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Blog de Jean-Claude Grosse

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Le livre des cendres d'Emmanuelle

11 Mai 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #poésie, #pour toujours

couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle
couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle

couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle

Est paru le 7 mai 2017, au soir d'une présidentielle ordinaire à la française, cuisine électorale soignée avec plats mijotés longtemps à l'avance, petits plats dans les grands,  Livre des cendres d'Emmanuelle, édition courante aux Cahiers de l'Égaré, édition de tête chez Le Sélénite.

Note de l'éditeur de l'édition courante

En 2007, peu avant sa mort l’année suivante, Louis-Jacques Rollet-Andriane m'a confié ce Livre des cendres d’Emmanuelle. Il m'avait appris par deux lettres, deux ans après, en 2005 donc, la disparition d'Emmanuelle et je venais lui rendre visite chez lui, pour la première fois à Chantelouve d’Emmanuelle, la maison du Var qu’il habitait avec sa femme, Marayat, depuis le milieu des années 70. 

Il y eut une deuxième visite. La troisième, décalée pour cause de neige, n'eut pas lieu. Quand je repris contact en avril 2008, Louis-Jacques Rollet-Andriane venait de disparaître à son tour. Pendant mes deux visites, je pus filmer Chantelouve et en particulier le faux livre contenant les cendres d'Emmanuelle, au milieu d'autres livres de l'une des bibliothèques.

J'ai édité les derniers textes d’Emmanuelle Arsan : Le sexe et la fronde, Pourquoi la jalousie est une boucle étrange, Lesbos Alpha, Lesbos Omega, Pour qu'il puisse y avoir une dernière parole, Liberté charmée et l'irremplaçable Bonheur. J'ai entretenu avec elle une longue correspondance, du 19 mars 1988 au 31 mars 2005, partiellement publiée dans Bonheur et Bonheur 2. Nous ne nous sommes jamais rencontrés et sans doute est-ce la raison de cette correspondance heureuse selon sa propre formule, « sans rien entre nous qui pèse ou qui pose »

J'ai envoyé le tapuscrit de Louis-Jacques Rollet-Andriane à Pierre Pascual, jeune éditeur et passionné par toute Emmanuelle, en juin 2016. Nous avons décidé d’en sortir une édition conjointe en hommage à Emmanuelle Arsan, à Louis-Jacques et Marayat qui aimaient que les amours, les corps (et certainement les livres) soient libres, multiples. 

Une histoire commencée avec la publication en 1959 sans nom d'auteur et sans nom d'éditeur, du roman Emmanuelle, trouve une forme d'achèvement avec la publication sans nom d'auteur et sans nom d'éditeur du Livre des cendres d'Emmanuelle, en 2017, dix ans après que son auteur me l'ait confié. Mais il va de soi que pour Pierre Pascual comme pour moi-même, l'oeuvre plurielle d'Emmanuelle Arsan continue et continuera à « faire l'amour ».

 

Jean-Claude Grosse

 

Avant-propos de l'édition de tête

 

En 2007, peu avant sa mort l’année suivante, Louis-Jacques Rollet-Andriane a confié ce Livre des cendres d’Emmanuelle à l’éditeur ami Jean-Claude Grosse qui venait lui rendre visite chez lui, à Chantelouve d’Emmanuelle, la maison du Var qu’il habitait avec sa femme, Marayat, depuis le milieu des années 70.

Jean-Claude Grosse, qui a édité les derniers textes d’Emmanuelle Arsan et entretenu avec elle une longue correspondance, m’a envoyé ce tapuscrit en juin 2016 ; nous avons décidé d’en sortir une édition conjointe en hommage à Emmanuelle Arsan, à Louis-Jacques et Marayat qui aimaient que les amours, les corps (et certainement les livres) soient libres, multiples. 

Le Livre des cendres d’Emmanuelle est un vibrant hommage à Marayat qui, pendant plus de quarante ans, a illuminé la vie de Louis-Jacques, façonnant avec lui l’enfant de leur vie : Emmanuelle

À sa mort, Louis-Jacques conservera les cendres de Marayat dans un livre. C’est ce livre « que personne n’a écrit, que nul ne lira » que Louis-Jacques décide de transformer en poèmes vivants, pour que sa femme, celle qui fut tout autant que lui « Emmanuelle », vive encore. 

Ce recueil vient clore une aventure commencée en 1959 avec la publication du premier tome anonyme de celle qui portait ce prénom qui aura traversé les décennies.

Après EmmanuelleEmmanuelle à Rome, Les enfants d’EmmanuelleLes soleils d’Emmanuelle, le Livre des cendres d’Emmanuelle vient achever en poèmes l’histoire d’une vie ; une vie pleinement et multiplement vécue par celles qui portaient tous les visages, investissaient tous les corps : Louis-Jacques et Marayat.

Lorsqu’il y a quelques années j’ai commencé à écrire moi aussi une Emmanuelle, j’avais décidé d’adopter pour parler du couple mythique que formaient L.J. et Marayat, le féminin pluriel. J’ai découvert dans ces poèmes que Marayat utilisait elle-même ce féminin pluriel pour parler d’ « elles ».

Le futur sera féminin pluriel. 

J’ai tenté de respecter tant que faire se pouvait la forme du tapuscrit original qui ne comportait pas de nom d’auteur en choisissant de n’en faire figurer aucun sur la couverture.

Le respect de cet anonymat et de tous les jeux/je qui en découlent rendra je l’espère hommage à celui qui s’écrivit pendant des décennies au travers de son Emmanuelle rêvée, et qu’une fois son incarnation terrestre disparue il ne pouvait plus investir. 

Après maintes réflexions, j’ai décidé de faire coexister pour la première fois, sur la page de grand titre, le nom de Louis-Jacques avec celui d’Emmanuelle, non loin du visage esquissé de Marayat. 

Trio enfin réuni.

Pour Louis-Jacques et Marayat, le chiffre trois était le chiffre de l’amour, rien ne pouvait naître du couple fermé sur lui-même ; Emmanuelle était cet(te) autre attendu(e) invoqué(e) espéré(e), cet(te) autre qui était possiblement eux-mêmes, « elles-mêmes », simultanément ou à tour de rôle. 

Je ne reviendrai pas pendant des pages et des pages sur l’identité d’Emmanuelle Arsan, je me suis expliqué sur ce choix dans la préface de La Philosophie Nue il y a quelques mois. Louis-Jacques aura le dernier mot ; Marayat, la dernière image, déjà floue, presque éteinte ; la Siamoise nue s’efface pour n’être plus que toutes les femmes, Emmanuelle, rien de moins. 

Que l’auteur ait remis ces poèmes en personne à celui qui serait susceptible de les éditer prouve qu’il acceptait enfin que son nom soit accolé à une « œuvre emmanuelle » (même si tristement amputée de sa moitié), et qu’il espérait que cette œuvre soit partagée. 

C’est aujourd’hui chose faite, dix ans après, dans cet écrin couleur de cendres.

 

 

Pierre Pascual 

 

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Les 3 jours Tutor du Revest

1 Mai 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #Le Revest-les-Eaux, #voyages, #ateliers d'artistes, #les 4 saisons d'ailleurs, #cahiers de l'égaré, #jean-claude grosse

oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017

oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017

29-30 avril-1° mai, Tutor au Revest

2° saison

J'avais raté la 1° saison, je n'allais pas rater la 2° saison.

Une association revestoise, avec apparemment beaucoup de connexions, de relations, des soutiens divers, dont la municipalité présente à différents endroits par son maire, l'adjointe à la culture, a organisé ce long week-end du 1° mai, un parcours artistique vivant, des rencontres artistiques informelles (expo, photo, vidéo, peinture, sculpture, musique et ovni artistiques) dans le village. 43 artistes visibles dans 12 lieux, 4 maisons du village, église, Cercle revestois, tour du Revest, Maison des Comoni.

J'ai déambulé en 3 temps, dimanche matin de 10 H 15 à 12 H 45, dimanche après-midi de 15 H 15 à 19 H 15, lundi du 1° mai de 10 H 45 à 12 H 45. Plus de 8 H pour voir, entendre, sentir, vivre, échanger, discuter, offrir une quinzaine de livres à des artistes (Donjon Soleil sur les 10 ans des 4 Saisons du Revest, De l'impasse à la traverse sur les 20 ans, Disparition sur le peintre disparu Michel Bories).
1° point de déambulation, l'église où une œuvre vivante constituée de papillons attend que nous en libérions un, moment unique de libération d'un papillon unique, celui que nous choisissons de libérer, moment de prise de conscience de l'effet papillon parce que papillon après papillon, l'oeuvre change, se vide, laissant apparaître une œuvre vivante (tu assistes au plus à 3 métamorphoses infimes de l'oeuvre qui comporte 532 papillons), mais aussi quand tous les papillons seront libérés, une autre œuvre ; à chaque papillon libéré, l'oeuvre change et ouvre par fragments sur l'oeuvre d'en-dessous dont j'ai deviné au 2° jour qu'elle est constituée de lettres, pour des mots sans doute. J'ai choisi, j'ai été choisi par le papillon N° 33 sur les 532, le papillon libéré était celui du Christ libéré. Je l'ai dédié à … Très belle expérience vécue en écoutant l'artiste Christine Pereira dont les propos sont éminemment philosophiques (de tradition extrême-orientale mais à valeur universelle). Titre de l'oeuvre: C'était, ce fut, ce n'est plus. Je rajouterais: ce sera pour toujours car si le présent passe, never more, le passé ne s'efface pas, il sera toujours vrai que je t'ai dit Je t'aime le 14 février 1967 et ainsi pour tout ce que nous produisons d'immatériel (paroles, émotions, sentiments, pensées...) du premier cri au dernier souffle, c'est notre livre d'éternité, unique, infalsifiable, non écrit à l'avance, non destiné à un quelconque jugement dernier. Mon prochain thème d'écriture: où va ce livre d'éternité au fur et à mesure que nous l'écrivons; cette mémoire inaltérable, cette vérité éternelle, métaphoriquement parlant, est-elle "semblable" à l'ADN, mémoire de 3,5 millions d'années d'évolution, agissante en permanence à travers l'ARN ?

2° point : l'attente avec Caro Coss ; sur un châssis de 5X5 cm, j'ai écrit « mon » texte sur l'attente : attendre, suspens du temps, du trop plein, présence du vide créateur. Quand j'attends, salle d'attente, file d'attente, bouchon, quai de gare, queue de petite surface, queue à un meeting politique, à un concert, j'ai l'habitude de fermer les yeux, de rester immobile ou debout, de respirer lentement, laissant pénétrer ce qui est produit par les autres, sonnerie de portable, discussion au téléphone ou à voix bien audible, pets sonores, sans porter de jugement genre quel con, quelle conne; ce vide récepteur qui évacue le stress de l'attente peut devenir créateur parce que soudain, une pépite surgit au milieu des banalités, un jugement sur le comportement sexuel du partenaire (jamais entendu d'homme parler comme ça), une épreuve vécue avec intensité. Bref, je n'aime pas attendre mais quand cela m'arrive, j'en fais un usage mien.

3° étape : la « paper doll », on pouvait l'habiller avec des post-it ; j'ai écrit ceci sur un post-it : je t'habille, tu te déshabilles quand tu veux. Ça semble coquin, une invitation. J'y ai mis beaucoup de respect: la décision t'appartient. Je ne te demande rien. J'ai offert à l'artiste, Agnès Albérola, Bonheur 2, ma correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan.

4° point : contemplation par deux fois, seul, de « Contemplation », une œuvre visuelle modifiée par un éclairage coloré changeant avec accompagnement de battements d'un cœur, on va d'un rouge léger à un vert suivi d'un bleu pour finir sur du rouge et ça recommence, un cycle à partir d'un panneau vertical éclairé pouvant évoquer une artère aux deux sens du terme, l'interne, l'externe : tout est circulation, tout est circulaire. Ayant vécu un accident cardiaque que j'ai traité avec "négligence" ou à propos, juste respirer calmement, aspirine pendant 6 jours, et visite chez le cardio, 6 jours après d'où urgences et stents, cette contemplation m'a permis de m'adresser à monsieur coeur, de le saluer, de lui dire toute la confiance que j'ai en lui. Aurélie Magnoni, artiste, signe cette proposition.

Avec Alexandre de l'Atelier du parfum, c'est à un voyage, yeux fermés, que je suis invité, description de l'endroit, une île paradisiaque avec ses cocotiers et ses senteurs. On peut sur rendez-vous, sur entretien et essais, obtenir le parfum qui nous signe, par celui qui s'ajoute, un plus acheté dans une boutique, un artifice, mais celui qui émane de notre corps. Un seul atelier de ce genre en France, à Toulon ; presque un magicien, Alexandre, très séduisant avec son costume noir, son castelet noir, sa cravate rouge.

Dans la cave de cette maison de village, un concert avec deux instrumentistes et une vidéo de vie quotidienne et de fêtes en Afrique, très doux. Mais descente et remontée de l'escalier de bois à allure très lente pour bien assurer chaque pas sur chaque petite marche.

À la tour, peintures numériques, enluminures et musique créée pour les deux artistes. J'ai demandé le morceau pour l'alphabet des vanités : 26 lettres et Le livre des vanités. J'ai lu le texte accompagnant quelques unes des lettres. Un trou dans l'alphabet, rien pour la lettre Y. J'ai déclaré : c'est ma vanité. Je vais tenter d'écrire un texte pour la lettre Y. Bertrand Dhermy signe cette illumination au sens rimbaldien d'enluminures, painted-plates qui hélas n'est pas le sens donné à l'oeuvre de Rimbaud.

Chez l'ami Robert, le Bob des piliers du bar du château, expo de peintures, deux artistes ; j'ai apprécié le travail de France Gaillet. Il veut proposer d'accueillir pour la Saison 3, des œuvres de Michel Bories. L'espace est bien, permettant d'accueillir une dizaine de pièces dont Le Maire des USA, œuvre de 1995, proposée à Barak Obama pour la Maison Blanche durant le temps de ses deux mandats. La proposition n'a rencontré aucun écho.

À la maison des Comoni, j'ai été sensible au travail des réalisateurs de courts-métrages : Kino Porquerolles et Barbak Gougoutte. Le film Respire, réalisé par Barbak et Gougoutte du Revest a été récemment primé. Univers surprenant, un loueur d'appartement donnant les clefs à deux impressionnants loulous mutiques, saisi d'une subite douleur poitrinaire, se retrouve entre les mains d'un des loulou qui l'invite et l'incite à respirer, profondément ; inspir, respir, deviennent intensément présents, respir profond qui le libère de sa douleur et le libère tout court ou tout long, mélange de corps, de ventres énormes, hors-normes, images nous réconciliant avec le hors-norme car les normes sont dans les têtes, arbitraires. Du premier cri au dernier souffle, la vie est respir. Le savez-vous, en écrivant ce passage, je respire, j'expire des millions d'atomes, j'inspire un atome expiré par César au moment de son assassinat. Je ne me vois plus pareil depuis que je sais ça. Je trie mes atomes et molécules pour ne pas polluer les autres, loin, très loin, l'effet papillon. Je suis très sensible à cela, c'est un de mes thèmes dans L'Île aux mouettes.
Apparemment, dans la salle d'exposition, il y a eu des lectures aléatoires. Les aléas de mes déambulations ne m'ont pas mené jusque-là.

Et last but not least, la salle des mariages avec Gregory, le Docteur Prout et ses machines.

Vue la machine diplomatique conçue pour voir un pouce sous tous les points de vue; machine essentielle en ces temps de campagne électorale mais comme j'ai dit au docteur, les points de vue même multiples ne permettent pas de dégager une vue d'ensemble ; deux argumentaires sont généralement d'égale force rationnelle, pour ou contre également justifiés donc la décision sera irrationnelle. Vue aussi la machine à instruction massive qui canarde à coups de fumées, l'ennemi; vue la machine électrostatique à ébouriffer les cheveux.
Le parcours artistique organisé par l'association Tutor, 43 artistes dans 12 lieux d'exposition, a fait venir dans les 1500 personnes en déambulatoire de santé :artères débouchées, coeur palpitant, oreilles décollées, yeux rivés, pensées d'éternité.
Une très belle initiative qui sera sans doute reproduite, l'an prochain. Mon souhait, être associé à cet événement avec peut-être un salon de lecture.

 

Un extrait non publié de L'Île aux mouettes sur le respir à partir de la confusion chez Hamlet entre dormir, mourir, rêver

Shakespeare - ma douce Ophélie, sors du noir ! entre dans la grande bleue ! dans le bleu du lac ! toi la magnifique aux cheveux rouges, voici les 24 roses rouges de notre mouette ! toi la magnifique en robe Mouette, voici les 24 roses blanches de la mouette ! va au profond de toi ! toi qui écoutes tant les autres et si peu toi ! écoute les mouettes criardes, les mouettes rieuses ! elles veulent te déchiqueter crue, vivante, toi, la mouette blessée ! fais la morte ! ma belle et pure Ophélie aux émanations d’amour ! elles détestent le silence !

(Ophélie entre dans sa 14° apnée ; une infirmière vient)

L’infirmière - dites-lui au revoir, elle est en train de partir

Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! Merci !

(Ophélie est en apnée depuis une heure)

Le médecin réanimateur - votre épouse est décédée depuis une heure ! nous avons prévenu la morgue ! ils viendront la récupérer dans une heure !

Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! merci !

Le narrateur - Depuis le démarrage de l’apnée, tous, après une lente inspiration, retiennent leur souffle, ferment les yeux, s’immobilisent. Ils tiennent plus ou moins longtemps. La poupée Kitty fait entendre sa musique. L’épousée soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une grande violence, replonge, reste quelques minutes, hoquet très violent, elle crache du sang noir et fumant, elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’époux. Là bas, à Baklany, au Baïkal, en synchronicité avec ce qui se passe ici, la chamane Koulbertichova sort de son rêve lucide. Elle vomit du sang noir et fumant. Elle bave, éructe. Elle est trempée par la transpiration. Les sœurs Gorenko, koutouroutsouks de la chamane, qui vivent à Baklany, sont en nage aussi, elles vocalisent kouarr kriièh kouêk, le cri de la mouette abattue dans La Mouette et tombée sur la plage, la même ou une autre.

Le père - tu nous reviens ?... elle nous revient !

Shakespeare - Ophélie, ma douce Ophélie, reviens-nous ! ta chaise t’attend ! tu sais que l'eau veut détruire ton cerveau. Tiens ! voici le crâne de César ! Que devient César une fois mort et changé en boue, poussière et eau ? il pourrait boucher un trou et arrêter le vent du dehors. Oh ! que cette argile, qui a tenu le monde en effroi, serve à calfeutrer un mur et à repousser la rafale d'hiver !

Ophélie, toi qui distilles le sublime amour, tu n’es pas encore destinée à l’eau et à la poussière ! à devenir boue bouche-trou !

Hamlet est fasciné par la mort ! Mourir … dormir, rien de plus ... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir … dormir, dormir ! peut-être rêver !

Ce ne sera pas ton dénouement, Ophélie ! Ta chaise t’attend ! Reprends ta place !

Le narrateur - L’épousée ouvre les yeux, sourit. Le brancardier de la morgue arrive, trop tard, trop tôt. Le personnel médical est sidéré. Le médecin réanimateur annule le PV du décès.

Ophélie - kouarr kriièh kouêk

(tous poussent un profond soupir de soulagement, vocalisent kouarr kriièh kouêk, tous embrassent la mouette, se pressent sur elle ! bienvenue ! à Baklany, la chamane Koulbertichova danse, les sœurs Gorenko vocalisent)

Shakespeare (hurlant pour l’obtenir) - … Silence ! (puis chuchotant) … Le reste … c’est silence …

Jean-Claude Grosse
 

le maire des USA, 1995, par Michel Bories
le maire des USA, 1995, par Michel Bories

le maire des USA, 1995, par Michel Bories

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Le 2° été du Léthé

10 Avril 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #écriture, #bocals agités

deux visions de Madeleine, Donatello,  Le Titien
deux visions de Madeleine, Donatello,  Le Titien

deux visions de Madeleine, Donatello, Le Titien

Pour préparer le 2° été du Léthé qui se déroulera le 1° juillet ou (et) le 2 juillet 2017 à Toulon au lieu dit La Coquette, je propose différents liens sur Madeleine, sainte controversée, disons plutôt composite parce que mélange de plusieurs personnages féminins des Écritures. Elle est aujourd'hui surtout affirmée comme apôtre des apôtres parce que première à avoir reconnu Jésus ressuscité et à avoir annoncé la nouvelle, après avoir entendu tomber l'injonction Noli me tangere, Ne me touche pas, qui mérite qu'on s'y attarde. On sait le pouvoir de cette formule sur peintres et littérateurs. Depuis 1969, l'Église tente de restaurer une image plus pure de Madeleine, ce n'est plus une pècheresse, une prostituée, une repentante. Mais les tenants d'une figure plus ambigüe sont légions. Combats entre exégètes. Pour moi, c'est la sexualité spiritualisée (comment ?) de Madeleine qui me semble la voie d'approche la plus féconde. Sa traversée avec d'autres migrants, légendaire sans doute, de la Méditerranée sur une barque sans voile, sans rame, sans gouvernail est on ne peut plus d'actualité et oblige à penser la vie en termes d'exil, de destin, de survie, transcendés par un amour infini. À cette traversée, il faut ajouter sa traversée au désert du Plan d'Aups où bonheur, les sources donnent de l'eau fraîche ce qui doit rendre plus faciles, le renoncement aux tentations que connaissent tous les ermites menant une vie érémitique ainsi que l'apaisement, l'étanchement des désirs d'amour extatique.

Les N° d'Aporie, revue de légende que j'ai animée avec François Carrassan, sur Le Désert (N°7 de 1987) et sur Égée-Judée de Lorand Gaspar (N°9 de 1988) seront mis en circulation pour l'occasion.

Ce 2° été du Léthé comportera, outre les écritures sur la base de consignes que j'élaborerai, une lecture à voix haute du monologue théâtral, L'Ultime scène, ode à la disparition de la scène de théâtre, de Moni Grego. Et elle se fera un plaisir de donner des conseils de lecture à voix haute quand sera venu le temps de la restitution publique.

Ce 2° été comme le 1° est strictement sur invitations nominatives. Les textes seront mis sur le site des Écritures nomades. Et je l'espère un film sera créé comme le film Essentia réalisé par Christian Darvey.

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Ultime scène à la Sainte Baume

9 Avril 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour
Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour

Marie Madeleine vue par Le Tintoret, Francisco Hayez, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour

De retour de la Sainte-Baume, avec Moni Grego qui connut le lieu dans les années 1970 quand y travaillèrent Grotowski, Peter Brook, Koltès, le Bread and Puppet, à l'instigation du frère Philippe Maillard, directeur du Centre international de la Sainte-Baume. En ces années d’après Mai 68, ce lieu de pèlerinage accueillit de nombreux jeunes et artistes en recherche. Philippe Maillard fit venir des conférenciers, bâtit une chapelle avec le peintre et sculpteur Thomas Gleb, organisa un festival de cinéma chrétien et des sessions de yoga. Pas de traces de cette période dans la mémoire des frères actuels. Quant à moi, c'est dans les années 75-80 que je fus invité à partager la notion d'action exemplaire par de jeunes étudiants chrétiens (la JEC); il en est résulté deux fascicules; c'était une tentative pour décliner au quotidien, la notion d'action exemplaire, héritée des "gauchistes" de 68: provocation, répression, généralisation; évidemment, on ne peut pas avec le temps, ne pas voir le "mépris" sous-jacent de la classe ouvrière qui a besoin d'être réveillée de son sommeil par des actions exemplaires; aujourd'hui, je crois aux actions genre colibris, faire sa part, dans l'humilité et le partage, dans la sobriété heureuse.

Montée vendredi 7 avril après-midi à la grotte par le chemin des Rois, 214 m de dénivelé en 2,5 Kms et 150 marches à l'arrivée puis montée à la chapelle du Pilon; 3 H 1/2 AR; coïncidences: je rencontre Tamara du cabaret russe du Toursky, une 1° fois à la grotte, une 2° fois au Pilon; rencontre à l'hostellerie avec une Allemande charismatique, Marie-Josée; 2 repas partagés; discussion passionnée au bar de La Terrasse avec Martine sur Madeleine, sainte controversée, disons plutôt composite parce que mélange de plusieurs personnages féminins des Écritures. Depuis 1969, l'Église tente de restaurer une image plus pure, ce n'est plus une pècheresse, une prostituée, une repentante; moi, c'est la sexualité spiritualisée de Madeleine qui me semble la voie d'approche la plus féconde, en plus de sa traversée, légendaire sans doute, de la Méditerranée sur une barque sans voile, sans rame, sans gouvernail; olé!; et en plus de sa traversée au désert du Plan d'Aups où bonheur, les sources donnent de l'eau fraîche ce qui doit rendre plus facile, le renoncement aux Tentations.
Je me suis procuré les actes d'un colloque organisé en 1988 par le Musée Pétrarque; évidemment, et c'est une coïncidence, j'ai raté ma rencontre avec la grotte, croyant la batterie de ma caméra déchargée, je n'ai donc pas filmé et je dois donc une nouvelle visite à la grotte pour mon chemin de la Consolation, le chemin que parcourent celles et ceux qui veulent que leurs enfants non-nés trouvent la paix.
Une grande envie d'y retourner régulièrement, en semaine.

Je me suis approprié les diverses salles, la bibliothèque, la boutique du pèlerin où deux titres m'ont fait frémir: Épouse-la et meurs pour elle (des hommes vrais pour des femmes sans peur), Marie-toi et sois soumise (Pratique extrême pour femmes ardentes), les extérieurs. Je ne peux dire encore les effets d'un tel environnement, propice au silence, à la contemplation, à la méditation et aux rencontres chaleureuses.

J'ai enregistré samedi 8 avril vers 11 H, Moni Grego lisant les dernières pages de L'Ultime Scène, le monologue théâtral d'une sentinelle, gardienne d'un théâtre en ruines, qui sera publié par Les Cahiers de l'Égaré pour fin juin.
J'ai choisi pour illustrer cet article quelques représentations de Madeleine par Le Tintoret, Jean-Jacques Henner, Georges de La Tour, Francisco Hayez.

Après cette ultime scène à la Sainte Baume, nouvelle lecture par Moni Grego et jeux d'écriture pour le 2° été du léthé dans un lieu toulonnais magique, théâtre en ruines, au riche passé; je compte y inviter quelques personnes; ça se passera fin juin, début juillet, peut-être sur deux jours.

Marie Madeleine et ses traversées (de la Méditerranée dans une barque sans voile, sans rame, sans gouvernail, au désert du Plan d'Aups où bonheur, il y a de l'eau fraîche) seront au coeur des consignes et conseils d'écriture que je me fais déjà un plaisir d'élaborer.
JCG

Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir
Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir
Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir
Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir
Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir
Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir

Madelein pieds-nus, Madeleine nue habillée par sa chevelure qui descend jusqu'aux pieds; deux titres dans la Boutique du Pèlerin m'ont fait frémir

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Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

3 Avril 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras

Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

Déjà deux réactualisations de cet événement, tragédie grecque dit Solange Marin, la grand-mère. Hier soir, 2 avril 2017, diffusion de l'émission Faites entrer l'accusé. Cette enquête minutieuse avec de nombreux témoignages est chargée en émotion, en interrogations et me laisse sur un profond malaise. La confrontation au Mal absolu comme dit l'avocat de la famille Marin et le plus terrible, l'absence de compassion, mot si mal entendu, comportement si rare. Je n'en ai point senti dans cette émission, 5 ans et demi après.

JCG

Réaction d'un auteur de théâtre: Oui je crois que le mal absolu existe.Oui la parole est là pour avancer dans le corps de la souffrance, et défaire les silences, ouvrir cette absence de mots qui crée des cryptes où sommeillent les gestes de destruction.Devant son geste le garçon dit “jouissance“. Questionné, il recommencera s'il a le "cran" de le faire. Il faudrait d'autres mots en face de ce désastre total de rapport au réel de l'autre. Il me semble qu'ils existent. Même si le mot "compassion" paraît bien faible devant la glaciation humaine du garçon. Moni

Il y a 5 ans, le 16 novembre 2011, éclatait l'affaire Agnès M., suite au viol et à l'assassinat barbare d'Agnès,  allant sur ses 14 ans, par un lycéen du Chambon sur Lignon, condamné comme mineur et malade mental à la perpétuité, (seul cas en France, c'est dire la violence des faits et l'impossibilité ou incapacité de comprendre un tel acte).

Je réactualise donc cet article qui présente le livre pluriel, Elle s'appelait Agnès, écrit par solidarité et en empathie avec la famille, les grands-parents en particulier qui ont suivi l'écriture du livre, avant de me demander de ne pas le publier de façon comminatoire. J'ai satisfait à l'injonction jusqu'à ce que justice passe, 2 procès, juin 2014, octobre 2015. J'ai décidé de publier le livre après la projection du film Parents à perpétuité où les parents de Matthieu s'expriment, plus de 4 ans après les faits. Au moment de l'écriture, nous avons "oublié" les parents de l'assassin, sauf un texte entre Père et fils, signé François Lapurge.

JCG

P.S.

Hasard ou pas, ce 16 novembre 2016, diffusion du film Truman Capote, réalisé par Bennet Miller, avec Philip Seymour Hoffman et Catherine Keener dans le rôle de Lee Harper, l'amie et auteur d'un seul livre, livre culte, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Le film retrace entre autre la genèse du roman-vérité De sang-froid, en lien avec l'assassinat le 14 novembre 1959 de 4 membres de la famille Clutter dans un village du Kansas, Holcomb, par deux jeunes marginaux Perry Smith et Richard Hickock, qui finirent pendus le 14 avril 1965, Truman Capote les ayant suivis en prison, ayant assisté à l'exécution, épreuve dont il ne se remettra pas.

D'où mon interrogation: avons-nous eu raison de choisir la fiction, ne pouvant écrire des récits documentés tant sur Agnès que sur Matthieu ?

J’ai l’impression qu’il y a 3 choix possibles par rapport à l'écriture sur le mal, le silence (motivations multiples), la fiction, le document-vérité ( Truman Capote, Charles Reznikov dans Testimony ou Holocauste);
la moins dangereuse pour soi est la fiction me semble-t-il,
c’est pourquoi je suis peu réceptif à tout un tas d’écrits y compris de théâtre où on se met à la place de, après s’être documenté sur ce que vivent les gens dont on veut parler
(je ne citerai pas de noms, pas d’oeuvres)

Réaction d'un auteur de théâtre, Caroline de Kergariou :

Cher Jean-Claude

Je lis avec surprise ta postface à ton article et ne suis pas du tout d'accord avec ton propos.
Je suis littéralement descendue aux enfers (des mois de dépression majeure, un état de zombie) quand j'ai écrit LA CAVE qui est pourtant une pure fiction.
Alors, la fiction ferait-elle courir moins de risques à l'auteur ?
Peut-être cela dépend-il des gens... Petit détail supplémentaire : je ne me suis pas documentée sur l'affaire avant d'écrire, seulement après.
J'avais juste le souvenir de deux gamines mortes de faim dans une cave.
Je me suis demandé ce que l'on pouvait éprouver dans une telle situation, c'est ce que j'ai cherché à imaginer.

Amicalement, Caroline, Paris, le 20 novembre 2016

L'article de wikipédia consacré à ce qui s'appelle L'affaire Agnès M. présente cette tragédie me semble-t-il avec précision ; je reste dubitatif cependant sur toutes les remarques concernant les"défaillances" et "dysfonctionnements", les "erreurs et fautes" d'expertise qui ont suivi le 1° viol et l'entrée au Cévenol; après coup, il est facile d'exhiber la dangerosité du "monstre" (le terme a été employé sans vergogne par la presse) et de se faire le chroniqueur d'une tragédie annoncée; le débat qui a suivi la projection du documentaire Parents à perpétuité est très instructif à cet égard; des erreurs peut-être, des fautes, c'est à prouver; la famille d'Agnès a demandé en avril 2015 au Conseil supérieur de la Magistrature d'examiner les décisions de la juge qui a instruit la 1° affaire de viol ; elle « a fait preuve de manquements dans l'exercice de son métier de juge d'instruction ». « Nous demandons au Conseil supérieur de la magistrature d'examiner ce dossier et de prononcer à son encontre une sanction disciplinaire », concluent-ils. À suivre donc.

Les parents de Matthieu, l'assassin d'Agnès, s'expriment, les soeurs aussi, dans le documentaire réalisé par Anne Gintzburger, Parents à perpétuité, même titre qu'un article du Monde magazine du 15 novembre 2014, documentaire diffusé sur LCP Public Sénat, samedi 7 février et dimanche 8 février 2016. C'est un documentaire d'une grande force émotive et réflexive. On y apprend que le lycée du Cévenol a définitivement fermé. 76 ans d'histoire et toute une histoire de Justes balayée par deux crimes qui font poser la question: monstre ou humain ? Les parents et les soeurs (17 et 11 ans) répondent par une attitude exemplaire d'amour parental et soral; Sophie la mère est particulièrement touchante, le père Dominique dit des choses fortes; j'ai beaucoup apprécié les propos de Margaux, l'aînée (quelle maturité) et de Zelie la dernière (son histoire de Matthieu blanc et de Matthieu noir est parlante et sans doute cathartique). Matthieu est le seul mineur condamné à la perpétuité en France. Déclaré malade au 2° procès, il a été recondamné sans circonstances atténuantes. À son propos, un psychiatre a évoqué un OVNI scientifique. Marcel Rufo qui suit les parents parle de psychose mais ce n'est pas le nom de sa maladie, de sa pathologie. Son indifférence affective par rapport à son crime est ce qui fait problème, pas de regrets, pas de remords, pas de demande de pardon. Rufo se demande: sera-t-il capable avec le temps de sortir de cet état ? Une psychanalyste de mes amies m'a évoqué une structure possible de pervers paranoïaque. On ne peut qu'éprouver de l'empathie pour ces parents à perpétuité, pour les soeurs de Matthieu Bien sûr on n'oublie pas Agnès ni la famille d'Agnès.

Suite à la diffusion de ce documentaire que j'ai regardé deux fois, Les Cahiers de l'Égaré ont fait imprimer 100 exemplaires du livre Elle s'appelait Agnès, écrit par un collectif d'auteurs de théâtre, de professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse (éducateur en prison, directeur de prison pour jeunes, psychologue), livre écrit par solidarité avec la famille d'Agnès. Ces auteurs ont participé pour un certain nombre d'entre eux à la marche blanche du 16 novembre 2012 à Paris, à la mémoire d'Agnès. Il y a plusieurs textes en lien avec le double violeur-tueur car dans une telle tragédie, on ne peut dissocier le bourreau et la victime. Cela fit problème lors d'une rencontre des auteurs à Paris, en novembre 2012, indépendamment de la présence à cette réunion des grands-parents d'Agnès. Le texte Essai d'abjection introspective fut violemment critiqué. Moi-même quand je l'avais reçu, j'avais dit: il est irrecevable. J'avais dit à l'auteur: Prolonge ton texte sur ce qu'il éprouve au moment de l'acte monstrueux par ce que dit le bourreau après dix ans de suivi et de prison. Dans le 2° texte, le bourreau n'a pas changé d'un pouce, quelques mots seulement ont changé. Nouvelle proposition à l'auteur: Écris alors du point de vue de la victime, sa prise de conscience après coup qu'elle a eu affaire non au prince charmant mais à la beauté et à la monstruosité du diable au corps.

Deux lettres recommandées me sommèrent en décembre 2012 de ne pas publier le livre dont on avait prévu la sortie après le procès de juin 2013.

J'ai respecté l'injonction qui m'a été faite alors que rien ne m'empêchait de sortir ce livre pluriel, sur le plan judiciaire et pénal. Aucun nom, aucun lieu, aucune date en lien avec les faits, que de la fiction.

Pour remercier les auteurs qui s'étaient investis dans ce travail d'empathie et de solidarité, j'ai édité seulement les exemplaires d'auteurs du livre Elle s'appelait Agnès, en février 2015 après les 2 procès (2° procès en octobre 2014). Le livre était prêt depuis novembre 2012. Je l'ai édité hors commerce, exemplaires réservés exclusivement aux auteurs, soit 20 exemplaires.

Aujourd'hui, je réimprime 100 exemplaires en tirage avec PVP, partiellement diffusé en librairie mais aussi en vente directe. Et un exemplaire au dépôt légal, ce que je n'avais pas fait en 2015. Je transmettrai un exemplaire du livre à la famille de Matthieu pour leur montrer qu'ils ne sont pas seuls, même si on n'est pas nombreux. Si on avait vu le documentaire Parents à perpétuité, si on avait lu l'interview du 15 novembre 2014 dans le Monde magazine, cela aurait sans doute modifié les écritures des 20 qui ont écrit Elle s'appelait Agnès. Le livre existe maintenant, sans bruit, nourri de la tragédie de deux familles.

Avons-nous eu raison de donner forme à un élan d'empathie qui a été unilatéral ?

Reçu ce message :

Merci Jean-Claude de nous avoir envoyé la video de ce document formidable. Le témoignage de ces parents, surtout celui du père est très touchant, il pose des questions essentielles. C'est enseignant pour nous tous. La justice est paradoxale en reconnaissant Mathieu malade et en le condamnant à perpétuité (un mineur), au lieu de l'orienter vers un service de psychiatrie. Cependant le père note que Mathieu est mieux enfermé dans sa cellule. Il existe en effet des êtres qui se sentent plus en sécurité enfermés car ils perçoivent qu'ils ne disposent pas de défenses psychiques pour contenir ce qui les submerge. Et d'autre part, payer en prison peut être pacifiant par rapport à la responsabilité de leur acte malgré l'absence de culpabilité. La psychose est évidente chez ce jeune, c'est ce que j'ai perçu depuis le début mais c'est étonnant, il n'y a que Rufo qui l'évoque. Bien amicalement M-P

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18 mars 2017 au Revest

19 Mars 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #Le Revest-les-Eaux

ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle
ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle
ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle

ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle

un 18 mars comme celui-là, tu n'es pas prêt de l'oublier;
d'abord tu vibres vers 16 H avec les 130000 de la Place de la République, la France insoumise,
le jour de la Commune de Paris, 18 mars 1871, qui dura 71 jours, accomplit un travail extraordinaire
avec des délégués et députés élus et révocables comme ce que propose l’avenir en commun avec la constituante pour la 6° république
le discours du 18 mars: il me semble que JLM remplace le paradigme rouge (une image vieillie et négative de la révolution parce que violente)
par un paradigme inspiré du meilleur de notre révolution, avant la Terreur:
- des valeurs, Liberté, Égalité, Fraternité, je joue à 1-2-3-SOLEIL, en 1 fraternité, le but, en 2, égalité et en 3 liberté, les moyens

- un peuple souverain, une constituante, des droits élargis, des devoirs (s'appuyer sur le travail de Simone Weil dans De l'enracinement), une révolution citoyenne par les urnes et la délibération;
bref un discours d'homme de caractère s'appuyant sur une volonté venue d'en bas,
ce dont nous avons besoin en une telle période dans un pays abîmé par plus de 30 ans de politiques alternées,
toutes de soumission et faites pour désespérer le peuple,
pour qu'il renonce à la politique,
à son pouvoir de changer le monde

évidemment ce ne sera pas simple dans un pays divisé, faut que la vague soit forte pour calmer les réticents

ce 18 mars, c’est aussi le jour de Saint-Cyrille, ça te parle: les absents, les disparus ont une vie

puis tu vas à 17 H au vernissage de l'exposition des 30 ans des Amis du Vieux Revest,
une cinquantaine de personnes au Groupe Revestois,
la municipalité sous-représentée;
tu découvres ta photo parmi 30 du Revest, comme 30 ans; et l'événement correspondant, Médéa, dans un des 30 lieux du Revest, le château de la Ripelle
tu es content de retrouver plein de gens que tu apprécies

tu rentres vers 19 H 30 chez toi où un coup de téléphone te propose de te retrouver chez un chanteur connu,
qu'évidemment tu ne connais pas: Atef
il habite en haut du village, il a concouru à The Voice 2012 jusqu'en demi-finale incluse
il a voté pour ta liste en 2008
t'acceptes la proposition et tu assistes au tour de chant de celles et ceux qui participent à son atelier chant;
belle ambiance bienveillante, généreuse (chanter c’est donner)
il y a là un homme de plus de 40 ans qui te dit qu’il t’a eu en techniques d’expression en GEA à l’IUT, il y a 30 ans
- comment c’était ?
- une récréation, un temps hors temps, créatif; vous nous faisiez vocaliser pour nous décoincer
tu ne refuses pas la proposition de chanter; tu n’es pas coincé
mais pour l’air, c’est si lointain
tu rentres vers 23 H 30 en fredonnant la chanson que tu as essayé, 3 petites notes de musique

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Raging Bull/Caliband Théâtre

10 Mars 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #spectacles

Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat
Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat
Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat

Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat

Présentation du spectacle par la compagnie :

Quand théâtre et danse se rencontrent pour affronter le Taureau enragé du Bronx. 

Jake LaMotta, alias Raging Bull, a été champion du monde des poids moyens de 1949 à 1951. Il a connu un parcours chaotique, passant de la célébrité à la déchéance, de la prison à la rédemption. Monté très haut et redescendu très bas. Avec toujours chevillée au corps la rage, celle qui fait gagner sur le ring, celle qui fait dérailler sa vie. C’est aussi elle qui lui a permis de trouver la force de se mettre à nu dans une autobiographie bouleversante.

Un comédien, un danseur et un musicien portent ensemble le récit du boxeur, sa lutte perpétuelle contre les autres et contre sa propre violence. Comme sur un ring, les deux interprètes révèlent la beauté brute de cette confession, et comme un arbitre le musicien sampleur donne le tempo.

D’après l’autobiographie de Jake LaMotta (traduction de Jacques Martinache) publiée aux éditions 13E Note Éditions.

Adaptation, mise en scène et interprétation : Mathieu Létuvé (très habité)
Chorégraphe : Frédéric Faula
Danseur : Frédéric Faula (en alternance avec Lino Merion) (très élégant, performant, en harmonie avec le comédien et le propos)

Création musique et sons : Olivier Antoncic (excellente, variée, d'aujourd'hui et de l'époque)
Musicien live : Olivier Antoncic (en alternance avec Renaud Aubin)
Lumières : Eric Guilbaud
Graphismes et animations vidéos : Antoine Aubin (superbes)
Scénographie : Renaud Aubin, William Defresne
Costumes : Corinne Lejeune
Régie lumières, son et vidéo : Eric Guilbaud, Renaud, Antoine Aubin et Matthieu Leclère

Crédit photo : Antoine Leclerc / Yann Cielat

 

J'ai vu ce spectacle d'une heure, ce vendredi 10 mars au PJP, Maison des Comoni au Revest.
C'est un spectacle coup de poing avec une intensité rare, très physique pour raconter la vie de Jake LaMotta, le gagnant de Marcel Cerdan. Surnommé le taureau du Bronx, incarné par le Minotaure, sous la forme d'animations vidéos et d'un casque de minotaure, par le comédien et le danseur, LaMotta qui a connu la brutalité paternelle, les coups, a appris à les rendre. Mauvais garçon, filant un mauvais coton, incarcéré, c'est en prison qu'il apprend la boxe. Encaisseur sans aucun KO, c'est un cogneur sans pareille. Travaillé par une culpabilité qui le ronge, il a tué un malfrat, fracassé son meilleur ami, violé Viola, cogné sa femme Vickie, c'est grâce au père Joseph qu'il va progressivement après sa descente aux enfers trouvé la force de surmonter toutes ses peurs. La rédemption de LaMotta, dont la vie est racontée dans sa crudité, sa cruauté, sa rage (avec les mots de son autobiographie) nous touche parce qu'elle montre que la lumière peut jaillir, ne peut jaillir que du dénuement, du dépouillement, il a tout perdu, il connaît enfin le non-attachement (c'est moi qui emploie cette expression bouddhiste) et rêve d'ascension spirituelle, de devenir comédien, celui qui est capable d'être le passeur des autres parce qu'il se laisse traverser par les personnages qu'il sert, révèle, défend, sans jugement. Le boxeur n'est-il pas aussi à sa façon capable de se mettre à la place de son adversaire pour anticiper les coups, les esquiver. J'ai vu LaMotta, âgé, sur certaines vidéos, il est très attachant.

Au service de cette histoire déjà superbement racontée par LaMotta lui même dans son autobiographie et par le film de Scorsese (1980) avec de Niro dans le rôle, un acteur, un danseur et un sampleur, un trio d'enfer très imbriqué, intriqué comme on dit en physique quantique pour nous secouer d'images saisissantes et d'énergies justes qu'on peut apprécier par les photos et par le trailer. Scénographie dépouillée, éclairages créant les espaces, jeu alternant déchaînement et apaisement. Bref, de quoi comprendre l'impact de la boxe sur le cinéma, sur les foules, l'hystérisation par les merdias : cet art du mensonge (cet art qui se déploie dans un espace sacré antérieur à la civilisation dit Joyce Carol Oates dans De la boxe) parle de nous à travers son espace clos, ses deux adversaires (nous et nous, l'animal en nous habité par l'instinct de survie, l'esprit de lutte et l'homme de raison, de calcul, capable d'identification, de fusion à autrui) et l'arbitre, son rituel en 10 ou 15 rounds, ses tintements de cloche. Me faire passer de la déchéance à la rédemption en 1 H m'a fait du bien. Je me suis vu grimper à la corde imaginaire comme le fait le danseur à la fin. Oui, je me sens en ascension finale vers le blanc, pas du tout dans une descente de fin vers le noir.

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Le Triomphe de l'artiste/Tzvetan Todorov

28 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #jean-claude grosse

Le Triomphe de l'artiste/Tzvetan Todorov

Le Triomphe de l'artiste

La révolution et les artistes

Russie : 1917-1941

Tzvetan Todorov

Flammarion 2017

 

Cet essai est paru le 14 février 2017. Tzvetan Todorov a disparu le 7 février.

Le sous-titre est clair, 100 ans après la révolution russe (deux en réalité, celle de février et celle d'octobre mais c'est la seconde qui prend durablement le pouvoir jusqu'à l'effondrement du mur de Berlin, 1989, puis de l'Union soviétique, 1990) Tzvetan Todorov s'intéresse aux rapports entretenus entre la révolution et les artistes, entre les artistes et la révolution. Sujet complexe dépendant en fait de chaque artiste dans un contexte commun à tous.

Todorov distingue en gros 3 moments, l'avant-révolution et la révolution jusqu'en 1922 (Lénine et Trotsky jouent le rôle essentiel), la montée en puissance de Staline jusqu'en 1927 (dès la maladie de Lénine et de sa mort en 1923-1924), l'instauration du pouvoir absolu de Staline à partir de 1929.

Dès avant la révolution, les artistes en vue sont engagés dans des démarches révolutionnaires quant à l'art qu'ils pratiquent. Les formalistes, les avant-gardistes, les suprématistes, les artistes prolétariens, ça foisonne, ça s'affronte, ça s'anathémise, ça crée, ça bouleverse forme ou contenu, thèmes, sujets et manières, ça invente des mots, ça théorise à tout va. Futurisme, motorisme, automotisme, trépidisme, vibrisme, planisme, sérénisme, exacerbisme, omnisme, néisme, avérinisme, toutisme, autant de mouvements, de théories, éphémères car devant innover, produire du nouveau en permanence, être le démiurge de l'art en détruisant l'ancien pour y substituer du neuf, chaque artiste révolutionnaire tente de protéger ses trouvailles, les garde secrètes jusqu'à leur affirmation publique, en revue, expo, mise en scène, film, opéra. Là les critiques et jalousies se déchaînent. Ces rivalités feront le jeu du pouvoir autocratique, visant à se soumettre l'art, à mettre l'art au service de la révolution prolétarienne, au service de l'État prolétarien, détenteur des postes à pourvoir, des moyens à distribuer.

Période de guerre civile, période de famine, période de terreur policière et judiciaire, période de construction du socialisme dans un seul pays, de la collectivisation forcée, c'est pour les artistes une période difficile, une période le plus souvent de survie où l'on peut garder sa vie ou la perdre. Chacun va développer une ou plusieurs stratégies au cours de sa vie, plus ou moins brève. Chacun va répondre à sa manière, variable selon ce qui lui arrive, venu de l'État (la TchéKa, le NKVD), autorisation ou interdiction de voyage à l'étranger, emprisonnement et interrogatoire ou liberté surveillée, interdiction ou autorisation de représentation, censure ouverte ou discrète. Il y a ceux qui tentent de s'adapter à ce climat en louvoyant, menteurs envers l'autorité et fidèles à eux-mêmes, ceux qui se renient, avouent leur trahison ou remettent au travail leur œuvre selon les exigences d'état. Il y a ceux dont le prestige les protègera de la déchéance, il y ceux qui se suicident, ceux qui s'exilent, ceux qui meurent de maladie ou de faim. Il y a ceux qui y ont cru, ceux qui ont douté dès le début, ceux qui ont compris dès le début ou très vite.
Je ne nomme aucun de ces artistes. Todorov en parle très bien dans des récits bien documentés. On les accompagne parce que c'est un vrai travail de compréhension qui est entrepris. Un regret, rien sur Anna Akhmatova.

Deux parties :

  • De l'amour à la mort où sont présentés tous ceux qui sont encore dans nos mémoires pour peu qu'on aime les artistes d'où qu'ils viennent, Maïakovski, Meyerhold, Chostakovitch, Einseintein, Mandelstam, Tsvetaïeva, Pasternak, Boulgakov, Zamiatine, Babel, Pilniak, Gorki, Bounine ;

  • Kazimir Malevitch, cette 2° partie, nourrie des écrits de Malevitch, le créateur du suprématisme dont le célèbre Le suprématisme. Un monde-sans-objet ou le repos éternel, traduit par l'ami Gérard Conio, suit le parcours du plus radical des avant-gardistes, qui réussira à ne pas compromettre sa vision évolutive de l'art jusqu'à son achèvement dans un monde sans objet donc ayant rompu avec la représentation, le fondateur peut-être de ce qu'on appelle aujourd'hui l'art conceptuel qui, hélas, consiste souvent à savoir communiquer sur ce qu'on se propose de ne pas faire puis de faire et qu'on ne réalise pas pour que le désir de la chose manquante soit au comble. Mais paradoxe, dans ce désir de pureté, de purification, Malevitch va se révéler un implacable dénonciateur de l'univers stalinien et faire œuvre de résistance. L'analyse que fait Todorov de quelques œuvres de Malevitch est exemplaire. Je pense à celle des tableaux Sensation de danger ou Sensation d'un homme emprisonné. Ce n'est qu'en 1998 que l'on a pu voir les œuvres sauvées de Malevitch en Russie.

     

    Pourquoi le titre Le Triomphe de l'artiste ? Parce que les artistes broyés, affamés, torturés, censurés, internés, condamnés, isolés... par la machine diabolique du « tayrorisme » à la soviétique, à la Staline ont gagné sur le temps long. Les œuvres, celles qui n'ont pas été brûlées, détruites, ont survécu, sont réapparues au grand jour, sont à nouveau visibles, partagés, partageables quand depuis déjà 30 ans, ce système de mensonge, de délation, de répression au nom de l'édification de l'homme nouveau et de l'avènement de l'avenir radieux a disparu des écrans, travaillant cependant dans l'inconscient collectif et restant agissant dans cet « étrange » régime qu'est la Chine.

    L'épilogue est à analyser attentivement car Todorov revient sur son parcours intellectuel, idéologique depuis son départ de la Bulgarie. L'humaniste Todorov a choisi sans hésiter le camp de la démocratie, des démocraties. Au temps de la guerre froide, de la coexistence pacifique, on choisissait un des deux camps. Avec l'effondrement du mur de Berlin en 1989, avec l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, avec la fin de l'Histoire, avec le triomphe du capitalisme mondialisé et financiarisé, il est difficile de ne pas voir que le miroir et ses effets nous renvoie du système dominant actuel de curieuses images. Au nom de la démocratie, au nom des droits de l'homme puis du droit d'ingérence, voici l'Occident sous la houlette des États-Unis en croisade contre le Mal, contre le Terrorisme qui peut changer de visage selon les besoins, contre les États voyous ou criminels. Les guerres se succèdent, s'enchaînent, trainent, n'en finissent pas, Yougoslavie, Afghanistan, Libye, Irak, Syrie, Mali, Ukraine, Somalie, Yémen. Et ce qui devait devenir une démocratie pendant ou après l'intervention militaire à moins qu'on ait suscité une révolution orange ou un printemps arabe pour dégager les infâmes dictateurs devient un terrible chaos avec guerre civile, mercenaires au service d'intérêts pétroliers et gaziers, fuite des populations, flux migratoires et tout ce qui s'ensuit comme drames humains. Todorov reconnaît avoir eu du mal à reconnaître une similitude entre totalitarisme (stalinien, nazi) et démocratie, sourd à l'avertissement de Soljenitsyne à Harvard : à l'est, c'est la foire du Parti qui foule aux pieds notre vie intérieure, à l'ouest, la foire du commerce. Similitude ayant pour source, l'humanisme rationaliste qui proclame et réalise l'autonomie humaine par rapport à toute force placée au-dessus de lui. Cette hubris, cette démesure, ce prométhéisme, cet utopisme, ce messianisme ne sont donc pas que l'apanage des totalitarismes mais aussi des impérialismes se camouflant derrière le paravent de la démocratie et des droits de l'homme. Suit ce passage terrible : Vouloir éradiquer l'injustice de la surface de la Terre ou même seulement les violations des droits de l'homme, instaurer un nouvel ordre mondial dont seraient bannies les guerres et les violences est un projet qui rejoint les utopies totalitaire dans leur tentative pour rendre l'humanité meilleure et établir le paradis sur terre, (page 301). Cet humanisme rationaliste existe depuis la Renaissance, depuis les Lumières. L’épilogue incite à réfléchir sur l’humanisme rationaliste et sur l’histoire de la religion, Messe noire, dit le philosophe anglais John Gray: la politique moderne est un chapitre  de l’histoire de la religion. Dans les totalitarismes on utilise la coercition, la contrainte, le contrôle. Dans l'ultra libéralisme on utilise le consentement des gens. Regardez ce qui se passe quand vous installez une application sur votre portable, vous acceptez les conditions.

  • Todorov dans cet épilogue parle des démocraties libérales, des États et du risque possible de déshumanisation. Il n'évoque pas le messianisme de certaines multinationales qui se proposent via ce qu'on appelle le transhumanisme de modifier l'espèce, de développer l'intelligence artificielle. Et nos artistes là-dedans ? Dans ses formes l'art est souvent une résistance à l'uniformisation, à la systématisation. Nos artistes jouissent d'une réelle liberté. Se sentent-ils responsables envers leur art, envers leur société, leur époque. Adoptent-ils des stratégies de contournement du système, s'y opposent-ils, s'en accommodent-ils? Produisent-ils des œuvres sans compromission avec le système marchand, broyeur d'êtres, créateur de misère, destructeur de l'écosystème, fabricant d'idoles, d'icônes, faisant et défaisant les stars, les tuant ou poussant au suicide. Il faut une connaissance de l'art dit contemporain pour éventuellement répondre. Todorov reste muet sur les « artistes » de notre temps, de notre monde. Moi aussi.

  • Une exception, un article en lien sur l'artiste Anish Kapoor, acquéreur du Noir absolu, le Vantablack. Mais un artiste grec, Athanasios Zagorizios, a trouvé un noir plus noir. Wouaf, Wouaf. Et des vidéos sur Jannis Kounellis, décédé le 16 février 2017, un de l'arte povera dont on dit ceci sur wikipédia:

    Par rapport à ses maîtres, Kounellis montre vite une très forte urgence de communication avec le but de refuser les projections individualiste, esthétisante et décadente et d'exalter la valeur publique, collective du langage artistique. Dans ses premières œuvres, en effet, il peint des signes typographiques sur fond clair qui font allusion à l'invention d'un nouvel ordre par un langage fragmenté, pulvérisé.

    Les premières expositions voisines idéologiquement de l'arte povera remontent à 1967. Il emploie dans celles-ci des produits et matériaux communs suggérant pour l'art une fonction radicalement créatrice, mythique, sans concessions aux représentations pures. Il fait de façon évidente, référence à ses origines grecques. Ses installations deviennent de véritables scénographies qui occupent complètement la galerie et entourent le spectateur en le rendant acteur

  • Jean-Claude Grosse

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De l'âme/François Cheng

21 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #jean-claude grosse

couverture du livre De l'âme de François Cheng

couverture du livre De l'âme de François Cheng

De l'âme

François Cheng

Albin Michel, 2016

 

De François Cheng, j'ai lu un roman, L'éternité n'est pas de trop, les Cinq méditations sur la mort. J'apprécie mais sans le sentiment de l'essentiel, un essentiel que je cherche sans pouvoir être précis quant à ses contours, à son contenu. Si je vais vers François Cheng, c'est parce que je sens une recherche aussi, spirituelle au moins. Sa connaissance des sages et des peintrs chinois est un élément supplémentaire d'attirance. Ajoutée à cela, sa connaissance de ce qu'on peut appeler la culture française, plus large, plus complexe que la philosophie des Lumières et l'esprit voltairien, fait de François Cheng, non un homme écartelé entre deux cultures mais un pont possible entre deux cultures. La synthèses est-elle possible ? Un dialogue, oui, des connivences aussi. C'est donc avec envie que j'ai lu De l'âme.

Il s'agit de 7 lettres à une amie, à une femme, à l'automne de sa plénitude, qui l'a abordé dans le métro, il y a déjà longtemps, l'ayant reconnu alors qu'il n'était pas encore connu, femme d'une beauté qui l'avait interpellé, lui demandant comment elle pouvait l'assumer, avec laquelle il a eu quelques échanges par intermittences et qui l'interroge 30 ans après, suite à un constat qu'elle fait : Sur le tard, je me découvre une âme... Acceptez-vous de me parler de l'âme ?

D'abord réticent, à cause du climat intellectuel en France où ce vocable est marginalisé au profit du dualisme corps-esprit, où le matérialisme, le scientisme sont dominants, arrogants, il finit par vouloir faire la clarté aussi pour lui, soucieux de son âme et de ses liens avec l'Âme. Car postuler que mon âme est unique, expression de mon unicité, de ma singularité, source de mon unité, c'est aussi postuler la même chose pour chacun, ce qui renvoie à une universalité. Toutes les âmes sont uniques et unissent, ce qui permet de poser l'Âme universelle comme principe de Vie et puisque chaque âme est unique, irremplaçable, cela rend nécessaire le respect de l'autre âme, rend possible l'amour de l'autre âme. Il constate que toutes sortes de vocables sont utilisés pour ne pas employer le mot « âme », for intérieur, jardin secret, appareil psychique... mais ces usages révèlent la dispersion, l'éclatement du sujet, l'impossible identité, la perte de l'unité de l'être. Être déformé, difforme, à la Bacon.

Il revisite une intuition universelle, si le corps, l'animus est animé, vivant, c'est que quelque chose l'anime, l'anima. C'est le Souffle de Vie, le Aum indien, le Qi chinois, le Ruah hébraïque, le Rûh musulman, le Pneuma grec, l'Âme. Sans âme, le corps n'est pas animé, sans corps, l'âme n'est pas incarnée. Mais il faut ajouter, ce qui est premier, c'est l'âme, c'est elle qui porte le désir d'être qui est plus que l'instinct de survie, plus que le vouloir-vivre instinctif. L'âme est désir de vie et mémoire de vie, elle est ce qui nous permet de désirer, de ressentir, de nous émouvoir, de résonner, de conserver mémoire, de communier par affect ou par amour. Trois puissances en elle, le désir, la mémoire, l'intelligence du cœur. L'auteur aborde évidemment la distinction esprit-âme puisque au couple corps-esprit, il préfère la triade corps-esprit-âme. L'esprit raisonne, son champ est l'action dans les domaines de la vie sociale, politique, économique, juridique, éducative ; l'âme résonne, son champ est celui de l'amour, de la compassion, de la beauté et de la création artistique ; elle peut aussi s'égarer, se pervertir puis se repentir et se relever de l'exercice du mal ; elle est ange et démon. C'est elle qui prend en compte les souffrances et la mort, qui les intègre à la vie, à la Vie. Et de citer Hildegarde de Bingen : le corps est le chantier de l'âme où l'esprit vient faire ses gammes.

Il résume de façon claire les traditions chinoise, indienne, grecque (platonicienne) de l'âme. De nous prévenir contre une mésinterprétation du bouddhisme, radicalement agnostique vis à vis de l'âme : il n'y a pas d'entité permanente qui subsisterait après l'abandon du corps, tout est impermanence et la compassion bouddhiste ne consiste pas en un rapport d'âme à âme. De l'impermanence naît l'interdépendance de tous les êtres, dénués d'unicité. Il nous rapporte aussi les leçons des trois monothéismes. En particulier l'apport de Pascal avec ses trois ordres superposés. Il y a une verticalité de ces trois instances, l'ordre des corps, celui des esprits, celui de la charité, de l'amour.

Les lecteurs découvriront de belles pages sur la Joconde ou sur Léda (tableau perdu) de Vinci, et de montrer ce qui lie beauté et bonté, qui permet à l'âme de s'élever et de trouver sa voie dans la Voie, d'être l'oeil ouvert et le cœur battant de l'univers vivant, cela souvent au prix de grandes épreuves et souffrances mais aussi d'extases, de grands instants de félicité quand on contemple un lever, un coucher de soleil. Se sent-il petit, seul perdu dans l'univers, poussières d'étoiles, grains de poussière, celui qui contemple l'avènement de l'univers ? Oui, grain de poussière mais qui a vu. Tu es celui qui a vu. Et personne ne peut faire que tu n'aies pas vu. Le fait d'avoir vu est ineffaçable. Cet instant de rencontre donne sens à toi comme à l'univers. Instant d'éternité... Nous qui voyons de l'univers la part visible et qui en faisons partie, sommes-nous vus ? Si le voir n'était pas à l'origine, serions-nous capables de voir ? Oui, nous devons être assez humbles pour reconnaître que tout, le visible et l'invisible est vu et su par Quelqu'un qui n'est pas en face mais à la source.

Aum, âme, amen.

La sixième lettre est importante car elle parle longuement de Simone Weil, figure d'absolu du XX° siècle dit-il, caractérisé par un cheminement vers l'âme. Simone Weil, l'auteur de La pesanteur et la grâce (7 fois le mot esprit, 60 fois le mot âme), Attente de Dieu (5 fois le mot esprit, 100 fois, âme), Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain, titre remplacé par Camus L'enracinement, formidable inventaire des besoins terrestres de l'âme et du corps de chacun dont nous sommes tous responsables, l'auteur des Cahiers de Marseille qui s'écroule à 34 ans, morte d'anémie. Pour elle, les besoins de l'âme sont des obligations envers la Vie avant d'être des droits pour soi-même, exemple: l'âme humaine a besoin d'obéissance consentie et de liberté... ou l'égalité est un besoin vital de l'âme humaine, l'honneur est un besoin vital de l'âme humaine... Voici une puissante pensée de Simone Weil : la joie et la douleur sont des dons également précieux qu'il faut savourer l'un et l'autre intégralement, chacun dans sa pureté, sans chercher à les mélanger. Par la joie, la beauté du monde pénètre notre âme. Par la douleur, elle nous entre dans le corps. L'amitié est pour elle la vertu suprême. Simone Weil, figure à découvrir ou redécouvrir car articulant individuel et collectif, âme et corps, politique et morale, immanence et transcendance.

Je conclurai cette note en disant que François Cheng fait une présentation classique, traditionaliste de l'âme, persuadé qu'il y a Quelqu'un à la source, la Source de Vie. Son approche est spiritualiste sans être religieuse. Elle est critique à l'égard du matérialisme occidental dominant qui nous voit comme poussières d'étoiles, amas de molécules, faisceaux de neurones, la Vie et tout ce qui la constitue étant le fruit du hasard. Cette approche me semble ne pas tenir compte de tout un tas d'avancées scientifiques qui montrent bien les intrications entre le corps et l'esprit, et dans les deux sens, actions du corps, actions de l'esprit. Il n'est plus possible pour les scientifiques honnêtes d'être arrogants dans leur matérialisme. Une conception plus holistique se développe, le corps-esprit et c'est ce qui explique pourquoi des tentatives de synthèse sont entreprises entre science et tradition, entre médecine rationnelle et médecine ayurvédique. Être à l'écoute du « chant » de l'univers, être à l'écoute de son corps (qui lui nous écoute, mémorise ce que nous en faisons, comment nous le traitons sans mesurer les conséquences au plus infime, au plus intime), donner sens à ce que nous vivons, amour inconditionnel à ceux que nous aimons, créer de la beauté, agir avec bonté c'est le travail de l'âme dont je pense de plus en plus qu'elle a à voir avec l'éternité du livre que nous écrivons de notre premier cri à notre dernier souffle. Rendre l'âme, expression que Cheng ne relève pas (il note en mon âme et conscience, la force d'âme, un supplément d'âme, l'âme sœur, l'âme damnée, sauver son âme, la mort dans l'âme) c'est rendre un livre qui éternise au fur et à mesure nos émotions, sentiments, actions, pensées, puisqu'il sera toujours vrai que j'ai pensé ainsi, agi comme ça, aimé de travers, été ému aux larmes, une mémoire de vie à la Vie qui continue. Je signale au passage que Marcel Conche emploie le mot âme. Il distingue son âme ordinaire, âme commune, produit de l'éducation, du milieu, de l'époque et son âme authentique, incarnée dans son œuvre.

Jean-Claude Grosse

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sur 1907, batailles dans le midi/Philippe Chuyen/Les Cahiers de l'Égaré

7 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #cahiers de l'égaré, #agoras, #pour toujours

le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier

le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier

Le samedi 4 février à 17 H, à la librairie Le Bateau Blanc de Brignoles, fut présenté à l'invitation de son directeur, Gérard Desprez
1907, Batailles dans le Midi, la grande révolte des vignerons de Philippe Chuyen, publié aux Cahiers de l’Égaré
40 participants,
présentation du projet, lire ci-dessous,
lecture de la scène 1 (très actuelle),
un chant d’époque par la chorale Article 9 de Correns,
en présence du maire de Montfort sur Argens, du président du syndicat des vignerons du Var, de la présidente des caves coopératives du Var
le maire de Montfort m'a dit souhaiter faire un événement à Montfort,  avec expo photos de la révolte, lecture, dégustation…

Texte de présentation par Philippe Chuyen:

C’est plutôt le contraire qui se produit d’’habitude : lorsqu’on parle d’un livre de théâtre c’est qu’on s’intéresse au texte et peut être qu’on veut le monter, c'est-à-dire créer un spectacle à partir de ce texte. C’est en effet un peu curieux cette idée de vouloir éditer un texte à partir d’un spectacle qui a été créé il y a bientôt 10 ans et qui à présent n’est plus joué… Je fais ici les choses un peu à rebours, en sens inverse, c’est peut-être une manière aussi de remonter le temps, ce n’est pas mal de remonter le temps, ou plutôt de penser qu’on peut le remonter, le rattraper. Enfin de toute façon vous savez que ce qui est passé existe à tout jamais, que les rayons lumineux des espaces que nous avons créés filent quelques parts là-haut dans l’univers… Je sais ça nous fait une belle jambe mais c’est aussi le rôle des livres que de faire la « nique » au temps qui passe.

Donc, j’ai pensé que c’était dommage de laisser échapper la mémoire de cette aventure théâtrale qui se déroula entre 2007 et 2012 et qui fut une belle réussite tout de même, car avant tout ce fut une étroite collaboration entre une Cie de théâtre (Artscénicum) et une Chorale (Article 9) : 2 entités issues de deux villages voisins, très proches : Montfort, Correns : 2 villages un peu jumeaux et donc souvent pas d’accord. Ça c’était déjà une vraie réussite de les associer pour une fois, de les réunir pour l’amour de l’art. Même 10 ans après, il fallait le souligner.

Bien sûr je n’oublie pas que pour publier un livre, il faut un éditeur qui veut bien mettre son nom en bas à droite. Par chance, il s’est trouvé que depuis quelque temps j’en connaissais un. Un qui s’est intéressé aux Pieds Tanqués et qui a eu bien raison ! Merci à lui de m’avoir aiguillonné pour publier 1907. Il se trouve en plus qu’il aime bien le vin …. Et la perspective d’approcher les milieux viticoles n’était pas pour lui déplaire.

Bon. Mais de quoi parle-t-on ? Selon les historiens Le 9 juin 1907, 8000 personnes marchent dans les rue de Brignoles, ils sont près de 800 000 à Montpellier et beaucoup de varois dont notamment ceux de Néoules ont fait le déplacement. Si l’on est 100 fois plus nombreux le même jour à Montpellier, c’est que le mouvement a commencé non loin de là, dans l’Aude dans le village d’Argelliers. Là où la misère était sans doute la plus cruelle, à cette époque, pour le peuple de la vigne. Mais l’histoire nous raconte dans le même temps que si le mouvement est parti de ce petit village, c’est qu’il était aussi la patrie de naissance d’un homme déterminé, très déterminé : vigneron, cafetier, comédien, un peu illuminé tout de même, presque un fada pourrions-nous dire ! Mais si obstiné qu’on peut se demander si ce sont les événements qui l’ont révélé ou bien lui qui les a provoqués.

Durant près 7 ans avant 1907, il a parcouru les chemins, de village en village, pour soulever ses compatriotes, montant sur les platanes pour haranguer les gens et leur dire que la misère n’était pas une fatalité. Au début, on riait de lui puis on s’est mis à l’écouter et peu à peu, de fada il est passé au statut de prophète, de demi dieu. Il y avait quand même dans cette histoire de la matière à fiction.

Mais je ne vais pas ici raconter toute l’affaire, vous la connaissez sans doute et si vous l’avez oubliée ou bien si vous n’en avez jamais entendu parlé vous pouvez bien entendu acheter le livre (je remercie au passage M Despret de la Libraire le Bateau Blanc qui nous accueille aujourd’hui). Quant aux causes historiques et socio-économiques je vous renvoie à l’importante bibliographie sur le sujet. Beaucoup d’ouvrages ont été édités ou réédités en 2007 à l’occasion du centenaire.

Mais j’en reviens à l’édition de mon livre et l’importance de son sujet. La mémoire d’un pays, la mémoire de ceux qui l’ont construit, c’est en effet le fond de la marmite. Ce qu’on ne voit plus mais qui est fondamental. Et je pense que les événements de 1907 sont pour tout le Midi de la France et particulièrement pour le Var porteur de beaucoup de sens. Notre département a été par exemple celui qui a construit le plus de caves coopératives de 1914 aux années 50 . Et je le rappelle c’était un Montfortais Octave Vigne (ça ne s’invente pas !) qui fut responsable d’une mission interministérielle pour organiser, financer et accompagner le mouvement coopératif, mouvement dont Jaurès disait qu’il était un socialisme pratique.

Ces coopératives, conséquence directe du mouvement, ont structuré pendant longtemps la vie des villes et des villages. L’immense besoin d’organisation qu’avait la filière viticole s’est retrouvée dans la consolidation du syndicalisme à l’image de la Confédération Générale des Vignerons du Midi qui au lendemain de 1907 fut la première organisation indépendante en France à structurer une filière agricole et qui par la suite a permis de se battre et de toujours se relever.

Cette aventure nous rappelle donc que seul nous ne sommes rien, il n’y a que l’union, l’entraide et l’intérêt pour l’autre qui compte pour bâtir une société durable. Certes ce n’est pas facile de prendre des décisions à plusieurs mais cette expérience nous montre que de toute façon on n’a pas le choix.

Ainsi, j’en profite pour remercier du fond du cœur la Fédération des caves Coopératives du Var pour avoir favorisé à partir de 2008 la diffusion du spectacle et aujourd’hui pour l’ aide financière dans l’édition de ce livre, tout comme le syndicat des vignerons du Var.

Voilà nous allons à présent vous lire un extrait….

Philippe Chuyen

L’événement qui se développe là-bas et qui n’a pas épuisé ses conséquences, est un des plus grands événements sociaux qui se soient produits depuis trente-cinq ans. On a pu d’abord n’y pas prendre garde ; c’était le Midi et il y a une légende du Midi. On s’imagine que c’est le pays des paroles vaines. On oublie que ce Midi a une longue histoire, sérieuse, passionnée et tragique.

Jean Jaurès, 29 juin 1907

ACTE I / LA CRISE

Sur le plateau, un espace de jeu circulaire est délimité en fond de scène par une estrade étagée en forme d’arc de cercle et par deux bancs et des portants à costumes à jardin et à cour. Deux musiciens sont assis devant l’estrade.

Lumière faible. Des coulisses, des slogans sont lancés.

  • –  Sept ans que nous serrons la ceinture et nous sommes au dernier cran !

  • –  De tant sarrar, la talhòla peta ! 1

  • –  Beure tant de bon « bi » e posquer pas manjar de pan ! 2

  • –  Qu’anam devenir se vendèm pas lo bi ? 3

  • –  La France s’arrête-t-elle où commence la vigne ?

  • –  Sensa cèla la baudu a pòt pas virar ! 4

  • –  Fau que nos donen rason o la bombarda petarà ! 5

  • –  Crebar de fam en bolegant la terra, jamai ! 6

    1. « À trop serrer la taillole se déchire ! »
    2. « Boire autant de bon vin et ne pas pouvoir manger de pain ! » 3. « Qu’allons-nous devenir si nous ne vendons pas le vin ? »
    4. « Sans celle la toupie ne peut pas tourner ! »
    5. « Il faut qu’on nous donne raison ou la bombarde va cracher ! » 6. « Crever en remuant la terre, jamais ! »

– Du pain ou du plomb !
– Perqué tant sucrar lo vin quand los impòsts son tant salats !
1 – L’orage gronde gare aux éclats !
– La correja a plus gès de trauc !
2
– Vive le vin naturel, la sane des vieux de 60 ans !

Une musique de Requiem démarre. Le chœur en coulisse entonne une plainte sans parole. Puis, les uns après les autres, les choristes entrent en scène, se posi onnent et se répar ssent sur l’estrade.

* Scène 1

Les comédiens entrent, se placent sur le devant de la scène et s’adressent au public.

1er comédien – Le 9 juin 1907, venues de tout le sud vi cole mais surtout des quatre départements du Languedoc : Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales, 800 000 personnes marchent dans les rues de Montpellier.

2e comédien – Au même instant, de l’autre côté du Midi, 8 000 personnes dé lent dans le Var, à Brignoles.

1er comédien – Les processions sont saisissantes. Les manifestants paraissent calmes mais sur les visages on peut lire une farouche détermina on.

1. « Pourquoi autant sucrer le vin quand les impôts sont si salés ! »

2. « La ceinture n’a plus de cran ! »

Chant Enfants de la viticulture, 1907, Marius Birot, chanté par la chorale Article 9 de Correns

Enfants de la viticulture

Marchons sous le même étendard

La misère enfin est trop dure,
Il faut agir et sans retard (bis).

Argelliers nous donne l’exemple,

Suivons ce groupe de vaillants.

Agissons car il en est temps,
Et que personne ne contemple.

Aujourd’hui c’est plus les paroles,

Ce sont des actes qu’il nous faut.

Nous portons au front l’auréole,

Du travail, voilà notre drapeau.

Ce n’est pas un but poltique

Qui guide notre mouvement.

C’est pour honorer la République.

Donnez du pain à nos enfants !

Ce pain, si on nous le refuse,

Viticulteurs nous le prendrons,

Depuis longtemps on nous amuse.

Aujourd’hui, exigeons !

Vivre en remuant notre terre,

Ce qui est notre sol natal.

Notre pays méridional
Doit briser toutes les barrières.

Amour sacré de notre Vigne.
Ton jus doit élever les cœurs,
Nous saurons de toi nous rendre dignes.

Soutiens-nous et nous serons vainqueurs.

Roussillon, toi force vivante,
Regarde l’Aude et l’Hérault,
Ne reste pas indifférente,
Ne formons plus qu’un seul réseau ! »

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