Ana Désir / Cargo Vie
Ana Désir de Jean-Yves Loude, La passe du vent, 1999
Roman de 122 pages, inspiré par une île du Cap Vert, Fogo, par le volcan de cette île, O Pico, par des habitants de cette île, nommés au tout début, onze dont celui qui a inspiré le personnage du Cigano;
ne manquent que les chants et les musiques accessibles ailleurs tout comme les photographies de Viviane Lièvre
Nous connaissons tous la grande chanteuse du Cap Vert : Cesaria Evora mais Ana Désir, conteuse, chanteuse, danseuse, magicienne, astrologue est d’une autre réalité. C’est une femme de mots, sur papier, née de l’imagination de l’auteur et renaissant dans nos imaginations à nous, chacun en ayant une image en lien avec ses histoires et fantasmes.
Ana Désir est créole, métisse, hybride, sans âge, suscitant désir et respect chez tous (ça c’est fort, des femmes fortes savent faire). Elle est mémoire de l’île, mémoire des habitants. Rien ne peut s’oublier, surtout pas ce qu’on veut cacher. Nous avons droit à un certain nombre d’histoires sous un chapiteau dressé face à l’éruption du Pico, car dans une telle circonstance (les vieux se souviennent de onze éruptions dont celles de 1937, 1951), il faut trouver le courage de faire face.
Les histoires racontées, chantées, dansées par Ana Désir sont donc mémoire mais aussi initiation. Elles éduquent toutes et tous, jeunes et vieux, sèment des graines.
Les habitants ont commis une faute en chassant le Cigano, en le rejetant parce que différent;
s’étant exilé une dizaine d’années, il est revenu, instruit, instituteur mais n’a pas été accepté pour autant.
Amoureux d’Ana Désir, aimé de Céleste, jalousé par Zito, le Cigano décide d’opposer à l’éruption, au fleuve de lave qui descend vers sa maison, un travail d’artiste : il sculpte des personnages dans les blocs de lave ancienne dont une Ana Désir debout.
Dans ce récit, on rencontre des personnages truculents
Jhon-Tchota-de-coco,
le « souvenir » des exploits du mystérieux comte Armand de Montrand qui a osé faire cultiver le nord de Fogo, inaccessible, sur un sol volcanique éminemment fertile même si menacé épisodiquement, partie de l’île qu’il désenclave en faisant construire la volta-volta, une route audacieuse dont le tracé ressemble au M du comte,
Felisberto, le chauffeur du camion ravitailleur, un Bedford de légende,
Principe de Ximeno, un docker devenu maître de la canisade, le carnaval de l’île
et Céleste que le Cigano ne veut pas aimer puisqu’elle est destinée à Zito (ils ne s’affronteront pas) et parce qu’il aime Ana Désir.
L’écriture est superbe sous le signe du Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa, plusieurs fois cité.
Le Cigano est un artiste (son oeuvre sculptée dans la lave ancienne face au fleuve de lave incandescente qui va l’ensevelir est un défi auquel j’ai adhéré)
et un utopiste : il lui arrive alors de rêver d’un monde meilleur, de meilleurs rapports entre les hommes et la terre-mère, de rapports vraiment humains avec tout ce qui vit, de belles amours. Dans ces moments-là, j’ai connu un petit effondrement de l’intérêt. Je n’y croyais pas.
Merci au groupe Horizon qui fut mon 1° imprimeur, aujourd’hui disparu et chez lequel je trouvais plein de livres imprimés, mis à disposition des clients curieux, rares. Je me suis fait pas mal de rayons ainsi.
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Cargo Vie de Pascal de Duve, 1994, Livre de poche
Journal d’un voyage aller-retour Le Havre-Martinique-Guadeloupe à bord d’un bananier, entre le 28 mai et le 22 juin 1992 par Pascal de Duve qui vient d’apprendre qu’il a le sida, qui vient d’être plaqué par le partenaire qui lui a refilé le virus, qui sait qu’il lui reste peu de temps à vivre, bouffé du cerveau par le VIH.
117 pages de journal, non relues, livrées telles qu’écrites, sans remords, au jour le jour, sous des formes très brèves, chaque page abordant très peu de thèmes :
- les assauts physiques et mentaux de la maladie,
- E. le partenaire, un salaud au sens sartrien dit Pascal, décédé un an après son voyage, à 29 ans,
- le Temps-le Mouvement, l’Éternité, la vie immortelle, la VIE, la Beauté du ciel de nuit, l’océan Atlantique dont il sait que s’il le voit lisse aujourd’hui, il sera tempétueux quelques jours après,
- quelques données biographiques (il a 28 ans, il a enseigné la philosophie à Paris, il a voulu devenir prêtre, a travaillé avec soeur Emmanuelle au Caire, s’est converti à l’Islam, est devenu agnostique grâce à Emmanuel Kant, ses parents, sa soeur Sophie),
- quelques moments avec les membres de l’équipage dont le jeune télégraphiste,
- avec les passagers dont Nicole à laquelle il écrit une lettre à ne lire que quand elle quittera par avion Port-au-Prince pour le Vénézuela
Je ne connais pas du tout la littérature dite du sida, Hervé Guibert, Cyril Collard, d’autres, je ne connais pas du tout la littérature homosexuelle.
J’ai lu ce journal avec intérêt parce qu’écrit par une « pointure » de 28 ans (voir l'article de wikipedia ci-dessous), se posant les questions « essentielles existentielles » et émettant des propos particulièrement affirmés avec un bagage philosophique et scientifique conséquent, datant des années 1970, il m’a fait réagir fortement devant le caractère obsolète des dits propos.
30 ans après, il n’est plus possible de parler
- du Temps et du Mouvement comme il le fait. La physique quantique, l’astrophysique, la cosmologie, Etienne Klein, Marcel Conche, Philippe Guillemant sont des points de passage obligés aujourd’hui.
- ni de l’éternité, de la vie immortelle; si on a lu le pouvoir du moment présent d’Eckart Tolle, si on a pratiqué ou tenter de pratiquer, de vivre ne serait-ce que quelques secondes le moment présent, on sent, bien plus qu’on ne sait, que ça se joue dans l’inspir et l’expir.
Et pourtant, page 81, vendredi 12 juin, il écrit :
"La Vie : inspirer, expirer, inspirer, expirer, inspirer (…) EXPIRER"
Il est sensible à la succession des inspir-expir, une suite finie, en mouvement, dans le temps linéaire, du premier inspir au dernier souffle comme il est sensible au constat que naître et mourir c’est toujours la première et la dernière fois.
C'est comme si on était déposé dans un train en marche à une station et débarqué de ce train à une autre station. Métaphore personnelle.
Il est passé tout près d’une autre expérience sensible de la VIE, vibration, information, énergie. Par exemple en enlaçant un chêne, en respirant en cohérence cardiaque, en faisant le vide de pensées quelques secondes (très difficile)
De ce journal dans lequel les mots merci et gratitude ne sont pas employés, je retiens l’attitude d’acceptation de la maladie, « sa » maladie car chaque sidéen sidéré (ce sont ses mots) développe « son » sida ou plutôt le VIH s’installe et se développe de manière unique dans chaque corps de sidéen sidéré. Il accepte cet intrus qui lui fait vivre sa vie de condamné à mourir précocement, de façon plus intense, plus consciente,
le fait être attentif à tout un tas de choses et de gens auxquels il ne prêtait pas attention avant. Il en arrive à s’exclamer « sida, mon amour ». Rien de victimaire dans ce journal si ce n’est la haine de E. le salaud qui n’a voulu avec lui que le meilleur, indifférent ensuite par la fuite et le silence lâches à son sort de condamné à mort, vivant le plus pleinement possible ce qu’il vit, sans étalage, avec beaucoup de délicatesse, de réserve pour ne pas provoquer de panique à bord, ne pas se faire rejeter.
Lui, 28, sidéen, joueur de mots, de sonorités, amoureux de « sa » maladie, de sa fin de vie, accède à sa façon au pouvoir du moment présent.
Moi, 82 ans, normal sous contrôle médical, plein d'insuffisances (cardiaque, rénale...), je ne me pose plus les questions essentielles existentielles ni ne cherche de réponses, ni n’affirme telle ou telle croyance. Je pense que la naissance est un miracle et un mystère. Je pense que la mort est un mystère et un miracle.
Se taire sur ce dont on dit, dont on sait, dont on sent que c’est indicible. Passer de la pensée à la sensibilité. Passer du tourniquet mental à 80000 pensées par jour (toujours les mêmes) au vide dans la tête pensante, à la conscience du corps, à la présence au moment présent, à soi (et au monde, accessoirement).
« Quand je danse, je danse, quand je dors, je dors. »
Une vie française Jean-Paul Dubois
livre paru en 2004 chez l'Olivier, prix Fémina, un téléfilm en a été tiré en 2011; Jean-Paul Dubois, lauréat du prix Goncourt 2019 pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (L'Olivier)
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Jean-Paul Dubois - Entretien (Affaires culturelles)
Jean-Paul Dubois - Entretien (Affaires culturelles) par Arnaud Laporte sur France Culture (2021)
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"Le scénario d''Une vie française' a été lu par un psychiatre", Jean-Pierre Sinapi, réalisateur
Un père raconte sa vie à sa fille pour la sortir de sa schizophrénie. Coscénariste et réalisateur de cette adaptation audacieuse du roman de Jean-Paul Dubois, Jean-Pierre Sinapi commente trois...
Une vie française
Jean-Paul Dubois
2004, prix Fémina
3 réactions en lisant ce roman
Les 30 premières pages m’énervent. La pré-puberté, la pénétration dans un rôti, l’initiation au sexe, ça ne me parle plus. Le narrateur s’y vautre. Je décide d’arrêter la lecture.
Je pars sur Belles lettres de Julian Rios. Initiation au sexe encore. Le narrateur s’y vautre.
Deux narrateurs adolescents, masculins, mâles.
Eros ne travaille-il que les mâles ?
La littérature est-elle devenue éjaculante ?
Rien à voir, ni avec la littérature érotique à la Emmanuelle Arsan ou à la Pauline Réage (deux femmes) ni avec la littérature pornographique (les lettres de James Joyce me semblent indépassables ou même le monologue de Molly Bloom).
Ce n’est plus la littérature qui excite. Ce sont des vidéos. Et des accessoires. En temps réel.
Le marché des vidéos porno est devenu un marché mondial. Et ça touche aujourd’hui les enfants dès 6 ans.
J’ai décidé de reprendre la lecture du roman. Et au fur et à mesure de ma lecture, j’ai été pris. Embarqué par un narrateur, d’abord répulsif, qui le reste longtemps, ne devient jamais sympathique mais devient attachant, touchant, tellement ce qui lui tombe sur la gueule est énorme et tellement il s’en branle.
« Les nouvelles, bonnes ou mauvaises, surviendraient quand elles le voudraient. J’avais pris l’habitude de laisser les événements se glisser dans les courants d’aire et le bruit des portes qui claquent. »
Dès la 3° page, le narrateur se présente, Paul Blich, 54 ans. Il commence son récit avec l’annonce de la mort de son frère aîné. Il a 8 ans, son frère Vincent 10. On est en 1958. La V° république vient de naître par référendum. La télévision est déjà un outil de propagande.
Paul Blich raconte donc sa vie, de ses 8 ans à ses 54 ans.
Singularité. Sa vie se déroule sous des chapeaux
- Charles de Gaulle (18 janvier 1958-28 avril 1969)
- Alain Poher (premier intérim, 28 avril 1969-19 juin 1969)
- Georges Pompidou (20 juin 1969-2 avril 1974)
- Alain Poher (deuxième intérim, 2 avril 1974-27 mai 1974)
- Valéry Giscard d’Estaing (27 mai 1974-21 mai 1981)
- François Mitterrand (1) (21 mai 1981-7 mai 1988)
- François Miterrand (2) (8 mai 1988-17 mai 1995)
- Jacques Chirac (1) (17 mai 1995-5 mai 2002)
- Jacques Chirac (2) (5 mai 2002-?)
Sous les chapeaux des 5 premiers présidents de la V° République.
Paul Blick a 18 ans en 1968. Il obtient son bac dans les conditions que l’on sait. Entreprend des études de sociologie à la nouvelle université du Mirail à Toulouse, études se déroulant dans les conditions que l’on sait, le temps que les mandarins reprennent le pouvoir. 5 ans faisant de lui un gauchiste sans trop de convictions (il est contre le mariage mais finit par se marier sous la pression de sa belle-famille) mais suffisamment pour ne jamais voter.
Donc le regard de Paul Blick sur les chapeaux et les souliers des présidents, sur les événements survenant pendant leurs mandats n’est pas particulièrement complaisant. Regard désillusionné, lucide. Rien à attendre sinon le pire de « l’impolitique absolue, de l’adémocratie flamboyante ».
Le roman étant paru en 2004, on a échappé à Sarkozy, à Hollande, à Macron. S’il en écrit un allant de ses 54 ans à ses 80 ans, à quel roman aura-t-on droit ?
Mais ces 3 là valaient le détour. Le bon peuple de France a été servi. Et ça va continuer avec en embuscade, le RN.
La vie sous 5 présidents est racontée par un narrateur de 54 ans mais qui bien sûr n’a pas les mêmes souvenirs sous de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac.
De Gaulle ne l’a guère marqué. Il l’a détesté. Omniprésent à la radio et à la première télévision.
Pompidou était banquier. Pas de quoi rêver.
Giscard et son accordéon, ça sonnait faux.
Mitterrand est celui que sa mère admire, lui, non.
Mitterrand c’est pour son premier septennat 1700 discours en public, 154 déplacements à l’étranger, 60 visites officielles dans 55 pays, 70 voyages d’une journée, 18 conseils européens et 6 sommets.
Devenu célèbre et riche grâce à deux livres de photographies Arbres de France (dont il accepte de faire la promotion), Arbres du Monde (dont il laisse l’éditeur s’occuper sur la dynamique du premier), il se voit proposer par le président un projet de photos le président et ses arbres préférés, à Paris, dans le Morvan, à Latché dans des Landes.
Et Paul de refuser. - Pourquoi ? - Je ne photographie jamais les humains. Mitterrand raccroche au nez de Paul.
À 54 ans, Paul a connu une célébrité éphémère, une richesse inattendue éphémère.
La mort accidentelle de sa femme Anna dans un crash de Jodel sur les contreforts de la Montagne Noire, piloté par l’avocat de la pègre toulousaine alors qu’elle lui a dit aller en voiture à Barcelone pour négocier la délocalisation de son entreprise de piscines et jacuzis Atoll, employant plus de 100 personnes lui fait découvrir la duplicité, les mensonges de la mère de ses enfants qu’il a élevé petits comme homme au foyer, lui fait découvrir aussi qu’il doit laisser « toutes les questions curieuses mais inutiles se dissoudre une à une dans la poussière du temps. »
Riche, il rembourse les dettes de l’entreprise d’Anna, se retrouve ruiné, refuse toute proposition de reconversion et devient jardinier.
Une des caractéristiques de l’écriture est que le Je du narrateur est souvent distancié par le on ou le nous. Parlant de sa belle-mère il écrit « celle qui donnait l’image d’une femme émancipée, épanouie, à l’humeur libérale, que l’on sentait capable de séduire, d’aimer et ne se cachant pas de goûter à tous les plaisirs de la vie. »
Cette pratique a l’intérêt de révéler ce qu’il y a de commun à la plupart des gens, formatés par leur milieu, l’époque, l’air du temps pour donc cesser de croire à l’unicité de notre destin.
Jean-Paul Dubois, s’ił vit encore, a 73 ans. Son personnage Paul Blick a 73 ans. Ce gauchiste de circonstance comme enfant de 68 a beaucoup de lucidité, un art d’accepter ce qui lui arrive, de laisser le temps dissoudre les bonnes et les mauvaises nouvelles, les politiques du mal présentées comme axe du Bien (voir comment il résume la politique américaine à propos de la guerre du Golfe déclenchée le 17 janvier 1991 : « je regardais comment l’Amérique s’y prenait pour embobiner le monde. Altération de la réalité. Malversations sémantiques. Falsification de causes. Amplification des effets. Témoignages truqués. Contrefaçon des preuves. Détournement des buts. Déguisement de la souffrance. Dissimulation des morts. Ces gens d’Outre-Atlantique incarnaient la forme civilisée de la barbarie. Manipulateurs de conscience, exterminateurs de pensée, inséminateurs d’idées prédatrices… »), les catastrophes (celle d’AZF à Toulouse, 10 jours après le 11 septembre 2001).
Salman Rushie qui a droit à un passage, dirait de Paul Blick que c’est un quiétiste, que ce quiétisme que Rushdie reproche à Orwell dans Patries imaginaires, est le signe d’un regard d’impuissance sur la réalité. Ne pouvant, ne voulant, croyant ne pas pouvoir modifier la réalité, on l’accepte et ce faisant, on est complice, collaborateur du système, producteur de cette réalité. On est dans le ventre de la baleine selon le titre d’Orwell.
Gauchiste quiétiste, petit-bourgeois par son mode de vie, Paul Blick vit au jour le jour, s’adaptant à ce qui lui arrive, à ce qui nous arrive.
Sa passion photographique pour les arbres sans les humains aurait pu lui ouvrir une autre voie.
Comme sa passion inaboutie pour les insectes.
A photographier les uns et les autres, il apprend et nous fait connaître des lexiques très précis, des univers vivants, autrement vivants, sans les humains.
L’autre voie serait-ce la disparition des prédateurs humains par les super-prédateurs malsains que nous portons aux commandes ?
Annoncée par une littérature des décombres ou des ruines comme celle que l’Allemagne d’après-guerre a vu émerger avec Günter Grass ou Wolfgang Borchert.
Une autre voie peut-être : comprendre que la réalité est d’abord en nous, que tous les contraires, monstres et autres chimères, anges et bêtes, mâles et femelles, sexe et mort, solitude et tropisme du troupeau existent d’abord comme pulsions, énergies avant de s’incarner. Donc travailler sur certaines de ces pulsions, réussir à les contenir.
Mon expérience récente est la transformation réussie d’un sentiment d’amour archaïque (voulant l’amour en retour) en un sentiment d’amitié, sans attente. Ce qui n’a pu être transformé, c’est le désir sexuel. Et je ne cherche pas à l’annihiler. Je suis vivant. Selon Bataille, « de l'érotisme, il est possible de dire qu'il est l'affirmation de la vie jusque dans la mort. »
tu parles avec des voisins de ta lecture de Rezvani traitant de la Bible dans Vers les confins
l'un d'eux te sort un titre : La Bible arrachée aux sables, Werner Keller, 1956, 604 pages, plus de 20 millions d'exemplaires et toi, tu n'en as jamais entendu parler; faut dire que la Bible, ce n'est pas ce que tu cherches spécialement à lire. Le catéchisme t'a suffi
un autre te sort un énorme journal, Zilbadone de Giacomo Leopardi, 2003, 2398 pages, l'auteur de L'éloge des oiseaux
pendant que tu écoutes ces lecteurs, le grand âne de Jérôme passe et repasse, à pas lents, obligeant les voitures à ralentir ou s'arrêter, il vient humer le marc de café que tu as mis dans les deux oliviers en pot devant ta porte
après Rezvani, que lire ?
tu choisis Mémoire de mes putains tristes, 2005, Gabriel Garcia Marquez, 209 pages
réécriture de Belles Endormies de Yasunari Kawabata.
et sorti en prévision, deux Salman Rushdie : Patries imaginaires, Les enfants de minuit, L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón et deux romans de Julián Ríos : Belles Lettres et Album Babel
de Mémoire de mes putains tristes de Gabriel Garcia Marquez, je retiens ces citations :
Dès lors, je n’ai plus compté en années mais en décennies. Celle de la cinquantaine a été décisive, parce que j’avais pris conscience que presque tout le monde était plus jeune que moi. Celle de la soixantaine la plus intense, car j’avais cru ne plus pouvoir me permettre de faire des erreurs. Celle de soixante-dix à quatre-vingts a été terrible, car elle aurait pu être la dernière. Cependant, quand je me suis réveillé en vie le matin de mes quatre-vingt-dix ans dans le lit heureux de Delgadina, il m’est apparu que la vie ne s’écoulait pas comme le fleuve tumultueux d’Héraclite mais qu’elle m’offrait l’occasion unique de me retourner sur le gril et de continuer à rôtir de l’autre côté pendant encore quatre-vingt-dix années.
....................
Grâce à elle, j'ai affronté pour la première fois mon être véritable, tandis que s'écoulait ma quatre-vingt-dixième année. J'ai découvert que mon besoin obsessionnel de savoir que chaque chose est à sa place, chaque affaire traitée en son temps, chaque mot conforme à un style, n'était pas la juste récompense d'un esprit méthodique mais au contraire un système de simulation inventé pour cacher mon naturel désordonné. J'ai découvert que ma discipline nest pas une vertu mais une réaction contre ma négligence ; que ma générosité apparente cache ma mesquinerie, que je suis trop prudent parce que je suis mal-pensant, conciliateur pour ne pas succomber à mes colères rentrées, ponctuel pour qu'on ne sache pas à quel point le temps des autres m'est indifférent. Enfin, j'ai découvert que l'amour n'est pas une inclination de l'âme, mais un signe du zodiaque.
......................................
C'était enfin la vraie vie, mon coeur était sauf et j'étais condamné à mourir d'amour au terme d'une agonie de plaisir un jour quelconque après ma centième année
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JCG : en lisant ce Mémoire, j'ai regardé ma vie actuelle et je l'ai aimée encore plus, d'autres façons, amoureux de l'amour, du désir d'une chair; peut-on ainsi accoler ces deux mots : amour et désir ? cela dépend de chacun sans doute.
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et ce propos
Je ne laisserai pas entrer le vieux !
C'est la réponse admirée et non génétique que Clint Eastwood a donné au chanteur country Toby Keith, quand on lui a demandé quel était son secret pour rester actif et brillant à son âge.
Quand je me lève tous les jours je ne laisse pas entrer le vieux. Mon secret est le même depuis 1959 : occupez-vous. Je ne laisse jamais le vieil homme entrer dans la maison. J'ai dû le traîner dehors parce que le gars était déjà confortablement installé, me donnant des coups de pied constamment, ne laissant aucune place à autre chose que la nostalgie. Tu dois rester actif, vivant, heureux, fort, capable.
C'est en nous, dans notre intelligence, attitude et mentalité. Nous sommes jeunes avec l'indépendance. Il faut apprendre à se battre pour ne pas laisser entrer le "vieux. "Ce vieux qui nous attend, debout fatigué au bord de la route pour nous décourager. Je ne laisse pas entrer le vieil esprit, le critique, l'hostile, les jaloux, l'être qui persécute notre passé nous lier avec des plaintes et des angoisses lointaines, des traumatismes revus ou des vagues de douleur. Il faut tourner le dos au vieux bavardage, plein de colère et de plaintes, sans courage, qui se renie que la vieillesse peut être créative, déterminée, pleine de lumière et de protection. Vieillir peut être agréable, et même amusant, si vous savez utiliser le temps, si vous êtes satisfait de ce que vous avez réalisé et si vous continuez à avoir l'illusion, ajoute Clint Eastwood, une légende qui a dix nominations aux Oscars, dont il a gagné quatre statues. Tous après avoir dépassé le seuil des soixante. Ça s'appelle "ne pas laisser le vieil homme entrer dans la maison. "Ces mots ont frappé le chanteur country Toby Keith si profondément qu'il l'a inspiré à écrire la chanson « Don't Let the Old Man in " (Ne laissez pas entrer le vieil homme), dédié au légendaire acteur.
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après Mémoire de mes putains tristes, de G G Marquez
Patries imaginaires de Salman Rushdie, chroniques, essais, discours des années 1980-1990 soit il y a presque 40 ans, articles écrits avant la fatwa de Khomeini du 14 février (Saint-Valentin) 1989 le condamnant à mort, et ayant engendré l'attentat du 12 août 2022...
articles qu'on peut lire dans le désordre;
un régal;
Rushdie est engagé, engagé comme écrivain, il se pense comme un écrivain de gauche, (laïque, pour la démocratie, le cosmopolitisme, les multitudes, contre le communalisme) créant, imaginant des univers dont thèmes, langues entrent en conflit avec les récits monolithiques politiques, religieux, historiques. Ses notes critiques sur pas mal d'écrivains sont passionnantes
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dans la foulée, j'ai pillé dans Les enfants de minuit, 1980;
les enfants de minuit, c'est le roman échevelé des 1001 enfants nés à minuit, le 15 août 1947, nuit de l'indépendance de l'Inde;
33 bocaux de chutney = 33 chapitres
ça commence par le nez du grand-père dont Salman a hérité, truffe très vivante quand on le regarde lors d'un entretien;
avec ce 1° roman, récompensé, Rushdie a usé de la voie du réalisme magique et comme Marquez cite Machado de Assis (1839-1908)
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https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alisme_magique
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Joaquim_Maria_Machado_de_Assis
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il a su prendre son pif d'éléphant comme objet littéraire (Cyrano aussi mais c'est moins drôle) avec un feu d'artifice langagier qui ne se dément pas de tout le livre puisque c'est le pif qui guide aussi la fabrication des chutneys comme c'est le pif qui sert parfois à choisir
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après Salman Rushdie sur lequel je reviendrai, je suis passé à
Une vie française, de Jean-Paul Dubois, 2004, prix Fémina
et à Belles Lettres, de Juan Rios, 1996
j'ai failli abandonner Une vie française
et en me rendant compte avec Belles lettres (26 lettres de A à Z, 26 rencontres de partenaires sexuelles, d'Albertine à Zazie) que ces deux romans évoquaient l'initiation sexuelle de deux adolescents devenant hommes, j'ai repris Une vie française, sachant que sans doute j'abandonnerai en cours de lecture, tellement l'inscription de ces frasques dans la fresque historique allant de De Gaulle à Mitterrand et Chirac est superficielle
n'étant plus depuis longtemps ado boutonneux, turgescent, en proie aux pulsions vives, j'ai du mal avec les descriptions faites par ces deux écrivains
je n'ai pas une impression de littérature même si ça me semble plus subtil, plus élaboré chez Juan Rios
tout se passe à Londres ou dans la proximité et le monde est secoué de catastrophes, d'accidents mortels et de ruptures;
chez Dubois, tout se passe à Toulouse et dans les environs et là aussi il y a des catastrophes, des accidents mortels
bref, je n'ai pas trouvé à dialoguer pour le moment avec ces deux romans
à la différence de ce que j'ai vécu avec Garcia Marquez et avec Salman Rushie qui m'a fait découvrir le poète Raymond Carver
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résumé d'un lecteur sur babelio
Paul Blick a huit ans lorsque son frère meurt brutalement, le jour où la France entérine la Ve République. De Charles de Gaulle à Jacques Chirac, des premiers baisers aux premiers cheveux blancs, Blick hésite entre désir et révolte, confort bourgeois et recherche d’un absolu désillusionné. Cette vie française, à laquelle chacun peut s’identifier, est inscrite dans une Histoire en marche et subit le monde autant qu’elle le construit.
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résumé de l'éditeur
Petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, Paul Blick est d'abord un enfant de la Ve République. L'histoire de sa vie se confond avec celle d'une France qui crut à de Gaulle après 58 et à Pompidou après 68, s'offrit à Giscard avant de porter Mitterrand au pouvoir, pour se jeter finalement dans les bras de Chirac.
Et Paul, dans tout ça ? Après avoir découvert, comme il se doit, les joies de la différence dans le lit d'une petite Anglaise, il fait de vagues études, devient journaliste sportif et épouse Anna, la fille de son patron. Brillante chef d'entreprise, adepte d'Adam Smith et de la croissance à deux chiffres, celle-ci lui abandonne le terrain domestique. Devenu papa poule, Paul n'en mène pas moins une vie érotique aussi intense que secrète et se passionne pour les arbres, qu'il sait photographier comme personne.
Une vraie série noire – krach boursier, faillite, accident mortel, folie – se chargera d'apporter à cette comédie française un dénouement digne d'une tragédie antique. Jardinier mélancolique, Paul Blick prend discrètement congé, entre son petit-fils bien-aimé et sa fille schizophrène.
Si l'on retrouve ici la plupart des " fondamentaux " de Jean-Paul Dubois – dentistes sadiques, femmes dominatrices, mésalliances et trahisons conjugales, sans parler des indispensables tondeuses à gazon –, on y découvre une construction romanesque dont l'ampleur tranche avec le laconisme de ses autres livres. Cet admirateur de Philip Roth et de John Updike est de retour avec ce roman dont le souffle n'a rien à envier aux grandes sagas familiales, dans une traversée du siècle menée au pas de charge.
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ma lecture en cours (2/3)
finalement, hier, j'ai décidé de poursuivre la lecture de Une vie française
les descriptions érotiques, réelles ou fantasmées, pullulent, descriptions peu répétitives comme cela est souvent le cas dans ce genre de récits / Paul Blick sait raconter sa vie sexuelle, variée en partenaires souvent très actives, inventives, soucieuses de leur plaisir; le lexique est riche: on est presque dans un registre orgasmicosmique
et surprise, Paul Blick, personnage dont l'auteur ne souhaite pas qu'on l'apprécie (c'est un personnage répulsif, pour moi) finit par nous surprendre :
il devient homme au foyer, s'occupant de ses deux enfants, Vincent et Marie
puis photographe célèbre d'un livre fabuleux Arbres de France,
en préparation Arbres du Monde
ce roman étant paru en 2004, on comprend qu'il est écrit avec les préoccupations écologiques des années 2000 et pas seulement celles des années 1958-1995
les pages sur les arbres sont magnifiques : Paul Blick qui a toujours préféré photographier l'immobilité nous en révèle la profondeur, le mystère, loin des vaines agitations humaines
on comprend le refus de ce gauchiste de 1968 de ne jamais voter, de traiter de façon aussi superficielle des hommes politiques et des événements : aucun n'est grand, tous sont des caricatures
on se rend compte qu'en 2023, les travers ont empiré, que les problèmes sont les mêmes; sècheresse de 1974 avec rationnement de l'eau et dégâts considérables (les feux ne sont pas présents)
quand on a vécu cette période, on se souvient de l'exécution par guillotine de Christian Ranucci, le 28 juillet 1976 à Marseille (d'Estaing refusant toute intervention et grâce présidentielle), de celle de Mesrine, le 2 novembre 1979, Porte de Clignancourt, de l'affaire Greenpeace (L'affaire du Rainbow Warrior désigne le sabotage du navire amiral de l'organisation écologiste Greenpeace, le Rainbow Warrior, par les services secrets français le 10 juillet 1985)
bref, j'irai au bout de ce roman qui m'a hérissé et excité
les registres lexicaux sont variés, riches , chantournés (dictionnaire à portée de main)
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"Durant ces longues attentes je me disais que ces arbres devaient avoir, quelque part, une mémoire, sans doute bien différente de la nôtre, mais capable d'enregistrer l'histoire de leur pré, les fréquences bavardes des villes lointaines. Il ne faisait pour moi aucun doute qu'ils possédaient aussi une intelligence du monde tout aussi subtile que celle dont nous nous prévalons. Comme nous, ils avaient pour mission de construire leur destinée à partir de rien, d'un hasard et d'une nécessité combinés, d'une simple graine transportée par le vent ou un oiseau, et ensuite de s'accommoder du sel de la terre et des eaux de la pluie.
[...] Réfléchir au pied des arbres ne me valait rien de bon. A les fréquenter avec assiduité, à presque parler leur langage, je songeais que, désormais, j'aurais les plus grandes difficultés à photographier des humains" (pp. 227-228).
Joaquim Maria Machado de Assis - Wikipédia
Œuvres principales La Triologie réaliste, comprenant : Joaquim Maria Machado de Assis ( Rio de Janeiro, 1839 - ibidem, 1908) est un écrivain et journaliste brésilien, considéré par beaucoup d...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Joaquim_Maria_Machado_de_Assis
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Toby Keith - Don't Let the Old Man In
Music video by Toby Keith performing Don't Let the Old Man In. (C) 2018 Show Dog, LLC marketed and distributed by Thirty Tigers http://vevo.ly/8dORJO
Quand je me lève tous les jours je ne laisse pas entrer le vieux. Mon secret est le même depuis 1959 : occupez-vous. Je ne laisse jamais le vieil homme entrer dans la maison. J'ai dû le traîner dehors parce que le gars était déjà confortablement installé, me donnant des coups de pied constamment, ne laissant aucune place à autre chose que la nostalgie. Tu dois rester actif, vivant, heureux, fort, capable. C'est en nous, dans notre intelligence, attitude et mentalité. Nous sommes jeunes avec l'indépendance. Il faut apprendre à se battre pour ne pas laisser entrer le "vieux. "Ce vieux qui nous attend, debout fatigué au bord de la route pour nous décourager. Je ne laisse pas entrer le vieil esprit, le critique, l'hostile, les jaloux, l'être qui persécute notre passé... Clint Eastwood
ça y est; je sens la rentrée
- derniers jours et dernières soirées pour la fetite pille (15 ans)
- éléments pour la soirée du 29 septembre à 19 H 30 aux Comoni :
Jean-Claude Grosse et ses livres d’éternité ! Une traversée dans l’œuvre de JCG-Vita Nova
Conception et choix des textes : Dominique Lardenois Interprétation : Katia Ponomareva et Dominique Lardenois
- éléments concernant Jean-Loup Fontaine,
-- du 1 au 18 septembre à la maison du Grand Cerf à Ronchin
-- du 15 au 30 septembre à la médiathèque de Loos en Gohelle
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après Une vie française, j'ai sorti de ma bibliothèque de corps ça vit
- les cent plus beaux poèmes du monde, choix d'Alain Bosquet (qui s'en souvient ?)
- Poèmes de tous les jours (100 haïkus), collection Unesco
je tenterai de répondre à une question posée sur la page d'Annie Bergou par Angélique Ionatos
y a-t-il de la place pour les poètes ?
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- au plus près, entretiens avec Philippe Djian
voilà un auteur qui se moque de son écho dans le milieu institutionnel littéraire et qui est sans doute un des écrivains majeurs des 40 dernières années
- Ana Désir de Jean-Yves Loude
- La jouissance et l'extase de Françoise Rey, consacré à la rencontre entre Henry Miller et Anaïs Nin entre 1933 et 1934
/https%3A%2F%2Fwww.radiofrance.fr%2Fs3%2Fcruiser-production%2F2023%2F03%2F2325ef98-688e-46bf-8ec6-2b0431fb1927%2F1200x680_sc_djian.jpg)
Philippe Djian : "Aujourd'hui, qu'est-ce que je peux faire si je veux mettre le sexe de côté ?"
Philippe Djian, romancier, parolier et scénariste, auteur notamment de "37°2 le matin", publie un nouveau roman, "Sans compter" (Flammarion, 22 février).
/https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2FmeW7oKZFdBU%2Fhqdefault.jpg)
Philippe Djian : l'hiver meurtrier
Le romancier Philippe Djian, adapté de nombreuses fois au cinéma (notamment dans "37°2 le matin" de Jean-Jacques Beineix, "Impardonnables" d'André Téchiné, "Elle" de Paul Verhoeven), publie u...
les commentaires sous la vidéo sont intéressants
Salle Pétrarque, Maison des Comoni ,Le Revest-les-Eaux
Vendredi 29 septembre 2023
19 H 30 (Entrée libre)
Les Cahiers de l’Égaré
Les 4 Saisons du Revest et d’ailleurs
La Municipalité du Revest-les-Eaux En partenariat et avec le soutien de TPM et du Pôle
Présentent
Jean-Claude Grosse et ses livres d’éternité ! Une traversée dans l’œuvre de JCG-Vita Nova Conception et choix des textes : Dominique Lardenois Interprétation : Katia Ponomareva et Dominique Lardenois
Jean- Claude Grosse, le Festival de théâtre du Revest, la Maison des Comoni, tiennent une place essentielle dans mon parcours théâtral.
Après la publication en 2021 de Et ton livre d’éternité ?, j’ai proposé à Jean-Claude de puiser dans l’ensemble de ses œuvres (Théâtre, poésie, essais, critiques dramatiques et littéraires, prise de position…) pour une lecture publique à réaliser à la Maison des Comoni.
Son acceptation est une marque de confiance et je l’en remercie vivement.
D’autant qu’il ne souhaite pas intervenir dans mes choix. Comme il s’intéresse à tout, se passionne pour tout et que sa pensée est toujours en mouvement, la tâche est ardue mais exaltante.
Nous aurons donc à cœur de faire entendre toutes les facettes de la pensée et des écritures de Jean-Claude Grosse.
Je tiens enfin à remercier la municipalité du Revest-les-Eaux partenaire de cette soirée.
Bienvenue à toutes et tous.
Dominique Lardenois
Echanges avec le public à l’issue de la représentation ?
vente à prix réduit de Cahiers de l’Égaré
Verres de l’amitié
JEAN-CLAUDE GROSSE
1983-2023 : 40 ans d'activités artistiques au Revest- les-Eaux
1988-2023 : 35 ans d'activité éditoriale
Bibliographie :
Le Libre jeu – Théâtre- (1997)
La Vie en jeu – Théâtre- (1997)
La parole éprouvée – Poèmes (2000)
Le corps qui parle (Trois femmes)- (2001)
Pour une école du gai savoir –Essais- (2004)
Le fils du Baïkal coécrit avec Daria Kosacheva (2010)
Les Enfants du Baïkal (2010)
L’Île aux mouettes (2012)
L’Eternité d’une seconde Bleu Giotto (2014)
Là où ça prend fin (2014)
Histoire de places-Théâtre (2016)
Et ton livre d’éternité ? (2022)
Texte écrit sous le nom de E. Say Salé
Moi, Avide 1er, l’Elu et EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises (2016)
Vols de voix Farce pestilentielle à l’occasion de la présidentielle (2017)
Aux éditions les Promeneurs Solitaires
Journal d’un Egaré – textes écrits à différentes époques (2018)
Vers les confins / Rezvani
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"Le testament amoureux" de Serge Rezvani : un podcast à écouter en ligne | France Culture
Le bruit du temps se fait entendre - la Révolution Russe, la Seconde Guerre mondiale, mai-68 -, tandis que Serge Rezvani s'emploie à sauver la beauté.
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-le-testament-amoureux-de-serge-rezvani
passionnantes lectures
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Vers les confins - Serge Rezvani
Critiques, citations, extraits de Vers les confins de Serge Rezvani.
https://www.babelio.com/livres/Rezvani-Vers-les-confins/1334845
sur babelio
/https%3A%2F%2Fwww.mediapart.fr%2Fassets%2Ffront%2Fimages%2Fsocial%2Fog_image%2Fbillet_blog.png)
Après reprise du dernier chapitre de La traversée des Monts noirs, et deux jours et une nuit dans le tunnel passant dans les Monts noirs, on prend un convoi de camions militaires en route pour le...
https://blogs.mediapart.fr/grossejean-claude/blog/140823/vers-les-confins-rezvani
sur ma page mediapart
Rezvani retour en Avignon, Serge Rezvani en Avignon avec France Culture, le 14 juillet dans les jardins du Musée Calvet
/https%3A%2F%2Fwww.radiofrance.fr%2Fs3%2Fcruiser-production%2F2023%2F07%2Fad531f9d-0095-4f17-8e46-a65b569593f8%2F1200x680_sc_342810-646cd81d7c250.jpg)
"Serge Rezvani : joyeux retour en Avignon"
Une soirée musicale avec Serge Rezvani, où sera notamment interprétée sa nouvelle composition Pour une Marseillaise amie, qui complète notre hymne national avec les questionnements d'aujourd'hui.
La Traversée des Monts Noirs
supplément au Rêve de d'Alembert
de Serge Rezvani
(Belles Lettres 2012)
voilà un roman d'une densité telle qu'il faut une grande attention et concentration pour ne pas s'égarer, lu dans l’édition de 1992 chez Stock, disponible en 2012 aux Belles Lettres
un roman dialogué ou plutôt monologué par des personnages divers qui parfois se coupent, se contredisent, s'affrontent, se comprennent, partagent mais l'essentiel est ce qu'ils assènent à coups d'arguments affutés sur des sujets divers qui leur tiennent à coeur ou sur leurs sentiments, leurs relations ; rien de superficiel dans ces échanges et ces confidences ; on admet sans méfiance particulière malgré les mises en garde sur un tel ou un tel qu’il s’agit d’une mise à nu sincère des différents protagonistes d’une histoire d’amours sur fond d’une histoire de dominations et de migrations ; on est amené à les croire même si les versions sont multiples, les subjectivités étant en jeu
ces monologues-dialogues ont pour témoin un Français qui ne dit pas un mot de tout le roman mais nous décrit en didascalies les péripéties, déplacements, arrêts, les lieux, les moments ; lui se déplace assez peu, le train, le planétarium ; les confidents ne cessent d'être en différents points du globe (en monologues) mais principalement Pologne, Russie, Israël ; ces confidents l'ont adopté pour la raison qu'ils croient qu'il ne comprend pas le russe ; ils parlent devant lui, le prenant à témoin (donc nous, lecteurs), lui parlant parfois en français, parfois en anglais, ne lui demandant jamais son avis ; cette avalanche de discours en 3 langues est paradoxalement écrite dans une seule langue, la française ce qui rend d'autant plus savoureux les remarques de nature linguistique sur le russe mais aussi le français : noirs = rions ou autre palyndrome : roc cornu pour parler des Monts Noirs
les personnages sont essentiellement des scientifiques, la majorité d'origine juive ; il y a une femme, la dernière juive polonaise, fauvette, hantée par le cimetière de ses ancêtres de la « juiverie » impossible à retrouver sauf peut-être sous un roncier qu’elle fait brûler pour ramener les cendres en Israël, l'homme des fauvettes dit le professeur, Sterne, le dernier descendant polonais des comtes pendeurs qui ont parqué si longtemps en bas de leur château la « juiverie », un jeune mathématicien, Math, un vieil entomologiste, un neuro-ornithologue et un arpenteur sans arpents, sans doute palestinien ; n'apparaît jamais mais est évoqué, un enquêteur des lointains districts qui enquête sur des crimes très archaïques
ces scientifiques sont des virtuoses de la logique et quand on dit d'une logique qu'elle est diabolique, on en a l'illustration à longueur de pages avec une insistance à donner le tournis car chacun insiste, reprend, ressasse ; sont-ils pris au piège de la raison, du raisonnement ? sont-ils pris au piège de l'expérimentation aussi ? Car fauvette, le professeur, l'entomologiste, Math, Sterne, le neurologue dit le docteur sont des expérimentateurs et observateurs d'espèces de toutes sortes, oiseaux, insectes, mais aussi de leurs comportements pris dans l’engrenage de l’histoire perpétuelle de la domination (comment se comporte un dominant ? comment se comporte une dominée ? qu’en est-il du dominé quand il se transforme en dominant ?)
je suis incapable de dire si ce qui est raconté sur le plan scientifique (et qui est sidérant souvent) repose sur la réalité ou si l'auteur nous mène en bateau ; en tout cas, pour moi, cet univers de scientifiques est un univers de malades, ils ont la maladie des symposiums où tout est vide avec sérieux, ils ont la maladie de savoir et cela les rend extrêmement manipulateurs, tortionnaires justifiés aussi ; les scientifiques ne sortent pas grandis de ce roman (à part l’étonnement qu’on peut avoir devant leurs découvertes) d'autant que les échappées métaphysiques déduites de ces expérimentations se ramènent à peu de choses ; tout est dans l'inné, mécaniquement reproduit d'où l'immobilité sous l'apparence du mouvement, ça revient toujours, ça revient toujours au même, palingénésie
ce roman, sans doute bien documenté scientifiquement, date de 1992 ; 20 ans, cela suffit à le rendre en partie obsolète de ce point de vue ; les découvertes des dernières années en cosmologie mettent à mal la stabilité et même le chaos n'est plus le meilleur moyen de rendre compte de ce qui se passe et qui est dans ce que l'on pourrait appeler la créativité de la Nature pour un métaphysicien et les étonnants pouvoirs du vide quantique pour un cosmologiste ; les univers naissent du vide quantique, se déploient, vieillissent, meurent, redeviennent vide quantique pendant qu'ailleurs de nouveaux univers surgissent ; les considérations sur la matière noire ne sont plus aussi pertinents ; avec la métaphysique naturaliste de Marcel Conche, on aurait un roman moins noir ; la nature des Monts Noirs est chaotique, effrayante, elle est métaphorisée comme les autres lieux, la Pologne du dégel, de la boue, le désert israélien ; cette nature hostile, à traverser, où séjourner, est propice aux désirs d’envol, de départ des oiseaux migrateurs comme des éternels migrants, sans arpents, propice aussi aux nostalgies de retour des mêmes oiseaux, des mêmes migrants ; les scientifiques, fauvette en tête, agissent sur l’inné des oiseaux avec leur planétarium au ciel mobile faisant croire aux fauvettes qu’elles ont voyagé jusqu’en Israël et voici qu’une fauvette pond dans les Monts Noirs croyant être en Israël ; la duperie a fonctionné, la simulation du voyage immobile puisque seul le dôme a tourné ; que peut-on prouver ainsi ? que veut-on prouver ainsi ? à moins qu’il ne s’agisse d’humour avec de gros moyens financiers tout de même (noirs = rions); à moins qu'il ne s'agisse d'appliquer ces déductions d'observations aux hommes aussi ?
là où ce roman apporte beaucoup c'est sur la relation dominant-dominé, sur la dangerosité ou non de la symétrie (rendre à l'autre ce qu'il nous donne, lui reprendre ce qu'il s'est indûment approprié) ; les pages sur le crime de Sterne, écrasant un enfant palestinien de l’intifada avec ses pierres et son cocktail molotov, crime transformé en accident par Israël, crime insupportable pour fauvette qui était dans la voiture au moment des faits … montrent la complexité de la situation en Palestine avec les jeunes en guerre (sous chaque pierre, un couteau), en Israël avec les anciens comme l’entomologiste, venus de nulle part, les sans arpents de toujours et les jeunes comme Math, nés là, faisant des palestiniens les nouveaux sans arpents
évidemment, fauvette, la dernière juive de Pologne, travaillant dans les Monts Noirs, traquée avec son consentement par le dernier comte pendeur est le nœud du roman ; quatre hommes comme pour les fauvettes, quatre mâles pour une femelle, quatre hommes donc tournent autour d'elle qui va de l'un à l'autre sauf le professeur, pour finalement préférer le frère déclaré de l'enfant tué ; le roman se termine sans doute sur la mort de Sterne, tué par l'arpenteur, qui avait annoncé à Sterne que ça finirait par son assassinat, symétrie !
tout ce qui concerne ce crime de l’enfant et d’autres crimes similaires (celui d’un enfant juif poignardé par un enfant palestinien lequel est immédiatement lynché par les israéliens), avec références à l’actualité (propos d’un premier ministre nommant « animaux bipèdes » les enragés palestiniens, propos d’un Nobel de la paix israélien, propos de Leibowitz), révèle l’implication de Rezvani qui à travers les points de vue de ses personnages et leurs attitudes (fauvette va jusqu’au village de l’enfant écrasé au prix de sa vie) semble ne pas croire à une solution de paix possible. 20 ans après, ce qu'écrit Rezvani n'est pas obsolète. On en est au même point, pire peut-être, effets ravageurs de la symétrie ! Ce pessimisme (cette lucidité) me semble en lien avec la métaphysique sous-jacente aux développements scientifiques comme à la fin, celui consacré aux affinités répulsives, qu’on retrouve dans Isola Piccola :
« Mais savez-vous que c'est par une infinie répulsion que se tient en place l'univers ? En mathématique comme en chimie ou en physique l'élément d'affinité répulsive sert en quelque sorte de liant. Les affinités répulsives fondent la chimie, la biochimie, la physique nucléaire... et aussi le sexe ! L'univers ne tient ensemble que par le jeu des affinités répulsives. Nous-mêmes ne sommes que des charges électriques dont les phases ne cessent de s'inverser. Cette électricité déphasée, ces pertes et ces retours de tension font de l'univers une curiosité. Sans la folie des flux électriques répulsifs, l'univers ne serait pas cette curiosité qui maintient nos propres flux électriques en éveil. Nous crèverions d'ennui si nous n'étions non seulement plongés dans le chaos mais nous-mêmes chaos. Aucun de nous n'éprouve envers l'Autre ce qu'on nomme naïvement du sentiment... ou si vous préférez une affinité stable. » Isola Piccola
Évidemment, cette dernière affirmation est contredite par les 50 ans d'amour de Rezvani pour Lula et réciproquement et par l'Ultime amour
Jean-Claude Grosse, le 16 avril 2012
Fin d'après-midi et soirée du 8 août, je décide de me plonger dans Vers les confins de Serge Rezvani, dont j'ai lu La traversée des Monts noirs. Énorme et agréable surprise.
Ce roman foisonnant correspond à ce sur quoi je travaille en rendant compte de mes lectures de revues. Humour ravageur, dommage que je sois seul, je ne peux partager mes rires. Roman dont j'ai déjà lu un tiers. les livres I et II sur 4 livres. Après reprise du dernier chapitre de La traversée des Monts noirs, et deux jours et une nuit dans le tunnel passant dans les Monts noirs, on prend un convoi de camions militaires en route pour les Confins, désert sans fin où vivent les Esséniens, les descendants de la Bible d'avant sa défiguration par le Nouveau Testament.
Si avec la revue Front populaire, ça déboulonne, avec ce roman, on atteint l'apothéose des déboulonnages, où Spartacus précède de 70 ans, le Christ, où la doctoresse et la mathématicienne sont les seules femmes du voyage d'élucidation des crimes commis dans les Confins, les autres personnages s'appelant l'ami français, l'enquêteur du district, le criminologue, le chercheur en philosophies oubliés, où la philosophe du deuxième sexe n'est pas nommée mais déconstruite... Bref, un régal.
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deux extraits par la doctoresse, Déborah
« – Oui, je veux dire que la Vie est sans pensée, elle ! Sans programme, elle ! Que la Vie va s’épanouir là où se trouvent dans la Nature des interstices qui lui sont favorables. Elle s’improvise Vie ! Sans savoir qu’elle est Vie ! Voyez l’Australie. À peine s’était-elle détachée des autres continents qu’en quelques millions d’années elle invente les marsupiaux. N’est-ce pas sublime d’imaginer, avec notre étrange cerveau spécifiquement humain, que l’Univers se peuple à l’infini d’une Vie aveugle, sans conscience et à la fois de la même violence inventive que le Feu, lui aussi aveugle et sans conscience, des Mondes en fusion ? Que la Vie et le Feu cohabitent à l’infini dans l’Univers comme cohabitent Vie et Mort ? N’a-t-on pas découvert dans les abysses des mers les plus profondes – là où les feux telluriques jaillis du magma terrestre luttent avec l’eau – non seulement des particules de vie mais d’étranges amalgames de cellules formant des corps composés, munis d’étranges griffes et de crochets, capables de supporter des chaleurs proches de l’ébullition ?
Quand nous eûmes roulé un moment en silence, elle avait ajouté :
– La Vie ne connaît aucun obstacle. Et même quand je mets en garde ces bergers dont nous parlions tout à l’heure, à propos de la radioactivité des métaux qu’ils arrachent aux carcasses des grandes épaves ensablées, je sais qu’à l’échelle des générations, l’espèce humaine, le jour où elle sera atomisée, comme ces espèces animales ou végétales qui survivent et prolifèrent en dépit de tout autour des centrales nucléaires dévastées, oui l’espèce humaine même si elle est défigurée, même si elle est méconnaissable, je dis bien l’espèce humaine revenue s’il le faut à son animalité la plus primitive qui n’est que Vie sans figure humaine, s’arrangera pour survivre coûte que coûte en se réinventant autre par tâtonnements successifs. » (pages 102-103)
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évidemment, je constate la coïncidence d'inspiration avec un poème écrit en juillet et que j'ai mis en voix (5'45"), non partagé
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Metamorphosis
Cosmogonie orgasmique
Somnolent dans le fauteuil Louis-Philippe,
une image te vient :
La Terre et ses milliers de bouches éruptives,
ses milliers de vulves-geysers,
la Terre ronde est ronde
de toutes les grossesses animales et humaines,
de toutes les germinations florales et végétales,
de toutes les minéralisations calcaires et granitiques.
La Terre est la porteuse, l’accoucheuse
de tout ce qui naît, de tout ce qui prend corps.
Le corps, les corps, encore et encore.
Incarnations en chairs et en os,
en racines et cimes,
en strates et sédiments.
Et tu te vis, foetus en position foetale, dans le ventre-terre.
Du ventre-mer, du ventre-mère
tu es passé au ventre-terre, au ventre-univers
........................
Tu as inspiré l’air du Large.
Tu es monté dans la pirogue du Fleuve.
Tu as été fécondé par les abeilles de l’Amour.
Tu accueilles, tu recueilles, tu donnes, tu offres.
Tu ne tries pas, tu ne juges pas, tu n’opposes pas.
Ce qui advient devait arriver,
ce qui adviendra arrive déjà,
ce qui est advenu arrive toujours
parce que le passé ne s’efface pas.
Tout est mémorisé, devient mémoire vivante.
Tu t’es laissé glisser dans l’Océan que tu es.
Tu n’es pas une vie minuscule gouvernée par un zizi ridicule.
Tu es une vie Majuscule reliée au Tout.
Tout copule et consent avec joie à copuler.
Poussières et semences d’étoiles,
germes et spermes de l’orgie de l’évolution,
de l’ontogenèse, de la phylogenèse,
à la vie à la mort.
La fabrique des corps. Et au coeur du corps, le coeur.
Tu es humble de ton humus,
humain de ton humanité,
universel de ton universalité,
divin de ta divinité.
En ouvrant tes bronches,
en activant ouïes, branchies,
tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.
Tu entres dans l’innocence.
Tu es miracle et mystère de ta naissance.
Tu seras mystère et miracle de ta mort.
Tu fais choix de l’ignorance.
Tu ne refuses pas les connaissances
mais surtout tu sais qu’on ne sait rien.
Rien du début, rien de la fin, rien du sens s’il y en a un.
Tu acceptes d’être dans l’incertitude,
tu ne cherches pas de certitudes.
Tu ne crois plus qu’il y a la Vérité à chercher.
Tu essaies d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.
Tu montes et descends l’échelle,
Du Tartare à l’Olympe,
du Ciel à l’Enfer
et tu bivouaques sur la Terre.
Du Tartare, tel Orphée, tu ramènes poèmes et mélodies.
Épitaphier de tous les morts aimés.
Dans l’Enfer, pas de damnés condamnés à jamais.
Du Ciel, tu ne fais pas le séjour de Dieu ni le paradis des ressuscités.
Dieu ayant créé se cache, tsimtsoum.
Le ciel est espace de légèreté pour la gente ailée.
Dieu est dans le silence d’un souffle subtil.
Dans l’Olympe, aucune guerre des dieux.
Ils ont eu le temps d’apprendre et de pratiquer l’anarchie.
La Terre est danses et cycles.
La grande roue du Grand Manège tourne
bien huilée
sans grincements de dents.
Dieu et les dieux sont présences ineffables.
Tu n’es plus un hamster.
Tu es à Parfaire. Tu es un Parfait. Tu es Parfait.
Circonstances de lecture
Après avoir écrit sur deux N° de Front populaire dont un article approfondi sur 3 philosophes face à la bombe : Camus, Jaspers et Anders.
(Possibilité d’usage d’armes nucléaires dans la proxy war russo-ukrainienne-otanienne)
Plutôt perturbé, à la fois joyeusement et douloureusement par les « accusations et preuves » de mensonges, manipulations des idéologies humanistes, universalistes comme des religions d’amour, j’ai sorti, sans doute pas par hasard, le roman de Rezvani, Vers les Confins, faisant suite, 12 ans après, à La Traversée des Mont Noirs, en supplément au Rêve de d’Alembert.
Je l’ai lu en 3 jours. 4 livres de courts chapitres, IX pour le I (pages 11 à 87), X pour le II (pages 89 à 174), X pour le III (pages 176 à 264), XV pour le IV (pages 266 à 387)
Impressions subjectives, sans tri ni analyse.
Jubilatoire, drôle, parodique, décapant, désespérant, répétitif, symétrique, réversible, asymétrique, lard cochon, hypnotique, profond, léger, paradoxal, contradictoire, iconoclaste, manipulateur, séducteur, raisonneur, rationaliste, matérialiste, scientiste, démolisseur, dynamiteur, palindromique, poétique, lyrique, fantaisiste, magique, encyclopédique, musical = bruit infernal (du train puis de la chenillette), bavard, suspendu, pictural, amoureux, amoureusement féminin, des seins féminins, horriblement masculin érecteur, éjaculateur, émasculateur, cornaqué par le petit cornac, profondément juif, profondément humoristique yiddish
chaque mot mériterait une illustration mais je laisse chaque lecteur faire son travail de lecteur
Voilà des contes tirés des mille et une dunes d’un désert sans fin, illimité
Comme dit la 4° de couverture : « depuis l’aube de l’intelligence humaine, ne faisons-nous pas que délirer…poétiquement, dites-vous, pourquoi pas ? », reprise d’une remarque de la mathématicienne Adema, page 168
Évidemment, l’écrivain de langue française, d’origine russe et perse, de nulle part, muet dans La Traversée, est amené à se dévoiler comme écrivain, donc à parler d’écriture donc de lecture; puisque est énoncé le lieu commun bien éculé (pratiqué par qui ?) du lecteur faisant la moitié du chemin.
Lecteur, je vais tenter de faire la moitié du chemin emprunté par l’auteur se parodiant dans le personnage de l’écrivain de langue française.
Les lieux :
- les Monts Noirs, gelés, glacés, un tunnel sous les Monts qu’il faut deux nuits, un jour pour les traverser avec arrêt dans une gare de triage, de réapprovisionnement, de contrôles… Chemins de fer = trains de la mort de masse, des déportations de masse. Monts Noirs = métaphore = réalité des territoires immenses sous la coupe de tyrans et dictateurs, se prétendant porteurs d’un monde nouveau, d’un homme nouveau.
- Les Confins, du sable encore du sable, des dunes encore des dunes ; et des surprises, des carcasses d’engins indescriptibles, innommables, innommés car rien ne doit être nommé de ce qui est vu. Un cratère géant dû à la chute d’un météorite. Des Esséniens de la lointaine époque de la langue araméenne, des Sages, tous fous merveilleux, le Sage des poules, le Sage des tombes et peut-être le Sage des sages qui a la Réponse. La Déesse des sables, descendante de Lilith, préférée à Ève. S’il est trop curieux, s’il veut aller plus loin que la Montagne Rouge, l’écrivain de langue française est prévenu, il n’en reviendra pas.
Les personnages :
- ceux de la mission sous la responsabilité de l’enquêteur du district, la doctoresse Déborah, la mathématicienne Adema, le criminologue, le chercheur en philosophies oubliés, l’écrivain de langue française
- les personnages rencontrés : l’Arpenteur sans arpents, le Sage des poules, Sarah, le Sage des tombes, le Christ errant éternellement ressuscité, la Déesse des sables
- Les personnages évoqués : l’anthropologue, Math, Sterne, l’ornithologue des Fauvettes
Les styles :
- Très peu de descriptions, alors même que l’écrivain de langue française y est invité mais attention, seulement pour lui et eux, pas à diffuser, d’ailleurs, pas de prises de notes ou si, destruction des notes
- Très peu de narrations, sauf confidences de l’écrivain de langue française évoquant la maladie de son aimée de 50 ans ou certains de ses écrits antérieurs dont les paroles d’une neuve marseillaise
- Essentiellement des discussions entre les personnages avec insistance sur la nomination de l’émetteur de chaque réplique, et sa façon de dire, ironique, agacée, énervée, colérique, railleuse, câline, ce qui produit beaucoup de comique
Le sujet :
c’est quoi cette espèce tueuse douée d’intelligence et qui en est arrivée à rendre invivable son milieu de vie et à être au bord de la disparition collective ? Comment comprendre cette propension, cette pulsion archaïque à tuer, d’abord les siens, pères et frères assassinés, enfants égorgés, femmes lapidées, ensuite les autres, mis en esclavage et exterminés
est interrogée, questionnée la Bible; sont cités des épisodes et des recommandations à se demander comment ne pas se rendre compte de la monstruosité de ce qui est raconté et comment ne pas se détourner définitivement de ce genre de récit; comment expliquer la fascination exercée par ce Livre et par son symétrique, le Coran, tous deux engendrant des fous de Dieu, Yaveh, Allah depuis des millénaires
Comment est-on passé de la Bible, de son Dieu irascible, en colère au Nouveau Testament, au Fils du Père, mourant pour tous sur la croix, par amour de l’homme. Comment est-on passé de la colère divine à l’amour divin, sans pour autant renoncer aux meurtres de masse, aux inquisitions, aux bûchers pour sorcières, aux tortures les plus abominables, aux évangélisations forcées, aux missions colonisatrices … et comment s’est opéré le glissement vers les messianismes terrestres, eux-mêmes porteurs d’exterminations de masse
Ce livre n’épargne rien, aborde tous les aspects liés à trois questions : d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Qui sommes-nous ?
D’où venons-nous ?
de la première femme, d’un utérus originel, d’entre les cuisses de la Mère, et donc d’incestes à répétition ?
de l’homme insufflé par le souffle divin, la femme étant tirée de la cuisse de l’homme ?
Genèse utérine = ire es tu - égal en grand écart
(Ève rêve)
Où allons-nous ?
Fin du monde, fin de l’humanité sont des métaphores; le temps de l’extinction sera peut-être le temps de la métamorphose (rire de Kafka se lisant), le temps de l’adaptation aux pires conditions de survie, comme les monstres animaux engendrés par la vie sous terre dans les confins; nous nous acheminons vers une métamorphose de monstres humains en monstres insectes
(rions noirs)
Qui sommes-nous ?
Des monstres originels, des monstres de tout temps, d’avant, de maintenant, d’après, d’ici, d’ailleurs, de nulle part, des monstres éternels
En conclusion :
Rezvani en écrivant ce livre poursuivait-il un but ? En revendiquant d’être artiste de lui-même, d’être créatif, en faisant travailler ses deux hémisphères, celui du langage, celui des images, ayant été témoin de la dégénérescence du cerveau de l’aimée (l’âme neuronale de Lula), Rezvani me semble-t-il, ne poursuit d’autre but que celui de se faire plaisir, avec désinvolture, sans attachement à l’oeuvre, « son » oeuvre, tant que son cerveau peut délirer poétiquement.
En regardant sur internet, j’ai très peu vu de notes de lecture sur ces deux livres (un 3° me semble annoncé).
C’est le signe me semble-t-il d’une liberté radicale, peu soucieuse de l’écho rencontré, de faire oeuvre dans le cocon menacé par le Feu de La Béate dans les Maures.
Comme j’ai trouvée cette liberté radicale, chez Emmanuelle Arsan qui n’a jamais accordé d’interviews, est restée d’une discrétion absolue, vivant à Chantelouve, menacée par le Feu dans la forêt dracénoise.
Je pense donc que ces deux livres écrits par Rezvani pour se faire plaisir en se grattant là où ça lui fait très mal (la tête) et où ça peut aussi nous faire très mal (le cul) ne sont lisibles que par les quelques-uns qui en auront le désir.
(l’arpenteur sans arpents n’est-il pas un chrétien palestinien, le symétrique des arpenteurs sans arpents que furent les juifs pendant des millénaires et se revendiquant aujourd’hui d’Israël colonisant à tout va des territoires palestiniens)
Après Onfray (va-t-il aussi profond et aussi drôlement?), on va avec Rezvani au coeur du magma pulsionnel, de l’énigme. Il n’y a pas de Réponse à la Question, il n’y a pas de Sage des Sages au-delà de la Montagne Rouge.
L’enquêteur du district chargé d’élucider les innombrables crimes commis dans les Confins, a compris qu’il n’y a rien à élucider. Ces crimes sont des crimes « naturels », perpétrés depuis la nuit des Temps.
Le crime précède la loi l’interdisant.
Le tribunal Russell ou le Tribunal pénal international doivent condamner avant l’exécution des crimes.
Pour raconter tout cela à nos amis-enne-amis extra-terrestres, une seule hellade suffira, soit un milliard de signes binaires.
Faut-il raconter ou faire silence ? Faut-il se souvenir ou oublier ? Faut-il parler, user des mots ou se penser en connexion avec le Tout ? Faut-il honorer le veau d’or ou pratiquer le don ?
J’inviterai certains amis à en être lecteurs.
Et pourquoi pas, organiser quelques lectures à voix haute de certains des très courts chapitres des 4 livres de ce Livre.
Longue vie encore à Rezvani, 95 ans en 2023, cent ans moins cinq comme il se présente, artiste pluri-indisciplinaire,
qu'il s'amuse, continue à s'amuser, qu'il en amuse quelques-uns d'entre nous.
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Serge Rezvani - Interview (18/02/2014, Danse des mots, Yvan Amar, RFI)
Emission Danse des mots, sur RFI, par Yvan Amar Diffusion le mardi 18 février 2014 Vers les confins Depuis des " annes-lumière ", Rezvani délire poétiquement dans des romans qui coulent et nous...
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ROMANS ET RECITS | Serge Rezvani
Paris, C. Bourgois, 1970 (réimpr. 1972 (collection " 10-18 "), 2000 (Éd. de la Mauvaise graine)), 137 p. (ISBN 2-9514990-4-3, [%5B ...
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Compositeur de certains des plus grands refrains de la chanson française, il a imaginé une version pacifiée de "La Marseillaise". Rencontrez Serge...
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3 philosophes face à la bombe
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Carte des 2053 explosions nucléaires 1945 - 1998
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Comparatif de la Puissance des Bombes Nucléaires (de Little Boy à la Tsar Bomba)
Bonjour à tous et bienvenue dans cette 2ème des 7 vidéos refaites sur la chaine ! Aujourd'hui nous allons voir ensemble un petit comparatif (en animation) de l'évolution de la puissance des arm...
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Les Japonais commémorent le bombardement d'Hiroshima sans nommer les USA
En commémorant l'anniversaire du bombardement nucléaire d'Hiroshima par les États-Unis en 1945, les politiques japonais ont passé sous silence son auteur, mais n'ont pas manqué de mentionner l...
ce 6 août 2023 au Japon
Du N° 13, de la revue Front Populaire, Guerre à la guerre, tu retiens pour t’interroger, l’article Trois philosophes face à la bombe (Albert Camus, Karl Jaspers, Günther Anders) pages 145-151. Tu ignores si le complexe militaro-intellectuel qui vend la guerre sur les plateaux TV, sans la faire, évoque la possibilité de l’usage de l’arme nucléaire dans la guerre russo-ukrainienne otanienne.
L’article de Combat du 8 mai 1945 dans lequel Camus développe sa position est écrit à chaud, deux jours après Hiroshima qui selon la lettre de Claude Heatherly, pilote ayant participé à l’opération, adressée au révérend N., le 8 août 1960, est une erreur accidentelle (la ville n’était pas la cible).
Camus dégage l’enjeu, avec cette arme c’est le suicide collectif de l’humanité qui est possible. La science censée apporter la connaissance et de meilleures conditions d’existence, contribuer au bonheur des gens dans leur vie quotidienne est utilisée pour des meurtres de masse avec une bombe de la grosseur d’un ballon de football.
On a fait de gros progrès depuis, la bombe la plus puissante ayant jamais explosé en essai aérien est la bombe russe Tsar Bomba (3300 fois celle de Hiroshima).
Jaspers fait une conférence 11 ans après Camus, en août 1956 « La bombe atomique et l’avenir de l’homme » qu’il développera ensuite dans un livre de 700 pages, épuisé, paru en 1963 chez Buchet-Chastel. Il met en avant le fait que la théorie de la dissuasion est une folie. Croire qu’on empêchera la guerre parce qu’on possède l’arme nucléaire, c’est ne pas comprendre que toute arme nouvelle finit toujours par être utilisée. Donc, une guerre nucléaire est possible. Ce qui confirme cette hypothèse,
ce sont les essais nucléaires (le chiffre des essais aériens, souterrains, sous-marins sur une trentaine d’années est ahurissant)
et l’impossibilité d’empêcher la dissémination de l’arme nucléaire (sauf à faire une injuste guerre juste).
Anders publie en 1956, la même année que Jaspers, le 1° tome de son magistral livre L’obsolescence de l’homme. Il pense comme Jaspers que la bombe est appelée à être utilisée, que c’est pour cela qu’on l’essaie, que ce ne sont pas des essais de dissuasion pour la vitrine. Au delà de Jaspers, il voit les effets désastreux pour de très longues durées (millénaires) sur les humains, la faune, la flore.
Tchernobyl entre autres est là pour nous raconter ce qui se passe au niveau des sols contaminés, des eaux radioactives, des peaux brûlées, des modifications génétiques…
Avec la guerre russo-ukrainienne otanienne, on est sorti (on est en voie de sortie) de la pax americana c’est-à-dire des guerres innombrables menées par l’impérialisme US depuis la fin de la 2° guerre mondiale (je devrais citer aussi les guerres menées par la France en tout un tas d’endroits en Europe, en Afrique, en Asie) sous couvert de démocratie et de droits de l’homme
pour entrer dans une recomposition géo-politique entre divers impérialismes, dans une ère de choc des civilisations où ce qui était annoncé se déroule tout à fait différemment en dépit des experts (une guerre russe rapide qui s’éternise, un effondrement de l’économie russe suite aux sanctions qui a fort bien résistée, une Europe et un OTAN dépassant toutes les lignes rouges en laissant les Ukrainiens payer le prix fort de la guerre, les États-Unis faisant ce qui s’appelle une proxy war (une guerre médiée par un adversaire-tampon, l’empire visé au-delà de la Russie étant la Chine), des BRICS de plus en plus nombreux et puissants, optant pour un monde multi-polaire.
Ce qui m’étonne, c’est apparemment, le peu de crédit accordé au risque de nucléarisation de ce conflit.
Je préfère penser le contraire, même si c'est désespérant. Oui, cette guerre peut devenir une guerre nucléaire et le conflit peut se mondialiser. Personne ne me semble maître du « jeu ». On est dans un conflit portant sur des valeurs et pas seulement sur des territoires, sur des ressources. Comme les guerres de religion, les conflits de valeurs, de visions du monde, sont des croisades et donc ce n’est pas la guerre pour faire la paix (la guerre c'est la continuation de la politique par d'autres moyens d'après Clausewitz), c’est la guerre pour s’imposer, imposer sa foi, sa vision. L’enfer est peut-être devant nous. Avec son prix, le meurtre, le suicide ? collectif d’une partie de l’humanité.
Pour Camus, le suicide dans un monde absurde est l’ultime liberté de l’individu.
Le suicide collectif, comment doit-il être considéré ? Il est clair qu’il ne s’agira en aucune manière d’une décision libre de chacun et de tous. Aucune concertation des peuples n’a eu lieu. Nous sommes en guerre par le fait de « nos » dirigeants. Aucun vote de l’Assemblée, aucun consultation du peuple par référendum. L'ONU est court-circuitée.
Donc, s’il y a suicide collectif, c’est plutôt d’un meurtre de masse qu’il faudra parler, meurtre imposé, subi. Les princes seront des criminels, devant quel tribunal ? Que les princes, dictateurs, présidents puissent en arriver à cette solution finale, cela s’expliquera-t-il par notre passivité, notre soumission volontaire, notre lâcheté, notre impuissance, notre insouciance, notre inconscience ? Quel activisme pourrait nous en garder ? Camus proposait de combattre pour la paix par la raison, aspirant à un gouvernement mondial (ce sera l’ONU en 1948). Jaspers propose la raison et la sensibilité. Vivre en paix, en harmonie avec les gens qu’on côtoie, qu’on aime, avec la nature, en contemplant la beauté de ce qui s’offre, tant que cela s’offre. J’ignore ce qu’Anders propose.
Vers qui se tourner ? Des 300 livres d’Épicure, il ne reste que quelques pensées de lui sur la politique, dans les maximes capitales. Épicure a été « détruit » par le christianisme. Raison : sa philosophie et sa politique sont immanentes et non transcendantes. Il était incompatible avec Dieu et les fables qui en sont issues, la naissance d’un enfant sans père, une femme qui donne naissance sans géniteur, un fils de Dieu qui meurt et ressuscite, l'eucharistie. Ces fables sont puissantes, durables. Elles sont peu en rapport avec des faits réels. Elles ont plutôt à voir avec nos désirs, celui d'éternité par exemple (Le désir d'éternité, Ferdinand Alquié).
« La justice n’est pas quelque chose en soi mais quand les hommes se rassemblent en des lieux, peu importe, chaque fois, lesquels et leur grandeur, un certain contrat sur le point de ne pas faire de tort ou de ne pas en subir. » M.C. XXXVIII.
Pour Épicure, la politique c’est l’art de produire les conditions de possibilités sociales d’une vie hédoniste pour tous. Il veut que le contrat vise l’établissement de lois justes pour tous, pas pour une minorité de privilégiés. Il sait que l’homme n’est pas naturellement bon et que c’est culturellement qu’il peut le devenir par la philosophie politique épicurienne en particulier. Il est le penseur de la puissance de la majorité, l’antidote à la tyrannie des minorités, des maîtres sur les esclaves. (N°12, Front Populaire pages 6-7).
On voit en quoi des initiatives comme Construisons notre bonheur sont éminemment épicuriennes et sans doute une des bonnes façons de passer contrat. C’est du local, de l’action décidée par RIC.
Ou le projet de Jean Delorme avec les Entrepreneurs du sens.
Si on prend en compte, toutes les initiatives, installées dans le temps, à périodicité stable, (mensuelle, bimensuelle), on se rend compte que certes, les dirigeants nous feront tuer en masse (et cela nous dépasse) mais que nous avons encore de la latitude pour nous rencontrer, discuter, décider de faire notre bonheur avec d'autres.
Maximes capitales - Wikisource
Ce qui est bienheureux et immortel ne s'embarrasse de rien, il ne fatigue point les autres ; la colère est indigne de sa grandeur, et les bienfaits ne sont point du caractère de sa majesté, parc...
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Entretien avec Jean Delorme - Éloge d'une économie de précaution
Philippe Guerin, ancien ambassadeur, polytechnicien comme l'a été son père et son grand-père après une lecture attentive m'a adressé par mail cette réflexion : Bonjour Jean. Je viens de term...
https://www.simply-crowd.com/entretien-avec-jean-delorme-eloge-dune-economie-de-precaution/
Après deux N° de la revue des deux mondes, deux N° de la revue Front populaire.
Avec Jean-François Kahn, dans la revue des deux mondes, tu te confirmes dans ce jugement que chiffres et sondages des « experts » de plateau TV et autres tribunes ne sont là que pour habiller, voiler, maquiller, bidouiller, manipuler, orienter, formater l’opinion, ne sont là que pour se substituer à l’opinion, à la voix citoyenne, ne pouvant s’exprimer par la voie référendaire (au sens du RICCARL) localement, régionalement, nationalement, européennement, onusiennement.
Chiffres et sondages, conseils des cabinets de conseils étrangers (américains, allemands) grassement payés contre la voix des gens ordinaires, contre la voie démocratique dégageant une majorité que Tocqueville a décrit comme « le despotisme de la majorité » dans De la démocratie en Amérique.
Voilà une "bible" dont il faut reconsidérer l'impact.
Soit aujourd’hui, « démocratie directe » pas du tout réalisée contre « démocratie représentative » où les représentants élus se servent, s’accordent privilèges et prébendes avec cynisme et mépris du peuple = des gens ordinaires = des périphériques, invisibilisés au profit de minorités agissantes de toutes sortes, les plus gueulardes ayant le plus pignon sur plateau, contribuant à la fragmentation de la société, à son éclatement, à sa décomposition, à la guerre civile, à bas bruits pour le moment, selon Michel Onfray, décrivant par exemple ce qui se passe régulièrement quartier Perseigne, à Alençon, Orne, son département aimé, quartier devenu « territoire perdu de la République » selon un euphémisme pudique, territoire devenu territoire d’une tribu marquant son territoire par « tirs de mortiers, incendies de poubelles et de voitures, barricades, dégradations de mobilier urbain, caillasses, guets-apens de policiers et de pompiers, une bande d’une cinquantaine de personnes masquées, cagoules, armées de barres de fer est allée au contact de la police forte de 35 membres pendant 3 heures. » N° 12, pages 5-6
Avec les N° de Front populaire, N° 12, La tyrannie des minorités, l’art de détruire la France et N° 13 Guerre à la guerre, contre les impérialismes, te voilà en présence d’analyses argumentées, de droite, de gauche, d’ailleurs et de nulle part comme se présente la revue.
Ça déboulonne, ça renverse les statues, ça jette à bas quantité de logiciels, de paradigmes, de discours admis sans distance, par méconnaissance (puisque tout est voilé, truqué) et ça fait un bien fou, tout en déstabilisant au point de ne pas en dormir, sans doute pour remettre un peu de cohérence dans tes convictions.
Tu es confirmé dans ta conviction récente (depuis 2020 environ) que tout un tas de récits sur des épisodes du roman national sont des faux,
- la révolution française (il vaut mieux lire Taine que Michelet ou Jean Tulard),
- l’universalisme des droits de l’homme,
- la colonisation civilisatrice (le célèbre discours de Victor Hugo du 21 août 1849 au Congrès de la Paix, souvent cité mais toujours caviardé, coupé de ce qui aujourd’hui gêne),
- la résistance sous Vichy,
- le gaullisme, le mitterrandisme, le chiraquisme;
qu’il en est de même de tout un tas de récits sur des épisodes internationaux :
- la révolution bolchevique, le stalinisme,
- la libération de la France par les américains,
- la guerre du Viet-nam,
- les guerres du Golfe (l’énorme mensonge de Colin Powell montrant une fiole d’ « arme bactériologique » du régime de Sadam Hussein aux TV),
- les guerres de l’axe du bien contre les axes du mal,
- les guerres justes qui fonctionnent selon un schéma hérité de Saint-Paul, Saint-Augustin, Saint-Thomas d’Aquin, médiatisé par deux Bernard, BK et BHL: je te fais la guerre préventivement à toi dictateur dangereux, au nom des droits de l’homme, de la démocratie, de l’universalisme, d’une façon active, pas réactive, pour t’empêcher de me faire la guerre liée à ta folie. Je tue des gens réels, je cause des souffrances réelles, des injustices réelles au nom d’injustices virtuelles, de souffrances virtuelles. (N°13, pages 2 à 9)
Tu es effaré de voir comment on est passé
- de la génération de 68, dite des Boomers, rimbaldienne, utopiste, qui rêvait d’une société différente, de courir le monde, d’inventer une contre-culture, de définir une liberté neuve
- à la génération des Millennials qui font choix d’un monde fait d’interdits, de censures de tous calibres, de frontières pathologiques entre les races, les cultures, les sexes, les âges.
Comme si on était passé, en quelques décennies, d’« il est interdit d’interdire » à « il faut faire taire celui qui m’offense ». Selon Brice Couturier (N° 12, page 157)
exit avec cette génération, la résilience: ce qui ne te tue pas, te rend plus fort
Tu penses à Marcel Conche, à ses fondements de la morale, au devoir de prendre la parole pour ceux qui ne l'ont pas
(à mettre en contraste avec ce qui est arrivé au Canada à Ariane Mnouchkine, voulant donner la parole dans un spectacle aux indiens autochtones, sans eux et se faisant tailler en pièces, parce que sans eux c'est contre eux = = activisme décolonial; voir aussi ce qui est arrivé à J.K. Rowling)
Woke veut dire éveillé, qui s'éveille, prend conscience. Comment l’éveil a t-il pu engendrer le Wokisme, source de régressions impensables il y a une dizaine d'années ?
Le wokisme est la rencontre selon Jean-François Braunstein d'un courant américain du protestantisme théorisant la notion de péché d'un point de vue collectif et pas seulement individuel (tous coupables, le méchant blanc) et de la french theory, les philosophes français dits de la déconstruction (Foucault, Derrida, Baudrillard).
Pour ma part, j'approuve que l'on révèle la réalité coloniale, dominatrice, exterminatrice, extractrice, prédatrice de l'Occident. Après vient le débat : réparation, repentance... Avec le wokisme, plus de débat possible : il faut passer par la revanche, la vengeance.
Autre point à évoquer : la question de l'identité. Là encore, l'idée de définir, de faire évoluer son identité, ses identités, n'est pas en soi une "mauvaise" idée. Personnellement, je suis favorable à ce que j'appelle la fluidification de l'identité puisque cela correspond à la variété de nos humeurs, sensations, émotions, sentiments, pensées. Mais de là à exiger la reconnaissance par autrui ou par la loi de mes choix personnels me semble correspondre à ce proverbe : les chemins de l'enfer sont pavés de bonnes intentions.
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(Une vague de folie et d’intolérance submerge le monde occidental. Venue des universités américaines, la religion woke, la religion des « éveillés », emporte tout sur son passage : universités, écoles et lycées, entreprises, médias et culture.
Au nom de la lutte contre les discriminations, elle enseigne des vérités pour le moins inédites. La « théorie du genre » professe que sexe et corps n’existent pas et que seule compte la conscience. La « théorie critique de la race » affirme que tous les Blancs sont racistes mais qu’aucun « racisé » ne l’est. L’« épistémologie du point de vue » soutient que tout savoir est « situé » et qu’il n’y a pas de science objective, même pas les sciences dures. Le but des wokes : « déconstruire » tout l’héritage culturel et scientifique d’un Occident accusé d’être « systémiquement » sexiste, raciste et colonialiste. Ces croyances sont redoutables pour nos sociétés dirigées par des élites issues des universités et vivant dans un monde virtuel.
L’enthousiasme qui anime les wokes évoque bien plus les « réveils » religieux protestants américains que la philosophie française des années 70. C’est la première fois dans l’histoire qu’une religion prend naissance dans les universités. Et bon nombre d’universitaires, séduits par l’absurdité de ces croyances, récusent raison et tolérance qui étaient au cœur de leur métier et des idéaux des Lumières. Tout est réuni pour que se mette en place une dictature au nom du "bien" et de la « justice sociale ». Il faudra du courage pour dire non à ce monde orwellien qui nous est promis.
Comme dans La philosophie devenue folle, Braunstein s’appuie sur des textes, des thèses, des conférences, des essais, qu’il cite et explicite abondamment, afin de dénoncer cette religion nouvelle et destructrice pour la liberté.
Un essai choc et salutaire.)
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Appliqué à l'école, ça donne : "l’école inclusive est la « révolution copernicienne » du système éducatif, la fin heureuse d’une école « ségrégationniste et élitiste » avec l'extension du domaine du handicap...La dyslexie a ouvert le bal à la fin du siècle dernier, destinée à camoufler l’échec de l’apprentissage de la lecture par la méthode globale, bientôt suivie de tous ses avatars poursuivant peu ou prou le même objectif : dissimuler l’échec des réformes pédagogiques engagées depuis quarante ans en l’attribuant aux supposés « dysfonctionnements » neurocérébraux d’élèves chaque année plus nombreux. Cette extension organisée du domaine des « dys » explique sans doute l’étrange statistique selon lequel un quart des élèves français relèverait aujourd’hui du handicap… La déconstruction de la norme – par rapport à laquelle se définit nécessairement le handicap – et l’idéologie victimaire qui sert de boussole aux instances supranationales ont pour effet de pathologiser la société. Pour preuve, la catégorie de « handicap ressenti », strictement déclarative et très sérieusement utilisée par l’INSEE dans l’établissement de ses statistiques sur le handicap en France... Tous handicapés, tous victimes, tel serait donc l’idéal de l’école inclusive." Anne-Sophie Nogaret, N°12, pages 126 à 131.
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Une monstruosité médiatique : LCI -- Djamel LABIDI
Dans la propagande occidentale sur la guerre en Ukraine, les medias lourds français, officiels et officieux, à part quelques exceptions, se font particulièrement remarquer dans un soutien sans ...
https://www.legrandsoir.info/une-monstruosite-mediatique-lci.html
à lire, relire, partager
8 août 2023
7 H 10 balade d’une heure sur la route de Montferrer, 4 kms AR.
Mon ombre portée devant moi avec le soleil rasant atteint 15 m. Je vois ma belle allure d’homme à la Giacometti.
8 H 10 je croise Clive, archi-pressé comme à son habitude et dont j’ai rencontré la fille Charlotte quelques jours avant. Magnifique jeune femme de 25 ans. Très émotive, elle avoue que d’avoir 25 ans l’angoisse car il lui faut décider de son projet de vie. Elle veut devenir maman. Fini le temps de l’insouciance, des virées sac à dos dans le monde entier.
On a envisagé une soirée barbecue à 4.
8 H 15, courses légumes-fruits chez les filles. Café.
Je peux me connecter et travailler sans que ça rame à publier l’article Face à la bombe. Jusqu’à 11 H 30.
Interruption d’une bonne demie heure suite au surgissement de Ninon, psychologue et de son père, éducateur spécialisé en retraite. Reprise d’une discussion sur Irvin Yalom, on parle de Camus. Le père est allé sur la tombe de Camus à Lourmarin. J’évoque la tombe de Gabriel Guez-Ricord, quasiment en face.
12 H 30, repas partagé avec Rosalie et Lula.
Sieste d’une heure, réglée comme papier à musique.
15 H 15, balade de 6 kms sur la route de Montefferrer AR.
17 H, discussion sur la place de la république avec papy gaga et un pompier professionnel de Lyon, en retraite. Papy gaga nous annonce la 3° guerre mondiale pour 2025.
Ne nous empêchons pas de construire notre bonheur. Avec nos proches, des gens rencontrés, des amis.
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Fin d'après-midi et soirée, je décide de me plonger dans Vers les confins de Serge Rezvani, dont j'ai lu La traversée des Monts noirs. Énorme et agréable surprise.
Ce roman foisonnant correspond à ce sur quoi je travaille en rendant compte de mes lectures de revues. Humour ravageur, dommage que je sois seul, je ne peux partager mes rires. Roman dont j'ai déjà lu un tiers. les livres I et II sur 6 livres. Après reprise du dernier chapitre de La traversée des Monts noirs, et deux jours et une nuit dans le tunnel passant dans les Monts noirs, on prend un convoi de camions militaires en route pour les Confins, désert sans fin où vivent les Esséniens, les descendants de la Bible d'avant sa défiguration par le Nouveau Testament.
Si avec la revue Front populaire, ça déboulonne, avec ce roman, on atteint l'apothéose des déboulonnages, où Spartacus précède de 70 ans, le Christ, où la doctoresse et la mathématicienne sont les seules femmes du voyage d'élucidation des crimes commis dans les Confins, les autres personnages s'appelant l'ami français, l'enquêteur du district, le criminologue, le chercheur en philosophies oubliés, où la philosophe du deuxième sexe n'est pas nommée mais déconsrtruite... Bref, un régal.
https://les4saisons.over-blog.com/article-la-traversee-des-monts-noirs-serge-rezvani-103527428.html
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deux extraits par la doctoresse, Déborah
« – Oui, je veux dire que la Vie est sans pensée, elle ! Sans programme, elle ! Que la Vie va s’épanouir là où se trouvent dans la Nature des interstices qui lui sont favorables. Elle s’improvise Vie ! Sans savoir qu’elle est Vie ! Voyez l’Australie. À peine s’était-elle détachée des autres continents qu’en quelques millions d’années elle invente les marsupiaux. N’est-ce pas sublime d’imaginer, avec notre étrange cerveau spécifiquement humain, que l’Univers se peuple à l’infini d’une Vie aveugle, sans conscience et à la fois de la même violence inventive que le Feu, lui aussi aveugle et sans conscience, des Mondes en fusion ? Que la Vie et le Feu cohabitent à l’infini dans l’Univers comme cohabitent Vie et Mort ? N’a-t-on pas découvert dans les abysses des mers les plus profondes – là où les feux telluriques jaillis du magma terrestre luttent avec l’eau – non seulement des particules de vie mais d’étranges amalgames de cellules formant des corps composés, munis d’étranges griffes et de crochets, capables de supporter des chaleurs proches de l’ébullition ?
Quand nous eûmes roulé un moment en silence, elle avait ajouté :
– La Vie ne connaît aucun obstacle. Et même quand je mets en garde ces bergers dont nous parlions tout à l’heure, à propos de la radioactivité des métaux qu’ils arrachent aux carcasses des grandes épaves ensablées, je sais qu’à l’échelle des générations, l’espèce humaine, le jour où elle sera atomisée, comme ces espèces animales ou végétales qui survivent et prolifèrent en dépit de tout autour des centrales nucléaires dévastées, oui l’espèce humaine même si elle est défigurée, même si elle est méconnaissable, je dis bien l’espèce humaine revenue s’il le faut à son animalité la plus primitive qui n’est que Vie sans figure humaine, s’arrangera pour survivre coûte que coûte en se réinventant autre par tâtonnements successifs. » (pages 102-103)
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évidemment, je constate la coïncidence d'inspiration avec un poème écrit en juillet et que j'ai mis en voix (5'45"), non partagé
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Metamorphosis
Cosmogonie orgasmique
Somnolent dans le fauteuil Louis-Philippe,
une image te vient :
La Terre et ses milliers de bouches éruptives,
ses milliers de vulves-geysers,
la Terre ronde est ronde
de toutes les grossesses animales et humaines,
de toutes les germinations florales et végétales,
de toutes les minéralisations calcaires et granitiques.
La Terre est la porteuse, l’accoucheuse
de tout ce qui naît, de tout ce qui prend corps.
Le corps, les corps, encore et encore.
Incarnations en chairs et en os,
en racines et cimes,
en strates et sédiments.
Et tu te vis, foetus en position foetale, dans le ventre-terre.
Du ventre-mer, du ventre-mère
tu es passé au ventre-terre, au ventre-univers........................
Tu as inspiré l’air du Large.
Tu es monté dans la pirogue du Fleuve.
Tu as été fécondé par les abeilles de l’Amour.
Tu accueilles, tu recueilles, tu donnes, tu offres.
Tu ne tries pas, tu ne juges pas, tu n’opposes pas.
Ce qui advient devait arriver,
ce qui adviendra arrive déjà,
ce qui est advenu arrive toujours
parce que le passé ne s’efface pas.
Tout est mémorisé, devient mémoire vivante.
Tu t’es laissé glisser dans l’Océan que tu es.
Tu n’es pas une vie minuscule gouvernée par un zizi ridicule.
Tu es une vie Majuscule reliée au Tout.
Tout copule et consent avec joie à copuler.
Poussières et semences d’étoiles,
germes et spermes de l’orgie de l’évolution,
de l’ontogenèse, de la phylogenèse,
à la vie à la mort.
La fabrique des corps. Et au coeur du corps, le coeur.
Tu es humble de ton humus,
humain de ton humanité,
universel de ton universalité,
divin de ta divinité.
En ouvrant tes bronches,
en activant ouïes, branchies,
tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.
Tu entres dans l’innocence.
Tu es miracle et mystère de ta naissance.
Tu seras mystère et miracle de ta mort.
Tu fais choix de l’ignorance.
Tu ne refuses pas les connaissances
mais surtout tu sais qu’on ne sait rien.
Rien du début, rien de la fin, rien du sens s’il y en a un.
Tu acceptes d’être dans l’incertitude,
tu ne cherches pas de certitudes.
Tu ne crois plus qu’il y a la Vérité à chercher.
Tu essaies d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.
Tu montes et descends l’échelle,
Du Tartare à l’Olympe,
du Ciel à l’Enfer
et tu bivouaques sur la Terre.
Du Tartare, tel Orphée, tu ramènes poèmes et mélodies.
Épitaphier de tous les morts aimés.
Dans l’Enfer, pas de damnés condamnés à jamais.
Du Ciel, tu ne fais pas le séjour de Dieu ni le paradis des ressuscités.
Dieu ayant créé se cache, tsimtsoum.
Le ciel est espace de légèreté pour la gente ailée.
Dieu est dans le silence d’un souffle subtil.
Dans l’Olympe, aucune guerre des dieux.
Ils ont eu le temps d’apprendre et de pratiquer l’anarchie.
La Terre est danses et cycles.
La grande roue du Grand Manège tourne
bien huilée
sans grincements de dents.
Dieu et les dieux sont présences ineffables.
Tu n’es plus un hamster.
Tu es à Parfaire. Tu es un Parfait. Tu es Parfait.
Danse des mots - Vers les confins (rediffusion)
Depuis des " annes-lumière ", Rezvani délire poétiquement dans des romans qui coulent et nous emportent; Vers les confins nous emmène aux limites de l'écriture romanesque et à la frontière d...
https://www.rfi.fr/fr/emission/20141229-vers-confins-rediffusion
journal d'été à corps ça vit
13 juillet
Balade du matin, aquagym, je me prépare à recevoir K., G., et R.
Fin d’après-midi et soirée, au parc communal,
- dès 18 H 30, scène ouverte
- avec Ho Sud, 4 musiciens, multi-instrumentistes dont le maire, dont le chanteur (répertoire de qualité, par exemple un poème de Baudelaire, un autre de Charles Gros mais aussi sur les mineurs de Batère),
- une chanteuse polonaise interprétant des romances polonaises, russes, tziganes,
- un orgue de barbarie qui nous joue I can't get no, en nous racontant l'histoire du riff de Keith Richards (surgi dans son sommeil et enregistré tout de suite)
- 20 H 30, repas préparé par le comité des fêtes, très rajeuni, très actif, assiette de tapas ou sardinade ou maïs grillé,
- 22 H 30, feu d’artifice allumé par le maire au-dessus de la piscine
- 23 H-2H du matin, bal, sur la placette du village, avec chaque année Christian Fontaine.
J’ai dansé avec K. la groupie du pianiste, en apprenant que c’était la chanson préférée de Cyril
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Michel Berger "La groupie du pianiste" | Archive INA
Abonnez-vous http://bit.ly/inachansons 18 novembre 1978 Michel Berger "La groupie du pianiste" Émissions TV, Archive tv, Archive television, tv replay live, live music, french tv Images d'archive ...
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Histoire d'une chanson: (I Can't Get No) Satisfaction - The Rolling Stones
Découvrez l'histoire de la chanson (I Can't Get No) Satisfaction - The Rolling Stones
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The Rolling Stones - (I Can't Get No) Satsfaction (Live) - OFFICIAL
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14 juillet, marche vers 9 H
10H-11H, mise en ligne laborieuse de la 2° note des lectures d’été
11 H 30, cérémonie au monument aux morts, discours du maire, toujours de qualité, avec tour d’horizon mondial, discours donc de citoyen du monde et même plus exactement discours tout simplement humain, lucide, avec du coeur, des valeurs,
il m’a donné l’exemplaire lu
puis apéritif offert par la municipalité au parc communal,
une quarantaine de personnes; c’est agréable de se retrouver; je suis revenu à la maison à 13 H
j'apprends par un ami, la présence de Rezvani en Avignon et fais le lien avec sa marseillaise amie, chantée par Cali et Léopoldine H
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Cali / Léopoldine HH. / Serge Rezvani - Pour une Marseillaise Amie (Official Video)
Album " Chansons pour Lula " de Serge Rezvani disponible le 24 mars : https://sergerezvani.lnk.to/chansonsp... Abonnez-vous à la chaîne Jacques Canetti Productions : https://canetti.lnk.to/youtub...
Fin d’après-midi, je reviens sur le livre rouge, sur ce que j’ai lu
Je retiens cette parole de Méphistophélès à Faust page 132
Grise est, cher ami, toute théorie.
Et vert, l’arbre doré de la vie.
Page 144 : l’esprit des profondeurs s’adressa à moi et dit : comprendre une chose est un pont et une possibilité de revenir sur le chemin. Par contre, expliquer une chose est un acte arbitraire et parfois même un assassinat. As-tu compté les assassins parmi les érudits ?
Note 78, page 561: Jung a déclaré à Aniela Jaffé que ces débats avec les morts avaient été le prélude à toute son oeuvre ultérieure. « les morts me sont apparus comme porteurs des voix de ce qui est encore sans réponse, de ce qui est en qu^te de solution, de ce qui est en mal de délivrance. Les morts ne semblent pas avoir plus d’informations que celles qu’ils détenaient au jour de leur mort. On aurait pu supposer qu’ils aient acquis après la mort des connaissances supérieures. Mais non, les morts sont dans l’attente de réponses données par les vivants. »
En 1959, lors d’une interview par la BBC, à la question : et maintenant croyez-vous en Dieu, Jung répond : maintenant (silence), difficile de répondre. Je sais. Je n’ai pas besoin de croire, je sais.
L’expérience immédiate, en phase avec la tradition gnostique, étudiée par Jung, se suffit à elle-même.
Page 147 : mon chemin n’est pas votre chemin. Je ne peux donc pas vous instruire. Le chemin est en nous mais pas dans les dieux ni dans les doctrines ni dans les lois. C’est en nous qu’est le chemin, la vérité et la vie. (En contraste complet avec Jean 14.6 Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi).
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Les Simiots, ces horribles démons...
Le Site Grand Sud Insolite vous permet de découvrir la région Midi-Pyrénées en empruntant les chemins de traverse... Découvrir des recoins hors des sentiers battus, parfois oubliés, mais touj...
https://www.grandsudinsolite.fr/2472-66-pyrenees-orientales-les-simiots--ces-horribles-demons.html
le soir vers 20 H, petite virée côté lavoir de Montferrer; je tombe sur deux femmes, conversation; on n'arrête pas à corps ça vit de se parler;
je parle du rocher des sorcières au kilomètre 2 et des deux chiens sculptés naturellement dans le rocher, l'un de face, un chien de berger particulièrement bienveillant, l'autre de profil, plus archaïque
une des deux femmes me dit : ils ne sont pas là par hasard, ce sont des chiens protecteurs
et l'autre de rajouter, sans doute des simiots, la légende du Moyen-Âge qui a donné la fête de la Rodeille d'Arles-sur-Tech
pas de photo de ce rocher et des chiens; je vais tenter d'en prendre une ou deux
Lectures d'été 2
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Lectures d'été 3 - Blog de Jean-Claude Grosse
L'Ombre du vent (titre original : La sombra del viento ) est le premier roman pour adultes de Carlos Ruiz Zafón. Publié en 2001 et traduit en français en 2004, ce roman historique mêle suspense...
https://les4saisons.over-blog.com/2023/09/lectures-d-ete-3.html
curieux ordre-désordre de mes lectures d'été
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Lectures d'été - Blog de Jean-Claude Grosse
livre fabuleux sur un mythe fabuleux La part du héros Le mythe des argonautes et le courage d'aimer Andrea Marcolongo Ls Belles Lettres, 2019 Le choix des livres qu'on se propose de lire à quoi ...
https://les4saisons.over-blog.com/2023/07/lectures-d-ete.html
curieux ordre-désordre de mes lectures d'été
12 juillet,
lecture l’après-midi d’une pièce de théâtre publiée aux éditions Mesures.
Les Juifs d’Evguéni Tchirikov. pièce écrite en 1903, suite au pogrom de Kichiniov, pendant la Pâque orthodoxe du 6 au 8 avril 1903, éditée en 1906 par Gorki, immédiatement censurée et jamais rééditée.
Le pogrom (3 lignes décrivent les atrocités commises, page 15, je ne les reproduis pas) avait eu un immense retentissement, faisant suite au retentissement mondial de l’interminable affaire Dreyfus. Une grande collecte pour les victimes avait été organisée. Y avaient participé entre autres Tolstoï, Tchekhov.
Ce qui est remarquable avec Les Juifs, c’est qu’elle est écrite par un Russe, non par un Juif, tentant de nous faire vivre de l’intérieur d’une maison (mot essentiel en Russie), les doutes, espoirs, angoisses, épreuves d’une famille juive, celle du vieil horloger Leïser Frenkel.
La pièce fut créée en décembre 1904 à Berlin, fit une tournée mondiale, Vienne, Oslo, Londres, New York (un an aux USA).
Elle est créée en Russie même fin 1905. Meyerhold en fit une mise en scène, en février 1906, jouée 3 fois.
En France, la pièce ne fut jouée qu’une fois en juin 1933, au Théâtre du Vieux-Colombier, un an après la mort de Tchirikov, et peu après l’arrivée de Hitler au pouvoir, dans une traduction et une mise en scène de Georges Pitoëff, soirée de gala au profit du Fonds juif international dont la mission était de favoriser l’installation en Palestine des Juifs allemands exilés. La traduction de Pitoëff n’a pas été retrouvée, jamais publiée.
2023, résurrection de cette pièce par les soins d’André Markowicz, 120 ans après son écriture, 90 ans après sa seule représentation en France.
Ma lecture :
Pièce en 4 actes. 150 pages.
1° acte : un acte éminemment politique, idéologique, historique. Échanges vifs et argumentés entre des jeunes gens, l’un sioniste, voulant retourner aux sources, recréer un foyer juif en Palestine. Il est le seul à défendre cette vision. Les autres sont marxistes, il y a des juifs, des russes dont un ouvrier, certains, sont socio-démocrates, sur la ligne du réformisme (August Bebel est cité), d’autres, révolutionnaires, sur la ligne de la rupture avec le capitalisme, y compris avec les riches Juifs.
2° acte : on entre dans l’intimité de la famille, dans les envies et projets des uns et des autres. Émerge le personnage de Lia, la fille du vieil horloger. Elle est aimée du sioniste Nachman (26 ans), aime un chrétien russe, révolutionnaire, Bérézine. Dilemme. Beaucoup d’interruptions. Cette vieille maison juive, succession de pièces, atelier, entrepôt, cuisine, chambres, salle à manger, cave, on y entre, on en sort sans frapper, par différentes entrées et sorties. Des Russes passent, des Juifs arrivent dont le frère du vieil horloger, Aaron (55 ans) et sa famille. Des rumeurs courent sur un pogrom annoncé à Kichiniov.
3° acte : les menaces se précisent, des pierres sont jetées, des insultes proférées; que faire ? Fuir, se défendre revolver en mains, se tuer, espérer la solidarité des ouvriers russes, l’intervention de la police; accepter les humiliations, la mort atroce sous les moqueries ?
4° acte : le plus court (17 pages), le pogrom en acte
violente dispute entre le vieil horloger (60 ans) et son fils Boruch ((22 ans), le frère aîné de Lia (18 ans). Boruch et Lia, étudiants, sont interdits de poursuite d’études, pour désordres, ce qui provoque la colère de Leïser, reniant son fils. Bérézine, russe orthodoxe et camarade de Boruch tente de sauver Lia en l’incitant à fuir avec lui. Elle refuse et finit par se suicider avec le revolver de Bérézine, lui-même tué par les pogromistes.
Ça n’arrête pas d’entrer et de sortir. Certains meurent de peur ou de vieillesse.
Des personnages, on passe aux voix sans visage, à leurs injures, insultes, projets de viols, d’assassinats jusqu’à la confusion finale. La police annoncée, le pogrom reflue, des ouvriers solidaires sont maintenant sur les lieux, Nachman cesse d’utiliser son revolver.
J’avoue avoir hésité à lire le 4° acte. S’il y avait eu des actes, j’aurais regretté la lecture. Là, on n’entend que les voix des « monstres », des salopards, de la haine anti-sémite. Il faut de l’imagination pour passer
Le soir, j’hésite entre Vers les confins de Rezvani et Le livre rouge de Jung. Après le très ancien mythe des argonautes, aller vers les confins semble aller de soi. C’est Jung que je choisis pour aller de mythes en mythes, de mythes en rêves et en archétypes, pour aller dans les profondeurs. Cela aussi va de soi.
Fabuleuse aventure de 3 heures. J’ai l’édition française de 2017 (1° édition, 2012), donc livre acheté sans doute en 2020, sur commande à l’éditeur, L’iconoclaste, emporté à Corsavy en 2021 et sorti de la bibliothèque sous rideau, ce 12 juillet 2023.
Devant un tel ouvrage, pas possible de le lire dans la continuité. Il faut l’apprivoiser, en sentir la singularité.
Donc, je commence par la préface qui me fait découvrir le sort incroyable de ce texte paru pour la 1° fois en 2009, écrit en deux mois en 1913, jamais publié par Jung, qui n’en a jamais interdit la publication mais n’a jamais donné non plus d’instructions, laissant les héritiers gérer ce « cadeau », hors-normes, très différent des écrits « scientifiques » de Jung.
L’aventure éditoriale a duré de 2000 à 2009, décision prise démocratiquement par la fondation des oeuvres de C.G. Jung, aventure très collective, avec des compétences et dévouements sans faille.
De la préface, je passe à l’introduction, 100 pages, très documentée avec notes. Comme il y est question du texte, je vais au texte: le liber novus dit livre rouge.
D’entrée, je comprends que j’ai affaire à un texte spirituel, exposant le ressenti d’un chercheur des profondeurs selon une méthode que Jung appellera imagination active, confrontation avec l’inconscient, mais le mot n’est pas utilisé par Jung, il s’exprime par images.
Je lis donc le Liber Primus, le 1° folio, la voie de l’à-venir. Dialogue entre l’esprit de ce temps et l’esprit des profondeurs. Comme c’est rempli de notes, passionnantes, qu’il y est question des morts, de ce qu’ils attendent, je décide d’aller à la fin du livre où se trouvent les 7 sermons aux morts dont j’ai lu le sermon 1.
14 juillet 2023 : Fin d’après-midi, je reviens sur le livre rouge, sur ce que j’ai lu
Je retiens cette parole de Méphistophélès à Faust page 132
Grise est, cher ami, toute théorie.
Et vert, l’arbre doré de la vie.
Page 144 : l’esprit des profondeurs s’adressa à moi et dit : comprendre une chose est un pont et une possibilité de revenir sur le chemin. Par contre, expliquer une chose est un acte arbitraire et parfois même un assassinat. As-tu compté les assassins parmi les érudits ?
Note 78, page 561: Jung a déclaré à Aniela Jaffé que ces débats avec les morts avaient été le prélude à toute son oeuvre ultérieure. « les morts me sont apparus comme porteurs des voix de ce qui est encore sans réponse, de ce qui est en quête de solution, de ce qui est en mal de délivrance. Les morts ne semblent pas avoir plus d’informations que celles qu’ils détenaient au jour de leur mort. On aurait pu supposer qu’ils aient acquis après la mort des connaissances supérieures. Mais non, les morts sont dans l’attente de réponses données par les vivants. »
En 1959, lors d’une interview par la BBC, à la question : et maintenant croyez-vous en Dieu, Jung répond : maintenant (silence), difficile de répondre. Je sais. Je n’ai pas besoin de croire, je sais.
L’expérience immédiate, en phase avec la tradition gnostique, étudiée par Jung, se suffit à elle-même.
Page 147 : mon chemin n’est pas votre chemin. Je ne peux donc pas vous instruire. Le chemin est en nous mais pas dans les dieux ni dans les doctrines ni dans les lois. C’est en nous qu’est le chemin, la vérité et la vie. (En contraste complet avec Jean 14.6 Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi).
Lectures d'été
La part du héros
Le mythe des argonautes
et le courage d’aimer
Andrea Marcolongo
Ls Belles Lettres, 2019
Le choix des livres qu’on se propose de lire à quoi tient-il ?
De J.-C. et moi de Martine Roffinella, je suis passé à Une question de vie et de mort de Irvin et Marilyn Yalom. Et à La part du héros. Dans le carton de livres emportés m’attendent Les Juifs, une pièce russe, La traversée des confins de Serge Rezvani et d’autres sur les rayons des étagères dont Le livre rouge de Jung. Le prochain, ou Jung ou Rezvani, je sens bien en point contre-point de La part du héros.
Avec La part du héros, consacré au plus ancien mythe grec (avant L’Odyssée et L’Iliade), à la première expédition maritime, avec le premier navire mis à flots, je savais d’avance de quel pied marin et ailé, j’allais m’affubler, quel coup de jeune, j’allais me faire.
Ce sont donc 116 pages sur 259 que j’ai lues avec gourmandise, ce 8 juillet après-midi.
Andrea a une façon bien à elle de présenter le mythe. Il y a les adresses à ses lecteurs de La langue géniale, vous mes lecteurs, lui posant de multiples questions, auxquelles je vous répondrai. Comme les questions ont trait à la modernité des textes grecs, en quoi ces textes continuent à pouvoir nous dire des choses essentielles sur nous et le monde chaotique dans lequel nous vivons, Andrea alterne considérations sur notre temps et passages commentés du mythe. Je le dis tout net : les considérations sur le monde tel qu’il est, tel qu’il va ne peuvent intéresser que les branchés. Soit la majorité.
Quelqu’un qui s’est volontairement débranché ou qui fait un usage très sélectif des outils disponibles n’est pas réceptif à ces descriptions polémiques pas plus qu’il n’est pollué, empoisonné par ce monde qui ira là où il ira parce que c’est là qu’il doit aller. Ce qui a lieu c’est que c’était possible, tu mets des ( ) et tu dis ça va sans ( ); tu acceptes. Donc à 82 ans passés, nul désir chez moi de partir ailleurs, de changer d’endroit, de vie. Par contre persévérer dans le travail sur moi pour accueillir tout ce qui s’offre, sans tri, sans jugement, pour ne pas ajouter par une vision binaire, dualiste, de la guerre à la guerre.
Venu de l’enseignement, m’étant conduit en éducateur, qui tire vers le meilleur de soi (la part du héros), en autorité (elle dit guide, préféré à maître), c’est-à dire dans ma pratique celui qui autorise l’autre, le jeune, à s’autoriser, le contraire de l’imitation parce que s’autoriser à être soi-même, moi-m’aime, c’est user de la parole avec sincérité, sans mensonge, sans non-dits, passionnément, sans arrière-pensées, sans silences qui sont masques, c’est avoir confiance (la fidanza de Dante, ce mot si beau qui n’existe plus) et conscience qu’on sera entendu par l’éducateur d’abord,
donc venu de l’éducation, c’est quand Andrea se balade, nous balade dans l’étymologie des mots, des racines que je retrouve des pieds marins et ailés, que je prends un coup de jeune.
Je ne vais pas suivre le récit de cette expédition, passionnante, parce que les 50 argonautes montant sur Argô pour récupérer la Toison d’or et la ramener sont des jeunes gens qui ne savent rien de la vie, de la navigation, d’eux-mêmes, ils sont sans expériences et sans connaissances, inexpérimentés et innocents, vierges. Je ne le suis plus.
Jason, en prenant au pied de la lettre, le défi moqueur de son oncle Pélias qui a usurpé le trône de son père : Va, prends la Toison d’or, reviens, alors je libèrerai ton père, va larguer les amarres en fils de son père, non pour le venger, mais pour obtenir sa libération donc faire tenir sa promesse à Pélias.
En larguant les amarres, cette expédition aux multiples rebondissements va révéler aux 50 argonautes, leurs faiblesses, leurs capacités, leurs peurs, leurs désirs de rebrousser chemin ou de s’arrêter à Lemnos, leur solidarité et leurs caractères (quand Jason pardonne à Télamon, les injures dont il a été abreuvé parce qu’ils ont oublié trois de leurs compagnons dont Heracles, après l’épisode de Kyzicos, il fait preuve d’une maturité, acquise déjà par les épreuves traversées). Les jeunes gens deviennent hommes, mûrs, matures et ces mots ne désignent pas des états définitifs mais des mouvements, ils sont en mouvement, en transformation, ils mûrissent, seuls, par leur parcours, pour donner des fruits, fructifier, être féconds. Héros, ils le deviennent parce qu’humains, humains d’abord et non parce qu’ils ont des qualités physiques et mentales exceptionnelles.
Trois balades en étymologies :
Métaphore mener à travers, en tenant par la main (à Athènes, les véhicules livrant des fleurs sont des métaphores).
Mémoire a pour racines men, me, mente = esprit (garder à l’esprit, le mental). Pour les Grecs, le siège de l’esprit était l’âme, du même mot (anémos) que vent, souffle. C’est l’âme-souffle qui éveille l’intellect, la mémoire, l’activité vitale de la psyché. La mémoire se conserve à l’aide de l’esprit mais c’est avec le coeur qu’on se rappelle. Se rappeler quelqu’un nous oblige à en prendre soin dans notre esprit puis, depuis l’âme, à faire tourner son souvenir dans le vent jusqu’à ce qu’il vienne toucher notre coeur. Se rappeler au sens premier c’est conserver en son esprit et en son coeur, l’image de son passé et de celui des autres.
C’est très différent de mémoriser, mémorisation, commémoration (tout ça de force, imposé, calendrier des commémorations, par peur d’oublier et parce que de fait, l’époque oublie, de l’écume des jours à l’écume des jours ou du bruit du monde au bruit du monde, journal après journal où la seule chose qui change, c’est le nom des assassins, des voleurs, des violeurs, des hommes politiques, des stars).
Meta, ce n’est pas le point d’arrivée, le but,
c’est le point d’irréversibilité,
c’est le point à partir duquel le parcours ne peut plus être modifié, où le rebrousse-chemin n’est plus possible, où il faut donc accepter le changement que le parcours porte en lui
c’est aussi le point intime de notre changement sans retour, notre devenir-autre
La meta, c’est le motif qui vaut la peine de faire la traversée,
C’est ta Toison d’or.
Pour Jason, outre la Toison d’or, ce sera l’amour dont il ne sait rien, qu’il n’a jamais éprouvé, dont il ignore les signes, les manifestations, les effets, les troubles, la durée, pour et avec Médée.
Lecture des 143 pages restantes, le dimanche 9 juillet, entre une balade de 4 kms sur la route de Montferrer (avec discussion de près d’une heure au kilomètre 2 avec Walter, ses deux chiens loups hollandais à poils longs, son passé de commando marine, sa pratique de l’aïkido) et ma première séance d’aquagym à la piscine (nous étions 7)
La part de critique de ce que nous sommes, de comment nous vivons, du monde que nous fabriquons et consommons est importante; elle est pour moi, excessive et idéologique, fonctionne comme ce qu’elle dénonce: il faut un bouc-émissaire pour expliquer nos démissions, lâchetés., pleutreries. Évidemment, dans ce genre de perception, le dénonciateur ne s’inclue pas dans ceux qu’ils dénoncent.
Lui, elle, ont le courage d’être ce qu’ils sont, ont l’audace de grandir, d’apprendre par et de la souffrance parce qu’ils savent, osent, le moment venu, au bon moment, le kaïros, larguer les amarres, partir sur une mer qui est un pont entre deux ports, le port de départ, familier, familial et le port inconnu, étranger vers lequel un désir inassouvi, indicible les porte, refusant toute tentation de rebrousser chemin, toute tentation de facilité offerte par l’expédition, en sachant que le point d’irréversibilité a été franchi, que le futur est derrière eux, qu’aller de l’avant ainsi, vivant au parfait (mode grec du temps, ce que le temps provoque en soi de changement, et non écoulement chronologique du temps), c’est trouver sa mesure, devenir à partir de son humanité, le héros de sa vie, en réalisant plus grand que soi, en dépassant ses limites, en découvrant que, oui, c’est possible, quitte à devoir brûler ses vaisseaux.
C’est toute l’expédition des argonautes et de Jason que je viens de raconter, porté par les mots anciens, grecs du récit d’Apollonios de Rhodes, mots éclairés par Andrea.
La part personnelle est également importante. Sans entrer dans le détail, Andréa révèle des événements et des lieux de son histoire personnelle, la perte en 3 mois d’un cancer foudroyant de sa mère, alors qu’elle a 16 ou 17 ans, l’anorexie qui s’en suit (une faute de frappe, un acte manqué, lui font taper aMorexie), les études de philologie, deux tatouages (sans paroles = sans voix et le labyrinthe de Cnossos), une ville de coeur choisie parce que blessée, Sarajevo, l’importance des lecteurs dans son écriture.
Elle écrit pour eux, pour ceux qui cherchent à s’éclairer à la lumière des mots premiers, des mots anciens, au temps où la beauté n’était pas seulement dans les. corps (des blonds aux yeux bleus, à l’iris arc-en-ciel capables de susciter des visions dans l’oeil de l’autre comme le fait la magicienne Médée en regardant le terrifiant serpent gardien de la Toison d’or) mais dans les mots et dans le soin apporté à les utiliser au moment opportun, le kaïros.
Prendre soin des mots pour ne pas sombrer dans la démesure, l’excentricité, l’hubris, toujours insignifiante, pour vivre dans la félicité qui est énergie d’agir, joie de faire, volonté de changer, d’être fertiles, être en harmonie, en mesure, dans les bonnes proportions, le nombre d’or de l’architecture, les proportions de l’arithmétique, science du nombre.
Balades en étymologie :
Discerner, séparer le grain de son enveloppe, tamiser la farine pour la rendre plus fine. Le discernement, l’aptitude à affiner pour exercer une critique raisonnée est aujourd’hui affaibli par toutes les attaques contre l’esprit critique, complotisme, fake-news, surabondance d’informations, vitesse de rotation des informations.
Empathie, être dans et non avec, être dans la même douleur, dans le même bonheur ; et comme celui ou celle qui accompagne par empathie celle ou celui qui souffre ou jouit n’est pas dans cet état émotionnel, l’imaginer par fantasia, fantaisie, imagination, extraordinaire capacité humaine d’être dans la douleur de l’autre sans l’avoir vécue soi-même, en souffrir pourtant comme si c’était nous, en fantasmant.
Une formule saisissante : Les Anciens savaient que l’amour demande de la force, du courage (le mot vient du mot coeur, le courage vient du coeur) pour être choisi mais de la tendresse pour être vécu. Jason et Médée tombèrent amoureux instantanément et comblés de joie comme dit Platon. Ils se firent la promesse de s’unir et surtout l’un et l’autre demandèrent, exigèrent de l’autre, surtout Médée, exigeant la fidélité, le respect, l’action. « Tu partageras notre lit dans la chambre d’un hymen légitime et rien ne nous séparera dans notre amour jusqu’à ce que la mort fixée par le destin nous couvre de son voile. » (os phatos, il dit.) Point. Fin du discours. Le poète n’a plus rien à dire.
Considération historique : l’expédition des argonautes semble avoir eu lieu 10 à 20 ans avant les récits homériques (l’Iliade et l’Odyssée) mais il ne reste nulle trace archaïque de cette aventure. C’est Apollonios de Rhode qui reprend le mythe, depuis la bibliothèque d’Alexandrie, dont il est le conservateur, plusieurs siècles après le cycle troyen homérique et qui eut le génie de distinguer le voyage aller du voyage retour. Le voyage aller est le voyage vers l’inconnue Colchide où le jeune homme Jason devient homme, héros, découvre éros, l’amour (Platon relie héros et éros dans le Cratyle), où la jeune fille Médée devient femme en découvrant l’amour, éros.
Le voyage retour se fait sur les traces de l’Odyssée, donc en pays connus, tellement le récit homérique a été partagé, raconté, illustré.
Ma conclusion sous forme d’une question à Andrea :
pourquoi avez-vous eu besoin de noircir à outrance le tableau de notre époque et de ce que selon vous, nous sommes devenus, pour mieux nous faire goûter, savourer le monde grec. En fonctionnant selon ce schéma d’opposition, vous avez affaibli selon moi, votre démonstration.
Vous vous référez à Platon.
Dans le Cratyle, Platon écrivait : « quand on connaît les noms, on connaît aussi les choses. » Dit autrement et cela est dit dans votre texte, ce sont les mots qui créent la réalité, la font naître. « Si dire a le pouvoir de rendre réel, les mots servent à se choisir. » pages 33-34.
Wittgenstein dira la même chose : ce sont nos mots qui créent le monde, qui le rendent petit ou immense. page 63.
La réalité n’existe que par les mots que nous employons.
Platon écrit aussi que « penser est un discours que se tient l’âme tout au long à elle-même sur les objets qu’elle examine. » Théétète
Ce monde contemporain est noir, déprimant, insignifiant parce que vos mots sont noirs. Nous sommes lâches parce que vous nous dites lâches.
Personnellement, dans votre miroir, je ne vois ni noirceur ni lâcheté. Je vois de pauvres hommes, beaucoup d’hommes pauvres demandant compassion, empathie et tendresse, écoute pour qu’ils se disent, se choisissent.
Les Grecs appelaient Améchania, l’impuissance qui paralyse tout élan vers la vie, soeur et compagne de l’une des conditions humaines les plus pénibles, la pauvreté, Penia.
Améchania et Penia représentaient pour les Grecs, le plus grand danger pour les hommes parce qu’elles les poussaient à se diminuer, à se faire petits au lieu de s‘élever vers le haut, pour essayer chacun dans sa vie d’être un héros selon son propre mètre, sa propre mesure. page 71.
J’imagine la rencontre nécessaire parce que désirée entre Andrea et Marcel. Andrea a 31 ans, Marcel, 97 ans. Quand La part du héros paraît, Marcel l’apprend, se le procure, le lit, est émerveillé et dubitatif. Il écrit à Andrea via l’éditeur. Il a écrit un essai essentiel sur Homère, l’éducateur du peuple grec. Il a écrit un essai inactuel Devenir Grec. De la Grèce antique, il a traduit et commenté Anaximandre, Héraclite, Parménide. La réputation de ses travaux lui ont valu d’être élu membre de l’académie d’Athènes.
« Voulez-vous bien que nous nous rencontrions à Treffort, dans mon bureau d’où je contemple par la fenêtre, le clos, la nature naturée et pense la Nature naturante, créatrice, le premier poète.
Il me semble chère Andrea dont je suis déjà amoureux (j’ai vu des photos de vous, je vous ai entendu parler dans La grande librairie) que vous mettez trop l’accent sur l’homme, sur le connais-toi toi-même de Delphes puis de Socrate.
« L’homme n’est qu’une éloise dans la nuit éternelle » dit Montaigne.
Ce que vous nous invitez à devenir, des héros mus par éros, pour nous dépasser, créer, réaliser plus grand que nous, j’appelle cela sagesse tragique. Nous pourrions échanger sur cela et bien d’autres choses. J’ai entre autres relever votre désir de ne pas vous trahir. Qu’entendez-vous par se trahir soi-même ?
Nous sommes faits pour nous connaître. Je vous le demande du plus intime de mon coeur. »
À Corps ça vit, le 10 juillet, 17 H 17
Une question de mort et de vie
Irvin Yalom Marilyn Yalom
Albin Michel, octobre 2021
Marilyn Yalom va subir en quelques mois deux traitements violents en lien avec un cancer douloureux. Entre avril et novembre 2020. Les effets secondaires sont tels qu’elle en arrive à demander à mourir par suicide assisté.
Le suicide par dose létale diluée dans deux verres à boire par la patiente consciente en présence d’un médecin, d’une infirmière et de sa famille eut lieu le 20 novembre 2020. C’est l’objet du chapitre 21 du livre pages 201 à 205.
Les 20 chapitres qui précèdent sont écrits à deux mains, alternativement, par Irvin et Marilyn. C’est Marilyn qui a exigé l’écriture à deux de ce livre. Irvin dans son rôle d’aidant, d’accompagnant de fin de vie, fait tout ce qui est en son pouvoir pour soulager Marilyn, pour être à ses côtés lors des séances de chimiothérapie comme des séance de perfusion d’immunoglobulines. Concernant la fin imminente de Marilyn, il est dans le déni. Elle est pour lui, inconcevable. Il ne pourra vivre sans Marilyn. Le suicide aura lieu sur décision et choix de Marilyn avant le Noël 2020.
Toute cette période, 8 mois, est source d’échanges entre eux, de réflexions de la part d’Irvin.
« La mort d’une femme de 87 ans qui ne regrette rien n’est pas une tragédie.’ » dit Marilyn, page 310. Plus pleinement vous avez vécu, moins la mort est une tragédie. L’angoisse de la mort touche plus fortement celles et ceux qui pensent à tout ce qu’ils n’auront pas fait s’ils meurent ou qui pensent avoir mal vécus. Ce sentiment peut provoquer au dernier moment des transformations majeures, une sorte de conversion, une expérience d’éveil (Ivan Illich chez Tolstoï, Scrooge chez Dickens).
L’angoisse de la mort a aussi beaucoup à voir avec le passé. Milan Kundera a dit : « ce qui me terrifie le plus dans la mort ce n’est pas la perte de l’avenir mais la perte du passé. En réalité, l’oubli est une forme de mort toujours présente à l’intérieur de la vie. » Irvin à 88 ans est sujet à des pertes de mémoire. Il apprend tardivement que la mémoire n’est pas une, qu’il y a des mémoires, la mémoire procédurale, implicite, inconsciente, la mémoire déclarative, explicite, consciente, que ces mémoires peuvent jouer l’une contre l’autre. page 252.
Sans Marilyn qui avait une excellente mémoire, ce sont donc des pans entiers de vie qui disparaissent pour toujours. Puisqu’il en est ainsi, autant retarder les décisions d’où la procrastination, ou reporter sur les enfants les choix à faire quant au devenir des bijoux, livres de Marilyn.
Prolongeant la réflexion, il comprend qu’il va lui aussi et son oeuvre sombrer dans l’oubli quand il n’y aura plus de témoins pour raconter.
Impermanence de toute chose vouée au néant.
Épicure offre aux incroyants, sceptiques, matérialistes, rationalistes de bons arguments pour calmer la peur de la mort. En particulier celui-là : « Si la mort est là, c’est que je ne suis plus là. Pourquoi craindre quelque chose que nous ne pourrons jamais percevoir. » Irvin de compléter, le néant qui nous attend après la mort est identique au néant dans lequel nous étions avant la naissance. page 109. De souligner aussi que nos idées et nos actes atteignent les autres comme les ondes se propageant au jeter d’un caillou dans une mare. S’il y a disparition, il y a aussi transmission.
Du chapitre 22 au chapitre 35, Irvin fait le récit de son chemin de deuil, s’appuyant sur ses connaissances acquises, transmises en soutien à des centaines de personnes en fin de vie. (Thérapies de groupes ou individuelles, en face à face ou en zoom).
Ce qui est assez fascinant c’est que ce psychothérapeute réputé qui « réussit » à soulager les autres, ne réussit pas pour lui-même, qu’il se livre à d’autres thérapeutes pour clarifier, tenter de comprendre car comprendre affirme-t-il page 251 finit par soulager, contribue à débloquer les pensées, émotions, images obsessionnelles comme par exemple au début du deuil, ces chars de la place Tienanmen écrasant les étudiants, rêve interprété comme la sensation d’écrasement ressenti par ce qu’il vient de vivre, la perte de l’être aimé. Partiellement vrai. L’image des chars s’estompe, se dissout en quelques jours. Il saisit vite qu’il y a la pensée rationnelle de l’homme enfin adulte, vivant seul, de façon indépendante (ils ont eu 73 ans de vie amoureuse, depuis l’âge de 15 ans en 3°, 65 ans de vie commune), qui sait la réalité de l’événement : que Marilyn est morte, n’est plus là, n’entend plus ses pleurs, regrets, désirs, espoirs; et qu’il y a la pensée magique, irrationnelle, l’envie de rejoindre Marilyn pour l’éternité, pourquoi pas, dans un cercueil à deux places; et de constater que l’idée magique apporte un réconfort et pas la réalité.
Autres points que je veux mettre en évidence : deuil et sexualité. Il constate mais c’est peu évoqué par les articles scientifiques que la sexualité soit se met en berne, soit est fortement réactivée, à l’issue d’un deuil surtout chez les hommes, pour peu que les veufs échappent à une mort rapide, leur taux de mortalité est important par rapport aux veuves, chapitre 25. Tout le monde comprendra ce que signifie cette remontée des appétits sexuels. Si le chagrin conduit à l’insensibilité, la sexualité conduit à ressentir à nouveau quelque chose. Souvent accompagnée de culpabilité, je trahis la femme aimée suivi de mais je dois continuer à vivre, je veux continuer à vivre sans la femme aimée, je veux pouvoir éprouver du plaisir sans me référer continuellement à la femme aimée qui n’est plus là, qui n’a plus de réalité, seulement une existence dans mon esprit, mes souvenirs. D’où son rapport à une superbe photo de Marilyn : il la retourne contre le mur pour ne pas la voir, ça le fait trop souffrir et il s’en veut de ce geste. De même, pas de visite au cimetière pendant les 125 jours d’après l’enterrement. Et sa fascination pour les gros seins d’une amie « ouh ouh, c’est là-haut que ça se passe » lui dit-elle.
Le rôle des rituels, au moins la première année, parfois deux, comprenant anniversaires de naissance, de mariage, de mort, les grandes fêtes : Noël, Nouvel-An, le déroulement des 4 saisons et le cycle des 12 mois, les vacances. Au bout d’un an, nous commençons à moins souffrir, au bout de deux ans, nous recommençons à vivre. page 98. Et de constater aussi que les veufs ou veuves ayant vécu les mariages les plus heureux effectuent plus facilement le détachement d’avec leur conjoint décédé que ceux qui se sont moins épanouis dans leur vie de couple et regrettent les années gâchées.
La rencontre avec une patiente prénommée Irene est particulièrement savoureuse, chapitre 33 : « Nous autres endeuillés, nous avons appris à donner à vous autres chercheurs, les réponses que vous attendez.» « Votre vie n’est pas réelle. Vie douillette, confortable, entouré de votre famille. Que pouvez-vous savoir de la perte ? » « Irene, je suis convaincu que vous aviez raison. Arrogant et bien au chaud, disiez-vous de moi, et vous aviez raison. Maintenant que j’ai vécu la mort de Marilyn, j’entrerais en relation avec vous de façon plus authentique. »
Le livre s’achève par une lettre à Marilyn et sur une superbe photo. La lettre est écrite en plein confinement, 125 jours après le suicide assisté de Marilyn. Ce confinement mondial implique des restrictions sanitaires mais il ne s’inquiète pas outre mesure pour sa vulnérabilité. Il conclut, lui le rationaliste, pourfendeur dans La méthode Schopenhauer des croyances religieuses et spirituelles, sur son « respect renouvelé pour la puissance et la capacité de soulagement de la pensée magique. » page 309.
« Le berceau se balance au dessus d’un abîme, et le sens commun nous apprend que notre existence n’est que la brève lumière d’une fente entre deux éternités de ténèbres. » premières lignes de l’autobiographie de Nabokov. Page 310 et fin.
(JC : Montaigne « pourquoi donnons-nous titre d’être à une éloise dans la nuit éternelle ? »
Pas de conclusion à cette note de lecture.
Autant de pertes, autant de personnes concernées directement, autant de deuils, autant de chemins.
Ce livre à deux voix pendant 200 pages et à une voix pendant 115 pages va être un élément dans la poursuite d’un travail d’écriture en cours depuis le 29 octobre 2010, depuis donc presque 13 ans en lien avec la question inaugurale que m’a posée l’épousée : je sais que je vais passer, où vais-je passer ? et qui a provoqué chez moi, une évolution du naturalisme et d’une métaphysique du hasard à un spiritualisme fondé sur la croyance en un principe créateur : l’Amour comme potentiel créateur de Vie et de Mort.
Je sens que je me dirige vers des formulations qui devraient être cristallines, limpides, immédiatement recevables, évidentes.
Au bout de ce cheminement, le retrait du co-créateur que nous sommes tous, se cacher, se retirer, tsimtsoum, pour laisser la création vivre sa vie, inventer son chemin de vie jusqu’à disparition avant d’autres apparitions.
J.-C. et moi de Martine Roffinella.
Sa lecture de pauvre - sans savoir et sans pouvoir, de docte ignorante, tirant sur ses bottes pour s’extirper de la boue dans laquelle elle s’enfonce par ses addictions, sa soumission narcissique aux pervers et aux prédateurs - du discours des Béatitudes et du 10° commandement, le dernier proposé mais qui commande aux 9 très anciens, proposé sous deux formes : Tu aimeras ton prochain comme toi-même / Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, ramenée à la Passion du Christ est savoureusement sanguinolente. C’est peut-être moi qui en rajoute.
Le corps du Christ sur la croix est l’échelle par laquelle tu t’élèveras si tu écoutes l’appel, celui qui attend d’être entendu dans ton coeur. Tu te hisseras à la force de tes mains et de tes bras en prenant appui sur les pieds ensanglantés du Christ. Puis tu te glisseras le long du corps déformé par les tortures en t’aidant du trou percé dans le flanc du crucifié et tu atteindras la bouche crachant des caillots de sang d’où sortira le dernier râle, le dernier souffle de Jésus, fils incarné du Père.
Cette escalade, cette ascension, tu l’imagines filmée par Alejandro Jodorowsky ou par Terri Gillian. Ce serait du sanguinolent, un peu grand-guignolesque, sans doute plus parlant, plus évocateur qu’un récit au 1° degré. Ça ne pourrait pas être au Christ-Roi à Lisboa. Trop majestueux, trop fréquenté. L’inspiratrice de cette image d’escalade n’est autre que Catherine de Sienne, appelant le corps crucifié du Christ, le Pont sublime. La traversée du Pont semble difficile, mais elle n’est rien comparée au calvaire du Christ, enduré une fois pour toutes pour tous les hommes, les lavant de tout péché, par Amour. Cette traversée, si on la tente, est en fait une élévation par purification (à préciser) des tentations sataniques fourmillant en toi et exploités par les satanistes, producteurs de dérivatifs à la quête spirituelle, d’artifices, d’addictions, de péchés contre le corps, maltraité, et contre l’esprit, pollué, empoisonné. S’élever en s’agrippant au corps ensanglanté du Christ, c’est se délivrer (à préciser) de nos démons, de nos tentations, de nos désirs vains, c’est libérer la part de ciel qui est en nous dès l’origine, la part d’amour divin. Cette escalade, cette ascension, cette traversée est délivrance de l’aspiration que nous bloquons par nos peurs et nos désirs, de ce à quoi nous aspirons dès l’origine, aimer avec excès, sans crainte de quelque jugement que ce soit, de quelque situation que ce soit (souffrance extrême, enfermement concentrationnaire et torturant), aimer sans modération, comme dit Christiane Singer.
C’est le récit d’une expérience mystique, vécue par une femme revenue des enfers addictifs, la cinquantaine passée et qui découvre tant la Bible que les Évangiles dont celui de Matthieu dans lequel le 10° commandement se formule de 3 façons : Aimez-vous les uns les autres, Aimez-vous comme je vous ai aimés, Aimez votre ennemi.
Ce qui me frappe dans cette quête - où la volonté de l’impétrante est secondaire, où le moteur de son chemin de croix est plutôt l’appel enfin entendu, appel venu du plus intime du coeur, indice de sa Présence depuis toujours - est son côté paradoxal.
L’accès à notre Essence divine, à notre Être divin, nous sommes à l’image de Dieu, ne peut se faire que lorsque nous cessons d’être dans le jugement. Or la narratrice n’arrête pas de juger, de stigmatiser l’ego et ses tentations, l’époque et ses satanistes, prédateurs et pervers, fabricants et fournisseurs d’addictions. Et dans la Bible comme dans les Évangiles, ça n’arrête pas non plus de juger. Jésus lui-même n’est pas exempt de jugement : Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.
De là où j’en suis aujourd’hui, je me dis qu’il faut tout accepter.
Ne pas rejeter l’ego, ses boursouflures…, repérer ses manifestations et faire le petit pas de côté : Tiens J.-C., tu es en train de tenter de te mettre en valeur pour te faire aimer ? Soit, j’accepte ton intention, ta tentation mais elle n’ira pas jusqu’à se réaliser, elle se dissout dès que repérée, nommée.
Ne pas rejeter quoi que ce soit se produisant dans le monde. N’applaudir à aucune bonne action individuelle ou collective, ne condamner aucune action abominable, individuelle et collective. Tout ce qui se produit doit se produire. Pas de tri entre bien et mal, bon et méchant, beau et laid. Certes, on voit bien les oppositions, on a été formaté par l’éducation à opposer, à fonctionner de façon binaire, dualiste et on a peut-être un premier réflexe de tri, qui se dissout dès que repéré, nommé. J.-C. tu es en train de trier, de séparer le bon grain de l’ivraie. STP, l’ivraie est aussi nécessaire que le bon grain.
Il t’apparaît que la création est continue, que toi-même est créateur, co-créateur, participant de la création y compris en étant prédateur, destructeur, exploiteur. Ce qui est détruit (peut-être l’humanité et son suicide collectif en vue) sera remplacé par autre chose. Comme Je Suis, principe créateur qui se retire de la création, qui se cache, laissant libre sa création de vivre son chemin de vie et de mort, tu comprends que toi-même dois te retirer, te cacher. Ta création c’est la vie que tu as menée, l’amour que tu as donné ou pas. Laisse ta vie finir de se vivre. Laisse l’amour finir se donner. Ne te soucie pas de l’oeuvre, de « ton » oeuvre.
Ton retirement, ton tsimtsoun, ton retrait, ta retraite, auront lieu le 29 septembre 2023 à 19 H 30 avec la balade dans tes mots dont tu ne seras ni le concepteur ni l’interprète.
L'impitoyable aujourd'hui / Emmanuelle Loyer
L'impitoyable aujourd'hui
Emmanuelle Loyer
Flammarion, septembre 2022
Ce livre est sorti à point nommé, alors que, suite au livre-labyrinthe Et ton livre d'éternité ?, je remets en question, en perspective, la plupart de mes croyances, de mes paradigmes historiques, scientifiques, métaphysiques, politiques et idéologiques.
Cela me fait du bien de voir s'effondrer ou basculer « mes » croyances, convictions, certitudes d'une soixantaine d'années. À 82 ans, tabula rasa. On ne sait rien. Grande humilité pour accepter le miracle de la naissance, le mystère de la mort, pour vivre la vie avec gratitude, pour respecter la vie dans sa diversité et son unité.
De ce champ de ruines, je ne sors pas effondré mais animé du projet : quoi à la place ?
Ayant pris conscience
que tout est croyance, les certitudes ou vérités dites scientifiques, les preuves ou faits historiques, les arguments philosophiques et métaphysiques, les convictions politiques et idéologiques
que tout est récit, que ce que je prends pour le réel est l'effet du récit que je tiens sur ce que je crois être le réel et qui l'engendre
que ce sont les mots que j'emploie qui crée le réel, que les mots ne sont pas les traducteurs d'un réel pré-existant, objectif, extérieur
alors la tache devient celle-ci : quel récit veux-tu tenir aujourd'hui puisque tu es l'auteur du récit qui va donner sens ou valeur à ta vie, présence à ton réel ? Quels mots veux-tu utiliser pour créer ton réel ?
L'essai d'Emmanuelle Loyer ne répond en aucune façon à cette invention, fabrication du réel que je désire par les mots que j'utiliserai. Il a par contre un pouvoir de remise à l'heure des pendules. Les grands récits, récit national par exemple, s'effondrent, grâce à des frondeurs, des chercheurs de l'autre face des Lumières, des points aveugles des éclairages enseignés, appris sans grand esprit critique. Car il faut du temps pour que les ombres, les fantômes mis sous le tapis se fassent entendre. La révolution française est-elle vraiment une révolution libératrice, émancipatrice ? Liberté, égalité, fraternité, à quels prix ? Avec quels effets dans le monde ? La révolution industrielle anglaise est-elle la continuation technique et économique de la révolution politique française ? D'où vient la croyance au progrès ? D'où viennent les deux guerres mondiales de la 1° moitié du XX° siècle ? Devant ce qui s'appelle
l'accélération de l'histoire au travers de la modification agressive des frontières dans l'Europe commencée avec l'aventure napoléonienne, suscitant par effets-boomerang la naissance de nationalismes revanchards,
l'accélération des inventions techno-scientifiques, bouleversant en permanence le quotidien des gens, y a t-il de la résistance, de la résilience, de la survivance ?
Quelles formes ont pris les manières de ne pas vivre avec son temps ?
Emmanuelle Loyer, historienne, ethnologue, lectrice d'oeuvres littéraires nous emmène chez le dernier des Mohicans avec Fenimore Cooper, le dernier trappeur de la taïga, Derzou Ouzala avec Vladimir Arseniev, dans l'île de Sakhaline avec Anton Tchekhov, en Amazonie, chez les Nambikwara avec leur dernier témoin Lévi-Strauss, chez ceux qui sont arrivés trop tôt ou trop tard, les déçus de l'histoire ayant perdu leurs illusions, n'ayant que la peau de chagrin de l'Histoire, ambivalents par rapport à l'Histoire au présent (Chateaubriand, Stendhal, Hugo), dans certaines campagnes françaises, à Nohant dans le Berry chez George Sand devenue grand-mère et sorcière après avoir créé et animé La Cause du peuple (3 N° en 1848), à Minot dans le Doubs où disparaissent les vieilles façons de dire et de faire de la laveuse, la couturière, la cuisinière avec Yvonne Verdier, sur l'Èvre, un affluent méconnu de la Loire avec Julien Gracq, dans l'empire austro-hongrois de La marche de Radetzky avec Joseph Roth, à Donnafugata en Sicile à l'achèvement de l'aristocratisme avec Giusepe Tomasi Lampedusa, à Gagliano où le Christ n'est jamais arrivé avec Carlo Lévi et Ernesto De Martino, à Višegrad sur le pont Mehmed Pacha Sokolović franchissant la Drina avec Ivo Andrić, en Angleterre dans les châteaux gothiques et maisons hantées de Marie Shelley, pendant que le temps devient horloger avec la mécanisation des métiers à tisser, modifiant le temps du sommeil avec Edward Palmer Thompson et Jacques Rancière, en Russie à Borodino dans Guerre et Paix de Tolstoï où Napoléon est vu par l'oeil de son serviteur, par le petit bout de la lorgnette évoquant le petit homme de la boucherie (le mot est dans le roman) et non le grand stratège et où avec Koutouzov, on saisit les mille et unes micro-décisions décidant du sort d'une bataille et d'une armée en déroute, boucherie produite par l'exaltation patriotique des nationalismes en formation et produisant des fous se prenant pour Napoléon, des hallucinés ayant l'angoisse de perdre la tête, d'être décapités (la terreur fut un gouvernement des émotions par les émotions, un déchaînement paranoïaque de politique dite de salut public), en Russie soviétique à Stalingrad avec Vie et destin de Vassili Grossman, en Allemagne année zéro avec Winfried Georg Maximilian Sebald, à Berlin à l'arrivée des troupes soviétiques avec une femme anonyme, dans une ville, aujourd'hui ukrainienne, Lviv, d'où sont issus les inventeurs (Hersch Lauterpacht, Raphaël Lemkin) de deux concepts juridiques : crime contre l'humanité, génocide (18 ans après ce qui s'appellera génocide arménien, décrit par Frantz Werfel dans Les Quarante Jours du Musa Dagh paru en 1933), Lemkin mettant le doigt sur le propre de cette guerre totale « cette guerre n'est pas menée par les nazis seulement pour des frontières mais pour transformer l'humanité à l'intérieur de ces fontières. », sur deux siècles (XIX-XX°) pour terminer par la longue durée étudiée par certains historiens (Lucien Febvre, Fernand Braudel), par la spécificité du temps des isolés (Proust dans sa chambre, Barthes au sanatorium), par la vieillesse vécue comme vita nova pendant une vingtaine d'années par George Sand ou Colette (L'étoile Vesper, 1946) ou Vita Sackville-West (Toute passion abolie, 1933), et par le voyage Dans la nuit et le vent de Patrick Leigh Fermor, 19 ans en 1934, parcourant entre 1933 et 1935 à pied et en diagonale, du nord-ouest (Rotterdam) au sud-est (Istanbul), en suivant deux voies fluviales, le Rhin puis le Danube, la face européenne de la Terre dont Bruno Latour fait un être vivant avec l'hypothèse Gaïa.
Cet essai est tellement riche (l'énumération qui précède en donne un aperçu) que je ne cherche pas à en rendre compte, renvoyant chacun à sa lecture éventuelle.
Par contre, oui, tenter de dire quels mots je souhaite utiliser pour créer le réel dans lequel je désire vivre.
Et ce seront d'abord les mots de Lévi-Strauss, le témoin triste disant dans Tristes tropiques « Le monde a commencé sans l'homme et s'achèvera sans lui. » Mais ce constat, né de l'opposition entre les sociétés froides, les sociétés premières, et les sociétés chaudes (la civilisation moderne née à la Renaissance), particulièrement entropiques, désagrégatrices ne doit pas nous empêcher de jouer notre partie et de la jouer le mieux possible. Là Rousseau est préférable à Descartes. Celui-ci exprime les certitudes du moi (je pense donc je suis), Rousseau exprime la sortie des évidences du moi, l'identification à autrui, la pitié, aujourd'hui, on dirait la compassion ou l'amour inconditionnel (je panse donc je suis, je prends soin). « La conscience de la vanité du sens n'est pas un extincteur de la quête de compréhension, la conscience de la finitude n'est pas un découragement à l'action. » p.125
En 1976, Lévi-Strauss propose à la commission des lois de l'Assemblée Nationale, une charte du vivant, une réforme de la morale et de la politique fondée sur la beauté du monde et sa caducité. La valeur de toute chose est dans son irremplaçabilité. Il faut célébrer les choses mêmes en dehors de l'usage ou de la perception du sujet, dans la réconciliation de la morale avec l'esthétique et de l'homme avec la nature, dans le respect de tout ce qui naît, vit, meurt, de la bactérie à la galaxie en expansion accélérée, du virus au trou noir glouton.
Ce respect intègre le respect de soi, l'estime de soi, l'acceptation, l'affirmation de mon caractère irremplaçable, l'acceptation de mon unicité, de ma singularité.
D'où l'interrogation : Au lieu de se demander « qu'est-ce que je veux de la vie ? », une question plus puissante est : « qu'est-ce que la vie veut de moi ? ». Eckhart Tolle
En ce qui me concerne, j'opte pour une curiosité à 360°, circulaire horizontale, sphérique toutes directions, de la bactérie aux galaxies, des virus à nous et nous, à moi et moi, à je et je est un autre, à toi et tu...
L'infinie variété du vivant me passionne, l'infinie diversité des humains aussi.
Tout accueillir, tout ce qui se manifeste, sans jugement, sans tri, du salaud au saint, du monstrueux au sublime (il y a du monstre, du sublime, du normal, du foldingue... dans tout humain) ; si ça se manifeste, c'est que c'est nécessaire (y en a qui appellent ça hasard)
qui suis-je pour trier ? ça c'est bon, ça c'est mauvais ?
du miracle de la naissance au mystère de la mort, se vivre comme goutte dans l'océan-comme océan dans la goutte, comme agitation des vagues de surface-comme immobilité des profondeurs
la VIE comme vibration information énergie
adoptée à Rio en 2010
Le temps du confinement fut un temps de révélation de l'essence-ciel pour certaines et certains.
Le temps du confinement fut un temps de confinement pour tout un chacun du monde
dans la ronde arrêtée du monde
un temps imposé d'isolement par les pouvoirs du monde mais pas sur la ronde du monde
une prison mondiale pour humains, mais pas pour animaux, végétaux, minéraux
chacun chez soi, chacun pour soi
(à chacun de se situer entre les extrêmes de ces deux expressions pouvant comprendre tout le monde, chacun dans sa singularité de situation, de confortable à insupportable, chacun dans sa spécificité d'être, d'altruiste à égoïste)
avec rares autorisations de sorties pour s'approvisionner, s'oxygéner
sans pénurie organisée sans chaos engendré
sans insurrections provoquées sans révoltes spontanées
un parmi huit milliards de prisonniers soumis volontaires
nourris, blanchis, chauffés, « protégés » du virus
né d'une soustraction CAC 40 - COP 21 = COVID 19
facteur d'évolution comme tout virus mutant de variant en variant
contre lequel big pharma était en « guerre » totale
contre lui COVID 19 qui nous avait mis en grève générale
un parmi huit milliards
faisant ce qu'ils voulaient de leur temps d'isolement diversement vécu
faisant ce qu'il voulait de son temps de solitude aimée, oh oui, bien aimée !
même la route passant en dessous de chez lui avait été fermée pour deux ans
pas de travail contraint, de télé-travail
pas de travaux forcés d'intérêt général
découvrant ainsi la liberté intérieure, la fluidité de l'impermanence gommant la rigidité de toutes ses identités, découverte par bien des prisonniers avant lui
prisonniers dans des prisons d'états, dans leur propre prison ou celle d'une maladie, asile d'aliénés, sanatorium de tuberculeux
et qui ont soigné un peu le monde en souffrance parce que s'étant remis synchrones avec leurs rytmes internes et externes (coeur, respir, cycles journaliers, saisonniers...)
découvrant sa liberté créatrice jusque-là potentielle, l'activant, en usant
faisant ainsi de lui non un homme parmi huit milliards d'humains
vivant au petit bonheur la chance au gré des circonstances, des influences
mais un homme singulier, nécessaire car seul à créer ce qu'il créait dans l'humilité et l'intimité, au secret
par un petit pas de côté, un petit glissando de travers, un petit rire sur lui - on n'en finit pas avec l'enflure du moi-je-moi-je -, une larme d'empathie pour le virus traqué dans les labos
ils furent quelques-uns à découvrir un autre usage du temps consistant à prendre le temps, à faire comme si le temps était éternel
plus de compétences à avoir, d'originalité à exhiber, de domination à exercer, plus de temps compté, émietté, mesuré
du temps prenant son temps
c'est ce que quelques-unes redécouvrirent
que le temps c'est le présent, que c'est un présent
car c'est depuis toujours, le temps des femmes, le temps de l'attention au présent, au présent de l'enfant en demande, au présent de la vieille en souffrance
découvrir que l'éternité est dans le moment présent
pas dans regrets et souvenirs du passé
dans projets et désirs de lendemains qui chantent et dansent
ce fut ce qui jaillit de la prison mondiale
il n'y a rien à ajouter, rien à retrancher au monde
il n'y a rien à juger, rien à séparer
le bon grain de l'ivraie, le bien du mal, le beau du laid, le doux du cruel
tout est déjà là, dans sa diversité, ses contrariétés, ses complémentarités
avec ses effets-miroirs
l'autre détesté c'est moi, l'autre aimé c'est moi
et si tu me détestes, c'est toi et si tu m'aimes, c'est toi
tout est à cueillir, accueillir, recueillir
tout est partageable, tout est à partager
depuis je chante sans forcer la voix, léger comme murmure de filet d'eau, danse avec l'absente dans mes bras ouverts, goûte à ma cuisine-maison, déguste mes breuvages et infusions, redécouvre pissenlits, roquettes, herbes sauvages, baies de myrte, olives, champignons de mon terrain non cultivé
ils et elles chantent ; quelques-uns, quelques-unes ; les autres continuent à s'affronter
ils et elles dansent ; quelques-uns, quelques-unes ; les autres continuent à s'entr'envier
les quelques-uns ne croient même pas utiles de garder traces écrites, dessinées, peintes de leurs bonheurs
ce sont des bonheurs minuscules de vies minuscules centrées sur l'essence-ciel
ils se regardent, s'enlacent, s'embrassent, se caressent
ils se sentent regardés, enlacés, embrassés, caressés par tout ce qui existe, vit, meurt de la bactérie à la galaxie en expansion, du virus au trou noir glouton
ils sont en lien, reliés
ils tissent la tapisserie mystique de la dame à la licorne
ils sont un point à l’endroit, un point à l’envers de la grande tapisserie cosmique
les fleurs séchées égrènent leurs graines
de nouvelles germinations engendreront de nouvelles floraisons
le temps du confinement en prison mondiale a été pour certaines et certains le temps de la libération de leur puissance créatrice, génitrice de leur liberté intérieure, inaliénable.
Jean-Claude Grosse, le 4 décembre 2022, Le Revest
La vision trinitaire de Jean-Yves Leloup, 83° graine de conscience, parcours gratuit sur inscription
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Jean Yves Leloup explore depuis une cinquantaine d'années les voies de la transformation intérieure et de la "conscience exercée" ou méditation. Écrivain, philosophe et théologien, il est l'a...
le parcours des graines de conscience est gratuit, sur inscription
l'accueilleuse-guérisseuse et le chasseur, en cours d'écriture, j'ai le chasseur, manque la guérisseuse
Là où ça prend fin ?
12 ans 29 novembre 2010-29 novembre 2022
une histoire de la vraie vie : voyage à trois couples au Maroc en camping-car, sans doute 1978, on s'offre une balade à pieds (en snob d'aujourd'hui, ça donne trek) de 3 jours, 2 nuits dans les gorges de la vallée du M'Goun (Haut-Atlas) avec mulets, guides; le 1° soir, les guides nous proposent un méchoui de chevreau; les trois mecs sont enthousiastes, les trois femmes protestent si violemment, menaçant les mâles de divorce (on entend les chevreaux ligotés par les guides chevroter) que les trois mecs renoncent; guides dépités, ambiance cassée; au petit matin, soulevant les pierres sur lesquelles on a reposé nos têtes de mâlades, des scorpions énormes, frayeur rétrospective, rires des guides, rire général; les deux jours suivants, on a respecté le rythme des femmes s'arrêtant souvent, chantant, dansant dans l'eau
je n'ai pas été l'épitaphier d'Annie à Corsavy, juste sa photo prise en juin 2008 ; je prépare un parcours de vie avec photos, séquences super-8 des années 1965-1970; Katia a réalisé un magnifique montage La danseuse amoureuse de 7'57" destiné à rester privé; j'ai filmé 1'49" du dernier respir d'Annie, privé aussi
deux poèmes
Élévation
Un jour enfin nous marcherons
le long des rivages tant désirés
héritiers insatisfaits d’un passé loin des côtes
étonnés de nous retrouver face au grand Océan
Avec la montée sur les falaises
nous abandonnerons de vieilles peurs de vieux espoirs
Tu auras renoncé à remonter aux grandes houles de tes origines
à affronter les fables délicieuses de ta généalogie
J’aurai renoncé aux nostalgies de paradis et d’âges d’or
éloigné de toute maîtrise comme de toute servitude
vivant la vie sans hurler à la mort ni aboyer à la lune
Ce sera si simple de prendre
nus un bain d’écumes le matin
Nos corps se dilateront
Notre âme s’enchantera
Quand nous reviendrons au bord
des sourires ensoleillés s’échangeront
Étourdis nous nous découvrirons aimants
En raison nous nous voudrons parfaits amants
donneurs de voix à des enfants de papier
ouvreurs de voies à nos enfants de chair
jusqu’à épuisement de nos jours et de nos nuits
01/07/1967 Le Quesnoy
Je t’ai connue lumineusement étonnée
et nous avons été emportés par les tourbillons
qui soulèvent jusqu’à la légèreté de l’être
Je t’ai connue farouchement préservée
et nous avons été emportés par les tourbillons
qui creusent jusqu’au malaise de l’âme
Toi que j’accompagne et qui m’accompagnes
franchissons le cap de nos 33 ans tous voiles levés
sur nos corps abîmés sur nos cœurs apaisés
Cultivons l’apprivoisement lent
de nos tourments de vieillissants destinés au mourir
Nos enfants sont grands maintenant
Sur les routes pavées de mépris
de profit et de haine
comme nous ils ne marchent pas
Comme nous ils ont choisi les sentiers
où l’on ne passe qu’un à la fois
que l’on ne trace qu’une fois
Il y faut pour cheminer
l’insolente patience
l’inépuisable confiance
l’amour de sa vie
C’est ce que nous leur avons transmis
C’est de nous ce qu’ils ont appris
La levée peut avoir lieu
01/07/1999 Le Revest
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Ultime performance de la mouette à tête rouge - Blog de Jean-Claude Grosse
hommage à Annie Grosse-Bories, la mouette à tête rouge, en ce 29 novembre 2019, by Katia Ponomareva le baiser/6 juillet 2003 au Revest pour notre remariage, mis en scène par Katia Ponomareva; l...
https://les4saisons.over-blog.com/article-la-mouette-115756926.html
les mails envoyés aux amis pendant le mois du passage
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Pour ma Valentine du 14 février 1948 - Blog de Jean-Claude Grosse
comment se relever de ses morts ? question vitale, foudroyante, sans réponse; des dates, des gestes, des actes, des mots, des pensées, des émotions, des sentiments, tristesse, joie, nostalgie, a...
la valentine du 14 février a fait 14 apnées entre 16 H et 21 H le 29 novembre 2010
"Je ne fige pas les gens dans mon scan." On adorait danser, ici le 21 juin 2008 pour les 60 ans de la meilleure amie d'Annie, Maïté, à Lille
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toute l'ingénuité de la mouette à tête rouge en 35 secondes, filmée et interrogée par Bernd Lafrenz, comédien allemand; c'était à Corsavy, au-dessus de Batère fin août 2008; un document ...
25 juin 2013 toute l'ingénuité de la mouette à tête rouge en 35 secondes, filmée et interrogée par Bernd Lafrenz, comédien allemand; c'était à Corsavy, au-dessus de Batère fin août 2008; un document irremplaçable car ce qui part d'un être cher c'est d'abord la voix; on a toujours des images; aujourd'hui on peut avoir visage et voix, l'âme ou l'esprit; enregistrons donc ceux qu'on aime! mais n'en faisons pas des scans.
villa joie où règne le silence, pas de musique, pas de radio (les nouvelles, l'actualité) depuis le 11 septembre 2001, pas de télé (les nouvelles, l'actualité) depuis le 11 septembre 2001, parfois des replay de qualité / début décembre 2022, dès que j'ai récupéré mon compte FB, allez tchao / 1° iris 22/11/2022 / olivier Annie / deux oliviers de 50 X 2 => les 100 ans de Marcel Conche / parterre à olives / restanque front de mer / restanque corniche à vertige / restanque savane sèche / restanque sentier de colline / rites improvisés pour Annie / la licorne / propos de petite fille de 6 ans
ce 29 novembre 2021, à 21 h, 11° année du passage de la mouette à tête rouge, l'épousée, qui par sa question lors de son admission à l'hôpital Sainte-Anne, le 29 octobre vers 19 h: je sais que je vais passer, où vais-je passer ? me mit sur le chemin qui m'a conduit au livre d'éternité, livré à l'imprimeur, ce vendredi 26 novembre, pour parution le 14 février 2022
1 – La question (question de vie et de mort) Livre II du livre d'éternité
Imagine, tu vas à l’hôpital pour rencontrer le chirurgien. Il veut t’informer des résultats des investigations effectuées depuis 9 H du matin sur l’épousée. Il est 18 H.
− nous avons découvert un carcinum de 5 cm dans le cervelet de votre épouse
− l’épousée, docteur. C’est quoi un carcinum, docteur ?
− une tumeur. À cette étape, on ne sait pas si elle est bénigne ou maligne
− je l’ai amenée pour des douleurs insupportables dans le dos et des vomissements de bile
− oui mais l’urgence, c’est le carcinum. Elle sera opérée demain, au cervelet, j’ignore l’heure. Rassurez-vous : tout va bien se passer. Allez voir l’épousée – c’est joli votre appellation – et rassurez-là
− vous êtes un drôle, docteur. Je dois me rassurer et rassurer l’épousée
− il vaut mieux être rassuré et rassurant dans ce genre de situation. Moi, j’ai l’habitude. Je ne saurais pas vous dire ce que vous devez faire et comment le faire mais c’est nécessaire que vous installiez l’épousée dans un climat de calme et de confiance
Imagine, te voilà missionné : instaurer un climat de calme et de confiance entre l’épousée et ce qu’elle va affronter, une trépanation, l’ouverture de sa boîte crânienne, au niveau du cervelet, pour ablater le carcinum.
Il imagine le trépan, entend le bruit du foret, les craquements de la boîte osseuse, ressent les vibrations, il a comme une nausée, le ventre secoué par des spasmes intestinaux. Il s’installe sur un fauteuil du couloir desservant la chambre de l’épousée, respire profondément, calmement comme il a appris dans des séances de gymnastique douce. Il peut enfin entrer dans la chambre, croisant l’anesthésiste venu visiter la patiente.
− elle vous attend
Souriante, elle l’accueille.
– Je sais que je vais passer. Où vais-je passer ?
107
livré à l'imprimeur le 26 novembre; au départ, une question : je sais que je vais passer; où vais-je passer ?
scène 4 – Le narrateur
On est le 29 novembre 2010. Dans la chambre N° 8 des soins continus. L’épousée y est depuis 8 jours. Elle est dans le coma depuis le 25 novembre. Le 23 novembre, un pet-scan a révélé où se situe le cancer primitif, dans l’utérus, avec métastases dans un ganglion, dans les vertèbres lombaires et au cervelet. Une grenade explosive dans le corps de l’épousée. L’épousé a révélé le résultat à l’épousée. L’oncologue qui a étudié le dossier ne donne pas plus de six mois d’espérance de vie dans le meilleur des cas si l’épousée sort de son état critique entre la vie et la mort. Son gynécologue n’avait rien décelé par échographie quelques mois auparavant. Quand le cancer s’est-il déclenché ? Attendait-il son moment ? Quand s’est-il mis à flamber ? Des questions sont sans réponse : pourquoi un cancer de l’utérus – lieu de la femme-mère ? quelle est la part du choc provoqué par la disparition du fils, 9 ans plus tôt ? quelle est la part du traitement substitutif pris depuis 12 ans par l’épousée, voulant rester femme, jeune, belle ? et la peur de la retraite, prise presque contre son grè ? la peur de vieillir tout en rêvant d’être une grand-mère aimante et drôle ? la peur de mourir d’un cancer depuis des années ? la charge du père ? l’ambivalence vis à vis de ce père qui enterre tous les siens, survivant à tous les deuils ? le conflit, à la limite de la rupture, avec l’épousé à propos du père à charge ? pourquoi l’épousée est-elle en analyse depuis 30 ans ? a t-elle hérité de valises dans l’enfance, l’adolescence qui en ont fait une femme à s’étouffer d’angoisse, à se lever vingt fois dans la nuit pour uriner ? Il est 21 H. L’épousée est sortie de sa 13° apnée. Les précédentes apnées ont duré 1/4 H chacune. Elles ont commencé à 16 H. Cela fait 5 heures que la mère se bat. Elle n’est pas seule. À Baklany, depuis qu’elles ont été informées par i-phone, Koulbertichova et les sœurs Gorenko se sont réunies sur la plage à l’endroit de chute de la mouette. Elles ont allumé un grand feu. Il est sept heures de plus, donc déjà 4 H du matin, le 30 novembre. Koulbertichova prépare des plantes de la forêt qu’elle pile et mélange. Elle étale le mélange sur un plateau, le secoue comme un tamis. Les poudres se dispersent. Elle trace à chaque apnée, un chemin, avec son index gauche, inhale trois pincées, absorbe trois pincées, boit trois gorgées d’eau du lac. Elle vocalise, kouarr kriièh kouêk, accompagnée par les sœurs Gorenko. Comme la première fois, elle cesse de respirer,
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out-of-the-body experience. Sur l’île aux mouettes, on entend un vacarme insoutenable : kouarr kriièh kouêk. Jamais, il n’a été si puissant, si effrayant. À l’hôpital, la fille met la poupée musicale Kitty en marche. Elle l’a mise en marche à chaque apnée. Chaque fois, l’épousée est sortie d’apnée.
Le père - disons-lui tout ce que nous avons à lui dire !
La fille - maman, on est tous là, avec toi ! ... commence, papa !
Le père - mon amour ! je te remercie pour ce que tu me fais vivre depuis un mois ! c’est si intense ! si éprouvant ! aujourd’hui, c’est encore plus violent ! je sens au plus profond le combat de la vie ! ta vie ! contre la mort ! ta mort ! oscillation ! hésitation ! respirer ! ne plus respirer ! cœur battant ! cessant de battre ! cerveau avec influx ! sans influx ! La vie simplifiée ! la mort simplificatrice ! l’apnée comme entre-deux ! mon amour ! entre la vie et la mort ! essai de la mort ! essai de trompe-la- mort ! c’est toi qui vas décider ! si tu décides de rejoindre tes morts ! pars sereine ! tu nous as laissé le temps de nous préparer ! d’accepter ! si tu décides de rester avec tes vivants ! nous serons heureux de te retrouver !
La fille - ah ! maman ! nos virées à Cannes au moment du festival ! comme on s’amuse ! des midinettes ! tu es d’un culot monstre ! au moment des projections ! pour te retrouver avec les stars ! Comme Nina ! Quel monde merveilleux ! Un seul sur un million reçoit en partage une vie intéressante, lumineuse, pleine de signification ... Tu aimes courser les acteurs que tu adores, pour un autographe ! ça marche ! papa ne veut jamais venir avec nous !
Le père - ... je n’aime pas ce cinéma !
La fille - et nos courses ! fringues ! décoration ! alimentation ! plantes ! nous choisissons ensemble ! j’adore ! comme on est bien ! ça va continuer maman ! tu te bats comme une mouette ! tu vas les avoir ! j’ai prévu de te faire danser avec ta robe de mariée ! Mouette ! dans mon prochain
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spectacle ! Nous sortons tous de la mer ! un spectacle sans mots ! sur la grossesse vécue par la mère ! son rêve d’enfant ! ... par le fœtus ! investi d’imaginaire ! ... sur l’accouchement ! ... la mère ! sa joie ! sa déception ! ... le nourrisson ! rejeté ! accueilli ! ... papa a pris de trop belles photos de moi avec toi ! après la tétée ! je sais que je t’ai déçue ! puis que tu m’as accueillie ! tu ne peux pas partir aujourd’hui ! maman ! c’est le jour de ma naissance ! je ne veux pas être ta maladie !
Le père - je note ! phrase terrible de notre fille ! je suis ta maladie ! ... mon amour ! je t’explique ce qui se passe ! tu as un excès d’eau dans le cerveau ! deux millilitres ! une goutte d’eau en trop ! drainage inefficace ! les médecins ne peuvent pas résorber les deux oedèmes de ton cerveau ! Nous avons dû décider ! retrait thérapeutique ! tu es seule ! sans aide médicale aucune ! sauf notre présence active ! sers-toi de tes ressources ! ... ma fille ! si ta mère part aujourd’hui ! ce ne sera pas à cause de toi mais à cause de la maladie ! je te dis même plus ! si la maladie l’emporte aujourd’hui ! c’est comme si ta mère te disait ! je te donne la vie ! ta vie ! c’est le jour de ta naissance ! je t’offre sans réserve ! tu es ma fille rêvée ! vis ta vie pleinement ! sans culpabilité ! tu n’es coupable de rien ! ... Dites-lui ce que vous avez à lui dire !
Le frère de la mère, artiste peintre - ma chère soeur, tu sais combien tu m’énerves ! toujours en retard ! à prendre ton temps ! aujourd’hui ! c’est une qualité ! prends ton temps ! trompe l’adversaire ! toi qui as affronté le scandale de la mort d’un fils ! et d’un artiste !... Quand je pense à ma vocation d’artiste, je n’ai pas peur de la vie dit Nina à Treplev ! Faut trouver sa vocation ! Ton fils ! le théâtre, l’écriture ! Moi ! le street art ! ... depuis peu ! je réalise des groupes de centaines d’aveugles en papier mâché installés aux endroits les plus fréquentés ! des séries nommées a certain vision of life ! des nains ! des géants ! des noirs ! des jaunes ! pas de normaux ! des obèses ! des anorexiques ! ... ça dérange ! c’est arraché ! vandalisé ! tagué ! ça fait bouger ! dans deux sens opposés ! donc ça bouge pas ! ... Ta vocation ? l’écoute des jeunes en mal d’amour ! Sans un peu d’amour de soi ! pas un peu d’amour possible pour l’autre ! aimez-vous les uns les autres ! c’est sans doute simpliste ! partage encore ton don pour l’amour ! nous sommes des aveugles en ce domaine ! dans tous d’ailleurs !
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Le vieil ami philosophe, 90 ans - je ne comprends pas bien ce qui se passe ! ma chère étudiante d’hier ! vous êtes magnifique ! vous avez un visage de jeune fille ! vous ressemblez par l’âme et la beauté à Elizaveta ! rencontrée cet été ! à Baklany !... comment Koulbertichova a-t-elle pu anticiper cette rencontre ? c’est sidérant ! aucune évidence là-dedans ! quoique ! ... ma chère amie ! vos apnées m’impressionnent ! comment votre corps, réduit à ses deux fonctions les plus vitales, respiration, circulation, peut-il faire preuve d’autant de résistance ? ma raison échoue à expliquer la dissociation des fonctions ! ... j’ai tenu à être avec vous en ces moments difficiles ! vous me faites vivre l’expérience quasi-physique du passage ! ça relève du mystère ! ça nous dépasse ! il faut accepter sans explication ! lâcher prise ! Koulbertichova en a donné la formule pour tous ! la paix est l’aile ! l’arme, l’amour !
Le père de l’épousée, 90 ans - ma fille ! ma chérie ! c’est ton père qui te parle ! j’ai retrouvé un peu de forces et tous mes esprits pour venir ! ça fait deux ans et un jour que vous m’avez accueilli chez vous ! j’y suis bien ! c’est bien pour un vieux con comme moi de savoir qu’on s’occupe bien de lui ! je marche dans le séjour avec le déambulateur ! arrêts sur photos ! je sais ! je prends Cyril, pour mon père ! je suis peu regardant ! baisers envoyés à ceux que j’ai perdus : mon père, ma mère, ma femme, un fils, un petit-fils ! j’ai vite compris ce qui t’arrivait ! j’ai attendu que ça passe ! que tu me reviennes ! faut pas te laisser aspirer ! j’en sais quelque chose ! 3 juillet 1940 ! cuirassé Provence à Mers el-Kébir ! nos amis anglais nous ont attaqués ! la soute à munitions est en flammes ! nous sommes sur le pont ! l’aumônier nous dit : vous devez mourir avec courage ! en hommes ! il nous bénit ! un marin se précipite dans la soute ! ouvre les vannes ! il périt ! nous sommes sauvés ! je n’ai jamais su le nom de ce marin ! 16 février 1942 ! le jour de mes 20 ans ! le transport de troupes qui nous emmène à Alexandrie est torpillé par un sous-marin italien ! en 10 minutes, tout a sombré ! je suis accroché à une poutre ! nous sommes une quinzaine ! je vois mes compagnons d’infortune sombrer l’un après l’autre ! pour rester en vie ! je mets parfois la tête sous l’eau ! pour m’effrayer et la ressortir ! vite ! je reste accroché 17 heures ! au moment où je vais céder, un navire anglais me repère et me repêche ! sors la tête de l’eau, ma fille ! sors l’eau de ta tête, l’eau en trop ! ! tu es entre la vie et la mort ! tu dois choisir la
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vie ! choisir ta petite-fille ! mon arrière petite-fille ! j’insiste ! je ne veux pas te visiter aux Champs-Élysées ! sur le plateau ! là-haut ! c’est trop haut ! il y en a déjà trop ! à toi de partir après moi ! le moment venu ! je dois pouvoir vivre toute ma vie ! tu comprends ?
Le narrateur - Tous sont dans la chambre N°8, debout, sauf les 90 ans, assis. Quatre chaises restent vides. À Baklany, Koulbertichova est toujours inanimée, en nage.
Le père - mon amour ! nous sommes tous dans ta chambre ! les vivants et les morts. Il y a la chaise vide de ta mère ! celle de Sylvain ! celle de Cyril. Ton père et notre vieil ami sont assis aussi. Ils occupent leur chaise ! tiendront leur place tant qu’ils le pourront ! en menant une vie prudente ! Ta chaise t’attend ! tu peux la laisser vide ou venir t’y asseoir ! Nous, nous t’attendons ! Viens occuper ta place ! Nous avons encore tant de choses à nous dire et à vivre ! ensemble ! Notre histoire d’amour sauce Psyché et Cupidon compte déjà 16 825 jours ! ne compte que 16 825 jours !
Shakespeare - ma douce Ophélie, tu es Verseau, verse l’eau de ton cerveau, ne bois pas sa voix d’eau, sa voie d’eau, ne te laisse pas enlacer par son corps d’eau, son cordeau, joue au cerceau d’eau, toi qui aimes faire des ronds dans l’eau avec les bateaux de Roro !
La fetite pille, 3 ans - mamie o ! o ! annie ! dodo bobo ! o ! o !
Le narrateur - Tout d’un coup, de l’eau sort de la capeline que la mouette porte sur la tête. L’oreiller est inondé. Au même moment, à Baklany, Koulbertichova vomit de l’eau frémissante.
La fetite pille - mamie annie o ! plus bobo o ! plus dodo !
Le père - ... encore une apnée ! mon amour ! ... j’essaye avec toi ! ... (lente inspiration, profonde)
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La fille - ... une apnée ! maman ! (lente inspiration, profonde) (tous les imitent)
Shakespeare - Ophélie ! va au profond de toi ! plonge dans le tourbillon pulsionnel ! la musique de la vie se joue avec du souffle ! la musique des mots ! avec du souffle expiré ! la musique des baisers ! avec du souffle inspiré ! il n’y a pas de musique de la mort ! c’est silence ! cesse de faire la morte ! belle et pure Ophélie de légende ! tes émanations d’amour ! nous voulons les respirer encore ! Allez ! inspire avec nous ! allez ! expire avec nous !
(Ophélie entre dans sa 14° apnée)
Le narrateur - Depuis le démarrage de l’apnée, tous, après une lente inspiration, retiennent leur souffle, ferment les yeux, s’immobilisent. Ils tiennent plus ou moins longtemps. La poupée Kitty fait entendre sa musique. L’épousée, soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une grande violence, elle crache du sang noir et fumant, elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’épousé. À Baklany, Koulbertichova sort de son rêve lucide. Elle crache du sang noir et fumant. Elle bave, éructe. Elle est trempée. Les sœurs Gorenko, en nage aussi, vocalisent kouarr kriièh kouêk. Sur l’île aux mouettes, le vacarme diminue d’intensité.
Shakespeare - Ophélie ! reviens ici-haut ! ta chaise t’attend ! Ne te laisse pas baiser par Hamlet ! Mourir ... dormir, rien de plus ... qu’il dit ! ... par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir ! dormir ! dormir ! peut-être rêver ! Moi, William Shakespeare, je te dis ! Mourir ce n’est pas dormir ! dormir ce n’est pas rêver ! ... Vivre ! ... Dormir ! ... Rêver ! c’est bien séparé ... ! Ophélie ! ta chaise ...
Ce ne sera pas ton dénouement, Ophélie ! Ta chaise t’attend ! Reprends ta place !
Le narrateur - L’épousée ouvre les yeux, sourit. Le brancardier de la
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morgue arrive, trop tard, trop tôt. Le personnel médical est sidéré. Le médecin réanimateur annule le PV du décès.
Ophélie - kouarr kriièh kouêk
(tous poussent un profond soupir de soulagement, vocalisent kouarr kriièh kouêk, tous
embrassent la mouette, se pressent sur elle ! bienvenue !
à Baklany, la chamane Koulbertichova danse, les sœurs Gorenko vocalisent)
Le narrateur - Se peut-il qu’on ait affaire à une guérison due à la cérémonie chamanique ? Prendre à son compte la maladie de l’autre de la manière la plus participative, avec la plus grande humilité, comme Koulbertichova, éprouver aussi intensément, aussi sincèrement l’apnée de l’épousée comme les témoins actifs de la scène produirait-il cet effet de guérison ?
Shakespeare (hurlant pour l’obtenir) - ... Silence ! (puis chuchotant) ... Le reste ... c’est silence ...
pour le 40° jour,
pour le voyage de l’âme de notre mouette, 24 roses rouges pour le voyage de l’âme de la mouette, 24 roses blanches
Le narrateur – la guérison de l’épousée fut étudiée très attentivement par l’équipe des soins intensifs de l’hôpital. L’équipe conclut que le nombre des apnées (14), leur durée (jusqu’à 1H entre deux apnées, de 16 à 21 H) avaient sûrement déboussolés les cellules malignes, qu’elles s’étaient réorientées, qu’elles avaient fait le choix de l’apoptose, de se suicider, phénomène bien connu dans le monde vivant, des cellules se suicident pour permettre à l’organisme de vivre. Ils ne conclurent pas sur l’efficacité de l’empathie manifeste et manifestée à l’égard de l’épousée. Il n’était pas dans leurs compétences d’évaluer le pouvoir de la prière, le pouvoir d’un rituel sonore à 10.000 kms de distance, le pouvoir d’un puissant sentiment d’amour enveloppant de manière palpable la patiente. L’épousé et la fille déclarèrent à l’équipe que leurs conclusions étaient
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sans doute trop restrictives, qu’une approche plus holistique, intégrative de ce qui s’était peut-être passé pourrait aider les milliers de patients atteints de cancer. L’équipe répondit que leur priorité était les milliers de cas livrés à l’hôpital, sans soutien, sans environnement affectueux et pas l’exemplarité d’un cas de guérison miraculeuse.
L’épousé et la fille écrivirent un livre sur la guérison de l’épousée Là où ça ne prend pas fin. Ils ajoutèrent au constat, l’extraordinaire volonté de vivre manifestée par l’épousée pendant les 30 jours de son hospitalisation, contredisant sa question initiale
– Je sais que je vais passer. Où vais-je passer ?
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Elle n'était pas d'ici / Cioran / Exercices d'admiration /JCG - Blog de Jean-Claude Grosse
http://les4saisons.over-blog.com/2016/03/elle-n-etait-pas-d-ici-cioran.html
être un explorateur ravi, émerveillé du visage aimé, pas un chercheur éperdu d'unité fusionnelle
Je raconte un échange téléphonique avec Marcel Conche que j'ai eu sur deux jours les 25 et 26 novembre 2019; je lui parle de la mort => lui : je retourne à la nature; moi : à la nature naturée ? lui : oui; moi : pourquoi pas la Nature naturante; lui : si tu penses que tu retrouves la Nature naturante, c'est ta métaphysique, développe-là, argumente; et me voici sommé de devenir métaphysicien comme lui l'est devenu à partir de l'expérience de la souffrance des enfants, le mal absolu, expérience qui l'a amené à déconstruire toute la métaphysique théologisée et à retrouver la métaphysique d'avant Socrate, celle des physiciens, les philosophes de la phusis, la Nature, Anaximandre, Héraclite, Parménide...; moi, c'est à partir de la question de l'épousée, le 29 octobre 2010: je sais que je vais passer, où vais-je passer ? que je me suis mis à cheminer cahin-caha, en zigs et en zags; je l'avais amenée le matin aux urgences, une opération au cervelet avait été programmée pour le lendemain, 30 octobre, l'anesthésiste venait de passer, c'était vers 20 H; sa question était à ce moment-là irrecevable; je ne pouvais accepter qu'elle passe, que notre histoire se termine alors qu'elle venait de rentrer à l'hôpital, qu'elle allait être opérée le lendemain d'un carcinum au cervelet dont on ne savait pas s'il était bénin ou malin; on ne connaîtra le cancer primitif que le 23 novembre après un petscan, cancer de l'utérus, 4 jours après une deuxième intervention sur métastases au cervelet; sa question, à laquelle ensemble nous avons tenté de répondre en séparant corps et esprit, tout en étant personnelle, existentielle est en même temps universelle puisque chacun passe et peut-être tous aussi (mort de l'humanité); c'est donc à une question à valeur universelle qu'elle m'a confronté; elle m'a passé un sacré relais qui m'occupe depuis déjà 9 ans et qui m'a fait varier dans mes tentatives de réponses
JCG, 29 novembre 2019,
juré, pour les 10 ans du départ de la Mouette et pour mes 80 ans, ce sera GÉANT
ci-dessous, ce que j'ai écrit le 25 novembre 2020, qui tente de faire le point sur là où j'en suis de mon cheminement sans fin ?
le 25 novembre 2020
sur 12 personnalités du monde penser quantique citées par une plaquette de présentation
1. Stéphane Allix 2. Luc Bodin 3. Gregg Braden 4. Deepak Chopra 5. Jean-Jacques Crèvecoeur 6. Joe Dispenza 7. Grigori Grabovoï 8. Thich Nhat Hanh 9. Bruce Lipton 10. Lynne MacTaggart 11. Eckhart Tolle 12. Neale Donald Walsch
j’en connais 10, 6 en détail pour avoir lu des livres ou-et suivi des master-class, 4 superficiellement ;
cheminement « théorique » depuis 5-6 ans,
« pratique » depuis 2 ans dont une année de Qi Jong (le qijong mystérieux de la grande ourse);
cheminement amorcé par la question posée par ma femme, à peine entrée à l’hôpital (du 29 octobre au 29 novembre 2010, date de son départ) : je sais que je vais passer, où vais-je passer ?;
cheminement qui a donné L’éternité d’une seconde Bleu Giotto en 2014 (épuisé)
je constate que ma réflexion sur ce monde du développement personnel, de l’éveil spirituel évolue beaucoupje ne me situe plus sur le terrain peut-on y croire ? quelles preuves ? j’évite de juger le côté marketing, forcing des plateformes, je vois bien la séduction des propositions: vivre la vie de ses rêves, réaliser ses rêves, développer ses pouvoirs...je préfère pratiquer: quelles pratiques, comment les pratiquer ? (méditations de plusieurs sortes, cohérence cardiaque, activation ou inhibition de neuro-transmetteurs, élévation du taux vibratoire, auto-hypnose, tango argentin, qijong, hygiène de vie dont marche, hygiène alimentaire, soins du corps…); je vais essayer sous peu la voie du sentir de Luis Ansaje note que des expressions comme changer de paradigme, monde en transition, masse critique des créatifs culturels faisant basculer le monde induisent une vision des choses, constituent un récit, une histoire à laquelle on croit, qu’on invente, qui invente peut-être un nouveau monde (« meilleur », ouvert, accueillant, bienfaisant) en inventant des gens travaillant sur eux (s’éveillant, s’élevant, se purifiant en se nettoyant, contrôlant leurs émotions, croyant en leurs pouvoirs, actifs, créatifs et ne se sentant plus impuissants, restant passifs, victimes) et constituant des égrégores positifset je me rends compte qu’il n’y a pas qu’un récit, qu’il y en a beaucoup, collectifs (religieux: animistes, chamaniques, polythéistes, monothéistes; idéologiques, philosophiques, sophistiques, scientifiques, scientistes, déterministes, quantiques, matérialistes, spiritualistes, sectaires, occultes, complotistes, souterrains, camouflés, oxymoriques, performatifs, cyniques…), individuels (coïncidences, synchronicités, destin, dessein, hasard, chaos, ordre-désordre, pleine conscience, pouvoir de l’intention et de l’attention, inconscient individuel, collectif…), qu’il n’y a sans doute que des histoires qu’on s’invente, créant ou non la « réalité » qu’on croit voir et vivre
et il me semble qu’il serait bon de lister chacun pour soi au moins quelques-uns de ces récits avec leurs hypothèses, leurs « preuves », leurs effets pratiques pour se demander quel est le récit qui me convient le mieux, dans lequel je veux m’inscrire (la dualité, la conscience unifiée...)on échapperait peut-être ainsi aux effets de mode, on se créerait ainsi « son » récit, mixte de récits collectifs et de récit personnelj’en suis au point où il me semble que je suis au plus près du vide quantique (potentiel de possibilités = conscience pure chez Deepak Chopra = le sans forme chez Eckart Tolle) quand je dors (sommeil profond ou sommeil paradoxal, je n’éprouve plus les limites de mon corps dans un espace-temps; que deviens-je au dodo, le temps de la petite mort) et que c’est dans la somnolence, la rêverie sans objet, sans pensée (si possible) qu’en régime diurne je suis au plus près de l’indéterminationcar ce que je crois chercher en suivant mon corps plus fort que moi, c’est la dissolution des identités multiples dont je suis constitué, que je me suis fabriquées, dont on m’a affublé (multiplicité des rôles sociaux, souvent contradictoires et donc recherche de sens, de cohérence semble tâche infinie et peut-être inutile), identités qui me font vivre dans la séparation : toi différent de moi, séparé de moi, dissolution que j’appelle le non-jugement et le non-agir (je reviendrai une autre fois là-dessus puisque je suis éveillé environ 4 H sur 24, donc peut-être agis-je un peu)vivre comme feuilles au vent suivant l’image d’Homère me paraissait du gâchis, j’aimais la sagesse tragique d’un Marcel Conche, j'aime la vision des choses d’un Deepak Chopra ou d’un Eckart Tolle; n’est pas cité dans le livret Jean-Yves Leloup mais il n’est pas quantiqueje m’en vais de ce pas m’installer dans le fauteuil au soleil et me laisser somnoler, marmotte d’hiver songeant à répondre à la question posée par une d’âme dans un train fantôme glissant sur la surface gelée du lac Baïkal, ma dâme Alors, ton livre d’éternité, tu le rends quand ? (première version lue au Bateau Lavoir à Paris en octobre 2018)À Le Revest, le 25 novembre 2020, 1 mois après mes 80 ans, 4 jours avant l'anniversaire des 10 ans du départ de la mouette à tête rouge
pourquoi souhaiter l'indétermination (via le sommeil, la somnolence) plutôt que l'identité ? parce que d'après ce que nous savons comme d'après ce que disent la plupart des traditions de sagesse, tout est relié, interconnecté et que par l'effet papillon, un événement ici entraîne un autre événement ailleurs donc si on pousse au bout, toute pensée, tout sentiment, toute émotion que j'éprouve n'est pas neutre, ne concerne pas que moi, ne m'est pas propre, que des effets sont provoqués, ma négativité renforce la négativité déjà existante, ma positivité renforce la positivité existante; je suis donc dans un univers participatif et co-créateur de cet univers; autant l'être quand on est au plus près de l'état quantique; les programmes qui nous agissent ont été acquis entre le 6° mois de notre état de foetus et l'âge de 7 ans, sous onde téta, en quasi-hypnose, ce sont des programmes inconscients, subconscients venus de notre milieu familial, socio-culturel, programmes hérités de notre "éducation", de l'éducation reçue, très souvent coercitive, pour notre "bien", éducation à la performance, à toujours se dépasser qui paradoxalement nous apprend à ne pas nous aimer, à nous juger négativement en permanence; à partir de 7 ans, le néo-cortex ou lobe frontal entre en fonction, sous onde alpha, on pense, réfléchit, évalue, décide éventuellement de modifier le programme; il se trouve que 95% de nos programmes inconscients nous pilotent quasi-automatiquement, que nous tentons d'agir sur nous avec 5% de conscience; on ne fait pas le poids; d'où les thérapies nouvelles à base d'hypnose pour reprogrammer ce qui est inconscient
comment participer, être co-créateur ? si c'est la conscience, le récit que je tiens qui crée la réalité, alors la croyance a un pouvoir très fort; tu es malade, je souhaite ta guérison, je crois à ta guérison, je te crois guéri et tu guéris; le futur réalisé dans mon esprit ou mon coeur modifie ton présent de malade, te guérit; stop ! tu fais une lecture non-quantique de ce qui se passe, tu parles en 1° et 2° personnes, donc en termes séparés et c'est ton ego qui veut guérir l'être cher; plus ton désir de changer le monde est fort et plus ton pouvoir de le faire t'échappe; ce n'est pas comme ça que ça se passe, tu pries, ce n'est pas ta prière, tes mots qui comptent, ce qui compte c'est ce que tu crées en toi, par la prière durant des heures, le sentiment; le langage de l'action sur la matière c'est le sentiment, l'émotion; et le sentiment commun comme force de la nature et comme expérience humaine, c'est la compassion; c'est elle qui relie toutes choses; au-delà des idées de mal agir et de bien agir, il y a un champ: je t'y donne rendez-vous dit Rûmi; ou selon les textes gnostiques de Dag Hammadi demandez donc sans motif caché et entourez-vous de votre réponse, soyez enveloppés par votre désir pour que votre joie soit complète; quand nous sentons que nos êtes chers sont guéris, que la paix du monde nous enveloppe, voilà le langage qui donne accès à toutes les possibilités, rendant possible le saut quantique, le passage d'un état à un autre; c'est parce que j'ai dans le coeur le sentiment de la guérison, de l'abondance et de la paix, c'est donc parce que j'ai dans le coeur, les réponses à mes prières qui sont sans attente de résultat, détachées du résultat, sans jugement sur ce qui devrait ou pas advenir qu'elles arriveront dans la réalité.
Je me signale à moi-même que dans le récit de mon cheminement, des expressions comme peut-être, il me semble introduisent un doute, laissent place au doute qu'il soit de nature scientifique ou de nature philosophique; ce faisant, mon récit m'éloigne du bonheur dans la soupe quantique où je suis un électron, ce qui m'amènera à retravailler la métaphore filée dans Histoire de places (2016), celle des balles de ping pong lancées sur la scène du monde pour achever Alors, ton livre d'éternité, tu le rends quand ?
JCG, le 27 novembre 2020.
On est en novembre 2020 et se dessine un voyage à Cuba du 10 septembre au 30 septembre 2021 pour les 20 ans, reprenant le périple de Cyril et Michel, en compagnie d'un réalisateur de FR3 Perpignan, ami de Michel, proposition faite à Corsavy par ce réalisateur le 17 juillet 2020. Cette proposition ne venant pas de moi, nous ferons ce pèlerinage, inventif, créatif.
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Partis en avion le 11 septembre 2001, pour toujours le 19 septembre - Blog de Jean-Claude Grosse
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer...
http://les4saisons.over-blog.com/article-ils-sont-partis-le-11-septembre-2001-110337197.html
L'Éternité d'une seconde Bleu Giotto/J.C.Grosse - Les Cahiers de l'Égaré
après 13 années de quel travail, L'Éternité d'une seconde Bleu Giotto est sorti, 4 ans jour pour jour après une entrée à l'hôpital où l'épousée restera jusqu'au 29 novembre 2010, date d'...
http://cahiersegare.over-blog.com/2014/10/l-eternite-d-une-seconde-bleu-giotto-j-c-grosse.html
Annie à Le Quesnoy en 1966 et en Grèce à Naxos; "Il y a peu, j'ai trouvé cette photo. Elle a été prise en Grèce, à Naxos . Nous avions parcouru l'île à moto. Annie avait son petit rire frais des jours légers et cette envie de tout voir, de s'émerveiller de tout, jusqu'au moindre caillou. J'avais envie de la partager avec vous aujourd'hui." Maïté G.
Me rendant avec l'ami François Carrassan chez l'ami Marcel Conche en Corrèze du vendredi 8 avril au lundi 11 avril 2016, nous avons écouté la première partie de l'émission La grande table sur France Culture le 8 avril 2016, consacrée au manuscrit retrouvé de Hamlet par Gérard Mordillat.
Hamlet, la pièce la plus célèbre du répertoire mondial, a toujours fait l’objet de nombreuses spéculations érudites, notamment au sujet d’une éventuelle version antérieure. Ces hypothèses seraient-elle en passe d’être levées ? C’est la conviction de Gérard Mordillat, qui présente ici la formidable découverte qu’il doit à un universitaire anglais excentrique, Gerald Mortimer-Smith. Grâce à ce dernier, Mordillat a eu entre les mains une version d’Hamlet inédite, précédant de toute évidence la plus ancienne connue : le fameux « proto-Hamlet », écrit à quatre mains par Thomas Kyd et William Shakespeare ! A partir de ce document désormais disparu, Gérard Mordillat a reconstitué la pièce d’origine et il nous en propose ici la lecture, précédée du récit de sa découverte, dans lequel il reprend les hypothèses les plus audacieuses de Mortimer-Smith. On lit ici Shakespeare comme on ne l’a jamais lu. Il y aura un avant et un après Hamlet le vrai.
Écoute par hasard, bien sûr, et par hasard, Gérard Mordillat évoque le passage où Ophélie, Valentine, évoque sa défloration, son viol peut-être, sûrement même par Hamlet, comme elle a dû l'être par le Roi; elle est donc bonne pour le nonnery, le couvent ou le bordel...
L'enquête de Pierre Bayard sur Hamlet est également évoquée dans cette émission :
Aucun texte littéraire n’a probablement suscité autant de lectures et interprétations qu’Hamlet et n’a à ce point fasciné les critiques, qui n’ont cessé de débattre des ambiguïtés et des contradictions de la pièce, dont les principales concernent les circonstances dans lesquelles est mort le père du héros. Mais tous ces auteurs parlent-ils bien du même texte ? Ce dont témoigne Hamlet, en raison du nombre de ses commentaires, est de la difficulté, dans l’échange littéraire, à éviter le dialogue de sourds. Il est en effet impossible, quand nous discutons d’une œuvre, de sélectionner des passages identiques, de les percevoir à travers des théories semblables, d’inventer des questions qui ne soient pas marquées par une époque et par la personnalité de celui qui les pose. Bref, de parler de la même chose que les autres lecteurs. Trouver la solution à ce problème du dialogue de sourds est pourtant un passage obligé si nous voulons reprendre l’enquête inachevée sur la mort du père d’Hamlet. Et tenter, en reconstituant ce qui s’est passé il y a cinq siècles à Elseneur, de résoudre l’une des plus vieilles énigmes de la littérature mondiale.
Il se trouve que fin 2010, début 2011 pour les 40 jours du départ de la mouette à tête rouge (moment rituel dans beaucoup d'endroits du monde), j'ai beaucoup écrit sur cette disparition, pensant à La Mouette de Tchekhov dont la structure reprend celle d'Hamlet et pensant bien sûr à Hamlet. Tout ce travail d'écriture a donné 3 textes édités :
L'île aux mouettes, 2012
L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, 2014
Là où ça prend fin, 2014.
Ce que je rends public ici n'a pas été retenu pour ces éditions. Mais ces scènes continuent de m'habiter. Les ordinateurs sont des mémoires conservant si on le souhaite les différents états d'un texte.
En voici un.
8 – Le narrateur - Lors d’une visite de l’époux à l’épousée, à l’hôpital. Une deuxième opération au cervelet a été réalisée, elle s’est bien passée. L’épousée sort de son coma artificiel progressivement. Elle est en réanimation. On est le 19 novembre vers 21 H. A-t-elle toute sa tête ? Les effets d’une anesthésie sont parfois surprenants avant le retour du patient à la conscience claire.
L’épousée - Bonjour ! c'est la Saint-Valentin. Tous sont levés de grand matin. Me voici, vierge, à votre fenêtre. Pour être votre Valentine. Alors, il se leva et mit ses habits, Et ouvrit la porte de sa chambre. Et vierge, elle y entra, et puis jamais vierge, elle n'en sortit.
L'époux - suave Ophélie ! ô cieux ! est-il possible que la raison d'une jeune fille soit aussi mortelle que la vie d'un vieillard ? Sa nature s'est dissoute en amour ; et, devenue subtile, elle envoie les plus précieuses émanations de son essence vers l'être aimé.
La fille – maman délire ! à quoi joues-tu ?
L'époux - je lui donne la réplique !
L'épousée - je ne délire pas ! croyez-moi ! je suis née le jour de la Saint-Valentin ! je suis femme de l'amour ! pour l'amour ! je vais vous dire ! c'est un jeu ! ils veulent me faire l’amour ! ils veulent me faire mourir ! amour à mort ! amour amor ! je les entends chuchoter ! je les entends rire ! ils me triturent partout ! ils entrent leurs doigts dans tous mes endroits ! je témoignerai ! je les reconnaîtrai à leurs voix ! méfiez-vous du docteur ! il dit qu'entre lui et moi, il y a un fil ! c'est lui qui veut couper le fil ! ne le laissez pas s'approcher de moi ! soyez prudents ! discrets ! ne les laissez pas abuser de moi ! me salir ! je me sens sale ! salie !
La fille - maman, veux-tu le bassin pour uriner pendant que je suis là avec toi ?
La mère - tu me comprends ma fille ! je ne délire pas ! croyez-moi !
(Elle se met à chanter)
Ils l'ont porté tête nue sur la civière. Hey no nonny ! nonny hey nonny ! Et sur son tombeau à Corsavy, il a plu bien des larmes. Adieu, mon fils de lumière ! Voici du romarin et voici des pensées, en guise de pensées
(À l'époux) Voici pour toi du fenouil et des ancolies.
(À la fille) Voilà de la rue pour toi, et en voici un peu pour moi ; nous pouvons bien toutes deux l'appeler herbe de grâce, mais elle doit avoir à ta main un autre sens qu'à la mienne... Voici une pâquerette. Effeuille-la pour savoir combien je t’aime !
- Elle m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie … pas du tout ! (Treplev rit)
Je t’aurais bien donné des violettes, mais elles se sont toutes fanées, quand Cyril est mort ... On dit qu'il a fait une bonne fin. Car le passionné Cyril était toute ma joie. Et ne reviendra-t-il pas ? Non ! Non ! il est mort. Il ne viendra jamais. Il est parti ! il est parti ! Et je perds mes cris.
La fille - d'où sors-tu ça, maman ?
L'épousée - c'est le chant d'Ophélie ! mon chant !
L'époux - nous veillons sur toi ! nous allons veiller sur toi ! nuit et jour !
Le narrateur - Shakespeare, un comédien allemand, ami proche de la famille, célèbre pour ses interprétations des pièces de l'Anglais, est entré dans la chambre N° 8 des soins continus ; il est venu exprès de Fribourg, ayant compris la gravité de la situation
Shakespeare - ma chère Ophélie ! ne donne pas raison à la Reine ! (il joue la Reine)
La Reine - Il y a en travers d'un ruisseau un saule qui mire ses feuilles grises dans la glace du courant. C'est là qu'elle est venue, portant de fantasques guirlandes de renoncules, d'orties, de marguerites et de ces longues fleurs pourpres que les bergers licencieux nomment d'un nom plus grossier, mais que nos froides vierges appellent doigts d'hommes morts. Là, tandis qu'elle grimpait pour suspendre sa sauvage couronne aux rameaux inclinés, une branche envieuse s'est cassée, et tous ses trophées champêtres sont, comme elle, tombés dans le ruisseau en pleurs.
Ses vêtements se sont étalés et l'ont soutenue un moment, nouvelle sirène, pendant qu'elle chantait des bribes de vieilles chansons, comme insensible à sa propre détresse, ou comme une créature naturellement formée pour cet élément. Mais cela n'a pu durer longtemps : ses vêtements, alourdis par ce qu'ils avaient bu, ont entraîné la pauvre malheureuse de son chant mélodieux à une mort fangeuse.
L'épousée - la Reine n'aura pas raison ! ni l'eau du ruisseau ni l’eau du cerveau !
La fille - sers-toi de ta maîtrise de l'apnée, maman ! tu les auras !
L'époux – oui ! tu les auras !
L'épousée - je les aurai !
(elle s'endort, apaisée)
…..............................
Le narrateur - tous rentrent dans la chambre N°8
Shakespeare - ma douce Ophélie, tu es Verseau, comme Jeannot, verse l’eau de ton cerveau, joue au cerceau, toi qui aime faire des ronds dans l’eau avec les bateaux de Roro !
La fetite pille - mamie annie dodo bobo ! o ! o !
Le narrateur - tout d’un coup, de l’eau sort de la capeline que la mouette porte sur la tête, l’oreiller est inondé ; ils n’avertissent pas le personnel soignant
La fetite pille - mamie annie o ! plus bobo o ! plus dodo !
Le père - ma mouette rieuse ! tu as un cancer au niveau de l’utérus, là où tu as porté la vie deux fois ! cette grenade a métastasé dans le cervelet, dans les vertèbres lombaires, dans un ganglion
La fille - tous les endroits où tu dis avoir mal !
Le gendre - tu dois désactiver la grenade !
Le père - par apnée !
La fille - par apnée, maman !
Shakespeare - ma douce Ophélie, sors du noir ! entre dans la grande bleue ! dans le bleu du lac ! toi la magnifique aux cheveux rouges, voici les 24 roses rouges de notre mouette ! toi la magnifique en robe Mouette, voici les 24 roses blanches de la mouette ! va au profond de toi ! toi qui écoutes tant les autres et si peu toi ! écoute les mouettes criardes, les mouettes rieuses ! elles veulent te déchiqueter crue, vivante, toi, la mouette blessée ! fais la morte ! ma belle et pure Ophélie aux émanations d’amour ! elles détestent le silence !
(Ophélie entre dans sa 14° apnée ; une infirmière vient)
L’infirmière - dites-lui au revoir, elle est en train de partir
Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! Merci !
(Ophélie est en apnée depuis une heure)
Le médecin réanimateur - votre épouse est décédée depuis une heure ! nous avons prévenu la morgue ! ils viendront la récupérer dans une heure !
Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! merci !
Le narrateur - Depuis le démarrage de l’apnée, tous, après une lente inspiration, retiennent leur souffle, ferment les yeux, s’immobilisent. Ils tiennent plus ou moins longtemps. La poupée Kitty fait entendre sa musique. L’épousée soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une grande violence, replonge, reste quelques minutes, hoquet très violent, elle crache du sang noir et fumant, elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’époux. Là bas, à Baklany, au Baïkal, en synchronicité avec ce qui se passe ici, la chamane Koulbertichova sort de son rêve lucide. Elle vomit du sang noir et fumant. Elle bave, éructe. Elle est trempée par la transpiration. Les sœurs Gorenko, koutouroutsouks de la chamane, qui vivent à Baklany, sont en nage aussi, elles vocalisent kouarr kriièh kouêk, le cri de la mouette abattue dans La Mouette et tombée sur la plage, la même ou une autre.
Le père - tu nous reviens ?... elle nous revient !
Shakespeare - Ophélie, ma douce Ophélie, reviens-nous ! ta chaise t’attend ! tu sais que l'eau veut détruire ton cerveau. Tiens ! voici le crâne de César ! Que devient César une fois mort et changé en boue, poussière et eau ? il pourrait boucher un trou et arrêter le vent du dehors. Oh ! que cette argile, qui a tenu le monde en effroi, serve à calfeutrer un mur et à repousser la rafale d'hiver !
Ophélie, toi qui distilles le sublime amour, tu n’es pas encore destinée à l’eau et à la poussière ! à devenir boue bouche-trou !
Hamlet est fasciné par la mort ! Mourir … dormir, rien de plus ... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir … dormir, dormir ! peut-être rêver !
Ce ne sera pas ton dénouement, Ophélie ! Ta chaise t’attend ! Reprends ta place !
Le narrateur - L’épousée ouvre les yeux, sourit. Le brancardier de la morgue arrive, trop tard, trop tôt. Le personnel médical est sidéré. Le médecin réanimateur annule le PV du décès.
Ophélie - kouarr kriièh kouêk
(tous poussent un profond soupir de soulagement, vocalisent kouarr kriièh kouêk, tous embrassent la mouette, se pressent sur elle ! bienvenue ! à Baklany, la chamane Koulbertichova danse, les sœurs Gorenko vocalisent)
Shakespeare (hurlant pour l’obtenir) - … Silence ! (puis chuchotant) … Le reste … c’est silence …
À Marrakech,
du 22 décembre 2010 au 18 janvier 2011, pour le 40° jour,
pour le voyage de l’âme de notre mouette, 24 roses rouges
pour le voyage de l’âme de la mouette, 24 roses blanches
Jean-Claude Grosse
"Etre ou ne pas être?", Gérard Mordillat répond à sa façon à la question de Hamlet
L'un des auteurs de la série "Corpus Christi" applique à la pièce de Shakespeare une version personnelle, drôle et stimulante de la méthode historico-critique. Avec, en prime, la traduction d'...
https://www.letemps.ch/culture/ne-gerard-mordillat-repond-facon-question-hamlet
j'ai cru un peu hâtivement à l'histoire inventée par Gérard Mordillat, conduit sur le chemin du vrai Hamlet par un Gérard Mortimer-Smith, étonnants les words
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Peut-on rencontrer l'autre ?/J.C. Grosse - Les agoras d'ailleurs
le baiser des bonsaïs (un siècle d'acrobaties pour atteindre ce résultat) le baiser comme don, l'épousée La rencontre d'autrui Pour Sartre, autrui n'est pas seulement celui que je vois, il est...
un de mes cours de philo, 1971, il doit beaucoup dans sa partie attitude de disponibilité à l'amour qui nous unissait Annie et moi depuis 1964
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la merveille et l'obscur / Christian Bobin - Blog de Jean-Claude Grosse
un envol d'âme-d'ange et l'ange en surplomb sans qu'on s'en aperçoive sauf à lever la tête via a.b. / aujourd'hui 25 novembre - délibérément en voyant l'ombre portée de l'oiseau - un anonym...
https://les4saisons.over-blog.com/2019/07/la-merveille-et-l-obscur/christian-bobin.html
Jean-Luc Godard 13 septembre 2022, Pierre Soulages 25 octobre 2022, Christian Bobin, 23 novembre 2022, Hans Magnus Enzensberger 24 novembre 2022
l'amour et la vie
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Serge Reggiani, "Les loups sont entrés dans Paris" | Archive INA
Abonnez-vous http://bit.ly/inachansons Numéro un TF1 24/09/1977 Serge REGGIANI interprète "Les loups sont entrés dans Paris", en déambulant entre les voitures, sous le regard de leurs passagers...
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Vladimir Vissotski "Chasse au loup"
Vladimir Visotsky est un acteur, chanteur, poete russe. Il vivait en Russie et en France, il etait mari d'une actrice francaise Marina Vlady. Il etait dissident et le pouvoir sovietique ne ...
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