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CONVERSION

Table rase.
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Si beaucoup comme moi,
que de faillites !
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Si beaucoup comme moi,
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Si beaucoup comme moi,
finie la commerie,
achevée la révolution.

Jean-Claude Grosse
La Parole éprouvée,
Les Cahiers de l'Égaré
 

 

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Photo prise à Petergoff en 2005

Ce blog part en vacances pour 4 mois.
Profitez-en pour prendre votre temps aussi.

Les agoras d'ailleurs

Les Cahiers de l'Égaré



Samedi 4 juillet 2009



A certain vision of life by Jean-Pierre Grosse

Fondamentals by Chérifa Rabeh


L’évolution de la peinture
de Chérifa Rabeh
et Jean-Pierre Grosse
artistes-peintres
résidant à Marrakech



Je n’avais pas vu leur travail depuis novembre 2006. Voir des reproductions d’œuvres en catalogue internet et voir les œuvres réelles sont deux expériences différentes, la première permettant de saisir des ensembles, des cohérences, la seconde de saisir des singularités, les deux expériences se complétant donc car des œuvres singulières peuvent aussi constituer une œuvre « ouverte », un ensemble construit par le regard et la pensée de l’observateur, du peintre aussi bien.
Si j’essaie d’appréhender l’évolution de Chérifa Rabeh-Grosse, outre le passage à des formats plus importants, 80X100cm, je note la part essentielle prise par les compositions florales, souvent agrémentées d’une théière, compositions dont la richesse chromatique, la chaleur plutôt est communicative. Voilà une peinture subjective, peu soucieuse de netteté, éclairée de l’intérieur par une énergie, une vitalité qui se communiquent au spectateur. Peinture qui nous veut du bien, invitant à saisir la toile dans sa totalité mais aussi à la promenade du regard, voyage aléatoire au gré des formes et couleurs et qui fait chaud au cœur, procure du bonheur, l’espace d’un présent qui dure le laps de temps qu’on veut bien lui donner. Peinture donc de la liberté, de la libération car la liberté n’est que la succession des libérations que nous nous créons. Les gris de notre vie routinière sont avec les fleurs de Chérifa, coquelicots en particulier, dissous dans la profusion et l’éclat, la vitalité de la nature. On en oublie l’éphémère de la fleur pour se nourrir de son offrande gratuite, don sans contrepartie, voie d’une vie autre, nouvelle, la vraie vie.

Poppies in Northern Morocco by Chérifa Rabeh

Si j’essaie d’appréhender l’évolution de Jean-Pierre Grosse, outre le passage à des formats plus importants, 120X100cm, je note deux partis-pris nouveaux, des portraits très acérés dans le trait, d’une netteté, d’une vérité pouvant aller jusqu’à l’insoutenable, jusqu’au malaise, portraits en outre souvent  présentés en triptyques donc relativisant toute saisie, la dynamisant aussi, obligeant à promener le regard alors qu’il a tendance à se fixer sur un visage. C’est le cas de « A certain vision of life ».     

On fait là une expérience phénoménologique qui mérite que je m’y attarde un peu. Regarder un visage ne va pas de soi. S’autorise-t-on à le regarder franchement, à le capturer, le saisir ou préfère-t-on le découvrir par effleurements, regards de biais, sans insistance comme une caresse, avec respect. Voilà que regardant mon regard, je prends conscience de mon rapport à autrui.
Autrui regardé, vivant, réagit à mon regard, modifiant mon nouveau regard, intimidé ou rassuré.
Autrui regardé, peint, se livre à moi dans son intensité, sa vérité, son éternité, expérience apparemment simple, en réalité impossible. Bien que s’offrant comme un tout, le visage est appréhendé comme un mystère : il semble vouloir me dire ce qu’il est et je ne saisis pas ce qu’il exprime. Je fais l’expérience de l’indicible, la vérité de ce visage m’est inaccessible : je vois bien la dureté de la vie marquant ce visage ridé, buriné mais comment se situe-t-il par rapport à cette vie, sa vie, acceptation, protestation, résignation, révolte, acquiescement, voilà quelques mots dont je mesure l’insuffisance.
De même pour ce regard de femme, « Nasrine », magnifique, quelle expérience intime j’en fais, non partageable ?

Nasrine by Jean-Pierre Grosse

Le flou est l’autre nouvelle tentative du peintre, le mouvement, également en triptyques. C’est une expérience contraire, saisir la fugacité et se livrent d’autres vérités : l’audace d’une femme qui s’expose dans sa danse, se livre dans sa transe, la fusion des cavaliers s’affrontant dans le rituel de la fantasia dans « Fantaisie »…
Voilà deux artistes sans grosse tête, authentiques chercheurs de beauté, de chaleur, de vérité définitive ou de vie éphémère, avec lesquels on fait des expériences à la fois esthétiques, existentielles, philosophiques, si on est disponibles, prêts à prendre le temps de longuement regarder, ce qui n’est pas fréquent dans le monde de l’ « art » livré aux marchands et aux snobs.
Dans le dernier N° de Maroc Premium, remarquable N° consacré aux peintres marocains contemporains, Chérifa Rabeh-Grosse a été retenue parmi 70 artistes. C’est là un signe de reconnaissance qui devrait s’étendre dans un prochain N° à Jean-Pierre Grosse, Marocain de cœur, exprimant à travers ses portraits, non l’exotisme marocain mais l’universel humain d’avant le temps des chairs bouffies, des visages sans âge traités aux cosmétiques.
De ce N° lu en totalité, je dirai qu’il présente un panorama intéressant d’artistes contemporains, qu’il fait un état des lieux sans complaisance des avancées et des difficultés, des carences. Une aporie se découvre à la lecture : l’oscillation entre un point de vue marchand et un point de vue artistique. L’art peut-il se passer du marché ? Comment faire pour que le marché ne fausse pas la valeur artistique par la valeur marchande ? Comment un artiste peut-il sauver son âme et son art en étant commercial ? Jusqu’où ? Le modèle occidental n’est pas une garantie : la multiplicité des appréciations n’empêche en rien les modes, les exclusions, les combinaziones, les usurpations, les impostures, les oukazes, que cela vienne des fonctionnaires de l’art, des marchands d’art, de la presse spécialisée, des spéculateurs, des réseaux d’influence.
                                                                  
Jean Roguès, Marrakech le 30 octobre 2008



Par grossel - Publié dans : JC Grosse - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Samedi 4 juillet 2009
J'écrivais l'article ci-dessous: Marcel Conche sur le départ, le 4 juillet 2008.
Dans quelques jours, mon ami Marcel va quitter la Corse pour revenir dans la maison de son enfance, des circonstances rendant possible ce retour, aujourd'hui souhaité.

C'est donc en Corrèze qu'Edgard Gunzig et moi irons le voir.
Dans Les dossiers de la Recherche N° 35, trimestriel de mai 2009, Le big bang, il y a un article d'Edgard Gunzig: L'espace-temps s'est créé lui-même, apprécié par Marcel. J'attends beaucoup de cet échange que je filmerai entre un métaphysicien de la Nature et un théoricien de l'autoémergence de l'Univers.

Depuis le Journal IV, Diversités, j'ai reçu la plaquette Regard N° 104 consacrée aux réponses de Marcel Conche et d'Émilie Borel à un questionnaire auquel deux numéros avant avait répondu Michel Onfray.

Pour ceux qui suivent le cheminement de Marcel, Télérama comme le Nouvel Observateur ont parlé de la muse de Marcel, je crois qu'il faudrait plutôt dire son initiatrice à la "religion" d'Émilie.


Regard est une aventure plus que sympathique que l'on doit à l'artiste
Chaque plaquette est tirée à 2500 exemplaires approximativement.
On s'y abonne pour 18 euros les 6 N° à l'ordre de

Regard-Marie Morel
01260 Le Petit Abergement.


Autant j'avais trouvé assez plates les réponses de Michel Onfray, autant celles de Marcel Conche m'ont paru aller à l'essentiel, pas du tout dans le goût du jour (le mauvais goût).

Celles d'Émilie Morel me semblent en partie stéréotypées, je veux dire que lorsqu'on lit ses lettres dans le Journal étrange ou Confessions d'un philosophe on a affaire à une écriture et à une pensée, la brièveté des réponses semble limiter la profondeur de sa pensée. Je préfère donc ses lettres à ce qu'elle dit dans ce Regard.
Quant à Marcel, il me semble avoir "compris" Émilie, sa "religion" et je suis sûr qu'il avancera encore en compréhension puisque avec Émilie, une manifestation concrète et complexe d'harmonie avec le Tout est incarnée. Ce pourrait être le cas de bien d'autres à condition d'avoir l'héroïsme du coeur, d'être dans la Bonté.


Exemples:
Avez-vous assez de temps ?
Non, jamais assez dit Michel Onfray,
Oui, toujours plus qu'il ne m'en faut dit Marcel Conche,
Jamais répond Émilie Borel.
Qu'est-ce qui vous rend heureux ?
Mille petites choses dans une journée. Michel Onfray
Les traités de paix. Marcel Conche
La poésie de la vie. Émilie Borel.
Que préférez-vous chez les autres ?
la rectitude répond Michel Onfray,
la bonté répond Marcel Conche,
la justice répond Émilie Borel.

Jean-Claude Grosse

Je signale aussi la parution dans le N° de juillet-août de Philosophie Magazine d'un entretien de Brigitte Bardot, commenté par Marcel Conche. C'est réjouissant car à son pessimisme pensé évoquant Cioran et son inconvénient d'être né, Brigitte Bardot répond en contre-point par son amour des animaux et de la nature, en quoi elle est sur la ligne de la Bonté du Tout, plus essentielle que l'unité des contraires: amour-haine, paix-guerre... caractéeristique des mondes humains. À corriger par cette constatation fondamentale que si l'humanité avait choisi la loi du plus fort, elle n'existerait déjà plus; c'est bien la considération du faible, de l'enfant qui a permis à l'humanité se persévérer.
Jean-Claude Grosse, le 4 juillet 2009


Marcel Conche sur le départ



Mon ami Marcel Conche quitte dans 3 jours le village où j'allais lui rendre visite pour une autre région où j'irai aussi lui rendre visite. La prochaine avec Edgard Gunzig, cosmologiste ami, pour une discussion filmée entre un philosophe du Tout et un chercheur de l'origine de l'univers. Ce devrait être une de ces rencontres dont on verra les images tant que nous durerons.
À 86 ans, ce changement de vie, de pays, de visages, de paysages, révèle l'ouverture d'esprit et de coeur de cet homme qu'on ne peut réduire à la seule dénomination de "philosophe" même s'il en est un, éminent, convaincant.
Il s'offre un avenir, un destin. Il s'offre à un à venir, à des hasards de rencontres nouvelles.
Ce qui garde jeune de coeur.
Je lui souhaite de longs matins devant la mer.

Elle est retrouvée
quoi ?
L'éternité !
C'est la mer mêlée au soleil
(ou)
C'est la mer allée avec le soleil
Arthur Rimbaud


Poème manuscrit de JCG

Je suis heureux d'avoir publié sa conférence de Toulouse du 27 janvier 2008, parue le 1° juillet, juste pour son départ:
Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : JC Grosse - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Vendredi 3 juillet 2009
Un très fort moment en souvenir de Pina Bausch partie ce 30 juin 2009.
Avec "son" danseur, Dominique Mercy dans Café Müller, création de 1978.
La chaîne de rphilippart est à explorer.
Beaucoup de vidéos sur Pina Bausch.



Pina Bausch Kontakthof création de 1978

Contrairement à ses contemporains, Pina Bausch travaille non pas par rapport à des formes à reproduire, des pas bien définis, mais par rapport à l'anatomie du corps de chacun, aux possibilités qui sont données ou non aux corps. Elle interroge ses danseurs pendant tout le processus de création et creuse la vie de chacun, leur passé, pour les faire danser. Elle dénonce les codes de la séduction, la solitude dans le couple et travaille sur la communication dans les rapports hommes-femmes.
C'est une vision très pessimiste qui s'exprime par des petits gestes anodins répétés sans cesse jusqu'à devenir insupportables, ou par l'accumulation des danseurs sur scène. Souvent, dans ses spectacles, une femme reste impassible et engage une rupture ou une transition vers une autre scène. Les « rondes à la Pina Baush » désignent ces petits gestes repris par les hommes ou les femmes ou les deux, une sorte de signature, même si elle les utilise moins en fin de carrière. Une autre marque est la fluidité qu'elle développe sur le haut du corps, induisant de grands mouvement de bras, la souplesse du buste. C'est un des exemples de langage ou de style par lesquels les chorégraphes ou les danseurs ont fait exister une autre danse.
Ses spectacles mêlent la parole et le jeu d'acteur à la danse, c'est pourquoi Pina Baush a été très appréciée des gens de théâtre, peut-être avant ceux de la danse. On a parlé d'opéra, de ballet, puis vers 1975-1976, de Tanztheater (théâtre de danse) pour qualifier son travail. Dans Café Müller, elle a travaillé sur son passé de jeune fille dans le café de ses parents en Allemagne. La fluidité du haut du corps balloté entre en collision avec des changements de tonus. La danseuse reste imperturbable par rapport à ce qui se passe autour d'elle, elle suit sa ligne tracée. Les personnages se croisent, nos souvenirs personnels interfèrent et de la scène se dégage l'émotion intense de la solitude. (source wikipédia)



Par grossel - Publié dans : pour toujours - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Vendredi 3 juillet 2009
"Tout le monde peut faire du théâtre, même les acteurs. On peut faire du théâtre partout, même dans les théâtres!"

"Nous devons, très cordialement, rappeler à nos présidents que la politique n’est pas l’art de faire ce qu’il est possible de faire, mais l’art de rendre possible ce qu’il est nécessaire de faire !"


"Marcher n’est pas facile ! Les sociétés bougent par le rapport de forces et non par le bon sens et la justice. Nous devons avancer et, à chaque pas, avancer plus dans la tentative d’humaniser l’humanité. Il n’existe pas de port sûr dans ce monde, parce que tous les ports sont en haute mer et notre navire a un gouvernail, mais pas d’ancres. Il faut naviguer, et plus encore il faut vivre, parce que naviguer, c’est vivre, vivre, c’est naviguer !" A.B


Jean-Gabriel Carasso / Augusto Boal Brésil 1980

Augusto Boal, humaniste, militant, homme de théâtre, est mort le 2 mai à Rio-de-Janeiro. D’autres diront le parcours exceptionnel de cet ingénieur chimiste devenu homme de théâtre, praticien et théoricien du «Théâtre de l’Opprimé» au Brésil avant d’envahir le monde. On racontera l’influence du Théâtre Arena dans les années 60, avant que la dictature brésilienne et la torture ne le poussent à l’exil en Argentine, puis en Europe, avant son retour à Rio dans les années 80. On analysera l'importance majeure de son "système" (pensée et pratique) théâtral, élément singulier du théâtre de ce dernier demi-siècle, dans sa dimension citoyenne et politique...
Mais à cet instant d’émotion, c’est un témoignage personnel qu’il me faut livrer, en guise d’hommage et d’adieu. J’ai rencontré Augusto Boal au début des années 70 à Paris, lors de la présentation de son livre «Théâtre de l’Opprimé», aujourd’hui traduit dans le monde entier, et de sa décision de former en France un groupe de recherche sur ce que nous nommions alors les «techniques actives d’expression». De 1978 à 1985, avec quelques amis, nous avons fondé à ses côtés à Paris le «groupe Boal, Théâtre de l’Opprimé», réalisé en France de très nombreux stages de formation, des rencontres, des spectacles, mené plusieurs voyages à travers le monde, expérimenté les formes les plus diverses de «théâtre forum», du «théâtre image», du «théâtre invisible»… Dans des salles de classe, des églises désaffectées, des réunions militantes et jusqu’au Théâtre du Soleil, nous avons inventé, expérimenté, osé avec lui des aventures inouïes, aux limites du «théâtre», invitant le spectateur à devenir acteur, brisant le mur traditionnel de la scène et de la salle, mettant en place les cadres d’une parole libérée…
Je me souviens du premier Congrès du Syndicat de la magistrature et de ce «théâtre forum» qui modifia l’élection du Bureau ; je me souviens de ces travailleurs maliens jouant dans une cave de Mantes-la-Jolie ; je me souviens des premiers «spectacles-forums» à la Villette et de notre débat avec Bernard Dort sur les mérites comparés de Boal et de Bertolt Brecht ; je me souviens du «Fools Festival» au Danemark et de ce spectacle en gromelots ; je me souviens de l’accueil par Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, des premières rencontres internationales du théâtre de l’opprimé ; je me souviens du «théâtre-image» dans le métro parisien ; je me souviens du stage surréaliste avec les jeunes comédiens à Hammamet en Tunisie ; je me souviens des voyages en Suisse, au Québec, à l’Ile de la Réunion… ; je me souviens de la tournée au Brésil, du retour de Boal au pays après ses années d’exil avec des comédiens français, de ces séances extraordinaires à Rio, à Sao Paolo, à Recife (et de l’appel de Don Helder Camara pour que les gens viennent assister au spectacle dans l’église !) ; je me souviens de l'émotion considérable des "spectacteurs" de Montréal, de l'Ile de la Réunion, de la Chaux de Fonds... ; je me souviens du premier festival francophone de théâtre forum - Francoforum - que nous avions organisé à Ouagadougou, quelques mois à peine après la chute du mur de Berlin, et de sa découverte de la réalité africaine...
Nous avions rêvé alors d’un développement massif de ces pratiques à travers le monde, d’un mouvement théâtral international qui reprendrait, sans que cela ne devienne un dogme, les idées et les propositions de  cette utilisation du théâtre comme outil d’expression, de dialogue et de lutte contre toutes les formes d’oppression. Trente années plus tard, nous y sommes ! Aux quatre coins du monde, sur des territoires et dans des contextes très différents, dans des perspectives d’éducation, de travail social, de travail thérapeutique, d’action politique… le «théâtre de l’opprimé» est désormais utilisé, revendiqué, réinventé par d’innombrables groupes et individus. Je pense à mes amis français d’Entrée de jeu, à mes camarades africains de l’Atelier théâtre Burkinabé de Ouagadougou, je pense à ceux du Québec, aux Belges, aux milliers d'Indiens… et à tous les autres qui travaillent à travers le monde en référence à ces principes.
Pour Augusto Boal, la vie fut un combat sans cesse recommencé, sans cesse enrichi d'innovations et de pistes nouvelles à explorer. Profondément marqué par l'oppression subie à l'époque de la dictature brésilienne, toujours fidèle à ses camarades morts dans les combats de la résistance - il en pleurait encore devant moi il y a quelques semaines, évoquant un ami argentin- il n'a cessé de parcourir le monde, pour former, informer, s'informer, initier et soutenir les luttes contre toutes les oppressions. Par son apport, à la fois pratique et théorique, poétique autant que politique, résolument humaniste et militant, Augusto Boal aura su mobiliser d’innombrables énergies, au service de la libération des hommes (et des femmes).
Il restera comme l'une des figures internationales marquantes du théâtre de notre époque, mais plus largement du combat pour l'humanité du monde. Il avait été proposé l'année dernière pour un prix Nobel. Il venait d'être nommé "Ambasadeur mondial du théâtre" pour l'Amérique latine par l'Institut international du théâtre de l'Unesco et avait rédigé, il y a quelques semaines, le message de l'UNESCO pour la journée mondiale du théâtre qu'il avait lu, lui-même, à Paris. Ce fut donc son dernier voyage. Et notre dernière rencontre, amicale, chaleureuse, émouvante.Il aura changé la vie de nombre d’entre nous. Il aura changé ma vie ! Merci et fraternité !


Augusto Boal. UNESCO Paris Mars 2009

Quelques références :
« Texte pour la journée mondiale du théâtre 2009 »
« Discours d’Augusto Boal au Forum social mondial 2009 »
« Site officiel du Théâtre de l’Opprimé »



Par grossel - Publié dans : pour toujours - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Jeudi 2 juillet 2009

Quel avenir pour la Romaine ?,
par Jean-Marie G. Le Clézio

LE MONDE | 01.07.09 | 13h14  •  Mis à jour le 01.07.09 | 19h16

Regardez bien la photo qui accompagne cette tribune, car dans quelque temps, elle ne sera peut-être plus qu'un souvenir.
La rivière Romaine est un de ces lieux merveilleux qui ont survécu sur notre planète très maltraitée par la civilisation industrielle. C'est un fleuve long de près de 500 kilomètres qui unit les régions arctiques du Québec à la côte atlantique, au-dessus de l'estuaire du Saint-Laurent. Né dans les forêts du Grand Nord, il traverse tous les systèmes naturels et alimente un vaste bassin fait de lacs, de rivières et de rapides.


Depuis toujours ce fleuve est le domaine où nomadisent les Innus, tribu indienne connue au Québec sous le sobriquet de Montagnais. Les Innus vivent en harmonie avec la rivière Romaine, elle est leur mère nourricière (le nom Romaine dérive de la langue innue, uramen qui signifie rouge, à cause de la couleur des roches). Pour eux, elle est une rivière sacrée, parce qu'elle est liée à leur histoire depuis des millénaires, et parce qu'elle est leur pourvoyeuse en gibier, en poissons, et aussi en plantes médicinales et en baies pour la collecte.

La compagnie Hydro-Québec est une multinationale caractéristique du grand capitalisme, avec des intérêts à la fois au Québec et aux Etats-Unis. Son projet consiste, à partir de 2009, dans la construction de quatre barrages en vue de la production d'électricité qui sera vendue directement aux Etats-Unis, grand consommateur d'énergie (fossile ou naturelle). Ces barrages géants (certains devront atteindre 200 mètres de haut) anéantiront la plus grande partie de la rivière et du bassin qui en dépend. La forêt disparaîtra, ainsi que toute vie, et le résultat sera pendant longtemps la décomposition végétale et l'asphyxie de l'écosystème. La nation innue sera privée d'un seul coup de son lieu de vie.

Certes, des dédommagements sont prévus. Avec cet art de la division qui caractérise la conquête des espaces naturels, Hydro-Québec a réussi à convaincre une partie de la tribu innue de recevoir des indemnités. L'on peut comprendre que, devant l'ampleur du projet et les intérêts économiques colossaux qui sont en jeu, certains puissent renoncer à se battre. Que vaut la parole d'un autochtone contre la puissance d'une multinationale ?

Une femme innue n'a pas renoncé. La poétesse Rita Mestokosho, de la communauté de Mingan, a décidé de livrer combat pour sauver la Romaine. Pour la rivière, comme pour sa grand-mère, elle écrit des poèmes, elle récite des discours, elle raconte ce que cela représente pour la survie et l'enchantement des générations futures. Elle ne parle pas seulement des hommes, elle parle aussi des animaux et des plantes, de tout ce qui compose la vie dans ce monde qui est le sien, auquel elle doit tout, et que son peuple a toujours refusé de posséder pour pouvoir le partager. Avec l'aide des associations et des groupes de protection des minorités - tels que Survival International -, elle cherche à faire arrêter le monstrueux projet de Hydro-Québec.

Elle parle de la fragilité de cette rivière, du désastre écologique que représenterait l'inondation de la vallée, des routes qui sabreront la forêt autour du chantier. Elle parle de la fragilité de son peuple, que le projet condamne à mort. Pour ceux que ces arguments n'émeuvent pas, elle a décidé d'avoir recours à l'argument juridique. La nation innue, contrairement à la plupart des autochtones canadiens, n'a jamais signé de traité de paix avec l'Etat du Québec. Le mode de vie ancestral des Innus les rend usufruitiers de la forêt et du bassin de la Romaine, et ils ne sauraient être réduits à une réserve, ni à quelques villages. Rita Mestokosho est prête à aller jusqu'au procès contre Hydro-Québec.

Si ce procès a lieu, il fera date dans l'histoire, parce qu'il ne sera pas seulement le procès de la nation Innue contre une entreprise multinationale. Il sera aussi l'appel au secours de tous ceux qui, à travers le monde, minoritaires sur leurs propres terres, demandent qu'on entende leur voix et qu'on leur rende justice. Ils sont faibles, mais leur voix est forte. Si, malgré l'évidence des erreurs de choix du monde technocratique moderne, la rivière Romaine venait à disparaître, nous aurions tous perdu quelque chose dans cette bataille, et nous serions en droit de nous interroger avec amertume sur le futur qui se prépare pour notre descendance.

Dimanche 21 juin, j'apprends de Rita que le procès n'aura pas lieu. La nation innue, sous la pression des avocats de Hydro-Québec, a décidé de se rallier au projet. Leur accord comprend une clause définitive par laquelle ils doivent renoncer à toute possibilité ultérieure de porter plainte. On peut comprendre l'argument décisif : tout simplement, cela se fera avec eux, ou sans eux. Il est facile, dans une situation de confort moral, de critiquer cette décision. L'on fait miroiter la promesse d'une amélioration économique, d'emplois pour la jeunesse.

La destruction de la rivière Romaine reste néanmoins un drame irréversible dont personne ne peut mesurer les conséquences. Cela me rappelle ce qui se passait aux Etats-Unis il y a vingt ans, alors que les populations indiennes n'avaient pas encore inventé le recours aux casinos pour survivre. Les Apaches de Ruidoso (Nouveau- Mexique) avaient accepté d'offrir leur réserve pour l'enterrement des déchets radioactifs provenant des centrales nucléaires. Pour répondre à la demande grandissante d'énergie des régions les plus avides de notre planète, l'on sacrifie l'existence, l'avenir, la beauté du précieux héritage commun. Restera la mémoire, la voix de Rita Mestokosho, légère et durable avec Nipin :

"Ce mot est une saison
C'est aussi le son que font les saumons
(dans le rêve du pêcheur
Pourtant il nage avec force
avec son dernier souffle
Pour laisser échapper tout ce qui reste
(de son dernier voyage
Viendront aussi les petits fruits
que mon grand-père l'ours attend
au détour d'une rivière
et lorsqu'il se nourrit de l'été
sa graisse dégage toute la valeur
(de la vie.
Moi je puise l'eau qui nettoiera
(mon âme
et les pierres mes grands-pères
guideront mon coeur"
 
Jean-Marie G. Le Clézio est écrivain, Prix Nobel de littérature 2009.

Sur le Web, pour soutien, pour information :
- nikitamistuk75@hotmail.com ;
- http://allianceromaine2.wordpress.com.


Par grossel - Publié dans : agoras
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