de quoi Shakespeare est-il le nom ?
Lectures de fins de mondes
Le triomphe de la Mort, Pétrarque
La divine légende, La légende païenne, Pierre Abbrugiati d’Ostra
Shakespeare, le langage des blessures, Clifford Armion
Shakespeare au Festival d’Avignon, Florence March
Pour saluer Lawrence Durrell, Arlette Segaud
La route, Cormac McCarthy
La fuite, Gao Xingjiang
De quoi Shakespeare est-il le nom ?
1 - Selon Montaigne, « nous ne faisons que nous entre-gloser » III,13
Ainsi Jorge Luis Borges écrit Pierre Ménard, auteur du Quichotte, (Ficciones,1944).
Ainsi s’accomplit avec La Bibliothèque de Babel, (Ficciones, 1944), selon Gérard Genette, « l’utopie borgésienne d’une Littérature en transfusion perpétuelle, constamment présente à elle-même dans sa totalité et comme Totalité, dont tous les auteurs ne font qu’un et dont tous les livres sont un vaste Livre, un seul Livre infini » (Palimpsestes, la littérature au second degré, 1982)
De quoi clore en principe tout débat sur l’oeuvre protéiforme, palimpsestueuse, sur l’auteur insaisissable, sur traduction, translation, sur fidélité à, trahison de, adaptation de, d’après…
En réalité, ce ne sera jamais le cas : les égos, le fric en jeu, les rentes garanties avec un tel nom.
Pour le 399° anniversaire de la mort le même jour, la même année, le 23 avril 1616, de Cervantes et de Shakespeare, j’avais initié un projet fondé sur une métaphysique du hasard.
2 - « Faire du hasard le moteur, le créateur aveugle de tout ce qui apparaît, disparaît, se transforme, est une entreprise difficile à penser surtout quand, pensant l’homme, on le pense soit comme liberté et volonté, soit comme multiples déterminations et déterminismes.
Si on choisit une métaphysique du hasard, des calculs se mettent en place pour le prévoir, des jeux s’inventent pour le déjouer, le mettre de son côté. Y a-t-il de l’impossible ? Tout est-il possible ? Quelles probabilités pour tel possible ? Y a-t-il de l’improbable ? C’est quoi la chance ? La mal- chance ? Le kairos ? Un mauvais concours de circonstances ? Place aux nombres et aux calculs, de plus en plus puissants avec les calculateurs Ada et Turing, ou avec Gaïa.
Les chercheurs auront bientôt la capacité de calculs exaflopiques. Ils pourront alors définir les caractéristiques de ce qui leur résiste aujourd’hui, matière et énergie noire (96% de l’univers, encore inconnus aujourd’hui), avant de les déceler. Les écrivains feront place à des situations, des lieux réels, imaginaires, des personnages de leur choix ou qui leur échoient dans leurs rêves, en introduisant le plus d’aléatoire possible.
Et pour vivre sa vie, on valsera-hésitera entre – croire la maîtriser, – la livrer au hasard (coup de dés, pile ou face, roulette russe avec arme à blanc ou chargée mais jamais, un coup de dés…),
– inventer chaque jour ses « impossibilités de vivre » en alternant souffrance et résilience,
– tirer trigrammes et hexagrammes du Yi Jing avec 3 pièces et tous autres bricolages,
– poser des questions au logiciel intelligent Siri, un 31/12 : quel est le sens de la vie ? 3 réponses obtenues : 1- 42 ; 2- qui suis-je, où vais-je et dans quelle étagère ? 3- j’ai arrêté de me poser ce genre de questions ; ou ayant dit blablabla, j’ai obtenu : avez-vous pensé à devenir orateur, Jean-Claude ?
Une anecdotique question subsidiaire en découle : y a-t-il immortalité des œuvres « immortelles » qui ont eu beaucoup de chances d’arriver jusqu’à nous dans des versions multiples sans qu’on puisse décider laquelle est la vraie ou la plus vraisemblable et dont les supports sont périssables ? On en a un exemple avec la pièce perdue de Shakespeare, Cardenio (où il est question de Cervantes). Enquête menée par Robert Chartier : Cardenio entre Cervantes et Shakespeare. Histoire d’une pièce perdue.
Un paradoxe prend forme : ce qui a eu lieu a eu lieu pour toujours, rien ne peut l’effacer, rien ne peut effacer ce qui a été dit, pensé, ressenti, éprouvé, fait, été. Vivants, nous oublions ou commémorons, réécrivons : c’est sans importance ou incidence par rapport au fait que c’est inscrit dans le temps infini ou éternel. Mais où passe donc le passé ? Où se stocke tout ça si ça se stocke et qui est incommensurable ? Y a-t-il un lieu de mémoire de nos vérités éternelles ? Ça reste en l’état ou ça se disperse ou ça se réduit en éléments irréductibles pour d’autres combinaisons (analogie : codes génétiques, génomes) ? Le périssable du corps, de l’esprit sans doute, se conjugue avec l’impérissable éternité de ce qui a eu lieu, for ever, de ce qui est passé, never more. » (décembre 2013)
la gravure du langage des blessures est d'une rare violence; on aimait en ce temps-là comme aujourd'hui les supplices, les massacres
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Manifestations Cervantes-Shakespeare/Éclats de rires - Blog de Jean-Claude Grosse
Je vous en informe, le 23 avril 2015 pour le 100° anniversaire de la relativité générale coïncidant avec le 399° anniversaire de la mort de Cervantes et de Shakespeare, des égaux morts même...
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les bizarreries d'une aventure plurielle
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Tour complet du coeur | Attentionfragile
Un spectacle imaginé, écrit et interprété par Gilles Cailleau Direction d'acteur Luc Chambon Costumes Patou Bondaz Masques Louis-David Rama Accessoires Christophe Brot et Pascale Ri...
un des grands succès de la compagnie attention fragile, un spectacle créé en 2002, accueilli plusieurs fois au Revest
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Bernd Lafrenz - Shakespeare Solo Komödien - Bernd Lafrenz
Bernd Lafrenz bewältigt Shakespeare als Solo Komödien rasant und pointiert im Alleingang, er zählt zu den Höhepunkten der europäischen Festivalszene.
40 ans au service de Will en Allemagne; une participation officielle à Londres en 2016 pour le 400° anniverrsiare / 5 000 représentations avec plus de 800 000 spectateurs et plus de 2,5 millions de kilomètres parcourus pour les représentations des invités./ les 4 saisons ont accueilli Bernd Lafrenz, au Revest, jouant en français Roméo et Juliette, Hamlet, Macbeth, Othello et l'ont fait tourner dans plusieurs lieux de Provence-Alpes-Côte d'azur
Blessure du corps et blessure du langage chez Shakespeare
Cet article se propose d'étudier les rapports dialectiques qui unissent la violence représentée à la parole dans le théâtre de Shakespeare. Nous verrons que le langage immédiat de la blessur...
la thèse de Clifford Armion est remarquable
deux exemples de traduction-translation :
les Sonnets de Shakespeare
La Folie Tristan et le lai du chèvrefeuille de Marie de France
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Traduction Translation - Blog de Jean-Claude Grosse
traduction ? translation ? après les Sonnets de Shakespeare, traduits pour la 1° fois en respectant la forme de ces sonnets par André Markowicz et Françoise Morvan Editions Mesures la Folie Tri...
https://les4saisons.over-blog.com/2024/08/traduction-translation.html
En onze ans, ma pensée sur ces sujets a évolué.
3 - « Tout est parti d’une question de l’épousée, le 29 octobre 2010, vers 21 H, après le passage de l’anesthésiste, avant son opération du lendemain au cervelet :
Je sais que je vais passer, où vais-je passer ?
Et de la discussion qui a suivi débouchant sur l’évidence formulée : le passé passe mais ne s’efface pas.
Surgit l’image du livre d’éternité de chacun et de la bibliothèque des livres d’éternité de tous
10 ans de maturation débouchant sur l’éternité du présent mémorisant ce que tout un chacun vit, éprouve, ressent, pense, dit au moment où il le vit… mémorisant donc aussi toute l’histoire à trous de l’univers, toute l’histoire à trous de l’évolution sur terre
J’ai acquis la conviction, la certitude que le passé passe mais ne s’efface pas, que tout est enregistré dès le moment où on le vit, dans le présent éternel qui est aussi un présent, un cadeau et une présence, comme nous sommes
par l’hémoglobine, venue jusque dans notre sang depuis l’explosion d’une super-novae, vieux-jeunes de 13 milliards d’années
par le microbiote, vieux-jeunes de 4,5 milliards d’années puisque ces bactéries sont bien vivantes et actives, n’arrêtant pas de se reproduire
par l’ADN où s’inscrivent beaucoup de mémoires et d’expériences vécues, se transmettant au fil des générations, vieux-jeunes de ces mémoires cellulaires particulièrement agissantes.
2 ans encore d’intérêt pour les nombres univers, par exemple PI = 3,14…, permettant d’appréhender mémoire infinie et éternelle. Autrement dit, j’ai été happé
- par le calcul stochastique mathématique
Le 18 avril 2024, je t’ai dit, âmi Georges Perpes, que dans le nombre univers PI, la séquence Georges soit 7515187519 est emplacée un nombre infini de fois, mais pas dans les deux cent millions premières décimales, la séquence Perpes soit 16518519 est emplacée 3 fois dans les deux cents millions premières décimales, en positions 6160060, 16518519, 79188721, que tous les Georges Perpes ayant existé, existant, à exister étaient emplacés,
qu’un singe tapant infiniment à la machine sans savoir écrire, finit par taper l’oeuvre de Shakespeare ou la recherche du temps perdu de Proust,
qu’on trouve dans tout nombre univers tous les livres déjà écrits et à venir, y compris celui de l’histoire de notre vie passée et future, l’utopie réalisée la Bibliothèque de Babel (Jorge Luis Borges)
- et pas par l’indétermination-intrication quantique
Elle a dit : “Dis-moi quelque chose de beau” …
Il lui a dit : (∂ + m) N° = 0
C'est l'équation de Paul Dirac et c'est dit-on, la plus belle de toute la physique. Elle décrit le phénomène de l'entrelacement quantique, qui affirme que “Si deux systèmes interagissent entre eux pendant une certaine période de temps puis se séparent, nous pouvons les décrire comme deux systèmes différents, mais d'une manière subtile, ils deviennent un système unique. Ce qui arrive à l'un continue à affecter l'autre, même à distance de kilomètres ou d'années lumière ”.
C'est l'entrelacement quantique ou la connexion quantique. Deux particules qui, à un moment ou à un autre, ont été unies, sont toujours en quelque sorte liées. Peu importe la distance entre les deux, même si elles se trouvent à des extrêmes opposés de l'univers. La connexion entre elles est instantanée.
Beauté, éternité, vous pouvez y accéder par ces deux portes, nombres univers, physique quantique, par bien d’autres portes proposées par des traditions fort anciennes, venues de peuples premiers, de traditions extrême-orientales, moyen-orientales, gréco-latines, judéo-chrétiennes et bien sûr par des expériences personnelles, mystiques-spirituelles plus que religieuses. » (18 avril 2024)
Depuis, le 18 avril 2024, avec la succession de trois pas-sages éprouvants en 4 mois et quelques lectures, plus exactement, quelques phrases lues, ma pensée s’est incroyablement simplifié.
4 - « Je pense que la simplification de ma réflexion est liée à la phrase de Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie (Du vivant sur du vivant), consacré à Maximilian Volochine, l’initié :
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Tous les textes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par un seul auteur - sans nom - (on retrouve Borges et la Bibliothèque de Babel)
Cette pensée peut s’universaliser et s’exprimer de cette façon :
Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.
Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. La mort n’existe pas.
Le 31 août, ce fut l’anniversaire du suicide de Marina Tsvétaïéva (31 août 1941, à Lelabouga, Tatarstan, Russie) » 31 août 2024
À Corps Ça Vit, le 11 septembre 2024
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De vie à vie Marina Tsvétaïéva - Blog de Jean-Claude Grosse
De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée De vie à vie Marina Tsvétaïéva (traduction André Markowicz) Éditions Mesures De vie à vie (l...
https://les4saisons.over-blog.com/2024/06/de-vie-a-vie-marina-tsvetaieva.html
du vivant sur du vivant; cest dans ce texte que j'ai trouvé la phrase simplificatrice de Marina Tsvétaïéva
Pétrarque et Laure, peinture sur papier de Sandra Martagex, portrait de Pétrarque par Ernest Pignon-Ernest; la mort de l'enfant par Giotto
Pétrarque
hier soir 6 septembre, après avoir achevé le langage des blessures consacré à Shakespeare => article à venir :
de quoi Shakespeare est-il le nom ?
préparant sans préparer la soirée du 22 octobre, consacrée à Alain Cadéo, passé le 12 juin 2024, je pense à Pétrarque dont un portrait par Ernest Pignon-Ernest sera inauguré
regard vers la bibliothèque d'été de Corps Ça Vit
je tombe sur Le triomphe de la mort de Pétrarque, traduit et versifié sans doute pour la première fois à la française par Simon Bourgouyn, valet de chambre de Louis XII, fils du roi poète Charles d'Orléans, livre paru en 2001, dans la collection L'or des mots du Musée Pétrarque-René Char de Fontaine du Vaucluse
le chapitre 2 de ce poème nourrira sans doute ma prochaine plongée-envolée onirique
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« — Reconnais celle qui détourna tes pas des sentiers vulgaires, dès que ton cœur gentil se fut aperçu d’elle. — »
Puis, pensive, d’un air humble et sage, elle s’assit et me fît asseoir sur une rive qu’ombrageaient un beau laurier et un hêtre.
« — Comment ne reconnaîtrais-je pas mon âme, ma Déesse ? — » répondis-je comme un homme qui parle et pleure. « — Mais dis-moi, je te prie, si tu es morte ou vivante. — »
« — Moi je suis vivante, et toi tu es mort encore — dit-elle — et tu le seras jusqu’à ce que ta dernière heure vienne t’arracher à la terre.
« Mais le temps est court et notre désir est long. Donc, je te préviens que tu aies à restreindre et à refréner tes paroles avant que le jour, qui est déjà proche, ne se lève. — »
Et moi : « — Au terme de cette autre sirène qu’on nomme la vie, dis-moi, toi qui le sais pour l’avoir éprouvé, si mourir est une grande souffrance. — »
Elle répondit : « — Pendant que tu vas à la remorque du vulgaire et de son opinion aveugle et cruelle, tu ne peux jamais être heureux.
« La mort est la fin d’une prison obscure pour les âmes gentilles ; pour les autres qui ont placé tout leur succès dans la fange, c’est une souffrance.
« Et maintenant ma mort qui te rend si triste, te réjouirait si tu sentais la millième partie de ma joie. — »
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article trouvé aujourd'hui, daté du 3 septembre
La nouvelle science de la mort : « Il se passe quelque chose dans le cerveau qui n'a aucun sens »
La mort, un phénomène mystérieux qui fascine depuis des millénaires. Récemment, des découvertes surprenantes ont révélé une activité cérébrale inattendue dans les derniers instants de la vie. Ces recherches ouvrent de nouvelles perspectives sur la conscience et remettent en question notre compréhension du processus de la mort. Une révolution scientifique est-elle en marche ?
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La nouvelle science de la mort : " Il se passe quelque chose dans le cerveau qui n'a aucun sens "
La mort, un phénomène mystérieux qui fascine depuis des millénaires. Récemment, des découvertes surprenantes ont révélé une activité cérébrale inattendue dans les derniers instants de l...
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la mort n'existe pas Stéphane Allix - Blog de Jean-Claude Grosse
La mort n'existe pas Stéphane Allix Harper Collins, octobre 2023 Stéphane Allix, journaliste de terrain sur zones de guerre ou de trafic de drogue (Afghanistan), voit sa vie, bouleversée, quand ...
https://les4saisons.over-blog.com/2024/08/la-mort-n-existe-pas-stephane-allix.html
15 ans d'enquêtes rigoureuses
Pierre Abbrugiatti d’Ostra
il y a une logique dans mes lectures et mes rangements
à côté du Triomphe de la mort, avec 10 peintures sur papier de Sandra Martagex (voir sa page FB), La Divine légende de Pierre Abbrugiati d'Ostra et La légende païenne en 3 tomes, préfacées par Perle Abbrugiati, professeur à l'université de Provence et éditrice de certains textes de Giacomo Léopardi, dont j'ai trois textes en rayon
livres introuvables en librairie, édités par leurs soins vers 1985
c'est Raymond Abbrugiati (son fils ?) qui me les avait transmis, hélas décédé trop jeune
ils attendaient ma visite depuis 20 ans
le tome 3 fait 72 pages
J’ai lu : le paradigme métaphysique repose sur la dualité-complémentarité Platon-Nietzsche: le paradigme historique repose sur la théorie du grand boum initial à partir du vide et sur la théorie de l’évolution; beaucoup d’humour, variété des registres langagiers; maîtrise de la versification, de la prosodie…; la figure de Prométhée; des références comme Dante, Pétrarque, Hugo, Lamartine…
Comment se fait-il que ça ne soit pas repéré ?
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Cette année aura compté pour la notoriété de Piero d'Ostra. Écrivain très prolixe ayant peu publié de son vivant, il a laissé, à son décès en 2015, une œuvre en italien et en français ...
c'est tout ce que j'ai trouvé mais ça peut donner envie et redonner vie à une oeuvre méconnue
hier, 8 septembre, lecture de
Pour saluer Lawrence Durrell d'Arlette Ségaud (1996)
c'est un Larry au quotidien qui est décrit, impitoyable bourreau des coeurs
sa chronologie ci-dessous dit beaucoup
avec Lawrence Durrell, souvenir impérissable du Quatuor d'Alexandrie (1960)
Le Quintet d'Avignon attend depuis 1985
découverte du suicide de sa fille Sappho à 33 ans en 1983
un an après la mort de Lawrence Durrell, en 1990, le magazine littéraire Granta a publié des extraits du journal de Sappho où elle laissait entendre qu’il y a eu une relation incestueuse entre elle et son père. Il est difficile de savoir si oui ou non ce qu’elle décrit s’est réellement passé
j'ai été confirmé dans l'attitude du non-jugement et du non-agir
tout prendre, tout accepter; c'est particulièrement difficile souvent; il y a un vrai travail sur ses affects, sur ses valeurs à faire
"Toute chose n’est pas plus ainsi que non ainsi ou que ni l'un ni l'autre", formule de Pyrrhon qui a fondé une partie de la métaphysique de Marcel Conche
Agis ou non-agis sans fondement, et sans possibilité ni volonté de fonder.
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Lawrence Durrell : Une chronologie de la vie de l'auteur du Quatuor d'Alexandrie | Uk Actually
Surtout connu pour son Quatuor d'Alexandrie dont le premier roman, Justine, appartient aux 1000 romans que tout le monde doit lire selon The Guardian,
Lecture de La route de Cormac McCarthy
Temps post-apocalyptique. Des survivants. Un père (l’homme), son fils (le garçon). 344 pages.
J’ai pensé à deux poèmes
Premiers pas
Je voudrais à nouveau m’initier aux premiers pas
réapprendre à marcher
pour me dérouler d’un pas sans traces
sur des chemins sans lendemains
Tu me tendras tes bras
n’est-ce pas Papa
pour avancer sans trop de peurs
sur ces bouts de pistes à risques
qui mûrissent en nous à notre insu
nos vies ne seront jamais assez grandes
pour contenir nos illuminations
En marche
Nous étions jeunes
Nous marchions vite
Nous nous laissions porter par la puissance de nos muscles
Leur énergie nous exaltait l’âme
Leur effort tendu et souple ne nous menait nulle part
Nos cœurs se gonflaient aux vents du large
Des ailes nous poussaient
Lecture de La fuite de Gao Xingjian (1990, 2° traduction, 2013)
L’ami Thierry Zalic me demande de lui donner envie de lire La fuite. Quand je fais une note de lecture, c’est d’abord et avant tout pour moi, pour faire le point sur là où j’en suis au moment où je lis. C’est-à-dire qu’une lecture est comme un moment dans un cheminement sans fin, elle participe et la note avec, à un cheminement existence-ciel. Donc la fuite se déroule dans un entrepôt désaffecté, proche de la Place où des tanks et des mitrailleuses sèment la mort.
On comprend que l’arrière-plan, c’est la Place Tien An’men. 1989, donc. Année qui voit aussi la chute du mur de Berlin et annonce celle de l’URSS et qui voit la fatwa de l’iranien Khomeini contre l’indo-pakistanais Salman Rushdie et Les versets sataniques.
La fuite entraînera la rupture totale de Gao, déjà en France, avec la Chine communiste.
La lecture de la fuite m’a demandé 2 H 15 pour 50 pages, 2 parties, 7-43, 44-57. Le spectacle que je n’ai pas vu, démoli par une critique des Trois coups, dure 1 H 15.
Beaucoup de didascalies, sur ce qu’on entend ou pas dehors, sur ce qu’ils font. Beaucoup d’indications sur les corps qui s’embrassent, s’enlacent, se dénudent, se repoussent tout en parlant, chacun de son point de vue, le jeune homme de la démocratie en marche, l’homme de la répression en cours, la jeune fille de son désir d’être actrice; se faisant, chacun livre beaucoup de lui-même, de son intimité (ses peurs, ses rêves, ses désirs), tout cela sur fond d’hystérie provoquée par la jeune fille et en arrière-fond, une barrière semble-t-il insurmontable entre hommes et femme.
Les personnages sont au bord de la crise de nerfs, à vif, instables, insaisissables. La situation dehors, c’est la mort physique. Dedans, c’est quoi qui se joue sur fond puissant de mort annoncée. On ne peut pas dire qu’ils veulent à tout prix survivre donc s’évader du lieu, dès le silence rétabli, l’aurore se pointant, en zigzaguant, chacun séparément, en direction de l’autoroute.
Ils sont, tout en étant dans tous leurs états, comme enlisés. Le passage à l’acte II indique que la petite flaque de l’acte I, devenue envahissante, fait de l’entrepôt un bourbier, les obligeant à monter sur des étagères.
Les mitrailleuses vont les exécuter à travers la porte fermée de l’entrepôt.
De 32 à 40, la jeune fille réussit à installer un « jeu » où chacun joue à son « jeu », sans doute par impossibilité d’un jeu commun ou de partage, déroule son rêve ou son cauchemar, pour la jeune fille, la montée vers des cimes enneigées, pures, glaciales, pour le jeune homme, la descente vers des bords de mer avec elle, pour l’homme, un fleuve des morts.
J’ai trouvé beaucoup de similitudes avec les paysages réels et rêvés de La route comme si cela relevait d’un fonds archaïque dont Jung aurait entrepris l’inventaire et le fonctionnement.
Je suis resté sur ma faim, sans partager les jugements tranchants de la critique des Trois coups qui ne voit que personnages-caricatures et propos-lieux communs mais dans une situation extrême de mort annoncée, peut-être ne débitons-nous que des banalités, des lieux communs, devenons-nous communs, peut-être ces banalités et ces lieux communs sont-ils propres à tous, partagés par tous et chacun. Et alors, s’il y a malaise, en dénonçant le simplisme de la pièce et du jeu, la critique projette sur la pièce, sa propre peur d’être si « banale » dans une telle situation, comme si dans une telle situation de proximité de la mort, devait se dire, se révéler l’essence-ciel de notre vie, un peu à l’image de ce film à l’envers censé se dérouler juste avant le pas-sage comme façon de partir, de passer en règle, en vérité, illusions et mensonges enfin dévoilés.
Je dirais pour ma part être si « humain ».
Disons pour être plus précis que renonçant, parfois difficilement, à juger, adoptant une position pyrrhonienne, je me détourne complètement du champ politique comme de celui de l’histoire en train de se faire, de se défaire, de revenir en arrière, après y avoir consacré beaucoup de temps, d’énergie et d’argent.
Le monde ira où il ira comme il ira parce que c’est ainsi que ça devait aller, se dérouler. Ne pas chercher à juger, à agir. Par contre empathie, compassion avec les victimes, les sacrifiés comme avec les bourreaux.
De même, les projets de la jeune fille ou du jeune homme comme le cynisme de l’homme ne me concernent plus. Mais je comprends que de tels projets (se marier, avoir des enfants…) correspondent à des âges de la vie, somme toute tracée, formatée, programmée par l’éducation, le milieu… Difficile d’être « original », « singulier »,« libre ».
L’existence-ciel me fait prendre pleinement conscience que Naissance est miracle et mystère, Mort est mystère et miracle. Boucle spiralée nous incluant dans une histoire, une évolution commune, universelle où la Vie sur terre et dans les univers est possible dans la Joie.
Je me suis remémoré deux poèmes du temps où j’étais au bord de la crise de nerfs, lors d’un stage de théâtre où les corps étaient fortement sollicités et donc nos psychés. La mort physique n’était pas derrière la porte.
Ressenti / ressentiment
Si possible simplement je vais vous dire corps et décors de quelques jours ce que j’ai ressenti sans ressentiment stress et détresses cris et crispations défis et désirs oublis et souvenirs pressions et dépressions caresses et tendresses Mais attention peut-être que je me mens à vouloir mettre à mots nos vies peut-être que je vous mens sous la trop dure pression de la sensation de l’émotion
Au départ un hasard une impulsion une décision en toute ignorance de causes et d’effets J’ai sauté de ma vie qui se mettait en vacances et dans l’intense j’ai sauté Était-ce pour devenir dense ? Je suis entré dans la danse je me suis masqué vous m’avez démasqué je t’ai frôlée tu m’as enrôlé je me suis défoncé tu m’as dénoncé je t’ai impliquée tu t’es appliquée je me suis assumé vous m’avez assommé je me suis déconstruit reconstruit sous les projecteurs brûlants
accablants de vos regards j’en devenais hagard tenté de reprendre le chemin de la gare j’ai résisté je suis resté vous ne m’avez pas ménagé je me suis dépensé tu m’as pansé ça a jailli ça n’est pas venu ça a fusé ça s’est arrêté j’ai voulu te le dire tu ne me l’as pas dit cela nous a bien fait rire nous nous sommes pris la main
Au petit matin nous nous sommes égaré
Deuil / clin d’œil
Nous nous sommes séparés sans avoir réussi à nous apprivoiser Ce que je n’ai pu te dire ce qui aurait dû se dire – mais j’étais paralysé la peur d’être ridiculisé – je te le dis ici sur ce papier pour ne l’avoir pas dit sur le fait Je n’ai pas aimé ton arrivée Pour l’agressivité j’étais prêt Tu me dérangeais Nous nous sommes rencontrés J’étais noué J’ai aimé ta façon de me dénouer Je me suis parlé mis à mots tu t’en es servie pour te jouer de moi À ce jeu tu as vite gagné la partie Je ne savais pas que la moquerie est l’arme de la profonde incursion dans le territoire de l’autre Je me suis dit : Elle n’est pas ce qu’elle paraît cela est attesté par sa voix car j’ai aimé ta voix telle qu’elle est encore sauvage mais de ce stage tu attendais de la dévoyer comme tu l’as fait de ton corps que tu as pris à bras le corps pour en faire ce corps de danse qui prend feu dans tes solos
Alors je me suis dit : Fais une profonde incursion dans son territoire
ce vendredi dis-lui j’aimerais masser ton dos pour parfaire notre duo mais j’avais peur que tu m’envoies paître de ta voix non domestiquée encore que tu nous faisais entendre la nuit à ton insu du creux de tes draps de lit où j’aurais tant voulu faire des folies dans un touchant corps à corps
Sur le plancher par deux fois je me suis approché
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" La Fuite ", de Gao Xingjian, Théâtre du Chêne‑Noir à Avignon
Mais il est sans doute vain de chercher une quelconque cohérence chez " l'Écrivain ", " la Jeune Comédienne " et " l'Étudiant ". Ce sont des types (voire des caricatures). L'écrivain, de fait,...
https://lestroiscoups.fr/la-fuite-de-gao-xingjian-theatre-du-chene-noir-a-avignon/
passage d’âme
Session de passage d’âme
ou libération d’esprit
ou résolution d’âmes-soeurs
ou invitation de passage dans l’au-delà
ou rencontre avec l’autre plan
à Corps Ça Vit, le samedi 24 août, de 18 H 45 à 20 H 45,
avec Hugo, chamane dont la plante-médecine dite encore plante enseignante, est le cacao, qu’il va chercher tous les ans, dans la région du cacao au Brésil, Bahia, auprès de familles locales, le cultivant traditionnellement. Il a 31 ans.
Vendredi 23 août, retour de promenade, vers 18 H, je vois ma voisine installée dans son fauteuil, avec un jeune homme. C’est Hugo, un de ses petits-fils, fils unique de sa fille, V.. Hugo ne vient jamais à Corps Ça Vit. Il vit et travaille en Suisse. Il est là exceptionnellement.
(Lire la suite en ouvrant le fichier joint en PDF)
session de passage d'âme avec Hugo chamane
page instagram d'Hugo Terapias
Spiritisme (Allan Kardec) - Wikipédia
Le spiritisme codifié par Allan Kardec est une philosophie spiritualiste qui apparaît à Paris en 1857 et qui donne naissance à un mouvement socio-culturel en Europe, jusqu'au début du siècle....
pensons aux séances, dessins, rêves de Victor Hugo
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C'est quoi une cérémonie du cacao ? - Linda Bortoletto
Cet article présente l'histoire et les vertus du cacao de cérémonie. Après l'avoir lu, si vous souhaitez faire votre propre cérémonie du cacao, jetez un oeil à cet article .
https://lindabortoletto.com/mon-blog/2022/2/4/la-crmonie-du-cacao
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La conscience intuitive extra-neuronale de Jean-Jacques Charbonier, Au-delà de l'impossible de Didier Van Cauwelaert; sur placebo et nocebo dans le livre de Deepak Chopra et sur l'épigénétique ...
ma séance à Blagnac
travail du cerveau gauche, ritualisation des points à accompagner pour passer du négatif au positif
travail du cerveau gauche, ritualisation 2° séance
travail du cerveau droit, gribouiller, yeux fermés, d'une main, deux mains, avec un, plusieurs crayons de couleur, outil des enfants
Disparaître Alain Cadéo Marina Tsvétaïéva
Les anges disparaissent
Alain Cadéo
Autres Temps, 1998
Imprimé à Gémenos, imprimerie Robert
devenue imprimerie Horizon jusqu’à la liquidation
Je donne ces indications d’imprimeurs parce que Robert (à La Pomme, Marseille puis à Gémenos) et Horizon furent les imprimeurs des Cahiers de l’Égaré de 1988 à 2018 et parce qu’Horizon à Gémenos accueillit Autres Temps dont je rencontrais parfois le directeur, Gérard Blua, quand je me rendais à l’imprimerie pour travailler les maquettes avec Adrienne
(la dernière maquette fut Au bord des falaises ou comment se relever de ses morts, livre pluriel).
Comment parler d’un roman qui a 26 ans, épuisé, qu’on peut se procurer d’occasion, un roman, relu par l’auteur, relevant toutes les coquilles (35 signalées), un roman (ainsi qu’un autre Stanislas) confiés par l’auteur, en fin de vie mais on n’avait aucune idée de l’échéance ?
Je sors groggy de cette lecture.
J’ai lu beaucoup de textes d’Alain Cadéo (romans, théâtre, billets) rencontré vers 2013 grâce à Christian Besson, acteur, metteur en scène.
J’ai fait des notes de lecture. Mais lecteur, j’oublie vite.
J’ai l’impression cependant que ce roman est le plus abrupt, le plus dense, le plus chargé de tous ceux que j’ai lus et en même temps, le plus aérien, le plus aquatile, le plus gymnastique.
Il vient après Le ciel au ventre, 1993. Et j’ai relevé, une fois, p. 198, l’expression J’ai la terre au ventre.
À la suite d’Ugo, d’Ismaïl, de Samuel et de tout un tas d’autres au hasard nécessaire de leurs rencontres, on se retrouve en Ethiopie, au Caire, dans le désert tunisien, au Brésil, en Grèce, en Ardèche. Le centre de ces voyages, c’est Venise. Les voyageurs sont des aristocrates vénitiens déchus, ruinés mais combatifs, redressant leur destin, partant aux quatre coins du monde, brocanteurs, collectionneurs, lecteurs, tous à leur façon, parcourant le monde pour se nettoyer corps, coeur et âme, pour enfin se connaître et disparaître en paix, apaisé, apaisant, harmonieux, harmonisé avec l’harmonie universelle.
La formule socratique de Delphes est Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et des dieux !
Je suis tenté d’écrire disparaître dans le blanc, parce qu’on voit trop la disparition comme disparition dans le noir.
Noir, en-bas, les enfers. Blanc, en-haut, la lumière.
Samuel, le fils d’Ugo, a disparu sur un plateau d’Ardèche où il a acheté une bergerie-forteresse qu’il a retapé et où il menait une vie d’ascète, d’anachorète, après avoir été l’enfant, l’adolescent, le jeune homme rieur, joueur, improvisateur, provocateur avec son jeune frère, Lorenzo et sa demi-soeur, Mariam, fille d’ismaïl, le caravanier, l’ami d’Ugo qu’Ugo a adoptée après la mort de sa mère Jeanne.
Imaginez Samuel se déplaçant des nuits entières avec assurance sur les toits de Venise avec Mariam, surfant avec elle quand les calle, les campi et les plazzas sont inondées par les marées hautes, allant la marier par jeu à Burano, perdant les touristes saccageurs…
Je pense n’avoir jamais lu une description aussi riche, sensible, juste, de cette ville-monde qui se noie irrémédiablement.
Samuel, Ugo, Mariam, Claudio, Andrea et d’autres nous la font découvrir de façon intime, gourmande. Et nous invitent à ne pas y mettre les pieds.
Samuel a laissé des milliers de pages, de livres, de fétiches, d’objets divers et Mariam veut savoir, comprendre cette disparition.
Elle se rend donc dans cette bergerie isolée. Elle va y vivre, entre réalité et rêves, dans une circulation entre ici et ailleurs, entre présent et mémoires, entre souvenirs et souhaits, entre solitude heureuse ou peureuse et rencontres, une mise au clair d’elle-même. En langage d’éveil, on pourrait dire, elle apprend à s’aligner, à devenir cohérente et transparente.
Elle devient à l’image des dauphins sculptés au-dessus de la porte de la casa Delfini, saisis au moment de leur saut, cambrés, hors de l’eau.
Le Traité de dépendance qui commence le roman, écrit par Samuel, livre un homme voulant comme il dit continuer à parcourir ma vie avec un souffle d’animal. Je ne veux pas de l’héritage social. Mon désir serait d’être transparent, sans passé.
Ce souffle d’animal, loup renard, rend possible la disparition de Samuel. Avant cette disparition, il y a eu l’éloignement de Samuel d’avec sa famille, son désinvestissement envers Mariam. Cela n’explique pas, ne permet pas de comprendre.
Cela met en mouvement Mariam.
Pour comprendre, le comprendre, il faut vraiment qu’elle bouffe du Samuel, qu’elle se l’incorpore. Pour en fin de compte, découvrir qu’aucune vie n’a besoin de se justifier, qu’elle a à être vécue par un être fluide, cerf-volant, dauphin, truite ou saumon remontant à la source, en harmonie avec les vents, les courants, les marées, les cycles, les quatre éléments, les quatre couleurs, les quatre saisons, les quatre humeurs.
La variété des registres lexicaux et leur richesse sont stupéfiantes. Alain Cadéo exige de nous de devenir dictionnarien.
On va découvrir la flaconthèque de je ne sais qui, composée des flacons contenant les terres du monde répertoriées sur une tour de 10 mètres. Découvrir la collection de foetus anormaux de je ne sais quel tératologue. Découvrir au deuxième étage d’une casa historique le grand jardin floral intérieur créé et entretenu par un capitaine en retraite de marine marchande, élevant avec ses deux aras, des papillons de collection. Ou encore plus délirant, découvrir la casa de 1000 m2 achetée par un architecte qu’il ne veut absolument pas meubler, pour vivre dans ces espaces vides.
La page finale est un acte de naissance. Mariam a donné naissance à un fils.
Je me dis en achevant cette note qu’Alain Cadéo avait un don intuitif de l’évocation, un sens alchimique de la formulation. Ça nous travaille en marin, en aérien, en terrestre, en puits, sans heurts, avec l’aisance des danses et la fécondité des transes.
À Corps Ça Vit, le 15 août 2024
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Les anges disparaissent - Alain Cadéo
Critiques, citations (3), extraits de Les anges disparaissent de Alain Cadéo. " Nul ne sait à quel point chaque vie est riche. Nul n'imagine à que...
https://www.babelio.com/livres/Cadeo-Les-anges-disparaissent/1189882
Disparaître
Les anges disparaissent Alain Cadéo
La fin de Casanova Marina Tsvétaïéva
Stanislas Alain Cadéo
Après Les Anges disparaissent, 1998, d’Alain. Cadéo, j’ai sorti deux livres, en sentant qu’il allait se passer quelque chose.
La ville-monde de Les Anges disparaissent, c’est Venise et les personnages sont des Vénitiens, aristocrates déchus mais libres.
« Venise a les reflets d’une coquille d’huître et un côté laiteux qui éponge les voix, qui absorbe les pas.
Buveuse de lumière.
Ses palais sont des ogres marins, jambes en pilotis, et leurs portes béantes sur Canal Grande sucent des clapotis d’eau lourde.
Ils avancent sans bruit, escaliers ou mâchoires de pierres en avant.
Derrière leurs portails de fer rouillé il y a des jardins où les magnolias sécrètent des poisons et font des ombres noires.
Et de vieux chats redoutables veillent, couchés sur des lions de marbre. »
Passer de Samuel, Ugo, Vénitiens à Casanova, Vénitien et Bohêmien, semblait aller de soi.
J’ai donc lu La fin de Casanova (Éditions Mesures, 2020, exemplaire 65), pièce en vers, écrite par Marina Tsvétaïéva en 1919, traduite en 2006 par André Markowicz pour Denis Marleau, traduction respectant pour la 1° fois, la rigueur de construction de Marina.
Casanova
Il est sur terre
Une ville miracle - c’est Venise.
Dis ce nom-là, je veux que tu le dises
Là, on dirait
Que l’eau dans les canaux, c’est du mica…
Et, la nuit, de la soie, mais lourde, noire… »
On est le 31 décembre 1799, un peu avant minuit, avant le changement de siècle, 1° janvier 1800. Casanova a décidé, profitant de la confusion de la fête, de disparaître.
Âgé de 75 ans, il ne veut pas participer au siècle qui s’annonce, « image du passé qui regarde l’avenir ».
Mais une très jeune fille (13 ans), Francisca, vient d’entrer dans sa vie - il croit que c’est un rêve - ce soir-là.
Francisca
Quand le soleil s’est couché,
Les gens, ils restent dans l’obscurité -
Tous des idiots; les seuls intelligents,
C’est ceux qui, sans adieu à leurs parents -
Vite, les bottes, puis la cape, et - vite,
À pied ou à cheval, à la poursuite
Du soleil ! Hop !
Vous, à cheval, moi, tout près, à vous suivre,
Avec vos sacs - là, - non, ne craignez rien :
Un croûton de pain sec, un peu d’eau fraîche…
Et vous me souriez - comme ça, tiens !
Et va pour le soleil, va pour la neige,
S’il pleut, qu’il pleuve, et qu’il grêle s’il grêle - …
(Faisant tinter la coupe)
Quels mots, il chante le cristal ?
Casanova
Trop tard… trop tard… trop tard… trop tard…
Francisca
On part… on part… on part… on part…
Maintenant qu’est-ce qu’il vous dit !
Casanova
Je suis… la nuit… je suis… fini…
Francisca
Non « vie » - défi, ravie, envie…
Casanova
Le siècle a une demi-heure à vivre
Et moi, peut-être une heure
Toi, tu n’es rien encore, - oublie ! -
Moi, je suis rien - déjà.
Le siècle part en habits de tempête,
C’est la neige et le vent.
Fin du bal - carnaval ;
Nouveau siècle - nouveau bal…
Comme le saumon remontant à la source, je suis passé à Stanislas, roman d’Alain Cadéo, paru en 1983 soit 15 ans avant Les Anges disparaissent.
Né le 1° janvier 1951, (31 décembre 1950-1° janvier 1951) soit passage d’un demi-siècle, Alain a 32 ans. En 4° de couverture, il est présenté ainsi : il tente, en collaboration avec son frère et un ami, de créer une Fondation autour de la Curiosité et des objets insolites.
« J’ai soixante-quinze ans. (Comme Casanova chez Tsvétaïéva)
Je n’ai mal nulle part.
Je suis maigre et droit et il m’arrive de croire que je suis un dieu oublié, figé dans sa solaire immortalité.
Je lègue mon cadavre à cette pauvre terre. Je n’ai d’autre orgueil que celui qui consiste à imaginer qu’un très bel olivier sortira de mon ventre.
Et mes histoires sont la fête de ma vie. »
On est en Grèce, en Arcadie. Stani monologue. Ce récit, le plus souvent à la 1° personne, parfois à la 3°, quand Stani, le vieux de 75 ans qui va mourir, cette nuit, s’apostrophe, ce récit donc se présente comme un récit de vie, autour des femmes de Stani : Marika, Blandine, Sophie, du grand-père Maurice, de ses enfants Éléonore, Thomas, Cyprien, d’un gamin qu’il a pris en affection, Carmino. Et de quelques autres.
Mais passer, est-ce partir avec des souvenirs ? Partir de là où on a bâti sa vie ?
La maison grecque dans laquelle Stani vit est constituée de 4 chambres en forme de sein, avec dôme et ouverture vers le ciel, formant les 4 coins de la maison avec au centre une grande pièce de vie et dessous une cave à vin, immense. À 50 m., la montagne dans laquelle Stani a sculpté un géant de 7 mètres.
« Tout me manque, rien ne me manque : tout m’atteint, tout me rejoint, rien ne me retient. Un passage, cela n’est qu’un passage. Pourquoi nous faut-il comprendre aussi tard ? Ou pourquoi ne voulons-nous pas le comprendre plus tôt ? »
Stani sort de la maison pour sa dernière nuit, grimpe la montagne, poursuivi par des chimères, des gorgones (des images de vie qui reviennent). Il grimpe difficilement, s’écorchant, « chenille vers transformation », finit par se retrouver au sommet.
« Voilà, je suis seul… J’entends là-bas dévaler mes angoisses, elles sont redescendues… à la maison… la maison éclairée…
« Tu entends Stani ? On joue sur le piano… (un Steinway de concert)
Je suis tellement défiguré, elles ne m’ont pas reconnu.
Je suis maintenant un arraché. J’ai pu m’extraire de ma forme. La montagne est mon corps. Le ciel est mon visage.
« Ouvre la bouche Stani… Laisse rentrer le monde… maintenant… à jamais. »
Je sens les capucines.
(Je signale une ponctuation à la Marina)
L'homme est ce qu'il aime.
S'il aime une pierre il est une pierre,
S'il aime un homme il est un homme,
S'il aime Dieu je n'ose en dire plus
Car si je disais en fait qu'il est Dieu
Peut-être me lapideriez-vous !
Saint Augustin
Continuant à remonter à la source tel le saumon, poisson cher à la mythologie d’Alain Cadéo, je suis allé voir si on trouvait Les voix de brume, son 1° livre paru en 1982 chez J.M. Laffont. Il m’avait parlé de la visite que celui-ci lui avait rendu, deux mois peut-être avant sa disparition, lui renouvelant tout le bien qu’il pensait de cette première oeuvre.
À remonter ainsi, j’ai vraiment le sentiment de variations musicales, poétiques, intuitives (parce qu’expériencielles, sans pensée) à fortes résonances pour certains récepteurs-lecteurs-mastiqueurs, d’un mythe personnel nourri de métaphores obsédantes (le cerf-volant, le saumon…) pour reprendre des mots de Charles Mauron.
Ou avec Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.
À Corps Ça Vit, le 16 août 2024
La fin de Casanova - Espace Go
12 septembre au 7 octobre 2006 Mise en scène Collaboration artistique Pierre Lebeau Gaétan Nadeau Éliane Préfontaine André Markowicz Denis Marleau Martin Émond Daniel Fortin Marc Parent Stép...
https://espacego.com/les-spectacles/2006-2007/la-fin-de-casanova/
Marina Tsvetaïeva par Anouk Grinberg et André Markowicz (France Culture / Festival d'Avignon 2012)
Marina Tsvetaïeva par Anouk Grinberg et André Markowicz (France Culture / Festival d'Avignon 2012). Une génération tragique de poètes russes, enregistré en direct dans la cour du musée Calve...
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les voix de brume precede de isola - Alain Cadéo
Critiques, citations (4), extraits de les voix de brume precede de isola de Alain Cadéo. Isola Au détour de ses ruelles labyrinthiques, dans la tiédeur cr...
https://www.babelio.com/livres/Cadeo-les-voix-de-brume-precede-de-isola/352008
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Disparaître dans le blanc/JCG - Blog de Jean-Claude Grosse
Michel Bories dit Pof, inventeur du Pof Art, consistant à se maculer le plus salement possible puis à s'immaculer dans un linceul blanc, Vénus Africa et Disparition dans le blanc, l'olivier Pof ...
https://les4saisons.over-blog.com/2018/01/disparaitre-dans-le-blanc/jcg.html
lettre à Marguerite Yourcenar
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Marguerite Yourcenar en replay - Les docs de La grande librairie
Marguerite Yourcenar fut une pionnière. Première femme élue à l'Académie française en 1981, première femme dont l'oeuvre est publiée de son vivant dans la pr...
https://www.france.tv/france-5/les-docs-de-la-grande-librairie/7005082-marguerite-yourcenar.html
" Lettre à Marguerite Yourcenar " de Jean-Pierre Castellani / Goodbye Rabelais : figures libres & Yourcenar, Almodovar et Umbral
Lettre à
Marguerite Yourcenar
Jean-Pierre Castellani
Scudo, 2023
La lettre de Jean-Pierre Castellani à Marguerite Yourcenar est la lettre d’un universitaire, fin connaisseur et admiratif de l’oeuvre comme de la personne Marguerite Yourcenar.
Dès son électiion à l’académie française le 6 mars 1980, le professeur est engagé dans une défense-illustration de l’oeuvre de Marguerite Yourcenar, dans des pays comme l’Espagne, l’Argentine, l’Italie où l’écho de cette admission de la 1° femme dans cette institution rencontre des sociétés en pleine mutation, des gens disponibles, prêts à se laisser infuser par les traductions d’Alexis ou le Traité du vain combat, Mémoires d’Hadrien : Espagne de l’après-franquisme, de la movida, Argentine très sensible à tout ce qui vient d’Europe par la médiation de deux soeurs d’exception, Victoria et Silvina Ocampo et du poète aveugle, Jorge Luis Borges, admiré par Marguerite qui lui consacre un essai, Jorge Luis Borges ou le voyant.
Marguerite Yourcenar meurt le 17 décembre 1987.
Jean-Pierre Castellani est vice-président de la SIEY (société internationale des études yourcenariennes), créée en 1987.
Depuis plus de 40 ans, il oeuvre avec passion et érudition, originalité aussi au service de l’oeuvre comme de la femme. (Goodbye Rabelais ! Figures libres & Yourcenar, Almodovvar et Umbral, EST, 2008; Je, Marguerite Yourcenar, d’un « Je » à « L’Autre », EST, 2011).
Cette lettre de 76 pages adressée à une morte rappelle le genre des deux romans déjà cités : Alexis, une lettre en 116 paragraphes, Hadrien.
Nous apprenons plein de choses sur l’écrivain, ses exigences souvent conflictuelles avec Gaston Gallimard ou des metteurs en scène, son indépendance (sa réception en 1981 à l’académie française dans le costume qu’elle a fait réaliser par Yves Saint-Laurent et qui n’est pas un uniforme avec une épée).
On sent bien la bipolarité de Marguerite, sédentaire austère dans l’île des Monts-Déserts, nomade avide de voyages minutieusement préparés par celle qui se considère comme une étudiante perpétuelle, amoureuse du « carambolage des hasards ».
Le récit de la création en 2010 en Argentine d’un spectacle, A Chopin : Alexis o el Tratado del inutile combate, adaptacion musical y literaria basada en el texto de Marguerite Yourcenar, mise en scène Alejandro Maci, interprète de Chopin, Marcela Roggeri, comédien Martin Ubarneja est passionnant (pages 31 à 43).
Cordoba, 30 octobre 2010, Ciudad de las Artes,
Buenos-Aires, 9 novembre 2010, Grand Théâtre Rex dans le cadre des Concertios de Melodia.
D’autres récits sont également passionnants car l’oeuvre de Marguerite Yourcenar a suscité d’étranges et fertiles vocations : l’italienne Claudia Erao avec L’acqua dei diamantei, la sculptrice Elsa Genèse, installée à Boursay et bien sûr, l’inauguration en 1996 de la Villa Marguerite Yourcenar au Mont-Noir (où elle a passé les 10 premiers étés de son enfance avec son père) qu’il ne visite qu’en novembre 2013 et où ont été accueillis des écrivains comme François Cheng, Patrick Deville.
En ce qui concerne la femme, assez peu de choses. Sa correspondance intime (2000 lettres) léguée et conservée à Harvard ne sera accessible qu’en 2057. Je retiens la fin de vie effrénée avec le jeune photographe Jerry Wilson.
Bilan d’une vie : « L’Homme m’a déçu ! ».
À Corps Ça Vit, le 11 août 2024
Marguerite Yourcenar - Wikipédia
Marguerite Yourcenar, pseudonyme de Marguerite Cleenewerck de Crayencour, née le à Bruxelles ( Belgique) et morte le à Bar Harbor dans l'État du Maine ( États-Unis), est une femme de lettres e...
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Conrad de Vietinghoff, le père Baron Conrad Adalbert Egon de Vietinghoff (orthographié aussi Konrad Adelbert). - Né le 29 décembre 1870 à Salisburg, Livonie, aujourd'hui Mazsalaca, dans le ...
https://www.vietinghoff.org/php/chrontab/show_chrontab.php?ct_auto_id=3
sur le père Conrad de Vietinghoff
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Jeanne de Vietinghoff, la mère Jeanne Céline Emma de Vietinghoff, née Bricou - Née le 31 décembre 1875 à Schaerbeck (aujourd'hui un quartier de Bruxelles), Belgique - Décédée le 15 juin 19...
https://www.vietinghoff.org/php/chrontab/show_chrontab.php?ct_auto_id=9
sur la mère Jeanne de Vietinghoff
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Livre : " Lettre à Marguerite Yourcenar " de Jean-Pierre Castellani
Dans ce livre qui vient de sortir chez Scudo éditions (Alata), Jean-Pierre Castellani raconte un compagnonnage de quarante ans avec Marguerite Yourcenar. Sans jamais la rencontrer, ni même l'appeler
QUAND CHOPIN DIALOGUE AVEC YOURCENAR par Jean-Pierre CASTELLANI (Université François Rabelais, Tours)
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Frédéric Chopin - Ballade No. 1 in G minor, Op. 23
Chopin expresa en sus Baladas sus sentimientos patrióticos mas profundos. Schumann relata haber escuchado directamente a Chopin mencionar que la composición de sus baladas surge luego de la lectura
par Marcela Roggeri
Jean-Pierre CASTELLANI, Je, Marguerite Yourcenar. D’un Je à L’autre, Paris, EST-Samuel Tastet, 201
Mont noir - Regarder le film complet | ARTE
Dans son enfance, Marguerite Yourcenar va vivre un triple deuil : celui de la mort de sa mère à sa naissance, de son fidèle chien qui sera abattu et celui de Barbe, sa nourrice adorée qui sera ...
15' Dans son enfance, Marguerite Yourcenar va vivre un triple deuil : celui de la mort de sa mère à sa naissance, de son fidèle chien qui sera abattu et celui de Barbe, sa nourrice adorée qui sera congédiée violemment par son père. La petite fille se construit dans une grande solitude, avec les animaux et la nature pour compagnons.
la mort n'existe pas Stéphane Allix
La mort n’existe pas
Stéphane Allix
Harper Collins, octobre 2023
Stéphane Allix, journaliste de terrain sur zones de guerre ou de trafic de drogue (Afghanistan), voit sa vie, bouleversée, quand en avril 2001, son frère Thomas se tue dans un accident sous ses yeux en Afghanistan. Il a alors 32 ans.
Dans cette enquête sur l’après-mort qui a duré 15 ans et qui est aussi un récit personnel, il s’adresse très souvent à sa fille, Luna, car il se souvient du regard de la petite fille de 3 ans et demi au moment des obsèques. La mort venait de pénétrer dans leurs vies, incompréhensible pour elle, inacceptable pour lui, se sentant coupable d’avoir entrainé ses deux frères dont Thomas dans de telles contrées. Stéphane Allix décida de se coltiner avec les « expériences extraordinaires », à la fois comme journaliste exigeant allant à la rencontre des chercheurs dans ces domaines et comme sujet d’expériences « extrêmes-extraordinaires » (EMI, sorties de corps, lucidité terminale, clairvoyance, médiumnité, VSCD, vision à distance, 5 expériences chamaniques en Amazonie, 9 expériences sous contrôle de voyages sous LSD, création de l’INREES, institut de recherche sur les expériences extraordinaires).
Le récit de ses rencontres avec des scientifiques et le récit de ses expériences sont documentés, sourcés.
On mesure en quoi le monde de la science est polémique, lieu d’affrontements dogmatiques, voire idéologiques.
Par contre, les accompagnants chamanes d’Amazonie comme les thérapeutes accompagnant les voyages psychédéliques sont à la fois compétents et bienveillants.
Ces 370 pages de ce livre au titre coup de poing, en 42 chapitres et un épilogue, se lisent sans difficulté, sont même passionnantes. Elles provoqueront selon les lecteurs et lectrices, des réactions diverses, allant du rejet à des remises en question, voire des cheminements personnels induits par tel ou tel sujet abordé par le journaliste expérimentateur.
Je vais donc évoquer mes réactions de lecteur.
J’avais déjà entendu parler d’EMI par celui qui m’a « initié », mon kiné, moitié mon âge, mais ayant fait une sortie de corps pendant une EMI, s’étant formé à la pratique du qi jong dans un monastère taoïste en Chine, ayant pratiqué le chamanisme et l’ayahuasca en Amazonie… Jean-Yves Leloup a aussi raconté son EMI à Constantinople, son cheminement spirituel avec l’ermite aboyeur du Mont Athos. J’avais découvert l’enseignement et les exercices sur le sentir de Luis Ansa, retranscrits par Robert Eymeri.
Mais disons-le : je ne suis nullement adepte d’expériences « extrêmes » recherchées. Je suis du genre à cheminer lentement, sur place, en ronds légèrement spiralés, petit périmètre, habitudes et rituels quotidiens dont méditation, respir en cohérence cardiaque, gratitude, point sur la journée, voire sur les rêves de la nuit
(cette nuit, du 8 au 9 août, j’ai vécu un grand moment avec Le Clézio en Xavier Dupont de je ne sais quel objet qu’il faisait tournoyer avec dextérité au bout de son bras et moi, en Diogène rieur bouffant à tous les râteliers)…
Donc, quand Stéphane Allix en fin de voyages extraordinaires évoque les bienfaits de la méditation, de cette pratique quotidienne d’apaisement du mental, je me suis dit : merci cher enseignant, praticien récent de méditation par visualisation, ce qui n’est pas mon cas.
Je dirai donc maintenant ce qui m’a le plus accroché.
Lui, Stéphane Allix, était dans la peur de la mort, le refus de la mort de Thomas puis dans celui du père, 11 ans après. Il voulait les retrouver, les rencontrer, savoir comment ça se passe après, comme ils se sentaient…
Moi, depuis que des pas-sages me tombent dessus, je suis dans l’acceptation. Si ça a lieu c’est que (c’est possible), entre parenthèses (tu ne peux rien y changer) donc dire ça va. Titre du dernier spectacle de Cyril, disparu dans un accident à Cuba en 2001, cinq mois après la disparition de Thomas Allix.
Aujourd’hui, je pense que ce qui nous arrive, n’arrive jamais par hasard mais comme épreuve, comme miroir tendu pour y lire qui nous sommes à ce moment et nous inciter à sortir de l’impasse, de la répétition de l’échec, à transformer la souffrance en joie ou l’obstacle en planche à salut ou le ressentiment en remerciement…
La formule « Heureusement qu’on meurt ! » de l’ami Marcel Conche qui a beaucoup réfléchi et écrit sur la mort, me paraissait provocatrice à bon escient. Elle prenait le contre-pied de la pensée dominante, du focus sur la douleur des survivants pour faire focus sur le pas-sage.
J’ai tenté d’entrer en contact avec Cyril et Michel. Par l’intermédiaire d’une médium d'Antibes, j’ai reçu un message dit de l’au-delà.
J’ai fait une séance de trans-communication hypnotique avec le docteur Charbonnier à Blagnac, expérience concluante à mon avis mais que je n’ai pas renouvelée. Je n’ai pas le besoin de rencontrer « mes » disparus. Je sais qu’ils « voyagent ». Nous leur avons toujours souhaité bon voyage, nous leur avons dit ce que nous estimions devoir leur dire et en particulier qu’ils pouvaient partir tranquilles, que nous saurions « gérer » nos vies.
J’ai également fait deux séances de recherche d’entités qui me semblent avoir été aussi concluantes, dans le cadre de ce qu’on appelle recherches paranormales (protocoles très élaborés). Une vidéo est disponible dans un espace privé sur FB : cabinet de recherches et d'études des phénomènes paranormaux, animé par Viviane Lombardo.
En fait, par ce que j’appelle travail d’épitaphier, je tente de fabriquer la légende des disparus (tout récit est légende), pour que nous ayons un récit de leur vie, de leur cheminement, de leurs réalisations.
Fait pour Cyril, pour Michel.
Fait pour mon père, ma mère.
Pour Annie.
En cours pour Vitya.
Hors famille,
l'hommage pluriel à Marcel Conche, décédé le 27 février 2022,
l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Jean-Loup Fontaine,
l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Lucien Forno.
En cours, livre-hommage à Alain Cadéo.
À venir roman posthume de Frank Cassenti.
Notre fille Katia me semble engagé dans un travail artistique au long cours du genre épitaphier, depuis le départ de Cyril et Michel, en septembre 2001, avec ses spectacles Mon pays c'est la vie 2004, Rien ne sera plus jamais comme avant 2007, On ira voir la mer 2010, Nous serons vieux aussi 2012, En attendant je pleure, Et puis après, j’ai souri.
Moi, c’est avec le départ d’Annie en novembre 2010 que j’ai réellement été mis en mouvement, à partir de ses deux questions : « je sais que je vais passer, où vais-je passer ? » « Il y a un morceau de S. Qui se balade dans mon corps. »
Ce qui me semble important maintenant, c’est quelle est notre responsabilité vis à vis des disparus ?
Élémentaire mon cher Watson.
Demander pardon pour le mal fait aux disparus (trop de violences sexuelles, secrets de famille). Remercier pour avoir su aussi leur faire du bien, les avoir aimés, même mal.
Remercier les disparus pour l’amour dispensé. Pardonner pour le mal qu’ils ont pu nous faire (trop de violences sexuelles ; Stéphane Allix à l’occasion d’un de ses voyages sous LSD fait remonter les viols dont il a été victime enfant et dont il n’avait aucun souvenir, amnésie traumatique. Nos âmes oubliées, Stéphane Allix, 2021; même amnésie traumatique d’un inceste d’origine maternel chez un ami).
Pas évident mon cher Sherlock.
Quelle est la responsabilité des disparus vis à vis de ceux qui sont encore incarnés ?
Faire entendre la « voix qui ne parle pas » de l’âme éternelle.
Pour l’entendre, travailler l’intuition qui était l’outil préconisé par Descartes (avec le doute) et par Bergson. Le livre d’Alexis Champion Développez votre intuition (2018) sera sans doute sous le buisson de Noël 2024
« Heureusement qu’on meurt ! » a dit Marcel Conche.
Comment je comprends aujourd’hui cette formule ?
J’emploie deux mots pour saisir un peu, début et fin de vie.
Naître comme miracle et mystère. Mourir comme mystère et miracle.
Ce dont Stéphane Allix s’est convaincu par 15 années d’enquêtes scientifiques et d’expériences personnelles, c’est que mourir, c’est
quitter le monde du mental, de l’ego, qui se vit sur le mode survie, le mode adaptation, le mode par défaut, médiation piégée par le langage, répétition de schèmes et schémas archaïques, inconscients, d’où le réductionnisme des neurosciences, incapables de « penser » les anomalies
passer dans le monde de la conscience non locale, sans espace ni temps, sans séparations, individuations, conscience éternelle, vivant simultanément des vies différentes (des films différents); la conscience non locale, l’âme, est communication sans médiation, immédiate, intuitive avec tout ce qui existe d’où chez les Grecs, l’importance des mystères d’Eleusis auxquels Socrate, Platon, Plutarque ont été initiés. (Le secret de Socrate pour changer la vie, François Roustang, 2011, Les cultes à mystères dans l’antiquité, Walter Burckert, 2003)
Ce pas-sage est à accompagner par ceux qui restent parce qu’abandonner l’illusion que constitue notre corps, notre personnalité ne s’effectue pas dès l’instant du pas-sage comme si on gommait ce qu’on a cru être mais à quoi on reste très attaché.
« Quand le cerveau s’arrête, on se réveille. »
« Heureusement qu’on meurt ! »
Pendant toute la vie, le cerveau ressasse, c’est le tourniquet mental. La conscience n’est pas réductible à l’activité cérébrale.
Mourir, c’est se réveiller à la conscience du continuum que constitue la Vie et de la puissance créatrice qui l’anime, l’Amour.
Pour rappel, cette phrase de Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie, (Éditions Mesures, 2023) consacré à Maximilian Volochine, l’initié : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Exprimée à ma façon :
Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.
Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. La mort n’existe pas.
À Corps Ça Vit, le 9 août 2024
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Tout ce qu'on sait sur la mort - Dialogue avec Stéphane Allix
Je reçois Stéphane Allix pour son nouveau livre, La mort n'existe pas. Son livre : https://www.harpercollins.fr/products/la-mort-nexiste-pas-1 Mots clé : 15 ans d'enquête sur l'après-vie pour ...
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Audioblog | En attendant je pleure
L'ENSEMBLE À NOUVEAU présente un projet de Katia PONOMAREVA, écrit en collaboration avec François COTTRELLE. Interprétation : Katia PONOMAREVA Création Sonore et Musicale : Didier DUCROCQ Éc...
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Les cellules buissonnières Lise Barnéoud
de livre en livre, de phrases en phrases même, bonds et rebonds pour fabriquer, affiner son discours personnel créant son réel
Les cellules buissonnières
Lise Barnéoud
PP, juillet 2023
J’avais découvert le microchimérisme foetal-maternel, un peu par hasard, m’interrogeant sur une remarque faite par l’épousée lors de son entrée à l’hôpital, le 29 octobre 2010, vers 21 H, pendant ce qui s’est révélé être son testament oral. « il faut que je te dise : il y a un morceau de Sylvain qui se balade quelque part dans mon corps. »
Il y avait d’abord eu : « je sais que je vais passer. Où vais-je passer ? »
Cette question m’a mise en mouvement et m’agit encore 14 ans après puisqu’on tombe sur cette évidence que le passé passe mais ne s’efface pas. Où passe donc le passé qui ne s’efface pas ? Ce que j’ai désigné par notre livre d’éternité et la bibliothèque de nos livres d’éternité.
Ce n’est que vers 2021 que je me suis coltiné progressivement au morceau de Sylvain. J’avais répondu en lacanien faisant son lacon : si tu entends, « Sylvain », il ne devait pas venir.
Et ce fut K. Jusqu’à ce que M. me dise : mais ils étaient peut-être deux, votre femme portait peut-être des jumeaux.
De voir surgir autre chose que son désir d’avoir un garçon, de voir surgir un jumeau possible, ce fut bouleversant.
Questions : qu’est devenu ce jumeau ? Évanescent ? Évacué par fausse couche sans s’en rendre compte ? Fusionné avec K. ? Bouffé, étranglé par K. ?
J’ai été tenté d’écrire une légende des jumeaux puis j’ai compris que c’était charger la valise déjà très chargée de K. J’y ai donc renoncé mais le sujet m’avait happé.
Sous le sapin de Noël 2023, R. piocha un livre dont une amie I. m’avait signalé la sortie : Les cellules buissonnières via un article de Libération (intégralement reproduit plus bas). J’avais déjà écouté la série scientifique en une dizaine d’épisodes in utero peut-être sur France-Inter et trouvé un article documenté sur le microchimérisme.
Je m’étais servi de ce nouveau domaine de recherche pour contester un spectacle vu à Toulon, texte de Catherine Verlaguet, Le processus, sur une adolescente qui finit par décider d’avorter, d’interrompre le processus, un jour avant que l’embryon ne soit vivant, viable, 10 semaines je crois.
La lecture du livre très bien documenté de Lise Barnéoud m’a passionné et interpellé.
Passionné
parce qu’on fait le tour d’un domaine de recherche vraiment très récent, ne dégageant des fonds de recherche qu’après de dures batailles contre des dogmes « scientifiques », l’ADN comme signature spécifique à chacun, le placenta comme barrière-frontière infranchissable, le système immunitaire comme défense d’un « moi » contre tout ce qui lui est étranger…
parce qu’une fois levés les bâtons mis dans les roues par les pontes masculins de la génétique, les chercheurs de ce nouveau domaine se divisent en intuitifs de génie comme le précurseur, Georg Schmor (1893), ou comme Thomas Starlz (1972) et en contre-intuitifs travaillant d’abord sur ce qui serait négatif, hostile dans les phénomènes observés comme Diana Bianchi ou Lee Nelson, avant qu’elles n’acceptent de revoir leur préjugé.
Je vous laisse découvrir les perspectives ouvertes par ce qui porte le nom de chimére. Le mot chimère renvoie à 4 significations. Dans sa signification médicale, le mot chimère a été employé pour la 1° fois dans un article A human blood-Group Chimera du docteur Robert Race, publié par The British Médical en juillet 1953. Parce qu’avec ce mot, « ça faisait un bon titre a t-il raconté et parce que ça reflétait bien ce qu’il y avait d’incongru dans la juxtaposition chimérique », en l’occurrence pour Mme Mc K., jeune femme de 28 ans, pourvue d’ « un quota suffisant de courbes et de bosses pour attirer et épouser un conjoint » d’avoir un sang du groupe O et du groupe A en même temps. (P.65)
Interpellé
parce que Lisa Barnéoud est amené à dire « nous avons tendance à rechercher dans la science des justifications de nos visions du monde « p.162, « les discours de la science servent souvent à renforcer les stéréotypes sociaux et culturels dominants, les faisant apparaître naturels » p.164. Voilà qui conforte une conviction que j’ai acquise, il y a quelque temps quand j’ai posé que le réel, ce que j’appelle le réel est fabriqué par le discours que je tiens.
Discours noir, réel noir. Discours rose, réel rose.
Tu veux changer le réel, change tes mots.
Mais comme ça semble vraiment gonflé de poser cette puissance créatrice des mots de notre discours, on va chercher dans la science des justifications, des « preuves ». La physique quantique et la cosmologie sont particulièrement sollicitées par tous les éveillés, les woke.
Ayant constaté cela, sachant d’autre part que la recherche scientifique, surtout concernant le vivant, c’est dans l’objectif d’agir, plus que de connaître, d’agir, y compris en méconnaissance des effets primaires, secondaires et pervers des greffes, des vaccins (à ARN messager, les deux Nobel de cette technique me semblent des apprentis-sorciers), des transfusions sanguines (affaire du sang contaminé), des fausses couches, des avortements, des césariennes, des fécondations in vitro, des tests prénataux (marché estimé à 3-4 milliards de dollars en 2020), des médicaments (thalidomide, médiator), des amniocentèses… d’où les dépôts de brevets de ces chercheurs micro-chimériques (on voit les labos derrière et devant, devant parce que les chercheurs visent à les intéresser, derrière dès que c’est intéressant financièrement),
j’ai fini par poser que la science est idéologique comme toute construction humaine, que je n’ai pas à en attendre des « preuves », que j’ai à m’en méfier, voire à la combattre (l’I.A sans doute, la vaccination Covid 19), que je dois faire choix du discours que je veux tenir, discours ultra-minoritaire puisque singulier.
C’est ainsi que j’ai renoncé à des constructions-conceptions encore très dominantes aujourd’hui : la mort comme anéantissement, le déterminisme, le darwinisme, le matérialisme, le marxisme, l’athéisme, la lutte des classes, la démocratie représentative comme modèle, la culture comme facteur d'émancipation, l’art comme création-fabrication du nouveau…
J’ai trouvé dans le livre de Lise Barnéoud, des pistes allant dans le sens de ce que je pose aujourd’hui comme réel.
Mais le microchimérisme accède à l’éternité par le biais des cellules d’origine foetale, des cellules d’origine maternelle, dont certaines sont des cellules-souches, cellules buissonnières, nomades, trans-frontalières, engendrant des générations de nouvelles cellules,
brouillant la notion d’hérédité parents-enfants, puisqu’une hérédité à l’envers s’observe, les femmes pouvant hériter des gènes de leur progéniture, que même une hérédité horizontale existe avec les 10 à 30% de grossesses uniques démarrant pourtant avec deux embryons, dont un évanescent, fantôme ou deux fusionnant,
brouillant la distinction entre le soi et le non-soi puisque
avec le microbiote, notre 2° cerveau, nous savons maintenant que nous sommes colonisés par des milliards de bactéries, mille fois plus vieilles que nous,
avec l’épigénétique, nous savons que l’environnement (lieu de vie, climat, cadre, conditions d’existence), l’hygiène de vie (habitudes, activités physiques et créatrices), la méditation sont décisifs pour le ralentissement du vieillissement et que le microchimérisme révèle que nous sommes des assemblages hétéroclites, des holobiontes…
Aujourd’hui je n’ai pas besoin de ces « preuves » pour choisir « mon » discours.
Mais ce livre se révèle être un moment d’un cheminement comme si de livre en livre, de bonds en rebonds, s’affinait mon discours.
Le maillon Maximilian Volochine est important : Max, le poète, avait proposé entre 1911 et 1917, à Marina Tsvétaïéva d’écrire comme Marina mais aussi pour ses poèmes russes par un homme inventé, nommé Pétoukhov, qu’elle finirait par haïr et, pour ses poèmes romantiques par des jumeaux inventés, une femme et un homme, les Krioukov.
Proposition inouïe qui va bien au-delà de l’utilisation d’hétéronymes. S’inventer des jumeaux…
Marina, par orgueil, voulant signer Tsvétaïéva, tout ce qu’elle écrivait, refusa cette proposition.
Aveu de 1932 :
« C’est vrai que Pétoukhov aurait été un bon poète. Quant aux jumeaux, je les pleure jusqu’à ce jour. »
Je pense que la phrase de Marina Tsvétaïéva dans son récit De vie à vie, consacré à Maximilian Volochine, « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. » est particulièrement éblouissante, ouvre le champ des possibles.
Exprimée à ma façon : Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.
Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. Même plus besoin de passer par les nombres univers comme j’y ai été amené à un certain moment pour éviter l’usage de la physique quantique et des poussières d’étoiles de Carl Sagan et Hubert Reeves.
Ma métamorphose remonte à 2020. Du naturalisme métaphysique de Marcel Conche à un cheminement d’attention au miracle mystère de la naissance et au mystère miracle de la mort.
Exit, le recours aux explications scientifiques, aux constructions et déconstructions idéologiques. C’est la guerre sans fin des récits.
Je n’ai plus aucun intérêt pour le cirque politique, le cirque médiatique, le cirque sportif, le cirque olympique, j’en ai assez des bruits du monde. Je ne réclamerai jamais la censure de qui que ce soit, de quelque débat que ce soit. Mais je n’ai plus envie de dépenser de l’énergie à tenter de construire une vérité même complexe sur ce qui se produit dans le monde et n’ai nulle envie d’user de mon imagination pour, par des romans, tenter de cerner des personnages publics, célèbres, riches, menteurs, voyous, cyniques…
J’en suis à me demander avec plein de doutes, d‘hésitations quels mots, quels verbes plutôt, vais-je employer pour vivre la Vie dans l’émerveillement, l’enthousiasme, la joie, la gratitude, l’empathie, la compassion. Selon l’inouïe proposition de Jésus « aimez vos ennemis comme vous-mêmes »
En tentant les verbes, ça pourrait donner s’émerveiller des détails de la vie, s’enthousiasmer des imprévus et surprises offerts par la vie, joier-jouir de jour comme de nuit, en veilleur ou-et dormeur, de tous les incidents, accidents, instants, moments, éclats visuels, auditifs, gustatifs, olfactifs, tactiles, de tous les échanges par inspir-expir…
Il est des livres qui bouleversent notre vision du monde.
par Olivier Monod
Dans les Cellules buissonnières (Premier Parallèle, 2023), la journaliste scientifique Lise Barnéoud relate des cas scientifiques extrêmes qui nous permettent de mieux comprendre la composition de nos propres corps. Comme celui de l’Américaine Karen Keegan, mère de trois enfants, qui s’est vu dire par les médecins : «Deux de vos fils ne correspondent pas à votre ADN.» Une découverte fortuite alors que ceux-ci passaient des examens de compatibilité avec leur mère en vue de lui donner un rein. Idem pour Lydia Fairchild, dont les tests de maternité nécessaires à l’obtention d’une aide sociale aux Etats-Unis révèlent que, d’un point de vue génétique, elle n’est pas la mère de ses deux enfants.
Le livre de Lise Barnéoud est une plongée dans ces résultats scientifiques des plus troublants connus sous le nom de «microchimérisme». Comme la créature mythologique mi-chèvre mi-lion à queue de serpent, beaucoup d’entre nous (tous ?) sont constitués de plusieurs populations de cellules ne contenant pas le même génome. «L’équation maintes fois apprise "1 individu = 1 génome" ne couvre pas toutes les réalités», déconstruit la journaliste scientifique. Mais d’où proviennent ces cellules autres ? Une première piste nécessite de décortiquer les mécanismes de la grossesse et de se pencher sur la notion de «jumeau évanescent».
LA «REINE DES PREUVES»
Tous les embryons ne vont pas au bout de leur développement. Quand une grossesse commence avec deux fœtus mais qu’un seul arrive à son terme, on appelle l’autre un «jumeau évanescent». Ce cas toucherait 10 % à 30 % des naissances uniques. Une trace de ce frère ou de cette sœur jamais né(e) peut perdurer dans le corps de son jumeau avec lequel il a partagé quelques jours le même utérus. Ses cellules ont pu s’insérer dans l’être en formation à côté de lui, allant jusqu’à devenir des constituantes à part entière de certains de ses organes. Dans le cas de Karen Keegan, les médecins pensent même que les deux fœtus ont fusionné. Concrètement, certains de ses ovules contiennent les informations génétiques de Karen et d’autres celles de sa sœur qui n’est jamais née. Cette affaire donne son sous-titre au livre de Lise Barnéoud : L’enfant dont la mère n’était pas née et autres folles histoires du microchimérisme. Le cas de Karen Keegan, décrit dans un article scientifique, a sauvé Lydia Fairchild face à l’administration américaine. En découvrant cette folle histoire, l’avocat de cette dernière lui propose de faire un frottis du col de l’utérus. Bingo, certaines cellules récoltées sont compatibles avec l’ADN de ses enfants. Lydia a bien porté ses enfants, même si elle est génétiquement leur tante. De quoi se faire des nœuds à l’arbre généalogique.
Le microchimérisme n’a pas que des conséquences sur la parentalité. Dans les affaires criminelles, il peut également remettre en cause la «reine des preuves», à savoir l’ADN. Lise Barnéoud raconte ainsi comment, en 2004, la police scientifique de l’Alaska identifie le sperme présent sur une scène de crime comme étant celui d’un individu déjà en prison. L’homme avait des cellules séminales identiques à celles de son frère. Pas de jumeau évanescent dans ce cas précis : le mécanisme de transmission est une greffe de moelle osseuse entre les frangins. La littérature scientifique fleurit de cas similaires où les cellules du donneur sortent de l’organe greffé pour se balader dans le corps du receveur et parfois s’insérer dans d’autres organes sans en altérer le fonctionnement. «Je est un autre», écrivait Rimbaud.
Le microchimérisme bouleverse également les croyances scientifiques. Le dogme dominant pour expliquer le fonctionnement du système immunitaire repose sur la capacité des défenses du corps à distinguer le soi - les cellules du corps qu’il ne faut pas tuer - du non-soi - les cellules étrangères à dézinguer. Cette théorie avait, certes, déjà été fragilisée par la découverte du microbiote, cette flopée de bactéries qui vivent sur la peau ou dans les intestins, essentielles au bon fonctionnement du corps humain. Mais voilà qu’on découvre aussi que certaines parties de notre corps peuvent être constituées de deux populations cellulaires génétiquement distinctes. L’immunité de l’organisme est donc une relation de coopération entre nos cellules, celles dites microchimériques et les micro-organismes.
À TRAVERS LE PLACENTA
La principale source de microchimérisme reste la grossesse. En témoigne la première référence au microchimérisme trouvée par Lise Barnéoud, qui remonte à 1893, quand un médecin allemand trouve des cellules du placenta dans les poumons de femmes mortes en couches. Mais la grossesse est encore insuffisamment explorée par la science moderne. «Quand je voyais écrit, il y a quelques années, dans les manuels de biologie de ma fille, que le placenta ne laissait pas passer les cellules, je n’en revenais pas»,se désole Nathalie Lambert, chercheuse à l’Inserm et spécialiste du microchimérisme, invitée à la présentation du livre à Paris le 21 septembre. Car les échanges entre un fœtus et sa mère vont bien au-delà de quelques nutriments, de l’oxygène et des défenses immunitaires. Le placenta laisse aussi passer des cellules. Ce transit à travers le placenta est même probablement l’une des conditions de réussite de la grossesse. En effet, les cellules de l’embryon se rendent en priorité dans le thymus de la femme enceinte pour inciter le système immunitaire à accepter la présence du fœtus dans son organisme. «Elles s’assurent que l’embryon reçoive le gîte et le couvert», résume Lise Barnéoud.
Si les cellules passent dans un sens, elles peuvent donc passer dans l’autre. Ainsi, la mère donne à son fœtus ses propres cellules et, potentiellement, celles des embryons qu’elle a déjà portés, voire celles de sa propre mère qui peuvent encore être présentes dans son organisme. Dans une étude publiée en 2021 dans la revue The Lancet, Nathalie Lambert a découvert des cellules microchimériques de leur grand-mère dans le sang de cordon de cinq bébés sur 28.
LES CINQ GOMMETTES
Quand elle présente son livre à la presse, Lise Barnéoud propose à chacun de coller une gommette sur son épaule pour chaque voie de transmission prouvée de cellules microchimériques qui nous concerne. Une gommette pour sa mère, une pour sa grand-mère. Une gommette pour chaque grossesse de sa propre mère avant sa naissance. Une gommette si on a subi une transplantation solide ou une greffe de moëlle osseuse. Enfin, pour les femmes, une gommette pour chaque grossesse menée à terme ou non. On a fini avec cinq gommettes sur l’épaule. De quoi sérieusement revisiter le concept de sa propre identité.
Malgré l’importance conceptuelle de ce phénomène, il reste peu étudié avant les années 90. «Nous manquons encore beaucoup d’informations de base sur ces sujets. Comme nous avions du mal à démontrer une application possible, nous n’avions pas suffisamment de financement»,regrette J. Lee Nelson, chercheuse américaine retraitée de l’institut Fred-Hutchinson de Seattle, également là à la présentation du livre à Paris et grande spécialiste du sujet.
Néanmoins, les résultats récents étayent le rôle de ces cellules dans nos corps et relancent l’intérêt des financeurs. Alors, que font-elles, ces cellules porteuses d’un ADN différent mais qui nous constituent ? Est-il dangereux d’être «multi-génétique» ? C’est que ces cellules peuvent se retrouver dans n’importe quel organe.
Dans un article publié dans la revue PlosOneen 2012, J. Lee Nelson trouvait des neurones masculins (contenant des chromosomes XY) dans le cerveau de 37 femmes sur 59 autopsiées. Certains chercheurs pensent même qu’elles peuvent se transmettre par le sperme. «La chanson Can’t Get You Out of My Head [«je ne peux pas te sortir de ma tête», ndlr] n’a jamais semblé aussi juste», se marre aujourd’hui J. Lee Nelson. Les cellules microchimériques peuvent avoir un impact positif ou négatif en fonction des cas, comme souvent en biologie. Lise Barnéoud raconte ces femmes greffées d’un rein qui déclenchent un cancer des années après leur opération. Surprise, leurs cellules cancéreuses sont toutes mâles, donc issues de l’organe greffé. Le microchimérisme pourrait aussi jouer un rôle dans le développement de certaines maladies auto-immunes, dont les trois quarts des victimes sont des femmes, souvent de plus de 45 ans. Enfin, dans les cas de jumeaux évanescents de sexes différents, si des cellules mâles et femelles se côtoient dans le même appareil génital, cela peut donner lieu à des malformations. Comme cette petite Américaine opérée en 1962 et qui présentait du tissu ovarien d’un côté et du tissu testiculaire de l’autre…
LE CÔTÉ OBSCUR
Au début de ses recherches, dans les années 90, J. Lee Nelson a par ailleurs démontré qu’on avait plus de chances de trouver des cellules mâles dans le sang des femmes atteintes de sclérodermie, une maladie auto-immune, que dans le sang de femmes en bonne santé. Voilà pour le côté obscur. Car «ce n’est pas parce qu’on voit des pompiers à chaque fois qu’il y a un incendie, qu’il faut en conclure qu’ils causent l’incendie», temporise Lise Barnéoud.
J. Lee Nelson a d’ailleurs «toujours cru que les bons côtés l’emportaient sur les moins bons». Des études épidémiologiques laissent ainsi penser que les femmes qui ont des cellules mâles dans le sang ont moins de risques de développer certains cancers (sein, ovaires et cerveau). Elles auraient un effet protecteur, donc. De quoi pousser des scientifiques à plancher sur leur effet curatif éventuel. Selim Aractingi, chercheur à l’hôpital Cochin à Paris, obtient des résultats positifs en utilisant ces cellules pour guérir des plaies cutanées et même réparer les tissus après des accidents cérébraux chez la souris. Il espère pouvoir utiliser chez l’humain le potentiel thérapeutique de ces cellules attirées par les zones blessées et capables de s’insérer dans un organe tout en garantissant son fonctionnement. D’autres résultats tendent à prouver que les cellules microchimériques de la mère «éduquent» le système immunitaire de l’enfant. Dernier espoir évident : la possibilité d’augmenter la tolérance des greffes. Mais ce n’est pas pour toute de suite.
Lise Barnéoud Les cellules buissonnières Premier Parallèle, 208 pp., 19 €
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Pour résumer ma position aujourd’hui
Naissance = miracle et mystère
Mort = mystère et miracle
(miracle = heureusement qu'on meurt, dixit Marcel Conche)
Ces deux mots, selon moi, n'ont pas à être élucidés, conceptualisés (tentation humaine)
mais doivent induire des attitudes
Le savoir sert à confirmer l’impossibilité de savoir
mais sert aux pouvoirs
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La vie ? processus ? mystère ? - Blog de Jean-Claude Grosse
hier après-midi et soirée, 21 février 2024, goûter de retrouvailles à 7, 3 comédiennes, la cinquantaine passée, 2 techniciens du spectacle, même génération, une jeune fille et un pépé, ...
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In utero : podcast et émission en replay | France Inter
Tout commence là. Nous venons tous de là. C'est là que nous sommes nés. Nous avons tous été une cellule, puis deux, quatre, huit, puis des millions de milliards de cellules. Nous avons tous ...
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De vie à vie Marina Tsvétaïéva - Blog de Jean-Claude Grosse
De vie à vie / Maximilian Volochine / maison des Volochine (mère et fils) à Koktébel, Crimée De vie à vie Marina Tsvétaïéva (traduction André Markowicz) Éditions Mesures De vie à vie (l...
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un récit essentiel existence-ciel, jalon de mon cheminement
Ombres de Chine / André Markowicz
Ombres de Chine
André Markowicz
Inculte, 2018
Ombres de Chine est une expérience poétique et de traduction unique en son genre. André Markowicz s’est lancé dans une entreprise aussi folle qu’ambitieuse : offrir au public quatre cents poèmes chinois de l’époque Tang (qui court entre les VIIe et IXe siècles) sans pour autant avoir connaissance de la langue chinoise.
« J’ai décidé de m’en approcher par le seul moyen que j’avais : non pas apprendre le chinois – ce qui m’aurait demandé vingt ans pour n’ajouter, dans le meilleur des cas, qu’une interprétation aux dizaines d’interprétations déjà existantes et dues, elles, à des érudits prodigieux – mais, à partir de toutes ces interprétations, des mots-à-mots les plus divers et des autres traductions, dans toutes les langues que je suis capable de lire (le russe, l’anglais, l’italien, l’espagnol en outre du français), d’essayer d’approcher ce continent flottant. Ce continent d’ombres, grandioses et fluctuantes qu’est, pour celui qui s’en approche comme moi, candidement, la poésie chinoise. »
« Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas la culture chinoise… » ainsi commence André Markowicz. Et plus loin : « le chinois de la période Tang (7°-9° siècle après J.-C.) ne distingue pas le singulier du pluriel, ne marque aucune modalité : infinitif, indicatif, subjonctif, conditionnel se fondent dans la même forme. Il ignore le pronom personnel ou l’utilise rarement. Il faut donc deviner si l’auteur dit - je suis allé - ou - elles iront -. Si le flou règne sur la personne, le lieu et le temps, il n’y a pas de communication possible, il y a juste des formes énigmatiques flottant dans la brume… Comment traduire les images, les allusions, les connotations innombrables ? Comment rendre compte de ces passages constants du mythe à l’Histoire et de l’Histoire au présent, un présent qui n’est lui-même qu’en tant qu’il est un retour à la fois provisoire et constant… »
Je ne lis pas le chinois, je ne suis jamais allé en Chine, je ne connais pour ainsi dire pas l’histoire de ce pays, un peu ses sages, Confucius, Lao Tseu (dont l’ami Marcel Conche a traduit et commenté le Tao, traduction et commentaires retraduits en chinois par des Chinois)
J’ai passé une semaine sur ces Ombres de Chine, 440 poèmes de 12 poètes de 4 périodes + le 441° poème, 640 pages.
Le travail d’André Markowicz me semble remarquable.
Les notices de présentation des 12 + 1 poètes sont des mises en alerte ou en orbite. Les notes, nécessaires, en bas de page, servent juste à situer dans le temps (historique, mythologique), dans l’espace (géographique, mythique), certaines expressions pouvant paraître anodines (lues en lecteur occidental ignare) mais allusives (lues en lettré chinois averti). Et comme, on retrouve les mêmes notes, pas nombreuses, un certain nombre de fois, on finit par se baigner dans deux mille ans d’Histoire, voler vers l’île des immortels…
Mes soirées, matinées, après-midi de lecture ont été studieuses (soulignées), denses, douloureuses.
Deux mille ans d’empires chinois, de dynasties impériales, de guerres aux frontières, de guerres civiles, de massacres, de cruautés sans nom et sans nombre, de corruption massive, de complots, d’assassinats, de suicides, d’empoisonnements, de révoltes, de bonnes gouvernances suivies de mauvais gouverneurs, de bureaucratie juste suivie de bureaucratie dysfonctionnelle…
Et de se dire : Ça continue, Chine de la révolution nationaliste, Chine des révolutions « communistes »
Et de se dire : Ça semble partout pareil, Russie des tsars, URSS de Staline, Russie de Poutine.
Iran du shah, Iran des ayatollahs
France des rois, France des empereurs, France des républiques, France des révolutions.
L’apogée et la ruine se succèdent
Au rythme du soleil et de la lune
Les changements ne laissent pas de trace
Qui peut savoir quand ils ont commencé ?
Vainement incertain mille ans plus tard
Tourné vers le passé un voyageur (Po Chü-I)
Mes nuits furent sous couleurs chinoises : bleu-vert (non distingués par le chinois de l’époque), jaune, rouge
Nuits méditatives : à quoi bon Confucius, Lao-Tseu si, si peu d’hommes et de femmes tentent la Voie ?
Nuits avec méditations sur les rêves
La division entre le corps et l’âme
Tient dans la double perception du temps :
Le temps précisément compté en selle
L’aventure sans borne dans le rêve.
Certes - les philosophes disent vrai
Une seconde - pour le rêve un siècle. (Po Chü-I)
Avec rêves rêvés
(j’ai eu le « même » rapport sexuel - rêve de rapport sexuel ? - avec l’impératrice Wu Zetian que celui de centaines d’autres obtenant audience et faveur; cette impératrice, je l’avais repérée à partir d’une gravure « érotique » il y a plusieurs années)
1- Tchouang-tseu fut-il un homme rêvant d’un papillon
Ou bien un papillon qui a rêvé d’un homme ? (Claude Roy)
2 - Dans son rêve Maître Zhuang s’est cru papillon (Yves Hervouet)
3 - Tchouang-tseu s’éveille à l’aube de son rêve
Il a pris l’illusion du papillon (André Markowicz)
Trois versions du « même » rêve de La cithare de brocart de Li Shang-Yin
Et de voir le « même » parcours que la plupart de ces 13 poètes, tous passant avec succès ou non, le concours du jinshi, pour devenir poète officiel, fonctionnaire, tous cherchant à se faire reconnaître, naviguant entre fidélité à soi et compromission, presque tous connaissant des revers de fortune, disgrâces après honneurs, bannissement et exil, certains choisissant le retrait…
Dans ce monde la gloire et la disgrâce
Sortent du même sac à l’aveuglette. (Po Chü-I)
Autrement dit, faire au XX° siècle, en France, comme ces poètes d’il y a 1200 ans, en Chine, « choisir » des carrières assurant la sécurité au fonctionnaire et le loisir au poète.
Puis retraite venue - 1998 -, donc ayant vécu les âges de la vie
Jeune - arpenter les terres de Shu
Les cheveux gris - se tourner vers Chang An
Indigne serviteur du roi de Chu
Mangeant pour rien le riz du roi de Han (Lu Zhaolin),
entre beaucoup de conformisme et peu d’originalité, au XXI° siècle, aller paisiblement si possible vers l’effacement, même pas avec le souci d’une oeuvre, mais des flow d’écritures comme amers pour un chemin de vie
qui est comme sillages sur la mer (Machado)
traces d’oiseaux laissées dans le ciel vide (Po Chü-I)
Se rendre sourd aux bruits du monde parce que le monde ira là où il ira (ni pronostic ni diagnostic, ni catastrophisme ni utopisme, ni apocalypse ni miracle)
J’ai oublié complètement le monde
Le monde aussi m’oublie complètement
Si bien que les nouvelles qui m’arrivent
C’est comme si elles ne m’arrivaient plus (Po Chü-I)
S’essayer à assumer non-agir et non-jugement (ce qui demande vigilance permanente, accompagnement bienveillant de nos trébuchements)
Être sensible à ce qui s’offre en toute gratuité, sans pourquoi et qui est tout proche.
La poésie chinoise des montagnes et des paysages est très chargée en significations, présages, symboles. J’y suis peu sensible. Peu importe. Je fais d’autres usages des montagnes du Vallespir, de la route de Montferrer (finis les sentiers et pistes), des chênes, bouleaux, fleurs innombrables, papillons, oiseaux, hirondelles, libellules.
Émerveillé par une beauté (vue, entendue, sentie…) sans le sentiment de sa fuite dans la seconde qui suit.
Vie dans le présent, comme présent, le seul temps réel (passé, futur sont des fabrications de l’esprit), présence et présent (Kdo).
Être dans l’acceptation (est-ce différent de la soumission ?) de ce qui advient comme ça advient.
Ce que ne font pas les poètes chinois.
Ils sont dans une vision, une interprétation de ce qu’ils vivent, voient, cycles, impermanence, retour du même.
Ils sont dans une forme de lamentation,
Tous ils arrivent passent disparaissent
tous méritant une lamentation (Lu Zhaolin)
d’insatisfaction puisque tout meurt, tout passe et repasse.
La chanson du regret éternel (Po Chü-I)
Ils choisissent l’ivresse, la solitude, font preuve de compassion.
Devant on ne voit pas l’homme d’avant
Derrière on ne voit pas l’homme d’après
Pensant aux cycles infinis de l’univers
La solitude amère et les larmes qui coulent. (Chen Zu-Ang)
Poésie de Wang Wei, le bouddhiste séculier :
1- Lorsque la solitude est une joie
On entre dans la pure liberté
Chimère le désir de voir la ville
Une vie accomplie - le plein du vide.
2 - L’âme a toujours haï l’enfermement
L’immensité lave de toute angoisse
3 - Tu veux savoir comment combattre l’âge?
La seule voie est la non-renaissance.
Poésie de Li Po, le taoïste :
1- Pourquoi j’habite la Montagne Bleue ?
Sourire sans réponse coeur serein
Fleurs de pêchers que charrie la rivière
Un autre monde existe loin des hommes
2- Buvant seul sous la lune
3 - Les plantes n’ont aucune gratitude
Quand le vent printanier les fait fleurir
Les arbres n’ont aucun ressentiment
De se voir dépouillés au ciel d’automne
…
La croissance et la fin de toute chose
c’est simplement la loi de la nature
4 - Rien dans la vie de l’homme d’ici-bas
ne répondra jamais à ses attentes
Demain à l‘aube les cheveux au vent
Partir voguer dans la barque légère
5 - Rude est la route du pays de Shu
plus que la route vers l’azur du ciel
On se tourne à demi
on regarde vers l’ouest et on s’exclame :
Poésie de Tu Fu, le confucianiste ou confucéen
1 - Chanson des charriots de guerre
2- Chanson de la frontière
3 - Il a compris l’ordre de l’existence
Et rougit d’avoir demandé de l’aide
Il n’a prouvé que son inaptitude
Il est prêt à rentrer dans la poussière
Mais vivre en ermite lui est impossible
Car il renoncerait à ce qu’il croit
Sa tristesse ne fond qu’avec le vin
Et les poèmes qu’il compose et chante.
4 - Sept chansons
De Han Yü
L’oisiveté c’est plus dur que la cour
…
Hélas je n’ai plus droit de jouir du vin
Mais je peux rire et offrir un poème
De Meng Jiao
Il n’est pas d’épée juste dans ce monde
…
Se suicider laisser les autres faire
On se demande ce qui vaut le mieux
…
Le 10° songe d’automne
Le Vieillard change du matin au soir
…
De Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.
Sage - bien sûr que non mais pas stupide.
De Li Ho
Suivre un sentier - oublier la grand-route
Pourquoi faut-il qu’on pleure sur du vent ?
…
Souvenez-vous que c’est devant un mur
Que Ch’u Yuan a écrit « Questions su ciel » !
De Li Shang-Yin
Aube - ajouter des lignes aux nuages
Froid - voir la neige au centre du poème.
les beaux jours n’obéir qu’à son désir
Est-ce donné à tous ceux qui écrivent ?
Dormant profond - et puis le cri des grues
Des cris stridents - le mien presque cigale.
J’écris dessus - les mots ne sont pas libres
La chose que j’obtiens est sans exemple
...
La ceinture n’a pas de sentiments
elle se serre ou elle se relâche
Et pour moi… la pratique joyeuse-douloureuse du merci.
Dimanche 28 juillet-Lundi 29 juillet, Corps Ça Vit, Vallespir
nuit du dimanche au lundi, pneus de 15 voitures crevés, poubelles incendiées au camping, flammes de 4 m de haut, pompiers intervenus à 3 H 15
toute la journée, gendarmes, enquête, plaintes déposées, dépanneuses gratuites pour les victimes. Va-t-on installer des caméras de surveillance ?
Ça casse une ambiance, surtout quand on voit la voiture de Seb, le président du comité des fêtes, très investi dans un renouveau du village, de ses terrasses sous broussailles et acacias.
Essais Salman Rushdie
… poursuivre
après …
… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,
Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde;
tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28 états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,
India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des millions de dieux, de déesses, avec des milliers de bras… Rushdie a évalué à la louche 330 millions de dieux et déesses hindous
Ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
La terre sous ses pieds, titre d’un roman de Rushdie.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate, souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et tu le voyais aussi ou plutôt, tu te le fabriquais en le désignant tel (on a tous été formatés à juger, à désigner ce qui est bon, ce qui est mauvais) et cela ne t’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant aujourd’hui, sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui voient le mauvais et réagissent. Et longtemps, tu as réagi à ce qui te paraissait mauvais. Tu as été un militant.
Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indien-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).
Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde. Prenant le contre-pied de l’hindouisme, la ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre Akhand Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort obligent à l’exil, nombre d’entre eux.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 :
Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
et Rushdie, essayiste est excellent,
quand il s’en prend, caustique et hilarant, à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre ? qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre « l’axe du mal », axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare;
mais
simultanément aux récits sociaux et sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
1 - « La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ? »
2 - « Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper. »
Deux récits dont l’un, soi-disant scientifique, qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.
3 - « Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air. »
La boucle est bouclée. Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.
Et dans Trois femmes.
Mercredi 3 juillet, je suis invité à prendre l'apéro chez des enseignants d'université américaine qui viennent chaque été; discussion sur les USA aujourd’hui; elle, combat Trump, pour sa fille, le droit à l’avortement;
l’attentat n’a pas encore eu lieu
la lecture d'un article de Rushdie de 1985-1990 In God we trust ! me semble d'une justesse remarquable, un véritable tour du monde et dans l'histoire des relations entre politique et religions
13 juillet, fête à Corps Ça Vit, animation musicale assurée par un groupe du village dont le maire, violon, banjo, guitare acoustique, un adjoint au chant et guitare électrique, deux autres dont batteur; apéro-tapas; repas (sardinade ou grillade); dessert; feu d'artifice, bal; une centaine de personnes, très bonne ambiance, fluidité entre les différents moments;
je passe une bonne partie de la soirée à discuter avec un couple d'inconnus que j'ai branchés; lui et moi, aujourd'hui à des milliers de kilomètres, hier, possiblement proches;
lui de me dire : vous racontez ça parce que ça vous arrange;
bien sûr = phrase à interroger sous l'angle quel récit je veux pour vivre
à minuit, attentat contre Trump aux USA
14 juillet : fête nationale au monument aux morts puis apéro municipal; discussion avec le maire : le travail sur soi ne doit pas empêcher le combat politique et sociétal; il me donne son discours
Nuit du 14 juillet : nuit de rêves en nageant dans l’océan des histoires, métaphore de Rushdie; une métaphore genre les nuages à histoires me parleraient mieux; dans l’océan, je dois me jeter à l’eau; avec les nuages, je n’ai qu’à lever les yeux
je fais des rêves de plus en plus précis, où je suis présent, actif, sans être conducteur du rêve, rêves que je ne cherche pas à retenir même pour de futures histoires; je ne me vis pas comme un raconter d ‘histoires, un fabricant d’histoires, influencé par l’océan des histoires comme Rushdie racontant l’influence des lettres latines (Suétone) et italiennes (Italo Calvino) et du cinéma italien sur deux de ses romans : La honte, Les enfants de minuit
ceci dit la métaphore de l’océan des histoires ou celle des nuages à histoires (sachant que les nuages transportant pollens et poussières sont des ensemenceurs) me parlent aujourd’hui beaucoup plus que celle de la bibliothèque universelle des livres d’éternité de chacun dont internet est ce qui s’en approche de plus en plus;
avec cet océan, tu es tel un bouchon, qui flotte, est submergé par une vague, réapparaît avec une algue marine, un sac plastique, un fil de pèche, un bois mort, un os de seiche, une bouteille à la mer, un cadavre de migrant;
des scènes se déroulent : une femme te fait rire en début de nuit, apparue dès la plongée, d’une drôlerie par ses grimaces si expressives, satire des grimaces des grands masculins-émasculateurs de ce monde; grands refuseurs, chimériques furieux, étroiteurs d’esprits, sectateurs paranoïaques, baladeurs de virus vérolés
tu te retrouves à filmer une façade de décor, montrée comme telle, remplie de fenêtres donnant à voir des morceaux de paysages et de personnages en tous sens;
long travelling, plan-séquence style la soif du mal;
ici le musée des assassins des aspirations, ceux qui ont contribué à désenchanter le monde, à faire tomber les voiles de maya-bayadère, à faire dépecer Orphée.
3 jours consacrés aux Essais de Rushdie, 15-16-17 juillet;
l’an dernier, tu avais lu les essais rassemblés sous le titre Patries imaginaires, parus en 10/18. Tu n’es pas revenu dessus. Par contre, tu as lu tout ce qui est rassemblé sous le titre Franchissez la ligne !, soit pages 575 à 1088.
D’abord, signaler l’incroyable : tu n’as pas trouvé une coquille. Rushdie doit être exigeant avec ses correcteurs et traducteurs. Merci. Tu avais déjà observé cela avec Le couteau. Pas une coquille.
Tu penses que nous avons affaire à un essayiste brillant, drôle, pertinent, lucide. Et lire des Essais allant de 1981 à 2002, ça nous fait faire de drôles de voyages avec de drôles de rappels.
Dans ces panoramiques, la France est assez peu présente mais quand il en parle (la corruption sous Mitterrand, le foot et Zidane, Pasqua et Talisma Nasreen, la France et Rushdie), c’est jubilatoire parce que le romancier use d’interjections Zut alors ! réaction présumée de Roland Dumas, surpris qu’on le poursuive, LUI. Évidemment, ces drôles de rappels, entrant en écho avec ce qui se passe aujourd’hui, plutôt pire (évaluation personnelle en contradiction avec mon désir de non-jugement), t’ont mis mal à l’aise.
Car on se rend compte que le problème palestinien dont on pensait avec les accords de Camp David que… eh bien…
Il met ce problème au centre même s’il ne développe pas, parce que cette question cristallise les relations entre l’Islam (pas du tout homogène) et l’Occident (pas du tout homogène), développe l’anti-américanisme et que les USA feraient bien de chercher à se faire des amis plutôt que des ennemis en intervenant partout.
Il en reste au succès de l’intervention américaine en Afghanistan (2002) comparé à l’échec de l’intervention soviétique (Les cercueils de zinc). Depuis, sous Trump, les USA se sont retirés, les talibans se sont installés au pouvoir.
Deux passages t’ont particulièrement intéressé parce que Rushdie use de ses talents de romancier pour tenter de construire une vérité au plus proche de la réalité qu’il tente de cerner, de décrypter, toujours complexe, plus incroyable que ce que l’imagination peut imaginer. Parce que l’homme lui-même est mariage du ciel et de l’enfer.
« Nous avons fini par nous percevoir nous-mêmes comme des personnages composites, souvent contradictoires, voire intérieurement incompatibles. Nous comprenons que chacun de nous est une multitude de gens différents. Les moi de notre jeunesse sont autres que ceux de notre maturité : nous pouvons être hardis en compagnie de nos amants et timorés devant nos employeurs, plein de principes quand nous instruisons nos enfants et corrompus devant quelque tentation secrète…Le moi intégré cher au XIX° siècle a été remplacé par cette foule de moi qui se bousculent… Mais nous avons en même temps un sentiment relativement clair de qui nous sommes. »
Quand il écrit son article Gandhi, aujourd’hui, 1998, il met en oeuvre cette approche très plurielle, montrant les ambiguïtés, contradictions, limites de Gandhi dont l’influence en Inde est aujourd’hui, nulle, Gandhi devenu à son insu, une pub pour Mac et inspirateur avec d’autres des philosophies de la non-violence ou de la désobéissance civile, somme toute peu pratiquées en Occident.
« Les écrivains sont citoyens de nombreux pays : la région finie et délimitée de la réalité observable et de la réalité quotidienne, le royaume infini de l’imagination, la patrie à demi perdue du souvenir, les fédérations du coeur qui sont à la fois chaudes et froides, les États Unis de l’esprit (calmes et turbulents, larges et étroits, ordonnés et dérangés), les nations célestes et infernales du désir et peut-être la plus importante de toutes nos demeures - la république libre du langage. »
Dans N’y a t’il rien de sacré ? il dit
« Par transcendance, j’entends cet envol de l’esprit humain au-delà des limites matérielles et physiques de son existence que tous, laïques ou religieux, nous connaissons, au moins dans quelques occasions. La naissance est un moment de transcendance que nous mettons toute notre vie à comprendre. L’exaltation de l’acte d’amour, l’expérience de la joie et très probablement l’instant de la mort sont d’autres moments semblables. Le sentiment d’élévation de la transcendance, d’être plus que soi-même, de rejoindre d’une certaine façon la totalité de la vie est par nature de courte durée… L’âme a besoin de toutes ces explications, pas simplement d’explications rationnelles mais d’explications venues du coeur. »
Avec Alain Cadéo, nos échanges dans les dernières semaines avaient porté essentiellement sur ce que nous considérions comme l’essentiel.
correction du 14 juillet : remplacer l’essence par l’existence
nos échanges avaient porté existence-ciel-tellement sur ce que nous considérions comme l’existence-ciel.
À nos âges, c’est quoi la vie, la mort, la naissance, le passage, l’éternité, le mystère, le miracle.
correction du 13 juillet : remplacer les noms qui figent, essentialisent par des verbes qui font action, mouvement, énergie
à nos âges, c'est quoi vivre, mourir, naître, passer, éterniser, s'éterniser, mystérer, miraculer
Entre Rushdie et moi, il y a 7 ans d’écart, en plus pour moi. Ma métamorphose remonte à 2020. Du naturalisme métaphysique de Marcel Conche à un cheminement d’attention au miracle mystère de la naissance et au mystère miracle de la mort.
Exit, le recours aux explications scientifiques, aux constructions et déconstructions idéologiques. C’est la guerre sans fin des récits.
Rushdie pense que « dans les société libres, les idées doivent s’affronter librement. La discussion est nécessaire et il faut que celle-ci soit passionnée et sans entraves. Les sociétés libres sont dynamiques, bruyantes, turbulentes, pleines de désaccords radicaux. Le scepticisme et la liberté sont indissolublement liés. »
Je n’ai plus aucun intérêt pour le cirque politique, le cirque médiatique, le cirque sportif, le cirque olympique, j’en ai assez des bruits du monde. Je ne réclamerai jamais la censure de qui que ce soit, de quelque débat que ce soit. Mais je n’ai plus envie de dépenser de l’énergie à tenter de construire une vérité même complexe sur ce qui se produit dans le monde et n’ai nulle envie d’user de mon imagination pour, par des romans, tenter de cerner des personnages publics, célèbres, riches, menteurs, voyous, cyniques…
J’en suis à me demander avec plein de doutes, d‘hésitations quels mots, quels verbes plutôt, vais-je employer pour vivre la Vie dans l’émerveillement, l’enthousiasme, la joie, la gratitude, l’empathie, la compassion. Selon l’inouïe proposition de Jésus « aimez vos ennemis comme vous-mêmes »
En tentant les verbes, ça pourrait donner s’émerveiller des détails de la vie, s’enthousiasmer des imprévus et surprises offerts par la vie, joier-jouir de jour comme de nuit, en veilleur ou-et dormeur, de tous les incidents, accidents, instants, moments, éclats visuels, auditifs, gustatifs, olfactifs, tactiles, de tous les échanges par inspir-expir…
J’ai signalé dans ma note sur Le couteau de Rushdie, son absence de compassion. Cela correspond à sa conception de la morale : « les individus sont responsables de leurs actions ». Donc son assassin est responsable de son acte même s’il se déclare innocent pour avoir exécuté la fatwa pourtant annulée depuis 1999. Le temps de la compassion viendra peut-être après le procès.
D’autre part les terroristes fous de Dieu sont « contre la liberté d’expression, un système politique pluripartite, le suffrage universel des adultes, la responsabilité politique du gouvernement, les juifs, les homosexuels, les droits des femmes, le pluralisme, la laïcité, les jupes courtes, les danses, les fêtes, les baskets, les jeans, le rock, le rasage, la théorie de l’évolution, le sexe ».
Il nous faut donc vivre comme nous le faisons, sans peur, en acceptant sans excès étatiques des règles de sécurité supplémentaires et en cessant avec ces régimes qui se bouffent le foie entre eux, commerce d’armes, de drogues, de pétrole, d’oeuvres d’art…
On voit bien que cette conception semble naïve, optimiste. Qu’on pense au massacre de plus de 1000 femmes, enfants, vieillards et jeunes le 7 octobre 2024 par le Hamas, en Israël. Sans oublier les attentats antérieurs, un peu partout dans le monde.
Les états y compris dits démocratiques me semblent de plus en plus autoritaires et sécuritaires, contre leurs populations, soumise à de plus en plus de contrôles. Les états ont des intérêts à l’opposé de ceux de leur peuple (pas du tout homogène, uni par un « récit national » ou une certaine « idée » de la « nation ») qu’ils préfèrent diviser jusqu’au bord de la guerre civile (en France, on y aura sans doute droit), au service d’oligarchies, de puissances d’argent, de sociétés secrètes, de réseaux d’influence, débouchant sur la paranoïa légitime des théories du complot, retournés en complotisme par les médias main-stream aux mains d’ultra-riches, manipulateurs, fabricant de fakes-news.
Devant cet état du monde plein de bruit et de fureur, É Say Salé, auteur burkinabé, s’est amusé à écrire des farces
Moi, Avide I°, l’Élu
EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises
Vols de voix, farce pestilentielle sur la présidentielle de 2017, fabriquée avec des répliques copiées-collées de Facebook.
Cette farce me semble de ce point de vue là, une bonne riposte d’un traqueur du réel mais elle ne connaîtra pas le succès d’un roman de Rushdie..
… poursuivre
après …
… la lecture d’éditeur du Ciel au ventre d’Alain Cadéo,
Kdo, tu lis le N° de novembre 2023 de la Revue des Deux-Mondes consacré à l’Inde; tu tombes sur un pays de 1,4 milliards d’habitants, indépendant depuis 77 ans après une partition violente avec ce qui est aujourd’hui le Pakistan, 28 états, 9 territoires, 22 langues officielles, des centaines de dialectes couramment parlés,
India, nom anglais peu à peu remplacé sous Narendra Modi par le nom dérivé du sanscrit Bharat, dont la Constitution définit en 1995 l’hindouisme, religion sans dogme, sans fondateur, sans « concepts », comme « un mode de vie ou un état d’esprit », religion sécularisée d’un état démocratique, en grande partie laïc.
Des milliers de dieux, de déesses, avec des milliers de bras…, ton cartésianisme, ton rationalisme en perdent leurs pieds sur terre, dans la matière.
Comme dit Swami Prajnanpad « tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait vous n’avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez aussi le mauvais. Prenez les deux ou rien du tout. Dites OUI à tout. »
Là, tu te retrouves dans la posture et à l’endroit où la Vie t’a amené aujourd’hui. Demain sera autrement.
Pas de jugement, pas de distinction : ça c’est bon, toi t’es mauvais. Pas de volonté : tu ne veux rien.
Tu dis OUI à tout ce qui se produit, se crée, s’engendre, s’affronte, se prédate, souffre, se détruit, s’auto-détruit.
Tu es en empathie, tu compatis.
Donc, du mauvais, y en a qui en voit, et je le voyais et cela ne m’a jamais inspiré d’aller en Inde : le système des castes, système d’apartheid et d’asservissement fort ancien, 3000 ans, en lien avec invasions et colonisations moghols et musulmanes venues du nord (les « aryens », les nobles en sanscrit; on connaît le chemin fait par la doctrine aryenne, de Gobineau à Hitler) mettant sous leur joug des ethnies autochtones, qualifiées d’esclaves, de barbares, d’impurs, d’intouchables, termes discriminants permettent une ségrégation conforme aux varnas, traits de caractères créés à l’origine et biologiquement héréditaires, système brahmanique, théorisé au XIX° siècle, toujours dominant sous la houlette du RSS (matrice du nationalisme hindou depuis 100 ans) et du BJP avec ce « rêve », l’Akhand Bharat, l’Inde indivisée, reconstitution dans le futur de l’Inde ancienne, d’avant la partition et englobant Afghanistan, Népal, Bhoutan, Tibet, Sri Lanka, Birmanie.
Et y a ceux qui voient le mauvais et réagissent.
Tu ne peux échapper à Salman Rushdie, romancier et essayiste indo-pakistanais, dont Les versets sataniques ont été interdits en Inde, dès octobre 1988 par le 1° ministre Rajiv Gandhi, avant même la fatwa de Khomeini (14 février 1989).
Dans son roman, La cité de la victoire, Rushdie réinvente l’histoire de l’Inde, prenant le contre-pied de l’hindouisme. La ville mythique Bisnaga ainsi nommée par un étranger bègue devenu amant de l’héroïne Pampa Kampana, une poétesse magicienne à la jeunesse éternelle, libre dans ses désirs, éprise de liberté, apparaît comme un contre-Akhand-Bharat.
Rushdie est un fervent défenseur de la guerre des récits.
Aux récits religieux, dogmatiques, totalitaires, globalisants, mondialisants, scientifico-technologiques bourrés de certitudes, d’arrogance, de domination, Rushdie oppose le pouvoir de l’imagination de l’écrivain, seul dans sa chambre, que personne ne peut contraindre, même si censures, contrôles, répression, emprisonnement, menaces de mort l'obligent à l’exil.
Dans Essais, 1981-2002, 1088 pages, intégrant les essais jadis publiés sous le titre Patries imaginaires dont j’ai rendu compte l’été dernier, il y a une conférence en deux parties, Franchissez la ligne ! donnée à l’université de Yale en février 2002 : Dans les rêves commencent les responsabilités. La façon dont nous voyons le monde affecte le monde que nous voyons.
Il situe sa remarque au niveau sociétal, collectif, évolution des mentalités, modification des comportements en lien avec des prises de conscience et des combats idéologiques entre minorités agissantes-majorité silencieuse…
Je pense que ces évolutions sociétales, pas linéaires du tout, souvent accompagnées de régressions, de montées de violences sont à observer, voire à décrire
(- et Rushdie, essayiste est excellent, caustique et hilarant quand il s’en prend à Georges Steiner ou à sir Naipaul, critiques des romanciers d’aujourd’hui incapables de grands romans;
- quand pour le passage à l’an 2000, il reprend le mot d’ordre d’abolition de la dette mondiale, il est dans son rôle public d’écrivain;
- quand il alerte sur la signification symbolique des attentats du 11 septembre 2001, franchissement d’une frontière, d’une barrière entre l’imaginable et l’inconcevable, l’inimaginable devenant le réel, des milliers de morts innocents, de virgules se jetant dans le vide, détail pour les terroristes d’Al Qaida, il se pose la question déjà posée après les camps : comment écrire après les attentats du 11 septembre qui marquent une rupture historique, une guerre à mort contre l’axe du mal, axe mal nommé selon lui d’où son renvoi à Shakespeare)
mais précédant ou simultanément aux récits sociaux, il y a nos récits personnels. La réalité est produite par les mots que nous employons, que nous choisissons.
Et surprise, dans un récit, Rushdie parle de la première frontière.
La première frontière fut le bord de l’eau, et il y eut un premier moment, parce que comment n’aurait-il pas pu y avoir un tel moment, où une chose vivante sortit de l’océan, franchit cette limite et découvrit qu’elle pouvait respirer…. Qu’est-ce qui les motivait ? Comment eurent-elles l’intuition que l’on pouvait respirer et comment alors qu’elles vivaient dans l’eau, commencèrent-elles à développer les poumons qui leur permettraient de respirer ?
Mais nos ancêtres n’avaient pas de motivations protestera le scientifique de service… La mutation aveugle et la sélection naturelle étaient leurs moteurs puissants et impersonnels. Ce n’étaient que des poissons qui, par hasard, ont appris à ramper.
Deux récits dont l’un soi-disant scientifique qui fait tomber les mille bras des dieux et déesses hindous.
Nous aussi, notre propre naissance reflète ce premier franchissement de la frontière entre les éléments. Quand nous émergeons du liquide amniotique, de l’univers fluide de la matrice, nous aussi nous découvrons que nous pouvons respirer; nous aussi nous abandonnons une sorte d’univers marin pour devenir les hôtes de la terre et de l’air.
La boucle est bouclée.
Le récit imaginaire-réel des 9 mois utérins, est dans Le ciel au ventre d’Alain Cadéo.
À Corps Ça Vit, le 14 juillet 2024, 9 H 30
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Joseph Anton Salman Rushdie - Blog de Jean-Claude Grosse
interview du 7 septembre 2023 disponible jusqu'au 6 septembre 2025 Lus cet été à Corsavy - Patries imaginaires de Salman Rushdie, chroniques, essais, discours des années 1980-1990 soit il y a ...
https://les4saisons.over-blog.com/2022/10/joseph-anton-salman-rushdie.html
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Le ciel au ventre d'Alain Cadéo lu par l'éditeur - Les Cahiers de l'Égaré
livres livrés à domicile fixe ! attention aux petites choses, fleurs de catalpa !!! roses, immortelles, au choix ! autant en emportera le vent Le ciel au ventre Alain Cadéo 1° janvier 1951 - 12...
https://cahiersegare.over-blog.com/2024/07/le-ciel-au-ventre-d-alain-cadeo-lu-par-l-editeur.html
Christian et sa tribu
ange by annie bergougnous / glaneries à corps ça vit / au kilomètre 2, le gardeur d'étoiles du moyen-âge
Christian et sa tribu
Tout le monde est occupé
1999
C'est l'histoire d'une jeune femme, Ariane qui tombe enceinte dés qu'elle est amoureuse. Un baiser sur la bouche lui donne le ventre rond. L'amour la rend légère comme une plume. Elle s’élève, sourit, s’endort, ronfle, met au monde. Elle se plante ou est plaquée, c’est pas pareil et c’est pareil. De ses amours (deux éphémères, un éternel) naîtront trois enfants au prénom digne d’un Raymond (D., Q., R.,) ou d’un Henri (M.) : Manège, Tambour et Crevette.
Quand j’ai lu Crevette, j’ai pensé à un court-métrage de Samir Bouallegue, se passant dans une grande surface.
Comment je lis Christian.
Titre, 1° fois, page 44. Puis répété.
4° de couverture : page 31.
Et stylo-bille. Plus personne ne voudra de mon exemplaire.
X + Y quand on est né sous X (mère) + Y (père) = personne
(c’est la tristesse au fond des yeux de monsieur Gomez). Manège, née d’un père pêcheur à la ligne ne ferme jamais les yeux. Et dans ses premiers mots voit l’avenir « Gomez maman venir » et X (la mère de Gomez né sous X) retrouve 32 ans après, son fils.
Tambour est un bricoleur de génie, né d’un père plombier, Léopold de Gramure, bègue et bel cantor. Faisant une expérience de chimie, ratée, il met le feu à la maison de la tribu. Crevette, née d’Armand, instituteur viré par l’éducation nationale…
« Et Crevette. Ils s’en aperçoivent tous en même temps, un seul cri sort de leur gosier, même Marie bleu nuit (la vierge Marie) hurle avec eux : Crevette dort dans la maison en feu. »
Crevette a brûlé les étapes, dit le drôle monsieur Lucien, lecteur de philosophes. « Dessous la théorie, cherchez la déception. »
Depuis l’incendie, Crevette n’a plus remis les pieds sur terre, dit Tambour.
Crevette vole et danse deux à trois centimètres au-dessus du sol. Ariane décide de se marier avec Armand. Belle fête de mariage, toute la nuit, de toute la tribu,
« une tribu, c’est de la chaleur, du rire et du temps merveilleusement perdu »
Au petit matin, Ariane et Armand montent dans la nacelle de la montgolfière, fabriquée par Tambour, s’élèvent et finissent per disparaître, nobody.
Heureusement qu’il y a des folles non enfermées comme Ariane, Heureusement qu’il y a des fous comme Christian, qui savent qu’au bout de leurs souliers, il y a autant de merveilles qu’au bout du monde,
ou qui font dialoguer un chat Rembrandt et un canari Van Gogh, sur la situation révolutionnaire dans la ville à feu et à sang, en rouge et or « la suite est prévisible, tout va se calmer, beaucoup de colère aura amené un tout petit peu plus de justice, les commentaires de toutes sortes recouvriront peu à peu le bruit de source de l’événement, c’est ainsi : les choses qui arrivent dans la vie basculent tôt ou tard dans les livres, elles y trouvent leur mort et un dernier éclat », avant que R. ne croque V.G.
Heureusement qu’il y a quelques lecteurs un peu fous pour entendre le rire hénaurme de Christian quand il écrit page 96 « Dieu et monsieur Gomez ont un point commun : aucun des deux ne répond à l’amour de mademoiselle Rosée - mais avec Dieu, il reste une petite chance. »
Prisonnier au berceau
2005
Titre tiré d’une phrase page 96
« À ma naissance, on m’a couché à l’intérieur d’un berceau de fonte, un demi-obus. Allongé sur le dos, prisonnier au berceau, je contemplais le ciel bleu, ses forges angéliques et ses nuages qui en se délitant, me déchiraient le coeur »
4° de couverture, citation de la page 15.
Livre illustré avec des photos du Creusot
ville du temps de sa prospérité sidérurgique, fournisseuse de locomotives, de canons, broyeuse d’hommes dont certains tombaient dans une cuve d’acier en fusion et dont on ne retrouvait plus rien, disparition parfaite, page 42
et ville du temps de son déclin, du temps du chômage et de la misère;
un siècle suffit; tout passe
et pour qui aime les télescopages fulgurants, des photos de l’univers d’Emily Dickinson, sa robe, son berceau, des dessins, son testament, sa chambre, sa montre et enfin la porte par où a été sorti son cercueil en 1886
(fin du livre)
Du choix ou pas du lieu de vie, du lieu de passage.
Christian n’a pas choisi de naître au Creusot mais il y est né, y a grandi, n’a plus voulu en bouger, a découvert l’émerveillement dans la proximité, l’éternel (il n’emploie pas le mot éternité) dans la présence fugace, la beauté (le mot n’est pas écrit me semble-t-il) dans l’éphémère (des nuages, des fleurs, des vols d’oiseaux, des sourires et visages, que de mots magnifiques sur son père). Christian a pourtant l’âme gitane. Épousant Lydie Dattas, quelques jours avant sa mort, c’est à Marciac, un haut-lieu du jazz, que Christian est enterré, dans une tombe blanche.
L’ami Marcel Conche a été l’homme de la Maisonneuve à Altillac et l’homme de la maison de sa femme à Treffort. Il n’a quasiment pas voyagé (une fois en Grèce, pour être reçu à l’académie d’Athènes). Il a exercé dans différents établissements secondaires (Evreux, Versailles) puis universitaires (Lille, la Sorbonne). Il est inhumé au cimetière d’Altillac.
Jeune (21 ans), j’ai choisi le village du Revest, acheté un terrain de 2500 m2. C’est là que s’est construit mon ermitage, la villa-joie, que se trouvent mes livres, mes souvenirs. C’est au Revest que se voient les traces de ce que j’ai souhaité pour ce village, un théâtre, la Maison des Comoni.
J’ai voyagé. Sans doute, en ai-je rapporté certains usages du monde, le sens de l’affût, le choix du OUI à ce qui advient. Jeune (24 ans), je fus choisi par A. Et j’ai découvert Corsavy où depuis 60 ans, je passe mes étés, dans une maison de poupée de 36 m2, habillée par A., au coeur du village de 160 habitants. C’est là que se trouvent le caveau familial, mes morts. C.’est là dans ce village d’adoption que je séjournerai, tête dirigée vers le Canigou, montagne sacrée, pieds vers la Méditerranée; mer de noyés.
"A quelques semaines d'une rencontre entre ma classe et monsieur Bobin, je flâne parmi ses oeuvres, à la recherche d'extraits susceptibles de parler à des adolescents. C'est ma bibliothécaire qui m'a mis Prisonnier au berceau entre les mains en disant : « ces jeunes creusotins ne peuvent qu'être sensibles à la façon dont Bobin parle de leur ville. » J'ai vécu à deux pas de la maison d'enfance de Bobin. Ses descriptions du quartier Saint-Charles se confondent avec mes souvenirs. « Personne ne rêve de venir vivre au Creusot », annonce-t-il dès la première page. En effet, c'était une ville ouvrière assez grise, peu propice à la poésie. Cela importe peu à Christian Bobin, qui sait trouver dans les petits riens une source inépuisable de contemplation, mêlée de réminiscences enfantines. L'enfant regardait déjà à travers les carreaux les lilas printaniers, l'envol des oiseaux, avec ce regard avide d'élévation, de rêveries, d'enchantements purs. « C'est dans la mesure où il n'y a rien à voir que les yeux commencent à s’ouvrir. » Quel plaisir que de retrouver dans ses descriptions ces lieux qui ont été ceux de mon enfance, plaisir d'autant plus vif que Bobin les pare d'une beauté que je n'avais pas perçue (pauvre de moi, j'avais les yeux fermés). J'en éprouve une certaine fierté, je me réconcilie avec les murs sombres des usines Schneider, avec la chaudronnerie qui a usé mon père durant des années. Je me sens à nouveau une enfant du Creusot, une enfant de la poésie des herbes folles et des chênes centenaires de la Verrerie. Merci Monsieur Bobin, et à très bientôt l'émotion de vous rencontrer."
Un assassin blanc comme neige
2011
Titre émasculé page 41
Dieu est un assassin blanc comme neige.
Demandez-vous sur quoi vous vous arrêtez : Dieu est un assassin / un assassin blanc comme neige / blanc comme neige 4° de couverture, page 53
Page 76 « Lire c’est ajouter au livre, c’est découvrir en s’y penchant, son propre visage dans la fontaine de papier blanc »
Page 90, une citation chère à Thierry Zalic : « un jour, nous comprendrons que la poésie n’était pas un genre littéraire mal vieilli mais une affaire vitale, la dernière chance de retirer dans le bloc du réel »
« La vie éternelle est la vie ordinaire délivrée de nos ensommeillements »
« Comme en rêve, est la formule de l’éveil »
« Le sens de la vie c’est la célébration de la vie »
Page 93 : Hokusai pense à la fin de sa vie que la vie n’est que commencements. « À 90 ans, je pénètrerai le mystère des choses ; à 100 ans, je serai décidément parvenu à un degré de merveille et quand j’aurai 110 ans, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant »
Sa dernière oeuvre: vieux tigre sautant dans la neige. Notre tache : chevaucher le tigre.
Christian m’a fait vivre une chose simple,
que je savais dans la tête mais pas par la fenêtre de l’attention, dans le bureau du regard, dans la salle de l’attente,
qu’à ma façon, je pratiquais mais à la louche, pas à la petite cuiller, que la vie simple, la vie ordinaire (j’ai opté pour vie quotidienne en mémoire de Henri Lefebvre) est la vie éternelle, la vraie vie.
Avec Marina Tsvétaïéva, désolé pour Emily Dickinson (mes deux à rencontrer après mon pas-sage), j’ai échappé, grâce à une phrase d’elle, au tourniquet du nombre univers Pi, à celui de la physique quantique, qui m’avaient permis par la pensée d’accéder à l’éternité et à la fluidité mais pas par-dans le corps.
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Plus de généalogie, de lignée, de séquences infinies de J.-C. dans Pi.
Une origine ?, des commencements sans fin avec des fins, sans nom, sans identité. Jeuh suis précédé de tous ceuh qui sont apparus avant mouah, jeuh suis le précédent de tous ceuh qui meuh succèderont, tous les humains et tous les existants.
Tout à coup, ça semble une évidence, non pas une chaîne, mais des maillons, du tissage, du tressage, de l’intrication, de l’inextricable, des noeuds, des chats dont le bâillement suffit à les défaire, des répétitions, des boucles, des bonds, des salto alto et des tigres pour accomplir notre travail : « sans doute est-ce là le travail que chacun doit accomplir par sa vie : frotter la pièce d’or mise dans notre main à notre naissance, afin qu’elle brille dix mille fois plus quand la mort nous la volera » page 92
Au travail Vita Nova !
L’homme-joie
2012
Titre, page 16 : l’homme-joie, c’est ce roi-soleil, ce roi que nous avons dans le coeur qui quelquefois descend de son trône, descend dans la rue et fait quelques pas, nous faisant sentir, éprouver que nous sommes éternels, selon une pensée de Spinoza.
Christian remarque qu’on lui reproche d’être mièvre. Il n’a pas besoin de romans noirs, de séries noires pour décrire et connaître le monde. En cinq lignes, il assassine les assassins que nous sommes.
« Vous voyez le monde comme moi. Ce n’est qu’un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante. La guerre n’a rien d’énigmatique, c’est d’un banal. Mais l’oiseau là qui s’envole dans le sous-bois. La vie ne cesse pas de combler de bienfaits les assassins que nous sommes. Je veux ici parler simplement de ce qu’on appelle une belle journée, un ciel bleu. Ces expressions désignent un mystère. Parfois, nous nous en apercevons, juste quelques secondes. C’est ce que nous appelons du beau temps. »
Soulage, « expliquer n’éclaire jamais. La vraie lumière ne vient que par illuminations, explosions intérieures, non décidables » comme pour Pascal et la nuit mystique, l’illumination du lundi 23 novembre 1654
Ça m’a fait tomber sur une lettre apostolique du pape François pour le 400° anniversaire de la naissance de Blaise Pascal.
Glenn Gould, pages sublimes, 39 à 48, ça s’appelle l’irrésistible
« Ne jamais contrarier le cours des choses. Ne surtout pas résister au désastre. Quand l’incapacité est là, d’écrire, d’entendre, d’aimer, l’empêchement de toute respiration, vous lui donnez la place, toute la place, son temps, tout son temps »
Dans l’homme-joie, Christian parle de beauté et aussi d’éternité. Dans aucun de ces 4 livres, je n’ai lu le mot agapé, l’amour inconditionnel, sans jugement, sans tri, agapé qui me semble être la force motrice, créatrice de ce don permanent qu’est la Vie.
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Lettre apostolique " Sublimitas et miseria hominis " pour le quatrième centenaire de la naissance de Blaise Pascal, 19 juin 2023
Lettre apostolique " Sublimitas et miseria hominis " pour le quatrième centenaire de la naissance de Blaise Pascal, 19 juin 2023
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la merveille et l'obscur / Christian Bobin - Blog de Jean-Claude Grosse
documentaire de 2006, rendu public en janvier 2023 N° d'avril 2023 de la Revue des deux mondes cadeau CHRISTIAN BOBIN (décédé le 22 novembre 2022) Dernière conversation en Saône-et-Loire prop...
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L'autre visage / Christian Bobin - Blog de Jean-Claude Grosse
article encyclopédique sur Bobin 3 petits livres et puis s'en vont L'autre visage Le huitième jour de la semaine L'enchantement simple Christian Bobin chez Lettres vives 3 petits livres, petit ...
https://les4saisons.over-blog.com/2019/08/l-autre-visage/christian-bobin.html
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Christiane Christian Alain Jacques - Blog de Jean-Claude Grosse
photo de Marie Kern reçue par messenger, lundi 17 juin / tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas ! Rêvélévation Cela passa peut-être un dimanche. Peut-être sur une r...
https://les4saisons.over-blog.com/2024/06/christiane-christian-alain-jacques.html
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Christian Bobin / Sylvain Tesson - Blog de Jean-Claude Grosse
Pierre, /Christian Bobin La panthère des neiges /Sylvain Tesson Pierre, de Christian Bobin, je l'ai lu entre le 23 et le 24 décembre 2019, un an après le " voyage " de Christian Bobin, du Creuso...
https://les4saisons.over-blog.com/2019/12/christian-bobin/sylvain-tesson.html
glanerie à la tour de Batère, Le pont de Louis de Batère, de la dualité à l'unité, 83 pages, gratuit
Avons-nous oublié la joie des effondrements ?
L’effondrement du mur de Berlin par exemple, la révélation, la découverte de ce que tout le monde savait : derrière chaque côté du mur il n’y a pas des ennemis mais des frères…
Pourquoi construisons nous sans cesse de nouveaux murs, entre Russes et Ukrainiens, Palestiniens et Israéliens, Américains et Mexicains, Africains et Africains, fronts populaires de droite et fronts populaires de gauche…?
Des murs, encore des murs de mots, de haine et de plus en plus nucléaires.
Malgré toutes les peurs, les énergies, la violence, le ressentiment que nous mettons à les construire, nous le savons de science certaine : tous ces murs sont destinés à l’effondrement et à la révélation de l’évidence que nous sommes tous Un, interreliés, interdépendants.
Ce n’est pas moral ou politique, c’est physique. Tout le monde le sait et fait semblant de ne pas le savoir.
La conscience de cette physique, de cette « matière » intriquée, c’est ce qu’on appelle l’amour ou la spiritualité. Ignorer ces évidences, c’est ce qu’on appelle la guerre, la guerre des sexes, des peuples, des civilisations, la guerre mondiale…
D’où nous vient ce goût du sang ? Était-il dès l’origine mêlé à notre lait maternel ?
Le poison de la volonté de puissance est-il le sel ou l’épice qui « relevait » nos premières viandes ?
Après l’édification guerrière de tous ces murs, combien de temps nous faudra-t-il attendre, dans la souffrance, l’incompréhension, l’illusion… avant que de nouveau, tout s’effondre et que nous respirions ensemble le grand air commun ?
Maintenant, n'est jamais ni trop tôt, ni trop tard.
- Jean-Yves Leloup, juillet 2024
Catégorie:Église détruite en France - Wikipédia
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https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:%C3%89glise_d%C3%A9truite_en_France
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A propos des églises incendiées en France (2018-2019)
Des listes et des cartes circulent dénonçant un nombre croissant d' églises incendiées en moins d'un an. Que faut-il en penser ?
https://patrimoine.blog.lepelerin.com/2019/05/10/a-propos-des-eglises-incendiees-en-france/
/https%3A%2F%2Fescaledenuit.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2021%2F05%2FUn-e%CC%81pais-nuage-de-fume%CC%81e-se%CC%81chappant-de-Notre-Dame-en-feu-le-15-avril-2019-e1623673139215.jpg)
La liste des églises brûlées en France - Escale de nuit
Les églises catholiques semblent connaître une recrudescence d'incendies. Qu'ils soient d'origines criminels ou accidentels, ils ont été recensés dans une liste, qui sera tenue à jour pour su...
https://escaledenuit.com/la-liste-des-eglises-brulees-en-france/
De vie à vie Marina Tsvétaïéva
De vie à vie
Marina Tsvétaïéva (traduction André Markowicz)
Éditions Mesures
De vie à vie (littéralement en russe, Du vivant sur du vivant) est un récit écrit à Clamart, en 1932, paru en 1933, consacré à la visite que lui fit à Moscou, Maximilian Volochine alors qu’elle venait de publier son premier livre L’Album du soir, âgée de 18 ans, lui, poète et critique littéraire lui ayant consacré un article paru le 11 décembre 1910 dans Outro Rossii, et qu’il tenait à lui présenter, étant persuadé qu’elle n’en avait pas eu connaissance.
De cette visite, s’en suivirent six années d’échanges, de visites de Marina (seule ou avec sa soeur et Sérioja) à Koktébel en Crimée, maison construite par Volochine, où il vivait avec sa mère, Éléna Ottobaldovna Volochina qui l’avait élevé seule, c’est-à-dire sans les autres et contre les autres car une femme seule avec un enfant c’est -.
« Ils formaient un couple inséparable et pas un couple d’amis. Toute la réserve de virilité fut donnée à la mère, toute celle de féminité, au fils. »
Puis quelques lettres après 1917, jusqu’à la nouvelle de la mort de Volochine, le 11 août 1932, à midi, heure française, apprise en lisant La Pravda, le 16 août.
J’ai tellement été époustouflé, transporté, lévité, ascensionné par ce récit, il me semble tellement correspondre à ce qui devrait être, qui est déjà ce qui est depuis toujours, si on voit avec les yeux du coeur, de l’amour, que je ne vais pas en faire une note de lecture mais une écriture, nourrie des « anecdotes et commentaires » de Marina.
Il était une fois, un homme né d’une femme, élevé par elle, sa mère, seule. Elle portait à bout de bras les charges de la maison immense de Koktébel, au bord de la mer. Et lui, le fils, un poète, mythe juste au-dessous du mythe qu’est un moine, un ermite en sa grotte avait été ensemencé par tout le féminin possible.
Rien en lui de guerrier, de virilité dominatrice.
Un homme de paix, d’apaisement.
Un homme refusant de servir pendant la guerre de 14, se déclarant officiellement auprès du ministère de la guerre, objecteur de conscience.
Un homme de curiosité, grand voyageur, amateur de littérature française, traducteur d’oeuvres littéraires françaises, ayant vite compris que la Révolution russe ne serait qu’une répétition amplifiée de la Révolution française (terreur, contre-terreur, sang, sang, sang, faim, faim, faim).
Un homme refusant de prendre parti, qui dans sa maison de Koktébel accueillit le rouge poursuivi par la meute blanche comme le blanc poursuivi par la meute rouge.
Un contre-révolutionnaire absolu selon les bolcheviks qui se vit attribuer par eux, sans la demander, une pension mensuelle de 240 roubles.
Un rassembleur au-delà des haines.
Un falicitateur de rencontres pouvant durer des années car le temps est nécessaire pour connaître l’autre dans son être vrai, dans sa vérité, qui n’est pas ce qu’il croit être, qui lui est méconnaissable et surtout temps nécessaire pour que cet autre rencontré aille avec ce compagnon-poète vers sa vérité, son destin.
D’où cet homme tenait-il ce pouvoir de parler aux chiens, au feu et par sa parole, par son index pointé, comment réussissait-il à faire que ces chiens sauvages, dépeçant les cadavres deviennent gentils toutous, que le feu ayant pris dans les fondations de sa maison s’éteigne.
Était-il un initié ? Peut-être.
Mais plus simplement, il accueillait.
« Il a raison à sa façon, autant que toi, à la tienne. Et c’est cette raison à sa façon qui formait le principe de sa vie avec les autres. À l’instant de cet entre-deux, il se trouvait en même temps chez vous et chez votre ennemi et encore chez lui. »
Si tu admets cela, alors, tu ne cherches pas à avoir raison contre l’autre. Tu peux arriver à saisir, à vivre que toi, ton ennemi et le poète vous êtes un être global, faisant partie du Tout. Chacun dans cette atmosphère se sent en confiance. Et du compagnonnage devient possible, harmonisant les différences par leur acceptation.
Comment s’y prenait-il ? Ce goûteur de France, était dans son fond le plus profond, un vieil Allemand, amateur de contes et légendes, ceux des frères Grimm.
Et pour chacun rencontré, il l’inscrivait dans un conte, une légende, voire un mythe qui permettait au rencontré de se révéler, de se réveiller, de se vivre en vérité.
L’histoire de Chérubina de Gabriac est de ce point de vue là, ce que certains appellent une mystification, ce que d’autres appellent une transfiguration.
L’institutrice russe boîteuse, Élizavéta Ivanovna Dimitriéva, devenue Chérubina de Gabriac, que tout le comité de rédaction de la revue Apollon veut rencontrer a vu sa vie transformée par cette « invention » qui est bien autre chose qu’écrire sous pseudonyme ou par hétéronyme.
Oh ! Fallait-il que je reconnaisse
L’amour et la mort à treize ans ?
(Élizavéta, envoyé par Max sous le nom de Chérubina à la revue Apollon)
Tu m’as donné une enfance de conte,
Oh ! Donne-moi la mort à dix-sept ans !
(Marina, L’album du soir)
Et cette remarque essentielle de Marina :
« Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Hier soir, 22 juin 2024, avant l’illumination des tours de Batère, de Corsavy, de Cabrenç, trois tours de l’époque des razzias barbaresques, je disais à une inconnue, invitée à notre table parce qu’elle se retrouvait seule, que la séquence chiffrée selon la place de chaque lettre dans l’alphabet de son prénom Martine se retrouvait un nombre infini de fois dans le nombre univers Pi, que toutes les Martine ayant existé, existantes, et devant exister étaient emplacées, autrement dit, toutes les Martine ayant existé avaient vécu une vie préparant la vie qu’elle vivait, elle-même, par sa vie, offrant la vérité de sa vie à des Martine à venir.
Ça vous semble tiré par les cheveux. C’est exactement ça !
L’invisible agissant derrière le visible, proposant à notre perception subtile, à notre intuition, un cheveu à tirer, si fin - sans fin
"L'univers est un seul être. Tout et tout le monde est interconnecté à travers un réseau invisible d'histoires. Que nous en soyons conscients ou non, nous sommes tous dans une conversation silencieuse. Ne fais pas de mal. Pratique la compassion. Et ne bavarde pas derrière le dos de quelqu'un - pas même une remarque apparemment innocente! Les mots qui sortent de nos bouches ne disparaissent pas mais sont perpétuellement stockés dans l'espace infini et ils nous reviendront en temps voulu. La douleur d'un homme nous fera du mal à tous. La joie d'un homme fera sourire tout le monde."
Shams-e Tabrîzî (1185-1247)
Le croirez-vous ? La tour de Batère, à 1500 m d’altitude, d’où on a une vue extraordinaire, en particulier sur les châteaux cathares, en cours de restauration sous la présidence de l’héritière des Cafés La Tour, est le siège secret du site internet de Louis de Batère, auteur d’un livre gratuit : Le Pont, de la dualité à l’Unité.
Évidemment, il n’y a aucune connexion internet à la tour de Batère.
Max, le poète, avait proposé à Marina d’écrire comme Marina mais aussi pour ses poèmes russes par un homme inventé, nommé Pétoukhov, qu’elle finirait par haïr et, pour ses poèmes romantiques par des jumeaux inventés, une femme et un homme, les Krioukov.
Marina, par orgueil, voulant signer Tsvétaïéva, tout ce qu’elle écrivait, refusa cette proposition.
Aveu de 1932 :
« C’est vrai que Pétoukhov aurait été un bon poète. Quant aux jumeaux, je les pleure jusqu’à ce jour. »
Volochine, plus de 100 kilos, bouclé, tanné, rond, puissant physiquement, était un marcheur infatigable, un grimpeur doué.
Les poèmes qui sont traduits dans le livre et par lesquels j’ai commencé pour prendre un peu la mesure de ce génie sont très masculins, nets, tranchants, sans concession. L’horreur y est à sa place, énorme car l’histoire n’est que massacres, répétitions de massacres, de tortures (poèmes Massacre, La famine, Le protocope Avvakoum).
Sa mission lui fut dite dans le poème
L’apprenti
…
Et là quand tu auras compris
Que tu n’es pas un enfant de la terre
Tu es un hôte du cosmos
…
Qu’autour de toi dans l’être et dans les choses
Souffle le Verbe
Qui les appelle à être
Et que tu viens pour libérer les noms
Tu viens pour reconnaître les souffles dans la matière …
Koktébel, 14 juin 1917
Navigation
…
Je te placerai là, en témoin des folies
Je te ferai passer sur le fil de la lame
À travers les brasiers d’une guerre
Fratricide, inutile, sans issue
Pour que tu sois porteur du grand silence
De la mer miroitante au crépuscule.
Koktébel, 12 juin 1919
Le Nord-Est
…
Crimes bolcheviks, crimes des tsars
Rien ne change, rien que les bannières
C’est à chaque fois le même vent
Tyrannie des révolutionnaires
Et révolutions par des tyrans…
Le protocope Avvakoum
…
Sans âme, notre corps n’est que poussière et merde.
Le récit De vie à vie est précédé par un poème
à la mémoire de Maximilian Volochine,
Ici-haut
…
Donc, il voulut élever
Mort, lui - ceux qui le portèrent
Donc à la seule place rêvée.
Sienne - la seule sur terre.
Place au-dessus de laquelle est le
Pleur - mien - dans la basse fosse.
Place au-dessus de laquelle a lieu
Dieu - et nulle autre chose.
Lui au milieu des sommets, le Tout-
Homme, sous chaque régime.
Lui, comme il sied au poète - sous
Le ciel, sur la terre mutine…
Max ! Il sera si tendre
De dormir sur ton roc !
28 octobre 1932
(Max est enterré au sommet du mont Koutchouk-Iénychar)
À Corps Ça Vit, dimanche 23 juin 2024
Focs de Sant Joan organisé par le comité des fêtes
(entre 19 H et minuit, confection des ramallets jetés au feu, grillade et cargolade offerte, arrivée de la flamme…)
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