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Blog de Jean-Claude Grosse

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Sabordage de la flotte/Toulon 27 novembre 1942

27 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Aujourd'hui, 27 novembre 2016,
74° anniversaire du sabordage de la flotte à Toulon
N'oublions jamais !
À la flotte !
2 pièces courtes sur le sabordage
version soft
 
(Article du 11 août 1999)
 
Pourquoi redonner vie
à la pièce de Jean-Richard Bloch

TOULON
11 novembre 1942-
27 novembre 1942-
février 1943


Il y a des signes qui font signe, qui ne demandent qu'à faire sens.
Le 23 février 1998, je découvre au Salon du Livre de Beyrouth, (ville en reconstruction après 15 ans de guerre et où je séjourne pour découvrir le théâtre libanais aux prises avec cette réalité): Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch, dans l'édition de Moscou de 1944.
Je ne peux manquer d'être attiré par ce titre : je suis né à Toulon en 1940. Et j'y vis et y travaille depuis 1974.
Je ne peux manquer d'être intéressé par l'événement traité dans la pièce : le sabordage de la flotte, le 27 novembre 1942, puisque je lui dois de porter des lunettes, une bombe tombée dans ma chambre n'ayant pas explosé mais m'ayant fait "tourner de l'œil gauche".
Je ne peux manquer de m'intéresser à l'histoire de cette pièce : depuis 1983, j'assure la responsabilité de l'activité théâtrale au Revest, village au nord de Toulon (231 pièces y ont été créées ou accueillies en 16 ans).
Dans les bibliothèques toulonnaises, je n'ai trouvé qu'un exemplaire de la pièce dans l'édition Gallimard de 1948, acheté en 1979 et lu par 15 personnes. Voilà donc un texte méconnu, inconnu auquel le hasard redonne une chance. Editeur des Cahiers de l'Egaré (50 titres, essentiellement du théâtre, publiés depuis 1988), je rachète les droits à Gallimard pour une nouvelle édition à 1000 exemplaires parue en  novembre 1998.
 Aux Archives Nationales, j'ai trouvé le journal de bord de l'Odéon et découvert qu'il y a eu 47 représentations de la pièce à Paris entre le 8 décembre 1945 et le 29 avril 1946 et près de 20 000 spectateurs. J'ai également trouvé 16 critiques très partagées sur la pièce. Contre : Robert Kemp, Roger Nimier, Gabriel Marcel. Pour : Georges Magnane, L'Humanité.
Faire sens, c'était décider, outre de rééditer la pièce, de la faire recréér à Toulon même. Cette décision est un mélange d'envies et de risques calculés. J'ai mis 4 mois à la prendre.
Envies : remettre en lumière, un sombre épisode de l'histoire de Toulon (c'est mon rôle d'agitateur culturel, d'organisateur depuis 5 ans de l'Agora mensuelle du Revest)
remettre en lumière, un texte tombé dans l'oubli, qui fonctionne bien à la lecture (malgré des faiblesses) mais qui pose bien des questions quant à sa mise en scène : l'art du théâtre a beaucoup évolué en 50 ans (c'est mon rôle de directeur artistique).
Risques calculés : vais-je convaincre d'autres théâtres et mes partenaires institutionnels de soutenir financièrement ce projet à lourd budget : entre 1,5 MF et 2,5 MF, essentiellement les salaires des comédiens et techniciens?
allons-nous ensemble intéresser et dans quels sens, les publics de l'aire toulonnaise (la marine, l'arsenal, les commerçants, enseignants et élèves...)?
Je suis sur ce projet depuis juillet 1998. S'il se réalise, j'aimerais que ce soit à Châteauvallon, lieu éminemment symbolique dont l'amphithéâtre donne sur le port et l'arsenal de Toulon.

La lecture publique, par 8 comédiens, des 2 premiers actes de Toulon 1942, le 27 novembre 1998 au Comédia à Toulon, a attiré une centaine d'auditeurs et a suscité un débat artistique entre ceux qui aiment la pièce pour ce qu'elle est (une fiction à suspense qui accroche l'intérêt), ceux qui lui reprochent de ne pas être comme ils la voudraient (une pièce disant la vérité historique) et ceux qui trouvent que le théâtre n'a pas à remuer un passé honteux. Prolongé par un débat historique sur le sabordage, autour de la question : la flotte aurait-elle pu gagner la haute mer? les uns (des marins, des femmes de marins) affirmant que non (la passe était minée, la moitié de la flotte n'avait pas ses feux allumés, il n'y avait pas assez de mazout), les autres (des marins, des résistants, des historiens) affirmant que oui (entre le 11 et le 25 novembre, il eut été possible d'allumer les feux de toute la flotte, le mazout étant suffisant).
Dressant le bilan de 15 mois d'efforts, j'ai le sentiment et la conviction d'être porteur d'un projet de théâtre citoyen et populaire.
Théâtre citoyen parce que le travail de mémoire en amont du spectacle et provoqué par le spectacle ne fera qu'amplifier le débat tant sur l'événement que sur sa représentation. A l'heure actuelle et depuis 56 ans, c'est un sujet tabou, un événement occulté dont tout le monde peut sentir qu'il pèse lourd dans l'inconscient de la ville et de l'arsenal. Toulon et la marine pourront se regarder dans le miroir du théâtre pour y interroger dans la diversité des opinions, un épisode  douloureux  et  peut-être  un  destin  : 
Toulon  vendu   aux   Turcs   par François 1er, Toulon se vendant aux Anglais pendant la Révolution, Toulon choisissant Louis Napoléon quand le Var s'insurge contre son coup d'état (en remerciement, Napoléon III offrira à Toulon un opéra où on a vu Le Pen tenir meeting), Toulon s'offrant un maire FN en 1995, le sabordage de la flotte décidé par un amiral collaborateur au nom de l'honneur en 1942, le sabordage de Châteauvallon voulu par un préfet manipulateur en 1996.
Ce théâtre citoyen qui se déroulera, je l'espère, dans l'amphithéâtre de Châteauvallon (théâtre et agora étaient le même lieu pour les Grecs, mes références!), quels effets aura-t-il ?  Je l'ignore mais si je ne crois pas qu'un spectacle puisse suffire à produire l'effet de catharsis théorisé par Aristote, effet de purgation des passions et de liquidation des affects refoulés dans l'inconscient, nié par Brecht qui préfère l'effet de distanciation, il ne sera pas sans effets non plus.
Car ce sera du théâtre populaire. La pièce s'y prête avec ses registres mélodramatiques (les "amours" du résistant Martial et de l'espionne Alice), dramatiques (les hésitations de l'amiral alors que le temps passe et que les Allemands arrivent), tragiques (la décision impensable pour un marin de saborder sa flotte). Avec ses ficelles (la caricature des commerçants collabos : les Toutlemonde ; la peinture à la Pagnol de figures du peuple : Coquebert, Léocadie, Gégène) et ses finesses (l'inspecteur de la police lavalienne, le colonel Von Gruner).
Elle se prête aussi à un traitement contemporain et universalisant de questions pouvant parler au plus grand nombre :
Question 1  : la question de la désobéissance civile et militaire qui ne peut être esquivée aujourd'hui par personne. Car personne ne peut désormais se réfugier derrière la réponse : j'ai obéi aux ordres. Dans la pièce, de Fromanoir désobéit à Vichy, n'obéissant qu'à sa conscience et donnant l'ordre de sabordage, décision héroïque pour Jean-Richard Bloch qui s'en justifie dans son introduction : «Pourquoi j'ai porté "Toulon" à la scène ?»,  décision que la réalité imposait à la fiction (il fallait que la flotte se saborde dans la pièce puisqu'elle s'était réellement sabordée, mais il fallait qu'elle se saborde pour de "bonnes" raisons, pour la "bonne cause"), décision que nous trouvons aujourd'hui en retrait par rapport à celle qui aurait dû être prise : rejoindre les alliés, mais qui ne pouvait être prise : Hitler ne voulait pas que la flotte tombe entre les mains des alliés ; les alliés ne la voulaient pas entre les mains d'Hitler ; de Gaulle ne voulait pas qu'elle tombe entre les mains de Darlan ; Darlan voulait la garder en réserve pour négocier avec le vainqueur ; la flotte redoutée de 40 et qui a rempli sa fonction de dissuasion, au repos dans son port, était devenue obsolète en 42 et aurait souffert en mer ; de Laborde, anglophobe et pro-nazi (qu'on pense au serment qu'il a exigé de ses subordonnés, que le commandant Pothuau a refusé de prêter, aussitôt démis de ses fonctions), détestant Darlan, méprisant de Gaulle et les dissidents ennemis du Maréchal et de la France, ne pouvant faire sortir la flotte pour toutes ces raisons, ne pouvait donc que la saborder selon sa logique : le manquement d'Hitler à la parole donnée lui en donna l'opportunité. Sabotage préparé dès le 20 novembre. Sabordage exécuté par "chance" le 27 novembre. Ce  qui arrangeait tout le monde, sauf Vichy, accusant l'amiral, fidèle au Maréchal, de trahison. Sabordage qui finalement discrédita Vichy (et la marine : comme le montre la réponse de Pompidou en 1973 à l'amiral lui présentant un projet de grande flotte : il n'y aura jamais de grande flotte - pourquoi? - parce qu'il y a eu le sabordage!) et relança la Résistance jusqu'alors très minoritaire (c'est aussi l'objectif "politique" de la pièce).
Si je me suis attaché à synthétiser les faits, c'est pour montrer que la réalité est plus complexe que la fiction ( la flotte était dans une situation indécidable pour des raisons géopolitiques et son sort, comme pour un individu dans une telle situation, ne pouvait être que la folie ou le suicide : ce fut le suicide de 100 navires vidés de leurs hommes!), que la fiction théâtrale est  plus intéressante pédagogiquement et humainement que la réalité : peut-on apprendre à désobéir? quand, pourquoi, comment, à qui faut-il désobéir? (de Fromanoir peut partiellement être un modèle, de Laborde nullement!), qu'une fiction romanesque pourrait nous faire sentir les impasses dans lesquelles était et s'était enfermé de Laborde, un looser se prenant pour un seigneur, un vainqueur.
Question 2 : la question du sens de la 3e époque de la pièce, la plus problématique, montrant l'affrontement entre la "mauvaise violence" des nazis torturant et mettant à mort Jojo la prostituée, Louise l'ouvrière et "la bonne violence" des résistants exécutant sommairement (on appelle cela "justice expéditive"!) Alice la tortionnaire, Von Zass, Von Gruner, Polverelli, Niknel, Siegmund, Siegfried...
Question 3 : le sabordage de la flotte, c'est-à-dire d'une puissance matérielle et humaine (que sont des marins sans navire?), la 4e du monde en 1940, décidé par un homme sans horizon, n'est-il pas comme une métaphore de la destruction des économies physiques provoquée par des financiers à courte vue?
Encore faut-il un metteur en scène à la hauteur des défis posés par cette pièce de circonstance et de commande ? Il ne m'a pas été facile de le trouver. Là aussi, les réactions ont été diverses, depuis ce jugement lapidaire "pièce insauvable" jusqu'à ce désir nettement formulé "je brûle d'envie de monter ce texte". Le metteur en scène de Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch sera, signe ne demandant qu'à faire sens, Bernard Bloch.
Jean-Claude Grosse
11 août 1999
article paru dans la revue Faites entrer l'infini
 
 
(Article du 27 novembre 2002)

L’histoire d’un échec :
La recréation de Toulon 1942
de Jean-Richard Bloch
à Toulon

    Un Théâtre à vif-Agora consacré au sabordage de la flotte à Toulon le 27 novembre 1942 s’est déroulé le 27 novembre 2002 à La Maison des Comoni, le théâtre du Revest, village aux portes de Toulon.
    N’ayant pu faire aboutir le projet de création de la pièce de Jean-Richard Bloch, Toulon 1942, suite aux refus de la municipalité de Toulon et du Conseil Général du Var de soutenir ce projet, et ne voulant pas l’enterrer après quatre ans et demi de travail (juin 1998 - novembre 2002), je me suis décidé à le transformer en Théâtre à vif.
    Théâtre à vif est une forme inventée par la compagnie de théâtre L’Insolite Traversée. Il s’agit en trois jours de partir de l’actualité ou d’un événement historique, de faire un montage d’articles de journaux, d’études historiques et de textes littéraires / philosophiques selon des rapports d’opposition, de complémentarité offrant sur l’actualité ou sur l’événement des éclairages multiples, de mettre ce montage en espace dans des lieux non-institutionnels, d’en laisser une trace imprimée.
    Les 4 Saisons du Revest ont repris à leur compte, cette forme pour faire vivre l’héritage et l’esprit de L’Insolite Traversée, après la dissolution de la compagnie.
    Le premier Théâtre à vif, nouvelle formule, s’est déroulé à la Tour du Revest le 11 septembre 2002, en relation avec les attentats du 11 septembre 2001.
    Pour le Théâtre à vif consacré au sabordage, nous avions pensé louer un bateau et effectuer six rotations dans la rade entre 5h et 18h, pour 100 personnes à chaque rotation.
    L’absence de moyens nous a contraints à faire appel à la solidarité des écrivains et des comédiens, et à organiser ce Théâtre à vif à La Maison des Comoni. Le 29 juin 2002, nous réunissions les auteurs pressentis pour évoquer l’histoire de la pièce de Jean-Richard Bloch, l’histoire du projet Toulon 1942 depuis juin 1998, les axes possibles d’écritures. Cinq auteurs non rémunérés ont livré huit textes d’un quart d’heure : Gilles Desnots, Philippe Malone, Henri Milian, Sylvie di Roma, Jean-Claude Grosse. Le 23 septembre 2002, le collectif des compagnies varoises se saisissait des textes pour les mettre en espace. Neuf compagnies ont travaillé gratuitement pour rendre possible ce Théâtre à vif.
   
    Le Théâtre à vif du 27 novembre 2002 s’est déroulé de la façon suivante :
- entrée libre
- présentation de la soirée par Jean-Claude Grosse
- mise en espace d’un extrait de Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch par la compagnie des Menteurs et le Théâtre de l’Imparfait    
- mise en espace de Oui ou Non ? d’Henri Milian par la compagnie Artscénicum et le Théâtre du Nord Varois   
- mise en espace de Faites votre choix ! de Sylvie di Roma par la compagnie Sur le Chemin des Collines et Kaïros Théâtre
- pause
- mise en espace d’A la flotte ! de Jean-Claude Grosse par la compagnie des Menteurs et le Théâtre de l’Imparfait    
- mise en espace de Triptyque sans sabord de Gilles Desnots par la compagnie Le Bruit des Hommes et la compagnie Hi-Han   
- mise en espace de G-7 de Philippe Malone par la compagnie Les Draïs
- débat animé par Philippe Granarolo avec la participation de l’historien Jean-Marie Guillon
- buffet et vin de l’amitié
Le Théâtre à vif-Agora a duré 3 heures (1heure 1/2 de théâtre, 1heure 1/2 de débat) et a rassemblé 150 personnes.
    Une exposition de photos et de livres accompagnait le Théâtre à vif. Une vidéo de France 3 et une cassette audio de l’émission Les Jours du Siècle consacrées au sabordage étaient mises à disposition. Un cahier de l’Egaré consacré à ce Théâtre à vif-Agora a été édité à 100 exemplaires. Ce cahier de 108 pages comprend les six textes mis en espace, les trois textes non mis en espace, l’histoire de la pièce de Jean-Richard Bloch, son analyse par Sylvie Jedynack, l’histoire du projet Toulon 1942 depuis juin 1998 avec les articles de presse parus à ce sujet, le dossier écrit par l’historien Jean-Marie Guillon.

    Quelle analyse faire de cette histoire ?

- les politiques étaient partagés : soutenir ou non ce projet ?
    entre 1998 et 2001 (Toulon FN), aucune aide n’a été demandée à Toulon ; dés 1999, le Conseil Général du Var (Président : Hubert Falco, Vice-Président Culture : Arthur Paecht) est hostile ; la Région (Président : Michel Vauzelle, Vice-Président Culture : Christian Martin) est favorable : elle vote 200.000F dont 50.000 seront dépensés ; l’Etat est d’abord favorable (quand Toulon est FN) puis souhaite le consensus de tous les partenaires (quand Toulon est gagnée par Hubert Falco en mars 2001)
    après les élections de mars 2001, une réunion est organisée le 10 mai 2001 au Revest regroupant Le Revest, Toulon, le Département, la Région, l’Etat, les six théâtres de l’aire toulonnaise, le metteur en scène, des membres de la famille de J.R. Bloch ; la réunion débouche sur un accord à hauteur de 1MF. Dés juillet, un dossier d‘aide est déposé à Toulon, à hauteur de 200.000F ; le consensus de façade du 10 mai 2001 est rompu en janvier 2002 : Toulon ne soutient pas, le Conseil Général pas davantage ; je renonce au projet par courrier en février 2002 puis je mets en place le Théâtre à vif qui se déroulera gratuitement. Le texte A la flotte, sur un mode parodique, met en présence et en face à face les arguments des uns et des autres : les politiques et les artistes ; les seuls qui ne se soient pas manifestés, ce sont les gars de la marine, toujours muette mais très influente et ménagée (exception notable : la lettre du préfet maritime en 1998 refusant l’accès au Clémenceau, qui 5 ans après, erre en Méditerranée à la recherche d’un chantier de démolition)
    une mention spéciale est à donner à Claude-Henri Bonnet, l’adjoint à la culture d’Hubert Falco ; son hostilité au projet a été motivée à la fois par des considérations personnelles (son père était officier à bord d’un navire au moment du sabordage ; et lui-même a été officier de marine avant d’être à la fois adjoint au maire de Toulon et directeur de l’Opéra de Toulon, lieu fréquenté pour l’essentiel par la bourgeoisie toulonnaise et la marine) et par des considérations historiques, politiques et artistiques (il méprise le réseau des théâtres de l’aire toulonnaise).

- les metteurs en scène pressentis ont joué un double jeu :
    *Jean-Louis Hourdin, d’abord enthousiaste, rêvant d’une revue des formes théâtrales des années 30 (cabaret expressionniste, mélodrame bourgeois, théâtre d’agit-prop, théâtre d’avant-garde…) s’est désisté sans motiver ses raisons
    *Bernard Bloch, enthousiaste pour des raisons politiques en 1999 (le FN était encore aux commandes à Toulon) considérait en 2001 que l’urgence était ailleurs (Toulon était passée entre les mains de la droite républicaine) ; d’autre part, ses réserves sur la pièce l’avaient conduit à envisager d’abord une réécriture, ensuite une  mise  à la question de la pièce ; bref, Bernard Bloch porte une responsabilité non négligeable dans le fiasco ( il a attendu le 9 mai 2001 pour dire qu’il n’aimait pas la pièce, affirmant que ce pouvait être une motivation aussi forte pour un metteur en scène que l’amour)
La réussite comme l’échec d’un projet sont liés à des conditions favorables ou défavorables. Pour Toulon 1942, les réticences politiques de la droite toulonnaise et varoise étaient trop fortes. La mise en échec du projet s’est faite en douceur ( en faisant traîner, en laissant espérer, en mettant en avant l’absence de moyens financiers).
Le journal Var-Matin (du groupe Lagardère), pourtant informé par un dossier de presse très détaillé du Théâtre à vif du 27 novembre 2002 et en possession du Cahier de l’Egaré consacré au 60e anniversaire du sabordage n’a pas annoncé la seule manifestation qui ait eu lieu pour cet anniversaire, s’appropriant l’anniversaire en consacrant une page de mémoire au sabordage. Cette partialité, cette hostilité m’ont amené à ne plus communiquer nos activités à ce journal sans déontologie.
Ecrivains et comédiens ont, sans moyens , pris la parole, faisant échec à la censure douce mais réelle du projet initial. Donc, même si les pouvoirs locaux (mairie, département, marine, presse) ont mis en échec le projet de recréation de Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch, ils n’ont pas empêché une expression gratuite d’artistes libres sur le sabordage.
La soirée du 27 novembre 2002, inégale sur le plan théâtral (par manque de temps et par absence de moyens) a montré, par la scène représentée de la pièce de Jean-Richard Bloch, que la pièce fonctionne encore bien.
Comme l’a dit l’historien Jean-Marie Guillon, la soirée du 27 novembre 2002 appartient déjà aux historiens car si ceux-ci ont à dire le pourquoi et le comment du sabordage, ils ont aussi à montrer comment et pourquoi le travail de mémoire se fait, dans un rapport de forces entre ceux qui veulent oublier, ceux qui veulent se souvenir, ceux qui veulent comprendre, ceux qui ne voient que par le présent…
En conclusion en me lançant dans ce projet que je savais difficile, je pensais arriver à lever les difficultés. La réalité a été différente de mes espérances. La pièce de Jean-Richard Bloch reste à découvrir.

 
    Jean-Claude Grosse
Directeur artistique des 4 Saisons du Revest
27 novembre 2002

 
Toulon 1942
Jean-Richard BLOCH
Texte à jouer

Guerre
Les Cahiers de l'Égaré

 
Pièce écrite à Moscou dans les semaines qui ont suivi le sabordage de la flotte le 27 novembre 1942 à Toulon. À la différence de la réalité, Jean-Richard Bloch s'est efforcé de trouver au sabordage de bonnes raisons idéologiques, pour contribuer à la résistance française à l'occupant nazi.
ISBN:   2908387417  -  160 p.  -  15X21  -    PVP:   7,5 euros

Le Strasbourg, sabordé, le 27 novembre 1942 à Toulon sur ordre de l'amiral de Laborde.

Dans la pièce de J.R.Bloch, Le Strasbourg est un des personnages. L'amiral de Fromanoir a d'autres motivations que celles de de Laborde. Une pièce qu'il n' a pas été possible de faire recréer à Toulon suite à l'opposition de la municipalité dirigée par Hubert Falco, du conseil général du Var dirigé à l'époque par Hubert Falco avec comme président de la commission culture, Arthur Paecht. Seul, le conseil régional PACA, dirigé par Michel Vauzelle avait donné un avis favorable et a permis la réédition de cette pièce retrouvée par hasard à Beyrouth dans l'édition de Moscou 1944.
Au moment de la redécouverte de cette pièce, en 1998, la presse s'en est saisie pour une polémique normale sur un sujet aussi tabou à Toulon. Le bulletin municipal gratuit de la municipalité FN de Toulon (1995-2001) et Présent, le journal du FN ont été très hostiles. L'Humanité-Dimanche, favorable. L'arrivée à la mairie d'Hubert Falco, en 2001, n'a rien changé à l'hostilité. Le préfet maritime de l'époque, auquel Les 4 Saisons du Revest avaient demandé que la pièce soit créée sur Le Clémenceau  qui pourrissait déjà dans la rade de Toulon, avait répondu négativement, au nom de la neutralité de la marine.
 

(Bocal agité du 28 janvier 2006)
un des textes produits
 
Le Clémenceau - Hier, majestueux, glorieux, craint, respecté sur toutes les mers du monde, amarré, aimanté à Toulon.
Aujourd’hui, largué, sabordé, pris d’assaut, amianté, apatride.
200.000 dollars pour franchir le canal de Ferdinand. Pas arrivé à Alang. Revenir à Brest  par le Cap de Bonne-Espérance: un comble!
Que d'argent, de déshonneur!

Voyage au bout de l’enfer pour ma grosse carcasse méprisée.
Honte aux décideurs, aux  galonnés, à la France. Au tour de l'ex-France! Puis ce sera le tour du de Gaulle avec ses réacteurs...

 
L'amiral de Saborde, photo du bas à gauche.

de Laborde  -  Ne rompez jamais les amarres. Ne prenez jamais le large.
Rivés à vos rivages à jamais, prêts à vous saborder, bateaux de guerre de la Royale, restez fidèles au Maréchal.
Le Strasbourg, navire amiral labordé sur ordre de l'amiral de Saborde, abordé par un char de la Wermacht.

Dumont d'Urville  -  Taratata. Entendez l’appel du large. À la découverte. À la conquête.
À l’assaut. Colonisez l’Algérie, les îles à paradis.

Vauban  -  Toulon, mon port de guerre pour la plus belle rade d’Europe.
Écoutez ma chanson : Trois petites notes de musique………militaire pour effrayer l’ennemi, soumettre l’infidèle, civiliser le sauvage, plaire aux femmes à matelots, mettre en rangs les matelots sans femme.

Raimu - Et Pomponnette dans tout ça ? Pourquoi, elle vadrouille sous les étals du cours Lafayette, dans les rues de Chicago, sur les toits du Mourillon.


Hugo -  Galèje, va, avec l’accent. Quels yeux as-tu pour ne pas voir les Misérables, ceux du bagne, ceux des cités : La Beaucaire, Le Guynemer, Les Œillets ? Ils ne veulent plus de cette ville en archipel avec ses bourgeois au Faron, ses amiraux au Cap Brun, ses SDF à la gare, ses matelots à la colline Saint-Pierre, ses gitans à La Ripelle, ses fous à l’Arthémise, ses fans au Zénith Oméga, ses supporters à Mayol, ses branchés à Châteauvallon, ses ringards à l’Opéra.
Ce qu’ils veulent, c’est Tous ensemble, place de la Liberté, au rendez-vous de la fraternelle Égalité.

L'homme de là-haut - Ville immobile, impossible. À la remorque des loosers sans envergure auxquels elle se donne.


La tragédienne est venue - Là-haut sur la colline inspirée, j’ai interprété la tragédie d’Eschyle : Les villes mortes se ramassent à la pelle. J’étais semblable à Cassandre : personne n’a entendu ma voix, emportée par le mistral déboulant du mont Caume.

Cuverville -  Au cul, Toulon. Regarde au-delà de l’horizon.
Les photos du sabordage de la flotte à Toulon, le 27 novembre 1942, ont été réactualisées avec un N° spécial des Cahiers de l'Égaré, édité pour le Théâtre à vif - Agora du 27 novembre 2002 à La Maison des Comoni, le théâtre du Revest. Ce N° est épuisé mais, on trouvera sous peu sur ce blog des documents issus de cette soirée qui rassembla 150 personnes et dura 3 H. Soirée non annoncée par Var-Matin.
Maurice Hubert
 
Photo JCG prise au Cape of Good Hope, été 2003.
L'autruche fera l'autruche quand passera Le Clémenceau
et qu'un sous-marin inconnu le coulera dans les eaux profondes.

 
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L'assassinat de Kennedy / 22 novembre 1963

22 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Article remonté de mes archives, à la date du 22 novembre 2016, 12 H 30, 53 ans après. Je mets en lien, deux poèmes, l'un à Olga, l'autre à Svetlana, celui inspiré par Olga parle de Minsk, de Lee Harvey Oswald à Minsk, avant son arrivée aux USA, tous les deux parlent de Marilyn car j'ai fait lire aux muses des textes sur Marilyn.

Lire l'assassinat de Kennedy avec la grille du hasard, des pétrifiantes coïncidences, est-ce possible ? concevable ?

50 ans après l'assassinat de JFK, je me suis intéressé à ce qu'on en dit aujourd'hui. J'ai lu le dossier du Nouvel Observateur, quelques articles d'autres magazines, parcouru le blog de Philippe Nau, lu le livre de Philippe Labro, On a tiré sur le Président, vu le documentaire de Patrick Jeudy sur Arte, Dallas, une journée particulière. J'ai vu le film d'Oliver Stone, JFK et d'autres.

Il y a quelques années, j'avais lu des livres sur les Kennedy, sur Hoover (Marc Dugain), la trilogie de James Ellroy. 1400 livres ont déjà été consacrés à cette affaire.

M'étant intéressé à la disparition de Marilyn Monroe, j'avais croisé bien sûr les frères Kennedy.

Les théories du complot ont la vie dure dans les deux cas.

Je crois que l'existence de ces théories tient à une raison, l'incrédulité. On ne peut admettre ce qui s'est passé surtout si c'est une tragédie sans raison (expression de Labro) ou pour le dire autrement, si c'est dû à de pétrifiantes coïncidences comme disaient les surréalistes. Le hasard objectif.

The President has been shot. L'auteur des coups de feu, avéré, Lee Harvey Oswald, ignorait quand il trouva son petit boulot le 16 octobre 1963 à la Texas School Book Depositary qu'un voyage présidentiel aurait lieu à Dallas, que le convoi passerait sous sa fenêtre du 5° étage. 48 heures avant le cortège, il n'avait pas encore envisagé son coup. Il tira 3 fois, le vendredi 22 novembre 1963 à 12 H 30. Il fut arrêté 45 minutes plus tard après avoir tué le policier Tippit qui voulait le contrôler. Il fut abattu le dimanche matin 24 novembre à 11 H 21 par Jack Ruby qui lui aussi n'avait pas préparé son coup mais qui, sous les effets de la upper qu'il absorbait et choqué par la disparition de son cher Président voulut faire justice à la Texane, arme au poing. Il est tombé pile sur Oswald quand celui-ci allait être transféré, avec une heure de retard, alors qu'il venait de faire la queue à une banque pour un virement. Un client de plus et il arrivait trop tard. Si j'avais planifié tout cela, je n'aurais pas pu le faire mieux, je n'aurais pas pu avoir un meilleur timing. C'était une chance sur un million. Il a dit ça, juste après. Il a eu sa chance et l'a saisie pour entrer dans l'Histoire croyait-il comme d'ailleurs sans doute LHO.

Voilà me semble-t-il les pétrifiantes coïncidences qui conduisent à l'assassinat du Président puis à l'assassinat de l'assassin, nous privant d'aveux et de procès. 3 hommes furent enterrés le même jour, en 3 endroits différents, le lundi 25 novembre 1963, dans l'ordre, JDT, LHO, JFK. Ruby fut condamné à mort et mourut d'un cancer début 1967, n'ayant sans doute pas compris pourquoi il n'avait pas été glorifié et relaxé pour son travail de justicier.

Si des statisticiens géniaux avaient évalué la probabilité de ces pétrifiantes coïncidences, ils auraient dit une chance sur un million ou un milliard peut-être. Mais Kennedy ayant atterri à Love Field, avait dit à Jackie : si quelqu'un veut me flinguer, il y arrivera et ça aussi : on arrive au pays des cinglés, nut country.

Tout opposait JFK et LHO. Ils ne se seraient jamais rencontrés si le hasard, il y en a qui vont changer le mot pour dire destin, n'avait pas fait se rencontrer une ligne de tir et une limousine découverte à l'arrière droite de laquelle se trouvait JFK, pour quelques secondes dans la ligne de mire de LHO. Une fois les coups tirés, on est dans le destin, c'est terminé, c'est écrit. Bien sûr, on peut multiplier les coïncidences pétrifiantes, les lents réflexes des services de protection rapprochée, le Secret Service, l'absence de sécurisation du parcours, le chaos ou le bordel qui suit l'événement jusqu'à l'assassinat de LHO par Jack Ruby qui comme la presse, accède si facilement aux locaux de la police où il est connu de tous.

Les théories du complot veulent des raisons, des exécutants, des commanditaires. Il faut abolir le hasard et que l'irrationnel devienne rationnel. On cherche toutes les failles, incohérences des deux rapports. Mais rien de convaincant n'en est sorti, pas une preuve. Il y a eu destruction de preuves. Oui, mais c'est Bob Kennedy qui fait détruire les archives concernant JFK et les femmes, JFK et la Mafia, c'est Hoover qui en fait détruire d'autres concernant les insuffisances de ses hommes du Texas. C'est ainsi que l'édification du mythe d'un président d'exception voulu par Jackie Kennedy et Bobby put se développer. Et ça a marché. N'importe qui ne devient pas un mythe. Le Kennedy d'hier, aujourd'hui, n'aurait guère de chances de tenir longtemps comme président. Il serait harcelé pour abus de femmes consentantes.

Toutes les archives seront publiques en 2017 (et 2029 pour certaines). Mais les chercheurs ont pu déjà les consulter. Il y a peu de chances que quelque chose de nouveau en sorte. Mais sait-on jamais.

Je trouve que l'approche par les pétrifiantes coïncidences est sans doute vraie et est autrement plus stimulante pour s'interroger sur nos destins que les théories voulant trouver des raisons. On peut voir le hasard à l'oeuvre dans cette tragédie. Hasard destructeur, semeur de mort et renversement, créateur de légendes (tous ceux qui écrivent dessus, même les farfelus à pouvoir comme le juge Garrison, ont leur heure de gloire). Le hasard a fait se rencontrer pour et dans la mort un président et un errant, un reconnu et un inconnu en quête de reconnaissance, il a permis à certains de faire de la mort d'un Président, un mythe qui a déjà, comme pour Marilyn, 50 ans d'existence. La fin tragique de Kennedy a profité et profite encore aux Kennedy, à une certaine image des USA et à certains successeurs de JFK.

Disons que l'important devant cette intervention massive du hasard n'est pas la question : qu'aurait fait Kennedy s'il n'avait pas été assassiné ? mais qu'a rendu possible son assassinat ? Retour au réel en passant par le clinamen épicurien, la petite déviation qui change une trajectoire, les détonations qui atteignent une cible choisie en même pas 48 heures parce que l'opportunité, la chance se présente.

De cette tragédie, je retiens deux images. Elles concernent Jackie Kennedy,

- grimpant sur le capot arrière de la limousine pour tenter de récupérer une partie de la cervelle explosée de JFK (place à l'imagination d'un génial écrivain en l'absence de paroles de Jackie)

- et assistant dans son tailleur rose tâchée de sang à la prestation de serment précipitée de LBJ.

Johnson avait calculé qu'un vice-président avait une chance sur cinq de devenir président et avait donc accepté, en attendant son tour, d'être dans l'ombre de JFK alors qu'il avait une position de pouvoir considérable comme vice-président du sénat américain. Le Texan, méprisé par Bobby, sut donc aussi se servir de ce hasard, sa chance.

Kennedy avait le sens de l'éphémère. Homme de réflexion, cultivé, homme d'action, sachant prendre des responsabilités, il y avait aussi chez lui, un certain fatalisme, on ne peut tout contrôler. Il faut accepter ce qui vient et qu'on ne maîtrise pas, la possibilité d'être assassiné. Il se savait assassinable. Ayant frôlé la mort, ayant fait preuve d'un courage héroïque dans le Pacifique, éduqué pour la gagne et craignant plus que tout de perdre, perdre c'est l'enfer, après que l'aîné disparu, c'est sur lui que reposa le destin présidentiel voulu par leur père, fort et faible (il ne sut pas résister aux femmes qui se ruaient sur lui, il ne les cherchait pas, son addiction était sans doute maladive et aujourd'hui peut-être se soignerait-il car aucune chance de devenir président avec un tel comportement ; l'omerta qui a si bien fonctionné avec lui, avec Mitterrand, ne fonctionne plus, voir DSK), ne montrant rien de ses maladies et douleurs l'obligeant au corset, aux cachets, sachant tirer leçon de ses échecs (la baie des Cochons à Cuba en 1961) pour ensuite faire triompher son point de vue (la paix par la fermeté et la négociation plutôt que la guerre dans l'affaire des missiles soviétiques à Cuba en 1962), Kennedy me semble-t-il savait composer avec le hasard ou plutôt il savait que le hasard pouvait le servir comme le desservir. Question en partie seulement d'évaluation, de contrôle de soi, de volonté car il y a de l'irréductible. Jamais un coup de dés n'abolira le hasard. Le 3° coup de feu de Dealey Plazza, celui qui fracassa le crâne de JFK fut un coup décisif voulu par un autre que lui, contre lui.

Tout mon développement concerne le hasard, producteur de mort. D'innombrables morts interviennent suite à de pétrifiantes coïncidences. Quelques unes sont naturelles. Beaucoup accidentelles. Il faudrait prolonger la réflexion en se demandant et si on vivait sa vie en la livrant sciemment au hasard, aux pétrifiantes coïncidences, à la roulette russe, aux dés. Tiens ce matin, pour décider de me lever, un tour de barillet du révolver chargé à blanc, pour aller ou non au boulot, pile ou face, pour voter, trois tours de barillet chargé pour de bon, pour l'épouser, un coup de dés ... Putain, là-haut, ils-IL- serai(en)t fous. Et nous donc ...

Cioran a dit un jour qu'après avoir entendu un astronome parler de l'univers, de ses dimensions, il avait décidé de ne pas se raser. Voilà, c'est ça, livrer sa vie au hasard, opérer un lien entre une habitude et une information, décider de s'adresser à cette personne dans la cohue du métro (quand je le fais, en général, ça donne des choses intéressantes) ou à son voisin au resto en lui demandant s'il n'est pas le commissaire du quartier, (non, il ne l'est surtout pas, il est militant FO à la Sécu, tiens, moi j'ai été chez les Lambertistes, il était FO à la Sécu aussi, vraie anecdote au resto Le Dogon); la vie se pimenterait d'imprévus, de surprises qu'on provoquerait sans trop savoir les effets et jusqu'où. Au lieu d'écrire De l'inconvénient d'être né, Cioran aurait dû écrire Et si on se livrait au hasard.

Un auteur, Gérard Lépinois, s'est livré à l'exercice dans Le hasard et la mort (Les Cahiers de l'Égaré).

JCG

Jackie se précipite sur le coffre de la limousine pour tenter de récupérer une partie de la cervelle explosée de JFK. Ruby se précipite sur Oswald et tire un seul coup de feu qui fit des dégâts considérables et tua l'assassin du Président. Le crâne explosé de Kennedy.
Jackie se précipite sur le coffre de la limousine pour tenter de récupérer une partie de la cervelle explosée de JFK. Ruby se précipite sur Oswald et tire un seul coup de feu qui fit des dégâts considérables et tua l'assassin du Président. Le crâne explosé de Kennedy.
Jackie se précipite sur le coffre de la limousine pour tenter de récupérer une partie de la cervelle explosée de JFK. Ruby se précipite sur Oswald et tire un seul coup de feu qui fit des dégâts considérables et tua l'assassin du Président. Le crâne explosé de Kennedy.

Jackie se précipite sur le coffre de la limousine pour tenter de récupérer une partie de la cervelle explosée de JFK. Ruby se précipite sur Oswald et tire un seul coup de feu qui fit des dégâts considérables et tua l'assassin du Président. Le crâne explosé de Kennedy.

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Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

21 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

début du livre : Marcel Conche y donne un aperçu de sa philosophie.

J’en viens à des concepts clés, dont je fais usage habituellement.

Nature. J’entends, par là, la φύσις grecque, omni-englobante, omni-génératrice, qui englobe absolument tout ce qu’il y a. Je n’utilise pas la nature comme n’étant que la moitié du réel, par opposition à ce qui est culture, histoire, esprit, liberté, etc.

Ensuite, monde. Pour moi monde, c’est-à-dire cosmos. Un monde est nécessairement fini, contre Kant qui parle, dans sa première des Antinomies de la Raison Pure, du monde infini dans l’espace et le temps. C’est impossible et contradictoire avec la notion de monde, parce qu’un monde est nécessairement structuré, donc fini, parce qu’il n’y a pas de structure de l’infini.

Ensuite, mal absolu. C’est-à-dire mal qui ne peut se justifier à quelque point de vue que l’on se place. Qui est sans relations, absolu, veut dire sans relation, donc il n’y a rien qui puisse le justifier.

Ensuite, apparence absolue. Absolue, c’est-à-dire sans relation ; sans relation à un sujet ou un objet. C’est la notion que nous retenons de notre lecture de Pyrrhon.

Ensuite, temps rétréci. Nous ne pouvons vivre dans le temps immense de la Nature. Nous vivons dans un temps finitisé, que j’appelle le temps rétréci. Et c’est ainsi que nous pouvons croire à l’être, alors que nous ne sommes pas vraiment.

Ensuite, le réel commun. Je distingue le réel commun et le réel des philosophes. C’est-à-dire pour nous, être en tant que nous sommes des êtres communs. Ce cahier est réel. Pour un savant, c’est la même chose ; pour les philosophes, il y a autant de réels que de grandes métaphysiques. Pour les philosophes, d’abord, le réel est ce qui est éternel, et ce qui est éternel varie d’un philosophe à l’autre, d’un métaphysicien à l’autre.

Ensuite, scepticisme à l’intention d’autrui. C’est une notion dont je fais usage habituellement. Le scepticisme à l’intention d’autrui, cela veut dire d’abord que je ne suis pas sceptique. Je suis tout à fait assuré de la vérité de ce que je dis. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde ; alors je suis sceptique pour laisser une porte de sortie à ceux qui ne voient pas les choses comme moi. Parce que, si vivre dans l’illusion les rend heureux, pourquoi pas ? Cela ne me gêne pas du tout.

Ensuite, sagesse tragique. C’est une notion que j’ai empruntée à Nietzsche il y a trente-huit ans, dans mon livre Orientation philosophique, dans le chapitre Sagesse tragique. Je laisse de côté ce que Nietzsche entend par ce mot ; pour moi cela veut dire qu’il faut toujours s’efforcer de réaliser ce que l’on peut réaliser de meilleur, quoique ce soit périssable et appelé à disparaître.

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Fondation Montresso / Le Jardin Rouge / Marrakech

16 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

Here is "Red Rabbit" the first sculpture of Cedrix Crespel produced by the Montresso* Art Foundation.  2015 Plexiglas and acrylic silkscreen printing. 62 * 55 * 4 cm

Here is "Red Rabbit" the first sculpture of Cedrix Crespel produced by the Montresso* Art Foundation. 2015 Plexiglas and acrylic silkscreen printing. 62 * 55 * 4 cm

différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge

différents espaces et artistes du Jardin Rouge

Fondation Montresso / Le Jardin Rouge / Marrakech

 

Présenter ainsi la Fondation Montresso : fondation dédiée à l'art contemporain au cœur d'une oliveraie de 11 hectares à une vingtaine de kilomètres de Marrakech, le long d'un oued pouvant être ravageur en cas de fortes pluies, (en arrivant au Jardin Rouge, j'ai vu une tour déstabilisée par une crue récente, hiver 2014, devenue tour penchée, bétonnée pour rester ainsi comme un mémorial) auquel on accède par une petite route sinueuse, très abîmée, après avoir traversé trois petits villages dont Oulad Bouzid (4 artistes ont réalisé des fresques murales dans l'école reconstruite du village) semblant à l'écart du progrès, c'est je l'espère révéler le caractère inédit, original de cette réalisation.
Loin des centres, lieux, manifestations qui font et défont les réputations d'artistes, la Fondation Montresso, créée en 1981, est due à l'initiative d'un collectionneur, JLH, collectionneur depuis 35 ans et qui pouvant venir en aide aux artistes, décide de devenir mécène, inventant un « concept » comme on dit aujourd'hui, consistant à accueillir en résidence des artistes choisis sur projets. Pour JLH, le mécénat devient une expérience de vie. Je l'ai vu discuter avec un des artistes en résidence, mettre la main à la pâte.

Les résidences durent de 2 semaines à 2 mois. Une première résidence est une sorte de prise de contact, un essai de compréhension de la démarche de l'artiste, invité à travailler dans son esprit, son style habituel. Connaissance faite, d'autres résidences permettent de solliciter l'artiste pour qu'il se perfectionne, s'aventure dans des formats plus grands, expérimente, se confronte aux autres résidents en se livrant à des cartes blanches. La Fondation met à sa disposition un des six ateliers. Il est hébergé, nourri, blanchi. Le matériel dont il a besoin est fourni ou pris en charge. Une présentation de fin de résidence met en valeur les œuvres réalisées pendant la résidence. J'ai pu voir les guerriers bantous, dos au mur de Kouka. L'artiste cède une œuvre qui va enrichir la collection permanente. La Fondation sort une plaquette sur l'artiste et ses réalisations (j'en ai reçu 5, elles sont très pertinentes, textes et photos) et le fait connaître à son réseau de collectionneurs ainsi qu'aux critiques d'art et journalistes spécialisés.
La Résidence Jardin Rouge a été opérationnelle de façon informelle à partir de 2009, la première saison culturelle a été pensée en 2014. Une vingtaine d'artistes ont été accueillis, d'horizons et styles divers, de pays différents. En 2016, un espace d'exposition de 1300 m2 a été inauguré. 3 grandes expositions annuelles y seront organisées. Déjà ont été exposés Gérard Dancinan, Olivier Dassault et très prochainement la 1° exposition XXL collective de quelques artistes résidents : Jonone, Fenx, Tilt, Cédrix Crespel.

Accompagnée de la chargée de communication, nous avons visité les ateliers, rencontré les artistes au travail, vu les œuvres réalisées, écouté les commentaires très documentés sur les œuvres et techniques des artistes, parcouru l'oliveraie, lieu d'accueil de sculptures monumentales, visité le somptueux espace d'exposition et d'événements avec grande pièce d'eau à gauche du hall d'accueil et deux espaces en dénivelé et en continuité où était exposé le remarquable travail d'Olivier Dassault.

Parcourant le site de la Fondation, lisant les documents fournis, j'ai tenté de comprendre la démarche et de l'interroger. « Passeur d'art », dit la brochure de présentation. JLH a cherché à partager son amour d'artistes, ceux qu'il a d'abord collectionnés puis ceux qu'il a ensuite sélectionnés pour les résidences. Les coups de cœur de JLH, les compagnonnages durables révèlent l'éclectisme du fondateur. Il s'agit donc d'une subjectivité qui s'affiche, s'affirme, en toute indépendance, sans souci d'histoire de l'art, sans souci de profit, de spéculation. Il s'agit me semble-t-il d'une démarche personnelle authentique de partage, d'un style de vie en lien avec des artistes vivants et à l'oeuvre. JLH ne nous a-t-il pas dit : « je pense que nous communiquons trop ; pour vivre heureux, vivons cachés. » Ce propos me semble vouloir signifier que ce qui est premier pour le Jardin Rouge est l'expression des artistes. Un lieu au service d'artistes pour leur libre expression, pour l'épanouissement de leur expression.

La brochure de présentation signale d'autres objectifs. Un rayonnement international par coopération, collaboration avec d'autres manifestions, Mister Freeze à Toulouse, la librairie ArtCurial à Paris (édition du port-folio des réalisations de l'artiste allemand Hendrik Beikirch qui a réalisé le monumental portrait d'un vieux Marocain sur un mur en face de la gare de Marrakech). Une dissémination du concept par exemple en Chine, à Shenzhen, avec Le Jardin Orange. La recherche d' « un langage universel par la culture » afin d' « ouvrir et enrichir les regards et la curiosité. »

La démarche de la Fondation Montresso me semble exemplaire, au service des artistes accueillis. Rien à dire sur la sélection : elle relève de la responsabilité du Jardin Rouge. L'éventail des oeuvres des artistes que j'ai pu voir est large, éclectique, innovant dans certains cas (le travail à la bombe de Benjamin Laading ou le travail sur trame de Valérie Newland), inspiré de réalisations déjà installées dans le paysage artistique dans d'autres cas, par exemple le mouvement des graffitis new yorkais des années 1980, réactualisé, revisité au Jardin Rouge par Tats Cru + Daze (New York) + Ceet (Hong Kong).

Présentations de fins de résidence, événements dans le nouvel espace pour collectionneurs et « spécialistes », exportation des œuvres, autant de moyens pour promouvoir les artistes. La communication semble inévitable, nécessaire. Plaquettes de qualité, site, brochure sont les médias de cette communication. Le réseau de collectionneurs est évidemment la clef du succès pour la Fondation et « ses » artistes.

Cette démarche peut-elle permettre de créer un langage universel par la culture ? Qu'entendent-ils par là ? « Lorsque nous parlons de langage universel ce n’est pas tant dans son émission mais plus dans sa réception, l’idée d’être compris par tous. L’idée d’être un carrefour culturel par la rencontre d’artistes de différentes nationalités qui peuvent être amenés à créer ensemble suite à leur rencontre à Jardin Rouge, une réflexion créatrice artistique duale et mixte-culturellement. » Cette pratique peut-elle ouvrir et enrichir les regards et la curiosité ? La réponse est Oui pour ceux qui auront la chance de voir les œuvres, de rencontrer les artistes et qui voudront regarder. Ce sera le cas d'un petit nombre qui aura d'ailleurs du mal sans doute à mettre en mots son éveil, son réveil. Au contact d'une œuvre bouleversante, on reste sans voix.

La Fondation n'a pas le souci du grand public. Plutôt celui des amateurs d'art donc le souci de gens déjà en recherche pour qui l'art se distingue de la culture. L'art est spontanéité créatrice. Son résultat, l'oeuvre, n'est pas conçu, connu à l'avance. L'oeuvre est toujours surprenante, pour son créateur comme pour le « regardeur », mot employé dans la brochure. Montrée, exposée, l'oeuvre devient objet culturel, monnayable, inséré dans un discours par les critiques, dans une histoire de l'art par les historiens de l'art, elle devient objet de mode, à la mode, médiatisée par des médias serviles, marchandisée par le marché de l'art qui est particulièrement influent et influencé, prescripteur des nouveaux goûts, l'oeuvre perdant son pouvoir de surprise et parfois de bouleversement intime, la seule vraie influence d'une oeuvre.

Je pense donc que la Fondation doit continuer à mettre l'accent plus sur la singularité que sur l'universel. Un artiste est seul, son langage est singulier, rares sont ceux qui profiteront de son langage. Telle est la réalité. Les foules immenses qui se pressent à des rétrospectives consomment du patrimonial, des discours formatés qui leur disent quoi voir, comment voir. On est dans une manipulation de masse du regard devenu voyeur. Le Jardin Rouge échappe à cette hystérie consumériste. Il permet au « regardeur » de faire la moitié du chemin, de se faire « voyant ».

Merci à JLH et à ceux qui nous ont accueillis, la responsable artistique, la chargée de communication, les artistes.

Jean-Claude Grosse, Marrakech, 16 novembre 2016

P.S.: il serait intéressant de comparer si c'est possible Le Jardin Rouge et La Demeure du Chaos, près de Lyon, dont je suis les réalisations apocalyptiques. Cherchez sur internet.

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Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

16 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras

Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

Il y a 5 ans, le 16 novembre 2011, éclatait l'affaire Agnès M., suite au viol et à l'assassinat barbare d'Agnès,  allant sur ses 14 ans, par un lycéen du Chambon sur Lignon, condamné comme mineur et malade mental à la perpétuité, (seul cas en France, c'est dire la violence des faits et l'impossibilité ou incapacité de comprendre un tel acte).

Je réactualise donc cet article qui présente le livre pluriel, Elle s'appelait Agnès, écrit par solidarité et en empathie avec la famille, les grands-parents en particulier qui ont suivi l'écriture du livre, avant de me demander de ne pas le publier de façon comminatoire. J'ai satisfait à l'injonction jusqu'à ce que justice passe, 2 procès, juin 2014, octobre 2015. J'ai décidé de publier le livre après la projection du film Parents à perpétuité où les parents de Matthieu s'expriment, plus de 4 ans après les faits. Au moment de l'écriture, nous avons "oublié" les parents de l'assassin, sauf un texte entre Père et fils, signé François Lapurge.
JCG

P.S.

Hasard ou pas, ce 16 novembre 2016, diffusion du film Truman Capote, réalisé par Bennet Miller, avec Philip Seymour Hoffman et Catherine Keener dans le rôle de Lee Harper, l'amie et auteur d'un seul livre, livre culte, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Le film retrace entre autre la genèse du roman-vérité De sang-froid, en lien avec l'assassinat le 14 novembre 1959 de 4 membres de la famille Clutter dans un village du Kansas, Holcomb, par deux jeunes marginaux Perry Smith et Richard Hickock, qui finirent pendus le 14 avril 1965, Truman Capote les ayant suivis en prison, ayant assisté à l'exécution, épreuve dont il ne se remettra pas.

D'où mon interrogation: avons-nous eu raison de choisir la fiction, ne pouvant écrire des récits documentés tant sur Agnès que sur Matthieu ?

J’ai l’impression qu’il y a 3 choix possibles par rapport à l'écriture sur le mal, le silence (motivations multiples), la fiction, le document-vérité ( Truman Capote, Charles Reznikov dans Testimony ou Holocauste);
la moins dangereuse pour soi est la fiction me semble-t-il,
c’est pourquoi je suis peu réceptif à tout un tas d’écrits y compris de théâtre où on se met à la place de, après s’être documenté sur ce que vivent les gens dont on veut parler
(je ne citerai pas de noms, pas d’oeuvres)

Réaction d'un auteur de théâtre, Caroline de Kergariou :

Cher Jean-Claude

Je lis avec surprise ta postface à ton article et ne suis pas du tout d'accord avec ton propos.
Je suis littéralement descendue aux enfers (des mois de dépression majeure, un état de zombie) quand j'ai écrit LA CAVE qui est pourtant une pure fiction.
Alors, la fiction ferait-elle courir moins de risques à l'auteur ?
Peut-être cela dépend-il des gens... Petit détail supplémentaire : je ne me suis pas documentée sur l'affaire avant d'écrire, seulement après.
J'avais juste le souvenir de deux gamines mortes de faim dans une cave.
Je me suis demandé ce que l'on pouvait éprouver dans une telle situation, c'est ce que j'ai cherché à imaginer.

Amicalement, Caroline, Paris, le 20 novembre 2016

L'article de wikipédia consacré à ce qui s'appelle L'affaire Agnès M. présente cette tragédie me semble-t-il avec précision ; je reste dubitatif cependant sur toutes les remarques concernant les"défaillances" et "dysfonctionnements", les "erreurs et fautes" d'expertise qui ont suivi le 1° viol et l'entrée au Cévenol; après coup, il est facile d'exhiber la dangerosité du "monstre" (le terme a été employé sans vergogne par la presse) et de se faire le chroniqueur d'une tragédie annoncée; le débat qui a suivi la projection du documentaire Parents à perpétuité est très instructif à cet égard; des erreurs peut-être, des fautes, c'est à prouver; la famille d'Agnès a demandé en avril 2015 au Conseil supérieur de la Magistrature d'examiner les décisions de la juge qui a instruit la 1° affaire de viol ; elle « a fait preuve de manquements dans l'exercice de son métier de juge d'instruction ». « Nous demandons au Conseil supérieur de la magistrature d'examiner ce dossier et de prononcer à son encontre une sanction disciplinaire », concluent-ils. À suivre donc.

Les parents de Matthieu, l'assassin d'Agnès, s'expriment, les soeurs aussi, dans le documentaire réalisé par Anne Gintzburger, Parents à perpétuité, même titre qu'un article du Monde magazine du 15 novembre 2014, documentaire diffusé sur LCP Public Sénat, samedi 7 février et dimanche 8 février 2016. C'est un documentaire d'une grande force émotive et réflexive. On y apprend que le lycée du Cévenol a définitivement fermé. 76 ans d'histoire et toute une histoire de Justes balayée par deux crimes qui font poser la question: monstre ou humain ? Les parents et les soeurs (17 et 11 ans) répondent par une attitude exemplaire d'amour parental et soral; Sophie la mère est particulièrement touchante, le père Dominique dit des choses fortes; j'ai beaucoup apprécié les propos de Margaux, l'aînée (quelle maturité) et de Zelie la dernière (son histoire de Matthieu blanc et de Matthieu noir est parlante et sans doute cathartique). Matthieu est le seul mineur condamné à la perpétuité en France. Déclaré malade au 2° procès, il a été recondamné sans circonstances atténuantes. À son propos, un psychiatre a évoqué un OVNI scientifique. Marcel Rufo qui suit les parents parle de psychose mais ce n'est pas le nom de sa maladie, de sa pathologie. Son indifférence affective par rapport à son crime est ce qui fait problème, pas de regrets, pas de remords, pas de demande de pardon. Rufo se demande: sera-t-il capable avec le temps de sortir de cet état ? Une psychanalyste de mes amies m'a évoqué une structure possible de pervers paranoïaque. On ne peut qu'éprouver de l'empathie pour ces parents à perpétuité, pour les soeurs de Matthieu Bien sûr on n'oublie pas Agnès ni la famille d'Agnès.

Suite à la diffusion de ce documentaire que j'ai regardé deux fois, Les Cahiers de l'Égaré ont fait imprimer 100 exemplaires du livre Elle s'appelait Agnès, écrit par un collectif d'auteurs de théâtre, de professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse (éducateur en prison, directeur de prison pour jeunes, psychologue), livre écrit par solidarité avec la famille d'Agnès. Ces auteurs ont participé pour un certain nombre d'entre eux à la marche blanche du 16 novembre 2012 à Paris, à la mémoire d'Agnès. Il y a plusieurs textes en lien avec le double violeur-tueur car dans une telle tragédie, on ne peut dissocier le bourreau et la victime. Cela fit problème lors d'une rencontre des auteurs à Paris, en novembre 2012, indépendamment de la présence à cette réunion des grands-parents d'Agnès. Le texte Essai d'abjection introspective fut violemment critiqué. Moi-même quand je l'avais reçu, j'avais dit: il est irrecevable. J'avais dit à l'auteur: Prolonge ton texte sur ce qu'il éprouve au moment de l'acte monstrueux par ce que dit le bourreau après dix ans de suivi et de prison. Dans le 2° texte, le bourreau n'a pas changé d'un pouce, quelques mots seulement ont changé. Nouvelle proposition à l'auteur: Écris alors du point de vue de la victime, sa prise de conscience après coup qu'elle a eu affaire non au prince charmant mais à la beauté et à la monstruosité du diable au corps.

Deux lettres recommandées me sommèrent en décembre 2012 de ne pas publier le livre dont on avait prévu la sortie après le procès de juin 2013.

J'ai respecté l'injonction qui m'a été faite alors que rien ne m'empêchait de sortir ce livre pluriel, sur le plan judiciaire et pénal. Aucun nom, aucun lieu, aucune date en lien avec les faits, que de la fiction.

Pour remercier les auteurs qui s'étaient investis dans ce travail d'empathie et de solidarité, j'ai édité seulement les exemplaires d'auteurs du livre Elle s'appelait Agnès, en février 2015 après les 2 procès (2° procès en octobre 2014). Le livre était prêt depuis novembre 2012. Je l'ai édité hors commerce, exemplaires réservés exclusivement aux auteurs, soit 20 exemplaires.

Aujourd'hui, je réimprime 100 exemplaires en tirage avec PVP, partiellement diffusé en librairie mais aussi en vente directe. Et un exemplaire au dépôt légal, ce que je n'avais pas fait en 2015. Je transmettrai un exemplaire du livre à la famille de Matthieu pour leur montrer qu'ils ne sont pas seuls, même si on n'est pas nombreux. Si on avait vu le documentaire Parents à perpétuité, si on avait lu l'interview du 15 novembre 2014 dans le Monde magazine, cela aurait sans doute modifié les écritures des 20 qui ont écrit Elle s'appelait Agnès. Le livre existe maintenant, sans bruit, nourri de la tragédie de deux familles.

Avons-nous eu raison de donner forme à un élan d'empathie qui a été unilatéral ?

Reçu ce message :

Merci Jean-Claude de nous avoir envoyé la video de ce document formidable. Le témoignage de ces parents, surtout celui du père est très touchant, il pose des questions essentielles. C'est enseignant pour nous tous. La justice est paradoxale en reconnaissant Mathieu malade et en le condamnant à perpétuité (un mineur), au lieu de l'orienter vers un service de psychiatrie. Cependant le père note que Mathieu est mieux enfermé dans sa cellule. Il existe en effet des êtres qui se sentent plus en sécurité enfermés car ils perçoivent qu'ils ne disposent pas de défenses psychiques pour contenir ce qui les submerge. Et d'autre part, payer en prison peut être pacifiant par rapport à la responsabilité de leur acte malgré l'absence de culpabilité. La psychose est évidente chez ce jeune, c'est ce que j'ai perçu depuis le début mais c'est étonnant, il n'y a que Rufo qui l'évoque. Bien amicalement M-P

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Vers les dunes de Merzouga

6 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #voyages

dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
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dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre

Vers les dunes de Merzouga

Partis le lundi 31 octobre de Marrakech vers 9 h du matin, nous sommes revenus à Marrakech le vendredi 4 novembre vers 16 h. 1100 kms environ, en empruntant quelques routes inédites pour nous, particulièrement risquées suite à des pluies une semaine avant.

En six ans et plus, j'ai pu voir l'extraordinaire transformation du Maroc. D'abord les routes, beaucoup réaménagées comme la montée vers le col du Tichka à 2260 m, infernale montée, encombrée de poids lourds, devenue route à 3 voies. Ou comme la piste de 20 kms après le col du Tichka vers Telaouet, fief jadis du Glaoui dont la kasbah mal en point est devenue musée ; c'est maintenant une route praticable en cours d'élargissement, qui va devenir dans les deux ans qui viennent attractive pour les circuits touristiques. On arrive au célèbre ksar d'Aït-ben-Haddou en découvrant au passage celui de Tamedakhte. Pareil pour la plus extraordinaire route du Maroc, 137 kms entre Ouarzazate et Demnate que nous avons parcourue en 5 heures, à refaire un jour en sens inverse, route de flancs de montagne, de fonds de vallée, 10° en moyenne, route défoncée, noyée, bref, un régal pour le chauffeur qui a croisé en tout et pour tout sept 4X4 d'Espagnols frimeurs. Donc pas encore une route à touristes mais une route à couper le souffle par la variété des paysages. Et bien sûr la magnifique route du sud pour aller de Rissani à Ouarzazate par Tazzarine, Nkoub, Agdz. La route du nord de Ouarzazate à Errachidia puis Erfoud, Riffani est très prisée par les circuits touristiques car elle va vers les gorges du Dadès, de la Todra par la vallée des roses ou vallée du M'Goun. Il est évident que le tourisme est une source de développement pour ce pays et donc les infrastructures doivent être en bon état. Les entrées des villes sont particulièrement soignées. En cours l'entrée de Rissani. Les bâtiments publics, officiels sont mis en valeur, écoles, administrations. On voit apparaître des complexes sportifs et culturels en direction de la jeunesse, pas seulement à Marrakech. La flotte des taxis s'est intégralement renouvelée. Plus de grosses Mercedes polluantes sauf exception dans les coins les plus reculés. On voit de plus en plus des panneaux photovoltaïques pour faire fonctionner les pompes des puits et même les panneaux des contrôles de police.

1° nuit dans les gorges du Dadès dans un dar en hauteur, dominant les gorges dont la cascade. 2° nuit à la casbah Mohayout à Merzouga. 3° nuit en bivouac. 4° nuit à Ouarzazate.

Merzouga ce n'était rien, il y a vingt ans. En 2005, grosses inondations qui détruisent le village. Aujourd'hui, on n'a que l'embarras du choix pour être hébergé. Après 4 visites de kasbahs, nous optons pour la kasbah Mohayout.

C'est à partir de cet hébergement que j'ai fait ma première marche dans les dunes, le matin vers 9 30, ma première balade en dromadaire jusqu'au bivouac, 1 h ½ l'après-midi vers 16 h, ma première soirée et première nuit en bivouac, mon premier lait de chamelle. Le bivouac, installé dans une cuvette au pied d'une dune qui nous domine d'une centaine de mètres, accueille une vingtaine de personnes. Indonésiennes, Allemands, Belges, Français. Grande discussion le soir avec un Français dont je ne sais rien. Discussion sur le cosmos, sur notre petitesse. Pascal en pratique et sa peur des deux infinis, nous, nous y sommes habitués ou accoutumés. J'observe le ciel, la nuit tombe vite, vers 17 h 30. Je me lève deux fois pour, dans un silence d'une densité exceptionnelle, voir l'évolution de la voûte étoilée. Les pléiades, Orion me sautent dessus. Ce n'est que la 2° fois que la grande ourse et l'étoile polaire sont visibles. Il doit être 3 h du matin. Impossible de dormir. Ça cogite, en lien avec un texte écrit le matin à la casbah après la marche ardue dans les dunes et dont j'ai fait cadeau au personnel qui l'a encadré et affiché dans l'entrée. Ce fut une nuit méditative, une grande nuit, pas comme la nuit mystique de Pascal mais une nuit d'insomnie à forte charge émotionnelle et spirituelle.

Voici le dit des dunes de l'erg Chebbi à Merzouga :

 

1 – Ce matin 2 novembre 2016

fête des morts / de tous les morts

tu marches / pieds nus / sur le sable très ancien / des dunes de l'erg Chebbi

Les dunes ondunent / nés des vents de sable

Beaucoup de traces / d'empreintes /

pas assez pour tout imprimer / pas assez pour tout saccager

Les dunes sont plus vastes que les pas des hommes aux semelles de vent /

que les sillages des trials / des quads / des buggys / des 4 x 4

Tu traces ton sillage en tanguant sur des crêtes vierges

Tu ne remarques même pas le tracé / non loin de là / des chameliers et de leurs caravanes

Personne n'empruntera ton tracé

Chacun peut y aller de sa singularité

même si des habitudes s'observent /

beaucoup préfèrent les sommets / assez peu les cuvettes

Personne ne lira ton allégresse car cette marche ardue t'euphorise

Le silence t'enveloppe /

Yeux mi-clos / tu parcours formes et courbes /

douce sensualité / hors d'atteinte de tes mains / de tes désirs /

rien d'agressif dans ces ondulations figées / pas d'appel d'appâts charmeurs

Il a fallu tant et tant de tempêtes / pour aboutir à cette permanence / de rondeurs et d'arêtes /

qui fait la nique à l'impermanence du flux héraclitéen

Tu écoutes la chamade de ton cœur cardiaque après une rude montée

Tu te laisses rouler sur le sable ruisselant qui ne t'ensevelit pas

Ce soir / au sommet d'une dune / tu regarderas le coucher du soleil

puis le ciel étoilé te mettra en présence de l'infini et de l'éternité

Tu resteras sans voix / il n'y a pas de mots pour de tels moments /

Au petit matin / le lever du soleil te ramènera au temps circulaire /

celui qui s'écoule comme sable entre tes doigts de pied

Tu regardes le mur de pisé du Dar Mohayout où tu écris

La paille y laisse d'innombrables signes sans messages à déchiffrer

Les étourneaux s'approchent à vingt centimètres de ta page

Ils picorent des miettes sur la table en zellige

puis s'envolent dans un froissement d'ailes /

tu connais leur murmuration / quand ils sont des milliers / cherchant leur aire pour la nuit

Les eucalyptus s'agitent / frémissent selon

Ma page s'est remplie

Je retrouve mes esprits / je suis en vie / je pense à mes morts /

sont-ils redevenus poussière ?

Je leur dédie cette journée si particulière / moi au désert

Sable / Poussière / Est-ce même matière ?

 

2 – Ce 2 novembre 2016 vers 16 H

fête des morts / de tous les morts

tu grimpes sur ton dromadaire / en décubitus sternal

Quand il se relève / pattes avant puis arrière / en deux temps /

tu t'agrippes bien au harnais

Tu es en tête de caravane / tu accompagnes le mouvement de l'animal /

d'un mouvement du bassin sur la selle dure

Le guide suit une piste sinueuse évitant trop grandes montées ou descentes

Tu vois le sens de l'économie des efforts en acte / pas mesurés / cadence lente

Du haut de l'animal sans nom /

les musulmans ne leur donnent pas de nom /

auquel tu parles /

tu l'as nommé Joseph / Jésus ne doit pas être loin

tu vois bien la configuration des dunes sur 180° /

tu vois aussi qu'en avançant / ça change

Le paysage immuable change avec ton déplacement /

dunes après dunes / grandeurs variables /

Avant le bivouac / arrêt sur une arête /

grimpette glissante jusqu'à un sommet /

grimper une dune c'est expérimenter la reprise /

se reprendre / glisser et remettre ça /

épuisant

Au sommet / tu assistes à un coucher de soleil dans le désert / il est 17 H 30

tu te poses une question mystifiante /

si la lumière solaire met 8 minutes pour arriver sur Terre /

que vois-tu ? au moment où tu vois ce qui t'environne dont ton ombre immense ?

Pas d'émotion particulière / moins qu'au bord de l'océan / mais plus de questions /

le désert est pour toi propice au questionnement / c'est ton premier désert

c'est sans doute l'effet de la 1° fois /

Tu descends vers le bivouac / à grandes enjambées / t'es un géant de la descente

Accueil par les Berbères du campement / Thé vert à la menthe / Cacahuètes / Repas

Va savoir / toi qui en général préfères écouter / tu vas te mêler à une conversation

tu laisses passer l'épisode sur la mort de tout un tas de langues

tu saisis l'émoi pascalien d'un baroudeur s'interrogeant sur sa place dans le cosmos /

Qu’est-ce l’homme dans la nature ?

Un néant à l’égard de l’infini /

un tout à l’égard du néant /

un milieu entre rien et tout /

la nuit est tombée depuis un bon moment déjà / il regarde la voûte étoilée

c'est clair / on n'est pas à l'échelle / l'échelle des grandeurs donne le vertige

notre échelle de 24 H par jour / de 365 jours par an / ça fait petit

par rapport aux 100 000 années-lumière de la Voie Lactée que nous contemplons /

10 puissance 21

toutes ces lumières qui nous arrivent ont mis plus ou moins de temps pour nous arriver

regarder une étoile / c'est regarder du temps passé / une étoile vieille / peut-être morte /

et des distances astronomiques /

tu essaies de repérer les étoiles que tu connais / Les Pléiades

tu évoques les grands nombres /

les 10 puissance 40 /

10 puissance 47 molécules d'eau sur Terre

10 puissance 50 atomes pour  la Terre

10 puissance 85 atomes pour l'univers

50 billions de cellules pour le corps humain

8 ×10 puissance 60 d'intervalles de temps de Planck depuis le Big Bang

les petits nombres /

les 10 puissance – 20 /

une cellule humaine 10 puissance – 5

une molécule d'ADN 10 puissance – 9

un atome 10 puissance – 10

un noyau 10 puissance – 15

un quark / 10 puissance – 18

le temps de Planck / 10 puissance – 43 seconde

pour connaître tes chances à la loterie / évalue à 10 puissance – 9

pour tes chances au poker / à 10 puissance – 6

et soudain tu penses à la dune de 180 mètres qui domine le bivouac

des milliards de grains de sable accumulés / entassés

tu en es sûr / tu connais la théorie du grain de sable qui enraye toute machine /

et tu la pratiques chaque fois que tu as des chances de réussir le désordre dans l'ordre

à quelque part donc dans cette distribution / il y a

le grain de sable qui fera s'écrouler la dune de Merzouga en une grande vague ocre

quel grimpeur par une glissade aux effets secondaires inattendus provoquera l'effondrement ?

quel rapace se jetant sur le fennec des sables ?

quelle patte d'oiseau ?

Tu te lèves deux fois

vers 1 H du matin / tu repères sans difficulté Orion

et vers 3 H / elle est là / bien visible / l'étoile polaire /

à 5 fois la distance des roues arrière de la Grande Ourse

Au petit matin /

tu refuses de faire comme les autres /

tu ne grimpes pas au sommet de la dune /

pour regarder le lever du soleil /

tu ne seras pas dupe / même si c'est beau /

c'est ta Terre qui tourne sur son axe autour du soleil

 

3 – La tentation du désert

Les marchands de sable détestent prêcher dans le désert. Que le désert croisse !

Honneur à qui favorise le désert ! à qui recèle un désert !

Prophètes de malheur, annonceurs d’apocalypses naissent du désert. Brament dans le désert. Aboulique, la foule. Boulimiques, les masses. Venues du Nord, déferlent par les autoroutes du soleil. Maximalisation du Sud.

A l’heure de midi, le midi brûle. Le désert croît. Déserts, les chantiers. Licenciés, les ouvriers. Moi, les pieds dans l’eau. Indifférent au paradis.

Prophètes de bonheur, annonceurs d’âges d’or surgissent du désert. Exultent dans le désert. Mimétique, la foule. Léthargiques, les masses. Venues du froid, s’allongent sur le sable chaud.

Sieste sous parasol. A l’heure de midi, il fait nuit. Le désert croît. Déserts, les embarcadères. Désarmés, les rafiots. Moi, la tête dans les étoiles. Indifférent à l’enfer.

Les assoiffés de pouvoir déversent sur la foule, les grandes eaux de leurs mirages.

Fébriles, les assujettis fascinés par ces images qui ne désaltèrent pas.

Qui en appellerait à la traversée du désert ?

Sur les plages de sable, l’indifférence d’aujourd’hui. Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable, l’indifférence d’hier. Dure. Sèche. Érémitique.

Du désert, aimer à la folie le grain de sable qui enraye la machine, saboteur de toute folie des grandeurs.

Du désert, garder le grain de sable, inaltérable, ne pas s’attarder à la dune, sa répétition en masse, altérée par tout vent de sable.

Favoriser le désert

jusqu'au mira (g cl) e de l'oasis

(Hammadraout, Yémen, 1994 dans La Parole éprouvée, 2000, Les Cahiers de l'Égaré)


 

4 – Passion nomade

Sédentaire depuis des millénaires, que reste-t-il dans tes sur place du nomade que tu fus si longtemps ? Sais-tu seulement cette part de toi, cette part d’autrefois laissée au désert ?

Installé dans le dur des murs de ta maison, tu aimes ce qui est dur : sûreté de tes options, pureté de tes émotions, dureté de tes décisions. Installé pour durer, tu es incapable de reconnaître le nomade que tu fus autrefois.

Installé dans le dur, tu en oublies la précarité de tes conditions de vie, la fragilité de tout ce que tu as acquis.

Installé pour durer, tu voudrais durer, préférant l’état au passage mais tu es en transit, n’ayant aucun héritage à transmettre. Tu es en transit et tu te crois le maître, rejetant en toi le métèque.

À l’extrême de mon attention, je suis plein d’attentions pour toute chance fragile, toute combinaison unique, refusant la profusion, la production en série, l’immonde prolifération, l’intolérable pollution. Par petits écarts en portée et en direction, je passe du proche au lointain, inventant la diversité par proximité, la succession par approximation. Imprévisible, imperceptible, je surgis, négligeant les grands départs, les grands écarts, les longues migrations des campeurs qui se déplacent sur les autoroutes du conformisme. Sans avoir à prendre place dans les sur place saisonniers des sédentaires qui vont s’exposer sur les rivages sans infini, j’ai à portée de mémoire, lointains et prochains, découverts autrefois, la première fois.

(Campement de La Ripelle au Revest, 1975 dans La Parole éprouvée, 2000, Les Cahiers de l'Égaré)

5 – Dispersion 1

entouré de limites je tourne en rond

champ miné pulvérisé par leur minable savoir

j’essaie de me trouver

on me sonde on me triture à l’ultra-son à l’électro-choc à l’infra-rouge à l’insuline

je me répands sur des lamelles de verre

dans des éprouvettes des cornues des ballons

je deviens rouge de chiffres et d’hypothèses

sur l’autel des théories on m’immole

je suis fixé au stade sadico-anal

car je me gratte le cul avec plaisir

j’ai sucé jusqu’au sang le sein maternel

je suis donc jouisseur en sus

j’ai pissé dans mes langes et j’étais aux anges

alors je rêve de paradis perdu

j’ai chié dans le pot et à côté du pot pour les faire chier

ça ils ne l’ont jamais supporté

je me suis masturbé et je ne suis pas devenu sourd

qu’ils sont lourds !

que de progressions de régressions

que de fixations de transgressions

j’ai bien du mal à me construire

ils m’ont dispersé

aux quatre petits coins de leur grand pouvoir

(Bures-sur-Yvette, 1961 dans La Parole éprouvée)

6 – Dispersion 2

Des milliards d’impressions sur ma peau

des milliards de réactions dans mon cerveau

des milliards d’excitations venues du dehors

pénétrant mes dedans par les yeux les doigts les narines les oreilles

les milliards de neurones de mes pauvres nerfs mis à vif

des milliards de stimuli

des milliards de réflexes

des milliards d’informations reçues au fond des cellules

expédiées du fond des cellules

tout cela me dépasse

je ne suis pas à la bonne échelle

je ne suis pas responsable de cette organisation proliférante de l’infime

de ces cellules qui se divisent

de ces molécules qui se combinent

de ces électrons rebelles

de ces radicaux libres

de ces particules étranges

je ne suis pas responsable de ces milliards d’automatismes de l’intime

à logique primaire binaire

je me désolidarise de moi-même

je vais m’organiser autrement

je ne serai pas reproductible par clonage

(Paris, 1973 dans La Parole éprouvée)


 

7 – Homme de maturation lente, je suis dépassé par les énervés.

Lourds de leur légèreté, sourds aux nécessaires solidarités, ils osent.

Croyant être au cœur des choses quand ils ne sont qu'au bord.

N'est-on pas toujours seulement au bord des choses et des êtres ?

Peut-être même est-on toujours à côté ?

Alors qu'on croyait avoir bien ciblé, bien visé !

Sait-on ce qu'on dérange quand on avance

ce qu'on détruit quand on bouge ?

(Ouverture manuscrite de La Parole éprouvée)

 

8 – Imprévisible, investir les interstices de leurs territoires sédentaires.

À la manière du sable. Partout. Chaque trou.

Ils ne contrôlent pas tout.

Présence légère, camper à la nomade. Au bord des choses.

Sans frénésie. Sans appétit.

Solidaire, choisir une position.

Sans tourner le dos à ses frères.

Ni leur faire face.
Installer la caravane, provisoire. Sans rien déranger.

Occuper la position, précaire, à l'extrême de l'inattention.

Provoquer le déplacement à l'épuisement de la distraction

quand l'habitude fait voir un territoire

là où l'on avait choisi un emplacement. Sans rien emporter.

En laissant tout en place et en plan.
Partir sur la pointe des pieds.

Crainte de gêner en faisant du bruit.

Pas d'itinéraire à suivre.
Nos pères ne transmettent pas leurs repères.

Pas de voies à ouvrir.
Nos fils ne veulent pas hériter pas de nos repaires.

Le désert efface toute trace de réussite hargneuse et tapageuse

de qui a fait son chemin.

Ne pas s'attarder.

Passer à la ligne.
N'aimer que les inachèvements.

Opter pour la dérive et l'inconséquence.
Seulement habité par un souffle.

(Finale manuscrit de La Parole éprouvée)

 

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Le corps quantique / Deepak Chopra

26 Octobre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

le corps quantique, collection J'ai lu
le corps quantique, collection J'ai lu

le corps quantique, collection J'ai lu

Le corps quantique

de Deepak Chopra

 

C'est grâce à une amie virtuelle de FB devenue amie réelle dans la vie que j'ai découvert Deepak Chopra lorsqu'elle m'a offert Le livre des coïncidences.

Je suis sensible aux coïncidences. Peut-être même que je les favorise. Lanceur de fils d'une part, réceptionniste de fils d'autre part, telle est « ma » toile d'araignée. Quand on voit une araignée tisser sa toile, quand on voit la toile au vent, sous la pluie, la rosée éclairée par le soleil levant ou couchant, quand on voit un insecte s'engluer dans la toile, on est sans doute métaphoriquement parlant, assez près de la texture de la vie et de la mort. La vie comme tissage, la mort comme déchirure.

Depuis Le livre des coïncidences, j'ai lu La vie après la mort, Le corps quantique, Le fabuleux pouvoir de votre cerveau, Le fabuleux pouvoir de vos gènes. Tous sont passionnants. Le corps quantique déjà ancien (1989) est actualisé par le livre sur le cerveau (fin 2013) et par celui sur les gènes (avril 2016).

La lecture du corps quantique est une expérience d'éveil. Ça ouvre des perspectives, met en perspective, oblige à revoir quantité de certitudes. Ça remet en mouvement.

La démarche de Deepak Chopra me semble honnête. Il définit ses notions, indique quand il se heurte à des absences d'explications, idem d'ailleurs pour les limites de la médecine scientifique, il émet des hypothèses, étayées sur des enquêtes reconnues par le milieu scientifique, sur des cas cliniques. Il n'oppose pas médecine moderne et médecine ayurvédique (médecine traditionnelle indienne, vieille de plusieurs millénaires) mais repère bien les blocages de l'institution médicale. Devant un cas inexplicable, ne rentrant pas dans les statistiques, la science l'évacue. Miracle, inexplicable, donc à ne pas interroger. Les moyens doivent rester concentrés sur la majorité des cas.

Et c'est ainsi que la science, l'industrie pharmaceutique, l'université se ferment à des remises en question au nom d'un darwinisme pur et dur, une sélection naturelle seulement régie par le hasard, au nom d'un matérialisme plutôt simpliste, de type mécaniste (le corps est une machine, une maladie a une cause et un traitement) fonctionnant selon une causalité unique, une cause, un effet. Les conséquences de ces dogmes sont énormes en termes de santé publique, de santé individuelle, de rentabilité économique. Pas question de s'interroger sur ce qu'on appelle, terme pratique, les effets secondaires des médicaments ou des traitements dont certains sont dits lourds. Comme nous ne sommes pas à l'échelle de ce qui se passe, nous ne voyons rien, nous ne sentons rien, dans l'immédiat. On somnole. Ça on l'éprouve. Notre système immunitaire a été attaqué, on s'en rendra compte plus tard, trop tard.

Dans la médecine moderne, la maladie a une cause et un traitement. Le patient est rarement pris en compte dans sa complexité et sa globalité, son mode de vie, son histoire personnelle, ses traumatismes, ses souffrances cachées...

De plus en plus de gens se détournent de cette médecine mécaniste, déterministe, en plus peu bienveillante, peu compassionnelle, parfois maltraitante : les brutes en blouses blanches. On voit se développer d'autres médecines, alternatives, douces, ayurvédiques, des techniques diverses de bien-être, des approches holistiques de la personne, du corps, de la maladie. De plus en plus de connaissances sont mises à notre disposition, souvent vulgarisées, non étayées, simplement affirmées donc déjà présentées comme dogmes (avec les régimes pour maigrir, on a un champ immense de manipulation, pareil avec les maladies liées au mauvais cholestérol, l'arnaque sans doute du siècle), souvent aussi sources de profits. La masse de connaissances proposées est considérable, éclectique et il est difficile sans doute de trier. Des modes se développent, ensuite critiquées, abandonnées pour de nouvelles modes. Alimentation sans gluten, une des dernières modes comme avant, le régime Dunkan. Pour ma part, je suis prudent. J'opte pour la simplicité.

Évidemment, Deepak Chopra n'échappe pas à cette accusation de faire du profit, en devenant dit-on le gourou de la santé. Je ne suis pas tenté de suivre ses détracteurs car son évocation de cas auxquels il a eu affaire montre son humanité qu'il ait réussi ou échoué. Il sait parler de « ses » patients, il sait leur parler.

Deepak Chopra vient de deux mondes, celui du védanta à travers l'influence qu'a eu sur lui Maharishi qui l'a initié à la méditation transcendantale et à l'ayurvéda, et le monde de la médecine de pointe, celle qui travaille aux plus petits niveaux, molécules, gènes, cellules. Il sait mettre à notre disposition, nombre de connaissances d'aujourd'hui sur le corps humain, le cerveau, le patrimoine génétique. À le lire, on peut être effrayé car si on est au niveau de l'infiniment petit, on est aussi en présence de très grands nombres, l'indéfini qui n'est pas l'infini; l'infiniment petit pullule. Les bactéries qui colonisent notre système digestif se chiffrent par milliards. Elles sont le résultat de l'évolution sur 3,5 milliards d'années. Elles ne sont pas nos ennemies, nous sont nécessaires. Petit à petit, on découvre que ce corps change, se renouvelle, que notre corps est neuf tous les 3 mois (les cellules gastriques ont une durée de vie de quelques minutes mais et c'est intéressant à noter, une mémoire fantôme semble se transmettre des cellules qui meurent aux cellules qui naissent, ce qui expliquerait l'effet yoyo des régimes; je ne parle pas de phénomènes qu'on appelle avec Jean-Claude Ameisem la sculpture du vivant à travers le phénomène de suicide collectif et organisé de cellules appelé l'apoptose), que même nos neurones, contrairement à ce qu'on croyait, se renouvellent, que donc le gâtisme n'est pas programmé génétiquement.

La plupart des médecins vont opter pour l'explication par la programmation génétique, nouveau mot pour destin, nouvelle forme du déterminisme, c'est inscrit dans vos gènes. L'ADN, l'ARN sont incroyablement astucieux et complexes, souples, plastiques. L'ADN c'est 3,5 milliards d'années d'évolution mémorisés. Cette mémoire active, en double hélice, dépliée, mesurerait 1,5 m par cellule à multiplier par 50 billions de cellules du corps (1 billion =1000 milliards). À notre mort, notre ADN a une durée de vie de 1,5 millions d'années de quoi nous cloner longtemps encore après cet événement, peut-être à penser différemment que comme un retour à la poussière, belle métaphore peut-être obsolète ou à réinterpréter. L'idée que la mort de nos cellules puisse être programmée par l'organisme lui-même, et non résulter d'agressions externes, ne s'est imposée que très récemment... Mais elle a tout changé dans nos conceptions de l'apparition de la vie, du développement, des maladies et du vieillissement. Comprendre qu'un embryon est autant dû à une prolifération qu'à une destruction massive de cellules, ou qu'un cancer puisse être causé par l'arrêt des processus de suicide cellulaire, c'est voir le vivant sous un jour nouveau. Et on est effaré de découvrir la plasticité du génome d'une part, l'émergence de l'épigénome d'autre part, particulièrement apte à se modifier, s'adapter. À tel point que la distinction inné-acquis elle-même est mise en question puisque de l'acquis devient de l'inné. La très ancienne distinction matière-esprit en prend un coup aussi. L'effet placebo est instructif à cet égard puisque des médicament neutres présentés comme actifs opèrent sur les gens qui les absorbent. Le pouvoir de l'auto-suggestion ou de la suggestion n'est pas négligeable, l'hypnose en étant un autre exemple. De là à se demander qui pense ? L'esprit ou le cerveau ?

On voit les enjeux métaphysiques de ce cheminement. Pas de preuves mais des argumentations. Et libre à nous de nous convaincre de la force, de la vérité de ces arguments, de ces hypothèses. Il semble que la simple croyance en des effets bénéfiques suffise à avoir les effets souhaités. Par exemple, dualité ou unité ? Dualité corps-esprit ou unité corps-esprit. Aujourd'hui, des médecines corps-esprit se développent où l'on fait intervenir les décisions, les désirs, la volonté du patient, où l'on met en pratique certaines techniques comme la méditation quotidienne, le son primordial, la visualisation, la technique de félicité. La question qui se pose ici est qu'est-ce qui est premier ? La matière ou l'esprit. On les sait complémentaires aujourd'hui mais le matérialisme semble un peu court pour rendre compte de ce que nous disent certains cas de rémission, de guérisons paraissant miraculeuses. C'est là que Deepak Chopra fait intervenir la physique quantique avec ses paradoxes comme l'intrication ou le saut quantique sans oublier ce que les théories cosmologistes sont amenés à nous proposer, en particulier sur le vide quantique, ses potentialités, ses virtualités pouvant devenir à l'occasion d'une singularité, un univers, des bulles d'univers. Ce que l'on appelle l'effet papillon pourrait illustrer ce qui se joue là : un battement d'ailes de papillon au Japon provoque un tremblement de terre en Amérique Latine ; une décision de changement d'hygiène de vie provoque un renouveau du métabolisme, de nouvelles expériences entraînent des connexions nouvelles, des synapses inédites, une mobilisation du système immunitaire inattendue...

La dernière question de nature métaphysique qui se pose est où se situe la réalité, nous est-elle extérieure ? notre conscience passive en prenant acte à travers nos sens ? Ou nous est-elle intérieure, est-elle produite par notre conscience active ? Deepak Chopra distingue 4 niveaux de conscience, la veille, le sommeil, le rêve et le 4° état de conscience qui semble être comme un branchement sur une Conscience universelle, éternelle, infinie, état accessible rarement, demandant préparation. Des schémas simples accompagnent les propos de Deepak Chopra mais je ne les trouve guère parlants. Par contre d'autres métaphores me semblent parlantes, celle de l'aimant et de la limaille de fer. Il faut une feuille de papier sur l'aimant pour que la limaille se dispose selon le champ magnétique terrestre. La feuille de papier est l'intermédiaire nécessaire à cette émergence.

Devant l'extraordinaire agencement de notre corps, avec ses organes, tous oeuvrant à nous maintenir en vie, à nous faire vivre, avec ses capacités spontanées à surmonter d'innombrables agressions, pensons à la coagulation du sang lors d'une blessure, ou sus à l'intrus quand des processus cancérigènes se mettent en place et c'est très fréquent et c'est très rare que ces processus réussissent, on est bien obligé de se demander si cela est le résultat du hasard créateur cher à Marcel Conche ou s'il n'y a pas une intelligence créatrice, rendant intelligents les organes comme les reins, le foie, le pancréas, le cœur, sans parler du cher cerveau que TF1 veut rendre disponible pour Coca Cola, rendant intelligentes les cellules, toutes issues d'une mitose originelle, cellules différenciées et spécialisées, à durée de vie très limitée mais renouvelées par l'ARN sur ordre de l'ADN. Dernier point : cette intelligence créatrice n'est-elle pas à l'oeuvre partout, à partir du vide quantique, à partir du silence auquel on accède par la méditation, laissant advenir l'état de félicité dans le champ de la Conscience.

M'étonnant de l'absence de l'eau dans la démarche de Chopra, je complète par le rôle majeur de celle-ci dans notre corps. Dans le ventre maternel, notre vie commence dans l'eau. Par la suite, l'eau diversifie ses fonctions. Elle devient tout à la fois transporteur, éboueur, énergéticien, penseur et messager... Elle nous aide à respirer et à nous protéger des microbes. Mais avant tout, l'eau est d'abord... architecte. Incroyable paradoxe: nous tenons debout parce que nous sommes faits d'eau ! Transporteur. L'eau transporte globules, nutriments qu'elle élimine, récupère et recycle notamment pendant la digestion. Elle transporte jusqu’au cœur des cellules un certain nombre de substances qui leur sont indispensables, comme les sels minéraux par exemple. S'agit-il de respirer, l'eau transporte globules rouges et dissout les gaz. Energéticien. Elle participe aux nombreuses réactions chimiques dont notre corps est en permanence le siège. L’eau joue donc un rôle considérable dans le fonctionnement de notre corps. Elle intervient dans la régulation thermique et aide au maintien d’une température constante à l’intérieur du corps par le biais de la transpiration. Policier ( protection). Pour protéger notre corps, elle supporte les globules blancs et les anticorps. Penseur et messager. Elle fabrique les ions nécessaires au système nerveux. 82 % de notre cerveau est composé d'eau et cette dernière transmet les influx nerveux et les hormones. Eboueur. Elle participe au « nettoyage » de l’organisme en facilitant le travail des reins et l’évacuation urinaire des déchets du métabolisme. Architecte. L'eau fabrique nutriments, globules, cellules... elle irrigue la peau. Elle structure la matière vivante grâce aux mécanismes hydrophiles et hydrophobes liés à la molécule H2O. Outre d'être le constituant essentiel des cellules (40 %), l'eau occupe l'espace intercellulaire, servant de réserve aux cellules et aux vaisseaux sanguins. Le reste est contenu dans le sang et la lymphe, et circule en permanence dans tout l'organisme. 45 litres d'eau pour un corps de 70 kilos.

Je ne suis pas trop sûr d'avoir été fidèle à Deepak Chopra dans cette note de lecture. J'ai tenté de dire avec mes mots, sans citations, ce que je crois avoir perçu de sa double approche, scientifique et védique. Ce que je sais, c'est que ces livres passionnants, difficiles, sont à relire. Ce que je sais aussi c'est que leur influence sur ma manière de voir, de sentir, de vivre est quasi-immédiate. Ils ont un pouvoir de transformation incroyable, à tel point que j'en arrive à m'adresser à moi-même à la 3° personne ou en me décalant légèrement pour d'acteur, devenir témoin, par exemple d'une colère qui disparaît quasi-instantanément, à m'adresser aussi à mes organes, à mes cellules comme je parle à mes chers disparus, bien vivants autrement ou comme je parle à ma fougère. Et changement notable, je peux énoncer ainsi ma résolution d'aujourd'hui :

sourire et faire sourire ou rire autour de moi, dans un rayon de 500 mètres, sachant que ça rayonne peut-être ensuite en ondes ou vibrations jusqu’au fin fond de nulle part, jusqu’au vide et au silence d’où tout surgit peut-être, de quoi éventuellement vivre plutôt joyeusement en évitant les bruits du monde, trop assourdissants. Ce n'est pas parce que j'aurai mal au monde que le monde changera, j'ai pratiqué l'urgence, tout est urgent et rien ne change sauf moi qui me pourris la vie à avoir mal au ventre, ce cerveau si influent.

Je me sens et me veux de plus en plus en paix, moi qui fus si longtemps guerrier pour ce que je croyais de bonnes causes : une société plus juste, une école plus ouverte, une culture du partage et de l'échange, des artistes plus humbles et réellement créatifs, des gens plus simples, des amours vrais et durables, des valeurs de dignité : honnêteté, courage, constance, persévérance, respect, liberté, égalité, fraternité.

Fais d'abord la paix avec toi-même bonhomme. La paix avec ton corps, la paix dans ton esprit. Un esprit sain dans un corps sain, disait-on. On peut aussi dire un corps sain dans un esprit sain. Bien sûr, la formule Science sans Conscience mérite d'être repensée à la lumière du 4° niveau de conscience.

J'évite le dérèglement de tous les sens rimbaldien, la mise à contribution, à l'extrême de leur acuité, de mes cinq sens. Je ne suis plus avide de tout saisir. Pas plus le beau que le laid. Mes oreilles sont distraites, j'ai tendance à fermer les yeux, à m'abandonner à une forme de mollesse, à faire le vide, on dit aussi à lâcher-prise. J'inspire un peu du monde, j'expire un peu de moi-même, bouche ouverte en cul de poule. Ça fait beaucoup rire. Cela me suffit à être présent, à être vivant. Et je bois de l'eau pour m'arroser comme un jardin qui va donner.

J'ai conscience en écrivant cette résolution qu'elle n'est possible que parce que je bénéficie d'une retraite et de conditions de vie suffisantes, que je suis en bonne santé, que je pratique des activités gratifiantes seul ou avec des gens que j'apprécie et parce que j'ai résolu d'aller vers une forme de sagesse, de félicité, de sérénité.

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Gabrielle et Christian, les amours interdites

1 Septembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Gabrielle et Christian, les amours interdites
Gabrielle et Christian, les amours interdites
Gabrielle et Christian, les amours interdites
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc

le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc

Le 11 janvier 2016 a été diffusée l'émission Affaires sensibles consacrée aux amours interdites de Gabrielle Russier et Christian R.

Émission très honnête quant aux faits. Un regret, le changement du pasteur Michel Viot, le protecteur de Christian des années 1968 devenu un anti-soixante-huitard convaincu.

Cette affaire avait fait beaucoup de bruit à l'époque. J'ai consacré plusieurs articles à cette affaire. Et je constate, statistiques à l'appui, que ces articles sont lus, très lus.

Évidemment, je ne peux que me surprendre en relevant la coïncidence, Gabrielle Russier est née le 14 février 1937. L'épousée est née le 14 février 1948. Deux amours interdites, la nôtre, heureuse, ayant commencé en 1964, 4 ans avant mais Le Quesnoy n'était pas Marseille et j'étais le professeur.
J'ai fait écrire des textes à quelques écrivains pour un livre Gabrielle Russier/Antigone avec une préface de Raymond Jean, son professeur de littérature à l'Université d'Aix, couverture avec un portrait réalisé par Cueco. C'était en 2008-2009 pour le 40° anniversaire du suicide de Gabrielle Russier, le 1° septembre 1969. Ces écrivains ont travaillé ensemble 2 jours les 8 et 9 décembre 2008 dans un Lycée à Hyères. Ce fut très enrichissant.

Ma lettre à Gabriella, attribuée à pépé Christian, une fiction, semble plaire aux lecteurs. La fiction est encombrée des valises dont nous héritons à la naissance. Heureusement, prénommer Gabriella au lieu de Gabrielle, l'arrière petite-fille, changera peut-être la nature de son héritage. Il suffisait d'un a.
En janvier 2015, je reçois le témoignage d'une ancienne élève de Gabrielle Russier, année 1968-1969, avec 15 lettres de Gabrielle à cette élève, devenue amie de Gabrielle. J'ai publié ce récit :

À Gabrielle Merci pour l'utopie.

Une lecture en a été faite le 11 mars à Vanosc, Ardèche. Plus de 50 personnes dont le maire très chaleureux.

Les associations La Vanaude et Au pré des femmes ont donné rendez-vous le vendredi 11 mars 2016 pour une lecture en écho avec la journée internationale du droit des femmes.

Journée pour toutes et pour une : Gabrielle Russier, professeur de français dans un lycée à Marseille en 1968, accusée de détournement de mineur, incarcérée, disparue volontairement le 1er septembre 1969.

Trois lectrices de l'association Les mots passants lui ont rendu hommage à travers des textes, des lettres, des poèmes.

La magie de la lecture a amené un éclairage nuancé de vérités et d'émotions sur une douloureuse histoire de femme et d'enseignante. En présence de la fille de Gabrielle Russier, qui écrira peut-être sur cette histoire, son histoire et en présence d'Anne Riebel, l'ancienne élève et amie dont j'ai édité le témoignage, épuisé.

La Vanaude. 07690. VANOSC. Annexe municipale. 20H30.

J'aime ce travail des traces. Avec internet, c'est comme si ça devenait ineffaçable, même après ma disparition. De toute façon, c'est ineffaçable. Il sera toujours vrai que ce qui est passé a réellement eu lieu, a été éprouvé, senti. Nos productions immatérielles, sentiments, émotions, pensées, nos paroles, sensations sont enregistrées pour toujours, for ever. Croire que ce qui passe, passe à jamais, never more, est croyance dominante et très rétrécissante, réductrice, mutilante. Vivre avec la conscience du for ever peut changer le rapport à soi, à l'autre, aux autres, à la nature. Si ça vous chante, continuez sur ce chemin dont j'ignore où il mène, holzwege.

Faut aller voir du côté du rhéomode de David Bohm.

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Mourir d'aimer/Gabrielle Russier

26 Août 2016 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours

livre version papier épuisée, disponible en version numérique gratuite sur le site des Cahiers de l'Égaré, http://www.lescahiersdelegare.com; la lettre à Gabriella fait un tabac sur le blog des Cahiers de l'Égaré: http://cahiersegare.over-blog.com
livre version papier épuisée, disponible en version numérique gratuite sur le site des Cahiers de l'Égaré, http://www.lescahiersdelegare.com; la lettre à Gabriella fait un tabac sur le blog des Cahiers de l'Égaré: http://cahiersegare.over-blog.com

livre version papier épuisée, disponible en version numérique gratuite sur le site des Cahiers de l'Égaré, http://www.lescahiersdelegare.com; la lettre à Gabriella fait un tabac sur le blog des Cahiers de l'Égaré: http://cahiersegare.over-blog.com

Je mets en ligne cet article sur Gabrielle Russier pour quelques vers d'un poème-bilan
Dés(apprentissage de la bêtise-maîtrise)
écrit entre fin 1996 et fin 1999
paru dans
La parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré 2002


"...Professeur de lettres et de philosophie dans le Nord
aimé d’une élève, l’aimant en retour
ah ! la légère, l’aérienne ! étoile et danse !
ainsi donc, chez les petits bourgeois peuvent s’épanouir des filles d’
arabesques sur foin, trèfle, chaise, fauteuil, mousses et feuilles ?
Vivre d’aimer au temps de Mourir d’aimer..."
JCG

Gabrielle Russier
(1937-1969)

 

Professeur agrégée de lettres, elle enseignait dans un lycée de Marseille. Divorcée, elle élevait seule ses deux enfants. Elle tomba amoureuse (amour réciproque) d’un de ses élèves, Christian Rossi, âgé de 17 ans, elle en ayant 32, lors des manifestations de mai 68. Les parents, le père, professeur à l'université d'Aix, la mère, professeur, ont porté plainte et Gabrielle Russier fut emprisonnée cinq jours aux Baumettes, en décembre 1968 puis huit longues semaines en avril 1969. Le procès se tint à huit clos en juillet 1969. L’agrégée de lettres fut condamnée à douze mois de prison et à 500 F d’amende, décision amnistiable après l’élection de Georges Pompidou, Président de la République. Mais le parquet fit appel, pressé notamment par l’Université qui refusa à l’accusée le poste d’assistante de linguistique à Aix.
A la veille de la rentrée scolaire, le 1° septembre 1969, Gabrielle Russier ouvre le gaz dans son appartement...
Georges Pompidou, président de la République, interrogé lors d'une conférence de presse répondit : "Je ne vous dirai pas tout ce que j'ai pensé sur cette affaire, ni même d'ailleurs ce que j'ai fait. Quant à ce que j'ai ressenti, comme beaucoup, eh bien, comprenne qui voudra !"
Il cite Paul Eluard :
"Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés.
C'est de l'Eluard... Mesdames et Messieurs, je vous remercie."

Christian Rossi fut caché par les amis du pasteur Viot jusqu’à ses 21 ans (âge de la majorité alors). Il donna son unique entretien sur l’affaire : "Les deux ans de souvenirs qu’elle m’a laissés, elle me les a laissés à moi, je n’ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul. Le reste, les gens le savent : c’est une femme qui s’appelait Gabrielle Russier. On s’aimait , on l’a mise en prison , elle s’est suicidée..."

Le soir, pas un titre dans les deux journaux télévisés.
Le lendemain, à peine deux brèves pour raconter le décès de la prof de français de Marseille amoureuse de son élève.

Et lorsque le nouveau président Georges Pompidou, qui vient de promettre aux Français « une nouvelle société », est interrogé sur l'affaire, le 22 septembre 1969, il cite Paul Éluard, en choisissant les vers consacrés aux femmes tondues à la Libération : « Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés. »

Puis André Cayatte tourne un film, Mourir d'aimer, avec Annie Girardot, en 1971. Le film, dont Charles Aznavour signe la bande originale et qui décrit la love story née entre les barricades et les embrassades de Mai 68, fait polémique, mais c'est un grand succès, avec 4,5 millions d'entrées en salle.

Mourir d'aimer

 

Paroles et Musique: Charles Aznavour, 1971

Les parois de ma vie sont lisses
Je m'y accroche mais je glisse
Lentement vers ma destinée
Mourir d'aimer

Tandis que le monde me juge
Je ne vois pour moi qu'un refuge
Toute issue m'étant condamnée
Mourir d'aimer

Mourir d'aimer
De plein gré s'enfoncer dans la nuit
Payer l'amour au prix de sa vie
Pécher contre le corps mais non contre l'esprit

Laissons le monde à ses problèmes
Les gens haineux face à eux-mêmes
Avec leurs petites idées
Mourir d'aimer

Puisque notre amour ne peut vivre
Mieux vaut en refermer le livre
Et plutôt que de le brûler
Mourir d'aimer

Partir en redressant la tête
Sortir vainqueur d'une défaite
Renverser toutes les données
Mourir d'aimer

Mourir d'aimer
Comme on le peut de n'importe quoi
Abandonner tout derrière soi
Pour n'emporter que ce qui fut nous, qui fut toi

Tu es le printemps, moi l'automne
Ton cœur se prend, le mien se donne
Et ma route est déjà tracée
Mourir d'aimer
Mourir d'aimer
Mourir d'aimer

 

Qui a tendu la main à Gabrielle?

Lorsque les loups se sont jetés sur elle
Pour la punir d'avoir aimé d'amour
En quel pays vivons-nous aujourd'hui?
Pour qu'une rose soit mêlée aux orties
Sans un regard et sans un geste ami

Qui a tendu la main à Gabrielle?
Même un voleur eût plus de chance qu'elle
Et l'on vous dit que l'amour est le plus fort
Mais pour chacun le soleil reparaît
Demain matin l'oubli sera complet
Et le vent seul portera son secret

Dans les bois dans les prés et jusqu'aux ruisseaux
Par les villes par les champs et par les hameaux
Suivez dans sa course folle
La légende qui s'envole

Qui a tendu la main à Gabrielle?
Lorsque les loups se sont jetés sur elle
Pour la punir d'avoir aimé d'amour
En quel pays vivons-nous aujourd'hui?
Pour qu'une rose soit mêlée aux orties
Sans un regard et sans un geste ami

Qui pensera demain à Gabrielle?

Serge Reggiani     
Paroles et Musique: Gérard Bourgeois, Jean Max Rivière

 

Comprenne qui voudra

 

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

Paul Eluard. Texte publié en décembre 1944, cité par le président Pompidou en septembre 1969 lors d'une conférence de presse. Comprenne qui voudra.


     Des fleurs pour Gabrielle      

Paroles et musique: Anne Sylvestre, 1970,  "Abel Caïn mon Fils"


 
N'en parlez pas, n'y touchez plus
Vous avez fait assez de mal
Il ne sera jamais normal
Que par tristesse l'on se tue

Mais avoir vu tout mélangé
De grosses mains dans votre cœur
Dans votre âme des étrangers
Il y a de quoi prendre peur

Et c'était un amour peut-être
Un amour pourquoi, un amour comment
Un qu'on ne met pas aux fenêtres
Un qui ne ferait pas même un roman

En brandissant votre conscience
Vous avez jugé au nom de quel droit
Vos poids ne sont dans la balance
Pas toujours les mêmes, on ne sait pourquoi

Monsieur pognon peut bien demain
S'offrir mademoiselle machin
Quinze ans trois mois et quelques jours
On parlera de grand amour

N'en parlez pas, n'y touchez plus
Mais savez-vous de qui je parle ?
Il ne sera jamais normal
Qu'on tue et qu'on y pense plus

Mais avoir vu tout saccagé
Et dans son âme et dans son corps
Mais trouver partout le danger
Il y a de quoi prendre mort

Et c'était un amour peut-être
Un amour printemps, un amour souci
Un qu'on ne met pas aux fenêtres
Un qui pouvait faire du mal à qui ?

Si j'avais su, si j'avais su
Que vous vous penchiez au bord de ce trou
D'un coup d'avion serais venue
Pour vous retenir là au bord de vous

Monsieur pognon ne mourra pas
Mamzelle machin, la bague au doigt,
Étalera son grand amour
Avec quelques diamants autour

Le printemps déplie ses feuilles
La liberté nous berce encore
Nous qui sommes toujours dehors
Il se pourrait bien que l'on veuille
Nous couper les ailes aussi

Je vous dédie ces quelques fleurs
J'aurais pu être comme vous
Et tomber dans le même trou
Je vous comprends si bien, ma sœur,
Vous restez un de mes soucis

On n'a pas arrêté la meule
Où d'autres se feront broyer
Et vous ne serez pas la seule,
Ça ne peut pas vous consoler

C'est la 4° de couverture du livre de Michel del Castillo, Les écrous de la haine, écrit dans les 3 mois qui ont suivi le suicide de Gabrielle Russier, le 1° septembre 1969, livre écrit sur la base d'une enquête menée par l'auteur à Marseille, publié en janvier 1970, chez Julliard.
Je ferai une note sur ce livre dans les semaines qui viennent, ayant depuis longtemps repéré des similitudes et des différences entre nos deux histoires d'amour avec un(e) élève, en ce qui me concerne, à partir d'octobre 1964 et jusqu'à aujourd'hui d'où l'allusion dans l'extrait du poème en ouverture de cet article.

Impossible pour moi, de ne pas évoquer cette enseignante cruellement humiliée par toute une société et qui a "choisi" le suicide comme voie de sortie.

C'est de ce souvenir qu'est né le projet de réunir 7 écrivains pour évoquer 40 ans après les protagonistes.
Ce fut la rencontre des 3 et 4 décembre 2008 à La bagagerie au Lycée du Golf Hôtel à Hyères et la parution le 1° septembre 2009 du livre: Gabrielle Russier/Antigone.

40 ans après. grossel.

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NOTE DE LECTURE
Les écrous de la haine
Michel del Castillo


Comme tous ceux qui étaient trop gamins à l’époque pour « faire » Mai 68, j’avais entendu parler de cette histoire d’amour tragique, de cette femme, ce « prof » de français tombée amoureuse d’un de ses élèves, à en mourir. Je connaissais le titre du film sans l’avoir vu, « Mourir d’aimer », paroles de chanson aussi. Finalement, ce fait divers a traversé ma mémoire adolescente comme une histoire banale, un peu plus triste et c’était tout.
Quarante ans plus tard, voici que je lis le livre de Michel del Castillo, Les Ecrous de la haine, publié chez Julliard au premier trimestre de 1970. Le livre est marqué indisponible au catalogue des librairies, sur la toile on le trouve d’occasion.
Je l’ai lu à la demande d’un ami, croyant seulement lui faire plaisir. Je l’ai lu d’une traite, suivant au fil de la première partie la reconstitution chronologique, méticuleuse, objective ? (le mot est réfuté par l’auteur lui-même), documentée certainement, écrite au présent  journalistique dans un style sobre.
Ce qui n’empêche pas que chaque chapitre soit précédé d’une citation mise en exergue et choisie par Michel del Castillo. Ainsi, il ne s’agit pas d’une reconstitution telle qu’on la voudrait dans un procès - car l’auteur ici prend soin de dire qu’il ne fait le procès de personne - mais de la reconstitution d’un parcours, d’une personnalité, d’un enchaînement d’événements éclairés par le regard du cœur plus que celui de l’esprit. Michel del Castillo se situe dans l’ordre de la charité,  dès sa dédicace : « Pour tous les jeunes qui ont connu et aimé Gabrielle Nogues ; elle leur appartient désormais ; à eux, la garde de son souvenir a été confiée. » Dans son Avertissement au lecteur, il désigne clairement les destinataires de son livre : « tous ceux que l’injustice emplit de révolte et de dégoût. » On l’aura compris : le livre se donne pour ce qu’il est, un livre engagé, décidé à témoigner de l’existence de Gabrielle Russier, écrit à chaud pendant trois mois pour conjurer l’absurde. Témoignage donc sur Gabrielle Russier mais aussi sur une certaine France, un autre éclairage sur la France de 68.
La deuxième partie du livre s’ouvre sur le poème d’Eluard : « Comprenne qui voudra », récité par le Président Pompidou lors d’une conférence de presse. Après l’exposé des faits qui ont conduit Gabrielle Russier au suicide, Michel del Castillo reprend la parole : « Je suis entré dans cette affaire par la porte de la pitié et du dégoût, j’en sors par la porte de la réflexion. » C’est ce qui fait aussi la beauté du livre : dépasser le stade de l’émotion pure, du pathos, pour essayer de se poser, honnêtement, les vraies questions, livre d’intellectuel donc, nous voilà retombés dans l’ordre de l’esprit, qui a ses limites mais qui est essentiel à qui veut faire honnêtement « son métier d’homme ». J’observe la répétition de cet adverbe « honnêtement » : l’honnêteté est ce qui a le plus manqué aux femmes et aux hommes de ce temps-là peut-être, de manière à reconnaître qu’ils se mêlaient de ce qui ne les regardait pas, qu’ils jugeaient sans comprendre, qu’ils se salissaient eux-mêmes en jetant Gabrielle Russier dans la boue, que les mots que leurs bouches prononçaient, leurs cœurs ne les connaissaient pas.
Et c’est ce qui me bouleverse le plus dans cette lecture : quarante après, je souligne des phrases entières qui pourraient être écrites aujourd’hui. Celle-ci par exemple : « Où donc enseigne-t-on la responsabilité et l’esprit de décision ? », ou celle-la : « Coupables de nos silences, coupables de nos lâchetés, coupables par indifférence. Tout geste, toute parole engage notre responsabilité. »
Beaucoup de phrases de cette deuxième partie s’attachent à dire la médiocrité du milieu dans lequel a évolué Gabrielle Russier, la petitesse du milieu enseignant – lycée et université-,  son caractère pathogène, reflet d’un monde malade. Se peut-il que quarante après, nous en soyons toujours là ? Se peut-il que nous ayons appris si peu sur ce qui libère l’homme ? Se peut-il que nous aimions, à ce point, nos chaînes ?

 

 

 

 


 

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L'insolite traversée de Cyril Grosse (13/4/1971-19/9/2001)

25 Août 2016 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours

aujourd'hui, 13 avril 2016,

il a 45 ans

il est parti sans être parti depuis 15 ans

et il me dit

Ne reste pas là à pleurer devant ma tombe.
Je n'y suis pas, je n'y dors pas...
Je suis le vent qui souffle dans les arbres.
Je suis le scintillement du diamant sur la neige.
Je suis la lumière du soleil sur le grain mûr.
Je suis la douce pluie d'automne...
Quand tu t'éveilles dans le calme du matin
Je suis l'envol de ces oiseaux silencieux
Qui tournoient dans le ciel...
Alors ne reste pas là à te lamenter devant ma tombe
Je n'y suis pas, je ne suis pas mort !
Pourquoi serais-je hors de ta vie simplement
Parce que je suis hors de ta vue ?
La mort tu sais, ce n'est rien du tout.
Je suis juste passé de l’autre côté.
Je suis moi et tu es toi.
Quelque soit ce que nous étions l'un pour l'autre avant,
Nous le resterons toujours.
Pour parler de moi, utilise le prénom avec lequel tu m'as toujours appelé.
Parle de moi simplement comme tu l'as toujours fait.
Ne change pas de ton, ne prends pas un air grave et triste.
Ris comme avant aux blagues qu'ensemble nous apprécions tant.
Joue, souris, pense à moi, vis pour moi et avec moi.
Laisse mon prénom être le chant réconfortant qu'il a toujours été.
Prononce-le avec simplicité et naturel, sans aucune marque de regret.
La vie signifie tout ce qu'elle a toujours signifié.
Tout est toujours pareil, elle continue, le fil n’est pas rompu.
Qu'est-ce que la mort sinon un passage ?
Relativise et laisse couler toutes les agressions de la vie,
Pense et parle toujours de moi autour de toi et tu verras, tout ira bien.
Tu sais, je t'entends, je ne suis pas loin, je suis là, juste de l’autre coté

poème de Mary Elizabeth Frye (1932)

poème que je préfère à celui-ci :

La mort n’existe pas : tout est présence, éternellement
pas un battement de ton cœur ne peut se perdre
il continuera de retentir dans les jardins
quand déjà tu reposeras dans l’humidité de la terre

Ce qui criait en toi durant les longues nuits
continuera de vivre sous le couvert des hêtres
dans le souffle fiévreux des orages d’été

Et chaque élan d’amour de ton cœur
sera là, intact encore, au creux des nuits de mai
dans l’appel caressant des sombres feuillages

Tu peux penser ce que tu veux :
tout est présence,
éternellement.

Nathan Katz (1892-1981)

Le poème de Mary Elizabeth Frye (1932) que j'ai mis en début d'article m'aide beaucoup à ne pas éprouver le vide, le manque mais une forme de plénitude comme s'il n'y avait pas de séparation, de barrière entre eux et nous, comme si ça circulait en énergie, vibrations, informations, les coïncidences stupéfiantes que nous rencontrons tous et qui pullulent dès qu'on devient araignée des connexions et des fils. Cela ne se produit qu'avec ceux qu'on a aimés, qu'on aime encore, en tout cas pour moi. C'est l'amour qui donne tempo et vibrato.

 

 

 

Cyril en lecture à la Maison des Comoni au Revest en 1992 pour Salman Rushdie  

 

 

L’insolite traversée de Cyril Grosse 
1971–2001
 
Né le 13 avril 1971, à Cambrai (Nord)

Décédé le 19 septembre 2001, à Jagüey-Grande (Cuba) voir avec Google Earth
Classe théâtre-musique de Denis Guénoun à Châteauvallon 1983-1984-1985

 

Écritures

1984 Les Familiales, théâtre
1987 Adaptation de Roméo et Juliette de Shakespeare
1989 La Lumière des Hommes, théâtre, édité par    Les Cahiers de l’Égaré, 500 ex., épuisé
1990–1991 Madelaine Musique, adaptation théâtrale de Lecture d’une femme de Salah Stétié
1992–1994 Beverly, roman illustré par Michel Bories, édité par Les Cahiers de l’Égaré, 1000 ex.

les météores
New York

1994–1995 Ulysse in Nighttown, adaptation théâtrale du chapitre 12 d’Ulysse de James Joyce
1997 Tankus, théâtre, d’après Les derniers jours d’Emmanuel Kant de Thomas de Quincey
1998 Traduction et adaptation de La Forêt d’Alexandre Ostrovski (avec Victor Ponomarev)
2000 (C’est possible) ça va ou l’un de nous est en trop. Montage de textes
2000 30 mots pour maman, sur des peintures-objets de Michel Bories, édité par Les Cahiers de l’Égaré, 1.000 ex.



2001 Traduction de Père d’August Strindberg (avec Gunnila Nord)
2002 Le Peintre, roman inachevé sur lequel il travaillait depuis 1990, édité par Les Cahiers de l’Égaré, 1500 ex.
2004 Le gras théâtre est mort, maman… Les Cahiers de l’Égaré, 700 ex.

Mises en scène

Amateur
1984 Les Familiales, 1 représentation au CREP des Lices
1987 Un Roméo et Juliette d’après Shakespeare, 5 représentations à la Tour du Revest (45 représentations) avec L'insolite Traversée des Siècles, compagnie amateur d'une vingtaine de membres
1989 La Lumière des Hommes, 9 représentations à la Tour du Revest

Professionnel   
1992 Madelaine Musique, 12 représentations aux Comoni (37 représentations) avec L'Insolite Traversée, compagnie professionnelle d'une dizaine de membres, créée par Cyril Grosse, Jeanne Mathis, Frédéric Andrau
1995 Le jubilé dans Tchekhov en acte, 5 représentations aux Comoni (20 représentations)
1997 Gens d’ici et autres histoires de Serge Valletti, 3 représentations, aux Comoni
(70 représentations)
1999 La Forêt d’Ostrovski, 5 représentations aux Comoni (72 représentations)
2000 (C’est possible) ça va, 6 représentations aux Comoni (25 représentations à Oulan-Oudé, Moscou et en France dont Le Revest, Gap, Vitry sur Seine).

2000 La compagnie est conventionnée pour 3 ans par la DRAC PACA sur le nom de Cyril Grosse. La compagnie sera dissoute fin 2002. Il n'y a pas eu d'autre compagnie conventionnée dans le Var depuis.
 

Spectacles inachevés

Amateur
1988 Les Euménides d’Eschyle

Professionnel
1996 Ulysse in Nighttown d’après Ulysse de James Joyce
; verra peut-être le jour en 2015-2016 (hélas, non !)
 

lecture particulièrement savoureuse sur le site Ubuweb, remarquable


1997 Tankus
2002 Père d’August Strindberg créé au théâtre du Gymnase à Marseille le 22/02/02 et joué plus de 60 fois dans 13 villes en France, mis en scène par François Marthouret et Julie Brochen, l'équipe choisie par Cyril ayant tenu à mener le projet au bout. François Marthouret, le père, Anne Alvaro, la mère, Eléonore Hirt, la nounou ...


Comédien

Amateur
1984 Les familiales, 1 représentation
1984 Clepsydre de Sylvie di Roma, théâtre-parcours de 6 h dans Le Revest et à Dardennes, 7 représentations
1985 Le Printemps de Denis Guénoun à Châteauvallon, 7 représentations

Professionnel
1991 Une fleur du mal d’après Baudelaire à Saint-Étienne, 10 représentations
1993 Je suis née dans 10 jours de Jeanne Mathis, 5 représentations aux Comoni
1998 Lorsque 5 ans seront passés de Federico Garcia Lorca, 4 représentations aux Comoni (12 représentations)
1999 La Forêt d’Ostrovski, 5 représentations aux Comoni (72 représentations)

 

Lectures/Mises en espace

1992 Meuh !... et pourquoi pas (pour Salman Rushdie) aux Comoni
11/03/1995 Mise en espace d’Ulysse in Nighttown d’après Joyce à la villa Tamaris Pacha à La Seyne

16/12/1995 Mise en voix et en espace des textes écrits par les enfants de l’école primaire du Revest les 14 et 15 décembre 1995 avec Jean Siccardi, aux Comoni    
22/05/1996 Interdiction de la mise en espace d’Ulysse au Théâtre de l’Odéon à Paris, par Stephen Joyce, petit-fils de James Joyce

 

19/10/1996 Mise en espace d’Ulysse à Châteauvallon



27/04/1997 Mise en espace d’Ulysse au Théâtre des Salins à Martigues et renoncement au projet, Stephen Joyce refusant toujours d’accorder les droits



 

1997 Mise en espace du Voyage de Madame Knipper vers la Prusse orientale de Jean-Luc Lagarce à Aix-en-Provence et à Cavaillon
27/11/1998 Lecture de Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch au Comédia à Toulon
31/05/1999 Mise en espace de Rabelais en bouche, textes écrits par des lycéens de Rouvière à Rouvière
02/10/0999 Mise en espace de Rabelais en bouche, textes écrits par des lycéens de Rouvière aux Comoni

 

Formateur

Classe option théâtre du Lycée de Miramas de 1995 à 1998
Atelier-théâtre du Lycée de La Ciotat en 1996 avec participation au Festival de théâtre lycéen de Thonon-les-bains en 1996

 

Films

Le temps perdu, vidéo fiction de 55’, tournée en 1993 au Burkina Faso et au Niger, avec une aide du ministère de la Culture du Burkina Faso, film projeté aux Comoni le 23 octobre 2001.
Le peintre, vidéo de 35’ sur Michel Bories, peintre, oncle de Cyril, décédé à Cuba le 19 septembre 2001, tournée en 1997.
Les joies de François Pous, vidéo de 35’, tournée en 1997, sur le sculpteur François Pous.


 

Voyages et séjours

Été 1990 1er voyage à New York et aux USA

Été 1992 Obtient une bourse Défi-Jeunes de 40 000 francs du ministère de la Jeunesse et des Sports pour un projet d’écriture, d’expression plastique et d’édition : Ulysse à Hollywood, part en Grèce et aux USA, 2 mois, avec son oncle, Michel Bories, artiste-peintre, ramène un roman, Beverly, illustré par Michel Bories, édité à 1 000 ex. par Les Cahiers de l’Égaré en 1994.
avec son oncle, Michel Bories (1949-2001), artiste-peintre, en Grèce, 1992
photo prise par Michel Bories en Grèce 1992


Été 1993 Séjour en Andalousie
Automne 1993 Séjour de 2 mois au Burkina Faso et au Niger, tourne Le temps perdu
Été 1995 Séjour en Irlande, à Dublin, participe au Bloom Day (en hommage à Joyce)
3e voyage aux USA, New York
Février 1997 4e séjour à New York
Février 1998 Séjour à Londres
Été 1998 5e voyage aux USA, Floride
Automne 1998 Saint-Jacques de Compostelle et Lisbonne (sur les traces de Pessoa)
Été 1999 Séjour de 1 mois 1/2 à Oulan-Oudé en Sibérie
Été 2000 Séjour de 3 mois 1/2 à Oulan-Oudé et au lac Baïkal pour la création de (C’est possible) ça va ou l’un de nous est en trop, spectacle franco-russe avec le Molodiojny Theatr' d'Anatoli Baskakov
Janvier 2001    Séjour à Moscou et à Saint-Pétersbourg

11 septembre 2001    Départ pour Cuba avec son oncle, Michel Bories. Suite aux attentats, attente de 13 heures à Madrid. La plupart des passagers font demi-tour. Pas eux. Le 19 septembre 2001 à 16 H, accident mortel à Jagueÿ-Grande. 4 morts dont Cyril, Michel, Lili et sa mère. Les autorités françaises n'informeront la famille que neuf  jours après leur disparition, le 28 septembre 2001.   


 

Il existe encore des possibilités de départs,
d’infimes moments d’absence où se retirer.
Il existe encore dans le reflux des vagues,
des lieux pour rêver, des rues qui sont des ports,
des instants-navires, de longues mers pour changer
d’enveloppe terrestre, de carte d’identité.
Il suffit parfois de prendre à droite,
ce chemin que je ne connais pas. À nouveau.
Voilà, peut-être, le plus beau des titres.
Il suffirait de s’accorder une trêve, un répit.
Suis-je responsable des mouvements de lune ?
Et des courants de la mer ?
Suis-je responsable du temps ?
L’eau et les vagues, le sel, l’écume,
l’horizon inachevé, à nouveau.

2001, Cyril Grosse (texte mis en épitaphe sur la tombe de Cyril à Corsavy)

 

Fuir, et se perdre, contre le temps, contre le piège du temps, perdre connaissance, se perdre au sud du sud, s’oublier soi-même, respirer d’autres souffles, se réveiller ailleurs mais vivant, se réveiller avec toi mon amour. Tender is our love, sweet are your lips, lonely I am. Fuir, marcher des heures, des jours sur des chemins de montagne, alone, alone, le vent cinglant nos visages, et l’air nous renversant, marcher, marcher, courir, dévaler des pentes rouges, écraser les bois morts, nuages de neiges évaporées sur les cimes, plaques de neige fondante qui ruissellent et forment, très loin, dans la vallée, des rivières et des torrents. S’y plonger, comme dans l’eau de la Seine, prête à me prendre, si maintenant je le décide. Ivres, mon amour. Ivresse qui craque et brûle entre tes mains, ivresse des cimes, qui, là, proches et à prendre, gémissent et mordent, hurleront tout à l’heure. Fuir, être stryge sous l’amoncellement des forêts ou dans les arbres sous les coups de bûcherons abrutis, se perdre avec toi dans la lumière alanguie du soleil et entre les nuages-dromadaires, mouvants, dinosaures de notre enfance, et leurs ombres glissant devant nous sur les montagnes, sur les chaînes de sapins fous. Fuir, fuir, fuir. Se fuir. Se perdre dans des odes mentales, composer de longues rimes de nos plaisirs incandescents, célébrer notre amour partout, tous les jours, se dire bonjour mon bel amour, célébrer notre amour par des messages incohérents, sur du papier, sur des nappes, sur des tables vernies, graver notre fuite, l’inscrire partout, la hurler, l’écrire sur des écrans. Fuir, mon amour, escape, a stream is our love, rêver de tous les pays de nos sommeils ensemble, de l’Espagne et de la Catalogne, au sud du sud, de sommets, de déserts, de plaines, d’océans, et de mers trop petites dans des barques à deux voiles. Fuir nos absences, et tous les jours où nous ne sommes pas ensemble, réussir nos ratages, reprendre, recommencer, rater encore, recommencer. Il ouvrit les yeux. La façade occidentale de Notre-Dame l’écrasait, au loin. Il tira une longue bouffée ; il ouvrit les yeux. Plus ouverts, plus vivants. Où suis-je ? Loin de toi. Où es-tu ? Loin de moi. My beautiful lost love. Façade orientale, façade occidentale. En direction de. Il accéléra son allure, son ventre grognait toujours. Il croisait encore des jeunes filles qui, pour lui, n’existaient plus. Eau verte, bleue. Et le courant, les clapotis et le vent, douce brise sur ses yeux ouverts, fermés, le sifflement d’un merle sur une branche, caché, invisible, rugissement, pépiement, mugissement, rumeur, surdité de la ville, moteurs et mécaniques. Quai des Grands-Augustins, sous le tablier crasseux du Pont Saint-Michel. En passant par ici : un coup d’œil sur les pavés, un autre, le courant l’emporterait peut-être, peut-être pas. C’est une sensation presque jubilatoire : se dire qu’à tout instant je peux disparaître, comme ça, en claquant des doigts, t’oublier mon amour, faire disparaître la Seine et tout ce qui m’entoure. Arrêt définitif. En finir avec. Ma réalité et par là même la réalité. Rien. Du vide parfait. Silence. Mort. À qui dis-tu bonjour, mon amour, qui regardes-tu, qui croises-tu ? Si je faisais la somme de mes échecs. Le nôtre, notre échec. Film de ma vie, orage, souvenirs éteints, larmes d’enfant. Ne nous disons plus adieu, mon amour, comme dans les mauvais films, sur un quai de gare, dans un hôtel borgne, dans un palace. Rendons-nous l’un à l’autre. Je t’aime. Je t’aime dans la lumière espacée de cet après-midi de juin. On ne sait jamais comment ça arrive. Le temps passe, et l’on croit toujours, comme des gamins, qu’il reste un espoir, que l’on finira bien par se retrouver. Toute une vie d’attente et de mensonges. Le temps passe, rien ne change, et l’on ne se retrouve pas. Pas de happy end. Vide parfait. Le film de ma vie ? Une histoire d’amour, un ratage, comme des milliers d’autres avant et après moi. Nous avons joué, mon amour, nous avons perdu. Soixante ans demain, et je suis mort. Rendez-vous clandestins, jeux de dupes. Les combats amoureux de ma jeunesse, oui. Combats politiques et amoureux. Sentimental, aigri par toutes ces années d’errances, à passer à côté, à se fuir, et au bout du compte à ne rien voir. Et je pleure sur de vulgaires chansons d’amour, seul, à l’abri des regards. Sentimental, incohérent, immature. Tout l’amour, que j’avais au fond du cœur, pour toi, Rina Ketty me faisait pleurer et Barbara Streisand, l’amour dont tu méprisais la loi. Mots vides, phrases creuses, qui me touchent encore, à mon âge. S’allongeant, fixant le plafond dans le noir. Alors qu’il eût été si facile d’être différent. Jouisseur, ludique, comme je l’étais à vingt ans.

 

Cyril Grosse, Le Peintre  pages 102-104 (Les Cahiers de l'Égaré)
 
 

 

Disparition

Version Baklany

 

Acte III - Scène 3 - L'abolition du temps

 

La mère – on est bien le 19 septembre, non ?

Le père – non, le 11 septembre !

La mère – pourquoi le 11 septembre ?

Le père – c’est le jour où il est parti, ça fait neuf ans, le jour des attentats !

La mère – il est parti le 19 septembre !

Le père – il est parti en avion le 11 septembre ! pour toujours le 19 !

La mère – j’ai raison, on est le 19 !

Le père – en partant le jour des attentats ! cette coïncidence a enchaîné les autres !

La mère – les 3000 morts de Ground Zero, c'est terrible mais ça me fait moins mal que sa disparition ; Ben Laden avait programmé cette apocalypse ; notre fils n'était pas dans le programme; c'est une victime collatérale de cet extrémiste

Le père – depuis neuf ans, tu restes bloquée sur le 19 septembre ! le temps s’est arrêté pour toi ?

La mère – n’a-t-il pas disparu le 19 septembre ?

Le père – oui, dans l’instant syncope !

La mère – n’est-ce pas l’instant de l’anéantissement ?

Le père (silence)

La mère – je suis comme morte !

Le père – as-tu une autre possibilité que de vivre jusqu'à ton départ ?

La mère – l’abolition du temps qui me l’a pris !

Le père – le temps passe, ne s’épuise pas ; comment peux-tu l’abolir ?

La mère – en m’accrochant au 19 septembre, vers 16 heures, à l’instant de la syncope !

Le père – … où es-tu ?

La mère – dans l'eau ! je nage, je gueule, je plonge, je vois le fond, au ralenti, je remonte, j’entends les mouettes, assourdissantes, puis le silence définitif

Le père (silence)

La mère – que fais-tu ?

Le père – j’essaie de voir ce que tu vois

La mère – que vois-tu ?

Le père – je n’arrive pas à voir le fond

La mère – la plage ?

Le père – non plus

La mère – tu n’as pas le cœur bien accroché

Le père – quel rapport ?

La mère – sens avec les sensations du ventre !

Le père – au moment de sa disparition, j’ai dégueulé tripes et boyaux !

La mère – coïncidence surprenante ! émouvante ! mais pour abolir le temps, vivre anéantie, anéantir la vie, faut s’accrocher à l’instant où tout bascule, l’instant fatal annulant l’instant fanal !

Le père – l’image m’est inconcevable ! elle me terrifie !

La mère – affronte la réalité !

Le père – quel bénéfice trouves-tu à éterniser cette scène ?

La mère – je ne l’éternise pas, elle est éternelle, n’a duré que l’instant fatal réduisant à néant sa vie mais l’instant syncope qui a eu lieu une fois a eu lieu pour toujours ! rien ne peut l’effacer ! il est éternel !

Le père – on peut tenir le même raisonnement à chaque instant

La mère – bien sûr

Le père – alors ?

La mère – la fugitivité du temps est donc une illusion ! tu peux t’arrêter à tout instant

Le père – pourquoi t’arrêter sur l’instant syncope ?

La mère – l’instant syncope, le pire pour une mère

Le père – pourquoi t’y arrêter ? la vie continue

La mère – pour moi elle s’est arrêtée avec la sienne et je veux regarder sans terreur cette horreur

Le père – moi, je ne peux pas

La mère – tu ne veux pas voir les photos prises sur la plage ?

Le père – à quoi cela m’avancerait-il ?

La mère – il ne s’agit pas d’avancer mais de s’arrêter pour de bon, de regarder en face son corps bleui, gonflé d'eau, son visage enflé

Le père – tu es morbide ma parole, je ne peux pas te suivre sur ce terrain

La mère – c’est la réalité, la vérité ; tu fuis

Le père – oui, je fuis, je survis comme je peux

La mère – tu survis dans le mensonge

Le père – qu’est-ce que ça t’apporte de regarder sa mort en face ?

La mère – de regarder la mienne

Le père – ne te sais-tu pas mortelle ?

La mère – ça c’est connaître avec la tête ; moi je veux ressentir avec mon corps ; je veux ressentir l’instant syncope, mon thorax se remplir d'eau ! je veux me débattre ! il s'est débattu !

Le père – arrête, c’est insupportable !

La mère – c’est quoi qui t’insupporte ?

Le père – ton récit

La mère – ou la réalité ?

Le père – ton récit n’est pas la réalité, c’est un film que tu te fais

La mère – d’accord, un film noir ! j’ai besoin de me le raconter

Le père – sobrement alors !

La mère – ça se passe à Baklany. Au large, à deux cents mètres, une île. On l'appelle l'île aux mouettes. Quel vacarme ! À Baklany, tu as la taïga d'un côté, le lac de l'autre. La plage est de sable ocre.

Le père – ça fait neuf ans que tu te racontes la même histoire. … C'est là qu'il a créé La Forêt, il y a dix ans et qu'il a aimé Baïkala. Tu as rencontré deux sœurs : Lisa et Dasha Gorenko, jeunes et courageuses … Tu crois que c’est sobre ?

La mère – je prends tout mon temps (ils sortent)

 

Baïkala – j’ai laissé le temps au Baïkal

 

 

scène 4 - Le blanc du temps

 

La mère – on est bien le 19 septembre, non ?

Le père – non, le 28 septembre !

La mère – pourquoi le 28 septembre ?

Le père – c’est le jour où on est venu nous annoncer la nouvelle

La mère – il est parti le 19 septembre !

Le père – lui, le 19 septembre ! pour nous, ça commence le 28 septembre !

La mère – faut remonter le temps, l’apprendre sans retard

Le père – depuis neuf ans tu restes bloquée sur le 19 septembre !

La mère – on m’a volé neuf jours ! pendant neuf jours je l’ai cru en vie, sans souci, moi, insouciante, un peu inquiète ! il était déjà parti ! il me faut abolir ces neuf jours !

Le père – à ce compte-là, tu dois ajouter les huit jours entre le 11 et le 19 puisqu’il n’a pu nous donner des nouvelles

La mère – les huit jours avant ! c’est pas comme les neuf jours après ! avant, il vit ! après, il n'est plus là ! toi, t’as bien su en dégueulant l’instant syncope !

Le père – j’ai ressenti le passage mais j’ignorais que c’était l’instant syncope ! je l’ai compris en apprenant les circonstances !

La mère – rester bloquée sur le 19 septembre, ça me permet de remplir le blanc du temps

Le père – le blanc du temps ! neuf jours de blanc ! tu peux me raconter ?

La mère – quand tu vas là-bas pour reconnaître le corps, on te conduit à la morgue de l’institut médico-légal, il est là depuis huit jours, pour le conserver, formol, pour le reconnaître, le regarder encore et encore, bleui, gonflé, inhaler le formol, étouffer, sortir, reprendre ton souffle, t’aérer, revenir, plonger dans l’atmosphère viciée, prendre une photo, ressortir, revenir, une autre photo, revenir, des photos et des photos, tu sais que tu n’oublieras pas, que c’est inscrit dans la mémoire mais des photos pour pas rêver, pas enjoliver plus tard, pour rester sûre de ce que tu as vu, mettre dans le cercueil plombé un objet de lui, une fleur, ressortir, écrire un mot, le mettre dans le cercueil, assister à la fermeture du cercueil pour être sûre que c’est bien lui qui va prendre l’avion de retour, étouffer, hurler, sortir, demander le rapport d’autopsie, lire des mots incompréhensibles dans une langue que tu ne connais pas, utiliser le temps qui te reste avant de reprendre l’avion de retour, un autre, pour aller à Baklany, prendre des photos de la plage, et tout d’un coup intuition, apnée, syncope, suicide, neuf jours de blanc, quatre jours pour tout régler sur place, dans l’urgence, dans l'incompréhension, quel imprudent, ce jeune Français ! alors rester bloquée sur le 19 septembre, prendre tout ton temps, rencontrer les sœurs Gorenko, parler longuement avec elles qui l'ont connu, retourner à l’hôpital, voir les médecins, infirmières, te faire expliquer ce qui se passe en noyade, en apnée, en syncope, l'eau, son invasion ! ceux qui ont transporté le corps, comment l'ont-ils manipulé ? te rendre à l’ambassade, demander des explications sur le retard de neuf jours, neuf ans après, c’est ma façon d’annuler le blanc du temps, le temps qu’on m’a volé, le temps que je n’ai pas eu à chaud, que je prends à froid, de sang-froid, pour t'imaginer mon amour ! quand l'instant fatal annule l'instant fanal inventé par ton père !

Le père – prends tout ton temps avec ce blanc, amour (ils sortent)

 

Baïkala – j’ai laissé le temps au Baïkal

 

Jean-Claude Grosse (L'Île aux mouettes, Les Cahiers de l'Égaré, 2012

Là où ça prend fin, Les Cahiers de l'Égaré, novembre 2014)

 

 

Disparition

Version Cuba, 9 ans après

 

 (Les parents entreprennent un dernier voyage à Cuba, le 6° pour la mère, le 2° pour le père. Du 11 septembre au 28 septembre 2010 inclus. Ils ont choisi les dates anniversaires qui depuis 2001 scandent leur vie.)

 

I – 11 septembre 2010. L'abolition du temps

 

La mère – on est bien le 19 septembre, non ?

Le père – non, le 11 septembre !

La mère – pourquoi le 11 septembre ?

Le père – c’est le jour où il est parti, ça fait neuf ans, le jour des attentats !

La mère – il est parti le 19 septembre !

Le père – il est parti en avion le 11 septembre ! pour toujours le 19 !

La mère – j’ai raison, on est le 19 !

Le père – en partant le jour des attentats ! cette coïncidence a enchaîné les autres !

La mère – les 3000 morts de Ground Zero, c'est terrible mais ça me fait moins mal que sa disparition ; Ben Laden avait programmé cette apocalypse ; notre fils n'était pas dans le programme; c'est une victime collatérale de cet extrémiste

Le père – depuis neuf ans, tu restes bloquée sur le 19 septembre ! le temps s’est arrêté pour toi ?

La mère – n’a-t-il pas disparu le 19 septembre ?

Le père – oui, dans l’instant-camion !

La mère – n’est-ce pas l’instant de l’anéantissement ?

Le père (silence)

La mère – je suis comme morte !

Le père – as-tu une autre possibilité de vivre jusqu'à ton départ ?

La mère – l’abolition du temps qui me l’a pris !

Le père – le temps passe, ne s’épuise pas ; comment peux-tu l’abolir ?

La mère – en m’accrochant au 19 septembre, à 16 heures, à l’instant-camion !

Le père – … où es-tu ?

La mère – dans la Matiz, sur la route qui va de la Isabel à Jaguëy Grande, le paysage est plat, monotone, des champs d'orangers, je ne le regarde pas, je suis avec eux, je suis sereine, il conduit bien, ils sont heureux tous les quatre … le carrefour qu'on traverse … le panneau qui semble dire prioritaire … le choc inattendu, la voiture traînée sur 150 mètres, finissant dans un champ, commençant à brûler, le silence effrayant après, les paysans qui accourent, se décarcassent à les sortir de l'épave, l'arrivée des ambulances et de la police, mon frère dans le coma, pas encore mort, explosé par le bidet qu'il transportait pour la famille cubaine de Lily … je ne te l'ai jamais dit mais si on avait pu sauver quelqu'un, j'aurais aimé que ce soit Michel, le coma ce n'est pas la mort, tu t'en souviendras ?

Le père (silence)

La mère – que fais-tu ?

Le père – j’essaie de m'extraire

La mère – comment ça ? Tu es avec moi dans la Matiz ?

Le père – je n’ai pas voulu monter mais une force m'a poussé dedans, embarqué, je suis embarqué, je veux sortir

La mère – tu n’as pas le cœur bien accroché

Le père – quel rapport ?

La mère – sens avec les sensations du ventre !

Le père – au moment de sa disparition, j’ai dégueulé tripes et boyaux !

La mère – coïncidence surprenante ! émouvante ! mais pour abolir le temps, vivre anéantie, anéantir la vie, faut s’accrocher à l’instant où tout bascule, l’instant fatal annulant l’instant fanal !

Le père – l’image m’est inconcevable ! elle me terrifie !

La mère – affronte la réalité !

Le père – quel bénéfice trouves-tu à éterniser cette scène ?

La mère – je ne l’éternise pas, elle est éternelle, n’a duré que l’instant fatal réduisant à néant sa vie mais l’instant-camion qui a eu lieu une fois a eu lieu pour toujours ! rien ne peut l’effacer ! il est éternel !

Le père – on peut tenir le même raisonnement à chaque instant

La mère – bien sûr

Le père – alors ?

La mère – la fugitivité du temps est donc une illusion ! tu peux t’arrêter à tout instant

Le père – pourquoi t’arrêter sur l’instant-camion ?

La mère – l’instant-camion, la perte d'un fils, le pire pour une mère

Le père – pourquoi t’y arrêter ? la vie continue ! tu as d’autres instants arrêtés tout de même ?

La mère – tu en as toi ?

Le père – un instant de félicité, avec toi ! quand on l’a conçu en le sachant, ce qu’il a confirmé en arrivant quelques mois après, un peu en avance !

La mère – tu te souviens de quoi encore ?

Le père – nous avions dîné au restaurant ! il y avait un chanteur célèbre dans la salle ! ça nous a émoustillés ! dans la chambre, nous avons fait l’amour sur le parquet !

La mère – j’aurais voulu que tu me baises

Le père – je t’ai fait l’amour

La mère – tu ne m’as pas baisée! tu m’as fait l’amour ! pas comme j’attendais !

Le père – tu m’as surpris, tu n’avais jamais été aussi ouverte

La mère – tu t’es retiré

Le père – tu m’as ramené en toi !... et tu as eu Cyril ! ça ne te suffit pas ?

La mère – je n’ai plus jamais été ouverte comme ce soir-là !

Le père – je suis désolé, j’avais envie de m’abandonner, de me livrer à ton étreinte mais quelque chose s’est bloqué

La mère – chez moi aussi !

Le père – te plains-tu de nos étreintes ?

La mère – on fait l’amour comme tu dis ! on ne baise pas ! tu as refusé mon ouverture ! j’étais ouverte par l’appel de la Vie ! ça pouvait ressembler à de l’indécence ! je me suis sentie jugée ! quelle violence, cette impression ! pour la vie ! tu vois ! mon sexe n’a pas oublié !

Le père – je le regrette vraiment ! je me suis refusé peut- être parce que tu devenais la maîtresse de cérémonie !

La mère – c’est ça, mon p’tit chat ! depuis, tu es le maître des cérémonies ! plus de place pour les effondrements dionysiaques ! ou pour les envols mystiques !

Le père – tu as quand même du plaisir ?

La mère – si pâle ! sans retentissement au plus profond du corps ! fermée à l'infinie jouissance de l'infini

Le père – pourquoi avoir mis si longtemps à en parler ?

La mère – me posais-tu des questions ? ma sexualité s’est mutilée avec sa conception ! ma vie s’est arrêtée avec sa disparition ! je veux regarder sans terreur cette horreur !

Le père – moi, je ne peux pas

La mère – tu ne veux pas voir les photos prises à la morgue ?

Le père – surtout pas ! à quoi cela m’avancerait-il ?

La mère – il ne s’agit pas d’avancer mais de s’arrêter pour de bon, de regarder en face son corps défoncé, son visage fracassé ; tu as lu le rapport médico-légal ? tout est en cubain ; technique, incompréhensible, terrifiant

Le père – tu es morbide ma parole, je ne peux pas te suivre sur ce terrain

La mère – c’est la réalité, la vérité ; tu fuis

Le père – oui, je fuis, je survis comme je peux

La mère – tu survis dans le mensonge

Le père – qu’est-ce que ça t’apporte de regarder sa mort en face ?

La mère – de regarder la mienne

Le père – ne te sais-tu pas mortelle ?

La mère – ça c’est connaître avec la tête ; moi je veux ressentir avec mon corps ; je veux ressentir l’instant-camion, mon thorax écrasé ! L'ultime fraction de vie consciente !

Le père – arrête, c’est insupportable !

La mère – c’est quoi qui t’insupporte ?

Le père – ton récit

La mère – ou la réalité ?

Le père – ton récit n’est pas la réalité, c’est un film que tu te fais

La mère – d’accord, un film noir ! j’ai besoin de me le raconter

Le père – sobrement alors !

La mère – ça se passe à Grand Arrêt, au Triangle de la Mort. Cent routes et chemins se croisent là, on se sait pas pourquoi. On ne sait pas d’où viennent ces routes ni où vont ces chemins, tous en mauvais état, qui traversent des champs d’orangers dont les fruits mûrissent sur pied ou pourrissent par terre …

Le père – ça fait neuf ans que tu te racontes la même histoire … Les panneaux de signalisation, à moitié arrachés par les ouragans, sont illisibles. Les feux de circulation, malmenés par les vents violents, fonctionnent mal ou sont en panne …Tu crois que c’est sobre ?

La mère – je prends tout mon temps, arrêté le 19 septembre 2001 à 16 H

 

II – 28 septembre 2010. Le blanc du temps.

 

La mère – on est bien le 19 septembre, non ?

Le père – non, le 28 septembre !

La mère – pourquoi le 28 septembre ?

Le père – c’est le jour où on est venu nous annoncer la nouvelle

La mère – il est parti le 19 septembre !

Le père – lui, le 19 septembre ! pour nous, ça commence le 28 septembre !

La mère – faut remonter le temps, l’apprendre sans retard

Le père – depuis neuf ans tu restes bloquée sur le 19 septembre !

La mère – on m’a volé neuf jours ! pendant neuf jours je l’ai cru en vie, sans souci, moi, insouciante, un peu inquiète ! il était déjà parti ! il me faut abolir ces neuf jours !

Le père – à ce compte-là, tu dois ajouter les huit jours entre le 11 et le 19 puisqu’il n’a pu nous donner des nouvelles

La mère – les huit jours avant ! c’est pas comme les neuf jours après ! avant, il vit ! après, il n'est plus là ! toi, t’as bien su en dégueulant l’instant-camion !

Le père – j’ai ressenti le passage mais j’ignorais que c’était l’instant-camion ! je l’ai compris en apprenant les circonstances !

La mère – rester bloquée sur le 19 septembre, ça me permet de remplir le blanc du temps

Le père – le blanc du temps ! neuf jours de blanc ! tu peux me raconter ?

La mère – quand tu vas là-bas pour reconnaître le corps, on te conduit à la morgue de l’institut médico-légal, à La Havane, à 200 kms de Grand Arrêt, il est là depuis huit jours, pour le conserver, formol, pour le reconnaître, le regarder encore et encore, si abimé, inhaler le formol, étouffer, sortir, reprendre ton souffle, t’aérer, revenir, plonger dans l’atmosphère viciée, prendre une photo, ressortir, revenir, une autre photo, revenir, des photos et des photos, tu sais que tu n’oublieras pas, que c’est inscrit dans la mémoire mais des photos pour ne pas rêver, pas enjoliver plus tard, pour rester sûre de ce que tu as vu, mettre dans le cercueil plombé son carnet de notes et une fleur, ressortir, écrire un mot d'amour, … mon amour … le mettre dans le cercueil, assister à la fermeture du cercueil pour être sûre que c’est bien lui qui va prendre l’avion de retour, étouffer, hurler, sortir, demander le rapport d’autopsie, lire des mots incompréhensibles dans cette putain de langue espagnole que catalane, tu as toujours refusé d'apprendre, utiliser le temps qui te reste avant de reprendre l’avion de retour, un autre, pour aller à Grand Arrêt, prendre des photos du carrefour, et tout d’un coup intuition, la signalisation l'a induit en erreur, signalisation paradoxale, indécidable, non conforme aux normes, neuf jours de blanc plus quatre jours pour tout régler sur place, dans l’urgence, dans l'incompréhension, quel imprudent, ce jeune Français ! alors rester bloquée sur le 19 septembre, prendre tout ton temps, retourner à l’hôpital, voir les médecins, infirmières, te faire expliquer ce qui se passe dans un tel fracas de tôles, rencontrer les paysans, ceux qui ont transporté le corps, comment l'ont-ils manipulé ? te rendre à l’ambassade, demander des explications sur le retard de neuf jours, revenir dans l'île des couleurs et des musiques plusieurs fois, rencontrer, aider financièrement la famille cubaine qui a perdu une mère et une fille, Lily, la jeune femme sur laquelle mon frère a flashé, laissant deux gamines si éveillées, si dégourdies, il voulait les adopter, il a écrit ça dans son carnet, rencontrer le chauffeur du camion dans son usine, protégé par le parti, le syndicat, la direction, quand tu le vois, ils sont sept en face de toi, ils croient que tu ne feras pas le poids, lui te lance un regard meurtrier, toi tu lui demandes s'il a vu arriver la voiture du haut de son habitacle, oui, a-t-il ralenti, freiné, non, il avait la priorité, à combien est limitée la vitesse à hauteur du carrefour, 30 kilomètres, à combien roulait-il, il ne répond pas, vite disent les témoins et habitués de son camion, il est déjà en cause dans un autre accident, il finit par te dire qu'il aurait donné sa vie pour celle d'un des deux Français, tu ne le crois pas, tu vois les autorités policières et judiciaires de la province de Matanzas, elles n'ont même pas un mot de compassion, tu écris au Commandant suprême, aucune réponse, tu écris à la grande amie française du Leader Maximo, Danielle Mitterrand et à la Fondation France Libertés, sans succès, obtenir par le biais d'une boîte aux lettres de réclamation ouverte aux citoyens cubains une rencontre avec un colonel plein de superbe, pas un tendre cet apparatchik qui attribue sans preuve la responsabilité de l'accident au conducteur de la Matiz, il détourne le regard quand tu lui montres le panneau de signalisation litigieux, dit que de toute façon, ça ne change rien, tu lui craches ton mépris pour le mensonge d'état que constitue le rapport de police, tu tentes de porter l'affaire en justice, tu fais appel à un avocat d'affaire cubain, il défend les intérêts du Havana Club, il n'entreprend rien, tu reviens déçue de chaque voyage mais ça circule, la mère du jeune Français est de retour, que cherche-t-elle, on te donne des conseils, ne pas trop remuer, on ne sait jamais, et puis chez nous, à Cuba, quand il y a mort d'hommes dans un accident, il y a toujours un procès, vous l'aurez votre procès, chez nous, à Cuba, la vie humaine compte plus que tout, un responsable d'accident va toujours en prison, tu lis beaucoup pour comprendre ce pays, ce régime : des récits favorables, des critiques sévères, tu rencontres en 2006 à San Juan, Carlos Franqui, d'abord compagnon de la révolution de 1959, directeur de la radio Rebelde, directeur du journal Revolucion devenu Granma, puis ministre de la culture, tu as vu sa photo avec Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre et à partir de 1968, rompant avec le régime qui ne condamne pas l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie, devenu un opposant actif à Castro jusqu'en 2010, créateur de la revue Carta de Cuba, comme ancienne trotskiste, tu comprends son opposition à la bureaucratisation du régime et sa difficulté à trouver sa place, traître et agent de la CIA pour les castristes, infréquentable révolutionnaire pour les anti-castristes, te saisir de ces voyages pour tenter aussi de humer l'atmosphère cubaine, apprendre le fonctionnement administratif, policier de ce pays soumis au blocus sévère des États-Unis depuis des décennies, apprendre à te méfier des logeurs, des indics des comités de quartier, les comités de défense de la révolution qui contrôlent tout sous prétexte d'entr'aide, découvrir et aimer la musique cubaine, tu as vu, revu le film de Wim Wenders, Buena Vista Social Club, tu as écouté en boucle les CD de Compay Segundo au sourire désarmant, tu as plus de mal avec la chanson Hasta Siempre Comandante Che Guevara, aimer l'ambiance de certains bars, le Bar des Infusions où il a passé plusieurs soirées avec ton frère et Lily, apprendre à faire des mojitos, des cuba libre, des daïquiris, parfois fumer le cigare comme lui, un Partagas, un Romeo y Julieta, un Cohiba, un Hoyo de Monterrey, un Monte Cristo, ramener du rhum, du Caney, du Bacardi, te promener sur le Malecon, sur la plage de Santa Maria où ton frère a peint ses dernières cinquante gouaches, déambuler dans la vieille Havane, place de la Cathédrale où ils ont été pris en photo, faire la queue au Coppelia pour une glace, aimer le naturel des Cubains et Cubaines, leur liberté et leur précocité sexuelles, tu as assisté au rite de passage de l'enfance acidulée à l'âge du mariage de Yadira, 13 ans, quelle débauche de robes, de fleurs, de gâteries, constater la corruption généralisée et le tourisme sexuel avec les jinetteras draguées et dragueuses d'Occidentaux friqués, avec les toy boys cubains dragués et dragueurs de femmes cougars, différencier les gens de La Havane et ceux de la province, les urbains pollués par le tourisme et le dollar, et les ruraux qui vantent encore les bienfaits de la redistribution des terres, apprécier la qualité de la culture, des soins, de l'école, manger du Ajiaco ou du el Congri dans les cantines cubaines, passer une semaine au carnaval de Santiago, là où il avait surpris une main de fille frottant sa braguette, ce qui l'avait estomaqué sans qu'il chasse la main, l'ambiance éminemment érotique, la quantité de bière consommée, que veulent-ils oublier, le temps d'aujourd'hui où sont satisfaits uniformément des besoins du quotidien qui reste si ennuyeux, sans frivolité et luxe de pacotille, le temps d'hier, de la mafia, de Batista, prêt à renaître peut-être dès que cesseront la vigilance du régime, la permanence de la censure, l'omniprésence de la propagande, la nostalgie des voitures américaines très tape-à-l'oeil est une menace on ne peut plus visible, refaire plusieurs fois la route de Varadero à Trinidad, en passant par la Isabel, San Jose de Marcos, suivre la via Isabel jusqu'au triangle de la mort, la première fois que j'ai fait cette route, en poursuivant pour Trinidad, je suis tombée sur un stop non annoncé, j'ai freiné à mort et je me suis retrouvée sur l'autopista national, heureusement aucun véhicule n'est passé à ce moment-là, au passage je te fais remarquer que le triangle de la mort c'est deux routes rectilignes et perpendiculaires, pas ton carrefour de cent routes et chemins que tu m'attribues dans ton récit de disparition, faire les 500 derniers mètres à pied, constater trois après que la signalisation litigieuse emportée par l'ouragan Michel le 5 novembre 2001 a été changée et est conforme aux normes comme tu l'as demandé dans tes lettres, chercher des débris de bidet dans l'orangeraie, refuser l'édification d'un monument comme celui des deux Allemandes tuées par le chauffeur deux ans avant, rester fidèle au mémorial de Baklany que ses amis russes ont édifié en 2002 au bord du Baïkal, là où il avait créé son dernier spectacle, entre deux voyages, naviguer avec Google Earth sur toutes ces routes, voir d'en haut les plantations, neuf ans bloqués sur ces neuf jours de blanc du temps, c’est ma façon de l'annuler en le remplissant de vie, ce temps qu’on m’a volé, ce temps que je n’ai pas eu à chaud, que je prends à froid, de sang-froid, pour t'imaginer mon amour ! quand l'instant fatal annule l'instant fanal inventé par ton père !

Le père – prends tout ton temps avec ce blanc du temps de neuf jours, mon p'tit chat !

La mère – j'adore passer le temps au cimetière avec eux, à Corsavy; c'est un temps de plénitude ! ... où as-tu appris à m'écouter, à me laisser parler ?

Le père – en apprenant de toi, ton art de l'écoute ! plus riche que l'art de la parole

 

(Les parents sont revenus de Cuba le 29 septembre 2010. Le 18 octobre, la mère se plaint de douleurs au dos. Elle a des vomissements, des vertiges. Après une série d'investigations qui ne révèlent ni sciatique ni lumbago, elle est admise aux urgences d'un hôpital réputé le 29 octobre à 9 H. Est décelé un carcinum au cervelet. Opérée le 30 octobre puis réopérée le 18 novembre pour ce qu'on croit être un abcès postopératoire mais qui est une métastase, elle sombre dans le coma le 29 novembre. Après 14 apnées à partir de 16 H, elle se retire chaussée de ses baskets blanches à 21 H. On avait pu identifier par pet scan le 23 novembre son cancer primitif, un cancer foudroyant de l'utérus ayant métastasé dans les lombaires, les ganglions et au cervelet.)

 

L’Hôpital – La vie n’a pas de prix ! Sauver ou pas une vie a un coût! Votre Dette, madame, pour la période du 29 octobre au 29 novembre 2010 dans notre établissement s’élève à 32.989 euros et 99 centimes d’euros ! prise en charge par la sécurité sociale !

 

Jean-Claude Grosse, 13 avril 2002-19 septembre 2014

(le texte Tourmente à Cuba a été retenu pour le répertoire des EAT en avril 2014

il est devenu L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, Les Cahiers de l'Égaré, novembre 2014)

 

monologue de Dasha

dit par Dasha Baskakova

dans le spectacle

Mon pays c'est la vie

de Katia Ponomareva

en 2004

Cyril dans les blés en Grèce, 1992; Mémorial de Baklany édifié en 2002 par les amis russes de Cyril
Cyril dans les blés en Grèce, 1992; Mémorial de Baklany édifié en 2002 par les amis russes de Cyril

Cyril dans les blés en Grèce, 1992; Mémorial de Baklany édifié en 2002 par les amis russes de Cyril

chanson écrite et interprétée par Dasha Baskakova pour Cyril G.

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