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Blog de Jean-Claude Grosse

Articles récents

L'été du Léthé à La Coquette

22 Juillet 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #écriture, #voyages, #pour toujours, #jean-claude grosse

à La Coquette le 1° juillet 2017
à La Coquette le 1° juillet 2017
à La Coquette le 1° juillet 2017
à La Coquette le 1° juillet 2017
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à La Coquette le 1° juillet 2017
à La Coquette le 1° juillet 2017

à La Coquette le 1° juillet 2017

au théâtre de l'Oulle, le 17 juillet 2017, pour les 40 ans de la création de La nuit juste avant les forêts

au théâtre de l'Oulle, le 17 juillet 2017, pour les 40 ans de la création de La nuit juste avant les forêts

Le 2° été du Léthé s'est déroulé le 1° juillet 2017 à La Coquette à Toulon, de 10 H à 20 H 30 avec comme participants Marilyne Payen, notre hôtesse, Michelle Lissillour, Isabelle Barthélémy, Fabienne Ashraf, Pauline Tanon, Moni Grego, Lionel Parrini, Raphaël Rubio, Wianney Qolttan', Eric Meridiano, Yves Ferry, Chris Darvey et Jean-Claude Grosse. Excusée Sylvie Combe. Ils sont venus de Sète, Arles, Avignon, Gardanne, Toulon. Ce 2° été a coïncidé avec le 50° anniversaire de mon mariage avec la Mouette à tête rouge. Il a été inspiré par un "pèlerinage" à la Sainte-Baume les 7 et 8 avril 2017 avec Moni Grego pour les 40 ans de l'écriture de La Nuit juste avant les forêts par Bernard-Marie Koltès pour Yves Ferry. Moni Grego lut une scène de L'Ultime scène dans la Bibliothèque des dominicains de l'Hostellerie de la Sainte-Baume. C'est le 17 juillet 2017, au Théâtre de l'Oulle en Avignon, qu'a été assurée LA CAPTATION RADIO INTÉGRALE DE L'ANNIVERSAIRE DES 40 DE LA CRÉATION DU TEXTE “LA NUIT JUSTE AVANT LES FORÊTS“ DE BERNARD-MARIE KOLTES À AVIGNON. AVEC PHILIPPE CALVARIO, YVES FERRY, MONI GRÉGO, DENIS LAVANT, ABBI PATRIX, FRANÇOIS VILA ET LA PRÉSENCE DE JEAN-MARIE KOLTES.

 
Temps prévus 
1- 10 à 11 H, chacun vient avec un court texte d’un autre ou de lui (10 lignes) qui l’a structuré, lui a servi de repère, un texte fondateur
lecture par chacun ou un autre (par affinité ou hasard) de ces textes avec retour des autres participants
2- temps d’écriture, à partir de 11 H et après l'auberge provençale vers 12 H 30, durée 1 à 2 H, sur consignes; écriture en solo ou à deux (affinité ou hasard)
ça tournera autour de la figure de Madeleine (une image flottant dans nos inconscients);
faites vos propres recherches et lectures (mais ce n’est pas une nécessité ni une obligation)
3 pistes seront sollicitées pour 3 courts textes
- traverser sans voile, sans rame, sans gouvernail la Méditerranée
- 30 ans de vie érémitique dans une grotte particulièrement humide 
- l’amour comme origine, chemin et but (Deepak Chopra avec Le chemin vers l’amour me semble intéressant à lire); 
les titres de deux livres photographiés à la Sainte-Baume serviront d'amorce
Épouse-là et meurs pour elle (des hommes vrais pour des femmes sans peur)
Marie-toi et sois soumise (pratique extrême pour femmes ardentes)
3- temps de partage, notre auberge provençale avec ce que nous apporterons, à partir de 12 H 30; n'oubliez pas d'apporter vos livres pour échanger, donner, qu'il s'agisse de vos oeuvres ou de livres que vous voudriez offrir au hasard de la rencontre
4- temps de lecture des textes avec échanges sur chaque texte, lecture soit par soi-même, soit par un autre à partir de 16 H; on a commencé à 17 H
au préalable, Moni Grego nous donnera quelques conseils utiles sur comment lire à voix haute
5- lecture de L’Ultime scène de Moni Grego, texte édité aux Cahiers de l’Égaré pour ce moment, ode à la disparition de la scène de théâtre dans un lieu « magique »  appelé à disparaître, vers 17 H 30; on a commencé à 19 H après l'intermède musical d'Isaac
ces deux temps de lecture seront ouverts au public et aux amis; sont venus Jeanne Mathis et son mari Isaac qui a interprété un morceau de sa composition (de la veille) à la guitare et ampli (instrument padipulé, au pied) en harmonie avec l'ambiance studieuse et joyeuse, pas festive, de la journée
6- agapes du soir, tangos dans le salon de La Coquette, vers 19 H; en fait fin des lectures à 20 H, pas d'agapes
7- Christian Darvey réalisera un film, pour sauver les meubles, appelés à disparaître
8- les textes seront mis sur le site des écritures nomades, les écrivents (comme du vent)  peaufinent leur texte jusqu'au 10 juillet. Chacun est libre de faire tous usages de son texte, FB en particulier.

Consignes

Les bienheureux qui séjournaient aux Champs Élysées dans le sous-sol grec pouvaient revivre une nouvelle vie sur terre. Passant dans le Léthé, ils oubliaient tout de leur vie antérieure de héros ou de sage mais pouvaient conserver, réactiver un souvenir pour leur nouvelle vie.
Vous êtes des bienheureux. Quel souvenir voulez-vous réactualiser pour votre nouvelle vie sur terre ?

Cela veut dire que vous êtes l'homme ou la femme qui était mort(e) et que vous allez vous réincarner en un autre, l'homme ou la femme qui revit d'une autre vie, résurrection ? réincarnation ?

Vous aurez à votre disposition pour vos textes, ces deux personnages, l'homme qui était mort, l'homme qui revit d'une autre vie.

 

Vous avez choisi un texte fondateur. Vous devrez vous en servir pour vos 2 écritures. Thème, citation …

Nous sommes à La Coquette, vous intègrerez ce lieu et ce moment, 1° juillet 2017, dans vos textes.

 

3 thèmes à traiter en 3 textes courts :

 

  • Madeleine dans une barque sans gouvernail, sans rame, sans voile, livrée aux vents, houles, courants, encalminages de la Méditerranée, seule ou accompagnée, pour seul vêtement sa chevelure abondante, et pour luxe, ses parfums ; elle souffre, elle prie, elle est en colère, elle a la diarrhée, elle vomit, elle n'a rien à manger, à boire ; y a-t-il un miracle ? un événement merveilleux surgit-il au pire des moments ? Votre Madeleine décidez si c'est la vraie, si elle est d'aujourd'hui, venue d'où, pourquoi, pour où ? Ce qui lui arrive dans la barque jusqu'à Massilia est-il réel ? Optez-vous pour un récit, un conte, un dialogue ?

  • Madeleine dans la grotte de la Sainte-Baume vit 30 ans d'une vie érémitique, grotte humide, elle ne se nourrit que de ses larmes. Quelles larmes pleure-t-elle ? De quelles larmes nourricières s'agit-il ? Elle monte au ciel, entre terre et paradis, ascension pouvant durer 7 H. Que se passe-t-il ? Contemple-t-elle quelqu'un, quelque chose ? Pense-t-elle pendant son ascension et son extase ? A-t-elle des visions ? Donnez-nous envie de nous élever. Donnez-nous envie de revenir ici-bas ! La grotte est-elle rassurante, inquiétante ? Quelles résonances entre la grotte et le ventre-mer, entre la grotte et le ventre-mère ? A-t-elle été engrossée ? A-t-elle un désir d'enfant ? Porte-elle un tel désir ? Ou y a-t-elle renoncé, femme à moitié ou femme accomplie malgré tout ? Votre Madeleine grotesque est-elle la vraie, est-elle un fantasme ? A-t-elle un interlocuteur, un intercesseur ? Demande-t-elle ? Quoi ?

  • Madeleine et l'amour sublime. Imaginez sa relation de prostituée repentie, de pècheresse, d'épousée, d'épouse à l'Époux. Quel statut souhaitez-vous lui donner ? Un, plusieurs ? Cet Époux, l'acceptez-vous fils de Dieu, se refusant à Madeleine, Ne me touche pas ! Ressuscitant, donc se montrant à elle pour ensuite disparaître, s'élever avec la promesse de revenir à la fin des temps pour le grand rassemblement des ressuscités ? Croyez-vous à sa mission de Sauveur ? Le préfèreriez-vous plus soucieux de Madeleine, la comblant, comment ? Cet amour sans consommation est-il source d'élévation, d'extase ? À quoi peut-il faire accéder ? L'extase mystique, est-ce que ça, ÇA, vous parle ? Le sexe peut-il être source de comblement ? La jouissance, la petite mort, n'est-elle pas chacun son moment de plaisir, dans son moment de plaisir ? L'autre Jouissance dont parle Lacan, indicible, réservée à certaines femmes, sur laquelle rien ne peut être dit car cette Jouissance est accès au Réel le Grand Réel de René Char, croyez-vous possible de la décrire ? En poète, en dramaturge, en psychanalyste ?

  • Si possible des textes d'une quinzaine de lignes. Bonne écriture.

L'été du Léthé à La Coquette
pour Annie, la mouette à tête rouge
pour Annie, la mouette à tête rouge
pour Annie, la mouette à tête rouge

pour Annie, la mouette à tête rouge

texte fondateur d'Isabelle Barthélémy

Quand la mer parle

 

Vous êtes-vous déjà installé au bord de la mer ? L’avez-vous entendue vous murmurer à l’oreille ? Vous n’oserez peut-être pas le dire ! Il suffit pourtant, que l’on se penche un peu vers vous, pour parvenir à vous entendre. Attention, approchez encore car la mer parle. Elle vous a déjà parlé ou le fera un jour ou l’autre lorsque vous la croiserez. Voilà, vous vous êtes assis. Elle est face à vous. Elle vous a vu arriver de loin, car il a fallu marcher pour parvenir jusqu’à elle, jusqu’à son corps immense qui se vêt de costumes mouvementés par la mode du vent. Vous êtes là et elle vous observe, attentive. Bien évidemment, elle ne parle pas tout de suite aux inconnus. Il lui faut le temps de vous apprivoiser. Elle sait que vous êtes venu là pour une raison particulière, une raison qui pousse à demander conseil. Au fond, lorsqu’on décide de s’installer devant sa robe changeante comme le vent qui l’effleure, on sait très bien qu’on rencontre une amie attentive.

Le six avril. Il est déjà onze heures. Il l’a vue se préparer, mettre ses lunettes de soleil sur la tête. Ses cheveux tombent sur ses épaules et ce matin ils paraissent ternes dans le miroir quand elle y jette un coup d’œil. Il n’y a pas que ses cheveux qui paraissent ternis, comme sur une vieille photographie qui aurait pris l’humidité d’un grenier, il y a aussi l’éclat de ses yeux noisette. Ce matin, la femme va marcher au bord de la mer. Elle n’a pas envie d’aller courir. Ses nerfs sont à vif et son corps dans une chape de plomb. Tu veux boire un café, il a demandé. Elle n’a pas osé lui dire non, elle n’a pas osé lui dire qu’elle avait besoin de se retrouver seule. Sarah a tellement l’impression que tout va de travers, qu’elle s’accroche encore à des délicatesses qui n’en sont plus vraiment. Elle se surprend à ne pas être naturelle. Ses gestes ont pris une forme affectée, contrôlée, proche de la crispation dès que l’homme l’approche. Sarah ne sait pas pourquoi elle a peur de le blesser alors qu’il n’y a rien de mal à avoir envie d’aller seule, ses écouteurs plantés dans les oreilles. Il lui suffit d’appuyer sur play et les sons parviennent à ses tympans pour s’enrouler progressivement autour de son cœur. Depuis plusieurs semaines, Sarah s’échappe du quotidien dans des volutes musicales, c’est un des moyens qu’elle a trouvé pour échapper à la peur.

En cette fin de matinée, la voilà donc en train de dire oui à l’homme pour aller se promener. Elle est envahie par une forme d’étrange faiblesse qui la ronge. Ils sont descendus sur le port. Ils ont pris le sentier qui borde la dérisoire falaise le long de la plage. Ils se tiennent la main. Comme par réflexe. C’est vrai qu’elle la rassure péniblement cette main de l’homme qui la tient à peine. Puis elle a marché devant car le sentier s’est rétréci. La mer la regarde. Le vent est absent comme le souffle de Sarah. La houle, petite et ferme, frappe les rochers et son cœur contracté en une systole arythmique dominicale. Dans la petite crique, à quelques mètres du sentier qui devient du béton, Sarah décide de s’arrêter. Tu vas te baigner ? il a dit. Elle sourit. Il est tendre.

La mer entend soudain le ressac de ses idées brouillonnes aller et venir entre ses tempes, vagues au creux des rochers de la crique où ils se sont assis, lui et elle. Combien elle voudrait entendre le tempo de Vincetone, l’album de 2013 du Dj, qu’elle a copié dans son Mp3. Elle donnerait beaucoup pour ne pas entendre à la place le tintement clair de sa voix qui vire au Beat profond. Elle pressent la tempête. Elle est à présent inévitable et pourtant Sarah demande à la mer de chasser son amertume au large. Son souffle bref passe dans la brise qui se lève. Et les mots terribles qui harcèlent son cœur, la mer les emporte, le temps de cette pause sur le sable strié par une épaisse couche de posidonies.

Sarah a envie de fermer les yeux. L’homme lui parle doucement du dernier livre qu’il vient de terminer dans le lit ce matin. Elle l’écoute, elle se dit que c’est bien, un moment comme ça, que c’est ce qu’elle a voulu…Pourtant elle n’arrive pas à apprécier l’instant. Il y a encore quelque temps, elle se serait blottie contre lui, elle aurait été capable de s’abandonner à la complicité. Tandis qu’ils sont assis là, la mer écoute ce que Sarah a à lui dire. Elle le fait pour elle comme elle le fera pour vous, quand vous serez près d’elle. Sarah la sent emporter son cœur. La mer dit qu’elle ne doit pas avoir peur des vagues dans lesquelles elle plonge de face depuis plusieurs mois. C’est tout bonnement le ressac de l’amour. Dans l’écume épaisse qui crépite sur son âme flottent de terribles ressentiments. Ils troublent son amour perdu au creux des blessures. Sarah croyait pouvoir… Elle croyait savoir… Elle croyait vivre… La mer répète. Et le regard de l’homme se perd au large tandis qu’elle est assise à côté de lui sur le sable. Brusquement, Sarah enlève ses habits de Carnaval, ceux qui lui ont permis de déguiser ses envies, de taire ses sourires. Elle les observe un instant à ses pieds. Les couleurs sont chamarrées mais ont perdu un éclat de vie. Sarah marche nue sur le tapis épais de posidonies. Elle s’enfonce. Au moins sur vingt centimètres. Ce n’est pas stable. L’eau remue et arrive au-dessus des genoux. Lorsque Sarah sort, de longues minutes plus tard, alors que ses mollets sont devenus brillants de fraîcheur, elle s’enfonce de nouveau dans le tapis des plantes marines mortes. Des dizaines de paillettes noires et collantes recouvrent ses jambes. Toutes ses pensées sont là, collées, pour l’empêcher de courir. Alors la mer murmure :

- Va-t-en, Sarah ! Garde les paillettes, elles vont sécher dans ta course.

texte d'Isabelle Barthélémy

Les Bienheureux

 

Poussière d’étoile, nous sommes.

    M, poussière d’alphabet dans certains dictionnaires de langue.

     

    J’y trouve des mots qui ont des définitions. N’importe qui peut partir à la recherche du sens.

     

    Définir la poussière d’étoile que je suis, c’est tenter d’en retrouver l’essence.

     

    A la lettre M du dictionnaire de Vie je trouve

     

    « Matrice », poussière de mot à la lettre M de certains dictionnaires de langue.

     

    A la lettre M du dictionnaire de Vie je trouve

     

    «  Matière », poussière d’étoile.

     

    Je trouve

    Mère et Maternité.

     

    Je trouve aussi dans la catégorie Nom Propre

     

    Marie. Madeleine. Marie-Madeleine.

     

    Mais si j’entends M, je peux aussi trouver un mot qui ressemble étrangement à la lettre.

     

    Aime. M.

    Et voilà, il suffit d’une lettre abstraite, d’une lettre de l’alphabet pour entrer en Amour.

     

    Alors quoi ? Marie-Madeleine ? Toi aussi tu aimes. Ton amour s’appelle Jésus. Il aurait pris forme humaine pour parler d’Amour au nom de tous. Il aurait été le fils de l’Eternel, ce qu’on ne peut pas nommer.

     

    Jésus est un homme, il porte une parole forte puissante et pacifique. Marie- Madeleine tu es une femme. Entends-tu sa parole forte puissante et pacifique ? Bien sûr comme les autres.

    Madeleine, c’est parce que tu as perdu Jésus, son amour et son entièreté que tu te retrouves sur cette barque.

    Madeleine, c’est parce que tu es sa femme à jamais que tu pénètres dans la Grotte de la Sainte Baume ;

    Madeleine, c’est parce que tu l’aimes, Jésus, l’homme et le sauveur annoncé chrétien, que ton désir vibre et sublime ta chair.

    Madeleine ; il est des temps qui se superposent et se dilatent.

    Madeleine, tu fais partie des bienheureux qui prennent le chemin pour revenir dans la Matrice du Monde et de la Matière. C’est un choix. Ton heureux bien-aimé a fait aussi ce choix.

    La Mort conduit à l’A Mour.

    Amor Amor a enlevé le U de cette Utopie.

    C’est en approchant la Mort que l’on parvient à l’Amour. La Mort et l’Amour sont les deux points d’un même état limite, celui qui nous conduit à notre Humanité.

    Marie- Madeleine. Marie tu es la mariée éternelle d’un seul Homme. Madeleine tu es celle qui pourrait le pleurer à jamais.

    Mais pleurer la perte entraîne vers une mer de larmes.

    Se réjouir de l’Amour reçu et donné entraîne vers une mer vivante, mouvante et éprouvante.

    Laisse ta barque voguer et te conduire au large, puis te ramener à terre, couverte du sel alchimique éternel. Tu es faite de sodium, d’eau et d’esprit.

    Lorsque ton pied foulera à nouveau le sol tu pourras cheminer vers la grotte sombre, tiède et humide de la terre qui t’accueille pour ta renaissance. La montagne de la Sainte-Baume. A l’intérieur, l’obscurité, la tiédeur et l’eau t’invitent. Tu pourrais avoir peur, mais il n’en est rien car l’Amour que tu lui portes annihile la crainte.

    Tu l’aimes. A toujours. A jamais. La souffrance est possible, elle ne t’est pas nécessaire.

    Ce n’est pas parce que tu hurles aux étoiles ou que tu te terres dans le silence que tu aimes, que tu souffres de la perte.

    Tu peux hurler. Tu peux pleurer. Tu peux rire aux éclats. Tu peux te blottir contre lui, contre son âme, tu peux courir, rester face contre terre dans l’humidité et la moiteur, planter tes ongles, secouer ta chevelure, montrer tes petits seins et le creux de tes reins à l’obscurité de la grotte ou au soleil éclatant qui s’acharne sur la barque dans laquelle tu es montée pour partir à la découverte.

    Tu ne pers rien Marie-Madeleine. Tu ne perds rien, comme nous, toutes ces femmes, qui aimons notre époux. La matière se transforme, elle prend des formes impalpables mais vibrantes d’autres champs d’énergie.

    Car, enfin, sentir la perte ce n’est pas Aimer. Sentir la perte ce n’est pas Mourir. Sentir la perte c’est ne pas t’incarner.

    Avoir peur de perdre c’est ne pas entrer dans ta propre chair vivante et ne pas découvrir celle de ton aimé.

    Femme Vivante, Marie-Madeleine éternelle, Va sur la mer, entre dans la grotte vis et apprends à mourir. Tu pourras choisir de revenir quand tu le souhaiteras.

     

    Isabelle Barthélémy 1° juillet 2017

     

     

     

    Marie-Madeleine.

     

    Traversée.

     

    Mon frêle esquif, sur la mer, monte, descend.

    Attachée à la proue, écœurée, mon amour,

    Désolée de t'avoir perdu, vomissant,

    Écoute-moi, car cette fois je porte la vie,

    L'ardeur de ta folie résolue,

    Exquis souvenirs de tes baisers fugaces.

    Infidèle, pourquoi es-tu parti ?

    Notre vie n'est plus qu'une trace,

    Éplorée, morose, promesse de notre salut.

     

    La grotte :

     

    Pourrai-je dire combien de fois, silencieuse, je suis morte,

    Usée, inutile, meurtrie dans cette grotte ?

    Ta présence, fantasme de l'esprit, rappel maudit,

    Enfanté dans mon imaginaire, m’enchaîne, me détruit.

     

     

    Extase :

     

    Marie-Madeleine est morte ! Libre !

    Accueille, accepte, accouche.

    Ris. Jouis. Pouffe.

    Indicible amour, tu nous confies qu'il n'y a pas d'autres règles,

    Embrasés, nous recevons le souffle, mourant, renaissant, espiègle.

     

     

    (Eric Méridiano 1° juillet 2017)

     

    MEMENTO MORI


     

    I. La barque


    Le narrateur est là. Bienheureux personnage rescapé du Léthé. Bienheureux ? C’est à voir. On voudrait nous faire croire que c’est la panacée de conserver intact le souvenir d’avant, de notre vie d’avant. Moi, je demande à voir.

    Trois citations suffisent, qui traînent dans sa cervelle, pour dresser le portrait de notre narrateur : « Sois sage O ma douleur et tiens-toi plus tranquille ». Déjà, ça peut offrir une idée du marasme, ça donne un peu le ton d’une enfance des plus propices à toucher du doigt la vacuité de l’existence et à s’interroger, dès le berceau, ou presque  sur des questions qui, si l’on n’a vraiment rien d’autre à faire, peuvent faire passer le temps : « à quoi ça sert tout ça ? D’avoir si mal à l’existence ?» En toute logique, son adolescence attardée a brandi un étendard qui ne surprendra pas : « Il vaut mieux mourir d’un abus de vodka que d’ennui ». Mais, attention, avec dans l’oreille, et c’est impératif, la voix d’Anna Prucnal, qui cogne chaque mot, sinon, ça marche pas. Pour parachever le portrait, n’oublions pas les velléités de se diriger vers un bonheur parfait avec une phrase en bandoulière « un de ces jours où j’ai compris qu’il faut d’abord s’aimer soi-même, pour faire l’amour à la vie ». Oui, je sais. Choisir Philippe Léotard, sa « drôle de cocaïne », « pas un jour sans une ligne », le tenir par la main pour marcher d’un pas pas rien moins qu’assuré vers le bonheur, c’est cocasse. Oui. Je sais.
    Maintenant que vous avez fait sa connaissance, au narrateur, et que j’ai rempli une bonne part des consignes d’écriture (ce qui est fait et caetera) je reprends du début.

    Le narrateur est là.

    Ici et maintenant.

    1er juillet 2017.
    Ici. C’est la Coquette.

    La Coquette en décombres.
    La Coquette encore belle.

    Le narrateur est là : il a choisi sa chaise, l’a plantée au plus près face à un dépotoir.
    Des tuyaux rouge sang, une pelle, des tringles, des chaînes bien rouillées, des pissenlits crevés, une épave de bateau, des voiles déchirées.
    Et le voilà parti dans sa vie d’autrefois, dans ce bateau qui tangue et voudrait tant bouger.

    « Me voici revenu là où la mer est morte et le soleil brûlant. Arrêtés dans l’exil. Migrants d’un autre siècle.
    Je la revois encore parce que là, juste hier. Dans notre vie d’avant.
    Elle n’est pas belle à voir. La Marie Madeleine.
    Elle croit qu’on va mourir, elle voudrait, mais ne peut, s’en aller bien sereine, un doux sourire aux lèvres retrouver son Amant, sa sainte Trinité.
    Et son masque grimace  pendant que « Jesus cries », en anglais dans le texte, disons « Jesus's crying », à lire c’est plus facile.

    Enfin, il faut bien l’espérer que son Amant sublime pleure de la voir là, crevant de faim, de chaud, de se retrouver seule, de l’avoir vu en croix, des clous dans les poignets, de l’avoir vu renaître, de l’avoir vu partir. Elle voudrait croire qu’il pleure, son Jésus au grand coeur. Mais moi, je n’y crois pas.

    Je la regarde encore : elle n’est vraiment pas belle, à deux doigts d’y aller, passer par le Léthé !
    Petite fille perdue, habillée de cheveux et les tripes en lambeaux déchirées par la peur, tout son corps crie « Maman » mais Maman n’est pas là et son Amant Céleste est bien loin du bateau.

    Et moi je l’aime à mort mais elle ne me voit pas.


     

    II. La grotte

    La Sainte.
    La Salope.
    Elle vit sa mort chaque jour, la savoure, s’en délecte, tout au fond de sa grotte, son doux sourire aux lèvres, les yeux illuminés.

    J’attends. Je la connais.

    Sa Foi aime qu’elle souffre toutes ses morts quotidiennes, tous ses renoncements.
    Et je la vois errante, ivre de Sa lumière tandis que, chaque jour, la grotte humide et froide admire son martyr, endort mon impatience.
    Elle croit, la Salope, la Sainte, que le désir est mort, que tout est pardonné.

    J’attends. Je la connais.

    Notre millième matin dans cette immonde grotte voit Marie Madeleine se jeter à genoux à peine elle est levée.
    Je la vois qui rayonne de tout ce qu’elle sublime.
    J’attends qu’elle me regarde et que son corps me sente.

    J’attends. Je la connais.


     

    III. L’Amour

    Le narrateur a froid.
    Il veut changer de place.
    La grotte, humide et sombre de son ancienne vie, l’a glacé jusqu’au sang.
    Il se lève, divague, s’éparpille aux quatre coins, assoiffé de chaleur.
    Il s’assoit puis s’allonge sur des dalles brûlantes et ferme un peu les yeux.
    Des verres qui s’entrechoquent, des mots, des phrases ausssi.
    Il est 15h25, les clients du resto digèrent leurs semaines sur des chaises en plastique laissant leurs gosses hurler comme il est convenu.
    La hotte, les cigales, le soleil sur les jambes, le champagne, le vin. Pas facile de penser d’autant que dans ses jambes son sang cogne et fait mal tandis que ses seins gênent pour être bien à plat. Car les Dieux sont rieurs.

    Vivre une vie de femme quand on était un homme et que la mémoire reste, à vif, acérée, de l’homme qu’on était, de celle qu’on a aimée.

    Une chance. Vraiment ?
    Bien entendu, ses seins d’aujourd’hui le ramènent à Marie de toujours. Vraie Femme, fausse sainte,
    solidement clouée sur la planche à penser du bienheureux.

    « Je ne sais toujours pas quelle part du père elle a bien pu chercher si longtemps dans le Fils.
    Plus le temps d’y penser, il est bientôt 16h, il faut rendre les textes. Son autre vie flamboie juste quelques instants, les images se bousculent. Il ne peut qu’évoquer la vraie Révélation. Leurs amours si charnelles. Leurs orgasmes terrestres. Leurs mille et une façons de regarder la mort. Envie, haine, tendresse, pitié et compassion, j’en passe et des bien pires de cette grandeur humaine. Et puis, par-dessus tout, leurs reins qui vont. Qui viennent. Se quittent et se retrouvent.
    Tout au fond de la grotte.
    Bien à l’abri des Dieux.
    Et se jouant des hommes. »

    Marilyne Payen, 1° juillet 2017

     

     

     

    J'ai vu la beauté

    J'ai vu la beauté décliner comme si l'émotion elle même était en exil
    J'ai vu là bas en Palestine les vins d'or et les blancs manteaux
    J'ai vu l'ambre violette pénétrer tes poumons
    J'ai vu les fruits les miroirs
    Les chasubles écrasés sous les mûriers morts
    J'ai vu ta peine
    Ta détresse
    Des éclats de lotus descendre sur ta nuque
    J'ai vu ton corps Madeleine crispé contre le Roy
    Cette croix
    Ce cristal
    Les apsides irisées contre les crânes nus
    Dame blanche
    Noli me tangere

    Le soleil est une autre fontaine
    Un séjour bénit d'encre fécondé par ta voix
    Tu fus Marie la Juive
    L'eau de Lune poudreuse émiettée par le ciel
    Tu fut la nervure des siècles
    Chamane druidesse ou femme-cathédrale
    Dame folle
    Noli me tangere

    Je me souviens de toi
    Les lèvres décelées sur un caducée blanc
    Je me souviens ton ombre
    Tes seringues tranchantes empruntées à l'orgasme

    Madeleine mon Isis disloquée

    De la drogue séchée s'effusait dans ton sang
    J'écoutais du Piano
    Rêvant en majesté
    Comme ces Christs fendus s'enfonçant dans tes veines

    Dame coupe
    Ma lumière mouillée

    Noli me tangere

    J'ai entouré tes cuisses de bandelettes fraîches
    Derrière les voiles rouges et presque inachevés
    Tu lisais Trimegistes
    La table des émeraudes
    Ta sueur organique
    Naissance du troisième oeil
    Madeleine
    Ô mémoire
    La moelle de ma chair à l'Orient de ton ange
    Tu étais l’héroïne
    Orgasme malaxé

    Beau calice
    Approche toi un peu

    Les pianos romantiques se mêlent au son de Sax
    Tu inventes un organe
    Pénitente immuable
    Où le Jazz et ton cul transpercent mon désir

    Eternelle

    Des mystères alchimiques trempés dans de l'eau verte

    Je te cherche à présent sous les grottes lubriques
    Pour offrir une fresque à tous les réprouvés
    Rennes-les-Bains et Couiza
    Les flancs du Bugarach
    Mes dunes oubliées

    Dame rousse
    Caresse moi un peu

    Je revois insolent cette tour goudronnée
    Des tableaux un peu punk ornaient ta chambre close
    Une nef
    Un portique
    Quelques gouaches liquides
    Et du café cramé

    Madeleine

    J'aime te voir trop blonde croqué par Hugues Merle
    J'aime ton huile sainte arrosée de semance
    J'aime tout tes parfums
    Tes conciles irréels
    Les râles interminables sous des linceuls râpés

    Poétesse
    Junkie
    Jeune pute assoiffée par la plainte des Dieux

    Mon ivresse
    Ouvre le 7eme sceau

    Tu es partie un soir sous une pluie glissante
    Les rues du vieux Toulouse étaient pleines de craies
    Tu es partie errante serrant un suaire noir
    Le visage endormie et la gorge tranchée

    Dame morte
    Les tombeaux de Lazare
    Dame lasse
    Tu es ressuscitée

    Raphaël Rubio, 1° juillet 2017

     

    La Dame

    Certains l’auraient appelée Coquette, et aussi pécheresse

    Car en l’an un et pour longtemps encore, un esprit libre chez une femme, autrement nommée sorcière ou magicienne, ne pouvait être que le fruit du Malin, un objet de peur et de jalousie pour les hommes, une diablerie passible des flammes du bûcher...

    Mais l’Enseigneur en fit son Elue et l’initia.

    Porteuse de la descendance en son sein/saint Graal, utérus béni, coupe de vie, symbolisée par ce grand V peint par Léonard de Vinci, entre elle et Jésus lors de la dernière Scène, elle remet le Féminin au cœur de la quête d’évolution.

    A ce jour cette quête est au point mort !

    Pâques lui ressuscite son Enseigneur. Il lui apparaît en premier et termine son initiation, au grand dam de toute la clique machiste et sexiste des autres apôtres, nous raconte son évangile longtemps passé sous silence.

    S’ensuivent Ascension et Pentecôte. L’époux, le Bien-Aimé s’en est allé. Seules demeurent la Force et la Lumière de l’Esprit Saint.

    Ainsi habitée, Marie-Madeleine embarque avec les autres Maries. Sans voile et sans rame le vent et les courants poussent le rafiot vers le delta aujourd’hui appelé Camargue.

    Pour garder vivant l’homme crucifié, elles vont porter son verbe d’Arles à Bugarach, où subsiste encore le passage ouvert vers d’autres mondes. Mais, chut, c’est un secret.

    Leur pratique est ardente, animée par le souffle de l’Esprit Saint.

    Point de larmes si ce n’est d’extase.

    La Dame danse avec les fleurs et les animaux lui font escorte.

    A chaque escale elle délivre le message d’Amour à ceux qui ont un cœur pour entendre.

    Proche des Licornes, elle offre la transcendance de l’extase et l’exaltation du don.

    Bienheureuse, elle outre passe la mort pour communier avec son Epoux, et donne à voir la lumière de l’au-delà à travers son regard.

    Son chemin n’est pas un renoncement glacé. Elle offre aux démunis le baume, le miel et le nectar.

    A ceux qui sont prisonniers dans les greniers d’amertume, elle envoie la force des cyclones pour nettoyer leur âme et les faire renaître, tel un archipel vierge surgit des flots.

    Après son passage s’ouvrent comme des jardins secrets où la perfection se donne à voir. Et même si quelques idiots y divaguent à loisir, la poésie en calme les turbulences.

    Et puis même si....même si....., consciente de la cathédrale inachevée, un jour, Marie Madeleine décide de se retirer dans la baume humide, au nord de la froide montagne, pour y retrouver son époux en de secrètes noces.

    Là, ruisselante de larmes d’extase, elle, la Femme choisie, demeura puis s’en fût.

    Michelle Lissillour, le 1er juillet 2017

     

    Texte fondateur de Lionel Parrini

    tiré du recueil Des étoiles et des ellipses, Les Cahiers de l'Égaré 2015

    Je m’appelle
    Je m’appelle n’a aucune importance
    Je viens d’un jardin vigne et cerise 
    J’ai appris à lécher la buée des fenêtres 
    J’ai jeté tous mes cartables et ma raison 
    Je déteste les chemises et les cravates 
    Je me suis construit des rivières autour du cou pour respirer 
    La terre a été ma première maîtresse 
    Mon premier amour, la solitude 
    Je suis simple 
    Comme les cailloux au fond de l’eau 
    Dans la valse et la vase Accessible aux courants 
    Aux sourires des papillons 
    Je m’appelle idiot et j’aime les bêtises
     J’écris des lettres le soir à des morts 
    Je leur dis que je les aime encore 
    Même si, même si… 
    Le miroir ne me trahit pas. 
    J’ai violé mon cœur 
    J’aurais pu faire plus simple 
    On peut écrire avec des pneus 
    Signer la sottise du haut d’une falaise 
    Appartenir 
    Appartenir 
    Je viens d’un jardin vert, rouge, turquoise 
    J’ai dialogué avec un ciel immense 
    Dis, tu as quel âge, toi ? 
    Moi ? Tu parles à moi ?
    La brise s’infiltre dans le seringat et me donne la bise 
    J’ai envie de disparaître dans les arbres 
    Revenir dans les cendres chaudes des feuilles d’acacias 
    Il est beau ton jardin 
    C’est un livre qui pousse et dans lequel je me planque
    Ma philosophie s’appelle cabane 
    J’ai effacé la date 
    Croquer des fèves 
    Cueillir de minuscules tomates
    Rouler la nuit avec des rides 
    Il neige 
    Il pleut 
    Il brille 
    Avant, avant, l’évidence. 
    Je veux que tu saches 
    Je m’appelle n’a aucune importance 
    Je suis un enfant de la vigne-cerise 
    Je n’ai rien d’autre à te léguer 
    Que ces phrases confettis.


    1 / La barque.

    Elle, la barque.
    Elle, debout, dans la barque.
    Au crépuscule, le courant dessine, décide, sans rame où tout cela peut bien recommencer... L’autre vie. L’autre rive. L’autre choix. Ciel immense aux yeux diamants.
    Elle n’a rien ou si peu. « Je parle la dérive à mon cou » se dit-elle. « Le courant peut-il être un frère ? »
    La barque avance, paisible, dans une brise tendre. Ce soir, il n’y a pas de lumière, ce soir les mains dansent sur la peau tremblante. Où atterrir ? Partir les mains sur les hanches en guise de seuls vêtements. Se sentir vulnérable dans l’immensité de l’instable noire. Bien sûr qu’elle a peur mais la langue bouge encore. La langue d’où sort, glisse, le son parfois. La barque aime le murmure des femmes seules qui espèrent des lendemains dociles.
    Elle ouvre la bouche : « à quoi sert la poésie dans le gouffre ou le ver dans la gorge ? » La barque trace, imperturbable, la phrase inachevée : « Je suis faite pour être avalée mais les ténèbres, peut-être, me... »
    Cette femme seule dans la petite barque a le droit de se parler, a le droit de croire à un repli. La foi, c’est fait pour ça. Chants. Vertiges. Mains flottantes sur chair exil.
    « Je prie les cieux de me prendre la bouche. Je veux les branches des arbres dans mon cou. L’humidité dans mon souffle. Le noir dans mes yeux. Les embruns sur mes pieds. »
    La peur n’est pas la douleur.

    Elle, la barque.
    Elle, sur la barque. Elle pénètre, verticale, la brume austère. Se fondre en elle. Devenir elle. Ne plus sentir l’eau. L’entendre. Juste l’entendre. Puis, le bruit râpeux de la coque sur la vase. Il semblerait que la traversée se termine ici. Cris d’oiseaux mystérieux. Le sexe trempé de sueur. « Qu’ai-je fait de mon passé ? Où se niche-t-il ? Suis-je une offrande ? » Le geste fou. Aventureux. Le pied dans l’eau. Chaude. S’enfoncer jusqu’aux chevilles. Esquisse d’un demi-sourire. « Je ne coulerai pas, c’est ce que je dis à mes larmes de joie. Mon sexe s’ouvre un peu. Relâchement. Je marche. Je marche. Sans barque. »


     

    2 / La grotte.

    La nuit ouvre toutes ses portes. La boussole est dans l’instinct. Pieds nus et regards écarlates. Je peux voir la nuit avec ma lune à lèvres. Marcher sur des choses qui craquent, suintent, se dérobent. Mon ventre me dit d’aller là-bas. Le ventre, qui l’écoute ? Quelque chose embrasse ma nuque. Mes seins ont froid. Mes doigts touchent une roche. Grande. Grosse. Chaude. Je me souviens tendrement. Point de bascule. Se cambrer par envie. Ce souvenir me fait glisser et je découvre les ténèbres. Réminiscence étrange d’un frisson fripon. Pas les ténèbres, il s’agit d’une grotte. Mon nid de hasard. Nid ou cercueil. Besoin d’épouser le sol. Être à l’horizontale. Pas avalée par l’eau, le serai-je par le trou ? J’ai faim. J’ai soif. Mes doigts partent à la chasse. Parenthèse élastique. Paupières closes.


     

    3/La passerelle.

    Se laisser traverser par soi-même. L’ongle est une barque miniature. La lune et toutes les lunes vous le diront. J’aime mon goût. Les étoiles aussi. La sueur me rend coquette : paillettes. 1er Juillet 2017, où serai-je ? La peau respire, la peau est libre. Ne pas croire aux rumeurs, aux légendes. L’amour est libre ou ce n’est pas l’amour. Il n’y a pas que l’univers qui soit une énigme. Mon bassin valse, danse, chante. D’où vient cette pluie intérieure ? Les insectes et les animaux me regardent. Jamais, ils ne me dévoreront. Je me dévore toute seule. Briser le puits du silence. Arc-en-ciel. Arc en yeux. La mer joue avec mes lèvres. J’aime cet autre sel. Ces autres vagues. Ni verticale. Ni horizontale. Arc en Corps. Arc en fête. Encore. Que ces fantômes généreux viennent nourrir tous mes orifices !
    Ni la mer, ni la forêt, ni la grotte ne m’ont avalée mais moi, moi, la petite femme seule dans la petite barque avec mon petit ventre, j’ai avalé toute l’histoire.

    (Et je marche. Je marche. Avec sourire).

    Lionel Parrini, 1° juillet 2017

     

    texte fondateur de Moni Grego

    L’INTERNATIONALE

    Paroles Eugène Pottier

    Musique Pierre Degeyter

     

    Debout, les damnés de la terre

    Debout, les forçats de la faim

    La raison tonne en son cratère,

    C'est l'éruption de la faim.

    Du passé faisons table rase,

    Foule esclave, debout, debout

    Le monde va changer de base,

    Nous ne sommes rien, soyons tout.

     

    Il n'est pas de sauveurs suprêmes

    Ni Dieu, ni César, ni Tribun,

    Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes

    Décrétons le salut commun.

    Pour que le voleur rende gorge,

    Pour tirer l'esprit du cachot,

    Soufflons nous-mêmes notre forge,

    Battons le fer tant qu'il est chaud.

     

    L'État comprime et la Loi triche,

    L'impôt saigne le malheureux ;

    Nul devoir ne s'impose au riche ;

    Le droit du pauvre est un mot creux

    C'est assez languir en tutelle,

    L'Égalité veut d'autres lois ;

    «Pas de droits sans devoirs, dit-elle

    Égaux pas de devoirs sans droits.»

     

    Hideux dans leur apothéose,

    Les rois de la mine et du rail

    Ont-ils jamais fait autre chose

    Que dévaliser le travail ?

    Dans les coffres-forts de la banque

    Ce qu'il a crée s'est fondu,

    En décrétant qu'on le lui rende,

    Le peuple ne veut que son dû.

     

    Les rois nous soulaient de fumée,

    Paix entre nous, guerre aux Tyrans

    Appliquons la grève aux armées,

    Crosse en l'air et rompons les rangs !

    S'ils s'obstinent ces cannibales

    À faire de nous des héros,

    Ils sauront bientôt que nos balles

    Sont pour nos propres généraux.

     

    Ouvriers, paysans, nous sommes

    Le grand parti des travailleurs,

    La terre n'appartient qu'aux hommes,

    L'oisif ira loger ailleurs.

    Combien de nos chairs se repaissent !

    Mais si les corbeaux, les vautours,

    Un de ces matins disparaissent,

    Le soleil brillera toujours.

     

    Refrain (répété deux fois)

    C'est la lutte finale ;

    Groupons nous et demain

    L'Internationale

    Sera le genre humain.

     

    1 – MADELEINE, UNE FEMME DE RIEN

    La mer.

    Elle – Bonjour Monsieur, pouvez-vous me dire ce que je fais là ?

    Lui – Vous êtes en garde à vue, Madame. C’est nous qui posons les questions. Vous, vous pouvez ne pas répondre, c’est votre droit c’est dans la loi, mais je ne vous le conseille pas…

    Elle – Je ne connais pas ce monsieur…

    Lui – Oui c’est votre avocat commis d’office. Vous êtes une ayant droit à l’aide judiciaire aux indigents.

    Elle – Merci. C’est très aimable à vous. Que voulez-vous de moi ?

    Lui – Ben… On vous a retrouvée sur une page… heu… sur une plage… Les gens vous croyaient morte, et puis non…

    Elle – Je suis dans un drôle d’état Monsieur, je regrette d’être là, je regrette le chant des sirènes, les récits de la guerre de Troie, des guerres de Palestine, de toutes celles qui depuis des temps ancestraux et des pays innombrables, ont foutu à la mer des tas de corps pleins d’âmes. Vous n’auriez pas dû me réveiller. La mer m’avait engloutie et j’étais bien avec Ulysse, Don Quichotte, Virginia Woolf, Frantz Fanon, Ophélie, Pier Paolo Pasolini… Je flottais, heureuse là où plus rien ne pouvait me dire qui je suis.

    Lui – Vous vous souvenez de quoi d’autre ?

    Elle – Je me souviens juste que quelque chose voulait me dire quelque chose…

    Lui – Quelque chose ? Quelque chose ? Vous voulez dire quelqu’un ?

    Elle – Non, quelque chose, quelque chose, de l’autre côté…

    Lui – Je suis désolé… Il n’y a pas d’autre côté…

    Elle – Mais si, mais si, et c’est bien ça qui m’encombre…

    Lui – Qui vous encombre ?

    Elle – Oui, je ne suis plus sûre de qui j’étais avant…

    Lui – Avant quoi ?

    Elle – Avant que je sois ici, dans ce commissariat des Champs-Élysées… Vous êtes si joli, Monsieur l’inspecteur. Je me sens toute retournée rien que par vos yeux, comme sous l’étreinte d’un certain barbu au cœur tendre, ce monsieur Iscariote dont la trique me tenait en haut de… loin… aux sommets de toute illusion amoureuse, comme jamais. Et pourtant j’en ai eu des orgasmes, des énormes, des petits, des tout petits, des lumineux, des cosmiques, des tendres, des sonores, des mouillés, des rapides, des très longs, des vifs, des ayuverdiques, des catholiques, des musulmans, des visionnaires, des musicaux, des rigolos, des poétiques, des politiques, des sans issue, des renouvelés, des inventifs, des ciselés, des puissants, des fous…

    Lui – … D’accord, d’acccord, vous êtes bienheureuse d’avoir tout oublié de votre malheur, mais qui étaient les trafiquants, qui ?

    Elle – Je ne vois pas de qui vous parlez…

    Lui – De ceux que vous avez payés pour obtenir des papiers… Vous aviez sur vous des papiers : Madame Madeleine de La Coquette, écrivain, domiciliée à Toulon… Née le…

    Elle – … Première nouvelle. Je ne sais pas lire.

    *

    2 – MADELEINE UNE FEMME DE RIEN

    La grotte.

    MADELEINE – Pèlerins de Saint-Jacques et de notre galaxie, vous me voyez ici dans toute l’étendue de ma déconfiture. Ce drôle d’olibrius que tout le monde connaît depuis des millénaires, m’a fait croire en l’amour absolu et j’y ai cru et je sais qu’il existe. Mais où ? Lui il en a écrit là-dessus, il en a parlé, il en a même fait un best-seller. Ah pour la parlotte publique ça y allait, et tous ses fans qui buvaient ses paroles, et ceux qui n’arrêtaient pas de prendre des notes… Que de bla-bla !… Mais au pieu et à la maison… que nib ! Comme je lui rappelais que tout ce qu’il m’avait promis : « Rien que toi, toujours toi, encore toi, dans la vie… pour les siècles des siècles ad vitam æternam… », c’était rien que de la gnognote, ça le dérangeait. Et v’là-t’y pas qu’il me frappait quand il avait trop bu avec ses douze potes. Voilà pourquoi je me suis barrée… Je suis partie loin de lui vers n’importe où.

    J’ai fini par arriver dans ce lieu hors du monde qu’est la Sainte-Baume. Il faisait nuit, j’ai grimpé dans un sentier de chèvres vers le sommet de la montagne. À mi-chemin du sommet, je n’avais pas trente ans, j’ai trouvé cette grotte inhospitalière, humide. Elle m’a fait peur. J’ai pensé un moment à redescendre jusqu’au monastère où les frères m’auraient accueillie. Mais déjà je m’étais fixé un certain nombre de lignes de conduite afin de ne pas retomber dans les mêmes pièges, dans les mêmes trous de désespoir amoureux. Et l’un de ces principes était, par exemple, « Combattre la peur ». Oui, la peur, ce grand poignard planté dans tout désir… La première peur de cette ombre, de cette humidité, de cette solitude n’était pas grand-chose au fond, la peur de manquer, non plus. En l’absence d’amour absolu, loin de tout, que pouvais-je faire de mieux que viser à m’élever ? Quand il n’y a plus personne pour vous serrer dans ses bras, pour vous dire : « Je t’aime. Ma préférée entre toutes les femmes, c’est toi ! », que devenir d’autre qu’une illusion, un polichinelle désérotisé, une supercherie thérapeutique ? Je les connais les hommes, ils préfèrent, presque tous, une baudruche qui acceptera de la fermer, à un être vivant, perdu dans le désert des civilités bienséantes et pour lequel le moindre geste d’amour vrai qu’ils feraient serait une révélation, un accès concret au réel de sa féminité chancelante.

    La grotte, j’ai fini par lui ressembler, intouchable, indésirable, salie, interdite à l’amour vrai, ce cadeau, cet accès exceptionnel du non-être à de l’être… Mais qu’est-ce que je raconte ?…

    Moi, je ne m’élève, pestiférée, puante, dégoûtante, que pour éviter la jouissance puérile de ces hommes du siècle. Eux qui, désireux de ne pas, une fois de plus, se coltiner cette ancestrale demande de lumière qu’ils croient ne pas pouvoir satisfaire, s’en vont vers le néant du sexe ou vers des cristallisations figées dans la domination, la consommation, la consumation passionnelle… Toutes choses qui n’ont qu’un temps et s’envolent toujours, après usure, vers d’autres proies, d’autres corps esclavagisés, ad libitum

    Ne vous inquiétez pas pour moi. Je ne suis rien qu’une fille de rien. Rien de bon ne peut plus m’arriver. Rien… C’est quand rien ne va plus, que tout va bien. Ça va. Ça !... Ça ira…

    La plupart du temps je ne pense à rien. C’est impossible ? Non ! L’unité pure de mon être est devenue une sorte d’enchevêtrement sauvage d’une intériorité bazardée, déchiquetée, poignardée, souillée de mille gestes initiés par un mépris venu de loin, innocent et agissant. Avec aussi, malgré tout, la beauté éphémère de certains de ces gestes surgis de ces mains d’hommes anciens, incultes du féminin, qui ne savent pas, et ne veulent rien savoir, encore. Pourtant, de la beauté avance, absolument, dans le silence. Cette beauté réveillera les morts qui gisent en vous, en nous les vivants saccagés.

    La grotte de Madeleine est si facile d’accès. Venez voir ce que vous voyez sans savoir le voir. Allez, l’entrée est libre… Après vous, les damnés de la terre.

    *

    3 – MADELEINE, UNE FEMME DE RIEN

    L’amour sublime.

    « Erunt uno in carne una. » « Et ils ne firent qu’une seule chair. » Oui, leurs étreintes étaient un défi aux lois de la gravitation, à ce que la nature définit comme l’unité de chaque être. Leur amour les avait rendus plus proches que des jumeaux. Ce qui faisait jouir la chair de l’un était aussi une jouissance pour la chair de l’autre. Ce qui blessait l’un, blessait l’autre immédiatement. L’alchimie de noces d’or qui avait rapproché leurs corps les rendait invincibles. Comme des jumeaux stellaires, mais si différents, elle et lui allaient dans le monde, liés à jamais par la lumière, la vibration de la matière éternelle. Rien de ce que faisait l’un ne pouvait abîmer l’autre et, au contraire, cet amour absolu qui leur avait été donné on ne sait comment, dans les éclats de rire et de soleil de la Sainte-Baume, ne leur était que don prodigieux, émerveillement, miracle !

    Comme si tout ça qu’on nous apprend, qui nous pèse tant… on était là pour, peut-être, en faire quelque chose d’autre, quelque chose qui serait un peu plus léger, vivable, vrai… pour traverser des après moins rudes.

    Je me souviens, mais je ne le voudrais pas, d’un certain voyage. Maudit voyage. Un voyage fluvial, une nuit terrible de lèvres déchiquetées, de trésors de pacotille, de corps en lambeaux, d’une séparation brutale, qui fit que tout fut voué à la mort. Un Invité de Pierre s’éleva. Le fleuve se dirigeait vers la mer, mais la chaleur devenait telle que ce Commandeur lança une sorte de sollicitation à devancer l’appel pour griller, le plus tôt possible, corps et âmes et souvenirs, dans la géante qu’allait devenir notre soleil, puis dans la naine qui succèderait à cette géante que fut l’astre suprême. Là seraient enfin accomplis les désirs secrets de nos urnes démocratiques : être enfin tous mêlés, mixés… le Roi Soleil avec Fantine, les pharaons momifiés et les cadavres de Pompéï, le vieil azur, la licorne et sa dame, la mer toujours recommencée, salopée à jamais maintenant, pourrissante, faisandée par tous les corps migrants partiellement dévorés. Aubaine pour les poissons, ces salopards qui font ventre de tout, viandes rongées par les crabes, les rascasses, et même les majestueux hippocampes ces salopiots, élégants décortiqueurs, rats rongeurs de nos profondeurs.

    Ô sainte Humanité, enfin unifiée dans l’amour fou de la matière céleste et divine, joliment engloutie dans le prochain brasier solaire. Gloire à la fin de l’homme, cette gifle à la vie, enfin matée… Cendres et poussières, laves de feu. Magma qui n’en a plus rien à foutre du boson de Higgs. Les uns dans les autres à jamais hommes ardents et femmes ardentes : Léonard de Vinci et Jean-Luc Godard, Marilyn Monroe et Rachida Dati… Gilles Deleuze et Pauline Carton, William Shakespeare et Lolo Ferrari, Marguerite Duras et Marc-Olivier Faugiel, Dominique Strauss-Kahn et Camille Claudel, Yourcenar et Bigard, Hitler et Anne Frank, Sigmund Freud et Onfray, Bardot et Picasso… Etc. etc. Oui bien niqué le boson de Higgs.

     

    Moni Grégo

    *

    Écriture à La Coquette de Toulon, sous la direction de Jean-Claude Grosse, pour L’Été du Léthé du 1er juillet, aux côtés de Fabienne Ashraf, Isabelle Barthélémy, Marilyne Brunet, Sylvie Combe, Christian Darvey, Yves Ferry, Michelle Lissilour, Éric Méridiano, Lionel Parrini, Wianney Qolltan, Raphaël Rubio, Pauline Tanon.

     

     

    texte fondateur de Wianney Qoltann'

     

     

    Autocorrection

     

    1

     

    Andante

     

    solo : Ce matin/c’est décidé/je procède à mon arrestation.

    chœur : Cellule/

    solo : Microcellule/

    chœur : Espace space désolé

     

    solo : Vais-je m’enfuir de

    chœur : dès que dès que

    solo : dès que j’aurai le dos tourné ?

    chœur : Envoyez la pub !

     

    2

     

    andante

     

    solo : Ces derniers temps/

    chœur : temps

    solo : Ces derniers

    chœur : temps

    solo : les choses se

    chœur : temps

    solo : se sont préci

    chœur : temps

    solo : pitées :

    chœur : temps

    solo : ça prend une

    chœur : temps

    solo : tournure qui n’me plaît pas

    chœur :(sur le souffle, crescendo) hha hha hhha hhhha

    solo : du tout

    chœur : temps

     

    3

     

    andante

     

    chœur : /sortie d’cellul’/

    solo : nnnan!

     

    chœur : Repas

    solo (sur le souffle) : hha

    chœur : végétatifs

    solo : /beurk

    chœur : bio é-thik et tictactictac//

    solo : plant’ j’deviens une

    chœur : plante

    solo : une

    chœur : plante

     

    chœur : onz’ centimètr’ddouz centimètr’ treiz’

    solo : nnnan

    choeur : grève.

     

    adagio lento

     

    solo : plant’

    choeur : figggée

    solo : plant’

    choeur : figggée

     

    solo : ppll

    choeur : fi/gée

     

    4

     

    andante, martelato

     

    solo : lors/de/

    chœur : ab

    solo : lors/de/ mon/

    chœur : ab

    solo : dernier entretien/

    chœur : ego-ego-ïne

    solo : j’me suis trouvé

    chœur : ab

    solo : ab

    chœur : absent

     

    comme une valse :

     

    solo : j’ai posé la têt’

    chœur : à côté du rest’

    solo : pour penser de loin

    chœur : ego-ego-ïne

    solo : j’sais plus où j’en suis

    chœur : troubl/G-P-S

     

    solo : J’ai/ enga

    choeur : j’ai/

    solo : enga

    chœur : j’ai/

    solo : enga

    chœur : j’ai enga

    solo : j’ai

    chœur : des poursuit’ à mon encontre 

     

    solo : j’ai/

    chœur : comment

    solo : j’ai

    chœur (riforzando) : j’ai commen

    solo : j’ai/

    chœur : comment c’est

    solo : j’ai commencé/

    chœur : comment cesser

    solo : commencé/

    chœur : à me laisser

    solo : des indices/

    chœur : unpeupar-

    solo : -tout

     

    lento

     

    solo: Traces de pas

    chœur : traces pas

    solo : tâch’ de sang

    chœur : tâch’ sang

    solo : trrash

     

    andante

     

    solo : Jje/ n’m’attends

    chœur  : je n’m’attendais pas

    solo : at ten dais

    chœur  : à re

    solo : à me re-naîtr’

    chœur  : à me reconnaîtr’

    solo : mais j’espérais

    chœur : mais j’errais

    solo : entre chien et raie....

     

    solo : Jje/ n’m’attends

    chœur : je n’m’attendais pas

    solo : at ten dais

    chœur : à re

    solo : à me re-naîtr’

    chœur : à me reconnaîtr’

    solo : mais j’espérais

    chœur (sforzando) : une sssort’ /

    solo : sssortie d’secours

    chœur : ssortie d’ce cous-cous

    solo : une rédemptiooooonnn------ (son osseux, laisser vibrer)

     

    5

     

    lento, en faisant bien ressortir les contrastes sonores

     

    Forte

     

    solo : ttrrrremblement de

    chœur  (sotto voce): cccoooorps------- (laisser vibrer)

     

    Mezzo forte, comme un écho lointain de ce qui précède

     

    solo : quinz centimètr’

    chœur : seiz’

     

    Forte

     

    solo : trembbbbleument de

    chœur : cooorps--------- (laisser vibrer)

     

    Mezzo forte, comme un écho lointain de ce qui précède

     

    solo : seiz’ centimètr’

    chœur : quinz’

     

    Forte, en respectant scrupuleusement les accents

     

    solo : tremblement

    chœur : tremblement de

     

    solo : tremblement

    chœur : tremblement de

    solo : seiz’ centimètr’

    chœur : seiz’

    solo : animal

    chœur : mâle

     

    6

     

    tango tranquillo

     

    solo : Jje

    chœur : re/fujj

    solo : jje mm

    chœur : bbleub/ bleub

    solo : jje mm

    chœur : bbleubbleub

    solo : bois la tass’/

    chœur : refujj

    solo : bois la dans une

    chœur : tass’/

    solo : / piscin’à

    chœur : bbleubb tass

    solo (riforzando) : vagues

     

    legato

     

    chœur : planq’

    solo : artifis’

    chœur : planq’

    solo : artifis’

    chœur : ciel/ cccomme un

    solo : ccoma ccomm’

    chœur : homme éthiliqqq’ tout éqqqui

     

    7

     

    a poco a poco rallentando

     

    solo : Jje m’suis collé contr’

    chœur : un

    solo : collé

    chœur (ritenuto) : un contr’

    solo (simile) : un

     

    accelerando:

     

    solo : Jje m’suis collé contr’

    chœur : contre un avis

    solo : m’suis collé un

    chœur : contraint forcé

    solo : avis d’recherch’ ch ch ch ch

     

    comme un echo, rubato

     

    chœur : Qui-est-elle/ 

    solo : et moi je ?

     

    andante

     

    piano à forte (<):

     

    solo : Jje m’suis collé

    chœur : ddans’l’dos

    solo : contraint

    chœur : ddans l’hypothèz’

    solo : collé un avis

    chœur : aid’rait/

     

    mezzo piano à fortissimo (<), de plus en plus animé

     

    chœur : un avis d’recherch’

    solo : qui coll’ à

    chœur : la peau

    solo : ma disparition

     

    solo : je me gliss’/ le long d’la colonn’

    chœur : totem/

    solo : /je me plaq’/

    chœur : totem miné

    solo : néalogiq

    chœur : à feuill’ caduq’

     

    solo : déni

    chœur : logiq’

    solo : en devenir

    chœur :ant/

    solo : translucid’

    chœur : vivant/

    solo : nnnan

    chœur : coupable !

     

    8

     

    andante

     

    solo (timbre medium)  : D’une main/

    (timbre grave): je me menote

    chœur (medium) : Main (grave)me mememe me mememememe (medium) d’une main

    solo (aigu) : De l’autr’/

    (medium): je me dododododonne

    chœur (grave) : dde l’autr’

    solo (medium) : un coup d’main

    chœur : Gaaaaard’ à vue !

     

    9

     

    vivace

     

    solo : Je m’enferme dans ma chambre à air à double tour

    chœur : et je me tourne autour en appelant au s’cours

     

    solo : Je ne parviens pas à m’entendre

    quasi seulement mouvement des lèvres, seuls les accents s’échappent :

    Je ne parviens pas à m’entendre

    +chœur : Je tetete t’a te te ttends

     

    chœur: trent’centimètr

    solo : tour d’ivoir’

    chœur : trent’centimètr trent’

    solo : Je me perds

    chœur : labo labyrinth’

    solo : en pleine mer

    chœur : labo labyrinth’

    solo : placentair’

     

    10

     

    allegro

     

    chœur : Je me cale

    solo : dans une boxe

    chœur : je m’accuse: /

    solo : / je n’étais pas quand c’est arrivé mais

    chœur : quand c’est arrivé ? //

    solo : /je n’étais pas quand c’est arrivé

    chœur : comment c’est arrivé?

     

    chœur : quarant’ centimètr’ zéro-zéro-zéro/

    solo : Mon enfance est sans histoir’

    chœur : Dossier/

    solo : parents/

    chœur (sforzando) : dossier parents dossier perdu dossier parent perdu/

    solo (meno forte) : /Mon enfance est sans est sans histoir’/

    chœur (sforzando) : mes parents n’ont p’ n’ont pas de mémoir’/

    solo : / J’aurais quand mêm’ pu m’éviter

     

    11

     

    allegro

     

    solo: Je me livr’à ma justice

    chœur : je me bbaaaa(hh)ts/

    solo : Je me cite à

    chœur (sforzando) : à la bbarr’/

    solo (ordinario) : je me cit’à comparaître

    chœur : je me bbaarr’

     

    solo : ce non act’/

    chœur (sotto voce) : à la fois/

    solo (ordinario) : je me cite à

    chœur : était à la fois horribl’/

    solo (sotto voce) : à la fois/

    chœur (ordinario) : horribl’ et indispensable

    solo (sforzando) : je me cit’

    chœur (sotto voce) : à la fois----

     

    solo : /je n’sais pas pourquoi j’me dis tout ça puisque je n’mécout’pas

     

    12

     

    andante

     

    solo: excroissanc’/

    chœur : la pt’tit’ bêt’ qui

    solo : plaint’ contr’ X/

    chœur : contr’/

    solo : //naissanc’sous XXL (Laisser vibrer.)

     

    legato, un poco più tranquillo

     

    solo(tremolo) : paaasser une grande partie d’sa vie

    chœur (piano) : paaasser/

    solo (ordinario) : à défair’ ce qu’on n’a pas construit/

    chœur : fin d’citation

     

    13

     

    vivace

     

    solo : mmmontée/ des eaux/

    chœur : fffuit’/

    solo : liquid’ amnio

    chœur : tic tac tic tac

    solo : // réflexion anar à la Narciss’

    chœur : tac tic tac/

    solo : /qu’est ce que j’vais dev’nir quand j’s’rai plus là ?

     

    chœur : contr’ action/

    solo : aïe !

    chœur : tac tic tac

    solo : goulot d’é

    chœur : fffuit’/

    solo : du haut du totem

    chœur : invisibl’/

    solo : je me jett’

    chœur : tic

    solo : dans l’antinatur’

    chœur : ffuit’

    solo : chut

    chœur : ffuit’

    solo : escalad’

    chœur : disparaîtr

    solo : invz viz zi (morendo:)

    chœur : bl

    solo : bl

    chœur : bl

    solo : bl

    chœur : ble ad libitum

    solo : ble

    chœur : ble

    solo : bleu

    chœur : bleu

    solo : bleu....

     

    Coda

     

    Hors du temps, d’une voix blanche :

     

    solo : Y a-t-il une vie après la nuit ?

     

    chœur (voix décalées, en canon) : Le médecin légiste confirmera.

     

    silenzio assoluto

    texte de Wianney Qoltann'

    Naufrage ?

    Partie 1

    ... la douleur, la peur, Elvire, la douleur, la peur, Elvire, alitée : flagrant des lits, la douleur, la peur, l’horreur, la douleur, Elvire, alitée, la douleur, délires, réel : flagrant délit : la douleur, sale mine, mal : termite : mal-termite : broyeur, vide, rongeur, rapide, rageur, vengeur, y a erreur, erreur sur la victime, acide aminé, incident miné, mine de plomb acariâtre, verdâtre, rageur, vengeur, y a erreur sur la victime, sur la victime, erreur sur la victime, victime, y a erreur sûr, la victime, la douleur, la peur, l’horreur, y a erreur, sûr, erreur sur la victime, virale,erreur virale sûre, la victime, rassure pas, la victime, y a erreur, y a effroi, la douleur, mal : termite, mal-termite : broyeur, vide, rongeur, mine de plomb acariâtre, étau qui broie, étau étroit, étau, qui broie, toqué, fou, qui broie, qui broie, toqué, qui broie, toqué, broie, broie, broie, du noir, noir, intense, intense, noir intense, sentiment castré, déglingué, dégingandé, plus rien, rien, du noir, broie, du noir, noir, du noir, noir , noir , noir, intense, sentiment abîmé, noyé, castré, noyé, noyé, castré, limé, éliminé, mal mené, miné, né, et mort, mené par le bout du mal, malmené par le mal : termite, mal-termite, paterne pas terminé, termite, mite, imite acide, crée du vide, rongeur, rageur, vengeur, vengeur...de quoi ? vengeur de quoi ? mangeur de couenne, mal : rongeur, rapide, rageur, vengeur, y a erreur sur la victime, y a abîme, mal : acide à miner, sévices animés, vice miné, vissé, service compris, sévices complets, vices accomplis, mal qui prive, Elvire qui prend, Elvire qui rend, mal qui prive, vices et complices, vices sans polices, sans contrinventions, en contrat d’insertion, contraint à l’insertion, à l’encontre, contre, contre, contre, contre, con, la tête contre, les murs, contre, les murs, en contrat d’insertion, contraint à l’abandon, à l’encontre, contre, vices, sévices : mal qui prive, mal compris, y a erreur sur la personne, y a Elvire qui détonne, qui délire, qui, qui, qui , qui , qui , qui ? Y a Elvire qui soupire, pire, y a Elvire, qui, au pire, pire, condamnée à errer, y a erreur sur l’ermite, mal : mal-termite, termite mâle, broyeur, termine pas, broyeur, acide, termite, mite, imite acide, rongeur, acide aminé, suicide a miner, animé par subside, insecte acide, mal : acarien, rongeur, attaque sans limite, flagrant délit, délices en friche : compte en Suisse, mal- termite, broyeur, termine pas, Elvire : ermite, ermite dans sa douleur, termine mal, mal en profondeur, fondue dans l’horreur, mal-en-odeur, couleur pâle, vermifuge, refuge néant, refus sans, refus lent, inexistant, inconscience suspendue, absence interdite, dite facile, improbable, miracle raté in extremis, Elvire, odeur rance, souffrances, souffles courts, hymne à l’amour, à l’obéissance, secours figé, oublié, frelaté, discours inutiles, débits débiles, hymne à la mort, pas encore, Elvire, souffle court, couleur grise, mine, grise mine, plomb, Elvire, ermite, ermite dans ta douleur, couleur pâle, termine mal, mal-en-odeur, rance, grise, mine, plomb, grise, plomb, mal : frayeur, termite, rongeur, extermine, mal, frayeur, terreur, terreur, terreur, y a erreur sur elle, Elvire, toi, seule, ermite, mal au corps, mal : dévore, encore, encore , encore , encore, mal au coeur, la douleur, Elvire, les leurres, les leurs : passent, les leurs : riens, passent, la douleur : impasse, la douleur : impasse, les heurts, les heures passent, passent, passent, passent, les leurs, les leurs, les leurs, il est l’heure, pas encore, pas, pas, pas, les heurs, les leurres, les douleurs, déflore, dévore, tu dors mal, tu dors pâle, en mal, mal d’aurore, mal : termite, écrasement, fureur : même pas, place vide, regards : vides, vie : vide, expressions rares, vie vide, livide, expressions rares, sourires hagards, faibles, à peine visibles, filaments blancs transparents, parenthèse vide, parents terribles, enterrée, pas encore, par intérim, et encore, mal : dévore, expressions rares, sourires hagards, à peine visibles, parents absents, fils coupés, fille-ermite, je suis là, je suis là, Elvire, y a erreur sur le regard : fil vitreux, livide, creux, sans vie, sans intrigue (intrigue pourtant), toi Elvire, seule, je suis là, presque seule, Elvire, sourire vide, y a erreur sur la candeur, (grandeur pour tant), fièvre, mal a dit : « encore », mal a dit « errance », elle a dit : « d’accord », elle a dit : « mal », j’ai « mal » , elle a dit peu, et : presque rien, quoi- ?tu veux quoi- ? elle a dit : « rien », elle a dit : « rien », elle a rien dit, elle a dit « peux », « peux plus », dis, dis, dis, dis : encore, dis, encore, Elvire, elle a dit « rien », peut plus, rêve plus, cyanure elle rêve, tente pas, pas encore, veut pas, peur, mort, pas encore, pas l’odeur de cadavre, pas exquis le cadavre, pas franchie la muraille, le braille de la mort, la langue des signes isolés, l’insupport, le geste décisif, incisif, perdu, fou, feu follet intrépide et vif, pas encore, feu follet, geste impudique, trop d’efforts, Elvire, sur son lit, vide, pas encore, trop d’efforts, Elvire, sur son lit, le lit d’eau, stagnante, coule pas, à flots, de larmes, coule pas, à flots, à ras bords, lit tranquille, île flottante, parodie menaçante, paradis, paradis, rêve,

    Partie 2

    Soudain, Elvire, sourit, là, je rêve, Elvire,sourit, sourit, va, paradis, dit possible, encore, paradis, dit possible, Elvire dit : « peut-être », elle dit : « peut naître », un souffle, peut n’être qu’un instant (peut être pourtant), peut être reposant, printemps : Elvire née sans, là : printemps naissant, Elvire mal reçue, mal sans interdit, brisures, là pourtant sens naissant, portant espérance, douceur latente, apparente, luminescente, chance en puissance, Elvire, née avec sans, avec sens interdits, sang figé, dépareillé, ignifugé, là : printemps, un instant, espoir naissant, pour tant, peut n’être qu’un instant (peut être pourtant), espoir naissant, non muselé, souffle court, long cours vers vie, court vers vie, long cours vers vie, vers vie, vers vie, cours vers vie, long cours, souffle long, long vers, long vers vie, cours vers vie, rivière limpide, course lente vers l’essence, peut n’être qu’un instant (peut-être pourtant), printemps (peut-être vraiment peut être), peut être souffle lent, lent, s’éloigne du couchant, lent, marche à l’ombre puis vers rayon vert, atteint le rayon vert, le vert lumière, à toi, Elvire, l’indicible rayon vert, à toi, un instant (peut être vraiment), le vert lumière, l’onde file vers le rayon vert, entre ciel et mer, aux confins des univers, des univers étirés, allongés, offerts, étirés, allongés, illimités, donnés pour tant donner (pourtant), désirés depuis... des années depuis...des années depuis...des années de larmes sèches, là enfin à portée d’espoir, là : rivière limpide, course lente vers l’essence, cours moussu glissant vers renaissance, idée d’aller mieux, d’aller /peut aller peu mais/peut aller mieux, mieux, mieux, aller mieux, faire mine d’aller mieux, faire semblant de passer du gris au blanc, du blanc au rose, du rose à l’opale, au doré, au hâlé, mieux, absence tout d’un coup de douleurs, d’étaux, être capable d’aller, d’aller, marcher, marcher, Elvire, nager, entre deux aubes, entre autres temps, là, éperdument abandonnée, donnée au souffle, au rayon vert, donnée, à la beauté, capable de s’émerveiller pour des prunes, pour des dunes de sels dorés, des auréoles boréales, des aurores idéales, des alignements mythiques d’arbres au vert Cythère, là, te baigner dans la sphère, outremer, outreterre, vite animée, vitaminée, Elvire, sourit, à moi, sourit, à moi, moi sans douleur, Elvire, sourit, à moi : Larry, Elvire, heureuse, miracle, heureuse elle a ri elle a ri elle a ri : «elle arrive elle arrive elle arrive, Larry, elle arrive Larry Larry Larry Larry elle arrive la rive la rivière la rivière la rivière la rivière hier hier hier l’enfer hier l’enfer hier l’enfer : l’infect, là : la rivière la rivière la rivière » oui, Elvire, doucement, Elvire, doucement, Elvire (prends ton temps), ton temps (prends ton temps), la rivière la rivière la rivière elle arrive elle arrive elle arrive, Elvire, la rivière, elle arrive, vers toi, vertige, attends, elle arrive, respire, Elvire, pas trop vite, ça tangue, Elvire, ça tangue, tangage, tangage, tangage, tangage, t’engage pas, t’engage pas, pas trop vite, Elvire, pas trop vite, la vie pas trop vite, la vie, ça tangue, ça tangue, ça tangue, prends ton temps d’oublier : la douleur, prends ton temps d’oublier : la douleur la douleur, prends ton temps d’oublier t’engage pas, les restes : la douleur, le mal, on verra , les bagages : on verra, les restes, les bagages : les orages, les rages : on verra les rages : on verra, les rages : on verra, les bagages... t’engage pas, sage sage sage sage reste sage respire, Elvire, respire, tantage, tangage, t’engage pas, Elvire, t’engage pas,

    Partie 3

    soudain : virage, tapage : retournée, barque : retournée, barque retournée ! retourne retourne retourne retourne tourne retourne tourne tourne retourne toi, plus vite, retourne, toi, plus vite, plus vite, toi, plus vite , plus vite , plus vite, vite , vite , vite , vite, plus vite, vite, vite, vite , vite vite vite vite vitevitevite vis vis vis vis vis vis, Elvire, vis, Elvire, regarde, rivage, regarde, rivage, courage, Elvire, rivage, corps étalé, ton corps étalé sur rivage, étalé sûr, rivage, étalé, Elvire, respire, ton corps : est allé sur rivage, allez, respire, Elvire, respire, reste, reste, reste, reste, vis, vis, vis, allez, vis, respire, vis, respire, vis, Elvire, Elvire, allez, respire, vis, Elvire, allez, respire, respire, je t’aime, Elvire, je t’aime, Elvire, vis, respire, courage, allez, laisse pas, m’laisse pas, m’laisse pas, m’laisse pas tomber, tombe pas , tombe : trop tôt, m’laisse pas, Elvire, m’laisse pas, vis, vis, Elvire, m’laisse pas, m’laisse pas, tombe trop tôt, m’laisse pas tomber, je t’aime, Elvire, je t’aime, Elvire, elle elle elle ellelleelleelle elle est belle elle elle elle est elle est elle est elle est elle est..., pas partir, elle est, allez, vis, pas partir, pas, pas partir, pas partir, Elvire, allez, vis, respire, vis, respire, allez, allez, elle est, elle est, elle est, elle, elle, elle, elle est, respire, allez, vis, pas partir, je t’aime, elle est, vis, souviens-toi, vis, souviens-toi, vis, souviens-toi, et moi, émoi, émoi, souviens-toi, émois, seuls, à deux, courage, souviens-toi, à deux, les yeux bleus, à deux, les enfants, beaux, blonds, feux, à deux, m’laisse pas, je sème, je sème, je t’aime, Elvire, rêve, respire, courage, te rends pas, accroche-toi, et moi, rêve, encore, accroche, toi, et moi, seuls à deux, le désert : autour, la paix : aux corps : les caresses, les envies, vis, les enfants, les sourires, les désirs, aux corps, au secours, accroche-toi et moi, encore, juste un peu (pour tant) effort, pour eux, pour nous, pour toi, pour vivre, pour voir, pour croire, pour apprendre, pour souffrir, pour rêver, pour sentir, pour comprendre, pour savoir, pour l’espoir, perle d’espoir, perle d’espoir, pas perdre espoir (pour tant), pas perdre, pas, pas, pas pas pas pas pas pas pas, pas quitter, pas quitter, je t’aime, je rêve, je suis là, là, je suis là, là, là, là, je suis là, je suis las , je suis las , las las las las, aidez-la, aidez-la, des mots, des bras, aidez-la, au delà des entailles, des brûlures : déchirures, du mal : termite, Elvire, pars, pars, pars, pars, si tu veux, pars, si tu veux, pars, tu ne veux pas, tu ne veux pas, tu vis ! tu vis ! je t’aime, maintenant : c’est vivant, c’est du vent, des vagues, des souvenirs : vagues (pourtant), des souvenirs, c’est vivant, je t’aime, c’est vivant, c’est du vent, je pleure, je vis, je meurs, je vis, pars, reste, comme tu veux, c’est vivant, reste, pars, comme tu veux, c’est vivant, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime...

    Naufrage ?

    Triptyque pour un personnage  : Harry

    Décor : libre, voire rien

    Silence entre chaque partie

    Wianney Qolltan’

    « Laissez passer »

    texte de Pauline Tanon

     

    Extrait d’un poème inédit d’Armand GATTI :

    pierres

    de grande mer peuplant les géographies enfantines

    elles ne servent à marquer ni le nord

    ni le sud

    elles ne font point signe

    aux bateaux en souffrance

    elles échappent aux manuels scolaires

    Lorsque couvertes par le sel des larmes

    elles parlent de trésor enfoui

    c'est de trésor appris aux récréations

    des cours élémentaires

    Leur dessin à la craie

    sur les murs des préaux

    les disent accessibles

    Mais

    tu les as toujours ignorés

     

    [Sur la mer]

     

    Elle – (sur l’air de la chanson « Les petits papiers » de Gainsbourg)

    Laissez passer les p’tits papiers

    Papiers d’Irak ou de Syrie

    De vos hublots, bien calfeutrés,

    Laissez passer…

     

    Lui – Marie Madeleine donne un grand coup de rame, si grand, si enragé, qu’elle se brise (la rame, pas Marie Madeleine, Mim l’Invincible !). Je te regarde, Mim, et je m’agace de ne pas savoir vers quelle(s) direction(s) – au singulier ou au pluriel – tu ramais ? Voilà ta pagaie réduite en deux morceaux. Ils te tombent des mains et tu les jettes, les abandonnes aux courants marins, dont je ne sais rien et dont ma jalousie s’inquiète. Réponds.

     

    Elle – Si tu m’écoutes.

     

    Laissez passer les p’tits papiers

    De Mossoul ou bien de Gaza

    De Jordanie ou de Turquie

    Laissez passer.

     

    Laissez passer du Sud Soudan…

     

    Et merde !

     

    Lui – Mim ?

     

    Elle – Suis-je recherchée ? Assise à fond de cale, quelque part au large d’îles sans visage, je pourrais tenter de me laisser dériver… au risque de revenir à mon point de départ.

     

    Lui – Ou de couler.

     

    Elle – J’ai trouvé derrière le gouvernail un couteau, alléluia, qui porte un drôle de nom : c’est un nontron.

     

    Lui – Un intrant ?

     

    Elle – Non, un nontron, avec on et haine avant, non.

     

    Lui – Non-tronc, comme la femme-tronc que tu es, Marie Madelon, assise dans ta barquasse sans moteur ni voile, cachant tes jambes et tes pieds et… ton « séant » et ton visage même derrière tes longs cheveux épars ?

     

    Elle – Nan. Nontron, n, o, n, t-r, o, n. Fabriqué en Dordogne, dans la ville du même nom, dans du bois de buis bien dur. Fine lame ! Saurais-je m’en servir ? Faut-il le manier de la main droite ? ou de la gauche ?

     

    Lui – Que veux-tu en faire ?

     

    Elle – Ou à deux mains ? Je vais commencer par tailler une nouvelle rame. Et quand j’arriverai au port, doux Jésus, je le plante dans le ventre du premier qui me barre la route.

     

    Lui – Mais quelle route, Mim ?

     

    Elle – Ce nontron m’étonne, comme si je l’avais déjà tenu dans ma main autrefois, il y très longtemps, dans une autre vie. Qu’en dis-tu ?

     

    Lui – C’est un symbole phallique.

     

    Elle – Aurais-je été un homme dans une précédente existence ? Pourtant ces cheveux, ces seins, ces lèvres, leur douceur, leur poids, leur galbe, je les sens tellement miennes !

     

    Lui – Miens. Le masculin l’emporte.

     

    Elle – Je les aime tant… Je les connais mieux que personne. Non ! D’autre chose qu’un sexe ce nontron est le nom ! Je trouverai ! La mémoire me reviendra.

     

    Lui – Elle a fini de sculpter une nouvelle rame. Elle l’empoigne et repart énergiquement sur ces eaux dans la nuit nouvelle baignée dans par la lune apparue. Son rafiot s’éloigne.

     

    *

    [A Toulon]

     

    Elle – Approchez ! Approchez ! Monsieur ? Un jaune ? Un Picon bière ? Un Daïkiri ? Un Fred-Zizi ? Vous ne connaissez pas le Fred-Zizi ? C’est un vin cuit remis à la mode par les propriétaires d’un vignoble de Frontignan, près de cette île singulière de Sète. Ils ont décidé de le ressusciter. C’est pas mauvais et puis surtout c’est drôle, Fred-Zizi, hihi ! Approchez, mais sans toucher ! Personne n’a le droit de me toucher !

     

    Lui – Pourquoi ?

     

    Elle – Ben je ne sais pas. C’est écrit.

     

    Laissez passer la p’tite pépé

    Des bords d’la Méditerranée

    Y’a pas d’souci, pouvez zyeuter

    Mais laissez passer !

     

    C’est parti : trois Fred-Zizi pour la cinq ! Si j’ai pas honte d’être si idiote ? Non, toute honte bue avec toutes les larmes de mon corps. Je ne pensais pas, bien sûr, débarquer dans ce rade de « La Coquette » en arrivant à Toulon. « La Coquette », c’est pas le nom du strabisme ? D’une femme qui louche, on dit qu’elle a une coquetterie dans l’œil, non ? Eh bien, vous y êtes : ici, c’est le plus louche du louche !

     

     

    *

    * *

     

    [Toujours à La Coquette, elle devant son ordinateur, lui sur l’écran : elle le skype]

     

    Elle – Mon doux Jésus !

     

    Lui – Elle coupe une tranche de saucisson de Toulon en riant aux éclats de sa stupide blague. Devient vulgaire.

     

    Elle – Non, vraie !

     

    Lui – Ah ?

     

    Elle – Vrais, les chiottes détraqués, la gouttière qui fuit, la machine à café en panne. Vraie ta cuite, vraie ma fatigue, vraie ta trique, vraie… vraie… Pas vrai ?

     

    Lui – Non. Je ne te désire pas.

     

    Elle – Tiens donc ! Tu veux un dernier Fred-Zizi ? C’est moi qui régale.

     

    Lui – Pauvre Mim, où t’en vas-tu ?

     

    Elle – Aporie. J’ai vu ce titre sur la couverture d’un livre dans la salle d’attente chez le gynéco cet après-midi. Tu sais ce que ça veut dire ?

     

    Lui – Qu’allais-tu faire chez le gynéco ?

     

    Elle – Des examens. Des examens du ventre. Sais-tu ce que c’est ?

     

    Laissez passer les p’tits bébés

    D’Afghanistan ou d’Ethiopie

    Ou bien même de Grande Papouasie

    Laissez passer

     

     

     

    Elle est là, elle attend

    Elle ferme les yeux et se voudrait Madeleine traversant la mer, libre, entourée de vent et d’incertitude

    Ne pas savoir pour ne pas avoir mal

    Le désespoir l’occupe toute entière

    Elle se penche, écoute le cœur de l’Autre

    Puis passe son visage au travers des grilles

    Bientôt elle devra choisir

    Mais ce choix là n’en est pas un

    Une mascarade

    Elle le sait, ça lui fait tordre le ventre

    Aucun miracle ne viendra aujourd’hui

    Les paroles ont disparu

    Seul le bruit des cigales au loin, l’odeur des poubelles putréfiées par l’été, le cri des enfants désœuvrés l’accompagnent

    Seule

    Elle retourne auprès de l’Autre

    Bientôt ne restera que les battements de son cœur à elle

    Elle ne pense pas encore aux larmes

    Elle est dans la mort d’avant

     

    Tordue sur son lit, le dégout entre les jambes

    Elle accouche de son chagrin

    Son ventre est dur et froid comme la terre

    L’Autre est seul maintenant

    Et n’a plus besoin d’elle

    Inutile corps sur le drap

    Elle sent sur son bras encore un peu le souffle de l’Autre

    Encore un peu le corps de l’Autre

    Sa couche est l’antre de la douleur

    Elle y reste longtemps pour l’ancrer là

    Pour ne pas qu’elle se déplace ailleurs

    Sentant qu’ici, elle pourra la dompter

    Elle contemple le plafond, cherche un signe

    En voit mille et finit par sourire

    Ses larmes coulent et elle les laisse l’inonder

    Elle est dans la mort du juste après

     

    La souffrance s’est transformée en absence

    Restent parfois des empreintes immenses et nues

    Qu’elle foule en esquissant le quotidien

    Elle connait le temps que prend l’oubli

    Joue avec lui par touches discrètes

    S’arrangeant de la langueur d’un jour ou le fatras d’une nuit

    Elle sait aussi la lenteur silencieuse

    La résilience ordonnée où tout pourra être encore beauté
    Luxe, calme et volupté.

     

    Sylvie Combe

    Je suis tout , dans ma chair et mon sang. Je suis ceux d’avant et ceux d’après. Je suis la terre et le ciel. Moi, Madeleine, j’ai souvent rêvé de mon destin car je savais qu’il serait unique. Chaque jour, j’emprunte pieds nus les chemins de terre aride en rêvant de fleurs que je n’ai jamais vues. Mon nom est celui d’une sainte dont le ventre ne produira jamais de fruits. Pourtant je sais qu’un homme m’attend quelque part ; qu’il prépare ma venue avec impatience et obstination mais que lorsque je m’installerai, confiante, dans le foyer qu’il a construit , il se détournera peu à peu de moi. Je regarde l’horizon et je sais que la seule véritable existence se trouve de l’autre côté. La ligne blanche est une impitoyable ,lame tranchante qui,chaque nuit égorge et punit mes frères de leur témérité, buvant le sang qui s’écoule en fumée dans l’opacité de l’ abîme. Ce soir ce sera peut être mon tour. Ce soir je risquerai mon cœur , mes souvenirs et mes rêves. Je ne laisserai rien derrière moi pour que ceux qui restent se souviennent. Je n’aurai fait que passer. Dans l’embarcation fragile qui défiera les flots capricieux, je me protègerai de ma robe de coton, de mes cheveux, et d’un petit sachet de poivre. Avant que le soleil ne brule mes paupières, que la soif n’entaille ma gorge, que mes pieds ne frôlent les corps desséchés agonisant au fond de la barque, je l’ouvrirai. Chaque inspiration de brise salée et de parfum de terre sera l’imperceptible souffle frais qui me conduira là bas…

     

    Le fait d’avoir été choisie m’a gardée en vie. J’ai entendu l’appel dont je savais depuis toujours qu’il se ferait entendre lorsque je n existerais plus que par la sensation de m’absorber,  les vagues scintillantes me laissant entrevoir les joyaux de mon futur royaume. Il m’appelle ,Moi, grande dans la souffrance dont le prix est l’éternelle résignation à endurer jusqu’à la jouissance.
    Mes cheveux sont secs de sel et du sang des cadavres ayant fait la traversée sans être mangés par les poissons ou les hommes. La terre d’accueil est hostile. D’autres embarcations de fortune traînent çà et là, échouées et vides ; Nous , survivants , sommes extirpés de nos planches pourrissantes et acheminés vers la terre ferme. Séparés, triés, évalués. Foire aux bestiaux, marché aux esclaves. Deux hommes au regard sombre s’avancent vers moi en silence et me font monter dans une carriole. Je ne sais plus rien : je ne Le vois plus , ne L’entends plus. Malgré mon corps famélique et endolori, je sombre dans le sommeil le plus profond de mon existence. Au réveil, les deux hommes , silencieux, conduisent la carriole. Mon corps est léger comme une plume. Mes plaies et ma faim ont disparu ; mes cheveux sont doux et balayent mon visage, soulevés par le souffle à peine perceptible du vent . Il est de nouveau près de moi, me conduisant à sa demeure, je sens presque sa main frôler la mienne ; son regard étincelle à travers les branches, son sourire effleure mon cœur.

    Majestueuse, la grotte se dresse au sommet de la montagne. Son entrée est sombre, silencieuse, fraiche et profonde . J’explore ses cavités des heures durant et alors qu’il n’y a aucune lumière, je trouve mon chemin et distingue clairement les images gravées dans la roche . Apparait une madone au visage incliné . Ses yeux sont fermés et semblables à ceux d’un fœtus ne les ayant jamais ouverts. Dehors, des hommes vigoureux et élancés , identiques à ceux qui m’ont conduite jusqu’ »ici vont et viennent, transportent, acheminent, préparent. Ils ne me regardent pas . Au fil des semaines et des mois, je ne croiserai jamais leur regard, non parce qu’ils me respectent ou me craignent, mais parce qu’ils ne me voient pas. Au soir de mon arrivée dans la grotte, je me baigne dans un petit lac intérieur. La même lumière douce et tamisée me permet de voir mon reflet dans le miroir liquide. Tout est silence, quelques gouttelettes tombent irrégulièrement ,confirmant une présence discrète.
    Drapée de blanc, je me présente au grand soleil couchant, ardente dans l’altitude, remplie d’espoir et de confiance, offerte à sa bénédiction. Sa couleur ocre me métamorphose en la madone de la grotte, sa chaleur me fait renaître et valide mon entrée dans l’éternité. Je suis une femme phoenix, je suis amour et puissance, dans mon corps bout la lave de l »astre divin, je suis la vie qui rayonne dans son mystère et l’élue d’un homme qui n’en a que l’apparence.

    L’un de ceux au regard sombre me conduit jusqu’à une immense salle de la grotte. Enfin, Il est là. assis, drapé de manière identique à la mienne. Nous sommes les époux désignés et destinés. Il m’invite à m »asseoir à ses côtés et m’offre du vin dans une coupe d’or. Son sang. Son visage est d’une sublime beauté. Il m’interroge sur ma traversée , sur sa présence dans ma souffrance. Il ne me dit pas pourquoi je suis là. C’est par ce que je dois comprendre. Plus tard, il me prendra par la main et se couchera à mes côtés. S’enroulera dans mes cheveux en chuchotant que je ne devrai jamais les couper. Mon désir restera intact. Je passerai les prochaines années de ma vie à me promener au milieu des arbres et des plantes, à écouter le vent dans leurs branches et le chant des oiseaux qui deviendra peu à peu ma complainte. Je continuerai de me baigner dans la grotte et les gouttelettes commenceront à ruisseler le long des parois, laissant apparaitre des failles creuses et sombres.

    Un jour la lumière ne pénètrera plus dans la cavité. Il fera toujours froid, désormais sur ce versant de la montagne. Les hommes sombres ont empilés de lourds fardeaux sur des charrettes et ont quitté les lieux. Je ne sais comment Il s »en est allé. Soudain, un éclair a transpercé mon cœur et J’ai ressenti qu’il n était plus là et qu’il ne reviendrait jamais. J’ai su alors que mon devoir était de savoir et de comprendre L’humidité de la grotte s est infiltrée dans mes os qui sont devenus des morceaux de glace, conférant à mon teint une pâleur translucide.

    En automne, J’essayai parfois d’ingérer quelques rayons de soleil égarés mais en vain.

    Je suis morte de froid

    Mon destin ne fut pas d’aimer ; mon destin fut d’accepter.

     

     

    Fabienne Ashraf

    textes fondateurs de Jean-Claude Grosse

    L’Amour de Madeleine
    Traduit par Rainer Maria Rilke
    (extraits)


     (...) Elle court donc, elle cherche, elle se consume, elle s’épuise, elle se déchire le coeur par des désirs violents. C’est là que l’amour, frustré de ce qu’il désire, entre en fureur et ne peut plus supporter la vie. Madeleine, pressée et tirée, ne peut embrasser Jésus qu’au travers des obscurités de la foi, c’est-à-dire qu’elle peut embrasser plutôt son ombre que son corps.
     Que fera-t-elle ? Où se tournera-t-elle ? Elle ne peut faire autre chose que de crier sans cesse avec
    l’Épouse : Revertere, revertere. Retournez, ô mon bien-aimé, retournez. Hélas ! je ne vous ai vu qu’un moment. Retournez, retournez encore. Ah ! que je baise vos pieds encore une fois ! Et Jésus cependant ne retourne pas ; il est sourd aux plaintes et aux désespoirs d’une amante si passionnée.
     Le Revertere de l’Épouse, c’est le vrai cantique de l’Église, comme ces autres mots : Venez, approchez, montrez-vous, percez les nues sont le cantique de la Synagogue. Celle-ci ne l’a pas encore vu ; mais l’Église l’a vu, l’a ouï, l’a touché, et il s’en est allé tout à coup. Elle avait tout quitté pour lui. Voilà, dit l’apôtre saint Pierre, que nous avons tout quitté pour vous suivre. Jésus ensuite l’avait épousée, prenant sa pauvreté et son dépouillement pour sa dot. Aussitôt après l’avoir épousée il meurt ; et s’il ressuscite, c’est pour retourner d’où il est venu. Il laisse sa chaste Épouse sur la terre, jeune veuve désolée, qui demeure sans soutien. Que peut-elle faire autre chose, sinon de crier sans cesse : Revertere, revertere, Retournez, retournez, ô divin Époux ; hâtez ce retour que vous nous avez promis. C’est pour cela que toutes les entrailles de l'Épouse ne cessent de soupirer après le second avènement de Jésus-Christ. Mais en attendant qu’elle le revoie, elle s’abandonne aux regrets.
     C’est donc en cet état de l’Église que s’accomplit cette parole du sacré Cantique : La voix de la tourterelle a été ouïe dans notre terre. Car, avant la venue de Jésus-Christ, on avait ouï la voix du désir et les plaintes au sujet du retardement. Mais après son Ascension, une autre voix, un autre soupir, un autre gémissement a commencé de se faire entendre. C’est le gémissement de l’Église privée de son Époux, qu’elle n’a possédé qu’un moment ; et c’est la voix de la tourterelle qui a perdu son pair, qui ne trouve plus rien sur la terre, qui cherche les déserts et les lieux affreux pour gémir et se plaindre en liberté. (...)

    © Copyright Editions Arfuyen 2014

    à rapprocher pour opposition avec L'homme qui était mort, nouvelle de D.H Lawrence

     

    épitaphe, à la Jodelle,

    les 4 derniers vers 749-752 de l'oeuvre de César de Nostredame

    (Les perles ou les larmes de la Saincte Magdeleine)

     

    Flore eut ses pleurs et l'Aurore ses larmes

    Echo sa voix, l'Amour chaste ses armes

    L'air ses soupirs, le rocher ses desbors

    Le Ciel a l'âme et Provence son corps

     

    Pétrarque (qui est passé à la Sainte Baume et à la Chartreuse de Montrieux)

    et Laure de Sade, aïeule du divin marquis

    apparentement entre l'amour de Pétrarque pour Laure dans Le Canzoniere

    et l'amour de Marie Madeleine pour Jésus Le Christ

    (Le Carmen de Beata de Maria Magdelena de Pétrarque, antérieur au Canzoniere)

     

    de René Char : Madeleine à la veilleuse (Fureur et mystère), Madeleine qui veillait (Recherche de la base et du sommet)

     

    Oui je veux bien OUI


    Le narrateur – Bienheureux je suis. Pour vie nouvelle. Droit à un vieux souvenir. De l'ancienne vie. Vie de héros, de sage, d'ouvreur de voies ? En tout cas, j'ai eu droit aux Champs-Élysées. Je me souviens, je veux me souvenir de toi, Marie Madeleine. Il m'avait convaincu que j'étais son fils, le Fils de l'Homme. J'avais cru à ma mission de Sauveur des Hommes. Je me suis sacrifié. Ils m'ont crucifié. Père, pourquoi m'abandonnes-tu ? Phrase terrible. Désespéré, j'étais. Ces clous ! Cette éponge de vinaigre ! Saloperie de bourreaux ! Froids fonctionnaires de la mort en série. Mis au tombeau, j'en ressors comme Lazare, à qui j'ai dit : Lève-toi et marche ! M'a toujours fasciné ce retour de l'homme qui était mort. Tu sais qu'ils y travaillent les prophètes du futur de la Silicon Valley ? Ray Kurzweil, directeur de projet chez Google, annonce le retour de la mort pour 2037. Je ressors du tombeau. Et toi, Marie Madeleine, Marie de Béthanie, ils savent plus très bien les chrétiens, première à me voir, à y croire. Pourquoi l'homme mort que j'étais a accepté cette ascension ? Pourquoi te répondre Noli me tangere, à mon surgissement nouveau. Pourquoi te faire cette Promesse de retour à la fin des Temps pour le grand rassemblement des ressuscités ? Sais-je qui je suis ? Un Sauveur ? Un Salaud ? Marie Madeleine, entends-tu mes tourments ?


    Marie Madeleine dans la barque – Le fuir, fuir ce salaud. Toujours s'est refusé à rendre ce que je lui donnais, ce que je lui offrais. Mes palpitations du tréfonds, là où sont tapies les stupeurs pétrifiées de trop d'audaces. Pas assez gratuit mon don ? Donc prends ça dans les dents ! donc pas rendre ? Veut vrai don, don sans retour, don donc sans attente de retour ? C'est ça que je devais comprendre ? Oh Marie, ce mal de ventre, cette diarrhée diarrhée diarrhée é é é ! (3 jours plus tard, de plus en plus faible) vidée é é é ! (petite voix ). Oh Jésus ! Que se passe-t-il ? … Où suis-je ? … Toulon, Saint Jean du Var, La Coquette, Le Barbecue, La Plancha, 3 en 1, la Sainte-Trinité. Hahaha ! Je suis donc une Bienheureuse, autorisée à une vie nouvelle avec un vieux souvenir. L'Amour de Madeleine, traduit par Rainer Maria Rilke, sera mon texte fondateur, le fondement de ma vie nouvelle pour amour à l'ancienne. Marie-toi et sois soumise, dit le livre de la pratique extrême pour femmes ardentes. Oui je veux bien oui. Oh, ce coin de tonnelle pour tête à tête, à la Roméo et Juliette, au bord de l'étang, oui je veux bien oui ! Où ai-je entendu ça ? Ah oui, Cécile Morel disant dans le noir, de sa voix sensuelle, le monologue de Molly Bloom. Incroyable l'effet d'un texte chuchoté dans le noir ! Oui je veux bien oui. Place réservée au Revenant, au Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. Oui je veux bien oui. Place réservée à l'Épousée, jour après jour jusqu'à ce que ça fasse toujours, à Annie, la Revenante, la Bienheureuse, pour leurs 50 ans de mariage, ce 1° juillet 2017. Quelle réception ! comme il m'a embrassée sous la tonnelle je me suis dit après tout aussi bien lui qu'un autre et alors je lui ai demandé avec les yeux de demander encore oui et alors il m'a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de la montagne ma rose rouge oui ma rose blanche oui et d'abord j'ai mis mes bras autour de lui oui et je l'ai attiré sur moi pour qu'il sente mes seins tout parfumés oui et son cœur battait comme fou et oui j'ai dit oui je veux bien Oui


    Sous la tonnelle du tête à tête, le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – Quelle connerie ma première vie ! Croire que j'avais à les Sauver tous ! Quel orgueil d'Insoumis !


    Sous la tonnelle du tête à tête, la Bienheureuse Annie – Oui, quelle connerie de t'envoyer en l'air ! Ton ascension ! Alors que t'as pas été capable de rester en moi, le 14 juillet 1970, quand tu m'as éjecté par ton retrait du grand Orgasme Cosmique pour me ramener à la petite mort orgasmique. C'est pour me rappeler cette blessure de ma sexualité que tu fais ce miracle, d'une barque à la dérive à une table gastronomique ? Je vais te dire, fils de Pute. Tu as eu raison de revenir à la maison qui n'est pas celle du Père. Tu le sais que t'es né de Père Inconnu ? Que t'es né sous X ? Né du Saint-Esprit, 3 en 1 !


    Le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – D'où tiens-tu ce savoir qui me démolit ?


    La Bienheureuse Annie – 30 ans de vie grotesque dans la grotte, à te nourrir de tes larmes, ça te ramollit le bulbe et la vulve tu sais. Je n'avais pour me distraire que mes envols, sept heures durant, entre terre et paradis, au septième ciel, vol stationnaire, lévitation quantique. Ça y est, ils commencent à admettre que c'est possible, les cartésiens ! J'ai vécu dans ma chair décharnée que la Vraie Vie est ici-bas, que le Très-Haut n'est pas là-bas, là-haut mais ici, sous cette tonnelle, oui, je veux bien oui que tu ne me fasses pas l'Amour, ni le sublime ni le sublimé, oui je veux bien oui que tu me baises comme je le criais avec mes yeux, le 14 juillet 1970; oh mon Bien-Aimé, BAISE-MOI !


    Le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – Oh ce n'est ni miracle, ni magie. Sous cette tonnelle pour nos 50 ans de mariage, tu n'es pas un mirage, une image. Te voilà de retour, en chair et en os, ma disparue depuis sept ans. Tu as dormi du sommeil des sept dormants d'Éphèse. Tu t'es endormie, tu avais mal entendu Hamlet : dormir, rêver ... mourir peut-être. Lui, dit : mourir, dormir rien de plus, rêver peut-être. Tu t'es endormie après 14 apnées comme le jour de ta naissance, ma Bien-Aimée Valentine. Quel retour ! Vois comme le monde n'a pas changé. La modernité qu'ils disent ! Allez, on s'en tape de leur monde. Levons la coupe de champagne, de notre préféré, la Veuve Clicquot ! À notre amour au jour le jour ! Le livre ne le dit-il pas : Épouse-là et meurs pour elle, des hommes vrais pour femmes sans peur ? Oui je veux bien OUI. Cette nuit, Je Te Baise ! Épectase !


    La Bienheureuse Annie – Pas de Promesse ! La Preuve ! L'extase ! Oui je veux bien OUI.


    Jean-Claude Grosse, communément appelé J.-C.
    à La Coquette, Toulon, 1° - 4 juillet 2017

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    Ultime scène à la Sainte Baume

    30 Juin 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

    Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
    Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
    Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
    Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
    Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
    Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
    Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour

    Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour

    De retour de la Sainte-Baume, avec Moni Grego qui connut le lieu dans les années 1970 quand y travaillèrent Grotowski, Peter Brook, Koltès, le Bread and Puppet, à l'instigation du frère Philippe Maillard, directeur du Centre international de la Sainte-Baume. En ces années d’après Mai 68, ce lieu de pèlerinage accueillit de nombreux jeunes et artistes en recherche. Philippe Maillard fit venir des conférenciers, bâtit une chapelle avec le peintre et sculpteur Thomas Gleb, organisa un festival de cinéma chrétien et des sessions de yoga. Pas de traces de cette période dans la mémoire des frères actuels. Quant à moi, c'est dans les années 75-80 que je fus invité à partager la notion d'action exemplaire par de jeunes étudiants chrétiens (la JEC); il en est résulté deux fascicules; c'était une tentative pour décliner au quotidien, la notion d'action exemplaire, héritée des "gauchistes" de 68: provocation, répression, généralisation; évidemment, on ne peut pas avec le temps, ne pas voir le "mépris" sous-jacent de la classe ouvrière qui a besoin d'être réveillée de son sommeil par des actions exemplaires; aujourd'hui, je crois aux actions genre colibris, faire sa part, dans l'humilité et le partage, dans la sobriété heureuse.

    Montée vendredi 7 avril après-midi à la grotte par le chemin des Rois, 214 m de dénivelé en 2,5 Kms et 150 marches à l'arrivée puis montée à la chapelle du Pilon; 3 H 1/2 AR; coïncidences: je rencontre Tamara du cabaret russe du Toursky, une 1° fois à la grotte, une 2° fois au Pilon; rencontre à l'hostellerie avec une Allemande charismatique, Marie-Josée; 2 repas partagés; discussion passionnée au bar de La Terrasse avec Martine sur Madeleine, sainte controversée, disons plutôt composite parce que mélange de plusieurs personnages féminins des Écritures. Depuis 1969, l'Église tente de restaurer une image plus pure, ce n'est plus une pècheresse, une prostituée, une repentante; moi, c'est la sexualité spiritualisée de Madeleine qui me semble la voie d'approche la plus féconde, en plus de sa traversée, légendaire sans doute, de la Méditerranée sur une barque sans voile, sans rame, sans gouvernail; olé!; et en plus de sa traversée au désert du Plan d'Aups où bonheur, les sources donnent de l'eau fraîche ce qui doit rendre plus facile, le renoncement aux Tentations.
    Je me suis procuré les actes d'un colloque organisé en 1988 par le Musée Pétrarque; évidemment, et c'est une coïncidence, j'ai raté ma rencontre avec la grotte, croyant la batterie de ma caméra déchargée, je n'ai donc pas filmé et je dois donc une nouvelle visite à la grotte pour mon chemin de la Consolation, le chemin que parcourent celles et ceux qui veulent que leurs enfants non-nés trouvent la paix.
    Une grande envie d'y retourner régulièrement, en semaine.

    Je me suis approprié les diverses salles, la bibliothèque, la boutique du pèlerin où deux titres m'ont fait frémir: Épouse-la et meurs pour elle (des hommes vrais pour des femmes sans peur), Marie-toi et sois soumise (Pratique extrême pour femmes ardentes), les extérieurs. Je ne peux dire encore les effets d'un tel environnement, propice au silence, à la contemplation, à la méditation et aux rencontres chaleureuses.

    J'ai enregistré samedi 8 avril vers 11 H, Moni Grego lisant les dernières pages de L'Ultime Scène, le monologue théâtral d'une sentinelle, gardienne d'un théâtre en ruines, qui sera publié par Les Cahiers de l'Égaré pour fin juin.
    J'ai choisi pour illustrer cet article quelques représentations de Madeleine par Le Tintoret, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour, Francisco Hayez.

    Après cette ultime scène à la Sainte Baume, nouvelle lecture par Moni Grego et jeux d'écriture pour le 2° été du léthé dans un lieu toulonnais magique, théâtre en ruines, au riche passé; je compte y inviter quelques personnes; ça se passera fin juin, début juillet, peut-être sur deux jours.

    Marie Madeleine et ses traversées (de la Méditerranée dans une barque sans voile, sans rame, sans gouvernail, au désert du Plan d'Aups où bonheur, il y a de l'eau fraîche) seront au coeur des consignes et conseils d'écriture que je me fais déjà un plaisir d'élaborer.
    JCG

    Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir
    Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir
    Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir
    Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir
    Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir
    Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir

    Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir

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    Ivresse

    24 Juin 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

    Ivresse
    Ivresse
    Ivresse
    Ivresse
    Ivresse

    Ivresse est sculptée dans du châtaignier. Ce châtaignier a été déraciné par une tempête en 2004. Le sculpteur, Michel Gloaguen, a débité l'arbre en 2010, sculpté Ivresse puis mis le feu à l'œuvre lors d’une cérémonie pyrénéenne traditionnelle : la grilladerie (grillades, vins bus au pourou et rires) à Coudaruque, dans le Val d’Azun, en août 2010. Avant destruction de la sculpture, sur intervention d’amis soucieux de conserver L’Ivresse, arrêt de la mise à feu et à mort. Long travail de nettoyage au chiffon pour enlever le noir de fumée. Ponçage et peaufinage à la cire d'abeille.

    Ivresse est la dernière œuvre d’une série de 10 pièces Intimités réalisées par Michel Gloaguen (idée et bois) et Françoise Gourvès (verre). Un an de travail pour évoquer l’union entre deux corps, leurs positions possibles (69, 96, fellation, jouissance, extase, symbiose 1 et 2, abandon), leurs états d’âme, leurs émotions. Grande retenue dans ces œuvres élégantes, raffinées, délicates mais aussi puissance latente des pulsions sexuelles, des élans passionnés qui nous envahissent parfois, nous mettent hors de nous. C’est la marque de l’amour. Certaines amours ne durent qu'un jour. D'autres durent jour après jour jusqu'à ce que ça fasse toujours.

    La série a été exposée à la galerie L'if à Elne, en septembre 2010. La galerie L'if, dirigée par Odette Traby (décédée depuis) fut un lieu remarquable d'expositions, de rencontres poétiques animées par Les Authentiques Cabochards avec Gilbert Desclaux, Michel Gloaguen, Michel Gorsse et bien d'autres.

    Michel Bories dit Pof, inventeur du Pof Art, fut bien sûr défendu, exposé par Odette Traby.

    Vernissage le 3 septembre 2010. Annie et moi avons décidé d'acheter Ivresse. La sculpture, osée, correspondait à notre état du moment. Je revenais du bocal agité au Baïkal. J'avais rencontré la sirène Baïkala. Tourmente affective. Tourment sexuel et amoureux. Nous étions très proches à ce moment-là. Et cela dura jusqu'à là où ça prend fin.  Annie prit sa retraite le 17 septembre 2010. Entre le 17 septembre et le 18 octobre, elle s'occupa de réinstaller et réaménager la maison. Je n'ai rien changé depuis son départ, je vis dans sa maison, son univers. Le 18 octobre, elle se plaignit de violentes douleurs dorsales. Le 29 octobre, je l'amenais aux urgences. Le 29 novembre, elle s'en allait.
     

    La série est reproduite (avec l'accord de Michel Gloaguen) dans le livre Le Fils du Baïkal, épuisé, non réédité. Mon analyste (une femme) m'a fait comprendre que ce titre (sur les conseils d'Annie mais que je partageais) était très mauvais. L'hommage au fils disparu revenait à mettre à l'écart la fille, la soeur, elle bien vivante, à l'oublier. Place aux vivants, pensez à vos vivants m'a-t-elle dit, aimez-les encore plus, encore mieux, dites le leur, ce sont ces mots, des mots d'amour, des Je t'aime, qu'ils veulent entendre. J'ai donc réécrit une partie du livre qui est devenu Les Enfants du Baïkal, épuisé aussi, avec dédicace spéciale à Katia, ouvreuse de la voie théâtrale à son frère cadet.

    J'ai compris suite à cet épisode que les survivants ont à être encore plus et mieux aimés, ils souffrent comme nous et donc ont besoin de voir qu'on les aime mieux et autrement que les disparus. Quelle place accorder aux morts, quelles relations avoir avec eux, quelle place accorder aux vivants, aux survivants, c'est un des enjeux de L'Île aux mouettes (2012) entre la chamane et l'épousée, pages 142 à 147. La chamane qui a charge des morts et de leur âme sait combien on a tendance à oublier ceux qui restent. Cela m'a amené à changer d'attitude vis à vis de ma fille, à être très proche d'elle, à l'écoute, en soutien.

    Merci à cette sagesse qui me gagne petit à petit, avec l'âge, que je ne vis plus comme vieillissement programmé, inéluctable (merci Deepak Chopra) mais comme potentialités inédites de longévité, de maturité du jugement, de créativité renouvelée ou approfondie, de spiritualité de la vision, sagesse que je m'incite à acquérir par exercices et nouvelles attitudes, habitudes, par vigilance reposée et maîtrise active, en ayant des projets à long terme (2028 à Baklany avec Katia et Rosalie, 2019: 50° anniversaire du suicide de Gabrielle Russier au Théâtre Toursky à Marseille, 2018 : 30 ans des Cahiers de l'Égaré au Revest et au Bateau Lavoir à Paris) ;

    comme dit Byron: Ce que l'homme atteint devrait être hors de sa portée, sinon à quoi sert le ciel ?

    merci à l'ouverture d'esprit et de coeur toujours un peu plus grande qui en résulte, accueil toujours plus vivant de la Vie qui nous habite et nous traverse et qui inclut la mort, accueil donc aussi de cet horizon destinal qui donne à la vie sa dimension tragique, son "prix", sa valeur (c'est nous, chacun, individuellement, librement, qui décidons de cette valeur car attention, lisez attentivement, la vie n'a pas de sens puisque le sens de la mort est inconnaissable mais elle n'est pas absurde, c'est l'erreur de Camus d'avoir déduit l'absurdité de la vie du néant auquel la mort conduit) d'où cette sagesse qui m'habite de plus en plus est une sagesse tragique. Les liens vers des articles de mes blogs montrent que la méditation sur la mort est partie vivante de mon cheminement spirituel, non religieux. Bien sûr, ce qu'on appelle la petite mort, la jouissance mérite attention surtout si certaines femmes accèdent à l'Autre Jouissance.

    Échange entre le père et la mère dans L'Éternité d'une seconde Bleu Giotto (2014):

    Le père – c’était le soir, on avait allumé un feu pour faire griller les omouls qu’on avait péchés, on avait porté deux toasts de kedrovaïa au lac, à l’amour, ça nous avait émoustillés, nous avons fait l’amour sur le plancher de l’isba de rondins blonds

    La mère – j’aurais voulu que tu me baises
    Le père – je t’ai fait l’amour
    La mère – tu ne m’as pas baisée, tu m’as fait l’amour, pas comme j’attendais
    Le père – tu m’as surpris, tu n’avais jamais été aussi ouverte
    La mère – tu t’es retiré
    Le père – tu m’as ramené en toi, tu l’as eu, ça ne te suffit pas
    La mère – je n’ai plus jamais été Ouverte comme ce soir-là
    Le père – je suis désolé, j’avais envie de m’abandonner, de me livrer à ton étreinte, ça s’est bloqué
    La mère – chez moi aussi
    Le père – te plains-tu de nos étreintes
    La mère – on fait l’amour comme tu dis, on ne baise pas, j’étais Ouverte par l’Appel de la Vie,
    ça pouvait ressembler à de l’indécence,
    je me suis sentie jugée, quelle violence, cette impression, pour la vie. Tu vois, mon sexe n’a pas oublié l’obscénité de ton retrait
    Le père – je regrette vraiment de m’être refusé, peut-être par trop de respect pour ton corps que je ne voulais pas outrager
    La mère – c’est ça, mon p’tit chat ; depuis, tu es le maître de cérémonies minutées avec paliers et plateaux, plus de place pour les effondrements dionysiaques, pour les envols mystiques. Tu ne ressentiras jamais où t’aurait mené une plongée sauvage, sans calculs, dans ma béance
    Le père – tu as quand même du plaisir
    La mère plaisir, plaisir, petit mot qui convient bien à une pâle jouissance, sans retentissement au profond du corps et de l’âme. Fusionner avec le Tout, des Femmes rares connaissent.
    Aurais-je pu connaître la Grande Vie Cosmique, pas la petite mort orgasmique ?

    Ivresse est devenue le totem de la villa joie au Revest. Le soleil de fin d'après-midi caresse les fesses de la belle, plantée sur son beau. Vivant à l'extérieur, sans soins ni entretien, le temps finira par avoir sa peau mais ce sera dans très très longtemps, le châtaignier étant quasi-imputrescible.

    Tout près d'Ivresse, les fesses sublimes de Laurent Ribeirat, un ami peintre de Michel Bories et Gilbert Desclaux, parti aussi. J'aime ces quelques sculptures en plein air sans parler des tableaux accrochés dans la maison, une vingtaine et les objets en dentelles végétales d'Aïdée Bernard.

    Un univers sensible grâce à des oeuvres d'artistes.

    Jean-Claude Grosse

    Extrait de L'Île aux mouettes (2012):

    Réel 1 – Bande blanche du zèbre

    L’épousé et l’épousée se promènent sur la plage de Baklany. Soudain, une mouette pique sur eux, inattendue ; l’époux la chasse ; elle recommence son vol en piqué plusieurs fois ; à chaque fois, l’époux la chasse ; que dérangent-ils ? puis la mouette tombe devant l’épousée, morte ?

    on n’a entendu aucun coup de feu ; la mouette a, à la tête, une tache couleur rouge, du même rouge que les cheveux de l’épousée ; aucune trace de blessure.

    L’épousée – qu’est-ce qui t’arrive, la mouette ? (elle la prend dans ses mains, la caresse)

    L’épousé – étranges, ces attaques !...

    La fille – an other perfect fucking day in Baklany !

    L’épousée – c’est un signe !

    L’épousé – annonçant quoi ?

    L’épousée – je ne sais pas ! nos amis sibériens ont toujours des explications ! il y en a bien un qui va nous dire !

    Baïkala – шаманка Бакланьего мыса ! Матрёна Петровна кулбертичёва ! la chamane de Baklany ! Matrena Petrovna Koulbertichova !

    La chamane a assisté à la chute de la mouette. Elle a revêtu le manteau aux pendeloques portant les emblèmes du soleil, de la lune, d’Emeget, l’esprit universel et d’Ekgetou, l’oiseau mythique à deux têtes. Au dos du manteau, la bride, tenue par Baïkala, qui lui permet de retenir Koulbertichova, si jamais elle s’éloigne trop des vivants présents. Sur la tête, Matrena Petrovna porte la coiffe surmontée d’une ramure de renne. Les franges de la coiffe représentent les mouettes qui vont lui permettre de voler, de plonger. Elle trace un grand cercle autour de la mouette, tape sur son tambour d’abord doucement et lentement en tournant à l’extérieur du cercle dans le sens contraire aux aiguilles d’une montre puis elle accélère tournant dans le sens horaire. Elle vocalise, assistée par Baïkala ! koutou- routsouk de la chamane, chants hystériques préparatoires au voyage. Brusquement, Koulbertichova s’arrête.

    Baïkala (traduisant) – une âme n’est pas partie après les 40 jours de la disparition de son corps ! des vivants ne l’ont pas laissé partir ! la chute de cette mouette dit que si cette âme ne s’en va pas ! elle fera un malheur ! je pars à la chasse de cette âme malheureuse ! devenue malveillante ! pour la gagner... mes semblables, nous allons nous adresser aux âmes de nos ancêtres, eux qui ont vécu longtemps avant nous, pour qu’ils nous aident ! Âmes de nos ancêtres ! rassemblez-vous pour une longue route avec moi ! Nous volerons vers l’île aux mouettes à tête rouge, comme une nuée de mouettes, pour gagner l’âme de cette mouette ! L’île lui sera-t-elle port d’attache, rupture de direction, vol cassé ou propice aux insolites traversées ?... Vents du Baïkal ! bargouzine ! sarma ! gournaïa déferlant de l’est ! koultouk du sud ! verkhovik du nord ! chelonnik de la Selenga ! Kharakhaïkha de l’Angara ! à vous de décider !

    Elle crie, stridences aigües devenant progressivement graves, de plus en plus faibles, puis silence. Elle a cessé de respirer, elle est inanimée, out-of-the-body experience ; la transe profonde dure 1/2 h. Tout le monde retient sa respiration. C’est la première fois que les Français voient une chamane, une chamane en transe. Elle sort lentement de son état inerte ; recommence à respirer ; elle est en nage. Tous ont repris leur souffle depuis longtemps sauf l’épousée qui a épousé le rythme de Matrena Petrovna. Elle sort en nage de cette expérience extrême. La mouette sort de son état inerte. Elle s’envole en tournant autour de l’épousée puis s’éloigne au large, vers l’île aux mouettes où l’agitation a cessé. Matrena Petrovna s’allonge dans le cercle, face au ciel, écarte bras et jambes, offre son vieux corps à la dévoration par les âmes des mouettes.

    Koulbertichova – вы потеряли кого-то, к кому были очень привязаны ? vous avez perdu quelqu’un auquel vous étiez très attachée !

    L’épousée – mon fils !... noyé ! ici ! à Baklany ! мой сын !... утонул ! Здесь ! на Бакланьем мысе !

    Koulbertichova – его душа была узницей вашей любви ! мне удалось её освободить ! вы сильно сопротивлялись ! вы разделились ! клан ваших мертвых зовет вас ! очень сильно ! клан ваших живых тоже ! намного меньше ! вам нужно поменять знак !

    Baïkala (traduisant) – son âme était prisonnière de votre amour ! j’ai pu la libérer ! vous avez beaucoup résisté ! vous êtes divisée ! le clan de vos morts vous aspire ! très fort ! l’eau ! le clan de vos vivants aussi ! beaucoup moins fort ! l’air ! vous devez inverser le signe !

    L’épousée –... pourquoi ? Почему ?
    Koulbertichova – если мы живы, надо жить ! tant qu’on respire on vit !
    L’épousée – comment ?
    как ?

    Koulbertichova – вылейте водку на пляж ! возьмите горсть песка ! Зайдите ! Голыми ! в озеро ! по пояс ! скажите Мать-моржиха дай нам солнца! три раза! выпейте три глотка озерной воды ! вдохните трижды воздух озера ! рассейте в три подхода песок в воду ! Вода! Земля ! Воздх ! они разделены !... это должно бы заставить вас порой не валить все в одну кучу !...

    Baïkala (traduisant) – versez de la vodka sur la plage ! prenez une poignée de sable ! entrez ! nue ! dans le lac ! jusqu’à la taille ! dites Мать-моржиха даи нам солнца trois fois ! buvez trois gorgées d’eau du lac ! inspirez trois fois l’air du lac ! dispersez en trois fois le sable dans l’eau ! Terre ! Eau ! Air ! bien séparés !... ça devrait vous faire renoncer à tout confondre parfois !... surtout ne buvez pas la vodka ! il faut la jeter !

    L’épousée s’exécute sous les yeux médusés de l’époux et du camp ! il pleut à verse ! elle plonge en apnée ! tout le monde retient sa respiration ! plus ou moins longtemps ! il y a ceux qui y croient ! ceux qui n’y croient pas ! elle réapparaît des minutes après !... tous reprennent leur souffle ! il fait soleil !

    Baïkala – averse!... arc-en-ciel!... soleil!... je le répète ! la vie est comme un zèbre ! une bande noire !... une bande blanche !...

    Koulbertichova – мадам, да вы шаманка ! мир это ваши крылья ! ваше оружие, любовь ! вы прошли ужасные испытания ! ужасные испытания ждут вас ! используйте вашу способность останавливать дыхание ! вырвите с корнем из вашего нутра желание пропасть ! если вы

    Baïkala (traduisant) – vous êtes une chamane ! la paix est votre aile ! votre arme, l’amour ! vous avez traversé des épreuves terribles! des épreuves terribles vous attendent ! utilisez votre maîtrise de l’apnée ! extirpez de votre ventre les désirs de vous sortir de la vie ! je vous accompagne ! Ouvrez la bouche, gardez, mélangez et avalez ! (Koulbertichova crache une mixture dans la bouche de l’épousée qui s’exécute sans dégoût ; réactions partagées des autres)

    69, 96, fellation, jouissance, extase, symbiose, symbiose 1, abandon, ivresse (4, face, dos), l'ivresse totem au soleil, les fesses de Laurent Ribeirat sur leur restanque; extases de Ernest Pignon Ernest et du Bernin
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    On donne quoi quand on ne donne pas son temps ?/JC Grosse

    14 Juin 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

    1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
    1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
    1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
    1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
    1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
    1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
    1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours
    1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours

    1° juillet 1967 à Le Quesnoy, Nord, agapes au chalet de l'étang au Quesnoy, 6 juillet 2003 au Revest, Annie en led déclarant son amour pour toujours

    Je viens de me rendre compte d’une coïncidence extraordinaire
    ce 1° juillet je fêterai mes 50 ans de mariage avec  Annie Grosse Bories, partie le 29 novembre 2010; ça remonte donc au 1° juillet 1967, photos prises à la sortie de l’église et oui et oui (alors que nos convictions athées étaient solides; pour son enterrement, point d'église, une cérémonie laïque dans la salle des fêtes de Corsavy, une fête inventée avec tous ceux nombreux, tout le village particulièrement secoué, venus l'accompagner),
    à la mairie, c’est le maire du Quesnoy, Eugène Thomas, ancien ministre des postes sous de Gaulle à la Libération qui nous a réunis, le prof et l’élève, en présence du proviseur du lycée, de nombreux collègues, ça n’avait pas fait scandale, un an après, en 1968-1969, ce sera le scandale de Mourir d'aimer à Marseille (suicide de la prof Gabrielle Russier)
    les photos de 2003 nous montrent dansant comme des marionnettes pour les 20 ans des 4 Saisons du Revest, le 6 juillet, notre fille Katia Ponomareva, comédienne et metteur en scène ayant eu la responsabilité artistique de la journée du 6, le danseur William Petit, la responsabilité d'une des 4 autres journées; Katia nous proposa un remariage symbolique à la mairie du Revest, ce que nous acceptâmes, moment intense sans maire et sans curé pour ce faire
    Je comprends tout d’un coup le choix inconscient de la date, du lieu, du thème du 2° été du Léthé, ce 1° juillet à La Coquette à Toulon 
    - la date, 1° juillet pour moi c’est 1/2 + 1/2 = 1, les deux moitiés de l’année, chacun sa moitié, quitte à empiéter sur la moitié de l’année de l'autre et réciproquement, les deux moitiés du couple qui ne fait qu’un, bref, le cirque, parce que c'est rond, que ça tourne rond, en rond, ce rond rond ronron en indisposant plus d'un, le soi-disant morne ennui quotidien alors que c'est la vie, la vraie vie et de choisir l'aventure sous toutes ses formes où l'infidélité a sa place; évidemment, je ne porte aucun jugement, chacun son chemin et quand un chemin m'est raconté, bien raconté, j'écoute toujours avec plaisir et prends plaisir à être dérouté car beaucoup de chemins sont déroutants (qu'est-ce que tu racontes ?); moi, j'ai fait choix de fidélité, ça me convient, je m'y sens bien; je me, je nous donne le temps; on donne quoi quand on ne donne pas son temps ? réplique dans le superbe film Danse avec lui de Valérie Guignabodet (2007)
    - le lieu La Coquette a le même côté romanesque (romantique ?) que le chalet de l’étang du Quesnoy où nous nous sommes agapés; ce fut une très belle fête avec danses, poèmes (déjà, j’ai fait écrire chaque qu'on-Vive), chansons à boire d'où la photo floue que j'ai prise du frère d'Annie, Michel Bories (Pof), parti dans le même accident que Cyril Grosse;

    la robe de mariée s'appelait Mouette, elle a resservi pour les 20 ans des 4 Saisons du Revest, le 6 juillet 2003 et au mariage de la plus ancienne amie d'Annie; on comprend pourquoi l'épousée est aussi la mouette à tête rouge, un personnage pour l'éternité, c'est la magie de l'écriture, de la parole éprouvée
    - le thème c’est l’amour sublime, ça je m’y connais en sublimation mais sublimer un amour (j’en ai sublimé 2) n’est pas égal à amour sublime
    ce 2° été du Léthé va être chargé et léger, ça finira en danses et lectures

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    Elle n'était pas d'ici / Cioran / Exercices d'admiration /JCG

    3 Juin 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

    46 ans en 32 photos et 2 textes; dans les landes de Haworth, oui je l'y voyais bien mais aussi bien à Le Quesnoy, Corsavy, Paris, au Revest, à Toulon, Hyères, au Rayol, en Camargue, à Thassos, Marrakech, Carthage, à Cuba La Havane, au Riuferrer (ses 2 dernières photos à J85), en montagne, sur les quais, au Rond-Point, dans le transsibérien
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    Elle n'était pas d'ici

    Je ne l'ai rencontrée que deux fois. C'est peu. Mais l'extraordinaire ne se mesure pas en termes de temps. Je fus conquis d'emblée par son air d'absence et de dépaysement, ses chuchotements (elle ne parlait pas), ses gestes mal assurés, ses regards qui n'adhéraient aux êtres ni aux choses, son allure de spectre adorable. Qui êtes-vous ? D'où venez-vous ? Était la question qu'on avait envie de lui poser à brûle-pourpoint. Elle n'eût pu y répondre, tant elle se confondait avec son mystère ou répugnait à le trahir. Personne ne saura jamais comment elle s'arrangeait pour respirer, par quel égarement elle cédait aux prestiges du souffle, ni ce qu'elle cherchait parmi nous. Ce qui est certain c'est qu'elle n'était pas d'ici, et qu'elle ne partageait notre déchéance que par politesse ou par quelque curiosité morbide. Seuls les anges et les incurables peuvent inspirer un sentiment analogue à celui qu'on éprouvait en sa présence. Fascination, malaise surnaturel !

    À l'instant même où je la vis, je devins amoureux de sa timidité, une timidité unique, inoubliable qui lui prêtait l'apparence d'une vestale épuisée au service d'un dieu clandestin ou alors d'une mystique ravagée par la nostalgie ou l'abus de l'extase, à jamais inapte à réintégrer les évidences !

    Accablée de biens, comblée selon le monde, elle paraissait néanmoins destituée de tout, au seuil d'une mendicité idéale, vouée à murmurer son dénuement au sein de l'imperceptible. Au reste que pouvait-elle posséder et proférer, quand le silence lui tenait lieu d'âme et la perplexité d'univers ? Et n'évoquait-elle pas ces créatures de la lumière lunaire dont parle Rozanov ? Plus on songeait à elle, moins on était enclin à la considérer selon les goûts et les vues du temps.Un genre inactuel de malédiction pesait sur elle. Par bonheur, son charme même s'inscrivait dans le révolu. Elle aurait dû naître ailleurs, et à une autre époque, au milieu des landes de Haworth, dans le brouillard et la désolation, aux côtés des sœurs Brontë...

    Qui sait déchiffrer les visages lisait aisément dans le sien qu'elle n'était pas condamné à durer, que le cauchemar des années lui serait épargné. Vivante, elle semblait si peu complice de la vie, qu'on ne pouvait la regarder sans penser qu'on ne la reverrait jamais. L'adieu était le signe et la loi de sa nature, l'éclat de sa prédestination, la marque de son passage sur terre ; aussi le portait-elle comme un nimbe, non point par indiscrétion, mais par solidarité avec l'invisible.

    Cioran, Exercices d'admiration, Arcades, Gallimard

    Anna,

    Je t’aime parce que tu existes, que tu as été mise, inattendue, à la croisée de chemins de terre détrempée, que je peux te regarder jusqu’à ravissement, être souffle coupé par ta beauté, déchiré par l’essentiel détail : ce mouvement d’oiseau de ta main pour chasser les cheveux de tes yeux. Pour cette douceur-douleur : te respirer, te contempler, pour ces émois délicats, qui dis-moi, dois-je remercier ?

    Te caresser une fois les cheveux, mettre une fois ma main sur ton épaule, c’est dire ma gratitude à tous ces hasards qui m’ont conduit jusqu’à toi, mon présent.

    Serons-nous de ceux qui purent dire : parce que c’était lui, parce que c’était moi ? De complicité en hostilité, nous oscillons. Long peut-être sera le temps de l’apprivoisement.

    Je me souviens du jour où tu m’as parlé de ton prénom, comment il t’a été attribué. Je venais de te dire l’Ode maritime de Fernando Pessoa. Nous avions partagé son hystérie de sensations. Je t’ai demandé de me raconter une belle histoire de largage d’amarres. Tu me fis un long récit de généalogie, souvent joyeux – version rose de maman –, ponctué de rires en mal d’envol – version bleue de papa – dit de ta voix douce qui me remue si fort que je me laisse, corps-mort, rouler par elle. Triste tu étais, mais bien, aussi. Ces tristesses, tu me l’as dit, sont formes retournées d’érotisme. L’évidence de ton prénom, Anna, ce jour-là se déchira.

    J’accepte ce qu’annoncent les désirs contraires de père et mère te l’attribuant en désaccord sur son orthographe, mais l’une l’emportant sur l’autre pour l’état civil, toi, leur miracle portant le prénom orthographié différemment de ton aînée, morte trop tôt, Hannah.

    Toi, mon mirage balançant d’une orthographe à l’autre, j’accepte toutes les charmantes étrangetés qui me viendront de toi.

    Je ne te déclare pas mon amour pour t’obliger à m’aimer en retour. T’aimant, je suis capable de renoncer à tout jeu pour te séduire (qui, en grec, voulait dire détruire). T’aimer, c’est vouloir être moi, n’être que moi, être vrai, n’attendre rien de toi, n’avoir aucun projet pour toi, au risque de te perdre puisque je ne veux pas te gagner. Être aimée de moi ne te donne pas davantage le pouvoir de me faire souffrir à me faire attendre. Car, ne voulant rien pour toi, pas même ton bien, je ne peux me faire mal en t’en voulant de ne pas répondre à des attentes que je n’ai pas.

    T’aimer, c’est être irradié par tout ce qui me vient de toi, et d’abord par ton existence, que tu sois présente ou absente. Pour t’aimer, je n’ai pas besoin d’entendre ta voix, de lire ton écriture. Je n’ai besoin ni de rêves, ni de souvenirs, pas même une photo, pas même une image. Il me suffit de ton prénom : Anna.

    Jean-Claude Grosse, le 14 février 1965, j'avais 25 ans, elle, 17, publié dans L'Île aux mouettes, le 14 février 2012
     

    PORTRAIT DE LA FEMME AIMÉE DEPUIS 40 ANS

    Apparemment, c’est une femme de l’absence. Toujours ailleurs. Perdue dans ses pensées. Fille d’air et de rêve. Mais à la pratiquer, avec amour, depuis quarante ans, j’ai compris que c’est une femme de la présence, une présence légère, dans le présent. Elle ne pèse pas. Elle ne pose pas. Avec elle, tout est danse. Le présent n’est pas que l’instant. C’est le moment de maintenant, avec une pointe de souvenir. Une fleur, chaque jour, pour notre chat parti sans retour. Son nom parfois et alors, une bouffée de nostalgie. Elle est attachée à tout ce à quoi elle a donné de l’amour. Des photos et des mots pour les disparus, la mère, d’une embolie qu’elle embellit, le fils et le frère, dans le même accident. Des cartes aux anniversaires. Des cadeaux sans destinataire pour les recevoir. Quelle aptitude à ne rien laisser mourir malgré la souffrance, évidente, inconsolable. Chaque objet est à la fois d’hier et de maintenant, pas figé, souvent déplacé. L’œil toujours sollicité par quelque nouveauté, une disposition rare, un rapprochement inattendu, un éloignement surprenant. Tout ce qu’elle aime est sans cesse repris, reconsidéré. Petits riens qui changent tout. Combat de chaque instant contre la dégradation, l’usure, l’habitude, l’oubli. La maison vit, est habitée. Pas d’ennui possible avec une femme qui fait de sa maison, de notre vie, un récit, un poème. Avec elle, les simples jours deviennent les simples beaux jours, embellis par le regard, le sourire radieux qu’elle pose sur les choses et les gens. Les tristes jours deviennent les inoubliables tristes jours, adoucis par son sourire mélancolique. Elle rayonne d’amour. Solaire, elle donne le meilleur d’elle, une écoute qui apaise angoisses et peines, aide à mettre en mots, petits maux et grandes douleurs. Mais de ses angoisses et souffrances, vous ne saurez rien, les mots ne sont pas pour elle. Elle ne s’en sert pas pour elle. Tout se passe dans le regard, souvent mouillé, toujours caché. Ah ! la légère, l’aérienne ! Depuis quarante ans, elle me fait la vie légère. Je l’aime sans comprendre pleinement la force du don qui l’habite. Mais en le vivant pleinement, passant des heures à contempler son visage sur lequel je ne vois pas passer l’âge. Elle a l’âge de son cœur, celui de l’adolescente qui m’a choisi une fois pour toutes. Mon désir d’elle et mon amour pour elle sont restés intacts à son contact.

    Jean-Claude Grosse, le 14 février 2005, j'avais 65 ans, elle 57, publié dans L'Île aux mouettes, le 14 février 2012 (c'était une Valentine)

    quant à la jeune fille d'alors, quelle déclaration elle me fait, c'est du feu ! 
    Mon p’tit chat,
    J’attends le Transsibérien, gare Iarolavski à Moscou. Toi tu m’attends quelque part au Baïkal mais je ne sais rien de là où tu es, où je vais. La vie m’attend aujourd’hui, cuisses ouvertes. Si tu veux savoir où tu es dans mon corps et dans mon cœur, ouvre la chaumière de mes yeux, emprunte les chemins de mes soleils levants, affronte les cycles de mes pleines lunes. Je voudrais avoir des ailes pour t’apporter du paradis. Des ailes de mouette à tête rouge, ça m’irait bien pour rejoindre ton île au Baïkal. Je transfigurerai les mots à l’image de nos futurs transports. Je te donnerai des sourires à dresser ta queue en obélisque sur mon ventre-concorde. Nos corps nus feront fondre la glace de nos vies. Avec des rameaux de bouleaux, nous fouetterons nos corps nouveaux dans des banyas de fortune. Je t’aimerai dans ta nuit la plus désespérée, dans l’embrume de tes réveils d’assommoir, dans l’écume de tes chavirements. Je courrai sur les fuseaux horaires de ta peau, vers tes pays solaire et polaire. Nous dépasserons nos horizons bornés, assoirons nos corps dans des autobus de grandes distances, irons jusqu’à des rives encore vierges. Nous nous exploserons dans des huttes de paille jaune ou des isbas de rondins blonds. J’aimerais mêler les sangs des morsures de nos lèvres, éparpiller les bulles de nos cœurs sur l’urine des nuits frisées, sous toutes les lunes de toutes les latitudes. Je m’appuierai sur ton bras pour découvrir la vie, ne jamais lâcher tes rives éblouies, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de riens... J’aime les cris de nos corps qui s’accordent de vivre. Je t’ai ouvert un cahier d’amour où il n’y aura jamais de mots, jamais de chiffres.
    Il n’y aura que des traces de chair, des effluves de caresses et des signatures de mains tendres. Il y aura des braises dans notre ciel, des fesses dans nos réveils. À la fin du cahier, je t’aimerai toujours et nous pourrons le brûler plein de sperme et de joie.
    Ton p’tit chat

    dans les épis, au fond des yeux, à côté de mon arbre, celle qui est d'ici, du côté de Sanary mais aussi de Lourmarin, de Mirepoix, Gordes, Lacoste, Bonnieux et de la Cupola d'Antonioni et Vitti
    dans les épis, au fond des yeux, à côté de mon arbre, celle qui est d'ici, du côté de Sanary mais aussi de Lourmarin, de Mirepoix, Gordes, Lacoste, Bonnieux et de la Cupola d'Antonioni et Vitti
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    Le livre des cendres d'Emmanuelle

    11 Mai 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #poésie, #pour toujours

    couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle
    couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle

    couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle

    Est paru le 7 mai 2017, au soir d'une présidentielle ordinaire à la française, cuisine électorale soignée avec plats mijotés longtemps à l'avance, petits plats dans les grands,  Livre des cendres d'Emmanuelle, édition courante aux Cahiers de l'Égaré, édition de tête chez Le Sélénite.

    Note de l'éditeur de l'édition courante

    En 2007, peu avant sa mort l’année suivante, Louis-Jacques Rollet-Andriane m'a confié ce Livre des cendres d’Emmanuelle. Il m'avait appris par deux lettres, deux ans après, en 2005 donc, la disparition d'Emmanuelle et je venais lui rendre visite chez lui, pour la première fois à Chantelouve d’Emmanuelle, la maison du Var qu’il habitait avec sa femme, Marayat, depuis le milieu des années 70. 

    Il y eut une deuxième visite. La troisième, décalée pour cause de neige, n'eut pas lieu. Quand je repris contact en avril 2008, Louis-Jacques Rollet-Andriane venait de disparaître à son tour. Pendant mes deux visites, je pus filmer Chantelouve et en particulier le faux livre contenant les cendres d'Emmanuelle, au milieu d'autres livres de l'une des bibliothèques.

    J'ai édité les derniers textes d’Emmanuelle Arsan : Le sexe et la fronde, Pourquoi la jalousie est une boucle étrange, Lesbos Alpha, Lesbos Omega, Pour qu'il puisse y avoir une dernière parole, Liberté charmée et l'irremplaçable Bonheur. J'ai entretenu avec elle une longue correspondance, du 19 mars 1988 au 31 mars 2005, partiellement publiée dans Bonheur et Bonheur 2. Nous ne nous sommes jamais rencontrés et sans doute est-ce la raison de cette correspondance heureuse selon sa propre formule, « sans rien entre nous qui pèse ou qui pose »

    J'ai envoyé le tapuscrit de Louis-Jacques Rollet-Andriane à Pierre Pascual, jeune éditeur et passionné par toute Emmanuelle, en juin 2016. Nous avons décidé d’en sortir une édition conjointe en hommage à Emmanuelle Arsan, à Louis-Jacques et Marayat qui aimaient que les amours, les corps (et certainement les livres) soient libres, multiples. 

    Une histoire commencée avec la publication en 1959 sans nom d'auteur et sans nom d'éditeur, du roman Emmanuelle, trouve une forme d'achèvement avec la publication sans nom d'auteur et sans nom d'éditeur du Livre des cendres d'Emmanuelle, en 2017, dix ans après que son auteur me l'ait confié. Mais il va de soi que pour Pierre Pascual comme pour moi-même, l'oeuvre plurielle d'Emmanuelle Arsan continue et continuera à « faire l'amour ».

     

    Jean-Claude Grosse

     

    Avant-propos de l'édition de tête

     

    En 2007, peu avant sa mort l’année suivante, Louis-Jacques Rollet-Andriane a confié ce Livre des cendres d’Emmanuelle à l’éditeur ami Jean-Claude Grosse qui venait lui rendre visite chez lui, à Chantelouve d’Emmanuelle, la maison du Var qu’il habitait avec sa femme, Marayat, depuis le milieu des années 70.

    Jean-Claude Grosse, qui a édité les derniers textes d’Emmanuelle Arsan et entretenu avec elle une longue correspondance, m’a envoyé ce tapuscrit en juin 2016 ; nous avons décidé d’en sortir une édition conjointe en hommage à Emmanuelle Arsan, à Louis-Jacques et Marayat qui aimaient que les amours, les corps (et certainement les livres) soient libres, multiples. 

    Le Livre des cendres d’Emmanuelle est un vibrant hommage à Marayat qui, pendant plus de quarante ans, a illuminé la vie de Louis-Jacques, façonnant avec lui l’enfant de leur vie : Emmanuelle

    À sa mort, Louis-Jacques conservera les cendres de Marayat dans un livre. C’est ce livre « que personne n’a écrit, que nul ne lira » que Louis-Jacques décide de transformer en poèmes vivants, pour que sa femme, celle qui fut tout autant que lui « Emmanuelle », vive encore. 

    Ce recueil vient clore une aventure commencée en 1959 avec la publication du premier tome anonyme de celle qui portait ce prénom qui aura traversé les décennies.

    Après EmmanuelleEmmanuelle à Rome, Les enfants d’EmmanuelleLes soleils d’Emmanuelle, le Livre des cendres d’Emmanuelle vient achever en poèmes l’histoire d’une vie ; une vie pleinement et multiplement vécue par celles qui portaient tous les visages, investissaient tous les corps : Louis-Jacques et Marayat.

    Lorsqu’il y a quelques années j’ai commencé à écrire moi aussi une Emmanuelle, j’avais décidé d’adopter pour parler du couple mythique que formaient L.J. et Marayat, le féminin pluriel. J’ai découvert dans ces poèmes que Marayat utilisait elle-même ce féminin pluriel pour parler d’ « elles ».

    Le futur sera féminin pluriel. 

    J’ai tenté de respecter tant que faire se pouvait la forme du tapuscrit original qui ne comportait pas de nom d’auteur en choisissant de n’en faire figurer aucun sur la couverture.

    Le respect de cet anonymat et de tous les jeux/je qui en découlent rendra je l’espère hommage à celui qui s’écrivit pendant des décennies au travers de son Emmanuelle rêvée, et qu’une fois son incarnation terrestre disparue il ne pouvait plus investir. 

    Après maintes réflexions, j’ai décidé de faire coexister pour la première fois, sur la page de grand titre, le nom de Louis-Jacques avec celui d’Emmanuelle, non loin du visage esquissé de Marayat. 

    Trio enfin réuni.

    Pour Louis-Jacques et Marayat, le chiffre trois était le chiffre de l’amour, rien ne pouvait naître du couple fermé sur lui-même ; Emmanuelle était cet(te) autre attendu(e) invoqué(e) espéré(e), cet(te) autre qui était possiblement eux-mêmes, « elles-mêmes », simultanément ou à tour de rôle. 

    Je ne reviendrai pas pendant des pages et des pages sur l’identité d’Emmanuelle Arsan, je me suis expliqué sur ce choix dans la préface de La Philosophie Nue il y a quelques mois. Louis-Jacques aura le dernier mot ; Marayat, la dernière image, déjà floue, presque éteinte ; la Siamoise nue s’efface pour n’être plus que toutes les femmes, Emmanuelle, rien de moins. 

    Que l’auteur ait remis ces poèmes en personne à celui qui serait susceptible de les éditer prouve qu’il acceptait enfin que son nom soit accolé à une « œuvre emmanuelle » (même si tristement amputée de sa moitié), et qu’il espérait que cette œuvre soit partagée. 

    C’est aujourd’hui chose faite, dix ans après, dans cet écrin couleur de cendres.

     

     

    Pierre Pascual 

     

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    Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

    3 Avril 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras

    Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
    Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
    Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

    Déjà deux réactualisations de cet événement, tragédie grecque dit Solange Marin, la grand-mère. Hier soir, 2 avril 2017, diffusion de l'émission Faites entrer l'accusé. Cette enquête minutieuse avec de nombreux témoignages est chargée en émotion, en interrogations et me laisse sur un profond malaise. La confrontation au Mal absolu comme dit l'avocat de la famille Marin et le plus terrible, l'absence de compassion, mot si mal entendu, comportement si rare. Je n'en ai point senti dans cette émission, 5 ans et demi après.

    JCG

    Réaction d'un auteur de théâtre: Oui je crois que le mal absolu existe.Oui la parole est là pour avancer dans le corps de la souffrance, et défaire les silences, ouvrir cette absence de mots qui crée des cryptes où sommeillent les gestes de destruction.Devant son geste le garçon dit “jouissance“. Questionné, il recommencera s'il a le "cran" de le faire. Il faudrait d'autres mots en face de ce désastre total de rapport au réel de l'autre. Il me semble qu'ils existent. Même si le mot "compassion" paraît bien faible devant la glaciation humaine du garçon. Moni

    Il y a 5 ans, le 16 novembre 2011, éclatait l'affaire Agnès M., suite au viol et à l'assassinat barbare d'Agnès,  allant sur ses 14 ans, par un lycéen du Chambon sur Lignon, condamné comme mineur et malade mental à la perpétuité, (seul cas en France, c'est dire la violence des faits et l'impossibilité ou incapacité de comprendre un tel acte).

    Je réactualise donc cet article qui présente le livre pluriel, Elle s'appelait Agnès, écrit par solidarité et en empathie avec la famille, les grands-parents en particulier qui ont suivi l'écriture du livre, avant de me demander de ne pas le publier de façon comminatoire. J'ai satisfait à l'injonction jusqu'à ce que justice passe, 2 procès, juin 2014, octobre 2015. J'ai décidé de publier le livre après la projection du film Parents à perpétuité où les parents de Matthieu s'expriment, plus de 4 ans après les faits. Au moment de l'écriture, nous avons "oublié" les parents de l'assassin, sauf un texte entre Père et fils, signé François Lapurge.

    JCG

    P.S.

    Hasard ou pas, ce 16 novembre 2016, diffusion du film Truman Capote, réalisé par Bennet Miller, avec Philip Seymour Hoffman et Catherine Keener dans le rôle de Lee Harper, l'amie et auteur d'un seul livre, livre culte, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Le film retrace entre autre la genèse du roman-vérité De sang-froid, en lien avec l'assassinat le 14 novembre 1959 de 4 membres de la famille Clutter dans un village du Kansas, Holcomb, par deux jeunes marginaux Perry Smith et Richard Hickock, qui finirent pendus le 14 avril 1965, Truman Capote les ayant suivis en prison, ayant assisté à l'exécution, épreuve dont il ne se remettra pas.

    D'où mon interrogation: avons-nous eu raison de choisir la fiction, ne pouvant écrire des récits documentés tant sur Agnès que sur Matthieu ?

    J’ai l’impression qu’il y a 3 choix possibles par rapport à l'écriture sur le mal, le silence (motivations multiples), la fiction, le document-vérité ( Truman Capote, Charles Reznikov dans Testimony ou Holocauste);
    la moins dangereuse pour soi est la fiction me semble-t-il,
    c’est pourquoi je suis peu réceptif à tout un tas d’écrits y compris de théâtre où on se met à la place de, après s’être documenté sur ce que vivent les gens dont on veut parler
    (je ne citerai pas de noms, pas d’oeuvres)

    Réaction d'un auteur de théâtre, Caroline de Kergariou :

    Cher Jean-Claude

    Je lis avec surprise ta postface à ton article et ne suis pas du tout d'accord avec ton propos.
    Je suis littéralement descendue aux enfers (des mois de dépression majeure, un état de zombie) quand j'ai écrit LA CAVE qui est pourtant une pure fiction.
    Alors, la fiction ferait-elle courir moins de risques à l'auteur ?
    Peut-être cela dépend-il des gens... Petit détail supplémentaire : je ne me suis pas documentée sur l'affaire avant d'écrire, seulement après.
    J'avais juste le souvenir de deux gamines mortes de faim dans une cave.
    Je me suis demandé ce que l'on pouvait éprouver dans une telle situation, c'est ce que j'ai cherché à imaginer.

    Amicalement, Caroline, Paris, le 20 novembre 2016

    L'article de wikipédia consacré à ce qui s'appelle L'affaire Agnès M. présente cette tragédie me semble-t-il avec précision ; je reste dubitatif cependant sur toutes les remarques concernant les"défaillances" et "dysfonctionnements", les "erreurs et fautes" d'expertise qui ont suivi le 1° viol et l'entrée au Cévenol; après coup, il est facile d'exhiber la dangerosité du "monstre" (le terme a été employé sans vergogne par la presse) et de se faire le chroniqueur d'une tragédie annoncée; le débat qui a suivi la projection du documentaire Parents à perpétuité est très instructif à cet égard; des erreurs peut-être, des fautes, c'est à prouver; la famille d'Agnès a demandé en avril 2015 au Conseil supérieur de la Magistrature d'examiner les décisions de la juge qui a instruit la 1° affaire de viol ; elle « a fait preuve de manquements dans l'exercice de son métier de juge d'instruction ». « Nous demandons au Conseil supérieur de la magistrature d'examiner ce dossier et de prononcer à son encontre une sanction disciplinaire », concluent-ils. À suivre donc.

    Les parents de Matthieu, l'assassin d'Agnès, s'expriment, les soeurs aussi, dans le documentaire réalisé par Anne Gintzburger, Parents à perpétuité, même titre qu'un article du Monde magazine du 15 novembre 2014, documentaire diffusé sur LCP Public Sénat, samedi 7 février et dimanche 8 février 2016. C'est un documentaire d'une grande force émotive et réflexive. On y apprend que le lycée du Cévenol a définitivement fermé. 76 ans d'histoire et toute une histoire de Justes balayée par deux crimes qui font poser la question: monstre ou humain ? Les parents et les soeurs (17 et 11 ans) répondent par une attitude exemplaire d'amour parental et soral; Sophie la mère est particulièrement touchante, le père Dominique dit des choses fortes; j'ai beaucoup apprécié les propos de Margaux, l'aînée (quelle maturité) et de Zelie la dernière (son histoire de Matthieu blanc et de Matthieu noir est parlante et sans doute cathartique). Matthieu est le seul mineur condamné à la perpétuité en France. Déclaré malade au 2° procès, il a été recondamné sans circonstances atténuantes. À son propos, un psychiatre a évoqué un OVNI scientifique. Marcel Rufo qui suit les parents parle de psychose mais ce n'est pas le nom de sa maladie, de sa pathologie. Son indifférence affective par rapport à son crime est ce qui fait problème, pas de regrets, pas de remords, pas de demande de pardon. Rufo se demande: sera-t-il capable avec le temps de sortir de cet état ? Une psychanalyste de mes amies m'a évoqué une structure possible de pervers paranoïaque. On ne peut qu'éprouver de l'empathie pour ces parents à perpétuité, pour les soeurs de Matthieu Bien sûr on n'oublie pas Agnès ni la famille d'Agnès.

    Suite à la diffusion de ce documentaire que j'ai regardé deux fois, Les Cahiers de l'Égaré ont fait imprimer 100 exemplaires du livre Elle s'appelait Agnès, écrit par un collectif d'auteurs de théâtre, de professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse (éducateur en prison, directeur de prison pour jeunes, psychologue), livre écrit par solidarité avec la famille d'Agnès. Ces auteurs ont participé pour un certain nombre d'entre eux à la marche blanche du 16 novembre 2012 à Paris, à la mémoire d'Agnès. Il y a plusieurs textes en lien avec le double violeur-tueur car dans une telle tragédie, on ne peut dissocier le bourreau et la victime. Cela fit problème lors d'une rencontre des auteurs à Paris, en novembre 2012, indépendamment de la présence à cette réunion des grands-parents d'Agnès. Le texte Essai d'abjection introspective fut violemment critiqué. Moi-même quand je l'avais reçu, j'avais dit: il est irrecevable. J'avais dit à l'auteur: Prolonge ton texte sur ce qu'il éprouve au moment de l'acte monstrueux par ce que dit le bourreau après dix ans de suivi et de prison. Dans le 2° texte, le bourreau n'a pas changé d'un pouce, quelques mots seulement ont changé. Nouvelle proposition à l'auteur: Écris alors du point de vue de la victime, sa prise de conscience après coup qu'elle a eu affaire non au prince charmant mais à la beauté et à la monstruosité du diable au corps.

    Deux lettres recommandées me sommèrent en décembre 2012 de ne pas publier le livre dont on avait prévu la sortie après le procès de juin 2013.

    J'ai respecté l'injonction qui m'a été faite alors que rien ne m'empêchait de sortir ce livre pluriel, sur le plan judiciaire et pénal. Aucun nom, aucun lieu, aucune date en lien avec les faits, que de la fiction.

    Pour remercier les auteurs qui s'étaient investis dans ce travail d'empathie et de solidarité, j'ai édité seulement les exemplaires d'auteurs du livre Elle s'appelait Agnès, en février 2015 après les 2 procès (2° procès en octobre 2014). Le livre était prêt depuis novembre 2012. Je l'ai édité hors commerce, exemplaires réservés exclusivement aux auteurs, soit 20 exemplaires.

    Aujourd'hui, je réimprime 100 exemplaires en tirage avec PVP, partiellement diffusé en librairie mais aussi en vente directe. Et un exemplaire au dépôt légal, ce que je n'avais pas fait en 2015. Je transmettrai un exemplaire du livre à la famille de Matthieu pour leur montrer qu'ils ne sont pas seuls, même si on n'est pas nombreux. Si on avait vu le documentaire Parents à perpétuité, si on avait lu l'interview du 15 novembre 2014 dans le Monde magazine, cela aurait sans doute modifié les écritures des 20 qui ont écrit Elle s'appelait Agnès. Le livre existe maintenant, sans bruit, nourri de la tragédie de deux familles.

    Avons-nous eu raison de donner forme à un élan d'empathie qui a été unilatéral ?

    Reçu ce message :

    Merci Jean-Claude de nous avoir envoyé la video de ce document formidable. Le témoignage de ces parents, surtout celui du père est très touchant, il pose des questions essentielles. C'est enseignant pour nous tous. La justice est paradoxale en reconnaissant Mathieu malade et en le condamnant à perpétuité (un mineur), au lieu de l'orienter vers un service de psychiatrie. Cependant le père note que Mathieu est mieux enfermé dans sa cellule. Il existe en effet des êtres qui se sentent plus en sécurité enfermés car ils perçoivent qu'ils ne disposent pas de défenses psychiques pour contenir ce qui les submerge. Et d'autre part, payer en prison peut être pacifiant par rapport à la responsabilité de leur acte malgré l'absence de culpabilité. La psychose est évidente chez ce jeune, c'est ce que j'ai perçu depuis le début mais c'est étonnant, il n'y a que Rufo qui l'évoque. Bien amicalement M-P

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    Le Triomphe de l'artiste/Tzvetan Todorov

    28 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #jean-claude grosse

    Le Triomphe de l'artiste/Tzvetan Todorov

    Le Triomphe de l'artiste

    La révolution et les artistes

    Russie : 1917-1941

    Tzvetan Todorov

    Flammarion 2017

     

    Cet essai est paru le 14 février 2017. Tzvetan Todorov a disparu le 7 février.

    Le sous-titre est clair, 100 ans après la révolution russe (deux en réalité, celle de février et celle d'octobre mais c'est la seconde qui prend durablement le pouvoir jusqu'à l'effondrement du mur de Berlin, 1989, puis de l'Union soviétique, 1990) Tzvetan Todorov s'intéresse aux rapports entretenus entre la révolution et les artistes, entre les artistes et la révolution. Sujet complexe dépendant en fait de chaque artiste dans un contexte commun à tous.

    Todorov distingue en gros 3 moments, l'avant-révolution et la révolution jusqu'en 1922 (Lénine et Trotsky jouent le rôle essentiel), la montée en puissance de Staline jusqu'en 1927 (dès la maladie de Lénine et de sa mort en 1923-1924), l'instauration du pouvoir absolu de Staline à partir de 1929.

    Dès avant la révolution, les artistes en vue sont engagés dans des démarches révolutionnaires quant à l'art qu'ils pratiquent. Les formalistes, les avant-gardistes, les suprématistes, les artistes prolétariens, ça foisonne, ça s'affronte, ça s'anathémise, ça crée, ça bouleverse forme ou contenu, thèmes, sujets et manières, ça invente des mots, ça théorise à tout va. Futurisme, motorisme, automotisme, trépidisme, vibrisme, planisme, sérénisme, exacerbisme, omnisme, néisme, avérinisme, toutisme, autant de mouvements, de théories, éphémères car devant innover, produire du nouveau en permanence, être le démiurge de l'art en détruisant l'ancien pour y substituer du neuf, chaque artiste révolutionnaire tente de protéger ses trouvailles, les garde secrètes jusqu'à leur affirmation publique, en revue, expo, mise en scène, film, opéra. Là les critiques et jalousies se déchaînent. Ces rivalités feront le jeu du pouvoir autocratique, visant à se soumettre l'art, à mettre l'art au service de la révolution prolétarienne, au service de l'État prolétarien, détenteur des postes à pourvoir, des moyens à distribuer.

    Période de guerre civile, période de famine, période de terreur policière et judiciaire, période de construction du socialisme dans un seul pays, de la collectivisation forcée, c'est pour les artistes une période difficile, une période le plus souvent de survie où l'on peut garder sa vie ou la perdre. Chacun va développer une ou plusieurs stratégies au cours de sa vie, plus ou moins brève. Chacun va répondre à sa manière, variable selon ce qui lui arrive, venu de l'État (la TchéKa, le NKVD), autorisation ou interdiction de voyage à l'étranger, emprisonnement et interrogatoire ou liberté surveillée, interdiction ou autorisation de représentation, censure ouverte ou discrète. Il y a ceux qui tentent de s'adapter à ce climat en louvoyant, menteurs envers l'autorité et fidèles à eux-mêmes, ceux qui se renient, avouent leur trahison ou remettent au travail leur œuvre selon les exigences d'état. Il y a ceux dont le prestige les protègera de la déchéance, il y ceux qui se suicident, ceux qui s'exilent, ceux qui meurent de maladie ou de faim. Il y a ceux qui y ont cru, ceux qui ont douté dès le début, ceux qui ont compris dès le début ou très vite.
    Je ne nomme aucun de ces artistes. Todorov en parle très bien dans des récits bien documentés. On les accompagne parce que c'est un vrai travail de compréhension qui est entrepris. Un regret, rien sur Anna Akhmatova.

    Deux parties :

    • De l'amour à la mort où sont présentés tous ceux qui sont encore dans nos mémoires pour peu qu'on aime les artistes d'où qu'ils viennent, Maïakovski, Meyerhold, Chostakovitch, Einseintein, Mandelstam, Tsvetaïeva, Pasternak, Boulgakov, Zamiatine, Babel, Pilniak, Gorki, Bounine ;

    • Kazimir Malevitch, cette 2° partie, nourrie des écrits de Malevitch, le créateur du suprématisme dont le célèbre Le suprématisme. Un monde-sans-objet ou le repos éternel, traduit par l'ami Gérard Conio, suit le parcours du plus radical des avant-gardistes, qui réussira à ne pas compromettre sa vision évolutive de l'art jusqu'à son achèvement dans un monde sans objet donc ayant rompu avec la représentation, le fondateur peut-être de ce qu'on appelle aujourd'hui l'art conceptuel qui, hélas, consiste souvent à savoir communiquer sur ce qu'on se propose de ne pas faire puis de faire et qu'on ne réalise pas pour que le désir de la chose manquante soit au comble. Mais paradoxe, dans ce désir de pureté, de purification, Malevitch va se révéler un implacable dénonciateur de l'univers stalinien et faire œuvre de résistance. L'analyse que fait Todorov de quelques œuvres de Malevitch est exemplaire. Je pense à celle des tableaux Sensation de danger ou Sensation d'un homme emprisonné. Ce n'est qu'en 1998 que l'on a pu voir les œuvres sauvées de Malevitch en Russie.

       

      Pourquoi le titre Le Triomphe de l'artiste ? Parce que les artistes broyés, affamés, torturés, censurés, internés, condamnés, isolés... par la machine diabolique du « tayrorisme » à la soviétique, à la Staline ont gagné sur le temps long. Les œuvres, celles qui n'ont pas été brûlées, détruites, ont survécu, sont réapparues au grand jour, sont à nouveau visibles, partagés, partageables quand depuis déjà 30 ans, ce système de mensonge, de délation, de répression au nom de l'édification de l'homme nouveau et de l'avènement de l'avenir radieux a disparu des écrans, travaillant cependant dans l'inconscient collectif et restant agissant dans cet « étrange » régime qu'est la Chine.

      L'épilogue est à analyser attentivement car Todorov revient sur son parcours intellectuel, idéologique depuis son départ de la Bulgarie. L'humaniste Todorov a choisi sans hésiter le camp de la démocratie, des démocraties. Au temps de la guerre froide, de la coexistence pacifique, on choisissait un des deux camps. Avec l'effondrement du mur de Berlin en 1989, avec l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, avec la fin de l'Histoire, avec le triomphe du capitalisme mondialisé et financiarisé, il est difficile de ne pas voir que le miroir et ses effets nous renvoie du système dominant actuel de curieuses images. Au nom de la démocratie, au nom des droits de l'homme puis du droit d'ingérence, voici l'Occident sous la houlette des États-Unis en croisade contre le Mal, contre le Terrorisme qui peut changer de visage selon les besoins, contre les États voyous ou criminels. Les guerres se succèdent, s'enchaînent, trainent, n'en finissent pas, Yougoslavie, Afghanistan, Libye, Irak, Syrie, Mali, Ukraine, Somalie, Yémen. Et ce qui devait devenir une démocratie pendant ou après l'intervention militaire à moins qu'on ait suscité une révolution orange ou un printemps arabe pour dégager les infâmes dictateurs devient un terrible chaos avec guerre civile, mercenaires au service d'intérêts pétroliers et gaziers, fuite des populations, flux migratoires et tout ce qui s'ensuit comme drames humains. Todorov reconnaît avoir eu du mal à reconnaître une similitude entre totalitarisme (stalinien, nazi) et démocratie, sourd à l'avertissement de Soljenitsyne à Harvard : à l'est, c'est la foire du Parti qui foule aux pieds notre vie intérieure, à l'ouest, la foire du commerce. Similitude ayant pour source, l'humanisme rationaliste qui proclame et réalise l'autonomie humaine par rapport à toute force placée au-dessus de lui. Cette hubris, cette démesure, ce prométhéisme, cet utopisme, ce messianisme ne sont donc pas que l'apanage des totalitarismes mais aussi des impérialismes se camouflant derrière le paravent de la démocratie et des droits de l'homme. Suit ce passage terrible : Vouloir éradiquer l'injustice de la surface de la Terre ou même seulement les violations des droits de l'homme, instaurer un nouvel ordre mondial dont seraient bannies les guerres et les violences est un projet qui rejoint les utopies totalitaire dans leur tentative pour rendre l'humanité meilleure et établir le paradis sur terre, (page 301). Cet humanisme rationaliste existe depuis la Renaissance, depuis les Lumières. L’épilogue incite à réfléchir sur l’humanisme rationaliste et sur l’histoire de la religion, Messe noire, dit le philosophe anglais John Gray: la politique moderne est un chapitre  de l’histoire de la religion. Dans les totalitarismes on utilise la coercition, la contrainte, le contrôle. Dans l'ultra libéralisme on utilise le consentement des gens. Regardez ce qui se passe quand vous installez une application sur votre portable, vous acceptez les conditions.

    • Todorov dans cet épilogue parle des démocraties libérales, des États et du risque possible de déshumanisation. Il n'évoque pas le messianisme de certaines multinationales qui se proposent via ce qu'on appelle le transhumanisme de modifier l'espèce, de développer l'intelligence artificielle. Et nos artistes là-dedans ? Dans ses formes l'art est souvent une résistance à l'uniformisation, à la systématisation. Nos artistes jouissent d'une réelle liberté. Se sentent-ils responsables envers leur art, envers leur société, leur époque. Adoptent-ils des stratégies de contournement du système, s'y opposent-ils, s'en accommodent-ils? Produisent-ils des œuvres sans compromission avec le système marchand, broyeur d'êtres, créateur de misère, destructeur de l'écosystème, fabricant d'idoles, d'icônes, faisant et défaisant les stars, les tuant ou poussant au suicide. Il faut une connaissance de l'art dit contemporain pour éventuellement répondre. Todorov reste muet sur les « artistes » de notre temps, de notre monde. Moi aussi.

    • Une exception, un article en lien sur l'artiste Anish Kapoor, acquéreur du Noir absolu, le Vantablack. Mais un artiste grec, Athanasios Zagorizios, a trouvé un noir plus noir. Wouaf, Wouaf. Et des vidéos sur Jannis Kounellis, décédé le 16 février 2017, un de l'arte povera dont on dit ceci sur wikipédia:

      Par rapport à ses maîtres, Kounellis montre vite une très forte urgence de communication avec le but de refuser les projections individualiste, esthétisante et décadente et d'exalter la valeur publique, collective du langage artistique. Dans ses premières œuvres, en effet, il peint des signes typographiques sur fond clair qui font allusion à l'invention d'un nouvel ordre par un langage fragmenté, pulvérisé.

      Les premières expositions voisines idéologiquement de l'arte povera remontent à 1967. Il emploie dans celles-ci des produits et matériaux communs suggérant pour l'art une fonction radicalement créatrice, mythique, sans concessions aux représentations pures. Il fait de façon évidente, référence à ses origines grecques. Ses installations deviennent de véritables scénographies qui occupent complètement la galerie et entourent le spectateur en le rendant acteur

    • Jean-Claude Grosse

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    De l'âme/François Cheng

    21 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #jean-claude grosse

    couverture du livre De l'âme de François Cheng

    couverture du livre De l'âme de François Cheng

    De l'âme

    François Cheng

    Albin Michel, 2016

     

    De François Cheng, j'ai lu un roman, L'éternité n'est pas de trop, les Cinq méditations sur la mort. J'apprécie mais sans le sentiment de l'essentiel, un essentiel que je cherche sans pouvoir être précis quant à ses contours, à son contenu. Si je vais vers François Cheng, c'est parce que je sens une recherche aussi, spirituelle au moins. Sa connaissance des sages et des peintrs chinois est un élément supplémentaire d'attirance. Ajoutée à cela, sa connaissance de ce qu'on peut appeler la culture française, plus large, plus complexe que la philosophie des Lumières et l'esprit voltairien, fait de François Cheng, non un homme écartelé entre deux cultures mais un pont possible entre deux cultures. La synthèses est-elle possible ? Un dialogue, oui, des connivences aussi. C'est donc avec envie que j'ai lu De l'âme.

    Il s'agit de 7 lettres à une amie, à une femme, à l'automne de sa plénitude, qui l'a abordé dans le métro, il y a déjà longtemps, l'ayant reconnu alors qu'il n'était pas encore connu, femme d'une beauté qui l'avait interpellé, lui demandant comment elle pouvait l'assumer, avec laquelle il a eu quelques échanges par intermittences et qui l'interroge 30 ans après, suite à un constat qu'elle fait : Sur le tard, je me découvre une âme... Acceptez-vous de me parler de l'âme ?

    D'abord réticent, à cause du climat intellectuel en France où ce vocable est marginalisé au profit du dualisme corps-esprit, où le matérialisme, le scientisme sont dominants, arrogants, il finit par vouloir faire la clarté aussi pour lui, soucieux de son âme et de ses liens avec l'Âme. Car postuler que mon âme est unique, expression de mon unicité, de ma singularité, source de mon unité, c'est aussi postuler la même chose pour chacun, ce qui renvoie à une universalité. Toutes les âmes sont uniques et unissent, ce qui permet de poser l'Âme universelle comme principe de Vie et puisque chaque âme est unique, irremplaçable, cela rend nécessaire le respect de l'autre âme, rend possible l'amour de l'autre âme. Il constate que toutes sortes de vocables sont utilisés pour ne pas employer le mot « âme », for intérieur, jardin secret, appareil psychique... mais ces usages révèlent la dispersion, l'éclatement du sujet, l'impossible identité, la perte de l'unité de l'être. Être déformé, difforme, à la Bacon.

    Il revisite une intuition universelle, si le corps, l'animus est animé, vivant, c'est que quelque chose l'anime, l'anima. C'est le Souffle de Vie, le Aum indien, le Qi chinois, le Ruah hébraïque, le Rûh musulman, le Pneuma grec, l'Âme. Sans âme, le corps n'est pas animé, sans corps, l'âme n'est pas incarnée. Mais il faut ajouter, ce qui est premier, c'est l'âme, c'est elle qui porte le désir d'être qui est plus que l'instinct de survie, plus que le vouloir-vivre instinctif. L'âme est désir de vie et mémoire de vie, elle est ce qui nous permet de désirer, de ressentir, de nous émouvoir, de résonner, de conserver mémoire, de communier par affect ou par amour. Trois puissances en elle, le désir, la mémoire, l'intelligence du cœur. L'auteur aborde évidemment la distinction esprit-âme puisque au couple corps-esprit, il préfère la triade corps-esprit-âme. L'esprit raisonne, son champ est l'action dans les domaines de la vie sociale, politique, économique, juridique, éducative ; l'âme résonne, son champ est celui de l'amour, de la compassion, de la beauté et de la création artistique ; elle peut aussi s'égarer, se pervertir puis se repentir et se relever de l'exercice du mal ; elle est ange et démon. C'est elle qui prend en compte les souffrances et la mort, qui les intègre à la vie, à la Vie. Et de citer Hildegarde de Bingen : le corps est le chantier de l'âme où l'esprit vient faire ses gammes.

    Il résume de façon claire les traditions chinoise, indienne, grecque (platonicienne) de l'âme. De nous prévenir contre une mésinterprétation du bouddhisme, radicalement agnostique vis à vis de l'âme : il n'y a pas d'entité permanente qui subsisterait après l'abandon du corps, tout est impermanence et la compassion bouddhiste ne consiste pas en un rapport d'âme à âme. De l'impermanence naît l'interdépendance de tous les êtres, dénués d'unicité. Il nous rapporte aussi les leçons des trois monothéismes. En particulier l'apport de Pascal avec ses trois ordres superposés. Il y a une verticalité de ces trois instances, l'ordre des corps, celui des esprits, celui de la charité, de l'amour.

    Les lecteurs découvriront de belles pages sur la Joconde ou sur Léda (tableau perdu) de Vinci, et de montrer ce qui lie beauté et bonté, qui permet à l'âme de s'élever et de trouver sa voie dans la Voie, d'être l'oeil ouvert et le cœur battant de l'univers vivant, cela souvent au prix de grandes épreuves et souffrances mais aussi d'extases, de grands instants de félicité quand on contemple un lever, un coucher de soleil. Se sent-il petit, seul perdu dans l'univers, poussières d'étoiles, grains de poussière, celui qui contemple l'avènement de l'univers ? Oui, grain de poussière mais qui a vu. Tu es celui qui a vu. Et personne ne peut faire que tu n'aies pas vu. Le fait d'avoir vu est ineffaçable. Cet instant de rencontre donne sens à toi comme à l'univers. Instant d'éternité... Nous qui voyons de l'univers la part visible et qui en faisons partie, sommes-nous vus ? Si le voir n'était pas à l'origine, serions-nous capables de voir ? Oui, nous devons être assez humbles pour reconnaître que tout, le visible et l'invisible est vu et su par Quelqu'un qui n'est pas en face mais à la source.

    Aum, âme, amen.

    La sixième lettre est importante car elle parle longuement de Simone Weil, figure d'absolu du XX° siècle dit-il, caractérisé par un cheminement vers l'âme. Simone Weil, l'auteur de La pesanteur et la grâce (7 fois le mot esprit, 60 fois le mot âme), Attente de Dieu (5 fois le mot esprit, 100 fois, âme), Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain, titre remplacé par Camus L'enracinement, formidable inventaire des besoins terrestres de l'âme et du corps de chacun dont nous sommes tous responsables, l'auteur des Cahiers de Marseille qui s'écroule à 34 ans, morte d'anémie. Pour elle, les besoins de l'âme sont des obligations envers la Vie avant d'être des droits pour soi-même, exemple: l'âme humaine a besoin d'obéissance consentie et de liberté... ou l'égalité est un besoin vital de l'âme humaine, l'honneur est un besoin vital de l'âme humaine... Voici une puissante pensée de Simone Weil : la joie et la douleur sont des dons également précieux qu'il faut savourer l'un et l'autre intégralement, chacun dans sa pureté, sans chercher à les mélanger. Par la joie, la beauté du monde pénètre notre âme. Par la douleur, elle nous entre dans le corps. L'amitié est pour elle la vertu suprême. Simone Weil, figure à découvrir ou redécouvrir car articulant individuel et collectif, âme et corps, politique et morale, immanence et transcendance.

    Je conclurai cette note en disant que François Cheng fait une présentation classique, traditionaliste de l'âme, persuadé qu'il y a Quelqu'un à la source, la Source de Vie. Son approche est spiritualiste sans être religieuse. Elle est critique à l'égard du matérialisme occidental dominant qui nous voit comme poussières d'étoiles, amas de molécules, faisceaux de neurones, la Vie et tout ce qui la constitue étant le fruit du hasard. Cette approche me semble ne pas tenir compte de tout un tas d'avancées scientifiques qui montrent bien les intrications entre le corps et l'esprit, et dans les deux sens, actions du corps, actions de l'esprit. Il n'est plus possible pour les scientifiques honnêtes d'être arrogants dans leur matérialisme. Une conception plus holistique se développe, le corps-esprit et c'est ce qui explique pourquoi des tentatives de synthèse sont entreprises entre science et tradition, entre médecine rationnelle et médecine ayurvédique. Être à l'écoute du « chant » de l'univers, être à l'écoute de son corps (qui lui nous écoute, mémorise ce que nous en faisons, comment nous le traitons sans mesurer les conséquences au plus infime, au plus intime), donner sens à ce que nous vivons, amour inconditionnel à ceux que nous aimons, créer de la beauté, agir avec bonté c'est le travail de l'âme dont je pense de plus en plus qu'elle a à voir avec l'éternité du livre que nous écrivons de notre premier cri à notre dernier souffle. Rendre l'âme, expression que Cheng ne relève pas (il note en mon âme et conscience, la force d'âme, un supplément d'âme, l'âme sœur, l'âme damnée, sauver son âme, la mort dans l'âme) c'est rendre un livre qui éternise au fur et à mesure nos émotions, sentiments, actions, pensées, puisqu'il sera toujours vrai que j'ai pensé ainsi, agi comme ça, aimé de travers, été ému aux larmes, une mémoire de vie à la Vie qui continue. Je signale au passage que Marcel Conche emploie le mot âme. Il distingue son âme ordinaire, âme commune, produit de l'éducation, du milieu, de l'époque et son âme authentique, incarnée dans son œuvre.

    Jean-Claude Grosse

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    Le fabuleux pouvoir de vos gènes/Deepak Chopra

    4 Janvier 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #agoras

    deux livres stimulants, accessibles, sans concessions
    deux livres stimulants, accessibles, sans concessions

    deux livres stimulants, accessibles, sans concessions

    Le fabuleux pouvoir de vos gènes

    Deepak Chopra, 2016

    Livre de 384 pages, le fabuleux pouvoir de vos gènes demande de l'attention et de la persévérance. J'ai mis plusieurs semaines à le lire parce que je me suis essayé à effectuer un certain nombre de choix faciles dans différents domaines, alimentation, activités, méditation... Ce sont des choix pour la vie, il n'y a donc pas lieu de se précipiter, il faut évaluer ce qui nous convient. Ce n'est pas un livre de prescriptions, c'est un livre de conseils que chacun est libre de suivre selon ses besoins, ses désirs, ses buts. Il y a donc lieu de faire le point, une sorte de bilan, un peu comme le dit l'inscription d'un cadran solaire non loin de chez moi : si tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi, fais la pause et regarde d'où tu viens.

    Je ne vais pas décrire mes choix et décisions. Chacun doit les faire pour lui-même s'il est convaincu de l'intérêt profond de ce qui est proposé. Que ces choix et décisions soient complètement fondés scientifiquement, rien n'est moins sûr. Mais la probabilité est grande. Et surtout, le fait de croire aux effets positifs de ce que l'on décide se suffit comme le prouve le fameux effet placebo. Nos convictions, croyances sont agissantes.

    Avec ce livre, il en est de même avec le précédent, le fabuleux pouvoir de votre cerveau, Deepak Chopra fait le point sur ce que nous savons, met en question les hypothèses, évalue les effets possibles de ce savoir évolutif sur les gènes. C'est une somme, vivante, non une bible, sur les usages possibles au quotidien d'un savoir récent, en construction, qui met à mal nombre de certitudes, de lieux communs nous venant d'un savoir précédent, devenu obsolète en grande partie, mais qui continue à être colporté, diffusé, partagé. La réactivité de la "communauté" scientifique aux avancées techniques, scientifiques est freinée par des lourdeurs, des enjeux de prestige, de profit, par des cabales, des résistances dogmatiques. La réactivité de la société est bien entendue en résonance avec celle de la "communauté" scientifique, « communauté » étant un euphémisme. Selon le niveau de culture, le statut socio-professionnel et autres déterminations plus ou moins agissantes, les groupes et les individus seront plus ou moins en phase ou plus ou moins en décalage avec l'état actuel des connaissances, avec l'état actuel des polémiques, avec l'état actuel des incertitudes.

    Au sortir de ce livre, ce qui domine pour moi est l'impression d'avancées, de percées aux potentialités considérables mais aussi le sentiment que nos savoirs sont plein d'incertitudes, qu'ils ne sont pas acquis durablement, qu'ils sont instables. Il faut donc avoir une curiosité scientifique inlassable, hélas difficile, imposssible à satisfaire car les domaines concernés sont très spécialisés, que les spécialistes sont souvent seuls à se comprendre, que la vulgarisation n'existe pas ou peu, que les passeurs de ces savoirs évolutifs, voire révolutionnaires, sont rares. Autrement dit, l'objectif de vivre avec son temps, avec son temps scientifiquement parlant, qu'il s'agisse de nous, notre corps, notre esprit, qu'il s'agisse de la Terre, de l'Univers, est un objectif inatteignable mais auquel, pour ma part, je préfère ne pas renoncer. Me voir et me vivre selon ce que nous savons aujourd'hui de nous, vivre dans un Univers selon ce que nous en savons aujourd'hui me semble une tentative difficile mais aux effets bénéfiques, en tout cas préférables aux effets sclérosants des modèles précédents obsolètes ou en cours d'obsolescence. Et pour tout dire, je préfère passer une partie de mon temps à me mettre au courant (expression intéressante) de l'état actuel des recherches qu'à m'indigner en permanence des histrions qui occupent le devant de la soi-disant scène qui compte.

    Obsolète, la séparation inné-acquis. Obsolète, l'ADN, signature immuable d'un individu. Obsolète, la démarche par causalité linéaire : un symptôme, une « maladie », un traitement. Obsolète probablement, le darwinisme pur et dur confiant au hasard seul, le moteur de l'évolution.

    À reconsidérer, les rapports corps-esprit ou corps-mental. Le rôle, la place de la mémoire, des mémoires (le domaine à mon avis, le plus important comme le montre l'ADN, mémoire vivante, agissante en permanence de 3,5 milliards d'années d'évolution, c'est cette mémoire qui est à considérer comme intelligence créatrice, évolutive; l'IA -intelligence artificielle- a beaucoup à nous apprendre sur comment un système se corrige, se développe...). À reconsidérer, nos croyances sur la mort, les représentations que nous en avons. Faire appel à de nouveaux outils, concepts et réalités, la causalité nébuleuse, l'intelligence auto-organisationnelle par rétro-action, feed-back, homéostasie, le génome et sa plasticité, l'épigénome et ses capacités réparatrices ou destructrices découvertes par l'épigénétique selon qu'il y a activation ou désactivation par méthylation , le microbiome (les milliards de bactéries, plus nombreuses que nos cellules qui nous colonisent, très lointaines ou très anciennes et sans lesquelles nous ne pourrions digérer et nous défendre...) et ses interactions au plus petit niveau avec nos cellules. Admettre que nos corps fonctionnent bien, en harmonie, que nous n'avons presque qu'à laisser faire, sauf dans les domaines essentiels de l'alimentation, du sommeil, du stress, de l'activité physique, de l'environnement dans lequel nous vivons, que les dérèglements sont rares, peuvent être partiellement prévenus par une bonne hygiène et qualité de vie, la diversité des cellules et des organes n'étant pas régie par la seule loi de la survie pour chacune et chacun, auquel cas ce serait la guerre permanente en nous mais aussi par une autre loi, le service de l'ensemble, le vivre ensemble si je puis dire, chacun restant spécialisé mais en lien avec le reste, avec l'ensemble, ce n'est pas seulement chacun pour soi, c'est chacun pour tous (à relever le fait que cette diversification, cette spécialisation des cellules et des organes, 79 organes dans le corps humain dont un vient d'être découvert et nommer - il s'appelle le mésentère et est situé dans le système digestif, reliant l'intestin aux parois abdominales, on ne connaît pas encore ses fonctionns -; cette diversification est obtenue à partir d'une cellule qui se divise par mitose, 2 donnent 4 puis très vite on est à des milliards, d'où problème métaphysique, l'indéfiniment grand est-il engendré par division de l'unité ou faut-il postuler l'infini pour en dériver tout ce qui est fini, comptable ?). Ne pas s'énerver quand des paradoxes surgissent et ils sont nombreux, contribuant à nous déstabiliser. Porter un regard différent, nouveau sur nos maladies, l'Alzheimer (pour se faire une idée de comment on a avancé dans ce domaine, on lira L'éclipse de Rezvani où celui-ci décrit avec force détails, sorte de confession implacable, le développement de la maladie chez sa femme, Lula), les cancers, le diabète, l'obésité, nos dépressions. Ne pas croire à la toute puissance de nos choix de vie. Ne pas croire à leur inutilité pour retomber dans les mêmes compulsions de répétition. Avoir plutôt une approche holistique, corps-esprit, une approche tenant compte du contexte environnemental (vit-on en zone fortement polluée ou a-t-on la chance d'y échapper partiellement, ai-je échappé au nuage de Tchernobyl ou pas ?), interrogeant les comportements, remontant dans la psycho-généalogie pour découvrir de possibles héritages par transmission sans doute épigénétique après avoir été culturels et familiaux, une approche consciente de l'impact des mémoires qui nous constituent, donc des durées historiques dont nous sommes les héritiers et les passeurs. Je pense même qu'il faut élargir cette conscientisation jusqu'aux étoiles dont nous sommes des poussières.

    Évidemment, je dis tout cela avec mes mots, pour me rendre accessible ce que j'ai retiré de ce livre stimulant, offrant un nombre important de nouvelles connaissances, portant sur la place publique les différends traversant la « communauté » scientifique dont l'ultime différend, métaphysique, primat de la matière, du hasard créateur, option matérialiste dominante chez les scientifiques, primat de la Conscience, d'une Intelligence créatrice, option spiritualiste, minoritaire chez les scientifiques, (il ne semble pas nécessaire de considérer cette Intelligence comme ayant à voir avec « Dieu », avec le créationnisme; comme je l'ai signalé plus haut, je pense que c'est la mémoire qui se constitue, qui se transmet, qui évolue, qui s'adapte, le moteur de cette intelligence créatrice). J'opte pour un mixte des deux, pour une approche corps-esprit, étroitement reliés.

    Un exemple de la fécondité de cette approche. L'ADN de chacune de nos cellules, déplié, fait 2,5 m. Sont mémorisés 3,5 milliards d'années d'évolution des espèces avec 4 lettres A, C, G, T enroulés en double hélice, ingéniosité de stockage, ingéniosité de reproduction, de réparation... Par exemple, le chromosome1 humain, qui est le plus grand des chromosomes humains, contient environ 220 millions de paires de bases pour une longueur linéaire de 7 cm. L'ADN recèle toute l'information génétique permettant aux êtres vivants de vivre, de croître et de se reproduire. Certains constituant de l'ADN, l'adénine, la guanine semblent avoir été formés dans l'espace. Cette mémoire n'est pas une mémoire figée, c'est une mémoire évolutive dans le temps, l'évolution continuant, évolution dont on peut penser qu'elle s'accélère avec ce que l'épigénétique nous apprend, à savoir que des modifications acquises de comportements, transmises culturellement sont, dès une ou deux générations, aussi transmises épigénétiquement, transmission dont on ne sait pas dire encore sur combien de générations elle s'effectuera. Ces découvertes modifient l'approche inné-acquis, obligent à reconsidérer les rapports nature-culture (pour le dire clairement, il y a une intelligence créatrice de la nature, de l'univers, de la vie, du corps qui est sans doute sous-estimée par rapport à l'importance accordée à l'éducation, à la culture comme vecteurs de transmission; la tentation cartésienne, l'homme maître de la nature, est toujours dominante; humilité SVP; les mémoires de la Vie sont autrement plus efficaces que cette "mémoire" qu'on appelle Histoire, leçons de l'histoire; l'homme en société n'est pas capable pour le moment de s'auto-réguler, s'auto-corriger; des individus par démarche personnelle évoluent considérablement; un mouvement de fond semble se dessiner mais évidemment les accrocs au fric et au pouvoir veulent se servir au passage d'où le développement de toutes sortes de techniques et stages de bien-être). Cette mémoire est agissante à tout instant car les cellules meurent plus ou moins vite, certaines très rapidement, de l'ordre de la seconde, cellules gastriques par exemple, et donc elles doivent se reproduire à l'identique, se répliquer quasi en permanence (nous avons un corps nouveau, le même et un autre tous les 5 ou 6 mois). Autre information et non des moindres, notre ADN a une durée de vie d'1 million et demi d'années après notre mort. Le clonage a de beaux jours devant lui et donc une certaine immortalité. On ne s'explique pas autrement les recherches à visée très messianiques et lucratives de géants de l'IA comme Google et d'autres. Dernière information: seulement 10% de notre ADN est utilisé pour la fabrication de protéines. C'est ce sous-ensemble d'ADN qui intéresse les chercheurs occidentaux et qui est actuellement examiné et catégorisé. Les autres 90% sont considérés comme de l'ADN junk, l'ADN poubelle dit Deepak Chopra. Cependant, les chercheurs Russes, convaincus que la nature n'est pas stupide, ont rejoint les linguistes et les généticiens en entreprenant d'explorer ces 90% de d'ADN poubelle. Leurs résultats et conclusions sont tout simplement révolutionnaires ! (voir le 1° article en lien ci-dessous).

    L'ADN étant utilisé par les êtres vivants pour stocker leur information génétique, certaines équipes de recherche l'étudient comme support destiné au stockage d'informations numériques au même titre qu'une mémoire informatique. Les acides nucléiques présenteraient en effet l'avantage d'une densité de stockage de l'information considérablement supérieure à celle des médias traditionnels avec une durée de vie également très supérieure. Il est théoriquement possible d'encoder jusqu'à deux bits de données par nucléotide, permettant une capacité de stockage atteignant 455 millions de téraoctets par grammes d'ADN monocaténaire demeurant lisibles pendant plusieurs millénaires y compris dans des conditions de stockage non idéales; à titre de comparaison, un DVD double face double couche contient à peine 17 gigaoctets pour une masse typique de 16 g, soit une capacité de stockage 400 milliards de fois moindre par unité de masse.

    Prospective personnelle. Il me semble qu'on peut aborder le paradoxe never more, for ever sous l'angle de la mémoire. Tout ce que nous vivons d'immatériel, ce que nous pensons, éprouvons, ressentons, tout cela passe, ne reviendra pas, est passé une fois pour toutes, never more; il n'y a que l'instant présent en déduisent certains, vivons l'instant présent devient un mot d'ordre, rétrécissant, réducteur. Or, il sera toujours vrai que ce qui a passé a eu lieu, for ever, il sera toujours vrai que mon amour pour toi au jour le jour, instant par instant, a duré 50 ans. Outre que je m'en souviens avec plus ou moins de fidélité (en réalité nos mémoires construisent des fictions, des légendes; les chercheurs montrent aujourd'hui que se souvenir c'est se tromper), la mémoire au jour le jour de cet amour existe. Il en est de même de tout ce que j'ai pensé, éprouvé, ressenti, de mon premier cri à mon dernier souffle. J'écris donc un livre non pas d'éternité mais d'immortalité, infalsifiable, véridique, pas écrit d'avance ni utilisé pour un quelconque jugement dernier, livre que je rends en rendant l'âme, expression à revisiter en dehors de toute référence religieuse. Où est stocké ce livre d'immortalité ? Filant la métaphore du livre, on imagine une bibliothèque de tous les livres de chacun, une Babel cosmique. Il me semble que ce livre qui s'écrit instant après instant doit se mémoriser instant après instant dans notre cerveau, dans 4 neurones de notre hippocampe (4 neurones suffisent vu ce que j'ai dit plus haut sur la capacité de stockage dans les nucléotides), peut-être même se mémoriser épigénétiquement. Mais je ne suis pas un chercheur, seulement un questionneur.

    J'espère vous avoir donné l'envie de faire votre usage personnel d'un livre qui peut permettre de vivre sa vie, autrement, « mieux », plus sereinement, plus responsablement, de façon plus élargie (le corps comme enveloppe est une notion un peu trop limitée, de même le corps comme machine, on est, on n'est qu'échanges, vie et mort cellulaire en permanence, toujours le même, toujours renouvelé), plus ouverte (sur les autres, à appréhender comme personnes plus que comme groupes, foules, masses, sur la Terre comme auto-organisation de mondes se survivant (la loi du plus fort, la loi du mieux adapté) et en même temps inter-dépendants (la chaîne alimentaire, les éco-systèmes...), l'univers comme le grand milieu ayant rendu possible sous certaines conditions et constantes, la Vie, vivre de façon plus consciente et plus libre, plus créative, plus intelligente, comme un Grand Jeu.

    Mais ne soyez pas dupe de la présentation dithyrambique de l'éditeur :

    « Selon les auteurs du best-seller Le fabuleux pouvoir de votre cerveau, contrairement à une croyance profondément ancrée, nous ne subissons pas nos gènes : nous pouvons en tirer parti. Les perspectives soulevées par la génétique nouvelle sont palpitantes. Vous découvrirez dans cet ouvrage comment influencer vos gènes de manière à transformer votre vie comme vous le souhaitez. Car vos gènes sont dynamiques et réagissent à tout ce que vous pensez, dites et faites.
    Les Drs Deepak Chopra et Rudolph Tanzi vous indiquent les éléments clés pour ne plus subir votre patrimoine génétique : alimentation, sport, méditation, sommeil et gestion du stress et des émotions, tels sont les leviers que tout un chacun peut utiliser pour obtenir des effets sans précédent sur la prévention de la maladie, l’immunité, le vieillissement et les troubles chroniques.
    • ouvrage révolutionnaire, qui prend le contre-pied de croyances obsolètes dans les milieux scientifiques et au sein du grand public
    • ouvrage à la pointe de la science, mais très accessible à un public non averti
    • des clés pratiques et éprouvées pour agir sur ses gènes et sa vie
    • des connaissances illustrées par des récits touchants et bien réels
    • ouvrage bénéficiant du soutien d’une partie de la communauté scientifique ».


    Jean-Claude Grosse, 4 janvier 2017

     

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