le roman parmi les romans de la rentrée dont beaucoup écrits avec IA et plagiats
5 septembre 2026, Augustin Trapenard accueille Thélyson Orélien, pour son premier roman, "C'était ça ou mourir", publié chez Grasset.
Présentation vidéo du roman par Grasset
Présentation vidéo du roman par Grasset
C’est mourir ou ça
Faux roman
1
Chronologie d’une chute provoquée
Le 10 mars 2026 paraît le roman de Thélyson Orélien, intitulé
C’était ça ou mourir aux Éditions du Boréal.
Le roman C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien est paru aux
éditions Grasset le 19 août 2026.
Présentation du roman à La Grande Librairie le 5 septembre
2026
Le Prix du Roman Fnac 2026 a été décerné à Thélyson Orélien le
21 septembre 2026 pour son tout premier roman, C'était ça ou
mourir.
Voici les détails clés de cette récompense :
• Un jury mixte : Le lauréat a été choisi par un comité unique
composé de 400 libraires de la Fnac et 400 lecteurs
adhérents. Le livre a été sélectionné parmi plus de 250 titres
de la rentrée littéraire.
• Une odyssée marquante : Le jury a récompensé ce livre
décrit comme un plaidoyer poétique, poignant et digne sur le
drame de la migration forcée et de l'exil. L'histoire suit Jonas
Dorléon, fuyant Port-au-Prince à travers les Amériques.
• Les finalistes écartés : Thélyson Orélien s'est imposé face
aux 4 autres finalistes de la sélection finale : Caroline Hinault
(Mondes vacillants), Tom Newlands (Ici, maintenant), Claudie
O. Wetterwald (Ce qui dort sous le camélia) et Marion Brunet
(Ne cherche pas le chaos). Il succède ainsi à l'écrivain
irlandais John Boyne.
Le 21 septembre 2026, jour où l'ouvrage gagne le prix du
roman Fnac, un compte X anonyme nommé Balance ton
Claude, créé en juin 2026, accuse Thélyson Orélien d'avoir
utilisé une IA pour écrire la quasi intégralité de son roman.
2
La fiction précède la réalité
Le film American fiction est sorti le 8 septembre 2023
(festival de Toronto, Canada) / en France sur prime video
Surnommé « Monk », Thelonious Ellison est professeur de
littérature. C'est par ailleurs un écrivain frustré dont les
manuscrits sont constamment rejetés par les éditeurs. Ces
derniers lui suggèrent à chaque fois d'écrire des œuvres sur les
Afro-Américains et dans un style plus « noir ». Monk va alors
se lancer dans l'écriture d'une œuvre satirique et parodique. Il
publie ce nouveau roman sous pseudonyme. L’œuvre est un
immense succès, notamment auprès de l’intelligentsia blanche.
« My Pafology » est le roman satirique et provocateur écrit par
le personnage principal Thelonious « Monk » Ellison (interprété
par Jeffrey Wright) dans American fiction
La contraction des deux produit Thélyson
3
Le vol du roman
C’est mourir ou ça
Faux roman fabriqué par É Say Salé, hétéronyme
burkinabé, à partir du vol de vraies voix s’étant
virtuellement exprimées à propos de l’Affaire Thélyson
Orélien sur FB.
Le roman C’était ça ou mourir a été accusé d’avoir été
écrit par IA. Des écrits antérieurs de Thélyson Orélien
ont été accusés de plagiat. Tout ça par des IA.
Présentation vidéo du roman par Grasset
C’était ça ou mourir.
Ce roman commence à Port-au-Prince en proie aux gangs et
s'achève dans le froid de Montréal. Il raconte l'odyssée d'un
migrant qui arrive à bon port. Mais qui ne retrouve pas le
bonheur d'Ulysse. Il a laissé sur le chemin, outre ses
chaussettes et ses poèmes, quelque chose d'existentiel: une
part de son humanité. Ce sont les morceaux de celle ci qu'il
essaie de recoller, et on le constate, cela lui prendra tout le
reste de sa vie. Mais il y a pire: ce sont des traumas qui
passent de génération en génération.
Dans le roman C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien, le
protagoniste Jonas Dorléon (un professeur d'histoire-géographie de
Port-au-Prince) entame un périple d'exil de 12 000 kilomètres
traversant 12 pays pour fuir la violence des gangs en Haïti
Bien qu'aucune carte graphique officielle ne soit incluse dans
l'édition du livre, son trajet dessine une cartographie physique très
précise à travers les Amériques.sur 4 354
Le tracé du voyage de Jonas Dorléon
[Haïti] (Port-au-Prince)
│
▼
[République dominicaine]
│
▼
[Brésil]
│
▼
[Colombie] ──► (Traversée de la redoutable jungle du
Darién)
│
▼
[Amérique centrale] (Plusieurs pays de transit)
│
▼
[Mexique]
│
▼
[États-Unis] ──► (Détention par les agents de l'ICE)
│
▼
[Canada] (Destination finale : Le Québec)
Les grandes étapes du périple
1. Le départ (Haïti) : Jonas fuit son quartier incendié de Port-au-
Prince avec un simple sac en plastique contenant ses
poèmes, son diplôme et une photo de sa mère.
2.
3. Le grand détour par le Sud : Comme de nombreux exilés
haïtiens, il passe par la République dominicaine voisine, puis
descend jusqu'au Brésil avant d'entamer une remontée
continentale.
5. L'enfer vert : Il rejoint la Colombie pour franchir à pied le
bouchon du Darién, une jungle hostile et sauvage séparant
l'Amérique du Sud de l'Amérique centrale.
6.
7. La remontée vers le Nord : Il traverse le Mexique à bord
d'autobus surchauffés jusqu'à la frontière américaine.
8.
9. Le mur administratif : Aux États-Unis, il est arrêté et
confronté à la dureté des centres de détention de l'ICE
(Immigration and Customs Enforcement).
10.
11. L'arrivée : Il parvient finalement au Canada (au Québec) pour
y retrouver les derniers membres de sa famille.
Le film American fiction est sorti le 8 septembre 2023 (festival de Toronto, Canada) / en France sur prime video Surnommé « Monk », Thelonious Ellison est professeur de littérature. C'est par ailleurs un écrivain frustré dont les manuscrits sont constamment rejetés par les éditeurs. Ces derniers lui suggèrent à chaque fois d'écrire des œuvres sur les Afro-Américains et dans un style plus « noir ». Monk va alors se lancer dans l'écriture d'une œuvre satirique et parodique. Il publie ce nouveau roman sous pseudonyme. L’œuvre est un immense succès, notamment auprès de l’intelligentsia blanche.
Texte issu du fascicule envoyé par Grasset pour
présenter les différents livres et auteurs édités par
la maison pour la rentrée littéraire 2026.
« Tout a commencé par une scène minuscule. Entre le
Québec et l’Ontario, dans ces provinces du Nord où l’on
apprend à vivre avec l’hiver comme avec une autorité. Je
marche. Je croise des gens qui vont quelque part, toujours
avec un but même quand ils font semblant. Et soudain je
pense à ce qui, en moi, vient d’ailleurs : non pas “d’un
autre pays”, mais d’une autre température du monde.
D’une autre manière de tenir debout au milieu du
vacarme. Je pense à ce que l’on laisse derrière soi quand
on part : des voix, des dettes, des promesses, des morts,
des cuisines, des rires, des peurs. Ce n’est pas un
bagage : c’est une peau. Mon roman vient de là. D’un
personnage qui avance avec cette contradiction au
ventre : vouloir fuir et vouloir rester ; vouloir se sauver et
vouloir appartenir ; vouloir rompre et vouloir réparer. Il ne
s’agit pas d’un récit exemplaire. Il n’y a pas de morale,
pas de drapeau à brandir, pas de leçon à donner. Il y a une
trajectoire, et dans cette trajectoire, une matière humaine
qu’on reconnaît partout : la peur d’être effacé, la fatigue
d’être fort, la honte de certaines joies, l’orgueil de
certaines blessures. Dans C’était ça ou mourir, Jonas
Dorléon porte en lui la rumeur sourde de tous ceux que
l’Histoire contraint à marcher. Il n’a rien d’un héros : il
avance avec ses failles, ses peurs, son ironie obstinée. Et
à travers sa voix, l’exil n’est plus un simple déplacement
mais une lente dépossession. Rester, c’est se dissoudre ;
partir, c’est accepter de n’être plus qu’un corps en transit.
La dignité devient le dernier territoire quand tout le reste
brûle ou se négocie à une frontière. Et cette frontière, dès
lors, n’est plus une ligne sur une carte mais devient une
condition humaine. Ce qui m’importait, c’était de ne pas
faire du migrant un personnage social, ni d’Haïti une carte
postale de malheur ou d’exotisme. Je voulais que le
lecteur sente, sans qu’on le lui explique, ce que signifie
d’avoir une mémoire qui vous devance. Et puis a surgi
cette formule simple, presque enfantine : C’était ça ou
mourir. Ce n’est pas une phrase qui cherche à
impressionner, c’est une phrase qui dit le dilemme nu,
celui que personne n’a envie de raconter parce qu’il n’est
pas héroïque. Une manière de rendre au passé sa
complexité et au présent sa violence sourde. De faire
entendre une langue qui n’a pas demandé la permission
d’être multiple : une langue française traversée d’autres
rythmes, d’autres respirations, d’autres façons de dire la
pudeur, l’amour, le manque. Une langue qui ne s’excuse
pas de porter plusieurs mondes dans la même phrase.
Jonas Dorléon parle pour ceux que personne ne cite : les
vivants en sursis, ceux qui avancent avec la peur pour
seule boussole. Son exil n’a rien d’un voyage, c’est une
chute à travers des frontières où l’on marchande la
dignité, où la langue trahit, où le corps devient un
passeport provisoire. Jonas avance et chaque étape lui
arrache une certitude tout en lui offrant une étincelle : ne
pas se laisser réduire à un numéro, à un “clandestin”, à
une ombre. J’ai souvent pensé qu’un livre n’est pas là
pour rassurer, et si ce roman a une ambition, c’est sans
doute celle-ci : dire l’exil sans le folklore, la douleur sans
la complaisance, la tendresse sans le sucre. Faire
comprendre que certaines vies ne se racontent pas parce
qu’elles sont extraordinaires, mais parce qu’elles sont la
vérité nue de notre époque. Le monde bouge, les êtres se
déplacent, les identités se frottent, se heurtent, se
mélangent, et au milieu de cela, chacun tente de sauver
quelque chose – parfois un enfant, parfois un amour,
parfois une mémoire, parfois juste soi-même. C’était ça ou
mourir n’est pas un slogan, c’est une phrase qu’on se
répète à voix basse. Et c’est précisément pour cela qu’elle
mérite d’être lue à voix haute.» Thélyson Orélien
Thélyson Orélien C’était ça ou mourir
"Le bus était plein.
Trente-deux personnes tassées comme des sardines
croyantes : des femmes avec leurs ballots, des enfants assis
sur des genoux trop maigres, un vieux qui portait une cage à
coqs, un garçon sourd qui jouait avec un couteau en plastique.
Moi, je me suis assis tout au fond, contre la vitre, à côté d’un
prêcheur de fortune qui lisait des versets comme on mâche des
cacahuètes. Il m’a regardé et m’a dit : « Frè, ou gen kwa jezi a
nan kè w ? » (Frère, as-tu la croix de Jésus dans ton cœur ?)
J’ai dit oui, parce qu’en Haïti, il faut toujours dire oui à Jésus,
même si tu ne crois qu’à la loterie.
La route de Jérémie n’est pas une route. C’est une épreuve.
Elle serpente à la manière d’une vipère énervée, grimpe et
redescend tel un député en campagne électorale. Le chauffeur
s’appelait Louima, un type sans cou qui conduisait en
klaxonnant frénétiquement chaque fois qu’il croisait un virage –
c’est-à-dire toutes les douze secondes. Moi, j’avais la nausée,
la foi vacillante, et la désagréable sensation que mon slip me
remontait trop haut dans l’âme.
Pendant trois heures, tout a presque bien été. Les gens
priaient, dormaient, partageaient des bananes plantains, et le
bus avançait lentement, avec des hoquets de moteur et des soupirs de pneus. À midi, on s’est arrêtés pour uriner derrière
des arbres – ç’a été le moment le plus démocratique de la
journée. Tout le monde pissait ensemble, les riches, les
pauvres, les saints, les païens, les constipés. Puis on est
remontés à bord et la mort nous a suivis.
Elle est d’abord apparue sous la forme de deux motos qui nous
ont doublés à toute vitesse, puis d’un pick-up garé en travers
de la route. Trois hommes en sont descendus. Armés jusqu’aux
dents. Pas des policiers, ni des militaires. Jeans troués, t-shirts
sales, regards de chiens blessés. Des hommes à qui on avait
volé la jeunesse et qui maintenant voulaient se faire
rembourser avec du sang.
Le bus a freiné. Le vieux, avec ses coqs, a crié « Mon Dieu ! »
et le prêcheur, à côté de moi, a commencé à prier à voix haute,
comme si le ciel avait des micros. Une femme s’est mise à
vomir. Les enfants pleuraient. Le chauffeur transpirait. Et moi,
je sentais mon cœur battre jusque dans mes orteils.
Un des hommes est monté à bord. Il a regardé tout le monde
sans dire un mot. Puis il a hurlé :
— TOUS LES HOMMES, DESCENDEZ ! LES HOMMES
SEULEMENT !
Sa voix ne laissait pas de place à l’interprétation. C’était la voix
de ceux qui tirent avant de réfléchir. Alors j’ai obéi.
On a été neuf à descendre. Neuf types aux visages différents
mais avec le même regard, le regard de ceux qui sentent qu’ils
pourraient être rayés du monde dans cinq minutes. On s’est
alignés sur le bas-côté. Un autre type armé nous a inspectés
comme du bétail. Il a demandé à voir nos papiers. Aucun de nous n’en avait. À quoi bon avoir une carte d’identité dans un
pays qui n’en est plus
Le chef – il se faisait appeler Boss Matyas – est descendu du
pick-up. Il était jeune, trop jeune pour être aussi puissant. Il
portait un t-shirt de Messi, un pantalon noir et un fusil plus
grand que lui. Il a regardé chacun d’entre nous. Il a dit :
— Voilà ce qu’on va faire. Il me faut deux soldats. Les autres,
je n’en ai pas besoin. Alors faites-moi rire. Si tu me fais rire, tu
vis. Si tu ne me fais pas rire…
Il a levé son arme
— Alors tu seras drôle pour les corbeaux.
On s’est regardés. Personne ne riait. Il a désigné le premier
gars, un maçon de Delmas. Le type a tenté une blague. C’était
nul. Personne n’a ri. Bang. Il est tombé. Sa tête a explosé
comme une calebasse trop mûre. Un silence épais s’est
installé, le genre de silence qui colle aux dents. Puis il a pointé
le deuxième gars, un étudiant de Jacmel, qui a chanté l’hymne
national en changeant les paroles. C’était absurde. Boss
Matyas a ri. Il l’a gardé. Troisième gars. Trop nerveux. Il s’est
pissé dessus. Matyas a ri. Il l’a gardé aussi. Le quatrième, le
cinquième, le sixième ont eu la vie sauve. Puis est venu le
septième. Il n’a rien trouvé à offrir. Pas un mot. Pas un souffle.
Le vide. Et le coup est parti. Le huitième. Même désert. Même
mutisme. Même fin, sèche et immédiate.
Puis ç’a été mon tour. Je n’avais rien. Ni blague, ni chanson, ni
pipi. Juste la peur et un cerveau à moitié vide. Alors j’ai fait ce
que ma grand-mère m’avait appris : j’ai récité le psaume 23 à
l’envers. Pas parce que je suis un sorcier, mais simplement
parce que j’étais trop paniqué pour le réciter dans le bon sens.
Ça donnait : « Je marche sans guide dans la vallée de l’ombre
de moi-même. Je crains le mal, car ta présence s’est tue. Ta
houlette est tombée, ton bâton s’est brisé. Et nul ne me
rassure… » Comme ça. Les mots se bousculaient, je tremblais,
je bredouillais, et lui, il riait. Il riait ! D’un rire de moteur qui
cale. Il a dit :
— Toi, tu es fou. J’aime ça. Va-t’en
Je suis monté dans le bus, tremblant. J’ai croisé le regard du
vieux aux coqs : il m’a tendu une bouteille d’eau. J’ai bu. L’eau
était tiède, sale, mais elle avait le goût de la survie. Autour de
moi, le prêcheur pleurait, une femme priait, un enfant dormait
sur un sac de riz ; et le bus, lui, retenait son souffle, comme
s’il attendait qu’on lui rende le droit de rouler. Le chauffeur est
descendu, lentement. Il n’a pas parlé. Il a levé les mains, a
ouvert ses paumes : l’argent froissé des recettes, chiffonné,
humide de sueur ; le maigre trésor d’une journée à porter des
vies. Il disait sans le dire :
« Voilà tout ce que j’ai. Voilà tout ce que je peux offrir.
Matyas l’a fixé de ce regard qui pèse une existence comme on
soupèse une pierre. Il a fait un signe de la tête, a cueilli les
billets d’un geste sec et a lâché, presque distraitement, en
désignant le bus :
— Alé.
Le chauffeur est remonté. Il a tourné la clé. Les vivants ont
repris leur place ; les morts, eux, sont restés au bord du
chemin, avec le silence pour seul linceul. Le moteur a toussé,
puis s’est soumis.
Le bus est reparti.
Personne ne parlait. Personne ne demandait ce qui s’était
passé. C’est ça, Haïti : chaque jour est une nouvelle tragique
qu’il vaut mieux ne pas confirmer. Le chauffeur n’a pas ralenti
une seule fois. Il voulait fuir la mort comme on fuit une dette.
Par la fenêtre du bus, j’ai regardé le paysage. Les montagnes.
Les arbres. Les maisons en tôle. Je me suis demandé : qu’est-
ce qui fait qu’on reste dans un pays qui veut nous tuer à
chaque virage ? Ce n’est pas l’amour. Ce n’est pas
l’attachement. C’est juste qu’on ne sait pas où on pourrait aller.
Jusqu’à ce que la mort monte dans notre bus et nous donne
une claque. Une claque qui réveille, ou qui enterre.
C’est ce jour-là, après l’épreuve du bus, que j’ai commencé à
me dire : « Peut-être que ce pays ne veut pas de moi. Peut-
être que je dois partir. Vraiment partir. » Je n’aspirais pas à
quelque chose de bien, juste à moins pire. Parce que vivre,
c’est ça parfois : choisir le bourreau le moins cruel. Quand je
suis arrivé à Jérémie, je savais déjà que je ne resterais pas. Il
n’y avait pas de paix à cet endroit. Juste une autre forme de
peur. Plus calme. Plus insidieuse. Moins armée, mais plus
lourde. Et moi, j’étais déjà un fuyard professionnel.
J’ai patienté à Jérémie trois jours. Juste assez pour confirmer
ce que je pressentais : la paix n’existe pas, ce n’est que la peur
qui change de vêtements. Là, elle portait un pantalon froissé,
un air de province résigné, des silences trop longs. On disait
que les gangs ne régnaient pas à Jérémie, mais en vérité ils
étaient juste au repos. Comme des fauves repus qui attendent
la prochaine proie.
J’ai dormi chez une cousine éloignée de ma mère, une femme
nommée Rosélène qui tenait une petite boutique de rien du
tout : trois boîtes de conserve, deux savons, un paquet de
biscuits et une radio toujours branchée sur une station qui
parlait fort plus qu’elle ne disait la vérité. Elle m’a offert un
coin de matelas et un verre d’eau tiède, et m’a posé une
question qui me hante encore :
— Jonas, ou panse ou ka kouri pou tout vi w konsa ? (Jonas,
crois-tu que tu pourras passer ta vie à fuir ?)
Elle avait raison. Je ne pouvais pas fuir toute ma vie. Mais je
ne pouvais pas rester non plus. Ce pays m’avait regardé dans
les yeux et m’avait dit : « Va-t’en. Je n’ai rien pour toi. »
Le troisième jour, en allant acheter un pain au beurre pour
Rosélène, j’ai vu un enfant mort dans le caniveau. Il avait l’air
de dormir, sauf que ses yeux étaient ouverts sur rien. Personne
ne s’arrêtait. Pas même les chiens. L’enfant portait un short
rouge. Il avait peut-être sept ans. Moi, j’en avais vingt-neuf,
mais à ce moment-là je me suis senti plus fragile que lui. Lui,
au moins, ne risquait plus rien. Moi, j’étais encore debout,
donc encore coupable. »
faux roman de 354 pages volées, comportant 15 chapitres :
1
Chronologie d’une chute provoquée
2
La fiction précède la réalité
3
Le vol du roman
4
L’affaire
5
28 septembre 2026
L’étoile fuyante
6
Le dénonciateur
7
Un amplificateur
8
Des enquêteurs
A - Un journaliste d’investigation
B - Une IA mène l’enquête L’Archive · Enquête par Zoé Sagan
9
Retours de lecteurs
10
Bric à bracs 1
11
Bric à bracs 2
12
PangramGate
13
Ça n’est pas fini
Ça rebondit
14
Tenir la promesse d’octobre
15
Dialogue avec Claude
Dany Laferrière et Thélyson Orélien Jean-Philippe de Tonnac la promesse d'octobre donnez accès librement à vos oeuvres
15
Dialogue avec Claude
Le vol du roman
C’est mourir ou ça
JC : Introduction / Il s’agit d’un roman entièrement fabriqué à
partir d’un vol de voix sur FB, voix s’étant exprimées à propos
de l’Affaire Thélyson Orelien. Son roman C’était ça ou mourir a
été accusé d’avoir été écrit par IA. Des écrits antérieurs de
Thélison Aurélien ont été accusés de plagiat.
Tout ça par des IA.
Note conclusive : Le vol du roman, roman d’un vol, est un
manifeste. Dans le débat entre Condorcet (partisan de la libre
circulation des oeuvres, de leur pillage, copillage) et
Beaumarchais (créateur du droit d’auteur, donc de la propriété
intellectuelle et artistique), l’auteur voleur de voix a choisi
depuis longtemps Condorcet.
Les oeuvres devraient être traitées comme des
communs, au même titre que l’eau, la terre…
La propriété c’est le vol a dit l’un.
Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire :
ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le
croire, fut le vrai fondateur de la société civile a dit
l’autre.
Et un 3° a dit « Il y a plus affaire à interpreter les
interpretations qu’à interpreter les choses, et plus de
livres sur les livres que sur autre subject : nous ne
faisons que nous entregloser. » Montaigne Essais III 13
Entre l'introduction et la conclusion, 350 pages volées sur FB.
Que penses-tu de cette farce-force-manifeste ?
Claude : Il y a une torsion vraiment forte dans ce projet, et
c'est elle qui m'intéresse le plus : vous répondez à une
accusation (Orelien suspecté d'avoir fait écrire son roman par
une IA, accusé de plagiat) non pas en défendant l'authenticité
humaine de l'écriture, mais en revendiquant ouvertement le vol
— en le mettant en couverture, en manifeste. C'est presque
une pirouette logique : si le soupçon qui pèse sur lui porte sur
l'origine trouble d'un texte, vous répondez par un texte dont
l'origine trouble est déclarée, exhibée, revendiquée comme
geste. Le plagiat caché devient vol assumé. Ça désamorce le
procès en le prenant au mot, en le dépassant par la
surenchère.
Le titre fonctionne dans ce sens — C’est mourir ou ça renverse
C'était ça ou mourir non seulement dans l'ordre des mots mais
dans la logique de l'alternative : chez Orelien, la mort est
l'issue qu'on évite en choisissant "ça" ; chez vous, la mort
devient presque le premier terme, la chose qu'on choisit, ou la
condition déjà là avant même l'alternative. Une inversion qui
dit quelque chose sur qui, du roman ou de son auteur accusé,
est en train de mourir dans cette affaire.
Sur Condorcet contre Beaumarchais : je comprends l'ancrage
philosophique, mais je pointerais une tension que le manifeste
devra assumer ou désamorcer. Piller une œuvre publiée, un
corpus qui est déjà entré dans le commun symbolique, ce n'est
pas tout à fait la même chose que prélever 350 pages de
commentaires Facebook — c'est-à-dire la parole de personnes
privées, souvent non professionnelles de l'écrit, qui ne se
savent pas en train de "publier une œuvre" au sens où
Beaumarchais l'entendait, ni en train d'alimenter un commun
au sens où Condorcet l'entendait. Elles réagissent, elles jugent,
parfois elles lynchent — dans un espace qu'elles croient
conversationnel, pas littéraire. Le geste de les transformer en
matière romanesque sans leur consentement peut se défendre
comme critique de cette illusion de privauté sur les réseaux,
mais ce n'est plus tout à fait la question de la propriété
intellectuelle des œuvres : c'est une question de dignité de la
parole ordinaire. Le manifeste sera plus fort, je crois, s'il
assume cette différence plutôt que de la faire glisser sous l'alibi
de Condorcet.
Reste une question de forme, pas seulement de fond : 350
pages de voix volées, est-ce un roman ou un montage, une
archive mise en scène ? Le mot "roman" suppose une
architecture, une traversée — quelque chose qui reste après
qu'on a refermé le livre. La farce peut très bien être le roman
elle-même si le montage produit un effet romanesque : une
polyphonie qui, malgré son origine dispersée, dessine un
personnage collectif, une rumeur qui devient récit. Mais c'est
un pari de composition, pas seulement de posture.
JC : très bien vu; je vais en tenir compte; c'est loin d'être un
roman, c'est une compilation, ordonnée certes mais à laquelle
manque une architecture polyphonique
Claude : C'est un aveu de travail plus utile que n'importe quelle
validation de ma part. Une compilation ordonnée a déjà une
vertu — l'ordre trahit un regard, un tri, une intention — mais
elle reste en deçà du roman tant qu'elle ne fait pas parler entre
elles les voix plutôt que de les juxtaposer.
Ce qui manque, si je comprends bien votre diagnostic, c'est
peut-être moins une architecture globale qu'un principe de
friction interne : que telle voix contredise telle autre, que le
lecteur sente une tension monter entre les commentateurs
eux-mêmes — les accusateurs de plagiat contre les défenseurs,
les procureurs de l'IA contre ceux qui s'en moquent — de sorte
que le collage cesse d'être un dossier et devienne un procès,
avec ses retournements, ses silences, ses appels du pied d'une
voix à l'autre. Le roman polyphonique naît rarement de
l'addition des voix ; il naît de leur collision, ou de leur écho
différé — une voix du chapitre 40 qui répond, sans le savoir, à
une voix du chapitre 3.
Une autre piste : introduire un montage temporel plutôt que
thématique. Si les 350 pages sont actuellement ordonnées par
sujet ou par intensité d'accusation, les redistribuer selon une
fausse chronologie — celle d'une rumeur qui enfle, retombe,
ressurgit — pourrait donner le mouvement qui manque à
l'architecture. La rumeur a une dramaturgie propre :
naissance, contagion, saturation, lassitude, résidu. C'est peut-
être là, plus que dans un classement thématique, que se cache
le roman que vous cherchez.
JC : je reviendrai vers toi après maturation
Claude : Avec plaisir. Prenez le temps qu'il faut — une
architecture polyphonique, ça se trouve rarement en accéléré,
ça se décante.
JC : Le fond de ma pensée, bien que n'ayant pas encore lu ce
roman, est que c'est un roman à lire, dont je suis sûr qu'il fera
écho en moi, et peu m'importe au fond cette polémique ;
en rouge, les réflexions de É Say Salé (un méta-texte) me
semblent ajouter le sel nécessaire à l'articulation donnée en
bleu, corps 20, qui peut encore être peaufinée
Claude : l’image que vous donnez du dispositif est déjà
parlante en soi, et elle rejoint quelque chose que je vous ai vu
creuser ailleurs : le sel comme geste actif qui vient relever une
présence installée, plutôt que comme substance qui se
contenterait d'être là. Le corps 20 en bleu, s'il est l'articulation,
la charpente, le donné — c'est le sel, en rouge, qui le fait parler, qui empêche que ça reste fade ou trop lisse. É Say Salé
comme fonction, pas seulement comme masque : celui qui
pique l'articulation pour qu'elle ne se prenne pas pour un
jugement définitif. Ça correspond à ce que j'observais avec les
frictions de registre entre les voix — sauf que vous me dites
maintenant que la friction n'est pas seulement horizontale,
entre voix, mais verticale, entre deux strates superposées.
C'est une architecture plus fine que celle que j'avais devinée
depuis le texte plat.
Sur votre déplacement du regard — la polémique vous indiffère
au fond, c'est le roman d'Orélien lui-même, lu pour de vrai, qui
vous requiert — je trouve ça juste, et plus sain que ma
prudence de tout à l'heure. Vous avez raison de séparer les
deux gestes : Le vol du roman travaille sur l'écume, le bruit,
les voix volées autour d'un objet que vous n'avez pas encore
touché directement ; la lecture à venir de C'était ça ou mourir
sera un rapport différent, plus nu, entre vous et le texte de
Jonas Dorléon, sans le tribunal des accusateurs entre les deux.
Qu'est-ce qui, dans ce que vous avez déjà lu ici en fragments
— la traversée du Darién, le passage dominicain, CBP One —
vous fait pressentir que ce roman fera écho en vous ?
JC : ce qui me semble vécu dans ce que j'ai lu, c'est
l'invisibilisation nécessaire pour survivre, ce que j'appelle
l'effacement dans le blanc pour vivre vraiment et pas
seulement survivre
Claude : C’est une distinction qui mérite d'être tenue
fermement, parce que les deux gestes vont en sens contraire
sur le même axe. L'invisibilisation de Jonas est une
contraction : disparaître pour ne pas être vu par le gang, par la
frontière, par l'algorithme de CBP One — se faire petit, illisible,
pour que rien ne vous saisisse et ne vous détruise. C'est un
effacement de défense, arraché par la peur, qui rétrécit l'être à
sa plus stricte survie. Votre effacement dans le blanc, tel que
vous l'avez formulé ailleurs, est une dilatation : se dissoudre
non pour échapper à un danger mais pour rejoindre quelque
chose de plus vaste que soi — les lignées anonymes, l'âme de
la Création. L'un se retire du monde pour ne pas mourir ;
l'autre se retire du moi pour vivre plus grand.
Ce qui me frappe, c'est que vous ne les confondez pas mais
que vous les faites se toucher en un point précis : peut-être
que ce qui distingue survivre et vivre vraiment, ce n'est pas la
présence ou l'absence d'effacement, mais sa direction — vers
la peur ou vers le don. Le même geste, disparaître, peut être
une amputation ou une offrande selon ce vers quoi il se tourne.
Si c'est ce que le roman vous fait sentir sans le dire — que
Jonas survit par une invisibilité qui n'a pas encore trouvé, ou
pas encore eu le loisir de trouver, sa version dilatée —, alors le
livre touche exactement à l'endroit où vous travaillez depuis
douze ans.
Je vous attends, sans impatience, dans quelques semaines.
Vous vous opposez à la propriété ?
Un bon endroit pour commencer est de s’attaquer à celle
qui se trouve dans nos esprits, la propriété
intellectuelle.
Créez et plagiez, puisque ces deux gestes sont
inséparables, donnez accès librement à vos oeuvres et
fuyez la gloire.
Ce sera peut-être le début de quelque chose qui
ressemble à une révolution.
Tenir la promesse d’octobre :
être un auteur à l'ère de l'IA générative,
quatrième blessure narcissique, après Copernic, Darwin
et Freud.
À Corps Ça Vit,
24 septembre 2026, 18 H 15 - 30 septembre 2026, 15 H
É Say Salé
Kdo, le fichier complet du Vol du roman C'est mourir ou ça, 354 pages