Texte Libre
photo: Laurent Lavederà la seule condition
d'indiquer le nom et la qualité de leur auteur.
CONVERSION
Table rase.
Plus de presse
de radio
de télé.
Si beaucoup,
beaucoup de faillites,
système en crise.
Fuis
cocottes cyniques
grenouilles bénites
autruches confites.
Toutes espèces
de contemplatifs.
Et toutes espèces
d’hyperactifs
en portable.
Si beaucoup,
beaucoup de crises,
faillite du système.
Refuse comportements
majoritaires
populaires : …
modes
minoritaires
snobinardes : …
Si beaucoup,
finie la commerie,
achevée la révolution.
Jean-Claude Grosse
La Parole éprouvée,
Les Cahiers de l'Égaré
2000
photo: Laurent Laveder
Marilyn Monroe
par
Adolphe Nysenholc
Muse
Marilyn Monroe, enchanteresse du glamour, était douée d'un fort génie poétique. Comme Chaplin, elle a créé un mythe , - dont la substance allégorique est tirée d'une fabulation de son existence même. Son style a l'évidence d'une création. Toute sa vie elle eût voulu être mère. Elle fut fille d'elle-même, génératrice de sa propre légende. Cette poétesse en acte fut la muse de son temps, qui continue à faire rêver le monde.
De même que les réalisateurs emploient des scénaristes, Marilyn Monroe s'est de plus en plus servie des productions où elle inscrivait l'épopée de sa fable, pour se produire elle-même. Certes, elle a tourné avec de grands cinéastes, John Huston, John Sturges, Joseph Mankiewicz, Fritz Lang, Howard Hawks, Otto Preminger, Billy Wilder, Laurence Olivier, George Cukor, ... ils sont auteurs de leur film. Mais elle les transcende, auteur d'elle-même, enfant de ses propres œuvres...
Sa photogénie, comme celle de Charlie, était la révélation de sa poésie naturelle. Chez elle, le grain de la photo paraît le grain même de sa peau : la pellicule, petite peau, serait comme sa chair qu'on croit pouvoir toucher à vue. La lumière émanée de sa nudité suggérée embaume comme affleure le parfum de l'amour.
Dona Juana
Idole adulée des foules, elle est morte solitaire ; telle une crucifiée en chambre. Etoile filante au firmament de ce siècle, sa lumière nous parvient encore ainsi que d'un astre depuis longtemps disparu.
Elle voulait avoir chacun, elle désirait être en tous. Si Marilyn Monroe avait été un garçon, elle se fût appelée Juan, voire même Jésus. Elle avait leur charisme. Comme l'un, elle a séduit ; comme l'autre, charmé.
L'irrésistible ascension de Marilyn Monroe a fasciné, subjugué, ensorcelé les hommes, et peut-être même les dieux dans l'Hollywood de l'au-delà, nouvel Olympe, où la jalouse sans doute Vénus elle-même.
Pygmalion
L'image est une matrice d'imaginaire. Et l'icône de Marilyn, qui s'engendre elle-même, nous fait naître nous-mêmes à son désir. Elle nous fait à son image, selon son bon plaisir.
"Amas doré d'ombre et d'abandon", selon la formule du poète de Charmes, elle s'est littéralement modelée, elle est son propre Pygmalion. "Elle a travaillé en surimpression d'elle-même" (Ch. Berckmans). Elle s'est fait une silhouette, elle se faisait coudre ses robes, qui la moulent, sur elle-même, à même son corps, à fleur de peau... Le tissu, collant, transparent, plissé, - comme les robes mouillées des Korè antiques, - donne corps au moindre frémissement de son derme, souligne d'autant tout mouvement de son port. La parure qui l'enrobe comme un maillot met ainsi en relief sa plasticité. Le corps en semble une statue, ce qui la divinise. Elle en a le statut d'une déesse.
Mais, son beau galbe inspire l'Eros et sa fantaisie surtout par la dynamique de son jeu, par sa démarche intérieure, si ludique, sa désinvolture si naturelle. Son maître mot être en forme ! au moral comme au physique... "I want to be wonderful !"
Ainsi, sa vitalité rafraîchissante est faite de sa vivacité d'esprit. Elle est follement drôle comme irrésistiblement attractive. Car Marilyn Monroe a de l'humour. Elle est spirituelle. Elle a la légèreté de l'intelligence, le tact. Son corps se transcende par la grâce joyeuse de l'érotisme. Aphrodite était déesse aussi du rire. Et Marilyn en a le sens de la répartie, comme lors de ses célèbres conférences de presse.
De plus, elle se transfigure par la voix, qu'elle stylise autant que son allure d'une manière très personnelle ; notamment quand elle chante, très près du micro... toute en confidence... un murmure dans l'intimité... non sans pointes...
Elle admirait la sculpture de Rodin où des amants s'enlacent au creux de la main de Dieu ; combien de couples ne se sont pas embrassés dans la caresse de Marilyn... Vénus profane, elle fut généreusement "déesse du charme". Mais son corps n'est qu'une image : elle est un corps mystique. "L'image que moi-même j'ai faite de moi".
Femme-enfant
Marilyn est une enfant d'Hollywood. Sa mère y était monteuse. Mais Marilyn ne sait pas avoir d'enfant et n'a pas vraiment eu d'enfance. Elle surcompense dans le désir. Faute de maternité, elle se donne à fond dans la féminité. De fait, elle incarnait la femme-enfant. Pour Catherine Deneuve, elle fascinait car "elle était à la fois la féminité et l'enfance". Ce serait le retour du refoulé. "C'est une enfant malgré ses faux cils", écrit le poète N. Rosten, son ami. "Moitié d'enfant", dit d'elle Cary Grant. Et Jane Russell observe que "physiquement, elle ne semblait pas avoir d'os... elle décrivait des courbes dans tous les sens... sa chair ondulait, et l'innocence de l'enfant restait constamment présente". Tendron, la golden girl dégage la sensualité d'une baby. "Every baby needs a da da dady", chante-t-elle (1949). Et, si elle se donne comme pleinement érotique, elle confesse que c'est l'état "où je sens en héros ma capacité de voyager dans les éléments originels de mon corps". La poupée Marilyn qui ferme les yeux quand on la couche, c'était déjà tout elle, baby doll. Tel caractérise le timbre de sa voix comme "juvénile".
Et, plus elle est enfantine, plus la femme risque d'être perçue un brin perverse. Mais c'est de cette infantilité qu'elle tire aussi son comique. Et, le rire désamorce la bombe de la blonde explosive. Il n'y a pas lieu qu'on se scandalise d'un jeu innocent.
Charlie au féminin
Marilyn serait l'équivalent féminin d'un Charlot, lui man-child. L'être dont elle est d'ailleurs souvent le plus proche est Charles Chaplin. Comme lui elle a connu très tôt la défection de son père, et une mère qui sera internée. On fait danser Marilyn à sept ans, Charlie à cinq. S'il est devenu "le plus grand homme du cinéma" (Mitry), elle a été la star des stars, la plus grande star féminine, consacrée par l'Oscar de l'actrice la plus populaire du monde, "the golden globe award as the world film favourite 1961". Elle est volontariste au même titre que lui, construit son image, self-made-myth. Elle a autant marqué l'iconographie de ce temps de sa griffe. Anxieusement "à la recherche de la perfection", comme l'a dit George Cukor, elle n'était pas moins perfectionniste. Chaplin inaugura pour ainsi dire le star system ; Marilyn Monroe incarnera la star sans star system, lequel meurt quasi avec elle. Si Elie Faure a vu en Charlot un poète ; Arthur Miller dit de Marilyn, "elle était un poète au coin de la rue". Et Marilyn sera tout aussi tragi-comique.
Janus ou la face cachée
Marilyn Monroe, être fort complexe, encore comme Charles Chaplin, se débat dans un nœud de contradictions. Baby mais aussi vamp. Ingénue incendiaire. Elle invente ce mélange détonant de la good-bad-girl. Midinette et femme fatale. Romantique mais ironique. Sex symbol mais femme stérile. Première femme moderne, elle était demeurée l'éternel féminin. Toujours adorée ; jamais aimée. Grande communicatrice, hyper-médiatique ; et enfermée de plus en plus dans ses angoisses et de moins en moins capable de sortir de soi-même. Femme publique privée d'elle-même. Fabriquée, spontanée ; star, anti-star.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans cette femme qui donne le change, "éclatante de santé", "pétulante d'esprit", et qui est pourtant si vulnérable, suicidaire, déprimée chronique ; elle s'en est toujours sortie comme une Sisyphe qui se hisse au sommet ; qui retombe et se remonte..."L'amour qu'on lui donne se perd dans un puits sans fond", a confessé Arthur Miller.
La mort de Narcisse
Ce Pygmalion était un Narcisse. Elle tombe fatalement amoureuse de son image, de la statue qu'elle a faite, qui est elle-même. Le sculpteur, voulant que le cœur de pierre palpite pour lui jadis, aspirait à insuffler à sa glaise la vie. Il n'y a donc qu'elle, la star, qui puisse se faire vivre, mais pas dans les autres pour qui elle reste une statue. Pour tout un chacun elle est finalement de marbre.
Et même, celle qui a été en contact avec des millions d'êtres, elle n'était après tout plus en contact avec elle-même.
Masquée par son image, elle ressentait alors le grand vide, en elle, c'est-à-dire la mort, sa mort en l'autre, qui préfigure la mort à soi. Car elle sait bien que qui croit la ressentir, elle, comme personne connue, n'éprouve que son propre désir à soi, - inconscient de ce qu'elle était.
C'est ce néant qu'elle cherche héroïquement à conjurer par la séduction, - par la ritualisation de son corps, par la magie de son mythe.
Séduire, n'est-ce pas vouloir être dans l'autre ? le pénétrer de soi, s'incarner en l'autre ; mais c'est impossible ! C'est la séduction du Christ ! qui dit être en chacun... D'où l'échec, et la nécessité de devoir recommencer... Car on n'est pas divin. Si elle s'est suicidée, cela voudrait dire que la duperie est terminée. Son corps mort, il n'était jamais vivant dans les autres. Elle n'y était qu'une apparence d'elle-même. Ce qui vit en eux ce n'est qu'eux-mêmes. Son amour avec la foule était communication dans la mort, - dans la présence de son absence. Peu croient de ceux qui l'ont connue qu'on l'ait "suicidée", ce qui d'ailleurs ne change rien à sa tragédie intérieure.
Sa mort finit son poème, sa geste.
Il y avait un miracle Marilyn. Il demeurera un mystère Monroe...
Norma Jean Baker se fit Marilyn Monroe. Une femme faite d'ombres et de lumières. Son image est encore la projection de nos désirs sur l'écran de la nuit.
(Adolphe Nysenholc a participé au recueil collectif Marilyn après tout avec un texte Marilyn spirituelle)
(texte publié par le BAT, billet des auteurs de théâtre d'avril 2012 pour la parution du livre Marilyn après tout et reproduit ici avec l'aimable autorisation d'Adolphe Nysenholc, pour le 1° juin 2012, anniversaire de la naissance de NJM-MM)
Misfit d'Adam Braver
Éditions Autrement
Ce roman sort au moment où Marilyn et son mythe sont célébrés, 50 ans après tout.
S'appuyant sur des situations réelles, lieux et dates, personnages, ce roman réussit à nous mettre dans la tête de Marilyn. Il s'agit d'une tentative de nous faire entrer dans l'univers mental de Marilyn par empathie. L'usage du « tu » est le signe de cette tentative d'empathie ; en s'adressant à toi, l'auteur se met à ta place avec la petite distance existant entre « je » et « tu ». Dire « je » c'est véhiculer l'illusion que ce qui est dit est vrai, sincère. En disant « tu », l'auteur nous laisse apprécier, évaluer la vérité, la sincérité de ce qu'éprouve Marilyn.
Les scènes décrites ne sont pas chronologiques : série de scènes entre 1937 et 1954, 27 juillet 1962 en 4 épisodes répartis dans le livre : le fameux week-end chez Sinatra à Cal-Neva Lodge, 1956 et l'Actors Studio, 1957-1960 avec le tournage des Misfits en 1960, 6 chapitres, janvier-juin 1962, et pour terminer, une semaine après le 28 août 1962, à la morgue donc. Les moments ne sont pas nécessairement les plus connus. Il s'agit de nous faire pénétrer dans l'univers de Marilyn, sa fragilité, ses peurs et angoisses, sa culpabilité …
Ce roman est un mixte de biographie et de fiction. Je l'ai lu avec plaisir. Les chutes des chapitres sont souvent intéressantes parce qu'inattendues.
Jean-Claude Grosse
Projet Marilyn Monroe
lancé en avril 2011
réalisé en mai 2012
le livre Marilyn après tout
est paru aux Cahiers de l'Égaré
18 F/18 H
de 17 à 71 ans
parlent de leur Marilyn
20 euros frais de port compris
par chèque à l'ordre des Cahiers de l'Égaré
669 route du Colombier
83200 Le Revest

LES 4 SAISONS D’AILLEURS
projet : Pour Marilyn Monroe
Marylin Monroe s’est donnée la mort le 5 août 1962. La commémoration du cinquantenaire de sa disparition, donnera sans doute lieu à quantité de contributions de toutes natures, jusqu’à ce que l’opinion publique en soit saturée.
Dans ces conditions, qu’est-ce qui peut pousser les EAT Méditerranée à rejoindre ce flot annoncé, pour 2012 ?
L’écho positif, souvent enthousiaste, des auteurs auxquels nous nous sommes adressés, et au-delà, l’intérêt que le projet suscite, ne cessent de surprendre. Ils soulignent, nous semble-t-il, la pérennité d’un mystère Marilyn, constitutif d’une mémoire individuelle et collective, appelée à durer, comme le pressentait Jacky Kennedy, dès 1962.
Une mémoire durable, donc une mémoire nécessairement complexe et évolutive dans le temps. Le cinquantenaire est un moment propice pour faire le point, nous interroger sur la capacité d’une Marilyn morte depuis si longtemps à susciter encore admiration et rejet, compassion et interrogations. A tel point qu’il est à la fois trop tôt, et peut-être même vain de chercher à faire émerger une vraie Marilyn, tant elle ne se réduit jamais et jamais définitivement au portrait que l’on croit avoir réussi à dessiner d’elle à tel ou tel moment.
Il apparaît en tout cas clairement que sous l’icône sexuelle, offerte habituellement comme image-idée dominante, bouillonne un mystère construit par les medias et les témoins, par Marilyn elle-même, mystère tout autant fabriqué par nos fantasmes, nos histoires personnelles et familiales, dans leurs contextes spatial, temporel, culturel. A terme, il est possible d’imaginer Marilyn Monroe, comme une forme archétypale du féminin sacré, figure prenant un jour sa place aux côtés de Jeanne d’Arc, Marie-Madeleine, Artémis ou les Vierges Noires, par exemple.
Dans cette nébuleuse du féminin, Marilyn produit aujourd’hui encore sa propre nébuleuse. Aussi nous a-t-il paru intéressant de nous adresser à des auteurs des deux sexes, appartenant à différentes générations, venus d’horizons géographiques divers et traduisant une certaine variété socio-culturelle :
Des auteurs EAT Méditerranée se sont inscrits au projet :
Denis Cressens, Gilles Desnots, René Escudié, Moni Grego, Jean-Claude Grosse, Roger Lombardot, Marcel Moratal, André Morel, Danielle Vioux.
Des auteurs EAT d'autres régions les ont rejoints :
Simone Balazard, Isabelle Bournat, Dominique Chryssoulis, Marc-Israël Le Pelletier, Benjamin Oppert, Anne-Marie Patris, Yoland Simon, Diana Vivarelli
Le compagnonnage d’écriture se réalisera aussi avec:
Aïdée Bernard, Gilles Cailleau, François Carrassan, Monique Chabert, Sylvie Combe, Angèle Germaneau, Bagheera Poulin, Dacha Коsаcheva (texte en russe), , Gérard Lépinois, Angèle Lemort - Kremena Nikolova (texte à 4 mains franco-bulgare), Pierremont, Bernadette Plageman (texte en américain), Frédéeique Renault, Aïcha Sijelmassi (texte en arabe), Elsa Solal …
Afin de respecter au plus près la manière dont opère le mystère Marilyn, les contraintes d’écriture ont été limitées le plus possible :
- les auteurs ne dépasseront pas les 1000 mots ; leur écriture pourra être théâtrale, romanesque, poétique, philosophique, expérimentale, etc ; un objectif général est donné, au départ, qui n’a cependant rien de contraignant : il s’agirait de faire réparation, tenter de rendre à Marilyn Monroe ce qui lui a été volé, de lui donner ce dont elle a été frustrée. Elle se comportait avec les hommes comme ceux-ci le voulaient, l’escomptaient, à la va-vite … (cela ne nous intéressera pas outre mesure) mais être miroir du désir du mâle, dominateur, irresponsable, lâche, n’était que la face visible de M.M. Il y avait Norma Jeane, il y a toujours eu Norma Jeane, cherchant le père, son amour, sa reconnaissance, cherchant la mère aussi … Évidemment, ce sont des hypothèses. Il faudra bien se décider à en choisir certaines plutôt que d’autres, moins biographiques que métaphysiques. M.M. comme chance, comme don semblant être une des plus productives.
Ces indications que chacun est libre de reprendre à son compte, de détourner, d’ignorer,
répondent aussi à une préoccupation d’un autre ordre : chercher à rendre visible ce projet, donner donc envie à un lectorat et un public potentiels de s’y intéresser, au milieu du flot des publications, images et sons qui déferleront en 2012, sur des supports médiatiques, éditoriaux, et de productions, très puissants.
L’originalité du projet réside donc, également, dans la place accordée aux mots, à l’écriture, pour dire Marilyn. S’il existe bien quelques ouvrages importants, la concernant de près ou de loin, il n’échappe à personne que, pour la plupart des gens, la mémoire de Marilyn a été véhiculée, d’abord et de manière écrasante, par l’image, sous toutes ses formes. En proposant de privilégier l’écriture, notre projet présente des qualités indéniables :
- une mise à distance par rapport à la plupart des images, et une possibilité réflexive autre ;
- une forme de fidélité à MM qui aimait les mots, comme en témoignent ses lectures, ses poèmes, ses correspondances tout au long de sa vie, utilisant souvent des supports liés à une urgence d’écrire : feuilles volantes, couvertures de carnet, papier à entête de restaurants ou d’hôtels où elle séjournait, etc ;
- une appropriation du sujet par des auteurs qui partagent avec la plupart de leurs futurs lecteurs ou spectateurs, le fait de n’avoir pas connu MM, de n’être pas liés à son entourage et ses héritiers, et de n’être pas des spécialistes de la question.
Gilles Desnots, secrétaire des EAT MED et des 4 Saisons d'ailleurs
Jean-Claude Grosse, président des EAT MED et des 4 Saisons d'ailleurs
éditeur des Cahiers de l'Égaré
Albums photos Marilyn
Monroe et Monroe Marilyn sur mon blog
Note de lecture sur Fragments de Marilyn
Note de lecture sur Marilyn, dernières séances
Note de lecture sur Don Wolfe et Joyce Carol Oates
Note de lecture sur Les Misfits
Note de lecture sur Marilyn et JFK
court montage que j'ai réalisé avec des images et 3 voix de Marilyn (la voix est ce qui disparaît le plus vite alors que les images restent)
Vient de paraître
MMM
(Moi Marilyn Monroe)
poème théâtral et musical
de Bagheera Poulin
en français et anglais
traduction anglaise de Chloé Baker
couverture de didouch*
128 pages
format 13,5 X 20,5
18 euros, frais de port inclus
à l'ordre des Cahiers de l'Égaré
669 route du Colombier
83200 Le Revest
teaser de MMM
les dessous d'un hold-up historique
par Myret Zaki et Etienne Chouard
une vidéo d'une clarté exemplaire
pour y voir clair
ne pas se laisser conter des bobards
N'est-il pas évident que ces joueurs cyniques que sont devenus les banquiers méritent que leurs pratiques soient jugées d'où la nécessité d'une commission Pecora ayant pouvoir pour poursuivre judiciarement ?
N'est-il pas évident qu'il faille annuler toute la dette liée à ces pratiques, la dette honteuse liée aux pratiques d'usuriers des banquiers ?
N'est-il pas évident qu'il faille séparer banques d'affaires et banques de dépôts ?
N'est-il pas évident que l'État doit retrouver sa souveraineté monétaire ?
Créer sans délai une commission d'enquête parlementaire sur la crise, associée à des pouvoirs de juridiction et de
réquisition, afin d'opérer le triage entre dettes légitimes et illégitimes ;
Couper les banques en deux pour protéger l'épargne et le crédit, et mettre en faillite les banques qui ont spéculé dans le casino financier ;
Émettre massivement du crédit public pour financer les grands projets, les infrastructures, et renflouer le service public et les collectivités territoriales pour réaliser leurs projets.
grossel
cette vidéo illustre ceci :
surtout ne pas croire que le changement du 6 mai va beaucoup changer les choses si on se contente de ce qui va se
passer en haut
nous avons la responsabilité de répondre à la guerre d'en haut par celle d'en bas; en réutilisant des formes ayant fait
leurs preuves dans l'histoire ou en inventant des formes comme celles qui se sont ébauchées il y a quelques mois aux USA, Espagne ou dans les pays du printemps arabe où on voit que ce n'est pas
gagné; c'est cette permanence de la guerre des casses qui est aussi une lutte des places qui me semble souvent perdue de vue; voir les décrets publiés in extrémis par l'équipe du
sorti révélant une fois de plus qui ils veulent mettre au pas de la libéralisation; cela dit il est amusant de voir que le Crédit agricole se fait plomber en Grèce grâce à un analyste comme
celui qui est interviewé dans cette vidéo; évidemment ce sont les clients du Crédit agricole qui paieront pour ces parieurs et joueurs qu'on ne se donne pas les moyens de contrôler; voir ce qui
arrive aussi à JP Morgan, 2 milliards de dollars de pertes grâce à un frenchie de Londres, surnommé la baleine qui doit se faire toute petite ou se faire la valise
grossel
après le film en couleurs La conquête de Xavier Durringer, sorti le 18 mai 2011, le film Le quinquennat en NB, sorti le 6 mai 2012 avec déjà plus de 710000 spectateurs; il faut encore 45 millions de visiteurs pour que ce soit sans appel
surtout ne pas croire que le changement du 6 mai va beaucoup changer les choses si on se contente de ce qui va se
passer en haut
nous avons la responsabilité de répondre à la guerre d'en haut par celle d'en bas; en réutilisant des formes ayant fait
leurs preuves dans l'histoire ou en inventant des formes comme celles qui se sont ébauchées il y a quelques mois aux USA, Espagne ou dans les pays du printemps arabe où on voit que ce n'est pas
gagné; c'est cette permanence de la guerre des casses qui est aussi une lutte des places qui me semble souvent perdue de vue; voir les décrets publiés in extrémis par l'équipe du
sorti révélant une fois de plus qui ils veulent mettre au pas de la libéralisation
L’Intranquille/Gérard Garouste,
avec Judith Perrignon
Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou
Voilà un autoportrait particulièrement prenant. Je ne connais rien de Garouste. Je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer son œuvre. Je sais qu’il est à l’origine de La Source, initiative ne pouvant venir que d’un fou et d’un peintre et qui atteint semble-t-il ses objectifs.
· la prévention,pour venir en aide aux enfants défavorisés, en lien avec les travailleurs sociaux, en utilisant des supports artistiques et culturels, afin de faciliter leur réadaptation sociale et permettre leur épanouissement personnel
· l'éducation,en développant l'accueil de classes lors d'ateliers de pratiques artistiques, de séjours modulables avec ou sans hébergement, pour favoriser la démarche créative et l'éducation artistique des élèves, en collaboration avec les enseignants.
· la dynamique artistique et culturelle, auprès du public local et régional, pour promouvoir l'art et la culture, en s'adressant à un public plus large, et en devenant un centre artistique régional en milieu rural, notamment dans le sud de l'Eure.
Autoportrait d’un fils, portrait d’un père, d’une mère, d’une femme, de Léo Castelli, de Fabrice et quelques autres. Garouste est le fils d’un salaud antisémite qui n’a pas hésité à spolier des Juifs pendant la guerre. Il est le fils d’un père sans doute psychopathe, terrorisant sa femme, son fils, lequel va se réfugier dans la lune, le délire, la folie et la peinture. Garouste mettra du temps à s’émanciper du poids de son père. Et paradoxe, ce fils d’antisémite va trouver sa voie, sa langue en apprenant l’hébreu et en nous montrant comment cet apprentissage fut désencombrement, mise à jour des mensonges du catholicisme en particulier, comparant l’éducation religieuse passive du catholicisme à l’enseignement émancipateur de la Thora. Deux exemples : le 1° Honore ton père et ta mère peut être entendu tout différemment, considère le poids de ton père et de ta mère dans ton histoire ; le 2° l’épisode de Saül qui refuse de donner un dernier assaut aux Philistins et de tuer femmes et enfants comme le veut l’Éternel, il perd tout, son royaume et la vie, il est décapité ; leçon catholique : il faut obéir à l’Éternel ; leçon talmudique : tu peux avoir raison et le payer très cher.
Garouste, le succès étant venu, comprend qu’il a un devoir vis à vis des jeunes en difficulté, lui qui a eu tant de mal à se trouver, à se désencombrer. Quand il inaugure La Source, son père a ce mot terrible : C’est dommage que je haïsse l’humanité sinon je serai bien venu.Son père est allé jusqu’à lui demander de renoncer à son héritage pour le transmettre à ses deux fils. Garouste a connu les internements psychiatriques, la camisole chimique, les cocktails de neuroleptiques. Il a même dormi à Sainte-Anne dans la chambre d’Althusser, interné après avoir étranglé sa femme et disant cela à sa femme Elizabeth, il lui serre la gorge (halte ! tu serres !), la sadisant comme il dit. Quand on en est passé là où il est passé, on acquiert une capacité à questionner, mettre en doute ce qui contribue à vous détruire. Aujourd’hui, il contrôle mieux ses émotions qui peuvent le conduire à un épisode de folie, il sait que la folie ne l’aide pas à peindre comme la peinture ne le sauve pas des crises de folie.
Sur son travail de peintre et son positionnement de peintre, il y a des pages très intéressantes. Je retiendrai que pour lui, la peinture, après toutes les aventures de l’art du XX° avec Picasso, Duchamp, Warhol, les installations, performances, surenchères … ne peut consister qu’à raconter des histoires, à questionner, à donner du sens, des sens plutôt parce qu’il glisse sous la peinture de surface, des repentirs qui apparaîtront avec le temps. Il emploie une métaphore, celle de l’Everest. On ne peut monter plus haut que là où les artistes nous ont menés. Alors certains veulent monter à reculons, d’autres torse nu … lui a opté pour mettre ses pas dans ceux des maîtres et chercher sur le toit du monde ses propres sensations, vibrations. Cette métaphore ignore les gouffres où se jettent quantité d’anartistes d’aujourd’hui, comme dirait Rezvani. Monceaux de cadavres, déjections et excréments odorants … que sais-je, des provocations sans lendemain d’après scandale. Il a peint 600 œuvres. Sa peinture demande une herméneutique, lui emploie le mot exégèse, un désencombrement du regard, un déconditionnement. Par exemple, s’il peint Dina, Genèse 34, il la peint en réaction à un texte rabbinique étonnant d’ambiguïté : cette jeune fille était extrêmement belle, vierge et aucun homme ne l’avait connue, sous-entendant qu’une femme peut être vierge et avoir connu un homme (le texte rabbinique évoque alors ces mœurs des jeunes filles consistant à préserver la virginité de l’endroit de la virginité mais à être sans pudeur d’un autre endroit) et donc la Dina de Garouste a deux sexes, deux anus ; Allez savoir avec tous ces trous si elle est vraiment vierge !dit-il.
L’écriture est sobre, efficace. Autobiographie sans haine, lucide et forte.
Jean-Claude Grosse, 1° mai 2012
L'Origine du Monde/Serge Rezvani
Pour une ultime histoire de l'art
à propos du « cas Bergamme »
Babel 2002
Roman étourdissant et éblouissant sur la fin de l'art, de l'Art, sur l'histoire de l'art et du marché de l'art, sur le milieu des conservateurs, restaurateurs, commissaires, journalistes et fous d'art.
Étourdissant par ce qui se dit : les arguments des uns et des autres sont percutants et solides.
Éblouissant par les œuvres évoquées ou certaines révélations sur Rembrandt, Vinci, Picasso ...
Il s'agit des confessions de Bergamme, un fou d'art, voleur de génie qui a subtilisé un certain nombre d'oeuvres célèbres pour les poursuivre, les inachever comme il dit et qui ayant compris le travail destructeur du conservateur du Grand Musée tente de voler L'Origine du Monde de Courbet et se retrouve au cœur de la machinerie muséale. De curieux accidents, crimes, suicides se succèdent jusqu'à l'embrasement final du Grand Musée. Un éthologue de la névrose muséeuse de Bergamme, condamné à vie, obtient ces confessions d'une oralité (écrite) virtuose en ce sens que Bergamme n'est jamais seul à parler mais mêle ses interlocuteurs dans son récit.
Entre les multiples réflexions sur l'art, des récits plutôt désopilants sont le fait de différents protagonistes comme Quevedo, racontant les exploits de son chien, M. Bull, couvrant la chienne papillon ou comme Le Crapaud, faisant des expériences sur les rats-taupes-glabres. Art et science, art et technique ne sortent pas grandis de ce roman.
Le Grand Musée sensé mettre en valeur pour le plus grand nombre, le patrimoine pictural de l'humanité, n'est en réalité qu'un cimetière où dans les combles, les « plombs », pourrissent, fermentent les œuvres impossibles à conserver, restaurées par des générations de restaurateurs à tel point que plus aucune œuvre n'est originale, que toutes sont des œuvres de seconde et troisième et nième main. Cette situation, gardée secrète, n'est plus tenable. Il faut en finir avec l'unicité de l'oeuvre donc avec son caractère périssable, il faut la rendre éternelle par duplication, c'est le rôle de la machine à répliquer qui pourra reproduire l'originale à l'infini mais en l'absorbant, en l'avalant, en la détruisant.
Dans ces « plombs », les personnels du Grand Musée se retrouvent pour des parties de jambes en l'air dont ils comprennent l'origine, L'Origine du Monde. Au milieu de toutes ces œuvres, consacrées au mystère du féminin, à ce quoi toujours caché sous les jupes des femmes et objet de tous les désirs masculins, les personnels sont envahis par une sensualité exacerbant leur sexualité comme celle des rats-taupes-glabres. Les conversations accompagnant ces séances sont profondes et comiques, jubilatoires avec des perspectives ouvertes vertigineuses sur par exemple, la vraie recherche de l'homme, pas le quoide la femme, mais devenir le quoi, devenir femme, avec de nombreuses réflexions aussi dont celle-ci : en peignant d'après photographie le quoi d'une femme, en transgressant le tabou qui faisait du quoi, un lieu sacré, en ramenant la femme à n'être qu'une partie de son corps, en découpant donc l'être mystérieux, Courbet aurait été l'Iconoclaste, il aurait annoncé, préparé les équarrissages de masses et l'émergence des anartistes du n'importe quoi, le conservateur en chef du Grand Musée, un Allemand, multipliant les exemples de n'importe quoi où paradoxe, les anartistes ne revendiquent pas d'être dans la filiation des Anciens mais prétendent au contraire que c'est à partir d'eux que s'éclaire rétroactivement l'histoire de l'art.
Bref, on comprend le sous-titre : Pour une ultime histoire de l'art. À la fin de ce roman, beaucoup d'illusions sont tombées. On ne fréquentera plus les Grands Musées. On ne croira plus à la conservation patrimoniale. On ne croira plus à l'unicité de l'oeuvre. On sera redevenu humain, acceptant la précarité des œuvres, leur éphémère beauté, leur disparition prochaine ; on saura qu'on regarde un faux, prétendu vrai, original. Ce roman est donc une entreprise salutaire de démystification avec les moyens du roman à clefs et à suspense. Le dernier collectionneur de L'Origine du Monden'est pas nommé. Il n'a jamais montré ce tableau, caché derrière un rideau rouge. Il suffit que ce tableau soit su, disait-il, pas vu.
Jean-Claude Grosse,
le 23 avril 2012, anniversaire de la mort de Shakespeare et de Cervantes, le 23 avril 1616.
Déluge / Henri Bauchau
Babel 2011
le déluge par Michel-Ange
Henri Bauchau fait partie des écrivains que j’aime lire. Il se lit bien, ses mots sont simples, ses métaphores également, mais tout cela est nourri d’une grande écoute de la complexité humaine, des oscillations entre contraires qui font qu’on vit, qu’il y a de la souffrance puis du bonheur, de la création et de la destruction, de l’eau jusqu’au déluge et du feu ou l’inverse. Les histoires d’Henri Bauchau embrassent le temps et l’espace, les mythes d’hier et les légendes d’aujourd’hui.
Dans Déluge, l’histoire nous est racontée par Florence qui atteinte d’une maladie lui laissant peu de répit se retrouve à accompagner un peintre fou. Cet être extravagant se prend d’amour pour Florence, la met au dessin et à la peinture et la guérit de sa maladie. Ensemble et avec d’autres dont Simon, ils entreprennent sous la direction non directive de Florian, le peintre fou, pyromane, dont la vie occupe un chapitre, une œuvre inspirée du déluge. Cette œuvre monumentale leur demande des années, elle provoque des crises, des départs, des retours, des réconciliations, elle fait éclore un amour entre Florence et Simon, à partir de l’Ève peinte par Florian. Ce qui est raconté d’une façon épique, c’est le combat pour réaliser cette œuvre, au péril de leurs vies, il s’agit d’un corps à corps entre les visions, les histoires qu’ils se lisent et leur incarnation sur la toile, dans la toile car tout se passe comme si la toile, lieu de la représentation, de l’image était le lieu de la réalité, de la présence. Pas de distance quasiment entre la vie et l’art, l’art c’est la vie. En réalisant avec d’autres cette œuvre nommée L’œuvre infinie, Florian le peintre qui aimait créer puis détruire ses œuvres par le feu trouve enfin son équilibre, son point d’équilibre entre eau et feu. En brûlant légèrement son Ève, il la transforme en Florence qu’il offre à Simon. « Je survis, je vis, je vais vivre, c’est ce qu Florian montre … Simon est là … en moi qui peux le faire prendre feu à n’importe quel instant comme sans le savoir, et tout tremblant, il peut aussi me mettre en flammes … ce n’est pas ce qu’a peint Florian. Là, entourée d’arbres, je suis souveraine et mérite attente et patience. Simon le sent, il s’écarte, moi aussi. Nous descendons chacun de notre côté, par un escalier différent. Quand nous sommes en bas, Simon s’approche de moi, embrasse ma main, je tremble, il tremble aussi, nous nous séparons.» page 127. Le docteur Hellé, elle-même très malade, qui a suggéré à Florian cette œuvre sur le déluge et qui de loin, s’occupe de Florian qu’elle a confié avec une sûre intuition à Florence, peut voir l’œuvre achevée avant de s’en aller, confiant à Jerry le soin de fermer les yeux de Florian, le moment étant venu qui ne sera pas loin. Jerry a fait promesse à Florian d’achever l’œuvre en composant en musique, plus tard quand il sera grand, l’arc-en-ciel d’après le déluge.
J’ai trouvé pas mal de similitudes entre les propos sur la peinture de Rezvani et ceux de Bauchau, avec la même fureur créatrice et destructrice mais avec des moments d’apaisement chez Bauchau. Maintenant j’entreprends la lecture de L’Origine du monde. Pour une ultime histoire de l’art, à propos du « cas Bergamme » de Rezvani. Une lecture dans la même veine. Je suis sûr que Pof aurait aimé ces livres.
Jean-Claude Grosse, le 22 avril 2012
la compassion de l'arche
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