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Blog de Jean-Claude Grosse

Articles récents

18 mars 2017 au Revest

19 Mars 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #Le Revest-les-Eaux

ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle
ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle
ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle

ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle

un 18 mars comme celui-là, tu n'es pas prêt de l'oublier;
d'abord tu vibres vers 16 H avec les 130000 de la Place de la République, la France insoumise
le jour de la Commune de Paris, 18 mars 1871, qui dura 71 jours, accomplit un travail extraordinaire
avec des délégués et députés élus et révocables comme ce que propose l’avenir en commun avec la constituante pour la 6° république
le discours du 18 mars: il me semble que JLM remplace le paradigme rouge (une image vieillie et négative de la révolution parce que violente)
par un paradigme inspiré du meilleur de notre révolution, avant la Terreur:
- des valeurs, Liberté, Égalité, Fraternité, je joue à 1-2-3-SOLEIL, en 1 fraternité, le but, en 2, égalité et en 3 liberté, les moyens

- un peuple souverain, une constituante, des droits élargis, des devoirs (s'appuyer sur le travail de Simone Weil dans De l'enracinement), une révolution citoyenne par les urnes et la délibération;
bref un discours d'homme de caractère s'appuyant sur une volonté venue d'en bas,
ce dont nous avons besoin en une telle période dans un pays abîmé par plus de 30 ans de politiques alternées,
toutes de soumission et faites pour désespérer le peuple,
pour qu'il renonce à la politique,
à son pouvoir de changer le monde

évidemment ce ne sera pas simple dans un pays divisé, faut que la vague soit forte pour calmer les réticents

ce 18 mars, c’est aussi le jour de Saint-Cyrille, ça te parle: les absents, les disparus ont une vie

puis tu vas à 17 H au vernissage de l'exposition des 30 ans des Amis du Vieux Revest,
une cinquantaine de personnes au Groupe Revestois,
la municipalité sous-représentée; Charles Vidal, le maire historique du village aurait été là, l'actuel maire, non; il ne laissera pas de traces, il n'a pas de vision, d'horizon
tu découvres ta photo parmi 30 du Revest, comme 30 ans; et l'événement correspondant, Médéa, dans un des 30 lieux du Revest, le château de la Ripelle
tu es content de retrouver plein de gens que tu apprécies

tu rentres vers 19 H 30 chez toi où un coup de téléphone te propose de te retrouver chez un chanteur connu,
qu'évidemment tu ne connais pas: Atef
il habite en haut du village, il a concouru à The Voice 2012 jusqu'en demi-finale incluse
il a voté pour ta liste en 2008
t'acceptes la proposition et tu assistes au tour de chant de celles et ceux qui participent à son atelier chant;
belle ambiance bienveillante, généreuse (chanter c’est donner)
il y a là un homme de plus de 40 ans qui te dit qu’il t’a eu en techniques d’expression en GEA à l’IUT, il y a 30 ans
- comment c’était ?
- une récréation, un temps hors temps, créatif; vous nous faisiez vocaliser pour nous décoincer
tu ne refuses pas la proposition de chanter; tu n’es pas coincé
mais pour l’air, c’est si lointain
tu rentres vers 23 H 30 en fredonnant la chanson que tu as essayé, 3 petites notes de musique

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Raging Bull/Caliband Théâtre

10 Mars 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #spectacles

Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat
Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat
Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat

Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat

Présentation du spectacle par la compagnie :

Quand théâtre et danse se rencontrent pour affronter le Taureau enragé du Bronx. 

Jake LaMotta, alias Raging Bull, a été champion du monde des poids moyens de 1949 à 1951. Il a connu un parcours chaotique, passant de la célébrité à la déchéance, de la prison à la rédemption. Monté très haut et redescendu très bas. Avec toujours chevillée au corps la rage, celle qui fait gagner sur le ring, celle qui fait dérailler sa vie. C’est aussi elle qui lui a permis de trouver la force de se mettre à nu dans une autobiographie bouleversante.

Un comédien, un danseur et un musicien portent ensemble le récit du boxeur, sa lutte perpétuelle contre les autres et contre sa propre violence. Comme sur un ring, les deux interprètes révèlent la beauté brute de cette confession, et comme un arbitre le musicien sampleur donne le tempo.

D’après l’autobiographie de Jake LaMotta (traduction de Jacques Martinache) publiée aux éditions 13E Note Éditions.

Adaptation, mise en scène et interprétation : Mathieu Létuvé (très habité)
Chorégraphe : Frédéric Faula
Danseur : Frédéric Faula (en alternance avec Lino Merion) (très élégant, performant, en harmonie avec le comédien et le propos)

Création musique et sons : Olivier Antoncic (excellente, variée, d'aujourd'hui et de l'époque)
Musicien live : Olivier Antoncic (en alternance avec Renaud Aubin)
Lumières : Eric Guilbaud
Graphismes et animations vidéos : Antoine Aubin (superbes)
Scénographie : Renaud Aubin, William Defresne
Costumes : Corinne Lejeune
Régie lumières, son et vidéo : Eric Guilbaud, Renaud, Antoine Aubin et Matthieu Leclère

Crédit photo : Antoine Leclerc / Yann Cielat

 

J'ai vu ce spectacle d'une heure, ce vendredi 10 mars au PJP, Maison des Comoni au Revest.
C'est un spectacle coup de poing avec une intensité rare, très physique pour raconter la vie de Jake LaMotta, le gagnant de Marcel Cerdan. Surnommé le taureau du Bronx, incarné par le Minotaure, sous la forme d'animations vidéos et d'un casque de minotaure, par le comédien et le danseur, LaMotta qui a connu la brutalité paternelle, les coups, a appris à les rendre. Mauvais garçon, filant un mauvais coton, incarcéré, c'est en prison qu'il apprend la boxe. Encaisseur sans aucun KO, c'est un cogneur sans pareille. Travaillé par une culpabilité qui le ronge, il a tué un malfrat, fracassé son meilleur ami, violé Viola, cogné sa femme Vickie, c'est grâce au père Joseph qu'il va progressivement après sa descente aux enfers trouvé la force de surmonter toutes ses peurs. La rédemption de LaMotta, dont la vie est racontée dans sa crudité, sa cruauté, sa rage (avec les mots de son autobiographie) nous touche parce qu'elle montre que la lumière peut jaillir, ne peut jaillir que du dénuement, du dépouillement, il a tout perdu, il connaît enfin le non-attachement (c'est moi qui emploie cette expression bouddhiste) et rêve d'ascension spirituelle, de devenir comédien, celui qui est capable d'être le passeur des autres parce qu'il se laisse traverser par les personnages qu'il sert, révèle, défend, sans jugement. Le boxeur n'est-il pas aussi à sa façon capable de se mettre à la place de son adversaire pour anticiper les coups, les esquiver. J'ai vu LaMotta, âgé, sur certaines vidéos, il est très attachant.

Au service de cette histoire déjà superbement racontée par LaMotta lui même dans son autobiographie et par le film de Scorsese (1980) avec de Niro dans le rôle, un acteur, un danseur et un sampleur, un trio d'enfer très imbriqué, intriqué comme on dit en physique quantique pour nous secouer d'images saisissantes et d'énergies justes qu'on peut apprécier par les photos et par le trailer. Scénographie dépouillée, éclairages créant les espaces, jeu alternant déchaînement et apaisement. Bref, de quoi comprendre l'impact de la boxe sur le cinéma, sur les foules, l'hystérisation par les merdias : cet art du mensonge (cet art qui se déploie dans un espace sacré antérieur à la civilisation dit Joyce Carol Oates dans De la boxe) parle de nous à travers son espace clos, ses deux adversaires (nous et nous, l'animal en nous habité par l'instinct de survie, l'esprit de lutte et l'homme de raison, de calcul, capable d'identification, de fusion à autrui) et l'arbitre, son rituel en 10 ou 15 rounds, ses tintements de cloche. Me faire passer de la déchéance à la rédemption en 1 H m'a fait du bien. Je me suis vu grimper à la corde imaginaire comme le fait le danseur à la fin. Oui, je me sens en ascension finale vers le blanc, pas du tout dans une descente de fin vers le noir.

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Le Triomphe de l'artiste/Tzvetan Todorov

28 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #jean-claude grosse

Le Triomphe de l'artiste/Tzvetan Todorov

Le Triomphe de l'artiste

La révolution et les artistes

Russie : 1917-1941

Tzvetan Todorov

Flammarion 2017

 

Cet essai est paru le 14 février 2017. Tzvetan Todorov a disparu le 7 février.

Le sous-titre est clair, 100 ans après la révolution russe (deux en réalité, celle de février et celle d'octobre mais c'est la seconde qui prend durablement le pouvoir jusqu'à l'effondrement du mur de Berlin, 1989, puis de l'Union soviétique, 1990) Tzvetan Todorov s'intéresse aux rapports entretenus entre la révolution et les artistes, entre les artistes et la révolution. Sujet complexe dépendant en fait de chaque artiste dans un contexte commun à tous.

Todorov distingue en gros 3 moments, l'avant-révolution et la révolution jusqu'en 1922 (Lénine et Trotsky jouent le rôle essentiel), la montée en puissance de Staline jusqu'en 1927 (dès la maladie de Lénine et de sa mort en 1923-1924), l'instauration du pouvoir absolu de Staline à partir de 1929.

Dès avant la révolution, les artistes en vue sont engagés dans des démarches révolutionnaires quant à l'art qu'ils pratiquent. Les formalistes, les avant-gardistes, les suprématistes, les artistes prolétariens, ça foisonne, ça s'affronte, ça s'anathémise, ça crée, ça bouleverse forme ou contenu, thèmes, sujets et manières, ça invente des mots, ça théorise à tout va. Futurisme, motorisme, automotisme, trépidisme, vibrisme, planisme, sérénisme, exacerbisme, omnisme, néisme, avérinisme, toutisme, autant de mouvements, de théories, éphémères car devant innover, produire du nouveau en permanence, être le démiurge de l'art en détruisant l'ancien pour y substituer du neuf, chaque artiste révolutionnaire tente de protéger ses trouvailles, les garde secrètes jusqu'à leur affirmation publique, en revue, expo, mise en scène, film, opéra. Là les critiques et jalousies se déchaînent. Ces rivalités feront le jeu du pouvoir autocratique, visant à se soumettre l'art, à mettre l'art au service de la révolution prolétarienne, au service de l'État prolétarien, détenteur des postes à pourvoir, des moyens à distribuer.

Période de guerre civile, période de famine, période de terreur policière et judiciaire, période de construction du socialisme dans un seul pays, de la collectivisation forcée, c'est pour les artistes une période difficile, une période le plus souvent de survie où l'on peut garder sa vie ou la perdre. Chacun va développer une ou plusieurs stratégies au cours de sa vie, plus ou moins brève. Chacun va répondre à sa manière, variable selon ce qui lui arrive, venu de l'État (la TchéKa, le NKVD), autorisation ou interdiction de voyage à l'étranger, emprisonnement et interrogatoire ou liberté surveillée, interdiction ou autorisation de représentation, censure ouverte ou discrète. Il y a ceux qui tentent de s'adapter à ce climat en louvoyant, menteurs envers l'autorité et fidèles à eux-mêmes, ceux qui se renient, avouent leur trahison ou remettent au travail leur œuvre selon les exigences d'état. Il y a ceux dont le prestige les protègera de la déchéance, il y ceux qui se suicident, ceux qui s'exilent, ceux qui meurent de maladie ou de faim. Il y a ceux qui y ont cru, ceux qui ont douté dès le début, ceux qui ont compris dès le début ou très vite.
Je ne nomme aucun de ces artistes. Todorov en parle très bien dans des récits bien documentés. On les accompagne parce que c'est un vrai travail de compréhension qui est entrepris. Un regret, rien sur Anna Akhmatova.

Deux parties :

  • De l'amour à la mort où sont présentés tous ceux qui sont encore dans nos mémoires pour peu qu'on aime les artistes d'où qu'ils viennent, Maïakovski, Meyerhold, Chostakovitch, Einseintein, Mandelstam, Tsvetaïeva, Pasternak, Boulgakov, Zamiatine, Babel, Pilniak, Gorki, Bounine ;

  • Kazimir Malevitch, cette 2° partie, nourrie des écrits de Malevitch, le créateur du suprématisme dont le célèbre Le suprématisme. Un monde-sans-objet ou le repos éternel, traduit par l'ami Gérard Conio, suit le parcours du plus radical des avant-gardistes, qui réussira à ne pas compromettre sa vision évolutive de l'art jusqu'à son achèvement dans un monde sans objet donc ayant rompu avec la représentation, le fondateur peut-être de ce qu'on appelle aujourd'hui l'art conceptuel qui, hélas, consiste souvent à savoir communiquer sur ce qu'on se propose de ne pas faire puis de faire et qu'on ne réalise pas pour que le désir de la chose manquante soit au comble. Mais paradoxe, dans ce désir de pureté, de purification, Malevitch va se révéler un implacable dénonciateur de l'univers stalinien et faire œuvre de résistance. L'analyse que fait Todorov de quelques œuvres de Malevitch est exemplaire. Je pense à celle des tableaux Sensation de danger ou Sensation d'un homme emprisonné. Ce n'est qu'en 1998 que l'on a pu voir les œuvres sauvées de Malevitch en Russie.

     

    Pourquoi le titre Le Triomphe de l'artiste ? Parce que les artistes broyés, affamés, torturés, censurés, internés, condamnés, isolés... par la machine diabolique du « tayrorisme » à la soviétique, à la Staline ont gagné sur le temps long. Les œuvres, celles qui n'ont pas été brûlées, détruites, ont survécu, sont réapparues au grand jour, sont à nouveau visibles, partagés, partageables quand depuis déjà 30 ans, ce système de mensonge, de délation, de répression au nom de l'édification de l'homme nouveau et de l'avènement de l'avenir radieux a disparu des écrans, travaillant cependant dans l'inconscient collectif et restant agissant dans cet « étrange » régime qu'est la Chine.

    L'épilogue est à analyser attentivement car Todorov revient sur son parcours intellectuel, idéologique depuis son départ de la Bulgarie. L'humaniste Todorov a choisi sans hésiter le camp de la démocratie, des démocraties. Au temps de la guerre froide, de la coexistence pacifique, on choisissait un des deux camps. Avec l'effondrement du mur de Berlin en 1989, avec l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, avec la fin de l'Histoire, avec le triomphe du capitalisme mondialisé et financiarisé, il est difficile de ne pas voir que le miroir et ses effets nous renvoie du système dominant actuel de curieuses images. Au nom de la démocratie, au nom des droits de l'homme puis du droit d'ingérence, voici l'Occident sous la houlette des États-Unis en croisade contre le Mal, contre le Terrorisme qui peut changer de visage selon les besoins, contre les États voyous ou criminels. Les guerres se succèdent, s'enchaînent, trainent, n'en finissent pas, Yougoslavie, Afghanistan, Libye, Irak, Syrie, Mali, Ukraine, Somalie, Yémen. Et ce qui devait devenir une démocratie pendant ou après l'intervention militaire à moins qu'on ait suscité une révolution orange ou un printemps arabe pour dégager les infâmes dictateurs devient un terrible chaos avec guerre civile, mercenaires au service d'intérêts pétroliers et gaziers, fuite des populations, flux migratoires et tout ce qui s'ensuit comme drames humains. Todorov reconnaît avoir eu du mal à reconnaître une similitude entre totalitarisme (stalinien, nazi) et démocratie, sourd à l'avertissement de Soljenitsyne à Harvard : à l'est, c'est la foire du Parti qui foule aux pieds notre vie intérieure, à l'ouest, la foire du commerce. Similitude ayant pour source, l'humanisme rationaliste qui proclame et réalise l'autonomie humaine par rapport à toute force placée au-dessus de lui. Cette hubris, cette démesure, ce prométhéisme, cet utopisme, ce messianisme ne sont donc pas que l'apanage des totalitarismes mais aussi des impérialismes se camouflant derrière le paravent de la démocratie et des droits de l'homme. Suit ce passage terrible : Vouloir éradiquer l'injustice de la surface de la Terre ou même seulement les violations des droits de l'homme, instaurer un nouvel ordre mondial dont seraient bannies les guerres et les violences est un projet qui rejoint les utopies totalitaire dans leur tentative pour rendre l'humanité meilleure et établir le paradis sur terre, (page 301). Cet humanisme rationaliste existe depuis la Renaissance, depuis les Lumières. L’épilogue incite à réfléchir sur l’humanisme rationaliste et sur l’histoire de la religion, Messe noire, dit le philosophe anglais John Gray: la politique moderne est un chapitre  de l’histoire de la religion. Dans les totalitarismes on utilise la coercition, la contrainte, le contrôle. Dans l'ultra libéralisme on utilise le consentement des gens. Regardez ce qui se passe quand vous installez une application sur votre portable, vous acceptez les conditions.

  • Todorov dans cet épilogue parle des démocraties libérales, des États et du risque possible de déshumanisation. Il n'évoque pas le messianisme de certaines multinationales qui se proposent via ce qu'on appelle le transhumanisme de modifier l'espèce, de développer l'intelligence artificielle. Et nos artistes là-dedans ? Dans ses formes l'art est souvent une résistance à l'uniformisation, à la systématisation. Nos artistes jouissent d'une réelle liberté. Se sentent-ils responsables envers leur art, envers leur société, leur époque. Adoptent-ils des stratégies de contournement du système, s'y opposent-ils, s'en accommodent-ils? Produisent-ils des œuvres sans compromission avec le système marchand, broyeur d'êtres, créateur de misère, destructeur de l'écosystème, fabricant d'idoles, d'icônes, faisant et défaisant les stars, les tuant ou poussant au suicide. Il faut une connaissance de l'art dit contemporain pour éventuellement répondre. Todorov reste muet sur les « artistes » de notre temps, de notre monde. Moi aussi.

  • Une exception, un article en lien sur l'artiste Anish Kapoor, acquéreur du Noir absolu, le Vantablack. Mais un artiste grec, Athanasios Zagorizios, a trouvé un noir plus noir. Wouaf, Wouaf. Et des vidéos sur Jannis Kounellis, décédé le 16 février 2017, un de l'arte povera dont on dit ceci sur wikipédia:

    Par rapport à ses maîtres, Kounellis montre vite une très forte urgence de communication avec le but de refuser les projections individualiste, esthétisante et décadente et d'exalter la valeur publique, collective du langage artistique. Dans ses premières œuvres, en effet, il peint des signes typographiques sur fond clair qui font allusion à l'invention d'un nouvel ordre par un langage fragmenté, pulvérisé.

    Les premières expositions voisines idéologiquement de l'arte povera remontent à 1967. Il emploie dans celles-ci des produits et matériaux communs suggérant pour l'art une fonction radicalement créatrice, mythique, sans concessions aux représentations pures. Il fait de façon évidente, référence à ses origines grecques. Ses installations deviennent de véritables scénographies qui occupent complètement la galerie et entourent le spectateur en le rendant acteur

  • Jean-Claude Grosse

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De l'âme/François Cheng

21 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #jean-claude grosse

couverture du livre De l'âme de François Cheng

couverture du livre De l'âme de François Cheng

De l'âme

François Cheng

Albin Michel, 2016

 

De François Cheng, j'ai lu un roman, L'éternité n'est pas de trop, les Cinq méditations sur la mort. J'apprécie mais sans le sentiment de l'essentiel, un essentiel que je cherche sans pouvoir être précis quant à ses contours, à son contenu. Si je vais vers François Cheng, c'est parce que je sens une recherche aussi, spirituelle au moins. Sa connaissance des sages et des peintrs chinois est un élément supplémentaire d'attirance. Ajoutée à cela, sa connaissance de ce qu'on peut appeler la culture française, plus large, plus complexe que la philosophie des Lumières et l'esprit voltairien, fait de François Cheng, non un homme écartelé entre deux cultures mais un pont possible entre deux cultures. La synthèses est-elle possible ? Un dialogue, oui, des connivences aussi. C'est donc avec envie que j'ai lu De l'âme.

Il s'agit de 7 lettres à une amie, à une femme, à l'automne de sa plénitude, qui l'a abordé dans le métro, il y a déjà longtemps, l'ayant reconnu alors qu'il n'était pas encore connu, femme d'une beauté qui l'avait interpellé, lui demandant comment elle pouvait l'assumer, avec laquelle il a eu quelques échanges par intermittences et qui l'interroge 30 ans après, suite à un constat qu'elle fait : Sur le tard, je me découvre une âme... Acceptez-vous de me parler de l'âme ?

D'abord réticent, à cause du climat intellectuel en France où ce vocable est marginalisé au profit du dualisme corps-esprit, où le matérialisme, le scientisme sont dominants, arrogants, il finit par vouloir faire la clarté aussi pour lui, soucieux de son âme et de ses liens avec l'Âme. Car postuler que mon âme est unique, expression de mon unicité, de ma singularité, source de mon unité, c'est aussi postuler la même chose pour chacun, ce qui renvoie à une universalité. Toutes les âmes sont uniques et unissent, ce qui permet de poser l'Âme universelle comme principe de Vie et puisque chaque âme est unique, irremplaçable, cela rend nécessaire le respect de l'autre âme, rend possible l'amour de l'autre âme. Il constate que toutes sortes de vocables sont utilisés pour ne pas employer le mot « âme », for intérieur, jardin secret, appareil psychique... mais ces usages révèlent la dispersion, l'éclatement du sujet, l'impossible identité, la perte de l'unité de l'être. Être déformé, difforme, à la Bacon.

Il revisite une intuition universelle, si le corps, l'animus est animé, vivant, c'est que quelque chose l'anime, l'anima. C'est le Souffle de Vie, le Aum indien, le Qi chinois, le Ruah hébraïque, le Rûh musulman, le Pneuma grec, l'Âme. Sans âme, le corps n'est pas animé, sans corps, l'âme n'est pas incarnée. Mais il faut ajouter, ce qui est premier, c'est l'âme, c'est elle qui porte le désir d'être qui est plus que l'instinct de survie, plus que le vouloir-vivre instinctif. L'âme est désir de vie et mémoire de vie, elle est ce qui nous permet de désirer, de ressentir, de nous émouvoir, de résonner, de conserver mémoire, de communier par affect ou par amour. Trois puissances en elle, le désir, la mémoire, l'intelligence du cœur. L'auteur aborde évidemment la distinction esprit-âme puisque au couple corps-esprit, il préfère la triade corps-esprit-âme. L'esprit raisonne, son champ est l'action dans les domaines de la vie sociale, politique, économique, juridique, éducative ; l'âme résonne, son champ est celui de l'amour, de la compassion, de la beauté et de la création artistique ; elle peut aussi s'égarer, se pervertir puis se repentir et se relever de l'exercice du mal ; elle est ange et démon. C'est elle qui prend en compte les souffrances et la mort, qui les intègre à la vie, à la Vie. Et de citer Hildegarde de Bingen : le corps est le chantier de l'âme où l'esprit vient faire ses gammes.

Il résume de façon claire les traditions chinoise, indienne, grecque (platonicienne) de l'âme. De nous prévenir contre une mésinterprétation du bouddhisme, radicalement agnostique vis à vis de l'âme : il n'y a pas d'entité permanente qui subsisterait après l'abandon du corps, tout est impermanence et la compassion bouddhiste ne consiste pas en un rapport d'âme à âme. De l'impermanence naît l'interdépendance de tous les êtres, dénués d'unicité. Il nous rapporte aussi les leçons des trois monothéismes. En particulier l'apport de Pascal avec ses trois ordres superposés. Il y a une verticalité de ces trois instances, l'ordre des corps, celui des esprits, celui de la charité, de l'amour.

Les lecteurs découvriront de belles pages sur la Joconde ou sur Léda (tableau perdu) de Vinci, et de montrer ce qui lie beauté et bonté, qui permet à l'âme de s'élever et de trouver sa voie dans la Voie, d'être l'oeil ouvert et le cœur battant de l'univers vivant, cela souvent au prix de grandes épreuves et souffrances mais aussi d'extases, de grands instants de félicité quand on contemple un lever, un coucher de soleil. Se sent-il petit, seul perdu dans l'univers, poussières d'étoiles, grains de poussière, celui qui contemple l'avènement de l'univers ? Oui, grain de poussière mais qui a vu. Tu es celui qui a vu. Et personne ne peut faire que tu n'aies pas vu. Le fait d'avoir vu est ineffaçable. Cet instant de rencontre donne sens à toi comme à l'univers. Instant d'éternité... Nous qui voyons de l'univers la part visible et qui en faisons partie, sommes-nous vus ? Si le voir n'était pas à l'origine, serions-nous capables de voir ? Oui, nous devons être assez humbles pour reconnaître que tout, le visible et l'invisible est vu et su par Quelqu'un qui n'est pas en face mais à la source.

Aum, âme, amen.

La sixième lettre est importante car elle parle longuement de Simone Weil, figure d'absolu du XX° siècle dit-il, caractérisé par un cheminement vers l'âme. Simone Weil, l'auteur de La pesanteur et la grâce (7 fois le mot esprit, 60 fois le mot âme), Attente de Dieu (5 fois le mot esprit, 100 fois, âme), Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain, titre remplacé par Camus L'enracinement, formidable inventaire des besoins terrestres de l'âme et du corps de chacun dont nous sommes tous responsables, l'auteur des Cahiers de Marseille qui s'écroule à 34 ans, morte d'anémie. Pour elle, les besoins de l'âme sont des obligations envers la Vie avant d'être des droits pour soi-même, exemple: l'âme humaine a besoin d'obéissance consentie et de liberté... ou l'égalité est un besoin vital de l'âme humaine, l'honneur est un besoin vital de l'âme humaine... Voici une puissante pensée de Simone Weil : la joie et la douleur sont des dons également précieux qu'il faut savourer l'un et l'autre intégralement, chacun dans sa pureté, sans chercher à les mélanger. Par la joie, la beauté du monde pénètre notre âme. Par la douleur, elle nous entre dans le corps. L'amitié est pour elle la vertu suprême. Simone Weil, figure à découvrir ou redécouvrir car articulant individuel et collectif, âme et corps, politique et morale, immanence et transcendance.

Je conclurai cette note en disant que François Cheng fait une présentation classique, traditionaliste de l'âme, persuadé qu'il y a Quelqu'un à la source, la Source de Vie. Son approche est spiritualiste sans être religieuse. Elle est critique à l'égard du matérialisme occidental dominant qui nous voit comme poussières d'étoiles, amas de molécules, faisceaux de neurones, la Vie et tout ce qui la constitue étant le fruit du hasard. Cette approche me semble ne pas tenir compte de tout un tas d'avancées scientifiques qui montrent bien les intrications entre le corps et l'esprit, et dans les deux sens, actions du corps, actions de l'esprit. Il n'est plus possible pour les scientifiques honnêtes d'être arrogants dans leur matérialisme. Une conception plus holistique se développe, le corps-esprit et c'est ce qui explique pourquoi des tentatives de synthèse sont entreprises entre science et tradition, entre médecine rationnelle et médecine ayurvédique. Être à l'écoute du « chant » de l'univers, être à l'écoute de son corps (qui lui nous écoute, mémorise ce que nous en faisons, comment nous le traitons sans mesurer les conséquences au plus infime, au plus intime), donner sens à ce que nous vivons, amour inconditionnel à ceux que nous aimons, créer de la beauté, agir avec bonté c'est le travail de l'âme dont je pense de plus en plus qu'elle a à voir avec l'éternité du livre que nous écrivons de notre premier cri à notre dernier souffle. Rendre l'âme, expression que Cheng ne relève pas (il note en mon âme et conscience, la force d'âme, un supplément d'âme, l'âme sœur, l'âme damnée, sauver son âme, la mort dans l'âme) c'est rendre un livre qui éternise au fur et à mesure nos émotions, sentiments, actions, pensées, puisqu'il sera toujours vrai que j'ai pensé ainsi, agi comme ça, aimé de travers, été ému aux larmes, une mémoire de vie à la Vie qui continue. Je signale au passage que Marcel Conche emploie le mot âme. Il distingue son âme ordinaire, âme commune, produit de l'éducation, du milieu, de l'époque et son âme authentique, incarnée dans son œuvre.

Jean-Claude Grosse

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sur 1907, batailles dans le midi/Philippe Chuyen/Les Cahiers de l'Égaré

7 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #cahiers de l'égaré, #agoras, #pour toujours

le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier

le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier

Le samedi 4 février à 17 H, à la librairie Le Bateau Blanc de Brignoles, fut présenté à l'invitation de son directeur, Gérard Desprez
1907, Batailles dans le Midi, la grande révolte des vignerons de Philippe Chuyen, publié aux Cahiers de l’Égaré
40 participants,
présentation du projet, lire ci-dessous,
lecture de la scène 1 (très actuelle),
un chant d’époque par la chorale Article 9 de Correns,
en présence du maire de Montfort sur Argens, du président du syndicat des vignerons du Var, de la présidente des caves coopératives du Var
le maire de Montfort m'a dit souhaiter faire un événement à Montfort,  avec expo photos de la révolte, lecture, dégustation…

Texte de présentation par Philippe Chuyen:

C’est plutôt le contraire qui se produit d’’habitude : lorsqu’on parle d’un livre de théâtre c’est qu’on s’intéresse au texte et peut être qu’on veut le monter, c'est-à-dire créer un spectacle à partir de ce texte. C’est en effet un peu curieux cette idée de vouloir éditer un texte à partir d’un spectacle qui a été créé il y a bientôt 10 ans et qui à présent n’est plus joué… Je fais ici les choses un peu à rebours, en sens inverse, c’est peut-être une manière aussi de remonter le temps, ce n’est pas mal de remonter le temps, ou plutôt de penser qu’on peut le remonter, le rattraper. Enfin de toute façon vous savez que ce qui est passé existe à tout jamais, que les rayons lumineux des espaces que nous avons créés filent quelques parts là-haut dans l’univers… Je sais ça nous fait une belle jambe mais c’est aussi le rôle des livres que de faire la « nique » au temps qui passe.

Donc, j’ai pensé que c’était dommage de laisser échapper la mémoire de cette aventure théâtrale qui se déroula entre 2007 et 2012 et qui fut une belle réussite tout de même, car avant tout ce fut une étroite collaboration entre une Cie de théâtre (Artscénicum) et une Chorale (Article 9) : 2 entités issues de deux villages voisins, très proches : Montfort, Correns : 2 villages un peu jumeaux et donc souvent pas d’accord. Ça c’était déjà une vraie réussite de les associer pour une fois, de les réunir pour l’amour de l’art. Même 10 ans après, il fallait le souligner.

Bien sûr je n’oublie pas que pour publier un livre, il faut un éditeur qui veut bien mettre son nom en bas à droite. Par chance, il s’est trouvé que depuis quelque temps j’en connaissais un. Un qui s’est intéressé aux Pieds Tanqués et qui a eu bien raison ! Merci à lui de m’avoir aiguillonné pour publier 1907. Il se trouve en plus qu’il aime bien le vin …. Et la perspective d’approcher les milieux viticoles n’était pas pour lui déplaire.

Bon. Mais de quoi parle-t-on ? Selon les historiens Le 9 juin 1907, 8000 personnes marchent dans les rue de Brignoles, ils sont près de 800 000 à Montpellier et beaucoup de varois dont notamment ceux de Néoules ont fait le déplacement. Si l’on est 100 fois plus nombreux le même jour à Montpellier, c’est que le mouvement a commencé non loin de là, dans l’Aude dans le village d’Argelliers. Là où la misère était sans doute la plus cruelle, à cette époque, pour le peuple de la vigne. Mais l’histoire nous raconte dans le même temps que si le mouvement est parti de ce petit village, c’est qu’il était aussi la patrie de naissance d’un homme déterminé, très déterminé : vigneron, cafetier, comédien, un peu illuminé tout de même, presque un fada pourrions-nous dire ! Mais si obstiné qu’on peut se demander si ce sont les événements qui l’ont révélé ou bien lui qui les a provoqués.

Durant près 7 ans avant 1907, il a parcouru les chemins, de village en village, pour soulever ses compatriotes, montant sur les platanes pour haranguer les gens et leur dire que la misère n’était pas une fatalité. Au début, on riait de lui puis on s’est mis à l’écouter et peu à peu, de fada il est passé au statut de prophète, de demi dieu. Il y avait quand même dans cette histoire de la matière à fiction.

Mais je ne vais pas ici raconter toute l’affaire, vous la connaissez sans doute et si vous l’avez oubliée ou bien si vous n’en avez jamais entendu parlé vous pouvez bien entendu acheter le livre (je remercie au passage M Despret de la Libraire le Bateau Blanc qui nous accueille aujourd’hui). Quant aux causes historiques et socio-économiques je vous renvoie à l’importante bibliographie sur le sujet. Beaucoup d’ouvrages ont été édités ou réédités en 2007 à l’occasion du centenaire.

Mais j’en reviens à l’édition de mon livre et l’importance de son sujet. La mémoire d’un pays, la mémoire de ceux qui l’ont construit, c’est en effet le fond de la marmite. Ce qu’on ne voit plus mais qui est fondamental. Et je pense que les événements de 1907 sont pour tout le Midi de la France et particulièrement pour le Var porteur de beaucoup de sens. Notre département a été par exemple celui qui a construit le plus de caves coopératives de 1914 aux années 50 . Et je le rappelle c’était un Montfortais Octave Vigne (ça ne s’invente pas !) qui fut responsable d’une mission interministérielle pour organiser, financer et accompagner le mouvement coopératif, mouvement dont Jaurès disait qu’il était un socialisme pratique.

Ces coopératives, conséquence directe du mouvement, ont structuré pendant longtemps la vie des villes et des villages. L’immense besoin d’organisation qu’avait la filière viticole s’est retrouvée dans la consolidation du syndicalisme à l’image de la Confédération Générale des Vignerons du Midi qui au lendemain de 1907 fut la première organisation indépendante en France à structurer une filière agricole et qui par la suite a permis de se battre et de toujours se relever.

Cette aventure nous rappelle donc que seul nous ne sommes rien, il n’y a que l’union, l’entraide et l’intérêt pour l’autre qui compte pour bâtir une société durable. Certes ce n’est pas facile de prendre des décisions à plusieurs mais cette expérience nous montre que de toute façon on n’a pas le choix.

Ainsi, j’en profite pour remercier du fond du cœur la Fédération des caves Coopératives du Var pour avoir favorisé à partir de 2008 la diffusion du spectacle et aujourd’hui pour l’ aide financière dans l’édition de ce livre, tout comme le syndicat des vignerons du Var.

Voilà nous allons à présent vous lire un extrait….

Philippe Chuyen

L’événement qui se développe là-bas et qui n’a pas épuisé ses conséquences, est un des plus grands événements sociaux qui se soient produits depuis trente-cinq ans. On a pu d’abord n’y pas prendre garde ; c’était le Midi et il y a une légende du Midi. On s’imagine que c’est le pays des paroles vaines. On oublie que ce Midi a une longue histoire, sérieuse, passionnée et tragique.

Jean Jaurès, 29 juin 1907

ACTE I / LA CRISE

Sur le plateau, un espace de jeu circulaire est délimité en fond de scène par une estrade étagée en forme d’arc de cercle et par deux bancs et des portants à costumes à jardin et à cour. Deux musiciens sont assis devant l’estrade.

Lumière faible. Des coulisses, des slogans sont lancés.

  • –  Sept ans que nous serrons la ceinture et nous sommes au dernier cran !

  • –  De tant sarrar, la talhòla peta ! 1

  • –  Beure tant de bon « bi » e posquer pas manjar de pan ! 2

  • –  Qu’anam devenir se vendèm pas lo bi ? 3

  • –  La France s’arrête-t-elle où commence la vigne ?

  • –  Sensa cèla la baudu a pòt pas virar ! 4

  • –  Fau que nos donen rason o la bombarda petarà ! 5

  • –  Crebar de fam en bolegant la terra, jamai ! 6

    1. « À trop serrer la taillole se déchire ! »
    2. « Boire autant de bon vin et ne pas pouvoir manger de pain ! » 3. « Qu’allons-nous devenir si nous ne vendons pas le vin ? »
    4. « Sans celle la toupie ne peut pas tourner ! »
    5. « Il faut qu’on nous donne raison ou la bombarde va cracher ! » 6. « Crever en remuant la terre, jamais ! »

– Du pain ou du plomb !
– Perqué tant sucrar lo vin quand los impòsts son tant salats !
1 – L’orage gronde gare aux éclats !
– La correja a plus gès de trauc !
2
– Vive le vin naturel, la sane des vieux de 60 ans !

Une musique de Requiem démarre. Le chœur en coulisse entonne une plainte sans parole. Puis, les uns après les autres, les choristes entrent en scène, se posi onnent et se répar ssent sur l’estrade.

* Scène 1

Les comédiens entrent, se placent sur le devant de la scène et s’adressent au public.

1er comédien – Le 9 juin 1907, venues de tout le sud vi cole mais surtout des quatre départements du Languedoc : Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales, 800 000 personnes marchent dans les rues de Montpellier.

2e comédien – Au même instant, de l’autre côté du Midi, 8 000 personnes dé lent dans le Var, à Brignoles.

1er comédien – Les processions sont saisissantes. Les manifestants paraissent calmes mais sur les visages on peut lire une farouche détermina on.

1. « Pourquoi autant sucrer le vin quand les impôts sont si salés ! »

2. « La ceinture n’a plus de cran ! »

Chant Enfants de la viticulture, 1907, Marius Birot, chanté par la chorale Article 9 de Correns

Enfants de la viticulture

Marchons sous le même étendard

La misère enfin est trop dure,
Il faut agir et sans retard (bis).

Argelliers nous donne l’exemple,

Suivons ce groupe de vaillants.

Agissons car il en est temps,
Et que personne ne contemple.

Aujourd’hui c’est plus les paroles,

Ce sont des actes qu’il nous faut.

Nous portons au front l’auréole,

Du travail, voilà notre drapeau.

Ce n’est pas un but poltique

Qui guide notre mouvement.

C’est pour honorer la République.

Donnez du pain à nos enfants !

Ce pain, si on nous le refuse,

Viticulteurs nous le prendrons,

Depuis longtemps on nous amuse.

Aujourd’hui, exigeons !

Vivre en remuant notre terre,

Ce qui est notre sol natal.

Notre pays méridional
Doit briser toutes les barrières.

Amour sacré de notre Vigne.
Ton jus doit élever les cœurs,
Nous saurons de toi nous rendre dignes.

Soutiens-nous et nous serons vainqueurs.

Roussillon, toi force vivante,
Regarde l’Aude et l’Hérault,
Ne reste pas indifférente,
Ne formons plus qu’un seul réseau ! »

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La nuit où le jour s'est levé / Théâtre du Phare

16 Janvier 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #spectacles, #agoras

la métaphore des mains accoucheuses, la roue Cyr aux usages physiques et métaphoriques "efficaces", photos de  CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
la métaphore des mains accoucheuses, la roue Cyr aux usages physiques et métaphoriques "efficaces", photos de  CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

la métaphore des mains accoucheuses, la roue Cyr aux usages physiques et métaphoriques "efficaces", photos de CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

La nuit où le jour s'est levé

(ou le désir d'enfant comme chemin spirituel)

Théâtre du Phare

J'aurais pu aller voir ce spectacle rien que sur ce titre. La nuit se suffit comme nuit, le jour comme jour, entre ces deux grands moments du rythme quotidien, le rythme nycthéméral, arrivant alternativement, jour puis nuit, des états fugaces entre chien et loup, loup et chien et nous, vivant selon des rythmes circadiens, commandés par nos horloges biologiques internes toutes les 24 H, liées au rythme naturel nycthéméral et qui régulent le rythme de l'état de veille/sommeil, le rythme de la pousse des ongles ou des cheveux, le rythme de la production d'hormones, la pression sanguine, l'état de vigilance, la température corporelle...

Pour dire la nuit où le jour s'est levé, il faut que quelque chose se soit déréglé, mon rythme : sommeil profond-sommeil paradoxal-éveil s'est déréglé, insomnie ou réveil brutal provoqué par un rêve, un cauchemar, je passe le temps de nuit qui reste en activités diurnes, le reste de la journée sera maussade. Ne pas jouer avec les rythmes circadiens et nycthéméral, l'absence de sommeil engendre de graves conséquences en quelques jours. S'il vous plaît, laissez-moi dormir quand c'est l'heure et pour le temps qu'il faut, mes 8 H.

Ah, ce n'est pas le sens du titre ? C'est une métaphore qui signale un moment d'illumination, le moment où de l'obscurité, jaillit la lumière, une révélation, une vérité enfouie ? Ce spectacle racontera donc l'histoire d'une émergence, d'une révélation, d'une remontée au grand jour à l'occasion d'une nuit particulière. Ce qui émergera, ce sera l'inouï désir d'enfant.

Longue digression sur un titre, exercice souvent enrichissant.

J'ai donc vu vendredi 13 janvier 2017, date de chance, au PJP, Pôle Jeune Public, au Revest, la nouvelle création du Théâtre du Phare, La nuit où le jour s'est levé; j'ai beaucoup aimé; un grand moment de douceur, une ode à l'amour parce que trois hommes portent une voix de femme, Suzanne, 23 ans, en désir d'enfant (un tel désir a peu à voir avec le désir majoritaire de se trouver un homme ou une femme, en général pour peu de temps, j'y reviendrai), font le récit des péripéties de la vie de cette femme qui livrant sa vie au hasard (pas par la méthode de la roulette russe, celle-là a ma préférence, on peut opter aussi pour le Yi Jing, pour les dés) découvre par hasard l'amour (pas celui que vous croyez, attendez, cherchez), un amour sans raisons, sans explications ou justifications mais incarné qui l'amène à triompher des obstacles rencontrés, extérieurs (il y a toujours des obstacles quand les papiers sont de faux-papiers ou ne sont pas valables partout, quand le mensonge est d'abord l'arme du démuni avant de faire choix de dire simplement la vérité; sans papiers, apparemment on n'est rien; des solidarités inattendues ou sollicitées vous viennent en aide et vous sortent de là) et intérieurs (doutes, hésitations, bonnes raisons de la raison); fabuleuse fin, ce sont les gendarmes qui font passer la frontière à cette femme "enceinte" d'un enfant encore sans nom qu'elle porte contre son ventre, pas dans son ventre, sous son manteau, le gosse étrangement calme, miracle.

Trois auteurs: Sylvain Levey, Magali Mougel, Catherine Verlaguet (écritures efficaces, narratives et expressives, je n'ai pas vu ou senti les coutures, c'est une écriture à 6 mains m'a précisé Catherine Verlaguet), un metteur en scène subtil, Olivier Letellier, qui évite l'illustration et sait proposer des métaphores comme celle des mains qui aident à l'accouchement clandestin, une scénographie fluide dans sa complexité, l’usage ludique d’un lampadaire comme téléphone, un jeu d'acteurs et circassiens convaincant et prenant, très beaux usages de la roue Cyr (elle est utilisée pour représenter des lieux, des gens, des conflits), dans des éclairages clairs-obscurs, fluides comme nuages atténuant la lumière du soleil.
Bref, pour moi, un moment rare sur l'aile de l'Amour, plus fort que le monde dans sa brutalité, plus fort que nos mauvaises raisons et nos mauvaises peurs.

À débattre éventuellement, est-ce vraiment une pièce sur l'engagement, sur les petits engagements au quotidien (quid du "grand" engagement politique ou citoyen compatible d'après moi avec le "faire sa part" des Colibris) comme le dit l'équipe dans son dossier de présentation ou est-ce une ode à l'amour ? Les deux, camarade, si on affirme, l'amour est engagement, n'est qu'engagement ce qui n'est pas encore compris ni vécu par le grand nombre, méfiant devant cette puissance spirituelle unifiant corps et esprit, m'unissant à tout ce qui existe, visible, invisible, infime, infini, présent impermanent mais jamais manquant, passé éternellement mémorisé...; précision : l'amour comme engagement a peu à voir avec la volonté (ou avec Meetic) même si elle compte; l'Amour comme puissance, comme pouvoir d'unification et d'universalisation, non comme sentiment générateur de chaos affectif m'embarque, m'enveloppe, m'englobe, m'engage corps et âme, contre ma volonté s'il le faut, contre ma raison si nécessaire; ce n'est pas le triomphe de l'irrationnel ou de l'inconscient sur le calcul, la stratégie de vie du chacun pour soi; c'est une plongée ou un envol, les deux, camarade, dans la Vie créatrice.

Le désir d'enfant de Suzanne, 23 ans, ce n'est pas un projet de vie, ce n'est pas un calcul, c'est un désir de connexion à la Vie, à la transmission d'une vie puis d'une autre et ainsi de suite, longue lignée (je n'emploie pas chaîne) de passeuses et de traversées, une aventure de femmes, inaccessible aux hommes même avec toute l'empathie possible, avec tout l'accompagnement enchanté à la manière de Magali Dieux (voir la formidable vidéo en lien); le désir d'enfant c'est s'inscrire, c'est surtout être inscrit, embarqué, engagé dans ce qui m'a précédé et dans ce qui me suivra, balayé mon petit « moi », mon ego, l'enfant comme projection, prolongement de moi, substitut phallique. Dans cette pièce, le désir d'enfant prend le visage, le corps d'un enfant, d'un garçon qu'elle aide à naître et que la mère biologique « abandonne » parce que les conditions politiques et sociales l'obligent à ce renoncement, on est au Brésil, en un temps de dictature, il y a des trafics d'enfants, le couvent est un lieu hors norme transformé en maternité clandestine. Ce n'est donc pas son corps qui porte l'enfant, c'est pourtant elle qui se trouve investie par la mère supérieure, Maria Luz, du soin de l'enfant et qui va s'investir dans le soin d'abord de l'éloigner de son pays d'origine où l'attend le pire des sorts, donc de le ramener avec elle en France puis de l'adopter dans son pays d'adoption. C'est donc un enfant réel et symbolique qui va incarner son désir d'enfant, elle n'est sans doute pas stérile, on ignore si elle a connu des histoires sentimentales et sexuelles avec des hommes, c'est sans importance. Elle va se retrouver mère, la mère, après avoir dit OUI à ce que le hasard lui a proposé sur son chemin d'aventures, chemin où les obstacles tant extérieurs qu'intérieurs comme les bonheurs sont des "appuis" pour en faire un cheminement spirituel. Le désir d'enfant est décrit dans cette pièce pour ce qu'il est fondamentalement, un don de la Vie, on peut dire aussi du Hasard créateur, cher à Marcel Conche et donc une adoption, une acceptation. Il met en jeu des coïncidences, des synchronicités, encore faut-il entendre ou voir, être disponible, mot à revisiter, la disponibilité me semblant relever du silence, du vide plus que d'une aptitude, attitude à tout recevoir, plutôt attitude d'accueil à ce qui s'offre. Chapeau pour cette forte vision de la maternité, de la mère qui rejoint de grandes traditions de sagesse et d'initiation, invitation à l'Amour.

(J'ai tenté de parler de ce désir d'enfant dans une note sur "Le silence d'Émilie" de Marcel Conche ou dans ma pièce "L'éternité d'une seconde Bleu Giotto". C'est là-dessus que je travaille en ce moment, pour un grand bout de temps, sur "Ma dernière bande, rendre l'âme", car en partant, nous rendons. Quoi ?

Le désir d'enfant de Suzanne est désir de vie et en même temps porteur de "mort", je mets exprès des " " à "mort" car je suis de plus en plus persuadé que nous avons une vision simpliste, sclérosante, apeurée de la mort)

(merci Emmanuelle Arsan pour nos 17 ans de correspondance heureuse, sans rencontre, sans rien entre nous qui pèse ou qui pose, Khalil Gibran (lire les pages formidables du Prophète sur ce qu'est un enfant), Marcel Conche (pour sa métaphysique du Hasard), Deepak Chopra (pour Le livre des coïncidences , Le chemin vers l'amour) et autres passeurs)

Jean-Claude Grosse, le 16 janvier 2017

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Le fabuleux pouvoir de vos gènes/Deepak Chopra

4 Janvier 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #agoras

deux livres stimulants, accessibles, sans concessions
deux livres stimulants, accessibles, sans concessions

deux livres stimulants, accessibles, sans concessions

Le fabuleux pouvoir de vos gènes

Deepak Chopra, 2016

Livre de 384 pages, le fabuleux pouvoir de vos gènes demande de l'attention et de la persévérance. J'ai mis plusieurs semaines à le lire parce que je me suis essayé à effectuer un certain nombre de choix faciles dans différents domaines, alimentation, activités, méditation... Ce sont des choix pour la vie, il n'y a donc pas lieu de se précipiter, il faut évaluer ce qui nous convient. Ce n'est pas un livre de prescriptions, c'est un livre de conseils que chacun est libre de suivre selon ses besoins, ses désirs, ses buts. Il y a donc lieu de faire le point, une sorte de bilan, un peu comme le dit l'inscription d'un cadran solaire non loin de chez moi : si tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi, fais la pause et regarde d'où tu viens.

Je ne vais pas décrire mes choix et décisions. Chacun doit les faire pour lui-même s'il est convaincu de l'intérêt profond de ce qui est proposé. Que ces choix et décisions soient complètement fondés scientifiquement, rien n'est moins sûr. Mais la probabilité est grande. Et surtout, le fait de croire aux effets positifs de ce que l'on décide se suffit comme le prouve le fameux effet placebo. Nos convictions, croyances sont agissantes.

Avec ce livre, il en est de même avec le précédent, le fabuleux pouvoir de votre cerveau, Deepak Chopra fait le point sur ce que nous savons, met en question les hypothèses, évalue les effets possibles de ce savoir évolutif sur les gènes. C'est une somme, vivante, non une bible, sur les usages possibles au quotidien d'un savoir récent, en construction, qui met à mal nombre de certitudes, de lieux communs nous venant d'un savoir précédent, devenu obsolète en grande partie, mais qui continue à être colporté, diffusé, partagé. La réactivité de la "communauté" scientifique aux avancées techniques, scientifiques est freinée par des lourdeurs, des enjeux de prestige, de profit, par des cabales, des résistances dogmatiques. La réactivité de la société est bien entendue en résonance avec celle de la "communauté" scientifique, « communauté » étant un euphémisme. Selon le niveau de culture, le statut socio-professionnel et autres déterminations plus ou moins agissantes, les groupes et les individus seront plus ou moins en phase ou plus ou moins en décalage avec l'état actuel des connaissances, avec l'état actuel des polémiques, avec l'état actuel des incertitudes.

Au sortir de ce livre, ce qui domine pour moi est l'impression d'avancées, de percées aux potentialités considérables mais aussi le sentiment que nos savoirs sont plein d'incertitudes, qu'ils ne sont pas acquis durablement, qu'ils sont instables. Il faut donc avoir une curiosité scientifique inlassable, hélas difficile, imposssible à satisfaire car les domaines concernés sont très spécialisés, que les spécialistes sont souvent seuls à se comprendre, que la vulgarisation n'existe pas ou peu, que les passeurs de ces savoirs évolutifs, voire révolutionnaires, sont rares. Autrement dit, l'objectif de vivre avec son temps, avec son temps scientifiquement parlant, qu'il s'agisse de nous, notre corps, notre esprit, qu'il s'agisse de la Terre, de l'Univers, est un objectif inatteignable mais auquel, pour ma part, je préfère ne pas renoncer. Me voir et me vivre selon ce que nous savons aujourd'hui de nous, vivre dans un Univers selon ce que nous en savons aujourd'hui me semble une tentative difficile mais aux effets bénéfiques, en tout cas préférables aux effets sclérosants des modèles précédents obsolètes ou en cours d'obsolescence. Et pour tout dire, je préfère passer une partie de mon temps à me mettre au courant (expression intéressante) de l'état actuel des recherches qu'à m'indigner en permanence des histrions qui occupent le devant de la soi-disant scène qui compte.

Obsolète, la séparation inné-acquis. Obsolète, l'ADN, signature immuable d'un individu. Obsolète, la démarche par causalité linéaire : un symptôme, une « maladie », un traitement. Obsolète probablement, le darwinisme pur et dur confiant au hasard seul, le moteur de l'évolution.

À reconsidérer, les rapports corps-esprit ou corps-mental. Le rôle, la place de la mémoire, des mémoires (le domaine à mon avis, le plus important comme le montre l'ADN, mémoire vivante, agissante en permanence de 3,5 milliards d'années d'évolution, c'est cette mémoire qui est à considérer comme intelligence créatrice, évolutive; l'IA -intelligence artificielle- a beaucoup à nous apprendre sur comment un système se corrige, se développe...). À reconsidérer, nos croyances sur la mort, les représentations que nous en avons. Faire appel à de nouveaux outils, concepts et réalités, la causalité nébuleuse, l'intelligence auto-organisationnelle par rétro-action, feed-back, homéostasie, le génome et sa plasticité, l'épigénome et ses capacités réparatrices ou destructrices découvertes par l'épigénétique selon qu'il y a activation ou désactivation par méthylation , le microbiome (les milliards de bactéries, plus nombreuses que nos cellules qui nous colonisent, très lointaines ou très anciennes et sans lesquelles nous ne pourrions digérer et nous défendre...) et ses interactions au plus petit niveau avec nos cellules. Admettre que nos corps fonctionnent bien, en harmonie, que nous n'avons presque qu'à laisser faire, sauf dans les domaines essentiels de l'alimentation, du sommeil, du stress, de l'activité physique, de l'environnement dans lequel nous vivons, que les dérèglements sont rares, peuvent être partiellement prévenus par une bonne hygiène et qualité de vie, la diversité des cellules et des organes n'étant pas régie par la seule loi de la survie pour chacune et chacun, auquel cas ce serait la guerre permanente en nous mais aussi par une autre loi, le service de l'ensemble, le vivre ensemble si je puis dire, chacun restant spécialisé mais en lien avec le reste, avec l'ensemble, ce n'est pas seulement chacun pour soi, c'est chacun pour tous (à relever le fait que cette diversification, cette spécialisation des cellules et des organes, 79 organes dans le corps humain dont un vient d'être découvert et nommer - il s'appelle le mésentère et est situé dans le système digestif, reliant l'intestin aux parois abdominales, on ne connaît pas encore ses fonctionns -; cette diversification est obtenue à partir d'une cellule qui se divise par mitose, 2 donnent 4 puis très vite on est à des milliards, d'où problème métaphysique, l'indéfiniment grand est-il engendré par division de l'unité ou faut-il postuler l'infini pour en dériver tout ce qui est fini, comptable ?). Ne pas s'énerver quand des paradoxes surgissent et ils sont nombreux, contribuant à nous déstabiliser. Porter un regard différent, nouveau sur nos maladies, l'Alzheimer (pour se faire une idée de comment on a avancé dans ce domaine, on lira L'éclipse de Rezvani où celui-ci décrit avec force détails, sorte de confession implacable, le développement de la maladie chez sa femme, Lula), les cancers, le diabète, l'obésité, nos dépressions. Ne pas croire à la toute puissance de nos choix de vie. Ne pas croire à leur inutilité pour retomber dans les mêmes compulsions de répétition. Avoir plutôt une approche holistique, corps-esprit, une approche tenant compte du contexte environnemental (vit-on en zone fortement polluée ou a-t-on la chance d'y échapper partiellement, ai-je échappé au nuage de Tchernobyl ou pas ?), interrogeant les comportements, remontant dans la psycho-généalogie pour découvrir de possibles héritages par transmission sans doute épigénétique après avoir été culturels et familiaux, une approche consciente de l'impact des mémoires qui nous constituent, donc des durées historiques dont nous sommes les héritiers et les passeurs. Je pense même qu'il faut élargir cette conscientisation jusqu'aux étoiles dont nous sommes des poussières.

Évidemment, je dis tout cela avec mes mots, pour me rendre accessible ce que j'ai retiré de ce livre stimulant, offrant un nombre important de nouvelles connaissances, portant sur la place publique les différends traversant la « communauté » scientifique dont l'ultime différend, métaphysique, primat de la matière, du hasard créateur, option matérialiste dominante chez les scientifiques, primat de la Conscience, d'une Intelligence créatrice, option spiritualiste, minoritaire chez les scientifiques, (il ne semble pas nécessaire de considérer cette Intelligence comme ayant à voir avec « Dieu », avec le créationnisme; comme je l'ai signalé plus haut, je pense que c'est la mémoire qui se constitue, qui se transmet, qui évolue, qui s'adapte, le moteur de cette intelligence créatrice). J'opte pour un mixte des deux, pour une approche corps-esprit, étroitement reliés.

Un exemple de la fécondité de cette approche. L'ADN de chacune de nos cellules, déplié, fait 2,5 m. Sont mémorisés 3,5 milliards d'années d'évolution des espèces avec 4 lettres A, C, G, T enroulés en double hélice, ingéniosité de stockage, ingéniosité de reproduction, de réparation... Par exemple, le chromosome1 humain, qui est le plus grand des chromosomes humains, contient environ 220 millions de paires de bases pour une longueur linéaire de 7 cm. L'ADN recèle toute l'information génétique permettant aux êtres vivants de vivre, de croître et de se reproduire. Certains constituant de l'ADN, l'adénine, la guanine semblent avoir été formés dans l'espace. Cette mémoire n'est pas une mémoire figée, c'est une mémoire évolutive dans le temps, l'évolution continuant, évolution dont on peut penser qu'elle s'accélère avec ce que l'épigénétique nous apprend, à savoir que des modifications acquises de comportements, transmises culturellement sont, dès une ou deux générations, aussi transmises épigénétiquement, transmission dont on ne sait pas dire encore sur combien de générations elle s'effectuera. Ces découvertes modifient l'approche inné-acquis, obligent à reconsidérer les rapports nature-culture (pour le dire clairement, il y a une intelligence créatrice de la nature, de l'univers, de la vie, du corps qui est sans doute sous-estimée par rapport à l'importance accordée à l'éducation, à la culture comme vecteurs de transmission; la tentation cartésienne, l'homme maître de la nature, est toujours dominante; humilité SVP; les mémoires de la Vie sont autrement plus efficaces que cette "mémoire" qu'on appelle Histoire, leçons de l'histoire; l'homme en société n'est pas capable pour le moment de s'auto-réguler, s'auto-corriger; des individus par démarche personnelle évoluent considérablement; un mouvement de fond semble se dessiner mais évidemment les accrocs au fric et au pouvoir veulent se servir au passage d'où le développement de toutes sortes de techniques et stages de bien-être). Cette mémoire est agissante à tout instant car les cellules meurent plus ou moins vite, certaines très rapidement, de l'ordre de la seconde, cellules gastriques par exemple, et donc elles doivent se reproduire à l'identique, se répliquer quasi en permanence (nous avons un corps nouveau, le même et un autre tous les 5 ou 6 mois). Autre information et non des moindres, notre ADN a une durée de vie d'1 million et demi d'années après notre mort. Le clonage a de beaux jours devant lui et donc une certaine immortalité. On ne s'explique pas autrement les recherches à visée très messianiques et lucratives de géants de l'IA comme Google et d'autres. Dernière information: seulement 10% de notre ADN est utilisé pour la fabrication de protéines. C'est ce sous-ensemble d'ADN qui intéresse les chercheurs occidentaux et qui est actuellement examiné et catégorisé. Les autres 90% sont considérés comme de l'ADN junk, l'ADN poubelle dit Deepak Chopra. Cependant, les chercheurs Russes, convaincus que la nature n'est pas stupide, ont rejoint les linguistes et les généticiens en entreprenant d'explorer ces 90% de d'ADN poubelle. Leurs résultats et conclusions sont tout simplement révolutionnaires ! (voir le 1° article en lien ci-dessous).

L'ADN étant utilisé par les êtres vivants pour stocker leur information génétique, certaines équipes de recherche l'étudient comme support destiné au stockage d'informations numériques au même titre qu'une mémoire informatique. Les acides nucléiques présenteraient en effet l'avantage d'une densité de stockage de l'information considérablement supérieure à celle des médias traditionnels avec une durée de vie également très supérieure. Il est théoriquement possible d'encoder jusqu'à deux bits de données par nucléotide, permettant une capacité de stockage atteignant 455 millions de téraoctets par grammes d'ADN monocaténaire demeurant lisibles pendant plusieurs millénaires y compris dans des conditions de stockage non idéales; à titre de comparaison, un DVD double face double couche contient à peine 17 gigaoctets pour une masse typique de 16 g, soit une capacité de stockage 400 milliards de fois moindre par unité de masse.

Prospective personnelle. Il me semble qu'on peut aborder le paradoxe never more, for ever sous l'angle de la mémoire. Tout ce que nous vivons d'immatériel, ce que nous pensons, éprouvons, ressentons, tout cela passe, ne reviendra pas, est passé une fois pour toutes, never more; il n'y a que l'instant présent en déduisent certains, vivons l'instant présent devient un mot d'ordre, rétrécissant, réducteur. Or, il sera toujours vrai que ce qui a passé a eu lieu, for ever, il sera toujours vrai que mon amour pour toi au jour le jour, instant par instant, a duré 50 ans. Outre que je m'en souviens avec plus ou moins de fidélité (en réalité nos mémoires construisent des fictions, des légendes; les chercheurs montrent aujourd'hui que se souvenir c'est se tromper), la mémoire au jour le jour de cet amour existe. Il en est de même de tout ce que j'ai pensé, éprouvé, ressenti, de mon premier cri à mon dernier souffle. J'écris donc un livre non pas d'éternité mais d'immortalité, infalsifiable, véridique, pas écrit d'avance ni utilisé pour un quelconque jugement dernier, livre que je rends en rendant l'âme, expression à revisiter en dehors de toute référence religieuse. Où est stocké ce livre d'immortalité ? Filant la métaphore du livre, on imagine une bibliothèque de tous les livres de chacun, une Babel cosmique. Il me semble que ce livre qui s'écrit instant après instant doit se mémoriser instant après instant dans notre cerveau, dans 4 neurones de notre hippocampe (4 neurones suffisent vu ce que j'ai dit plus haut sur la capacité de stockage dans les nucléotides), peut-être même se mémoriser épigénétiquement. Mais je ne suis pas un chercheur, seulement un questionneur.

J'espère vous avoir donné l'envie de faire votre usage personnel d'un livre qui peut permettre de vivre sa vie, autrement, « mieux », plus sereinement, plus responsablement, de façon plus élargie (le corps comme enveloppe est une notion un peu trop limitée, de même le corps comme machine, on est, on n'est qu'échanges, vie et mort cellulaire en permanence, toujours le même, toujours renouvelé), plus ouverte (sur les autres, à appréhender comme personnes plus que comme groupes, foules, masses, sur la Terre comme auto-organisation de mondes se survivant (la loi du plus fort, la loi du mieux adapté) et en même temps inter-dépendants (la chaîne alimentaire, les éco-systèmes...), l'univers comme le grand milieu ayant rendu possible sous certaines conditions et constantes, la Vie, vivre de façon plus consciente et plus libre, plus créative, plus intelligente, comme un Grand Jeu.

Mais ne soyez pas dupe de la présentation dithyrambique de l'éditeur :

« Selon les auteurs du best-seller Le fabuleux pouvoir de votre cerveau, contrairement à une croyance profondément ancrée, nous ne subissons pas nos gènes : nous pouvons en tirer parti. Les perspectives soulevées par la génétique nouvelle sont palpitantes. Vous découvrirez dans cet ouvrage comment influencer vos gènes de manière à transformer votre vie comme vous le souhaitez. Car vos gènes sont dynamiques et réagissent à tout ce que vous pensez, dites et faites.
Les Drs Deepak Chopra et Rudolph Tanzi vous indiquent les éléments clés pour ne plus subir votre patrimoine génétique : alimentation, sport, méditation, sommeil et gestion du stress et des émotions, tels sont les leviers que tout un chacun peut utiliser pour obtenir des effets sans précédent sur la prévention de la maladie, l’immunité, le vieillissement et les troubles chroniques.
• ouvrage révolutionnaire, qui prend le contre-pied de croyances obsolètes dans les milieux scientifiques et au sein du grand public
• ouvrage à la pointe de la science, mais très accessible à un public non averti
• des clés pratiques et éprouvées pour agir sur ses gènes et sa vie
• des connaissances illustrées par des récits touchants et bien réels
• ouvrage bénéficiant du soutien d’une partie de la communauté scientifique ».


Jean-Claude Grosse, 4 janvier 2017

 

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Yvon Quiniou sur les Entretiens de Marcel Conche

12 Décembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Yvon Quiniou sur les Entretiens de Marcel Conche

Les Entretiens avec Marcel Conche :

un livre à lire pour accéder facilement et d’une manière vivante à la pensée du plus grand philosophe français actuel.

Ce livre est la transcription écrite d’entretiens, parus d’abord en CD (chez Frémeaux), auxquels Marcel Conche s’était prêté sans réticence, avec sa vivacité d’esprit persistante (malgré son âge), mais aussi son humour, sa capacité de répartie, son amabilité et son ouverture au dialogue… même s’il prétend résolument avoir raison dans ce qu’il dit. !

Je ne résumerai pas cet ensemble passionnant d’échanges avec J.-P. Catonné, A.Comte-Sponville, F. Dastur, G. Kircher et moi-même, tant les approches par les uns et les autres (la plupart universitaires) de la philosophie de Conche peuvent diverger, malgré des proximités évidentes et surtout une admiration commune pour elle. Je préfère rendre compte directement du contenu de cette philosophie originale, formulée dans ses livres au moyen d’une langue lumineuse (qui nous change du pathos contemporain) et qu’il synthétise d’une manière remarquablement claire d’emblée, dans son intervention liminaire. Un ensemble de thèses, donc, formant une axiomatique cohérente, mais qui bute sur trois difficultés que je soumettrai au lecteur.

1 Il n’y a qu’une réalité, la Nature, infinie réellement (et non indéfiniment étendue) et qui produit tout, l’homme inclus. On peut la dire le Poète suprême, sans métaphore aucune, en prenant ce terme dans son sens originel qui renvoie à l’idée de création et d’invention. Elle est omni-présente, omni-englobante et omni-déterminante.

2 Elle est dans le temps, inséparable de lui, temps infini, à distinguer du temps rétréci et fini de notre existence individuelle qui, rapportée au précédent, nous fait prendre conscience de notre finitude essentielle et angoissante, sinon tragique.

3 Il faut la distinguer de l’idée d’« univers » et de celle de « monde ». A la suite d’Epicure et en conformité avec la science moderne, Conche affirme qu’il y a ou peut y avoir une multitude d’univers au sein de cette Nature totale. Le concept de « monde » désigne alors, au sein de notre univers, cette partie de la réalité avec laquelle nous sommes en relation et qui fait sens pour nous, individus ou espèce humaine, ou avec laquelle chaque espèce animale est elle-même en rapport. Point de communication véritable entres ces « mondes » vivants ou existentiels – ce qui nous renvoie à une solitude essentielle, inhérente à notre « for intérieur », mais ce qui interdit aussi de concevoir un monde unique et ordonné, au profit de multiples perspectives éclatées… alors qu’un univers est lui ordonné, s’offrant ainsi à la connaissance scientifique qui, elle, est « indéfinie », sans fin.

4 La réalité naturelle étant prise dans le flux du temps infini, cette approche « néantise », en quelque sorte, les « étants » finis en les ramenant à pas grand-chose et, finalement, à des « apparences » fugaces. Il faut entendre ce point avec le sens original que lui donne Conche et la difficulté qu’il entraîne. L’originalité : il ne s’agit pas d’une apparence pour un sujet qui serait trompé par elle, ce qui en ferait, dans une perspective sceptique, une illusion ; ni d’une apparence de quelque chose dont elle masquerait l’essence – un peu comme le phénomène chez Kant, distingué de la chose en soi. Non, il s’agit d’une apparence absolue ou pure, d’une apparence en soi qui a pour effet, selon moi, de déréaliser la réalité naturelle. D’où la difficulté : comment concilier l’idée que la Nature est le principe ontologique suprême, générateur de toute chose… et celle qu’elle ne serait qu’un ensemble d’apparences ? Il y là une tension logique entre ces deux points de vue sur « l’être.».

5 Il s’ensuit clairement, de tout ce qui précède, un athéisme radical et fortement revendiqué, qui constitue une singularité dans le paysage philosophique contemporain, avec sa religiosité plus ou moins avouée ou revendiquée. Deux raisons le motivent : le statut de la Nature, seul absolu réel et infini, qui ne saurait donc co-exister avec une autre réalité absolue, de type divin, par définition ; mais il y a aussi un motif moral : la souffrance des enfants, victimes innocentes, qui est incompatible avec l’idée d’un Dieu tout puissant et bon. Il s’agit alors d’un athéisme axiologique intransigeant, sans complaisance morale. A quoi j’ajouterai que le statut de cet athéisme est très subtil : se prononçant sur la totalité du réel, il ne peut relever de la science et donc être dit prouvé par elle. Il s’agit alors d’une option métaphysique (comme le théisme) du philosophe individuel Conche. On peut y voir une croyance (par opposition à un savoir) ou, plus rigoureusement, une « conviction raisonnée » comme il lui est arrivé de la nommer ainsi.

6 Cela ne l’empêche pas de la dire vraie, à l’aide d’un positionnement lui aussi subtil. Si la science relève de la preuve, la métaphysique ne relève que de l’argument. Mais un argument philosophique, pour lui, emporte une adhésion forte, qui équivaut à une certitude subjective absolue. C’est en quoi il n’est pas sceptique ou même agnostique, à savoir ne prenant pas position dans ce domaine. Pour autant il ne se veut pas dogmatique : il pratique ce qu’il appelle une « scepticisme à l’égard d’autrui » qui l’entraîne à respecter le droit de penser autrement que lui – ce qui permet le dialogue –, sans renoncer à l’idée inébranlable qu’il a raison ! D’où, sur cette base athée, un refus des religions qui me plaît beaucoup, toute religion lui paraissant constituer une « aliénation de la raison », ce qui l’amène à affirmer qu’un authentique philosophe ne peut être qu’athée, ne pouvant penser à partir d’une croyance révélée préalable.

6 Conche ne s’en tient pas à ces considérations disons théoriques ou ontologiques (métaphysiques). Il est fortement habité par le souci de la morale, seule à même de pacifier les rapports inter-humains, surtout si elle se prolonge en politique. A ce niveau, il tranche encore, heureusement, avec notre époque intellectuelle, et je le rejoins ici pleinement (voir mon livre Misère de la philosophie contemporaine, paru chez L’Harmattan). D’abord il distingue bien l’éthique individuelle ou sagesse – il y a des éthiques, facultatives, n’engageant que le « souci de soi » – et la morale, concernant la relation avec autrui, unique par définition et porteuse d’obligations universelles visant le respect de la personne humaine. Il a théorisé cette morale, qui est celle que Kant a portée au concept mais qui est inhérente à la conscience ordinaire, dans un livre unique en son genre, Le fondement de la morale (PUF). Je n’entre pas dans cette théorisation où le dialogue joue un rôle fondateur essentiel (un peu comme chez Habermas) car il suppose l’égalité et la liberté des participants, et qui a pour conséquence de déboucher sur une considération politique majeure à mes yeux : la condamnation du capitalisme envisagé comme un système socio-économique proprement immoral et même « tératologique », monstrueux. C’est dire qu’il est de conviction communiste (il l’assume), même s’il se tient éloigné des agitations de la vie politique publique pour se consacrer à la pensée philosophique, sa vraie passion. Mais c’est dire aussi que dans une époque de « démoralisation », d’exténuation de la préoccupation morale au profit d’un cynisme ou d’un amoralisme envahissants, il a le courage d’introduire le point de vue de morale dans la politique elle-même.

Je m’arrête là, invitant le lecteur à mieux comprendre sa philosophie en le lisant et en lisant d’abord ces entretiens qui permettent d’envisager ce qu’il pense sous divers angles, y compris contradictoires du fait des objections qui lui sont faites. Ne pouvant toutes les évoquer, je me contenterai d’exprimer trois de mes propres objections. D’abord il y a son refus du matérialisme, dont il a pourtant été proche un temps et dont son « naturalisme » pourrait encore sembler le rapprocher. Ce refus s’exprime par l’idée que l’homme, ne serait pas un « accident de la matière » (je le cite). Or cette affirmation n’est pas soutenable et tient sans doute à son relatif éloignement de la science. Car celle-ci, depuis Darwin (qu’il ne cite pas) et avec les progrès de la biologie contemporaine, nous le prouve de plus en plus: l’homme est un produit des transformations de la matière (qui a précédé l’homme) et il n’en est donc qu’une forme, aussi complexe soit elle. D’où chez lui un primat de la vie sur la matière qui fait de son naturalisme intégral un vitalisme, lui aussi insoutenable puisque la vie n’est pas première, chronologiquement et ontologiquement, étant issue elle aussi de cette matière inanimée qui l’a précédée. Enfin, et en relation avec son refus du matérialisme, il développe une réflexion sur la liberté, séduisante parce que complexe et nuancée ; mais il affirme bien son existence, y compris sous la forme du libre arbitre. Exit alors les déterminismes multiples que la science nous révèle dans tous les domaines et qu’il considère comme de simples conditionnements ! Comment une Nature « omni-déterminante » (je le cite à nouveau) peut-elle avoir créé un être libre métaphysiquement en son sein? Voilà trois questionnements que cette pensée stimulante suscite chez moi et qui font l’intérêt de ce livre : au-delà de ce qu’il affirme, il nous entraîne à des interrogations personnelles diverses – ce que nombre d’ouvrages à la mode interdisent, faute d’un contenu philosophique suffisamment riche et exigeant.

Yvon Quiniou

 

Marcel Conche, Entretiens avec J.-P. Catonné, A. Comte-Sponville, F. Dastur, G. Kirscher, Y. Quiniou, Editions « Les Cahiers de l’Egaré », dirigées par Jean-Claude Grosse, décembre 2016.

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Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

21 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

début du livre : Marcel Conche y donne un aperçu de sa philosophie.

J’en viens à des concepts clés, dont je fais usage habituellement.

Nature. J’entends, par là, la φύσις grecque, omni-englobante, omni-génératrice, qui englobe absolument tout ce qu’il y a. Je n’utilise pas la nature comme n’étant que la moitié du réel, par opposition à ce qui est culture, histoire, esprit, liberté, etc.

Ensuite, monde. Pour moi monde, c’est-à-dire cosmos. Un monde est nécessairement fini, contre Kant qui parle, dans sa première des Antinomies de la Raison Pure, du monde infini dans l’espace et le temps. C’est impossible et contradictoire avec la notion de monde, parce qu’un monde est nécessairement structuré, donc fini, parce qu’il n’y a pas de structure de l’infini.

Ensuite, mal absolu. C’est-à-dire mal qui ne peut se justifier à quelque point de vue que l’on se place. Qui est sans relations, absolu, veut dire sans relation, donc il n’y a rien qui puisse le justifier.

Ensuite, apparence absolue. Absolue, c’est-à-dire sans relation ; sans relation à un sujet ou un objet. C’est la notion que nous retenons de notre lecture de Pyrrhon.

Ensuite, temps rétréci. Nous ne pouvons vivre dans le temps immense de la Nature. Nous vivons dans un temps finitisé, que j’appelle le temps rétréci. Et c’est ainsi que nous pouvons croire à l’être, alors que nous ne sommes pas vraiment.

Ensuite, le réel commun. Je distingue le réel commun et le réel des philosophes. C’est-à-dire pour nous, être en tant que nous sommes des êtres communs. Ce cahier est réel. Pour un savant, c’est la même chose ; pour les philosophes, il y a autant de réels que de grandes métaphysiques. Pour les philosophes, d’abord, le réel est ce qui est éternel, et ce qui est éternel varie d’un philosophe à l’autre, d’un métaphysicien à l’autre.

Ensuite, scepticisme à l’intention d’autrui. C’est une notion dont je fais usage habituellement. Le scepticisme à l’intention d’autrui, cela veut dire d’abord que je ne suis pas sceptique. Je suis tout à fait assuré de la vérité de ce que je dis. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde ; alors je suis sceptique pour laisser une porte de sortie à ceux qui ne voient pas les choses comme moi. Parce que, si vivre dans l’illusion les rend heureux, pourquoi pas ? Cela ne me gêne pas du tout.

Ensuite, sagesse tragique. C’est une notion que j’ai empruntée à Nietzsche il y a trente-huit ans, dans mon livre Orientation philosophique, dans le chapitre Sagesse tragique. Je laisse de côté ce que Nietzsche entend par ce mot ; pour moi cela veut dire qu’il faut toujours s’efforcer de réaliser ce que l’on peut réaliser de meilleur, quoique ce soit périssable et appelé à disparaître.

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Fondation Montresso / Le Jardin Rouge / Marrakech

16 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

Here is "Red Rabbit" the first sculpture of Cedrix Crespel produced by the Montresso* Art Foundation.  2015 Plexiglas and acrylic silkscreen printing. 62 * 55 * 4 cm

Here is "Red Rabbit" the first sculpture of Cedrix Crespel produced by the Montresso* Art Foundation. 2015 Plexiglas and acrylic silkscreen printing. 62 * 55 * 4 cm

différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge

différents espaces et artistes du Jardin Rouge

Fondation Montresso / Le Jardin Rouge / Marrakech

 

Présenter ainsi la Fondation Montresso : fondation dédiée à l'art contemporain au cœur d'une oliveraie de 11 hectares à une vingtaine de kilomètres de Marrakech, le long d'un oued pouvant être ravageur en cas de fortes pluies, (en arrivant au Jardin Rouge, j'ai vu une tour déstabilisée par une crue récente, hiver 2014, devenue tour penchée, bétonnée pour rester ainsi comme un mémorial) auquel on accède par une petite route sinueuse, très abîmée, après avoir traversé trois petits villages dont Oulad Bouzid (4 artistes ont réalisé des fresques murales dans l'école reconstruite du village) semblant à l'écart du progrès, c'est je l'espère révéler le caractère inédit, original de cette réalisation.
Loin des centres, lieux, manifestations qui font et défont les réputations d'artistes, la Fondation Montresso, créée en 1981, est due à l'initiative d'un collectionneur, JLH, collectionneur depuis 35 ans et qui pouvant venir en aide aux artistes, décide de devenir mécène, inventant un « concept » comme on dit aujourd'hui, consistant à accueillir en résidence des artistes choisis sur projets. Pour JLH, le mécénat devient une expérience de vie. Je l'ai vu discuter avec un des artistes en résidence, mettre la main à la pâte.

Les résidences durent de 2 semaines à 2 mois. Une première résidence est une sorte de prise de contact, un essai de compréhension de la démarche de l'artiste, invité à travailler dans son esprit, son style habituel. Connaissance faite, d'autres résidences permettent de solliciter l'artiste pour qu'il se perfectionne, s'aventure dans des formats plus grands, expérimente, se confronte aux autres résidents en se livrant à des cartes blanches. La Fondation met à sa disposition un des six ateliers. Il est hébergé, nourri, blanchi. Le matériel dont il a besoin est fourni ou pris en charge. Une présentation de fin de résidence met en valeur les œuvres réalisées pendant la résidence. J'ai pu voir les guerriers bantous, dos au mur de Kouka. L'artiste cède une œuvre qui va enrichir la collection permanente. La Fondation sort une plaquette sur l'artiste et ses réalisations (j'en ai reçu 5, elles sont très pertinentes, textes et photos) et le fait connaître à son réseau de collectionneurs ainsi qu'aux critiques d'art et journalistes spécialisés.
La Résidence Jardin Rouge a été opérationnelle de façon informelle à partir de 2009, la première saison culturelle a été pensée en 2014. Une vingtaine d'artistes ont été accueillis, d'horizons et styles divers, de pays différents. En 2016, un espace d'exposition de 1300 m2 a été inauguré. 3 grandes expositions annuelles y seront organisées. Déjà ont été exposés Gérard Dancinan, Olivier Dassault et très prochainement la 1° exposition XXL collective de quelques artistes résidents : Jonone, Fenx, Tilt, Cédrix Crespel.

Accompagnée de la chargée de communication, nous avons visité les ateliers, rencontré les artistes au travail, vu les œuvres réalisées, écouté les commentaires très documentés sur les œuvres et techniques des artistes, parcouru l'oliveraie, lieu d'accueil de sculptures monumentales, visité le somptueux espace d'exposition et d'événements avec grande pièce d'eau à gauche du hall d'accueil et deux espaces en dénivelé et en continuité où était exposé le remarquable travail d'Olivier Dassault.

Parcourant le site de la Fondation, lisant les documents fournis, j'ai tenté de comprendre la démarche et de l'interroger. « Passeur d'art », dit la brochure de présentation. JLH a cherché à partager son amour d'artistes, ceux qu'il a d'abord collectionnés puis ceux qu'il a ensuite sélectionnés pour les résidences. Les coups de cœur de JLH, les compagnonnages durables révèlent l'éclectisme du fondateur. Il s'agit donc d'une subjectivité qui s'affiche, s'affirme, en toute indépendance, sans souci d'histoire de l'art, sans souci de profit, de spéculation. Il s'agit me semble-t-il d'une démarche personnelle authentique de partage, d'un style de vie en lien avec des artistes vivants et à l'oeuvre. JLH ne nous a-t-il pas dit : « je pense que nous communiquons trop ; pour vivre heureux, vivons cachés. » Ce propos me semble vouloir signifier que ce qui est premier pour le Jardin Rouge est l'expression des artistes. Un lieu au service d'artistes pour leur libre expression, pour l'épanouissement de leur expression.

La brochure de présentation signale d'autres objectifs. Un rayonnement international par coopération, collaboration avec d'autres manifestions, Mister Freeze à Toulouse, la librairie ArtCurial à Paris (édition du port-folio des réalisations de l'artiste allemand Hendrik Beikirch qui a réalisé le monumental portrait d'un vieux Marocain sur un mur en face de la gare de Marrakech). Une dissémination du concept par exemple en Chine, à Shenzhen, avec Le Jardin Orange. La recherche d' « un langage universel par la culture » afin d' « ouvrir et enrichir les regards et la curiosité. »

La démarche de la Fondation Montresso me semble exemplaire, au service des artistes accueillis. Rien à dire sur la sélection : elle relève de la responsabilité du Jardin Rouge. L'éventail des oeuvres des artistes que j'ai pu voir est large, éclectique, innovant dans certains cas (le travail à la bombe de Benjamin Laading ou le travail sur trame de Valérie Newland), inspiré de réalisations déjà installées dans le paysage artistique dans d'autres cas, par exemple le mouvement des graffitis new yorkais des années 1980, réactualisé, revisité au Jardin Rouge par Tats Cru + Daze (New York) + Ceet (Hong Kong).

Présentations de fins de résidence, événements dans le nouvel espace pour collectionneurs et « spécialistes », exportation des œuvres, autant de moyens pour promouvoir les artistes. La communication semble inévitable, nécessaire. Plaquettes de qualité, site, brochure sont les médias de cette communication. Le réseau de collectionneurs est évidemment la clef du succès pour la Fondation et « ses » artistes.

Cette démarche peut-elle permettre de créer un langage universel par la culture ? Qu'entendent-ils par là ? « Lorsque nous parlons de langage universel ce n’est pas tant dans son émission mais plus dans sa réception, l’idée d’être compris par tous. L’idée d’être un carrefour culturel par la rencontre d’artistes de différentes nationalités qui peuvent être amenés à créer ensemble suite à leur rencontre à Jardin Rouge, une réflexion créatrice artistique duale et mixte-culturellement. » Cette pratique peut-elle ouvrir et enrichir les regards et la curiosité ? La réponse est Oui pour ceux qui auront la chance de voir les œuvres, de rencontrer les artistes et qui voudront regarder. Ce sera le cas d'un petit nombre qui aura d'ailleurs du mal sans doute à mettre en mots son éveil, son réveil. Au contact d'une œuvre bouleversante, on reste sans voix.

La Fondation n'a pas le souci du grand public. Plutôt celui des amateurs d'art donc le souci de gens déjà en recherche pour qui l'art se distingue de la culture. L'art est spontanéité créatrice. Son résultat, l'oeuvre, n'est pas conçu, connu à l'avance. L'oeuvre est toujours surprenante, pour son créateur comme pour le « regardeur », mot employé dans la brochure. Montrée, exposée, l'oeuvre devient objet culturel, monnayable, inséré dans un discours par les critiques, dans une histoire de l'art par les historiens de l'art, elle devient objet de mode, à la mode, médiatisée par des médias serviles, marchandisée par le marché de l'art qui est particulièrement influent et influencé, prescripteur des nouveaux goûts, l'oeuvre perdant son pouvoir de surprise et parfois de bouleversement intime, la seule vraie influence d'une oeuvre.

Je pense donc que la Fondation doit continuer à mettre l'accent plus sur la singularité que sur l'universel. Un artiste est seul, son langage est singulier, rares sont ceux qui profiteront de son langage. Telle est la réalité. Les foules immenses qui se pressent à des rétrospectives consomment du patrimonial, des discours formatés qui leur disent quoi voir, comment voir. On est dans une manipulation de masse du regard devenu voyeur. Le Jardin Rouge échappe à cette hystérie consumériste. Il permet au « regardeur » de faire la moitié du chemin, de se faire « voyant ».

Merci à JLH et à ceux qui nous ont accueillis, la responsable artistique, la chargée de communication, les artistes.

Jean-Claude Grosse, Marrakech, 16 novembre 2016

P.S.: il serait intéressant de comparer si c'est possible Le Jardin Rouge et La Demeure du Chaos, près de Lyon, dont je suis les réalisations apocalyptiques. Cherchez sur internet.

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