J'ai vu avec plaisir mardi 23 septembre 2014, le magazine de Laurent Delahousse, presque un an après le documentaire présenté sur Arte en novembre 2013. Dois-je dire que la Brigitte Bardot d'aujourd'hui me semble très proche de la Juliette créée par Vadim dans Et Dieu créa la femme (sorti le 28 novembre 1956, bientôt 60 ans) que j'ai revu le même soir. Des répliques du film et des phrases de sa vie se correspondent. Par exemple cette réponse à une question après sa séparation avec le cinéma; Quoi après le cinéma ? La vie ! Je ne parle pas du comportement avec le lapin, l'oiseau, les animaux donc. L'entretien final à La Garrigue montre une femme vieillie mais ayant conservé une beauté étonnante. A-t-elle été maquillée pour la circonstance ? Je fais le pari que non.
Peut-être un jour, lancerai-je un projet d'écritures plurielles sur Brigitte Bardot comme je l'ai fait pour Marilyn Monroe. Des mots plus que des images, c'est le choix que je fais avec d'autres auteurs dans ces cas-là.
Bon anniversaire Brigitte. Bons 80 ans, sans doute dans la solitude de La Garrigue, ce 28 septembre 2014, solitude choisie, contemplative, méditative, remplie de mots, de livres qui ont fait du bruit et non d'images, pour une vie d'actions au service des victimes animales des hommes.
J'ai retrouvé dans mon fourre-tout deux cahiers datant de mon époque algérienne, septembre 1962-février 1964. B.B. y occupe une belle place. (Voir les 2 dernières photos du reportage en fin d'article.)
JCG
"Brigitte Bardot"
Diffusé le mar. 23-09-14 à 20:45 |
Magazine de société | 105'
Tous publics |
Présenté par : Laurent Delahousse
L'émission : Avec ses tenues minimalistes, sa nature insoumise et ses moues boudeuses, Brigitte Bardot, incarnation de la beauté absolue, a radicalement bouleversé l'image de la femme. Sa retraite artistique anticipée et volontaire, à seulement 38 ans, pour défendre les bébés phoques, y a également contribué. Mais aujourd'hui, l'icône est controversée et sa réputation écornée par des prises de positions qui divisent. Celle qui s'apprête à fêter ses 80 ans et qui a longtemps incarné la liberté vit désormais à l'abri des regards, loin du monde des paillettes qu'elle a contribué à créer. Portrait d'une femme qui n'a cessé d'entretenir avec son image un rapport d'amour et de haine.
L'EUPHORIE ET LA MÉLANCOLIE Entretien avec David Teboul, l'auteur-réalisateur de Bardot, la méprise
Dans Bardot, la méprise, diffusé dans le Festival du documentaire d’ARTE, en novembre 2013, le cinéaste David Teboul revisite la légende BB quarante ans après son retrait du cinéma. Derrière la splendeur passée, le portrait amoureux et intime d’une actrice et d’une femme consumée par le désir.
Comment a débuté ce projet sur Brigitte Bardot ? David Teboul : Gaumont me l’a proposé et j’ai accepté avec enthousiasme. J’avais envie de réaliser un film sur sa légende, au-delà du stéréotype auquel elle est associée, et de raconter la manière dont elle est entrée dans l’histoire du cinéma, en y mêlant la sienne. Je voulais qu’il prenne la forme d’un dialogue entre elle, personnage de fiction se livrant dans ses Mémoires – dits par Bulle Ogier –, et le cinéaste amoureux que j’étais. Car Bardot a occupé mon enfance et mon adolescence, et nourri mon imaginaire érotique. Puis j’ai grandi, aimé le cinéma, et, en découvrant Le mépris de Godard, j’ai à nouveau éprouvé un choc.
Qu’aviez-vous envie de montrer du personnage ? Derrière l’euphorie, la profonde mélancolie qui traverse Bardot et qu’a su révéler Godard. Il a saisi quelque chose de très intime chez elle. Car en la débarrassant de tous les artifices, il l’a transfigurée. Je voulais aussi montrer sa part d’enfance, omniprésente, qui explique ses liens avec les animaux. Son désintérêt enfin pour le cinéma – cette manière de vouloir à tout prix contrarier son destin d’actrice – m’a beaucoup intéressé, comme le fait qu’elle soit passée à côté de la Nouvelle Vague, tout en l’inspirant. Aujourd’hui, Bardot est très loin du cinéma, et en même temps, elle vit totalement dans sa légende, entourée de photos d’elle et de reproductions de magazines, dans ce rapport d’amour-haine qu’elle n’a jamais cessé d’entretenir avec son image.
Comment s’est passé le contact avec elle ? Après un premier rendez-vous manqué, j’ai été extrêmement bouleversé quand je l’ai rencontrée, une seule fois, à Saint-Tropez. Elle s’est alors beaucoup protégée et il a fallu la convaincre. Mais elle m’a dit quelque chose d’extraordinaire : « En ne voulant pas être dans votre film, je vous fais un cadeau. » J’ai compris qu’il fallait que je construise le récit sur cette absence. Elle m’a, en revanche, laissé libre accès à ses maisons de La Madrague et de La Garrigue, comme à toutes les archives de son père. Et dans ce décor qu’est son intérieur, j’ai eu le sentiment de replonger dans les années 1960, avec une sorte d’étrangeté. Le tout constituait la matière cinématographique d’un film sur un fantôme vivant, sur le présent d’un passé. La tension du film repose sur une incertitude : on a le sentiment qu’elle peut surgir à tout moment.
Les images tournées par son père recèlent des trésors... Son père aimait le cinéma, et l’a filmée depuis ses premiers jours jusqu’à ses 15 ans. Après avoir cherché à se dérober, Brigitte se tourne vers la caméra vers l’âge de 7 ans pour en devenir prisonnière. On voit aussi comment la danse lui permet de fuir l’univers familial et de s’émanciper, même si le cinéma la rattrape à travers son désir pour Vadim. Et ce gourou, dont elle est amoureuse et qui la désinhibe, réalise Et Dieu créa la femme, un accident qui deviendra le phénomène que l’on sait.
Comment expliquez-vous son insolente liberté pour l’époque ? Elle tient essentiellement à son rapport naturel au corps, qui n’existe alors chez aucune autre actrice de sa génération. Bardot est une conservatrice transgressive, d’où la puissance qui émane d’elle.
Propos recueillis par Sylvie Dauvillier pour ARTE Magazine
Le documentaire, présentation :
En 2011, Brigitte Bardot donne son accord pour un projet de documentaire biographique. Quand le réalisateur David Teboul la rencontre pour la première fois, sa réaction est sans appel : elle ne participera pas au film mais lui donne accès à ses archives familiales, une multitude de films réalisés par son père, des premières heures de son existence jusqu’à sa métamorphose en déesse des écrans. Elle l'autorise aussi à filmer librement les lieux de sa vie : les maisons de La Madrague et de La Garrigue à Saint-Tropez, ses refuges à elle. À partir de cette matière infime, précieuse, le cinéaste élabore un portrait intime de l’actrice en forme de déclaration d'amour. Il s'appuie aussi sur des passages d’Initiales B.B., l’autobiographie de l'actrice, dits par Bulle Ogier (très émouvante) et sur des extraits de films. De son enfance en milieu bourgeois – auprès d'une mère indifférente, d'un père autoritaire et d'une petite sœur qu'on lui préfère – jusqu’à son retrait du monde il y a trente ans, David Teboul réussit un portrait rare, émouvant, empathique. Il y donne à voir, pour la première fois peut-être, toutes les contradictions d'une femme passionnément amoureuse, mélancolique et sauvage, qui parvenait si mal à distinguer la vie du cinéma qu’elle faillit en mourir.
BB contre Brigitte
"J’ai 7 ans, mes parents m’offrent un album intitulé Brigitte Bardot, amie des animaux (…) C’est comme ça que je vous ai rencontrée. L’enfant que j’étais est tombé amoureux de vous." Avec une délicatesse extrême, David Teboul scrute les images familiales et les extraits de films, s'y arrête parfois pour détecter un indice, un geste, imaginer ce que ressent cette enfant qui, à 15 ans, sera projetée brutalement sous la lumière. "En 1950, je devins mascotte de Elle et le destin se mit à marcher contre ma volonté", écrira-t-elle. Roger Vadim, Trintignant, Samy Frey, Gainsbourg… : les passions amoureuses s'enchaînent, les déceptions succèdent aux extases, la mélancolie s'installe toujours. Celle qui "met tous les personnages dans sa peau" tente de se suicider après le tournage de La vérité, de Clouzot, en 1961. Jusqu'à se retrancher finalement avec ses animaux, comme réfugiée dans une nouvelle enfance, au creux d'une maison dont les murs, pourtant, sont recouverts des images de cette gloire qu'elle a tant voulu fuir.
Mon commentaire sur ce documentaire :
Documentaire intéressant par le double cadeau de BB au réalisateur, refuser de se montrer sauf à la fin, en pénombre avec ses chiens, ouvrir la Madrague, la Garrigue au cinéaste qui se montre respectueux de ce qui s'offre par plans fixes, travellings lents, horizontaux (séquence de la piscine aux embruns ou le golfe de Saint-Tropez vu à travers la fenêtre dans son état venté)
Le titre La méprise me semble renvoyer homonymiquement au Mépris de Godard mais je ne suis pas sûr que ce soit un bon titre, vu le documentaire. Ce n'est pas explicite. Est-ce elle qui s'est méprise et à quel sujet, le cinéma, les hommes ? Est-ce le public qui, partagé, s'est mépris sur sa vérité ? Se méprend-on quand on la traite d'extrême-droite suite à des déclarations pour lesquelles elle a été condamnée ? C'est peut-être tout cela à la fois et plus encore. Peut-être se méprend-elle sur elle-même, déclarant ne plus avoir d'intérêt pour sa période star mais sa maison étant tapissée de photos, bibelots du temps ?
Très secrète aujourd'hui tout en étant démonstrative, éruptive, elle est à la fois claire et obscure, animée par sa cause animale qu'elle défend avec sa Fondation de façon efficace, faisant donc de la politique à un niveau mondial au grand dam de pays comme le Canada, la Norvège, la Corée, la Chine ... Ce n'est pas donné à tout le monde une telle capacité. Je dis chapeau. Elle a réussi à transformer l'adulation pour la beauté naturelle de sa jeunesse en admiration et actions multiples d'innombrables anonymes pour l'amour des animaux, pour la cause animale, toute cette métamorphose à partir d'un sentiment, l'amour, qui déplace les montagnes dit-on et sans tenter de cacher son vieillissement par des liftings auxquels nous ont habitué les stars (Clooney s'est fait retendre les couilles, c'est devenu très mode là-bas), autrement dit l'adhésion des gens ne doit pas à une tromperie sur l'apparence. Encore chapeau.
Le dialogue improbable entre Brigitte Bardot via ses Mémoires, Initiales B.B. et le cinéaste via ses commentaires sur photos ou séquences de films dont ceux du père, amateur de cinéma sur le vif, est bien sûr lié à ce qui lie unilatéralement le cinéaste à l'actrice c'est-à-dire de l'amour sans doute complexe, une curiosité que la femme actuelle ne veut pas satisfaire et ce manque, cette absence mettent en branle le réalisateur pour notre plus grand bonheur car Brigitte Bardot n'est pas une femme comme les autres, parce qu'elle a su rompre au bon moment avec l'univers du cinéma en novembre 1973 et par son choix de la défense des animaux et de leurs droits dès le 6 novembre 1973, il y a quarante ans.
Commentaire de Victoria Luta sur Arte
Cher Monsieur David Teboul,
J'ai vu hier soir, motivée par un intérêt plutôt circonstancié, votre film-essai sur « BB ». Je l'ai trouvé exceptionnel. Je me presse donc à vous écrire avant que mon enthousiasme ne devienne tiède, essoufflé, lui aussi, par le temps qui passe.
J'ai dû comprendre qu'on a à peu près le même âge, que l'on appartient donc à une même génération « postmoderne » – pulvérisée, désenchantée et orpheline de la berceuse des grands récits rassurants, comme dirait Lyotard –, mais que l'on aime, malgré tout, les prières de Kaddish. (Un premier paradoxe à prendre tel quel.) Alors, on blottit notre besoin de tendresse et de beauté dans des phénomènes appartenant à tout le monde et à personne. Comme le mythe de « BB ».
La première fois que j'ai lu les « Mythologies » de Roland Barthes, j'ai trouvées injustes et réductrices ses lignes sur « BB », mais je ne suis pas arrivée, toute seule, à étayer mon ressenti. (Étais-je trop jeune ?...)
Ce souvenir resurgit depuis hier soir et avec votre aide, cette sensation d’incongruité me devient brusquement plus claire : Barthes parlant de « BB » semble, plus que « BB », le prisonnier de son époque. Pire encore, Barthes écrivant sur « BB » dévoile un échantillon d'un amateurisme aujourd'hui pas plus qu'amusant. Son ancrage à la surface des signes lui refuse le moindre plongeon dubitatif dans les contradictions – que vous rendez si bien et si troublantes – de « BB ». Un deuxième paradoxe inattendu, que je saisis dans votre film comme on déballe un petit cadeau.
Vous l'avez compris, conditionnée par quelques attachements et reflex de lecture dont je ne peux me débarrasser, je vous ai cru et j'ai regardé votre film comme un « fragment d'un discours amoureux ». Votre récit de « BB » avance et s’émeut dans la tension d'une absence que vous remplissez avec vos paroles, il guette la moindre goutte de « comédie sincère » dans cette biographie qui se dérobe de par son sur-exposition et vous faites ainsi le deuil d'un fantasme (« l'actrice qui ne naîtra pas »). Émouvantes avancée et quête de soi possibles uniquement dans la synergie d'une relation, et relevées par la confrontation à une altérité (un troisième paradoxe).
« J'ai peur pour vous », écrivez-vous, enfantin, à votre « Brigitte », en regardant son album de souvenirs dans lequel vous avez dû déménager pour un moment. Sa vie à elle, éclairée par vos regrets et par votre quête du sens, par des conditionnels et des possibles entrevus et pas concrétisés, par la gravité, la mélancolie et les indices de l'implacable que vous savez décrypter si bien, sa vie a enfin le droit d'être vue et lue comme un destin. Comme on lit un livre quand on connaît sa fin, en quelque sorte. Et la tendresse de votre regard lui confère plus que le bénéfice d'un portrait réussi ou d'un essai mémorable (l'un parmi d'autres) ; votre tendresse et votre idiome amoureux lui donnent enfin le droit à une cohérence de destin que ses contemporains – en commençant par Barthes – brillent par dénier. En ce qui me concerne, me voici touchée par le sens que votre essai produit, et que je ne peux que m'approprier.
Je dois l'avouer : c'est un exploit de romancier bien conduit, qui m'a séduite et que j'ai suivi avec passion.
Je vous en remercie. Portez-vous bien, Victoria Luta
Commentaire de tavu sur Arte
Dommage, un commentaire pénible, qui fait des phrases et des phrases un réalisateur qui passe sont temps à se masser le nombril. Moi, moi moi. Je, je, je. Il tente de créer une proximité avec BB qui demande un talent pour l'effleurer. Le ponpon, il se met en scène ! sans vergogne, avec sa voix elle aussi pénible. Il a un bol de tapioca dans la bouche, c'est pas possible. Dommage. Au secours ! Les images d'archive sont superbes, le commentaire de BB également.
Ma réponse à ce commentaire sur Arte
Je peux être en partie d'accord avec votre commentaire mais dans la mesure où Brigitte Bardot se refuse à être filmée aujourd'hui tout en ouvrant la porte de ses maisons, ne reste qu'un dialogue, une tentative de dialogue donc des phrases, celles de Initiales BB et celles du réalisateur s'essayant à un exercice d'empathie par le biais de photos et d'extraits de films
Effectivement, je trouve plus forts les propos de Brigitte que ceux du réalisateur; il ne me semble pas à la hauteur de l'amour qu'il lui porte ou plutôt ses mots ne sont pas à la hauteur car ses images par contre le sont, sauf sa mise en scène de dos ou dans le lit mais comme il nous a dit son rejet par la dame qui lui conseille de couper sa barbe, on rit presque de cette infatuosité ; quelle claque ! Je ne me permettrai pas de critiquer sa voix. Il a fait choix de dire son texte de cinéphile amoureux de l'icône qu'il tente d'éclairer.
J'ai profité de ce documentaire pour faire quelques recherches et voici pour l'actualité comme pour la postérité, ce que j'ai trouvé qui n'engage que ma subjectivité :
- Excellent article dans wikipedia
- La dernière image du dernier plan de son dernier film, le 48e de sa carrière, L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise la montre une colombe à la main, symbole de sa vie future consacrée aux animaux. Le 6 novembre 1973 elle se fait le serment que son nom, sa gloire, sa fortune et sa force lui serviront à les aider jusqu'à sa mort, à se battre pour eux, à les venger, à les aimer et à les faire aimer
- Brigitte Bardot a eu deux existences. La première commence en 1956, avec la sortie du film Et Dieu créa la femme. Le long-métrage de Roger Vadim annonce la Nouvelle Vague et bouleverse les mœurs conservatrices. A son insu, Brigitte Bardot devient le symbole de l'émancipation des femmes et de la liberté sexuelle. Après 48 films, elle met un terme à sa carrière d'actrice en 1973, lassée par le star-système et la surmédiatisation. Elle a 39 ans. Marilyn s'est suicidée à 36 ans, sans doute accidentellement. En 1976, un reportage sur les bébés phoques écorchés vifs sur la banquise fait naître sa seconde vocation, la défense des animaux
- Le 25 novembre 2013, la Fondation Brigitte Bardot réagit suite à la prise de position de L'OMC
"C’est une position historique de l’OMC puisqu’elle reconnaît désormais le bien-être animal comme préoccupation morale, citoyenne, pouvant justifier des mesures commerciales contraignantes.
L’UE est dans son droit lorsqu’elle refuse d’importer et commercialiser les produits issus de la chasse aux phoques, elle l’a déjà fait pour les fourrures de chiens et de chats sans que cela ait entraîné un recours de la Chine auprès de l’OMC.
Les "arguments" mis en avant par le Canada et la Norvège pourraient se retourner contre eux, car c’est l’exception dont bénéficient actuellement les Inuits qui semble être remise en cause par l’OMC, sur base d’une distorsion de la concurrence. Le Président François Hollande a d’ores et déjà assuré à Brigitte Bardot, lors d’un entretien privé, que la France défendrait le maintien de l’embargo européen".
- Un article de presse : " On peut aduler la flamboyante Brigitte Bardot des jeunes années, approuver l'admirable combat de la maturité en faveur des animaux et tout autant l'exécrer pour l'effarant rejet de son fils Nicolas et les horreurs profanées à son encontre dans «Initiales B.B.», son autobiographie.
Idolâtre de la star, la journaliste Marie-Dominique Lelièvre lui consacre une hagiographie sirupeuse traversée d'épisodes terribles tel ce chapitre qui décortique le déni de maternité de l'actrice.
Tous les autres traits de sa personnalité (la sauvageonne, la bombe sexuelle planétaire, la lionne, la femme-enfant, l'égérie de son temps...) ont déjà été abondamment brossés sous la plume même de Brigitte et celle d'exégètes. Aussi, les lignes évocatrices du désamour filial ne prennent-elles que plus de relief. Un relief singulier, monstrueux, effroyable. Elevé par son père Jacques Charrier, le deuxième mari de Bardot après Roger Vadim, Nicolas vit aujourd'hui en Norvège avec son épouse et leurs deux filles. Discrètement. Loin de la mère dénaturée qui l'abandonna à sa belle-famille, dès ses deux ans, et ne le revit que de manière elliptique. Lui ne s'est jamais remis du récit abject que B.B. fit de sa grossesse. «Je ne crois pas aux liens du sang» confia-t-elle en 2009 à Christian Brincourt, reporter à Paris-Match. (Moi : et pourtant ces dénis existent, sont pris en compte, écoutés aujourd'hui, peut-être soignés ou traités par la mise en mots. Ce déni est peut-être à lier à la scène inaugurale, la réaction des parents à 7 ans après un vase cassé, obligation du vouvoiement et affirmation péremptoire que les enfants ne sont pas chez eux mais chez leurs parents ; refus de faire de la maison familiale, la maison de tous, parents, enfants. Alors je comprends que Brigitte ne croit pas aux liens du sang. Moi, non plus. Argument ou fait : dois-je aimer au nom de ces liens un père nazi, bourreau, violentant sa femme...)
«Chaque année, le 11 janvier, elle pleure. Le jour anniversaire de Nicolas» assure pourtant l'auteur, au terme d'une minutieuse et intéressante enquête. Ceux qui ont malgré tout gardé une vraie tendresse pour la dame de la Madrague qui préféra l'amour des bêtes à celui des hommes et à la vanité du cinéma ne demandent qu'à le croire."
Par Renée Mourgues Publié le 07/02/2012 dans La République des Pyrénées
«Brigitte Bardot, plein la vue» de Marie-Dominique Lelièvre. Ed. Flammarion. 346p. 20€, aussi en collection J'ai lu.
- La scène inaugurale. Brigitte Bardot brise une potiche chinoise familiale à l’âge de 7 ans et demi. Elle s’en souvient quarante ans après. La réaction des siens est disproportionnée. L’enfant se retrouve obligée de vouvoyer soudainement ses parents qui lui disent que leur maison n'est pas la sienne mais seulement la leur. Brrr...
- Brigitte Bardot à propos de la mort, vidéo de l'INA :
http://www.ina.fr/video/I04121197
- BB fut bien sûr mon icône, épinglée, punaisée, collée sur mes murs, placards, casiers, cahiers à Coëtquidan, Montargis, à El Aneb en Algérie, entre 1959 et 1964, donc au moment de son émergence. Dès ma rencontre avec la mouette à tête rouge en octobre 1964, le réel d'une fille réelle supplanta les fantasmes provoqués par l'excitante BB qui fit du cinéma contre sa volonté et contribua, presque à son insu, sans en faire un combat féministe, en étant seulement elle-même, naturelle, moins artificielle que son aînée, Marilyn Monroe, à l'émancipation des filles et femmes. Reléguée dans un coin de mémoire, remontant à l'évocation de films comme La vérité, Le mépris, Viva Maria, suivant et approuvant tardivement son combat pour la cause animale (quand nous avons accueilli la chatte et ses 3 chatons abandonnés par la voisine, Mimine, Miquelou, Cyrilou, Lilou, c'était en 2003 ou 2004), n'étant pas loin de penser la même chose quant au genre humain qui n'est pas éternel et qui de lui-même s'autodétruira, cet article me permet de me la remettre en mémoire, de lui retrouver une place, juste, j'espère.
Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas avec elle que j'aurais eu l'idée d'entreprendre une correspondance sans rencontre, comme celle que j'ai eue avec Emmanuelle Arsan entre 1988 et 2005. Mais aujourd'hui, je me dis que cela aurait pu être initié.
JCG
ci-dessous le lien de la seule archive en ligne du mythique entretien de 1973 par JP Elkabach avec Lucien Bodard, François Nourrissier, René Barjavel, Claude Sarraute