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Blog de Jean-Claude Grosse
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On donne quoi quand on ne donne pas son temps ?/JC Grosse

30 Janvier 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours

1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours

1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours

Je viens de me rendre compte d’une coïncidence extraordinaire
ce 1° juillet 2017, je fêterai mes 50 ans de mariage avec  Annie Grosse Bories, partie le 29 novembre 2010; ça remonte donc au 1° juillet 1967, photos prises à la sortie de l’église et oui et oui (alors que nos convictions athées étaient solides; pour son enterrement, point d'église, une cérémonie laïque dans la salle des fêtes de Corsavy, une fête inventée avec tous ceux nombreux, tout le village particulièrement secoué, venus l'accompagner),
à la mairie, c’est le maire du Quesnoy, Eugène Thomas, ancien ministre des postes sous de Gaulle à la Libération qui nous a réunis, le prof et l’élève, en présence du proviseur du lycée, de nombreux collègues, ça n’avait pas fait scandale, un an après, en 1968-1969, ce sera le scandale de Mourir d'aimer à Marseille (suicide de la prof Gabrielle Russier)
les photos de 2003 nous montrent dansant comme des marionnettes pour les 20 ans des 4 Saisons du Revest, le 6 juillet, notre fille Katia Ponomareva, comédienne et metteur en scène ayant eu la responsabilité artistique de la journée du 6, le danseur William Petit, la responsabilité d'une des 4 autres journées; Katia nous proposa un remariage symbolique à la mairie du Revest, ce que nous acceptâmes, moment intense sans maire et sans curé pour ce faire
Je comprends tout d’un coup le choix inconscient de la date, du lieu, du thème du 2° été du Léthé, ce 1° juillet à La Coquette à Toulon 
- la date, 1° juillet pour moi c’est 1/2 + 1/2 = 1, les deux moitiés de l’année, chacun sa moitié, quitte à empiéter sur la moitié de l’année de l'autre et réciproquement, les deux moitiés du couple qui ne fait qu’un, bref, le cirque, parce que c'est rond, que ça tourne rond, en rond, ce rond rond ronron en indisposant plus d'un, le soi-disant morne ennui quotidien alors que c'est la vie, la vraie vie et de choisir l'aventure sous toutes ses formes où l'infidélité a sa place; évidemment, je ne porte aucun jugement, chacun son chemin et quand un chemin m'est raconté, bien raconté, j'écoute toujours avec plaisir et prends plaisir à être dérouté car beaucoup de chemins sont déroutants (qu'est-ce que tu racontes ?); moi, j'ai fait choix de fidélité, ça me convient, je m'y sens bien; je me, je nous donne le temps; on donne quoi quand on ne donne pas son temps ? réplique dans le superbe film Danse avec lui de Valérie Guignabodet (2007)
- le lieu La Coquette a le même côté romanesque (romantique ?) que le chalet de l’étang du Quesnoy où nous nous sommes agapés; ce fut une très belle fête avec danses, poèmes (déjà, j’ai fait écrire chaque qu'on-Vive), chansons à boire d'où la photo floue que j'ai prise du frère d'Annie, Michel Bories (Pof), parti dans le même accident que Cyril Grosse;

la robe de mariée s'appelait Mouette, elle a resservi pour les 20 ans des 4 Saisons du Revest, le 6 juillet 2003 et au mariage de la plus ancienne amie d'Annie; on comprend pourquoi l'épousée est aussi la mouette à tête rouge, un personnage pour l'éternité, c'est la magie de l'écriture, de la parole éprouvée
- le thème c’est l’amour sublime, ça je m’y connais en sublimation mais sublimer un amour (j’en ai sublimé 2) n’est pas égal à amour sublime
ce 2° été du Léthé va être chargé et léger, ça finira en danses et lectures

Je ne peux pas ne pas mettre en ligne cette scène de Là où ça prend fin (Les Cahiers de l'Égaré 2014) entre l'épousé et l'épousée; ils ne savent pas que la fin de l'épousée est dans l'air, ils se rappellent leur rencontre, 46 ans avant quand élève, A.B.1, 16 ans, elle se déclare à son professeur, lui ne comprenant, n'acceptant enfin le sens de cette déclaration qu'en août 2010 car professeur, il lui fallait se barrer, être barré comme homme, ne pas entendre avec la raison; évidemment, il a compris, il a entendu avec le coeur et le corps et ce furent 46 ans de vie commune avec bizarrerie de l'inconscient, son amour à lui pour une élève, 24 ans après en 1988, donc 32 ans d'écart entre lui et cette élève, follement désirée, bizarreries : même âge, 16 ans, même classe, 2°, même initiales A.B.2; sublimé, cet amour fou est devenu une belle amitié qui dure depuis 30 ans; l'épousée avait été informée et avait été un soutien car difficile de sublimer les pulsions sexuelles, sublimer c'est d'abord décider de ne pas "consommer" (en l'occurrence, j'avais trop la conviction qu'en passant à l'acte, consentement ou pas, j'aurais été un violeur et ça, pas question d'autant que je voulais rester fidèle, donc ne pas "jouer" avec le feu de l'élève, avec l'élève A.B.2); une fois la décision prise (comment ne pas comprendre qu'une histoire de ce genre est vouée à l'échec ?), la sublimation est un douloureux exercice où la mise en mots est un des moyens d'y arriver; ce furent les poèmes de Parole d'aimant(e) (Les Cahiers de l'Égaré, 1989); dommage que l'histoire de Gabrielle Russier et de Christian Rossi, née 4 ans après la nôtre n'ait pu trouver un autre déroulement que ce déroulement tragique; c'est pour ça que je n'ai jamais oublié cette affaire, que je me suis efforcé de faire qu'elle ne s'oublie pas; à l'automne 2019, je tenterai d'organiser une soirée au Théâtre Toursky, façon de faire que Marseille se ressouvienne; à comparer d'ailleurs cette tragédie d'il y a 50 ans à la "réussite" du couple présidentiel actuel (on en a jusqu'en 2022), 24 ans d'écart, le président de la monarchie française épousant sa professeur, jadis mariée; tout est possiblement en marche quand on est dans l'"élite" et que tout le système est corrompu.

24 –

L’épousée et l’épousé, après une séance de banya, prennent leur bain dans l’eau fraîche du lac.

L’épousée –   … tu te souviens de notre première fois ?

L’épousé –  tu aimes bien l’entendre, j’aime le début des histoires d’amour, c’est souvent émouvant, poétique, après, ça dépend des gens …  c’était mon premier poste, j’avais adopté une attitude d’ouverture au mal-être des jeunes. Tu étais une de mes élèves

L’épousée –  … c’est trop cette histoire … au départ des vacances de Toussaint je t’ai parlé dans un couloir du 2° étage du lycée 

L’épousé –  … c’était mon anniversaire, tu n’en savais rien

L’épousée –  je t’ai dit : je pense à vous autrement qu’à un professeur 

L’épousé –  je n’ai pas pu te répondre : je ne pense à vous que comme élève 

L’épousée –  je ne sais pas ce qui m’a pris, en tout cas, je ne regrette pas, notre histoire a commencé là parce que tu ne lui as pas fermé la porte 

L’épousé –  je ne sais pas non plus ce qui m’a pris, en tout cas, je ne regrette pas de l’avoir laissé ouverte 

L’épousée –  tu ne m’aimais pas encore ?

L’épousé –  non mais je n’étais pas insensible

L’épousée (petite voix) –  je peux savoir comment ça t'est venu ?

L’épousé –  il me suffit de te regarder aujourd’hui …

L’épousée (petite voix) –  oui ?

L’épousé –  j’adore te regarder au moment des repas ; je reçois de la beauté plein les yeux et tout ailleurs, je suis traversé par un rayonnement inépuisable venu de toi, sensation très physique, expérience métaphysique de l'infini, je me dis, je te dis, quelle chance 

L’épousée – … merci … tu t’es senti piégé par ma déclaration ?

L’épousé –  … pourquoi cette insistance  ? … la sirène ?  … difficile de répondre ; toi, jeune fille, tu me disais je pense à vous comme homme, je ne l’ai pas entendu, j’ai entendu le désir dans cette phrase lorsque  …

L’épousée –  pas de mots, licence, ce n’est pas ce que je veux dire, … silence …  professeur, tu ne pouvais entendre que l’amour admiratif d’une élève, pas mon désir de jeune fille pour toi comme homme

L’épousé –  en me barrant comme professeur, tu m’autorisais comme homme

L’épousée –  je n'ai jamais eu le professeur à domicile que je voulais

L’épousé –  homme désiré, je me suis fait désirer jusqu’à notre mariage, quel con !

L’épousée – … tu m’as demandé beaucoup, je n’imaginais des ébats que sous des draps ; j’ai surmonté timidité, pudeur, j’ai trouvé du bonheur …

L’épousé –  … contacts d’algues de nos corps sans péchés d’origine ni de chair, bonheurs d’épure

(elle rit, rire gai en cascade)

L’épousée –  … j’aime tes poèmes Caresses 1 - Caresses 2 - … Caresses 1001… je ne sais plus à combien tu en es  … pourquoi cette aimée d’un jour ?

L’épousé –  … Baïkala, ça te blesse … L’amour juvénile, c'est ce qui se rapproche le plus du pur amour … ça donne du bonheur, j’ai connu ce bonheur avec toi, je n’ai pas voulu résister à cette ultime vague qui m'a submergé, j'ai fait choix de l'aimer sauce Platon pour ne pas cesser de t'aimer sauce Cupidon

L’épousée – entre le début de notre histoire et cette histoire … il y a un lien

L’épousé –  …

L’épousée –  entrer dans mon désir t’obligeait à beaucoup de retenue, tu sublimais … tu as les qualités pour faire des apnées … cesse de respirer un peu

(il ferme les yeux, se concentre, s’arrête de respirer ; elle compte 1-2-3 … 15, c’est bon, reprends ton souffle lentement)

L’épousée –  je ne sais pas pourquoi, ça me blesse, j'ai peur …

L’épousé –  … pardonne-moi, si tu peux … je sais que tu veux, mouette blessée, tu m' accompagnes … portée par ton amour inconditionnel pour moi 

L’épousée –  … ma déclaration initiale t’a marqué au fer rouge de l’amour sublime 

L’époux – l’amour sublime, c’est ton arme, la paix, ton aile, mon amour 

ils s’embrassent longuement, sans reprendre leur souffle, ça dure, ça dure, ça dure; apnée d'amour et de désir


 

Puisque j'en suis à parler d'amour entre élèves et professeurs, je ne peux pas ne pas évoquer l'exemple de Marcel Conche qui épouse sa professeur de lettres de 15 ans son aînée. Cela se passe en 1942. Marcel Conche a publié les lettres de sa femme dans Ma vie (1922-1947), un amour sous l'occupation et ses lettres dans Lettres à Marie-Thérèse (1942-1947).

Marcel Conche était élève-maître en première au lycée de Tulle lorsqu’il eut comme professeur une jeune agrégée des lettres classiques venue de Strasbourg, réfugiée à Tulle. Il lui demanda d’être sa « correspondante » en ville (condition pour avoir droit à la sortie du dimanche). Ainsi pouvait-il la rencontrer régulièrement. On les vit bientôt se promener la main dans la main dans les pentes de Tulle. Les vacances étaient l’occasion d’échanger de longues lettres. Presque toutes celles de Marie-Thérèse sont ici reproduites. Elles disent son amour inconditionnel, son souhait d’être épouse et mère, son immense bonheurlorsque ces choses-là sont arrivées. Presque aucune lettre de Marcel n’est ici reproduite. Elles disent une ardeur d’un autre ordre que l’amour humain, car, s’il s’agit d’amour, c’est d’un amour inconditionnel pour la philosophie. On a voulu qu’une figure de femme fasse l’unité de ce livre : on y voit sa vraie vie, qui commence par l’amour (1942), qui se continue par l’engagement auprès de l’époux, qui s’accomplit par le don de la vie (1947) – cela sans qu’il y ait de relâche dans le bonheur d’aimer, mais non sans tribulations (y aurait-il quelque risque à aimer un philosophe?).

les deux livres de lettres éditées par Marcel Conche, d'abord celles de sa femme en 2012 puis les siennes en 2016
les deux livres de lettres éditées par Marcel Conche, d'abord celles de sa femme en 2012 puis les siennes en 2016
les deux livres de lettres éditées par Marcel Conche, d'abord celles de sa femme en 2012 puis les siennes en 2016

les deux livres de lettres éditées par Marcel Conche, d'abord celles de sa femme en 2012 puis les siennes en 2016

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La dernière génération d'Octobre / Benjamin Stora

5 Avril 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

  La dernière génération d'Octobre

Benjamin Stora

Pluriel / Hachette Littératures

 

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Ce livre m'a été offert lors de mon court séjour pour Marilyn après tout, à Lille, où j'ai rencontré des anciens de l'OCI (organisation communiste internationaliste dite lambertiste), dont la femme de Jean-Loup Fontaine, responsable de la région Nord Pas-de-Calais aux temps anciens de ma militance frénétique.

Jean-Loup Fontaine était cadre dans les PTT et il a été un dirigeant syndical régional apprécié. Il avait un violon d'Ingres, la poésie. Il fut récompensé par le prix Max-Pol Fouchet en 1993 pour L'Âge de la parole aux Éditions de la Différence. Mais il était décédé précocement d'un cancer, quelques jours avant le prix. Un dirigeant politique engagé dans la vie réelle que j'ai accueilli à Corsavy à l'occasion d'une ou deux cargolades (avec le vin bu au pourou, à la régalade) pendant des vacances d'été après les camps de formation à Chamrousse. 

Je suis rentré à l'OCI en octobre 1969, après un GER (groupe d’études révolutionnaires) de quelques mois. Le mouvement de mai 1968 m'avait entraîné dans sa lame de fond. Enseignant depuis 4 ans au Lycée du Quesnoy, je me suis spontanément investi dans la grève et toutes les activités inhérentes à un tel investissement  : membre élu du comité de grève du lycée, présence aux commissions de réflexion pour une école du gai savoir, membre élu aussi du comité de grève de la ville, nouveau pouvoir municipal, ayant à résoudre problèmes de collectes d'argent et d'approvisionnement de la population. Cela me valut d'être contacté par le PCF. Je déclinai l'offre. L'entrée des chars brejneviens à Prague le 20 août 1968 me dissuada définitivement de fréquenter ou de voter pour ce parti. Les élections des 22 et 29 juin 1968 furent une énorme claque. Il me fallut être à l'OCI pour comprendre. Le PCF en soufflant à de Gaulle en 1° page de L'Humanité, fin mai, le mot d'ordre de Dissolution de l'Assemblée Nationale, Élections anticipées, donna à la CGT les moyens de faire reprendre le travail à 10 millions de travailleurs en grève, pour que la question du pouvoir se règle par la voie électorale. Le mot d’ordre de l’OCI a été Comité national central des comités de grève. On eut droit à l'Assemblée bleue CRS la plus musclée de la 5° République. Un leader CFDT d'Usinor à Trith Saint-Léger que j’avais fréquenté pendant le mouvement résista à cette reprise. Il écrivit plus tard un livre sur cette « trahison » par la CGT et le PCF. Je cherche vainement à retrouver son nom. Le PCF n'a fait que régresser au fil du temps. Le 29 juin, je ne pus voter, notre fille naissant ce jour-là. Des gens bien intentionnés dirent qu'elle naquit le poing levé.  Avec un collègue, nous eûmes droit à la destruction par le feu, sur la place de la ville, de nos mannequins, comme cela se fait dans le nord pour Caramantran. Devant le lycée, sur le goudron, nos noms à la peinture blanche et l'inscription Heraus. En 1974, lorsque je quittai le nord pour le sud, les inscriptions y étaient encore.

J'eus le temps en mai 68 d'aller à Paris pour une ou deux manifestations et à Nanterre où j'étais inscrit en 3° cycle de sociologie avec Henri Lefebvre comme directeur d'un mémoire sur la sociologie des lieux communs que je n'ai jamais terminé, sans doute parce qu'impossible d'y travailler sans moyens informatiques permettant d'établir des corpus, de quantifier afin de valider ou d'infirmer des hypothèses sur le poids et la stabilité des lieux communs dans les mentalités, selon les sexes, les âges, les milieux sociaux, la localisation régionale. Je reste persuadé de l'intérêt d'un tel sujet, l'étude des mentalités étant aujourd'hui un élément essentiel de la compréhension des comportements collectifs, de la résistance aux changements. J'ai interviewé Cohn-Bendit et quelques autres, Duteuil, Granotier,  qui m'exposèrent leur théorie et pratique de la provocation-répression-élargissement ou généralisation. J'ai rencontré Baudrillard, Loureau, Lefebvre, Castel (je l'avais déjà eu comme professeur à Rennes pendant mes années Saint-Cyr, 1959-1961). Ma curiosité était diversifiée. J’en ai parlé dans Mai 68, Emmanuelle Arsan, Emmanuelle, nous et moi (doux émois)

À la rentrée de 68, j'adhérais sur incitation de mon collègue incendié, à la CIR (Convention des institutions républicaines, mouvement de François Mitterrand, où je participais à la commission relations parti-syndicats). Sûr que si j'y étais resté, j'aurais fait de la politique autrement, peut-être en carriériste. Mais survint un événement, l'absorption de l'usine de bonbons Lutti par La pie qui chante. Grève avec occupation. Je demande que notre section intervienne. Réponse  : Lutti n'est pas l'épicentre de la lutte des classes. Cela me choque. J'interviens quand même, tombe sur des militants de l'OCI qui eux interviennent. Je me fais exclure de la CIR et rejoins 9 mois après, l'OCI. J'avais fait une expérience concrète du double langage de la social-démocratie ou du réformisme. Je ne fus ni du 1° ni du 2° Congrès d'Épinay (juin 1970, juin 1971).

À l'OCI, j'eus la responsabilité de plusieurs amicales, donc responsable d'un rayon, pseudo Redon, pensant à des grèves de ce temps en Bretagne, tout en militant syndicalement d'abord au SGEN, ensuite au SNES (tendance EEFUO) et enfin au SNLC-FO. Je suis resté à l'OCI qui devint OT puis PCI jusqu'à fin 1980 (jusqu'en  1974 dans le Nord, puis ensuite à Toulon) où je fus, avec une dizaine d'autres, exclu du PCI puis réintégré après appel à la commission de contrôle du parti par Pierre Lambert lui-même descendu à Toulon. Mais la violence de ce qui nous était arrivé nous avait définitivement coupé de tout désir de militer.

À la différence de Benjamin Stora - j'ai dix ans de plus - mon engagement ne compensait pas un exil et une solitude. Lui quittait l'Algérie en juin 1962, moi j'y arrivais en septembre et j'y suis resté jusqu'en février 1964. Je dirigeais une compagnie de transmission étalée sur 300 kilomètres de Tizi-Ouzou à Miliana. Je garde de ce séjour algérien - après mes 2 années à Saint-Cyr où j'ai vécu le schisme provoqué par l'OAS et les partisans de l'Algérie française, opposés par la violence de la guerre civile au reniement de de Gaulle ayant opté pour l'indépendance, au cœur des élèves-officiers de l'armée française (nous étions clivés, partagés et souvent ça finissait mal dans les travées des dortoirs le soir) - un bon souvenir (occupant à titre de protection des maisons de pieds-noirs abandonnées, en particulier à Tipasa, tout près des ruines dont Camus a parlé, négociant avec des fatmas de mechtas la préparation de couscous pour les hommes, me promenant tranquillement dans la casbah où quelques mois plus tôt, je me serais fait égorger), bref, j'ai côtoyé un peuple doublement manipulé qui avait payé un lourd tribut pour son indépendance et qui me paraissait sans haine envers les occupants en voie de retrait. Dans le midi, à partir de 1974, j'ai vécu l'inverse, le ressentiment aveugle des pieds-noirs et de leurs enfants, petits-enfants.

Je me suis rendu compte plus tard que les Algériens avaient été très divisés, deux clivages, entre harkis et indépendantistes (les harkis paient encore cher leur engagement aux côtés des Français), entre messalistes et FLN. Chose étonnante  : c'est pendant qu'il est à l'OCI que Stora fait sa thèse sur Messali Hadj, soutenu par l'OCI quand la Ligue communiste révolutionnaire soutient le FLN. Moi, j'ai entendu parler de Messali Hadj entre 1959 et 1961 à Saint-Cyr. L'armée, pour accomplir ses missions, sait utiliser tous les savoirs dont elle a besoin  ; c'est ainsi que j'appris que la revendication d'indépendance remontait à 1917, que Messali Hadj avait créé l'Étoile Nord-Africaine dès 1924 puis le Parti du Peuple algérien puis le MNA, mouvement national algérien, que le FLN était une dissidence du MTLD de Messali Hadj. Enfant de troupe à Tulle, je remontais pendant les vacances à Paris dans le 18° arrondissement à la Goutte d'Or, vivant avec mes parents et mon frère dans une chambre d'hôtel, quand MNA et FLN s'entretuèrent dès 1955. Cela se passait la nuit malgré le couvre-feu.

Je me souviens des cours d'action psychologique à Saint-Cyr qui visaient à laver le cerveau des opposants ou à gagner le cœur des populations avec les techniques en vogue des sciences humaines. (deux conceptions  : infiltrer, déstabiliser et détruire y compris par la torture l'ennemi, choix d'un certain nombre de militaires, genre Aussaresses - j'appris la torture par des élèves-officiers marocains et tunisiens, comme le nom des poseuses de bombe, Djamila Bouhired, Djamila Boupacha mais pas Zohra Driff -  ou couper le cordon entre population et terroristes en gagnant le cœur des populations, rôle du 5° bureau et des SAS). Le manuel d'un officier français sur les techniques de la guerre d'Algérie est devenu la bible de l'armée américaine pour ses guerres contre le terrorisme, préfacé par le général Petraeus  : Contre-insurrection - Théorie et pratique du lieutenant-colonel français, David Galula. Mais comme le remarque Stora, la guerre d'Algérie ne fut pas au cœur des préoccupations des révolutionnaires qui lorgnaient vers le Viet-Nam, l'Amérique Latine, la Palestine. Lui s'en est fait l'historien reconnu.

Quant à moi, en juin 2002, j'organisais un bocal agité algéro-varois sur les 40 ans de l'indépendance et le retour des pieds-noirs, avec 5 auteurs algériens dont 2 femmes et 5 auteurs français dont 2 pieds-noirs, bocal de 3 jours avec livre publié à Gare au théâtre et représentation des textes par les compagnies varoises au Revest. En novembre 2002, j'organisais un théâtre à vif sur le 60° anniversaire du sabordage de la flotte. Je pense que de telles actions ont fini par lasser les tutelles soutenant l'action théâtrale des 4 Saisons du Revest d'où mon éjection en septembre 2004 de la maison des Comoni, le théâtre du Revest que j'avais créé et dirigé bénévolement 20 ans durant.

Le vécu militant de Stora fut bien sûr le mien  : militantisme frénétique selon la méthode objectifs-résulats. Réfléchissant à ce volontarisme, à ce subjectivisme forcené, l'historien en voit la principale raison dans l'analyse très déterministe (matérialisme historique, l'histoire comme science) de la situation politique (pas une réunion sans analyse de la situation, toujours mobile) sous l'invariant des forces productives devenues destructives, évidence ou principe intangible du programme de transition de Trotski élaboré en 1938. 30 ans après c'était le même constat économique et politique d'où l'effondrement du capitalisme est imminent, d'où dégénérescence des appareils d'état bourgeois, imminence de la révolution  et comme, autre fondement du programme de transition, la crise de l'humanité se résout à la crise de sa direction révolutionnaire, il y a urgence à construire le parti, d'où fierté d'en être un constructeur actif et conscient, sentiment de supériorité puisque on sait où on va, même si on ne sait pas où ça va et comment ça y va (la révolution ne se décrète pas et ne se lit pas dans le marc de café).

J'ai observé le même type de fonctionnement idéologique dans le mouvement de Jacques Cheminade, Solidarité et Progrès, quand je me suis intéressé à leurs propositions économiques, bien ciblées, lors de la présidentielle de 1995 (0,28% des voix). Catastrophisme de la situation (en 2013, la situation est toujours catastrophique comme en 1995, comme en 1968) donc urgence à intervenir, à s'engager.

Organisations pompe à fric par conséquent au nom de l'indépendance du mouvement. À l'OCI, la phalange, la cotisation mensuelle, était de 10% du salaire. Ajoutées à cette taxe, les incessantes campagnes financières et d'abonnements à Informations Ouvrières. La méthode objectifs-résultats est  une méthode d'inspiration capitaliste censée combattre le capitalisme par des moyens capitalistes comme on combattait le stalinisme ou le gauchisme avec les méthodes staliniennes c'est-à-dire avec violence et autres ruses visant à s'assurer le contrôle des AG.

On trouvera dans ce livre nombre d'autres réflexions. Je retiens que mon séjour dans l'OCI a été le moment le plus propice au développement de ce parti. L'objectif de 10000 militants avait été fixé après l'arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981, le PCI ayant joué un rôle non négligeable dans ce succès en appelant au vote Mitterrand sans condition dès le 1° tour. Mais je n'étais plus au parti et j'avais été choqué du choix du parti après tout ce que j'avais entendu sur Mitterrand, ministre répressif pendant la guerre d'Algérie et sur ce qu'il avait été pendant la guerre, ses liens avec Bousquet. Les fluctuations tactiques et stratégiques d’un parti aussi rigide sur l’analyse de la situation ont donné ce « chef d’œuvre », la candidature de Schivardi, candidat des Maires de France à la présidentielle de 2007. Ils ont dû refaire les professions de foi suite à la plainte de l’association des maires de France et Shivardi a fait 0,34% des voix. En 2012, Cheminade a fait 0,25%.

Si j'en crois Stora, la doxa rigide du PCI qui faisait que cette organisation était atypique dans le paysage politique (Lutte Ouvrière aussi) a facilité l'adhésion, de jeunes en particulier, en recherche de repères, d'inscription dans une histoire. En militant, on entrait dans une famille et une histoire, une double histoire, celle du trotskisme héritier d'Octobre après la bureaucratisation des PC et celle du mouvement ouvrier international, gangrené par la social-démocratie et le stalinisme. La classe ouvrière mythifiée, universalisée comme sauveuse de l'humanité, cela empêchait de regarder à côté, de voir l'émergence d'autres mouvements, féministe, homosexuel, écologiste, jeunes branchés musique et drogues douces ou plus, remontée du religieux, des communautarismes, du racisme... Cela dispensait de penser, de produire de la théorie économique, politique  ; on vivait sur des acquis vieux de 30 ans et plus. Le PCI était fermé à la nouveauté. Peu curieux de littérature, peinture, cinéma, théâtre, culture. Un parti hors mode. Changer le monde mais pas la vie. Les débats sur la vie quotidienne et encore moins les essais de vie autrement qui avaient agité les débuts de la révolution d'Octobre (Anatole Kopp  : Changer la ville, changer la vie, plus les livres importants de Henri Lefebvre, aujourd’hui de Pierre Rahbi) n'étaient pas à l'ordre du jour. Cela engendrait aussi des exclusions à la pelle comme dans le mouvement psychanalytique, des réécritures des récits fondateurs, bref des pratiques cautionnées par le centralisme démocratique, un oxymore qui a causé les plus grands dégâts.

Après le PCI, Stora a quelques temps cherché à construire une aile gauche au PS. On voit bien que de telles tentatives, sans cesse reprises, ne donnent rien. Les lois de l'histoire sont plus fortes que les appareils dit le programme de transition. La preuve n'en a pas encore été faite.

Pour ma part, dès 1983, je suis devenu conseiller municipal du Revest-les-Eaux jusqu'en 1995. J'ai contribué à y créer un festival de théâtre puis un théâtre, la Maison des Comoni, que j'ai dirigé bénévolement pendant 21 ans. En 1997, je me suis présenté aux législatives anticipées sans étiquette mais sur une ligne de rupture avec la finance internationale (loi Glass-Steagal, mise en faillite des produits financiers dérivés toxiques, poursuite pénale de Soros qui avait spéculé contre le franc ...) et sur une ligne de rupture avec les partis comme moteur de la démocratie parlementaire, préconisant des candidatures de citoyens sur la base de signatures citoyennes (j’ai fait 1% des voix dans la 3° circonscription du Var, celle où Yann Piat avait été assassinée, en 1994).  En 2006, je suis rentré au PS pour soutenir la candidature de Ségolène Royal  ; j'ai vite compris qu'on devait son échec de 2007 pour l'essentiel au PS dont je suis sorti. En 2008, j'ai conduit une liste contre le maire actuel sur un programme de village écocitoyen et mes collègues avaient décidé avec moi qu'on renoncerait à nos indemnités pour les mettre au service de projets citoyens d'intérêt collectif. Le bon exemple ne nous a pas suffi pour gagner. On a quand même fait presque 15% des voix. La quasi-totalité de la liste de 2008 s'est représentée en 2014, moi m'abstenant en raison de mon âge, même programme, 28% des voix, 3 élus d'opposition. Ça ne suffit pas à faire évoluer le village ou plutôt le maire, professionnel de la politique, peu soucieux de laisser le souvenir d'un "visionnaire". Voir mon article: Le Revest, histoire d'un échec collectif. Devenu colibri, je l'ai vu en janvier 2016 pour lui parler incroyables comestibles et auto-suffisance alimentaire. Il faut 5 ha de terres agricoles. Réponse: nous n'en avons que 3. Les écoles du Revest ne profiteront pas des produits cultivés au Revest alors qu'il y a La Tourravelle, en friches et en ruines. À comparer avec le domaine de Tourris, redevenu productif avec 1200 oliviers et 5 ha de vignes. Je renonce définitivement à m'intéresser au devenir de ce village-dortoir de résidents aisés pour la plupart.

Si nous en sommes où nous sommes, je pense que nous le devons à notre soumission volontaire. Nous nous complaisons dans les contradictions, et les tentatives de mettre de l'ordre, de résoudre logiquement, humainement les situations sont généralement vouées à l'échec. Je pense de plus en plus que nous sommes agités par des forces et des énergies de faible valeur, de petite amplitude, style vide quantique et ses fluctuations, rien à voir avec le grand soir vainement attendu, les petites et grandes explosions de violence sociale comme moteur de l’Histoire, que nous sommes joués au milliardième de seconde dans des jeux de toutes sortes (les jeux financiers se jouent avec des machines et des modèles mathématiques donnant des milliards d'ordres à la seconde) et que nous sommes à l'image de ce qui se passe dans l'univers. Nous devrions développer des métaphores (une métaphore est sans doute plus heuristique qu’un concept, nous avons besoin de pluralité de significations dans un monde et un univers aussi opaques où la transparence n’est atteinte qu’occasionnellement) empruntées à l'univers et à ses incertitudes (je dis  incertitudes pour prendre le contre-pied du scientisme qui ne parle que de lois, d'ordre, de constantes quand les plus récentes découvertes et théories semblent nous acheminer vers l'inconstance des constantes) pour tenter de parler de nous. Ne sommes-nous pas agités comme des mouvements browniens de 7 milliards de particules, d'hominuscules  dans un bocal nommé Terre ?         

 

JCG

 

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Misfit/Adam Braver

28 Mai 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

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Misfit d'Adam Braver

Éditions Autrement

 

Ce roman sort au moment où Marilyn et son mythe sont célébrés, 50 ans après tout.

S'appuyant sur des situations réelles, lieux et dates, personnages, ce roman réussit à nous mettre dans la tête de Marilyn. Il s'agit d'une tentative de nous faire entrer dans l'univers mental de Marilyn par empathie. L'usage du « tu » est le signe de cette tentative d'empathie ; en s'adressant à toi, l'auteur se met à ta place avec la petite distance existant entre « je » et « tu ». Dire « je » c'est véhiculer l'illusion que ce qui est dit est vrai, sincère. En disant « tu », l'auteur nous laisse apprécier, évaluer la vérité, la sincérité de ce qu'éprouve Marilyn.

Les scènes décrites ne sont pas chronologiques : série de scènes entre 1937 et 1954, 27 juillet 1962 en 4 épisodes répartis dans le livre : le fameux week-end chez Sinatra à Cal-Neva Lodge, 1956 et l'Actors Studio, 1957-1960 avec le tournage des Misfits en 1960, 6 chapitres, janvier-juin 1962, et pour terminer, une semaine après le 28 août 1962, à la morgue donc. Les moments ne sont pas nécessairement les plus connus. Il s'agit de nous faire pénétrer dans l'univers de Marilyn, sa fragilité, ses peurs et angoisses, sa culpabilité …

Ce roman est un mixte de biographie et de fiction. Je l'ai lu avec plaisir. Les chutes des chapitres sont souvent intéressantes parce qu'inattendues.

 

Jean-Claude Grosse

 

 

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Dans les forêts de Sibérie/Sylvain Tesson

2 Janvier 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Dans les forêts de Sibérie

de Sylvain Tesson

 

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Sylvain Tesson a passé près de 6 mois dans une cabane au bord du Baïkal, sur la rive occidentale, entre février et le 28 juillet 2010. Il a quitté le Baïkal, le jour où avec quelques écrivains français nous allions à la rencontre d'écrivains russes et bouriates, au bord du Baïkal, sur la rive orientale, la rive bouriate. Nous y avons passé 21 jours pour un bocal agité. De son séjour d'ermite, il a ramené ce livre. De notre rencontre avec écrivains, comédiens, metteurs en scène, nous avons ramené un livre Baïkal's Bocal et des vidéos.

Le livre de Sylvain Tesson est un journal tenu au jour le jour sauf les 9 jours nécessaires au renouvellement de son visa. Ermite volontaire, pour rompre avec sa vie d'aventurier : savourer le temps plus qu'avaler l'espace, rompre aussi avec le monde d'où il vient mais où il reviendra. De ce monde lui arrivent quelques nouvelles par visiteurs intempestifs et une par téléphone satellitaire : celle qu'il aime le laisse tomber. L'ermite amoureux en est ravagé et se défonce dans des escapades harassantes.

La vie d'ermite est faite d'un certain nombre d'activités, une quinzaine, de moments de paresse, de contemplation de divers endroits, derrière la vitre, au niveau de l'eau, en hauteur entre 0 et 2000 mètres, de lectures, d'écriture, de rencontres, les unes prévues, les autres, inattendues, tonitruantes.

Le journal est rempli des échos des lectures. De nombreuses citations, judicieuses, profondes, donnant à réfléchir. L'ermite très actif, hyperactif même, n'hésite pas à nous livrer ses réflexions, comparant la vie d'ermite, bien équipé, jamais seul très longtemps, car il rend visite, reçoit des visites, à la vie urbaine. En gros, l'ermite vit dans la proximité, de la proximité, de son travail de pêche, de cueillette, de ses talents de bricoleur, d'arrangeur. Il prélève sur l'environnement immédiat ce dont il a besoin, sans excès. Il vit l'immédiat, au contact des éléments, souvent en furie. Sylvain Tesson nous décrit bien les lieux, leur végétation, les variations observées, les présences, des plus petites (insectes et moustiques) aux plus dangereuses (ours, silènes). Son vocabulaire est riche, c'est le vocabulaire de celui qui sait nommer ce qu'il escalade, qui sait nommer ce qu'il voit, hume, touche. Beaucoup de comparaisons entre les spiritualités et les philosophies, le bouddhisme, le shivaïsme, le stoïcisme, le pofigisme, le christianisme. Beaucoup de réflexions sur les attitudes possibles sous ces latitudes et dans ces conditions. Ce qui anime Sylvain Tesson c'est prendre part au chant du monde, sans théorie ou religion adoptée, comme ça vient, comme ça s'offre, une forme d'épicurisme plus sensible aux plaisirs pris qu'aux déplaisirs évités. D'où les plaisirs des cigares (ne pas comparer un Roméo ici bas et un Partagas ici haut), les plaisirs des rituels russes (les toasts à la vodka ; on a parfois l'impression que l'ermite a un penchant prononcé pour ce poison, c'est le poison ravageur de la Russie, ce qui rend possible le pofigisme : mélange d'indifférentisme et de force vitale).

Un paradoxe : Sylvain Tesson cite Nietzsche évoquant les ravages des livres asséchant leurs lecteurs et son livre est rempli de citations, de réflexions à partir de ses lectures. C'est que c'est un lecteur actif, critique. On est étonné d'ailleurs par le choix des livres, souvent à mille lieues de sa situation, livres dépaysants, nécessaires pour l'éveil.

Un autre paradoxe : l'ermite revient au bout de six mois et se révèle comme quand il faisait l'aventurier, un excellent communiquant. Il sait écrire (parfois c'est un peu léger au niveau de certaines comparaisons) et il sait le faire savoir et il se vend bien. Il y a une envie de partage peut-être un peu suspecte qui rend un peu suspecte l'aventure. Elle a été réelle mais a t-elle été authentique ? Je tranche en pensant que bien peu oseraient un tel séjour, que Sylvain Tesson a le droit d'être ermite six mois et citadin bien d'autres mois, en attendant une nouvelle démangeaison, une nouvelle pulsion de forte solitude contemplative et active. Le panthéisme qui se dégage du livre est réjouissant, matérialiste, sensualiste, un panthéisme d'athée. Manque dans ce livre, la rencontre du chamanisme, si présente au Baïkal, plus peut-être sur la rive bouriate que sur la rive occidentale.

Ces quatre vers de William Blake me semblent en partie résumer l'aventure spirituelle et charnelle de l'auteur :

 

Voir un Monde dans un Grain de sable

Un Ciel dans une Fleur sauvage

Tenir l’Infini dans la paume de la main

Et l’Éternité dans une heure.

 

William Blake,

Augures d’Innocence.

 

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Marilyn, une femme/Barbara Leaming

19 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

 

Marilyn, une femme

par Barbara Leaming

 

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Cette biographie date de 2000. Elle est bien documentée pour le point de vue qu'elle adopte, l'essentiel étant centré sur le conflit permanent entre le Studio et Marilyn. Le récit sur plusieurs chapitres aboutissant à la victoire de Marilyn sur Zanuck est presque fastidieux, tant les péripéties sont innombrables, illustrant ces deux lieux communs américains : business is business, time is money. Pratique du double jeu, secrets et effets d'annonce, utilisation habile des rivalités, utilisation habile ou maladroite des médias, importance du temps, des dates (tenir jusqu'à … puis accélérer … ), pressions diverses, menaces, procès, mises à pied, suspensions … Marilyn a appris à se battre en écoutant, voyant, souffrant et finalement, par son obstination, sa férocité, son habileté, ses maladresses aussi, elle obtient un contrat à la mesure de son rêve, de son attente, de son talent voire de son génie. Ce récit montre pour qui en douterait que les plans les plus élaborés peuvent échouer parce que des éléments imprévus se présentent, des événements inattendus ont lieu. Il faut faire avec, s'adapter. Ce récit montre que l'on peut souvent se tromper sur les intentions de ses partenaires comme de ses adversaires. Marilyn a connu maintes trahisons comme elle aussi a trahi mais dans la balance, ceux qui ont voulu se servir d'elle sont plus nombreux que ceux dont elle s'est servi.

On s'aperçoit que la vie de rêve ne l'est pas. Qu'Hollywood est une machine à exploiter, à broyer, sans état d'âme, seules les rentrées d'argent comptant. Payée de façon dérisoire alors même qu'elle rapporte déjà beaucoup, soumise à des rythmes ou des cadences infernales (4 jours entre la fin d'un tournage et le début d'un autre, horaires exigeants : 7 heures du matin … ), considérée comme une image sans cervelle, un visage sans cerveau, méprisée dans ses désirs de perfection, ignorée dans ses remarques sur les rôles, les personnages qu'on lui fait jouer, on se dit que l'énergie déployée par Marilyn pour se battre et gagner a été colossale, qu'il lui fallait une motivation d'une force exceptionnelle.

C'est son rêve d'enfant, devenir une star à Hollywood, inauguré avec Grace Mc Kee, qui l'a porté toute sa vie. Rêve puéril comme celui de milliers d'autres au moment de la crise de 1929, pour échapper au quotidien des familles d'accueil, de l'orphelinat, des agressions sexuelles précoces. Elle aurait tout aussi bien pu devenir une épouse comme tant d'autres dont la vie s'arrêtait à 20 ans. Cela faillit être son cas avec son mariage à 17 ans avec Jim Dougherty. Mais son rêve était très fort (elle l'a dit : en contemplant la nuit de Hollywood, je pensais : il doit y avoir des milliers de filles seules comme moi qui rêvent de devenir vedettes de cinéma ; mais je n'ai pas à me préoccuper des autres ; c'est moi qui rêve avec le plus de force), elle ne craignait pas la concurrence et sa proximité géographique avec Hollywood nourrissait son rêve (elle voyait les lettres RKO depuis une fenêtre de l'orphelinat).

Cette force s'origine t'elle dans le rejet de Norma Jeane par sa mère Gladys qui a tenté de l'étouffer à sa naissance et l'a livrée par manque de moyens et par instabilité aux familles d'accueil ? On a dit que les problèmes de Marilyn avec le studio étaient d'origine psychologique. Il faut alors s'entendre. Elle n'était pas intéressée par l'argent, elle voulait être merveilleuse, être admirée non comme la madame blonde qui roule des hanches, la sex symbol, la bombe sexuelle, objet des fantasmes masculins, mais comme artiste, comme actrice talentueuse, être respectée comme femme avec une cervelle et un coeur. Et elle a mis tout son talent, toute son énergie pour atteindre et obtenir l'amour et le respect des autres.

On peut dire cinquante après qu'elle a réussi. Mais réussite paradoxale, comme s'il y avait un malentendu. Marilyn en fréquentant l'Actor's studio veut se faire reconnaître dans des rôles tragiques ou dramatiques (Grushenka, les femmes chez Shakespeare et Tolstoï, elle aurait pu penser à Molly de Joyce). Or, ce sont ses rôles comiques qui restent et resteront. Elle réussit à infléchir les rôles stéréotypés que lui concoctait le studio, à leur donner un contenu très personnel et ce sont ses rôles que le public a aimés et aime. Elle a sous-estimé ses compositions comiques (le mot composition n'est pas bon car elle habitait son personnage), elle a sous-estimé la Fille, la Marilyn qu'elle a créée ; elle cherchait une actrice qui sans doute ne lui convenait pas, une actrice que les circonstances ne lui ont pas permis de rencontrer (l'échec de son mariage avec Arthur Miller étant la principale raison mais aussi sans doute les limites d'Arthur Miller lui-même comme dramaturge tant dans Les Misfits que dans Après la chute).

Terminons en soulignant que les rôles comiques de Marilyn rencontraient et rencontrent l'adhésion du public américain, encore très puritain, en ce sens qu'ils donnent de la sexualité une image innocente, inoffensive et donc permettent aux Américains et aux autres de se réconcilier avec la sexualité, enseignée, intériorisée comme dangereuse, destructrice, coupable. Arthur Miller est caricatural de ce point de vue là tant il charge Marilyn dans Après la chute pour se disculper, fuir sa propre culpabilité (coupable d'adultère avant son divorce d'avec sa femme Mary).
Cette biographie commence par le triangle Kazan-Miller-Marilyn et s'achève sur le même triangle. C'est extrêmement intéressant car cela nous rappelle des souvenirs de cinéphile (Sur les quais avec Marlon Brando, Un tramway nommé désir avec Marlon Brando et Vivien Leigh, Baby Doll avec Marlon Brando et Marilyn Monroe mais Kazan ne voulut pas de Marilyn qui fit tout pour obtenir le rôle et Marlon ne put le faire non plus) et la triste époque du maccarthysme (Kazan en délateur, Miller en homme de conviction défendu par Marilyn).

Les documents de Barbara Leaming en particulier les carnets de Miller lui ont fourni la matière d'une approche psychologique parfois irritante en ce sens que Marilyn est reconstituée à partir de documents d'autres sur elle or personne dans ces documents n'est neutre, objectif ; tous ont des intentions, il y a toujours des enjeux et cela donne une biographie où l'on a l'impression que tout est calcul, enjeux, manipulation, intentions cachées, inavouées, erreurs d'appréciation … Cela conduit Barbara Leaming à des formules genre : il était clair …, à l'évidence … Autrement dit, Barbara Leaming est persuadée de dire la vérité sur les uns et les autres et cette approche psychologique la conduit à conclure au suicide de Marilyn. Elle transforme en destin après avoir tellement mis l'accent sur les péripéties, les imprévus, les jeux d'influence occultes ou pas, la vie de Marilyn, habitée par une pulsion de mort liée à sa mère Gladys et par un instinct de survie également puissant mais la nuit du 4 août, Marilyn avait finalement accepté le jugement maternel … elle avait achevé le geste que Gladys avait entamé à ses yeux en tentant de tuer sa petite fille (page 445).

Ce qui échappe me semble t-il à la biographe c'est :

Elle avait le cœur pur. Elle n'a jamais compris ni l'adoration ni l'hostilité qu'elle suscitait (Edward Wagenknecht)

Pour survivre, il lui aurait fallu être soit plus cynique, soit encore plus détachée de la réalité qu'elle ne l'était. Malheureusement, elle était tel un poète des rues qui s'efforce de faire entendre des vers à une foule railleuse et méprisante (Arthur Miller)

Il vaut mieux être malheureuse seule que malheureuse avec quelqu'unI ( Marilyn)

Une carrière c'est quelque chose de merveilleux mais on ne peut se blottir contre elle la nuit, quand on a froid (Marilyn)

L'argent ne m'intéresse pas. Je veux simplement être merveilleuse (Marilyn)

 

Jean-Claude Grosse

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Marilyn, la dernière déesse/Jerome Charyn

12 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Note de lecture sur

Marilyn, la dernière déesse/Jerome Charyn

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Ce livre de la collection Découvertes/Gallimard date de 2007. La bibliographie comporte 14 titres, l'essentiel des titres sur Marilyn. Iconographie et légende de qualité. Témoignages et documents bien choisis.

Que nous apporte ce livre ? Des points de vue dont celui de Charyn. Des points de vue contrastés, à l'image de la Jekill and Hyde féminine que fut Marilyn (qui était Gémeaux), femme de lumière (pour autrui) et d'obscurité (à soi), me semble-t-il. Disons que de ces contrastes émerge une femme qui apparemment échappe aux clichés qu'on a présenté d'elle, ce que l'on pressentait. Intelligente, usant de stratagèmes le plus souvent inconscients, réactions somatiques si l'on veut, pour faire entendre raison autrement que par des arguments à ceux qui prétendaient la diriger dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée. Elle a payé le prix fort de cette radicale indépendance ou liberté alors même qu'elle était sous contrat avec des magnats ressemblant à des soudards. Certes, elle s'est plantée avec les Marilyn Monroe Productions, mais n'avait pas renoncé comme le montre sa lettre à Lee Strasberg dans les Fragments. Elle a ouvert la voie à l'indépendance des stars par rapport au star-system. Elle a su séparer, à peu près, vie publique et vie privée, ce que font aujourd'hui la plupart des vedettes.

Ce que ce livre rend perceptible aussi sans que l'on rentre dans les détails, c'est la difficulté à séparer la légende et la réalité, à trouver la vérité. Entre les rumeurs colportées par le service communication des studios, favorables ou défavorables à Marilyn selon ses rapports avec les patrons, les légendes inventées par elle sur son enfance, son adolescence, celles colportées par les plumes acerbes ou chaleureuses des chroniqueurs d'Hollywood, celles colportées par ses hommes, amants, collègues, partenaires … il est impossible de reconstituer un chemin de vérité. On en est réduit à se dire que cette image composite, floue, fruit de multiples interactions d'images n'est maîtrisée par personne, et pas par la personne concernée, cela malgré son indéniable talent et travail sur elle (son corps et son visage ; elle dit sa capacité à faire dire à son visage ce qu'elle veut) et son image (elle passe des heures à LA regarder, en réalité à la fabriquer avec les magiciens qui s'occupent de ses cheveux, de son maquillage, de son corps).

Ce qui me frappe, en écrivant ceci, c'est le relativisme affiché par Marilyn sur la célébrité dont elle sait qu'elle est éphémère et qu'elle ne sert à rien quand on est seule et qu'on a froid la nuit, qu'elle la doit pour l'essentiel à la chance et aux hommes qu'elle a rencontré au bon moment (Johnny Hyde qu'elle a couvert de son corps, la nuit de sa mort, à l'insu de la famille du défunt, dit la légende inventée par Elia Kazan mais c'est si vrai ; ou Lee Strasberg pour sa carrière). Autrement dit, non une vie comme un destin, non une vie comme une tragédie, mais une vie jouée aux dés, une vie livrée aux hasards, Marilyn intervenant avec son intelligence non pour maîtriser, orienter mais dévier ( comme au jeu de billards). Elle dit d'une fille intelligente, qu'elle embrasse mais n'aime pas, qu'elle écoute mais n'est pas dupe, qu'elle quitte avant d'être quittée. Joyce Carol Oates dit que Marilyn, née au moment de la grande crise de 1929, avait une chance sur des millions de devenir ce qu'elle est devenue. Elle avait si peu d'atouts (un corps de rêve, des rêves fous et forts, et un inconscient qui lui a fourni le meilleur (son talent comique mais pas exclusivement) et le pire (ses angoisses, insomnies, ses peurs, ses dépendances). La chance, l'intelligence et les circonstances (la guerre froide, l'anticommunisme des Américains, le maccarthysme – elle fit preuve d'une solidarité exemplaire avec Arthur Miller, lui-même courageux face à ces inquisiteurs – , la fabrique à rêves – moyen d'une domination culturelle mondiale dénoncée par les soviétiques – , l'émergence de la sexualité dans une Amérique puritaine où il faut échapper à la censure … ) ont donné ce cocktail indescriptible : Marilyn Monroe, que je vois moins en déesse qu'en sirène, être hybride. Et parmi les sirènes, 

– là-bas ! Thelxiopé la troublante ! ici ! Thelxinoé l'enchanteresse !

Mais ce pourrait être Himeropa, Parthénopé, Molpé, Aglaophone, Aglaopé ... 

 

Jean-Claude Grosse

 

 

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Fragments/Marilyn Monroe

5 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Pour le 49° anniversaire de la disparition de Marilyn Monroe, le 5 août 1962, à 4 H 25, (on lira Enquête sur un assassinat de Don Wolfe par exemple), cette note de lecture sur les Fragments publiés en octobre 2010.

 

Note de lecture sur

Fragments de Marilyn Monroe

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Voilà une belle réalisation éditoriale, des présentations claires, des photos significatives (Marilyn lisant ou écrivant, une seule), les fragments originaux avec l'écriture généralement au crayon de Marilyn, textes parfois tapés à la machine dont un avec la signature de Marilyn, les mêmes fragments tapés en anglais et en français, une préface érudite et interprétative d'Antonio Tabucchi.

Ce qui frappe, c'est la variété des supports, papier à en tête d'hôtels célèbres, carnets noirs Record, agenda italien, cahier rouge, carnet d'adresses, feuilles volantes … Aucun fétichisme, aucune méticulosité, tout est bon pour le moment d'écriture car il est vital de coucher des mots. Crayon, stylo à bille, stylo à encre, machine à écrire. Des ratures, des remords, des ruptures de ton. Elle pense, se sert de ses moyens de compréhension mais l'émotion est là, les larmes coulent, troublent la pensée, font perdre le fil. Ce ne sont pas des textes destinés à la publication. Somme toute, il y en a assez peu sur 28 ans (1943-1961). Marilyn n'est pas auteur, ne souhaite pas l'être. Ces fragments sont des aides, des mises en mots destinées à faire le point sur tel ou tel épisode de sa vie professionnelle, sentimentale. Pas mal de notes sur le métier d'acteur, sur ses rapports à cet art, nécessaire à sa vie, son rêve, qui la tient debout. Elle est douée d'une sensibilité donnant à ses interprétations plus que ce que Hollywood attend, faisant le succès de ces films – des comédies pour l'essentiel– tissant avec le public une relation particulière ; elle l'a dit, c'est le public qui m'a fait, pas les studios. Et en même temps, elle est terrorisée, angoissée, craint la folie héréditaire, manque de confiance en elle, a besoin du soutien de Paula, de Lee Strasberg dont elle note cette phrase terrible : il n'y a que la concentration entre l'acteur et le suicide (page 217). Ce qu'elle dit sur ses peurs qui remontent à loin et que les analyses ne règlent pas est précis, lucide. Mais cela ne suffit pas à ne plus avoir peur. Et le faut-il ? Puisque ces peurs sont le ressort de son génie. Deux phrases comme des aphorismes. Pour la vie C'est plutôt par détermination qu'on ne se laisse pas engloutir. Pour le travail La vérité peut seulement être retrouvée, jamais inventée (page 183). On retrouve cette lucidité désenchantée quand elle évoque son amour avec Jim (elle a 17 ans) ou avec Arthur (elle en a 30).

Ce qui m'a frappé dans ce petit ensemble de fragments intimes, c'est la présence de la nature, arbres et feuilles, herbes, êtres vivants, souffrants, personnifiés, la lune, les pierres, des animaux, chiens, chats ; beaucoup de compassion là-dedans par identification. Marilyn est très sensible à ce qui se passe en elle mais aussi à ce qui se passe chez l'autre, pas nécessairement une personne mais une chose, une poupée … Évidemment et c'est le plus triste dans toute cette tristesse qui se dégage, c'est ce que la vie lui a appris, j'ai appris de la vie qu'on ne peut aimer l'autre, jamais, vraiment (page 139). Plonger dans ces fragments, poèmes, lettres c'est découvrir une femme sans complaisance vis à vis d'elle, exigeante dans ce qu'elle attend d'elle, veut pour elle.

Une surprise : rien concernant Di Maggio pourtant toujours là quand c'est grave (l'épisode de la clinique psychiatrique est édifiant, c'est lui qui la sort de cet enfer ; et dire qu'on remet ça aujourd'hui en France avec la législation depuis le 1° août 2011 sur l'hospitalisation sous contrainte ; c'est lui aussi qui organisera les obsèques écartant le tout Hollywood et l'ignoble Franck Sinatra ; Arthur Miller ne s'y manifestera pas ; il écrira Après la chute).

Une autre surprise : le projet de recréer, en date du 19 décembre 1961, après l'échec des Marilyn Monroe Productions, un nouveau studio indépendant avec Marlon Brando (nom de code : Carlo), Lee et Paula Strasberg, au service des artistes, preuve de la ténacité de Blonde, mais l'année 1962 allait lui réserver le meilleur et le pire (le 19 novembre 1961, elle rencontre Kennedy).

Le manque d'amour solide et d'attention, avec pour conséquence la méfiance et la peur du monde. Je n'en ai rien retiré de bien excepté ce que cela m'appris des besoins essentiels des tout-petits, des malades et des faibles (page 255).

Ces fragments ne peuvent donner une vision globale de la vie de Marilyn. Ils ne peuvent servir de biographie. Mais qu'importe. Seuls quelques fragments de nous toucheront un jour des fragments d'autrui. La vérité de quelqu'un n'est en réalité que ça – la vérité de quelqu'un(page 45). Aujourd'hui, la poétique du fragment est la norme. On n'a plus la tentation de la globalité, de l'unité d'un être, d'une vie.

 

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De ces fragments de Marilyn se dégage pour moi, une image de bonté, d'amour inconditionnel pour ce qui vit. Pour se maintenir dans cette bonté, cet amour, que de souffrances, de désir de mort, d'expérience de la solitude, d'acceptation-rejet de cette solitude pour aimer bravement et accepter, autant qu'on peut le supporter (page 155)

D'où l'intérêt des photos d'André de Dienes nous montrant une Marilyn mariale dans les nuages, en prière, extatique ou dolorosa. Là je me démarque d'Antonio Tabucchi en recherche de la poudre du papillon. Rêver de Marilyn qui rêve d'être un papillon (page 18). Marilyn a à la fois la légèreté du papillon (de jour, de nuit ; leurs différences !) et la carnalité double de la Femme (jeune fille romantique et amante universelle).

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Je suis tes deux directions (page 39).

 

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Jean-Claude Grosse, à Corsavy, le 3 août 2011

 

 

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Marilyn Monroe/Don Wolfe/Joyce Carol Oates

1 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Marilyn Monroe/Don Wolfe/Joyce Carol Oates

Marilyn Monroe

Don Wolfe/Joyce Carol Oates

 

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Travaillant au livre à 36 voix, Pour Marilyn, je suis amené à lire un certain nombre de livres, biographies, romans. Pour finir, ce seront les Fragments de Marilyn elle-même.

 

Marilyn Monroe/Enquête sur un assassinat de Don Wolfe date de 1998. 15 ans d'enquête, 6 ans d'écriture, c'est un temps considérable pour un résultat convaincant, en cinq parties. La 1° est consacrée à la mort de Marilyn. De plus en plus de livres et de documentaires télé comme le Contre-Courant de Stéphane Paoli du 21/11/2003 avancent la thèse d'un assassinat le 4 août maquillé en suicide le 5 août. Les motivations sont nombreuses, les principales étant les révélations supposées de Marilyn lors d'une conférence de presse prévue le 6 août, révélations sur les agissements et les projets du Président et de l'attorney général. Marilyn prenait des notes de ses conversations et son carnet rouge présentait une menace pour la sécurité nationale, d'après le FBI et la CIA. La présence de Robert Kennedy est attestée tant dans l'après-midi que dans la soirée du 4 août. Les détails varient d'un auteur à l'autre. Les variations sont plus importantes sur les causes : assassinat (homicide volontaire), maladresse médicale (homicide involontaire), sur les commanditaires et les exécutants, sur les complicités voulues ou involontaires. On peut renoncer à la théorie du complot mais observer de curieuses connivences de fait entre des protagonistes aux intérêts différents : Kennedy, Lawford, Greenson, Murray, Engelberg, Newcomb, Jefferies … On peut aussi constater ou admettre que ce que l'on appelle machine d'état, appareil judiciaire fonctionnent comme des machines et des appareils, se mettant au service de ce qui doit rester caché. On est impressionné par l'acharnement à ne pas relancer l'enquête, à ne pas présenter l'affaire devant un grand jury … Bref, le mystère de la mort de Marilyn, en grande partie élucidé, reste tout de même mystérieux.

Les autres parties du livre nous décrivent l'enfance de Norma Jeane, l'orphelinat, les familles d'accueil, le mariage à 17 ans, la pin-up, le bout d'essai, le premier contrat à 75 dollars par semaine et le nouveau nom : Marilyn Monroe, née le 24 août 1946, les films et mariages, les ruptures avec les maris comme avec Hollywood ou New York. J'ai apprécié les 4 parties consacrées à Marilyn Monroe, Zelda Zonk car elles sont écrites par quelqu'un qui a appris le métier d'acteur, qui a travaillé aux studios et qui donc fait preuve d'empathie pour son sujet et de connaissance sur son art. Il y a des trouvailles d'écriture qui font de cette biographie plus qu'une biographie, déjà un roman. Évidemment, on sort éprouvé de cette lecture. Certains chapitres comme le 58° sur le week-end des 28 et 29 juillet 1962 au Cal-Neva Lodge à l'invitation de l'infâme Franck Sinatra donnent la nausée. D'autres ouvrent sur des abîmes (le mystère de cette femme, de cette personne) comme le 41° : Ne tuez rien, s'il vous plaît ! J'en conseille la lecture ; c'est une mine qui se nourrit du travail de prédécesseurs sans les répéter inutilement. Les sources sont indiquées avec précision. Je relève au passage, la discrétion de M.M dans sa vie privée. Certes, avec la presse aux trousses, il y eut des révélations, scandales mais elle a su à de nombreuses reprises devenir anonyme, passer incognito et se préserver, préserver ses RV, ses rencontres. Perruque, lunettes noires, imper, noms de code et hop !

 

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Blonde de Joyce Carol Oates date de 2000. C'est un roman et non une biographie, une synecdoque comme dit l'auteur dans sa note. L'empathie de Joyce Carol Oates pour le personnage de Norma Jeane est communicative. L'auteur, en 1110 pages (Livre de poche), réussit à nous faire rentrer dans la peau, l'âme de son personnage (La peau est mon âme. Il n'y a pas d'âme autrement. Vous voyez en moi la promesse de la joie humaine). On ne cherchera pas à démêler la fiction et la réalité. On a affaire comme dit l'auteur à une tragédie en 5 actes avec deux registres d'écriture, une écriture réaliste pour la réalité extérieure et une écriture surréaliste pour l'intime, la vie intérieure, les rêves, visions, hallucinations, un roman pluriel, à multiples voix, avec une présence forte du sexe (très impressionnant de voir comment cette romancière pudique sait nous balancer à la gueule nos turpitudes, nos fantasmes …), avec aussi cette recherche de l'amour, cet amour de la vie, de toute vie, son amour de la nature, même si Norma est plus citadine que paysanne. La variété des écritures me semble oeuvrer dans le sens d'une composition juste du personnage, aller dans le sens de la vérité du personnage : on est embarqué, on est touché, on s'attache, on n'abandonne pas (comme elle a été abandonnée partiellement par la mère, totalement par le père mais comme elle qui n'a jamais abandonné). Si on veut comprendre la blonde, il faut partir du contexte : la grande crise de 1929, comment s'en sortir ?, le mariage à 17 ans, fin de la vie pour la plupart des jeunes filles de l'époque, devient pour Norma, le point de départ d'une conquête de soi, d'une affirmation de soi, au travers d'une blonde sophistiquée créée par l'usine à rêves, même si le prix à payer fut en partie celui du cul (beaucoup ne voyaient que son cul, d'autres les seins, d'autres la bouche, les lèvres en O parfait, disant Mmmm, d'autres les yeux, quelques-uns le visage, et très rares, la femme, la personne ; s'il existait des photos prises par des soldats de Corée ou des souvenirs de son tour de chant ! en tout cas, elle sut montrer à ceux qui avaient produit la ravissante blonde idiote qui roule des hanches, qu'elle était une sacrée femme ; élevée un temps dans la Science chrétienne, il semble que l'affirmation de Mary Baker Eddy sur l'irréalité du mal ait influencé Norma Jeane qui semble avoir traversé les épreuves mauvaises et méchantes comme si elles ne l'atteignaient pas ; elle était sans doute blessée ; trop de signes : dépression, addictions diverses montrent les effets du mal mais malgré tout, à chaque fois, elle rebondit, à chaque fois, elle puise l'énergie contre ses propres tentations d'abandon, de suicide, de renoncement).
Joyce Carol Oates montre bien comment cette construction s'opère, comme un aller-retour entre réel et scène, scène et réel (et la scène se poursuivrait ainsi comme font les scènes, en notre absence, page 1096), comment ce qui pourrait s'apparenter à une structure psychotique (dédoublement) sert d'arme à Norma pour imposer son approche de ses personnages aux metteurs en scène, pour combattre les studios et les médias qui ne veulent montrer que le produit Marilyn, comment elle sait rompre quand elle perd son âme pour se retrouver elle, ailleurs, modeste et géniale actrice sur la scène d'une célèbre école de New York, anonyme dans les rues et accessible dans les jardins. Son rapport au temps ((qu'est-ce que le temps ? Sinon ce que les autres attendent de nous. Ce jeu que nous pouvons refuser de jouer. Et qu'elle sut si bien refuser de jouer !), ses retards sans culpabilité, ses séances de préparation qui durait des heures comme on prépare un cadavre, autant de faits révélant la force de Norma, difficile à vivre pour les autres, les salauds, navigatrice dans une rivière sans retour, impétueuse, et où il faut beaucoup d'instinct, d'intelligence, de volonté, de détermination, d'astuce, de stratégie, d'humour pour ne pas se naufrager. Car si mort jeune, il y a eu, elle est le fait des autres, des barbares dont le tireur d'élite.

 

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Jean-Claude Grosse, à Corsavy, le 1° août 2011

 

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Marilyn Monroe dernières séances/La malédiction d'Edgar Hoover

1 Juillet 2011 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Marylin dernières séances est devenu un film, présenté ce 24 janvier 2010 sur Arte et qu'on trouve en DVD. C'est une réussite.
James Ellroy vient de sortir UNDERWORLhttps://admin.over-blog.com/551669/postsD USA, 3° volet de sa trilogie sur les USA des années 60, après AMERICAN TABLOÏD et AMERICAN DEATH TRIP.
C'est pourquoi je fais remonter cet article écrit le 12/12/2006.
grossel
 
 

Marilyn dernières séances de Michel Schneider
 a obtenu, le 14/11/06, le prix Interallié.


ça dérange, ça déménage, ça balade, ça échoue
entre Marilyn Monroe
et Ralph Greenson


Photo d'André de Dienes 


J’avais déjà lu de Michel Schneider : Morts imaginaires, appréciant que cet analyste combine fiction et document pour affronter les derniers moments de personnes célèbres, pour tenter de voir, d’écouter si s’y disait une vérité.
On avait tenté cet exercice au Revest avec les agoras: du premier au dernier mot, qui s'étaient déroulées les 2/12/02, 6/1/03, 10/2/03, 3/3/03 avec les psychanalystes Paul Mathis et Jean-Paul Charencon. Les agoras sont enregistrées mais pas publiées ni mises en ligne.
Marilyn dernières séances participe de la même combinatoire : fiction et document pour tenter de voir, d’écouter ce qui se joua peut-être entre Marilyn Monroe et son dernier analyste Ralph Greenson.
Ce roman de 529 pages où l’essentiel de ce qui est écrit, rapporté, est retranscription fidèle d’articles, de livres mais où aussi l’auteur a fait appel à sa capacité d’invention de dialogues, de propos, de lettres se lit avec émotion pour peu que l’on ait été « séduit » par Marilyn, se lit avec effroi aussi car avec ces deux personnages, on franchit souvent la frontière entre la vie et la mort, entre le rêve et la réalité, entre les mots et les images, entre le paraître et l’être, entre la folie et la normalité, entre la peau et la chair, entre le corps et l’esprit. Aucune vérité ne pouvant se dire sur ces 30 derniers mois de la vie de Marilyn Monroe, sur le suicide ou l’assassinat de la star, sur les responsabilités ou non de Greenson, on sort de cette lecture hébété, tellement on est bousculé dans nos certitudes, dans nos regards sur soi, sur autrui, sur l’amour, sur le sexe.
La construction du roman est à l’image de cette saisie impossible, donc de l’impossibilité d’une histoire linéaire, avec un début, une fin, des personnages nettement dessinés sur lesquels on peut parler, qu’on peut juger. Rien de tel avec eux d’où un livre semblable à une partie d’échecs, avec des allers retours dans l’espace et le temps, entre 1950 et 2006, entre les différents protagonistes de ce récit en boucle qui se termine par les mots du début, par la nomination du journaliste Forger W. Backwright, auteur du roman : Marilyn dernières séances, dernière pirouette de l’auteur qui nous a baladés dans les innombrables impasses et miroirs de la question : qui suis-je ?, lui-même étant sans doute ballotté dans sa confrontation à ces deux énigmes que restent en fin de partie, et tout au long de la partie, Marilyn et Romi.
Ce livre, ce roman est terrible pour ceux qui comme moi croient à l’amour, qui croient savoir à peu près qui ils sont, sans prétention, qui ne sont pas border line (est-ce le mot juste, pas sûr) comme Marilyn, transgressif (est-ce le mot juste, pas sûr) comme Ralph.
Malgré ou grâce à ses excès, Marilyn est très attachante, indéniablement intelligente : il y a des textes, des paroles, des répliques, des poèmes, des notes qui sont des diamants, à noter, à méditer car je suis convaincu que les border line (est-ce le mot juste, pas sûr) nous disent beaucoup sur ce que nous sommes. Elle avait le sens de la formule qui bouscule, qui ouvre des abîmes.

 
Photo d'André de Dienes 
 
Marilyn dernières séances de Michel Schneider,
roman chez Grasset, 2006

 

Michel Schneider lit le 1° chapitre de son roman

En relation avec Marilyn dernières séances, on lira le roman, document-fiction: La malédiction d’Edgar de Marc Dugain sur les 48 ans de règne d’Edgar Hoover, à la tête du FBI, roman là encore terrible par ce que nous découvrons sur les Kennedy entre autres ( deux des amants parmi tant d'autres de Marilyn, Robert Kennedy étant chez Dugain soupçonné de participation à l'assassinat de la star) et sur la « démocratie » américaine ; le moins qu’on puisse dire est que nous tombons de haut, du haut de nos certitudes là encore.
Dans les deux cas, peut-être gagnons-nous en réalisme, en souhaitant que cela ne nous conduise pas au cynisme.

«Edgar aimait le pouvoir mais il en détestait les aléas. Il aurait trouvé humiliant de devoir le remettre en jeu à intervalles réguliers devant des électeurs qui n'avaient pas le millième de sa capacité à raisonner. Et il n'admettait pas non plus que les hommes élus par ce troupeau sans éducation ni classe puissent menacer sa position qui devait être stable dans l'intérêt même du pays. Il était devenu à sa façon consul à vie. Il avait su créer le lien direct avec le Président qui le rendait incontournable. Aucun ministre de la Justice ne pourrait désormais se comporter à son endroit en supérieur hiérarchique direct. Il devenait l'unique mesure de la pertinence morale et politique.»

John Edgar Hoover, à la tête du FBI pendant près d'un demi-siècle, a imposé son ombre à tous les dirigeants américains. De 1924 à 1972, les plus grands personnages de l'histoire des États-Unis seront traqués jusque dans leur intimité par celui qui s'est érigé en garant de la morale: 8 présidents, 18 ministres de la justice.

Ce roman les fait revivre à travers les dialogues, les comptes rendus d'écoute et les fiches de renseignement que dévoilent sans réserve des Mémoires attribués à Clyde Tolson, adjoint mais surtout amant d'Edgar. À croire que si tous sont morts aujourd'hui, aucun ne s'appartenait vraiment de son vivant.

"Truman Capote les appelait Johnny and Clyde. Lui, c'était John Edgar Hoover, célèbre patron du FBI sous huit présidents, l'autre, c'était son amant et adjoint, Clyde Tolson. Ils vécurent en couple, dans l'ombre. A côté des puissants, mais en fait au coeur du pouvoir. De 1924 à sa mort, en 1972, traversant Pearl Harbor, l'affaire Rosenberg, le maccarthysme, la baie des Cochons, la mort de Marilyn, les assassinats des Kennedy... on doit à Hoover quarante ans de coups tordus, de politique réactionnaire, de manipulations perverses, que Marc Dugain relate sous la forme de Mémoires imaginaires du compagnon de celui qui fut l'ombre portée sur l'Amérique politique. Après James Ellroy (American Tabloïd, American Death Trip) et Don DeLillo (Outremonde), Dugain se lance aux trousses d'un personnage fascinant, droit sorti d'un film d'Orson Welles. Mais qu'est-ce que «La malédiction d'Edgar» ? L'une de ces biographies romancées qui vous font regretter les vrais romans et les solides biographies ? Une peinture historique de la vie politique américaine et de ses «affaires» ? Une analyse psychologique d'un homme détestable mais fascinant ? Un portrait de cour d'«une âme de boue, le plus solidement malhonnête homme qui ait paru de longtemps», comme disait Saint-Simon du duc de La Feuillade ? Rien de tout cela. Simplement un bon roman... Un roman qui parle aussi du réel comme bien peu de romans français savent le faire..."
Michel Schneider, Le Point du 26 mai 2005
La malédiction d'Edgar de Marc Dugain,
roman chez Gallimard, 2005

 
 
Je mets en ligne aussi un article de Philippe Sollers:
Un roman de Michel Schneider
Marilyn s'allonge
Dans « Marilyn dernières séances », le romancier raconte comment, de 1960 à 1962, l'actrice la plus belle du monde eut avec son psychanalyste une relation secrète, destructrice, platonique, fascinante. Explications

L'apparition fulgurante de Marilyn Monroe et sa mort plus qu'étrange ont donné lieu à un tel déluge de commentaires, de fantasmes et de rumeurs qu'on est un peu perdu dans cette mythologie déferlante. Mais voici un fil rouge qui, s'il n'explique pas tout, se révèle d'une formidable efficacité. Il suffit de rappeler que John Huston aimait souligner la coïncidence entre l'invention du cinéma et celle de la psychanalyse. Quoi ? Marilyn Monroe et la psychanalyse ? Mais oui, et c'est là que surgit un personnage incroyable, Ralph Greenson, de son vrai nom Roméo Greenschpoon, le psy de la plus célèbre actrice du monde.
Michel Schneider a écrit un roman passionnant, qui est aussi un essai passionnant, à travers une enquête et une documentation passionnantes. Hollywood, en réalité, était un grand hôpital psychiatrique bouclé sous des trombes de dollars, et Freud, qui croyait apporter la peste à l'Amérique, aurait été fort étonné de découvrir que sa bouleversante découverte avait attrapé là un virulent choléra. Cinéma ou vérité des paroles ? Images ou surprise des mots ? Qui va avaler quoi ? Qui va tuer qui ? En Californie, disait Truman Capote, «tout le monde est en psychanalyse, ou est psychanalyste, ou est un psychanalyste qui est en analyse». Voici donc des séances vraies ou vraisemblables de cure, avec dérive de deux personnages se piégeant l'un l'autre, jusqu'à une folie fusionnelle mortelle. Le roman de Schneider, mieux que toute biographie, permet enfin de déchiffrer la boîte noire de ce crash. Pas de mot de la fin : la chose même, dans toute sa terrible complexité. Une très bonne écoute, donc. Du grand art.
Marilyn se révèle ici très différente de sa légende autoprotectrice de ravissante idiote et de sex-symbol. C'est une fille intelligente, cultivée par saccades, extrêmement névrosée à cause d'une mère démente, enfermée dans un corps de rêve qui fait délirer les hommes, ne sachant plus qui elle est ni à qui parler, contrôlant son image mais sans avoir la bonne partition sonore du film qu'elle est obligée de jouer sans cesse, sous le regard d'un spectacle généralisé que le nom de ses employeurs, la Fox, résume comme un aboiement. Seules les photos la rassurent, il y en a des milliers, c'est son tombeau nu de silence. On ne la voit d'ailleurs pas vieillir en caricature américaine liftée et bavarde. Elle ne voulait pas de cette déchéance. S'est-elle suicidée ? Probable. A-t-elle été assassinée ? Pas exclu. S'agit-il d'une overdose accidentelle de médicaments dont elle faisait une consommation effrayante ? Restons-en là. Marilyn ou la suicidée du spectacle ? C'est sans doute le bon titre de ce film d'horreur. Ce n'est pas tous les jours, en effet, qu'on rencontre pêle-mêle autour d'un cadavre éblouissant le président de la première puissance mondiale (Kennedy), un chanteur-séducteur star (Sinatra), la Mafia (à tous les étages), la CIA et le FBI, un écrivain estimable (Arthur Miller), un champion national de base-ball (Joe Di Maggio), un petit Français à la coule (Yves Montand), des tas d'amants plus ou moins anonymes (dont beaucoup ramassés au hasard) et enfin des millions d'Américains à libido simpliste, soldats, hommes politiques, ouvriers, machinistes, tous affolés du regard à la moindre manifestation de ce corps de femme. Naufrage du cinéma : ce Titanic pelliculaire rencontre un iceberg détourné de sa position, la psychanalyse. L'iceberg lui-même coule à pic. Rideau.
Car ce Ralph Greenson n'est pas n'importe qui. En principe, c'est un freudien strict, auteur d'un livre technique qui a fait date, ami d'Anna Freud, la fille du génie viennois. Seulement voilà : avec Marilyn, sa vie est chamboulée, il s'écarte de plus en plus de la pratique normale, voit sa patiente chaque jour pendant des heures, l'introduit dans sa famille et, sans coucher avec elle, se mêle de ses contrats en garantissant sa présence sur les plateaux (Marilyn a des retards légendaires). Il surveille ses médicaments, ses piqûres, ses lavements, joue la bonne soeur, repère la crainte maladive de sa patiente pour l'homosexualité sans peut-être se douter de sa frigidité, bref se lance à corps perdu dans une tentative de sauvetage très rentable. Schneider relève avec finesse qu'au lieu d'entraîner Marilyn vers le chemin classique père-vie-amour-désir il l'enfonce dans son angoisse mère-homosexualité-excrément-mort. Elle le mène en bateau, il s'installe. Comment aurait-elle pu s'en tirer ? Des enfants ? Peut-être, mais peut-être pas non plus. En 1955, Marilyn est, avec Truman Capote, dans une chapelle de Foyer funéraire universel (ça, c'est l'Amérique) pour l'enterrement d'une actrice, et elle lui dit : «Je déteste les enterrements. Je serais drôlement contente de ne pas aller au mien. D'ailleurs, je ne veux pas d'enterrement - juste que mes cendres soient jetées dans les vagues par un de mes gosses, si jamais j'en ai.» Elle n'en a pas eu, et c'est, bien entendu, une des clés du problème.
En février 1961, Marilyn est hospitalisée dans une clinique psychiatrique. Elle envoie une lettre bouleversante à Greenson : «Je n'ai pas dormi de la nuit. Parfois je me demande à quoi sert la nuit. Pour moi, ce n'est qu'un affreux et long jour sans fin. Enfin, j'ai voulu profiter de mon insomnie et j'ai commencé à lire la correspondance de Sigmund Freud. En ouvrant le livre, la photographie de Freud m'a fait éclater en sanglots : il a l'air tellement déprimé (je pense qu'on a pris cette photo avant sa mort), comme s'il avait eu une fin triste et désabusée. Mais le docteur Kris m'a dit qu'il souffrait énormément physiquement, ce que je savais déjà par le livre de Jones. Malgré cela, je sens une lassitude désabusée sur son visage plein de bonté. Sa correspondance prouve (je ne suis pas sûre qu'on devrait publier les lettres d'amour de quelqu'un) qu'il était loin d'être coincé! J'aime son humour doux et un peu triste, son esprit combatif.»
Schneider nous dit que cette lettre n'a été retrouvée qu'en 1992 dans les archives de la 20th Century Fox. On veut bien le croire, mais quelle inquiétante étrangeté ! Sensibilité et subtilité décalées de Marilyn, dont Billy Wilder disait : «Elle avait deux pieds gauches, c'était son charme.»
Qu'aurait fait Lacan avec Marilyn ? Rien, ou pas grand-chose. Il lui aurait démontré, par ses silences et ses saillies inspirées, qu'il était absolument allergique à l'industrie cinématographique, à Hollywood, à toutes ces salades d'argent et de pseudo-sexe. Il lui aurait demandé des prix fous pour venir le voir dix minutes. Au lieu de la materner et de la faire déjeuner en famille, il se serait montré indifférent à ses films comme à ses amants. Kennedy ? Sinatra ? Arthur Miller ? Les metteurs en scène ? La Mafia ? De braves garçons, aucun intérêt. Freud lui-même ? Sans doute, mais encore. Anna Freud ? Passons. Bref, en grand praticien de la psychose, très peu humain, il aurait poussé la paranoïa jusqu'au bout avec une patiente hors pair, à la séduction invincible, porteuse du narcissisme le plus exorbitant de tous les temps. Quelle scène ! Marilyn, devinée à fond, en aurait eu marre, et l'aurait peut-être tué puisqu'il ne lui aurait même pas demandé une photo d'elle. Voilà le drame de l'Amérique, et peut-être du monde : la psychanalyse n'y existe plus puisque le cinéma a pris la place du réel.

Né en 1944, Michel Schneider a été énarque, directeur de la Musique au ministère de la Culture et psychanalyste. Il est l'auteur de « Glenn Gould, piano solo » .
 
Par Philippe Sollers
Nouvel Observateur - 14/09/2006
 
Petite note sur cette critique de Philippe Sollers:
Évidemment, Ralph Greenson n'avait rien compris au transfert-contre-transfert, son diagnostic sur la peur de l'homosexualité de Marilyn était incomplet, s'y ajoutait la frigidité (sous-entendu peut-être: moi, je l'aurais décoincé) et bouquet, la question: qu'aurait fait Lacan? à l'opposé de Greenson, il aurait été infect avec la star qui l'aurait peut-être tué au lieu de se tuer. Un nouveau roman est dans l'air, clair: comment s'y prendre avec Marilyn quand on est Lacan. Mais chacun sait que le divan lacanien n'a pas été bénéfique pour tous les par(â)lants à Lacan. Il y a une condescendance déplacée dans la critique de Sollers; Schneider est moins sûr, pas trop sûr même, à preuve, 529 pages pour tenter de rendre compte de ce qui s'est peut-être passé entre Marilyn et Ralph, entre janvier 1960 et le 4 août 1962, jour où Ralph a été le dernier à voir vivante Marilyn et le premier à la voir morte.



 
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The Misfits d'Arthur Miller (1960)

1 Juillet 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

The Misfits d'Arthur Miller

 

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J'avais le livre dans ma bibliothèque depuis 1961, publié par Robert Laffont pour la Bibliothèque du Club de la Femme. 50 ans que ce livre attendait que je le lise. J'avais lu les documents précédant le récit, l'interview d'Arthur Miller, regardé les photos l'accompagnant prises sur le tournage du film à l'été 1960. C'est le projet  Pour Marilyn qui m'a poussé à le lire, parce qu'il semble qu'il y ait beaucoup de points communs entre Roslyn et Marilyn, Marilyn inspirant Arthur Miller, son mari encore, quand il écrit ce scénario. "J’avais conçu ce film comme un cadeau pour elle et j’en suis ressorti sans elle."
"Même enfance difficile, même relation névrotique avec la mère, faite d’intimité et de rejet, même angoisse, même solitude, même sentiment d’abandon, même regard émerveillé et enfantin sur le monde dès qu’il s’agit d’enfants ou d’animaux ; mais cette admiration candide se transforme en scepticisme aussitôt que les hommes s’approchent un peu trop près et tombent amoureux d’elle," écrit Serge Toubiana. En Roslyn, Marilyn se montre parfaite. "Elle était merveilleuse, dira John Huston. Elle ne jouait pas. Elle vivait vraiment son rôle." J'ai vu le film quand j'ai eu fini le livre, deux jours pour lire, deux heures pour voir.
Ce récit me paraît encore très actuel par ce qu'il raconte de la disparition d'un genre de vie, d'un type d'hommes sous les coups de boutoir de l'industrialisation et de la consommation. Les fiers mustangs de la conquête de l'Ouest sont capturés pour être transformés en pâtée pour chiens et chats. Les cow-boys se clochardisent. Après les 30 glorieuses, nous sommes entrés dans les 40 ruineuses sauf pour les banquiers et quelques autres et jusqu'à ce que les indignés soient des millions. Et cette histoire de « paumés », de « désaxés », de désemparés (je ne mets pas de «  » à ce mot qui est la traduction de 1961, « désaxés » étant le mot d'aujourd'hui, désemparés parce qu'il me semble le plus proche de la réalité du quatuor :
3 H et 1 F, 3 H tombant amoureux de la même F, Guido d'abord, Gay ensuite vers lequel elle va aller, Perce enfin qui demande à Gay s'il peut ou non marcher sur ses plates-bandes; 3 H voyant en Roslyn ou cherchant en Roslyn, 3 types de F, elle-même cherchant en Gay, un H pouvant évoquer le père, un H auquel faire totalement confiance), cette histoire donc vaut métaphoriquement pour des millions de spoliés, désindustrialisés, paupérisés, déplacés, déclassés … Mais l'essentiel de cette histoire n'est pas là pour moi, car les conditions socio-économiques ne pèsent pas trop sur ces personnages : à part Guido prêt à la fin à y renoncer, ils refusent les gages, le salariat et l'esclavage concomitant pour rester libres (Gay, Perce) dans ce désert du Nevada, dans ces paysages de collines et de montagnes désolées, à perte de vue. Ils n'ont pas de vie de rechange, n'imaginent pas d'autre vie, n'imaginent rien d'alternatif; 68 et l'imagination au pouvoir, la sobriété heureuse, la décroissance: ils n'en ont pas idée mais ils ont des vérités tirées de leur expérience. Cette nature joue son rôle en ce sens qu'elle amène les personnages à voir plus loin que le guidon. Ils méditent sur le ciel, les étoiles, la vie, la mort : ils sont en contact avec le temps éternel et accèdent à des vérités exprimées avec des mots simples mais ô combien profondes (les chapitres 10 à 12 en sont remplis ; je retiens celle-ci de Guido sur et à Roslyn : Vous avez le don d'émotion. Vous êtes vraiment dans le coup.Tout ce qui arrive à quelqu'un c'est comme si ça arrivait à vous en même temps ! Une vraie bénédiction.)
Cette vérité sur Roslyn est la clef du récit. Son empathie, sa compassion pour les salades, les lapins (c'est vivant un lapin ! Ça ne le sait pas que ça fait du mal !), la chienne, les mustangs heurtent les mâles. Arthur Miller en a fait une vérité définitive.
L'interviewer : L'homme et la femme sont toujours en conflit, le pire est la victoire de l'un ou de l'autre, avez-vous dit récemment. Qu'entendez-vous par là et ne croyez-vous pas à la possibilité d'une vie en commun d'où toute idée d'affrontement stérile serait exclue au profit d'une aide mutuelle ?
Arthur Miller : Le conflit est insoluble. L'homme et la femme sont des êtres inconciliables. Tous deux veulent la liberté, mais ne l'entendent pas de la même façon. La femme dit : Tout est sacré. Il ne faut pas faire de mal à une mouche. L'homme répond : Il me faut la liberté à tout prix. S'il faut tuer pour l'obtenir, je tuerai.
Le récit raconte tout autre chose que cela. La révolte de Roslyn lors de la capture des mustangs traitant les hommes de cadavres ambulants fait éclater le trio : Perce est le plus vite convaincu du bien fondé de la position de Roslyn (qui est une position morale, plus qu'éthique ; elle  a une discussion avec Gay sur la bonté, sur le mal qu'on fait) ; Gay après avoir envisagé de lui faire cadeau de cette horde se ravise quand elle propose de lui acheter les chevaux pour les libérer mais c'est lui-même qui après avoir recapturé l'étalon libéré par Perce coupe la corde entravant l'animal ; Guido devient agressif, méprisant pour les femmes et Roslyn qui a fait mouche en lui disant : vous pourriez bien faire sauter le monde entier que vous n'éprouveriez pas de regret que pour quelqu'un d'autre que vous-même ! Sur 3 mâles, l'attitude vraie de Roslyn en a touché 2, sauvé 2, pas au sens religieux, pas sauvé du péché mais de l'instinct meurtrier, des pulsions de mort (Perce, celui qui a le plus de féminin en lui; Gay, le mâle qui a compris dans son combat avec l'étalon que s'il était encore le plus fort, ce n'était que pour un temps; seul Guido reste avec son agressivité, son amour-propre; Roslyn avait eu raison quand elle avait réagi à propos de la grâce; pourquoi Guido n'avait-il pas appris la grâce à sa femme ?). Rien à voir avec le sentimentalisme féminin du lieu commun véhiculé par Arthur Miller et tant d'autres. C'est cette face de Roslyn qui me paraît la plus prometteuse : sa capacité d'émerveillement, son éblouissante beauté qui irradie et fait que les 3 en tombent amoureux, en partie en compétition, ses questions, ses jugements, sa capacité à sentir l'autre, sa vulnérabilité désarment les guerriers. Bien sûr, elle a des hésitations, des peurs, ne sait pas trop si elle doit faire confiance ou retourner à sa solitude pour ne pas être déçue tant son désir de fusion, de communion est fort. Mais en fin de compte, elle se livre, va même jusqu'à envisager un enfant avec Gay, un enfant courageux dès le début.
Le récit emprunte au scénario. Arthur Miller dit pourquoi dans Note de l'auteur. Ce que j'ai trouvé intéressant c'est que le narrateur de ce récit mettant l'accent sur ce que voit la caméra n'hésite pas à objectiver sa narration en utilisant le ON impersonnel ou des adjectifs démonstratifs, ce qui amène le lecteur à s'attarder tant sur les expressions des visages que sur les pensées ou sentiments qui traversent les personnages, que sur les paysages et leurs effets sur les protagonistes. Ces notations littéraires, philosophiques, psychologiques, poétiques ouvrent beaucoup de perspectives que le film ne peut rendre.
Une œuvre forte qu'on peut trouver collection Pavillons poche chez Laffont, sans doute dans une meilleure traduction que celle de 1961, sans nom de traducteur ; les mœurs ont heureusement changé.

 

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Quant au film, je le trouve assez fidèle au récit avec un parti-pris de gros plans et non de panoramiques sauf pour les paysages ce qui permet d'apprécier ce qui se passe dans les cœurs, sur les visages. Marilyn est formidable, son visage est habité, son regard parlant, sa voix en français pas très convaincante. Les autres sont également formidables : Clark Gable qu'on voit devenir sinistre puis s'adoucir à la fin, usé par son combat avec l'étalon, Montgomery Clift, à la fois drôle et tragique, doux aussi et Guido, Eli Wallach, très ambivalent, à l'amour-propre exacerbé comme Gay car l'incompréhension entre eux est lié à cet amour-propre, facile à blesser, facile à maîtriser aussi, quand on accepte la part de féminin en soi que représente Roslyn : vous avez le don de vie, Roslyn ! Vous voulez vivre pour de bon ! lui dit Guido. Elle l'a déjà affirmé :  À la vie ! Quelle qu'elle soit !

                                                                                 Jean-Claude Grosse, le 23 juin 2011



 

 

 

 

 

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