans cette bergerie isolée. Elle va y vivre, entre réalité et rêves, dans une circulation entre ici et ailleurs, entre présent et mémoires, entre souvenirs et souhaits, entre solitude heureuse ou peureuse et rencontres, une mise au clair d’elle-même. En langage d’éveil, on pourrait dire, elle apprend à s’aligner, à devenir cohérente et transparente.
Elle devient à l’image des dauphins sculptés au-dessus de la porte de la casa Delfini, saisis au moment de leur saut, cambrés, hors de l’eau.
Le Traité de dépendance qui commence le roman, écrit par Samuel,  livre un homme voulant comme il dit continuer à parcourir ma vie avec un souffle d’animal. Je ne veux pas de l’héritage social. Mon désir serait d’être transparent, sans passé.
Ce souffle d’animal, loup renard, rend possible la disparition de Samuel. Avant cette disparition, il y a eu l’éloignement de Samuel d’avec sa famille, son désinvestissement envers Mariam. Cela n’explique pas, ne permet pas de comprendre.
Cela met en mouvement Mariam.
Pour comprendre, le comprendre, il faut vraiment qu’elle bouffe du Samuel, qu’elle se l’incorpore. Pour en fin de compte, découvrir qu’aucune vie n’a besoin de se justifier, qu’elle a à être vécue par un être fluide, cerf-volant, dauphin, truite ou saumon remontant à la source, en harmonie avec les vents, les courants, les marées, les cycles, les quatre éléments, les quatre couleurs, les quatre saisons, les quatre humeurs.
La variété des registres lexicaux et leur richesse sont stupéfiantes. Alain Cadéo exige de nous de devenir dictionnarien.
On va découvrir la flaconthèque de je ne sais qui, composée des flacons contenant les terres du monde répertoriées sur une tour de 10 mètres. Découvrir la collection de foetus anormaux de je ne sais quel tératologue. Découvrir au deuxième étage d’une casa historique le grand jardin floral intérieur créé et entretenu par un capitaine en retraite de marine marchande, élevant avec ses deux aras, des papillons de collection. Ou encore plus délirant, découvrir la casa de 1000 m2 achetée par un architecte qu’il ne veut absolument pas meubler, pour vivre dans ces espaces vides.
La page finale est un acte de naissance. Mariam a donné naissance à un fils.
Je me dis en achevant cette note qu’Alain Cadéo avait un don intuitif de l’évocation, un sens alchimique de la formulation. Ça nous travaille en marin, en aérien, en terrestre, en puits, sans heurts, avec l’aisance des danses et la fécondité des transes.

À Corps Ça Vit, le 15 août 2024
 

 

Disparaître Alain Cadéo Marina Tsvétaïéva
Disparaître Alain Cadéo Marina Tsvétaïéva
Disparaître Alain Cadéo Marina Tsvétaïéva

Disparaître
Les anges disparaissent Alain Cadéo
La fin de Casanova Marina Tsvétaïéva
Stanislas
Alain Cadéo

Après Les Anges disparaissent, 1998, d’Alain. Cadéo, j’ai sorti deux livres, en sentant qu’il allait se passer quelque chose.
La ville-monde de Les Anges disparaissent, c’est Venise et les personnages sont des Vénitiens, aristocrates déchus mais libres.

« Venise a les reflets d’une coquille d’huître et un côté laiteux qui éponge les voix, qui absorbe les pas.
Buveuse de lumière.
Ses palais sont des ogres marins, jambes en pilotis, et leurs portes béantes sur Canal Grande sucent des clapotis d’eau lourde.
Ils avancent sans bruit, escaliers ou mâchoires de pierres en avant.
Derrière leurs portails de fer rouillé il y a des jardins où les magnolias sécrètent des poisons et font des ombres noires.
Et de vieux chats redoutables veillent, couchés sur des lions de marbre. »

Passer de Samuel, Ugo, Vénitiens à Casanova, Vénitien et Bohêmien, semblait aller de soi.
J’ai donc lu La fin de Casanova (Éditions Mesures, 2020, exemplaire 65), pièce en vers, écrite par Marina Tsvétaïéva en 1919, traduite en 2006 par André Markowicz pour Denis Marleau, traduction respectant pour la 1° fois, la rigueur de construction de Marina.

Casanova
                              Il est sur terre
Une ville miracle - c’est Venise.
Dis ce nom-là, je veux que tu le dises


                             Là, on dirait
Que l’eau dans les canaux, c’est du mica…
Et, la nuit, de la soie, mais lourde, noire… »

On est le 31 décembre 1799, un peu avant minuit, avant le changement de siècle, 1° janvier 1800. Casanova a décidé, profitant de la confusion de la fête, de disparaître.
Âgé de 75 ans, il ne veut pas participer au siècle qui s’annonce, « image du passé qui regarde l’avenir ».
Mais une très jeune fille (13 ans), Francisca, vient d’entrer dans sa vie - il croit que c’est un rêve - ce soir-là.

Francisca
                Quand le soleil s’est couché,
Les gens, ils restent dans l’obscurité -
Tous des idiots; les seuls intelligents,
C’est ceux qui, sans adieu à leurs parents -
Vite, les bottes, puis la cape, et - vite,
À pied ou à cheval, à la poursuite
Du soleil ! Hop !

Vous, à cheval, moi, tout près, à vous suivre,
Avec vos sacs - là, - non, ne craignez rien :
Un croûton de pain sec, un peu d’eau fraîche…
Et vous me souriez - comme ça, tiens !
Et va pour le soleil, va pour la neige,
S’il pleut, qu’il pleuve, et qu’il grêle s’il grêle - …

(Faisant tinter la coupe)
Quels mots, il chante le cristal ?

Casanova
Trop tard… trop tard… trop tard… trop tard…

Francisca
On part… on part… on part… on part…
Maintenant qu’est-ce qu’il vous dit !

Casanova
Je suis… la nuit… je suis… fini…

Francisca
Non « vie » - défi, ravie, envie…


Casanova
Le siècle a une demi-heure à vivre
Et moi, peut-être une heure
Toi, tu n’es rien encore, - oublie ! -
Moi, je suis rien - déjà.

Le siècle part en habits de tempête,
C’est la neige et le vent.

Fin du bal - carnaval ;
Nouveau siècle - nouveau bal…

Comme le saumon remontant à la source, je suis passé à Stanislas, roman d’Alain Cadéo, paru en 1983 soit 15 ans avant Les Anges disparaissent.
Né le 1° janvier 1951, (31 décembre 1950-1° janvier 1951) soit passage d’un demi-siècle, Alain a 32 ans. En 4° de couverture, il est présenté ainsi : il tente, en collaboration avec son frère et un ami, de créer une Fondation autour de la Curiosité et des objets insolites.

« J’ai soixante-quinze ans. (Comme Casanova chez Tsvétaïéva)
Je n’ai mal nulle part.
Je suis maigre et droit et il m’arrive de croire que je suis un dieu oublié, figé dans sa solaire immortalité.
Je lègue mon cadavre à cette pauvre terre. Je n’ai d’autre orgueil que celui qui consiste à imaginer qu’un très bel olivier sortira de mon ventre.
Et mes histoires sont la fête de ma vie. »

On est en Grèce, en Arcadie. Stani monologue. Ce récit, le plus souvent à la 1° personne, parfois à la 3°, quand Stani, le vieux de 75 ans qui va mourir, cette nuit, s’apostrophe, ce récit donc se présente comme un récit de vie, autour des femmes de Stani : Marika, Blandine, Sophie, du grand-père Maurice, de ses enfants Éléonore, Thomas, Cyprien, d’un gamin qu’il a pris en affection, Carmino. Et de quelques autres.
Mais passer, est-ce partir avec des souvenirs ? Partir de là où on a bâti sa vie ?
La maison grecque dans laquelle Stani vit est constituée de 4 chambres en forme de sein, avec dôme et ouverture vers le ciel, formant les 4 coins de la maison avec au centre une grande pièce de vie et dessous une cave à vin, immense. À 50 m., la montagne dans laquelle Stani a sculpté un géant de 7 mètres.

« Tout me manque, rien ne me manque : tout m’atteint, tout me rejoint, rien ne me retient. Un passage, cela n’est qu’un passage. Pourquoi nous faut-il comprendre aussi tard ? Ou pourquoi ne voulons-nous pas le comprendre plus tôt ? »
Stani sort de la maison pour sa dernière nuit, grimpe la montagne, poursuivi par des chimères, des gorgones (des images de vie qui reviennent). Il grimpe difficilement, s’écorchant, « chenille vers transformation », finit par se retrouver au sommet.
« Voilà, je suis seul… J’entends là-bas dévaler mes angoisses, elles sont redescendues… à la maison… la maison éclairée…
« Tu entends Stani ? On joue sur le piano… (un Steinway de concert)
Je suis tellement défiguré, elles ne m’ont pas reconnu.
Je suis maintenant un arraché. J’ai pu m’extraire de ma forme. La montagne est mon corps. Le ciel est mon visage.
« Ouvre la bouche Stani… Laisse rentrer le monde… maintenant… à jamais. »
Je sens les capucines.
(Je signale une ponctuation à la Marina)

L'homme est ce qu'il aime.
S'il aime une pierre il est une pierre,
S'il aime un homme il est un homme,
S'il aime Dieu je n'ose en dire plus
Car si je disais en fait qu'il est Dieu
Peut-être me lapideriez-vous !
Saint Augustin

Continuant à remonter à la source tel le saumon, poisson cher à la mythologie d’Alain Cadéo, je suis allé voir si on trouvait  Les voix de brume, son 1° livre paru en 1982 chez J.M. Laffont. Il m’avait parlé de la visite que celui-ci lui avait rendu, deux mois peut-être avant sa disparition, lui renouvelant tout le bien qu’il pensait de cette  première oeuvre.
À remonter ainsi, j’ai vraiment le sentiment de variations musicales, poétiques, intuitives (parce qu’expériencielles, sans pensée) à fortes résonances pour certains récepteurs-lecteurs-mastiqueurs, d’un mythe personnel nourri de métaphores obsédantes (le cerf-volant, le saumon…) pour reprendre des mots de Charles Mauron.

Ou avec Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.

À Corps Ça Vit, le 16 août 2024

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la mort n'existe pas Stéphane Allix

10 Août 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #développement personnel, #essais, #pour toujours, #voyages, #vraie vie, #épitaphier, #éveil

la mort n'existe pas Stéphane Allix

La mort n’existe pas
Stéphane Allix
Harper Collins, octobre 2023

Stéphane Allix, journaliste de terrain sur zones de guerre ou de trafic de drogue (Afghanistan), voit sa vie, bouleversée, quand en avril 2001, son frère Thomas se tue dans un accident sous ses yeux en Afghanistan. Il a alors 32 ans.
Dans cette enquête sur l’après-mort qui a duré 15 ans et qui est aussi un récit personnel, il s’adresse très souvent à sa fille, Luna, car il se souvient du regard de la petite fille de 3 ans et demi au moment des obsèques. La mort venait de pénétrer dans leurs vies, incompréhensible pour elle, inacceptable pour lui, se sentant coupable d’avoir entrainé ses deux frères dont Thomas dans de telles contrées. Stéphane Allix décida de se coltiner avec les « expériences extraordinaires », à la fois comme journaliste exigeant allant à la rencontre des chercheurs dans ces domaines et comme sujet d’expériences « extrêmes-extraordinaires » (EMI, sorties de corps, lucidité terminale, clairvoyance, médiumnité, VSCD, vision à distance, 5 expériences chamaniques en Amazonie, 9 expériences sous contrôle de voyages sous LSD, création de l’INREES, institut de recherche sur les expériences extraordinaires).
Le récit de ses rencontres avec des scientifiques et le récit de ses expériences sont documentés, sourcés.
On mesure en quoi le monde de la science est polémique, lieu d’affrontements dogmatiques, voire idéologiques.
Par contre, les accompagnants chamanes d’Amazonie comme les thérapeutes accompagnant les voyages psychédéliques sont à la fois compétents et bienveillants.
Ces 370 pages de ce livre au titre coup de poing, en 42 chapitres et un épilogue, se lisent sans difficulté, sont même passionnantes. Elles provoqueront selon les lecteurs et lectrices, des réactions diverses, allant du rejet à des remises en question, voire des cheminements personnels induits par tel ou tel sujet abordé par le journaliste expérimentateur.
Je vais donc évoquer mes réactions de lecteur.
J’avais déjà entendu parler d’EMI par celui qui m’a « initié », mon kiné, moitié mon âge, mais ayant fait une sortie de corps pendant une EMI, s’étant formé à la pratique du qi jong dans un monastère taoïste en Chine, ayant pratiqué le chamanisme et l’ayahuasca en Amazonie… Jean-Yves Leloup a aussi raconté son EMI à Constantinople, son cheminement spirituel avec l’ermite aboyeur du Mont Athos. J’avais découvert l’enseignement et les exercices sur le sentir de Luis Ansa, retranscrits par Robert Eymeri.
Mais disons-le : je ne suis nullement adepte d’expériences « extrêmes » recherchées. Je suis du genre à cheminer lentement, sur place, en ronds légèrement spiralés, petit périmètre, habitudes et rituels quotidiens dont méditation, respir en cohérence cardiaque, gratitude, point sur la journée, voire sur les rêves de la nuit
(cette nuit, du 8 au 9 août, j’ai vécu un grand moment avec Le Clézio en Xavier Dupont de je ne sais quel objet qu’il faisait tournoyer avec dextérité au bout de son bras et moi, en Diogène rieur bouffant à tous les râteliers)…
Donc, quand Stéphane Allix en fin de voyages extraordinaires évoque les bienfaits de la méditation, de cette pratique quotidienne d’apaisement du mental, je me suis dit : merci cher enseignant, praticien récent de méditation par visualisation, ce qui n’est pas mon cas.
Je dirai donc maintenant ce qui m’a le plus accroché.
Lui, Stéphane Allix, était dans la peur de la mort, le refus de la mort de Thomas puis dans celui du père, 11 ans après. Il voulait les retrouver, les rencontrer, savoir comment ça se passe après, comme ils se sentaient…
Moi, depuis que des pas-sages me tombent dessus, je suis dans l’acceptation. Si ça a lieu c’est que (c’est possible), entre parenthèses (tu ne peux rien y changer) donc dire ça va. Titre du dernier spectacle de Cyril, disparu dans un accident à Cuba en 2001, cinq mois après la disparition de Thomas Allix.
Aujourd’hui, je pense que ce qui nous arrive, n’arrive jamais par hasard mais comme épreuve, comme miroir tendu pour y lire qui nous sommes à ce moment et nous inciter à sortir de l’impasse, de la répétition de l’échec, à transformer la souffrance en joie ou l’obstacle en planche à salut ou le ressentiment en remerciement…
La formule « Heureusement qu’on meurt ! » de l’ami Marcel Conche qui a beaucoup réfléchi et écrit sur la mort, me paraissait provocatrice à bon escient. Elle prenait le contre-pied de la pensée dominante, du focus sur la douleur des survivants pour faire focus sur le pas-sage.
J’ai tenté d’entrer en contact avec Cyril et Michel. Par l’intermédiaire d’une médium d'Antibes, j’ai reçu un message dit de l’au-delà.
J’ai fait une séance de trans-communication hypnotique avec le docteur Charbonnier à Blagnac, expérience concluante à mon avis mais que je n’ai pas renouvelée. Je n’ai pas le besoin de rencontrer « mes » disparus. Je sais qu’ils « voyagent ». Nous leur avons toujours  souhaité bon voyage, nous leur avons dit ce que nous  estimions devoir leur dire et en particulier qu’ils pouvaient partir tranquilles, que nous saurions « gérer » nos vies.
J’ai également fait deux séances de recherche d’entités qui me semblent avoir été aussi concluantes, dans le cadre de ce qu’on appelle recherches paranormales (protocoles très élaborés). Une vidéo est disponible dans un espace privé sur FB : cabinet de recherches et d'études des phénomènes paranormaux, animé par Viviane Lombardo.
En fait, par ce que j’appelle travail d’épitaphier, je tente de fabriquer la légende des disparus (tout récit est légende), pour que nous ayons un récit de leur vie, de leur cheminement, de leurs réalisations.
Fait pour Cyril, pour Michel.
Fait pour mon père, ma mère.
Pour Annie.
En cours pour Vitya.
Hors famille,

l'hommage pluriel à Marcel Conche, décédé le 27 février 2022,

l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Jean-Loup Fontaine,

l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Lucien Forno.
En cours, livre-hommage à Alain Cadéo.
À venir roman posthume de Frank Cassenti.
Notre fille Katia me semble engagé dans un travail artistique au long cours du genre épitaphier, depuis le départ de Cyril et Michel, en septembre 2001, avec ses spectacles Mon pays c'est la vie 2004, Rien ne sera plus jamais comme avant 2007, On ira voir la mer 2010, Nous serons vieux aussi 2012, En attendant je pleure, Et puis après, j’ai souri.
Moi, c’est avec le départ d’Annie en novembre 2010 que j’ai réellement été mis en mouvement, à partir de ses deux questions : « je sais que je vais passer, où vais-je passer ? » « Il y a un morceau de S. Qui se balade dans mon corps. »
Ce qui me semble important maintenant, c’est quelle est notre responsabilité vis à vis des disparus ?
Élémentaire mon cher Watson.
Demander pardon pour le mal fait aux disparus (trop de violences sexuelles, secrets de famille). Remercier pour avoir su aussi leur faire du bien, les avoir aimés, même mal.
Remercier les disparus pour l’amour dispensé. Pardonner pour le mal qu’ils ont pu nous faire (trop de violences sexuelles ; Stéphane Allix à l’occasion d’un de ses voyages sous LSD fait remonter les viols dont il a été victime enfant et dont il n’avait aucun souvenir, amnésie traumatique. Nos âmes oubliées, Stéphane Allix, 2021; même amnésie traumatique d’un inceste d’origine maternel chez un ami).
Pas évident mon cher Sherlock.
Quelle est la responsabilité des disparus vis à vis de ceux qui sont encore incarnés ?
Faire entendre la « voix qui ne parle pas » de l’âme éternelle.
Pour l’entendre, travailler l’intuition qui était l’outil préconisé par Descartes (avec le doute) et par Bergson. Le livre d’Alexis Champion Développez votre intuition (2018) sera sans doute sous le buisson de Noël 2024
« Heureusement qu’on meurt ! » a dit Marcel Conche.
Comment je comprends aujourd’hui cette formule ?
J’emploie deux mots pour saisir un peu, début et fin de vie.
Naître comme miracle et mystère. Mourir comme mystère et miracle.
Ce dont Stéphane Allix s’est convaincu par 15 années d’enquêtes scientifiques et d’expériences personnelles, c’est que mourir, c’est
quitter le monde du mental, de l’ego, qui se vit sur le mode survie, le mode adaptation, le mode par défaut, médiation piégée par le langage, répétition de schèmes et schémas archaïques, inconscients, d’où le réductionnisme des neurosciences, incapables de « penser » les anomalies
passer dans le monde de la conscience non locale, sans espace ni temps, sans séparations, individuations, conscience éternelle, vivant simultanément des vies différentes (des films différents);  la conscience non locale, l’âme, est communication sans médiation, immédiate, intuitive avec tout ce qui existe d’où chez les Grecs, l’importance des mystères d’Eleusis auxquels Socrate, Platon, Plutarque ont été initiés. (Le secret de Socrate pour changer la vie, François Roustang, 2011, Les cultes à mystères dans l’antiquité, Walter Burckert, 2003)

Ce pas-sage est à accompagner par ceux qui restent parce qu’abandonner l’illusion que constitue notre corps, notre personnalité ne s’effectue pas dès l’instant du pas-sage comme si on gommait ce qu’on a cru être mais à quoi on reste très attaché.
«  Quand le cerveau s’arrête, on se réveille. »
« Heureusement qu’on meurt ! »
Pendant toute la vie, le cerveau ressasse, c’est le tourniquet mental.
La conscience n’est pas réductible à l’activité cérébrale.
Mourir, c’est se réveiller à la conscience du continuum que constitue la Vie et de la puissance créatrice qui l’anime, l’Amour.
Pour rappel, cette phrase de Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie,  (Éditions Mesures, 2023) consacré à Maximilian Volochine, l’initié : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Exprimée à ma façon :
Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.
Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. La mort n’existe pas.

À Corps Ça Vit, le 9 août 2024

 

heureusement qu'on meurt ! Marcel Conche
heureusement qu'on meurt ! Marcel Conche

heureusement qu'on meurt ! Marcel Conche

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Essais Salman Rushdie

14 Juillet 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #engagement, #essais, #histoire, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture

l'idéologue / le romancier /
l'idéologue / le romancier /
l'idéologue / le romancier /
l'idéologue / le romancier /

l'idéologue / le romancier /

 … poursuivre

après …

… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,

Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde;
tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28  états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,
India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des millions de dieux, de déesses, avec des milliers de bras… Rushdie a évalué à la louche 330 millions de dieux et déesses hindous
Ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
La terre sous ses pieds, titre d’un roman de Rushdie.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate,  souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et tu le voyais aussi ou plutôt, tu te le fabriquais en le désignant tel (on a tous été formatés à juger, à désigner ce qui est bon, ce qui est mauvais) et cela ne t’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant aujourd’hui, sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui  voient le mauvais et réagissent. Et longtemps, tu as réagi à ce qui te paraissait mauvais. Tu as été un militant.
Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indien-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).
Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde. Prenant le contre-pied de l’hindouisme, la ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre Akhand Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort obligent à l’exil, nombre d’entre eux.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 :
Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
et Rushdie, essayiste est excellent,
     quand il s’en prend, caustique et hilarant, à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
     quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
     quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre ? qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre  « l’axe du mal », axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare;
mais  
simultanément aux récits sociaux et sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
1 - « La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ? »

2 - « Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper. »

Deux récits dont l’un, soi-disant scientifique, qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.

3 - « Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air. »

La boucle est bouclée. Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.
Et dans Trois femmes.

Mercredi 3 juillet, je suis invité à prendre l'apéro chez des enseignants d'université américaine qui viennent chaque été; discussion sur les USA aujourd’hui; elle, combat Trump, pour sa fille, le droit à l’avortement;
l’attentat n’a pas encore eu lieu
la lecture d'un article de Rushdie de 1985-1990 In God we trust ! me semble d'une justesse remarquable, un véritable tour du monde et dans l'histoire des relations entre politique et religions

13 juillet, fête à Corps Ça Vit, animation musicale assurée par un groupe du village dont le maire, violon, banjo, guitare acoustique, un adjoint au chant et guitare électrique, deux autres dont batteur; apéro-tapas; repas (sardinade ou grillade); dessert; feu d'artifice, bal; une centaine de personnes, très bonne ambiance, fluidité entre les différents moments;
je passe une bonne partie de la soirée à discuter avec un couple d'inconnus que j'ai branchés; lui et moi, aujourd'hui à des milliers de kilomètres, hier, possiblement proches;
lui de me dire : vous racontez ça parce que ça vous arrange;
bien sûr = phrase à interroger sous l'angle quel récit je veux pour vivre
à minuit, attentat contre Trump aux USA

14 juillet : fête nationale au monument aux morts puis apéro municipal; discussion avec le maire : le travail sur soi ne doit pas empêcher le combat politique et sociétal; il me donne son discours
 

Nuit du 14 juillet : nuit de rêves en nageant dans l’océan des histoires, métaphore de Rushdie; une métaphore genre les nuages à histoires me parleraient mieux; dans l’océan, je dois me jeter à l’eau; avec les nuages, je n’ai qu’à lever les yeux
je fais des rêves de plus en plus précis, où je suis présent, actif, sans être conducteur du rêve, rêves que je ne cherche pas à retenir même pour de futures histoires; je ne me vis pas comme un raconter d ‘histoires, un fabricant d’histoires, influencé par l’océan des histoires comme Rushdie racontant l’influence des lettres latines (Suétone) et italiennes (Italo Calvino) et du cinéma italien sur deux de ses romans : La honte, Les enfants de minuit

ceci dit la métaphore de l’océan des histoires ou celle des nuages à histoires (sachant que les nuages transportant pollens et poussières sont des ensemenceurs) me parlent aujourd’hui beaucoup plus que celle de la bibliothèque universelle des livres d’éternité de chacun dont internet est ce qui s’en approche de plus en plus;
 
avec cet océan, tu es tel un bouchon, qui flotte, est submergé par une vague, réapparaît avec une algue marine, un sac plastique, un fil de pèche, un bois mort, un os de seiche, une bouteille à la mer, un cadavre de migrant;
des scènes se déroulent : une femme te fait rire en début de nuit, apparue dès la plongée, d’une drôlerie par ses grimaces si expressives, satire des grimaces des grands masculins-émasculateurs de ce monde; grands refuseurs, chimériques furieux,   étroiteurs d’esprits, sectateurs paranoïaques, baladeurs de virus vérolés
tu te retrouves à filmer une façade  de décor, montrée comme telle, remplie de fenêtres donnant à voir des morceaux de paysages et de personnages en tous sens;
long travelling, plan-séquence style la soif du mal;
ici le musée des assassins des aspirations, ceux qui ont contribué à  désenchanter le monde, à faire tomber les voiles de maya-bayadère, à faire dépecer Orphée.

3 jours consacrés aux Essais de Rushdie, 15-16-17 juillet;

l’an dernier, tu avais lu les essais rassemblés sous le titre Patries imaginaires, parus en 10/18. Tu n’es pas revenu dessus. Par contre, tu as lu tout ce qui est rassemblé sous le titre Franchissez la ligne !, soit pages 575 à 1088.
D’abord, signaler l’incroyable : tu n’as pas trouvé une coquille. Rushdie doit être exigeant avec ses correcteurs et traducteurs. Merci. Tu avais déjà observé cela avec Le couteau. Pas une coquille.
Tu penses que nous avons affaire à un essayiste brillant, drôle, pertinent, lucide. Et lire des Essais allant de 1981 à 2002, ça nous fait faire de drôles de voyages avec de drôles de rappels.
Dans ces panoramiques, la France est assez peu présente mais quand il en parle (la corruption sous Mitterrand, le foot et Zidane, Pasqua et Talisma Nasreen, la France et Rushdie), c’est jubilatoire parce que le romancier use d’interjections Zut alors ! réaction présumée de Roland Dumas, surpris qu’on le poursuive, LUI. Évidemment, ces drôles de rappels, entrant en écho avec ce qui se passe aujourd’hui, plutôt pire (évaluation personnelle en contradiction avec mon désir de non-jugement), t’ont mis mal à l’aise.
Car on se rend compte que le problème palestinien dont on pensait avec les accords de Camp David que… eh bien…
Il met ce problème au centre même s’il ne développe pas, parce que cette question cristallise les relations entre l’Islam (pas du tout homogène) et l’Occident (pas du tout homogène), développe l’anti-américanisme et que les USA feraient bien de chercher à se faire des amis plutôt que des ennemis en intervenant partout.
Il en reste au succès de l’intervention américaine en Afghanistan (2002) comparé à l’échec de l’intervention soviétique (Les cercueils de zinc). Depuis, sous Trump, les USA se sont retirés, les talibans se sont installés au pouvoir.
Deux passages t’ont particulièrement intéressé parce que Rushdie use de ses talents de romancier pour tenter de construire une vérité au plus proche de la réalité qu’il tente de cerner, de décrypter, toujours complexe, plus incroyable que ce que l’imagination peut imaginer. Parce que l’homme lui-même est mariage du ciel et de l’enfer.  

« Nous avons fini par nous percevoir nous-mêmes comme des personnages composites, souvent contradictoires, voire intérieurement incompatibles. Nous comprenons que chacun de nous est une multitude de gens différents. Les moi de notre jeunesse sont autres que ceux de notre maturité : nous pouvons être hardis en compagnie de nos amants et timorés devant nos employeurs, plein de principes quand nous instruisons nos enfants et corrompus devant quelque tentation secrète…Le moi intégré cher au XIX° siècle a été remplacé par cette foule de moi qui se bousculent… Mais nous avons en même temps un sentiment relativement clair de qui nous sommes. »
Quand il écrit son article Gandhi, aujourd’hui, 1998, il met en oeuvre cette approche très plurielle, montrant les ambiguïtés, contradictions, limites de Gandhi dont l’influence en Inde est aujourd’hui, nulle, Gandhi devenu à son insu, une pub pour Mac et inspirateur avec d’autres des philosophies de la non-violence ou de la désobéissance civile, somme toute peu pratiquées en Occident.

« Les écrivains sont citoyens de nombreux pays : la région finie et délimitée de la réalité observable et de la réalité quotidienne, le royaume infini de l’imagination, la patrie à demi perdue du souvenir, les fédérations du coeur qui sont à la fois chaudes et froides, les États Unis de l’esprit (calmes et turbulents, larges et étroits, ordonnés et dérangés), les nations célestes et infernales du désir et peut-être la plus importante de toutes nos demeures - la république libre du langage. »

Dans N’y a t’il rien de sacré ? il dit
« Par transcendance, j’entends cet envol de l’esprit humain au-delà des limites matérielles et physiques de son existence que tous, laïques ou religieux, nous connaissons, au moins dans quelques occasions. La naissance est un moment de transcendance que nous mettons toute notre vie à comprendre. L’exaltation de l’acte d’amour, l’expérience de la joie et très probablement l’instant de la mort sont d’autres moments semblables. Le sentiment d’élévation de la transcendance, d’être plus que soi-même, de rejoindre d’une certaine façon la totalité de la vie est par nature de courte durée… L’âme a besoin de toutes ces explications, pas simplement d’explications rationnelles mais d’explications venues du coeur. »

Avec Alain Cadéo, nos échanges dans les dernières semaines avaient porté essentiellement sur ce que nous considérions comme l’essentiel.
correction du 14 juillet : remplacer l’essence par l’existence
nos échanges avaient porté existence-ciel-tellement sur ce que nous considérions comme l’existence-ciel.
À nos âges, c’est quoi la vie, la mort, la naissance, le passage, l’éternité, le mystère, le miracle.
correction du 13 juillet : remplacer les noms qui figent, essentialisent par des verbes qui font action, mouvement, énergie
à nos âges, c'est quoi vivre, mourir, naître, passer, éterniser, s'éterniser, mystérer, miraculer
Entre Rushdie et moi, il y a 7 ans d’écart, en plus pour moi. Ma métamorphose remonte à 2020. Du naturalisme métaphysique de Marcel Conche à un cheminement d’attention au miracle mystère de la naissance et au mystère miracle de la mort.
Exit, le recours aux explications scientifiques, aux constructions et déconstructions idéologiques. C’est la guerre sans fin des récits.
Rushdie pense que « dans les société libres, les idées doivent s’affronter librement. La discussion est nécessaire et il faut que celle-ci soit passionnée et sans entraves. Les sociétés libres sont dynamiques, bruyantes, turbulentes, pleines de désaccords radicaux. Le scepticisme et la liberté sont indissolublement liés. »
Je n’ai plus aucun intérêt pour le cirque politique, le cirque médiatique, le cirque sportif, le cirque olympique, j’en ai assez des bruits du monde. Je ne réclamerai jamais la censure de qui que ce soit, de quelque débat que ce soit. Mais je n’ai plus envie de dépenser de l’énergie à tenter de construire une vérité même complexe sur ce qui se produit dans le monde et n’ai nulle envie d’user de mon imagination pour, par des romans, tenter de cerner des personnages publics, célèbres, riches, menteurs, voyous, cyniques…
J’en suis à me demander avec plein de doutes, d‘hésitations quels mots, quels verbes plutôt, vais-je employer pour vivre la Vie dans l’émerveillement, l’enthousiasme, la joie, la gratitude, l’empathie, la compassion. Selon l’inouïe proposition de Jésus « aimez vos ennemis comme vous-mêmes »
En tentant les verbes, ça pourrait donner s’émerveiller des détails de la vie, s’enthousiasmer des imprévus et surprises offerts par la vie, joier-jouir de jour comme de nuit, en veilleur ou-et dormeur, de tous les incidents, accidents, instants, moments, éclats visuels, auditifs, gustatifs, olfactifs, tactiles, de tous les échanges par inspir-expir…
J’ai signalé dans ma note sur Le couteau de Rushdie, son absence de compassion. Cela correspond à sa conception de la morale : « les individus sont responsables de leurs actions ». Donc son assassin est responsable de son acte même s’il se déclare innocent pour avoir exécuté la fatwa pourtant annulée depuis 1999. Le temps de la compassion viendra peut-être après le procès.
D’autre part les terroristes fous de Dieu sont « contre la liberté d’expression, un système politique pluripartite, le suffrage universel des adultes, la responsabilité politique du gouvernement, les juifs, les homosexuels, les droits des femmes, le pluralisme, la laïcité, les jupes courtes, les danses, les fêtes, les baskets, les jeans, le rock, le rasage, la théorie de l’évolution, le sexe ».
Il nous faut donc vivre comme nous le faisons, sans peur, en acceptant sans excès étatiques des règles de sécurité supplémentaires et en cessant avec ces régimes qui se bouffent le foie entre eux, commerce d’armes, de drogues, de pétrole, d’oeuvres d’art…
On voit bien que cette conception semble naïve, optimiste. Qu’on pense au massacre de plus de 1000 femmes, enfants, vieillards et jeunes le 7 octobre 2024 par le Hamas, en Israël. Sans oublier les attentats antérieurs, un peu partout dans le monde.
Les états y compris dits démocratiques me semblent de plus en plus autoritaires et sécuritaires, contre leurs populations, soumise à de plus en plus de contrôles. Les états ont des intérêts à l’opposé de ceux de leur peuple (pas du tout homogène, uni par un « récit national » ou une certaine « idée » de la « nation ») qu’ils préfèrent diviser jusqu’au bord de la guerre civile (en France, on y aura sans doute droit), au service d’oligarchies, de puissances d’argent, de sociétés secrètes, de réseaux d’influence, débouchant sur la paranoïa légitime des théories du complot, retournés en complotisme par les médias main-stream aux mains d’ultra-riches, manipulateurs, fabricant de fakes-news.
Devant cet état du monde plein de bruit et de fureur, É Say Salé, auteur burkinabé, s’est amusé à écrire des farces
Moi, Avide I°, l’Élu
EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises
Vols de voix, farce pestilentielle sur la présidentielle de 2017, fabriquée avec des répliques copiées-collées de Facebook.
Cette farce me semble de ce point de vue là, une bonne riposte d’un traqueur du réel mais elle ne connaîtra pas le succès d’un roman de Rushdie..

 

13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie
13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie
13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie

13 juillet à Corsavy / É Say Salé, farceur digne de Salman Rushdie

 … poursuivre

après …

… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,

Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde; tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28  états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,

India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des milliers de dieux, de déesses, avec des milliers de bras…, ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate,  souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et je le voyais et cela ne m’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui  voient le mauvais et réagissent.

Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indo-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).

Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde, prenant le contre-pied de l’hindouisme. La ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre-Akhand-Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort l'obligent à l’exil.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 : Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
(- et Rushdie, essayiste est excellent, caustique et hilarant quand il s’en prend à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
- quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
- quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre  l’axe du mal, axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare)


mais  précédant ou simultanément aux récits sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ?
Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper.

Deux récits dont l’un soi-disant scientifique qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.
Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air.
La boucle est bouclée.

Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.

À Corps Ça Vit, le 14 juillet 2024, 9 H 30

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Christiane Christian Alain Jacques

20 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #amitié, #amour, #engagement, #essais, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #vraie vie, #écriture, #épitaphier, #éveil

photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !
photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !

photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !

Rêvélévation

Cela passa peut-être un dimanche. Peut-être sur une route de montagne sans circulation (où ? où ? demandent les hiboux). Ciel bleu. Nuages, nuages, merveilleux nuages où passez-vous si ce n’est pas ici ? Le chemineau ne peut  encercler un nuage passant entre son pouce et son index, en faisant un oeil, clin d’oeil à son oeil en éveil. Sur le terre-plein du kilomètre 300, il enserre le tronc du petit chêne qu’il honore chaque fois qu’il passe puis appliquant son dos douloureux contre le tronc, il lui confie le soin d’en prendre soin, de lui apporter soulagement, demande-prière adressée dans sa tête au  petit chêne et livrée à l’abondance de l’univers. Tu peux dire aussi livrée à la Grâce, traverse son esprit.
Et soudain, une correction s’offre à lui. Tu ne peux pas ne demander que le soulagement. Tu dois demander aussi la souffrance. Tu dois vouloir vivre la souffrance et le soulagement. Dorénavant, cher chemineau tentant de vivre en conscience, veuille vivre les antonymes, l’un et l’autre, sans les séparer, pas l’un sans l’autre, pas l’un ou l’autre, pas l’un contre l’autre. Des écailles sont tombées dans l’herbe au pied du chêne.
Rentré, le chemineau sans bâton et sans besace se demande d’où cette tombée d’écailles lui vient. D’un choc de lecture. Il a fini, à une date indéfinie, stylo en main, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? de Christiane Singer.
Il l’aime cette Christiane, cette passionnée, cette mystique sans église, sans dogme, guidée, nourrie, se métamorphosant  par des expériences sensibles, des rencontres imprévisibles, dans des endroits inconvenants, hôpitaux psychiatriques, prisons, couvents, monastères, cours d’écoles, rues mal famées, pays lointains, vieux manuscrits, musées…
Rien de ce qui est humain ne lui est étranger.
Elle se coltine au pire, au meilleur. Enrage, s’enthousiasme, s’émerveille, se désespère. Elle s’émerveille du corps, des âges de la vie, de la naissance et de la mort. La diversité des cultures lui permet de résister à la mondialisation uniformisante, à l’économisme mortifère en lui montrant que la plupart d’entre elles, les plus anciennes, savent prendre soin, honorer, célébrer, relier, reconnaître l’invisible derrière le visible, le Réel derrière la réalité, la fluidité derrière la solidité, les sens étant guides, se méfiant de la raison qui veut avoir raison mais tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas.
Le logion 77 de saint Thomas est essentiel : « Je suis partout. Quand tu vas pour couper du bois, je suis dans le bois. Quand tu soulèves la pierre, je suis sous la pierre. »
Non pas, je suis le bois, je suis la pierre mais chaque fois que tu es LÀ, vraiment LÀ, dans la rencontre du monde créé, alors je suis là. Et là où tu es, si tu es dans la présence aiguë, je suis aussi.
Être LÀ ! C’est le secret. L’accès au sacré.
Pour accueillir, ce qui traverse, ce qui passe.
Tout lieu, tout moment doit te devenir makon, terme hébraïque désignant lieu, moment de rencontre entre l’homme et Dieu.
« Je regarde le plus souvent possible couler l’eau. Je  m’imprègne de voir ce qui se passe en moi à voir couler l’eau. »
« Dans la réalité, je me fais un bleu lorsque je me heurte à la table. Dans le Réel, j’attrape un bleu parce que quelqu’un au bout du monde s’est heurté à un meuble ou à un coeur endurci. »
Dans la réalité, je suis ficelé par mes représentations. Dans le Réel, rien ne me sépare de rien ni de personne.
Sachant qu’étymologiquement personne = personare = ce qui souffle au travers.
À travers toute personne en vie vraiment, c’est-à-dire LÀ, le vent de la Présence souffle.
S’incliner. Être dans la gratitude.
À son âge certain, le chemineau sans bâton ni besace aimerait approcher du Rabbi Löw de Prague. Un jour, il fut pris sur un pont de la ville sous les jets de pierres d’une bande d’enfants. À peine, les pierres le touchaient-elles qu’elles se changeaient en boutons de roses.
Ce miracle peut-il s’expliquer ?
Rabbi Löw aimait tellement les enfants qu’il ne pouvait pas leur permettre de devenir les assassins d’un vieillard.

Le 17 juin 2024

ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac

ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac

Dialogue avec Christian Bobin
Le bruit d’une balançoire
Lumière du monde

J’aime beaucoup ce qui se laisse écrire sur la page blanche qui peut tout recevoir mais surtout qui donne tout parce qu’elle est vide et qu’ainsi parfois se livre à la main-oiseau, à la main-papillon de Christian Bobin, en attente, en attention extrême, la vérité, non de la phrase aussi travaillée soit-elle (à éviter autant que possible, pas d’esthétisme avec la vérité, pas de poème mais la poésie offerte à qui sait voir, à qui sait attendre, parfois des années) mais la vérité d’un visage, celui d’un bébé qui, miracle, attire tous les regards et innocente ceux qui le contemplent (surtout éviter de lui glouglousser des mièvreries onomatopoétiques), celui d’un vieillard, buriné par larmes et rires, livre disant si sa vie se termine dans la joie ou par le néant, la vérité-beauté de tourterelles blanches sur la branche du cerisier en fleurs, la venue de l’invisible dans le visible, du ciel sur la terre.
Bobin et c’est tant mieux s’est beaucoup égaré. Aisé alors d’accepter nos égarements. Qui sont nos chemins de vie.
Moi, jusqu’à 80 et ça continuera jusqu’à ce que ça finisse. Mort, Vie. Dans Lumière du monde, nombre d’écrivains sont nommés, démolis, renvoyés à leur nihilisme, leur choix du mal, leur cynisme, après avoir été admirés. Je ne vais pas les nommer car piégé par le monde des écrivains et de leurs lecteurs, ce qu’il appelle « la sainte culture », j’ai encore les mêmes admirations. Ce qui m’a sauvé de l’égarement, de l’attraction de la littérature qui pousse vers le bas, c’est que ces romanciers géniaux de la phrase, du paragraphe, du chapitre, déclarés admirables et admirés, je ne les ai quasiment pas lus. Quelque chose m’en a détourné, une recherche de Vérité ?, pour d’autres lectures de  philosophes, psychanalystes, sociologues, ethnologues, dont j’ai fini par admettre qu’elles étaient aussi des égarements.
J’ai eu plus de bonheur ou de justesse dans mes choix avec la poésie. Je me retrouve, dans les noms qu’il cite :  au placard Baudelaire, Lautréamont, au pinacle, Rimbaud, Dickinson, Grosjean, Follain, Robin, Alexandre Romanès et autres gitans.
Plus de bonheur aussi parce que les 116 poèmes (16 de trop), écrits en 44 ans me semblent être aujourd’hui encore, mes boussoles sans nord magnétique. Je pense à Désapprentissage de la bêtise, de la maîtrise.
Depuis hier, je ne porte plus tout à fait le même regard sur le papillon blanc posé comme un livre fermé, immobile sur une fleur jaune d’or et qui s’ouvre dès l’approche, sur le massif d’aubépine fleuri d’où sort un vrombissement bourdonnant invisible, sur une fleur au bleu délicat (un bleuet peut-être), ouverte comme une minuscule main à 15 ou 16 doigts très fins finissant par des ongles filaments, courbus, pas crochus (ça ferait sorcière).
Là où je m’écarte de Christian Bobin comme de Christiane Singer, c’est dans leur dénonciation du monde tel qu’il est devenu et qu’ils combattent à leur façon, par la solitude, la patience, l’amour, le coeur, la résurrection pour Christian, par des conférences, actions, engagements divers, par l’inclination, l’amour, le coeur pour Christiane. Ils disent que la guerre spirituelle en cours dans laquelle ils sont engagés décidera du sort de chacun et de tous, humain ou machine.
Ce monde détesté, détestable me semble n’être que la projection d’une part de nous-même. Je dois accepter d’en être co-responsable comme je peux d’ailleurs être co-créateur d’un autre monde en me métamorphosant, en travaillent en conscience sur ce qui m’anime, sur ce par quoi je veux être animé, l’amour de la Vie, la fascination du néant.
Donc ce monde, je ne le combats plus, je ne suis plus en guerre. Il ira là où il ira et autant éviter tout pronostic, tout commentaire, tout jugement.  
Je n’écoute plus les bruits du monde (radio, télé depuis le 11 septembre 2001), je ne regarde pas les émissions littéraires, je ne m’intéresse à aucun palmarès.
J’aime ma solitude, ce qu’il me reste de famille, les amis, la vraie vie en face à face, côte à côte.
J’aime les trois rythmes de vie qui sont les miens : 6 à 7 semaines en solitaire (21 H-5 H), 15 jours de vacances scolaires avec les enfants (1 H du matin-8 H), et les 3 mois d’été.
J’aime rencontrer quel que soit l’endroit (je vais vers, j’adresse la parole, déjà bonjour), parler, écouter, contempler,  me promener. J’ai mon lot de souffrances et de douleurs, mon lot de joies et de bonheurs.
J’accepte, je suis dans l’accueil de ce qui advient comme ça advient, sans jugement, sans tri (parfois je me surprends à le faire, alors petit pas de côté).
Merci à Christian et Christiane. Évidemment et c’est un jugement, je me méfie beaucoup de tout un tas de pratiques de développement personnel et ou d’éveil spirituel. J’ai eu de la chance, je n’ai pas l’impression de m’être égaré.
Mais comme me dit l’ami F., c’est bien d’avoir papillonné, maintenant faut que tu fasses le job, j’entends Job sur son tas de fumier, incendier Dieu.
Le 20 juin 2024.

 

Christian Bobin, né le 24 avril 1951 au Creusot en Saône-et-Loire et mort le 23 novembre 2022 à Chalon-sur-Saône
 
de Gérard Vincent en date du 3 décembre 2022 et réédité le 24 avril 2024
" je livre ici une évocation de la cérémonie des adieux à Christian Bobin.
Il y avait une Présence extraordinaire dans l'église Saint Charles lundi après midi au Creusot.
La présence pure.
L'homme Joie.
L'enchantement simple.
Et des dizaines de femmes qui pleuraient dans cette église archi-comble.
De ma vie, jamais je n'avais vu autant de larmes.
J'ai pensé à un moment au grand film de Truffaut, L'homme qui aimait les femmes, avec Charles Denner.
Ce n'était pas des amantes du Plus que vivant mais des lectrices qui avaient reçu beaucoup, un autre amour, de ce grand cœur, ce grand arbre de paroles.
Au Creusot, ce jour là, on disait A Dieu à
L'homme que les femmes aimaient.
Il y a beaucoup de personnalités dans l'assemblée.
La famille Gallimard, Antoine en tête, est là, sur le banc derrière Lydie Dattas-Bobin et Hélène, la fille de Ghislaine, La plus que vive.
Mais il y a surtout beaucoup d'anonymes, ces gens simples, ces petits...C'est pour eux surtout que Christian écrivait. Qui n'a pas eu la sensation en ouvrant un nouveau livre de lui, de recevoir une lettre personnellement adressée ?
Christian qui recevait un courrier considérable, il n'avait pas internet, répondait à toutes et tous.
Christian n'était pas riche car il a donné aux autres toute sa vie. C'était une façon pour lui de garder sa légèreté.
Ce n'était pas une messe. Il y avait quatre prêtres dont le Père Jean Michel Duband, un ami de Christian. Un visage rayonnant de bonté et de lumière. Il nous dit qu'il faut surmonter le chagrin et les larmes car Christian est toujours l'homme Joie. Il y eut une lecture de l'évangile, la parabole où les disciples sont effrayés par la tempête qui se lève et Jésus surgit sur les eaux et leur dit :
N'ayez pas peur.
Il y eut des prières, des chants, du violon et guitare, la voix d'une soprano.
Un écran derrière l'autel montrait des photos de Christian, sa voix, son rire extraordinaire
Une très belle femme prend la parole.
Une courte intervention, un accent.
A la sortie de l'église, sur le parvis où une centaine de personnes discutent encore dans le froid une heure après la cérémonie, j'adresse la parole à cette femme. C'est Noella, la traductrice italienne de Christian, venue en train de Milan.
Au milieu de nous, le fourgon funéraire avec le cercueil blanc et les fleurs
Sur les deux heures trente de la cérémonie, plusieurs témoignages dont celui, bouleversant, de son ami, le poète André Velter.
Lundi prochain, le 6 Décembre, Christian sera inhumé au cimetière de Marciac, dans le Gers.
Repose en paix, Christian. "
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grand sachem pépé : A Marciac c’était plus intime … mais très fort tout de même ! Il y avait un grand oiseau qui planait au dessus de nous …
bientôt il y aura à Marciac une Maison Christian Bobin
 
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?  "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.

L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ? "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.

«Je suis un enfant de curé», disait Lacan. Éduqué par les Frères maristes, il fut un garçon pieux et acquit une connaissance sensible, intime, des tourments et des ruses de la spiritualité chrétienne. Il savait aussi merveilleusement parler aux catholiques et les apprivoiser à la psychanalyse. La Société de Jésus misa sur son École.

Freud, vieil optimiste des Lumières, croyait que la religion n'était qu'une illusion, que dissiperaient dans l'avenir les progrès de l'esprit scientifique. Lacan, pas du tout : il pensait au contraire que la vraie religion, la romaine, à la fin des temps embobinerait tout le monde, en déversant du sens à pleins tuyaux sur le réel de plus en plus insistant et insupportable que nous devons à la science.

Jacques-Alain Miller

- Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ?
 
"Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore. On ne peut même pas imaginer comme c'est puissant, la religion. J'ai parlé à l'instant du réel. Le réel, pour peu que la science y mette du sien, va s'étendre, et la religion aura là beaucoup plus de raisons encore d'apaiser les cœurs. La science, c'est du nouveau, et elle introduira des tas de choses bouleversantes dans la vie de chacun. Or, la religion, surtout la vraie, a des ressources que l'on ne peut même pas soupçonner. Il y ont mis le temps, mais ils ont tout d'un coup compris quelle était leur chance avec la science. Il va falloir qu'à tous les bouleversements que la science va introduire, ils donnent un sens. Et ça, pour le sens, ils en connaissent un bout. Ils sont capables de donner un sens vraiment à n’importe quoi. Un sens à la vie humaine, par exemple. Ils sont formés à ça. Depuis le commencement, tout ce qui est religion consiste à donner un sens aux choses qui étaient autrefois les choses naturelles.Ce n'est pas parce que les choses vont devenir moins naturelles, grâce au réel, que l'on va cesser pour autant de sécréter le sens. Et la religion va donner un sens aux épreuves les plus curieuses, celles dont les savants eux-mêmes commencent justement à avoir un petit bout d'angoisse. La religion va trouver à ça des sens truculents."
 
Jacques Lacan "Le triomphe de la religion" Seuil. 2005
 
Christiane, Christian,  Alain rient = prient / Lacan ne rit pas
 
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Armand Gatti

17 Septembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #Le Revest-les-Eaux, #SEL, #agoras, #ateliers d'artistes, #engagement, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #spectacles, #voyages, #écriture, #épitaphier

Gatti, 100 ans le 26 janvier 2024, portrait Ernest Pignon-Ernest
Gatti, 100 ans le 26 janvier 2024, portrait Ernest Pignon-Ernest
Gatti, 100 ans le 26 janvier 2024, portrait Ernest Pignon-Ernest
Gatti, 100 ans le 26 janvier 2024, portrait Ernest Pignon-Ernest

Gatti, 100 ans le 26 janvier 2024, portrait Ernest Pignon-Ernest

Un poète et un photographe se retrouvent dans ce livre : Armand Gatti et Paolo Gasparini. De leur rencontre à Cuba en 1962 au moment du Débarquement de la Baie des Cochons, naitra plus qu’une complicité, un dialogue. Je me suis demandé comment ce lien avait pu durer jusqu’à la mort de Gatti. Rien n’est simple...

26 janvier 2024, les 100 ans de Gatti, Maison de la Poésie à Paris et à la BAG à La Seyne-sur-mer
26 janvier 2024, les 100 ans de Gatti, Maison de la Poésie à Paris et à la BAG à La Seyne-sur-mer
26 janvier 2024, les 100 ans de Gatti, Maison de la Poésie à Paris et à la BAG à La Seyne-sur-mer
26 janvier 2024, les 100 ans de Gatti, Maison de la Poésie à Paris et à la BAG à La Seyne-sur-mer

26 janvier 2024, les 100 ans de Gatti, Maison de la Poésie à Paris et à la BAG à La Seyne-sur-mer

La poésie de l’étoile
Paroles, textes et parcours
Armand Gatti et Claude Faber, 
postface de Bertrand Cantat
entretiens entre octobre et novembre 1997
Collection Les passeurs de frontières
Descartes et Cie, 1998
Après Golovanov, traduit par Hélène Châtelain, compagne d’Armand Gatti, il me fallait lire en cohérence avec ce que j’avais lu. 
Deux livres d’Armand Gatti me faisaient signe : 
- La poésie de l’étoile, entretiens, 
- La parole errante, 1760 pages, chez Verdier 
(les 3 tomes des oeuvres théâtrales, Verdier, sont au Revest). 
Plusieurs raisons à ce choix : Gatti vu et écouté au banquet du Livre à Lagrasse, deux ans de suite, Gatti et Jean-Jacques Hocquard vus à La parole errante (les anciens studios Méliès) à Montreuil, Gatti vu en Avignon avec les loulous, Gatti vu à la Bibliothèque Armand Gatti à La Seyne-sur-Mer. 
Je n’ai pas échangé avec lui mais j’ai écouté, j’ai lu, j’ai suivi.
Les entretiens sont passionnants. Ce n’est pas une biographie au sens classique, ni des entretiens édifiants sur une stature. Gatti et le journaliste essaient de mettre au jour, ce qui a mis en mouvements 
- l’enfant vivant dans un bidonville de Monaco avec un père d’origine italienne, éboueur, anarchiste, soucieux de verticalité et dont la langue est la Baleine et une mère également italienne et franciscaine, insistant pour qu’il soit le premier en français (sinon, tu lècheras toujours le cul des riches), 
- l’adolescent de 16 ans qui rejoint le maquis de Berbeyrolle en Corrèze avec des livres de poèmes et comme arme, une poire à lavement, 
- le camp de concentration (la cloche sous-marine à - 200 m, les jouets des enfants juifs entassés dehors, les 3 rabbins et leur théâtre, leur humour dans le camp, la question trouvée dans une boîte hermétique : le mot chien aboie-t-il ?, 
- l’évasion et les 3 mois pour rejoindre Bordeaux, le chemin inverse de celui d’Hölderlin, 
- le journalisme, le prix Albert Londres, 
- les grands voyages de reporter en Sibérie, en Chine, au Guatémala, Nicaragua…, 
- le cinéma : L’enclos, primé à Cannes, 
- le théâtre institutionnel avec Jean Vilar, 
- la bifurcation vers un théâtre pour et avec les loulous (chômeurs, prisonniers, délinquants) 
- et en fin d’entretien, le projet L’été indien. 
Gatti a 73 ans en 1997, né en 1924. Il meurt en 2017.
S’il y a une ligne dans cette vie, c’est le choix de la prise de conscience contre toute prise de pouvoir, c’est le choix de la connaissance comme ouvrant les possibles contre tout dogmatisme, religieux, idéologique, c’est la conviction qu’il faut placer la barre haut quand il s’agit d’écriture, de poésie. 
D’où son amitié avec Michaux, 
d’où sa passion pour le hassidisme et la kabbale, pour les idéogrammes chinois, 
d’où sa passion pour la physique quantique dont il parle très bien et dont il montre bien quelle nous permet de voir autrement qu’à travers le déterminisme de la physique newtonienne.
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Depuis ces entretiens de 1988, le boson de Higgs dont il parle a été fabriqué mais aussi a été découverte l’expansion accélérée de l’univers et nous ne sommes peut-être donc pas l'agonie d'une étoile… 
Et le sous-commandant Marcos n'est plus le porte-parole anonyme des Indiens du Chiapas. 
Lire Jérôme Baschet, la rébellion zapatiste.
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De là où j’en suis aujourd’hui, je trouve sa cherche très intéressante avec deux bémols, les mots combat, résistance. 
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Si tu crois que tu es fait pour l’aventure de l’écriture comme renversement du constat de Felipe :
« vos mots racontent mais ils ne disent rien » 
alors pratique tes injonctions : « au commencement était le verbe et le Verbe était Dieu. Voulez-vous être Dieu avec moi… Nous ne dirons plus ici l’Histoire, nous dirons l’Univers. »
et n'en fais pas une croisade, un combat, une résistance; 
t'as pas besoin d'ennemis à désigner; 
crée, invente des langues
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Gatti, l’homme qui faisait parler les arbres, les chiens, les loups, la baleine, qui rendait la parole des morts comme L’inconnu N°5, comme les dix Irlandais en grève de la faim au temps de Bobby Sands, comme Rosa collective ou les Indiens du Chiapas.
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Armand Gatti ne cache pas son intention : « nous préparons la guerre civile des mots »
Claude Faber
Pour moi, une certitude est une capitulation. La qualité principale de l’homme, c’est d’être imprévisible. Il faut aller à l’encontre de toute modélisation. Les normes ne conduisent qu’aux déformations de l’humain.
Armand Gatti
La page du livre
Claude Faber : Mais avec le métier de journaliste, tu vas multiplier les voyages, donc les trajectoires et les rencontres. Peut-on dire que cette période va te servir à collecter la matière que tu utiliseras plus tard pour tes pièces ?
Armand Gatti : Oui, puisque je n’ai rien oublié de ces voyages. Ils m’ont permis de mieux connaître le monde et surtout le destin des hommes. Quand j’ai découvert la Sibérie en 56–57, j’ai pris conscience de tout un continent, d’une véritable aventure humaine, faite de visages, d’immensité et de froid. Sans ce métier, je n’aurais peut-être jamais aussi bien découvert l’Amérique latine et toute cette vie qui prend souvent des airs baroques et exubérants. Prenons l’exemple du Nicaragua, j’ai une anecdote qui mériterait de figurer dans les œuvres de Garcia Lorca. Quand je suis arrivé à Managua, mes valises ont immédiatement disparu. Je suis allée au commissariat pour me plaindre et j’ai gueulé si fort qu’ils m’ont mis en prison. Les policiers m’ont dit que dans la cellule d’à côté, il y avait une petite Française. Alors moi, j’ai essayé de communiquer avec elle, mais elle ne répondait pas. Quand l’ambassadeur français est venu me chercher, j’ai appris qui était la Française. C’était une 4 CV de Renault. Il faut savoir que Somoza, le dictateur du pays, était représentant en automobiles. Là-bas, il n’y avait que des grosses voitures américaines. Or, ces monstres n’étaient pas faits pour les petites routes du Nicaragua. Il fallait voir ces scènes odieuses quand, à certains passages trop étroits ou trop mauvais, les Indiens portaient chaque voiture avec son propriétaire resté au volant. C’était d’un lugubre. Le proprio poussait la compassion parfois à descendre et marcher derrière. Pour « être aimable » avec Somoza, le gouvernement français n’avait rien trouvé de mieux que de lui offrir une petite 4 CV. Comme tout bon dictateur, il n’a pas pu s’empêcher de défiler dans les rues, vantant les mérites de son nouveau véhicule. L’ambassadeur des USA a très mal pris la chose et il est intervenu. Du coup, Somoza à la solde des Américains, s’est excusé, a traité publiquement la voiture de salope et la mise en prison. L’histoire peut sembler incroyable mais c’est vrai.
Ne jamais chercher le prophète
Chercher le combattant,
Seul le combat de chaque jour invente
Seul le combat de chaque jour crée
Ne cherchez pas le prophète
Seul le combat possède le don de la prophétie.
Rosa Collective, Armand Gatti
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Pauline Tanon a avec Jean-Jacques Hocquard consacré une belle étude à Gatti et aux arbres. Dans le maquis des mots. Actes-Sud, 2014.
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Merci à Georges Perpès et à Françoise Trompette d’avoir pensé à lui pour la Bibliothèque de théâtre Armand Gatti qui a démarré à L'abattoir à Cuers et se retrouve depuis 2012, à La Seyne, place Martel Esprit, devenue aussi lieu d’écritures théâtrales et du projet Un auteur dans ma classe qui en est à sa 8° année : Théâtre de la Jeunesse # 8, sous la houlette depuis 4 ans, depuis 2019 de Cyrille Elslander et Hélène Mégy.
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préambule très précis donnant à voir la démarche d'écriture de Gatti par Michel Séonnet
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en lecture, après Gatti, parce que jamais lues et pourtant je les avais depuis 1988, Mémoires d'Hélène de Sophie Chauveau dont j'ai fait la connaissance à à la FDL d'Hyères en mai, éditions Robert Laffont/JJ Pauvert, avec en titres sur le rabat de 4° de couverture : Jean-Claude Carrière (les années sauvages), sans nom d'auteur Le prix d'un Goncourt, Emmanuelle Arsan (Emmanuelle) et deux autres titres
les 3 tomes des 45 oeuvres de Gatti, parution 1° juin 1991; apparemment indisponible chez verdier

les 3 tomes des 45 oeuvres de Gatti, parution 1° juin 1991; apparemment indisponible chez verdier

Résumé

Quatre mille pages, quarante-cinq pièces : l’oeuvre d’Armand Gatti, homme de théâtre et écrivain, est hantée par l’expérience des camps et des maquis (d’abord celui de 40-45 bien sûr, mais aussi ceux du Guatemala, de l’Irlande du Nord et des banlieues d’ici). Hantée par le Verbe aussi, arme de résistance et de révolution. Ses mises en scène ? Jamais dans un théâtre classique, toujours dans des lieux dérangeants, habités, urbains (cités, prisons, usines). Ses spectacles ? Jamais payants, toujours avec banquets d’anarchistes. Jamais répétés, encore moins ressassés, toujours créations uniques. Ils s’étirent sur trois jours et se dispersent parfois même partout, parmi les figures de pierres. Armand Gatti n’est pas seul, bien sûr. Jean-Jacques Hocquart, Gilles Durupt, Hélène Chatelain, Stéphane Gatti, l’accompagnent depuis fort longtemps dans sa guérilla urbaine. Depuis quinze ans, de Toulouse à Marseille, de Fleury-Mérogis à Avignon, ils opèrent dans les villes ensemble. C’est ainsi, qu’à partir d’un lieu dont ils font leur base, ils vont chercher et tirent à eux tous les laissés pour compte avec lesquels ils vont fomenter leurs spectacles.

Gatti dans son bureau à Montreuil le 26/1/2004 et le bureau le 24/8/2023; la maison de Gatti à Montreuil deviendra-t-elle en 2024 pour le centenaire maison des Illustres ?
Gatti dans son bureau à Montreuil le 26/1/2004 et le bureau le 24/8/2023; la maison de Gatti à Montreuil deviendra-t-elle en 2024 pour le centenaire maison des Illustres ?

Gatti dans son bureau à Montreuil le 26/1/2004 et le bureau le 24/8/2023; la maison de Gatti à Montreuil deviendra-t-elle en 2024 pour le centenaire maison des Illustres ?

La rébellion zapatiste

 

Jérôme Baschet

La rébellion zapatiste
Insurrection indienne et résistance planétaire
Édition mise à jour et augmentée d'une nouvelle postface
1er janvier 1994. Dans le Sud du Mexique surgit un mouvement politique absolument neuf. Autour de son porte-parole, le sous-commandant Marcos, émerge une ample dynamique sociale, forte de décennies de luttes menées par les paysans indiens du Chiapas.
La rébellion zapatiste, prenant ses distances à l ’égard des doctrines de Lénine ou de Che Guevara, ouvre la voie à une autre pensée révolutionnaire. Son but n’est pas de prendre le pouvoir, mais de construire un monde où il y ait place pour de nombreux mondes ; son combat pour la justice sociale et la dignité partagée, qui se déploie dans l’expérience de l’autonomie, s’adresse à tous ceux qui résistent à l’ordre néolibéral.
Étude approfondie des idées et des valeurs du zapatisme, ce livre met aussi en perspective les apports et les stratégies d’un mouvement qui continue d’être une source d’inspiration bien au-delà du Mexique, rencontrant un vif écho auprès d’intellectuels et d’activistes du monde entier. Parution 2 janvier 2019
poème aztèque néolithique, entendu hier matin dans un entretien d'Ivan Illich en 1972
et qui me semble convenir au Songe d'une nuit d'été vu hier soir
et à la vie de chacun d'entre nous, 
la vie nous est prêtée pour un petit temps seulement mais elle est couleur, chant, odeur, saveur avant effacement, 
idem pour toute rencontre
"C'est un poème néolithique aztèque écrit par un Espagnol en lettres espagnoles, mais dans le Nahuatl. Ce poème [adressé à un dieu] dit :
Pour un tout petit temps seulement, nous sommes prêtés l'un à l'autre.
Nous vivons parce que tu nous dessines.
Nous avons de la couleur parce que tu nous peins.
Et nous respirons parce que tu nous chantes.
Mais seulement pour un tout petit temps, nous sommes prêtés l'un à l'autre.
Parce que nous nous effaçons comme dans le dessin même quand il est fait dans l'obsidienne.
Nous perdons notre couleur comme même le quetzal, le bel oiseau vert perd sa couleur.
Et nous perdons notre son et notre respir comme même le chant de l'eau.
Pour un tout petit temps, nous sommes prêtés l'un à l'autre."
Ivan Illich, extrait d'un entretien télévisé avec Jean-Marie Domenach en 1972. Illich dit le poème à 49'50"
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Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov

16 Septembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #essais, #histoire, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #écriture, #épitaphier

Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
Vassili Golovanov / Vélimir Klebnikov / Andréï Platonov
 
que lire après de tels livres, Suite française, Le passage des anges ?
un livre à la célèbre couverture jaune des éditions Verdier m'a attiré tout de suite : espaces et labyrinthes
son auteur Vassili Golovanov m'avait enthousiasmé avec son Éloge des voyages insensés, il y a quelques années 
déjà deux récits lus: 
- La source, consacré à la source de la Volga avec une évocation magnifique de fête traditionnelle avec accordéoniste et artistes, fête dédiée à la Vierge Marie en date du 21 septembre dans un village perdu proche de la source (femmes et hommes ont besoin de ces fêtes, boire, oublier, s'oublier, chanter, danser, se souvenir, le malheur de chacun étant connu de tous et chacun le faisant sien)
- et Khlebnikov et les oiseaux, l'inventeur de la langue Zaoum, 
là, je pense à D. K. qui m'a fait connaître ce génie
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D.K. qui m'a fait découvrir Khebnikov, lisant Zanguezi au parc du Mugel à La Ciotat Poésie dans l'arbre, une initiative portée par Jacqueline Dussol, cela se passa en août 2011

D.K. qui m'a fait découvrir Khebnikov, lisant Zanguezi au parc du Mugel à La Ciotat Poésie dans l'arbre, une initiative portée par Jacqueline Dussol, cela se passa en août 2011

Sur les 6 récits lus dans Espaces et labyrinthes de Vassili Golovanov, décédé à 60 ans, en avril 2021, un écrivain rare et puissant, édité par Verdier à Lagrasse, l’éditeur d’Armand Gatti, de Pierre Michon et la ville du Banquet du livre, où je me suis rendu plusieurs fois, il y a bien des années, au tout début.
Récits fouillés, documentés, d’actualité et de toujours parce que Vassili Golovanov ne peut pas vivre dans ce monde globalisé, de consommation et de soumission volontaire, de destruction de la terre, des gens, des langues, des cultures et part donc en géographe métaphysique vers des lieux à la fois réels et mythiques, mystérieux et pouvant ouvrir des possibles liés à des territoires oubliés mais encore vivants, où vivent encore quelques rares témoins de traditions et de langues en train de mourir mais chargées de significations et d’énergies. 
- Ainsi le récit sur le retour à la source de la Volga, avec sa fille, source gardée par un gardien tentant de conserver ce qui peut l’être, révélant sur quoi ouvre cette source, le plus grand fleuve de Russie débouchant par de multiples bras, souvent impraticables dans la mer Caspienne, face à la Perse, face aux steppes de l’est. 
- Suit le récit sur Khlebnikov, sur les relations entre le père, ornithologue dans la réserve caspienne et le fils, sur l’attrait de la Caspienne, terre et mer où peuvent se voir des lotus venus d’Asie, des ibis venus d’Égypte… Le génie verbal de Khlebnikov, « inventeur de langues », semble être le résultat d’une initiation d’âme à âme par un maître soufi persan, mort plusieurs siècles avant Vélimir, Attâr, l’auteur entre autres de La conférence des oiseaux. 
Évidemment, une telle thèse est incompréhensible, irrecevable pour et par des esprits cartésiens, rationalistes.
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- Le récit du retour au mont Bogdo avec son amour est le récit d’une ascension de 140 mètres seulement sur un mont réel et très chargé énergétiquement, ouvrant sur les steppes.
- Le 4° récit est consacré au parc de Priamoukhino, agencé par le père de Bakounine, dans l’esprit de la philosophie des jardins du XVIII° siècle, visant à rendre sensible l’harmonie entre une famille et la nature qui l’entoure (maison de 24 pièces pouvant accueillir 6 invités en même temps, avec des chênes plantés pour la naissance des 11 enfants…). 
Aujourd’hui, cette maison, ce parc en ruines, est gardé par un gardien et restauré l’été par des anarchistes russes. 
Long essai sur Bakounine, très documenté, partisan de la destruction des structures de tout état, bâtiments, documents, archives. Et sur les liens inattendus, ambigus entre Bakounine et Dostoïevski qui se serait servi de lui comme modèle (sans la flamboyance) pour le personnage de Nicolas Stavroguine dans Les démons.
- Le 5° récit, Vision de l’Asie, journal de Touva, est centré sur les steppes, au-delà de la taïga, de là où sont venues les invasions des Barbares, selon l’appellation des Grecs. Et de découvrir le Grand Interdit de Gengis Khan, l’histoire secrète des Mongols, écrite en 1240, transmise de bouche à oreilles pendant 8 siècles, grand interdit interdisant toute construction de ville, tout travail agricole et même chasses et battues dans la région où il se retira après sa blessure, autour de la montagne sacrée Khamar-Daban, en Bouriatie. 
Ce grand interdit pour assurer un monde de paix et d’harmonie a duré 7 siècles. 
Quel barbare !
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- Le 6° récit est consacré à la recherche des ruines de Tchevengour, d’après le titre du roman d’Andreï Platonov, achevé en 1928, paru sous une forme tronquée en France en 1972, et en 1988 en Russie. Auteur russe majeur déclare Brodsky avant de disparaître. 
N’ayant jamais entendu parler de Platonov, ce récit m’a intéressé en montrant comment un ingénieur de l’époque révolutionnaire, chargé de grands travaux d’irrigation comprend assez vite que le monde nouveau, l’homme nouveau, l’avenir radieux est porteur de tout ce qu’a engendré le totalitarisme bolchevique (Staline avait commenté en marge d'un manuscrit de Platonov : c’est un salaud) et de créer l’anti-Pétersbourg, l’anti-Moscou, Tchevengour, le paradis des gueux, ces paysans jugés inutiles par les bolcheviks. 
Platonov comprend que la Terre est un organisme vivant, que tout y est en lien et à respecter. Il est sur la même longueur d’onde que Vernadski. 
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Tchevengour (en russe : Чевенгур) est un roman écrit par Andreï Platonov entre 1926 et 1929, et publié intégralement pour la première fois en URSS en 1988. Refusé par la censure, le livre connut cependant plusieurs publications très fragmentaires, la première fois en avril 1928. Le héros parcourt l’URSS vers 1925 pour découvrir "le Socialisme réalisé ", et découvre le village de Tchevengour, où le Socialisme a été établi : les "bourgeois " locaux ont été massacrés, le commerce et le travail sont strictement interdits. Le soleil doit pourvoir à tous les besoins. Et les villageois meurent de faim... 
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« Vous êtes un homme de talent, c'est sans conteste, et vous avez une langue tout à fait originale. Mais avec toutes ces qualités indiscutables, je ne pense néanmoins pas que vous serez édité. L'obstacle, c'est votre mentalité anarchiste, qui est visiblement une partie consubstantielle de votre esprit. Que vous le vouliez ou non, vous avez donné à votre description de la réalité un caractère lyrico-satirique. Malgré toute votre tendresse pour les hommes, vos personnages sont voilés d'ironie, le lecteur voit moins en eux des révolutionnaires que des toqués, des cinglés. Je n'affirme pas que cela soit fait consciemment, mais c'est ainsi que pense le lecteur, du moins moi, Peut-être me trompé-je. J'ajoute ceci : parmi les responsables de revue actuels, je n'en vois aucun qui serait capable d'apprécier votre roman, à l'exception de Voronski, mais comme vous le savez, il n'est plus aux commandes. »
— Maxime Gorki, Lettre du 18 septembre 1929
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Ces récits parus en 2008, écrits avant (le dernier en 2001) sont des récits d’un homme soucieux par ses expériences géographiques (aller voir sur place et pas en touriste) de mieux comprendre ce qui se joue là où il vit (Moscou et le monde occidental ou le triomphe de la rationalité et de l’exploitation no limits) et comment le déjouer, comment renouer avec la sensibilité, l'intuition, comment retrouver le lien avec des spiritualités nettoyées de dogmatisme. 
En 2023, ce ne serait pas des anarchistes qui investiraient le parc de Priamoukhino mais des colibris ou une association usant pour son fonctionnement du RIC. 
En 2023, Tchevengour, ce serait des tiers-lieux pluri-indisciplinaires, des centres de méditation, de non-agir. 
Il me semble qu’en une quinzaine d’années, la demande non de sens, mais de valeur, de virtu est en augmentation. 
Le confinement pendant la covid a fait prendre conscience à pas mal de gens de l’absurdité de la vie qu’on mène et du monde dans lequel on vit. D’où d’innombrables essais, expérimentations, terreau propice à peut-être un changement de paradigme, s’il n’est pas trop tard. 
Ces récits tournés vers les steppes m'ont rappelé mes deux voyages en Bouriatie et au Baïkal, ma rencontre avec trois traditions, orthodoxe, bouddhiste, chamanisme. Et le mensonge dans lequel j'ai cru pendant 60 ans : la nécessité de la révolution.
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Vélimir Khlebnikov
Vélimir Khlebnikov (1885-1922), « président du globe terrestre », le plus grand des poètes russes, si grand qu’il « ne passe pas par n’importe quelle porte », a participé à la fondation du mouvement futuriste, puis s’en est écarté pour suivre un chemin de solitude. Novateur, il va au-delà du langage transmental des futuristes (zaoum, élégamment traduit par l’outrâme), dynamitant le langage pour recréer un monde nouveau. Les mathématiques, l’ornithologie (la profession de son père), l’astronomie, la philosophie façonnent cette langue nouvelle – langue des oiseaux, poésie stellaire – qui dit les bruissements du monde, en cherche la structure profonde. Salué par Roman Jakobson, il est aussi admiré par les poètes de sa génération, aussi différents de lui que Mandelstam, Pasternak, Tsvetaeva, et fascine des peintres comme Larionov ou Malevitch.
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La révolution a eu lieu. Elle a entamé radicalement le siècle.
En mai 1919, Khlebnikov quitte Moscou, une petite valise à la main : « Je vais dans le Midi, c’est le printemps. »
Il part vers l’un des points les plus brûlants de la guerre civile, l’Ukraine. L’errance va durer plus de trois ans et le mènera autour de la Caspienne, en Azerbaïdjan, au Daghestan, en Perse, puis de nouveau en Russie. Il sera emporté par la misère et la gangrène à Santalovo, un village du Nord, près de Novgorod.
La valise a fait place à une légendaire taie d’oreiller dans laquelle il entasse ses manuscrits, poèmes, proses, lettres, feuilles parfois volées ou envolées, qui accueille aussi son sommeil.
Il écrit aussi dans l’urgence, dans l’obscurité, dans la maison des fous, au profond de la faim, des abris de fortune, devant des feux de camp où s’échangent pain et poème, pain et immortalité.
Langue des oiseaux, poésie stellaire, écriture des nombres…
Je pense écrire une chose dans laquelle toute l’humanité, 3 milliards, participerait et où elle serait obligée de jouer. Mais la langue habituelle ne convient pas pour la chose, il va falloir pas à pas en créer une nouvelle.
(Lettre à Maïakovski, 18 février 1921.)
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Oeuvres
1 150 pages, 47,00 €, 978-2-86432-920-6, septembre 2017
aux éditions Verdier

In the Deathcar est la chanson du générique d'introduction du film d'Emir Kusturica Arizona Dream. Écrite par Iggy Pop, elle est interprétée d'une voix lugubre par le chanteur punk sur une musique plagiée.

Le générique de fin reprend sous le titre This Is a Film la même musique avec un chœur et des paroles, non chantées, d'Emir Kusturica.

 

In the Deathcar

 

Le poème, écrit par Iggy Pop, évoque, sur le thème du post coïtum animal triste, différentes scènes métaphoriques du film récurrentes dans l'œuvre de Kusturica : l'aboiement du chien fidèle, la vie conçue comme un accident, l'amour à plus d'âge, la vie plus vraie vécue par les personnages de cinéma, la civilisation de la voiture comme un emportement illusoire... Son refrain « Dans la voiture de mort, nous sommes en vie » exprime la philosophie calderonienne, développée dans le film, d'une vie qui n'est faite que d'illusions mais d'un désir qui se perpétue au-delà de la mort.

 

This Is a Film

 

Les paroles, écrites par Emir Kusturica, reprennent les mots d'Andrei Platonov dans son roman Tchevengour« Il voudrait montrer à Zakhar Pavlovitch les yeux d'un poisson mort et lui dire, Regarde, là est la sagesse! Le poisson se tient entre la vie et la mort, et c'est pour cela qu'il reste muet et impassible. Je veux dire, que même un veau pense, mais un poisson, non. Il sait déjà tout. ».

Le titre initialement envisagé pour « ce film » était en effet La Valse du turbot

 

 
 
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Lectures d'été 3

16 Septembre 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #engagement, #histoire, #notes de lecture, #écriture, #épitaphier

Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
deux romans qui laissent des traces
j'en donne juste le résumé
à chacun de les lire : expériences passionnantes
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Sur L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
A Barcelone, en 1945, un petit garçon, Daniel Sempere, est conduit par son père au cimetière des livres oubliés. A la suite d'un rituel, Daniel est lié à un livre :«L'ombre du vent» écrit par Julian Carax. Ce livre change la vie du garçon qui s'aperçoit qu'un homme brûle tous les livres de Carax.
Prix Planeta.
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Sur le roman de Javier Cercas : Les soldats de Salamine
À la fin de la guerre civile espagnole, l'écrivain Rafael Sânchez Mazas, un des fondateurs de la Phalange, réchappe du peloton d'exécution des troupes républicaines défaites qui fuient vers la frontière française. Un soldat le découvre terré derrière des buissons et pointe son fusil sur lui. Il le regarde longuement dans les yeux et crie à ses supérieurs : "Par ici, il n'y a personne !"
La valeur qu'il entrevoit au-delà de l'apparente anecdote historique pousse un journaliste, soixante ans plus tard, à s'attacher au destin des deux adversaires qui ont joué leur vie dans ce seul regard.
Il trace le portrait du gentilhomme suranné rêvant d'instaurer un régime de poètes et de condottieres renaissants, quand surgit la figure providentielle d'un vieux soldat républicain. L'apprenti tourneur catalan, vétéran de toutes les guerres, raconte : les camps d'Argelès, la légion étrangère, huit années de combats sans relâche contre la barbarie fasciste. Serait-il le soldat héroïque ? L'homme laisse entendre que les véritables héros sont tous morts, tombés au champ d'honneur, tombés surtout dans l'oubli ; que les guerres ne seraient romanesques que pour ceux qui ne les ont pas vécues.
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Je passe à Suite française d’Irène Némirovsky
Ecrit dans le feu de l'Histoire, Suite française dépeint presque en direct l'exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique de nombreuses familles françaises. De son village de Saône-et-Loire où elle est réfugiée, Irène Némirovsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d'une population en déroute. Au fil de l'écriture et de l'avancée allemande, son roman se fait le miroir inquiétant du quotidien d'un pays sous le joug, jusqu'à ce que la réalité dépasse tragiquement la fiction lors de son arrestation en juillet 1942. Ainsi la grande Histoire précipite-t-elle le destin de la romancière et, avec lui, celui de Suite française. Son manuscrit inachevé, ses notes et nombreux écrits sont confiés à ses enfants dans une précieuse valise. Des années plus tard, sa fille, Denise Epstein, en exhume le roman Suite française. Il existait cependant deux versions de la fameuse suite romanesque : une version brute, originelle, la toute première (Denoël, 2004), et puis une seconde remaniée, plus ramassée, plus aboutie, celle que l'auteure envisageait de publier.
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Avant un détour par Le passage des anges d’Odilon-Jean Périer, édité en 1926 par Gallimard (roman dadaïste)
Et si un jour, dans une de nos grandes villes, trois beaux jeunes hommes, trois anges, apparaissaient pour apporter un peu de fantaisie dans la grisaille du temps…
La tâche s’annonce difficile. Leur candeur, leur amour suffiront-ils face à la médiocrité des hommes ? Pas si sûr…
Le passage des anges, hymne à la liberté, à la jeunesse, à l’insouciance, a été publié pour la première fois en 1926 par un jeune poète de vingt-cinq ans qui devait mourir deux ans plus tard.

Suite française est écrit par Irène Némirovsky entre juin 1940 et juillet 1942 jusqu’à son arrestation par les gendarmes français, le 13 juillet 1942 suivie de son assassinat à Birkenau, le 17 août 1942 (elle a 39 ans, laissant deux filles, sauvées in extremis avec la valise contenant le manuscrit), prix Renaudot à titre posthume en 2004. 

 

De Suite française, je dirai juste 
Lisez le chapitre 20 de Tempête en juin, consacré au chat Albert 
ou le chapitre 12 de Dolce où l'aptitude au bonheur surmonte pour une heure seulement tout ce qui lui fait obstacle
et cette aptitude n'est pas une disposition d'esprit mais du corps, juste au-dessus ou à côté de l'instinct de survie.
J'ignore si le lien a été fait avec Colette mais pour moi, il semble évident.
 
fin de lecture hier soir avec relecture de la préface et dans les annexes des notes d'Irène Némirovsky, pendant l'écriture de son oeuvre devant comporter 5 parties
ce qui m'a semblé important, c'est le non-recouvrement des temps
le temps des événements politiques, historiques est toujours plus court que notre temps de vie, sauf pour ceux qui meurent pendant ces périodes de crises
l'exode passe, la guerre passe, la covid passe, Macron passera, la guerre en Ukraine passera et nous, nous nous révélons parfois au travers de ces événements, soumis à l'esprit de la ruche (métaphore importante dans le roman) ou libres, libres d'une liberté intérieure à défaut de la liberté extérieure
ce qui semble ne pas passer dans Suite française c'est la nature, pourtant contrastée dans ses manifestations météorologiques (orages, tempêtes, calme, soleil, lune, neige, chaleur, froid, sècheresse, bonnes ou mauvaises récoltes...)
mais aujourd'hui, il semble qu'il y ait un temps autre pour la nature que celui des cycles, des contrastes, 
celui de l'extinction des espèces, celui de l'effondrement ou de la transition, celui de l'épuisement, de l'empoisonnement de la planète; 
le papillon qui s'envole sous le nez d'une femme couchée sur la route mitraillée n'existera plus peut-être dans 20 ou 30 ans
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les citations suivantes donnent un aperçu de ce qui se raconte
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"Après tout, ces grandes migrations humaines semblaient commandées par des lois naturelles, songeait-il. Sans doute des déplacements périodiques considérables de masse étaient nécessaires aux peuples comme la transhumance l'est aux troupeaux. Il y trouvait un curieux réconfort. Ces gens autour de lui croyaient que le sort s'acharnait particulièrement sur eux, sur leur misérable génération; mais lui, il se souvenait que les exodes avaient eu lieu de tout temps. "
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"Qu'ils aillent où ils veulent; moi, je ferai ce que je voudrai. Je veux être libre. Je demande moins la liberté extérieure, celle de voyager, de quitter cette maison (quoique ce serait un bonheur inimaginable !), que d'être libre intérieurement, choisir ma direction à moi, m'y tenir, ne pas suivre l'essaim. Je hais cet esprit communautaire dont on nous rabat les oreilles. Les Allemands, les Français, les gaullistes s'entendent tous sur un point: il faut vivre, penser, aimer avec les autres, en fonction d'un État, d'un pays, d'un parti. Oh, mon Dieu ! je ne veux pas ! Je suis une pauvre femme inutile; je ne ne sais rien mais je veux être libre ! Des esclaves nous devenons, pensa-t-elle encore; la guerre nous envoie ici ou là, nous prive de bien-être, nous enlève le pain de la bouche; qu'on me laisse au moins le droit de juger mon destin, de me moquer de lui, de le braver, de lui échapper si je peux. Un esclave ? Cela vaut mieux qu'un chien qui se croit libre quand il trotte derrière son maître. Ils ne sont même pas conscients de leur esclavage, (...) et moi je leur ressemblerais si la pitié, la solidarité, "l'esprit de la ruche" me forçaient à repousser le bonheur."
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"Le soleil traversait certaines d'entre elles [les fleurs] et révélait alors un entrelacs de petites veines délicates, visibles dans la blancheur des pétales et qui à la fragilité, à l'immatérialité de la fleur ajoutaient quelque chose de vivant, de presque humain dans le sens où ce mot humain signifie à la fois faiblesse et résistance; on comprenait comment le vent pouvait secouer ces ravissantes créatures sans les détruire, sans même les fripper."
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"Dans le coeur de chaque homme et de chaque femme subsiste une espèce d'Éden où il n'y a ni mort ni guerres, où les fauves et les biches vivent en paix. Il ne s'agit que de retrouver ce Paradis, que de fermer les yeux à ce qui n'est pas à lui. Nous sommes un homme et une femme. Nous nous aimons."
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"Elle variait ses hallucinations à son gré. Elle ne se contentait pas du passé; elle escomptait l'avenir ! Elle changeait le présent selon sa volonté; elle mentait et se trompait elle-même, mais comme ses mensonges étaient ses propres oeuvres, elle les chérissait. Pour de brefs instants, elle était heureuse. Il n'y avait plus à son bonheur ces limites imposées par le réel. Tout était possible, tout était à sa portée."
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"Il y a des lois qui régissent le monde et qui ne sont faites ni pour ni contre nous. Quand l'orage éclate, tu n'en veux à personne, tu sais que la foudre est le produit de deux électricités contraires, les nuages ne te connaissent pas. Tu ne peux leur faire aucun reproche. [...] À une période de calme succède l'orage qui a son commencement, son point culminant, sa fin et qui est saisi d'autres périodes de tranquillité plus ou moins longues ! Pour notre malheur nous sommes nés dans un siècle d'orages, voilà tout. Ils s'apaiseront."
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“On sait que l’être humain est complexe, multiple, divisé, à surprises, mais il faut un temps de guerre ou de grands bouleversements pour le voir. C’est le plus passionnant et le plus terrible spectacle [...]; le plus terrible parce que le plus vrai; on ne peut se flatter de connaître la mer sans l’avoir vue dans la tempête comme dans le calme. Celui-là seul connaît les hommes et les femmes qui les a observés en un temps comme celui-ci.” 
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"Les évènements graves, heureux ou malheureux, ne changent pas l'âme d'un homme, mais ils la précisent, comme un coup de vent, en balayant d'un coup les feuilles mortes révèle la forme d'un arbre; ils mettent en lumière ce qui était laissé dans l'ombre: ils inclinent l'esprit dans la direction où il croîtra désormais. "
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"Nous oublions tout très vite, c'est à la fois notre faiblesse et notre force ! Nous avons oublié après 1918 que nous étions vainqueurs, c'est ce qui nous a perdu ; nous oublierons après 1940 que nous avons été battus, ce qui peut-être nous sauvera."
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"Qu'un mode vie, n'importe lequel, s'établisse ; tout cela, cette guerre, ces révolutions, ces grands bouleversements de l'histoire, pouvait exciter les hommes, mais les femmes... Ah ! les femmes ne ressentaient que de l'ennui. Elle était bien sûre que toutes pensaient là-dessus comme elle-même, ennuyeux à pleurer, ennuyeux à bâiller tous les grands mots et les grands sentiments ! Les hommes... on ne savait pas, on ne pouvait pas dire... par certains côtés ces êtres simples étaient incompréhensibles, mais les femmes étaient guéries pour cinquante ans au moins de tout ce qui n'était pas le quotidien, le terre-à-terre... "
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Suite française » : le « Guerre et paix » d’Irène Némirovsky
Sauvé par sa fille Denise, le dernier manuscrit de la romancière, déportée et assassinée à Auschwitz, a attendu plus d’un demi-siècle pour être enfin publié.
Par René de Ceccatty
Publié le 30 septembre 2004 à 11h37, modifié le 19 octobre 2021 à 11h18
« Suite française », d’Irène Némirovsky. Edition établie par Denise Epstein, préface de Myriam Anissimov, Denoël, 448 p., 22 €.
Elisabeth Gille dédiait en 1992, quatre ans avant sa mort, Le Mirador, la biographie de sa mère, Irène Némirovsky, à sa sœur, Denise Epstein, « la mémoire douloureuse ». Or, voilà que douze ans plus tard, soixante-deux ans après la mort d’Irène Némirovsky, déportée le 13 juillet 1942 et assassinée le 17 août à Auschwitz, cette « mémoire douloureuse » arrache à l’oubli un chef-d’œuvre : les deux premiers tomes d’une Suite française, prévue pour en comporter cinq et ici parue en un seul volume. Le manuscrit avait été emporté par la toute jeune Denise dans sa fuite vers Bordeaux.
Le cas tragique d’Irène Némirovsky occupera longtemps la mauvaise conscience française. Romancière russe et juive, émigrée dans son enfance avec ses parents en France, via la Finlande, juste après la guerre de 1914, elle s’intègre très rapidement dans le monde littéraire parisien. David Golder (Grasset, « Cahiers rouges »), qu’elle commence à écrire à 22 ans, paraît quand elle en a 26, en 1929. Dès lors, elle publie coup sur coup douze autres livres, chez Grasset, Gallimard et Albin Michel. Le patron de cette dernière maison, Robert Esménard, aura, au moment des lois raciales, une conduite exemplaire, pour assurer la survie de cet auteur, qui jouissait d’un véritable consensus littéraire.
La lecture de Suite française révèle un pessimisme cynique, orienté moins vers l’abomination nazie et antisémite (à laquelle il n’est, c’est un comble, fait presque aucune allusion) que vers la bassesse humaine. Au cœur de la tourmente, elle-même contrainte à l’exode avec ses filles (elles s’installent à Issy-l’Evêque, en Saône-et-Loire), Irène Némirovsky entreprend de décrire ce qui l’entoure. Elle a en tête son Guerre et paix. Son expérience littéraire, la dureté de son regard sur l’humanité, son absence radicale de sentimentalisme, d’autocomplaisance, d’humanisme bon ton donnent à son tableau une vigueur dérangeante. Elle détestait toute conduite commandée par l’appartenance à une classe, à une collectivité. Elle était issue d’une bourgeoisie dont elle avait haï et vilipendé les défauts à travers sa propre mère, comme le montrent Le Bal (Grasset, « Cahiers rouges ») ou Jézabel. Cette même bourgeoisie, elle la contemple dans le désastre. Elle la confronte à des classes populaires, petits commerçants ou paysans, dont elle sait également traquer la veulerie. Et parfois, soudain, un personnage bénéficie d’une sorte de grâce, d’un crédit d’ingénuité, d’une noblesse réelle.
Le centre du livre est occupé par l’amitié d’une jeune femme mal mariée, balzacienne, restée seule avec sa belle-mère, pour un officier allemand raffiné. Le Silence de la mer préfiguré ? Mais cet épisode n’aurait probablement pas pris la même importance si la « pentalogie » avait été achevée.
La première partie, littérairement la plus frappante, par sa structure et la sûreté tranchante des remarques psychologiques, met en scène plusieurs groupes de réfugiés de tous milieux. Les fils devaient se réunir dans le troisième tome, Captivité. On voudrait citer d’innombrables scènes où se lisent la subtilité et l’intransigeance des analyses de la romancière. Le lynchage d’un jeune prêtre par les enfants qu’il a en charge et qui en éprouvent « un effroyable bonheur », le vol de l’essence par un lâche qui abuse de la naïveté d’un jeune couple ou encore les compromissions d’un homme de lettres médiocre.
L’art romanesque d’Irène Némirovsky atteignait ici une précision que la fébrilité aurait pu menacer. Comment est-elle parvenue à ce détachement cérébral sans détruire l’émotion ? La « méthode indirecte » qu’elle utilise pour entrer dans la pensée des personnages les plus négatifs et en révéler la bêtise flaubertienne ne nuit jamais à la palette des nuances. Le trouble que suscite l’apparition des soldats allemands, jamais rejetés dans le mal, la ténuité des convictions face à l’ouragan des situations, l’égarement des individus projetés dans un « esprit communautaire » qu’exige l’urgence politique : une femme seule, avec son intelligence et sa science littéraire, traite admirablement ces thèmes que l’horreur nazie va soudain balayer dans le néant.
Extrait
« Notre existence ici est morne. Seules, sans doute, Denise et Babet l’apprécient. La première parce qu’elle nous a tout à elle et ne peut plus nous reprocher, comme autrefois à Paris, nos sorties trop fréquentes à son goût. La seconde parce qu’elle adore sa vie de petite paysanne, ses équipées dans les champs et ses sabots. Moi, je tente de me persuader, sans grand succès, que tout cela finira un jour. Je me dis, en écrivant Suite française, que je dois faire quelque chose de grand et cesser de me demander : à quoi bon ? Il m’arrive trop souvent d’avoir peur pour mes livres encore plus que pour moi-même, de les imaginer détruits, à jamais effacés de la mémoire humaine. » 
Elisabeth Gille, « Le Mirador », Presses de la Renaissance, 1992, rééd. Stock, 2000 (p. 396)
René de Ceccatty
Lectures d'été 3
Lectures d'été 3
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Lectures d'été 3
après Suite française, d'Irène Némirovsky (1903-1942)
Le passage des anges de Odilon-Jean Périer (1901-1928)
Et si un jour, dans une de nos grandes villes, trois beaux jeunes hommes, trois anges, apparaissaient pour apporter un peu de fantaisie dans la grisaille du temps... La tâche s'annonce difficile. Leur candeur, leur amour suffiront-ils face à la médiocrité des hommes? Pas si sûr...
Le passage des anges, hymne à la liberté, à la jeunesse, à l’insouciance, a été publié pour la première fois en 1926 par un jeune poète de vingt-cinq ans qui devait mourir deux ans plus tard.
Odilon-Jean Périer (1901-1928) était poète. Son œuvre, une poignée de recueils, est fulgurante, malicieuse, pleine de vie. Né à Bruxelles, il fut remarqué par Jacques Rivière qui le fit entrer dès 1923 à la NRF où il se lie d’amitié avec Jean Paulhan. Mais il n’aura pas le temps de connaître la gloire, lui, le poète de la jeunesse, meurt alors qu’il n’a pas encore vingt-sept ans.
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"Mort à 27 ans, Odilon-Jean Périer _ en plus de sa prose et de ses tentatives théâtrales tout aussi séduisantes mais dont il ne peut être question ici _ n’a laissé que 200 pages de poèmes. Il possède deux vertus exceptionnelles: avec Norge et Michaux, il est le seul de sa génération à avoir construit une oeuvre cohérente, sans jamais se laisser aller au tout-venant de l’inspiration au jour le jour; de surcroît, il est le symbole même de la pureté, telle qu’on ne l’avait plus rencontrée depuis Max Elskamp. Aussi, les contemporains ne se sont-ils pas trompés: il fut célèbre à Paris dès l’âge de 25 ans. Artiste parfait et d’une langue limpide, il ressemble à Rimbaud par son émerveillement, à Verlaine par sa douceur, à Valéry par son souci de dire le mystère avec clarté. En fait, il est unique car si, dès le premier vers, chacun de ses poèmes exerce une étrange et très calme fascination, ce qu’il dit, ce sont la fuite des choses, le frémissement secret, la révolte intérieure mais sans fracas, le besoin de communion alors même que tout, à la moindre approche, fuit dans la ravissement et la fragilité. Sa musique est exemplaire, avec ce rien d’ironie qui cache les blessures profondes. On s’est un peu détourné de lui, depuis une trentaine d’années, peut-être parce qu’il n’avait pas de message précis: un peu d’éternité frémissante et parfairte dans ses harmonies."
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Au temps de l’alphabet
des pieds des mains pour rire
mais les yeux pour pleurer
un bel oiseau se mire
des pieds ces mains pour rire
le nuit vient à tomber
le pied boitera
la main sèchera
le monde mourra
mais moi moi moi…
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Le roman raconte, non la transformation de la réalité sauf l'étonnement initial, mais la transformation de deux des trois anges (Michel et Misère). 
La réalité urbaine, le quotidien sont bien plus forts que les désirs des anges. 
Et l'auteur de dire Adieu avec une ironie féroce à de tels anges (sauf Alpha).
Je me suis dit que Wim Wenders avait peut-être été inspiré par ce roman pour Les ailes du désir
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Ana Désir / Cargo Vie

30 Août 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #JCG, #SEL, #agoras, #amitié, #amour, #notes de lecture, #voyages, #écriture

Ana Désir / Cargo Vie
Ana Désir / Cargo Vie

Ana Désir de Jean-Yves Loude, La passe du vent, 1999

Roman de 122 pages, inspiré par une île du Cap Vert, Fogo, par le volcan de cette île, O Pico, par des habitants de cette île, nommés au tout début, onze dont celui qui a inspiré le personnage du Cigano;

ne manquent que les chants et les musiques accessibles ailleurs tout comme les photographies de Viviane Lièvre

Nous connaissons tous la grande chanteuse du Cap Vert : Cesaria Evora mais Ana Désir, conteuse, chanteuse, danseuse, magicienne, astrologue est d’une autre réalité. C’est une femme de mots, sur papier, née de l’imagination de l’auteur et renaissant dans nos imaginations à nous, chacun en ayant une image en lien avec ses histoires et fantasmes.

Ana Désir est créole, métisse, hybride, sans âge, suscitant désir et respect chez tous (ça c’est fort, des femmes fortes savent faire). Elle est mémoire de l’île, mémoire des habitants. Rien ne peut s’oublier, surtout pas ce qu’on veut cacher. Nous avons droit à un certain nombre d’histoires sous un chapiteau dressé face à l’éruption du Pico, car dans une telle circonstance (les vieux se souviennent de onze éruptions dont celles de 1937, 1951), il faut trouver le courage de faire face.

Les histoires racontées, chantées, dansées par Ana Désir sont donc mémoire mais aussi initiation. Elles éduquent toutes et tous, jeunes et vieux, sèment des graines.

Les habitants ont commis une faute en chassant le Cigano, en le rejetant parce que différent;

s’étant exilé une dizaine d’années, il est revenu, instruit, instituteur mais n’a pas été accepté pour autant.

Amoureux d’Ana Désir, aimé de Céleste, jalousé par Zito, le Cigano décide d’opposer à l’éruption, au fleuve de lave qui descend vers sa maison, un travail d’artiste : il sculpte des personnages dans les blocs de lave ancienne dont une Ana Désir debout.

Dans ce récit, on rencontre des personnages truculents

Jhon-Tchota-de-coco,

le « souvenir » des exploits du mystérieux comte Armand de Montrand qui a osé faire cultiver le nord de Fogo, inaccessible, sur un sol volcanique éminemment fertile même si menacé épisodiquement, partie de l’île qu’il désenclave en faisant construire la volta-volta, une route audacieuse dont le tracé ressemble au M du comte,

Felisberto, le chauffeur du camion ravitailleur, un Bedford de légende,

Principe de Ximeno, un docker devenu maître de la canisade, le carnaval de l’île

et Céleste que le Cigano ne veut pas aimer puisqu’elle est destinée à Zito (ils ne s’affronteront pas) et parce qu’il aime Ana Désir.


L’écriture est superbe sous le signe du Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa, plusieurs fois cité.

Le Cigano est un artiste (son oeuvre sculptée dans la lave ancienne face au fleuve de lave incandescente qui va l’ensevelir est un défi auquel j’ai adhéré)

et un utopiste : il lui arrive alors de rêver d’un monde meilleur, de meilleurs rapports entre les hommes et la terre-mère, de rapports vraiment humains avec tout ce qui vit, de belles amours. Dans ces moments-là, j’ai connu un petit effondrement de l’intérêt. Je n’y croyais pas.

Merci au groupe Horizon qui fut mon 1° imprimeur, aujourd’hui disparu et chez lequel je trouvais plein de livres imprimés, mis à disposition des clients curieux, rares. Je me suis fait pas mal de rayons ainsi.

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Cargo Vie de Pascal de Duve, 1994, Livre de poche

Journal d’un voyage aller-retour Le Havre-Martinique-Guadeloupe à bord d’un bananier, entre le 28 mai et le 22 juin 1992 par Pascal de Duve qui vient d’apprendre qu’il a le sida, qui vient d’être plaqué par le partenaire qui lui a refilé le virus, qui sait qu’il lui reste peu de temps à vivre, bouffé du cerveau par le VIH.

117 pages de journal, non relues, livrées telles qu’écrites, sans remords, au jour le jour, sous des formes très brèves, chaque page abordant très peu de thèmes :

- les assauts physiques et mentaux de la maladie,

- E. le partenaire, un salaud au sens sartrien dit Pascal, décédé un an après son voyage, à 29 ans,

- le Temps-le Mouvement, l’Éternité, la vie immortelle, la VIE, la Beauté du ciel de nuit, l’océan Atlantique dont il sait que s’il le voit lisse aujourd’hui, il sera tempétueux quelques jours après,

- quelques données biographiques (il a 28 ans, il a enseigné la philosophie à Paris, il a voulu devenir prêtre, a travaillé avec soeur Emmanuelle au Caire, s’est converti à l’Islam, est devenu agnostique grâce à Emmanuel Kant, ses parents, sa soeur Sophie),

- quelques moments avec les membres de l’équipage dont le jeune télégraphiste,

- avec les passagers dont Nicole à laquelle il écrit une lettre à ne lire que quand elle quittera par avion Port-au-Prince pour le Vénézuela

Je ne connais pas du tout la littérature dite du sida, Hervé Guibert, Cyril Collard, d’autres, je ne connais pas du tout la littérature homosexuelle.

J’ai lu ce journal avec intérêt parce qu’écrit par une « pointure » de 28 ans (voir l'article de wikipedia ci-dessous), se posant les questions « essentielles existentielles » et émettant des propos particulièrement affirmés avec un bagage philosophique et scientifique conséquent, datant des années 1970, il m’a fait réagir fortement devant le caractère obsolète des dits propos.

30 ans après, il n’est plus possible de parler

- du Temps et du Mouvement comme il le fait. La physique quantique, l’astrophysique, la cosmologie, Etienne Klein, Marcel Conche, Philippe Guillemant sont des points de passage obligés aujourd’hui.

- ni de l’éternité, de la vie immortelle; si on a lu le pouvoir du moment présent d’Eckart Tolle, si on a pratiqué ou tenter de pratiquer, de vivre ne serait-ce que quelques secondes le moment présent, on sent, bien plus qu’on ne sait, que ça se joue dans l’inspir et l’expir.

Et pourtant, page 81, vendredi 12 juin, il écrit :

"La Vie : inspirer, expirer, inspirer, expirer, inspirer (…) EXPIRER"

Il est sensible à la succession des inspir-expir, une suite finie, en mouvement, dans le temps linéaire, du premier inspir au dernier souffle comme il est sensible au constat que naître et mourir c’est toujours la première et la dernière fois.

C'est comme si on était déposé dans un train en marche à une station et débarqué de ce train à une autre station. Métaphore personnelle.

Il est passé tout près d’une autre expérience sensible de la VIE, vibration, information, énergie. Par exemple en enlaçant un chêne, en respirant en cohérence cardiaque, en faisant le vide de pensées quelques secondes (très difficile)

De ce journal dans lequel les mots merci et gratitude ne sont pas employés, je retiens l’attitude d’acceptation de la maladie, « sa » maladie car chaque sidéen sidéré (ce sont ses mots) développe « son » sida ou plutôt le VIH s’installe et se développe de manière unique dans chaque corps de sidéen sidéré. Il accepte cet intrus qui lui fait vivre sa vie de condamné à mourir précocement, de façon plus intense, plus consciente,

le fait être attentif à tout un tas de choses  et de gens auxquels il ne prêtait pas attention avant. Il en arrive à s’exclamer « sida, mon amour ». Rien de victimaire dans ce journal si ce n’est la haine de E. le salaud qui n’a voulu avec lui que le meilleur, indifférent ensuite par la fuite et le silence lâches à son sort de condamné à mort, vivant le plus pleinement possible ce qu’il vit, sans étalage, avec beaucoup de délicatesse, de réserve pour ne pas provoquer de panique à bord, ne pas se faire rejeter.

Lui, 28, sidéen, joueur de mots, de sonorités, amoureux de « sa » maladie, de sa fin de vie, accède à sa façon au pouvoir du moment présent.
Moi, 82 ans, normal sous contrôle médical, plein d'insuffisances (cardiaque, rénale...), je ne me pose plus les questions essentielles existentielles ni ne cherche de réponses, ni n’affirme telle ou telle croyance. Je pense que la naissance est un miracle et un mystère. Je pense que la mort est un mystère et un miracle.

Se taire sur ce dont on dit, dont on sait, dont on sent que c’est indicible.  Passer de la pensée à la sensibilité. Passer du tourniquet mental à 80000 pensées par jour (toujours les mêmes) au vide dans la tête pensante, à la conscience du corps, à la présence au moment présent, à soi (et au monde, accessoirement).

« Quand je danse, je danse, quand je dors, je dors. »

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Une vie française Jean-Paul Dubois

22 Août 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #Emmanuelle Arsan, #FINS DE PARTIES, #histoire, #notes de lecture, #écriture

livre paru en 2004 chez l'Olivier, prix Fémina, un téléfilm en a été tiré en 2011; Jean-Paul Dubois, lauréat du prix Goncourt 2019 pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (L'Olivier)
livre paru en 2004 chez l'Olivier, prix Fémina, un téléfilm en a été tiré en 2011; Jean-Paul Dubois, lauréat du prix Goncourt 2019 pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (L'Olivier)

livre paru en 2004 chez l'Olivier, prix Fémina, un téléfilm en a été tiré en 2011; Jean-Paul Dubois, lauréat du prix Goncourt 2019 pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (L'Olivier)

Une vie française

Jean-Paul Dubois

2004, prix Fémina

 

3 réactions en lisant ce roman

Les 30 premières pages m’énervent. La pré-puberté, la pénétration dans un rôti, l’initiation au sexe, ça ne me parle plus. Le narrateur s’y vautre. Je décide d’arrêter la lecture.

Je pars sur Belles lettres de Julian Rios. Initiation au sexe encore. Le narrateur s’y vautre.
Deux narrateurs adolescents, masculins, mâles.

Eros ne travaille-il que les mâles ?

La littérature est-elle devenue éjaculante ?

Rien à voir, ni avec la littérature érotique à la Emmanuelle Arsan ou à la Pauline Réage (deux femmes) ni avec la littérature pornographique (les lettres de James Joyce me semblent indépassables ou même le monologue de Molly Bloom).

Ce n’est plus la littérature qui excite. Ce sont des vidéos. Et des accessoires. En temps réel.

Le marché des vidéos porno est devenu un marché mondial. Et ça touche aujourd’hui les enfants dès 6 ans.

 

J’ai décidé de reprendre la lecture du roman. Et au fur et à mesure de ma lecture, j’ai été pris. Embarqué par un narrateur, d’abord répulsif, qui le reste longtemps, ne devient jamais sympathique mais devient attachant, touchant, tellement ce qui lui tombe sur la gueule est énorme et tellement il s’en branle.

« Les nouvelles, bonnes ou mauvaises, surviendraient quand elles le voudraient. J’avais pris l’habitude de laisser les événements se glisser dans les courants d’aire et le bruit des portes qui claquent. »

Dès la 3° page, le narrateur se présente, Paul Blich, 54 ans. Il commence son récit avec l’annonce de la mort de son frère aîné. Il a 8 ans, son frère Vincent 10. On est en 1958. La V° république vient de naître par référendum. La télévision est déjà un outil de propagande.

Paul Blich raconte donc sa vie, de ses 8 ans à ses 54 ans.

Singularité. Sa vie se déroule sous des chapeaux

  • Charles de Gaulle (18 janvier 1958-28 avril 1969)
  • Alain Poher (premier intérim, 28 avril 1969-19 juin 1969)
  • Georges Pompidou (20 juin 1969-2 avril 1974)
  • Alain Poher (deuxième intérim, 2 avril 1974-27 mai 1974)
  • Valéry Giscard d’Estaing (27 mai 1974-21 mai 1981)
  • François Mitterrand (1) (21 mai 1981-7 mai 1988)
  • François Miterrand (2) (8 mai 1988-17 mai 1995)
  • Jacques Chirac (1) (17 mai 1995-5 mai 2002)
  • Jacques Chirac (2) (5 mai 2002-?)

Sous les chapeaux des 5 premiers présidents de la V° République.

Paul Blick a 18 ans en 1968. Il obtient son bac dans les conditions que l’on sait. Entreprend des études de sociologie à la nouvelle université du Mirail à Toulouse, études se déroulant dans les conditions que l’on sait, le temps que les mandarins reprennent le pouvoir. 5 ans faisant de lui un gauchiste sans trop de convictions (il est contre le mariage mais finit par se marier sous la pression de sa belle-famille) mais suffisamment pour ne jamais voter.

Donc le regard de Paul Blick sur les chapeaux et les souliers des présidents, sur les événements survenant pendant leurs mandats n’est pas particulièrement complaisant. Regard désillusionné, lucide. Rien à attendre sinon le pire de « l’impolitique absolue, de l’adémocratie flamboyante ».

Le roman étant paru en 2004, on a échappé à Sarkozy, à Hollande, à Macron. S’il en écrit un allant de ses 54 ans à ses 80 ans, à quel roman aura-t-on droit ?

Mais ces 3 là valaient le détour. Le bon peuple de France a été servi. Et ça va continuer avec en embuscade, le RN.
La vie sous 5 présidents est racontée par un narrateur de 54 ans mais qui bien sûr n’a pas les mêmes souvenirs sous de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac.

De Gaulle ne l’a guère marqué. Il l’a détesté. Omniprésent à la radio et à la première télévision.

Pompidou était banquier. Pas de quoi rêver.

Giscard et son accordéon, ça sonnait faux.

Mitterrand est celui que sa mère admire, lui, non.

Mitterrand c’est pour son premier septennat 1700 discours en public, 154 déplacements à l’étranger, 60 visites officielles dans 55 pays, 70 voyages d’une journée, 18 conseils européens et 6 sommets.

Devenu célèbre et riche grâce à deux livres de photographies Arbres de France (dont il accepte de faire la promotion), Arbres du Monde (dont il laisse l’éditeur s’occuper sur la dynamique du premier), il se voit proposer par le président un projet de photos le président et ses arbres préférés, à Paris, dans le Morvan, à Latché dans des Landes.

Et Paul de refuser. - Pourquoi ? - Je ne photographie jamais les humains. Mitterrand raccroche au nez de Paul.

À 54 ans, Paul a connu une célébrité éphémère, une richesse inattendue éphémère.

La mort accidentelle de sa femme Anna dans un crash de Jodel sur les contreforts de la Montagne Noire, piloté par l’avocat de la pègre toulousaine alors qu’elle lui a dit aller en voiture à Barcelone pour négocier la délocalisation de son entreprise de piscines et jacuzis Atoll, employant plus de 100 personnes lui fait découvrir la duplicité, les mensonges de la mère de ses enfants qu’il a élevé petits comme homme au foyer, lui fait découvrir aussi qu’il doit laisser « toutes les questions curieuses mais inutiles se dissoudre une à une dans la poussière du temps. »

Riche, il rembourse les dettes de l’entreprise d’Anna, se retrouve ruiné, refuse toute  proposition de reconversion et devient jardinier.

Une des caractéristiques de l’écriture est que le Je du narrateur est souvent distancié par le on ou le nous. Parlant de sa belle-mère il écrit « celle qui donnait l’image d’une femme émancipée, épanouie, à l’humeur libérale, que l’on sentait capable de séduire, d’aimer et ne se cachant pas de goûter à tous les plaisirs de la vie. »

Cette pratique a l’intérêt de révéler ce qu’il y a de commun à la plupart des gens, formatés par leur milieu, l’époque, l’air du temps pour donc cesser de croire à l’unicité de notre destin.

Jean-Paul Dubois, s’ił vit encore, a 73 ans. Son personnage Paul Blick a 73 ans. Ce gauchiste de circonstance comme enfant de 68 a beaucoup de lucidité, un art d’accepter ce qui lui arrive, de laisser le temps dissoudre les bonnes et les mauvaises nouvelles, les politiques  du mal présentées comme axe du Bien (voir comment il résume la politique américaine à propos de la guerre du Golfe déclenchée le 17 janvier 1991 : « je regardais comment l’Amérique s’y prenait pour embobiner le monde. Altération de la réalité. Malversations sémantiques. Falsification de causes. Amplification des effets. Témoignages truqués. Contrefaçon des preuves. Détournement des buts. Déguisement de la souffrance. Dissimulation des morts.  Ces gens d’Outre-Atlantique incarnaient la forme civilisée de la barbarie. Manipulateurs de conscience, exterminateurs de pensée, inséminateurs d’idées prédatrices… »), les catastrophes (celle d’AZF à Toulouse, 10 jours après le 11 septembre 2001).

Salman Rushie qui a droit à un passage, dirait de Paul Blick que c’est un quiétiste, que ce quiétisme que Rushdie reproche à Orwell dans Patries imaginaires, est le signe d’un regard d’impuissance sur la réalité. Ne pouvant, ne voulant, croyant ne pas pouvoir modifier la réalité, on l’accepte et ce faisant, on est complice, collaborateur du système, producteur de cette réalité. On est dans le ventre de la baleine selon le titre d’Orwell.

Gauchiste quiétiste, petit-bourgeois par son mode de vie, Paul Blick vit au jour le jour, s’adaptant à ce qui lui arrive, à ce qui nous arrive.

Sa passion photographique pour les arbres sans les humains aurait pu lui ouvrir une autre voie.

Comme sa passion inaboutie pour les insectes.

A photographier les uns et les autres, il apprend et nous fait connaître des lexiques très précis, des univers vivants, autrement vivants, sans les humains.

L’autre voie serait-ce la disparition des prédateurs humains par les super-prédateurs malsains que nous portons aux commandes ?

Annoncée par une littérature des décombres ou des ruines comme celle que l’Allemagne d’après-guerre a vu émerger avec Günter Grass ou Wolfgang Borchert.

Une autre voie peut-être : comprendre que la réalité est d’abord en nous, que tous les contraires, monstres et autres chimères, anges et bêtes, mâles et femelles, sexe et mort, solitude et tropisme du troupeau existent d’abord comme pulsions, énergies avant de s’incarner. Donc travailler sur certaines de ces pulsions, réussir à les contenir.

Mon expérience récente est la transformation réussie d’un sentiment d’amour archaïque (voulant l’amour en retour) en un sentiment d’amitié, sans attente. Ce qui n’a pu être transformé, c’est le désir sexuel. Et je ne cherche pas à l’annihiler. Je suis vivant. Selon Bataille, « de l'érotisme, il est possible de dire qu'il est l'affirmation de la vie jusque dans la mort. »

Une vie française Jean-Paul Dubois
Une vie française Jean-Paul Dubois
Une vie française Jean-Paul Dubois
Une vie française Jean-Paul Dubois

tu parles avec des voisins de ta lecture de Rezvani traitant de la Bible dans Vers les confins

l'un d'eux te sort un titre : La Bible arrachée aux sables, Werner Keller, 1956, 604 pages, plus de 20 millions d'exemplaires et toi, tu n'en as jamais entendu parler; faut dire que la Bible, ce n'est pas ce que tu cherches spécialement à lire. Le catéchisme t'a suffi

un autre te sort un énorme journal, Zilbadone de Giacomo Leopardi, 2003, 2398 pages, l'auteur de L'éloge des oiseaux

pendant que tu  écoutes ces lecteurs, le grand âne de Jérôme passe et repasse, à pas lents, obligeant les voitures à ralentir ou s'arrêter, il vient humer le marc de café que tu as mis dans les deux oliviers en pot devant ta porte

après Rezvani, que lire ?

tu choisis Mémoire de mes putains tristes, 2005, Gabriel Garcia Marquez, 209 pages

réécriture de Belles Endormies de Yasunari Kawabata.

et sorti en prévision, deux Salman Rushdie : Patries imaginaires, Les enfants de minuit, L'ombre du vent de  Carlos Ruiz Zafón et deux romans de Julián Ríos : Belles Lettres et Album Babel

 

de Mémoire de mes putains tristes de Gabriel Garcia Marquez, je retiens ces citations :

Dès lors, je n’ai plus compté en années mais en décennies. Celle de la cinquantaine a été décisive, parce que j’avais pris cons­cience que presque tout le monde était plus jeune que moi. Celle de la soixantaine la plus intense, car j’avais cru ne plus pouvoir me permettre de faire des erreurs. Celle de soixante-dix à quatre-vingts a été terrible, car elle aurait pu être la dernière. Cepen­dant, quand je me suis réveillé en vie le matin de mes quatre-vingt-dix ans dans le lit heureux de Delgadina, il m’est apparu que la vie ne s’écoulait pas comme le fleuve tumultueux d’Héraclite mais qu’elle m’of­frait l’occasion unique de me retourner sur le gril et de continuer à rôtir de l’autre côté pendant encore quatre-vingt-dix années.

....................

Grâce à elle, j'ai affronté pour la première fois mon être véritable, tandis que s'écoulait ma quatre-vingt-dixième année. J'ai découvert que mon besoin obsessionnel de savoir que chaque chose est à sa place, chaque affaire traitée en son temps, chaque mot conforme à un style, n'était pas la juste récompense d'un esprit méthodique mais au contraire un système de simulation inventé pour cacher mon naturel désordonné. J'ai découvert que ma discipline nest pas une vertu mais une réaction contre ma négligence ; que ma générosité apparente cache ma mesquinerie, que je suis trop prudent parce que je suis mal-pensant, conciliateur pour ne pas succomber à mes colères rentrées, ponctuel pour qu'on ne sache pas à quel point le temps des autres m'est indifférent. Enfin, j'ai découvert que l'amour n'est pas une inclination de l'âme, mais un signe du zodiaque.

......................................

C'était enfin la vraie vie, mon coeur était sauf et j'étais condamné à mourir d'amour au terme d'une agonie de plaisir un jour quelconque après ma centième année

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JCG : en lisant ce Mémoire, j'ai regardé ma vie actuelle et je l'ai aimée encore plus, d'autres façons, amoureux de l'amour, du désir d'une chair; peut-on ainsi accoler ces deux mots : amour et désir ? cela dépend de chacun sans doute.

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et ce propos

Je ne laisserai pas entrer le vieux !

C'est la réponse admirée et non génétique que Clint Eastwood a donné au chanteur country Toby Keith, quand on lui a demandé quel était son secret pour rester actif et brillant à son âge.

Quand je me lève tous les jours je ne laisse pas entrer le vieux. Mon secret est le même depuis 1959 : occupez-vous. Je ne laisse jamais le vieil homme entrer dans la maison. J'ai dû le traîner dehors parce que le gars était déjà confortablement installé, me donnant des coups de pied constamment, ne laissant aucune place à autre chose que la nostalgie. Tu dois rester actif, vivant, heureux, fort, capable.

C'est en nous, dans notre intelligence, attitude et mentalité. Nous sommes jeunes avec l'indépendance. Il faut apprendre à se battre pour ne pas laisser entrer le "vieux. "Ce vieux qui nous attend, debout fatigué au bord de la route pour nous décourager. Je ne laisse pas entrer le vieil esprit, le critique, l'hostile, les jaloux, l'être qui persécute notre passé nous lier avec des plaintes et des angoisses lointaines, des traumatismes revus ou des vagues de douleur. Il faut tourner le dos au vieux bavardage, plein de colère et de plaintes, sans courage, qui se renie que la vieillesse peut être créative, déterminée, pleine de lumière et de protection. Vieillir peut être agréable, et même amusant, si vous savez utiliser le temps, si vous êtes satisfait de ce que vous avez réalisé et si vous continuez à avoir l'illusion, ajoute Clint Eastwood, une légende qui a dix nominations aux Oscars, dont il a gagné quatre statues. Tous après avoir dépassé le seuil des soixante. Ça s'appelle "ne pas laisser le vieil homme entrer dans la maison. "Ces mots ont frappé le chanteur country Toby Keith si profondément qu'il l'a inspiré à écrire la chanson « Don't Let the Old Man in " (Ne laissez pas entrer le vieil homme), dédié au légendaire acteur.

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https://youtu.be/yc5AWImplfE

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après Mémoire de mes putains tristes, de G G Marquez

Patries imaginaires de Salman Rushdie, chroniques, essais, discours des années 1980-1990 soit il y a presque 40 ans, articles écrits avant la fatwa de Khomeini du 14 février (Saint-Valentin) 1989 le condamnant à mort, et ayant engendré l'attentat du 12 août 2022...

articles  qu'on peut lire dans le désordre;

un régal;

Rushdie est engagé, engagé comme écrivain, il se pense comme un écrivain de gauche, (laïque, pour la démocratie, le cosmopolitisme, les multitudes, contre le communalisme) créant, imaginant des univers dont thèmes, langues entrent en conflit avec les récits monolithiques politiques, religieux, historiques. Ses notes critiques sur pas mal d'écrivains sont passionnantes

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dans la foulée, j'ai pillé dans Les enfants de minuit, 1980;

les enfants de minuit, c'est le roman échevelé des 1001 enfants nés à minuit, le 15 août 1947, nuit de l'indépendance de l'Inde;

33 bocaux de chutney = 33 chapitres

ça commence par le nez du grand-père dont Salman a hérité, truffe très vivante quand on le regarde lors d'un entretien;

avec ce 1° roman, récompensé, Rushdie a usé de la voie du réalisme magique et comme Marquez cite Machado de Assis (1839-1908)

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https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alisme_magique

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Joaquim_Maria_Machado_de_Assis

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il a su prendre son pif d'éléphant comme objet littéraire (Cyrano aussi mais c'est moins drôle) avec un feu d'artifice langagier  qui ne se dément pas de tout le livre puisque c'est le pif qui guide aussi la fabrication des chutneys comme c'est le pif qui sert parfois à choisir

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après Salman Rushdie sur lequel je reviendrai, je suis passé à

Une vie française, de Jean-Paul Dubois, 2004, prix Fémina

et à Belles Lettres, de Juan Rios, 1996

j'ai failli abandonner Une vie française

et en me rendant compte avec Belles lettres (26 lettres de A à Z, 26 rencontres de partenaires sexuelles, d'Albertine à Zazie) que ces deux romans évoquaient l'initiation sexuelle de deux adolescents devenant hommes, j'ai repris Une vie française, sachant que sans doute j'abandonnerai en cours de lecture, tellement l'inscription de ces frasques dans la fresque historique allant de De Gaulle à Mitterrand et Chirac est superficielle

n'étant plus depuis longtemps ado  boutonneux, turgescent, en proie aux pulsions vives, j'ai du mal avec les descriptions faites par ces deux écrivains

je n'ai pas une impression de littérature même si ça me semble plus subtil, plus élaboré chez Juan Rios

tout se passe à Londres ou dans la proximité et le monde est secoué de catastrophes, d'accidents mortels et de ruptures;

chez Dubois, tout se passe à Toulouse et dans les environs et là aussi il y a des catastrophes, des accidents mortels

bref, je n'ai pas trouvé à dialoguer pour le moment avec ces deux romans

à la différence de ce que j'ai vécu avec Garcia Marquez et avec Salman Rushie qui m'a fait découvrir le poète Raymond Carver

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résumé d'un lecteur sur babelio

Paul Blick a huit ans lorsque son frère meurt brutalement, le jour où la France entérine la Ve République. De Charles de Gaulle à Jacques Chirac, des premiers baisers aux premiers cheveux blancs, Blick hésite entre désir et révolte, confort bourgeois et recherche d’un absolu désillusionné. Cette vie française, à laquelle chacun peut s’identifier, est inscrite dans une Histoire en marche et subit le monde autant qu’elle le construit.

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résumé de l'éditeur

Petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, Paul Blick est d'abord un enfant de la Ve République. L'histoire de sa vie se confond avec celle d'une France qui crut à de Gaulle après 58 et à Pompidou après 68, s'offrit à Giscard avant de porter Mitterrand au pouvoir, pour se jeter finalement dans les bras de Chirac.

Et Paul, dans tout ça ? Après avoir découvert, comme il se doit, les joies de la différence dans le lit d'une petite Anglaise, il fait de vagues études, devient journaliste sportif et épouse Anna, la fille de son patron. Brillante chef d'entreprise, adepte d'Adam Smith et de la croissance à deux chiffres, celle-ci lui abandonne le terrain domestique. Devenu papa poule, Paul n'en mène pas moins une vie érotique aussi intense que secrète et se passionne pour les arbres, qu'il sait photographier comme personne.

Une vraie série noire – krach boursier, faillite, accident mortel, folie – se chargera d'apporter à cette comédie française un dénouement digne d'une tragédie antique. Jardinier mélancolique, Paul Blick prend discrètement congé, entre son petit-fils bien-aimé et sa fille schizophrène.

Si l'on retrouve ici la plupart des " fondamentaux " de Jean-Paul Dubois – dentistes sadiques, femmes dominatrices, mésalliances et trahisons conjugales, sans parler des indispensables tondeuses à gazon –, on y découvre une construction romanesque dont l'ampleur tranche avec le laconisme de ses autres livres. Cet admirateur de Philip Roth et de John Updike est de retour avec ce roman dont le souffle n'a rien à envier aux grandes sagas familiales, dans une traversée du siècle menée au pas de charge.

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ma lecture en cours (2/3)

finalement, hier, j'ai décidé de poursuivre la lecture de Une vie française

les descriptions érotiques, réelles ou fantasmées, pullulent, descriptions peu répétitives comme cela est souvent le cas dans ce genre de récits / Paul Blick sait raconter sa vie sexuelle, variée en partenaires souvent très actives, inventives, soucieuses de leur plaisir; le lexique est riche: on est presque dans un registre orgasmicosmique

et surprise, Paul Blick, personnage dont l'auteur ne souhaite pas qu'on l'apprécie (c'est un personnage répulsif, pour moi) finit par nous surprendre :

il devient homme au foyer, s'occupant de ses deux enfants, Vincent et Marie

puis photographe célèbre d'un livre fabuleux Arbres de France,

en préparation Arbres du Monde

ce roman étant paru en 2004, on comprend qu'il est écrit avec les préoccupations écologiques des années 2000 et pas seulement celles des années 1958-1995

les pages sur les arbres sont magnifiques : Paul Blick qui a toujours préféré photographier l'immobilité nous en révèle la profondeur, le mystère, loin des vaines agitations humaines

on comprend le refus de ce gauchiste de 1968 de ne jamais voter, de traiter de façon aussi superficielle des hommes politiques et des événements : aucun n'est grand, tous sont des caricatures

on se rend compte qu'en 2023, les travers ont empiré, que les problèmes sont les mêmes; sècheresse de 1974 avec rationnement de l'eau et dégâts considérables (les feux ne sont pas présents)

quand on a vécu cette période, on se souvient de l'exécution par guillotine de Christian Ranucci, le 28 juillet 1976 à Marseille (d'Estaing refusant toute intervention et grâce présidentielle), de celle de Mesrine, le 2 novembre 1979, Porte de Clignancourt, de l'affaire Greenpeace (L'affaire du Rainbow Warrior désigne le sabotage du navire amiral de l'organisation écologiste Greenpeace, le Rainbow Warrior, par les services secrets français le 10 juillet 1985)

bref, j'irai au bout de ce roman qui  m'a hérissé et excité

les registres lexicaux sont variés, riches , chantournés (dictionnaire à portée de main)

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"Durant ces longues attentes je me disais que ces arbres devaient avoir, quelque part, une mémoire, sans doute bien différente de la nôtre, mais capable d'enregistrer l'histoire de leur pré, les fréquences bavardes des villes lointaines. Il ne faisait pour moi aucun doute qu'ils possédaient aussi une intelligence du monde tout aussi subtile que celle dont nous nous prévalons. Comme nous, ils avaient pour mission de construire leur destinée à partir de rien, d'un hasard et d'une nécessité combinés, d'une simple graine transportée par le vent ou un oiseau, et ensuite de s'accommoder du sel de la terre et des eaux de la pluie.

[...] Réfléchir au pied des arbres ne me valait rien de bon. A les fréquenter avec assiduité, à presque parler leur langage, je songeais que, désormais, j'aurais les plus grandes difficultés à photographier des humains" (pp. 227-228).

lectures en cours
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ça y est; je sens la rentrée

- derniers jours et dernières soirées pour la fetite pille (15 ans)

- éléments pour la soirée du 29 septembre à 19 H 30 aux Comoni :

Jean-Claude Grosse et ses livres d’éternité ! Une traversée dans l’œuvre de JCG-Vita Nova

Conception et choix des textes : Dominique Lardenois Interprétation : Katia Ponomareva et Dominique Lardenois

- éléments concernant Jean-Loup Fontaine,

-- du 1 au 18 septembre à la maison du Grand Cerf à Ronchin

-- du 15 au 30 septembre à la médiathèque de Loos en Gohelle

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après Une vie française, j'ai sorti de ma bibliothèque de corps ça vit

- les cent plus beaux poèmes du monde, choix d'Alain Bosquet (qui s'en souvient ?)

- Poèmes de tous les jours (100 haïkus), collection Unesco

je tenterai de répondre à une question posée sur la page d'Annie Bergou par Angélique Ionatos

y a-t-il de la place pour les poètes ?

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- au plus près, entretiens avec Philippe Djian

voilà un auteur qui se moque de son écho dans le milieu institutionnel littéraire et qui est sans doute un des écrivains majeurs des 40 dernières années

- Ana Désir de Jean-Yves Loude

- La jouissance et l'extase de Françoise Rey, consacré à la rencontre entre Henry Miller et Anaïs Nin entre 1933 et 1934

Une vie française Jean-Paul Dubois
Une vie française Jean-Paul Dubois

Salle Pétrarque, Maison des Comoni ,Le Revest-les-Eaux

Vendredi 29 septembre 2023

19 H 30 (Entrée libre)        

Les Cahiers de l’Égaré

Les 4 Saisons du Revest et d’ailleurs 

La Municipalité du Revest-les-Eaux                                                                     En partenariat et avec le soutien de TPM et du Pôle 

Présentent

 

Jean-Claude Grosse  et ses livres d’éternité !                                         Une traversée dans l’œuvre de JCG-Vita Nova                                                          Conception et choix des textes : Dominique Lardenois                                   Interprétation : Katia Ponomareva et  Dominique Lardenois

Jean- Claude Grosse, le Festival de théâtre du Revest, la Maison des Comoni, tiennent une place essentielle dans mon parcours théâtral.

Après la publication  en 2021 de Et ton livre d’éternité ?, j’ai proposé à Jean-Claude de puiser dans l’ensemble de ses œuvres (Théâtre, poésie, essais, critiques dramatiques et littéraires, prise de position…) pour une lecture publique à réaliser à la Maison des Comoni.

Son acceptation est une marque de confiance et je l’en remercie vivement.
D’autant qu’il ne souhaite pas intervenir dans mes choix. Comme il s’intéresse à tout, se passionne pour tout et que sa pensée est toujours en mouvement,  la tâche est ardue mais exaltante.

Nous aurons donc à cœur de faire entendre toutes les facettes de la pensée et des écritures de Jean-Claude Grosse.

Je tiens enfin à remercier la municipalité du Revest-les-Eaux partenaire de cette soirée.                                                                                                                                              
Bienvenue à toutes et tous.

Dominique Lardenois

 

Echanges avec le public à l’issue de la représentation ?

vente à prix réduit de Cahiers de l’Égaré

Verres de l’amitié

 

 

 

JEAN-CLAUDE GROSSE

1983-2023 : 40 ans d'activités artistiques au Revest- les-Eaux

1988-2023 : 35 ans d'activité éditoriale

 

Bibliographie :

Le Libre jeu – Théâtre- (1997)

La Vie en jeu – Théâtre-  (1997)

La parole éprouvée – Poèmes (2000)

Le corps qui parle (Trois femmes)- (2001)

Pour une école du gai savoir –Essais- (2004)

Le fils du Baïkal coécrit avec Daria Kosacheva (2010)

Les Enfants du Baïkal (2010)

L’Île aux mouettes (2012)

L’Eternité d’une seconde Bleu Giotto (2014)

Là où ça prend fin (2014)

Histoire de places-Théâtre (2016)

Et ton livre d’éternité ? (2022)

Texte écrit sous le nom de E. Say Salé

Moi, Avide 1er, l’Elu et EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises (2016)

Vols de voix Farce pestilentielle à l’occasion de la présidentielle (2017)

Aux éditions les Promeneurs Solitaires

Journal d’un Egaré – textes écrits à différentes époques  (2018)

Lire la suite

Vers les confins / Rezvani

14 Août 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #Emmanuelle Arsan, #FINS DE PARTIES, #SEL, #agoras, #histoire, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #voyages, #écriture

Rezvani retour en Avignon, Serge Rezvani en Avignon avec France Culture, le 14 juillet dans les jardins du Musée Calvet
Rezvani retour en Avignon, Serge Rezvani en Avignon avec France Culture, le 14 juillet dans les jardins du Musée Calvet

Rezvani retour en Avignon, Serge Rezvani en Avignon avec France Culture, le 14 juillet dans les jardins du Musée Calvet

édition 1992, dédicacée suite à la visite à La Béate, le 2 août 2001, lue en 2012
édition 1992, dédicacée suite à la visite à La Béate, le 2 août 2001, lue en 2012

édition 1992, dédicacée suite à la visite à La Béate, le 2 août 2001, lue en 2012

La Traversée des Monts Noirs

supplément au Rêve de d'Alembert

de Serge Rezvani

(Belles Lettres 2012)

 

voilà un roman d'une densité telle qu'il faut une grande attention et concentration pour ne pas s'égarer, lu dans l’édition de 1992 chez Stock, disponible en 2012 aux Belles Lettres

un roman dialogué ou plutôt monologué par des personnages divers qui parfois se coupent, se contredisent, s'affrontent, se comprennent, partagent mais l'essentiel est ce qu'ils assènent à coups d'arguments affutés sur des sujets divers qui leur tiennent à coeur ou sur leurs sentiments, leurs relations ; rien de superficiel dans ces échanges et ces confidences ; on admet sans méfiance particulière malgré les mises en garde sur un tel ou un tel qu’il s’agit d’une mise à nu sincère des différents protagonistes d’une histoire d’amours sur fond d’une histoire de dominations et de migrations ; on est amené à les croire même si les versions sont multiples, les subjectivités étant en jeu

ces monologues-dialogues ont pour témoin un Français qui ne dit pas un mot de tout le roman mais nous décrit en didascalies les péripéties, déplacements, arrêts, les lieux, les moments ; lui se déplace assez peu, le train, le planétarium ; les confidents ne cessent d'être en différents points du globe (en monologues) mais principalement Pologne, Russie, Israël ; ces confidents l'ont adopté pour la raison qu'ils croient qu'il ne comprend pas le russe ; ils parlent devant lui, le prenant à témoin (donc nous, lecteurs), lui parlant parfois en français, parfois en anglais, ne lui demandant jamais son avis ; cette avalanche de discours en 3 langues est paradoxalement écrite dans une seule langue, la française ce qui rend d'autant plus savoureux les remarques de nature linguistique sur le russe mais aussi le français : noirs = rions ou autre palyndrome : roc cornu pour parler des Monts Noirs

les personnages sont essentiellement des scientifiques, la majorité d'origine juive ; il y a une femme, la dernière juive polonaise, fauvette, hantée par le cimetière de ses ancêtres de la « juiverie » impossible à retrouver sauf peut-être sous un roncier qu’elle fait brûler pour ramener les cendres en Israël, l'homme des fauvettes dit le professeur, Sterne, le dernier descendant polonais des comtes pendeurs qui ont parqué si longtemps en bas de leur château la « juiverie », un jeune mathématicien, Math, un vieil entomologiste, un neuro-ornithologue et un arpenteur sans arpents, sans doute palestinien ; n'apparaît jamais mais est évoqué, un enquêteur des lointains districts qui enquête sur des crimes très archaïques

ces scientifiques sont des virtuoses de la logique et quand on dit d'une logique qu'elle est diabolique, on en a l'illustration à longueur de pages avec une insistance à donner le tournis car chacun insiste, reprend, ressasse ; sont-ils pris au piège de la raison, du raisonnement ? sont-ils pris au piège de l'expérimentation aussi ? Car fauvette, le professeur, l'entomologiste, Math, Sterne, le neurologue dit le docteur sont des expérimentateurs et observateurs d'espèces de toutes sortes, oiseaux, insectes, mais aussi de leurs comportements pris dans l’engrenage de l’histoire perpétuelle de la domination (comment se comporte un dominant ? comment se comporte une dominée ? qu’en est-il du dominé quand il se transforme en dominant ?)

je suis incapable de dire si ce qui est raconté sur le plan scientifique (et qui est sidérant souvent) repose sur la réalité ou si l'auteur nous mène en bateau ; en tout cas, pour moi, cet univers de scientifiques est un univers de malades, ils ont la maladie des symposiums où tout est vide avec sérieux, ils ont la maladie de savoir et cela les rend extrêmement manipulateurs, tortionnaires justifiés aussi ; les scientifiques ne sortent pas grandis de ce roman (à part l’étonnement qu’on peut avoir devant leurs découvertes) d'autant que les échappées métaphysiques déduites de ces expérimentations se ramènent à peu de choses ; tout est dans l'inné, mécaniquement reproduit d'où l'immobilité sous l'apparence du mouvement, ça revient toujours, ça revient toujours au même, palingénésie

ce roman, sans doute bien documenté scientifiquement, date de 1992 ; 20 ans, cela suffit à le rendre en partie obsolète de ce point de vue ; les découvertes des dernières années en cosmologie mettent à mal la stabilité et même le chaos n'est plus le meilleur moyen de rendre compte de ce qui se passe et qui est dans ce que l'on pourrait appeler la créativité de la Nature pour un métaphysicien et les étonnants pouvoirs du vide quantique pour un cosmologiste ; les univers naissent du vide quantique, se déploient, vieillissent, meurent, redeviennent vide quantique pendant qu'ailleurs de nouveaux univers surgissent ; les considérations sur la matière noire ne sont plus aussi pertinents ; avec la métaphysique naturaliste de Marcel Conche, on aurait un roman moins noir ; la nature des Monts Noirs est chaotique, effrayante, elle est métaphorisée comme les autres lieux, la Pologne du dégel, de la boue, le désert israélien ; cette nature hostile, à traverser, où séjourner, est propice aux désirs d’envol, de départ des oiseaux migrateurs comme des éternels migrants, sans arpents, propice aussi aux nostalgies de retour des mêmes oiseaux, des mêmes migrants ; les scientifiques, fauvette en tête, agissent sur l’inné des oiseaux avec leur planétarium au ciel mobile faisant croire aux fauvettes qu’elles ont voyagé jusqu’en Israël et voici qu’une fauvette pond dans les Monts Noirs croyant être en Israël ; la duperie a fonctionné, la simulation du voyage immobile puisque seul le dôme a tourné ; que peut-on prouver ainsi ? que veut-on prouver ainsi ? à moins qu’il ne s’agisse d’humour avec de gros moyens financiers tout de même (noirs = rions); à moins qu'il ne s'agisse d'appliquer ces déductions d'observations aux hommes  aussi ?

là où ce roman apporte beaucoup c'est sur la relation dominant-dominé, sur la dangerosité ou non de la symétrie (rendre à l'autre ce qu'il nous donne, lui reprendre ce qu'il s'est indûment approprié) ; les pages sur le crime de Sterne, écrasant un enfant palestinien de l’intifada avec ses pierres et son cocktail molotov, crime transformé en accident par Israël, crime insupportable pour fauvette qui était dans la voiture au moment des faits … montrent la complexité de la situation en Palestine avec les jeunes en guerre (sous chaque pierre, un couteau), en Israël avec les anciens comme l’entomologiste, venus de nulle part, les sans arpents de toujours et les jeunes comme Math, nés là, faisant des palestiniens les nouveaux sans arpents

évidemment, fauvette, la dernière juive de Pologne, travaillant dans les Monts Noirs, traquée avec son consentement par le dernier comte pendeur est le nœud du roman ; quatre hommes comme pour les fauvettes, quatre mâles pour une femelle, quatre hommes donc tournent autour d'elle qui va de l'un à l'autre sauf le professeur, pour finalement préférer le frère déclaré de l'enfant tué ; le roman se termine sans doute sur la mort de Sterne, tué par l'arpenteur, qui avait annoncé à Sterne que ça finirait par son assassinat, symétrie !

tout ce qui concerne ce crime de l’enfant et d’autres crimes similaires (celui d’un enfant juif poignardé par un enfant palestinien lequel est immédiatement lynché par les israéliens), avec références à l’actualité (propos d’un premier ministre nommant « animaux bipèdes » les enragés palestiniens, propos d’un Nobel de la paix israélien, propos de Leibowitz), révèle l’implication de Rezvani qui à travers les points de vue de ses personnages et leurs attitudes (fauvette va jusqu’au village de l’enfant écrasé au prix de sa vie) semble ne pas croire à une solution de paix possible. 20 ans après, ce qu'écrit Rezvani n'est pas obsolète. On en est au même point, pire peut-être, effets ravageurs de la symétrie ! Ce pessimisme (cette lucidité) me semble en lien avec la métaphysique sous-jacente aux développements scientifiques comme à la fin, celui consacré aux affinités répulsives, qu’on retrouve dans Isola Piccola :

« Mais savez-vous que c'est par une infinie répulsion que se tient en place l'univers ? En mathématique comme en chimie ou en physique l'élément d'affinité répulsive sert en quelque sorte de liant. Les affinités répulsives fondent la chimie, la biochimie, la physique nucléaire... et aussi le sexe ! L'univers ne tient ensemble que par le jeu des affinités répulsives. Nous-mêmes ne sommes que des charges électriques dont les phases ne cessent de s'inverser. Cette électricité déphasée, ces pertes et ces retours de tension font de l'univers une curiosité. Sans la folie des flux électriques répulsifs, l'univers ne serait pas cette curiosité qui maintient nos propres flux électriques en éveil. Nous crèverions d'ennui si nous n'étions non seulement plongés dans le chaos mais nous-mêmes chaos. Aucun de nous n'éprouve envers l'Autre ce qu'on nomme naïvement du sentiment... ou si vous préférez une affinité stable. » Isola Piccola

Évidemment, cette dernière affirmation est contredite par les 50 ans d'amour de Rezvani pour Lula et réciproquement et par l'Ultime amour

 

Jean-Claude Grosse, le 16 avril 2012

édition 2014, lue en août 2023

édition 2014, lue en août 2023

Fin d'après-midi et soirée du 8 août, je décide de me plonger dans Vers les confins de Serge Rezvani, dont j'ai lu La traversée des Monts noirs. Énorme et agréable surprise.
Ce roman foisonnant correspond à ce sur quoi je travaille en rendant compte de mes lectures de revues. Humour ravageur, dommage que je sois seul, je ne peux partager mes rires. Roman dont j'ai déjà lu un tiers. les livres I et II sur 4 livres. Après reprise du dernier chapitre de La traversée des Monts noirs, et deux jours et une nuit dans le tunnel passant dans les Monts noirs, on prend un convoi de camions militaires en route pour les Confins, désert sans fin où vivent les Esséniens, les descendants de la Bible d'avant sa défiguration par le Nouveau Testament.
Si avec la revue Front populaire, ça déboulonne, avec ce roman, on atteint l'apothéose des déboulonnages, où Spartacus précède de 70 ans, le Christ, où la doctoresse et la mathématicienne sont les seules femmes du voyage d'élucidation des crimes commis dans les Confins, les autres personnages s'appelant l'ami français, l'enquêteur du district, le criminologue, le chercheur en philosophies oubliés, où la philosophe du deuxième sexe n'est pas nommée mais déconstruite... Bref, un régal.
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deux extraits par la doctoresse, Déborah
« – Oui, je veux dire que la Vie est sans pensée, elle ! Sans programme, elle ! Que la Vie va s’épanouir là où se trouvent dans la Nature des interstices qui lui sont favorables. Elle s’improvise Vie ! Sans savoir qu’elle est Vie ! Voyez l’Australie. À peine s’était-elle détachée des autres continents qu’en quelques millions d’années elle invente les marsupiaux. N’est-ce pas sublime d’imaginer, avec notre étrange cerveau spécifiquement humain, que l’Univers se peuple à l’infini d’une Vie aveugle, sans conscience et à la fois de la même violence inventive que le Feu, lui aussi aveugle et sans conscience, des Mondes en fusion ? Que la Vie et le Feu cohabitent à l’infini dans l’Univers comme cohabitent Vie et Mort ? N’a-t-on pas découvert dans les abysses des mers les plus profondes – là où les feux telluriques jaillis du magma terrestre luttent avec l’eau – non seulement des particules de vie mais d’étranges amalgames de cellules formant des corps composés, munis d’étranges griffes et de crochets, capables de supporter des chaleurs proches de l’ébullition ?

Quand nous eûmes roulé un moment en silence, elle avait ajouté :

– La Vie ne connaît aucun obstacle. Et même quand je mets en garde ces bergers dont nous parlions tout à l’heure, à propos de la radioactivité des métaux qu’ils arrachent aux carcasses des grandes épaves ensablées, je sais qu’à l’échelle des générations, l’espèce humaine, le jour où elle sera atomisée, comme ces espèces animales ou végétales qui survivent et prolifèrent en dépit de tout autour des centrales nucléaires dévastées, oui l’espèce humaine même si elle est défigurée, même si elle est méconnaissable, je dis bien l’espèce humaine revenue s’il le faut à son animalité la plus primitive qui n’est que Vie sans figure humaine, s’arrangera pour survivre coûte que coûte en se réinventant autre par tâtonnements successifs. » (pages 102-103)
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évidemment, je constate la coïncidence d'inspiration avec un poème écrit en juillet et que j'ai mis en voix (5'45"), non partagé
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Metamorphosis
Cosmogonie orgasmique

Somnolent dans le fauteuil Louis-Philippe,
une image te vient :
La Terre et ses milliers de bouches éruptives,
ses milliers de vulves-geysers,
la Terre ronde est ronde
de toutes les grossesses animales et humaines,
de toutes les germinations florales et végétales,
de toutes les minéralisations calcaires et granitiques.
La Terre est la porteuse, l’accoucheuse
de tout ce qui naît, de tout ce qui prend corps.
Le corps, les corps, encore et encore.
Incarnations en chairs et en os,
en racines et cimes,
en strates et sédiments.
Et tu te vis, foetus en position foetale, dans le ventre-terre.
Du ventre-mer, du ventre-mère
tu es passé au ventre-terre, au ventre-univers

........................
Tu as inspiré l’air du Large.
Tu es monté dans la pirogue du Fleuve.
Tu as été fécondé par les abeilles de l’Amour.
Tu accueilles, tu recueilles, tu donnes, tu offres.
Tu ne tries pas, tu ne juges pas, tu n’opposes pas.
Ce qui advient devait arriver,
ce qui adviendra arrive déjà,
ce qui est advenu arrive toujours
parce que le passé ne s’efface pas.
Tout est mémorisé, devient mémoire vivante.
Tu t’es laissé glisser dans l’Océan que tu es.
Tu n’es pas une vie minuscule gouvernée par un zizi ridicule.
Tu es une vie Majuscule reliée au Tout.
Tout copule et consent avec joie à copuler.
Poussières et semences d’étoiles,
germes et spermes de l’orgie de l’évolution,
de l’ontogenèse, de la phylogenèse,
à la vie à la mort.
La fabrique des corps. Et au coeur du corps, le coeur.
Tu es humble de ton humus,
humain de ton humanité,
universel de ton universalité,
divin de ta divinité.
En ouvrant tes bronches,
en activant ouïes, branchies,
tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.
Tu entres dans l’innocence.
Tu es miracle et mystère de ta naissance.
Tu seras mystère et miracle de ta mort.
Tu fais choix de l’ignorance.
Tu ne refuses pas les connaissances
mais surtout tu sais qu’on ne sait rien.
Rien du début, rien de la fin, rien du sens s’il y en a un.
Tu acceptes d’être dans l’incertitude,
tu ne cherches pas de certitudes.
Tu ne crois plus qu’il y a la Vérité à chercher.
Tu essaies d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.
Tu montes et descends l’échelle,
Du Tartare à l’Olympe,
du Ciel à l’Enfer
et tu bivouaques sur la Terre.
Du Tartare, tel Orphée, tu ramènes poèmes et mélodies.
Épitaphier de tous les morts aimés.
Dans l’Enfer, pas de damnés condamnés à jamais.
Du Ciel, tu ne fais pas le séjour de Dieu ni le paradis des ressuscités.
Dieu ayant créé se cache, tsimtsoum.
Le ciel est espace de légèreté pour la gente ailée.
Dieu est dans le silence d’un souffle subtil.
Dans l’Olympe, aucune guerre des dieux.
Ils ont eu le temps d’apprendre et de pratiquer l’anarchie.
La Terre est danses et cycles.
La grande roue du Grand Manège tourne
bien huilée
sans grincements de dents.
Dieu et les dieux sont présences ineffables.
Tu n’es plus un hamster.
Tu es à Parfaire. Tu es un Parfait. Tu es Parfait.

 

édition 2014, lue en août 2023

édition 2014, lue en août 2023

Circonstances de lecture
Après avoir écrit sur deux N° de Front populaire dont un article approfondi sur 3 philosophes face à la bombe : Camus, Jaspers et Anders.

(Possibilité d’usage d’armes nucléaires dans la proxy war russo-ukrainienne-otanienne)


Plutôt perturbé, à la fois joyeusement et douloureusement par les « accusations et preuves » de mensonges, manipulations des idéologies humanistes, universalistes comme des religions d’amour, j’ai sorti, sans doute pas par hasard, le roman de Rezvani, Vers les Confins, faisant suite, 12 ans après, à La Traversée des Mont Noirs, en supplément au Rêve de d’Alembert.
Je l’ai lu en 3 jours. 4 livres de courts chapitres, IX pour le I (pages 11 à 87), X pour le II (pages 89 à 174), X pour le III (pages 176 à 264), XV pour le IV (pages 266 à 387)
Impressions subjectives, sans tri ni analyse.
Jubilatoire, drôle, parodique, décapant, désespérant, répétitif, symétrique, réversible, asymétrique, lard cochon, hypnotique, profond, léger, paradoxal, contradictoire, iconoclaste, manipulateur, séducteur, raisonneur, rationaliste, matérialiste, scientiste, démolisseur, dynamiteur, palindromique, poétique, lyrique, fantaisiste, magique, encyclopédique, musical = bruit infernal (du train puis de la chenillette), bavard, suspendu, pictural, amoureux, amoureusement féminin, des seins féminins, horriblement masculin érecteur, éjaculateur, émasculateur, cornaqué par le petit cornac, profondément juif, profondément humoristique yiddish
chaque mot mériterait une illustration mais je laisse chaque lecteur faire son travail de lecteur
Voilà des contes tirés des mille et une dunes d’un désert sans fin, illimité
Comme dit la 4° de couverture : « depuis l’aube de l’intelligence humaine, ne faisons-nous pas que délirer…poétiquement, dites-vous, pourquoi pas ? », reprise d’une remarque de la mathématicienne Adema, page 168
Évidemment, l’écrivain de langue française, d’origine russe et perse, de nulle part, muet dans La Traversée, est amené à se dévoiler comme écrivain, donc à parler d’écriture donc de lecture; puisque est énoncé le lieu commun bien éculé (pratiqué par qui ?) du lecteur faisant la moitié du chemin.

Lecteur, je vais tenter de faire la moitié du chemin emprunté par l’auteur se parodiant dans le personnage de l’écrivain de langue française.

Les lieux :
- les Monts Noirs, gelés, glacés, un tunnel sous les Monts qu’il faut deux nuits, un jour pour les traverser avec arrêt dans une gare de triage, de réapprovisionnement, de contrôles… Chemins de fer = trains de la mort de masse, des déportations de masse. Monts Noirs = métaphore = réalité des territoires immenses sous la coupe de tyrans et dictateurs, se prétendant porteurs d’un monde nouveau, d’un homme nouveau.
- Les Confins, du sable encore du sable, des dunes encore des dunes ; et des surprises, des carcasses d’engins indescriptibles, innommables, innommés car rien ne doit être nommé de ce qui est vu. Un cratère géant dû à la chute d’un météorite. Des Esséniens de la lointaine époque de la langue araméenne, des Sages, tous fous merveilleux, le Sage des poules, le Sage des tombes et peut-être le Sage des sages qui a la Réponse. La Déesse des sables, descendante de Lilith, préférée à Ève. S’il est trop curieux, s’il veut aller plus loin que la Montagne Rouge, l’écrivain de langue française est prévenu, il n’en reviendra pas.

Les personnages :
- ceux de la mission sous la responsabilité de l’enquêteur du district, la doctoresse Déborah, la mathématicienne Adema, le criminologue, le chercheur en philosophies oubliés, l’écrivain de langue française
- les personnages rencontrés : l’Arpenteur sans arpents, le Sage des poules, Sarah, le Sage des tombes, le Christ errant éternellement ressuscité, la Déesse des sables
- Les personnages  évoqués : l’anthropologue, Math, Sterne, l’ornithologue des Fauvettes

Les styles :
- Très peu de descriptions, alors même que l’écrivain de langue française y est invité mais attention, seulement pour lui et eux, pas à diffuser, d’ailleurs, pas de prises de notes ou si, destruction des notes
- Très peu de narrations, sauf confidences de l’écrivain de langue française évoquant la maladie de son aimée de 50 ans ou certains de ses écrits antérieurs dont les paroles d’une neuve marseillaise
- Essentiellement des discussions entre les personnages avec insistance sur la nomination de l’émetteur de chaque réplique, et sa façon de dire, ironique, agacée, énervée, colérique, railleuse, câline, ce qui produit beaucoup de comique

Le sujet :
 
c’est quoi cette espèce tueuse douée d’intelligence et qui en est arrivée à rendre invivable son milieu de vie et à être au bord de la disparition collective ? Comment comprendre cette propension, cette pulsion archaïque à tuer, d’abord les siens, pères et frères assassinés, enfants égorgés, femmes lapidées, ensuite les autres, mis en esclavage et exterminés
est interrogée, questionnée la Bible; sont cités des épisodes et des recommandations à se demander comment ne pas se rendre compte de la monstruosité de ce qui est raconté et comment ne pas se détourner définitivement de ce genre de récit; comment expliquer la fascination exercée par ce Livre et par son symétrique, le Coran, tous deux engendrant des fous de Dieu, Yaveh, Allah depuis des millénaires
Comment est-on passé de la Bible, de son Dieu irascible, en colère au Nouveau Testament, au Fils du Père, mourant pour tous sur la croix, par amour de l’homme. Comment est-on passé de la colère divine à l’amour divin, sans pour autant renoncer aux meurtres de masse, aux inquisitions, aux bûchers pour sorcières, aux tortures les plus abominables, aux évangélisations forcées, aux missions colonisatrices … et comment s’est opéré le glissement vers les messianismes terrestres, eux-mêmes porteurs d’exterminations de masse

Ce livre n’épargne rien, aborde tous les aspects liés à trois questions : d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Qui sommes-nous ?

D’où venons-nous ?


de la première femme, d’un utérus originel, d’entre les cuisses de la Mère, et donc d’incestes à répétition ?
de l’homme insufflé par le souffle divin, la femme étant tirée de la cuisse de l’homme ?
Genèse utérine = ire es tu - égal en grand écart
(Ève rêve)

Où allons-nous ?

Fin du monde, fin de l’humanité sont des métaphores; le temps de l’extinction sera peut-être le temps de la métamorphose (rire de Kafka se lisant), le temps de l’adaptation aux pires conditions de survie, comme les monstres animaux engendrés par la vie sous terre dans les confins; nous nous acheminons vers une métamorphose de monstres humains en monstres insectes
(rions noirs)

Qui sommes-nous ?

Des monstres originels, des monstres de tout temps, d’avant, de maintenant, d’après, d’ici, d’ailleurs, de nulle part, des monstres éternels

En conclusion :
Rezvani en écrivant ce livre poursuivait-il un but ? En revendiquant d’être artiste de lui-même, d’être créatif, en faisant travailler ses deux hémisphères, celui du langage, celui des images, ayant été témoin de la dégénérescence du cerveau de l’aimée (l’âme neuronale de Lula), Rezvani me semble-t-il, ne poursuit d’autre but que celui de se faire plaisir, avec désinvolture, sans attachement à l’oeuvre, « son » oeuvre, tant que son cerveau peut délirer poétiquement.

En regardant sur internet, j’ai très peu vu de notes de lecture sur ces deux livres (un 3° me semble annoncé).
C’est le signe me semble-t-il d’une liberté radicale, peu soucieuse de l’écho rencontré, de faire oeuvre dans le cocon menacé par le Feu de La Béate dans les Maures.
Comme j’ai trouvée cette liberté radicale, chez Emmanuelle Arsan qui n’a jamais accordé d’interviews, est restée d’une discrétion absolue, vivant à Chantelouve, menacée par le Feu dans la forêt dracénoise.

Je pense donc que ces deux livres écrits par Rezvani pour se faire plaisir en se grattant là où ça lui  fait très mal (la tête) et où ça peut aussi nous faire très mal (le cul) ne sont lisibles que par les quelques-uns qui en auront le désir.

(l’arpenteur sans arpents n’est-il pas un chrétien palestinien, le symétrique des arpenteurs sans arpents que furent les juifs pendant des millénaires et se revendiquant aujourd’hui d’Israël colonisant à tout va des territoires palestiniens)


Après Onfray (va-t-il aussi profond et aussi drôlement?), on va avec Rezvani au coeur du magma pulsionnel, de l’énigme. Il n’y a pas de Réponse à la Question, il n’y a pas de Sage des Sages au-delà de la Montagne Rouge.
L’enquêteur du district chargé d’élucider les innombrables crimes commis dans les Confins, a compris qu’il n’y a rien à élucider. Ces crimes sont des crimes « naturels », perpétrés depuis la nuit des Temps.

Le crime précède la loi l’interdisant.
Le tribunal Russell ou le Tribunal pénal international doivent condamner avant l’exécution des crimes.

Pour raconter tout cela à nos amis-enne-amis extra-terrestres, une seule hellade suffira, soit un milliard de signes binaires.
Faut-il raconter ou faire silence ? Faut-il se souvenir ou oublier ? Faut-il parler, user des mots ou se penser en connexion avec le Tout ? Faut-il honorer le veau d’or ou pratiquer le don ?

J’inviterai certains amis à en être lecteurs.
Et pourquoi pas, organiser quelques lectures à voix haute de certains des très courts chapitres des 4 livres de ce Livre.

Longue vie encore à Rezvani, 95 ans en 2023, cent ans moins cinq comme il se présente, artiste pluri-indisciplinaire,

qu'il s'amuse, continue à s'amuser, qu'il en  amuse quelques-uns d'entre nous.

 

 

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