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Blog de Jean-Claude Grosse
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Journal d'un égaré/Les promeneurs solitaires

17 Octobre 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse, #essais, #écriture

Journal d'un égaré/Les promeneurs solitaires

Est paru le 17 octobre, Journal d'un égaré de Jean-Claude Grosse, 317 pages, 43 entrées.
 

Journal d'un égaré

Jean-Claude Grosse

Sommaire

 

1 – Que dire sur le commencement ?

2 – La vie des plantes (Emanuel Coccia) / La Réunion, le choc végétal /

3 – De la grotte de Lascaux à la grotte du Vallon Pont d'Arc

4 – Invitation à création : 1000 mots pour la grotte Chauvet et l'Ardèche méridionale

5 – Lettres familières de Pétrarque à son frère Gherardo, moine à la Chartreuse de Montrieux

6 – On donne quoi quand on ne donne pas son temps

7 – L'été du Léthé du 1° juillet 2017 : Marie Madeleine

8 – Colloque sentimental  (Paul Verlaine et Stefan Zweig)

9 – Propositions pour une pensée élaborée par frottements entre plusieurs corps et pensées

10 – La Liberté (Marcel Conche)

11 – Présentation de ma philosophie (Marcel Conche)

12 – Ultimes réflexions (Marcel Conche)

13 – Métaphysique (Marcel Conche)

14 – Penser encore (Marcel Conche)

15 – Épicure en Corrèze (Marcel Conche)

16 – Un peu de temps sur le Temps

17 – Un de mes voyages au Maroc

18 – Le dit des dunes de l'erg Chebbi à Merzouga

19 – Le dit de la petite pierre tirée de la mer à Port-Cros

20 – La vie / la poésie

21 – Exercices d'admiration

22 – La mort de la bien-aimée (Marc Bernard)

23 – Au-delà de l'absence (Marc Bernard)

24 – Tout est bien ainsi (Marc Bernard)

25 – Le corps quantique (Deppak Chopra)

26 – Le fabuleux pouvoir de vos gènes (Deepak Chopra)

27 – Albert Camus, l'engagement est-il absurde ?

28 – Marx, le retour (Yvon Quiniou)

29 – Marx (Yvon Quiniou)

30 – La dernière génération d'Octobre (Benjamin Stora)

31 – L'homme qui aimait les chiens (Leonardo Padura)

32 – Théologie de la provocation / Causes et enjeux du principe totalitaire (Gérard Conio)

33 – Le triomphe de l'artiste / La Révolution et les artistes / Russie 1917 – 1941 (Tzvetan Todorov)

34 – Le cauchemar de Don Quichotte (Matthieu Amiech et Julien Mattern)

35 – Internet, un séisme dans la culture ? (Marc Le Glatin)

36 – Nouveaux médias, nouveaux langages, nouvelles écritures

37 – Qui doit être au centre : l'élève ou l'enseignant ?

38 – Propositions sur l'éducation artistique, la culture et l'école

39 – Quel gay sçavoir pour le 3° millénaire ?

40 – Rêve d'une école de la vie

41 – Jeu de l'invitation à la vie

42 – Le cosmos et le lotus (Trinh Xuan Thuan) /

Opacité / Clarté, entretien entre une cosmologue et un philosophe

43 – Que dire sur la fin ?

1-2-3- Décroissez !

Changer la ville, changer la vie !

Tout commencement est arbitraire.
Il n'y a pas de point zéro

le point zéro de tout big bang est inaccessible.
Tu ne peux tout réinventer, tout recréer.
Pars de ce qui est donné
et que tu ne peux refuser.
Pars de cette violence qui t'est faite
et que tu peux organiser.

Dieu nous a donné la Terre.
Nous la lui rendrons retournée, cultivée.
Il a fait l'animal humain.
Nous lui rendrons l'Homme. (1966)


J'ai osé cela, il y a 50 ans. Osé mêler Dieu à notre aventure terrestre et cosmique. Osé évoquer par trois fois un "nous", espoir d'unité et d'élévation très affirmé. Deux ans après, c'était 1968. Beaucoup, aujourd'hui, critiquent les idées de 68. Je souhaite aux jeunes et moins jeunes de connaître ce que nous avons vécu: un temps de parole, de propositions, de décisions et d'actions. J'ai peut-être eu la chance d'être bien placé: professeur dans le nord et doctorant à Nanterre. Membre élu du comité de grève du lycée et membre du comité de grève de la ville, Le Quesnoy. Le nouveau pouvoir, pendant trois semaines, ce fut l'assemblée générale quotidienne rassemblant 700 personnes en moyenne et qui décidait des tâches du jour pendant qu'au lycée, on jetait les bases, on posait les principes d'autres relations professeurs-élèves  et aux savoirs dont on percevait avec acuité les contenus idéologiques. Et quand j'allais à Nanterre où j'étais doctorant sur une Sociologie des lieux communs, c'était pour retrouver un grand professeur, Henri Lefebvre (Critique de la vie quotidienne, Le droit à la ville, La somme et le reste) et quelques leaders du mouvement du 22 mars dont Daniel Cohn-Bendit que j'ai enregistré en interview pendant 2 H.

Qui oserait 50 ans après, croire au "nous" ? Je vois triompher le "moi". Du "nous" exacerbé au "moi" enflé, tel est notre trajet majoritaire. Je note cependant l'émergence des créatifs culturels. Ils produisent de l'innovation. Cela suffira-t-il ?

Dans l'état actuel des connaissances, il semble qu'aucun Dieu n'a de projet pour l'Homme, que la Terre et le Cosmos n'attendent rien de l'Homme. L'humanité est vouée à disparaître. Puis la Terre. Puis le Soleil. Règnent le hasard et le chaos, avec de ci de là, dans le désordre universel, quelques zones d'ordre éphémère. Cela, nous pouvons en être à peu près sûrs malgré tous les créationnistes.
Dans l'état actuel de la pensée, il semble que des preuves n'existent ni pour une philosophie (une métaphysique) ni pour une religion.
Pour une religion, on a affaire à des croyances intimes ou forcées par coutumes et traditions.
Pour une philosophie, on a affaire à des convictions argumentées mais qui ne peuvent convaincre que celui qui veut être convaincu.

Je préfère les convictions aux croyances, les arguments fondés en raison plutôt qu'une adhésion irrationnelle à des dogmes ou une adhésion intime, indicible.
Donc, ma recherche de la vérité, but de la pensée et expression de ma liberté, ne peut être qu'une recherche ininterrompue jusqu'à ma mort. Cela ne veut pas dire que je change de convictions (il y a des convictions vécues qui se renforcent avec le temps, d'autres qui perdent de leur vigueur) alors qu'il peut m'arriver de changer d'opinions, plus fluctuantes parce que sans doute assez anecdotiques et superficielles (il en est ainsi pour moi des opinions politiques, même si j'observe ma fidélité parfois contre vents et marées et désillusions amères aux choix politiques, aux valeurs dites de gauche ; la seule opinion dite de gauche ou républicaine que j'ai refusée par deux fois, faire barrage au FN, la manipulation était énorme, tant et tant sont tombés dans le piège). Aujourd'hui, je m'abstiens.

Il peut aussi y avoir des tournants dans notre manière de voir, de sentir, de penser le monde.....

Que dire sur la fin ?

La fin est connue :

Individuellement

ma mort, ta mort, sa mort, notre mort, votre mort, leur mort.
 

Cette destination ne décide pas du dessin

de ma vie, de ta vie, de sa vie, de notre vie, de votre vie, de leur vie.

Quand les dessins de vie sont devenus destins, je parle de FINS DE PARTIES.

Les FINS DE PARTIES des « miens »

je m'en fais l'épitaphier

pour mon père :

Sur la pointe du pied

je suis parti

Crainte de déranger

même en faisant si peu de bruit (7 février 1986)

 

pour ma mère :

 

Au secret

je pars à regret

Beau jeu de ma vie

par quelle sortie

pour quelle impasse (19 mai 2001)

 

Je ne publierai pas de livre ayant pour titre FINS DE PARTIES.

J'ai écrit des articles sur mon blog : Disparition du Père, Disparition de maman, L'Insolite traversée de Cyril Grosse, Pensée pour Antonio Machado et Michel Bories dit Pof, Ultime performance de la mouette à tête rouge et d'autres. D'autres sont à venir.

On les trouve dans la catégorie FINS DE PARTIES, POUR TOUJOURS sur mon blog.

Je trouve qu'internet est un outil à utiliser contre l'oubli, pour se souvenir, pour transmettre un peu de ce que furent nos aimés (ou pas), pour faire le point aussi sur nos relations, mettre des mots sur les maux, heurs, bonheurs, malheurs.


 

Collectivement

Imaginez la scène. L’espace vide envahi tout à coup par des balles de ping-pong, animées chacune de sa vitesse, qui se touchent, se heurtent, se frôlent. Rebondissent. Incohérentes. Incapables de trajectoires.
Toujours détournées, arrêtées, relancées. Un désordre perpétuel.

- Aujourd'hui nous sommes 7 366 305 303… il accélère  304 305 306… 7, 8 puis la gestuelle qui annonce les autres tout en poursuivant, balles de ping-pong, qui nous agitons dans le
bocal du loto pour faire de bons numéros.
Vous imaginez l’agitation ? Quelqu’un peut comprendre le présent et prédire
l’avenir avec une pagaille pareille ? Les expertises, c’est comme les médicaments. Ça a des effets secondaires prévisibles.

Nous sommes sur la pente :

je t'épuise, je m'épuise à t'épuiser,

tu l'épuises, tu t'épuises à l'épuiser, il l'épuise, nous l'épuisons, vous l'épuisez

quoi ?

La planète

Nous nous rendons très bien compte de la 6° extinction des espèces

et de notre disparition,

morts que nous sommes,

du bulbe, de la moelle, du cerveau, du cœur

depuis l'enfance.

Aucun sursaut.

Plus besoin de stimuli.


 

Achevés pour l'éternité ?

Ou ultime salto réflexe ?

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Pour ma Valentine du 14 février 1948

14 Février 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours

comment se relever de ses morts ? question vitale, foudroyante, sans réponse;

des dates, des gestes, des actes, des mots, des pensées, des émotions, des sentiments, tristesse, joie, nostalgie, amour encore,

des pertes accidentelles, des pertes annoncées, des surgissement attendus,

des questions, des doutes, des troubles, des certitudes, des évidences,

des rêves inachevés mais cheminant, des regrets juste pour blesser un peu, on n'est pas parfait,

des souvenirs brûlants, des projets vivants,

semés dans l'écoulement des jours et des nuits, jour après jour, nuit après nuit, jusqu'à ce que ça fasse toujours, pour toujours

(est-ce fini avec le passage de tout ce que j'ai vécu dans le monde des vérités éternelles, puisqu'il sera toujours vrai que je l'ai vécu = ineffaçable passé ?)

sans souci de floraison, de fructification, en pure perte,

pour notre malheur et notre bonheur, la Vie


la Vie avec et sans Annie Grosse-Bories

2 photos prises à Cuba en 2006, au Quesnoy en 1966, à Paris en 1966, à Corsavy en 1965, au Quesnoy en 1966, au Théâtre du Rond-Point en 2008, à Toulon vers 1980, à Corsavy en 1965
2 photos prises à Cuba en 2006, au Quesnoy en 1966, à Paris en 1966, à Corsavy en 1965, au Quesnoy en 1966, au Théâtre du Rond-Point en 2008, à Toulon vers 1980, à Corsavy en 1965
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2 photos prises à Cuba en 2006, au Quesnoy en 1966, à Paris en 1966, à Corsavy en 1965, au Quesnoy en 1966, au Théâtre du Rond-Point en 2008, à Toulon vers 1980, à Corsavy en 1965
2 photos prises à Cuba en 2006, au Quesnoy en 1966, à Paris en 1966, à Corsavy en 1965, au Quesnoy en 1966, au Théâtre du Rond-Point en 2008, à Toulon vers 1980, à Corsavy en 1965
2 photos prises à Cuba en 2006, au Quesnoy en 1966, à Paris en 1966, à Corsavy en 1965, au Quesnoy en 1966, au Théâtre du Rond-Point en 2008, à Toulon vers 1980, à Corsavy en 1965
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La Mouette

  la mouette à tête rouge, peinture de Jean-Pierre Grosse

 

Elle aurait eu 70 ans ce 14 février 2018.

Et nous aurions fêté 51 ans de mariage, le 1° juillet 2018. Je les fêterai d'ailleurs.

Pour qu'elle vive d'une autre vie, la voie des mots est celle qui me convient le mieux, qu'il s'agisse de ses mots ou des miens.

L’épousée – ...tu te souviens de notre première fois ?

(extrait de Là où ça prend fin, pages 67-69)

L’épousé – tu aimes bien l’entendre, j’aime le début des histoires d’amour, c’est souvent émouvant, poétique, après, ça dépend des gens... c’était mon premier poste, j’avais adopté une attitude d’ouverture au mal-être des jeunes. Tu étais une de mes élèves
L’épousée – ...c’est trop cette histoire... au départ des vacances de Toussaint je t’ai parlé dans un couloir du deuxième étage du lycée

L’épousé – ...c’était mon anniversaire, tu n’en savais rien
L’épousée – je t’ai dit : je pense à vous autrement qu’à un professeur

L’épousé – je n’ai pas pu te répondre : je ne pense à vous que comme élève
L’épousée – je ne sais pas ce qui m’a pris, en tout cas, je ne regrette pas, notre histoire a commencé là parce que tu ne lui as pas fermé la porte

L’épousé – je ne sais pas non plus ce qui m’a pris, en tout cas, je ne regrette pas de l’avoir laissé ouverte

L’épousée – tu ne m’aimais pas encore ?
L’épousé – non mais je n’étais pas insensible

L’épousée (petite voix) – je peux savoir comment ça t’est venu ?

L’épousé – il me suffit de te regarder aujourd’hui...

L’épousée (petite voix) – oui ?
L’épousé – j’adore te regarder au moment des repas ; je reçois de la beauté plein les yeux et tout ailleurs, je suis traversé par un rayonnement inépuisable venu de toi, sensation très physique, expérience métaphysique de l’infini, je me dis, je te dis, quelle chance
L’épousée – ...merci... tu t’es senti piégé par ma déclaration ?
L’épousé – ...pourquoi cette insistance ? ...la sirène ?... difficile de répondre ; toi, jeune fille, tu
me disais je pense à vous comme homme, je ne l’ai pas entendu, j’ai entendu le désir dans cette phrase lorsque...
L’épousée – pas de mots, licence, ce n’est pas ce que je veux dire,... silence... professeur, tu ne pouvais entendre que l’amour admiratif d’une élève, pas mon désir de jeune fille pour toi comme homme
L’épousé – en me barrant comme professeur, tu m’autorisais comme homme
L’épousée – je n’ai jamais eu le professeur à domicile que je voulais
L’épousé – homme désiré, je me suis fait désirer jusqu’à notre mariage, quel con !
L’épousée – ...tu m’as demandé beaucoup, je n’imaginais des ébats que sous des draps ; j’ai surmonté timidité, pudeur, j’ai trouvé du bonheur...

L’épousé – ...contacts d’algues de nos corps sans péchés d’origine ni de chair, bonheurs d’épure
(Elle rit, rire gai en cascade.)

L’épousée – ...j’aime tes poèmes Caresses 1 - Caresses 2 -... Caresses 1001... je ne sais plus à combien tu en es... pourquoi cette aimée d’un jour ?

L’épousé – ...Baïkala, ça te blesse... L’amour juvénile, c’est ce qui se rapproche le plus du pur amour... ça donne du bonheur, j’ai connu ce bonheur avec toi, je n’ai pas voulu résister à cette ultime vague qui m’a submergé, j’ai fait choix de l’aimer sauce Platon pour ne pas cesser de t’aimer sauce Cupidon
L’épousée – entre le début de notre histoire et cette histoire... il y a un lien
L’épousé – ...
L’épousée – entrer dans mon désir t’obligeait à beaucoup de retenue, tu sublimais... tu as les qualités pour faire des apnées... cesse de respirer un peu
(Il ferme les yeux, se concentre, s’arrête de respirer ; elle compte 1-2-3... 15, c’est bon, reprends ton souffle lentement.)
L’épousée – je ne sais pas pourquoi, ça me blesse, j’ai peur...
L’épousé – ...pardonne-moi, si tu peux... je sais que tu veux, mouette blessée, tu m’accompagnes... portée par ton amour inconditionnel pour moi

L’épousée – ...ma déclaration initiale t’a marqué au fer rouge de l’amour sublime
L’époux – l’amour sublime, c’est ton arme, la paix, ton aile, mon amour
(Ils s’embrassent longuement, sans reprendre leur souffle, ça dure, ça dure, ça dure.)

P1010444-copie-1

  à Corsavy (P.O.)

Dans le silence et le noir, on entend

une voix de jeune fille, pure, douce, affirmée, sans hésitations :

Mon p'tit chat ! attends mon p'tit mot !

J'attends le transsibérien. Tu m'attends mais je ne sais rien de là où tu es, où je vais. La vie m'attend aujourd'hui, cuisses ouvertes. Si tu veux savoir où tu es dans mon corps et dans mon cœur, ouvre la chaumière de mes yeux, emprunte les chemins de mes soleils levants, affronte les cycles de mes pleines lunes. Je voudrais avoir des ailes pour t'apporter du paradis. Des ailes de mouette à tête rouge ça m'irait bien pour rejoindre ton île au Baïkal. Je transfigurerai les mots à l'image de nos futurs transports. Je te donnerai des sourires à dresser ta queue en obélisque sur mon ventre-concorde. Nos corps nus feront fondre la glace de nos vies. Avec des rameaux de bouleaux, nous fouetterons nos corps nouveaux dans des banyas de fortune. Je t'aimerai dans ta nuit la plus désespérée, dans l'embrume de tes réveils d'assommoir, dans l'écume de tes chavirements. Je courrai sur les fuseaux horaires de ta peau, vers tes pays solaire et polaire. Nous dépasserons nos horizons bornés, assoirons nos corps dans des autobus de grandes distances, irons jusqu'à des rives encore vierges. Nous nous exploserons dans des huttes de paille jaune ou des isbas de rondins blonds. J'aimerais mêler les sangs des morsures de nos lèvres, éparpiller les bulles de nos cœurs sur l'urine des nuits frisées, sous toutes les lunes de toutes les latitudes. Je m'appuierai sur ton bras pour découvrir la vie, ne jamais lâcher tes rives éblouies, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de rien … J'aime les cris de nos corps qui s'épuisent à vivre. Je t'ai ouvert un cahier d'amour où il n'y aura jamais de mots, jamais de chiffres. Il n'y aura que des traces de chair, des effluves de caresses et des signatures de mains tendres. Il y aura des braises dans notre ciel, des fesses dans nos réveils. À la fin du cahier, je t'aimerai toujours et nous pourrons le brûler plein de sperme et de joie.

Ton p'tit chat

 

Une voix d'homme

  Errance

 

Je m’en irai par les avenues des villes de Sibérie

Terre endormie

Novossibirsk Krasnoïarsk Irkoutsk Oulan-Oudé

je m’en irai sans me laisser séduire

par les promesses qui s’affichent

je m’en irai à ta rencontre

sans te chercher

car je sais que là où s’achèvent

ces villes aux filles de rêve

qui enlèvent le haut puis les bas

je ne t’aurai pas trouvé(e)

Alors j’irai par les rues défoncées des villages sibériens

Enkhelouk Sukhaya Zarech'e Boldakova

abandonnés à l’ivraie livrés à l'ivresse

j’irai sans m’attarder dans les bazars de misère

sans m’attacher aux filles légères

qui te montrent tout par petits bouts

j’irai à ta rencontre sans te chercher

car je sais que là où se tarissent

les nostalgies de belle époque soviétique

je ne t’aurai pas trouvé(e)

Mais quand j'arriverai

où s'affrontent houles et ressacs

sur les granits de l'île aux mouettes à tête rouge

au Baïkal mugissant

à 10000 kilomètres de nos lieux de surgissement

je te verrai

et je saurai

 

envoldemouette-copie-1        

sculpture de Michel Gloaguen

 

III – Le bout du temps – Le Temps du Tout

(extrait de L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, pages 37-39)

L'épousée – tu te souviens, je t'avais demandé de dénoncer le contrat avec le répondeur

L'épousé – oui, il nous avait répondu  : peut-on se passer du Répondeur 

L'épousée – tu te souviens, j'ai insisté sur l'éternité de l'instant-camion

L'épousé – je préfère l'éternité de l'instant-navire

L'épousée – je me demande où peut bien être passé l'instant-camion

L'épousé – ça revient à se demander où passe le passé, ce qui a passé

L'épousée – c'est ce que je te demande, je vais passer. Où vais-je passer 

L'épousé – (silence)

L'épousée – tu ne dis rien

L'épousé – (silence)

L'épousée – regarde-moi, je sais que je vais passer. Où... Peux-tu me répondre 

L'épousé – je n'ai pas la réponse à cette question et je ne veux pas que tu passes pour aller dieu sait où, tu restes avec nous, tu dois rester avec nous ; quand on passe c'est qu'on le décide à quelque part

L'épousée – oui, j'ai sans doute décidé de m'en aller, plus rien ne me retient ici, je vois bien que je ne peux abolir le temps ni remplir le blanc du temps

L'épousé – mais pourquoi vouloir finir avant la fin 

L'épousée – tu connais la fin 

L'épousé – non

L'épousée – alors, je peux mettre le point final, pas avec un suicide, avec une maladie foudroyante 

L'épousé – tu as décidé d'avoir une telle maladie 

L'épousée – non, ça se décide au secret, dans le ventre, hors de ta volonté, pas de ton désir inavoué

L'épousé – partir de façon accidentelle, pas de façon naturelle, c'est ce que tu désires au secret

L'épousée – je n'en sais rien mais pourquoi suis-je là, attendant d'être opérée au cervelet, tu te rends compte

L'épousé – non, je suis abasourdi, je n'ai rien vu venir et toi tu n'as rien senti non plus, c'est insensé

L'épousée – réponds à ma question  : Où vais-je passer 

L'épousé – personne ne peut répondre à cette question

L'épousée – allez, un effort, tout ce que j'ai été, tout ce que j'ai fait, ça a eu lieu, une fois pour toutes, pour toujours, sans possibilité d'être effacé, ça va bien quelque part non 

L'épousé – je n'en sais rien, nous oublions ce que nous avons fait, été ; parfois ça resurgit, avec un goût de madeleine

L'épousée – ça, c'est ce qui se passe du temps de notre vie, le temps fini de la vie mais il y a l'autre temps, celui dans lequel je vais entrer définitivement, le temps éternel

L'épousé – tu nous fais mal

L'épousée – ce n'est pas ce que je veux, je veux voir la vérité en face

L'épousé – la mort en face, celle de toute chose, pour toujours 

L'épousée – oui, il y a des choses à penser sur ce qui se passe quand on passe, qu'est-ce que nous devenons 

L'épousé – les Répondeurs religieux ont des réponses

L'épousée – réponses toutes prêtes, pour tous, je veux qu'on cherche nous-mêmes

L'épousé – peut-être qu'au bout du temps fini, on passe dans le temps infini, d'infinies et infimes transformations de poussières décomposables, recomposables pour le corps, l'inscription dans le monde insituable des vérités éternelles pour ce que nous avons créé d'immatériel, de spirituel

 

 

 1201-149 COUV-Egare-Ile-3 (glissé(e)s)

Elle sombre dans le coma le 29 novembre 2010. Entre 16 H et 21 H, l'épousée fait 14 apnées.

Au moment de la 14° apnée, 14 comme le jour de sa naissance.

L'épousé – va au profond de toi, mon p'tit chat, plonge dans le tourbillon pulsionnel,

la musique de la vie se joue avec du souffle,

la musique des mots avec du souffle d’expir, la musique des baisers avec du souffle d’inspir,

il n’y a pas de musique de la mort, ne rends pas le soufflé, échangeons nos expirs

Pour ta 14° apnée, je ne peux pas le dire autrement : fais la morte le plus longtemps possible, retiens ton souffle tant que tu peux, pour baiser les cellules malignes qui cessent de proliférer quand on meurt. Fais la morte. Allez (bredouillant) vas-vas-vas-y mon p’tit chat. Retiens ta vie, ton souffle. Tu me l'as dit à Cuba, le coma ce n'est pas la mort.

L’épousé fait du bouche à bouche avec l’épousée, trois fois. Le monitoring indique que l’épousée est entrée dans sa 14° apnée, chiffre de sa naissance. (Temps très long)

L’épousée, soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une extrême violence, elle crache du sang noir, l'utérus saigne noir, le poète l'a dit Et l'Homme a saigné noir à ton flanc souverain. Elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’épousé.

L'épousé – mon p’tit chat, reviens ici-haut. Tu m'as dit à Cuba  : Mourir... dormir, rien de plus... peut-être rêver. Je te dis : Vivre ... Dormir ... Rêver, c’est bien séparé... Ta chaise t'attend pour traverser notre 16836° nuit d'amour.

L’épousée –... mon p’tit chat, pour sortir, mets-moi mes tennis blanches et dans le sac à dos, pour les mauvais jours, mes tennis noires.

Noir ou pleins feux

L’Hôpital – La vie n’a pas de prix. Sauver ou pas une vie, a un coût. Votre Dette, madame, pour la période du 29 octobre au 29 novembre 2010 dans notre établissement s’élève à 32.989 euros et 99 centimes d’euros, prise en charge par la sécurité sociale.

 

Lire la suite

On donne quoi quand on ne donne pas son temps ?/JC Grosse

30 Janvier 2018 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours

1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours

1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours

Je viens de me rendre compte d’une coïncidence extraordinaire
ce 1° juillet 2017, je fêterai mes 50 ans de mariage avec  Annie Grosse Bories, partie le 29 novembre 2010; ça remonte donc au 1° juillet 1967, photos prises à la sortie de l’église et oui et oui (alors que nos convictions athées étaient solides; pour son enterrement, point d'église, une cérémonie laïque dans la salle des fêtes de Corsavy, une fête inventée avec tous ceux nombreux, tout le village particulièrement secoué, venus l'accompagner),
à la mairie, c’est le maire du Quesnoy, Eugène Thomas, ancien ministre des postes sous de Gaulle à la Libération qui nous a réunis, le prof et l’élève, en présence du proviseur du lycée, de nombreux collègues, ça n’avait pas fait scandale, un an après, en 1968-1969, ce sera le scandale de Mourir d'aimer à Marseille (suicide de la prof Gabrielle Russier)
les photos de 2003 nous montrent dansant comme des marionnettes pour les 20 ans des 4 Saisons du Revest, le 6 juillet, notre fille Katia Ponomareva, comédienne et metteur en scène ayant eu la responsabilité artistique de la journée du 6, le danseur William Petit, la responsabilité d'une des 4 autres journées; Katia nous proposa un remariage symbolique à la mairie du Revest, ce que nous acceptâmes, moment intense sans maire et sans curé pour ce faire
Je comprends tout d’un coup le choix inconscient de la date, du lieu, du thème du 2° été du Léthé, ce 1° juillet à La Coquette à Toulon 
- la date, 1° juillet pour moi c’est 1/2 + 1/2 = 1, les deux moitiés de l’année, chacun sa moitié, quitte à empiéter sur la moitié de l’année de l'autre et réciproquement, les deux moitiés du couple qui ne fait qu’un, bref, le cirque, parce que c'est rond, que ça tourne rond, en rond, ce rond rond ronron en indisposant plus d'un, le soi-disant morne ennui quotidien alors que c'est la vie, la vraie vie et de choisir l'aventure sous toutes ses formes où l'infidélité a sa place; évidemment, je ne porte aucun jugement, chacun son chemin et quand un chemin m'est raconté, bien raconté, j'écoute toujours avec plaisir et prends plaisir à être dérouté car beaucoup de chemins sont déroutants (qu'est-ce que tu racontes ?); moi, j'ai fait choix de fidélité, ça me convient, je m'y sens bien; je me, je nous donne le temps; on donne quoi quand on ne donne pas son temps ? réplique dans le superbe film Danse avec lui de Valérie Guignabodet (2007)
- le lieu La Coquette a le même côté romanesque (romantique ?) que le chalet de l’étang du Quesnoy où nous nous sommes agapés; ce fut une très belle fête avec danses, poèmes (déjà, j’ai fait écrire chaque qu'on-Vive), chansons à boire d'où la photo floue que j'ai prise du frère d'Annie, Michel Bories (Pof), parti dans le même accident que Cyril Grosse;

la robe de mariée s'appelait Mouette, elle a resservi pour les 20 ans des 4 Saisons du Revest, le 6 juillet 2003 et au mariage de la plus ancienne amie d'Annie; on comprend pourquoi l'épousée est aussi la mouette à tête rouge, un personnage pour l'éternité, c'est la magie de l'écriture, de la parole éprouvée
- le thème c’est l’amour sublime, ça je m’y connais en sublimation mais sublimer un amour (j’en ai sublimé 2) n’est pas égal à amour sublime
ce 2° été du Léthé va être chargé et léger, ça finira en danses et lectures

Je ne peux pas ne pas mettre en ligne cette scène de Là où ça prend fin (Les Cahiers de l'Égaré 2014) entre l'épousé et l'épousée; ils ne savent pas que la fin de l'épousée est dans l'air, ils se rappellent leur rencontre, 46 ans avant quand élève, A.B.1, 16 ans, elle se déclare à son professeur, lui ne comprenant, n'acceptant enfin le sens de cette déclaration qu'en août 2010 car professeur, il lui fallait se barrer, être barré comme homme, ne pas entendre avec la raison; évidemment, il a compris, il a entendu avec le coeur et le corps et ce furent 46 ans de vie commune avec bizarrerie de l'inconscient, son amour à lui pour une élève, 24 ans après en 1988, donc 32 ans d'écart entre lui et cette élève, follement désirée, bizarreries : même âge, 16 ans, même classe, 2°, même initiales A.B.2; sublimé, cet amour fou est devenu une belle amitié qui dure depuis 30 ans; l'épousée avait été informée et avait été un soutien car difficile de sublimer les pulsions sexuelles, sublimer c'est d'abord décider de ne pas "consommer" (en l'occurrence, j'avais trop la conviction qu'en passant à l'acte, consentement ou pas, j'aurais été un violeur et ça, pas question d'autant que je voulais rester fidèle, donc ne pas "jouer" avec le feu de l'élève, avec l'élève A.B.2); une fois la décision prise (comment ne pas comprendre qu'une histoire de ce genre est vouée à l'échec ?), la sublimation est un douloureux exercice où la mise en mots est un des moyens d'y arriver; ce furent les poèmes de Parole d'aimant(e) (Les Cahiers de l'Égaré, 1989); dommage que l'histoire de Gabrielle Russier et de Christian Rossi, née 4 ans après la nôtre n'ait pu trouver un autre déroulement que ce déroulement tragique; c'est pour ça que je n'ai jamais oublié cette affaire, que je me suis efforcé de faire qu'elle ne s'oublie pas; à l'automne 2019, je tenterai d'organiser une soirée au Théâtre Toursky, façon de faire que Marseille se ressouvienne; à comparer d'ailleurs cette tragédie d'il y a 50 ans à la "réussite" du couple présidentiel actuel (on en a jusqu'en 2022), 24 ans d'écart, le président de la monarchie française épousant sa professeur, jadis mariée; tout est possiblement en marche quand on est dans l'"élite" et que tout le système est corrompu.

24 –

L’épousée et l’épousé, après une séance de banya, prennent leur bain dans l’eau fraîche du lac.

L’épousée    … tu te souviens de notre première fois ?

L’épousé   tu aimes bien l’entendre, j’aime le début des histoires d’amour, c’est souvent émouvant, poétique, après, ça dépend des gens …  c’était mon premier poste, j’avais adopté une attitude d’ouverture au mal-être des jeunes. Tu étais une de mes élèves

L’épousée   … c’est trop cette histoire … au départ des vacances de Toussaint je t’ai parlé dans un couloir du 2° étage du lycée 

L’épousé   … c’était mon anniversaire, tu n’en savais rien

L’épousée   je t’ai dit : je pense à vous autrement qu’à un professeur 

L’épousé   je n’ai pas pu te répondre : je ne pense à vous que comme élève 

L’épousée   je ne sais pas ce qui m’a pris, en tout cas, je ne regrette pas, notre histoire a commencé là parce que tu ne lui as pas fermé la porte 

L’épousé   je ne sais pas non plus ce qui m’a pris, en tout cas, je ne regrette pas de l’avoir laissé ouverte 

L’épousée   tu ne m’aimais pas encore ?

L’épousé   non mais je n’étais pas insensible

L’épousée (petite voix)   je peux savoir comment ça t'est venu ?

L’épousé   il me suffit de te regarder aujourd’hui …

L’épousée (petite voix)   oui ?

L’épousé   j’adore te regarder au moment des repas ; je reçois de la beauté plein les yeux et tout ailleurs, je suis traversé par un rayonnement inépuisable venu de toi, sensation très physique, expérience métaphysique de l'infini, je me dis, je te dis, quelle chance 

L’épousée  … merci … tu t’es senti piégé par ma déclaration ?

L’épousé   … pourquoi cette insistance  ? … la sirène ?  … difficile de répondre ; toi, jeune fille, tu me disais je pense à vous comme homme, je ne l’ai pas entendu, j’ai entendu le désir dans cette phrase lorsque  …

L’épousée   pas de mots, licence, ce n’est pas ce que je veux dire, … silence …  professeur, tu ne pouvais entendre que l’amour admiratif d’une élève, pas mon désir de jeune fille pour toi comme homme

L’épousé   en me barrant comme professeur, tu m’autorisais comme homme

L’épousée   je n'ai jamais eu le professeur à domicile que je voulais

L’épousé   homme désiré, je me suis fait désirer jusqu’à notre mariage, quel con !

L’épousée … tu m’as demandé beaucoup, je n’imaginais des ébats que sous des draps ; j’ai surmonté timidité, pudeur, j’ai trouvé du bonheur …

L’épousé   … contacts d’algues de nos corps sans péchés d’origine ni de chair, bonheurs d’épure

(elle rit, rire gai en cascade)

L’épousée   … j’aime tes poèmes Caresses 1 - Caresses 2 - … Caresses 1001… je ne sais plus à combien tu en es  … pourquoi cette aimée d’un jour ?

L’épousé   … Baïkala, ça te blesse … L’amour juvénile, c'est ce qui se rapproche le plus du pur amour … ça donne du bonheur, j’ai connu ce bonheur avec toi, je n’ai pas voulu résister à cette ultime vague qui m'a submergé, j'ai fait choix de l'aimer sauce Platon pour ne pas cesser de t'aimer sauce Cupidon

L’épousée entre le début de notre histoire et cette histoire … il y a un lien

L’épousé   …

L’épousée   entrer dans mon désir t’obligeait à beaucoup de retenue, tu sublimais … tu as les qualités pour faire des apnées … cesse de respirer un peu

(il ferme les yeux, se concentre, s’arrête de respirer ; elle compte 1-2-3 … 15, c’est bon, reprends ton souffle lentement)

L’épousée  je ne sais pas pourquoi, ça me blesse, j'ai peur …

L’épousé   … pardonne-moi, si tu peux … je sais que tu veux, mouette blessée, tu m' accompagnes … portée par ton amour inconditionnel pour moi 

L’épousée   … ma déclaration initiale t’a marqué au fer rouge de l’amour sublime 

L’époux  l’amour sublime, c’est ton arme, la paix, ton aile, mon amour 

ils s’embrassent longuement, sans reprendre leur souffle, ça dure, ça dure, ça dure; apnée d'amour et de désir


 

Puisque j'en suis à parler d'amour entre élèves et professeurs, je ne peux pas ne pas évoquer l'exemple de Marcel Conche qui épouse sa professeur de lettres de 15 ans son aînée. Cela se passe en 1942. Marcel Conche a publié les lettres de sa femme dans Ma vie (1922-1947), un amour sous l'occupation et ses lettres dans Lettres à Marie-Thérèse (1942-1947).

Marcel Conche était élève-maître en première au lycée de Tulle lorsqu’il eut comme professeur une jeune agrégée des lettres classiques venue de Strasbourg, réfugiée à Tulle. Il lui demanda d’être sa « correspondante » en ville (condition pour avoir droit à la sortie du dimanche). Ainsi pouvait-il la rencontrer régulièrement. On les vit bientôt se promener la main dans la main dans les pentes de Tulle. Les vacances étaient l’occasion d’échanger de longues lettres. Presque toutes celles de Marie-Thérèse sont ici reproduites. Elles disent son amour inconditionnel, son souhait d’être épouse et mère, son immense bonheurlorsque ces choses-là sont arrivées. Presque aucune lettre de Marcel n’est ici reproduite. Elles disent une ardeur d’un autre ordre que l’amour humain, car, s’il s’agit d’amour, c’est d’un amour inconditionnel pour la philosophie. On a voulu qu’une figure de femme fasse l’unité de ce livre : on y voit sa vraie vie, qui commence par l’amour (1942), qui se continue par l’engagement auprès de l’époux, qui s’accomplit par le don de la vie (1947) – cela sans qu’il y ait de relâche dans le bonheur d’aimer, mais non sans tribulations (y aurait-il quelque risque à aimer un philosophe?).

les deux livres de lettres éditées par Marcel Conche, d'abord celles de sa femme en 2012 puis les siennes en 2016
les deux livres de lettres éditées par Marcel Conche, d'abord celles de sa femme en 2012 puis les siennes en 2016
les deux livres de lettres éditées par Marcel Conche, d'abord celles de sa femme en 2012 puis les siennes en 2016

les deux livres de lettres éditées par Marcel Conche, d'abord celles de sa femme en 2012 puis les siennes en 2016

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La dernière génération d'Octobre / Benjamin Stora

5 Avril 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

  La dernière génération d'Octobre

Benjamin Stora

Pluriel / Hachette Littératures

 

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Ce livre m'a été offert lors de mon court séjour pour Marilyn après tout, à Lille, où j'ai rencontré des anciens de l'OCI (organisation communiste internationaliste dite lambertiste), dont la femme de Jean-Loup Fontaine, responsable de la région Nord Pas-de-Calais aux temps anciens de ma militance frénétique.

Jean-Loup Fontaine était cadre dans les PTT et il a été un dirigeant syndical régional apprécié. Il avait un violon d'Ingres, la poésie. Il fut récompensé par le prix Max-Pol Fouchet en 1993 pour L'Âge de la parole aux Éditions de la Différence. Mais il était décédé précocement d'un cancer, quelques jours avant le prix. Un dirigeant politique engagé dans la vie réelle que j'ai accueilli à Corsavy à l'occasion d'une ou deux cargolades (avec le vin bu au pourou, à la régalade) pendant des vacances d'été après les camps de formation à Chamrousse. 

Je suis rentré à l'OCI en octobre 1969, après un GER (groupe d’études révolutionnaires) de quelques mois. Le mouvement de mai 1968 m'avait entraîné dans sa lame de fond. Enseignant depuis 4 ans au Lycée du Quesnoy, je me suis spontanément investi dans la grève et toutes les activités inhérentes à un tel investissement  : membre élu du comité de grève du lycée, présence aux commissions de réflexion pour une école du gai savoir, membre élu aussi du comité de grève de la ville, nouveau pouvoir municipal, ayant à résoudre problèmes de collectes d'argent et d'approvisionnement de la population. Cela me valut d'être contacté par le PCF. Je déclinai l'offre. L'entrée des chars brejneviens à Prague le 20 août 1968 me dissuada définitivement de fréquenter ou de voter pour ce parti. Les élections des 22 et 29 juin 1968 furent une énorme claque. Il me fallut être à l'OCI pour comprendre. Le PCF en soufflant à de Gaulle en 1° page de L'Humanité, fin mai, le mot d'ordre de Dissolution de l'Assemblée Nationale, Élections anticipées, donna à la CGT les moyens de faire reprendre le travail à 10 millions de travailleurs en grève, pour que la question du pouvoir se règle par la voie électorale. Le mot d’ordre de l’OCI a été Comité national central des comités de grève. On eut droit à l'Assemblée bleue CRS la plus musclée de la 5° République. Un leader CFDT d'Usinor à Trith Saint-Léger que j’avais fréquenté pendant le mouvement résista à cette reprise. Il écrivit plus tard un livre sur cette « trahison » par la CGT et le PCF. Je cherche vainement à retrouver son nom. Le PCF n'a fait que régresser au fil du temps. Le 29 juin, je ne pus voter, notre fille naissant ce jour-là. Des gens bien intentionnés dirent qu'elle naquit le poing levé.  Avec un collègue, nous eûmes droit à la destruction par le feu, sur la place de la ville, de nos mannequins, comme cela se fait dans le nord pour Caramantran. Devant le lycée, sur le goudron, nos noms à la peinture blanche et l'inscription Heraus. En 1974, lorsque je quittai le nord pour le sud, les inscriptions y étaient encore.

J'eus le temps en mai 68 d'aller à Paris pour une ou deux manifestations et à Nanterre où j'étais inscrit en 3° cycle de sociologie avec Henri Lefebvre comme directeur d'un mémoire sur la sociologie des lieux communs que je n'ai jamais terminé, sans doute parce qu'impossible d'y travailler sans moyens informatiques permettant d'établir des corpus, de quantifier afin de valider ou d'infirmer des hypothèses sur le poids et la stabilité des lieux communs dans les mentalités, selon les sexes, les âges, les milieux sociaux, la localisation régionale. Je reste persuadé de l'intérêt d'un tel sujet, l'étude des mentalités étant aujourd'hui un élément essentiel de la compréhension des comportements collectifs, de la résistance aux changements. J'ai interviewé Cohn-Bendit et quelques autres, Duteuil, Granotier,  qui m'exposèrent leur théorie et pratique de la provocation-répression-élargissement ou généralisation. J'ai rencontré Baudrillard, Loureau, Lefebvre, Castel (je l'avais déjà eu comme professeur à Rennes pendant mes années Saint-Cyr, 1959-1961). Ma curiosité était diversifiée. J’en ai parlé dans Mai 68, Emmanuelle Arsan, Emmanuelle, nous et moi (doux émois)

À la rentrée de 68, j'adhérais sur incitation de mon collègue incendié, à la CIR (Convention des institutions républicaines, mouvement de François Mitterrand, où je participais à la commission relations parti-syndicats). Sûr que si j'y étais resté, j'aurais fait de la politique autrement, peut-être en carriériste. Mais survint un événement, l'absorption de l'usine de bonbons Lutti par La pie qui chante. Grève avec occupation. Je demande que notre section intervienne. Réponse  : Lutti n'est pas l'épicentre de la lutte des classes. Cela me choque. J'interviens quand même, tombe sur des militants de l'OCI qui eux interviennent. Je me fais exclure de la CIR et rejoins 9 mois après, l'OCI. J'avais fait une expérience concrète du double langage de la social-démocratie ou du réformisme. Je ne fus ni du 1° ni du 2° Congrès d'Épinay (juin 1970, juin 1971).

À l'OCI, j'eus la responsabilité de plusieurs amicales, donc responsable d'un rayon, pseudo Redon, pensant à des grèves de ce temps en Bretagne, tout en militant syndicalement d'abord au SGEN, ensuite au SNES (tendance EEFUO) et enfin au SNLC-FO. Je suis resté à l'OCI qui devint OT puis PCI jusqu'à fin 1980 (jusqu'en  1974 dans le Nord, puis ensuite à Toulon) où je fus, avec une dizaine d'autres, exclu du PCI puis réintégré après appel à la commission de contrôle du parti par Pierre Lambert lui-même descendu à Toulon. Mais la violence de ce qui nous était arrivé nous avait définitivement coupé de tout désir de militer.

À la différence de Benjamin Stora - j'ai dix ans de plus - mon engagement ne compensait pas un exil et une solitude. Lui quittait l'Algérie en juin 1962, moi j'y arrivais en septembre et j'y suis resté jusqu'en février 1964. Je dirigeais une compagnie de transmission étalée sur 300 kilomètres de Tizi-Ouzou à Miliana. Je garde de ce séjour algérien - après mes 2 années à Saint-Cyr où j'ai vécu le schisme provoqué par l'OAS et les partisans de l'Algérie française, opposés par la violence de la guerre civile au reniement de de Gaulle ayant opté pour l'indépendance, au cœur des élèves-officiers de l'armée française (nous étions clivés, partagés et souvent ça finissait mal dans les travées des dortoirs le soir) - un bon souvenir (occupant à titre de protection des maisons de pieds-noirs abandonnées, en particulier à Tipasa, tout près des ruines dont Camus a parlé, négociant avec des fatmas de mechtas la préparation de couscous pour les hommes, me promenant tranquillement dans la casbah où quelques mois plus tôt, je me serais fait égorger), bref, j'ai côtoyé un peuple doublement manipulé qui avait payé un lourd tribut pour son indépendance et qui me paraissait sans haine envers les occupants en voie de retrait. Dans le midi, à partir de 1974, j'ai vécu l'inverse, le ressentiment aveugle des pieds-noirs et de leurs enfants, petits-enfants.

Je me suis rendu compte plus tard que les Algériens avaient été très divisés, deux clivages, entre harkis et indépendantistes (les harkis paient encore cher leur engagement aux côtés des Français), entre messalistes et FLN. Chose étonnante  : c'est pendant qu'il est à l'OCI que Stora fait sa thèse sur Messali Hadj, soutenu par l'OCI quand la Ligue communiste révolutionnaire soutient le FLN. Moi, j'ai entendu parler de Messali Hadj entre 1959 et 1961 à Saint-Cyr. L'armée, pour accomplir ses missions, sait utiliser tous les savoirs dont elle a besoin  ; c'est ainsi que j'appris que la revendication d'indépendance remontait à 1917, que Messali Hadj avait créé l'Étoile Nord-Africaine dès 1924 puis le Parti du Peuple algérien puis le MNA, mouvement national algérien, que le FLN était une dissidence du MTLD de Messali Hadj. Enfant de troupe à Tulle, je remontais pendant les vacances à Paris dans le 18° arrondissement à la Goutte d'Or, vivant avec mes parents et mon frère dans une chambre d'hôtel, quand MNA et FLN s'entretuèrent dès 1955. Cela se passait la nuit malgré le couvre-feu.

Je me souviens des cours d'action psychologique à Saint-Cyr qui visaient à laver le cerveau des opposants ou à gagner le cœur des populations avec les techniques en vogue des sciences humaines. (deux conceptions  : infiltrer, déstabiliser et détruire y compris par la torture l'ennemi, choix d'un certain nombre de militaires, genre Aussaresses - j'appris la torture par des élèves-officiers marocains et tunisiens, comme le nom des poseuses de bombe, Djamila Bouhired, Djamila Boupacha mais pas Zohra Driff -  ou couper le cordon entre population et terroristes en gagnant le cœur des populations, rôle du 5° bureau et des SAS). Le manuel d'un officier français sur les techniques de la guerre d'Algérie est devenu la bible de l'armée américaine pour ses guerres contre le terrorisme, préfacé par le général Petraeus  : Contre-insurrection - Théorie et pratique du lieutenant-colonel français, David Galula. Mais comme le remarque Stora, la guerre d'Algérie ne fut pas au cœur des préoccupations des révolutionnaires qui lorgnaient vers le Viet-Nam, l'Amérique Latine, la Palestine. Lui s'en est fait l'historien reconnu.

Quant à moi, en juin 2002, j'organisais un bocal agité algéro-varois sur les 40 ans de l'indépendance et le retour des pieds-noirs, avec 5 auteurs algériens dont 2 femmes et 5 auteurs français dont 2 pieds-noirs, bocal de 3 jours avec livre publié à Gare au théâtre et représentation des textes par les compagnies varoises au Revest. En novembre 2002, j'organisais un théâtre à vif sur le 60° anniversaire du sabordage de la flotte. Je pense que de telles actions ont fini par lasser les tutelles soutenant l'action théâtrale des 4 Saisons du Revest d'où mon éjection en septembre 2004 de la maison des Comoni, le théâtre du Revest que j'avais créé et dirigé bénévolement 20 ans durant.

Le vécu militant de Stora fut bien sûr le mien  : militantisme frénétique selon la méthode objectifs-résulats. Réfléchissant à ce volontarisme, à ce subjectivisme forcené, l'historien en voit la principale raison dans l'analyse très déterministe (matérialisme historique, l'histoire comme science) de la situation politique (pas une réunion sans analyse de la situation, toujours mobile) sous l'invariant des forces productives devenues destructives, évidence ou principe intangible du programme de transition de Trotski élaboré en 1938. 30 ans après c'était le même constat économique et politique d'où l'effondrement du capitalisme est imminent, d'où dégénérescence des appareils d'état bourgeois, imminence de la révolution  et comme, autre fondement du programme de transition, la crise de l'humanité se résout à la crise de sa direction révolutionnaire, il y a urgence à construire le parti, d'où fierté d'en être un constructeur actif et conscient, sentiment de supériorité puisque on sait où on va, même si on ne sait pas où ça va et comment ça y va (la révolution ne se décrète pas et ne se lit pas dans le marc de café).

J'ai observé le même type de fonctionnement idéologique dans le mouvement de Jacques Cheminade, Solidarité et Progrès, quand je me suis intéressé à leurs propositions économiques, bien ciblées, lors de la présidentielle de 1995 (0,28% des voix). Catastrophisme de la situation (en 2013, la situation est toujours catastrophique comme en 1995, comme en 1968) donc urgence à intervenir, à s'engager.

Organisations pompe à fric par conséquent au nom de l'indépendance du mouvement. À l'OCI, la phalange, la cotisation mensuelle, était de 10% du salaire. Ajoutées à cette taxe, les incessantes campagnes financières et d'abonnements à Informations Ouvrières. La méthode objectifs-résultats est  une méthode d'inspiration capitaliste censée combattre le capitalisme par des moyens capitalistes comme on combattait le stalinisme ou le gauchisme avec les méthodes staliniennes c'est-à-dire avec violence et autres ruses visant à s'assurer le contrôle des AG.

On trouvera dans ce livre nombre d'autres réflexions. Je retiens que mon séjour dans l'OCI a été le moment le plus propice au développement de ce parti. L'objectif de 10000 militants avait été fixé après l'arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981, le PCI ayant joué un rôle non négligeable dans ce succès en appelant au vote Mitterrand sans condition dès le 1° tour. Mais je n'étais plus au parti et j'avais été choqué du choix du parti après tout ce que j'avais entendu sur Mitterrand, ministre répressif pendant la guerre d'Algérie et sur ce qu'il avait été pendant la guerre, ses liens avec Bousquet. Les fluctuations tactiques et stratégiques d’un parti aussi rigide sur l’analyse de la situation ont donné ce « chef d’œuvre », la candidature de Schivardi, candidat des Maires de France à la présidentielle de 2007. Ils ont dû refaire les professions de foi suite à la plainte de l’association des maires de France et Shivardi a fait 0,34% des voix. En 2012, Cheminade a fait 0,25%.

Si j'en crois Stora, la doxa rigide du PCI qui faisait que cette organisation était atypique dans le paysage politique (Lutte Ouvrière aussi) a facilité l'adhésion, de jeunes en particulier, en recherche de repères, d'inscription dans une histoire. En militant, on entrait dans une famille et une histoire, une double histoire, celle du trotskisme héritier d'Octobre après la bureaucratisation des PC et celle du mouvement ouvrier international, gangrené par la social-démocratie et le stalinisme. La classe ouvrière mythifiée, universalisée comme sauveuse de l'humanité, cela empêchait de regarder à côté, de voir l'émergence d'autres mouvements, féministe, homosexuel, écologiste, jeunes branchés musique et drogues douces ou plus, remontée du religieux, des communautarismes, du racisme... Cela dispensait de penser, de produire de la théorie économique, politique  ; on vivait sur des acquis vieux de 30 ans et plus. Le PCI était fermé à la nouveauté. Peu curieux de littérature, peinture, cinéma, théâtre, culture. Un parti hors mode. Changer le monde mais pas la vie. Les débats sur la vie quotidienne et encore moins les essais de vie autrement qui avaient agité les débuts de la révolution d'Octobre (Anatole Kopp  : Changer la ville, changer la vie, plus les livres importants de Henri Lefebvre, aujourd’hui de Pierre Rahbi) n'étaient pas à l'ordre du jour. Cela engendrait aussi des exclusions à la pelle comme dans le mouvement psychanalytique, des réécritures des récits fondateurs, bref des pratiques cautionnées par le centralisme démocratique, un oxymore qui a causé les plus grands dégâts.

Après le PCI, Stora a quelques temps cherché à construire une aile gauche au PS. On voit bien que de telles tentatives, sans cesse reprises, ne donnent rien. Les lois de l'histoire sont plus fortes que les appareils dit le programme de transition. La preuve n'en a pas encore été faite.

Pour ma part, dès 1983, je suis devenu conseiller municipal du Revest-les-Eaux jusqu'en 1995. J'ai contribué à y créer un festival de théâtre puis un théâtre, la Maison des Comoni, que j'ai dirigé bénévolement pendant 21 ans. En 1997, je me suis présenté aux législatives anticipées sans étiquette mais sur une ligne de rupture avec la finance internationale (loi Glass-Steagal, mise en faillite des produits financiers dérivés toxiques, poursuite pénale de Soros qui avait spéculé contre le franc ...) et sur une ligne de rupture avec les partis comme moteur de la démocratie parlementaire, préconisant des candidatures de citoyens sur la base de signatures citoyennes (j’ai fait 1% des voix dans la 3° circonscription du Var, celle où Yann Piat avait été assassinée, en 1994).  En 2006, je suis rentré au PS pour soutenir la candidature de Ségolène Royal  ; j'ai vite compris qu'on devait son échec de 2007 pour l'essentiel au PS dont je suis sorti. En 2008, j'ai conduit une liste contre le maire actuel sur un programme de village écocitoyen et mes collègues avaient décidé avec moi qu'on renoncerait à nos indemnités pour les mettre au service de projets citoyens d'intérêt collectif. Le bon exemple ne nous a pas suffi pour gagner. On a quand même fait presque 15% des voix. La quasi-totalité de la liste de 2008 s'est représentée en 2014, moi m'abstenant en raison de mon âge, même programme, 28% des voix, 3 élus d'opposition. Ça ne suffit pas à faire évoluer le village ou plutôt le maire, professionnel de la politique, peu soucieux de laisser le souvenir d'un "visionnaire". Voir mon article: Le Revest, histoire d'un échec collectif. Devenu colibri, je l'ai vu en janvier 2016 pour lui parler incroyables comestibles et auto-suffisance alimentaire. Il faut 5 ha de terres agricoles. Réponse: nous n'en avons que 3. Les écoles du Revest ne profiteront pas des produits cultivés au Revest alors qu'il y a La Tourravelle, en friches et en ruines. À comparer avec le domaine de Tourris, redevenu productif avec 1200 oliviers et 5 ha de vignes. Je renonce définitivement à m'intéresser au devenir de ce village-dortoir de résidents aisés pour la plupart.

Si nous en sommes où nous sommes, je pense que nous le devons à notre soumission volontaire. Nous nous complaisons dans les contradictions, et les tentatives de mettre de l'ordre, de résoudre logiquement, humainement les situations sont généralement vouées à l'échec. Je pense de plus en plus que nous sommes agités par des forces et des énergies de faible valeur, de petite amplitude, style vide quantique et ses fluctuations, rien à voir avec le grand soir vainement attendu, les petites et grandes explosions de violence sociale comme moteur de l’Histoire, que nous sommes joués au milliardième de seconde dans des jeux de toutes sortes (les jeux financiers se jouent avec des machines et des modèles mathématiques donnant des milliards d'ordres à la seconde) et que nous sommes à l'image de ce qui se passe dans l'univers. Nous devrions développer des métaphores (une métaphore est sans doute plus heuristique qu’un concept, nous avons besoin de pluralité de significations dans un monde et un univers aussi opaques où la transparence n’est atteinte qu’occasionnellement) empruntées à l'univers et à ses incertitudes (je dis  incertitudes pour prendre le contre-pied du scientisme qui ne parle que de lois, d'ordre, de constantes quand les plus récentes découvertes et théories semblent nous acheminer vers l'inconstance des constantes) pour tenter de parler de nous. Ne sommes-nous pas agités comme des mouvements browniens de 7 milliards de particules, d'hominuscules  dans un bocal nommé Terre ?         

 

JCG

 

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Misfit/Adam Braver

28 Mai 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

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Misfit d'Adam Braver

Éditions Autrement

 

Ce roman sort au moment où Marilyn et son mythe sont célébrés, 50 ans après tout.

S'appuyant sur des situations réelles, lieux et dates, personnages, ce roman réussit à nous mettre dans la tête de Marilyn. Il s'agit d'une tentative de nous faire entrer dans l'univers mental de Marilyn par empathie. L'usage du « tu » est le signe de cette tentative d'empathie ; en s'adressant à toi, l'auteur se met à ta place avec la petite distance existant entre « je » et « tu ». Dire « je » c'est véhiculer l'illusion que ce qui est dit est vrai, sincère. En disant « tu », l'auteur nous laisse apprécier, évaluer la vérité, la sincérité de ce qu'éprouve Marilyn.

Les scènes décrites ne sont pas chronologiques : série de scènes entre 1937 et 1954, 27 juillet 1962 en 4 épisodes répartis dans le livre : le fameux week-end chez Sinatra à Cal-Neva Lodge, 1956 et l'Actors Studio, 1957-1960 avec le tournage des Misfits en 1960, 6 chapitres, janvier-juin 1962, et pour terminer, une semaine après le 28 août 1962, à la morgue donc. Les moments ne sont pas nécessairement les plus connus. Il s'agit de nous faire pénétrer dans l'univers de Marilyn, sa fragilité, ses peurs et angoisses, sa culpabilité …

Ce roman est un mixte de biographie et de fiction. Je l'ai lu avec plaisir. Les chutes des chapitres sont souvent intéressantes parce qu'inattendues.

 

Jean-Claude Grosse

 

 

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Dans les forêts de Sibérie/Sylvain Tesson

2 Janvier 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Dans les forêts de Sibérie

de Sylvain Tesson

 

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Sylvain Tesson a passé près de 6 mois dans une cabane au bord du Baïkal, sur la rive occidentale, entre février et le 28 juillet 2010. Il a quitté le Baïkal, le jour où avec quelques écrivains français nous allions à la rencontre d'écrivains russes et bouriates, au bord du Baïkal, sur la rive orientale, la rive bouriate. Nous y avons passé 21 jours pour un bocal agité. De son séjour d'ermite, il a ramené ce livre. De notre rencontre avec écrivains, comédiens, metteurs en scène, nous avons ramené un livre Baïkal's Bocal et des vidéos.

Le livre de Sylvain Tesson est un journal tenu au jour le jour sauf les 9 jours nécessaires au renouvellement de son visa. Ermite volontaire, pour rompre avec sa vie d'aventurier : savourer le temps plus qu'avaler l'espace, rompre aussi avec le monde d'où il vient mais où il reviendra. De ce monde lui arrivent quelques nouvelles par visiteurs intempestifs et une par téléphone satellitaire : celle qu'il aime le laisse tomber. L'ermite amoureux en est ravagé et se défonce dans des escapades harassantes.

La vie d'ermite est faite d'un certain nombre d'activités, une quinzaine, de moments de paresse, de contemplation de divers endroits, derrière la vitre, au niveau de l'eau, en hauteur entre 0 et 2000 mètres, de lectures, d'écriture, de rencontres, les unes prévues, les autres, inattendues, tonitruantes.

Le journal est rempli des échos des lectures. De nombreuses citations, judicieuses, profondes, donnant à réfléchir. L'ermite très actif, hyperactif même, n'hésite pas à nous livrer ses réflexions, comparant la vie d'ermite, bien équipé, jamais seul très longtemps, car il rend visite, reçoit des visites, à la vie urbaine. En gros, l'ermite vit dans la proximité, de la proximité, de son travail de pêche, de cueillette, de ses talents de bricoleur, d'arrangeur. Il prélève sur l'environnement immédiat ce dont il a besoin, sans excès. Il vit l'immédiat, au contact des éléments, souvent en furie. Sylvain Tesson nous décrit bien les lieux, leur végétation, les variations observées, les présences, des plus petites (insectes et moustiques) aux plus dangereuses (ours, silènes). Son vocabulaire est riche, c'est le vocabulaire de celui qui sait nommer ce qu'il escalade, qui sait nommer ce qu'il voit, hume, touche. Beaucoup de comparaisons entre les spiritualités et les philosophies, le bouddhisme, le shivaïsme, le stoïcisme, le pofigisme, le christianisme. Beaucoup de réflexions sur les attitudes possibles sous ces latitudes et dans ces conditions. Ce qui anime Sylvain Tesson c'est prendre part au chant du monde, sans théorie ou religion adoptée, comme ça vient, comme ça s'offre, une forme d'épicurisme plus sensible aux plaisirs pris qu'aux déplaisirs évités. D'où les plaisirs des cigares (ne pas comparer un Roméo ici bas et un Partagas ici haut), les plaisirs des rituels russes (les toasts à la vodka ; on a parfois l'impression que l'ermite a un penchant prononcé pour ce poison, c'est le poison ravageur de la Russie, ce qui rend possible le pofigisme : mélange d'indifférentisme et de force vitale).

Un paradoxe : Sylvain Tesson cite Nietzsche évoquant les ravages des livres asséchant leurs lecteurs et son livre est rempli de citations, de réflexions à partir de ses lectures. C'est que c'est un lecteur actif, critique. On est étonné d'ailleurs par le choix des livres, souvent à mille lieues de sa situation, livres dépaysants, nécessaires pour l'éveil.

Un autre paradoxe : l'ermite revient au bout de six mois et se révèle comme quand il faisait l'aventurier, un excellent communiquant. Il sait écrire (parfois c'est un peu léger au niveau de certaines comparaisons) et il sait le faire savoir et il se vend bien. Il y a une envie de partage peut-être un peu suspecte qui rend un peu suspecte l'aventure. Elle a été réelle mais a t-elle été authentique ? Je tranche en pensant que bien peu oseraient un tel séjour, que Sylvain Tesson a le droit d'être ermite six mois et citadin bien d'autres mois, en attendant une nouvelle démangeaison, une nouvelle pulsion de forte solitude contemplative et active. Le panthéisme qui se dégage du livre est réjouissant, matérialiste, sensualiste, un panthéisme d'athée. Manque dans ce livre, la rencontre du chamanisme, si présente au Baïkal, plus peut-être sur la rive bouriate que sur la rive occidentale.

Ces quatre vers de William Blake me semblent en partie résumer l'aventure spirituelle et charnelle de l'auteur :

 

Voir un Monde dans un Grain de sable

Un Ciel dans une Fleur sauvage

Tenir l’Infini dans la paume de la main

Et l’Éternité dans une heure.

 

William Blake,

Augures d’Innocence.

 

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Marilyn, une femme/Barbara Leaming

19 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

 

Marilyn, une femme

par Barbara Leaming

 

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Cette biographie date de 2000. Elle est bien documentée pour le point de vue qu'elle adopte, l'essentiel étant centré sur le conflit permanent entre le Studio et Marilyn. Le récit sur plusieurs chapitres aboutissant à la victoire de Marilyn sur Zanuck est presque fastidieux, tant les péripéties sont innombrables, illustrant ces deux lieux communs américains : business is business, time is money. Pratique du double jeu, secrets et effets d'annonce, utilisation habile des rivalités, utilisation habile ou maladroite des médias, importance du temps, des dates (tenir jusqu'à … puis accélérer … ), pressions diverses, menaces, procès, mises à pied, suspensions … Marilyn a appris à se battre en écoutant, voyant, souffrant et finalement, par son obstination, sa férocité, son habileté, ses maladresses aussi, elle obtient un contrat à la mesure de son rêve, de son attente, de son talent voire de son génie. Ce récit montre pour qui en douterait que les plans les plus élaborés peuvent échouer parce que des éléments imprévus se présentent, des événements inattendus ont lieu. Il faut faire avec, s'adapter. Ce récit montre que l'on peut souvent se tromper sur les intentions de ses partenaires comme de ses adversaires. Marilyn a connu maintes trahisons comme elle aussi a trahi mais dans la balance, ceux qui ont voulu se servir d'elle sont plus nombreux que ceux dont elle s'est servi.

On s'aperçoit que la vie de rêve ne l'est pas. Qu'Hollywood est une machine à exploiter, à broyer, sans état d'âme, seules les rentrées d'argent comptant. Payée de façon dérisoire alors même qu'elle rapporte déjà beaucoup, soumise à des rythmes ou des cadences infernales (4 jours entre la fin d'un tournage et le début d'un autre, horaires exigeants : 7 heures du matin … ), considérée comme une image sans cervelle, un visage sans cerveau, méprisée dans ses désirs de perfection, ignorée dans ses remarques sur les rôles, les personnages qu'on lui fait jouer, on se dit que l'énergie déployée par Marilyn pour se battre et gagner a été colossale, qu'il lui fallait une motivation d'une force exceptionnelle.

C'est son rêve d'enfant, devenir une star à Hollywood, inauguré avec Grace Mc Kee, qui l'a porté toute sa vie. Rêve puéril comme celui de milliers d'autres au moment de la crise de 1929, pour échapper au quotidien des familles d'accueil, de l'orphelinat, des agressions sexuelles précoces. Elle aurait tout aussi bien pu devenir une épouse comme tant d'autres dont la vie s'arrêtait à 20 ans. Cela faillit être son cas avec son mariage à 17 ans avec Jim Dougherty. Mais son rêve était très fort (elle l'a dit : en contemplant la nuit de Hollywood, je pensais : il doit y avoir des milliers de filles seules comme moi qui rêvent de devenir vedettes de cinéma ; mais je n'ai pas à me préoccuper des autres ; c'est moi qui rêve avec le plus de force), elle ne craignait pas la concurrence et sa proximité géographique avec Hollywood nourrissait son rêve (elle voyait les lettres RKO depuis une fenêtre de l'orphelinat).

Cette force s'origine t'elle dans le rejet de Norma Jeane par sa mère Gladys qui a tenté de l'étouffer à sa naissance et l'a livrée par manque de moyens et par instabilité aux familles d'accueil ? On a dit que les problèmes de Marilyn avec le studio étaient d'origine psychologique. Il faut alors s'entendre. Elle n'était pas intéressée par l'argent, elle voulait être merveilleuse, être admirée non comme la madame blonde qui roule des hanches, la sex symbol, la bombe sexuelle, objet des fantasmes masculins, mais comme artiste, comme actrice talentueuse, être respectée comme femme avec une cervelle et un coeur. Et elle a mis tout son talent, toute son énergie pour atteindre et obtenir l'amour et le respect des autres.

On peut dire cinquante après qu'elle a réussi. Mais réussite paradoxale, comme s'il y avait un malentendu. Marilyn en fréquentant l'Actor's studio veut se faire reconnaître dans des rôles tragiques ou dramatiques (Grushenka, les femmes chez Shakespeare et Tolstoï, elle aurait pu penser à Molly de Joyce). Or, ce sont ses rôles comiques qui restent et resteront. Elle réussit à infléchir les rôles stéréotypés que lui concoctait le studio, à leur donner un contenu très personnel et ce sont ses rôles que le public a aimés et aime. Elle a sous-estimé ses compositions comiques (le mot composition n'est pas bon car elle habitait son personnage), elle a sous-estimé la Fille, la Marilyn qu'elle a créée ; elle cherchait une actrice qui sans doute ne lui convenait pas, une actrice que les circonstances ne lui ont pas permis de rencontrer (l'échec de son mariage avec Arthur Miller étant la principale raison mais aussi sans doute les limites d'Arthur Miller lui-même comme dramaturge tant dans Les Misfits que dans Après la chute).

Terminons en soulignant que les rôles comiques de Marilyn rencontraient et rencontrent l'adhésion du public américain, encore très puritain, en ce sens qu'ils donnent de la sexualité une image innocente, inoffensive et donc permettent aux Américains et aux autres de se réconcilier avec la sexualité, enseignée, intériorisée comme dangereuse, destructrice, coupable. Arthur Miller est caricatural de ce point de vue là tant il charge Marilyn dans Après la chute pour se disculper, fuir sa propre culpabilité (coupable d'adultère avant son divorce d'avec sa femme Mary).
Cette biographie commence par le triangle Kazan-Miller-Marilyn et s'achève sur le même triangle. C'est extrêmement intéressant car cela nous rappelle des souvenirs de cinéphile (Sur les quais avec Marlon Brando, Un tramway nommé désir avec Marlon Brando et Vivien Leigh, Baby Doll avec Marlon Brando et Marilyn Monroe mais Kazan ne voulut pas de Marilyn qui fit tout pour obtenir le rôle et Marlon ne put le faire non plus) et la triste époque du maccarthysme (Kazan en délateur, Miller en homme de conviction défendu par Marilyn).

Les documents de Barbara Leaming en particulier les carnets de Miller lui ont fourni la matière d'une approche psychologique parfois irritante en ce sens que Marilyn est reconstituée à partir de documents d'autres sur elle or personne dans ces documents n'est neutre, objectif ; tous ont des intentions, il y a toujours des enjeux et cela donne une biographie où l'on a l'impression que tout est calcul, enjeux, manipulation, intentions cachées, inavouées, erreurs d'appréciation … Cela conduit Barbara Leaming à des formules genre : il était clair …, à l'évidence … Autrement dit, Barbara Leaming est persuadée de dire la vérité sur les uns et les autres et cette approche psychologique la conduit à conclure au suicide de Marilyn. Elle transforme en destin après avoir tellement mis l'accent sur les péripéties, les imprévus, les jeux d'influence occultes ou pas, la vie de Marilyn, habitée par une pulsion de mort liée à sa mère Gladys et par un instinct de survie également puissant mais la nuit du 4 août, Marilyn avait finalement accepté le jugement maternel … elle avait achevé le geste que Gladys avait entamé à ses yeux en tentant de tuer sa petite fille (page 445).

Ce qui échappe me semble t-il à la biographe c'est :

Elle avait le cœur pur. Elle n'a jamais compris ni l'adoration ni l'hostilité qu'elle suscitait (Edward Wagenknecht)

Pour survivre, il lui aurait fallu être soit plus cynique, soit encore plus détachée de la réalité qu'elle ne l'était. Malheureusement, elle était tel un poète des rues qui s'efforce de faire entendre des vers à une foule railleuse et méprisante (Arthur Miller)

Il vaut mieux être malheureuse seule que malheureuse avec quelqu'unI ( Marilyn)

Une carrière c'est quelque chose de merveilleux mais on ne peut se blottir contre elle la nuit, quand on a froid (Marilyn)

L'argent ne m'intéresse pas. Je veux simplement être merveilleuse (Marilyn)

 

Jean-Claude Grosse

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Marilyn, la dernière déesse/Jerome Charyn

12 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Note de lecture sur

Marilyn, la dernière déesse/Jerome Charyn

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Ce livre de la collection Découvertes/Gallimard date de 2007. La bibliographie comporte 14 titres, l'essentiel des titres sur Marilyn. Iconographie et légende de qualité. Témoignages et documents bien choisis.

Que nous apporte ce livre ? Des points de vue dont celui de Charyn. Des points de vue contrastés, à l'image de la Jekill and Hyde féminine que fut Marilyn (qui était Gémeaux), femme de lumière (pour autrui) et d'obscurité (à soi), me semble-t-il. Disons que de ces contrastes émerge une femme qui apparemment échappe aux clichés qu'on a présenté d'elle, ce que l'on pressentait. Intelligente, usant de stratagèmes le plus souvent inconscients, réactions somatiques si l'on veut, pour faire entendre raison autrement que par des arguments à ceux qui prétendaient la diriger dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée. Elle a payé le prix fort de cette radicale indépendance ou liberté alors même qu'elle était sous contrat avec des magnats ressemblant à des soudards. Certes, elle s'est plantée avec les Marilyn Monroe Productions, mais n'avait pas renoncé comme le montre sa lettre à Lee Strasberg dans les Fragments. Elle a ouvert la voie à l'indépendance des stars par rapport au star-system. Elle a su séparer, à peu près, vie publique et vie privée, ce que font aujourd'hui la plupart des vedettes.

Ce que ce livre rend perceptible aussi sans que l'on rentre dans les détails, c'est la difficulté à séparer la légende et la réalité, à trouver la vérité. Entre les rumeurs colportées par le service communication des studios, favorables ou défavorables à Marilyn selon ses rapports avec les patrons, les légendes inventées par elle sur son enfance, son adolescence, celles colportées par les plumes acerbes ou chaleureuses des chroniqueurs d'Hollywood, celles colportées par ses hommes, amants, collègues, partenaires … il est impossible de reconstituer un chemin de vérité. On en est réduit à se dire que cette image composite, floue, fruit de multiples interactions d'images n'est maîtrisée par personne, et pas par la personne concernée, cela malgré son indéniable talent et travail sur elle (son corps et son visage ; elle dit sa capacité à faire dire à son visage ce qu'elle veut) et son image (elle passe des heures à LA regarder, en réalité à la fabriquer avec les magiciens qui s'occupent de ses cheveux, de son maquillage, de son corps).

Ce qui me frappe, en écrivant ceci, c'est le relativisme affiché par Marilyn sur la célébrité dont elle sait qu'elle est éphémère et qu'elle ne sert à rien quand on est seule et qu'on a froid la nuit, qu'elle la doit pour l'essentiel à la chance et aux hommes qu'elle a rencontré au bon moment (Johnny Hyde qu'elle a couvert de son corps, la nuit de sa mort, à l'insu de la famille du défunt, dit la légende inventée par Elia Kazan mais c'est si vrai ; ou Lee Strasberg pour sa carrière). Autrement dit, non une vie comme un destin, non une vie comme une tragédie, mais une vie jouée aux dés, une vie livrée aux hasards, Marilyn intervenant avec son intelligence non pour maîtriser, orienter mais dévier ( comme au jeu de billards). Elle dit d'une fille intelligente, qu'elle embrasse mais n'aime pas, qu'elle écoute mais n'est pas dupe, qu'elle quitte avant d'être quittée. Joyce Carol Oates dit que Marilyn, née au moment de la grande crise de 1929, avait une chance sur des millions de devenir ce qu'elle est devenue. Elle avait si peu d'atouts (un corps de rêve, des rêves fous et forts, et un inconscient qui lui a fourni le meilleur (son talent comique mais pas exclusivement) et le pire (ses angoisses, insomnies, ses peurs, ses dépendances). La chance, l'intelligence et les circonstances (la guerre froide, l'anticommunisme des Américains, le maccarthysme – elle fit preuve d'une solidarité exemplaire avec Arthur Miller, lui-même courageux face à ces inquisiteurs – , la fabrique à rêves – moyen d'une domination culturelle mondiale dénoncée par les soviétiques – , l'émergence de la sexualité dans une Amérique puritaine où il faut échapper à la censure … ) ont donné ce cocktail indescriptible : Marilyn Monroe, que je vois moins en déesse qu'en sirène, être hybride. Et parmi les sirènes, 

– là-bas ! Thelxiopé la troublante ! ici ! Thelxinoé l'enchanteresse !

Mais ce pourrait être Himeropa, Parthénopé, Molpé, Aglaophone, Aglaopé ... 

 

Jean-Claude Grosse

 

 

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Fragments/Marilyn Monroe

5 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Pour le 49° anniversaire de la disparition de Marilyn Monroe, le 5 août 1962, à 4 H 25, (on lira Enquête sur un assassinat de Don Wolfe par exemple), cette note de lecture sur les Fragments publiés en octobre 2010.

 

Note de lecture sur

Fragments de Marilyn Monroe

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Voilà une belle réalisation éditoriale, des présentations claires, des photos significatives (Marilyn lisant ou écrivant, une seule), les fragments originaux avec l'écriture généralement au crayon de Marilyn, textes parfois tapés à la machine dont un avec la signature de Marilyn, les mêmes fragments tapés en anglais et en français, une préface érudite et interprétative d'Antonio Tabucchi.

Ce qui frappe, c'est la variété des supports, papier à en tête d'hôtels célèbres, carnets noirs Record, agenda italien, cahier rouge, carnet d'adresses, feuilles volantes … Aucun fétichisme, aucune méticulosité, tout est bon pour le moment d'écriture car il est vital de coucher des mots. Crayon, stylo à bille, stylo à encre, machine à écrire. Des ratures, des remords, des ruptures de ton. Elle pense, se sert de ses moyens de compréhension mais l'émotion est là, les larmes coulent, troublent la pensée, font perdre le fil. Ce ne sont pas des textes destinés à la publication. Somme toute, il y en a assez peu sur 28 ans (1943-1961). Marilyn n'est pas auteur, ne souhaite pas l'être. Ces fragments sont des aides, des mises en mots destinées à faire le point sur tel ou tel épisode de sa vie professionnelle, sentimentale. Pas mal de notes sur le métier d'acteur, sur ses rapports à cet art, nécessaire à sa vie, son rêve, qui la tient debout. Elle est douée d'une sensibilité donnant à ses interprétations plus que ce que Hollywood attend, faisant le succès de ces films – des comédies pour l'essentiel– tissant avec le public une relation particulière ; elle l'a dit, c'est le public qui m'a fait, pas les studios. Et en même temps, elle est terrorisée, angoissée, craint la folie héréditaire, manque de confiance en elle, a besoin du soutien de Paula, de Lee Strasberg dont elle note cette phrase terrible : il n'y a que la concentration entre l'acteur et le suicide (page 217). Ce qu'elle dit sur ses peurs qui remontent à loin et que les analyses ne règlent pas est précis, lucide. Mais cela ne suffit pas à ne plus avoir peur. Et le faut-il ? Puisque ces peurs sont le ressort de son génie. Deux phrases comme des aphorismes. Pour la vie C'est plutôt par détermination qu'on ne se laisse pas engloutir. Pour le travail La vérité peut seulement être retrouvée, jamais inventée (page 183). On retrouve cette lucidité désenchantée quand elle évoque son amour avec Jim (elle a 17 ans) ou avec Arthur (elle en a 30).

Ce qui m'a frappé dans ce petit ensemble de fragments intimes, c'est la présence de la nature, arbres et feuilles, herbes, êtres vivants, souffrants, personnifiés, la lune, les pierres, des animaux, chiens, chats ; beaucoup de compassion là-dedans par identification. Marilyn est très sensible à ce qui se passe en elle mais aussi à ce qui se passe chez l'autre, pas nécessairement une personne mais une chose, une poupée … Évidemment et c'est le plus triste dans toute cette tristesse qui se dégage, c'est ce que la vie lui a appris, j'ai appris de la vie qu'on ne peut aimer l'autre, jamais, vraiment (page 139). Plonger dans ces fragments, poèmes, lettres c'est découvrir une femme sans complaisance vis à vis d'elle, exigeante dans ce qu'elle attend d'elle, veut pour elle.

Une surprise : rien concernant Di Maggio pourtant toujours là quand c'est grave (l'épisode de la clinique psychiatrique est édifiant, c'est lui qui la sort de cet enfer ; et dire qu'on remet ça aujourd'hui en France avec la législation depuis le 1° août 2011 sur l'hospitalisation sous contrainte ; c'est lui aussi qui organisera les obsèques écartant le tout Hollywood et l'ignoble Franck Sinatra ; Arthur Miller ne s'y manifestera pas ; il écrira Après la chute).

Une autre surprise : le projet de recréer, en date du 19 décembre 1961, après l'échec des Marilyn Monroe Productions, un nouveau studio indépendant avec Marlon Brando (nom de code : Carlo), Lee et Paula Strasberg, au service des artistes, preuve de la ténacité de Blonde, mais l'année 1962 allait lui réserver le meilleur et le pire (le 19 novembre 1961, elle rencontre Kennedy).

Le manque d'amour solide et d'attention, avec pour conséquence la méfiance et la peur du monde. Je n'en ai rien retiré de bien excepté ce que cela m'appris des besoins essentiels des tout-petits, des malades et des faibles (page 255).

Ces fragments ne peuvent donner une vision globale de la vie de Marilyn. Ils ne peuvent servir de biographie. Mais qu'importe. Seuls quelques fragments de nous toucheront un jour des fragments d'autrui. La vérité de quelqu'un n'est en réalité que ça – la vérité de quelqu'un(page 45). Aujourd'hui, la poétique du fragment est la norme. On n'a plus la tentation de la globalité, de l'unité d'un être, d'une vie.

 

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De ces fragments de Marilyn se dégage pour moi, une image de bonté, d'amour inconditionnel pour ce qui vit. Pour se maintenir dans cette bonté, cet amour, que de souffrances, de désir de mort, d'expérience de la solitude, d'acceptation-rejet de cette solitude pour aimer bravement et accepter, autant qu'on peut le supporter (page 155)

D'où l'intérêt des photos d'André de Dienes nous montrant une Marilyn mariale dans les nuages, en prière, extatique ou dolorosa. Là je me démarque d'Antonio Tabucchi en recherche de la poudre du papillon. Rêver de Marilyn qui rêve d'être un papillon (page 18). Marilyn a à la fois la légèreté du papillon (de jour, de nuit ; leurs différences !) et la carnalité double de la Femme (jeune fille romantique et amante universelle).

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Je suis tes deux directions (page 39).

 

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Jean-Claude Grosse, à Corsavy, le 3 août 2011

 

 

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Marilyn Monroe/Don Wolfe/Joyce Carol Oates

1 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Marilyn Monroe/Don Wolfe/Joyce Carol Oates

Marilyn Monroe

Don Wolfe/Joyce Carol Oates

 

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Travaillant au livre à 36 voix, Pour Marilyn, je suis amené à lire un certain nombre de livres, biographies, romans. Pour finir, ce seront les Fragments de Marilyn elle-même.

 

Marilyn Monroe/Enquête sur un assassinat de Don Wolfe date de 1998. 15 ans d'enquête, 6 ans d'écriture, c'est un temps considérable pour un résultat convaincant, en cinq parties. La 1° est consacrée à la mort de Marilyn. De plus en plus de livres et de documentaires télé comme le Contre-Courant de Stéphane Paoli du 21/11/2003 avancent la thèse d'un assassinat le 4 août maquillé en suicide le 5 août. Les motivations sont nombreuses, les principales étant les révélations supposées de Marilyn lors d'une conférence de presse prévue le 6 août, révélations sur les agissements et les projets du Président et de l'attorney général. Marilyn prenait des notes de ses conversations et son carnet rouge présentait une menace pour la sécurité nationale, d'après le FBI et la CIA. La présence de Robert Kennedy est attestée tant dans l'après-midi que dans la soirée du 4 août. Les détails varient d'un auteur à l'autre. Les variations sont plus importantes sur les causes : assassinat (homicide volontaire), maladresse médicale (homicide involontaire), sur les commanditaires et les exécutants, sur les complicités voulues ou involontaires. On peut renoncer à la théorie du complot mais observer de curieuses connivences de fait entre des protagonistes aux intérêts différents : Kennedy, Lawford, Greenson, Murray, Engelberg, Newcomb, Jefferies … On peut aussi constater ou admettre que ce que l'on appelle machine d'état, appareil judiciaire fonctionnent comme des machines et des appareils, se mettant au service de ce qui doit rester caché. On est impressionné par l'acharnement à ne pas relancer l'enquête, à ne pas présenter l'affaire devant un grand jury … Bref, le mystère de la mort de Marilyn, en grande partie élucidé, reste tout de même mystérieux.

Les autres parties du livre nous décrivent l'enfance de Norma Jeane, l'orphelinat, les familles d'accueil, le mariage à 17 ans, la pin-up, le bout d'essai, le premier contrat à 75 dollars par semaine et le nouveau nom : Marilyn Monroe, née le 24 août 1946, les films et mariages, les ruptures avec les maris comme avec Hollywood ou New York. J'ai apprécié les 4 parties consacrées à Marilyn Monroe, Zelda Zonk car elles sont écrites par quelqu'un qui a appris le métier d'acteur, qui a travaillé aux studios et qui donc fait preuve d'empathie pour son sujet et de connaissance sur son art. Il y a des trouvailles d'écriture qui font de cette biographie plus qu'une biographie, déjà un roman. Évidemment, on sort éprouvé de cette lecture. Certains chapitres comme le 58° sur le week-end des 28 et 29 juillet 1962 au Cal-Neva Lodge à l'invitation de l'infâme Franck Sinatra donnent la nausée. D'autres ouvrent sur des abîmes (le mystère de cette femme, de cette personne) comme le 41° : Ne tuez rien, s'il vous plaît ! J'en conseille la lecture ; c'est une mine qui se nourrit du travail de prédécesseurs sans les répéter inutilement. Les sources sont indiquées avec précision. Je relève au passage, la discrétion de M.M dans sa vie privée. Certes, avec la presse aux trousses, il y eut des révélations, scandales mais elle a su à de nombreuses reprises devenir anonyme, passer incognito et se préserver, préserver ses RV, ses rencontres. Perruque, lunettes noires, imper, noms de code et hop !

 

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Blonde de Joyce Carol Oates date de 2000. C'est un roman et non une biographie, une synecdoque comme dit l'auteur dans sa note. L'empathie de Joyce Carol Oates pour le personnage de Norma Jeane est communicative. L'auteur, en 1110 pages (Livre de poche), réussit à nous faire rentrer dans la peau, l'âme de son personnage (La peau est mon âme. Il n'y a pas d'âme autrement. Vous voyez en moi la promesse de la joie humaine). On ne cherchera pas à démêler la fiction et la réalité. On a affaire comme dit l'auteur à une tragédie en 5 actes avec deux registres d'écriture, une écriture réaliste pour la réalité extérieure et une écriture surréaliste pour l'intime, la vie intérieure, les rêves, visions, hallucinations, un roman pluriel, à multiples voix, avec une présence forte du sexe (très impressionnant de voir comment cette romancière pudique sait nous balancer à la gueule nos turpitudes, nos fantasmes …), avec aussi cette recherche de l'amour, cet amour de la vie, de toute vie, son amour de la nature, même si Norma est plus citadine que paysanne. La variété des écritures me semble oeuvrer dans le sens d'une composition juste du personnage, aller dans le sens de la vérité du personnage : on est embarqué, on est touché, on s'attache, on n'abandonne pas (comme elle a été abandonnée partiellement par la mère, totalement par le père mais comme elle qui n'a jamais abandonné). Si on veut comprendre la blonde, il faut partir du contexte : la grande crise de 1929, comment s'en sortir ?, le mariage à 17 ans, fin de la vie pour la plupart des jeunes filles de l'époque, devient pour Norma, le point de départ d'une conquête de soi, d'une affirmation de soi, au travers d'une blonde sophistiquée créée par l'usine à rêves, même si le prix à payer fut en partie celui du cul (beaucoup ne voyaient que son cul, d'autres les seins, d'autres la bouche, les lèvres en O parfait, disant Mmmm, d'autres les yeux, quelques-uns le visage, et très rares, la femme, la personne ; s'il existait des photos prises par des soldats de Corée ou des souvenirs de son tour de chant ! en tout cas, elle sut montrer à ceux qui avaient produit la ravissante blonde idiote qui roule des hanches, qu'elle était une sacrée femme ; élevée un temps dans la Science chrétienne, il semble que l'affirmation de Mary Baker Eddy sur l'irréalité du mal ait influencé Norma Jeane qui semble avoir traversé les épreuves mauvaises et méchantes comme si elles ne l'atteignaient pas ; elle était sans doute blessée ; trop de signes : dépression, addictions diverses montrent les effets du mal mais malgré tout, à chaque fois, elle rebondit, à chaque fois, elle puise l'énergie contre ses propres tentations d'abandon, de suicide, de renoncement).
Joyce Carol Oates montre bien comment cette construction s'opère, comme un aller-retour entre réel et scène, scène et réel (et la scène se poursuivrait ainsi comme font les scènes, en notre absence, page 1096), comment ce qui pourrait s'apparenter à une structure psychotique (dédoublement) sert d'arme à Norma pour imposer son approche de ses personnages aux metteurs en scène, pour combattre les studios et les médias qui ne veulent montrer que le produit Marilyn, comment elle sait rompre quand elle perd son âme pour se retrouver elle, ailleurs, modeste et géniale actrice sur la scène d'une célèbre école de New York, anonyme dans les rues et accessible dans les jardins. Son rapport au temps ((qu'est-ce que le temps ? Sinon ce que les autres attendent de nous. Ce jeu que nous pouvons refuser de jouer. Et qu'elle sut si bien refuser de jouer !), ses retards sans culpabilité, ses séances de préparation qui durait des heures comme on prépare un cadavre, autant de faits révélant la force de Norma, difficile à vivre pour les autres, les salauds, navigatrice dans une rivière sans retour, impétueuse, et où il faut beaucoup d'instinct, d'intelligence, de volonté, de détermination, d'astuce, de stratégie, d'humour pour ne pas se naufrager. Car si mort jeune, il y a eu, elle est le fait des autres, des barbares dont le tireur d'élite.

 

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Jean-Claude Grosse, à Corsavy, le 1° août 2011

 

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