la mort n'existe pas Stéphane Allix
La mort n’existe pas
Stéphane Allix
Harper Collins, octobre 2023
Stéphane Allix, journaliste de terrain sur zones de guerre ou de trafic de drogue (Afghanistan), voit sa vie, bouleversée, quand en avril 2001, son frère Thomas se tue dans un accident sous ses yeux en Afghanistan. Il a alors 32 ans.
Dans cette enquête sur l’après-mort qui a duré 15 ans et qui est aussi un récit personnel, il s’adresse très souvent à sa fille, Luna, car il se souvient du regard de la petite fille de 3 ans et demi au moment des obsèques. La mort venait de pénétrer dans leurs vies, incompréhensible pour elle, inacceptable pour lui, se sentant coupable d’avoir entrainé ses deux frères dont Thomas dans de telles contrées. Stéphane Allix décida de se coltiner avec les « expériences extraordinaires », à la fois comme journaliste exigeant allant à la rencontre des chercheurs dans ces domaines et comme sujet d’expériences « extrêmes-extraordinaires » (EMI, sorties de corps, lucidité terminale, clairvoyance, médiumnité, VSCD, vision à distance, 5 expériences chamaniques en Amazonie, 9 expériences sous contrôle de voyages sous LSD, création de l’INREES, institut de recherche sur les expériences extraordinaires).
Le récit de ses rencontres avec des scientifiques et le récit de ses expériences sont documentés, sourcés.
On mesure en quoi le monde de la science est polémique, lieu d’affrontements dogmatiques, voire idéologiques.
Par contre, les accompagnants chamanes d’Amazonie comme les thérapeutes accompagnant les voyages psychédéliques sont à la fois compétents et bienveillants.
Ces 370 pages de ce livre au titre coup de poing, en 42 chapitres et un épilogue, se lisent sans difficulté, sont même passionnantes. Elles provoqueront selon les lecteurs et lectrices, des réactions diverses, allant du rejet à des remises en question, voire des cheminements personnels induits par tel ou tel sujet abordé par le journaliste expérimentateur.
Je vais donc évoquer mes réactions de lecteur.
J’avais déjà entendu parler d’EMI par celui qui m’a « initié », mon kiné, moitié mon âge, mais ayant fait une sortie de corps pendant une EMI, s’étant formé à la pratique du qi jong dans un monastère taoïste en Chine, ayant pratiqué le chamanisme et l’ayahuasca en Amazonie… Jean-Yves Leloup a aussi raconté son EMI à Constantinople, son cheminement spirituel avec l’ermite aboyeur du Mont Athos. J’avais découvert l’enseignement et les exercices sur le sentir de Luis Ansa, retranscrits par Robert Eymeri.
Mais disons-le : je ne suis nullement adepte d’expériences « extrêmes » recherchées. Je suis du genre à cheminer lentement, sur place, en ronds légèrement spiralés, petit périmètre, habitudes et rituels quotidiens dont méditation, respir en cohérence cardiaque, gratitude, point sur la journée, voire sur les rêves de la nuit
(cette nuit, du 8 au 9 août, j’ai vécu un grand moment avec Le Clézio en Xavier Dupont de je ne sais quel objet qu’il faisait tournoyer avec dextérité au bout de son bras et moi, en Diogène rieur bouffant à tous les râteliers)…
Donc, quand Stéphane Allix en fin de voyages extraordinaires évoque les bienfaits de la méditation, de cette pratique quotidienne d’apaisement du mental, je me suis dit : merci cher enseignant, praticien récent de méditation par visualisation, ce qui n’est pas mon cas.
Je dirai donc maintenant ce qui m’a le plus accroché.
Lui, Stéphane Allix, était dans la peur de la mort, le refus de la mort de Thomas puis dans celui du père, 11 ans après. Il voulait les retrouver, les rencontrer, savoir comment ça se passe après, comme ils se sentaient…
Moi, depuis que des pas-sages me tombent dessus, je suis dans l’acceptation. Si ça a lieu c’est que (c’est possible), entre parenthèses (tu ne peux rien y changer) donc dire ça va. Titre du dernier spectacle de Cyril, disparu dans un accident à Cuba en 2001, cinq mois après la disparition de Thomas Allix.
Aujourd’hui, je pense que ce qui nous arrive, n’arrive jamais par hasard mais comme épreuve, comme miroir tendu pour y lire qui nous sommes à ce moment et nous inciter à sortir de l’impasse, de la répétition de l’échec, à transformer la souffrance en joie ou l’obstacle en planche à salut ou le ressentiment en remerciement…
La formule « Heureusement qu’on meurt ! » de l’ami Marcel Conche qui a beaucoup réfléchi et écrit sur la mort, me paraissait provocatrice à bon escient. Elle prenait le contre-pied de la pensée dominante, du focus sur la douleur des survivants pour faire focus sur le pas-sage.
J’ai tenté d’entrer en contact avec Cyril et Michel. Par l’intermédiaire d’une médium d'Antibes, j’ai reçu un message dit de l’au-delà.
J’ai fait une séance de trans-communication hypnotique avec le docteur Charbonnier à Blagnac, expérience concluante à mon avis mais que je n’ai pas renouvelée. Je n’ai pas le besoin de rencontrer « mes » disparus. Je sais qu’ils « voyagent ». Nous leur avons toujours souhaité bon voyage, nous leur avons dit ce que nous estimions devoir leur dire et en particulier qu’ils pouvaient partir tranquilles, que nous saurions « gérer » nos vies.
J’ai également fait deux séances de recherche d’entités qui me semblent avoir été aussi concluantes, dans le cadre de ce qu’on appelle recherches paranormales (protocoles très élaborés). Une vidéo est disponible dans un espace privé sur FB : cabinet de recherches et d'études des phénomènes paranormaux, animé par Viviane Lombardo.
En fait, par ce que j’appelle travail d’épitaphier, je tente de fabriquer la légende des disparus (tout récit est légende), pour que nous ayons un récit de leur vie, de leur cheminement, de leurs réalisations.
Fait pour Cyril, pour Michel.
Fait pour mon père, ma mère.
Pour Annie.
En cours pour Vitya.
Hors famille,
l'hommage pluriel à Marcel Conche, décédé le 27 février 2022,
l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Jean-Loup Fontaine,
l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Lucien Forno.
En cours, livre-hommage à Alain Cadéo.
À venir roman posthume de Frank Cassenti.
Notre fille Katia me semble engagé dans un travail artistique au long cours du genre épitaphier, depuis le départ de Cyril et Michel, en septembre 2001, avec ses spectacles Mon pays c'est la vie 2004, Rien ne sera plus jamais comme avant 2007, On ira voir la mer 2010, Nous serons vieux aussi 2012, En attendant je pleure, Et puis après, j’ai souri.
Moi, c’est avec le départ d’Annie en novembre 2010 que j’ai réellement été mis en mouvement, à partir de ses deux questions : « je sais que je vais passer, où vais-je passer ? » « Il y a un morceau de S. Qui se balade dans mon corps. »
Ce qui me semble important maintenant, c’est quelle est notre responsabilité vis à vis des disparus ?
Élémentaire mon cher Watson.
Demander pardon pour le mal fait aux disparus (trop de violences sexuelles, secrets de famille). Remercier pour avoir su aussi leur faire du bien, les avoir aimés, même mal.
Remercier les disparus pour l’amour dispensé. Pardonner pour le mal qu’ils ont pu nous faire (trop de violences sexuelles ; Stéphane Allix à l’occasion d’un de ses voyages sous LSD fait remonter les viols dont il a été victime enfant et dont il n’avait aucun souvenir, amnésie traumatique. Nos âmes oubliées, Stéphane Allix, 2021; même amnésie traumatique d’un inceste d’origine maternel chez un ami).
Pas évident mon cher Sherlock.
Quelle est la responsabilité des disparus vis à vis de ceux qui sont encore incarnés ?
Faire entendre la « voix qui ne parle pas » de l’âme éternelle.
Pour l’entendre, travailler l’intuition qui était l’outil préconisé par Descartes (avec le doute) et par Bergson. Le livre d’Alexis Champion Développez votre intuition (2018) sera sans doute sous le buisson de Noël 2024
« Heureusement qu’on meurt ! » a dit Marcel Conche.
Comment je comprends aujourd’hui cette formule ?
J’emploie deux mots pour saisir un peu, début et fin de vie.
Naître comme miracle et mystère. Mourir comme mystère et miracle.
Ce dont Stéphane Allix s’est convaincu par 15 années d’enquêtes scientifiques et d’expériences personnelles, c’est que mourir, c’est
quitter le monde du mental, de l’ego, qui se vit sur le mode survie, le mode adaptation, le mode par défaut, médiation piégée par le langage, répétition de schèmes et schémas archaïques, inconscients, d’où le réductionnisme des neurosciences, incapables de « penser » les anomalies
passer dans le monde de la conscience non locale, sans espace ni temps, sans séparations, individuations, conscience éternelle, vivant simultanément des vies différentes (des films différents); la conscience non locale, l’âme, est communication sans médiation, immédiate, intuitive avec tout ce qui existe d’où chez les Grecs, l’importance des mystères d’Eleusis auxquels Socrate, Platon, Plutarque ont été initiés. (Le secret de Socrate pour changer la vie, François Roustang, 2011, Les cultes à mystères dans l’antiquité, Walter Burckert, 2003)
Ce pas-sage est à accompagner par ceux qui restent parce qu’abandonner l’illusion que constitue notre corps, notre personnalité ne s’effectue pas dès l’instant du pas-sage comme si on gommait ce qu’on a cru être mais à quoi on reste très attaché.
« Quand le cerveau s’arrête, on se réveille. »
« Heureusement qu’on meurt ! »
Pendant toute la vie, le cerveau ressasse, c’est le tourniquet mental. La conscience n’est pas réductible à l’activité cérébrale.
Mourir, c’est se réveiller à la conscience du continuum que constitue la Vie et de la puissance créatrice qui l’anime, l’Amour.
Pour rappel, cette phrase de Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie, (Éditions Mesures, 2023) consacré à Maximilian Volochine, l’initié : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Exprimée à ma façon :
Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.
Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. La mort n’existe pas.
À Corps Ça Vit, le 9 août 2024
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Tout ce qu'on sait sur la mort - Dialogue avec Stéphane Allix
Je reçois Stéphane Allix pour son nouveau livre, La mort n'existe pas. Son livre : https://www.harpercollins.fr/products/la-mort-nexiste-pas-1 Mots clé : 15 ans d'enquête sur l'après-vie pour ...
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Audioblog | En attendant je pleure
L'ENSEMBLE À NOUVEAU présente un projet de Katia PONOMAREVA, écrit en collaboration avec François COTTRELLE. Interprétation : Katia PONOMAREVA Création Sonore et Musicale : Didier DUCROCQ Éc...
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Les cellules buissonnières Lise Barnéoud
de livre en livre, de phrases en phrases même, bonds et rebonds pour fabriquer, affiner son discours personnel créant son réel
Les cellules buissonnières
Lise Barnéoud
PP, juillet 2023
J’avais découvert le microchimérisme foetal-maternel, un peu par hasard, m’interrogeant sur une remarque faite par l’épousée lors de son entrée à l’hôpital, le 29 octobre 2010, vers 21 H, pendant ce qui s’est révélé être son testament oral. « il faut que je te dise : il y a un morceau de Sylvain qui se balade quelque part dans mon corps. »
Il y avait d’abord eu : « je sais que je vais passer. Où vais-je passer ? »
Cette question m’a mise en mouvement et m’agit encore 14 ans après puisqu’on tombe sur cette évidence que le passé passe mais ne s’efface pas. Où passe donc le passé qui ne s’efface pas ? Ce que j’ai désigné par notre livre d’éternité et la bibliothèque de nos livres d’éternité.
Ce n’est que vers 2021 que je me suis coltiné progressivement au morceau de Sylvain. J’avais répondu en lacanien faisant son lacon : si tu entends, « Sylvain », il ne devait pas venir.
Et ce fut K. Jusqu’à ce que M. me dise : mais ils étaient peut-être deux, votre femme portait peut-être des jumeaux.
De voir surgir autre chose que son désir d’avoir un garçon, de voir surgir un jumeau possible, ce fut bouleversant.
Questions : qu’est devenu ce jumeau ? Évanescent ? Évacué par fausse couche sans s’en rendre compte ? Fusionné avec K. ? Bouffé, étranglé par K. ?
J’ai été tenté d’écrire une légende des jumeaux puis j’ai compris que c’était charger la valise déjà très chargée de K. J’y ai donc renoncé mais le sujet m’avait happé.
Sous le sapin de Noël 2023, R. piocha un livre dont une amie I. m’avait signalé la sortie : Les cellules buissonnières via un article de Libération (intégralement reproduit plus bas). J’avais déjà écouté la série scientifique en une dizaine d’épisodes in utero peut-être sur France-Inter et trouvé un article documenté sur le microchimérisme.
Je m’étais servi de ce nouveau domaine de recherche pour contester un spectacle vu à Toulon, texte de Catherine Verlaguet, Le processus, sur une adolescente qui finit par décider d’avorter, d’interrompre le processus, un jour avant que l’embryon ne soit vivant, viable, 10 semaines je crois.
La lecture du livre très bien documenté de Lise Barnéoud m’a passionné et interpellé.
Passionné
parce qu’on fait le tour d’un domaine de recherche vraiment très récent, ne dégageant des fonds de recherche qu’après de dures batailles contre des dogmes « scientifiques », l’ADN comme signature spécifique à chacun, le placenta comme barrière-frontière infranchissable, le système immunitaire comme défense d’un « moi » contre tout ce qui lui est étranger…
parce qu’une fois levés les bâtons mis dans les roues par les pontes masculins de la génétique, les chercheurs de ce nouveau domaine se divisent en intuitifs de génie comme le précurseur, Georg Schmor (1893), ou comme Thomas Starlz (1972) et en contre-intuitifs travaillant d’abord sur ce qui serait négatif, hostile dans les phénomènes observés comme Diana Bianchi ou Lee Nelson, avant qu’elles n’acceptent de revoir leur préjugé.
Je vous laisse découvrir les perspectives ouvertes par ce qui porte le nom de chimére. Le mot chimère renvoie à 4 significations. Dans sa signification médicale, le mot chimère a été employé pour la 1° fois dans un article A human blood-Group Chimera du docteur Robert Race, publié par The British Médical en juillet 1953. Parce qu’avec ce mot, « ça faisait un bon titre a t-il raconté et parce que ça reflétait bien ce qu’il y avait d’incongru dans la juxtaposition chimérique », en l’occurrence pour Mme Mc K., jeune femme de 28 ans, pourvue d’ « un quota suffisant de courbes et de bosses pour attirer et épouser un conjoint » d’avoir un sang du groupe O et du groupe A en même temps. (P.65)
Interpellé
parce que Lisa Barnéoud est amené à dire « nous avons tendance à rechercher dans la science des justifications de nos visions du monde « p.162, « les discours de la science servent souvent à renforcer les stéréotypes sociaux et culturels dominants, les faisant apparaître naturels » p.164. Voilà qui conforte une conviction que j’ai acquise, il y a quelque temps quand j’ai posé que le réel, ce que j’appelle le réel est fabriqué par le discours que je tiens.
Discours noir, réel noir. Discours rose, réel rose.
Tu veux changer le réel, change tes mots.
Mais comme ça semble vraiment gonflé de poser cette puissance créatrice des mots de notre discours, on va chercher dans la science des justifications, des « preuves ». La physique quantique et la cosmologie sont particulièrement sollicitées par tous les éveillés, les woke.
Ayant constaté cela, sachant d’autre part que la recherche scientifique, surtout concernant le vivant, c’est dans l’objectif d’agir, plus que de connaître, d’agir, y compris en méconnaissance des effets primaires, secondaires et pervers des greffes, des vaccins (à ARN messager, les deux Nobel de cette technique me semblent des apprentis-sorciers), des transfusions sanguines (affaire du sang contaminé), des fausses couches, des avortements, des césariennes, des fécondations in vitro, des tests prénataux (marché estimé à 3-4 milliards de dollars en 2020), des médicaments (thalidomide, médiator), des amniocentèses… d’où les dépôts de brevets de ces chercheurs micro-chimériques (on voit les labos derrière et devant, devant parce que les chercheurs visent à les intéresser, derrière dès que c’est intéressant financièrement),
j’ai fini par poser que la science est idéologique comme toute construction humaine, que je n’ai pas à en attendre des « preuves », que j’ai à m’en méfier, voire à la combattre (l’I.A sans doute, la vaccination Covid 19), que je dois faire choix du discours que je veux tenir, discours ultra-minoritaire puisque singulier.
C’est ainsi que j’ai renoncé à des constructions-conceptions encore très dominantes aujourd’hui : la mort comme anéantissement, le déterminisme, le darwinisme, le matérialisme, le marxisme, l’athéisme, la lutte des classes, la démocratie représentative comme modèle, la culture comme facteur d'émancipation, l’art comme création-fabrication du nouveau…
J’ai trouvé dans le livre de Lise Barnéoud, des pistes allant dans le sens de ce que je pose aujourd’hui comme réel.
Mais le microchimérisme accède à l’éternité par le biais des cellules d’origine foetale, des cellules d’origine maternelle, dont certaines sont des cellules-souches, cellules buissonnières, nomades, trans-frontalières, engendrant des générations de nouvelles cellules,
brouillant la notion d’hérédité parents-enfants, puisqu’une hérédité à l’envers s’observe, les femmes pouvant hériter des gènes de leur progéniture, que même une hérédité horizontale existe avec les 10 à 30% de grossesses uniques démarrant pourtant avec deux embryons, dont un évanescent, fantôme ou deux fusionnant,
brouillant la distinction entre le soi et le non-soi puisque
avec le microbiote, notre 2° cerveau, nous savons maintenant que nous sommes colonisés par des milliards de bactéries, mille fois plus vieilles que nous,
avec l’épigénétique, nous savons que l’environnement (lieu de vie, climat, cadre, conditions d’existence), l’hygiène de vie (habitudes, activités physiques et créatrices), la méditation sont décisifs pour le ralentissement du vieillissement et que le microchimérisme révèle que nous sommes des assemblages hétéroclites, des holobiontes…
Aujourd’hui je n’ai pas besoin de ces « preuves » pour choisir « mon » discours.
Mais ce livre se révèle être un moment d’un cheminement comme si de livre en livre, de bonds en rebonds, s’affinait mon discours.
Le maillon Maximilian Volochine est important : Max, le poète, avait proposé entre 1911 et 1917, à Marina Tsvétaïéva d’écrire comme Marina mais aussi pour ses poèmes russes par un homme inventé, nommé Pétoukhov, qu’elle finirait par haïr et, pour ses poèmes romantiques par des jumeaux inventés, une femme et un homme, les Krioukov.
Proposition inouïe qui va bien au-delà de l’utilisation d’hétéronymes. S’inventer des jumeaux…
Marina, par orgueil, voulant signer Tsvétaïéva, tout ce qu’elle écrivait, refusa cette proposition.
Aveu de 1932 :
« C’est vrai que Pétoukhov aurait été un bon poète. Quant aux jumeaux, je les pleure jusqu’à ce jour. »
Je pense que la phrase de Marina Tsvétaïéva dans son récit De vie à vie, consacré à Maximilian Volochine, « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. » est particulièrement éblouissante, ouvre le champ des possibles.
Exprimée à ma façon : Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.
Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. Même plus besoin de passer par les nombres univers comme j’y ai été amené à un certain moment pour éviter l’usage de la physique quantique et des poussières d’étoiles de Carl Sagan et Hubert Reeves.
Ma métamorphose remonte à 2020. Du naturalisme métaphysique de Marcel Conche à un cheminement d’attention au miracle mystère de la naissance et au mystère miracle de la mort.
Exit, le recours aux explications scientifiques, aux constructions et déconstructions idéologiques. C’est la guerre sans fin des récits.
Je n’ai plus aucun intérêt pour le cirque politique, le cirque médiatique, le cirque sportif, le cirque olympique, j’en ai assez des bruits du monde. Je ne réclamerai jamais la censure de qui que ce soit, de quelque débat que ce soit. Mais je n’ai plus envie de dépenser de l’énergie à tenter de construire une vérité même complexe sur ce qui se produit dans le monde et n’ai nulle envie d’user de mon imagination pour, par des romans, tenter de cerner des personnages publics, célèbres, riches, menteurs, voyous, cyniques…
J’en suis à me demander avec plein de doutes, d‘hésitations quels mots, quels verbes plutôt, vais-je employer pour vivre la Vie dans l’émerveillement, l’enthousiasme, la joie, la gratitude, l’empathie, la compassion. Selon l’inouïe proposition de Jésus « aimez vos ennemis comme vous-mêmes »
En tentant les verbes, ça pourrait donner s’émerveiller des détails de la vie, s’enthousiasmer des imprévus et surprises offerts par la vie, joier-jouir de jour comme de nuit, en veilleur ou-et dormeur, de tous les incidents, accidents, instants, moments, éclats visuels, auditifs, gustatifs, olfactifs, tactiles, de tous les échanges par inspir-expir…
Il est des livres qui bouleversent notre vision du monde.
par Olivier Monod
Dans les Cellules buissonnières (Premier Parallèle, 2023), la journaliste scientifique Lise Barnéoud relate des cas scientifiques extrêmes qui nous permettent de mieux comprendre la composition de nos propres corps. Comme celui de l’Américaine Karen Keegan, mère de trois enfants, qui s’est vu dire par les médecins : «Deux de vos fils ne correspondent pas à votre ADN.» Une découverte fortuite alors que ceux-ci passaient des examens de compatibilité avec leur mère en vue de lui donner un rein. Idem pour Lydia Fairchild, dont les tests de maternité nécessaires à l’obtention d’une aide sociale aux Etats-Unis révèlent que, d’un point de vue génétique, elle n’est pas la mère de ses deux enfants.
Le livre de Lise Barnéoud est une plongée dans ces résultats scientifiques des plus troublants connus sous le nom de «microchimérisme». Comme la créature mythologique mi-chèvre mi-lion à queue de serpent, beaucoup d’entre nous (tous ?) sont constitués de plusieurs populations de cellules ne contenant pas le même génome. «L’équation maintes fois apprise "1 individu = 1 génome" ne couvre pas toutes les réalités», déconstruit la journaliste scientifique. Mais d’où proviennent ces cellules autres ? Une première piste nécessite de décortiquer les mécanismes de la grossesse et de se pencher sur la notion de «jumeau évanescent».
LA «REINE DES PREUVES»
Tous les embryons ne vont pas au bout de leur développement. Quand une grossesse commence avec deux fœtus mais qu’un seul arrive à son terme, on appelle l’autre un «jumeau évanescent». Ce cas toucherait 10 % à 30 % des naissances uniques. Une trace de ce frère ou de cette sœur jamais né(e) peut perdurer dans le corps de son jumeau avec lequel il a partagé quelques jours le même utérus. Ses cellules ont pu s’insérer dans l’être en formation à côté de lui, allant jusqu’à devenir des constituantes à part entière de certains de ses organes. Dans le cas de Karen Keegan, les médecins pensent même que les deux fœtus ont fusionné. Concrètement, certains de ses ovules contiennent les informations génétiques de Karen et d’autres celles de sa sœur qui n’est jamais née. Cette affaire donne son sous-titre au livre de Lise Barnéoud : L’enfant dont la mère n’était pas née et autres folles histoires du microchimérisme. Le cas de Karen Keegan, décrit dans un article scientifique, a sauvé Lydia Fairchild face à l’administration américaine. En découvrant cette folle histoire, l’avocat de cette dernière lui propose de faire un frottis du col de l’utérus. Bingo, certaines cellules récoltées sont compatibles avec l’ADN de ses enfants. Lydia a bien porté ses enfants, même si elle est génétiquement leur tante. De quoi se faire des nœuds à l’arbre généalogique.
Le microchimérisme n’a pas que des conséquences sur la parentalité. Dans les affaires criminelles, il peut également remettre en cause la «reine des preuves», à savoir l’ADN. Lise Barnéoud raconte ainsi comment, en 2004, la police scientifique de l’Alaska identifie le sperme présent sur une scène de crime comme étant celui d’un individu déjà en prison. L’homme avait des cellules séminales identiques à celles de son frère. Pas de jumeau évanescent dans ce cas précis : le mécanisme de transmission est une greffe de moelle osseuse entre les frangins. La littérature scientifique fleurit de cas similaires où les cellules du donneur sortent de l’organe greffé pour se balader dans le corps du receveur et parfois s’insérer dans d’autres organes sans en altérer le fonctionnement. «Je est un autre», écrivait Rimbaud.
Le microchimérisme bouleverse également les croyances scientifiques. Le dogme dominant pour expliquer le fonctionnement du système immunitaire repose sur la capacité des défenses du corps à distinguer le soi - les cellules du corps qu’il ne faut pas tuer - du non-soi - les cellules étrangères à dézinguer. Cette théorie avait, certes, déjà été fragilisée par la découverte du microbiote, cette flopée de bactéries qui vivent sur la peau ou dans les intestins, essentielles au bon fonctionnement du corps humain. Mais voilà qu’on découvre aussi que certaines parties de notre corps peuvent être constituées de deux populations cellulaires génétiquement distinctes. L’immunité de l’organisme est donc une relation de coopération entre nos cellules, celles dites microchimériques et les micro-organismes.
À TRAVERS LE PLACENTA
La principale source de microchimérisme reste la grossesse. En témoigne la première référence au microchimérisme trouvée par Lise Barnéoud, qui remonte à 1893, quand un médecin allemand trouve des cellules du placenta dans les poumons de femmes mortes en couches. Mais la grossesse est encore insuffisamment explorée par la science moderne. «Quand je voyais écrit, il y a quelques années, dans les manuels de biologie de ma fille, que le placenta ne laissait pas passer les cellules, je n’en revenais pas»,se désole Nathalie Lambert, chercheuse à l’Inserm et spécialiste du microchimérisme, invitée à la présentation du livre à Paris le 21 septembre. Car les échanges entre un fœtus et sa mère vont bien au-delà de quelques nutriments, de l’oxygène et des défenses immunitaires. Le placenta laisse aussi passer des cellules. Ce transit à travers le placenta est même probablement l’une des conditions de réussite de la grossesse. En effet, les cellules de l’embryon se rendent en priorité dans le thymus de la femme enceinte pour inciter le système immunitaire à accepter la présence du fœtus dans son organisme. «Elles s’assurent que l’embryon reçoive le gîte et le couvert», résume Lise Barnéoud.
Si les cellules passent dans un sens, elles peuvent donc passer dans l’autre. Ainsi, la mère donne à son fœtus ses propres cellules et, potentiellement, celles des embryons qu’elle a déjà portés, voire celles de sa propre mère qui peuvent encore être présentes dans son organisme. Dans une étude publiée en 2021 dans la revue The Lancet, Nathalie Lambert a découvert des cellules microchimériques de leur grand-mère dans le sang de cordon de cinq bébés sur 28.
LES CINQ GOMMETTES
Quand elle présente son livre à la presse, Lise Barnéoud propose à chacun de coller une gommette sur son épaule pour chaque voie de transmission prouvée de cellules microchimériques qui nous concerne. Une gommette pour sa mère, une pour sa grand-mère. Une gommette pour chaque grossesse de sa propre mère avant sa naissance. Une gommette si on a subi une transplantation solide ou une greffe de moëlle osseuse. Enfin, pour les femmes, une gommette pour chaque grossesse menée à terme ou non. On a fini avec cinq gommettes sur l’épaule. De quoi sérieusement revisiter le concept de sa propre identité.
Malgré l’importance conceptuelle de ce phénomène, il reste peu étudié avant les années 90. «Nous manquons encore beaucoup d’informations de base sur ces sujets. Comme nous avions du mal à démontrer une application possible, nous n’avions pas suffisamment de financement»,regrette J. Lee Nelson, chercheuse américaine retraitée de l’institut Fred-Hutchinson de Seattle, également là à la présentation du livre à Paris et grande spécialiste du sujet.
Néanmoins, les résultats récents étayent le rôle de ces cellules dans nos corps et relancent l’intérêt des financeurs. Alors, que font-elles, ces cellules porteuses d’un ADN différent mais qui nous constituent ? Est-il dangereux d’être «multi-génétique» ? C’est que ces cellules peuvent se retrouver dans n’importe quel organe.
Dans un article publié dans la revue PlosOneen 2012, J. Lee Nelson trouvait des neurones masculins (contenant des chromosomes XY) dans le cerveau de 37 femmes sur 59 autopsiées. Certains chercheurs pensent même qu’elles peuvent se transmettre par le sperme. «La chanson Can’t Get You Out of My Head [«je ne peux pas te sortir de ma tête», ndlr] n’a jamais semblé aussi juste», se marre aujourd’hui J. Lee Nelson. Les cellules microchimériques peuvent avoir un impact positif ou négatif en fonction des cas, comme souvent en biologie. Lise Barnéoud raconte ces femmes greffées d’un rein qui déclenchent un cancer des années après leur opération. Surprise, leurs cellules cancéreuses sont toutes mâles, donc issues de l’organe greffé. Le microchimérisme pourrait aussi jouer un rôle dans le développement de certaines maladies auto-immunes, dont les trois quarts des victimes sont des femmes, souvent de plus de 45 ans. Enfin, dans les cas de jumeaux évanescents de sexes différents, si des cellules mâles et femelles se côtoient dans le même appareil génital, cela peut donner lieu à des malformations. Comme cette petite Américaine opérée en 1962 et qui présentait du tissu ovarien d’un côté et du tissu testiculaire de l’autre…
LE CÔTÉ OBSCUR
Au début de ses recherches, dans les années 90, J. Lee Nelson a par ailleurs démontré qu’on avait plus de chances de trouver des cellules mâles dans le sang des femmes atteintes de sclérodermie, une maladie auto-immune, que dans le sang de femmes en bonne santé. Voilà pour le côté obscur. Car «ce n’est pas parce qu’on voit des pompiers à chaque fois qu’il y a un incendie, qu’il faut en conclure qu’ils causent l’incendie», temporise Lise Barnéoud.
J. Lee Nelson a d’ailleurs «toujours cru que les bons côtés l’emportaient sur les moins bons». Des études épidémiologiques laissent ainsi penser que les femmes qui ont des cellules mâles dans le sang ont moins de risques de développer certains cancers (sein, ovaires et cerveau). Elles auraient un effet protecteur, donc. De quoi pousser des scientifiques à plancher sur leur effet curatif éventuel. Selim Aractingi, chercheur à l’hôpital Cochin à Paris, obtient des résultats positifs en utilisant ces cellules pour guérir des plaies cutanées et même réparer les tissus après des accidents cérébraux chez la souris. Il espère pouvoir utiliser chez l’humain le potentiel thérapeutique de ces cellules attirées par les zones blessées et capables de s’insérer dans un organe tout en garantissant son fonctionnement. D’autres résultats tendent à prouver que les cellules microchimériques de la mère «éduquent» le système immunitaire de l’enfant. Dernier espoir évident : la possibilité d’augmenter la tolérance des greffes. Mais ce n’est pas pour toute de suite.
Lise Barnéoud Les cellules buissonnières Premier Parallèle, 208 pp., 19 €
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Pour résumer ma position aujourd’hui
Naissance = miracle et mystère
Mort = mystère et miracle
(miracle = heureusement qu'on meurt, dixit Marcel Conche)
Ces deux mots, selon moi, n'ont pas à être élucidés, conceptualisés (tentation humaine)
mais doivent induire des attitudes
Le savoir sert à confirmer l’impossibilité de savoir
mais sert aux pouvoirs
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La vie ? processus ? mystère ? - Blog de Jean-Claude Grosse
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In utero : podcast et émission en replay | France Inter
Tout commence là. Nous venons tous de là. C'est là que nous sommes nés. Nous avons tous été une cellule, puis deux, quatre, huit, puis des millions de milliards de cellules. Nous avons tous ...
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De vie à vie Marina Tsvétaïéva - Blog de Jean-Claude Grosse
De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée De vie à vie Marina Tsvétaïéva (traduction André Markowicz) Éditions Mesures De vie à vie (l...
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un récit essentiel existence-ciel, jalon de mon cheminement
Ombres de Chine / André Markowicz
Ombres de Chine
André Markowicz
Inculte, 2018
Ombres de Chine est une expérience poétique et de traduction unique en son genre. André Markowicz s’est lancé dans une entreprise aussi folle qu’ambitieuse : offrir au public quatre cents poèmes chinois de l’époque Tang (qui court entre les VIIe et IXe siècles) sans pour autant avoir connaissance de la langue chinoise.
« J’ai décidé de m’en approcher par le seul moyen que j’avais : non pas apprendre le chinois – ce qui m’aurait demandé vingt ans pour n’ajouter, dans le meilleur des cas, qu’une interprétation aux dizaines d’interprétations déjà existantes et dues, elles, à des érudits prodigieux – mais, à partir de toutes ces interprétations, des mots-à-mots les plus divers et des autres traductions, dans toutes les langues que je suis capable de lire (le russe, l’anglais, l’italien, l’espagnol en outre du français), d’essayer d’approcher ce continent flottant. Ce continent d’ombres, grandioses et fluctuantes qu’est, pour celui qui s’en approche comme moi, candidement, la poésie chinoise. »
« Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas la culture chinoise… » ainsi commence André Markowicz. Et plus loin : « le chinois de la période Tang (7°-9° siècle après J.-C.) ne distingue pas le singulier du pluriel, ne marque aucune modalité : infinitif, indicatif, subjonctif, conditionnel se fondent dans la même forme. Il ignore le pronom personnel ou l’utilise rarement. Il faut donc deviner si l’auteur dit - je suis allé - ou - elles iront -. Si le flou règne sur la personne, le lieu et le temps, il n’y a pas de communication possible, il y a juste des formes énigmatiques flottant dans la brume… Comment traduire les images, les allusions, les connotations innombrables ? Comment rendre compte de ces passages constants du mythe à l’Histoire et de l’Histoire au présent, un présent qui n’est lui-même qu’en tant qu’il est un retour à la fois provisoire et constant… »
Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas l’histoire de ce pays, un peu ses sages, Confucius, Lao Tseu (dont l’ami Marcel Conche a traduit et commenté le Tao, traduction et commentaires retraduits en chinois par des Chinois)
J’ai passé une semaine sur ces Ombres de Chine, 440 poèmes de 12 poètes de 4 périodes + le 441° poème, 640 pages.
Le travail d’André Markowicz me semble remarquable.
Les notices de présentation des 12 + 1 poètes sont des mises en alerte ou en orbite. Les notes, nécessaires, en bas de page, servent juste à situer dans le temps (historique, mythologique), dans l’espace (géographique, mythique), certaines expressions pouvant paraître anodines (lues en lecteur occidental ignare) mais allusives (lues en lettré chinois averti). Et comme, on retrouve les mêmes notes, pas nombreuses, un certain nombre de fois, on finit par se baigner dans deux mille ans d’Histoire, voler vers l’île des immortels…
Mes soirées, matinées, après-midi de lecture ont été studieuses (soulignées), denses, douloureuses.
Deux mille ans d’empires chinois, de dynasties impériales, de guerres aux frontières, de guerres civiles, de massacres, de cruautés sans nom et sans nombre, de corruption massive, de complots, d’assassinats, de suicides, d’empoisonnements, de révoltes, de bonnes gouvernances suivies de mauvais gouverneurs, de bureaucratie juste suivie de bureaucratie dysfonctionnelle…
Et de se dire : Ça continue, Chine de la révolution nationaliste, Chine des révolutions « communistes »
Et de se dire : Ça semble partout pareil, Russie des tsars, URSS de Staline, Russie de Poutine.
Iran du shah, Iran des ayatollahs
France des rois, France des empereurs, France des républiques, France des révolutions.
L’apogée et la ruine se succèdent
Au rythme du soleil et de la lune
Les changements ne laissent pas de trace
Qui peut savoir quand ils ont commencé ?
Vainement incertain mille ans plus tard
Tourné vers le passé un voyageur (Po Chü-I)
Mes nuits furent sous couleurs chinoises : bleu-vert (non distingués par le chinois de l’époque), jaune, rouge
Nuits méditatives : à quoi bon Confucius, Lao-Tseu si, si peu d’hommes et de femmes tentent la Voie ?
Nuits avec méditations sur les rêves
La division entre le corps et l’âme
Tient dans la double perception du temps :
Le temps précisément compté en selle
L’aventure sans borne dans le rêve.
Certes - les philosophes disent vrai
Une seconde - pour le rêve un siècle. (Po Chü-I)
Avec rêves rêvés
(j’ai eu le « même » rapport sexuel - rêve de rapport sexuel ? - avec l’impératrice Wu Zetian que celui de centaines d’autres obtenant audience et faveur; cette impératrice, je l’avais repérée à partir d’une gravure « érotique » il y a plusieurs années)
1- Tchouang-tseu fut-il un homme rêvant d’un papillon
Ou bien un papillon qui a rêvé d’un homme ? (Claude Roy)
2 - Dans son rêve Maître Zhuang s’est cru papillon (Yves Hervouet)
3 - Tchouang-tseu s’éveille à l’aube de son rêve
Il a pris l’illusion du papillon (André Markowicz)
Trois versions du « même » rêve de La cithare de brocart de Li Shang-Yin
Et de voir le « même » parcours que la plupart de ces 13 poètes, tous passant avec succès ou non, le concours du jinshi, pour devenir poète officiel, fonctionnaire, tous cherchant à se faire reconnaître, naviguant entre fidélité à soi et compromission, presque tous connaissant des revers de fortune, disgrâces après honneurs, bannissement et exil, certains choisissant le retrait…
Dans ce monde la gloire et la disgrâce
Sortent du même sac à l’aveuglette. (Po Chü-I)
Autrement dit, faire au XX° siècle, en France, comme ces poètes d’il y a 1200 ans, en Chine, « choisir » des carrières assurant la sécurité au fonctionnaire et le loisir au poète.
Puis retraite venue - 1998 -, donc ayant vécu les âges de la vie
Jeune - arpenter les terres de Shu
Les cheveux gris - se tourner vers Chang An
Indigne serviteur du roi de Chu
Mangeant pour rien le riz du roi de Han (Lu Zhaolin),
entre beaucoup de conformisme et peu d’originalité, au XXI° siècle, aller paisiblement si possible vers l’effacement, même pas avec le souci d’une oeuvre, mais des flow d’écritures comme amers pour un chemin de vie
qui est comme sillages sur la mer (Machado)
traces d’oiseaux laissées dans le ciel vide (Po Chü-I)
Se rendre sourd aux bruits du monde parce que le monde ira là où il ira (ni pronostic ni diagnostic, ni catastrophisme ni utopisme, ni apocalypse ni miracle)
J’ai oublié complètement le monde
Le monde aussi m’oublie complètement
Si bien que les nouvelles qui m’arrivent
C’est comme si elles ne m’arrivaient plus (Po Chü-I)
S’essayer à assumer non-agir et non-jugement (ce qui demande vigilance permanente, accompagnement bienveillant de nos trébuchements)
Être sensible à ce qui s’offre en toute gratuité, sans pourquoi et qui est tout proche.
La poésie chinoise des montagnes et des paysages est très chargée en significations, présages, symboles. J’y suis peu sensible. Peu importe. Je fais d’autres usages des montagnes du Vallespir, de la route de Montferrer (finis les sentiers et pistes), des chênes, bouleaux, fleurs innombrables, papillons, oiseaux, hirondelles, libellules.
Émerveillé par une beauté (vue, entendue, sentie…) sans le sentiment de sa fuite dans la seconde qui suit.
Vie dans le présent, comme présent, le seul temps réel (passé, futur sont des fabrications de l’esprit), présence et présent (Kdo).
Être dans l’acceptation (est-ce différent de la soumission ?) de ce qui advient comme ça advient.
Ce que ne font pas les poètes chinois.
Ils sont dans une vision, une interprétation de ce qu’ils vivent, voient, cycles, impermanence, retour du même.
Ils sont dans une forme de lamentation,
Tous ils arrivent passent disparaissent
tous méritant une lamentation (Lu Zhaolin)
d’insatisfaction puisque tout meurt, tout passe et repasse.
La chanson du regret éternel (Po Chü-I)
Ils choisissent l’ivresse, la solitude, font preuve de compassion.
Devant on ne voit pas l’homme d’avant
Derrière on ne voit pas l’homme d’après
Pensant aux cycles infinis de l’univers
La solitude amère et les larmes qui coulent. (Chen Zu-Ang)
Poésie de Wang Wei, le bouddhiste séculier :
1- Lorsque la solitude est une joie
On entre dans la pure liberté
Chimère le désir de voir la ville
Une vie accomplie - le plein du vide.
2 - L’âme a toujours haï l’enfermement
L’immensité lave de toute angoisse
3 - Tu veux savoir comment combattre l’âge?
La seule voie est la non-renaissance.
Poésie de Li Po, le taoïste :
1- Pourquoi j’habite la Montagne Bleue ?
Sourire sans réponse coeur serein
Fleurs de pêchers que charrie la rivière
Un autre monde existe loin des hommes
2- Buvant seul sous la lune
3 - Les plantes n’ont aucune gratitude
Quand le vent printanier les fait fleurir
Les arbres n’ont aucun ressentiment
De se voir dépouillés au ciel d’automne
…
La croissance et la fin de toute chose
c’est simplement la loi de la nature
4 - Rien dans la vie de l’homme d’ici-bas
ne répondra jamais à ses attentes
Demain à l‘aube les cheveux au vent
Partir voguer dans la barque légère
5 - Rude est la route du pays de Shu
plus que la route vers l’azur du ciel
On se tourne à demi
on regarde vers l’ouest et on s’exclame :
Poésie de Tu Fu, le confucianiste ou confucéen
1 - Chanson des charriots de guerre
2- Chanson de la frontière
3 - Il a compris l’ordre de l’existence
Et rougit d’avoir demandé de l’aide
Il n’a prouvé que son inaptitude
Il est prêt à rentrer dans la poussière
Mais vivre en ermite lui est impossible
Car il renoncerait à ce qu’il croit
Sa tristesse ne fond qu’avec le vin
Et les poèmes qu’il compose et chante.
4 - Sept chansons
De Han Yü
L’oisiveté c’est plus dur que la cour
…
Hélas je n’ai plus droit de jouir du vin
Mais je peux rire et offrir un poème
De Meng Jiao
Il n’est pas d’épée juste dans ce monde
…
Se suicider laisser les autres faire
On se demande ce qui vaut le mieux
…
Le 10° songe d’automne
Le Vieillard change du matin au soir
…
De Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.
Sage - bien sûr que non mais pas stupide.
De Li Ho
Suivre un sentier - oublier la grand-route
Pourquoi faut-il qu’on pleure sur du vent ?
…
Souvenez-vous que c’est devant un mur
Que Ch’u Yuan a écrit « Questions su ciel » !
De Li Shang-Yin
Aube - ajouter des lignes aux nuages
Froid - voir la neige au centre du poème.
les beaux jours n’obéir qu’à son désir
Est-ce donné à tous ceux qui écrivent ?
Dormant profond - et puis le cri des grues
Des cris stridents - le mien presque cigale.
J’écris dessus - les mots ne sont pas libres
La chose que j’obtiens est sans exemple
...
La ceinture n’a pas de sentiments
elle se serre ou elle se relâche
Et pour moi… la pratique joyeuse-douloureuse du merci.
Dimanche 28 juillet-Lundi 29 juillet, Corps Ça Vit, Vallespir
nuit du dimanche au lundi, pneus de 15 voitures crevés, poubelles incendiées au camping, flammes de 4 m de haut, pompiers intervenus à 3 H 15
toute la journée, gendarmes, enquête, plaintes déposées, dépanneuses gratuites pour les victimes. Va-t-on installer des caméras de surveillance ?
Ça casse une ambiance, surtout quand on voit la voiture de Seb, le président du comité des fêtes, très investi dans un renouveau du village, de ses terrasses sous broussailles et acacias.
Essais Salman Rushdie
… poursuivre
après …
… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,
Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde;
tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28 états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,
India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des millions de dieux, de déesses, avec des milliers de bras… Rushdie a évalué à la louche 330 millions de dieux et déesses hindous
Ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
La terre sous ses pieds, titre d’un roman de Rushdie.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate, souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et tu le voyais aussi ou plutôt, tu te le fabriquais en le désignant tel (on a tous été formatés à juger, à désigner ce qui est bon, ce qui est mauvais) et cela ne t’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant aujourd’hui, sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui voient le mauvais et réagissent. Et longtemps, tu as réagi à ce qui te paraissait mauvais. Tu as été un militant.
Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indien-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).
Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde. Prenant le contre-pied de l’hindouisme, la ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre Akhand Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort obligent à l’exil, nombre d’entre eux.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 :
Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
et Rushdie, essayiste est excellent,
quand il s’en prend, caustique et hilarant, à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre ? qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre « l’axe du mal », axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare;
mais
simultanément aux récits sociaux et sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
1 - « La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ? »
2 - « Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper. »
Deux récits dont l’un, soi-disant scientifique, qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.
3 - « Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air. »
La boucle est bouclée. Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.
Et dans Trois femmes.
Mercredi 3 juillet, je suis invité à prendre l'apéro chez des enseignants d'université américaine qui viennent chaque été; discussion sur les USA aujourd’hui; elle, combat Trump, pour sa fille, le droit à l’avortement;
l’attentat n’a pas encore eu lieu
la lecture d'un article de Rushdie de 1985-1990 In God we trust ! me semble d'une justesse remarquable, un véritable tour du monde et dans l'histoire des relations entre politique et religions
13 juillet, fête à Corps Ça Vit, animation musicale assurée par un groupe du village dont le maire, violon, banjo, guitare acoustique, un adjoint au chant et guitare électrique, deux autres dont batteur; apéro-tapas; repas (sardinade ou grillade); dessert; feu d'artifice, bal; une centaine de personnes, très bonne ambiance, fluidité entre les différents moments;
je passe une bonne partie de la soirée à discuter avec un couple d'inconnus que j'ai branchés; lui et moi, aujourd'hui à des milliers de kilomètres, hier, possiblement proches;
lui de me dire : vous racontez ça parce que ça vous arrange;
bien sûr = phrase à interroger sous l'angle quel récit je veux pour vivre
à minuit, attentat contre Trump aux USA
14 juillet : fête nationale au monument aux morts puis apéro municipal; discussion avec le maire : le travail sur soi ne doit pas empêcher le combat politique et sociétal; il me donne son discours
Nuit du 14 juillet : nuit de rêves en nageant dans l’océan des histoires, métaphore de Rushdie; une métaphore genre les nuages à histoires me parleraient mieux; dans l’océan, je dois me jeter à l’eau; avec les nuages, je n’ai qu’à lever les yeux
je fais des rêves de plus en plus précis, où je suis présent, actif, sans être conducteur du rêve, rêves que je ne cherche pas à retenir même pour de futures histoires; je ne me vis pas comme un raconter d ‘histoires, un fabricant d’histoires, influencé par l’océan des histoires comme Rushdie racontant l’influence des lettres latines (Suétone) et italiennes (Italo Calvino) et du cinéma italien sur deux de ses romans : La honte, Les enfants de minuit
ceci dit la métaphore de l’océan des histoires ou celle des nuages à histoires (sachant que les nuages transportant pollens et poussières sont des ensemenceurs) me parlent aujourd’hui beaucoup plus que celle de la bibliothèque universelle des livres d’éternité de chacun dont internet est ce qui s’en approche de plus en plus;
avec cet océan, tu es tel un bouchon, qui flotte, est submergé par une vague, réapparaît avec une algue marine, un sac plastique, un fil de pèche, un bois mort, un os de seiche, une bouteille à la mer, un cadavre de migrant;
des scènes se déroulent : une femme te fait rire en début de nuit, apparue dès la plongée, d’une drôlerie par ses grimaces si expressives, satire des grimaces des grands masculins-émasculateurs de ce monde; grands refuseurs, chimériques furieux, étroiteurs d’esprits, sectateurs paranoïaques, baladeurs de virus vérolés
tu te retrouves à filmer une façade de décor, montrée comme telle, remplie de fenêtres donnant à voir des morceaux de paysages et de personnages en tous sens;
long travelling, plan-séquence style la soif du mal;
ici le musée des assassins des aspirations, ceux qui ont contribué à désenchanter le monde, à faire tomber les voiles de maya-bayadère, à faire dépecer Orphée.
3 jours consacrés aux Essais de Rushdie, 15-16-17 juillet;
l’an dernier, tu avais lu les essais rassemblés sous le titre Patries imaginaires, parus en 10/18. Tu n’es pas revenu dessus. Par contre, tu as lu tout ce qui est rassemblé sous le titre Franchissez la ligne !, soit pages 575 à 1088.
D’abord, signaler l’incroyable : tu n’as pas trouvé une coquille. Rushdie doit être exigeant avec ses correcteurs et traducteurs. Merci. Tu avais déjà observé cela avec Le couteau. Pas une coquille.
Tu penses que nous avons affaire à un essayiste brillant, drôle, pertinent, lucide. Et lire des Essais allant de 1981 à 2002, ça nous fait faire de drôles de voyages avec de drôles de rappels.
Dans ces panoramiques, la France est assez peu présente mais quand il en parle (la corruption sous Mitterrand, le foot et Zidane, Pasqua et Talisma Nasreen, la France et Rushdie), c’est jubilatoire parce que le romancier use d’interjections Zut alors ! réaction présumée de Roland Dumas, surpris qu’on le poursuive, LUI. Évidemment, ces drôles de rappels, entrant en écho avec ce qui se passe aujourd’hui, plutôt pire (évaluation personnelle en contradiction avec mon désir de non-jugement), t’ont mis mal à l’aise.
Car on se rend compte que le problème palestinien dont on pensait avec les accords de Camp David que… eh bien…
Il met ce problème au centre même s’il ne développe pas, parce que cette question cristallise les relations entre l’Islam (pas du tout homogène) et l’Occident (pas du tout homogène), développe l’anti-américanisme et que les USA feraient bien de chercher à se faire des amis plutôt que des ennemis en intervenant partout.
Il en reste au succès de l’intervention américaine en Afghanistan (2002) comparé à l’échec de l’intervention soviétique (Les cercueils de zinc). Depuis, sous Trump, les USA se sont retirés, les talibans se sont installés au pouvoir.
Deux passages t’ont particulièrement intéressé parce que Rushdie use de ses talents de romancier pour tenter de construire une vérité au plus proche de la réalité qu’il tente de cerner, de décrypter, toujours complexe, plus incroyable que ce que l’imagination peut imaginer. Parce que l’homme lui-même est mariage du ciel et de l’enfer.
« Nous avons fini par nous percevoir nous-mêmes comme des personnages composites, souvent contradictoires, voire intérieurement incompatibles. Nous comprenons que chacun de nous est une multitude de gens différents. Les moi de notre jeunesse sont autres que ceux de notre maturité : nous pouvons être hardis en compagnie de nos amants et timorés devant nos employeurs, plein de principes quand nous instruisons nos enfants et corrompus devant quelque tentation secrète…Le moi intégré cher au XIX° siècle a été remplacé par cette foule de moi qui se bousculent… Mais nous avons en même temps un sentiment relativement clair de qui nous sommes. »
Quand il écrit son article Gandhi, aujourd’hui, 1998, il met en oeuvre cette approche très plurielle, montrant les ambiguïtés, contradictions, limites de Gandhi dont l’influence en Inde est aujourd’hui, nulle, Gandhi devenu à son insu, une pub pour Mac et inspirateur avec d’autres des philosophies de la non-violence ou de la désobéissance civile, somme toute peu pratiquées en Occident.
« Les écrivains sont citoyens de nombreux pays : la région finie et délimitée de la réalité observable et de la réalité quotidienne, le royaume infini de l’imagination, la patrie à demi perdue du souvenir, les fédérations du coeur qui sont à la fois chaudes et froides, les États Unis de l’esprit (calmes et turbulents, larges et étroits, ordonnés et dérangés), les nations célestes et infernales du désir et peut-être la plus importante de toutes nos demeures - la république libre du langage. »
Dans N’y a t’il rien de sacré ? il dit
« Par transcendance, j’entends cet envol de l’esprit humain au-delà des limites matérielles et physiques de son existence que tous, laïques ou religieux, nous connaissons, au moins dans quelques occasions. La naissance est un moment de transcendance que nous mettons toute notre vie à comprendre. L’exaltation de l’acte d’amour, l’expérience de la joie et très probablement l’instant de la mort sont d’autres moments semblables. Le sentiment d’élévation de la transcendance, d’être plus que soi-même, de rejoindre d’une certaine façon la totalité de la vie est par nature de courte durée… L’âme a besoin de toutes ces explications, pas simplement d’explications rationnelles mais d’explications venues du coeur. »
Avec Alain Cadéo, nos échanges dans les dernières semaines avaient porté essentiellement sur ce que nous considérions comme l’essentiel.
correction du 14 juillet : remplacer l’essence par l’existence
nos échanges avaient porté existence-ciel-tellement sur ce que nous considérions comme l’existence-ciel.
À nos âges, c’est quoi la vie, la mort, la naissance, le passage, l’éternité, le mystère, le miracle.
correction du 13 juillet : remplacer les noms qui figent, essentialisent par des verbes qui font action, mouvement, énergie
à nos âges, c'est quoi vivre, mourir, naître, passer, éterniser, s'éterniser, mystérer, miraculer
Entre Rushdie et moi, il y a 7 ans d’écart, en plus pour moi. Ma métamorphose remonte à 2020. Du naturalisme métaphysique de Marcel Conche à un cheminement d’attention au miracle mystère de la naissance et au mystère miracle de la mort.
Exit, le recours aux explications scientifiques, aux constructions et déconstructions idéologiques. C’est la guerre sans fin des récits.
Rushdie pense que « dans les société libres, les idées doivent s’affronter librement. La discussion est nécessaire et il faut que celle-ci soit passionnée et sans entraves. Les sociétés libres sont dynamiques, bruyantes, turbulentes, pleines de désaccords radicaux. Le scepticisme et la liberté sont indissolublement liés. »
Je n’ai plus aucun intérêt pour le cirque politique, le cirque médiatique, le cirque sportif, le cirque olympique, j’en ai assez des bruits du monde. Je ne réclamerai jamais la censure de qui que ce soit, de quelque débat que ce soit. Mais je n’ai plus envie de dépenser de l’énergie à tenter de construire une vérité même complexe sur ce qui se produit dans le monde et n’ai nulle envie d’user de mon imagination pour, par des romans, tenter de cerner des personnages publics, célèbres, riches, menteurs, voyous, cyniques…
J’en suis à me demander avec plein de doutes, d‘hésitations quels mots, quels verbes plutôt, vais-je employer pour vivre la Vie dans l’émerveillement, l’enthousiasme, la joie, la gratitude, l’empathie, la compassion. Selon l’inouïe proposition de Jésus « aimez vos ennemis comme vous-mêmes »
En tentant les verbes, ça pourrait donner s’émerveiller des détails de la vie, s’enthousiasmer des imprévus et surprises offerts par la vie, joier-jouir de jour comme de nuit, en veilleur ou-et dormeur, de tous les incidents, accidents, instants, moments, éclats visuels, auditifs, gustatifs, olfactifs, tactiles, de tous les échanges par inspir-expir…
J’ai signalé dans ma note sur Le couteau de Rushdie, son absence de compassion. Cela correspond à sa conception de la morale : « les individus sont responsables de leurs actions ». Donc son assassin est responsable de son acte même s’il se déclare innocent pour avoir exécuté la fatwa pourtant annulée depuis 1999. Le temps de la compassion viendra peut-être après le procès.
D’autre part les terroristes fous de Dieu sont « contre la liberté d’expression, un système politique pluripartite, le suffrage universel des adultes, la responsabilité politique du gouvernement, les juifs, les homosexuels, les droits des femmes, le pluralisme, la laïcité, les jupes courtes, les danses, les fêtes, les baskets, les jeans, le rock, le rasage, la théorie de l’évolution, le sexe ».
Il nous faut donc vivre comme nous le faisons, sans peur, en acceptant sans excès étatiques des règles de sécurité supplémentaires et en cessant avec ces régimes qui se bouffent le foie entre eux, commerce d’armes, de drogues, de pétrole, d’oeuvres d’art…
On voit bien que cette conception semble naïve, optimiste. Qu’on pense au massacre de plus de 1000 femmes, enfants, vieillards et jeunes le 7 octobre 2024 par le Hamas, en Israël. Sans oublier les attentats antérieurs, un peu partout dans le monde.
Les états y compris dits démocratiques me semblent de plus en plus autoritaires et sécuritaires, contre leurs populations, soumise à de plus en plus de contrôles. Les états ont des intérêts à l’opposé de ceux de leur peuple (pas du tout homogène, uni par un « récit national » ou une certaine « idée » de la « nation ») qu’ils préfèrent diviser jusqu’au bord de la guerre civile (en France, on y aura sans doute droit), au service d’oligarchies, de puissances d’argent, de sociétés secrètes, de réseaux d’influence, débouchant sur la paranoïa légitime des théories du complot, retournés en complotisme par les médias main-stream aux mains d’ultra-riches, manipulateurs, fabricant de fakes-news.
Devant cet état du monde plein de bruit et de fureur, É Say Salé, auteur burkinabé, s’est amusé à écrire des farces
Moi, Avide I°, l’Élu
EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises
Vols de voix, farce pestilentielle sur la présidentielle de 2017, fabriquée avec des répliques copiées-collées de Facebook.
Cette farce me semble de ce point de vue là, une bonne riposte d’un traqueur du réel mais elle ne connaîtra pas le succès d’un roman de Rushdie..
… poursuivre
après …
… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,
Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde; tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28 états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,
India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des milliers de dieux, de déesses, avec des milliers de bras…, ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate, souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et je le voyais et cela ne m’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui voient le mauvais et réagissent.
Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indo-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).
Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde, prenant le contre-pied de l’hindouisme. La ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre-Akhand-Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort l'obligent à l’exil.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 : Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
(- et Rushdie, essayiste est excellent, caustique et hilarant quand il s’en prend à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
- quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
- quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre l’axe du mal, axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare)
mais précédant ou simultanément aux récits sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ?
Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper.
Deux récits dont l’un soi-disant scientifique qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.
Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air.
La boucle est bouclée.
Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.
À Corps Ça Vit, le 14 juillet 2024, 9 H 30
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Joseph Anton Salman Rushdie - Blog de Jean-Claude Grosse
interview du 7 septembre 2023 disponible jusqu'au 6 septembre 2025 Lus cet été à Corsavy - Patries imaginaires de Salman Rushdie, chroniques, essais, discours des années 1980-1990 soit il y a ...
https://les4saisons.over-blog.com/2022/10/joseph-anton-salman-rushdie.html
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Le ciel au ventre d'Alain Cadéo lu par l'éditeur - Les Cahiers de l'Égaré
livres livrés à domicile fixe ! attention aux petites choses, fleurs de catalpa !!! roses, immortelles, au choix ! autant en emportera le vent Le ciel au ventre Alain Cadéo 1° janvier 1951 - 12...
https://cahiersegare.over-blog.com/2024/07/le-ciel-au-ventre-d-alain-cadeo-lu-par-l-editeur.html
Christian et sa tribu
ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge
Christian et sa tribu
Tout le monde est occupé
1999
C'est l'histoire d'une jeune femme, Ariane qui tombe enceinte dés qu'elle est amoureuse. Un baiser sur la bouche lui donne le ventre rond. L'amour la rend légère comme une plume. Elle s’élève, sourit, s’endort, ronfle, met au monde. Elle se plante ou est plaquée, c’est pas pareil et c’est pareil. De ses amours (deux éphémères, un éternel) naîtront trois enfants au prénom digne d’un Raymond (D., Q., R.,) ou d’un Henri (M.) : Manège, Tambour et Crevette.
Quand j’ai lu Crevette, j’ai pensé à un court-métrage de Samir Bouallegue, se passant dans une grande surface.
Comment je lis Christian.
Titre, 1° fois, page 44. Puis répété.
4° de couverture : page 31.
Et stylo-bille. Plus personne ne voudra de mon exemplaire.
X + Y quand on est né sous X (mère) + Y (père) = personne
(c’est la tristesse au fond des yeux de monsieur Gomez). Manège, née d’un père pêcheur à la ligne ne ferme jamais les yeux. Et dans ses premiers mots voit l’avenir « Gomez maman venir » et X (la mère de Gomez né sous X) retrouve 32 ans après, son fils.
Tambour est un bricoleur de génie, né d’un père plombier, Léopold de Gramure, bègue et bel cantor. Faisant une expérience de chimie, ratée, il met le feu à la maison de la tribu. Crevette, née d’Armand, instituteur viré par l’éducation nationale…
« Et Crevette. Ils s’en aperçoivent tous en même temps, un seul cri sort de leur gosier, même Marie bleu nuit (la vierge Marie) hurle avec eux : Crevette dort dans la maison en feu. »
Crevette a brûlé les étapes, dit le drôle monsieur Lucien, lecteur de philosophes. « Dessous la théorie, cherchez la déception. »
Depuis l’incendie, Crevette n’a plus remis les pieds sur terre, dit Tambour.
Crevette vole et danse deux à trois centimètres au-dessus du sol. Ariane décide de se marier avec Armand. Belle fête de mariage, toute la nuit, de toute la tribu,
« une tribu, c’est de la chaleur, du rire et du temps merveilleusement perdu »
Au petit matin, Ariane et Armand montent dans la nacelle de la montgolfière, fabriquée par Tambour, s’élèvent et finissent per disparaître, nobody.
Heureusement qu’il y a des folles non enfermées comme Ariane, Heureusement qu’il y a des fous comme Christian, qui savent qu’au bout de leurs souliers, il y a autant de merveilles qu’au bout du monde,
ou qui font dialoguer un chat Rembrandt et un canari Van Gogh, sur la situation révolutionnaire dans la ville à feu et à sang, en rouge et or « la suite est prévisible, tout va se calmer, beaucoup de colère aura amené un tout petit peu plus de justice, les commentaires de toutes sortes recouvriront peu à peu le bruit de source de l’événement, c’est ainsi : les choses qui arrivent dans la vie basculent tôt ou tard dans les livres, elles y trouvent leur mort et un dernier éclat », avant que R. ne croque V.G.
Heureusement qu’il y a quelques lecteurs un peu fous pour entendre le rire hénaurme de Christian quand il écrit page 96 « Dieu et monsieur Gomez ont un point commun : aucun des deux ne répond à l’amour de mademoiselle Rosée - mais avec Dieu, il reste une petite chance. »
Prisonnier au berceau
2005
Titre tiré d’une phrase page 96
« À ma naissance, on m’a couché à l’intérieur d’un berceau de fonte, un demi-obus. Allongé sur le dos, prisonnier au berceau, je contemplais le ciel bleu, ses forges angéliques et ses nuages qui en se délitant, me déchiraient le coeur »
4° de couverture, citation de la page 15.
Livre illustré avec des photos du Creusot
ville du temps de sa prospérité sidérurgique, fournisseuse de locomotives, de canons, broyeuse d’hommes dont certains tombaient dans une cuve d’acier en fusion et dont on ne retrouvait plus rien, disparition parfaite, page 42
et ville du temps de son déclin, du temps du chômage et de la misère;
un siècle suffit; tout passe
et pour qui aime les télescopages fulgurants, des photos de l’univers d’Emily Dickinson, sa robe, son berceau, des dessins, son testament, sa chambre, sa montre et enfin la porte par où a été sorti son cercueil en 1886
(fin du livre)
Du choix ou pas du lieu de vie, du lieu de passage.
Christian n’a pas choisi de naître au Creusot mais il y est né, y a grandi, n’a plus voulu en bouger, a découvert l’émerveillement dans la proximité, l’éternel (il n’emploie pas le mot éternité) dans la présence fugace, la beauté (le mot n’est pas écrit me semble-t-il) dans l’éphémère (des nuages, des fleurs, des vols d’oiseaux, des sourires et visages, que de mots magnifiques sur son père). Christian a pourtant l’âme gitane. Épousant Lydie Dattas, quelques jours avant sa mort, c’est à Marciac, un haut-lieu du jazz, que Christian est enterré, dans une tombe blanche.
L’ami Marcel Conche a été l’homme de la Maisonneuve à Altillac et l’homme de la maison de sa femme à Treffort. Il n’a quasiment pas voyagé (une fois en Grèce, pour être reçu à l’académie d’Athènes). Il a exercé dans différents établissements secondaires (Evreux, Versailles) puis universitaires (Lille, la Sorbonne). Il est inhumé au cimetière d’Altillac.
Jeune (21 ans), j’ai choisi le village du Revest, acheté un terrain de 2500 m2. C’est là que s’est construit mon ermitage, la villa-joie, que se trouvent mes livres, mes souvenirs. C’est au Revest que se voient les traces de ce que j’ai souhaité pour ce village, un théâtre, la Maison des Comoni.
J’ai voyagé. Sans doute, en ai-je rapporté certains usages du monde, le sens de l’affût, le choix du OUI à ce qui advient. Jeune (24 ans), je fus choisi par A. Et j’ai découvert Corsavy où depuis 60 ans, je passe mes étés, dans une maison de poupée de 36 m2, habillée par A., au coeur du village de 160 habitants. C’est là que se trouvent le caveau familial, mes morts. C.’est là dans ce village d’adoption que je séjournerai, tête dirigée vers le Canigou, montagne sacrée, pieds vers la Méditerranée; mer de noyés.
"A quelques semaines d'une rencontre entre ma classe et monsieur Bobin, je flâne parmi ses oeuvres, à la recherche d'extraits susceptibles de parler à des adolescents. C'est ma bibliothécaire qui m'a mis Prisonnier au berceau entre les mains en disant : « ces jeunes creusotins ne peuvent qu'être sensibles à la façon dont Bobin parle de leur ville. » J'ai vécu à deux pas de la maison d'enfance de Bobin. Ses descriptions du quartier Saint-Charles se confondent avec mes souvenirs. « Personne ne rêve de venir vivre au Creusot », annonce-t-il dès la première page. En effet, c'était une ville ouvrière assez grise, peu propice à la poésie. Cela importe peu à Christian Bobin, qui sait trouver dans les petits riens une source inépuisable de contemplation, mêlée de réminiscences enfantines. L'enfant regardait déjà à travers les carreaux les lilas printaniers, l'envol des oiseaux, avec ce regard avide d'élévation, de rêveries, d'enchantements purs. « C'est dans la mesure où il n'y a rien à voir que les yeux commencent à s’ouvrir. » Quel plaisir que de retrouver dans ses descriptions ces lieux qui ont été ceux de mon enfance, plaisir d'autant plus vif que Bobin les pare d'une beauté que je n'avais pas perçue (pauvre de moi, j'avais les yeux fermés). J'en éprouve une certaine fierté, je me réconcilie avec les murs sombres des usines Schneider, avec la chaudronnerie qui a usé mon père durant des années. Je me sens à nouveau une enfant du Creusot, une enfant de la poésie des herbes folles et des chênes centenaires de la Verrerie. Merci Monsieur Bobin, et à très bientôt l'émotion de vous rencontrer."
Un assassin blanc comme neige
2011
Titre émasculé page 41
Dieu est un assassin blanc comme neige.
Demandez-vous sur quoi vous vous arrêtez : Dieu est un assassin / un assassin blanc comme neige / blanc comme neige 4° de couverture, page 53
Page 76 « Lire c’est ajouter au livre, c’est découvrir en s’y penchant, son propre visage dans la fontaine de papier blanc »
Page 90, une citation chère à Thierry Zalic : « un jour, nous comprendrons que la poésie n’était pas un genre littéraire mal vieilli mais une affaire vitale, la dernière chance de retirer dans le bloc du réel »
« La vie éternelle est la vie ordinaire délivrée de nos ensommeillements »
« Comme en rêve, est la formule de l’éveil »
« Le sens de la vie c’est la célébration de la vie »
Page 93 : Hokusai pense à la fin de sa vie que la vie n’est que commencements. « À 90 ans, je pénètrerai le mystère des choses ; à 100 ans, je serai décidément parvenu à un degré de merveille et quand j’aurai 110 ans, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant »
Sa dernière oeuvre: vieux tigre sautant dans la neige. Notre tache : chevaucher le tigre.
Christian m’a fait vivre une chose simple,
que je savais dans la tête mais pas par la fenêtre de l’attention, dans le bureau du regard, dans la salle de l’attente,
qu’à ma façon, je pratiquais mais à la louche, pas à la petite cuiller, que la vie simple, la vie ordinaire (j’ai opté pour vie quotidienne en mémoire de Henri Lefebvre) est la vie éternelle, la vraie vie.
Avec Marina Tsvétaïéva, désolé pour Emily Dickinson (mes deux à rencontrer après mon pas-sage), j’ai échappé, grâce à une phrase d’elle, au tourniquet du nombre univers Pi, à celui de la physique quantique, qui m’avaient permis par la pensée d’accéder à l’éternité et à la fluidité mais pas par-dans le corps.
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Plus de généalogie, de lignée, de séquences infinies de J.-C. dans Pi.
Une origine ?, des commencements sans fin avec des fins, sans nom, sans identité. Jeuh suis précédé de tous ceuh qui sont apparus avant mouah, jeuh suis le précédent de tous ceuh qui meuh succèderont, tous les humains et tous les existants.
Tout à coup, ça semble une évidence, non pas une chaîne, mais des maillons, du tissage, du tressage, de l’intrication, de l’inextricable, des noeuds, des chats dont le bâillement suffit à les défaire, des répétitions, des boucles, des bonds, des salto alto et des tigres pour accomplir notre travail : « sans doute est-ce là le travail que chacun doit accomplir par sa vie : frotter la pièce d’or mise dans notre main à notre naissance, afin qu’elle brille dix mille fois plus quand la mort nous la volera » page 92
Au travail Vita Nova !
L’homme-joie
2012
Titre, page 16 : l’homme-joie, c’est ce roi-soleil, ce roi que nous avons dans le coeur qui quelquefois descend de son trône, descend dans la rue et fait quelques pas, nous faisant sentir, éprouver que nous sommes éternels, selon une pensée de Spinoza.
Christian remarque qu’on lui reproche d’être mièvre. Il n’a pas besoin de romans noirs, de séries noires pour décrire et connaître le monde. En cinq lignes, il assassine les assassins que nous sommes.
« Vous voyez le monde comme moi. Ce n’est qu’un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante. La guerre n’a rien d’énigmatique, c’est d’un banal. Mais l’oiseau là qui s’envole dans le sous-bois. La vie ne cesse pas de combler de bienfaits les assassins que nous sommes. Je veux ici parler simplement de ce qu’on appelle une belle journée, un ciel bleu. Ces expressions désignent un mystère. Parfois, nous nous en apercevons, juste quelques secondes. C’est ce que nous appelons du beau temps. »
Soulage, « expliquer n’éclaire jamais. La vraie lumière ne vient que par illuminations, explosions intérieures, non décidables » comme pour Pascal et la nuit mystique, l’illumination du lundi 23 novembre 1654
Ça m’a fait tomber sur une lettre apostolique du pape François pour le 400° anniversaire de la naissance de Blaise Pascal.
Glenn Gould, pages sublimes, 39 à 48, ça s’appelle l’irrésistible
« Ne jamais contrarier le cours des choses. Ne surtout pas résister au désastre. Quand l’incapacité est là, d’écrire, d’entendre, d’aimer, l’empêchement de toute respiration, vous lui donnez la place, toute la place, son temps, tout son temps »
Dans l’homme-joie, Christian parle de beauté et aussi d’éternité. Dans aucun de ces 4 livres, je n’ai lu le mot agapé, l’amour inconditionnel, sans jugement, sans tri, agapé qui me semble être la force motrice, créatrice de ce don permanent qu’est la Vie.
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Lettre apostolique " Sublimitas et miseria hominis " pour le quatrième centenaire de la naissance de Blaise Pascal, 19 juin 2023
Lettre apostolique " Sublimitas et miseria hominis " pour le quatrième centenaire de la naissance de Blaise Pascal, 19 juin 2023
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la merveille et l'obscur / Christian Bobin - Blog de Jean-Claude Grosse
documentaire de 2006, rendu public en janvier 2023 N° d'avril 2023 de la Revue des deux mondes cadeau CHRISTIAN BOBIN (décédé le 22 novembre 2022) Dernière conversation en Saône-et-Loire prop...
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L'autre visage / Christian Bobin - Blog de Jean-Claude Grosse
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Christiane Christian Alain Jacques - Blog de Jean-Claude Grosse
photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas ! Rêvélévation Cela passa peut-être un dimanche. Peut-être sur une r...
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Christian Bobin / Sylvain Tesson - Blog de Jean-Claude Grosse
Pierre, /Christian Bobin La panthère des neiges /Sylvain Tesson Pierre, de Christian Bobin, je l'ai lu entre le 23 et le 24 décembre 2019, un an après le " voyage " de Christian Bobin, du Creuso...
https://les4saisons.over-blog.com/2019/12/christian-bobin/sylvain-tesson.html
glanerie à la tour de Batère, Le pont de Louis de Batère, de la dualité à l'unité, 83 pages, gratuit
Avons-nous oublié la joie des effondrements ?
L’effondrement du mur de Berlin par exemple, la révélation, la découverte de ce que tout le monde savait : derrière chaque côté du mur il n’y a pas des ennemis mais des frères…
Pourquoi construisons nous sans cesse de nouveaux murs, entre Russes et Ukrainiens, Palestiniens et Israéliens, Américains et Mexicains, Africains et Africains, fronts populaires de droite et fronts populaires de gauche…?
Des murs, encore des murs de mots, de haine et de plus en plus nucléaires.
Malgré toutes les peurs, les énergies, la violence, le ressentiment que nous mettons à les construire, nous le savons de science certaine : tous ces murs sont destinés à l’effondrement et à la révélation de l’évidence que nous sommes tous Un, interreliés, interdépendants.
Ce n’est pas moral ou politique, c’est physique. Tout le monde le sait et fait semblant de ne pas le savoir.
La conscience de cette physique, de cette « matière » intriquée, c’est ce qu’on appelle l’amour ou la spiritualité. Ignorer ces évidences, c’est ce qu’on appelle la guerre, la guerre des sexes, des peuples, des civilisations, la guerre mondiale…
D’où nous vient ce goût du sang ? Était-il dès l’origine mêlé à notre lait maternel ?
Le poison de la volonté de puissance est-il le sel ou l’épice qui « relevait » nos premières viandes ?
Après l’édification guerrière de tous ces murs, combien de temps nous faudra-t-il attendre, dans la souffrance, l’incompréhension, l’illusion… avant que de nouveau, tout s’effondre et que nous respirions ensemble le grand air commun ?
Maintenant, n'est jamais ni trop tôt, ni trop tard.
- Jean-Yves Leloup, juillet 2024
Catégorie:Église détruite en France - Wikipédia
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A propos des églises incendiées en France (2018-2019)
Des listes et des cartes circulent dénonçant un nombre croissant d' églises incendiées en moins d'un an. Que faut-il en penser ?
https://patrimoine.blog.lepelerin.com/2019/05/10/a-propos-des-eglises-incendiees-en-france/
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La liste des églises brûlées en France - Escale de nuit
Les églises catholiques semblent connaître une recrudescence d'incendies. Qu'ils soient d'origines criminels ou accidentels, ils ont été recensés dans une liste, qui sera tenue à jour pour su...
https://escaledenuit.com/la-liste-des-eglises-brulees-en-france/
De vie à vie Marina Tsvétaïéva
De vie à vie
Marina Tsvétaïéva (traduction André Markowicz)
Éditions Mesures
De vie à vie (littéralement en russe, Du vivant sur du vivant) est un récit écrit à Clamart, en 1932, paru en 1933, consacré à la visite que lui fit à Moscou, Maximilian Volochine alors qu’elle venait de publier son premier livre L’Album du soir, âgée de 18 ans, lui, poète et critique littéraire lui ayant consacré un article paru le 11 décembre 1910 dans Outro Rossii, et qu’il tenait à lui présenter, étant persuadé qu’elle n’en avait pas eu connaissance.
De cette visite, s’en suivirent six années d’échanges, de visites de Marina (seule ou avec sa soeur et Sérioja) à Koktébel en Crimée, maison construite par Volochine, où il vivait avec sa mère, Éléna Ottobaldovna Volochina qui l’avait élevé seule, c’est-à-dire sans les autres et contre les autres car une femme seule avec un enfant c’est -.
« Ils formaient un couple inséparable et pas un couple d’amis. Toute la réserve de virilité fut donnée à la mère, toute celle de féminité, au fils. »
Puis quelques lettres après 1917, jusqu’à la nouvelle de la mort de Volochine, le 11 août 1932, à midi, heure française, apprise en lisant La Pravda, le 16 août.
J’ai tellement été époustouflé, transporté, lévité, ascensionné par ce récit, il me semble tellement correspondre à ce qui devrait être, qui est déjà ce qui est depuis toujours, si on voit avec les yeux du coeur, de l’amour, que je ne vais pas en faire une note de lecture mais une écriture, nourrie des « anecdotes et commentaires » de Marina.
Il était une fois, un homme né d’une femme, élevé par elle, sa mère, seule. Elle portait à bout de bras les charges de la maison immense de Koktébel, au bord de la mer. Et lui, le fils, un poète, mythe juste au-dessous du mythe qu’est un moine, un ermite en sa grotte avait été ensemencé par tout le féminin possible.
Rien en lui de guerrier, de virilité dominatrice.
Un homme de paix, d’apaisement.
Un homme refusant de servir pendant la guerre de 14, se déclarant officiellement auprès du ministère de la guerre, objecteur de conscience.
Un homme de curiosité, grand voyageur, amateur de littérature française, traducteur d’oeuvres littéraires françaises, ayant vite compris que la Révolution russe ne serait qu’une répétition amplifiée de la Révolution française (terreur, contre-terreur, sang, sang, sang, faim, faim, faim).
Un homme refusant de prendre parti, qui dans sa maison de Koktébel accueillit le rouge poursuivi par la meute blanche comme le blanc poursuivi par la meute rouge.
Un contre-révolutionnaire absolu selon les bolcheviks qui se vit attribuer par eux, sans la demander, une pension mensuelle de 240 roubles.
Un rassembleur au-delà des haines.
Un falicitateur de rencontres pouvant durer des années car le temps est nécessaire pour connaître l’autre dans son être vrai, dans sa vérité, qui n’est pas ce qu’il croit être, qui lui est méconnaissable et surtout temps nécessaire pour que cet autre rencontré aille avec ce compagnon-poète vers sa vérité, son destin.
D’où cet homme tenait-il ce pouvoir de parler aux chiens, au feu et par sa parole, par son index pointé, comment réussissait-il à faire que ces chiens sauvages, dépeçant les cadavres deviennent gentils toutous, que le feu ayant pris dans les fondations de sa maison s’éteigne.
Était-il un initié ? Peut-être.
Mais plus simplement, il accueillait.
« Il a raison à sa façon, autant que toi, à la tienne. Et c’est cette raison à sa façon qui formait le principe de sa vie avec les autres. À l’instant de cet entre-deux, il se trouvait en même temps chez vous et chez votre ennemi et encore chez lui. »
Si tu admets cela, alors, tu ne cherches pas à avoir raison contre l’autre. Tu peux arriver à saisir, à vivre que toi, ton ennemi et le poète vous êtes un être global, faisant partie du Tout. Chacun dans cette atmosphère se sent en confiance. Et du compagnonnage devient possible, harmonisant les différences par leur acceptation.
Comment s’y prenait-il ? Ce goûteur de France, était dans son fond le plus profond, un vieil Allemand, amateur de contes et légendes, ceux des frères Grimm.
Et pour chacun rencontré, il l’inscrivait dans un conte, une légende, voire un mythe qui permettait au rencontré de se révéler, de se réveiller, de se vivre en vérité.
L’histoire de Chérubina de Gabriac est de ce point de vue là, ce que certains appellent une mystification, ce que d’autres appellent une transfiguration.
L’institutrice russe boîteuse, Élizavéta Ivanovna Dimitriéva, devenue Chérubina de Gabriac, que tout le comité de rédaction de la revue Apollon veut rencontrer a vu sa vie transformée par cette « invention » qui est bien autre chose qu’écrire sous pseudonyme ou par hétéronyme.
Oh ! Fallait-il que je reconnaisse
L’amour et la mort à treize ans ?
(Élizavéta, envoyé par Max sous le nom de Chérubina à la revue Apollon)
Tu m’as donné une enfance de conte,
Oh ! Donne-moi la mort à dix-sept ans !
(Marina, L’album du soir)
Et cette remarque essentielle de Marina :
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Hier soir, 22 juin 2024, avant l’illumination des tours de Batère, de Corsavy, de Cabrenç, trois tours de l’époque des razzias barbaresques, je disais à une inconnue, invitée à notre table parce qu’elle se retrouvait seule, que la séquence chiffrée selon la place de chaque lettre dans l’alphabet de son prénom Martine se retrouvait un nombre infini de fois dans le nombre univers Pi, que toutes les Martine ayant existé, existantes, et devant exister étaient emplacées, autrement dit, toutes les Martine ayant existé avaient vécu une vie préparant la vie qu’elle vivait, elle-même, par sa vie, offrant la vérité de sa vie à des Martine à venir.
Ça vous semble tiré par les cheveux. C’est exactement ça !
L’invisible agissant derrière le visible, proposant à notre perception subtile, à notre intuition, un cheveu à tirer, si fin - sans fin
"L'univers est un seul être. Tout et tout le monde est interconnecté à travers un réseau invisible d'histoires. Que nous en soyons conscients ou non, nous sommes tous dans une conversation silencieuse. Ne fais pas de mal. Pratique la compassion. Et ne bavarde pas derrière le dos de quelqu'un - pas même une remarque apparemment innocente! Les mots qui sortent de nos bouches ne disparaissent pas mais sont perpétuellement stockés dans l'espace infini et ils nous reviendront en temps voulu. La douleur d'un homme nous fera du mal à tous. La joie d'un homme fera sourire tout le monde."
Shams-e Tabrîzî (1185-1247)
Le croirez-vous ? La tour de Batère, à 1500 m d’altitude, d’où on a une vue extraordinaire, en particulier sur les châteaux cathares, en cours de restauration sous la présidence de l’héritière des Cafés La Tour, est le siège secret du site internet de Louis de Batère, auteur d’un livre gratuit : Le Pont, de la dualité à l’Unité.
Évidemment, il n’y a aucune connexion internet à la tour de Batère.
Max, le poète, avait proposé à Marina d’écrire comme Marina mais aussi pour ses poèmes russes par un homme inventé, nommé Pétoukhov, qu’elle finirait par haïr et, pour ses poèmes romantiques par des jumeaux inventés, une femme et un homme, les Krioukov.
Marina, par orgueil, voulant signer Tsvétaïéva, tout ce qu’elle écrivait, refusa cette proposition.
Aveu de 1932 :
« C’est vrai que Pétoukhov aurait été un bon poète. Quant aux jumeaux, je les pleure jusqu’à ce jour. »
Volochine, plus de 100 kilos, bouclé, tanné, rond, puissant physiquement, était un marcheur infatigable, un grimpeur doué.
Les poèmes qui sont traduits dans le livre et par lesquels j’ai commencé pour prendre un peu la mesure de ce génie sont très masculins, nets, tranchants, sans concession. L’horreur y est à sa place, énorme car l’histoire n’est que massacres, répétitions de massacres, de tortures (poèmes Massacre, La famine, Le protocope Avvakoum).
Sa mission lui fut dite dans le poème
L’apprenti
…
Et là quand tu auras compris
Que tu n’es pas un enfant de la terre
Tu es un hôte du cosmos
…
Qu’autour de toi dans l’être et dans les choses
Souffle le Verbe
Qui les appelle à être
Et que tu viens pour libérer les noms
Tu viens pour reconnaître les souffles dans la matière …
Koktébel, 14 juin 1917
Navigation
…
Je te placerai là, en témoin des folies
Je te ferai passer sur le fil de la lame
À travers les brasiers d’une guerre
Fratricide, inutile, sans issue
Pour que tu sois porteur du grand silence
De la mer miroitante au crépuscule.
Koktébel, 12 juin 1919
Le Nord-Est
…
Crimes bolcheviks, crimes des tsars
Rien ne change, rien que les bannières
C’est à chaque fois le même vent
Tyrannie des révolutionnaires
Et révolutions par des tyrans…
Le protocope Avvakoum
…
Sans âme, notre corps n’est que poussière et merde.
Le récit De vie à vie est précédé par un poème
à la mémoire de Maximilian Volochine,
Ici-haut
…
Donc, il voulut élever
Mort, lui - ceux qui le portèrent
Donc à la seule place rêvée.
Sienne - la seule sur terre.
Place au-dessus de laquelle est le
Pleur - mien - dans la basse fosse.
Place au-dessus de laquelle a lieu
Dieu - et nulle autre chose.
Lui au milieu des sommets, le Tout-
Homme, sous chaque régime.
Lui, comme il sied au poète - sous
Le ciel, sur la terre mutine…
Max ! Il sera si tendre
De dormir sur ton roc !
28 octobre 1932
(Max est enterré au sommet du mont Koutchouk-Iénychar)
À Corps Ça Vit, dimanche 23 juin 2024
Focs de Sant Joan organisé par le comité des fêtes
(entre 19 H et minuit, confection des ramallets jetés au feu, grillade et cargolade offerte, arrivée de la flamme…)
Christiane Christian Alain Jacques
photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !
Rêvélévation
Cela passa peut-être un dimanche. Peut-être sur une route de montagne sans circulation (où ? où ? demandent les hiboux). Ciel bleu. Nuages, nuages, merveilleux nuages où passez-vous si ce n’est pas ici ? Le chemineau ne peut encercler un nuage passant entre son pouce et son index, en faisant un oeil, clin d’oeil à son oeil en éveil. Sur le terre-plein du kilomètre 300, il enserre le tronc du petit chêne qu’il honore chaque fois qu’il passe puis appliquant son dos douloureux contre le tronc, il lui confie le soin d’en prendre soin, de lui apporter soulagement, demande-prière adressée dans sa tête au petit chêne et livrée à l’abondance de l’univers. Tu peux dire aussi livrée à la Grâce, traverse son esprit.
Et soudain, une correction s’offre à lui. Tu ne peux pas ne demander que le soulagement. Tu dois demander aussi la souffrance. Tu dois vouloir vivre la souffrance et le soulagement. Dorénavant, cher chemineau tentant de vivre en conscience, veuille vivre les antonymes, l’un et l’autre, sans les séparer, pas l’un sans l’autre, pas l’un ou l’autre, pas l’un contre l’autre. Des écailles sont tombées dans l’herbe au pied du chêne.
Rentré, le chemineau sans bâton et sans besace se demande d’où cette tombée d’écailles lui vient. D’un choc de lecture. Il a fini, à une date indéfinie, stylo en main, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? de Christiane Singer.
Il l’aime cette Christiane, cette passionnée, cette mystique sans église, sans dogme, guidée, nourrie, se métamorphosant par des expériences sensibles, des rencontres imprévisibles, dans des endroits inconvenants, hôpitaux psychiatriques, prisons, couvents, monastères, cours d’écoles, rues mal famées, pays lointains, vieux manuscrits, musées…
Rien de ce qui est humain ne lui est étranger.
Elle se coltine au pire, au meilleur. Enrage, s’enthousiasme, s’émerveille, se désespère. Elle s’émerveille du corps, des âges de la vie, de la naissance et de la mort. La diversité des cultures lui permet de résister à la mondialisation uniformisante, à l’économisme mortifère en lui montrant que la plupart d’entre elles, les plus anciennes, savent prendre soin, honorer, célébrer, relier, reconnaître l’invisible derrière le visible, le Réel derrière la réalité, la fluidité derrière la solidité, les sens étant guides, se méfiant de la raison qui veut avoir raison mais tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas.
Le logion 77 de saint Thomas est essentiel : « Je suis partout. Quand tu vas pour couper du bois, je suis dans le bois. Quand tu soulèves la pierre, je suis sous la pierre. »
Non pas, je suis le bois, je suis la pierre mais chaque fois que tu es LÀ, vraiment LÀ, dans la rencontre du monde créé, alors je suis là. Et là où tu es, si tu es dans la présence aiguë, je suis aussi.
Être LÀ ! C’est le secret. L’accès au sacré.
Pour accueillir, ce qui traverse, ce qui passe.
Tout lieu, tout moment doit te devenir makon, terme hébraïque désignant lieu, moment de rencontre entre l’homme et Dieu.
« Je regarde le plus souvent possible couler l’eau. Je m’imprègne de voir ce qui se passe en moi à voir couler l’eau. »
« Dans la réalité, je me fais un bleu lorsque je me heurte à la table. Dans le Réel, j’attrape un bleu parce que quelqu’un au bout du monde s’est heurté à un meuble ou à un coeur endurci. »
Dans la réalité, je suis ficelé par mes représentations. Dans le Réel, rien ne me sépare de rien ni de personne.
Sachant qu’étymologiquement personne = personare = ce qui souffle au travers.
À travers toute personne en vie vraiment, c’est-à-dire LÀ, le vent de la Présence souffle.
S’incliner. Être dans la gratitude.
À son âge certain, le chemineau sans bâton ni besace aimerait approcher du Rabbi Löw de Prague. Un jour, il fut pris sur un pont de la ville sous les jets de pierres d’une bande d’enfants. À peine, les pierres le touchaient-elles qu’elles se changeaient en boutons de roses.
Ce miracle peut-il s’expliquer ?
Rabbi Löw aimait tellement les enfants qu’il ne pouvait pas leur permettre de devenir les assassins d’un vieillard.
Le 17 juin 2024
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N'oublie pas les chevaux écumants du passé / Christiane Singer - Blog de Jean-Claude Grosse
Si la pêche est bonne, le mental s'occupera de la prise et des poissons, les triera par taille, les ouvrira d'un coup de canif et les videra soigneusement. Mais de ce qui n'a ni poids ni ...
« Errer dans les chantiers du monde, sur l'emplacement de la mosquée Bleue ou de l'abbaye du Thoronet quelques jours avant le premier coup de pioche quand y paissaient encore les moutons et y cabriolaient les chèvres. Marcher la nuit dans New York et y entendre bruire la forêt sacrée des Iroquois. Rejoindre le moment de bifurcation où la vie s'invente de neuf. Il faut se répéter sans se lasser que ce qui existe sur terre n'est qu'une ombre du possible, une option entre mille autres. »
ce qui me paraît le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe / photo en date du 24 avril 2024, prise par Aline Lascorz au cimetière de Marciac
Dialogue avec Christian Bobin
Le bruit d’une balançoire
Lumière du monde
J’aime beaucoup ce qui se laisse écrire sur la page blanche qui peut tout recevoir mais surtout qui donne tout parce qu’elle est vide et qu’ainsi parfois se livre à la main-oiseau, à la main-papillon de Christian Bobin, en attente, en attention extrême, la vérité, non de la phrase aussi travaillée soit-elle (à éviter autant que possible, pas d’esthétisme avec la vérité, pas de poème mais la poésie offerte à qui sait voir, à qui sait attendre, parfois des années) mais la vérité d’un visage, celui d’un bébé qui, miracle, attire tous les regards et innocente ceux qui le contemplent (surtout éviter de lui glouglousser des mièvreries onomatopoétiques), celui d’un vieillard, buriné par larmes et rires, livre disant si sa vie se termine dans la joie ou par le néant, la vérité-beauté de tourterelles blanches sur la branche du cerisier en fleurs, la venue de l’invisible dans le visible, du ciel sur la terre.
Bobin et c’est tant mieux s’est beaucoup égaré. Aisé alors d’accepter nos égarements. Qui sont nos chemins de vie.
Moi, jusqu’à 80 et ça continuera jusqu’à ce que ça finisse. Mort, Vie. Dans Lumière du monde, nombre d’écrivains sont nommés, démolis, renvoyés à leur nihilisme, leur choix du mal, leur cynisme, après avoir été admirés. Je ne vais pas les nommer car piégé par le monde des écrivains et de leurs lecteurs, ce qu’il appelle « la sainte culture », j’ai encore les mêmes admirations. Ce qui m’a sauvé de l’égarement, de l’attraction de la littérature qui pousse vers le bas, c’est que ces romanciers géniaux de la phrase, du paragraphe, du chapitre, déclarés admirables et admirés, je ne les ai quasiment pas lus. Quelque chose m’en a détourné, une recherche de Vérité ?, pour d’autres lectures de philosophes, psychanalystes, sociologues, ethnologues, dont j’ai fini par admettre qu’elles étaient aussi des égarements.
J’ai eu plus de bonheur ou de justesse dans mes choix avec la poésie. Je me retrouve, dans les noms qu’il cite : au placard Baudelaire, Lautréamont, au pinacle, Rimbaud, Dickinson, Grosjean, Follain, Robin, Alexandre Romanès et autres gitans.
Plus de bonheur aussi parce que les 116 poèmes (16 de trop), écrits en 44 ans me semblent être aujourd’hui encore, mes boussoles sans nord magnétique. Je pense à Désapprentissage de la bêtise, de la maîtrise.
Depuis hier, je ne porte plus tout à fait le même regard sur le papillon blanc posé comme un livre fermé, immobile sur une fleur jaune d’or et qui s’ouvre dès l’approche, sur le massif d’aubépine fleuri d’où sort un vrombissement bourdonnant invisible, sur une fleur au bleu délicat (un bleuet peut-être), ouverte comme une minuscule main à 15 ou 16 doigts très fins finissant par des ongles filaments, courbus, pas crochus (ça ferait sorcière).
Là où je m’écarte de Christian Bobin comme de Christiane Singer, c’est dans leur dénonciation du monde tel qu’il est devenu et qu’ils combattent à leur façon, par la solitude, la patience, l’amour, le coeur, la résurrection pour Christian, par des conférences, actions, engagements divers, par l’inclination, l’amour, le coeur pour Christiane. Ils disent que la guerre spirituelle en cours dans laquelle ils sont engagés décidera du sort de chacun et de tous, humain ou machine.
Ce monde détesté, détestable me semble n’être que la projection d’une part de nous-même. Je dois accepter d’en être co-responsable comme je peux d’ailleurs être co-créateur d’un autre monde en me métamorphosant, en travaillent en conscience sur ce qui m’anime, sur ce par quoi je veux être animé, l’amour de la Vie, la fascination du néant.
Donc ce monde, je ne le combats plus, je ne suis plus en guerre. Il ira là où il ira et autant éviter tout pronostic, tout commentaire, tout jugement.
Je n’écoute plus les bruits du monde (radio, télé depuis le 11 septembre 2001), je ne regarde pas les émissions littéraires, je ne m’intéresse à aucun palmarès.
J’aime ma solitude, ce qu’il me reste de famille, les amis, la vraie vie en face à face, côte à côte.
J’aime les trois rythmes de vie qui sont les miens : 6 à 7 semaines en solitaire (21 H-5 H), 15 jours de vacances scolaires avec les enfants (1 H du matin-8 H), et les 3 mois d’été.
J’aime rencontrer quel que soit l’endroit (je vais vers, j’adresse la parole, déjà bonjour), parler, écouter, contempler, me promener. J’ai mon lot de souffrances et de douleurs, mon lot de joies et de bonheurs.
J’accepte, je suis dans l’accueil de ce qui advient comme ça advient, sans jugement, sans tri (parfois je me surprends à le faire, alors petit pas de côté).
Merci à Christian et Christiane. Évidemment et c’est un jugement, je me méfie beaucoup de tout un tas de pratiques de développement personnel et ou d’éveil spirituel. J’ai eu de la chance, je n’ai pas l’impression de m’être égaré.
Mais comme me dit l’ami F., c’est bien d’avoir papillonné, maintenant faut que tu fasses le job, j’entends Job sur son tas de fumier, incendier Dieu.
Le 20 juin 2024.
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la merveille et l'obscur / Christian Bobin - Blog de Jean-Claude Grosse
documentaire de 2006, rendu public en janvier 2023 N° d'avril 2023 de la Revue des deux mondes cadeau CHRISTIAN BOBIN (décédé le 22 novembre 2022) Dernière conversation en Saône-et-Loire prop...
https://les4saisons.over-blog.com/2019/07/la-merveille-et-l-obscur/christian-bobin.html
article très complet sur Christiian Bobin
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Alain Cadéo - Les Cahiers de l'Égaré
Le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la ...
Le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30
L'hhomme qui veille dans la pierre de Nèbre-Evenos par Mady Bertini / Immortelles pour Alain Cadéo par RomY Dirsey. / - Êtes-vous persuadé que la religion triomphera ? "Oui. Elle ne triomphera pas seulement sur la psychanalyse, elle triomphera sur beaucoup d'autres choses encore.
«Je suis un enfant de curé», disait Lacan. Éduqué par les Frères maristes, il fut un garçon pieux et acquit une connaissance sensible, intime, des tourments et des ruses de la spiritualité chrétienne. Il savait aussi merveilleusement parler aux catholiques et les apprivoiser à la psychanalyse. La Société de Jésus misa sur son École.
Freud, vieil optimiste des Lumières, croyait que la religion n'était qu'une illusion, que dissiperaient dans l'avenir les progrès de l'esprit scientifique. Lacan, pas du tout : il pensait au contraire que la vraie religion, la romaine, à la fin des temps embobinerait tout le monde, en déversant du sens à pleins tuyaux sur le réel de plus en plus insistant et insupportable que nous devons à la science.
Jacques-Alain Miller
Alain Cadéo (1951-2024)
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merci à tous ceux qui ont rendu vivante, fluide, intense la soirée du 22 octobre en hommage à Alain Cadéo, salle Pétrarque, maison des Comoni au Revest de 18 H 45 à 22 H 45 l'article de Var-M...
merci à tous ceux qui ont rendu vivante, fluide, intense la soirée du 22 octobre en hommage à Alain Cadéo, salle Pétrarque, maison des Comoni au Revest de 18 H 45 à 22 H 45 l'article de Var-Matin du 21, écrit par Claude (la pensée d’Alain y est exposée on ne peut plus clairement) était le Kdo annonciateur de la soirée... les lecteurs : Dominique, Nadine, Katia pour M. Dominique pour Le ciel au ventre Philippe pour Zoé et Confessions François pour Mayacumbra et Les anges disparaissent Michel pour les Lettres en vie à Karim et Caroline Axel pour les Billets de contrebande au hasard et les respirations musicales à la guitare l'équipe technique des Comoni : Yves et Laurent les éditeurs : Jean-Philippe et Florence le monteur du diaporama avec la voix d'Alain : Gaby le captateur de la soirée : Gilles la responsable des ventes de livres : Rosalie sous l'oeil vigilant de Guillaume l'équipe municipale chargée du pot de l'amitié : Régis et Tony merci à Martine Cadéo pour son accompagnement et son investissement merci aux partenaires : la municipalité du Revest et son maire Ange Musso, le Pôle arts en circulation, TPM merci au public venu parfois de loin (Deux-Sèvres, Paris)
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1 H 22 de célébration des mots d'Alain Cadéo (1/1/1951-12/6/2024) cela se pas-ça le 22 octobre 2024, salle Pétrarque aux Comoni Le Revest-les-Eaux attribué à Lao-Tseu mais ce n'est pas de lu...
1 H 22 de célébration des mots d'Alain Cadéo (1/1/1951-12/6/2024) cela se pas-ça le 22 octobre 2024, salle Pétrarque aux Comoni Le Revest-les-Eaux attribué à Lao-Tseu mais ce n'est pas de lui : Il existe un tunnel obscur dans la lumière infinie, On le nomme "temps". Lorsqu'un être humain entre dans ce tunnel, On appelle cela "naître". Lorsqu'un être humain marche dans ce tunnel, On appelle cela "vivre". Lorsqu'un être humain sort de ce tunnel, On appelle cela "mourir". Considérer que vivre se réduit à évoluer dans le tunnel obscur, Cela s'appelle "illusion". Percer des trous dans le tunnel obscur, Cela s'appelle "science". Savoir que la lumière est autour du tunnel, Cela s'appelle "foi". Voir la lumière dans le tunnel obscur, Cela s'appelle "amour". Voir la lumière à travers le tunnel obscur, Cela s'appelle "sagesse". Eclairer le tunnel obscur de sa propre lumière, Cela s'appelle "Sainteté". Ressentir l'unité entre le tunnel obscur et la lumière, Cela est au delà des mots... Captation, montage et réalisation : Gilles - POP Studio
Le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et LE PÔLE - Arts en circulation
partir debout, en se levant / Où vas-tu Alain Cadéo ? - Eh ben vers tout là haut, au-bout de mes 40 ans d’écriture, au- bout de mes 22 romans, récits, pièces de théâtre, au-bout de mes billets de contrebande, là où un soleil sans fin verse sa Lumière, dans un potlatch d’éternité, sous la branche argentée d’un olivier sacré.
Laveur de mots comme souhaitait Francis Ponge, passeur de mots, venus d'ailleurs, venus du Réel qui lie monde visible (la réalité) et monde invisible
Journal d'un accompagnement
Lundi de Pentecôte, le 20 mai, je monte chez les Cadéo, invité. Alain, en HAD, est dans son fauteuil à bascule, ne mange pas. Nous sommes quatre autour de la table à parler, en particulier du Ciel au ventre dont j’ai envoyé les fichiers chez l’imprimeur pour un tirage express du BAT papier. Je passe 2 H à contempler la date sur un buffet espagnol, 1788. Quand Alain monte se reposer, je m’en vais.
Dans la semaine, Martine m’apprend qu’il a demandé à rentrer aux soins palliatifs à La Seyne. Il y rentre le vendredi. Je n’ai pas le réflexe de le visiter dans le week-end. Je me souviens que quand il faisait avec son frère, leur travail d’accompagnement hebdomadaire et ce pendant 6 ans, il m’avait dit, c’est une expérience forte à faire. En entrant aux soins palliatifs, il m’a fait vivre cette expérience, moins creusée que la leur et qui a donné le livre Lettres en vie.
Kdo offert, hier, mardi 28 mai, vers 15 H, pendant ma visite en soins palliatifs à l’hôpital de La Seyne.
Quand je raconte en présence de deux aides-soignantes, les obsèques (28 mai à 11 H, au crématorium de Cuers) de l’âmi Georges, l’émotion me submerge et l’une d’elles me fait spontanément un massage aux épaules. Elles savent ce que le corps exprime, elles savent comment soigner, prendre soin du corps souffrant, du corps mourant.
Le patient m’évoque les ponctions d’ascite visant à le soulager.
Et de me dire, j’aimerais bien écrire une pièce pour ta fille. Elle est merveilleuse. De lui répondre que c’est une belle proposition, que je n’ai pas encore d’idée, que je vais lui en parler aussi. On a évoqué Tchekhov, Ostrovski.
Et cette après-midi, en faisant ma 1/2 H d’AR sur la restanque, j’ai pensé à son clown, Bonbon, à un antagoniste possible. Le titre pourrait être La clown et le pyromane, La clown et l’incendiaire, La clown et l’ours, La clown et le dresseur.
Je suis retourné voir Alain, hier après-midi, samedi 1° juin de 14 H 30 à 16 H 30 jusqu’au moment où une infirmière allait lui faire sa ponction. D’abord, il a écrit, sain d’esprit, de sa main, son testament littéraire, faisant de Martine la propriétaire de son oeuvre jusqu’à sa mort puis de ses enfants. Et j’ai signé comme témoin, étranger à la famille.
Quand Martine est partie, nous avons échangé par bribes car, fatigué, sous morphine, il somnolait parfois. Il me dit « on me demande : as-tu peur ? Je n’ai pas peur de la mort, la sédation est lente, un endormissement progressif. J’ai peur pour ceux qui restent. C’est étrange. Quand j’ai fait la connaissance de Frédérique (la médecin responsable du service), lors de nos visites aux fins de vie de cette unité (je suis dans la chambre de Karim, la 217), un trouble m’a saisi, entre amour et mort, l’intuition que ce serait elle qui me donnerait la mort. Le milieu des soins palliatifs est effaré, effrayé par les propositions de lois sur l’euthanasie. Plus de concertations. Ça peut devenir l’abattoir. »
Il me demande « quand tu seras de l’autre côté, qui aimerais-tu voir en premier ? Annie puis je rajoute Marcel Conche. Mais tu pourras aussi voir ceux que tu as lu avec application, admiration, philosophes, éveilleurs… »
« alors, je rencontrerai Montaigne, Héraclite, Lao-Tseu, Lévi-Strauss, Marilyn, les grands formulateurs Rilke, Rimbaud, Dickinson, Tsvetaéva, Sappho. »
Il me demande quels sont les poètes que j’aime. Je fais un voyage à travers les siècles, de Villon à Lorand Gaspar.
Quand son petit-fils Loïc vient le voir, un passionné de mythologie, je lui conseille Robert Graves. Alain cite Elie Faure.
Avec Alain, ça vole haut. Il n’aura sûrement pas le temps d’écrire la pièce pour Katia. La clown et l’incendiaire, ça ne lui paraît pas bon car la clown, c’est déjà une incendiaire. Pense au bouffon, Triboulet.
J’espère que le BAT du Ciel au ventre arrivera à temps, mardi. J’irai le voir mercredi.
Le BAT est arrivé mardi 4 juin comme prévu. Je suis allé le voir mercredi 5 après-midi, nous avons passé 3 H 30 à 4 avec lui, Martine, sa meilleure amie, une soeur en liberté, Eve, un collectionneur, Guy. Il a peu parlé mais écouté.
Ce fut riche, intense, avec comme leitmotiv qu’il reprenait : ne pas être dans le jugement, tout accepter sans tri, comme nécessaire,
polémique aussi dès que la politique est venue polluer nos échanges, en particulier la guerre d’Algérie. D’un commun accord, parce que le ton montait (passions en jeu, s’agit-il de passions tristes ?), on a décidé de stopper, dans la seconde où la remarque a été faite. On était là pour Alain, se mettre en paix, faire la paix, passer un moment harmonieux. On a dit au revoir. Baiser sur le front, sur la main avec longue caresse.
Jeudi, vendredi furent deux journées kilométriques mangeuses d’heures. Samedi, il me fallut récupérer. Dimanche 9 juin, quand j’ai appelé pour dire que je venais, Martine m’a dit de ne pas le faire. Alain avait demandé à voir un prêtre pour se confesser et recevoir l’extrême-onction. Je suis donc parti à 20 H 40 pour Corsavy où je suis arrivé à 2 H 30 du matin, dans l’attente de la nouvelle de son départ. Il est passé ce mercredi 12 juin à 6 H 30. Dans son sommeil.
J’avais entamé la lecture du Couteau de Salman Rushdie, lundi 10 en soirée (80 pages), poursuivie hier mardi (81 à 210), terminée ce matin mercredi (210-269) vers 10 H. Martine m’a appris la nouvelle quand j’ai appelé à 11 H 45. Je ne pourrai lire le message annonçant la nouvelle que demain car l’épicerie est fermée le mercredi.
le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et du Pôle, arts en circulation
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ALAIN CADEO Itinéraire d'une Vie pleine de vies et d'Écriture...
Alain Cadeo un auteur avec des mots qui savent toucher la sensibilité du plus grand nombre de lecteurs et qui ne vous laisse pas indifferent.
où il est question du Ciel au ventre
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Alain Cadéo - Les Cahiers de l'Égaré
Le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la ...
être Personne = être traversé par la Présence
N'oublie pas les chevaux écumants du passé / Christiane Singer
Si la pêche est bonne, le mental s'occupera de la prise et des poissons, les triera par taille, les ouvrira d'un coup de canif et les videra soigneusement. Mais de ce qui n'a ni poids ni consistance, il ne s'occupera pas ; je veux parler du ruissellement de l'eau qui retombe dans la mer à la levée des filets et continue longuement de s'égoutter, clip… clop… clip. Or ce ruissellement c'est le bonheur, c'est la nature même du bonheur ! Il est aussi réel que les kilos de poisson sortis de l'eau mais ne figure sur aucun bilan, aucun inventaire. L'intellect ne sachant pas dans quelle rubrique le comptabiliser, finira par lui dénier toute existence.
note dédiée à Alain Cadéo pour son nigoun ניגון
N’oublie pas les chevaux écumants du passé
Christiane Singer
Albin Michel, 2005
Pour me débarrasser du couteau, de la guerre des récits, du récit réflexif sur une tentative d’assassinat d’une durée de 27 secondes sur une scène, devant mille personnes par le A., presque-assassin d’un presque-assassiné, le A. se déclarant non-coupable au nom d’une fatwa déclarée le 14 février 1989, jour des Valentins et valentines, le presque-assassiné se désintéressant totalement du sort de A., soucieux de son bonheur avec Eliza et sa famille, soucieux de son combat pour la liberté d’expression sans conditions, sans censures, j’ai choisi Christiane Singer et ses chevaux écumants du passé, titre provenant d’un adage japonais.
Un même lecteur pour deux livres.
- Le Couteau a été lu sans que le lecteur souligne quoi que ce soit. Il a noté dans sa tête, un livre sans fautes et salue traducteur et correctrices. Mais pour lui, rien à souligner. Livre qui l’a incité à un développement sur l’absence de compassion et d’empathie du presque-assassiné pour son presque-assassin, le A.
« New York en fin d’après-midi, brillant au soleil. Cela fait m’a fait chaud au coeur de la revoir, ses rues jolies-laides à la fois généreuses et avares, tant de talents dans l’air et tant de rats sous les pieds… » page 110
- Les chevaux écumants du passé ont été soulignés abondamment.
« Dès que je manie la critique, je sens s’aggraver l’irritation, et en même temps, j’ai conscience que c’est cette irritation même qui crée l’adversaire ! Les deux vont ensemble. Cette indignation que je laisse monter en moi donne une énergie colossale au Léviathan que j’ai devant moi. Ainsi me place-t-il où il veut m’avoir : dans la réaction - c’est-à-dire dans la guerre. » page 100
Cette citation a suffi au lecteur du Couteau pour se débarrasser de celui-ci, d’autant plus que le presque-assassiné parle d’ennemi, même pas d’adversaire. Et dans la guerre des récits, les récits de libre expression, même en n’utilisant que mots et rires, humour et ironie, imagination de mondes possibles, visent via médias, réseaux sociaux à créer un rapport de forces finissant par leur être favorable, assurant leur victoire sur les récits totalitaires.
Qui ne comprend que la guerre des récits, c’est la poursuite de la guerre par d’autres moyens, que s’il y a victoire, elle sera provisoire, éphémère.
Cette citation me semble essentielle à saisir avant de s’engager dans tout combat. J’ai mené beaucoup de combats qui m’ont semblé justes (politiques, syndicaux, culturels). J’ai défendu la liberté de création artistique en prenant des risques. Quand j’ai été viré des Comoni en 2004, très peu de soutiens.
Aujourd’hui, non parce que je vieillis (c’est une merveilleuse expérience d’ouverture, de fluidification, d’acceptance selon le mot magique de Christiane que je fais résonner avec appétence) mais parce que j’ai enfin admis que prétendre combattre la violence surtout au nom de la justice, de la paix, c’est d’abord et avant tout se placer dans le bon camp, c’est ensuite ajouter de la violence à la violence (la violence verbale, l’insulte, le dénigrement tuent comme les couteaux, les bombes, les uns en s’en prenant à la personne, les autres au corps), je fais choix du non-agir, du non-jugement.
Évidemment, nous avons tellement été formatés, habitués à juger que je me surprends à le faire. J’ai un outil pour en sortir.
Vigilant, de plus en plus vigilant, tentant de vivre le plus en conscience possible, je fais un petit pas de côté : oh J.-C. t’es en train de juger, à voix haute avec un accent du midi, rire, et je me retrouve dans l’acceptance de ce qui me dérangeait et que je laisse se dérouler comme il va se dérouler en regardant yeux grands ouverts et bouche bée.
Je vous garantis que se corriger ainsi au lieu de corriger le monde, c’est d’une joyeuseté presque-permanente.
Il se trouve que c’est là-dessus que nos échanges de fin de vie avec Alain Cadéo ont surtout porté. Que ce soit chez lui, le lundi de Pentecôte ou en soins palliatifs, il n’arrêtait pas de dire que l’acceptance ne peut être qu’acceptance de tout ce qui se manifeste comme ça se manifeste, non par impuissance à corriger, à rectifier le tir mais par respect pour la Puissance à l’oeuvre, que j’appelle Amour inconditionnel, Puissance créatrice, pourvoyeuse de l’abondance qui au galop des chevaux écumants fait
- qu’une cellule de mon foie accomplit au même instant 20000 opérations.
- qu'en 2000 mètres de promenade sur la route sans circulation, je vois des fleurs innombrables, aux couleurs variées que je ne sais pas nommer mais je les vois pousser parfois de façon improbable, bien ouvertes vers 11H, se fermant vers 17 H, je les sens.
- que sur le terre-plein du kilomètre cinq cent, ouvrant la vallée jusqu’à la mer, je me centre sur le respir, inspir, expir en tentant le vide dans la tête, juste la présence à ce souffle qui fait que je vis.
« Le peintre Turner se faisait enfermer des jours entiers dans l’obscurité complète de sa cave, afin de vivre au moment de sa délivrance, le choc éblouissant du jour et des couleurs. Peut-on dire pour autant qu’il avait mérité ses yeux ? » page 14
Quand Alexandre, vainqueur de Darius, s’incline, dégrafe son manteau de pourpre, l’étend sur le corps de Darius pour qu’il lui serve de linceul, au lieu de repousser du pied, son ennemi, par ce geste, il suspend le redoutable face-à-face des opposés, due la victoire et de la défaite, de la vie et de la mort, le face-à-face de deux falaises de roc, de deux meules entre lesquelles le monde est broyé. Il suspend la dualité sanglante. Dans le hiatus de la piété, de l’hommage rendu, il y a place pour un mystère et une transmutation alchimique. M’incliner, cette loi semble jouer dans toute vie. Pages 18-20.
Les références à l’hébreu (le tsimtsoun צמצום si cher à Alain, le nigoun, le chant singulier inhérent à chaque existence, le nigoun ניגון d’Alain Cadéo continuera à se transmettre avec les chevaux écumants du présent), le renvoi aux étymologies (educere, conduire hors de, transmission, passage de main en main) ouvrent les yeux.
Le mundus imaginalis des mystiques. La charte de Mandé de 1222 de Soundyata Keita, créateur de l’empire du Mali. Les arrêts de quinze jours imposés par Heisenberg lors d’échanges où il flairait qu’une découverte importante allait peut-être se faire, « laissons cela en suspens ». Les Japonais qui ont le même mot pour désigner la célébrité et la mauvaise réputation. Le jeu enfantin « Tu brûles ou C’est froid » comme exercice d’attention, permettant de gagner en porosité à la Présence. Visiter un abbaye en s’asseyant, yeux fermés, sans écouter le blabla du guide mais en tentant de voir celui, celle, ceux qui l’ont eu d’abord dans la tête. Visiter New York en entendant les chants des Iroquois qui en ont été chassés (quelle différence avec le New York du presque-assassiné !). Ne pas visiter Jérusalem parce que la Jérusalem céleste n’est pas à Jérusalem. Bref, un livre essentiel portant sur l’essentiel.
Petit soupçon débouchant sur une question monstrueuse car j’adore Christiane comme j’adore Christian.
Christiane Singer est morte d’un cancer très douloureux à 63 ans. C’était une passionnée de la Vie, de l’Amour, du Féminin, très irritée contre la société marchande, consumériste des mercenaires, brockers, chicaneurs, blasés, méprisant, détruisant la Vie qui réclame des danseurs, des voltigeurs, des adorateurs, des porteurs de flambeaux. Cette irritation qu’elle vivait tout en tentant d’être dans l’acceptance, dans la Présence n’a-t-elle pas fini par engendrer ce cancer ?
Je me pose cette question aussi à propos de Christian, mort lui aussi d’un cancer, à 71 ans, lui aussi dans une forme de colère contre le monde « moderne », freinant l’accès de la plupart des gens au divin, l’abîme sous nos pieds.
D’où ma vigilance à ça quand serre, les conseils de lâcher prise qu’éventuellement je donne et surtout me donne.
Rassurez-vous : je ne suis pas à l'abri, mon "éveil" remonte à 80 ans, j'ai donc eu le temps de m'empoisonner, d'être empoisonné et j’ai déjà connu, queue du pancréas, réglé et prostate, je passerai avec. Et malgré la vigilance, qui sait. Acceptance aussi.
Les dernières paroles de Christiane Singer sont sublimes.
JCG, le 14 juin 2024
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Le couteau / Salman Rushdie - Blog de Jean-Claude Grosse
avant après le couteau J'ai entamé la lecture du Couteau de Salman Rushdie, lundi 10 juin en soirée (80 pages), poursuivie hier mardi 11 juin (81 à 210), terminée ce matin mercredi 12 juin (21...
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sentez-vous la même chose ? on va en prendre plein la vue on va en prendre plein l'oeil on en prend toujours plein la vue mais faut avoir l'oeil on en prend toujours plein l'oeil même borgne, même aveugle
Le bonheur, le vrai, est volatil, il ne dresse nulle part ses tentes. Il surgit et s'esquive : attendu à l'arrêt de l'autobus, il ne descend pas. À l'aéroport, il n'atterrit pas. Et dès que d'aventure on le reconnaît et lui demande un autographe, il a déjà sauté dans un taxi. Il y a des jours qui lui sont consacrés, des jours fériés, des jours de vacances, d'excursion, de banquet, des jours de distribution des prix, des jours de noce où il n'apparaît pas ; les bougies brûlent et s'éteignent sans qu'il soit venu.
« C’est du fond de mon lit que je vous parle – et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c’est à chacun de vous – à chacun de vous, que je parle au creux de l’oreille.
Quelle émotion ! Quelle idée extraordinaire a eue Alain d’utiliser un moyen aussi simple, un téléphone, pour me permettre d’être parmi vous. Merci à lui. Merci à vous, Alain et Evelyne, pour cette longue et profonde amitié – et pour toutes ces années de persévérance.
Des grandes initiatives, comme c’est facile d’en avoir ! Mais être capable de les faire durer – durer – ah, ça c’est une autre aventure ! Maintenant ces quelques mots que je vous adresse. J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon œuvre, toute mon écriture était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c’est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage.
Alors ce dont je veux vous parler c’est tout simplement de ce que je viens de vivre. Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable.
Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure.
Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour.
Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous.
On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore – et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.
Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige.
Au fond, je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte. Et puis, il y a autre chose encore.
Avec cette capacité d’aimer – qui s’est agrandie vertigineusement – a grandi la capacité d’accueillir l’amour, cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne et qui m’accompagnent – parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui vous portent !
Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille.
Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer, sont entrés dans cette audace d’amour. En somme, il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans le courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.
Alors, ami-es, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément. Tout est mystère. Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous. La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous. »
Christiane SINGER
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Derniers fragments d'un long voyage de Christiane Singer - Les Cahiers de l'Égaré
Cette note de lecture date du 24 mars 2008 soit un an après le départ à 64 ans d'un cancer de Christiane Singer (1943-2007). Depuis quelques semaines Christiane Singer est revenue dans ma vie. Sans
Le couteau / Salman Rushdie
J’ai entamé la lecture du Couteau de Salman Rushdie, lundi 10 juin en soirée (80 pages), poursuivie hier mardi 11 juin (81 à 210), terminée ce matin mercredi 12 juin (210-269) vers 10 H.
Martine m’a appris la nouvelle du passage de l'âmi Alain Cadéo quand j’ai appelé à 11 H 45. Je ne pourrai lire le message annonçant la nouvelle que demain, jeudi 13 juin car l’épicerie est fermée le mercredi.
Ma note de lecture sur ce récit de Rushdie ne sera pas lue par Alain. Je l’enverrai à Martine pour qu’elle soit placée dans le cercueil, avec le BAT du Ciel au ventre.
Deux chapitres de la 1° partie, L’Ange de la Mort, Hamot et Rééducation, sont des chapitres à lire par chacun, qu’il soit en bonne santé ou survivant, mutilé. Les 15 coups de couteau portés, le 12 août 2022, avec violence, fureur par le A. à Rushdie n’ont pas tué le condamné à mort par la fatwa de 1989 mais l’ont sérieusement mutilé, à l’oeil gauche, à la main droite, au cou, au torse, au foie, à la lèvre inférieure. Le survivant s’en est tiré, miraculeusement. Instinct de survie (vivre-vivre). Capacité extraordinaire des organes à se régénérer (le foie). Compétence des chirurgiens recousant, agrafant, calmant avec des antalgiques engendrant des hallucinations et des effets secondaires non maîtrisés. Compétence des rééducatrices, en particulier pour la main dont les tendons avaient été sectionnés. Salman raconte dans le moindre détail ce qu’inflige comme souffrance, une impossibilité d’uriner, le cathéter dans le pénis, l’infection urinaire, le PSA qui s’envole.
À force de visiter des amis malades, à force de vivre aussi certains de ces traitements, je me suis reconnu en pays familier, bien qu’inhospitalier avant de devenir hospitalier, le traitement fonctionnant souvent en quelques jours.
Pour qui a un cancer de la prostate, les pages qu’il consacre au palper du médecin, à la biopsie lui paraîtront réalistes.
Idem pour les pages consacrées aux soins de son oeil gauche.
J’ai pensé à l’ami Marcel Conche qui avait peur de devenir aveugle suite à son glaucome de l’oeil droit et se plaignait de tension insupportable. Lui ayant demandé le nom du produit qu’on lui mettait dans l’oeil, je suis allé sur internet et j’ai relevé que parmi les effets secondaires indésirables, il pouvait y avoir cette tension. Son ophtalmo a changé son traitement.
J’ai pensé aussi à l’ami Roger Lombardot avec qui j’ai longuement parlé au téléphone lundi après-midi à propos de ses yeux. Depuis le début de l’année, il est allé 14 fois en VSL à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon pour des interventions, des contrôles, drain dans l’oeil, soit 6 H de transport depuis l’Ardèche. Il m’a évoqué ce qu’avec un thérapeute, ils ont débusqué sur sa maladie oculaire héréditaire (son frère aîné est mort aveugle, leur père avait aussi cette maladie mais non déclarée) à savoir que le rétrécissement du champ de vision était une manière de fuir les prédateurs (indéfinissables) pouvant y pénétrer et que la focalisation centrale allait ainsi à l’essentiel. À quoi, je lui ai dit qu’il me semblait que toute son aventure théâtrale était bien une quête de l’essentiel, exclusivement centré sur l’essentiel. Il m’a remercié d’avoir verbalisé cela. Je lui ai dit qu’il y avait sans doute à écrire là-dessus.
Et voilà que la lecture de la deuxième partie, L’Ange de la Vie, du Couteau apporte de l’eau au moulin de cette nécessaire réflexion sur ce que peut voir, ce que voit un oeil de borgne, un oeil de presque-aveugle. Salman s’écarte assez peu du réel, il s’en écarte par quelques marqueurs littéraires lui permettant de ne pas utiliser le Je, la première personne car sa reconstruction est le lot de tous les mutilés. Le A. est le presque-assassin, lui est le presque-assassiné. Il est le borgne ayant acquis toute une gymnastique pour ne pas verser l’eau à côté du verre, pour arriver à voir ce qu’il tape sur son ordinateur…
J’en arrive à ce qui me pose problème avec Le Couteau. Je précise que je ne peux écrire ce que je vais écrire qu’à partir de là où j’en suis aujourd’hui.
À savoir, que je pense que Vie et Mort sont Mystère et Miracle. Que la Vie est Kdo, créée par la Force qui déplace les montagnes, l’Amour inconditionnel, qui crée sans jugement sur ce qu’elle crée, sans tri. D’où les deux pharmacons qui me sont tombés dessus en décembre 2020 : Tu es aimé / Tu es mon bien-aimé.
Le dialogue de fiction qu’a Salman avec le A. est un dialogue de type socratique guidé par le pharmacon Connais-toi toi-même. Une vie sans examen ne mérite pas d’être vécue. A. refuse dans ce dialogue tout examen. Salman le conclut en disant je te connais maintenant mon assassin raté, hypocrite assassin, mon semblable, mon frère, en italiques, donc ironique. Pour Salman, A. est un imbécile qui l’a considéré comme un ennemi comme sont considérés comme ennemis par deux milliards de musulmans fanatisés, les six milliards d’humains ne pensant pas comme eux.
Salman ne pardonne pas à A. dont le sort désormais l’indiffère. Leur rencontre violente, intime, a duré 27 secondes. A. fait partie, dans ce que Rushdie appelle la guerre des récits, donc avec des ennemis, donc Rushdie a des ennemis, A. fait partie du camp des récits intolérants, extrémistes, dogmatiques, idéologiques, totalitaires. Salman fait partie du camp des récits imaginés, des récits inventés qui font bouger les lignes, ébranlent les certitudes, ouvrent des possibles, d’où son combat pour la liberté d’expression sans réserves, sans censure, pour l’art comme arme contre les clichés, les lieux communs, la bêtise. Il en arrive à épingler le pharmacon de Nietzsche Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort comme un cliché, un énoncé à dénoncer.
Donc aucune compassion chez Salman. Bien sûr, aucune empathie malgré le dialogue de fiction qui n’a pas la valeur d’une rencontre réelle dans un parloir de la prison où A. attend d’être jugé, deux fois, au niveau de l’état où le crime a été commis, au niveau fédéral.
S’en rend-il compte ? Rushdie est un écrivain activiste ayant obtenu des réalisations concrètes (les villes-refuges pour écrivains persécutés). Il est sûr de la justesse de son combat pour la liberté d’expression comme A. est sûr d’avoir agi pour le service de Dieu, donc plaidant non coupable. Mais ça peut changer.
La différence de taille entre ces deux combats est que l’un utilise un couteau, l’autre des mots et le rire.
Voilà 35 ans maintenant (fatwa du 14 février 1989-livre sorti en mars 2024) que les tribulations de la vie de Salman Rushdie sont devenues plus médiatiques que ses livres, que cette vie a connu trois phases : le Salman Rushdie caché, protégé par la Grande-Bretagne que les uns parmi ses pairs soutenaient, que d’autres parmi ses pairs envoyaient en enfer (lire Joseph Anton) ; le Salman libre, s’étant libéré par lui-même en choisissant la vie aux États-Unis mais où il est perçu comme un fêtard mondain, quasi-un people ; le Salman d’après le 12 août 2022, où au moins dans les pays occidentaux, le soutien et la reconnaissance se sont manifestés avec ampleur.
Paradoxe pour un écrivain : cela va affecter la façon dont mon écriture est lue. Ou pas lue. Ou les deux à la fois.
Salman emploie le mot gratitude, deux fois, pas plus mais il me semble qu’il ne sait pas à quels destinataires adresser ses mercis. L’athée qu’il est et qu’il revendique n’a pas encore fait l’expérience sensible du divin en lui comme en chacun et en toute chose; si divin lui fait peur, allons-y pour sacré. Tout est sacré.
Parole inouïe de Jésus dans Matthieu, Aimez-vos ennemis comme vous-même. Rushdie cite Saint-Paul, 1° épitre aux Corinthiens page 238 « Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu un homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. »
Il poursuit : « Nous n’avons plus besoin de figure(s) de l’autorité parentale, d’un Créateur ou de plusieurs Créateurs pour expliquer l’univers ou notre propre évolution… »
La messe est dite par l’athée Salman Rushdie. Il n’y a plus rien à dire.
Ton oeil, Salman !
Je n’ai pas évoqué Eliza, leur rencontre, leur amour. Cela relève de leur vie privée. Et Rushdie a bien raison de défendre ce qu’il en reste.
Livre que je conseille même si ce finale semble très critique.
sentez-vous la même chose ? on va en prendre plein la vue on va en prendre plein l'oeil on en prend toujours plein la vue mais faut avoir l'oeil on en prend toujours plein l'oeil même borgne, même aveugle
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Joseph Anton Salman Rushdie - Blog de Jean-Claude Grosse
interview du 7 septembre 2023 disponible jusqu'au 6 septembre 2025 Lus cet été à Corsavy - Patries imaginaires de Salman Rushdie, chroniques, essais, discours des années 1980-1990 soit il y a ...
https://les4saisons.over-blog.com/2022/10/joseph-anton-salman-rushdie.html
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Le philosophe et le djihadiste - Jean-Yves Leloup
En 2004 Mohammed, un jeune Marocain, affirme avoir reçu d'Allah la mission de détruire la chapelle Sixtine et de purifier Rome de tous les " idolâtres ". Alerté par la sœur du terroriste, Jean...
https://www.jeanyvesleloup.eu/meetsup/le-philosophe-et-le-djihadiste/
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