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Ombres de Chine / André Markowicz
Ombres de Chine
André Markowicz
Inculte, 2018
Ombres de Chine est une expérience poétique et de traduction unique en son genre. André Markowicz s’est lancé dans une entreprise aussi folle qu’ambitieuse : offrir au public quatre cents poèmes chinois de l’époque Tang (qui court entre les VIIe et IXe siècles) sans pour autant avoir connaissance de la langue chinoise.
« J’ai décidé de m’en approcher par le seul moyen que j’avais : non pas apprendre le chinois – ce qui m’aurait demandé vingt ans pour n’ajouter, dans le meilleur des cas, qu’une interprétation aux dizaines d’interprétations déjà existantes et dues, elles, à des érudits prodigieux – mais, à partir de toutes ces interprétations, des mots-à-mots les plus divers et des autres traductions, dans toutes les langues que je suis capable de lire (le russe, l’anglais, l’italien, l’espagnol en outre du français), d’essayer d’approcher ce continent flottant. Ce continent d’ombres, grandioses et fluctuantes qu’est, pour celui qui s’en approche comme moi, candidement, la poésie chinoise. »
« Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas la culture chinoise… » ainsi commence André Markowicz. Et plus loin : « le chinois de la période Tang (7°-9° siècle après J.-C.) ne distingue pas le singulier du pluriel, ne marque aucune modalité : infinitif, indicatif, subjonctif, conditionnel se fondent dans la même forme. Il ignore le pronom personnel ou l’utilise rarement. Il faut donc deviner si l’auteur dit - je suis allé - ou - elles iront -. Si le flou règne sur la personne, le lieu et le temps, il n’y a pas de communication possible, il y a juste des formes énigmatiques flottant dans la brume… Comment traduire les images, les allusions, les connotations innombrables ? Comment rendre compte de ces passages constants du mythe à l’Histoire et de l’Histoire au présent, un présent qui n’est lui-même qu’en tant qu’il est un retour à la fois provisoire et constant… »
Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas l’histoire de ce pays, un peu ses sages, Confucius, Lao Tseu (dont l’ami Marcel Conche a traduit et commenté le Tao, traduction et commentaires retraduits en chinois par des Chinois)
J’ai passé une semaine sur ces Ombres de Chine, 440 poèmes de 12 poètes de 4 périodes + le 441° poème, 640 pages.
Le travail d’André Markowicz me semble remarquable.
Les notices de présentation des 12 + 1 poètes sont des mises en alerte ou en orbite. Les notes, nécessaires, en bas de page, servent juste à situer dans le temps (historique, mythologique), dans l’espace (géographique, mythique), certaines expressions pouvant paraître anodines (lues en lecteur occidental ignare) mais allusives (lues en lettré chinois averti). Et comme, on retrouve les mêmes notes, pas nombreuses, un certain nombre de fois, on finit par se baigner dans deux mille ans d’Histoire, voler vers l’île des immortels…
Mes soirées, matinées, après-midi de lecture ont été studieuses (soulignées), denses, douloureuses.
Deux mille ans d’empires chinois, de dynasties impériales, de guerres aux frontières, de guerres civiles, de massacres, de cruautés sans nom et sans nombre, de corruption massive, de complots, d’assassinats, de suicides, d’empoisonnements, de révoltes, de bonnes gouvernances suivies de mauvais gouverneurs, de bureaucratie juste suivie de bureaucratie dysfonctionnelle…
Et de se dire : Ça continue, Chine de la révolution nationaliste, Chine des révolutions « communistes »
Et de se dire : Ça semble partout pareil, Russie des tsars, URSS de Staline, Russie de Poutine.
Iran du shah, Iran des ayatollahs
France des rois, France des empereurs, France des républiques, France des révolutions.
L’apogée et la ruine se succèdent
Au rythme du soleil et de la lune
Les changements ne laissent pas de trace
Qui peut savoir quand ils ont commencé ?
Vainement incertain mille ans plus tard
Tourné vers le passé un voyageur (Po Chü-I)
Mes nuits furent sous couleurs chinoises : bleu-vert (non distingués par le chinois de l’époque), jaune, rouge
Nuits méditatives : à quoi bon Confucius, Lao-Tseu si, si peu d’hommes et de femmes tentent la Voie ?
Nuits avec méditations sur les rêves
La division entre le corps et l’âme
Tient dans la double perception du temps :
Le temps précisément compté en selle
L’aventure sans borne dans le rêve.
Certes - les philosophes disent vrai
Une seconde - pour le rêve un siècle. (Po Chü-I)
Avec rêves rêvés
(j’ai eu le « même » rapport sexuel - rêve de rapport sexuel ? - avec l’impératrice Wu Zetian que celui de centaines d’autres obtenant audience et faveur; cette impératrice, je l’avais repérée à partir d’une gravure « érotique » il y a plusieurs années)
1- Tchouang-tseu fut-il un homme rêvant d’un papillon
Ou bien un papillon qui a rêvé d’un homme ? (Claude Roy)
2 - Dans son rêve Maître Zhuang s’est cru papillon (Yves Hervouet)
3 - Tchouang-tseu s’éveille à l’aube de son rêve
Il a pris l’illusion du papillon (André Markowicz)
Trois versions du « même » rêve de La cithare de brocart de Li Shang-Yin
Et de voir le « même » parcours que la plupart de ces 13 poètes, tous passant avec succès ou non, le concours du jinshi, pour devenir poète officiel, fonctionnaire, tous cherchant à se faire reconnaître, naviguant entre fidélité à soi et compromission, presque tous connaissant des revers de fortune, disgrâces après honneurs, bannissement et exil, certains choisissant le retrait…
Dans ce monde la gloire et la disgrâce
Sortent du même sac à l’aveuglette. (Po Chü-I)
Autrement dit, faire au XX° siècle, en France, comme ces poètes d’il y a 1200 ans, en Chine, « choisir » des carrières assurant la sécurité au fonctionnaire et le loisir au poète.
Puis retraite venue - 1998 -, donc ayant vécu les âges de la vie
Jeune - arpenter les terres de Shu
Les cheveux gris - se tourner vers Chang An
Indigne serviteur du roi de Chu
Mangeant pour rien le riz du roi de Han (Lu Zhaolin),
entre beaucoup de conformisme et peu d’originalité, au XXI° siècle, aller paisiblement si possible vers l’effacement, même pas avec le souci d’une oeuvre, mais des flow d’écritures comme amers pour un chemin de vie
qui est comme sillages sur la mer (Machado)
traces d’oiseaux laissées dans le ciel vide (Po Chü-I)
Se rendre sourd aux bruits du monde parce que le monde ira là où il ira (ni pronostic ni diagnostic, ni catastrophisme ni utopisme, ni apocalypse ni miracle)
J’ai oublié complètement le monde
Le monde aussi m’oublie complètement
Si bien que les nouvelles qui m’arrivent
C’est comme si elles ne m’arrivaient plus (Po Chü-I)
S’essayer à assumer non-agir et non-jugement (ce qui demande vigilance permanente, accompagnement bienveillant de nos trébuchements)
Être sensible à ce qui s’offre en toute gratuité, sans pourquoi et qui est tout proche.
La poésie chinoise des montagnes et des paysages est très chargée en significations, présages, symboles. J’y suis peu sensible. Peu importe. Je fais d’autres usages des montagnes du Vallespir, de la route de Montferrer (finis les sentiers et pistes), des chênes, bouleaux, fleurs innombrables, papillons, oiseaux, hirondelles, libellules.
Émerveillé par une beauté (vue, entendue, sentie…) sans le sentiment de sa fuite dans la seconde qui suit.
Vie dans le présent, comme présent, le seul temps réel (passé, futur sont des fabrications de l’esprit), présence et présent (Kdo).
Être dans l’acceptation (est-ce différent de la soumission ?) de ce qui advient comme ça advient.
Ce que ne font pas les poètes chinois.
Ils sont dans une vision, une interprétation de ce qu’ils vivent, voient, cycles, impermanence, retour du même.
Ils sont dans une forme de lamentation,
Tous ils arrivent passent disparaissent
tous méritant une lamentation (Lu Zhaolin)
d’insatisfaction puisque tout meurt, tout passe et repasse.
La chanson du regret éternel (Po Chü-I)
Ils choisissent l’ivresse, la solitude, font preuve de compassion.
Devant on ne voit pas l’homme d’avant
Derrière on ne voit pas l’homme d’après
Pensant aux cycles infinis de l’univers
La solitude amère et les larmes qui coulent. (Chen Zu-Ang)
Poésie de Wang Wei, le bouddhiste séculier :
1- Lorsque la solitude est une joie
On entre dans la pure liberté
Chimère le désir de voir la ville
Une vie accomplie - le plein du vide.
2 - L’âme a toujours haï l’enfermement
L’immensité lave de toute angoisse
3 - Tu veux savoir comment combattre l’âge?
La seule voie est la non-renaissance.
Poésie de Li Po, le taoïste :
1- Pourquoi j’habite la Montagne Bleue ?
Sourire sans réponse coeur serein
Fleurs de pêchers que charrie la rivière
Un autre monde existe loin des hommes
2- Buvant seul sous la lune
3 - Les plantes n’ont aucune gratitude
Quand le vent printanier les fait fleurir
Les arbres n’ont aucun ressentiment
De se voir dépouillés au ciel d’automne
…
La croissance et la fin de toute chose
c’est simplement la loi de la nature
4 - Rien dans la vie de l’homme d’ici-bas
ne répondra jamais à ses attentes
Demain à l‘aube les cheveux au vent
Partir voguer dans la barque légère
5 - Rude est la route du pays de Shu
plus que la route vers l’azur du ciel
On se tourne à demi
on regarde vers l’ouest et on s’exclame :
Poésie de Tu Fu, le confucianiste ou confucéen
1 - Chanson des charriots de guerre
2- Chanson de la frontière
3 - Il a compris l’ordre de l’existence
Et rougit d’avoir demandé de l’aide
Il n’a prouvé que son inaptitude
Il est prêt à rentrer dans la poussière
Mais vivre en ermite lui est impossible
Car il renoncerait à ce qu’il croit
Sa tristesse ne fond qu’avec le vin
Et les poèmes qu’il compose et chante.
4 - Sept chansons
De Han Yü
L’oisiveté c’est plus dur que la cour
…
Hélas je n’ai plus droit de jouir du vin
Mais je peux rire et offrir un poème
De Meng Jiao
Il n’est pas d’épée juste dans ce monde
…
Se suicider laisser les autres faire
On se demande ce qui vaut le mieux
…
Le 10° songe d’automne
Le Vieillard change du matin au soir
…
De Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.
Sage - bien sûr que non mais pas stupide.
De Li Ho
Suivre un sentier - oublier la grand-route
Pourquoi faut-il qu’on pleure sur du vent ?
…
Souvenez-vous que c’est devant un mur
Que Ch’u Yuan a écrit « Questions su ciel » !
De Li Shang-Yin
Aube - ajouter des lignes aux nuages
Froid - voir la neige au centre du poème.
les beaux jours n’obéir qu’à son désir
Est-ce donné à tous ceux qui écrivent ?
Dormant profond - et puis le cri des grues
Des cris stridents - le mien presque cigale.
J’écris dessus - les mots ne sont pas libres
La chose que j’obtiens est sans exemple
...
La ceinture n’a pas de sentiments
elle se serre ou elle se relâche
Et pour moi… la pratique joyeuse-douloureuse du merci.
Dimanche 28 juillet-Lundi 29 juillet, Corps Ça Vit, Vallespir
nuit du dimanche au lundi, pneus de 15 voitures crevés, poubelles incendiées au camping, flammes de 4 m de haut, pompiers intervenus à 3 H 15
toute la journée, gendarmes, enquête, plaintes déposées, dépanneuses gratuites pour les victimes. Va-t-on installer des caméras de surveillance ?
Ça casse une ambiance, surtout quand on voit la voiture de Seb, le président du comité des fêtes, très investi dans un renouveau du village, de ses terrasses sous broussailles et acacias.
Essais Salman Rushdie
… poursuivre
après …
… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,
Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde;
tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28 états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,
India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des millions de dieux, de déesses, avec des milliers de bras… Rushdie a évalué à la louche 330 millions de dieux et déesses hindous
Ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
La terre sous ses pieds, titre d’un roman de Rushdie.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate, souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et tu le voyais aussi ou plutôt, tu te le fabriquais en le désignant tel (on a tous été formatés à juger, à désigner ce qui est bon, ce qui est mauvais) et cela ne t’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant aujourd’hui, sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui voient le mauvais et réagissent. Et longtemps, tu as réagi à ce qui te paraissait mauvais. Tu as été un militant.
Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indien-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).
Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde. Prenant le contre-pied de l’hindouisme, la ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre Akhand Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort obligent à l’exil, nombre d’entre eux.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 :
Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
et Rushdie, essayiste est excellent,
quand il s’en prend, caustique et hilarant, à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre ? qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre « l’axe du mal », axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare;
mais
simultanément aux récits sociaux et sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
1 - « La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ? »
2 - « Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper. »
Deux récits dont l’un, soi-disant scientifique, qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.
3 - « Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air. »
La boucle est bouclée. Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.
Et dans Trois femmes.
Mercredi 3 juillet, je suis invité à prendre l'apéro chez des enseignants d'université américaine qui viennent chaque été; discussion sur les USA aujourd’hui; elle, combat Trump, pour sa fille, le droit à l’avortement;
l’attentat n’a pas encore eu lieu
la lecture d'un article de Rushdie de 1985-1990 In God we trust ! me semble d'une justesse remarquable, un véritable tour du monde et dans l'histoire des relations entre politique et religions
13 juillet, fête à Corps Ça Vit, animation musicale assurée par un groupe du village dont le maire, violon, banjo, guitare acoustique, un adjoint au chant et guitare électrique, deux autres dont batteur; apéro-tapas; repas (sardinade ou grillade); dessert; feu d'artifice, bal; une centaine de personnes, très bonne ambiance, fluidité entre les différents moments;
je passe une bonne partie de la soirée à discuter avec un couple d'inconnus que j'ai branchés; lui et moi, aujourd'hui à des milliers de kilomètres, hier, possiblement proches;
lui de me dire : vous racontez ça parce que ça vous arrange;
bien sûr = phrase à interroger sous l'angle quel récit je veux pour vivre
à minuit, attentat contre Trump aux USA
14 juillet : fête nationale au monument aux morts puis apéro municipal; discussion avec le maire : le travail sur soi ne doit pas empêcher le combat politique et sociétal; il me donne son discours
Nuit du 14 juillet : nuit de rêves en nageant dans l’océan des histoires, métaphore de Rushdie; une métaphore genre les nuages à histoires me parleraient mieux; dans l’océan, je dois me jeter à l’eau; avec les nuages, je n’ai qu’à lever les yeux
je fais des rêves de plus en plus précis, où je suis présent, actif, sans être conducteur du rêve, rêves que je ne cherche pas à retenir même pour de futures histoires; je ne me vis pas comme un raconter d ‘histoires, un fabricant d’histoires, influencé par l’océan des histoires comme Rushdie racontant l’influence des lettres latines (Suétone) et italiennes (Italo Calvino) et du cinéma italien sur deux de ses romans : La honte, Les enfants de minuit
ceci dit la métaphore de l’océan des histoires ou celle des nuages à histoires (sachant que les nuages transportant pollens et poussières sont des ensemenceurs) me parlent aujourd’hui beaucoup plus que celle de la bibliothèque universelle des livres d’éternité de chacun dont internet est ce qui s’en approche de plus en plus;
avec cet océan, tu es tel un bouchon, qui flotte, est submergé par une vague, réapparaît avec une algue marine, un sac plastique, un fil de pèche, un bois mort, un os de seiche, une bouteille à la mer, un cadavre de migrant;
des scènes se déroulent : une femme te fait rire en début de nuit, apparue dès la plongée, d’une drôlerie par ses grimaces si expressives, satire des grimaces des grands masculins-émasculateurs de ce monde; grands refuseurs, chimériques furieux, étroiteurs d’esprits, sectateurs paranoïaques, baladeurs de virus vérolés
tu te retrouves à filmer une façade de décor, montrée comme telle, remplie de fenêtres donnant à voir des morceaux de paysages et de personnages en tous sens;
long travelling, plan-séquence style la soif du mal;
ici le musée des assassins des aspirations, ceux qui ont contribué à désenchanter le monde, à faire tomber les voiles de maya-bayadère, à faire dépecer Orphée.
3 jours consacrés aux Essais de Rushdie, 15-16-17 juillet;
l’an dernier, tu avais lu les essais rassemblés sous le titre Patries imaginaires, parus en 10/18. Tu n’es pas revenu dessus. Par contre, tu as lu tout ce qui est rassemblé sous le titre Franchissez la ligne !, soit pages 575 à 1088.
D’abord, signaler l’incroyable : tu n’as pas trouvé une coquille. Rushdie doit être exigeant avec ses correcteurs et traducteurs. Merci. Tu avais déjà observé cela avec Le couteau. Pas une coquille.
Tu penses que nous avons affaire à un essayiste brillant, drôle, pertinent, lucide. Et lire des Essais allant de 1981 à 2002, ça nous fait faire de drôles de voyages avec de drôles de rappels.
Dans ces panoramiques, la France est assez peu présente mais quand il en parle (la corruption sous Mitterrand, le foot et Zidane, Pasqua et Talisma Nasreen, la France et Rushdie), c’est jubilatoire parce que le romancier use d’interjections Zut alors ! réaction présumée de Roland Dumas, surpris qu’on le poursuive, LUI. Évidemment, ces drôles de rappels, entrant en écho avec ce qui se passe aujourd’hui, plutôt pire (évaluation personnelle en contradiction avec mon désir de non-jugement), t’ont mis mal à l’aise.
Car on se rend compte que le problème palestinien dont on pensait avec les accords de Camp David que… eh bien…
Il met ce problème au centre même s’il ne développe pas, parce que cette question cristallise les relations entre l’Islam (pas du tout homogène) et l’Occident (pas du tout homogène), développe l’anti-américanisme et que les USA feraient bien de chercher à se faire des amis plutôt que des ennemis en intervenant partout.
Il en reste au succès de l’intervention américaine en Afghanistan (2002) comparé à l’échec de l’intervention soviétique (Les cercueils de zinc). Depuis, sous Trump, les USA se sont retirés, les talibans se sont installés au pouvoir.
Deux passages t’ont particulièrement intéressé parce que Rushdie use de ses talents de romancier pour tenter de construire une vérité au plus proche de la réalité qu’il tente de cerner, de décrypter, toujours complexe, plus incroyable que ce que l’imagination peut imaginer. Parce que l’homme lui-même est mariage du ciel et de l’enfer.
« Nous avons fini par nous percevoir nous-mêmes comme des personnages composites, souvent contradictoires, voire intérieurement incompatibles. Nous comprenons que chacun de nous est une multitude de gens différents. Les moi de notre jeunesse sont autres que ceux de notre maturité : nous pouvons être hardis en compagnie de nos amants et timorés devant nos employeurs, plein de principes quand nous instruisons nos enfants et corrompus devant quelque tentation secrète…Le moi intégré cher au XIX° siècle a été remplacé par cette foule de moi qui se bousculent… Mais nous avons en même temps un sentiment relativement clair de qui nous sommes. »
Quand il écrit son article Gandhi, aujourd’hui, 1998, il met en oeuvre cette approche très plurielle, montrant les ambiguïtés, contradictions, limites de Gandhi dont l’influence en Inde est aujourd’hui, nulle, Gandhi devenu à son insu, une pub pour Mac et inspirateur avec d’autres des philosophies de la non-violence ou de la désobéissance civile, somme toute peu pratiquées en Occident.
« Les écrivains sont citoyens de nombreux pays : la région finie et délimitée de la réalité observable et de la réalité quotidienne, le royaume infini de l’imagination, la patrie à demi perdue du souvenir, les fédérations du coeur qui sont à la fois chaudes et froides, les États Unis de l’esprit (calmes et turbulents, larges et étroits, ordonnés et dérangés), les nations célestes et infernales du désir et peut-être la plus importante de toutes nos demeures - la république libre du langage. »
Dans N’y a t’il rien de sacré ? il dit
« Par transcendance, j’entends cet envol de l’esprit humain au-delà des limites matérielles et physiques de son existence que tous, laïques ou religieux, nous connaissons, au moins dans quelques occasions. La naissance est un moment de transcendance que nous mettons toute notre vie à comprendre. L’exaltation de l’acte d’amour, l’expérience de la joie et très probablement l’instant de la mort sont d’autres moments semblables. Le sentiment d’élévation de la transcendance, d’être plus que soi-même, de rejoindre d’une certaine façon la totalité de la vie est par nature de courte durée… L’âme a besoin de toutes ces explications, pas simplement d’explications rationnelles mais d’explications venues du coeur. »
Avec Alain Cadéo, nos échanges dans les dernières semaines avaient porté essentiellement sur ce que nous considérions comme l’essentiel.
correction du 14 juillet : remplacer l’essence par l’existence
nos échanges avaient porté existence-ciel-tellement sur ce que nous considérions comme l’existence-ciel.
À nos âges, c’est quoi la vie, la mort, la naissance, le passage, l’éternité, le mystère, le miracle.
correction du 13 juillet : remplacer les noms qui figent, essentialisent par des verbes qui font action, mouvement, énergie
à nos âges, c'est quoi vivre, mourir, naître, passer, éterniser, s'éterniser, mystérer, miraculer
Entre Rushdie et moi, il y a 7 ans d’écart, en plus pour moi. Ma métamorphose remonte à 2020. Du naturalisme métaphysique de Marcel Conche à un cheminement d’attention au miracle mystère de la naissance et au mystère miracle de la mort.
Exit, le recours aux explications scientifiques, aux constructions et déconstructions idéologiques. C’est la guerre sans fin des récits.
Rushdie pense que « dans les société libres, les idées doivent s’affronter librement. La discussion est nécessaire et il faut que celle-ci soit passionnée et sans entraves. Les sociétés libres sont dynamiques, bruyantes, turbulentes, pleines de désaccords radicaux. Le scepticisme et la liberté sont indissolublement liés. »
Je n’ai plus aucun intérêt pour le cirque politique, le cirque médiatique, le cirque sportif, le cirque olympique, j’en ai assez des bruits du monde. Je ne réclamerai jamais la censure de qui que ce soit, de quelque débat que ce soit. Mais je n’ai plus envie de dépenser de l’énergie à tenter de construire une vérité même complexe sur ce qui se produit dans le monde et n’ai nulle envie d’user de mon imagination pour, par des romans, tenter de cerner des personnages publics, célèbres, riches, menteurs, voyous, cyniques…
J’en suis à me demander avec plein de doutes, d‘hésitations quels mots, quels verbes plutôt, vais-je employer pour vivre la Vie dans l’émerveillement, l’enthousiasme, la joie, la gratitude, l’empathie, la compassion. Selon l’inouïe proposition de Jésus « aimez vos ennemis comme vous-mêmes »
En tentant les verbes, ça pourrait donner s’émerveiller des détails de la vie, s’enthousiasmer des imprévus et surprises offerts par la vie, joier-jouir de jour comme de nuit, en veilleur ou-et dormeur, de tous les incidents, accidents, instants, moments, éclats visuels, auditifs, gustatifs, olfactifs, tactiles, de tous les échanges par inspir-expir…
J’ai signalé dans ma note sur Le couteau de Rushdie, son absence de compassion. Cela correspond à sa conception de la morale : « les individus sont responsables de leurs actions ». Donc son assassin est responsable de son acte même s’il se déclare innocent pour avoir exécuté la fatwa pourtant annulée depuis 1999. Le temps de la compassion viendra peut-être après le procès.
D’autre part les terroristes fous de Dieu sont « contre la liberté d’expression, un système politique pluripartite, le suffrage universel des adultes, la responsabilité politique du gouvernement, les juifs, les homosexuels, les droits des femmes, le pluralisme, la laïcité, les jupes courtes, les danses, les fêtes, les baskets, les jeans, le rock, le rasage, la théorie de l’évolution, le sexe ».
Il nous faut donc vivre comme nous le faisons, sans peur, en acceptant sans excès étatiques des règles de sécurité supplémentaires et en cessant avec ces régimes qui se bouffent le foie entre eux, commerce d’armes, de drogues, de pétrole, d’oeuvres d’art…
On voit bien que cette conception semble naïve, optimiste. Qu’on pense au massacre de plus de 1000 femmes, enfants, vieillards et jeunes le 7 octobre 2024 par le Hamas, en Israël. Sans oublier les attentats antérieurs, un peu partout dans le monde.
Les états y compris dits démocratiques me semblent de plus en plus autoritaires et sécuritaires, contre leurs populations, soumise à de plus en plus de contrôles. Les états ont des intérêts à l’opposé de ceux de leur peuple (pas du tout homogène, uni par un « récit national » ou une certaine « idée » de la « nation ») qu’ils préfèrent diviser jusqu’au bord de la guerre civile (en France, on y aura sans doute droit), au service d’oligarchies, de puissances d’argent, de sociétés secrètes, de réseaux d’influence, débouchant sur la paranoïa légitime des théories du complot, retournés en complotisme par les médias main-stream aux mains d’ultra-riches, manipulateurs, fabricant de fakes-news.
Devant cet état du monde plein de bruit et de fureur, É Say Salé, auteur burkinabé, s’est amusé à écrire des farces
Moi, Avide I°, l’Élu
EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises
Vols de voix, farce pestilentielle sur la présidentielle de 2017, fabriquée avec des répliques copiées-collées de Facebook.
Cette farce me semble de ce point de vue là, une bonne riposte d’un traqueur du réel mais elle ne connaîtra pas le succès d’un roman de Rushdie..
… poursuivre
après …
… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,
Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde; tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28 états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,
India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des milliers de dieux, de déesses, avec des milliers de bras…, ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate, souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et je le voyais et cela ne m’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui voient le mauvais et réagissent.
Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indo-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).
Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde, prenant le contre-pied de l’hindouisme. La ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre-Akhand-Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort l'obligent à l’exil.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 : Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
(- et Rushdie, essayiste est excellent, caustique et hilarant quand il s’en prend à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
- quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
- quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre l’axe du mal, axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare)
mais précédant ou simultanément aux récits sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ?
Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper.
Deux récits dont l’un soi-disant scientifique qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.
Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air.
La boucle est bouclée.
Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.
À Corps Ça Vit, le 14 juillet 2024, 9 H 30
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Joseph Anton Salman Rushdie - Blog de Jean-Claude Grosse
interview du 7 septembre 2023 disponible jusqu'au 6 septembre 2025 Lus cet été à Corsavy - Patries imaginaires de Salman Rushdie, chroniques, essais, discours des années 1980-1990 soit il y a ...
https://les4saisons.over-blog.com/2022/10/joseph-anton-salman-rushdie.html
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Le ciel au ventre d'Alain Cadéo lu par l'éditeur - Les Cahiers de l'Égaré
livres livrés à domicile fixe ! attention aux petites choses, fleurs de catalpa !!! roses, immortelles, au choix ! autant en emportera le vent Le ciel au ventre Alain Cadéo 1° janvier 1951 - 12...
https://cahiersegare.over-blog.com/2024/07/le-ciel-au-ventre-d-alain-cadeo-lu-par-l-editeur.html
De vie à vie Marina Tsvétaïéva
De vie à vie
Marina Tsvétaïéva (traduction André Markowicz)
Éditions Mesures
De vie à vie (littéralement en russe, Du vivant sur du vivant) est un récit écrit à Clamart, en 1932, paru en 1933, consacré à la visite que lui fit à Moscou, Maximilian Volochine alors qu’elle venait de publier son premier livre L’Album du soir, âgée de 18 ans, lui, poète et critique littéraire lui ayant consacré un article paru le 11 décembre 1910 dans Outro Rossii, et qu’il tenait à lui présenter, étant persuadé qu’elle n’en avait pas eu connaissance.
De cette visite, s’en suivirent six années d’échanges, de visites de Marina (seule ou avec sa soeur et Sérioja) à Koktébel en Crimée, maison construite par Volochine, où il vivait avec sa mère, Éléna Ottobaldovna Volochina qui l’avait élevé seule, c’est-à-dire sans les autres et contre les autres car une femme seule avec un enfant c’est -.
« Ils formaient un couple inséparable et pas un couple d’amis. Toute la réserve de virilité fut donnée à la mère, toute celle de féminité, au fils. »
Puis quelques lettres après 1917, jusqu’à la nouvelle de la mort de Volochine, le 11 août 1932, à midi, heure française, apprise en lisant La Pravda, le 16 août.
J’ai tellement été époustouflé, transporté, lévité, ascensionné par ce récit, il me semble tellement correspondre à ce qui devrait être, qui est déjà ce qui est depuis toujours, si on voit avec les yeux du coeur, de l’amour, que je ne vais pas en faire une note de lecture mais une écriture, nourrie des « anecdotes et commentaires » de Marina.
Il était une fois, un homme né d’une femme, élevé par elle, sa mère, seule. Elle portait à bout de bras les charges de la maison immense de Koktébel, au bord de la mer. Et lui, le fils, un poète, mythe juste au-dessous du mythe qu’est un moine, un ermite en sa grotte avait été ensemencé par tout le féminin possible.
Rien en lui de guerrier, de virilité dominatrice.
Un homme de paix, d’apaisement.
Un homme refusant de servir pendant la guerre de 14, se déclarant officiellement auprès du ministère de la guerre, objecteur de conscience.
Un homme de curiosité, grand voyageur, amateur de littérature française, traducteur d’oeuvres littéraires françaises, ayant vite compris que la Révolution russe ne serait qu’une répétition amplifiée de la Révolution française (terreur, contre-terreur, sang, sang, sang, faim, faim, faim).
Un homme refusant de prendre parti, qui dans sa maison de Koktébel accueillit le rouge poursuivi par la meute blanche comme le blanc poursuivi par la meute rouge.
Un contre-révolutionnaire absolu selon les bolcheviks qui se vit attribuer par eux, sans la demander, une pension mensuelle de 240 roubles.
Un rassembleur au-delà des haines.
Un falicitateur de rencontres pouvant durer des années car le temps est nécessaire pour connaître l’autre dans son être vrai, dans sa vérité, qui n’est pas ce qu’il croit être, qui lui est méconnaissable et surtout temps nécessaire pour que cet autre rencontré aille avec ce compagnon-poète vers sa vérité, son destin.
D’où cet homme tenait-il ce pouvoir de parler aux chiens, au feu et par sa parole, par son index pointé, comment réussissait-il à faire que ces chiens sauvages, dépeçant les cadavres deviennent gentils toutous, que le feu ayant pris dans les fondations de sa maison s’éteigne.
Était-il un initié ? Peut-être.
Mais plus simplement, il accueillait.
« Il a raison à sa façon, autant que toi, à la tienne. Et c’est cette raison à sa façon qui formait le principe de sa vie avec les autres. À l’instant de cet entre-deux, il se trouvait en même temps chez vous et chez votre ennemi et encore chez lui. »
Si tu admets cela, alors, tu ne cherches pas à avoir raison contre l’autre. Tu peux arriver à saisir, à vivre que toi, ton ennemi et le poète vous êtes un être global, faisant partie du Tout. Chacun dans cette atmosphère se sent en confiance. Et du compagnonnage devient possible, harmonisant les différences par leur acceptation.
Comment s’y prenait-il ? Ce goûteur de France, était dans son fond le plus profond, un vieil Allemand, amateur de contes et légendes, ceux des frères Grimm.
Et pour chacun rencontré, il l’inscrivait dans un conte, une légende, voire un mythe qui permettait au rencontré de se révéler, de se réveiller, de se vivre en vérité.
L’histoire de Chérubina de Gabriac est de ce point de vue là, ce que certains appellent une mystification, ce que d’autres appellent une transfiguration.
L’institutrice russe boîteuse, Élizavéta Ivanovna Dimitriéva, devenue Chérubina de Gabriac, que tout le comité de rédaction de la revue Apollon veut rencontrer a vu sa vie transformée par cette « invention » qui est bien autre chose qu’écrire sous pseudonyme ou par hétéronyme.
Oh ! Fallait-il que je reconnaisse
L’amour et la mort à treize ans ?
(Élizavéta, envoyé par Max sous le nom de Chérubina à la revue Apollon)
Tu m’as donné une enfance de conte,
Oh ! Donne-moi la mort à dix-sept ans !
(Marina, L’album du soir)
Et cette remarque essentielle de Marina :
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Hier soir, 22 juin 2024, avant l’illumination des tours de Batère, de Corsavy, de Cabrenç, trois tours de l’époque des razzias barbaresques, je disais à une inconnue, invitée à notre table parce qu’elle se retrouvait seule, que la séquence chiffrée selon la place de chaque lettre dans l’alphabet de son prénom Martine se retrouvait un nombre infini de fois dans le nombre univers Pi, que toutes les Martine ayant existé, existantes, et devant exister étaient emplacées, autrement dit, toutes les Martine ayant existé avaient vécu une vie préparant la vie qu’elle vivait, elle-même, par sa vie, offrant la vérité de sa vie à des Martine à venir.
Ça vous semble tiré par les cheveux. C’est exactement ça !
L’invisible agissant derrière le visible, proposant à notre perception subtile, à notre intuition, un cheveu à tirer, si fin - sans fin
"L'univers est un seul être. Tout et tout le monde est interconnecté à travers un réseau invisible d'histoires. Que nous en soyons conscients ou non, nous sommes tous dans une conversation silencieuse. Ne fais pas de mal. Pratique la compassion. Et ne bavarde pas derrière le dos de quelqu'un - pas même une remarque apparemment innocente! Les mots qui sortent de nos bouches ne disparaissent pas mais sont perpétuellement stockés dans l'espace infini et ils nous reviendront en temps voulu. La douleur d'un homme nous fera du mal à tous. La joie d'un homme fera sourire tout le monde."
Shams-e Tabrîzî (1185-1247)
Le croirez-vous ? La tour de Batère, à 1500 m d’altitude, d’où on a une vue extraordinaire, en particulier sur les châteaux cathares, en cours de restauration sous la présidence de l’héritière des Cafés La Tour, est le siège secret du site internet de Louis de Batère, auteur d’un livre gratuit : Le Pont, de la dualité à l’Unité.
Évidemment, il n’y a aucune connexion internet à la tour de Batère.
Max, le poète, avait proposé à Marina d’écrire comme Marina mais aussi pour ses poèmes russes par un homme inventé, nommé Pétoukhov, qu’elle finirait par haïr et, pour ses poèmes romantiques par des jumeaux inventés, une femme et un homme, les Krioukov.
Marina, par orgueil, voulant signer Tsvétaïéva, tout ce qu’elle écrivait, refusa cette proposition.
Aveu de 1932 :
« C’est vrai que Pétoukhov aurait été un bon poète. Quant aux jumeaux, je les pleure jusqu’à ce jour. »
Volochine, plus de 100 kilos, bouclé, tanné, rond, puissant physiquement, était un marcheur infatigable, un grimpeur doué.
Les poèmes qui sont traduits dans le livre et par lesquels j’ai commencé pour prendre un peu la mesure de ce génie sont très masculins, nets, tranchants, sans concession. L’horreur y est à sa place, énorme car l’histoire n’est que massacres, répétitions de massacres, de tortures (poèmes Massacre, La famine, Le protocope Avvakoum).
Sa mission lui fut dite dans le poème
L’apprenti
…
Et là quand tu auras compris
Que tu n’es pas un enfant de la terre
Tu es un hôte du cosmos
…
Qu’autour de toi dans l’être et dans les choses
Souffle le Verbe
Qui les appelle à être
Et que tu viens pour libérer les noms
Tu viens pour reconnaître les souffles dans la matière …
Koktébel, 14 juin 1917
Navigation
…
Je te placerai là, en témoin des folies
Je te ferai passer sur le fil de la lame
À travers les brasiers d’une guerre
Fratricide, inutile, sans issue
Pour que tu sois porteur du grand silence
De la mer miroitante au crépuscule.
Koktébel, 12 juin 1919
Le Nord-Est
…
Crimes bolcheviks, crimes des tsars
Rien ne change, rien que les bannières
C’est à chaque fois le même vent
Tyrannie des révolutionnaires
Et révolutions par des tyrans…
Le protocope Avvakoum
…
Sans âme, notre corps n’est que poussière et merde.
Le récit De vie à vie est précédé par un poème
à la mémoire de Maximilian Volochine,
Ici-haut
…
Donc, il voulut élever
Mort, lui - ceux qui le portèrent
Donc à la seule place rêvée.
Sienne - la seule sur terre.
Place au-dessus de laquelle est le
Pleur - mien - dans la basse fosse.
Place au-dessus de laquelle a lieu
Dieu - et nulle autre chose.
Lui au milieu des sommets, le Tout-
Homme, sous chaque régime.
Lui, comme il sied au poète - sous
Le ciel, sur la terre mutine…
Max ! Il sera si tendre
De dormir sur ton roc !
28 octobre 1932
(Max est enterré au sommet du mont Koutchouk-Iénychar)
À Corps Ça Vit, dimanche 23 juin 2024
Focs de Sant Joan organisé par le comité des fêtes
(entre 19 H et minuit, confection des ramallets jetés au feu, grillade et cargolade offerte, arrivée de la flamme…)
Christiane Christian Alain Jacques
photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !
Rêvélévation
Cela passa peut-être un dimanche. Peut-être sur une route de montagne sans circulation (où ? où ? demandent les hiboux). Ciel bleu. Nuages, nuages, merveilleux nuages où passez-vous si ce n’est pas ici ? Le chemineau ne peut encercler un nuage passant entre son pouce et son index, en faisant un oeil, clin d’oeil à son oeil en éveil. Sur le terre-plein du kilomètre 300, il enserre le tronc du petit chêne qu’il honore chaque fois qu’il passe puis appliquant son dos douloureux contre le tronc, il lui confie le soin d’en prendre soin, de lui apporter soulagement, demande-prière adressée dans sa tête au petit chêne et livrée à l’abondance de l’univers. Tu peux dire aussi livrée à la Grâce, traverse son esprit.
Et soudain, une correction s’offre à lui. Tu ne peux pas ne demander que le soulagement. Tu dois demander aussi la souffrance. Tu dois vouloir vivre la souffrance et le soulagement. Dorénavant, cher chemineau tentant de vivre en conscience, veuille vivre les antonymes, l’un et l’autre, sans les séparer, pas l’un sans l’autre, pas l’un ou l’autre, pas l’un contre l’autre. Des écailles sont tombées dans l’herbe au pied du chêne.
Rentré, le chemineau sans bâton et sans besace se demande d’où cette tombée d’écailles lui vient. D’un choc de lecture. Il a fini, à une date indéfinie, stylo en main, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? de Christiane Singer.
Il l’aime cette Christiane, cette passionnée, cette mystique sans église, sans dogme, guidée, nourrie, se métamorphosant par des expériences sensibles, des rencontres imprévisibles, dans des endroits inconvenants, hôpitaux psychiatriques, prisons, couvents, monastères, cours d’écoles, rues mal famées, pays lointains, vieux manuscrits, musées…
Rien de ce qui est humain ne lui est étranger.
Elle se coltine au pire, au meilleur. Enrage, s’enthousiasme, s’émerveille, se désespère. Elle s’émerveille du corps, des âges de la vie, de la naissance et de la mort. La diversité des cultures lui permet de résister à la mondialisation uniformisante, à l’économisme mortifère en lui montrant que la plupart d’entre elles, les plus anciennes, savent prendre soin, honorer, célébrer, relier, reconnaître l’invisible derrière le visible, le Réel derrière la réalité, la fluidité derrière la solidité, les sens étant guides, se méfiant de la raison qui veut avoir raison mais tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas.
Le logion 77 de saint Thomas est essentiel : « Je suis partout. Quand tu vas pour couper du bois, je suis dans le bois. Quand tu soulèves la pierre, je suis sous la pierre. »
Non pas, je suis le bois, je suis la pierre mais chaque fois que tu es LÀ, vraiment LÀ, dans la rencontre du monde créé, alors je suis là. Et là où tu es, si tu es dans la présence aiguë, je suis aussi.
Être LÀ ! C’est le secret. L’accès au sacré.
Pour accueillir, ce qui traverse, ce qui passe.
Tout lieu, tout moment doit te devenir makon, terme hébraïque désignant lieu, moment de rencontre entre l’homme et Dieu.
« Je regarde le plus souvent possible couler l’eau. Je m’imprègne de voir ce qui se passe en moi à voir couler l’eau. »
« Dans la réalité, je me fais un bleu lorsque je me heurte à la table. Dans le Réel, j’attrape un bleu parce que quelqu’un au bout du monde s’est heurté à un meuble ou à un coeur endurci. »
Dans la réalité, je suis ficelé par mes représentations. Dans le Réel, rien ne me sépare de rien ni de personne.
Sachant qu’étymologiquement personne = personare = ce qui souffle au travers.
À travers toute personne en vie vraiment, c’est-à-dire LÀ, le vent de la Présence souffle.
S’incliner. Être dans la gratitude.
À son âge certain, le chemineau sans bâton ni besace aimerait approcher du Rabbi Löw de Prague. Un jour, il fut pris sur un pont de la ville sous les jets de pierres d’une bande d’enfants. À peine, les pierres le touchaient-elles qu’elles se changeaient en boutons de roses.
Ce miracle peut-il s’expliquer ?
Rabbi Löw aimait tellement les enfants qu’il ne pouvait pas leur permettre de devenir les assassins d’un vieillard.
Le 17 juin 2024
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N'oublie pas les chevaux écumants du passé / Christiane Singer - Blog de Jean-Claude Grosse
Si la pêche est bonne, le mental s'occupera de la prise et des poissons, les triera par taille, les ouvrira d'un coup de canif et les videra soigneusement. Mais de ce qui n'a ni poids ni ...
« Errer dans les chantiers du monde, sur l'emplacement de la mosquée Bleue ou de l'abbaye du Thoronet quelques jours avant le premier coup de pioche quand y paissaient encore les moutons et y cabriolaient les chèvres. Marcher la nuit dans New York et y entendre bruire la forêt sacrée des Iroquois. Rejoindre le moment de bifurcation où la vie s'invente de neuf. Il faut se répéter sans se lasser que ce qui existe sur terre n'est qu'une ombre du possible, une option entre mille autres. »
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
Dialogue avec Christian Bobin
Le bruit d’une balançoire
Lumière du monde
J’aime beaucoup ce qui se laisse écrire sur la page blanche qui peut tout recevoir mais surtout qui donne tout parce qu’elle est vide et qu’ainsi parfois se livre à la main-oiseau, à la main-papillon de Christian Bobin, en attente, en attention extrême, la vérité, non de la phrase aussi travaillée soit-elle (à éviter autant que possible, pas d’esthétisme avec la vérité, pas de poème mais la poésie offerte à qui sait voir, à qui sait attendre, parfois des années) mais la vérité d’un visage, celui d’un bébé qui, miracle, attire tous les regards et innocente ceux qui le contemplent (surtout éviter de lui glouglousser des mièvreries onomatopoétiques), celui d’un vieillard, buriné par larmes et rires, livre disant si sa vie se termine dans la joie ou par le néant, la vérité-beauté de tourterelles blanches sur la branche du cerisier en fleurs, la venue de l’invisible dans le visible, du ciel sur la terre.
Bobin et c’est tant mieux s’est beaucoup égaré. Aisé alors d’accepter nos égarements. Qui sont nos chemins de vie.
Moi, jusqu’à 80 et ça continuera jusqu’à ce que ça finisse. Mort, Vie. Dans Lumière du monde, nombre d’écrivains sont nommés, démolis, renvoyés à leur nihilisme, leur choix du mal, leur cynisme, après avoir été admirés. Je ne vais pas les nommer car piégé par le monde des écrivains et de leurs lecteurs, ce qu’il appelle « la sainte culture », j’ai encore les mêmes admirations. Ce qui m’a sauvé de l’égarement, de l’attraction de la littérature qui pousse vers le bas, c’est que ces romanciers géniaux de la phrase, du paragraphe, du chapitre, déclarés admirables et admirés, je ne les ai quasiment pas lus. Quelque chose m’en a détourné, une recherche de Vérité ?, pour d’autres lectures de philosophes, psychanalystes, sociologues, ethnologues, dont j’ai fini par admettre qu’elles étaient aussi des égarements.
J’ai eu plus de bonheur ou de justesse dans mes choix avec la poésie. Je me retrouve, dans les noms qu’il cite : au placard Baudelaire, Lautréamont, au pinacle, Rimbaud, Dickinson, Grosjean, Follain, Robin, Alexandre Romanès et autres gitans.
Plus de bonheur aussi parce que les 116 poèmes (16 de trop), écrits en 44 ans me semblent être aujourd’hui encore, mes boussoles sans nord magnétique. Je pense à Désapprentissage de la bêtise, de la maîtrise.
Depuis hier, je ne porte plus tout à fait le même regard sur le papillon blanc posé comme un livre fermé, immobile sur une fleur jaune d’or et qui s’ouvre dès l’approche, sur le massif d’aubépine fleuri d’où sort un vrombissement bourdonnant invisible, sur une fleur au bleu délicat (un bleuet peut-être), ouverte comme une minuscule main à 15 ou 16 doigts très fins finissant par des ongles filaments, courbus, pas crochus (ça ferait sorcière).
Là où je m’écarte de Christian Bobin comme de Christiane Singer, c’est dans leur dénonciation du monde tel qu’il est devenu et qu’ils combattent à leur façon, par la solitude, la patience, l’amour, le coeur, la résurrection pour Christian, par des conférences, actions, engagements divers, par l’inclination, l’amour, le coeur pour Christiane. Ils disent que la guerre spirituelle en cours dans laquelle ils sont engagés décidera du sort de chacun et de tous, humain ou machine.
Ce monde détesté, détestable me semble n’être que la projection d’une part de nous-même. Je dois accepter d’en être co-responsable comme je peux d’ailleurs être co-créateur d’un autre monde en me métamorphosant, en travaillent en conscience sur ce qui m’anime, sur ce par quoi je veux être animé, l’amour de la Vie, la fascination du néant.
Donc ce monde, je ne le combats plus, je ne suis plus en guerre. Il ira là où il ira et autant éviter tout pronostic, tout commentaire, tout jugement.
Je n’écoute plus les bruits du monde (radio, télé depuis le 11 septembre 2001), je ne regarde pas les émissions littéraires, je ne m’intéresse à aucun palmarès.
J’aime ma solitude, ce qu’il me reste de famille, les amis, la vraie vie en face à face, côte à côte.
J’aime les trois rythmes de vie qui sont les miens : 6 à 7 semaines en solitaire (21 H-5 H), 15 jours de vacances scolaires avec les enfants (1 H du matin-8 H), et les 3 mois d’été.
J’aime rencontrer quel que soit l’endroit (je vais vers, j’adresse la parole, déjà bonjour), parler, écouter, contempler, me promener. J’ai mon lot de souffrances et de douleurs, mon lot de joies et de bonheurs.
J’accepte, je suis dans l’accueil de ce qui advient comme ça advient, sans jugement, sans tri (parfois je me surprends à le faire, alors petit pas de côté).
Merci à Christian et Christiane. Évidemment et c’est un jugement, je me méfie beaucoup de tout un tas de pratiques de développement personnel et ou d’éveil spirituel. J’ai eu de la chance, je n’ai pas l’impression de m’être égaré.
Mais comme me dit l’ami F., c’est bien d’avoir papillonné, maintenant faut que tu fasses le job, j’entends Job sur son tas de fumier, incendier Dieu.
Le 20 juin 2024.
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la merveille et l'obscur / Christian Bobin - Blog de Jean-Claude Grosse
documentaire de 2006, rendu public en janvier 2023 N° d'avril 2023 de la Revue des deux mondes cadeau CHRISTIAN BOBIN (décédé le 22 novembre 2022) Dernière conversation en Saône-et-Loire prop...
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article très complet sur Christiian Bobin
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Alain Cadéo - Les Cahiers de l'Égaré
Le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la ...
Le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ? "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.
«Je suis un enfant de curé», disait Lacan. Éduqué par les Frères maristes, il fut un garçon pieux et acquit une connaissance sensible, intime, des tourments et des ruses de la spiritualité chrétienne. Il savait aussi merveilleusement parler aux catholiques et les apprivoiser à la psychanalyse. La Société de Jésus misa sur son École.
Freud, vieil optimiste des Lumières, croyait que la religion n'était qu'une illusion, que dissiperaient dans l'avenir les progrès de l'esprit scientifique. Lacan, pas du tout : il pensait au contraire que la vraie religion, la romaine, à la fin des temps embobinerait tout le monde, en déversant du sens à pleins tuyaux sur le réel de plus en plus insistant et insupportable que nous devons à la science.
Jacques-Alain Miller
N'oublie pas les chevaux écumants du passé / Christiane Singer
Si la pêche est bonne, le mental s'occupera de la prise et des poissons, les triera par taille, les ouvrira d'un coup de canif et les videra soigneusement. Mais de ce qui n'a ni poids ni consistance, il ne s'occupera pas ; je veux parler du ruissellement de l'eau qui retombe dans la mer à la levée des filets et continue longuement de s'égoutter, clip… clop… clip. Or ce ruissellement c'est le bonheur, c'est la nature même du bonheur ! Il est aussi réel que les kilos de poisson sortis de l'eau mais ne figure sur aucun bilan, aucun inventaire. L'intellect ne sachant pas dans quelle rubrique le comptabiliser, finira par lui dénier toute existence.
note dédiée à Alain Cadéo pour son nigoun ניגון
N’oublie pas les chevaux écumants du passé
Christiane Singer
Albin Michel, 2005
Pour me débarrasser du couteau, de la guerre des récits, du récit réflexif sur une tentative d’assassinat d’une durée de 27 secondes sur une scène, devant mille personnes par le A., presque-assassin d’un presque-assassiné, le A. se déclarant non-coupable au nom d’une fatwa déclarée le 14 février 1989, jour des Valentins et valentines, le presque-assassiné se désintéressant totalement du sort de A., soucieux de son bonheur avec Eliza et sa famille, soucieux de son combat pour la liberté d’expression sans conditions, sans censures, j’ai choisi Christiane Singer et ses chevaux écumants du passé, titre provenant d’un adage japonais.
Un même lecteur pour deux livres.
- Le Couteau a été lu sans que le lecteur souligne quoi que ce soit. Il a noté dans sa tête, un livre sans fautes et salue traducteur et correctrices. Mais pour lui, rien à souligner. Livre qui l’a incité à un développement sur l’absence de compassion et d’empathie du presque-assassiné pour son presque-assassin, le A.
« New York en fin d’après-midi, brillant au soleil. Cela fait m’a fait chaud au coeur de la revoir, ses rues jolies-laides à la fois généreuses et avares, tant de talents dans l’air et tant de rats sous les pieds… » page 110
- Les chevaux écumants du passé ont été soulignés abondamment.
« Dès que je manie la critique, je sens s’aggraver l’irritation, et en même temps, j’ai conscience que c’est cette irritation même qui crée l’adversaire ! Les deux vont ensemble. Cette indignation que je laisse monter en moi donne une énergie colossale au Léviathan que j’ai devant moi. Ainsi me place-t-il où il veut m’avoir : dans la réaction - c’est-à-dire dans la guerre. » page 100
Cette citation a suffi au lecteur du Couteau pour se débarrasser de celui-ci, d’autant plus que le presque-assassiné parle d’ennemi, même pas d’adversaire. Et dans la guerre des récits, les récits de libre expression, même en n’utilisant que mots et rires, humour et ironie, imagination de mondes possibles, visent via médias, réseaux sociaux à créer un rapport de forces finissant par leur être favorable, assurant leur victoire sur les récits totalitaires.
Qui ne comprend que la guerre des récits, c’est la poursuite de la guerre par d’autres moyens, que s’il y a victoire, elle sera provisoire, éphémère.
Cette citation me semble essentielle à saisir avant de s’engager dans tout combat. J’ai mené beaucoup de combats qui m’ont semblé justes (politiques, syndicaux, culturels). J’ai défendu la liberté de création artistique en prenant des risques. Quand j’ai été viré des Comoni en 2004, très peu de soutiens.
Aujourd’hui, non parce que je vieillis (c’est une merveilleuse expérience d’ouverture, de fluidification, d’acceptance selon le mot magique de Christiane que je fais résonner avec appétence) mais parce que j’ai enfin admis que prétendre combattre la violence surtout au nom de la justice, de la paix, c’est d’abord et avant tout se placer dans le bon camp, c’est ensuite ajouter de la violence à la violence (la violence verbale, l’insulte, le dénigrement tuent comme les couteaux, les bombes, les uns en s’en prenant à la personne, les autres au corps), je fais choix du non-agir, du non-jugement.
Évidemment, nous avons tellement été formatés, habitués à juger que je me surprends à le faire. J’ai un outil pour en sortir.
Vigilant, de plus en plus vigilant, tentant de vivre le plus en conscience possible, je fais un petit pas de côté : oh J.-C. t’es en train de juger, à voix haute avec un accent du midi, rire, et je me retrouve dans l’acceptance de ce qui me dérangeait et que je laisse se dérouler comme il va se dérouler en regardant yeux grands ouverts et bouche bée.
Je vous garantis que se corriger ainsi au lieu de corriger le monde, c’est d’une joyeuseté presque-permanente.
Il se trouve que c’est là-dessus que nos échanges de fin de vie avec Alain Cadéo ont surtout porté. Que ce soit chez lui, le lundi de Pentecôte ou en soins palliatifs, il n’arrêtait pas de dire que l’acceptance ne peut être qu’acceptance de tout ce qui se manifeste comme ça se manifeste, non par impuissance à corriger, à rectifier le tir mais par respect pour la Puissance à l’oeuvre, que j’appelle Amour inconditionnel, Puissance créatrice, pourvoyeuse de l’abondance qui au galop des chevaux écumants fait
- qu’une cellule de mon foie accomplit au même instant 20000 opérations.
- qu'en 2000 mètres de promenade sur la route sans circulation, je vois des fleurs innombrables, aux couleurs variées que je ne sais pas nommer mais je les vois pousser parfois de façon improbable, bien ouvertes vers 11H, se fermant vers 17 H, je les sens.
- que sur le terre-plein du kilomètre cinq cent, ouvrant la vallée jusqu’à la mer, je me centre sur le respir, inspir, expir en tentant le vide dans la tête, juste la présence à ce souffle qui fait que je vis.
« Le peintre Turner se faisait enfermer des jours entiers dans l’obscurité complète de sa cave, afin de vivre au moment de sa délivrance, le choc éblouissant du jour et des couleurs. Peut-on dire pour autant qu’il avait mérité ses yeux ? » page 14
Quand Alexandre, vainqueur de Darius, s’incline, dégrafe son manteau de pourpre, l’étend sur le corps de Darius pour qu’il lui serve de linceul, au lieu de repousser du pied, son ennemi, par ce geste, il suspend le redoutable face-à-face des opposés, due la victoire et de la défaite, de la vie et de la mort, le face-à-face de deux falaises de roc, de deux meules entre lesquelles le monde est broyé. Il suspend la dualité sanglante. Dans le hiatus de la piété, de l’hommage rendu, il y a place pour un mystère et une transmutation alchimique. M’incliner, cette loi semble jouer dans toute vie. Pages 18-20.
Les références à l’hébreu (le tsimtsoun צמצום si cher à Alain, le nigoun, le chant singulier inhérent à chaque existence, le nigoun ניגון d’Alain Cadéo continuera à se transmettre avec les chevaux écumants du présent), le renvoi aux étymologies (educere, conduire hors de, transmission, passage de main en main) ouvrent les yeux.
Le mundus imaginalis des mystiques. La charte de Mandé de 1222 de Soundyata Keita, créateur de l’empire du Mali. Les arrêts de quinze jours imposés par Heisenberg lors d’échanges où il flairait qu’une découverte importante allait peut-être se faire, « laissons cela en suspens ». Les Japonais qui ont le même mot pour désigner la célébrité et la mauvaise réputation. Le jeu enfantin « Tu brûles ou C’est froid » comme exercice d’attention, permettant de gagner en porosité à la Présence. Visiter un abbaye en s’asseyant, yeux fermés, sans écouter le blabla du guide mais en tentant de voir celui, celle, ceux qui l’ont eu d’abord dans la tête. Visiter New York en entendant les chants des Iroquois qui en ont été chassés (quelle différence avec le New York du presque-assassiné !). Ne pas visiter Jérusalem parce que la Jérusalem céleste n’est pas à Jérusalem. Bref, un livre essentiel portant sur l’essentiel.
Petit soupçon débouchant sur une question monstrueuse car j’adore Christiane comme j’adore Christian.
Christiane Singer est morte d’un cancer très douloureux à 63 ans. C’était une passionnée de la Vie, de l’Amour, du Féminin, très irritée contre la société marchande, consumériste des mercenaires, brockers, chicaneurs, blasés, méprisant, détruisant la Vie qui réclame des danseurs, des voltigeurs, des adorateurs, des porteurs de flambeaux. Cette irritation qu’elle vivait tout en tentant d’être dans l’acceptance, dans la Présence n’a-t-elle pas fini par engendrer ce cancer ?
Je me pose cette question aussi à propos de Christian, mort lui aussi d’un cancer, à 71 ans, lui aussi dans une forme de colère contre le monde « moderne », freinant l’accès de la plupart des gens au divin, l’abîme sous nos pieds.
D’où ma vigilance à ça quand serre, les conseils de lâcher prise qu’éventuellement je donne et surtout me donne.
Rassurez-vous : je ne suis pas à l'abri, mon "éveil" remonte à 80 ans, j'ai donc eu le temps de m'empoisonner, d'être empoisonné et j’ai déjà connu, queue du pancréas, réglé et prostate, je passerai avec. Et malgré la vigilance, qui sait. Acceptance aussi.
Les dernières paroles de Christiane Singer sont sublimes.
JCG, le 14 juin 2024
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Le couteau / Salman Rushdie - Blog de Jean-Claude Grosse
avant après le couteau J'ai entamé la lecture du Couteau de Salman Rushdie, lundi 10 juin en soirée (80 pages), poursuivie hier mardi 11 juin (81 à 210), terminée ce matin mercredi 12 juin (21...
https://les4saisons.over-blog.com/2024/06/le-couteau/salman-rushdie.html
sentez-vous la même chose ? on va en prendre plein la vue on va en prendre plein l'oeil on en prend toujours plein la vue mais faut avoir l'oeil on en prend toujours plein l'oeil même borgne, même aveugle
Le bonheur, le vrai, est volatil, il ne dresse nulle part ses tentes. Il surgit et s'esquive : attendu à l'arrêt de l'autobus, il ne descend pas. À l'aéroport, il n'atterrit pas. Et dès que d'aventure on le reconnaît et lui demande un autographe, il a déjà sauté dans un taxi. Il y a des jours qui lui sont consacrés, des jours fériés, des jours de vacances, d'excursion, de banquet, des jours de distribution des prix, des jours de noce où il n'apparaît pas ; les bougies brûlent et s'éteignent sans qu'il soit venu.
« C’est du fond de mon lit que je vous parle – et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c’est à chacun de vous – à chacun de vous, que je parle au creux de l’oreille.
Quelle émotion ! Quelle idée extraordinaire a eue Alain d’utiliser un moyen aussi simple, un téléphone, pour me permettre d’être parmi vous. Merci à lui. Merci à vous, Alain et Evelyne, pour cette longue et profonde amitié – et pour toutes ces années de persévérance.
Des grandes initiatives, comme c’est facile d’en avoir ! Mais être capable de les faire durer – durer – ah, ça c’est une autre aventure ! Maintenant ces quelques mots que je vous adresse. J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon œuvre, toute mon écriture était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c’est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage.
Alors ce dont je veux vous parler c’est tout simplement de ce que je viens de vivre. Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable.
Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure.
Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour.
Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous.
On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore – et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.
Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige.
Au fond, je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte. Et puis, il y a autre chose encore.
Avec cette capacité d’aimer – qui s’est agrandie vertigineusement – a grandi la capacité d’accueillir l’amour, cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne et qui m’accompagnent – parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui vous portent !
Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille.
Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer, sont entrés dans cette audace d’amour. En somme, il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans le courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.
Alors, ami-es, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément. Tout est mystère. Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous. La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous. »
Christiane SINGER
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Derniers fragments d'un long voyage de Christiane Singer - Les Cahiers de l'Égaré
Cette note de lecture date du 24 mars 2008 soit un an après le départ à 64 ans d'un cancer de Christiane Singer (1943-2007). Depuis quelques semaines Christiane Singer est revenue dans ma vie. Sans
Le couteau / Salman Rushdie
J’ai entamé la lecture du Couteau de Salman Rushdie, lundi 10 juin en soirée (80 pages), poursuivie hier mardi 11 juin (81 à 210), terminée ce matin mercredi 12 juin (210-269) vers 10 H.
Martine m’a appris la nouvelle du passage de l'âmi Alain Cadéo quand j’ai appelé à 11 H 45. Je ne pourrai lire le message annonçant la nouvelle que demain, jeudi 13 juin car l’épicerie est fermée le mercredi.
Ma note de lecture sur ce récit de Rushdie ne sera pas lue par Alain. Je l’enverrai à Martine pour qu’elle soit placée dans le cercueil, avec le BAT du Ciel au ventre.
Deux chapitres de la 1° partie, L’Ange de la Mort, Hamot et Rééducation, sont des chapitres à lire par chacun, qu’il soit en bonne santé ou survivant, mutilé. Les 15 coups de couteau portés, le 12 août 2022, avec violence, fureur par le A. à Rushdie n’ont pas tué le condamné à mort par la fatwa de 1989 mais l’ont sérieusement mutilé, à l’oeil gauche, à la main droite, au cou, au torse, au foie, à la lèvre inférieure. Le survivant s’en est tiré, miraculeusement. Instinct de survie (vivre-vivre). Capacité extraordinaire des organes à se régénérer (le foie). Compétence des chirurgiens recousant, agrafant, calmant avec des antalgiques engendrant des hallucinations et des effets secondaires non maîtrisés. Compétence des rééducatrices, en particulier pour la main dont les tendons avaient été sectionnés. Salman raconte dans le moindre détail ce qu’inflige comme souffrance, une impossibilité d’uriner, le cathéter dans le pénis, l’infection urinaire, le PSA qui s’envole.
À force de visiter des amis malades, à force de vivre aussi certains de ces traitements, je me suis reconnu en pays familier, bien qu’inhospitalier avant de devenir hospitalier, le traitement fonctionnant souvent en quelques jours.
Pour qui a un cancer de la prostate, les pages qu’il consacre au palper du médecin, à la biopsie lui paraîtront réalistes.
Idem pour les pages consacrées aux soins de son oeil gauche.
J’ai pensé à l’ami Marcel Conche qui avait peur de devenir aveugle suite à son glaucome de l’oeil droit et se plaignait de tension insupportable. Lui ayant demandé le nom du produit qu’on lui mettait dans l’oeil, je suis allé sur internet et j’ai relevé que parmi les effets secondaires indésirables, il pouvait y avoir cette tension. Son ophtalmo a changé son traitement.
J’ai pensé aussi à l’ami Roger Lombardot avec qui j’ai longuement parlé au téléphone lundi après-midi à propos de ses yeux. Depuis le début de l’année, il est allé 14 fois en VSL à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon pour des interventions, des contrôles, drain dans l’oeil, soit 6 H de transport depuis l’Ardèche. Il m’a évoqué ce qu’avec un thérapeute, ils ont débusqué sur sa maladie oculaire héréditaire (son frère aîné est mort aveugle, leur père avait aussi cette maladie mais non déclarée) à savoir que le rétrécissement du champ de vision était une manière de fuir les prédateurs (indéfinissables) pouvant y pénétrer et que la focalisation centrale allait ainsi à l’essentiel. À quoi, je lui ai dit qu’il me semblait que toute son aventure théâtrale était bien une quête de l’essentiel, exclusivement centré sur l’essentiel. Il m’a remercié d’avoir verbalisé cela. Je lui ai dit qu’il y avait sans doute à écrire là-dessus.
Et voilà que la lecture de la deuxième partie, L’Ange de la Vie, du Couteau apporte de l’eau au moulin de cette nécessaire réflexion sur ce que peut voir, ce que voit un oeil de borgne, un oeil de presque-aveugle. Salman s’écarte assez peu du réel, il s’en écarte par quelques marqueurs littéraires lui permettant de ne pas utiliser le Je, la première personne car sa reconstruction est le lot de tous les mutilés. Le A. est le presque-assassin, lui est le presque-assassiné. Il est le borgne ayant acquis toute une gymnastique pour ne pas verser l’eau à côté du verre, pour arriver à voir ce qu’il tape sur son ordinateur…
J’en arrive à ce qui me pose problème avec Le Couteau. Je précise que je ne peux écrire ce que je vais écrire qu’à partir de là où j’en suis aujourd’hui.
À savoir, que je pense que Vie et Mort sont Mystère et Miracle. Que la Vie est Kdo, créée par la Force qui déplace les montagnes, l’Amour inconditionnel, qui crée sans jugement sur ce qu’elle crée, sans tri. D’où les deux pharmacons qui me sont tombés dessus en décembre 2020 : Tu es aimé / Tu es mon bien-aimé.
Le dialogue de fiction qu’a Salman avec le A. est un dialogue de type socratique guidé par le pharmacon Connais-toi toi-même. Une vie sans examen ne mérite pas d’être vécue. A. refuse dans ce dialogue tout examen. Salman le conclut en disant je te connais maintenant mon assassin raté, hypocrite assassin, mon semblable, mon frère, en italiques, donc ironique. Pour Salman, A. est un imbécile qui l’a considéré comme un ennemi comme sont considérés comme ennemis par deux milliards de musulmans fanatisés, les six milliards d’humains ne pensant pas comme eux.
Salman ne pardonne pas à A. dont le sort désormais l’indiffère. Leur rencontre violente, intime, a duré 27 secondes. A. fait partie, dans ce que Rushdie appelle la guerre des récits, donc avec des ennemis, donc Rushdie a des ennemis, A. fait partie du camp des récits intolérants, extrémistes, dogmatiques, idéologiques, totalitaires. Salman fait partie du camp des récits imaginés, des récits inventés qui font bouger les lignes, ébranlent les certitudes, ouvrent des possibles, d’où son combat pour la liberté d’expression sans réserves, sans censure, pour l’art comme arme contre les clichés, les lieux communs, la bêtise. Il en arrive à épingler le pharmacon de Nietzsche Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort comme un cliché, un énoncé à dénoncer.
Donc aucune compassion chez Salman. Bien sûr, aucune empathie malgré le dialogue de fiction qui n’a pas la valeur d’une rencontre réelle dans un parloir de la prison où A. attend d’être jugé, deux fois, au niveau de l’état où le crime a été commis, au niveau fédéral.
S’en rend-il compte ? Rushdie est un écrivain activiste ayant obtenu des réalisations concrètes (les villes-refuges pour écrivains persécutés). Il est sûr de la justesse de son combat pour la liberté d’expression comme A. est sûr d’avoir agi pour le service de Dieu, donc plaidant non coupable. Mais ça peut changer.
La différence de taille entre ces deux combats est que l’un utilise un couteau, l’autre des mots et le rire.
Voilà 35 ans maintenant (fatwa du 14 février 1989-livre sorti en mars 2024) que les tribulations de la vie de Salman Rushdie sont devenues plus médiatiques que ses livres, que cette vie a connu trois phases : le Salman Rushdie caché, protégé par la Grande-Bretagne que les uns parmi ses pairs soutenaient, que d’autres parmi ses pairs envoyaient en enfer (lire Joseph Anton) ; le Salman libre, s’étant libéré par lui-même en choisissant la vie aux États-Unis mais où il est perçu comme un fêtard mondain, quasi-un people ; le Salman d’après le 12 août 2022, où au moins dans les pays occidentaux, le soutien et la reconnaissance se sont manifestés avec ampleur.
Paradoxe pour un écrivain : cela va affecter la façon dont mon écriture est lue. Ou pas lue. Ou les deux à la fois.
Salman emploie le mot gratitude, deux fois, pas plus mais il me semble qu’il ne sait pas à quels destinataires adresser ses mercis. L’athée qu’il est et qu’il revendique n’a pas encore fait l’expérience sensible du divin en lui comme en chacun et en toute chose; si divin lui fait peur, allons-y pour sacré. Tout est sacré.
Parole inouïe de Jésus dans Matthieu, Aimez-vos ennemis comme vous-même. Rushdie cite Saint-Paul, 1° épitre aux Corinthiens page 238 « Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu un homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. »
Il poursuit : « Nous n’avons plus besoin de figure(s) de l’autorité parentale, d’un Créateur ou de plusieurs Créateurs pour expliquer l’univers ou notre propre évolution… »
La messe est dite par l’athée Salman Rushdie. Il n’y a plus rien à dire.
Ton oeil, Salman !
Je n’ai pas évoqué Eliza, leur rencontre, leur amour. Cela relève de leur vie privée. Et Rushdie a bien raison de défendre ce qu’il en reste.
Livre que je conseille même si ce finale semble très critique.
sentez-vous la même chose ? on va en prendre plein la vue on va en prendre plein l'oeil on en prend toujours plein la vue mais faut avoir l'oeil on en prend toujours plein l'oeil même borgne, même aveugle
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Joseph Anton Salman Rushdie - Blog de Jean-Claude Grosse
interview du 7 septembre 2023 disponible jusqu'au 6 septembre 2025 Lus cet été à Corsavy - Patries imaginaires de Salman Rushdie, chroniques, essais, discours des années 1980-1990 soit il y a ...
https://les4saisons.over-blog.com/2022/10/joseph-anton-salman-rushdie.html
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Le philosophe et le djihadiste - Jean-Yves Leloup
En 2004 Mohammed, un jeune Marocain, affirme avoir reçu d'Allah la mission de détruire la chapelle Sixtine et de purifier Rome de tous les " idolâtres ". Alerté par la sœur du terroriste, Jean...
https://www.jeanyvesleloup.eu/meetsup/le-philosophe-et-le-djihadiste/
Emmanuelle Arsan / Camille Moreau
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La couleur des idées - Camille Moreau
Pascale Seys reçoit la philosophe Camille Moreau avec qui elle s'entretient d'érotisme et d'érographie en lien avec la littérature et principalement à travers le mythe d'Emmanuelle', qui vient...
https://auvio.rtbf.be/media/la-couleur-des-idees-la-couleur-des-idees-3379441
émission du 20 septembre 2025
5 pages dans Première sur le livre de Camille Moreau à l'occasion de la sortie le 25 septembre 2024 du film Emmanuelle d'Audrey Diwan
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D'Emmanuelle à Emmanuelle, deux films au coeur de deux révolutions sexuelles
Il y a 50 ans, le grand public découvre le film "Emmanuelle", dont la jeune héroïne, interprétée par l'actrice Sylvia Kristel, explore sa sexualité librement, sans tabou ni respect des conven...
excellent documentaire dans lequel j'ai apprécié en particulier ce que dit Camille Moreau sur le mythe Emmanuelle Arsan / un documentaire pour faire le point sur "sa" sexualité et "son" rapport à l'autre, sur comment on prend en compte ou pas des mouvements comme #MeToo ou #NotAllMen / diffusé le 24/09/2024 à 21h08 Disponible jusqu'au 28/06/2025
Camille Moreau à la RTBF pour la sortie de sa biographie d'un pseudonyme / Emmanuelle 1° édition sans nom d'auteur ni d'éditeur, vendue sous le manteau / le 2° tome toujours sous le manteau avec nom d'auteur
les deux précédents livres de Camille Moreau / correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan / Livre des cendres d'Emmanuelle, paru en 2017, sans nom d'auteur ni d'éditeur = retour à l'anonymat
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Emmanuelle, nous et moi (nos émois)/J.C.Grosse - Blog de Jean-Claude Grosse
Sylvia Kristel Noémie Merlant 50 ans après la sortie, le 24 juin 1974, du film Emmanuelle de Just Jaeckin avec Sylvia Kristel est en préparation, une nouvelle version par Audrey Diwan avec Noém...
C'est le 4 juin 1968 que j'ai osé aborder Emmanuelle. 68. Paris. Quartier latin. L'imagination au pouvoir. Retrouvée la force des mots-tocsin. Du vent, semble-t-il, des pétales tombés sous les talons d'une danse mais l'homme pourtant, avec toute son âme, ses lèvres, sa carcasse... Rejoint par nous de 68, Vladimir Maïakovski, le poète des mots-tocsin: Désembourbez l'avenir nous crie-t-il depuis 1925 et à moi: Calcule, réfléchis, vise bien et avance -ne serait-ce que dans le détail- chez toi, à table, dans tes rapports, les moeurs pour atteindre la taille de la puissante vie à venir. Et nous de 68 de lui répondre sur les murs où s'écrit la parole en archipel par la salve d'avenir de René Char: Vivre devient la conquête des pouvoirs extraordinaires dont nous nous sentons profusément traversés mais que nous n'exprimons qu'incomplètement faute de loyauté, de discernement cruel et de persévérance. La bêtise aime à gouverner. Arrachons lui ses chances.
Louis-Jacques Rollet-Andriane auteur principal du livre Sauver Venise UNESCO, 366 p., 1971 / PDF intégral de ce qui est devenu le projet réalisé Mose-Moïse / Lire les pages 277 à 280 / Les 78 barrières sous-marines ont été testées pour la première fois ensemble le 10 juillet 2020 (en conditions de marées normales) et, après plusieurs tests toujours en conditions de marée normale, la place Saint-Marc est protégée pour la première fois de l'acqua alta le 3 octobre 2020. Fin octobre 2023 il y a eu dix jours consécutifs de marées exceptionnelles. La ville a été protégée par le Mose. Relevé dix fois depuis le début de la saison d'automne pour un coût de deux millions d'euros, le barrage, mis en service le 3 octobre 2020, a depuis permis de maintenir la ville au sec et d'éviter des millions de dégâts, d'éviter des désagréments. Sans le relèvement des vannes, 70 % de la surface aurait été submergée. Au 31 mai 2022, le coût indiqué pour la Mose était de 6,2 milliards d’euros, 670 millions de plus que les 5,5 milliards enregistrés en décembre 2020 et plus de deux milliards de plus – 51 % – que prévu initialement.
Bonheur dans l'univers d'Emmanuelle Arsan, filmé à L.A., chez un admirateur
http://www.dailymotion.com/video/x4uilw_bonheur-1-emmanuelle-arsan_creation
Extraits de Bonheur, texte d'Emmanuelle Arsan, publié aux Cahiers de l'Égaré, en 1993, épuisé et repris dans Bonheur 2, publié en 2008, aux Cahiers de l'Égaré, disponible; texte dit chez un...
http://www.dailymotion.com/video/x4usf7_bonheur-2-emmanuelle-arsan_creation
Dolly / Edgar et Diane Gunzig
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Edgard Gunzig/le vide quantique - Blog de Jean-Claude Grosse
Edgard Gunzig au Théâtre des Doms en Avigon Vendredi 30 mars 2007 de 14 H à 16 H 45 au Lycée Dumont d'Urville à Toulon Edgard Gunzig, cosmologiste, s'est adressé aux étudiants en classes ...
Vendredi 30 mars 2007 de 14 H à 16 H 45 au Lycée Dumont d'Urville à Toulon Edgard Gunzig, cosmologiste, s'est adressé aux étudiants en classes préparatoires scientifiques
Interview d'Edgard Gunzig sur le fonctionnement des rencontres de cosmologie à Peyresq qui existent depuis 12 ans et rassemblent les meilleurs cosmologistes du monde.
Interview d'Edgard Gunzig le 20 juin 2007 sur le fonctionnement des rencontres de cosmologie à Peyresq qui existent depuis 12 ans et rassemblent les meilleurs cosmologistes du monde.
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les entretiens d'Altillac 1 - Blog de Jean-Claude Grosse
Rencontre entre un cosmologiste et un philosophe Marcel Conche et Edgar Gunzig Altillac, Corrèze, le 11 novembre 2009 Arrivés à 9 H 30, les échanges du matin ont duré jusqu'à 12 H 30. J'ai fi...
rencontre de deux "ignorants" à Altillac, Corrèze, le 11 novembre 2009
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rencontre du 11 novembre 2009 à Altillac entre le cosmologiste belge Edgard Gunzig et le philosophe naturaliste Marcel Conche
la rencontre de deux "ignorants" à Altillac, Corrèze, le 11 novembre 2009
Edgar Gunzig
rencontre de deux ignorants
Mon cher Marcel Conche,
Voilà plus de dix ans, le 11 novembre 2009 à Altillac, qu’eut lieu, à l’initiative de Jean-Claude Grosse, la rencontre de deux « ignorances », celle du philosophe annonçant d’entrée de jeu, sa méconnaissance de la physique et celle du physicien peu éclairé en philoso- phie.
Malgré le peu de compatibilité entre les deux discours, le scientifique et le métaphysique, l’échange fut vif, fructueux, très cordial et non dépourvu d’humour. Il me laisse un souvenir durable et joyeux.
Vous nous parliez de l’infini de la Nature, moi de l’infini de l’Univers.
Cet Univers qui existe depuis 13,7 milliards d’années mais aussi depuis toujours... Cette affirmation appa- remment contradictoire prend néanmoins tout son sens dans un contexte cosmologique novateur (1,2,3,4) : l’Univers n’a d’autre origine que...lui-même !
Il est sa propre cause et s’auto-engendre dans une dé- marche circulaire que les anglo-saxons désignent par l’expression « free lunch », créer quelque chose à par- tir de rien, sans faire appel à un point d’appui et sans apport d’énergie extérieure, par la seule mise en oeuvre adéquate de ressources, d’actions et d’énergies internes. L’expression « bootstrap », littéralement « se hisser en tirant sur ses bottes », se réfère à ce type de situation.
Le bootstrap se retrouve ainsi au coeur de toute dynamique autonome, toute activité qui s’auto- engendre, auto-consistante, fonctionnant en boucle fermée, indépendante de tout ce qui lui est extérieur. Il est à l’oeuvre dans tous processus scientifiques, phi- losophiques, artistiques...qui se créent, se façonnent réciproquement et s’enrichissent par le biais d’un jeu interactif entre l’oeuvre créée et son créateur. Ce dernier pourrait alors dire à l’instar de Montaigne à propos de ses « Essais »: « J’ai autant fait mon oeuvre qu’elle m’a faite »... et Marcel Conche ?
Que l’Univers lui-même puisse s’autocréer sans le recours à un quelconque « extérieur », d’ailleurs inexis- tant, traduit l’ouverture conceptuelle majeure qui bouleverse la physique d’aujourd’hui : la création d’une connivence indissociable entre le temps, l’espace, la matière et l’acteur essentiel, le « Vide Quantique ». C’est autour de ce dernier que s’articule un dialogue inattendu entre le contenant spatio-temporel et le contenu matériel de l’Univers : l’expansion de l’espace et son contenu matériel s’engendrent l’un l’autre dans un « bootstrap cosmologique » énergétiquement gratuit, une rétro-action géométrico-matérielle à l’échelle cosmologique : l’énergie gagnée par le contenu matériel créé étant intégralement puisée dans la géométrie dynamique de l’espace-temps. C’est elle qui, en retour trace les trajectoires des corps matériels et du rayonnement.
Les équations d’Einstein de la relativité générale représentent les contraintes mathématiques précises qui expriment les liens indissociables entre l’espace, le temps, la matière et ...le vide. Elles gèrent les rapports intimes qu’ils entretiennent au coeur des deux grands courants de la physique contemporaine, la relativité générale et la théorie quantique des champs. Elles décrivent une dynamique d’un genre nouveau, la rétroaction perma- nente entre le contenu de matière-énergie de l’univers et sa géométrie, situation sans précédent en physique.
Les questionnements essentiels, qui se posent au sein de ce cadre conceptuel, s’articulent autour de la manière dont l’expansion de l’espace-temps et son contenu matériel se conditionnent l’un l’autre. Autrement dit, comment ce contenu matériel quantique ressent-il cette expansion et, point capital, comment se comporte son état fondamental, par définition son état d’énergie minimale non nulle, le vide quantique ? Cette dynamique entrelacée se déroule sous la contrainte des équations d’Einstein semi-classiques : la géométrie de l’espace-temps y est décrite classiquement alors que son contenu matériel l’est quantiquement. L’expansion de l’espace produit sa propre énergie analogue à celle que produirait une source d’énergie extérieure, et crée ainsi son contenu matériel.
C’est comme si l’Univers possédait son extérieur énergétique en lui- même.
C’est pourquoi cette création, qui ne résulte que de transferts internes d’énergie, est ainsi globalement gratuite. C’est la stratégie la plus subtile jamais mise en oeuvre par l’univers, celle de son autocréation ! La mise au point de cette cosmologie autoconsistante, fut le fruit des travaux déployés par quelques physiciens (1,2,3,4) désireux de cerner le moment zéro de l’émer- gence physique de l’univers issu d’un vide quantique « primordial ». Celui-ci devient l’acteur central d’une histoire cosmologique semi-classique de l’univers. Ce vide quantique est par essence dépourvu de parti- cules réelles mais est le siège d’une mouvance irréduc- tible par principe, les fluctuations quantiques du vide, porteuses de l’énergie de ce niveau fondamental.
La création de particules au sein de ce vide, requiert un apport suffisant d’énergie à ces fluctuations pour qu’elles puissent se « matérialiser » et transporter alors l’équivalent énergétique de la masse de ces particules réelles ainsi créées. Dans ce contexte cosmologique, il n’y a pas d’« ailleurs » de l’univers d’où cette énergie pourrait être importée, semblant ainsi interdire a priori de telles créations.
Et pourtant, il nous est apparu (1,2,3,4) que l’univers en expansion est le seul système physique qui fasse exception : il contient en lui-même un réservoir énergé- tique dans lequel le champ peut puiser l’énergie qui lui convient. C’est dans un dialogue entre les fluctua- tions quantiques du champ matériel et la géométrie courbée de l’espace-temps qu’apparaît une forme inattendue d’énergie, celle qui est associée à l’expan- sion géométrique de l’univers, donc à la géométrie de l’espace-temps dynamique. Cette source géométrique d’énergie donne au vide quantique la possibilité de s’ex- primer cosmologiquement : l’expansion cosmologique de l’espace induit l’excitation du champ quantique, donc la création associée de particules matérielles. Cette matière ainsi créée rétroagit alors en conditionnant, à son tour, l’expansion qui lui a donné naissance... Extraordinaire serpent cosmologique qui se mord la queue ! Bel exemple de mécanisme de rétroaction régi par les équations d’Einstein. C’est une réponse surprenante et essentielle au questionnement relatif au pouvoir créateur du vide : ce processus de feedback géométrico-matériel peut en effet s’enclencher quel que soit l’état quantique initial du champ... même si c’est précisément son état de Vide.
L’existence préalable de matière n’est donc pas requise pour amorcer sa propre création. La totalité du contenu matériel de l’univers pourrait-il donc résulter de ce scénario autocréateur ? Si ce dernier est concep- tuellement attrayant, satisfait-il pour autant à toutes les contraintes de la théorie ? Autrement dit, est-il décrit par une solution des équations semi-classiques d’Einstein qui gèrent ce problème ?
Question conceptuellement excitante s’il en est.
Notre travail collectif (1,2,3,4) aboutit à une conclu- sion plus que satisfaisante : il existe bien une solution mathématique exacte qui décrit ce mécanisme cosmo- logique autoconsistant par lequel la matière, qui est entièrement produite par l’expansion, est précisément celle qui soutient cette expansion au sein d’un bootstrap géométrico-matériel. C’est un phénomène coopératif à l’échelle cosmologique, responsable de la produc- tion coordonnée du contenu matériel de l’univers et de son expansion : la matière créée par l’expansion en est également le moteur. Ce mécanisme coopératif de création souligne un rôle inattendu de l’espace-temps dynamique : le milieu matériel cosmologique s’engendre lui-même par espace-temps interposé́.
Cette prouesse cosmologique est donc énergétique- ment gratuite car elle ne résulte que de transferts internes d’énergie entre la géométrie et la matière, c’est donc un free lunch cosmologique.
Voilà comment le dialogue entre la relativité générale et la théorie quantique des champs pourrait ouvrir la voie à une histoire cosmologique d’un genre nouveau... l’émergence de l’univers à partir du vide quantique pri- mordial.
En dépit de la beauté formelle de ce mécanisme cosmologique autoconsistant exact, le physicien se doit de poser ici la question cruciale : cette solution mathé- matique a-t-elle des raisons physiques de se matériali- ser au coeur de ce vide quantique ?
La réponse positive à ce questionnement résulte d’une propriété ésotérique de ce milieu particulier : son éner- gie étant la plus basse des énergies compatibles avec les règles du jeu quantique, elle ne peut descendre sous ce seuil et ne peut ainsi que rester constante au cours de l’expansion, propriété étrange qui implique- rait que la pression du vide quantique serait négative et engendrerait par cela même un effet gravitationnel répulsif, une antigravitation. C’est elle qui induirait l’expansion et lancerait la création autoconsistante de matière. Un hypothétique vide quantique primordial soumis aux effets de son autogravitation répulsive ne pourrait dès lors que se transformer en un univers matériel en expansion...le nôtre?
L’histoire cosmologique de l’Univers ne résulterait pas de l’explosion mathématique, cataclysmique, infinie de Tout dans Rien, le Big Bang, mais émergerait physi- quement, sans fracas énergétique, d’une instabilité d’un vide quantique primordial soumis aux effets de son au- togravitation répulsive.
Cette propriété déterminante ouvre la voie à des his- toires cosmologiques inconcevables dans le cadre de la cosmologie einsteinienne classique : l’expansion de l’univers naissant est exponentiellement accélérée, sans commune mesure avec l’expansion décélérée du modèle cosmologique standard, c’est une inflation cosmologique. Cerise sur le gâteau : c’est elle qui éradiquerait un grand nombre de ses pathologies et énigmes.
Voilà mon cher Marcel Conche comment l’univers en expansion pourrait se faire naître lui-même. Il s’inspirerait ainsi du Dieu du « Livre des morts de l’Egypte ancienne » clamant : « Je me suis engendré moi-même à partir de la substance originelle que j’ai faite. »
1. R. Brout, F. Englert, E. Gunzig, « The Creation of the Universe as a Quantum Phenomenon, Ann. phys., 115, 78, 1978.
2. E. Gunzig, P. Nardone, « Self-Consistent Cosmology, The Inflationary Universe and all that... », Fund. Cosmic. Phys., 11, 311-443, 1987.
3. E. Gunzig, « Du vide à l’Univers », dans « Le Vide, Univers du Tout et du Rien », 467-486, Ed. Complexe ( Bruxelles, Paris), 1998.
4. E. Gunzig, « Variations sur un même ciel », Ed. la ville brûle (Paris), « Cyrano, le bootstrap et l’histoire cosmologique du vide », 249-266, 2012.
Ce petit travail n’aurait pas vu le jour sous cette forme sans le soutien de ma femme.
Merci Diane, Edgar.
JEAN-CLAUDE GROSSE
OPACITÉ/TRANSPARENCE
ENTRETIEN ENTRE UNE COSMOLOGISTE ET UN PHILOSOPHE
10 août 2013. Soirée (g)astronomie au gîte de Batère, 1 500 mètres d’altitude, à Corsavy. Ciel constellé. Pour observation après le repas.
Ont été invités Ada Lovelace, descendante de Lord Byron, 36 ans, cosmologue, génie du calcul intensif et Marceau Farge, fils de paysans corréziens, 91 ans, philosophe naturaliste d’une grande liberté d’esprit.
MARCEAU – Je me suis souvent demandé, Madame, ce que nous apportait la science: des certitudes valables un temps seulement, souvent contestées du temps même de leur prééminence, sur lesquelles s’appuient des volontés intéressées de maîtriser la nature et l’homme. N’est-ce pas ainsi qu’il faut voir la recherche acharnée des constantes universelles ?
ADA – Les quinze constantes physiques actuelles sont d’une précision et d’un équilibre qui nous ont rendu possible: matière, vie, conscience. Votre méditation métaphysique, cher Marceau, n’est qu’une spéculation solitaire sans vérifications. Les chercheurs avec leurs télescopes comme Hubble captent des lumières (la gamma, la X, l’ultraviolette, la visible, l’infrarouge, la radio) de plus en plus faibles provenant de l’univers (sans lumières, ils sont dans le noir). Voir faible c’est voir loin dans l’espace indéfini et tôt dans le temps immense. Nos tâtonnements lents, rigoureux, collectifs, débouchent sur un modèle d’univers cohérent et beau, en symbiose avec nous.
MARCEAU – La disproportion entre l’opacité et la clarté ne plaide-t-elle pas pour la méditation impatiente et quasi- aveugle sur l’opacité? Elle ne dérange pas l’ordre des choses étant sans volonté de puissance, sous-jacente au désir de savoir.
ADA – Vous provoquez là ! Votre métaphore n’a rien d’aveuglant. Nous, chercheurs, mettons en place des notions nous permettant d’éclairer l’opacité : hasard, chaos, inflation, singularité, fluctuation quantique. Nous voyons se multiplier les paradoxes qui mettent en difficulté nos modèles à contraintes et constantes
MARCEAU – la métaphysique a inventé des modèles depuis longtemps. Anaximandre, son infini, son germe universel, Héraclite, le feu comme principe de création, destruction, bien avant votre big bang, Démocrite, ses atomes, Épicure, le clinamen (une déviation, une mutation). La contemplation ouvre sur des visions développées en métaphores
ADA – vos métaphores métaphysiques, Marceau, sont figées. Nos paradoxes scientifiques sont dynamiques. Pensez aux effets du paradoxe EPR (1935) qui révèle qu’ici est identique à là (1998). Observer en 1998 que l’expansion de l’univers, décelée en 1929, est en accélération oblige à poser l’existence d’une énergie répulsive responsable de cette accélération: l’énergie noire. Les calculs intensifs, pétaflopiques, bientôt exaflopiques, que j’entreprends avec les calculateurs Ada et Turing sont réalisés pour tenter de la caractériser avant de la déceler.
MARCEAU – On a donné votre prénom à un calculateur pétaflopique ? (Elle rit.) Rien n’interdit ma méditation de se nourrir de vos calculs. Échange chiffres contre images. Pour évoquer la recherche de la vérité, j’imagine un archer tirant dans le noir. Où est la cible ?
ADA – Les constantes sont d’une telle précision qu’il faut que votre archer vise une cible d’un centimètre carré, placée aux confins de l’univers. Enlevez un 0 à 1035 et vous avez un univers vide, stérile.
MARCEAU – Savoir que nous sommes des poussières d’étoiles dans un univers anthropique, connaissances scientifiques du jour, enrichit ma pensée de la Nature, m’évite de m’égarer dans une théologie créationniste ou dans une métaphysique matérialiste, déterministe et réductionniste comme celle du Rêve de d’Alembert de Diderot
ADA – d’autant que nous distinguons deux sortes de matières, la matière lumineuse, visible, connue et la matière noire, jamais observée, inconnue, comme l’énergie noire
MARCEAU – si vous permettez que je vous appelle Ada, le noir, Ada, semble dominer en astrophysique
ADA – 73 % d’énergie noire, 23 % de matière noire, 4 % de matière ordinaire dont 0,5 % de matière lumineuse, telles sont les proportions proposées aujourd’hui pour l’Univers
MARCEAU – soit 0,5 % de clarté pour 99,5 % d’opacité. Le raccourci de la méditation sur le Tout de la Réalité me convient mieux que le long chemin sinueux de la connaissance parcellaire qui bute sur le mur de Planck.
ADA – Cela nous mène où, Marceau ?
MARCEAU – vous Ada à savoir presque tout sur presque rien, moi à voir la Nature comme infinie, éternelle, un ensemble ouvert, aléatoire, en perpétuelle création de mondes inédits, ordonnés, périssables, inconnaissables. Notre conversation par exemple n’était pas programmée bien qu’annoncée. Elle est inédite et restera unique. Parce que c’est vous, parce que c’est moi. L’infini ne s’épuise pas et ne se répète donc pas. Dans de telles conditions de créativité au hasard et d’inconnaissance de cette créativité, la seule attitude me semble être le respect de ce que je ne peux connaître complètement selon le théorème de Gödel de 1931.
ADA – Connaisseur à ce que j’entends. Le chemin de la connaissance scientifique est à l’opposé de votre raccourci méditatif sur le Tout. Il ne vise à expliquer que du détail, même aux dimensions de l’Univers. Il rend compte de ce qui existe par des lois et du chaos, facteur de créativité.
MARCEAU – Pourquoi ce détail, Ada, l’origine de l’Univers, plutôt que tel autre ? parce que la métaphysique vous attend aux confins. Expliquer par du nécessaire et du contingent n’empêche pas les trous noirs entre les différents domaines expliqués incomplètement.
ADA – Ce sont les visages troués de votre Nature.
MARCEAU – Je médite sur ces visages mais j’en vois les limites, Ada. L’Univers n’est pas la Nature. Vous vouliez un tableau fidèle. La Réalité vous impose le flou quantique.
ADA – Votre raccourci vous a demandé une vie pour déboucher sur une métaphore de dix lignes
MARCEAU – sur l’étonnement et l’émerveillement, chère Ada. Ce qui nous a construits par asymétries et découplages, des atomes primordiaux aux éléments chimiques, puis par code depuis LUCA, des gènes aux hémisphères cérébraux, si dissemblables, le droit (celui des images), le gauche (celui des calculs). Ce qui nous a conduits par les chemins sinueux de la causalité probabiliste, par les raccourcis de la liberté, à Corsavy, aujourd’hui, pour contempler la Beauté.
(Il plonge ses yeux rieurs dans les siens. Elle rit.)
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mon bilan de mes années trotskistes
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couverture de 68, et après de Benjamin Stora Tous les jours, à 18h50 (heure de Paris), Patrick Simonin reçoit les personnalités qui font l'actualité sur TV5MONDE. Retrouvez toutes les émissio...
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les héritages égarés
Handala, personnage créé par Naji al-ali. Il est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La politique). C'est un petit garçon âgé de 10 ans, c'est l'âge qu'avait Naji lorsqu'il avait quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens. Handala est situé dans l'espace sans terrain d'appui car il est sans patrie.
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spectacles en cours là-bas et ici - Blog de Jean-Claude Grosse
Comment un peintre toulonnais, Alain Le Cozannet, en son atelier du Mourillon, touché par la tragédie des victimes israéliennes du Hamas le 7 octobre et des victimes palestiniennes de Tsahal ...
https://les4saisons.over-blog.com/2023/10/spectacles-en-cours.html
Frank Cassenti
Frank Cassenti, créateur de Jazz à Porquerolles, nous a quittés en décembre 2023. Pour lui rendre hommage, le festival invite dans le Var un line-up de haut vol : Naissam Jalal, Nguyên Lê, Ma...
https://www.arte.tv/fr/videos/120103-001-A/jazz-a-porquerolles-all-star-tribute-to-frank-cassenti/
mis en ligne le 17 septembre, disponible jusqu'au 5 août 2026
Réalisateur, scénariste et musicien, Frank Cassenti est le co-fondateur du festival de jazz de Porquerolles. Il préside l'association depuis 2001. Le livre Jazz à Porquerolles est paru aux Cahiers de l'Égaré en 2016 pour les 15 ans du Festival. Nous étions côte à côte à la fête du livre d'Hyères en 2016. / Le manuscrit de son roman attend son éditeur à titre posthume, travail d'épitaphier.
Frank Cassenti à Tournez La Plage : Festival D'Écritures Contemporaines [1ère ÉDITION], à La Ciotat en août 2017
Jazz à Porquerolles / Juillet 2023 / 22ème édition / un des sept meilleurs festivals de l'été en France (dixit Le Monde) / Et ce fut un plaisir d'applaudir celui que j'avais le bonheur d'accompagner depuis 2002 et qui aimait nous offrir dans la cour aux ombres fantastiques du Fort Sainte Agathe "des moments d'éternité" : Frank Cassenti, le génial inventeur de Jazz à Porquerolles. Qui nous faisait rêver en dehors du prêt à porter et nous comprendre en dehors du prêt à penser. Qui avait mis la culture, le cinéma, le théâtre, la musique, au coeur de sa vie, sans rien trouver d'autre hors d'elle pour donner un sens à l'existence, aller à l'essentiel et "changer le monde". Sur ce chemin, il fut exemplaire. Aux premières heures de cet hiver, Frank Cassenti est parti tranquillement. F.Carrassan
Frank Cassenti, réalisateur engagé et passionné de jazz, est mort,
par Francis Marmande, Le Monde, 23 décembre, 18 H 00
Surtout connu pour son film « L’Affiche rouge », consacré, en 1976, aux résistants du groupe Manouchian, le cinéaste a aussi tourné plusieurs documentaires musicaux. Il s’est éteint
à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), vendredi 22 décembre, entouré des siens, des suites d’un cancer fulgurant. Né le 6 août 1945 à Rabat (Maroc), dans un milieu, comme on dit, modeste, il avait 78 ans. C’est à Alger, en 1962, qu’il devient contrebassiste.
A 17 ans, étudiant à Lille, il fréquente la mouvance anarcho-communiste. Il codirige le ciné-club de l’Union nationale des étudiants de France avec Michèle-Annie Mercier. Ensemble, ils réalisent, en 1968, leur premier court-métrage, Flash Parc, indirectement produit par Jean-Luc Godard et sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes. A cette époque, avec Chris Marker et quelques camarades, il élabore un projet simple : le cinéma comme outil de lutte et d’expérimentation.
En 1973, Frank Cassenti réalise son premier long-métrage, toujours avec Michèle-Annie Mercier, Salut, voleurs ! (avec Jacques Higelin, Jean-Luc Bideau, Claude Melki et Laszlo Szabo). L’Agression (1973), court-métrage de fiction inspiré du très réel meurtre d’un travailleur immigré, est interdit par la censure. Interdiction levée après une campagne de presse. Le film devient un manifeste pour les réseaux associatifs qui luttent contre le racisme et les violences fascistes.
Prix Jean Vigo en 1976
Avec le producteur Pascal Aubier (Les Films de la Commune), Frank Cassenti réalise L’Affiche rouge (avec des comédiens et des rescapés du groupe Manouchian), tourné à La Cartoucherie de Vincennes, Prix Jean Vigo, en 1976. Expédié par Antenne 2 à Cuba en 1978 avec Régis Debray, Cassenti propose un reportage vite déprogrammé par les « esthètes » à la direction de la chaîne, Jean-Pierre Elkabbach, Louis Bériot et Patrick Poivre d’Arvor. La protestation du cinéaste est publiée par Le Monde.
En 1978, il signe un film épique, La Chanson de Roland, avec Alain Cuny, Pierre Clémenti et Laszlo Szabo. Cassenti rencontre Pierre Goldman, dont il veut adapter l’autobiographie, Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France (Seuil, 1975). Après l’assassinat de Goldman par un commando d’extrême droite, en septembre 1979, Cassenti réalise Aïnama, salsa pour Goldman, avec ses amis musiciens antillais et sud-américains.
En 1981, Cassenti réalise Deuil en vingt-quatre heures, série pour Antenne 2 avec Richard Bohringer, adaptation du roman de Vladimir Pozner qui évoque la débâcle de 1940. Prix de la critique, succès public.
Mémoire de ses origines
Avec Lettre à Michel Petrucciani (1983) et Archie Shepp. Je suis jazz… c’est ma vie (1984), celle de Cassenti devient aussi le jazz. Retour en Afrique (1993), filmé au Sénégal et sur l’île de Gorée, d’où partaient les esclaves, précède la comédie musicale Black Ballad (1990), avec les chanteuses Dee Dee Bridgewater ou La Velle. Arte produit ses nombreux documentaires sur les figures-clés du jazz, de Dizzy Gillespie à Nina Simone, en passant par Miles Davis et Abbey Lincoln.
Au théâtre, il met en scène Mademoiselle Else, d’Arthur Schnitzler, en 1990, et Novecento, d’après Alessandro Baricco (avec Jean-François Balmer), en 2001. Il tourne Le Testament d’un poète juif assassiné, d’après le roman d’Elie Wiesel (1987, Michel Jonasz et Philippe Léotard à l’affiche).
Avec Samuel Thiebaut, il fonde la société de production Oléo Films, en 2004. Pluie de documentaires sur les chants zoulou, la musique gnawa avec Gnawa Music. Corps et âme (2010) et La Nuit de la possession (tourné à Essaouira, en 2012), toute son œuvre toujours tournée vers « la rencontre de l’autre » et la mémoire de ses origines (le Maroc).
Déterminé et festif
Œuvre immense, généreuse, qui se condense dans le « festival des musiciens » Jazz à Porquerolles (à Hyères, dans le Var), qu’il crée, en 2002, avec Aldo Romano et Archie Shepp. Programmation insensée, dessinateur maison (Jacek Wozniak), festival aussi déterminé que festif, tout à son image. Cassenti y promenait sa silhouette élégante, sa classe de bassiste infatigablement actif, cet air de ne jamais s’en faire, et ce léger sourire de vraie modestie.
La chaîne TV5 Monde annonce la rediffusion de L’Affiche rouge en février 2024, à l’occasion du transfert au Panthéon de Missak Manouchian. Frank Cassenti était content que son film existe encore. Tout n’est pas perdu. C’est si drôle, un révolutionnaire rassurant.
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Frank Cassenti en quelques dates /
6 août 1945 Naissance à Rabat (Maroc)
1976 « L’Affiche rouge », prix Jean Vigo
1984 « Archie Shepp. Je suis jazz… c’est ma vie »
2002 Création du festival Jazz à Porquerolles (Hyères, dans le Var)
22 décembre 2023 Mort à La Ciotat (Bouches-du-Rhône)
Frank Cassenti, né le à Rabat est un scénariste et réalisateur français, pour le cinéma et la télévision. Il est aussi metteur en scène de théâtre. Né au Maroc dans un milieu modeste, s...
Frank Cassenti est décédé dans la nuit du solstice d'hiver 2023, de jeudi 21 à vendredi 22 décembre 2023
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JAZZ A PORQUEROLLES PAR SES PHOTOGRAPHES
Participez au lancement du livre photo des 15 ans du festival ! Plus d'infos sur www.jazzaporquerolles.org
Le livre Jazz à Porquerolles est paru aux Cahiers de l'Égaré en 2016 pour les 15 ans du Festival
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RLHD.TV 132 - Entretien avec frank Cassenti sur son prochain film CHANGER LE MONDE
Uploaded by @POURLECINEMAtv on 2019-10-21.
La musique peut-elle changer le monde ? Des artistes de cultures différentes y répondent. Des femmes et des hommes qui ont à cœur le rêve de Martin Luther King, « I Have a Dream ! ». Le rêve d’un autre monde que réclame avec enthousiasme la jeunesse. Le film est un voyage musical et initiatique à travers le temps et l’espace, à deux voix, celle du cinéaste, Frank Cassenti, et celle d’Archie Shepp, un géant de la musique africaine-américaine du XXème siècle qui continue de porter la voix aujourd’hui. Sortie le 20 décembre 2020 sur CinéMutins et dans certains cinémas C’est à l’occasion d’un concert mémorable donné au festival Jazz à Porquerolles en hommage à Martin Luther King que le projet de documentaire s’origine — « I have a dream ! ». Le film se déroule dans une sorte de voyage musical à travers le temps et l’espace, un voyage initiatique à deux voix, celle du cinéaste et celle d’Archie Shepp, ce géant de la musique africaine-américaine, pour aller à la rencontre de musiciens, de femmes et d’hommes ayant à cœur le rêve de Martin Luther King qui aura donné sa vie pour « changer le monde ». Le voyage commence au Maroc avec les musiciens gnawas, descendants d’esclaves, qui ont marqué l’enfance du cinéaste, pour nous entraîner au New Morning à Paris, le célèbre club de la rue des Petites Ecuries où Frank Cassenti filme sa première rencontre avec Archie Shepp, au début des années 80. D’autres rencontres auront lieu, à New York, Paris, en Afrique du Sud, et aujourd’hui sur l’île de Porquerolles, où des musicien/ne/s venus des quatre coins de la planète nous livrent à cœur ouvert leurs réflexions sur la place essentielle de la musique comme levier de transformation de la société.
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Billie Holiday forever de Frank Cassenti à voir sur #cinemutins : https://www.cinemutins.com/billie-holiday-forever Le 17 juillet 1959 disparaissait Billie Holiday, elle avait 44 ans. Plus de ...
Le 17 juillet 1959 disparaissait Billie Holiday, elle avait 44 ans. Plus de cinquante ans après sa disparition, sa voix continue de nous bouleverser. Comme le dira son amie Carmen McRae, « Chanter fut le seul espace dans lequel elle pouvait exprimer ce qu’elle aurait aimé être tout le temps ». Cet espace sera recréé en studio où se retrouveront quelques-unes des grandes voix d’aujourd’hui mais aussi celles de demain pour lui rendre hommage. Le film procède comme un long travelling entre le passé et le présent où se décrypte dans les voix, les textes et les images, la vie d’une chanteuse qui a bouleversée des générations. Avec Patricia Barber, Leena Conquest et Dave Burrel, La Velle, Cécile Mc Lorin et Jacky Terrasson, Sandra Nkaké, Sarah Quintana – Hal Singer et Archie Shepp
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Lettre à Michel Petrucciani de Frank Cassenti à voir sur #cinemutins : https://www.cinemutins.com/lettre-à-michel-petrucciani Cette lettre que le cinéaste adresse au pianiste Michel Petruccia...
Cette lettre que le cinéaste adresse au pianiste Michel Petrucciani est une lettre d’amour où l’émotion, l’humour et la joie imprègnent chaque note, chaque mélodie. Frank Cassenti nous raconte l’histoire extraordinaire d’un enfant qui, à l’âge de quatre ou cinq ans, découvre, fasciné, à la télévision, Duke Ellington et son immense piano à queue. Il n’aura de cesse de réclamer le même à ses parents. Ce petit bonhomme aux « os de verre », handicapé et ne pouvant se déplacer seul, deviendra à son tour un géant de la musique pour jouer sur toutes les scènes du monde, toujours porté dans les bras d’une jeune femme. Une leçon de vie, un mode d’emploi. Plusieurs sélections internationales dont Cannes, Florence... Sortie en salles en 1983 et sur TF1
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Archie Shepp Je suis jazz, c'est ma vie
Archie Shepp : Je suis jazz... c'est ma vie de Frank Cassenti à voir sur CinéMutins : https://www.cinemutins.com/archie-shepp-je-suis-jazz-c-est-ma-vie La musique d'Archie Shepp nous fait entendr...
La musique d’Archie Shepp nous fait entendre le cri d’un peuple, un cri de rage et de lutte mais aussi un cri d’amour et d’espoir. Primé dans plusieurs festivals internationaux, « Archie Shepp, Je suis jazz… c’est ma vie » est un portrait de l’un des grands représentants de la culture africaine-américaine, héritier de Coltrane, qui nous livre ses impressions sur la musique et sur la société.
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Novecento pianiste - avec Jean-François Balmer - (2004)
un film de Frank CASSENTI d'après la pièce d'Alessandro BARICCO avec Jean-François BALMER musiciens Archie SHEEP Aldo ROMANO Michel BENITA Stéphane GUERY
Novecento pianiste - avec Jean-François Balmer - (2004) / 1 H 16' avec Jean-François BALMER musiciens Archie SHEEP Aldo ROMANO Michel BENITA Stéphane GUERY
Par FRANCIS MARMANDE.
Publié le 23 septembre 1980 à 00h00, modifié le 23 septembre 1980 à 00h00
Quand Pierre Goldman est mort, le 20 septembre 1979, tué par un étrange commando qui se fait appeler Honneur de la police, Frank Cassenti se mit à filmer Pour tromper son chagrin, ou pour le rendre exact. Il a filmé des lieux de Paris brièvement, des lieux qu'aimait Goldman, et la place où il est mort. Et il a filmé de la musique aussi : parce que Frank Cassenti (l'Affiche rouge, la Chanson de Roland), musicien à ses heures – il est bassiste du Fusion Jazz Quartet, - sait filmer la musique sans bizarreries, mais selon son tempo propre, ses oppositions et il sait nous la faire aimer.
Il ne s’agit pas dans Ainama de n'importe quelle musique, mais de la salsa, cette musique que Goldman aimait à la passion, cette musique qu'il s'employait à faire connaître. Pour lui, la salsa, avec ses pulsations et les mots de ses tambours et le côté clinquant des cuivres, ne pouvait être dissociée des mouvements de libération d'Amérique latine qu'il avait connus ; et elle appartenait de plein droit à sa vie à lui, plus comme un rythme cardiaque que comme une musique de fond : " Mort et plaisir enfin réunis l'apaisent. "
Autour de ce cri de ralliement des musiciens afro-cubains, Ainama, la rage du plaisir et de la danse, on retrouve Azuquita (invité à Paris par Goldman), Henri Guédon (un de ses amis), le groupe Bidon K, l'étonnant Éric Cosaque et Voltage 8, bref tous ceux qui ont participé au concert Salsa pour Goldman. Et le film glissa imperceptiblement de l'événement qui l'a provoqué à des images de musiques et de danses simplement habitées par le souvenir de Goldman. Car la salsa a tout à fait cette gravité étourdie qui la fait aller de la mort ou de la misère au plaisir de l'oubli, sans jamais s'y perdre.
Inutile donc de reprocher au film cette tension maintenue entre deux pôles par quoi il semble esquiver tout en s'y prêtant, le portrait, l'analyse politique et l'analyse musicale. Il est plus que cela : le témoignage d'une sensibilité collective en prise directe sur un accident historique. On en jugera par l'émotion qu'il sait évoquer ou reconstruire autour de l'enterrement de Goldman (images fugitives de Sartre, pleurs et rage des tambours...) comme autour du concert ou des propos des musiciens. Ainama, par quoi on peut découvrir la salsa, est aussi un exemple rare d'impressionnisme – salsa, biographie et récit de Cassenti mêlés – mais d'impressionnisme objectif.
FRANCIS MARMANDE.
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Extraits du film "La chanson de Roland" de Frank Cassenti (1978). Le combat et la fin tragique de Roland, Olivier, Turpin, et les autres pairs de France au col de Roncevaux (Pyrénées). - " Ne plaise
Extraits du film "La chanson de Roland" de Frank Cassenti (1978). Le combat et la fin tragique de Roland, Olivier, Turpin, et les autres pairs de France au col de Roncevaux (Pyrénées). - « Ne plaise à Dieu, notre Seigneur, Que France la douce sombre dans le déshonneur ! » Roland refusant d'utiliser son cor ("La chanson de Roland") - « Compagnon, sire, le faites-vous exprès ? Je suis Roland qui vous ai toujours aimé ! » Roland à Olivier qui, aveuglé et mortellement blessé, vient de lui donner un coup ("La chanson de Roland") - « Âmes des Chevaliers, revenez-vous encor ? Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor ? Roncevaux ! Roncevaux ! Dans ta sombre vallée
Armand Gatti
BIBLIOTHÈQUE ARMAND GATTI, LA SEYNE-SUR-MER PAOLO GASPARINI / ARMAND GATTI 26 JANVIER – AVRIL 2024 VERNISSAGE 26 JANVIER 2024
Un poète et un photographe se retrouvent dans ce livre : Armand Gatti et Paolo Gasparini. De leur rencontre à Cuba en 1962 au moment du Débarquement de la Baie des Cochons, naitra plus qu’une complicité, un dialogue. Je me suis demandé comment ce lien avait pu durer jusqu’à la mort de Gatti. Rien n’est simple...
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la parole errante aujourd'hui
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Armand Gatti | Grands Entretiens Patrimoniaux - Ina.fr
Entretien avec Armand Gatti - Collection en-scènes
4 H d'entretien remontant à 1994
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Mon théâtre, mes films, qu'est-ce que c'est ?
Dix-sept idéogrammes. Pas plus. Ils voulaient dire : même faibles comme la flamme d'une bougie, il nous faut brûler jusqu'à la dernière goutte. Même (...)
février 1992 Donner la parole aux exclus du langage
El Otro Cristobal Armand Gatti, 1963, Cuba, 1h48, 35mm, noir et blanc, en VOstFR Le dictateur Anastasio tente de renverser le dieu Olofi, chef suprême du ciel. Mais un prisonnier politique ...
sur Cuba, interview d'un universitaire durée 1 H 15 en quête de cinéma avec Syvain Dreyer ou de Gérard Philipe 1° à aller à Cuba à Gatti en passant par Sartre
19 avril 2018, projection-débat de el oltro cristobal / du mardi 17 avril 2018, 20:30 au dimanche 22 avril 2018, 23:00, au vidéodrome 2 et au Gyptis à Marseille / Dans le cadre de la Biennale des écritures du réel / programme hommage imaginé et réalisé par Le Théâtre La Cité, le Videodrome 2, le cinéma Le Gyptis, Philippe Foulquié, Primitivi, le GMEM, Radio Grenouille, ÉRACM, Alphabetville. En collaboration avec Jean-Jacques Hocquard et Stéphane Gatti
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Armand Gatti : université européenne de création
Eté 2010, Armand Gatti en Corrèze pour son université européenne de création. Première journée, première rencontre pour une trentaine de jeunes stagiaires
en 2010
dans le maquis de la Berbeyrolle en 2020
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Dans un camp de concentration, deux commandants nazis font un pari pervers : enfermer deux prisonniers dans un enclos de fils barbelés en promettant la vie sauve à celui qui tuera l'autre avant l...
https://www.fondationshoah.org/memoire/lenclos-darmand-gatti
1961
A Cannes, le réalisateur et écrivain Armand Gatti parle de son film "El otro Cristobal", tourné à Cuba.
https://www.rts.ch/archives/tv/culture/cinema-et-ses-hommes/8526474-armand-gatti.html
1963
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Armand Gatti "Passion du général Franco" | INA
Présentation de la pièce de théâtre d'Arman GATTI, "La passion selon le Général Franco" représentée en 1976 dans l'entrepôt Ney-Calberson à Paris.Dans une interview, le metteur en scène ...
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1976
Irlande : terre promise / Hélène Chatelain, réal. ; Hélène Chatelain, voix ; Armand Gatti, participant -- 1982 -- video
1982
Résumé
Quatre mille pages, quarante-cinq pièces : l’oeuvre d’Armand Gatti, homme de théâtre et écrivain, est hantée par l’expérience des camps et des maquis (d’abord celui de 40-45 bien sûr, mais aussi ceux du Guatemala, de l’Irlande du Nord et des banlieues d’ici). Hantée par le Verbe aussi, arme de résistance et de révolution. Ses mises en scène ? Jamais dans un théâtre classique, toujours dans des lieux dérangeants, habités, urbains (cités, prisons, usines). Ses spectacles ? Jamais payants, toujours avec banquets d’anarchistes. Jamais répétés, encore moins ressassés, toujours créations uniques. Ils s’étirent sur trois jours et se dispersent parfois même partout, parmi les figures de pierres. Armand Gatti n’est pas seul, bien sûr. Jean-Jacques Hocquart, Gilles Durupt, Hélène Chatelain, Stéphane Gatti, l’accompagnent depuis fort longtemps dans sa guérilla urbaine. Depuis quinze ans, de Toulouse à Marseille, de Fleury-Mérogis à Avignon, ils opèrent dans les villes ensemble. C’est ainsi, qu’à partir d’un lieu dont ils font leur base, ils vont chercher et tirent à eux tous les laissés pour compte avec lesquels ils vont fomenter leurs spectacles.
Gatti dans son bureau à Montreuil le 26/1/2004 et le bureau le 24/8/2023; la maison de Gatti à Montreuil deviendra-t-elle en 2024 pour le centenaire maison des Illustres ?

La rébellion zapatiste, prenant ses distances à l ’égard des doctrines de Lénine ou de Che Guevara, ouvre la voie à une autre pensée révolutionnaire. Son but n’est pas de prendre le pouvoir, mais de construire un monde où il y ait place pour de nombreux mondes ; son combat pour la justice sociale et la dignité partagée, qui se déploie dans l’expérience de l’autonomie, s’adresse à tous ceux qui résistent à l’ordre néolibéral.
Étude approfondie des idées et des valeurs du zapatisme, ce livre met aussi en perspective les apports et les stratégies d’un mouvement qui continue d’être une source d’inspiration bien au-delà du Mexique, rencontrant un vif écho auprès d’intellectuels et d’activistes du monde entier. Parution 2 janvier 2019
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Prix de la pièce de théâtre Armand Gatti
Organisé par la bibliothèque de théâtre Armand Gatti et l'Inspection académique du Var (Rectorat de Nice), ce prix soutenu par la DRAC et créé en 2003 par la compagnie Orpheon, vise à promo...
2023
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Ivan Illich : "L'école enseigne à l'enfant qu'il doit être inévitablement classé par un bureaucrate"
L'école obligatoire, la scolarité prolongée, la course aux diplômes, autant de faux progrès qui consistent à produire des élèves dociles, prêts à consommer des programmes préparés par l...
un entretien datant de 1972 le poème final, à 28'50, indien, très ancien, aztèque du néolithique, dit par Illich, magistral, est magnifique
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Ivan Illich - Un certain regard
Ivan Illich, mythologie occidentale et critique du "capitalisme des biens non tangibles". Entretien en français avec Jean Marie Domenach dans la série "Un certain regard" - 19/03/1972 ...
poème aztèque dit par Ivan Illich à 49'50"
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![Frank Cassenti à Tournez La Plage : Festival D'Écritures Contemporaines [1ère ÉDITION], à La Ciotat en août 2017](https://image.over-blog.com/OTk7Fj3MzZay3EDz_DwDjhhoC7k=/filters:no_upscale()/image%2F0551669%2F20231227%2Fob_aaefcf_casseni-la-ciotat.jpg)
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