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Blog de Jean-Claude Grosse

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Bocal agité: les 10 mots pour dire demain

3 Avril 2009 , Rédigé par grossel Publié dans #bocals agités

Bocal agité: les 10 mots pour dire demain

Ce bocal agité s'est déroulé samedi 28 mars au Café-Culture de Toulon, petit cours La Fayette, à partir de 9 H, en collaboration avec L'Écrit-Plume et le Café-Culture.

8 personnes y ont participé, le matin, 14, l'après-midi.


Un bocal agité a un côté ludique et aléatoire qui s’apparente aux jeux de langage des surréalistes ou aux fatrasies du Moyen-Âge.
Le matin de 9 H 15 à 12 H 15 : temps de l’écriture où « l’agitateur »: Jean-Claude Grosse a proposé des consignes aux  écriVents pour écrire un texte sur le thème choisi.
L’après-midi, de 14 H 15 à 15 H 30 : temps de la mise en jeu des textes par  les actants.

Les 10 mots:
ailleurs capteur claire de terre clic compatible désirer génome pérenne transformer vision

Consignes du bocal

Et si ailleurs c’était ici
Et si les capteurs ne captaient pas seulement la tension, le vitesse, la pression, la température, l’énergie solaire, mais…
Quand le clair de terre ne sera plus observable
Et si les clics faisaient clash, bug, bogue
Et si rien n’était compatible avec rien
Désirer   délirer  s/l est-ce elle ?
Délirer   désirer  l/s  laisse ?
Les hommes ont à peu près le même génome que les vers de terre et les vers sont vexés. Boris Cyrulnik
Inversez la proposition en la développant
Et si pérennité convolait avec précarité
Transformer (quoi) ou  (et, avant, après) se transformer (en)
Et si notre vision était nyctalope

Textes à produire :
De 1 à 10 phrases courtes avec les 10 mots
Un texte par mot
Avec les 10 textes obtenus, soit 10 fragments soit une synthèse
Disorthographier un des textes sur un des mots sans aller à l’illisible
Faire un slam pour un des mots
Pratiquer l’oxymore sur un des mots

Pour la mise en bouche, l’après-midi, la consigne a été de lire en fragments et en tournant, le suivant prenant la parole pour répondre au précédent.


Les 10 mots par Danielle

(dans ce document en pdf téléchargeable,
on peut lire les consignes en vert clair en dessous du mot proposé
)


 

Et si ailleurs, n’était simplement que ce chemin emprunté au réveil et clôt au coucher.
Je ne capte rien tant que le silence.
Au clair obscur de nos infinies incomplétudes, dans l’outre ciel de nos impossibles amours, que reste-il ? Sinon la douce consolation d’un clair de terre rassurant.
Clique moi pour un possible déclic, cliquettent jolis doigts pour que claquent les mots : amour toujours ! Dépêche-toi sinon j’en aurai vite ma claque et prendrai mes clics et mes clacs…
Je ne désire rien tant que délirer, je ne délire bien que le temps du désir.
Les hommes partagent presque le même génome avec le chimpanzé, l’homme a inhibé sa sexualité, le singe non ! Doit- on le déplorer ? Voire….
Pérennes nos sentiments, non ! Au moindre souffle de nos incertaines vies, ils s’envolent.
Mon âme se transforme au gré de mes prières, mon esprit au gré de mes acquis, mon corps au gré de mes régimes et mon cœur au gré de mes amours…
Tu es dans mon champ de vision, mon regard te sonde, insondable est ma tristesse.
Est-elle comptable de sa vie à vos yeux ? A ses comptines enfantines, laissez la vieille « incompatiblement » délirer.

Deuxième exercice.

« Lui et moi désirer sans nous déchirer.
Me laisser aller à le désirer sans délirer.
Le laisser délirer sans  me tracasser.
Désirer enfin nous lier pour encore délirer.
Et puis se délier pour ne pas s’entretuer ! »
 
Pérenne ! Pérenne ! Ben oui, j’suis une reine en paix  et pas en peine qui enfourche un renne pour rejoindre un père, dans la pérennité de l’éternité et toc !

Clic ! Clac ! Fait la pluie.
Beugue ! Beugue ! Fait l’ordinateur.
Bogue ! Bogue ! Fait la châtaigne.
Clash ! Clash ! Font mes amours.

Hier,  j’me suis barrée chez le Petit Prince, j’suis allée couper les baobabs et arroser la fleur. On s’est assis au bord de la planète, aucun clair de terre. « Foutue pollution » ai-je murmuré. Le petit Prince pleurait et moi aussi.

J’me nomme GERARD ! J’suis pas un gnome, juste un homme, mais non pas JERÔME juste GERARD ! Non ! j’n’ai pas le même génome que le ver de terre, j’m’en retourne petit homme dans mon home.

Et si mon ailleurs était  toi,
Oui, moi qui te connais si mal.
Et si ton ailleurs était moi,
Toi qui ne me soupçonne pas.
 Et nous cheminons pas à pas,
Bientôt nous vivrons nos émois.
Compatible ! Compatible ! Ben j’prends un compas, j’ fais un cercle, j’mets une cible ! C’est un comble, j’comprends toujours rien ! J’suis comptable de rien et certainement pas con juste  comblé! Oh ! Ben j’suis compatible avec rien juste comestible.

Mes capteurs  ne captent rien, juste l’atroce sensation d’une non vision ! Je ne vois rien, ni de près, ni de loin, visions inénarrables de mes aveugles capteurs. Avisons alors ! Tentons de viser les sensations de mon cœur déconnecté, de mon esprit non voyant, de mon corps abusé, c’est impossible, mes capteurs silencieux m’enchaînent au désert de perceptions insondables, mort infinie d’une âme captatrice sans visée, sans vision.

Me transformer en louve, je ne puis, j’ai la tendresse de l’agneau !
Me transformer en impératrice, je ne puis, j’suis une vieille peau !
Me transformer en écrivain, je ne puis, j’suis un badaud !
Me transformer en putain, je ne puis, j’suis maquereau !
Alors je me suis fait peintre : mon cœur  une fleur, mon corps un vase et mon âme, une eau de source.


TROISIEME EXERCICE
A travers les volets,  le jour pousse sa corne. Elle soupire, il dort là, son souffle régulier trouble à peine ses pensées. Où est-il cet ailleurs tant promis ? La vision d’une fugace image heureuse trouble son regard,  son triste quotidien est incompatible avec les promesses à jamais enfuies.
Comme elle riait autrefois, aux mots fous dont il la poursuivait : « nos génomes sont irrémédiablement compatibles » ou «  mets ton oreille tout contre mon cœur, tous mes capteurs vibrent pour toi. ». Elle riait aux éclats, pauvre folle.
Les amours pérennes n’existent pas. Plus jamais, il ne lui murmurait à l’oreille «  Tu es ma divine planète d’où j’entrevois le plus  beau des clairs de terre. »
Sa vie se transformait peu à peu en une lente descente aux enfers où le désir de fuir le disputait au désir de meurtre.
De sa main, elle chassa ses morbides pensées. A quoi pouvait-il rêver ? Lui qui avait tué tous ses rêves.
Un jour, oui un jour, elle prendrait ses clics et ses clacs.
Brutalement, sortant du sommeil, il gueula « Feignasse, qu’attends tu pour servir mon café ! »
Une nouvelle journée commençait.
GRACIEUSE


AILLEURS : être en un autre lieu qui n’est jamais le même pour chacun

CAPTEUR : le capteur s’affole et ne capte plus rien, son électricité est en panne, il voudrait retourner en arrière

Le CLAIR DE TERRE s’est éteint, les hommes ne méritent pas sa clarté

CLIC CLAC :Le clic d’un claquement sec a donné l’ordre et la bombe dévastatrice avance inexorablement

COMPATIBLE :Votre discours n’est pas compatible avec le mien. Vous êtes dans l’avoir et je veux être dans l’Etre

DESIRER :  Que le temps s’arrête et que l’instant unique demeure immobile 

GENOME : Tu es ma carte d’identité mais ou se situe ma liberté ?

PERENNE : Que vont donner ces années à venir ? Cela me semble long !

TRANSFORMER :Devenir quelqu'un d’autre dans l’avenir, beau projet

VISION : J’adapte ma vision à un imaginaire qui me comblerait

FRANCOISE

Je désire,
Je délire,
Je n’ose vous décrire
Ce qui m’inspire.
Je délire dans le rire,
Je désire même le pire.
Il faut pourtant tenir,
Essayer de séduire,
Savoir raccourcir,
Et parfois réécrire.
Réduire le délire,
Calmer le désir,
Rajuster le tir,
Attendre qu’on vous vire.
Sublimer le désir,
Attendre le navire
Emportant nos soupirs,
Sublimant nos souvenirs
Oubliant de vieillir,
Accroché au désir
Quelquefois de mourir,
Usé par le désir
De partir
Dans le désir
Du délire.
 
 
FRANCOISE
 
C’est ailleurs en un autre temps, c’est demain ou dans cent ans

Le génome humain a livré tous ses secrets.
Toute personne porteuse d’un chromosome déviant ne pourra ni se marier, ni enfanter,   
Dans les laboratoires secrets, des savants fous cultivent les cellules souches, afin de remplacer cœur, foi….

Chaque humain est muni d’un capteur d’émotion négative qui alerte aussitôt le centre de la sérénité, lequel indiquera quelle molécule prendre pour retrouver la pérennité d’une vie douce et paisible.

La pollution, aprés bien des combats est vaincue,  la terre offre à nouveau aux voyageurs interplanétaires de splendides clair de terre.

Les zones de famine endémiques ont subi une guerre bactériologique, pas un habitant n en a réchappé.
La faim  éradiquée de bien sauvage manière est tombée dans les oubliettes de la mémoire.

Les guerres n’existent plus, quelques guérillas sporadiques agitent les zones rurales qui refusent le modèle de vie urbain aseptisé, artificiel .

Au fil des ans, le langage s’est transformé, des onomatopées universelles  désignent les actes essentiels de la vie, les enfants apprennent désormais la phonétique universelle.

Dans cet atmosphère pure ou plus aucun risque ne guette l’homme, tout désir est mort…. Que peut on convoiter lorsque tout est donné ? Ou plutôt que l’on vous en a persuade à force de slogans lénifiants.

Pourtant la  jeunesse  veut sentir le sang couler plus vite dans ses veines et la révolte gronde.

Elle rêve du passé.
Elle imagine des errances au creux des chemins le vent dans les cheveux, libre d’aimer un imparfait humain. Elle veut entendre le clic clac des sabots des derniers chevaux.

Sa vision d’une nouvelle fraternité  est incompatible avec l’ univers de ses parents

Et une fois encore, elle bâtira un monde nouveau, elle suivra sans le savoir les traces d’un lointain ancêtre,

Le chromosome de la rébellion est indétectable, il est l’espoir de l’humanité et de lendemain meilleurs

Demain deviendra le passé, ainsi tourne les capteurs de l’histoire humaine,

                HELENE

1° exercice, 2 phrases avec les 10 mots

Je désire inventer le capteur qui d’un clic me permettra de voir un clair de terre afin de transformer ma vision pérenne de l’ailleurs et de rendre compatible mon génome avec le jeune homme d’à côté.

Transformer l’ici en ailleurs suppose de nouveaux capteurs pour méduser notre vision pérenne du monde et de l’autre et ouvrir la voie au désir capable d’un clic d’imaginer-réaliser génome compatible et clair de terre reproductible.

2° exercice, une phrase ou un développement pour chaque mot

Mais si ailleurs c’était ici ce serait kif kif kif pareil. Faut pas croire ici là-bas ça change pas. Paradis enfer ici-bas ici haut. Si planète pète bouquet final idéal. Si netpla tepe ketbou nalfi alidé. Wouaf wouaf.

Et si on captait tout déjà, si la traçabilité était déjà universelle, si big brother nous regardait bosser bouffer baiser, si nous contrôlions notre pouls avec le cardiomètre, notre poids avec le pèse-personne, notre taille avec la toise, ah qu’aujourd’hui nous paraîtrait le paradis sur terre.
Captez capteurs, bigs brothers suivez-nous à la trace, itinérisez nos itinér-aires, nos itinér-erres, je suis sans surprise, je suis ennuyeux à vous faire mourir d’habitudes.

Quand le clair de terre ne sera plus observable, sûr que nous aurons disparu, que la planète pourra se régénérer, se réinventer.

Tout clic peut engendrer un bug. C’est comme le grain de sable dans la machine qui enraye la machine. La dune c’est un amas de grains de sable qui se sont accumulés. Il suffit d’un grain de sable qui se désagrège pour que la dune s’effondre. Un clic maladroit d’un internaute parfaitement identifiable suffira à vaporiser big brother. Je serai cet internaute désirable.

Mais si rien n’était compatible avec rien ça m’irait bien mien tien sien ça me va très bien chacun son coin chacun ses soins chacun son loin chacun ses poings.

Je désire
je délire
petit écart
s engendre l
est-ce elle
Le désir doute
Le délire en rajoute

Je délire
je désire
grand écart
l donne s
je me lasse de ma laisse
je me crois au galop
je suis pris au lasso

Les hommes ont à peu près le même génome que les vers de terre.
Qui croyez-vous est vexé ?
Le ver de terre n’a ni sentiment ni pensée ni cœur ni raison.
L’homme s’il se croit supérieur sera vexé deviendra massacreur d’espaces et d’espèces.
S’il se sert raisonnablement de son cœur, s’il brûle sa raison au feu de ses sentiments alors il admettra que l’à peu près même engendre l’infinie diversité, il saura que le kif kif c’est du pareil au même porte en lui toutes les altérités.

Et si pérennité convolait avec précarité ce serait clair obscur conflit pacifique paix armée sucré salé doux amer amour volage passion durable
Désir aléatoire au hasard des pas choix hasardés ce serait la loi du hasard la vie au hasard livré à l’ivraie du hasard à l’ivresse du hasard la mort par hasard par accident.

Notre référent révérencié d’hier, Karl Marx, a écrit : Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, il s’agit de le transformer par la révolution, aboutissement de la lutte des classes.
Évidemment cette évidence s’est évidée de sa vérité.
Il y a un an, la plupart des gens croyaient aux banques, aux assurances.
Depuis six mois c’est la crise. La confiance est devenue méfiance sans passage à l’acte. On laisse son argent à la banque, on renouvelle son contrat d’assurance. Ainsi le système perdure, est pérennisé, n’entre pas en faillite, en banqueroute.
Les dirigeants qui n’ont rien vu venir, les dirigeants multicartes (libéral, le matin, réformiste à midi, étatiste le soir, sécuritaire devant un parterre de vieux, égalitaire devant une haie de huées de salariés, privilégiature devant des nantis au Fouquet’s) vont réguler, moraliser le système. Ce sera le 2 avril 2009.
Je le prédis : Karl Marx le retour, c’est pour tout de suite ici, là-bas, avec l’unité de la base et dans l’action, avec la convergence des luttes imposée aux sommets, avec le tous ensemble en Guadeloupe, ça chaloupe dans les confédérations : 29 janvier, 19 mars, 1° mai, quel calendrier pour maintenir ce système à bout. Avec la nuit des convergences, c’est un jour nouveau qui se lève pour plus de radicalité contre tous les timorés, meneurs menés nous menant par le bout du nez. Fini le vieux temps du ce n’est pas possible, y a plus de possibles.

Et si notre vision était nyctalope nous verrions comme des chats pas facile de se planquer facile de débusquer les planqués les prédateurs agiraient dans l’ombre les possédés rechercheraient la lumière le monde serait infernal.

  L'assaisonneur


vidéo sur le bocal agité:
Les mots migrateurs à Toulon en 2007


Bocal agité
envoyé par grossel

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Bang Bang

22 Mars 2009 , Rédigé par grossel Publié dans #poésie

Je réactualise cet article du 22 novembre 2007

 

Bang Bang, chanson de Sonny Bono, 1966

 

Découvrir si tardivement cette chanson ne me fait pas avoir de regrets, le plaisir de la découverte l'emportant sans concurrence ou ambivalence. Si je compare les paroles de la chanson américaine écrite en 1966 par Sonny Bono et interprétée par Cher d'abord, sa femme, puis par Nancy Sinatra et les paroles de la chanson française, écrite pour Sheila en 1966 aussi, par Claude Carrère et Georges Aber, je suis obligé de reconnaître la supériorité de la 1° sur la 2°. Pareil d'ailleurs pour l'interprétation.
Je n'aime pas la chanson chantée par Sheila.
J'aime celle chantée par Nancy Sinatra dans sa version première, beaucoup moins dans sa version remixée sur la vidéo-montage de Kill Bill (en générique du film, on a une reprise de la version première).
J'aime aussi la version des Raconteurs.

Voilà une chanson qui raconte une histoire prenant quelques années (de 5 - 6 ans à 17 - 18 ans) en 3 couplets et 3 refrains, histoire racontée par la narratrice qui filtre ses souvenirs, retenant des couleurs (blanc, noir), des objets (chevaux de bois), des situations ( à l'église, jeu à rebondissements, tantôt lui gagne, tantôt elle), du temps qui passe (les saisons), des comportements (rire, dire, partir, sans même mentir), des sentiments et des émotions (je l'ai appelé mien, parfois je pleure).
Quant aux refrains, ils alternent les 2 personnes, elle et lui, en utilisant le je, le tu et le il. Sur trois refrains, le 1° et le 3° sont identiques: elle est la victime du bang bang. Dans le 2° refrain, c'est lui la victime.
Voilà une histoire d'amours et de batailles enfantines qui aboutit à une séparation sans drame, avec beaucoup de tristesse et d'émotion.
On compatit avec la narratrice.
Et on se prend à se demander pourquoi tant d'amours en dérive ? pourquoi tant d'amours sans retour ? pourquoi tant d'amours qui ne durent pas toujours ou plutôt le dernier jour comme au premier jour ?
Voilà bien un sentiment qui a peu à voir avec la raison et avec la volonté, le plus douloureux quand il n'y a pas réciprocité, le plus joyeux quand il y a retour, sentiment qui fait peur et envie, mais la peur est sans doute plus forte que l'envie d'où tous les jeux de séduction contre l'amour, d'où toutes les résistances pour ne pas avoir à larguer ses repères.
J'ai beaucoup échangé avec Emmanuelle Arsan sur l'amour dans Bonheur, publié par Les Cahiers de l'Égaré, en janvier 1993, épuisé. Tant pis. Mais il y aura Bonheur 2 en 2008 pour nos 20 ans d'amitié et d'échanges épistolaires, sans aucune rencontre entre nous.

Jean-Claude Grosse

 


I was five and he was six
We rode on horses made of sticks
He wore black and I wore white
He would always win the fight

Bang bang, he shot me down
Bang bang, I hit the ground
Bang bang, that awful sound
Bang bang, my baby shot me down

Seasons came and changed the time
When I grew up, I called him mine
He would always laugh and say
"Remember when we used to play?"

"Bang bang, I shot you down"
"Bang bang, you hit the ground"
"Bang bang, that awful sound"
"Bang bang, I used to shoot you down"

Music played and people sang
Just for me the church bells rang

Now he's gone, I don't know why
And till this day, sometimes I cry
He didn't even say "goodbye"
He didn't take the time to lie

Bang bang, he shot me down
Bang bang, I hit the ground
Bang bang, that awful sound
Bang bang, my baby shot me down

 

 

    J'avais cinq ans et il en avait six

    Nous chevauchions des chevaux de bois.

    Il portait du noir, je portais du blanc

    Il gagnait toujours la bataille.

     

    Bang Bang,

    Il m'a descendue

    Bang Bang,

    J'ai heurté le sol

    Bang Bang,

    Cet affreux bruit

    Bang Bang,

    Mon amour m'a descendue.

     

    Les saisons vinrent et changèrent le temps,

    Quand j'ai grandi je l'ai appelé mien.

     Il voulait toujours rire et dire,

     Souviens-toi quand souvent nous jouions.

     

     Bang Bang,

     Je t'ai descendu

     Bang Bang,

     Tu as heurté le sol

     Bang Bang,

     Cet affreux bruit

     Bang Bang,

     J'avais l'habitude de te descendre.

     

     La musique jouait et tout le monde chantait (que)

     Juste pour moi les cloches de l'église sonnaient.

     

     Maintenant il est parti,

     Je ne sais pas pourquoi.

     Et depuis ce jour,

     Parfois je pleure.

     Il n'a même pas dit au revoir,

     Il n'a pas pris le temps de mentir.

     

     Bang Bang,

     Il m'a descendue

     Bang Bang,

     J'ai heurté le sol

     Bang Bang,

     Cet affreux bruit

     Bang Bang,

     Mon amour m'a descendue

 


Paroles de Bang Bang pour Sheila par Claude Carrère et Georges Aber (1966)

Nous avions dix ans à peine
Tous nos jeux étaient les mêmes
Aux gendarmes et aux voleurs
Tu me visais droit au cœur
Bang bang, tu me tuais
Bang bang, et je tombais
Bang bang, et ce bruit-là
Bang bang, je ne l'oublierai pas

Nous avons grandi ensemble
On s'aimait bien il me semble
Mais tu n'avais de passion
Que pour tes jeux de garçon
Bang bang, tu t'amusais
Bang bang, je te suivais
Bang bang, et ce bruit-là
Bang bang, je ne l'oublierai pas

Un jour tu as eu vingt ans
Il y avait déjà longtemps
Que l'amour avait remplacé
Notre amitié du passé
Et quand il en vint une autre
On ne sait à qui la faute
Tu ne m'avais jamais menti
Avec elle tu es parti
Bang bang, tu m'as quittée
Bang bang, je suis restée
Bang bang, et ce bruit-là
Bang bang, je ne l'oublierai pas

Quand j'aperçois des enfants
Se poursuivre en s'amusant
Et faire semblant de se tuer
Je me sens le cœur serré
Bang bang, je me souviens
Bang bang, tout me revient
Bang bang, et ce bruit-là
Bang bang, je ne l'oublierai pas

 

 

 

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L'Origine du monde/ Le Jardin d'épices/Le Jardin des Délices

27 Janvier 2009 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

L'Origine du monde/ Le Jardin d'épices/ Père

Voyant à l'occasion de mon dernier séjour au Maroc (octobre-novembre 2008) le tableau réalisé par Ya.Smine, pour un amateur d'art et d'érotisme vivant à Marrakech, Le Jardin d'épices, tableau inspiré par L'Origine du monde de Gustave Courbet, je n'ai pu m'empêcher de penser à l'affiche proposée par le Théâtre 71 de Malakoff, sous la responsabilité de Pierre Ascaride pour le spectacle que devait créer Cyril Grosse, Père d'August Strindberg, en février-mars 2002.
Le spectacle a bien été créé mais pas dans la mise en scène de Cyril, disparu le 19 septembre 2001 à Cuba.
Les comédiens choisis par Cyril, François Marthouret, Anne Alvaro, Éléonor Hirt, Frédéric Poinceau, Victor Ponomarev, ... qui avaient déjà fait un travail à la table de 3 jours avec Cyril,  début septembre 2001, n'ont pas renoncé au projet et Père a été créé comme prévu, joué dans la traduction de Cyril et Gunnila Nord, dans une mise en scène de Julie Brochen.
Plus de 70 représentations ont eu lieu dans une quinzaine de villes de France.
Merci à eux, 7 ans après.

affiche pour le spectacle Père

L'Origine du Monde par Gustave Courbet

Le Jardin d'épices by Ya.Smine





En lien avec cet article et cette vidéo sur Le Jardin des Délices, je mets en ligne deux passages tirés du roman de Cyril Grosse: Le Peintre, consacrés au tryptique de Hieronymus Bosch.
Le Peintre a été édité par Les Cahiers de l'Égaré, le 22-02-2002, pour la création de Père au Théâtre du Gymnase à Marseille.

Jean-Claude Grosse

– J’ai ici une édition d’Art, particulièrement belle, consacrée au Jardin des délices de Hyeronimus Bosch. Voilà plus d’une semaine que j’y travaille. (Il ouvre le livre, page huit cent trois. Admiration prolongée.) Je ne me suis intéressé, moi, qu’à un seul couple, dans cette profusion. (Sourire de contentement, il observe les réactions de Joseph.) C’est – entre parenthèses – ce qu’il y a de plus frappant dans l’œuvre de Bosch, son sens du détail – avec, bien sûr, les détours de son imagination –. Mon couple se trouve au centre du panneau central, presque au milieu du lac, entre le Paradis et l’Enfer. L’eau est opaque, mais l’on distingue les cuisses – jambes en fuite – et leurs corps, roses et blancs, comme sculptés, avec couleur. Ventre limpide de la jeune fille, le sein posé contre lui, une ombre pour le duvet et ses cheveux qui ruissellent – mais est-ce le mot ? –, bruns et ors, en gouttes et en fils. Elle ressemble à l’Ève du Paradis, vous ne trouvez pas ? (Du coin de l’œil à Joseph, il sourit.) Ils sont enlacés, le jeune homme retient la main, étrangement ouverte, de sa maîtresse. Ils sont enlacés, mais ce n’est pas une étreinte. Elle, regarde droit devant elle, lui, fixe l’on ne sait quoi, avide et inerte à la fois. (Exalté.) Quelle est la cause de cette mélancolie ? Cet oiseau, œil noir, qui semble les narguer ? Cette figure, qui dépasse, ici, de ce vase bleu ? Ou est-ce cet homme sur les plumes du grand oiseau ? L’Art, ses détails, le silence, bruits. Voilà, mon cher, à quoi j’occupe mes journées. Et j’en suis arrivé à la conclusion que cette mélancolie, ce léger effroi, vient d’eux, d’eux-mêmes oui, et non des autres. Mais Hyeronimus Bosch ne s’est certainement jamais intéressé à ce couple…  (page 25)

Huit heures quarante. Zéro-huit-quatre-zéro. Il se souleva. Ses genoux lui faisaient de plus en plus mal. Articulations : métal rouillé qui pourrit. Il quitta la bibliothèque en boitant, traversa le couloir et pénétra dans son cabinet de travail. L’édition de luxe du Jardin des délices, ouverte à la page huit cent trois, l’attendait ainsi que ses lunettes, sur le bureau en chêne massif. Des corps nus et colorés grouillaient toujours dans l’eau du lac, mais ses yeux ne distinguaient que des taches, un mouvement abstrait. Il chaussa ses lunettes – car il goûtait l’expression – et fut surpris par le sexe des personnages, leurs ébats l’étonnaient. Peut-être parce qu’il était nu, et que son corps lui apparaissait dans sa réalité effrayante et sans appel. Alors qu’il avait passé de longues heures à scruter les détails de ce jardin, c’était la première fois qu’il le voyait avec une telle précision : corps blancs, corps sans âge, des sexes de bambins, un érotisme froid. Aucun homme ne bandait. Des peaux lisses, sans bourrelets, sans replis, sans veines ni sang, une jeunesse éternelle. Et il fixa encore son couple fétiche. Mélancolie oui, mélancolie de la vieillesse, peur de la mort. Une illumination matinale, fatigue, irrationnel. Voilà d’où vient leur effroi. Diurne, nocturne. Et sans s’en rendre compte, il ouvrit la bouche et se mit à respirer comme un cardiaque.   (page 64)

Et pour finir, ce fabuleux Blue Monk.
Cyril me piquait tout ce que j'achetais de Thelonius Monk.


Blue Monk


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L'affaire "Gabrielle Russier" vue par 7 auteurs

23 Décembre 2008 , Rédigé par grossel Publié dans #les 4 saisons d'ailleurs

LA BAGAGERIE
Lycée professionnel du Golf Hôtel à Hyères
MERCREDI  3 ET JEUDI 4 DECEMBRE 2008

ACTION "GABRIELLE RUSSIER"

 
Etape 2 , rencontre entre les auteurs et avec l’artiste associée, puis débat public.

1-couv-gabrielle-russier-copie-1.jpg
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Journée du 3 Décembre
(article annonçant les 2 journées)

Les objectifs des deux jours :
1/ contribuer à l’élaboration de la forme artistique à présenter en avril
2/ travailler au devenir éditorial des textes
3/ organiser la séance publique du 4

Après un tour de table et une présentation rapide de chaque texte par les auteurs, la discussion a considérablement « ouvert la focale » sur des thèmes politiques, sociaux, psychologiques, culturels, donnant tout son sens à ces journées :
- stimulation intellectuelle dans le cadre d’un débat riche à partir d’expériences d’écritures très différentes des auteurs ;
- affaire Gabrielle Russier intéressante dans la mesure où est abandonnée toute idée de commémoration, ressassement du passé, entreprise mémorielle, pour aller vers des questionnements sur la société, l’homme, la vie, ses mythes, ses valeurs, ses comportements, hier et aujourd’hui.

Ainsi plusieurs axes de réflexion se sont dégagés :

- qu’est-ce qu’une vie humaine ?  notions de fragilité, exemplarité, fabrication, transmission ; « qu’est-ce qu’une vie si on ne se la raconte pas » ?
- le temps, la postérité : ce qui reste des faits, d’une vie, avec le temps ; déformation, oubli, fragments, recomposition du passé avec sa mémoire et celle des autres , temps de la personne, temps de la société. Pour évoquer l’affaire Russier, la distance avec les faits permet une réflexion stimulante car pas d’enjeu immédiat ; mais cette même distance pose la question de l’analyse, l’interprétation que l’on peut faire de ce passé avec notre seul regard de 2008, fait d’ignorance et de simplification, si l’on n’y prend garde.
- La personne dans et face à la société : le contexte de l’affaire Russier, mai 68, homme sur la Lune en 69 , illustrations d’une ouverture, mais en contre point l’affaire, l’oppression politique, sociale ; discussion sur l’oppression actuelle ; grande fragilité, complexité d’un homme plein de contradictions, soumis chaque jour à des possibilités d’ouverture et de fermeture.
- Le jugement : juger, faire un choix manichéen, fonctionnement binaire de la société : un dépassement est-il possible ? y a t-il une voie possible, souhaitable, entre relativisme absolu produisant l’image d’un homme salaud universel, et le manichéisme traditionnel, les bons d'un côté, les méchants de l'autre ? Difficulté des hommes de sortir de schémas, de se libérer
- Une tragédie : l’affaire Russier, une forme archétypale, renvoyant à

Harold et Maud, West side story, la tragédie classique.
Et si tout cela n’était qu’une fabrication à commencer par  l’histoire d’amour entre Gabrielle et Christian ?

- La mort : le suicide, la mort choisie ou pas, le sens de la mort ; Gabrielle n’a t-elle pas été assassinée ? La nécessité de dire les choses avant de mourir ; la mort par laquelle commence le cycle de la tragédie, mais aussi l’affaire Russier : sans sa mort, on n'en parlerait plus depuis longtemps ; la mort comme fondatrice.
- Une affaire Gabrielle Russier, possible aujourd’hui ? oui si l’angle par lequel vient le scandale est la pédophilie ou l’homosexualité, par exemple ; oui car poids des conservatismes ; mais une telle histoire irait-elle jusque devant les tribunaux ?

Des manques à interroger et pouvant être l’occasion d’un nouveau travail d’écriture :
- sur la forme archétypale de l’affaire et des protagonistes ;
- sur deux hypothèses : - si Gabrielle avait survécu, que dirait-elle de cela, et de notre intérêt pour l’affaire : n’y a t il pas plus important, plus urgent aujourd’hui ?
                                    - et si c’était Christian qui s’était donné la mort ?
- inclure dans l'ouvrage à publier pour mars 2009 par Les Cahiers de l'Égaré : un résumé de l’affaire, le fruit de nos discussions, en faisant attention de ne pas construire un discours aui aurait la prétention de poser une parole de vérité sur cette affaire.
- Travailler sur la photo de Gabrielle qui pousse à des interprétations contradictoires où chacun peut trouver son compte : c’est Jeanne d’Arc, un ange de pureté, ou l’incarnation du vice, de la folie.

Sur la forme artistique : réfléchir notamment au public et à la manière de l’accrocher pour le faire venir ; définir clairement ce que l’on est et ce que l’on fait ; penser à la diffusion de la forme artistique.
 

(article sur l'affaire Gabrielle Russier)

Présents : Albertine, Gérard, Gilles, Jean-Claude, Muriel, Roger, Katia. Absente: Sylvie.

A/ Matinée consacrée à l’organisation de la séance publique du jour et au devenir des textes.

1/ Sur la forme
-important de construire le public à partir d’une tête d’affiche comme Del Castillo, et à partir d’une accroche thématique :
- un titre accrocheur et qui ouvre : donc pas "L’affaire Russier" mais par exemple « si on racontait une histoire (ou une tragédie) ».
- important de croiser les disciplines, pour faire rêver le public ; ouvrir mais ne pas gommer l’histoire, ni même 68 .
- lien entre cette histoire et la réflexion politique, philosophique, sur la société, donne à notre initiative un aspect provocateur à exploiter.
- Problématiser dans ce sens pour le public :
Une histoire d’amour entre un prof et un élève est-ce une histoire d’amour comme les autres ?
Une affaire Russier est-elle possible aujourd’hui ?

      
-questions d’autant plus légitimes que l’on est dans un lycée et que l’on s’adresse d’abord à des jeunes ; ne pas exclure les jeunes en restant sur l’affaire Russier, si lointaine, et sur 68 dont ils ignorent tout. Mais essentiel de partir de là.

2/ Sur le fond
- Les 2  questions pour le public  poussent à s’interroger sur  :
Qu’est ce qu’aimer ? Qu’est-ce qu’enseigner ?  Quelle différence entre détournement de mineur et pédophilie ? quelle est la particularité de la relation prof/élève ? Quels sont les interdits, et comment se déplacent-ils avec le temps ? Où se situe le seuil de transgression ? Comment et par qui arrive le scandale ?


-Des éléments de réponse sont proposés :
- avant de frapper, la société met à distance la victime en la déshumanisant, en la chosifiant. Visible avec le pédophile : pas de sentiment possible, définition froide, renvoyant à un acte sexuel, à une maladie ; au contraire "détournement de mineur" est plus riche, plus ouverte comme expression. Passer de "détournement de mineur" (en 68) à "pédophilie" (depuis quelques années), c'est le signe, le symptôme d'une "aggravation" des faits et de leur répression: tout est fait pour qu'on exclue le pédophile. Qui a intérêt à cette aggravation qui jette dans l'oubli des personnes comme Patrick Font par exemple.
- Idée d’une sacralisation du prof et de l’élève dans la société qui rend difficile toute sortie des normes ; idée de désacralisation aujourd’hui qui fait du prof et du jeune des criminels potentiels ; dans les deux cas, "affaires Russier" possibles mais aggravées.
- Le corps du prof et le corps de l’élève : bien souvent ignorés ou à la base du scandale. Entre prof et élève, une parole sans corps,  difficile de parler de relations de personne à personne, et ça coince aujourd’hui, vue l’évolution de la société
- Poids des interdits en 68-69, d’où le slogan "il est interdit d’interdire".

B/ Après-midi consacré à la discussion sur les textes de Muriel et Gérard

- Importance des mots pour dire l’amour, par exemple : l’amour n’existe que par les mots qui le font exister. La parole peut magnifier l’amour. Aujourd’hui, dans tous les domaines, difficultés à dire, à nommer : cerveaux bourrés de raccourcis et de lieux communs.
- Le théâtre, une manière de dire les choses : dans nos textes, importance des monologues, qui vont dans la chair des choses, imposent un rapport frontal, quand le dialogue propose fuite et transversalité. Mais dialogue pas vain quand donne toute sa place à l’intériorisation.
- Une formule de Gérard : sur l’homme pas encore humain. Une clef pour comprendre l’affaire Russier et tous les problèmes d’aujourd’hui : humanisation, lente, chaotique. Etre humain, c’est être capable de reconnaître le monde dans son mystère, reconnaître les autres et être reconnu par eux.
- Quelques pistes pour la suite :
               -  distinguer l’objet livre de la forme artistique ;
            -  on peut imaginer une incarnation de Gabrielle à partir de croisements de fragments des textes ;
               -  le slam, intéressant pour remettre le mot au centre.
               -  art de la formule dans les textes de Gérard, permettant mise en relation des textes.


C/ DEBAT AVEC LE PUBLIC JEUDI 4 DECEMBRE 17H à 19H

Notes prises par Albertine durant le débat :
JEUDI 4 DECEMBRE 2008 17h-19h


17 présents (dont les auteurs) + 3 élèves qui ont assisté au slam de Muriel avant de repartir, pour eux, 68 ne leur dit rien.
Sont présents du lycée : un élève, les trois documentalistes, un professeur
Présentation des 4 Saisons d’ailleurs
La semaine du souffle culturel : au mois d’avril, présentation d’une forme artistique au théâtre Denis à Hyères.

Chaque auteur présente brièvement son texte.

Sylvie Combe a écrit du point de vue de Gabrielle qui attend dans sa salle de bain, en se rimmellisant, son amant, pensant à l'écart d'âge, à son vieillissement

Jean-Claude Grosse a fait écrire par Christian
, devenu professeur, une lettre à Gabriella, sa petite fille, il est devenu le mari de son élève Gabrielle-Petit Chat, le père de Christian, mort dans un accident de voiture avec son oncle Gabriel-Garcia, et de Gabrielle qui vient de donner naissance à Gabriella, arrière petite fille de Gabrielle-Gatito et de Christian, père de Gabrielle-Petit Chat et de son frère Gabriel-Garcia.

Albertine Benedetto a écrit un monologue du point de vue de la mère à la fin de sa vie, son fils enfin revenu pour s'occuper d'elle

Gilles Desnots a imaginé le difficile dialogue entre le père, sur son lit de mort et son fils devenu curé des Accoules sous le nom de Père Russier

Muriel Gébelin a écrit du point de vue de Satan, la co-détenue de Gabrielle, aux Baumettes, Satan sur laquelle Gabrielle a exercé une influence positive

Roger Lombardot a fait enregistrer un message de Neil Armsrtrong, au moment où le vaisseau spatial va alunir le 20 juillet 1969, événement entre les 8 semaines d'emprisonnement (avril-juin 1969) et le suicide (1° septembre 1969)

Gérard Lépinois a écrit divers textes de réflexion favorisant des éclairages simultanés comme l'a pratiqué le cubisme ou Claude Simon dans La Route des Flandres.


Lecture d’un texte de Gérard Lépinois : Les reins

Postérité du travail : une édition, un débat thématique au mois d’avril, une forme artistique
Première étape : faire le point à partir de ce foisonnement d’idées suscité par le travail mené pendant ces deux jours autour de Gabrielle Russier et des textes produits.

Débat :

Une histoire d’amour est-elle possible entre un professeur et un élève ?

- MF : c’est un professeur, c’est une femme, elle est plus âgé; Simone de Beauvoir radiée de l’EN pour affaire sur mineur (détournement pour Sartre)
- Témoignage d’élève : pas de problème à condition que ça reste discret. Gênant parce que c’est un prof.
- MF : fascination des élèves pour certains profs.
- Qu’est-ce qui est choquant ?
- L’élève : c’est le regard des gens. Même si l’amour n’a pas d’âge. Prof pas sérieux.

- Gérard : L’élève peut-il être considéré comme un homme ?
- Françoise : une femme professeur peut aimer pas seulement des hommes accomplis
- Rencontre de deux personnes : l’amour est possible
- Ludovic : on se bride, on est cadre de l’institution
- Roger : relation maître-élève. Le théâtre, c'est très physique, on se touche d'où prudence avec de très jeunes comédiens
- JC : la tenue vestimentaire, question qui se pose pour les élèves mais aussi pour les profs
- Les jeunes sont sensibles de plus en plus au physique des professeurs et le disent
- Difficile d’évacuer le corps
- F : il y a le costume qui correspond à l’institution. Les gens ont tendance à laisser leur vie privée en dehors du cadre professionnel. Codes ni écrits, ni dits. On s’y conforme pour éviter les ennuis.
- JC : Réfléchir sur la manière dont ces normes s’acquièrent
- Roger : notion de responsabilité
- Gilles : Intrusion de l’intime dans le cadre social d’où le besoin de se cacher
- MF : relation prof-élève d’une grande richesse, désir d’aller vers les élèves
- Gilles : Rôle de la représentation très important, image qui peut évoluer dans le temps.

Deuxième temps de la réflexion

- Gilles : cette femme transgresse, à partir de quand et comment est-ce qu’on bascule dans l’affaire ?
- F : contexte dans lequel Gabrielle a été située comme une prof qui passe du côté des élèves. C’est plus cet aspect qui compte que la relation amoureuse.
- Gilles rappelle le contexte de l’appel a minima de 1969 : l’Etat croit pouvoir remettre en ordre la société. Casser tout ce qui peut être cause de désordre. Mouvement de sympathie pour Gabrielle à partir du procès. Aujourd’hui : vague conservatrice, défoulement du conservatisme, une affaire Russier possible.
- Muriel : peur de se regarder en face
- MF : possible
- JC : aujourd’hui il y aurait un contre-pouvoir, comité de soutien
- Roger : les contre-pouvoirs sont mous ! il faut alerter le monde entier avant que l’entourage proche réagisse.
- F : sentiment d’être démuni. Manque de relations de proximité.
- Roger : un metteur en scène intervient à Avignon dans un contrôle d’identité. Violences policières. Où est le soutien du Festival d’Avignon ? Se bagarre seul pendant des mois.
- Gilles : deux choses complémentaires.
1) Porosité de l’opinion publique par rapport à l’idéologie sécuritaire. La sensibilité collective a évolué
2) les contre pouvoirs existent formellement mais pas assez puissants. Des associations essentiellement, ni les partis politiques, ni les syndicats. Il faudrait militer 24h sur 24h, impossible !
- Association Ni pute ni soumise : témoignage. Le combat des femmes est loin d’être fini. Les pères pédophiles restent protégés.

19h 05 Conclusion faite par Gilles :
un débat riche
créer du lien
objectif artistique : maintenir une parole contre l’oppression économique et politique
L'Affaire G. R. nous parle aujourd’hui : elle touche à des choses essentielles dans la société. Au-delà du fait divers, dimension universelle.


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La Demeure du Chaos/En procès

17 Décembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #SEL

La Demeure du Chaos/En procès


Communiqué de la Demeure du Chaos sur la décision de la Cour d'Appel de Grenoble le 16 décembre 2008 (quatrième jugement).

thierry Ehrmann, auteur de la Demeure du Chaos, et le Collectif des Artistes prennent acte que l'Arrêt de la Cour d'Appel de Grenoble les condamne à la remise en état demandée par le Ministère public ainsi que la Mairie de Saint Romain au Mont d'Or, qui s'acharne dans son "négationnisme artistique" depuis 9 années.

Ce quatrième jugement qui exige la remise en état n'est ni plus ni moins que la demande de destruction pure et simple des 3123 œuvres formant le corpus de la Demeure du Chaos depuis 1999. Il est aussi la conséquence du réquisitoire de l'Avocat général qualifiant thierry Ehrmann de terroriste intellectuel.

thierry Ehrmann décide donc de se pourvoir contre l'Arrêt de la Cour d'Appel de Grenoble ; en sa qualité de plasticien il se défendra à nouveau devant la Cour de Cassation et conclura bien entendu à sa relaxe intégrale. Il ne peut imaginer que la plus haute juridiction française choisira la censure de l’expression artistique et la normalisation par les bulldozers.

Ce procès historique devrait être plaidé devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme dans le cadre de l'article 10 de la convention européenne des Droits de l'Homme sur la liberté d'expression. La jurisprudence sur cet article a régulièrement fait condamner la France.

Forts désormais de 81 000 signatures, thierry Ehrmann et le Collectif des Artistes appellent plus que jamais à la mobilisation contre la censure de l’expression artistique en France par la signature de la pétition pour la Demeure du Chaos.

La Demeure du Chaos, née le 9 décembre 1999 de l'acte conceptuel de thierry Ehrmann, est une oeuvre au noir se nourrissant du chaos alchimique de notre 21è siècle, tragique et somptueux dont les braises naissent le 11-Septembre .

La Demeure du Chaos appelée aussi "Abode of Chaos" dixit le New York Times est devenue aujourd'hui, avec plus de 1 080 reportages de presse écrite et audiovisuelle de 72 pays, en 9 ans, une "Factory" incontournable et unique dans le monde, selon la presse artistique internationale. C'est un musée à ciel ouvert et gratuit, présentant plus de 3 123 oeuvres, où convergent chaque année désormais 120 000 visiteurs. La Demeure du Chaos dénombre, dans le cadre de son statut d'E.R.P. (Etablissement Recevant du Public) muséal, depuis son ouverture au public, 312 012 visiteurs du 18/02/06 au 31/10/08, avec 23,4 % de visiteurs hors-France. Elle est aussi une résidence d'artistes.

Un siècle plus tard, la France décide de refaire le procès de Brancusi contre les Etats-Unis sur la définition de l’œuvre d’art au regard du droit. L’Histoire inévitablement se clôturera par : « en 1928 c’était un oiseau, c’est aujourd’hui la Demeure du Chaos ». L’enjeu du procès de la Demeure du Chaos est donc bien la reconstitution d’un consensus cadré par le droit sur la délimitation des frontières cognitives de l’Art. C’est un nouveau « labelling theory » déjà expérimenté par Duchamp que la Haute Cour jugera pour la seconde fois.



Pour les développements futurs, l'analyse complète du dispositif et des motivations du jugement,

restez connectés sur le site : http://www.demeureduchaos.org

ou sur le blog : http://blog.ehrmann.org/

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La Demeure du Chaos est à nouveau dans l’arène judiciaire par l’arrêt de la Cour de Cassation du 11/12/2007, qui casse et annule l’arrêt de la Cour d’Appel de Lyon du 13/09/2006 sur toutes ses dispositions et renvoie les parties devant la 1ère Chambre Correctionnelle de la Cour d’Appel de Grenoble, le lundi 17 novembre 2008 à 14h00.




999 «visite initiatique au coeur de la Demeure du Chaos»
envoyé par abodeOFchaos

Mille fois la première question de mes visiteurs abasourdis de la Demeure du Chaos est
« pourquoi » ?

La réponse me replonge en 1999, quand après avoir dévoré le veau d'or dans le grand festin paganiste du siècle dernier, je cherchai à nouveau ce monde gnostique.

Ma seule rédemption passait de nouveau par cette terrible épreuve, renaître par ma damnation première, la démence que l'on reçoit comme une onction suprême à la naissance pour se transcender dans l'Art. Cette fureur maniaque, ma sulfureuse maîtresse sera de nouveau ma complice avec ses troubles de l'humeur.

Elle donnera la vie à ma plume pour écrire une longue, une très longue histoire qui naît de la nuit des temps, s'abreuve du chaos alchimique, prima materia de ce XXIème siècle tragique et somptueux pour s'incarner dans ma chair et mes œuvres et retrouver le monde des demeures philosophales.

Il fallait accomplir ce Grand Œuvre, quel qu'en soit le prix, le hurlement des gueux, la vindicte des hommes en noir, l'anathème des moralistes. Mais tous oubliaient que depuis la naissance du droit, il n'y a ni crime ni délit lorsque le prévenu est en état de démence ou contraint par une force majeure.

Cette démence de l'acte artistique, cette force majeure qu'est la folie créatrice permet à l'homme depuis des millénaires de bâtir des temples, des catacombes, des charniers, des lieux de génuflexion, des calvaires, des labyrinthes, des Golgotha, des oratoires, des chemins de croix, des sanctuaires, des prieurés, des cathédrales de lumière.

Tout cela, fidèle lecteur, sont les mots qui désignent la Demeure du Chaos dont la dualité est l'Esprit de la Salamandre, le souffle alchimique de la Demeure.

Alors à ta véritable question, pourquoi cette noirceur ? je te réponds simplement: quand tu verras la noirceur, réjouis-toi car c'est le début de l'Œuvre…

thierry Ehrmann

Ce film crée une atmosphère, constitue un plaidoyer en même temps qu'un réquisitoire. Le ton est prophétique, apocalyptique. Je ne suis pas vraiment convaincu par le télescopage de notions diverses empruntées à des registres différents mais je me laisse interpelé par cette fureur créatrice qui fait appel au chaos ou s'appuie sur le chaos dont nous sommes les complices. En tout cas, le combat pour que vive DDC malgré la malfaisance d'une municipalité et sans doute au delà est à mener.                           (commentaire de grossel)



Salut les p'tits loups et louves,


ATTENTION :
Pas de panique !
Le livre "Honte à vous !" format papier sera disponible gratuitement et exclusivement à la Demeure du Chaos.
Compte-tenu de sa gratuité, il ne sera pas en librairie. N'hésitez pas à demander à des amis ou à votre famille de passer à la DDC si vous n'êtes pas à Lyon.

La version anglaise de "Honte à vous" / "Shame on you", sera en ligne deuxième semaine d'octobre 2008.

Pour ceux qui ont des problèmes pour se connecter pour le télécharger ou le lire en ligne, nous avons ouvert 5 plates-formes alternatives dont une en langue française :

en mode feuilletage comme un vrai livre dans un fauteuil... :
- Pour le lire chez Calameo.com
interface en français : Honte à vous

- Pour le lire chez DocStoc.com :
http://www.docstoc.com/docs/1638965/Honte_a_vous_online

- Pour le lire chez Yudu.com :
http://beta.yudu.com/library/item_details/14522/Honte à vous

- Pour le lire chez Scribd.com :
http://www.scribd.com/doc/6293033/Honte-a-VousOnline

- Pour le lire chez Issuu.com,
http://issuu.com/demeureduchaos/docs/honteavous


 
PS: n'oubliez pas le rendez-vous Hyptonik de samedi 4 octobre 2008

rePS: concernant le procès en Cour d'Appel de Grenoble, nous négocions pour le 17 novembre 2008 avec la SNCF et/ou des affrètements de car.

 

En avant-première, la version intégrale (2MB) des 290 pages du livre "Honte à vous !".

Le 9 octobre, 70 000 exemplaires du livre papier seront disponibles gratuitement à la Demeure du Chaos. 288 pages, 148 X 210 cm, ISBN 978-2-914674-07-2.

“Honte à vous ” résume en trois mots la guerre à la vie, à la mort, que nous menons contre les réacs et les négationnistes de l’art qui veulent détruire la Demeure du Chaos comme symbole de la résistance face au conservatisme …

Honte à vous ! Ce cri du cœur est répété des milliers de fois avec rage. Tel est le titre du livre-vérité, où nous avons, non sans douleur, choisi 1 800 témoignages de pétitions parmi l’ensemble. Nous avons démarré la pétition en 2006 pour sauver les 2 900 oeuvres de la Demeure du Chaos.

Peu de gens peuvent imaginer que notre combat acharné pour la Demeure du Chaos et la liberté d'expression nous ont valu une avalanche de procès pénaux, de contrôles fiscaux , de barrages administratifs, de convocations quasi hebdomadaires, de descentes policières, de menaces physiques et autres coups tordus, mais au-delà de la souffrance, ces coups bas et ces persécutions nous renforcent de jour en jour dans la pertinence idéologique de notre combat.

Cette pétition a déjà recueilli plus de 72 000 signatures accompagnées de commentaires et qui, chaque jour, s’enrichit de plusieurs centaines de nouveaux soutiens. Elle ne s'arrêtera plus, car de jour en jour, la liberté d'expression s'éteint en France.

Les commentaires de ces pétitions ont été écrits par des artistes, des historiens, des élus, des professions libérales, des ouvriers, des fonctionnaires, des retraités, des étudiants, des familles, des cadres, des magistrats, de simples citoyens, des professeurs d’arts plastiques, des membres du clergé, des citoyens du monde... Ce livre, écrit par 1 827 auteurs venant de plus de 450 professions différentes, grâce aux efforts de chacun, est gratuit car il défend le droit le plus fondamental de notre république : la liberté d'expression.

Ce livre est totalement consultable et téléchargeable dans son intégralité sur internet >>>. Il est aussi fait pour circuler ; être envoyé par email, téléchargé, diffusé sur tous les canaux possibles.

Ce livre est aussi un matériau extraordinaire pour les sociologues, les historiens de l’art, les professions du droit, les journalistes à qui nous donnons la parole … mais il est surtout le témoignage implacable qu’il existe envers et contre tout, en dehors de tout système politique, un réel pouvoir d’indignation des citoyens en France. Chaque fois que je me mettais à sélectionner des témoignages, au bout d’une demi heure, j’avais les larmes aux yeux et des crampes au bide car il faut le dire, nom de Dieu, c’est bien d’amour, de rage et de beauté dont on parle dans ces commentaires. Il existe un vrai pouvoir citoyen qui n’est plus au Palais Bourbon.

Un grand merci à Philippe Liotard, Sociologue, pour "Droit dans le Mur", à Céline Moine, Historienne de l'art, pour "Le Monstre et la Liberté", à Philippe Brunet-Lecomte, Journaliste et Directeur de publication, pour "La Bible du Chaos", et Jean Tourette, Auteur, pour "Continuez". Sans oublier bien sûr mon fidèle complice depuis 25 ans, Marc Del Piano, pour la Direction Artistique et les Photos. Et Web@ngel pour la diffusion virale sur toutes les plate-formes possibles et imaginables de l'Internet visible et invisible.

Face à la Mairie de Saint Romain et à l’ensemble du Conseil Municipal qui a donné à son Maire, Françoise Revel, le pouvoir de demander à nouveau la destruction de la Demeure du Chaos le 17 novembre 2008 à la Cour d’Appel de Grenoble*, ce livre est pour les négationnistes de la Mairie et les Réac , le réquisitoire le plus cruel qu’aucun Procureur n’oserait prononcer.

Au delà du réquisitoire ce livre dévore le lecteur par la force du verbe, Une phrase parmi des milliers donne le ton :
« Il n'y a que les cathédrales qui me touchent autant. F.F. »

*La Demeure du Chaos est à nouveau dans l’arène judiciaire par l’arrêt de la Cour de Cassation du 11/12/2007, qui casse et annule l’arrêt de la Cour d’Appel de Lyon du 13/09/2006 sur toutes ses dispositions et renvoie les parties devant la 1ère Chambre Correctionnelle de la Cour d’Appel de Grenoble, le lundi 17 novembre 2008 à 14h00.

thierry Ehrmann

"Hasta la victoria siempre"

 

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L'affaire Gabrielle Russier, 40 ans après

1 Décembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #les 4 saisons d'ailleurs

L'affaire Gabrielle Russier, 40 ans après


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Les 3 et 4 décembre 2008, Les 4 Saisons d’ailleurs (anciennement Les 4 Saisons du Revest) accueillent 7 auteurs: Roger Lombardot (EAT, Écrivains Associés du Théâtre)), Jean-Claude Grosse (EAT), Gérard Lépinois, Gilles Desnots, Albertine Benedetto, Sylvie Combe, Muriel Gébelin.
Ils ont travaillé sur un thème proposé par l’association : l’affaire Gabrielle Russier.
Ils ont en commun, la lecture de deux livres: Les écrous de la haine de Michel del Castillo et
les Lettres de prison de Gabrielle Russier, précédées de Pour Gabrielle de Raymond Jean.
 
Au printemps 1968, cette jeune professeur d’un lycée marseillais vit une histoire d’amour avec l’un de ses élèves. Les parents, l’institution scolaire, puis l’ensemble de la société crient au scandale. Gabrielle est arrêtée, emprisonnée, jugée, harcelée. Elle se suicide le 1° septembre 1969.

article du 16 juin 2008 consacré à cette affaire sur le blog des 4 Saisons d'ailleurs


Quarante ans après, en contre-point des commémorations, réflexions, évocations des événements de Mai 68, l’affaire Gabrielle Russier nous interpelle sur la complexité des sociétés et des relations humaines.
Ce que nous avons désiré interroger, c’est le rapport prof-élève, jeune-adulte, individu-société, hier, aujourd’hui.
Une affaire Russier paraît impensable en 2008. Pour autant les difficultés de vivre ensemble sur fond de remontée d’un Ordre Moral conservateur sont très réelles et douloureuses.
 
Ces 7 auteurs nous livrent le fruit de leur travail d’écriture : monologue, dialogue, poésie, théâtre, correspondance, essai.
Les Cahiers de l'Égaré éditeront sans doute un livre à partir de ces écritures.

Les 3 et 4 décembre, ils échangeront entre eux, leurs expériences et construiront avec notre artiste associée: Katia Ponomareva, les bases d’une forme artistique finalisée au printemps 2009 que Les 4 Saisons d’Ailleurs présenteront au public en avril prochain, au Théâtre Denis à Hyères, forme vivante éphémère accompagnée d'une création vidéo pour durer un peu.
Nous inviterons si possible  Michel del Castillo pour la journée d'avril 2009 ainsi que l'ami de Gabrielle Russier qui a accepté d'être parmi nous le 4 décembre.
 
Le Jeudi 4 décembre, à partir de 17H, vous êtes invités à nous rejoindre :
 
À LA BAGAGERIE au Lycée Professionnel du Golf Hôtel à Hyères

       La bagagerie se situe au centre du Lycée Professionnel du Golf Hôtel, à Hyères: suivre après la voie "rapide" qui traverse la ville, la direction "Golf Hôtel".
       C’est un lieu mis à notre disposition par le lycée, pour accueillir artistes et projets.
      
POUR UNE LECTURE PUBLIQUE DES TEXTES

UN ECHANGE ENTRE LES AUTEURS ET LE PUBLIC en présence d'un ami de Gabrielle Russier

UNE ADRESSE  AUX ARTISTES, AUX ÉLÈVES ET PROFESSEURS, À TOUS,  SUR LA  FORME ARTISTIQUE À VENIR.

 
Pour annoncer votre participation, pour toute information complémentaire, appeler au 06 73 54 33 20.
Merci, et à l’avantage de vous voir.                                                                                                       

Pour Les 4 Saisons d’Ailleurs, 
Gilles Desnots, directeur artistique

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Balade dans le sud marocain

9 Novembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #voyages

Balade dans le sud marocain
par Grossel et son guide Ya.Smine

Cette balade a duré 6 jours, au départ de Marrakech, du 23 au 28 octobre 2008, après deux jours de pluies abondantes, à deux, avec un bon 4X4, pique-nique vers 13 H, là où ça nous plaisait, soirée en gîte d’étape, simple, avec cuisine locale.
1° jour : nous partons vers le sud par le Tizi n Tichka, pluie et neige vers le col, puis 40 kilomètres de piste en 4 heures entre Telouet où se trouve la casbah en piteux état du Glaoui et la casbah d’Aït Ben Hamoud, déjà vue en 2006, que nous saisissons aux feux couchants, l’idéal.
Heureusement, aucun véhicule pendant la descente abrupte de je ne sais quel col.
Nuit à Tamdaght,  à La Cigogne, tenue par de jeunes marocains, village plus  authentique qu’Aït Benhadou, près de la casbah où vit Bahia que nous n’avons pas vues, partis trop tôt le lendemain matin après achats chez Omar, l’antiquaire qui a une caverne d’Ali Baba d’objets magnifiques et à bons prix.

2° jour : passage par Taliouline pour se procurer du safran. C’est le temps de la récolte et c’est le meilleur safran du Maroc. J’en achète 20 grammes. Thé au safran bien sûr.
Arrivée par une route magnifique sur Tafraout, après avoir traversé au pas puis à pied, un village où se déroulait un « moussem », une fête traditionnelle. J'achète 6 kilos de dattes de Tata, pareilles à celles de Zaghora, appréciées en 2006.
Nous logeons 3 jours à La Tête du Lion agréable hôtel tenu par Christophe et Hakima.



3° jour : nous passons 5 heures à Eden Rocks, au coin des rochers peints par
un artiste belge, en 1984, coin très visité aujourd’hui, comme quoi le land art peut ouvrir des perspectives. Nous découvrons et baptisons plusieurs rochers naturels non répertoriés dont l’impensable Richard Cœur de Lion. Mais aussi le dauphin, l’aigle, les cavaliers teutons, le singe…

4° jour : promenade dans la palmeraie d’Aït Mansour, le matin et longue visite au souk d’Aït Abdallah. De nombreuses photos prises par Ya.Smine, portraitiste de talent, Marocain de cœur, qui s’est mis à l’arabe et s’ouvre ainsi les cœurs et les visages.
Comme il a plu, c’est déjà tout vert, la terre est meuble et les femmes travaillent avec le soc et le mulet, de petites parcelles. Pas d’hommes, au travail ailleurs, en ville ou en Europe.
L’après-midi, retour à Tafraout par un immense plateau. De nombreuses maisons luxueuses en plein désert. Les « soucis » préparent leur retraite.

5° jour : direction Taroudant par un détour au nord de Tafraout à travers le djebel Lext. Magnifique route, précipices vertigineux, pas une voiture sur 100 kilomètres à 30 à l’heure maxi et arrêts multiples pour photos et panoramiques.

Soirée et nuit au Palais Sallam en chambre double, en mezzanine avec terrasse, la pointe de luxe à prix honnête, nécessaire pendant une balade.


6° jour : retour à Marrakech par le Tizi n Test. Route et paysages impressionnants. Pique-nique et visite de la mosquée oubliée de Tinmel.
Arrivée sous la pluie à Marrakech.


Ce qui m’a frappé après deux ans d’absence : l’impressionnant travail d’infrastructure, pistes devenues routes, électricité partout, téléphone partout, désenclavement, signalétique des douars et villages, constructions neuves partout dans les endroits les plus inattendus, grandes maisons construites par ceux qui vivent et travaillent en Europe, en France avec leurs commerces ouverts tard le soir, les « soucis ».
Le Maroc décolle.
Dommage que l’éducation soit à la traîne, en matière d’hygiène, de propreté.
Comme par hasard, c’est dans les centres des petites villes que les rues et routes sont défoncées.
Merci à Ya.Smine pour cette balade, hors circuits touristiques.

À Marrakech,
- J’assiste à deux vernissages (je n'ai pas de reproductions à proposer; mille excuses du pays des mille et un paysages):

  _un de peinture à la galerie Artes Mundi, belle galerie toute en profondeur ce qui crée une belle proximité, intimité avec l'oeuvre de Rachid Zizi, artiste modeste qui a déjà une clientèle  et déjà reconnu, qui a envie d'aller plus loin, ailleurs et a fait des avancées en 5 ans, que l'exposition permet d'évaluer (bonne continuation donc, Rachid, et à 2010, peut-être), exposition visible tout novembre 2008
  _un de céramiques: Mailles d'émail de Kamal Lhababi, artiste de dimension internationale, dans les allées des hôtels Saadi, sur le thème des costumes d'apparat, céramiques tout à fait abordables par leurs prix (commande lui a été faite de grandes fresques en céramique, il y a quelques années, fresques à voir absolument dans le hall du Casino des Saadi, fresques s'intégrant à merveille à l'architecture de ces lieux: Les jeux, Les cinq sens et le sixième, L'arrivée du poète Saadi à Marrakech, Les lions de l'Atlas), exposition visible tout novembre 2008.

- Je lis intégralement le N° trimestriel de la revue MarocPremium consacré à la peinture contemporaine marocaine. Excellent N°.
- Je rencontre le photographe de la revue, Mostapha Romli, lui fait une analyse de ce que j’ai pu constater en regardant les reproductions. Échanges en cours et en vue.
- Je rencontre aussi Sijel, un pharmacien renommé de Casablanca qui s'est lancé dans la production et la commercialisation de produits marocains destinés à la cosmétique et à la cuisine traditionnelle. J'éditerai peut-être un livre aux Cahiers de l'Égaré. On peut avoir une idée de ce travail avec Charme du Maroc.
- Je regarde Ya.Smine travailler ses toiles ainsi que Chérifa Rabeh. Ils ont exposé avec succès tout septembre à La Maison des Arts de Rabat.
En deux ans, ils ont gagné en maîtrise et en propositions,
chacun dans son registre. Je ne suis pas étonné que Chérifa ait été retenue par la revue.

Grossel à Marrakech, le 4 novembre 2008

A certain vision of life by Ya.Smine

Fondamentals by Chérifa


L’évolution de la peinture de Chérifa Rabeh
et Jean-Pierre Grosse (Ya.Smine)
artistes-peintres résidant à Marrakech



Je n’avais pas vu leur travail depuis novembre 2006. Voir des reproductions d’œuvres en catalogue internet et voir les œuvres réelles sont deux expériences différentes, la première permettant de saisir des ensembles, des cohérences, la seconde de saisir des singularités, les deux expériences se complétant donc car des œuvres singulières peuvent aussi constituer une œuvre « ouverte », un ensemble construit par le regard et la pensée de l’observateur, du peintre aussi bien.
Si j’essaie d’appréhender l’évolution de Chérifa Rabeh-Grosse, outre le passage à des formats plus importants, 80X100cm, je note la part essentielle prise par les compositions florales, souvent agrémentées d’une théière, compositions dont la richesse chromatique, la chaleur plutôt est communicative. Voilà une peinture subjective, peu soucieuse de netteté, éclairée de l’intérieur par une énergie, une vitalité qui se communiquent au spectateur. Peinture qui nous veut du bien, invitant à saisir la toile dans sa totalité mais aussi à la promenade du regard, voyage aléatoire au gré des formes et couleurs et qui fait chaud au cœur, procure du bonheur, l’espace d’un présent qui dure le laps de temps qu’on veut bien lui donner. Peinture donc de la liberté, de la libération car la liberté n’est que la succession des libérations que nous nous créons. Les gris de notre vie routinière sont avec les fleurs de Chérifa, coquelicots en particulier, dissous dans la profusion et l’éclat, la vitalité de la nature. On en oublie l’éphémère de la fleur pour se nourrir de son offrande gratuite, don sans contrepartie, voie d’une vie autre, nouvelle, la vraie vie.

Poppies in Northern Morocco by Chérifa

Si j’essaie d’appréhender l’évolution de Jean-Pierre Grosse, outre le passage à des formats plus importants, 120X100cm, je note deux partis-pris nouveaux, des portraits très acérés dans le trait, d’une netteté, d’une vérité pouvant aller jusqu’à l’insoutenable, jusqu’au malaise, portraits en outre souvent  présentés en triptyques donc relativisant toute saisie, la dynamisant aussi, obligeant à promener le regard alors qu’il a tendance à se fixer sur un visage. C’est le cas de « A certain vision of life ».     

On fait là une expérience phénoménologique qui mérite que je m’y attarde un peu. Regarder un visage ne va pas de soi. S’autorise-t-on à le regarder franchement, à le capturer, le saisir ou préfère-t-on le découvrir par effleurements, regards de biais, sans insistance comme une caresse, avec respect. Voilà que regardant mon regard, je prends conscience de mon rapport à autrui.
Autrui regardé, vivant, réagit à mon regard, modifiant mon nouveau regard, intimidé ou rassuré.
Autrui regardé, peint, se livre à moi dans son intensité, sa vérité, son éternité, expérience apparemment simple, en réalité impossible. Bien que s’offrant comme un tout, le visage est appréhendé comme un mystère : il semble vouloir me dire ce qu’il est et je ne saisis pas ce qu’il exprime. Je fais l’expérience de l’indicible, la vérité de ce visage m’est inaccessible : je vois bien la dureté de la vie marquant ce visage ridé, buriné mais comment se situe-t-il par rapport à cette vie, sa vie, acceptation, protestation, résignation, révolte, acquiescement, voilà quelques mots dont je mesure l’insuffisance.
De même pour ce regard de femme, « Nasrine », magnifique, quelle expérience intime j’en fais, non partageable ?

Nasrine by Ya.Smine

Le flou est l’autre nouvelle tentative du peintre, le mouvement, également en triptyques. C’est une expérience contraire, saisir la fugacité et se livrent d’autres vérités : l’audace d’une femme qui s’expose dans sa danse, se livre dans sa transe, la fusion des cavaliers s’affrontant dans le rituel de la fantasia dans « Fantaisie »…

Voilà deux artistes sans grosse tête, authentiques chercheurs de beauté, de chaleur, de vérité définitive ou de vie éphémère, avec lesquels on fait des expériences à la fois esthétiques, existentielles, philosophiques, si on est disponibles, prêts à prendre le temps de longuement regarder, ce qui n’est pas fréquent dans le monde de l’ « art » livré aux marchands et aux snobs.
Dans le dernier N° de Maroc Premium, remarquable N° consacré aux peintres marocains contemporains, Chérifa Rabeh-Grosse a été retenue parmi 70 artistes. C’est là un signe de reconnaissance qui devrait s’étendre dans un prochain N° à Jean-Pierre Grosse, Marocain de cœur, exprimant à travers ses portraits, non l’exotisme marocain mais l’universel humain d’avant le temps des chairs bouffies, des visages sans âge traités aux cosmétiques.
De ce N° lu en totalité, je dirai qu’il présente un panorama intéressant d’artistes contemporains, qu’il fait un état des lieux sans complaisance des avancées et des difficultés, des carences. Une aporie se découvre à la lecture : l’oscillation entre un point de vue marchand et un point de vue artistique. L’art peut-il se passer du marché ? Comment faire pour que le marché ne fausse pas la valeur artistique par la valeur marchande ? Comment un artiste peut-il sauver son âme et son art en étant commercial ? Jusqu’où ? Le modèle occidental n’est pas une garantie : la multiplicité des appréciations n’empêche en rien les modes, les exclusions, les combinaziones, les usurpations, les impostures, les oukazes, que cela vienne des fonctionnaires de l’art, des marchands d’art, de la presse spécialisée, des spéculateurs, des réseaux d’influence.
                                                                   Jean Roguès, Marrakech le 30 octobre 2008


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Entre les murs/ Philippe Meirieu

9 Novembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #films

Entre les murs : un film en dehors de l’École


Un livre particulièrement intéressant

Je fais partie de ceux qui ont aimé le livre de François Bégaudeau Entre les murs. L’ouvrage comporte, en effet, un travail particulièrement intéressant sur le langage : on y ressent une belle jouissance de lecture due, de toute évidence, à l’usage d’une langue métissée qui jaillit, à chaque ligne, avec une fantastique liberté. Le roman a un vrai pouvoir évocateur, le pouvoir de « créer un monde » et de nous y projeter. On y trouve aussi un humour « sur la lame du rasoir » : le lecteur est ainsi placé dans une ambivalence qui suscite, en permanence, chez lui l’étonnement. Cet étonnement constant est un des grands mérites du livre : il permet la réflexion et la mise à distance. Le héros-narrateur autorise ainsi une multitude de postures à son égard : de l’attendrissement à la colère, de l’inquiétude à la révolte. Ce livre se donne donc, d’abord, comme un « texte » – c’est-à-dire un discours dont la matière première est le langage – avec lequel on peut dialoguer et se mettre en jeu… En un mot, c’est de la littérature.

Bien sûr, on peut aussi interroger cet ouvrage avec un regard pédagogique. La chose est, d’ailleurs, d’autant plus aisée que le narrateur laisse entendre sa grande difficulté à mettre en cohérence ses idéaux et ses actes. Ainsi, après avoir dit à deux élèves qu’elles avaient une « attitude de pétasses », le voit-on « pivoter sur place pour s’engouffrer dans l’escalier ». « Tout de suite, ajoute-t-il, mes yeux ont piqué. » La qualité littéraire est ici, au service, d’une interrogation pédagogique sur la bonne distance aux élèves, le niveau de langage qui permet de se faire entendre d’eux, la manière de rattraper d’inévitables dérapages... Toutes questions que tout enseignant – et pas seulement un débutant – se pose.

Le littéraire et le pédagogique sont dans un bateau…

J’avais, moi-même accueilli François Bégaudeau, à la sortie de son roman, à L’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de l’Académie de Lyon. Nous avions enregistré alors une émission de radio (qu’on peut réécouter aujourd’hui, dans une version volontairement non montée : http://www.meirieu.com/RADIO/francoisbegaudeau.mp3 ). Dans le style très spécifique imposé par ce genre particulier, nous avions eu une discussion stimulante. L’auteur nous avait d’abord lu un extrait de son livre : tout le monde avait eu plaisir à l’entendre tant l’originalité littéraire du texte était forte ; il y avait là un ton particulier qui, à l’évidence, « faisait littérature »… Ce qui ne nous a pas empêché de débattre, ensuite, de la question des comportements pédagogiques de son « héros » et de nous trouver en désaccord sur la manière qu’a le narrateur de « faire la classe ». J’avais, à l’époque, dit mon malaise face à certains passages du livre, souligné le caractère illusoire et dangereux de l’égalité instaurée entre le professeur et ses élèves, montré qu’il n’était pas très sain de concevoir la classe comme « un champ de bataille », expliqué l’importance de ne pas s’installer dans le malentendu permanent avec des adolescents, insisté sur le caractère fondamental des acquisitions scolaires et la nécessité du travail sur les contenus, évoqué le danger du relativisme culturel et exprimé mon inquiétude devant la surchauffe affective provoquée par le « héros »… François Bégaudeau avait répondu, de manière nuancée, insistant sur la nécessité de faire le lien entre les préoccupations « spontanées » des élèves et les « grandes œuvres », se présentant comme un professeur animé du désir de transmettre et conscient de ses faiblesses pédagogiques. En réponse à un professeur stagiaire, il avait même précisé qu’il faut éviter tout amalgame entre « la culture jeune » et « le champ culturel de l’école », avant de conclure que le livre était un « objet littéraire » et devait, d’abord, être traité en tant que tel.

Au moment de la Palme d’Or, je m’étais réjoui, sans avoir vu le film, qu’une œuvre qui parle de l’école soit ainsi couronnée, ajoutant, dans le journal Libération, que c’était une excellente chose de « replacer l’éducation au cœur des enjeux de société, de montrer la réalité du terrain scolaire » et que cela pourrait permettre, sans doute, « de sortir des traditionnels débats idéologiques sur l’école ».C’était compter sans la spécificité du traitement cinématographique et le danger permanent de réduire la vibration d’une écriture à un ensemble de clichés… C’était compter sans les aléas d’une adaptation contrainte de « dramatiser » ce qui était présenté, dans le livre, comme une « chronique »… C’était compter sans l’instrumentalisation inévitable d’un film dont le statut, aujourd’hui, est plus celui d’un « objet social » que d’une « œuvre d’art ».

Le film : une œuvre d’art d’abord

Du côté de l’œuvre d’art, il faut, bien sûr, s’incliner devant la performance : un huis clos, ou presque, magistralement filmé, avec une grande force dans les images, épurées à l’extrême, sans effets inutiles. Il faut insister aussi sur la performance des adolescents qui jouent avec un « naturel » extraordinaire : on nous dit que des ateliers de travail d’acteur ont été mis en place pour eux. Ces derniers ont, de toute évidence, été très formateurs et, d’ailleurs, il serait très intéressant, s’ils ont été filmés, qu’on puisse voir comment ils se sont passés. Au moment où l’éducation artistique a du plomb dans l’aile, l’expérience de démarche artistique conduite ici – et qui a, quand même, mené des jeunes à la Palme d’Or à Cannes – mérite d’être regardée de près… Toujours du côté de l’œuvre d’art, il faut, évidemment, souligner la finesse de l’analyse du personnage principal, François Marin : fragile et sûr de lui à la fois, affectant un certain détachement et, pourtant, surinvesti dans son métier, cultivant une posture généreuse, mais incapable d’en dérouler les conséquences, cherchant à maîtriser les situations, mais sans pouvoir les structurer, acculé à un face-à-face qui devient vite un corps à corps. Le portrait est juste et émouvant. C’est une trajectoire singulière qui nous est donnée à voir avec beaucoup de talent et de sensibilité. Une trajectoire qui se solde par un échec, artificiellement camouflé, in extremis, par un happy end convenu et peu crédible, à la manière du théâtre classique.

A priori, il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter : la singularité de cette histoire la préserve de toute récupération. Impossible de statuer sur la question de l’école et de la pédagogie, sur celle de l’autorité ou celle de la violence à partir d’une histoire parmi d’autres, d’un portrait très spécifique et incarné. Impossible, a fortiori, de conclure au fiasco de l’École tout entière sur la base d’un ratage individuel, aussi bien décrit soit-il. Nul ne songe à ramener la question de l’amour au XVIIIème siècle à la seule analyse de Manon Lescaut, fort heureusement !

Une transposition dramatique problématique

Mais, les choses se compliquent pour toute une série de raisons. D’abord, nous sommes, dans les deux sens du terme, en « terrain sensible ». Directement ou fantasmatiquement, chacun se sent concerné par une situation qui renvoie à des éléments constitutifs de notre fantasmatique collective : la peur que nos enfants ne soient victimes des « barbares » qui ont déferlé sur l’école, l’inquiétude devant les soubresauts d’une jeunesse qu’on craint de ne plus être capable de maîtriser, l’affaiblissement d’une société incapable d’affirmer ses principes et de crédibiliser ses valeurs. Mais, plus encore peut-être, ce qui brouille les cartes, c’est le « réalisme » du film. Il est indiscutable ! Nul ne peut nier que la plupart des dialogues et des situations sonnent terriblement juste. Même si les portraits sont caricaturaux, le tableau est assez suggestif pour qu’on reconnaisse, plus ou moins, « les conditions de l’enseignement aujourd’hui dans un collège difficile ». Pourtant – il faut le rappeler – procéder ainsi, c’est ignorer que la vérité d’une œuvre d’art n’est pas produite par la justesse des décors et le caractère vraisemblable des répliques, mais par la densité de ce qui se noue dans « l’intrigue », de ce qui est en jeu dans la configuration dramatique.

Or, la configuration dramatique du film n’est pas du tout celle du roman. Dans le film, contrairement au roman, les choses se trament et se nouent autour du personnage de Souleymane. Un jour, celui-ci tutoie l’enseignant avec agressivité et blesse involontairement une de ses camarades en sortant violemment de la classe : tout est parti, semble-t-il, d’un débat épineux sur le fait de savoir si le professeur avait ou non le droit de traiter de « pétasses » les deux déléguées en raison de leur comportement en conseil de classe. Souleymane est exclu à l’issue d’un conseil de discipline assez surréaliste où il sert lui-même d’interprète à sa mère (alors que, dans le livre, la mère en est absente). L’épisode est clos : le film laisse entendre qu’une fois Souleymane parti, tout rentre plus ou moins dans l’ordre jusqu’à la grande réconciliation festive de fin d’année.

Or, si l’on regarde les choses de près, le véritable déclencheur de « l’incident » – déclencheur qui n’existe pas dans le livre – est, à mes yeux, la découverte par Souleymane du fait que son professeur de français a dit, en conseil de classe, qu’il était « limité ». Un bref mouvement de caméra nous montre, d’ailleurs, la rupture sur le visage de l’élève : alors qu’une relation affective s’était établie avec le professeur, tout bascule pour lui. Il se vit, tout d’un coup, comme trahi et son départ de la classe n’est que la concrétisation d’une expulsion symbolique qui a déjà eu lieu. Expulsion qui sera logiquement entérinée par le conseil de discipline… Ainsi, par sa construction dramatique, par souci de faire du cliché et de surfer sur la joute oratoire autour des « pétasses », le film escamote ce qu’il montre : que l’École est niée dès qu’on tente de fonder la confiance sur la seule relation affective, sans « contrat intellectuel », sans engagement réciproque sur des enjeux cognitifs qui permettent de s’exhausser au-dessus du seul présent pulsionnel. L’École est niée dès qu’on refuse l’éducabilité d’un seul élève.

L’École dramatiquement absente

C’est qu’en réalité, le film n’est jamais véritablement « entre les murs » de l’école. Ici, il n’y a pas véritablement d’ « École », de celle qu’on doit « faire », parce que, justement, elle n’existe pas spontanément. On vit dans quelque chose qui ressemble à une école, où il y a des personnages qu’on trouve habituellement dans les écoles, avec des rituels qui sont ceux des écoles… mais sans véritable « École ». Jamais, on n’est mis en face d’une situation d’apprentissage vraiment construite, avec des contenus exigeants, des consignes claires, des activités précisément encadrées. Ce qu’on nous montre comme matrice pédagogique, c’est un vague cours magistral dialogué – Rien à voir avec Socrate, comme le disent certains ! –, où, en l’absence de structuration pédagogique, de lest intellectuel, d’enjeux culturels, le professeur est contraint de jouer avec la séduction, la pression et la sanction… Ainsi, le travail sur le Journal d’Anne Frank est à peine ébauché – malgré un beau moment de lecture qui pourrait augurer du meilleur – et l’exercice de l’autoportrait s’effectue sans le moindre filet, avec une prise de risque maximale et quasiment aucune chance d’aboutir. En effet, s’il y a quelque chose que la pédagogie nous a apprise, c’est que parler de soi sans tomber dans la banalité ou l’exhibition voyeuriste est extrêmement difficile. Cela suppose des médiations, une vraie distanciation, une progression longue et patiente, le plus souvent du « il » au « je ». Cela suppose aussi un travail sur la complexité de la langue et pas seulement une improvisation à partir d’un questionnaire « J’aime - J’aime pas ».

Évidemment, il est parfaitement possible que François Marin ait fait ce travail « hors champ ». Mais le film ne permet pas de le voir. Tout au contraire : si ce travail a été fait, il est aboli, pour le spectateur, par la complaisance avec laquelle sont montrés des rapports humains réduits à un combat de coqs entre le professeur et quelques élèves à la personnalité plus affirmée. Les autres élèves, comme le travail quotidien de construction pédagogique, passent à la trappe et le film ne donne à voir qu’une cocotte-minute affective en situation de surchauffe… Avec l’hypothèse vraisemblable, évidemment, que, devant le danger réel de l’explosion que François Marin lui-même ne parvient pas à éviter, de bonnes âmes, particulièrement influentes, en appellent à un surcroît d’autoritarisme. Quand il faudrait, bien plutôt, un surcroît de pédagogie.

Il faut toujours, à cet égard, revenir à ce qui constitue un principe régulateur fondamental de l’activité pédagogique : « N’organisez pas la discipline, organisez le travail. Les problèmes de discipline, c’est ce qui reste quand tout a été fait pour que chacun ait un cadre, une place, un travail et un accompagnement personnalisé. Il faut alors les traiter avec en mémoire la maxime fondamentale du droit républicain : c’est la faute qui exclut et la sanction qui (ré)intégre. Par la sanction, le sujet doit retrouver une place, fonctionnelle et symbolique, dans le collectif… Ce qui ne signifie nullement, bien évidemment, que cette sanction doive être une "partie de plaisir", mais qu’elle vise, en même temps, la reconstruction du collectif et de la personne concernée : la "bonne" sanction – toujours très difficile à trouver – se reconnaît à ce qu’elle obéit à ces deux critères. »

Laxisme ou autoritarisme : en est-on encore là ?

La question de l’autorité sera donc au cœur du débat que va susciter le film. Car nous savons bien que ce film n’arrive pas dans une sorte d’apesanteur sociale et idéologique. Il arrive dans un contexte saturé d’idéologie. Notre société a laissé se développer de tels phénomènes de dérégulation sociale et de surexcitation pulsionnelle qu’elle prend peur devant sa propre jeunesse. Les partisans de l’éducation – qui osent parler de prévention et expliquer qu’une « pédagogie par le projet » avec de vraies ambitions culturelles n’a jamais encore été tentée sérieusement et sur la durée – sont ringardisés systématiquement par les spécialistes du « y a qu’à » dépister, repérer, orienter, médicaliser, sanctionner, réprimer, contenir… « Tenir » : tout est là ! Il faut les « tenir » !

Certes, il n’est pas question de laisser les enseignants à l’abandon sans aucun soutien de leur institution. Les vrais soutiens – et pas seulement l’arsenal des sanctions dont on dispose contre les élèves – font d’ailleurs, souvent, défaut dans l’Éducation nationale… et sont tragiquement absents dans l’établissement du film ! Il n’est pas question, non plus, de regarder sans réagir les débordements dont les professeurs sont victimes, voire d’organiser le naufrage du soldat Marin en lui ôtant tout moyen institutionnel pour contrôler les situations sociales explosives qu’il doit affronter. Cela serait, sans aucun doute, irresponsable. Mais on peut tenter, quand même, de l’aider à organiser des espaces et des temps dévolus au travail intellectuel, des rituels qui permettent de créer des postures mentales de disponibilité aux savoirs, des dispositifs d’apprentissage où les élèves soient véritablement actifs… au vrai sens du terme : intellectuellement actifs, et pas seulement physiquement et psychiquement agités. Rien de facile pour y parvenir. Il faut travailler sans cesse sur le sursis : « Tu as le droit de parler, de discuter et, même, de critiquer, mais à condition que tu prennes le temps de penser. Attendre. Passer par l’écriture. S’inscrire dans des institutions ». Pas de miracle pour y parvenir. Un travail complexe. Avec des avancées et des retours en arrière. Une obstination nécessaire. Une autorité ferme qui désamorce les impulsions et retarde le passage à l’acte. Un vrai travail pédagogique. À mille lieues de tout laxisme, mais aussi de tout autoritarisme. Loin de l’illusion d’une « égalité » radicale entre les élèves et les maîtres, mais loin aussi de l’échec programmé des procédures de dressage social temporaire qui ne font que préparer des explosions psychiques et sociales inévitables.

Un débat à recadrer…

François Marin – qui n’est pas François Bégaudeau – déborde de bonnes intentions. Il aime ses élèves… et l’on ne peut pas le lui reprocher ! Il les défend contre toutes les assignations à l’échec (ou presque)… il a raison ! Il cherche à faire des ponts entre la « culture jeune » et les savoirs scolaires… on ne peut avancer autrement ! Il entend des paroles de ses élèves que nul autre n’est capable d’entendre : on peut s’interroger sur les risques professionnels réels qu’il prend là et sur les dérapages inévitables… mais il faut alors interroger aussi la société tout entière sur le déficit de communication éducative en direction des adolescents… Reste que François Marin s’englue dans l’affectif… Comme le dit si joliment et justement un collègue, Jean-Luc Estellon, en référence–clin d’œil à une séquence du film sur la conjugaison : « François Marin, c’est l’imparfait du subjectif » ! Non qu’il faille tenter vainement de suspendre toute affectivité et toute subjectivité dans la gestion d’une classe. Ce serait mission impossible : combien d’affectivité faudrait-il pour suspendre l’affectivité ? Et la neutralité affective est toujours une neutralité affectée… On ne suspend pas les affects par décret : on les régule à travers des médiations, médiations par les contenus, médiations par les dispositifs. Des contenus et des dispositifs qui donnent forme et permettent de sortir du chaos des pulsions qui s’entrechoquent et des coagulations d’élèves indifférenciés.

Notre École manque de médiations : les savoirs enseignés n’ont souvent aucune saveur, pour reprendre le titre d’un beau livre récent de Jean-Pierre Astolfi (La saveur des savoirs, ESF, 2008) et les dispositifs proposés sont souvent absurdes ou obsolètes : comment mobiliser des élèves sur le travail intellectuel dans des établissements qui vivent au rythme des sonneries stridentes, d’emplois du temps absurdes, sous le signe de l’anonymat généralisé et de la déresponsabilisation permanente ?

La pédagogie est, justement, le travail sur les médiations : sur les œuvres, les savoirs et les institutions… tout ce qui permet de se mettre en jeu « à propos de quelque chose ». La pédagogie institue ce qui, à la fois, relie les êtres entre eux et leur permet de se distinguer. Elle est un travail de longue haleine sur « la table » autour de laquelle les hommes peuvent tenter des relations pacifiées en se coltinant avec des enjeux forts. Ainsi comprise, elle est peu présente dans le film… Il n’est pas question d’en faire le moindre reproche aux auteurs et réalisateur. Mais il faut absolument refuser que ce film soit interprété par les uns comme un acte de foi dans une pédagogie compassionnelle qui se suffirait à elle-même et, par les autres, comme la dénonciation implicite d’une démission éducative orchestrée par quelques pédagogues irresponsables. La pédagogie est un travail inlassable pour organiser le travail intellectuel en structurant le cadre et en proposant des contenus exigeants et mobilisateurs… Elle nécessite une éthique et des savoirs professionnels, une passion pour les contenus qu’on enseigne et la capacité à construire des situations de travail. Visiblement, sous cet angle elle est encore peu connue du « grand public ». Les pédagogues ont encore du travail.

Philippe Meirieu

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Mille soleils splendides / Khaled Hosseini

6 Novembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Mille soleils splendides 
Khaled Hosseini 
Belfond 2007

 


Ce roman de plus de 400 pages, en quatre parties, est un des plus terribles que j’ai jamais lus.

Il se déroule en Afghanistan pour l’essentiel, couvre 50 ans d’histoire afghane, de la monarchie à la république, de la période communiste à la période taliban en passant par la période moudjahidine, de l’intervention soviétique à l’intervention américaine, de la destruction des Bouddhas géants de Bamian par les talibans à la reconstruction de Kaboul après leur chute suite aux attentats du 11 septembre 2001, quand Bush déclara la guerre à Al Quaida, à Oussama ben Laden, au mollah Omar, aux talibans, au terrorisme mondial, à l’axe du mal par l’axe du bien.

 50 ans d’histoire afghane, vécue à travers ce que vivent quelques femmes, au quotidien, loin des enjeux, des conflits, des revirements d’alliances. 50 ans de quotidien marqués par des coutumes ancestrales immuables, par des évolutions passagères (quand les communistes sont au pouvoir, les filles et les femmes se libèrent, accèdent à l’école et au travail ; il en sera de même après la chute des talibans, avec l’arrivée des troupes américaines), par des régressions d’une violence inouïe quand les talibans triompheront des seigneurs de guerre, divisés entre eux après avoir été unis contre les soviétiques (les Américains n’étant pas pour rien dans les revirements et par suite les malheurs du peuple afghan).

Ces femmes ont pour noms ou prénoms : Nana, Mariam, Laila.

La première partie est consacrée à Nana et à Mariam, au père de Mariam, Jalil, Mariam étant une bâtarde, une harami. Mariée à Rachid, de 30 ans plus âgé, un concentré de mâle et de violence, elle subit pendant 18 ans, la vie et les assauts sans succès (fausses couches) que lui impose ce tyran domestique, l’obligeant à la burka, la battant, l’humiliant…

La deuxième partie est consacrée à Laila, petite fille puis adolescente qui va vivre de beaux moments avec Tariq, l’éclopé, jusqu’à ce qu’il disparaisse de sa vie, lui quittant Kaboul sous les bombes, elle, perdant sa famille et sa maison dans l’explosion d’une roquette tirée par Hekmatiar ou par Massoud, deux des seigneurs de guerre afghans.

La troisième partie est consacrée au mariage de Rachid, 60 ans et de Laila, 14 ans, celle-ci l’épousant parce qu’elle se sait enceinte de Tariq puis aux rapports tendus entre Rachid, Laila, Mariam, les deux femmes séparées par 17 ans, d’abord rivales puis devenant solidaires contre Rachid, aux rapports très différents de Rachid à Aziza, la fille de Tariq (mais il ne le sait pas, le devine peut-être), à Zalmai, son fils et au retour de Tariq, après sept ans en prison pour trafic de drogue au Pakistan. Cette partie s’achève avec le meurtre de Rachid lors d’une dispute d’une violence extrême alors qu’il étrangle Laila qui a osé accueillir Tariq chez lui, comprenant qu’Aziza n’est pas sa fille. Mariam porte le coup de pelle fatal qui sauve Laila. Elle se dénonce aux talibans et après un procès d’un quart d’heure, elle est condamnée à mort et sera exécutée 10 jours plus tard, en public sur le stade Ghazi.

La quatrième partie est consacrée à la vie en exil de Tariq, Laila, Aziza, Zalmai, enfin ensemble et heureux. La libération de Kaboul étant intervenue, Laila veut revenir dans sa ville. C’est le retour au pays, la visite à Herat et à la kolba au milieu de la clairière, où vécurent Nana et Mariam, Mariam attendant la visite hebdomadaire de son père à l’insu de ses femmes légitimes, la découverte de la dernière lettre de Jalil à Mariam, l’harami qu’il n’a pas su imposer comme sa fille à ses femmes et à ses dix autres enfants. Laila a enfin trouvé le travail qui lui convient : professeur dans l’orphelinat où fut accueillie Aziza lorsqu’ils mourraient de faim, travail identique à celui de son père, Babi, avant que les moudjahidines ne fassent tomber le régime communiste.

L’écriture de ce roman est d’une très grande précision, cuisine et mœurs, paysages, histoire politique, ambiances, langage, pensées intimes, émaillée de pas mal de mots afghans. L’histoire se déroule avec quelques suspens, terrible comme je l’ai dit, à la limite du supportable. J’ai voulu lire ce livre jusqu’au bout, en forme d’hommage à des victimes cherchant toujours même dans les pires situations à garder des repères, religieux pour Mariam, humanistes et progressistes pour Laila et vivant ainsi en hommes et femmes et non en machines soumises, en esclaves. Cela veut dire que s’il y a soumission, il y a aussi place pour la révolte. Mariam et Laila en sont l’exemple dans la façon dont elles « vivent » avec Rachid : elles finissent par ne plus accepter les coups et l’affrontent, même si elles sont perdantes et reçoivent davantage de coups.

Donc, un roman terrible qui montre que les valeurs humanistes ont encore un avenir. Les mille soleils splendides, métaphore d’un ghazal d’un poète du XVII° siècle, Saïb-e-Tabrizi, sur Kaboul, évoquent pour moi, Nana, Mariam et Laila et quelques autres personnages, Tariq, le mollah Faizullah, Babi, Fariba, Jalil même. Aucun de ces cœurs n’est identique, chacun a sa splendeur.

Jean-Claude Grosse, à Marrakech, le 6 novembre 2008.


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L'amande/Nedjma

4 Novembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

L’amande 
Nedjma
Plon 2004

 


Il s’agit d’un récit  présenté par l’éditeur comme un événement puisque pour la 1° fois, une femme musulmane s’exprime librement sur sa vie intime. Je ne suis pas allé vérifier cette information, argument de vente.

J’ai lu ce récit intime à Marrakech. C’est un bon endroit pour lire ce genre de récit quand on écoute les gens parler, surtout les femmes. Bien sûr, je n’ai pas les moyens de faire la part des choses, vérités, fantasmes voire mensonges. La femme, la citadine marocaine n’hésite plus à choisir son indépendance en trouvant l’Européen qui voudra d’elle. Les deux y trouvent leur compte : lui, se paie une jeune beauté, elle, s’achète sa liberté. Comme ce n’est encore qu’une minorité, le mâle marocain trouve toujours une épouse puis s’il le faut, une jeune maîtresse. Je ne suis ni une femme arabe ni une femme musulmane, pas d’avantage un homme arabe et musulman mais un homme, un Français d’un certain âge, pas en chasse, satisfait de sa vie sexuelle et amoureuse. Je dis cela car je pense que « ma » lecture de ce récit ne vaut pas pour tous. Elle vaut au moins pour moi, même si je tente de lui donner valeur pour tous.

Je ne me suis pas laissé impressionner par les déclarations de l’éditeur.

Nedjma a choisi l’anonymat, tout en acceptant les plateaux de télévision. C’est un choix, peut-être un coup de pub.

L’auteur n’est pas la narratrice, Badra, la lumineuse. Inutile d’attribuer à Nedjma, même si il y a sans doute de l’autobiographie dans ce récit, l’expérience et la vie de Badra.

Badra, je l’ai ressentie moins comme une femme (Nedjma par exemple) que comme l’expression de femmes arabes, musulmanes, prises dans les filets d’une société machiste et matriarcale, où les mères se soumettent leurs filles et belles-filles pour les soumettre aux mâles, à leurs mâles et aux fils qu’ils auront.

Les chapitres en italiques consacrés au mariage de Badra, au hamman des noces, à la nuit de la défloration sont terribles, montrent cette conspiration des femmes mûres, déjà violées, contre les vierges préparées pour le viol.

Mais cette société se révèle plus complexe que cet exercice de la terreur. Des solidarités minuscules se mettent en place, entre Badra et sa sœur Naïma, entre Badra et sa tante Selma, entre Selma et Taos, les deux femmes d’oncle Slimane, avec Latifa, enceinte hors mariage…, solidarités vitales, formes de résistance à l’oppression du corps féminin et de la femme.
Evidemment, les mâles sont aussi les jouets de cette société, jouets d’abord des femmes qui entre elles se racontent les débandades au sens propre de ces faux mâles, inhibés plus souvent qu’on ne croit devant le sexe et le corps féminin, qui entre elles s’en moquent, s’en vengent, les quittent, se fabriquent des niches émancipatrices, consolatrices ; jouets ensuite entre eux, mis en concurrence, tentés alors par l’homosexualité, la bivalence et par les putes qui les infectent.

Ce récit intime nous fait découvrir l’omniprésence de la sexualité dans cette société qui la refoule, ce que certains, se voilant la face, appellent pudeur. Sexualité qu’on veut cacher, l’ayant assimilé au Mal, mais qui trouve toujours les coins et recoins pour se manifester et ce dès 10 ans : découverte de la minette par les garçons, découverte de la pine par les filles, découverte du corps adolescent, des seins, de la vulve, du clitoris et des frottements troublants entre filles, jeux avec les garçons où des filles se font piéger, rejetées ensuite par leur famille.
Les chapitres : L’enfance de Badra, L’amande de Badra, Badra à l’école des hommes, Mes marginales bien aimées, Naïma, la comblée, Hazima, la camarade de chambrée, retours sur le passé, initiations stimulantes pour Badra, pour sa curiosité insatiable, sont particulièrement savoureux par les mots et expressions choisis. Ils dégagent un sentiment de vérité plutôt jubilatoire : on jubile de voir cette société répressive incapable d’endiguer les assauts de la sexualité, de la vie.
Badra qui pendant 5 ans va être baisée comme une morte par le notaire Hmed, trouvera la force de le plaquer, de passer outre les menaces de mort de son frère Ali, et découvrira à Tanger les jouissances les plus raffinées, les plus cruelles, 14 ans durant, avec puis sans Driss.

Il faut attendre la page 81 pour que nous fassions connaissance avec Driss et la page 107 pour que nous entrions dans le vif érotique, jusqu’à la page 229.

Cette centaine de pages est entrecoupée de chapitres en italiques, retours sur le passé déjà évoqués.

Cette centaine de pages est excitante, bandante et c’est une réussite d’écriture.

Double vocabulaire, cru et poétique, descriptions sans allusions, directes, expériences multiples, de la mignardise d’approche au sadisme conclusif.
En une centaine de pages, Badra et Driss nous font vivre ce qu’un couple enchaîné-déchaîné par le sexe peut vivre, à deux, avec deux lesbiennes : Najat et Saloua, avec un homme-femme : Hamil.

Badra n’est jamais vulgaire, obscène. Ce qu’elle a vécu avec son corps et son cœur, elle nous en fait part sans pudeur, sans retenue et cette voix authentique nous fait avancer dans notre propre cheminement : voudrions-nous vivre de telles expériences ? Pour moi, c’est non, pour nous, c’est non. Notre sexualité, vivace et tendre, n’a pas besoin de l’intensité désirée, recherchée par Badra qui, quand elle fait le bilan de sa vie, reconnaît qu’elle aurait aimé un homme de patience.

Cette terrienne qui grâce à son maître et bourreau s’est cultivée, de la littérature arabe anté-islamique à la littérature mondiale, mais cette culture semble acquise plus qu’assimilée, cette terrienne devenue dépendante du sexe puis de l’alcool comme apaisement au sexe, a su aussi puiser dans son cœur, dans les sentiments qu’elle éprouve, jouissance, soumission, jalousie, désir de possession, culpabilité, religiosité proche d’un  mysticisme cosmique, l’énergie pour ne pas aller au bout de la déchéance mécanique, pour refuser son cul au sodomite, son cœur à celui qui est peut-être un menteur.

N’ayant aucune certitude quant à l’amour de Driss, elle finit par se refuser définitivement à lui, lui faisant vivre une expérience de jalousie qui se conclura par une scène sadique.

Je relève que cette centaine de pages montre que Badra, même si elle jouit, fait jouir, est l’instrument de Driss.
Ce n’est qu’après Driss qu’elle sera celle qui choisit, agit, pouvant faire très mal et peut-être du bien, à Wafa. Elle en avait fait à son arrivée à Tanger, à Sadeq, comme une aveugle, et sans doute est-elle passée à côté de l’homme de sa vie en l’envoyant à la mort avec la phrase la plus assassine qui soit : je ne t’aime pas.

Emancipée économiquement grâce à Driss, elle ne sera pas ingrate, saura l’accueillir, atteint de cancer en phase terminale et l’emmener finir ses jours à Imchouk, le bled d’où elle s’était enfuie et où elle est revenue, la cinquantaine atteinte, femme respectée, draguée aussi sans succès par son jeune ouvrier agricole, Safi.

Driss enterré, Badra peut enfanter de ce récit, l’épilogue reprenant le prologue, le prolongeant. De quoi s’est-il agi ? De sexe certes mais surtout d’amour, deux amours qui n’ont pas pu se rencontrer, deux manières d’aimer qui ne se sont pas rencontrées et ce n’est la faute ni de Driss ni de Badra.

Tant dans le prologue que dans l’épilogue, Badra atteint par l’écriture, au sublime, à l’alliance du céleste et du terrestre, dans un syncrétisme qui n'est pas de mon goût mais peu importe. L’amour en sort grandi, le corps n’étant qu’une « douloureuse métaphore ».

Bref, j'ai pris grand plaisir à cette lecture, indépendamant de la portée "politique" de ce récit intime. 
J’avais envisagé à un moment de faire une étude lexicologique de ce récit : mots pour la bite, mots pour l’amande, verbes pour les rapports dans toutes les positions mais je préfère laisser le lecteur se délecter ou s’offusquer de ce vocabulaire
.

Marrakech, le 4 novembre 2008

 

 

 

 

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